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21 avril 2021 3 21 /04 /avril /2021 03:38

La reine du Royaume-Uni va-t-elle un jour abdiquer pour laisser sa descendance régner sur l’empire ?


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La reine du Royaume-Uni Élisabeth II arrive à son 95e anniversaire ce mercredi 21 avril 2021. Un anniversaire triste puisqu’elle est veuve depuis le 9 avril 2021. En principe, elle devrait fêter son anniversaire le 12 juin 2021, le deuxième samedi du mois, parce que le temps y est plus clément, date traditionnelle du Trooping the Colour depuis 1748. Pas sûr que ce sera la fête, car le 10 juin 2021 rappellera aussi que c’est le 100e anniversaire de son mari récemment défunt.

Élisabeth II, c’est l’histoire d’une petite fille de 10 ans qui découvre que son père devient roi et qu’elle-même sera reine un jour. Une reine bien plus tôt que prévu puisqu’elle l’a été dès l’âge de 25 ans après la mort prématurée de son père George VI, frère du roi Édouard VIII qui a préféré l’amour à la famille royale (et tant mieux pour l’Europe). Un petit air du prince Harry, lui aussi éloigné de la famille royale pour vivre au mieux une vie affective qui s’étouffait se noyait dans le devoir dynastique. À la différence d’Édouard VIII, Harry ne devrait pas être amené à succéder un jour à la reine car son frère aîné (William) a lui-même déjà trois enfants, donc, cet éloignement paraît sans conséquence institutionnelle sinon affective.

Deux choses frappent évidemment en évoquant Élisabeth II. La première est son sens du devoir, des centaines d’interventions, de déplacements par an, pour des œuvres, pour des institutions, pour le protocole. Devoir tellement fort qu’avant même l’enterrement de son époux à la Chapelle Saint-George du château de Windsor, elle a repris ses obligations de reine en assistant au départ à la retraite, le 13 avril 2021, du plus haut gradé des fonctionnaires du royaume, le comte William Peel. Ce sens du devoir lui impose de ne jamais montrer ses sentiments au point de se montrer froide et glaciale, même dans les pires moments, comme à la mort de la mère de ses petits-enfants. Pourtant, Élisabeth II a montré qu’elle était une femme moderne, qu’elle savait aider s’il le fallait, sans protocole, comme pendant la guerre où elle était infirmière et conductrice de camion.

La seconde chose est encore plus frappante et impressionnante, sa longévité, plus de soixante-neuf ans et deux mois à la tête du royaume (depuis le 6 février 1952), ce qui est un record national et presque un record international : avant elle, mais pour pas très longtemps (jusqu’au 24 mai 2024), il y a eu Louis XIV qui a régné soixante-douze ans, du 14 mai 1643 au 1er septembre 1715, et Rama IX qui a régné soixante-dix ans, du 9 juin 1946 au 13 octobre 2016.

Cela en fait aussi l’un des chefs d’État les plus âgés du monde et de l’histoire. Là encore, c’est difficile d’avoir l’exhaustivité des données en raison des informations historiques parcellaires pour certaines civilisations. Néanmoins, elle est actuellement doyenne des chefs d’État et l’est probablement dans l’histoire. Elle a la chance d’être encore en bonne santé malgré cet âge canonique et le centenaire la guette sans surprise puisque sa propre mère s’est éteinte à cinq mois de ses 102 ans. Elle a seulement la malchance d’avoir commencé son très long règne au milieu d’un siècle et il ne sera donc pas possible de parler du "siècle d’Élisabeth II" comme on parle du siècle de Victoria (son arrière-arrière-grand-mère).

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Bien sûr, souveraine, reine, règne ne signifient pas le pouvoir et de sa longue présence au trône, elle en a vu défiler, des Premiers Ministres britanniques, quatorze de Churchill à Boris Johnson (biographe du premier), en passant par Harold Macmillan, Margaret Thatcher, John Major, Tony Blair, David Cameron et Theresa May. Cette longévité en fait une souveraine très fine connaisseuse de la chose politique, et même si elle a un devoir de neutralité, nul doute qu’Élisabeth II a les moyens culturels d’influencer les Premiers Ministres qui se présentent à elle. Pour l’anecdote, Boris Johnson a préféré s’effacer lors des funérailles du prince Philip, pour laisser la place à un autre membre de la famille, la cérémonie ayant été limitée à trente personnes (jauge pour cause de pandémie de covid-19).

Une autre particularité de la reine du Royaume-Uni est d’être la souveraine de certains pays complètement indépendants, parfois qui ont eux-mêmes un chef d’État et qui ne sont plus des royaumes, mais toujours intégrés au Commonwealth. Elle a été la reine de trente-deux royaumes en 1952, réduits à seize à ce jour. Cela fait qu’elle a supervisé cent soixante Premiers Ministres depuis le début de son règne ! Ainsi, Élisabeth II règne actuellement sur le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la Jamaïque, les Bahamas, le Belize, Antigua-et-Barbuda, Tuvalu, Salomon, Sainte-Lucie, Grenade, la Barbade, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et Saint-Christophe-et-Niévès. La Barbade va devenir une république le 30 novembre 2021 et se passera des services de la reine. Seize autres pays du Commonwealth ont eux-mêmes un chef d’État autre que la reine depuis le début de son règne : l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Pakistan, le Kenya, l’Ouganda, le Sierra Leone, le Sri Lanka, le Ghana, la Gambie, les Fidji, l’île Maurice, le Malawi, Malte, Trinité-et-Tobago, le Guyana, et Tanganyika.

Enfin, il y a d’autres pays du Commonwealth qui ne sont pas ou plus des royaumes avant le début du règne d’Élisabeth II : l’Inde, le Bangladesh, le Botswana, la Malaisie, la Zambie, le Mozambique, la Namibie, le Cameroun, Chypre, Singapour, les Seychelles, le Lesotho, le Brunei, Kiribati, Dominique, Nauru, le Vanuatu, etc. Même dans ces considérations de souveraineté et malgré sa neutralité, Élisabeth II a fait de la politique : ainsi, elle a refusé de reconnaître l’État de Rhodésie dont le gouvernement faisait pourtant d’elle la reine entre 1965 et 1970. Par ailleurs, malgré un coup d’État qui a fait passer les Fidji en république, la reine resta chef suprême des Fidji de 1987 à 2012.

Toutes ces considérations montrent qu’Élisabeth II n’est pas simplement la souveraine d’un État mais aussi une autorité symbolique supranationale qui n’influe pas forcément sur la politique intérieure des nations dont elle est la souveraine. Peut-être faut-il donc considérer Élisabeth II comme une résurgence d’un empereur, celui par exemple du Saint Empire Romain Germanique, qui n’avait surtout qu’une valeur morale plus que politique ?

Une autre perspective peut aussi donner la raison de l’importance réelle mais exagérée par rapport à son rôle concret dans le concert des nations. Un tabloïd affichait un jour, avec ces phrases clichés : « La reine Élisabeth II est certainement la personnalité préférée des Britanniques. En effet, son peuple voue un véritable culte à elle ainsi qu’à toute sa descendance. ». En écrivant "un véritable culte", le journal en question (dont il est inutile de préciser le titre) pense utiliser l’expression au sens figuré. Et pourtant, il faut aussi la prendre au sens propre puisque la reine est également la gouverneure suprême de l’Église d’Angleterre, ce qui peut lui donner, en quelque sorte, l’autorité spirituelle d’un pape, lui aussi supranational.

D’ailleurs, elle s’exprime traditionnellement à Noël et parfois, ses discours ont des allures d’homélie. Ainsi, le 25 décembre 2018, en pleines divisions sur le Brexit : « Même si les différences les plus profondes nous séparent, traiter autrui avec respect, comme un être humain, est toujours un bon premier pas. ». Ou encore le 25 décembre 2019 : « Des petits pas entrepris avec foi et espoir peuvent permettre de surmonter des différences anciennes et des divisions profondes pour apporter harmonie et compréhension. ». Des sentences qu’on pourra rappeler le cas échéant comme phrases de calendrier.

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Le devoir et la tradition vont sans doute empêcher la reine de renoncer à son trône malgré son grand âge, renoncer comme l’a fait le pape Benoît XVI. On dit qu’elle aimerait voir son petit-fils régner, le prince William serait un roi jeune et moderne, bien sous tous rapports, et revitaliserait la monarchie britannique. Le prince Philip considérait d’ailleurs que son fils, le prince Charles, ferait sans doute un mauvais roi, mais la tradition empêchera aussi la reine de l’écarter de la succession dynastique. D’ailleurs, c’est bien son fils qui la remplace dans la plupart de ses obligations protocolaires, et elles sont si nombreuses que le prince Charles ne fait plus que cela.

Pour l’heure, la reine Élisabeth II ne semble pas pressée de quitter le trône. Depuis plusieurs mois, d’ailleurs, la cérémonie des soixante-dix ans de son règne (le jubilé de platine) est en préparation. Même si le début du règne est le 6 février, cette cérémonie aura lieu du 2 au 4 juin 2022 avec de nombreux événements, manifestations, expositions et curiosités technologiques. Elle espère que d’ici à cette date, la pandémie de covid-19 ne sera qu’un sinistre souvenir et que la vie "normale" reprendra définitivement, sans rechute.

Cette épidémie l’avait d’ailleurs fait sortir exceptionnellement de sa réserve en prononçant une allocution télévisée le 5 avril 2020 depuis son château de Windsor (où elle s’était confinée) : « J’espère que dans les années à venir, tout le monde pourra être fier de la façon dont [le peuple britannique] a répondu à ce défi. Ceux qui nous succéderont diront que les Britanniques de cette génération étaient aussi forts que tous. Que les attributs de l’autodiscipline, de la bonne résolution tranquille et de la camaraderie caractérisent toujours ce pays !». Vaccinée (ainsi que son époux) le 9 janvier 2021 (première dose du vaccin Pfizer), la reine a fait la promotion de la grande campagne de vaccination massive engagée par Boris Johnson et qui, depuis ces quelques semaines, porte ses fruits. Le 20 avril 2021, seulement 33 décès au covid-19 étaient à déplorer au Royaume-Uni, et seulement 2 524 nouveaux cas détectés de contamination. Par comparaison, la France a eu respectivement 374 décès et 44 063 nouveaux cas le même jour… God save the Queen !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élisabeth II.
Philip Mountbatten.
Victoria.
Le Prince Charles.
Winston Churchill.
Lord Louis Mountbatten.
Harry, un mari qui vous veut du bien.
Le mari de la reine.
Lady Di.
Édouard VIII et George VI.
La reine.
Un règne plus long que celui de Victoria.
Vive la République !
John Lennon.
Kim Wilde.
Alfred Hitchcock.
Le syndrome de Hiroshima.
Boris Johnson lutte contre le coronavirus.
Brexit Day : J – 3 …et De Gaulle dans tout ça ?
Brexit : enfin, l’Union Européenne prouve qu’elle n’y était pour rien !
La très belle victoire de Boris Johnson.
Les élections législatives britanniques du 12 décembre 2019.
Brexit : et en avant pour un nouveau tour (électoral) !
Brexit : Boris Johnson et Emmanuel Macron sur le même front commun.
Document : les trois lettres adressées le 19 octobre 2019 à l’Union Européenne.
Document : quel est l’accord UK-EU du 17 octobre 2019 ? (à télécharger).
Brexit : le nouveau deal, enfin, in extremis !
8 contresens sur le Brexit.
Boris Johnson, apprenti dictateur ?
Boris Johnson, le jour de gloire.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Theresa May : Game over.

_yartiElisabethII2021A01





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210421-elisabeth-ii.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/l-insubmersible-elisabeth-ii-232427

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/17/38925814.html






 

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