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10 juillet 2021 6 10 /07 /juillet /2021 03:24

« Au vu des enjeux de l’épidémie actuelle, je suis favorable à la vaccination systématique des personnels soignants, avec les vaccins recommandés pour leur classe d’âge. J’encourage donc tous mes collègues à se rapprocher de leur centre de vaccination. » (Didier Raoult, le 9 juillet 2021 sur Twitter).



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Voilà un tweet enfin responsable du professeur Didier Raoult qui risque de décevoir de nombreux disciples et fidèles noyés dans un complotisme béat. Didier Raoult a bien compris que la vocation des soignants, c’était de soigner, pas d’ajouter encore la maladie à la maladie ou au handicap. L’expression "systématique" veut dire évidemment "obligatoire". Le gouvernement tarde à prendre une mesure de bon sens et de sens des responsabilités. Comment peut-on imaginer un pompier venir avec un lance-flamme sur un lieu d’incendie ? En Italie, le gouvernement de Mario Draghi a fait adopter une loi applicable dès le 10 avril 2021, et le résultat, c’est qu’aujourd’hui, 98,7% des soignants italiens sont vaccinés au 7 juillet 2021. En France, seulement 59,3% dans les EHPAD et 64,0% dans les hôpitaux. Qui d’ailleurs empêchera les familles des personnes éventuellement décédées en établissement à cause d’une contamination au covid-19 pour mise en danger d’autrui voire homicide involontaire ?

L’obligation de vaccination pour les soignants n’est d’ailleurs pas nouvelle en droit, il faut l’élargir au vaccin anti-covid-19, et cette mesure est urgente. Son efficacité ne se verra qu’au bout d’un mois et demi au minimum (deux semaines après la seconde dose), après l’adoption d’une nouvelle loi (les parlementaires sont capables d’aller très vite le cas échéant). Attendre septembre serait déraisonnable. Sur ce sujet comme sur tant d’autres pour la crise sanitaire, il faut comprendre que le temps est long. Ou court. Long pour l’efficacité des mesures, court pour les prendre, ces mesures.

Prendre des mesures sanitaires contre une pandémie comme celle du covid-19, c’est en effet comme manœuvrer un immense paquebot. Il y a beaucoup d’inertie et lorsqu’on veut faire marche arrière, cela prend un temps fou.

Ce vendredi 9 juillet 2021, il a été annoncé que le Président de la République Emmanuel Macron s’adresserait aux Français au cours d’une allocution télévisée le lundi 12 juillet 2021 à 20 heures, après la tenue d’un nouveau conseil de défense sanitaire. Le même jour a été annoncé le fait que désormais, 51,7% des nouvelles contaminations se font avec une suspicion de variant delta. La proportion a augmenté très fortement ces derniers jours. C’est clair que la quatrième vague n’est plus une hypothèse, c’est une réalité (j’y reviendrai plus loin).

Le commandant du gros paquebot réagit, mais avec plus d’une quinzaine de jours de retard. C’est lourd à manœuvrer. Il y a plusieurs inerties.

Il y a l’inertie propre à la pandémie, que je pourrais appeler la cinétique du coronavirus SARS-CoV-2. On l’a appris sur le tas pendant la première vague, c’était difficile à comprendre, déjà à connaître, ensuite à intégrer, à digérer. Un an et demi plus tard, j’ai l’impression qu’on ne l’a toujours pas prise en compte dans les réflexions, alors rappelons-la : si on attrape le virus, le virus met environ sept à dix jours à se manifester. Pendant cette période, la situation est critique : la personne ne sait pas qu’elle est contaminée et peut donc être contaminée (ou pas). Les tests de dépistage sont négatifs. C’est le cas des personnes contacts, c’est-à-dire des personnes qui ont été proches, sans geste barrière, d’une personne dont la contamination est avérée. C’est cette période d’incubation qui a fait l’ampleur de la première vague.

Mais cette inertie du virus n’est pas seulement cela. Si jamais il y a des complications, la personne contaminée peut développer une forme sévère. Elle est alors hospitalisée pour manque d’oxygène, au bout d’environ une dizaine de jours après la contamination effective. On a donc une deuxième période tampon, cruciale, qui est celle de l’incertitude, et si les personnes vulnérables (âge, comorbidité du genre cancer, diabète, obésité, etc.) ont plus de risques que les autres de développer une forme sévère, cela peut concerner aussi des personnes jeunes, en excellente forme, sportive, qui se nourrissent bien.

Il y a une part de roulette russe à cette loterie macabre, et j’espère que dans les années à venir, nous en saurons plus, peut-être des facteurs génétiques, ou d’autres, et vu que déjà 186 millions de personnes dans le monde (au moins : ceux qui ont été touchés pendant la première vague n’ont été dépistés et comptabilisé que lorsqu’ils étaient hospitalisés, c’est-à-dire une faible minorité, heureusement), l’analyse des données statistiques à grande échelle devrait permettre de dégager quelques enseignements.

Les personnes qui ont plus de chance, celles qui ne sont pas hospitalisées, sont, dans le meilleur des cas, des personnes dites asymptomatiques, c’est-à-dire qui ont été effectivement contaminées mais qui n’ont eu aucun symptôme, ce qui ne leur a pas empêché de transmettre éventuellement le virus à d’autres (d’où la difficulté), et dans le pire de cas, elles développent ce qu’on appelle un "covid long" qui peut durer au moins dix-huit mois, avec persistance de symptômes (grosse fatigue, migraine, perte de goût, perte d’odorat, etc.). Beaucoup de personnes jeunes ont développé un covid long. Et entre les deux, une ou deux semaines d’équivalent de forte grippe.

Dans le pire des cas, c’est-à-dire l’hospitalisation, il y a encore plusieurs étapes, plusieurs temps d’inertie. Le pire du pire, l’admission dans un service de réanimation, et le pire du pire du pire, le décès. Or, le séjour moyen en réanimation est  très long, plus long depuis la deuxième vague qu’auparavant car la maladie touche des personnes plus jeunes, de l’ordre de quatre à cinq semaines.

On comprend bien que pour analyser l’épidémie, il faut tenir de toutes ces inerties, c’est-à-dire que les décès d’aujourd’hui correspondent à des personnes qui ont été contaminées certainement cinq à sept semaines auparavant. Il faut donc intégrer ces décalages quand on veut analyser globalement l’évolution de l’épidémie.

Ces décalages dans le temps ont un avantage : ils permettent d’être prédictif sur les conséquences à moyen terme, à quelques semaines. Une montée en flèche des contaminations provoquera nécessairement (hors autre facteur, comme la vaccination, j’y reviendrai plus tard), une montée en flèche des hospitalisations, puis (hélas !), des décès. C’est malheureusement mécanique. D’où l’importance de bien tenir compte de certains signaux faibles. On a maintenant une expérience déjà de trois vagues, et à chaque fois, on a semblé surpris. La première aurait pu être évitable mais on ne connaissait rien et les condescendances nationales font que l’expérience des autres (ici de l’Italie et de l’Iran) n’ont eu aucun effet tant qu’on ne l’ait pas expérimente soi-même. En revanche, les deuxièmes et troisièmes vagues étaient prévisibles plusieurs semaines voire mois à l’avance.

Mais il y a aussi une autre sorte d’inertie, un facteur psychologique difficilement modélisable, qui est l’inertie des esprits, ou des cerveaux : nos raisonnements se basent sur des observations, malheureusement, les choses peuvent évoluer plus vite que les observations. C’est très clair pour ce moment très critique de l’épidémie en France. J’observe au jour le jour toutes les courbes (celles des indicateurs) et leur évolution, en France et dans un certain nombre de pays qui me paraissent importants de connaître. J’ai découvert que la tendance s’est inversée précisément le 26 juin 2021, et elle s’est inversée brutalement. Après une baisse continue du nombre de nouveaux cas depuis presque deux mois, il y a une remontée tout aussi rapide. C’est ce qu’on appelle un point d’inflexion.

C’est cette agilité de l’esprit qu’il faut développer : savoir que ce qu’on tient un jour peut être démenti un autre jour. Le gouvernement n’y peut rien si ce n’est que sa responsabilité est d’anticiper au mieux, au plus tôt. Alors, comme visiblement tous les "médiateurs", les "intermédiaires", bref, les journalistes, éditorialistes voire les responsables politiques et autres faiseurs d’opinion, ne lisent pas les courbes tous les jours, ils restent sur des photographies rapidement périmées car elles peuvent être largement dépassées par le film, lui très dynamique, très évolutif.

C’est la même chose pour ceux qui cherchent toujours à dénigrer la gestion par le gouvernement français. Au-delà de ce qui est réellement critiquable (personne n’est jamais parfait et j’ai déjà eu l’occasion ici de critiquer même vivement certaines décisions voire non-décisions, notamment à la fin de janvier 2021), il y a une double voire triple propension du peuple français à s’autodévaloriser : c’est toujours mieux chez les autres que chez nous, et puis, la politique est là aussi, la volonté d’enfoncer par tous les moyens Emmanuel Macron qui fait ce qu’il peut et je trouve que, malgré (je le répète) des décisions que je n’aurais pas prises, globalement, il a assumé correctement le choc de la pandémie, et la plupart des sondages d’ailleurs concluent que personne n’aurait fait mieux que lui selon les sondés (et attention : la crise sanitaire n’est toujours pas terminée, le bilan est pour plus tard).

Or, sur les masques, sur les tests de dépistages, et même sur la vaccination, certes, les premières semaines ont été dures, mais maintenant, une fois en vitesse de croisière, la France tient largement la route, celle d’une grande puissance mondiale. Nous faisons environ 2 millions de tests par semaine, c’est nettement plus que l’Allemagne par exemple. Quand ça marche bien, on cherche alors à se saborder. C’est le sens de vouloir rendre payants les tests dits de confort (quel confort y a-t-il à se faire tester ?). Or, en supprimant la gratuité, on risque de supprimer le thermomètre. Ce n’est pas une bonne idée alors que la politique actuelle permet une bonne compréhension de la réalité épidémique.

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C’est plus que l’Allemagne. L’Allemagne, ah oui. L’inertie des esprits, c’est donc de trouver toujours mieux ailleurs que chez nous. Alors, les pays modèles évoluent au fil des vagues. On a longtemps mis l‘Allemagne comme un pays modèle car, par chance, elle a été moins touchée que nous par la première vague (Berlin a été quasi-épargné). Mais la deuxième vague a montré qu’on pouvait plus mourir du covid-19 en Allemagne qu’en France. Il y a encore quelques jours, j’aurais pu écrire ici que le nombre de nouvelles contaminations continuaient à baisser, mais non, avec un retard d’une à deux semaines sur la France, cet indicateur, hélas, remonte aussi.

Il n’y a pas de miracle : toute l’Europe suivra l’évolution de la Grande-Bretagne, puis de l’Espagne, du Portugal, de la Grèce, de la Belgique, de la Russie (très durement touchée), de la Tunisie aussi, et maintenant de la France. Les cinétiques épidémiques sont simplement en avance ou en retard, mais le mode de vie d’une société de liberté, donc d’une société ouverte fait qu’il n’y aura jamais étanchéité épidémique sauf à reprendre des mesures de confinement.

Cette longue introduction était pour rappeler quelques fondamentaux (en particulier l’unité de temps) pour comprendre et analyser la situation épidémique du jour. Cela évolue très vite et donc, il faut aussi avoir l’agilité d’esprit de se remettre en cause, de remettre en cause des évolutions ou des données que l’on pourrait croire immuables, du moins, encore pertinentes. C’est le problème d’un phénomène scientifique très complexe qui est totalement nouveau : des traitements qu’on pouvait croire, qu’on espérait croire efficaces ne le sont en fait pas, des vaccins dont on doutait de l’efficacité le sont en fait beaucoup, efficace, etc. Quand la connaissance se construit au jour le jour en toute transparence, il faut savoir suivre, et suivre dans l’immédiateté, dans la complexité scientifique et dans la multitude des informations fiables parfois contradictoires (je ne parle même pas de la désinformation volontaire ou involontaire qui pollue la toile).

Depuis quelques mois, on parlait du Royaume-Uni comme un modèle : Boris Johnson, avec une rude efficacité, a mené avec brio une campagne de vaccination massive (des autocollants étaient collés pour dire : résistons ! qui signifiait : vaccinons-nous pour résister au virus, pourquoi n’avons-nous pas le même genre de communication, d’autant plus quand les complotistes antivaccins sont capables de considérer les personnes vaccinées comme des "collabos" alors qu’elles sont, par excellence, des résistants ?).

Et effectivement, même si la vaccination patine ou plafonne au Royaume-Uni, il y a environ 15% de la population en plus qu’en France qui ont eu une première dose. Mais le Royaume-Uni reste-t-il un pays modèle ? Pour moi, non, c’est fini. C’était un modèle pour vacciner massivement, mais Boris Johnson repêche dans son libéralisme : malgré une remontée inquiétante des nouveaux cas (le pays est le quatrième plus atteint au monde, derrière le Brésil, l’Inde et l’Indonésie), et la position de vouloir poursuivre le déconfinement complet malgré cette remontée laisse imaginer un futur proche britannique de désolation. Car il veut miser à 100% sur la vaccination alors qu’il faut agir sur les deux plans, la circulation du virus et les effets du virus. La vaccination n’a qu’un impact sur les conséquences d’une contamination, pas sur la circulation du virus, à moins d’atteindre une hypothétique immunité collective (qui n’a rien à voir avec l’immunité collective naturelle prônée par le même Boris Johnson au début de la pandémie, ou prônée aussi en Suède),

Pour combattre une épidémie, il faut se protéger des conséquences, réduire les dommages du virus, c’est le rôle de la vaccination (très efficace) et des éventuels traitements (dont pour l’heure aucun n’est efficace), mais il faut aussi réduire les causes, ou plutôt, freiner la circulation du virus dans tous les cas. Pourquoi ? Parce que d’une part, la protection du vaccin n’est jamais totale, avec 95% d’efficacité, cela signifie que 5% de personnes ne sont pas protégées, et surtout, plus le virus se duplique, plus les risques d’apparition de nouveaux variants sont élevés.

Dans les motivations pour combattre une épidémie, il y a plusieurs éléments. D’une part, la fondamentale qui doit être présente systématiquement, c’est la protection de la vie humaine : chaque vie mérite qu’on la sauve, si c’est possible. Il y a aussi des raisons économiques et sociales : le pays n’en peut plus de faire des confinements, de mettre l’économie à zéro et le moral en berne. Il y a aussi des raisons de services publics, comme éviter la saturation des hôpitaux, etc. Mais c’est important de garder à l’esprit que même avec autant de lits de réanimation que nécessaires, l’objectif n’est pas la non-saturation mais la non-admission en réanimation, c’est-à-dire réduire au maximum le nombre de malades en réanimation dont on sait qu’une partie décédera.

Revenons maintenant à la quatrième vague. Elle est réelle. Je l’ai indiqué plus haut, je date l’inversion de la tendance au 26 juin 2021. En fait, c’est difficile d’être précis car le nombre de nouveaux cas quotidiens est tributaire du jour de la semaine (il y en a moins le lundi car ce sont les résultats des tests du dimanche beaucoup moins nombreux qu’en semaine, etc.). On peut prendre la moyenne quotidienne sur les sept derniers jours, ce qui donne une indication plus proche de la réalité, mais dans ce cas, l’inversion de la tendance s’observe avec quelques jours de retard.

Ce qui est clair, c’est que nous étions, au plus bas, à environ 1 800 nouveaux cas en moyenne par jour, et nous sommes maintenant en moyenne à plus de 3 000 mais en fait, ça ne cesse de grimper et ce 9 juillet 2021, nous avons eu 4 580 nouveaux cas. La hausse est vertigineuse, une augmentation de 55% sur une semaine. Nous revenons au niveau du début du mois de juin 2021.

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Des indicateurs directement en rapport avec le nombre de cas sont en hausse. Ainsi, le nombre de cas actifs, c’est-à-dire de personnes infectées capables d’en contaminer d’autres, a été à son plus bas le 5 juillet 2021, avec 42 374, mais ce nombre est remonté très vite, au 9 juillet 2021, il était déjà de 48 173. Le taux d’incidence aussi remonte rapidement : il est descendu à 18,54 au 26 juin 2021 (nombre de personnes contaminées en une semaine pour 100 000 habitants), il était de 29,5 au 6 juillet 2021. Le taux de reproduction du virus R0 qui était descendu très bas, à 0,56 au 19 juin 2021, était à 1,1 au 3 juillet 2021 (un taux supérieur à 1 montre que l’épidémie progresse vite, une personne contaminée en contamine plus d’une autre, c’est l’engrenage d’une hausse exponentielle, une suite géométrique à raison supérieure à 1). Mécaniquement, le taux de positivité, qui avait dégringolé jusqu’à 0,76% au 26 juin 2021, est remonté, à 1,04% au 6 juillet 2021. Cet indicateur permet de se rendre compte si le nombre absolu des nouveaux cas est pollué par une variation importante du nombre de tests effectués.

Aujourd’hui, il n’y a rien qui laisserait penser que cette évolution à la hausse va s’interrompre. Au contraire, vu la progression du variant delta, bien plus contaminant que le variant alpha, et vu aussi le relâchement général dans la population, un relâchement que personne ne reprochera car nous avons besoin aussi de souffler, de nous sentir hors d’atteinte, tout laisse entendre que la tendance va continuer à la hausse, et la catastrophe ne sera pas pour la fin de l’été, mais beaucoup plus tôt, dans quelques semaines, si aucune nouvelle mesure n’est prise, d’où la raison de l’intervention présidentielle.

Parallèlement, on observe que la situation à l’hôpital ne cesse de s’améliorer. Le nombre de décès continue encore à baisser. Il était de 18 décès le 9 juillet 2021, mais là encore, il vaut mieux prendre une moyenne quotidienne sur une semaine, ce qui donne une moyenne de 25 décès par jour, soit une baisse de 16% par rapport à la semaine précédente. Sur le nombre de patients en réanimation, cela continue toujours de baisser : on était à 953 le 9 juillet 2021, on est passé en dessous des 1 000 patients en réanimation pour coivd-19 le 7 juillet 2021, cela correspond à un taux d’occupation des lits de réanimation de 18,8% au 9 juillet 2021, ce qui est très faible. Même tendance encore sur les hospitalisations toujours à la baisse (7 275 au 9 juillet 2021).

Mais attention à l’aveuglément : j’ai écrit plus haut qu’il y a un décalage de plusieurs semaines entre nouveaux cas, hospitalisations et décès. Par conséquent, il n’est pas sûr que cela continuera à baisser.

Pire, tout laisse entendre que cela va remonter dans les prochaines semaines. L’exemple est facile à prendre, c’est celui de la Grande-Bretagne qui est en avance de plus d’un mois par rapport à la France. Où en est-elle ? Ce 9 juillet 2021, il y a eu 35 707 nouveaux cas de covid-19, c’est énorme ! En moyenne quotidienne sur sept jours, cela donne 28 000, avec une augmentation de 36% par rapport à la semaine précédente. Il est faux de dire que cela n’a pas d’incidence sur les décès. Hélas, on le voit maintenant : il y a une hausse de 53% des décès par rapport à la semaine dernière. Désormais, il y a plus de décès chaque jour au Royaume-Uni qu’en France, et cela malgré une meilleure couverture vaccinale. Cette hausse des décès est très récente. Ce n’était pas le cas il y a un mois, toujours à cause de l’inertie du virus, mais il ne faut pas surajouter l’inertie des esprits : l’épidémie évolue vite et il faut prendre en compte rapidement ces changements de tendance.

Concrètement, les autres pays européens ont le même problème que la France ou la Grande-Bretagne. L’Espagne subit une augmentation de 115% par rapport à la semaine dernière du nombre de cas (21 879 nouveaux cas le 9 juillet 2021), le Portugal de 43%, et comme je l’indiquais plus haut, cela fait quelques jours que la tendance à la baisse s’est retournée à la hausse en Italie (augmentation de 24% en une semaine), en Belgique (augmentation de 47% en une semaine) et en Allemagne (augmentation de 10% en une semaine).

Il faut écouter le professeur Gilbert Deray le mercredi 7 juillet 2021 dans l'émission de David Pujadas sur LCI, où il fait humblement ce genre de constat. Sur la vidéo ci-dessous, à partir de la vingt-deuxième  minute.





Toutes ces observations, accessibles à tout le monde en raison de la grande transparence de toutes les données sanitaires nationales et internationales, montrent que c’est comme si l’on voit au loin, à l’horizon, une forte vague de tsunami. Elle n’est pas encore sur nos côtes et la question est de savoir si nous pouvons la stopper ou pas.

À qui la faute ? La question est stupide, mais des médias et même des responsables politiques osent la poser. Ce n’est sûrement pas la faute du gouvernement français, puisque cette tendance est au moins européenne. C’est une tendance générale d’évolution de l’épidémie (qui montre que le virus n’est pas du tout saisonnier, mais cela, on le savait déjà). La responsabilité des gouvernements, elle est dans la réponse à apporter, dans la rapidité de la réponse et avant même, dans le bon diagnostic à réaliser.

Si l’on fait des comparaisons internationales de gestion de la crise sanitaire, on pourrait constater par exemple que sur le nombre de décès total, la France, avec pourtant 111 302 décès dus au covid-19 (sur plus de 4 millions de décès dans le monde, ce seuil a été franchi le 5 juillet 2021 ; cela a doublé depuis le 14 janvier 2021), est passée de la septième place à la dixième, la Colombie venant de "dépasser" (entre guillemets car ce n’est pas une course de chevaux). Dans un classement moins macabre, la France est parmi les six pays qui font le plus de tests de dépistage, avec près de 96 millions de tests au total (soit 1,5 test par habitant).

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Si l’éventualité d’une quatrième vague était encore douteuse il y a une semaine, elle est désormais certaine aujourd’hui. Dans quelques jours, le nombre de nouveaux cas va dépasser le seuil de 5 000 par jour, seuil limite de maîtrise de l’épidémie. Si l’on suit l’évolution britannique, nous risquons de nous retrouver dans une situation proche du mois d’avril 2021.

C’est encore un peu trop tôt pour quantifier son impact, mais la vaccination semble avoir des effets heureux sur les conséquences d’une contamination, ce qui se traduit par moins de formes graves et moins de décès pour un même nombre de contaminations que dans le cas de la situation d’avant-vaccin.

Il est clair que l’une des mesures essentielles, c’est donc de continuer la campagne de vaccination pour augmenter le taux de protection de la population. Mais c’est insuffisant (j’y reviendrai plus précisément dans un autre article). Il faut aussi prendre d’autres mesures collectives pour empêcher le tsunami. Cela signifie, hélas, un retour en arrière dans le déconfinement. C’est probablement l’objet de la prochaine allocution présidentielle.

Il ne faut jamais oublier : une épidémie est un phénomène collectif. Si on vit cloîtré sans jamais voir d’autres personnes, on ne sera pas contaminé et surtout, on ne fera pas circuler le virus, et donc, le faire vivre. C’est donc logique que la réponse soit collective aussi. Même la vaccination est une réponse collective, pas seulement individuelle. Ceux qui ne comprennent pas encore cela après dix-huit mois de cauchemar veulent inconsciemment que celui-ci perdure. Ce n’est pas mon cas, et j’espère donc que les décisions qui seront annoncées  par le gouvernement seront à la mesure de l’enjeu d’aujourd’hui. L’idée n’est pas de sauver les vacances, l’idée est de sauver le pays. Cela demande des décisions fortes, simples et rapides.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 juillet 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron face à la 4e vague (1).
SARS-CoV-2 variants of concern and variants under investigation in England, Technical briefing 17, Publlic Health England, 25 juin 2021 (à télécharger).
Bosetti et al., Epidemiology and control of SARS-CoV-2 epidemics in partially vaccinated populations ; a modeling study applied to France, Institut Pasteur, 28 juin 2021 (à télécharger).
Covid-19 : Où en est l’épidémie en France ? Et faut-il avoir peur du variant delta ?
Covid-19 : la divine surprise.
Vive le déconfinement, mais attention au relâchement !
Covid-19 : passe sanitaire et obligation vaccinale.
Dénigrements du vaccin Pfizer sur le Web : une origine russe ?
Plus de 20 millions de Français vaccinés : et moi et moi et moi.
Covid-19 : le passe sanitaire né dans la douleur en France.
Levée des brevets des vaccins anti-covid-19 : de la théorie à la pratique.
La balance bénéfices-risques du vaccin d’AstraZeneca.
Covid-19 : 100 000 décès en France, 1 million en Europe.
Le vaccin russe Sputnik V.
Témoignage : au cœur d’un centre de vaccination contre le covid-19.
Origine du coronavirus SARS-CoV-2 : détecté et en circulation en France depuis le 5 novembre 2019 ?
La technologie à ARN messager de Katalin Kariko.
Pandémie de covid-19 : plus de 2 millions de décès et une poignée de néo-négationnistes.
7 questions sur les vaccins contre le covid-19.
Covid-19 : vaccins et informations parcellaires.
La lune de Jupiter.
Faudra-t-il rendre obligatoire le futur vaccin contre le covid-19 ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210709-covid-dn-quatrieme-vague.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/emmanuel-macron-face-a-la-4e-vague-234151

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/07/05/39046148.html










 

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