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13 août 2021 5 13 /08 /août /2021 03:23

« Après la bombe atomique, il restera les cafards et… Marie-Noëlle Lienemann ! » (Jean-Luc Mélenchon, 1er février 2011).



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Pas vraiment gentil, "le" Jean-Luc Mélenchon, pour son ancienne camarade du parti socialiste, il y a dix ans… et pourtant, qui ne se rappelle pas la grande union de l’aile gauche du PS, ce trio si connu : Jean-Luc Mélenchon, Julien Dray et Marie-Noëlle Lienemann, qu’on aurait pu appeler le clan des Essonniens ? Marie-Noëlle Lienemann, elle, fête ses 70 ans le lundi 12 juillet 2021 (elle est née à Belfort). L’ancienne jeune étudiante de Normale Sup. Cachan, spécialisée en chimie, a eu une carrière assez étonnante et un peu brouillonne, pour ne pas dire chaotique. Sa formation en science (elle a même été prof de physique dans quelques collèges avant d’enseigner à l’IUFM et au CNAM) pourrait cependant la parer d’atours sympathiques (il y a assez peu de scientifiques parmi les responsables politiques, à part les médecins).

À 20 ans, Marie-Noëlle Lienemann s’est engagée au sein du PS, elle y est entrée à l’occasion du (fameux) congrès d’Épinay en juin 1971 par la face chevènementiste (proche du CÉRÈS). Elle fut désignée deux ans plus tard au secrétariat national, chargée des étudiants. Très étrangement, elle a rejoint Michel Rocard, ancien candidat du PSU à l’élection présidentielle de 1969, lorsque ce dernier a intégré le PS en 1974. Pour l’élection présidentielle de 1981, elle a donc soutenu la candidature de Michel Rocard au détriment de François Mitterrand, mais deux ans après l’élection de ce dernier, elle s’est éloignée de Michel Rocard et a commencé à batailler au sein des congrès socialistes pour s’opposer à ce qu’elle considérait comme la "dérive gestionnaire" du PS.

À 32 ans, la voici donc cosignataire d’une motion qui s’est opposée à la "rigueur" qui a obtenu 4,7% des mandats (349 mandats) au congrès du PS à Bourg-en-Bresse en octobre 1983. Les deux autres cosignataires, deux rocardiens aussi, le sociologue et député Jean-Pierre Worms et Alain Richard, actuellement sénateur macroniste après avoir été le très long Ministre de la Défense sous Lionel Jospin (pendant cinq ans) et un fidèle rocardien pendant plus d’une cinquantaine d’années. Face à cette motion dissidente, deux autres motions : une de Jean-Pierre Chevènement (CÉRÈS) avec 18,1% des mandats, et la motion majoritaire de Lionel Jospin et Jean Poperen (numéro un et numéro deux du PS), avec 77,2% des mandats.

Excellente connaisseuse du fonctionnement complexe du parti socialiste qui fourmillait de courants et de motions, en se distinguant ainsi avec une motion dissidente qui avait eu du poids en interne, elle a pu renforcer sa position au sein du PS, et donc, sa carrière électorale… car elle avait déjà des mandats électifs en Essonne.

De mars 1977 à mars 1989, Marie-Noëlle Lienemann fut effectivement élue maire adjointe de Massy, dans l’équipe du député socialiste Claude Germon (maire). On peut d’ailleurs citer un autre adjoint de l’époque, Jean-Luc Mélenchon. De mars 1979 à septembre 1988, elle fut également élue conseillère générale de Massy (Jean-Luc Mélenchon fut lui aussi conseiller général un peu plus tard).

Son initiative du congrès de Bourg-en-Bresse fut récompensée par la direction du PS puisqu’elle fut élue députée européenne de juin 1984 à juin 1988, placée en dix-neuvième position sur la liste menée par Lionel Jospin (premier secrétaire du PS).  Elle a quitté le Parlement Européen en 1988 pour entrer au Palais-Bourbon.

Son ascension s’est en effet poursuivie par sa candidature à la septième circonscription de l’Essonne et son élection comme députée PS en juin 1988 jusqu’à sa nomination au gouvernement en 1992. Par ailleurs, si elle a quitté ses responsabilités municipales de Massy, c’était pour se faire élire maire d’Athis-Mons, en Essonne, de mars 1989 à mars 2001.

Assurément, elle a réussi à s’implanter électoralement dans l’Essonne, aidée d’un mandat européen par son influence interne au PS. Au (fameux) congrès de Rennes en mars 1990, Marie-Noëlle Lienemann a défendu sa propre motion, nommée Sesame : Sensibilité européenne socialiste autogestionnaire mondialiste écologistes. Sa motion s’est retrouvée classée dernière, avec 0,7% des mandats (47), derrière l’avant-dernière motion, soutenue par Julien Dray et Jean-Luc Mélenchon, 1,4% des mandats (97). Le parti socialiste était alors très profondément divisé entre les pro-Jospin (28,9% des mandats), les pro-Fabius (28,8%), les pro-Rocard (24,3%) et les pro-Chevènement (8,5%), sans oublier la motion de Jean Poperen et Jean-Marc Ayrault (7,2%). Elle s’est alors ralliée au courant de …Laurent Fabius.

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En 1991, Marie-Noëlle Lienemann a rejoint Julien Dray et Jean-Luc Mélenchon dans le courant "Gauche socialiste" créé en 1988. Ce courant qui se voulait être l’aile gauche du PS, s’est opposé à l’esprit d’ouverture des gouvernement de Michel Rocard, et aussi à la guerre du Golfe (le 6 février 1991). Parmi ses membres, on peut citer Gérard Filoche, ancien militant de la LCR. Ce courant a été pendant les années 1990 à un niveau interne, au sein du PS, entre 5% et 10% des mandats, présentant à chaque congrès sa motion. Malgré son poids assez faible en nombre de mandats, ce courant avait un rôle important au sein du PS car il contrôlait à la fois le syndicat étudiant du PS (l’UNEF-ID) et l’association très active SOS-Racisme (son vice-président Julien Dray a obtenu de François Mitterrand une circonscription dans l’Essonne en 1988 pour ces services rendus). C’étaient des organisations dans lesquelles le PS pouvait recruter ses futurs candidats.

Dans la perspective des futures élections législatives (prévues en mars 1998), Lionel Jospin redevenu le patron du PS a fait travailler des groupes pour le projet du PS. En  novembre 1996, Marie-Noëlle Lienemann s’est retrouvée ainsi aux côtés de Dominique Strauss-Kahn et de Vincent Peillon pour travailler sur la croissance et l’emploi.

La Gauche socialiste s’est renforcée au fil des congrès jusqu’au congrès de Grenoble en novembre 2000 où elle a obtenu 13,5% des mandats. Elle s’est disloquée en 2002 après l’échec de Lionel Jospin, Jean-Luc Mélenchon s’étant éloigné pour créer un autre courant avec Henri Emmanuelli, Julien Dray rejoignant François Hollande (comme Marie-Noëlle Lienemann) puis Ségolène Royal, et le reste du courant s’étant fondu au Nouveau parti socialiste, nouveau courant créé par Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et Benoît Hamon qui furent concurrents lors de la dernière élection présidentielle (à la primaire du PS en janvier 2017).

Mais j’avance trop vite dans le temps car Marie-Noëlle Lienemann a d’abord eu une première consécration en 1992, après une expérience de (déjà) quinze ans de mandats locaux et nationaux : elle fut nommée par François Mitterrand Ministre déléguée au Logement et Cadre de vie dans le gouvernement de Pierre Bérégovoy,  du 2 avril 1992 au 29 mars 1993. Comme ministre, elle s’est opposée à certains maires socialistes de son propre département, comme Jacques Guyard (Évry) et même son ancien parrain qui lui avait mis le pied à l’étrier, Claude Germon (Massy).

À quelques mois des élections législatives de mars 1993 où le PS est annoncé comme laminé, le 22 octobre 1992, Marie-Noëlle Lienemann a répondu dans un entretien écrit qu’elle pensait que le PS avait fait son temps, ce qui laissait un arrière-goût de rats qui quittaient le navire. En tout cas, son action comme ministre ne fut guère concluante puisqu’elle a été battue par le candidat RPR aux élections législatives de mars 1993 (et elle a été à nouveau battue en juin 1997). Elle a été cependant réélue dès le premier tour en juin 1995 maire d’Athis-Mons.

À l’initiative de Michel Rocard (premier secrétaire du PS) dans le cadre de sa future campagne présidentielle, des assises de la transformation sociale ont eu lieu le 6 février 1994, organisées par Lionel Jospin avec l’objectif de fédérer la gauche. Marie-Noëlle Lienemann y participait et voici la réaction de Michèle Cotta dans ses "Cahiers secrets" : « Elle est éloquente, avec une puissance dans l’art oratoire assez rare chez une femme, en énumérant les cinq objectifs concrets qu’elle propose : la réduction du temps de travail à 35 heures, la taxation du capital, le renforcement de l’État, un nouveau mode de développement, un blocage de la pesée technocratique. ».

Présente prudemment sur la liste européenne de juin 1994 (menée par Michel Rocard), elle fut déclarée élue députée européenne après la nomination de Pierre Moscovici au gouvernement en juin 1997, et Marie-Noëlle Lienemann fut réélue députée européenne en juin 1999, cette fois-ci en huitième position sur la liste menée par François Hollande (elle fut élue vice-présidente du Parlement Européen).

Réélue au second tour maire d’Athis-Mons en mars 2001, elle démissionna de son mandat car en raison de sa nomination, souhaitée par le Premier Ministre Lionel Jospin, comme Secrétaire d’État au Logement du 27 mars 2001 au 6 mai 2002 (pendant que son collègue essonnien Jean-Luc Mélenchon était lui-même ministre délégué).

En juin 2002 (après l’échec de Lionel Jospin), Marie-Noëlle Lienemann a fait deux erreurs : elle n’a pas voulu se représenter en Essonne car elle avait été battue déjà deux fois. Elle a voulu donc se parachuter dans le Pas-de-Calais dans une circonscription plus favorable à la gauche, à Béthune, mettant en émois les militants locaux qui soutenaient une autre personnalité socialiste. Finalement, Marie-Noëlle Lienemann a été battue dans un scrutin assez serré. L’autre erreur, c’était d’avoir chargé Lionel Jospin alors qu’elle avait été elle-même une de ses ministres.

En mai 2005, Marie-Lienemann a milité pour le non au référendum sur l’Europe, aux côtés de Manuel Valls, Paul Quilès, André Laignel et Jean-Pierre Balligand. Au congrès du PS au Mans en novembre 2005, elle a soutenu la motion de Laurent Fabius (21,2% des mandats) comme l’ont fait Jean-Luc Mélenchon, André Laignel et Alain Vidalies (futur ministre), jusqu’à sa candidature à l’élection présidentielle de 2007. Au congrès de Reims en novembre 2008, elle a soutenu la motion de Benoît Hamon.

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Petit à petit, elle a retrouvé de nouveaux mandats dans le Pas-de-Calais. Elle s’est fait élire conseillère régionale du Nord-Pas-de-Calais de mars 2004 à mars 2010, bombardée vice-présidente du conseil régional présidé par Daniel Percheron, chargée de la formation professionnelle. Trois mois plus tard, elle a été réélue député européenne (mandat qu’elle avait quitté en 2001, lors de son entrée au gouvernement) dans un scrutin de grandes régions, numéro deux de la liste menée par Henri Weber. N’étant pas réélue à Strasbourg, elle fut nommée membre du Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) de 2009 à 2011, le temps de retrouver un autre mandat parlementaire.

Un peu auparavant, en mars 2008, elle fut élue maire adjointe à Hénin-Beaumont, la fameuse ville qui a été conquise en mars 2014 dès le premier tour par le vice-président du FN Steeve Brivois (futur suppléant de Marine Le Pen). Entre 2008 et 2014, il y a eu trois maires socialistes successifs. Marie-Noëlle Lienemann démissionna le 26 mai 2009 après avoir été écartée de la municipalité le 6 avril 2009 (à la suite de ses critiques contre le maire socialiste, aux comptes jugés "insincères").

En 2010, Marie-Noëlle Lienemann n’avait plus aucun mandat électif (ni parlementaire nationale ou européenne, ni conseillère municipale, ni conseillère régionale). Elle chercha une autre zone d’atterrissage électoral. Elle a pensé à se présenter au conseil régional d’Île-de-France en Seine-et-Marne en mars 2010 et aussi à la mairie d’Amiens en mars 2014.

Finalement, en septembre 2011, Marie-Noëlle Lienemann a quitté le Pas-de-Calais, pas plus accueillant que l’Essonne et s’est fait élire plus confortablement sénatrice socialiste de Paris (en quatrième place d’une liste d’union de la gauche). Elle a été réélue en septembre 2017 sur la liste socialiste et a été élue vice-présidente du Sénat du 4 octobre 2017 au 1er novembre 2018.

Marie-Noëlle Lienmann a eu des velléités de se présenter à la primaire du PS en janvier 2017 mais finalement y a renoncé faute de soutiens et elle a soutenu la candidature de Benoît Hamon dont elle est devenue une collaboratrice.

Olivier Faure fut élu à la tête du PS en mars 2018. Après plus de quarante-sept ans de militantisme au sein de ce parti, Marie-Noëlle Lienemann a quitté le PS le 13 octobre 2018, avec l’adversaire d’Olivier Faute, le député européen Emmanuel Maurel, et quelques autres socialistes, comme Gaétan Gorce. Elle s’est rattachée au groupe communiste au Sénat (et à FI sur le plan financier).

Le 18 octobre 2018, elle a cofondé la (future) Gauche républicaine socialiste avec Emmanuel Maurel, Bastien Faudot (MRC), avec la fusion le 2 février 2019 du Mouvement républicain et citoeyn (MRC) présidé par Jean-Luc Laurent (parti qui avait été créé par Jean-Pierre Chevènement dans les années 1990). Ce nouveau groupuscule politique a fait alliance avec FI pour les élections européennes de mai 2019 (ce qui a permis à Emmanuel Maurel de rester député européen, placé sur la liste de Manon Aubry). Caroline Fiat, députée FI de Meurthe-et-Moselle, est également proche de ce nouveau parti qui a fait deux journées d’union à gauche les 21 et 22 novembre 2020 où sont intervenus Fabien Roussel, François Ruffin, Arnaud Montebourg et Yannick Jadot (par vidéoconférence).

La trajectoire de Marie-Noëlle Lienemann apparaît ainsi illisible, cherchant apparemment à tout prix à collectionner des mandats de toutes sortes un peu partout en France, quand l’occasion se présentait à elle, et n’hésitant pas à "trahir" son parti pour se rapprocher des communistes. Certains ne semblent décidément pas avoir le sens de l’histoire…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 juillet 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Laurent Fabius.
Louis Mermaz.
Marie-Noëlle Lienemann.
Jean-Luc Mélenchon.
Danièle Obono.
François Ruffin.
François Mitterrand.
François de Grossouvre.
Le congrès de la SFIO à Tours du 25 au 30 décembre 1920.
Le congrès du PS à Épinay-sur-Seine du 11 au 13 juin 1971.
Le congrès du PS à Metz du 6 au 8 avril 1979.
Le congrès du PS à Rennes du 15 au 18 mars 1990.
Le congrès du PS à Reims du 14 au 16 novembre 2008.
Édith Cresson.
Pierre Joxe.
Patrick Roy.
Raymond Forni.
Georges Frêche.
Bernard Tapie.
Michel Delebarre.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210712-marie-noelle-lienemann.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/marie-noelle-lienemann-vive-le-234097

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/07/02/39040277.html









 

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