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16 juillet 2021 5 16 /07 /juillet /2021 02:39

« En moi circule le sang d’une meilleure époque, à travers le siècle présent j’erre comme un somnambule. » (Paul Klee).



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C’est sûr que lorsqu’on est multimillionnaire, on peut tout se permettre, on peut tout acheter. Ceux de l’ancienne génération, c’étaient villas, yachts, œuvres d’art (défiscalisées), jet set, vignobles… Les plus téméraires investissaient dans des entreprises en manque de fonds propres, voire aidaient des jeunes créateurs. Mais quand tu as des milliards ? Eh bien, la mode des GAFAM, c’est de créer ses propres industries : centre de recherche contre le cancer, studios de cinéma, etc. et maintenant, pourquoi pas ? une agence spatiale privée. Le "maintenant" est un peu trop rapidement écrit par moi, puisque Blue Origin, la société spatiale créée par Jeff Bezos, le fondateur du site Amazon, devenu milliardaire, elle a été créée en septembre 2000. Cela ne date pas d’aujourd’hui.

Il a donc fallu près de vingt et un ans de développement et la collaboration de 2 000 salariés directs, sans compter tous les prestataires externes, pour acquérir une compétence qui était jusque-là réservée aux États : être capable d’envoyer des humains dans l’Espace. Même l’Europe ne l’a jamais fait, malgré sa grande expérience de l’Agence spatiale européenne (ESA) et de l’aventure du lanceur Ariane.

Quand on a de l’argent, on peut tout se permettre, même les rêves les plus fous. Les multinationales tentaculaires et planétaires sont aussi puissantes que des États, et d’ailleurs, il serait intéressant à concevoir que n’importe quel milliardaire pourrait se payer une armée personnelle pour prendre politiquement le pouvoir à un endroit du monde peu défendu militairement. Leurs motivations restent cependant plus économiques que politiques : se faire de l’argent !

C’est vrai que Jeff Bezos s’est fait doubler par Virgin Galactic, la société spatiale d’un autre milliardaire, Richard Branson, fondateur de Virgin, qui a fait un vol suborbital le 12 juillet 2021. Mais je pense que les deux essais n’ont pas grand-chose à voir sinon un choc des titans milliardaires qui veulent voir la Terre de loin. Et dans ce domaine, c’est quand même Elon Musk et sa société SpaceX qui a un temps d’avance puisqu’elle a été choisie par la NASA pour la suppléer.

L’actualité est plutôt déprimante en ce moment, et en France, ce mardi 20 juillet 2021, elle l’est particulièrement avec la confirmation de la brutale reprise épidémique, plus de 18 000 nouveaux cas en une seule journée, un taux de reproduction de l’ordre de 2, énorme… Alors, suivons ces milliardaires et rêvons avec eux. Le temps d’un article. Avant de rouvrir les yeux sur une réalité que j’évoquerai plus tard.

Ce qui s’est passé à 15 heures 12 (heure de Paris), ce mardi 20 juillet 2021, jour anniversaire du premier pas humain sur la Lune, n’était pas vraiment un exploit : à peine onze minutes seulement, une simple parabole. Je t’envoie en l’air, sorte d’ascenseur stratosphérique, je plafonne à 351 210 pieds (les ingénieurs américains ne sont toujours pas capables d’utiliser des unités en système international), cela doit faire exactement 107,049 kilomètres d’altitude (on dit qu’on est dans l’Espace à partir de 100 kilomètres, mais en pieds, d’autres disent que la limite est à 85 kilomètres). Donc, en gros, on envoie une forte poussée sur une capsule, on la pousse très haut puis elle retombe.

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En lui-même, cet essai n’a pas été plus un exploit que celui de Youri Gagarine le 12 avril 1961. Du reste, le lanceur utilisé est appelé "New Shepard", du nom du célèbre astronaute Alan Shepard, le premier Américain à être allé dans un vol habité le 5 mai 1961, trois semaines après Gagarine. Il a aussi commandé la mission Apollo 14 et a marché sur la Lune. Un sacré héros. Jeff Bezos sait baptiser ses fusées. La prochaine s’appelle déjà "New Glenn", en référence au collègue d’Alan Shepard, John Glenn, véritable premier Américain a être allé dans l’Espace, qui sera un plus gros lanceur. La mission du 20 juillet 2021 était nommée Blue Origin NS-16 (16e vol de New Shepard). Le décollage a eu lieu depuis Van Horn, dans l’extrême partie occidentale du Texas.

Mais je n’arrive pas vraiment à être un provocateur en disant que ce n’est qu’un saut de pomme de Newton (à trajectoire parabolique). Parce que la technologie est finalement assez novatrice, suffisamment pour être saluée.

Le lanceur et la capsule où se trouvaient les passagers se sont désolidarisés presque au sommet de la trajectoire. Aucun n’a été détruit (heureusement pour la capsule). Le lanceur a pu revenir à son point de départ (à quelques dizaines de centimètres, peut-être mètres ?) grâce à des jets de rétropropulsion. Cette technologie a aussi été utilisée pour l’atterrissage de la capsule, qui a été d’abord freinée par trois parachutes, puis par des jets de rétropropulsion pendant 2 secondes juste avant le contact au sol. Tout s’est passé avec douceur, une maîtrise parfaite des accélérations et des énergies. Avant ce vol, il y a déjà eu quinze vols de New Shepard, sans aucun passager, qui ont été de grands succès techniques (du 29 avril 2015 au 14 avril 2021).

De plus, cette mission était écolo-compatible, ce qui peut étonner, au contraire de la mission de Richard Branson. En effet, le lanceur et la capsule ne sont pas détruits et sont réutilisables pour d’autres missions (comme les navettes spatiales), ce qui est nouveau pour le lanceur, et l’énergie est de l’hydrogène qui ne pollue pas et ne produit que de la vapeur d’eau. Bien sûr, la question de la production d’hydrogène reste toujours en suspens, mais globalement, tout était recyclable dans cette mission (sauf peut-être les parachutes, puisque Jeff Bezos en a offert un morceau à l’un de ses coéquipiers).





C’est donc bien un exploit technologique. C’est aussi un exploit humain. Pouvoir envoyer des humains dans l’Espace, c’est aussi une folle entreprise privée : il n’y a qu’aux États-Unis que c’est possible. Pourtant, il n’y a pas qu’aux États-Unis qu’il y a des milliardaires. Elon Musk, Richard Branson et Jeff Bezos montrent un nouveau profil du capitalisme mondial : des explorateurs en plus de redoutables managers.

Je l’ai écrit, l’une des motivations de Jeff Bezos est son rêve d’aller dans l’Espace. Une autre est de faire de l’argent : son objectif commercial est de proposer aux touristes d’aller dans l’Espace. Cela n’apporte rien à la science et sans doute beaucoup au prestige de Jeff Bezos (et peut-être moins de bénéfices qu’imaginés ? car est-ce que le modèle économique est rentable ?), un peu à l’instar d’un vol du Concorde qui ne faisait qu’une boucle sans intérêt de Roissy à Beauvais (alors que le Concorde avait son intérêt lorsqu’on voulait faire en urgence le trajet Paris-New York).

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Jeff Bezos a voulu embarquer avec son jeune frère Mark (qui a été le commandant de cette mission) et il restait deux places (en fait, la capsule de 15 mètres cubes pourrait contenir six passagers). La troisième place a été mise aux enchères et remportée pour 28 millions de dollars, mais l’heureux bénéficiaire (anonyme) avait piscine le jour du décollage et a laissé sa place au jeune Néerlandais Oliver Daemen qui est désormais le plus jeune astronaute à être allé dans l’Espace dans l’histoire de l’exploration spatiale. En effet, étudiant en physique de l’Université d’Utrecht, il n’avait pas encore 18 ans au moment du vol (il est né le 20 août 2003). C’est son père qui a payé le très coûteux ticket du voyage.

La quatrième place fut pour l’aviatrice Wally Funk, qui, à 82 ans (elle est née le 1er février 1939), a battu le record de John Glenn de la personne la plus âgée dans l’Espace. Elle avait été sélectionnée comme astronaute dans le groupe Mercury 13 en février 1961 (elle n’avait que 22 ans) mais n’avait jamais eu l’occasion de voler alors qu’elle était meilleure que les hommes aux tests. Son vol à 82 ans n’était donc qu’un juste retour des choses, certes tardif, la reconnaissance de cette grande dame qui n’a jamais manqué de courage ni de détermination, et qui avait déjà fait 19 000 heures de vol aérien à son actif (elle avait payé pour aller dans le vaisseau de Virgin Galactic).





Bien que "touristes", installés devant de gros hublots pour bien voir la Terre petite (que Jeff Bezos a trouvée très fragile) et voir une partie obscure de l’Espace au-delà du ciel, ces quatre voyageurs d’un nouveau genre de la compagnie Blue Origin ont reçu un entraînement intensif et n’ont pas manqué de courage, c’est-à-dire de confiance envers les équipes techniques. Les passagers ont subi une accélération de 3 G à la montée et de 5 G à la descente. Aucun n’a vomi !

Actuellement, la Chine s’est beaucoup développée en matière de politique spatiale. Non seulement le pays de Xi Jinping a assuré de nombreux vols habités, mais il a construit sa propre station spatiale permanente. La Russie de Vladimir Poutine a aussi choisi d’investir massivement dans la défense spatiale en mettant au point des missiles capables de détruire des satellites, au point d’inquiéter sérieusement l’OTAN lors du sommet de Bruxelles du 14 juin 2021. L’Inde, Israël, et l’Europe sont aussi dans la compétition. Entre autres.

Finalement, les États-Unis manquent de projet potentiellement fédérateur comme le furent le programme Apollo et le programme des navettes spatiales. Ils ne sont même plus capables d’assurer un vol régulier vers la station spatiale internationale (ISS) et ont dû faire appel à SpaceX pour cela. Nul doute que l’initiative privée prendra pleinement sa place dans les futures ambitions spatiales des Américains qui auront probablement ce titre à la Tintin : "On a marché sur Mars"…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 juillet 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’exploit de Blue Origin, la fabrique du tourisme spatial écolo-compatible.
John Glenn.
Michael Collins.
Atterrissage de la navette Atlantis le 21 juillet 2011.
SpaceX en 2020.
Thomas Pesquet.
60 ans après Vostok 1.
Youri Gagarine.
Spoutnik.
Rosetta, mission remplie !
Le dernier vol des navettes spatiales.
André Brahic.
Les petits humanoïdes de Roswell…
Evry Schatzman.
Le plan quantique en France.
Apocalypse à la Toussaint ?
Le syndrome de Hiroshima.
L’émotion primordiale du premier pas sur la Lune.
Stephen Hawking, Dieu et les quarks.
Les 60 ans de la NASA.
La relativité générale.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210720-jeff-bezos.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/07/23/39068805.html




 

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