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25 août 2021 3 25 /08 /août /2021 03:51

« À ses obsèques, tout le monde de la culture française est là, de Michel Piccoli à Nathalie Baye, de Patrice Chéreau à Claude Lelouch. Et leur peine est sincère. Chacun comprend que c’est la mort d’un "clown triste". Plus que la disparition du corps, c’est celle de l’esprit qui me frappe. L’esprit et la culture d’un homme qui lisait Homère dans le texte. Un artiste ne part jamais seul. Il emporte avec lui tout ce qu’il a créé et ceux qui l’ont accompagné. » (François Léotard, le 26 juillet 2017).



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Ce que raconte François Léotard de son grand frère, interrogé par Maryvonne Ollivry pour "Paris Match", sera toujours accompagné d’une certaine dose d’amertume et d’angoisse. C’était il y a vingt ans, le 25 août 2001, Philippe Léotard, l’acteur et aussi, sur le tard, le chanteur, est mort à Paris d’une insuffisance respiratoire après deux mois d’hospitalisation. Il allait avoir 61 ans (né le 28 août 1940 à Nice). C’était beaucoup trop tôt pour partir. C’est toujours trop tôt.

Pour François Léotard, énarque promis aux plus hautes sphères de l’État dans les années 1980, Matignon voire l’Élysée, c’était le dernier signal pour interrompre complètement sa carrière politique qui ne brillait déjà plus beaucoup à la fin des années 1990. Il avait "vengé" leur père, maire de Fréjus (depuis 2014, le maire est RN), injustement accusé d’avoir été responsable d’une terrible catastrophe (la rupture du barrage de Malpasset, le 2 décembre 1959, qui a fait 423 victimes), mais il s’était lassé de tous ces jeux de rôles politiciens, ces batailles d’ego, ces postures dérisoires, face à la vie et à la mort.

Son frère, lui, avait choisi l’émotion, le rire, les larmes, la culture, la liberté : « Tu sais, la victoire et la défaite, c’est pareil : ça se traduit par des larmes. ». Il était capable de jouer un peu tous les rôles, mais celui du paumé ou de l’éclopé de la vie devenait de plus en plus adapté, comme dans "Tchao Pantin" de Claude Berri avec Coluche (sorti le 21 décembre 1983), où il joue le rôle d’un inspecteur de police un peu terre brûlée. C’est ce que disait Claude Nougaro de lui le 16 septembre 1996 : « J’aime les grands brûlés. (…) J’aime les grands acteurs avec un seul rôle, celui de leur vie à tenir, à claquer, à brandir. (…) J’aime (…) ceux qui savent que la seule liberté que nous possédons, c’est de choisir ses barreaux. J’aime les poètes. » (Claude Nougaro a écrit les paroles de certaines chansons qu’il interprétait).

On pouvait comprendre l’homme avec cette phrase écrite en 1992 : « On ne me fera pas envier celui qui a eu raison sans aimer. » ("Pas un jour sans une ligne", éd. Les Belles Lettres). Et en 1997, avec cette forme de désespérance : « À un âge qui n’est plus pour moi la jeunesse, dans une ville qui n’est plus Paris, je n’espère de l’amitié des autres qu’une seule chose : la prochaine fois qu’un homme pleurera seul et nu dans une cave, que ce ne soit pas moi. » ("Clinique de la raison close", éd. Les Belles Lettres).

Ses amis Patrick Dewaere et Coluche avaient déjà pris la tangente : « La vie ment au songe. Mes amis partis, je me moque de moi. » ("Portrait de l’artiste au nez rouge", éd. Les Belles Lettres, 1988). Et lui était toujours au bord du vide, entre justement cette liberté et l’enfer de la dépression et des addictions, alcool et drogues, au bord d’un précipice parfois joyeux. La cocaïne : « Je ne crois pas que j’écrirais sans elle. (…) Elle est honnête, comme une vraie s@lope. Elle fait bander ma tête, pour le prix de mon sang. » (1997). Par provocation, quand son frère était Ministre de la Défense, lui se proclamait ministre de la défonce. Et quand il disait cela, François Léotard n’avait pas honte même si cela pouvait le gêner politiquement. Il admirait trop son frère.

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Une fratrie de sept enfants. Philippe était le troisième, mais le premier garçon, François le suivant, dix-neuf mois plus jeune. Philippe Léotard a étudié au lycée Henri-IV à Paris, il aurait pu être reçu à Normale Sup., il a poursuivi des études de lettres, a donné des cours de français et de philo. Saltimbanque et cultivé, l’air de rien. Grand séducteur, il était capable aussi de laisser filer son imagination et de raconter des histoires avec une force de persuasion inégalable. Ses yeux à peine ouverts, contraints par d’énormes paupières retombantes et des sourcils qui feraient la joie des caricaturistes, et ce sourire qui transperçait toutes les digues.

Il a commencé par faire du théâtre quand il était étudiant, créant en 1964 le Théâtre du Soleil avec notamment Ariane Mnouchkine, puis il s’est embarqué dans l’aventure cinématographique avec Claude Sautet et François Truffaut. Il a trouvé le succès à partir des années 1970, avec "Le chat et la souris" de Claude Lelouch avec Michèle Morgan et Serge Reggiani (sorti le 3 septembre 1975), puis "Le Juge Fayard dit le Shériff" d’Yves Boisset avec Patrick Dewaere (sorti le 12 janvier 1977) qui lui a valu une nomination aux Césars, et la consécration avec le César 1983 du meilleur acteur pour "La Balance" de Bob Swaim avec Nathalie Baye (sorti le 10 novembre 1982). Et bien sûr "Tchao Pantin". Philippe Léotard a tourné dans environ soixante-dix films.

Dans les années 1990, il a changé de direction et s’est surtout consacré à la chanson, interprétant notamment des œuvres de Léo Ferré pour son deuxième album. Sa reconversion fut saluée par la profession avec l’obtention de deux Grand Prix de l’Académie Charles-Cros en 1990 et 1994 pour ses deux premiers albums (il a sorti quatre albums) ainsi que le Grand Prix des poètes de la SACEM en 1997.

Une leçon de vie de Philippe Léotard ? Peut-être celle-ci : « Si chacun avait au moins la force et le courage de ne revendiquer, au moins, que ce droit-là : être soi-même, et n’en laisser personne décider à sa place, nous serions tous moins avares de solidarité, moins chiches de chaleur, moins embarrassés de nos embrassades, nous irions tous, chacun, toujours à la découverte de l’Autre, forcément autre, éternellement autre, comme soi-même, jamais lassés de fouiller l’inépuisable inconnu. » (1997).

Comme je l’ai indiqué plus haut, en avril 1993, au Printemps de Bourges, il provoquait son frère qui venait d’être nommé Ministre de la Défense : « Moi, je pourrais être ministre de la défonce. Chacun son truc, il vendra des missiles et moi des pétards. Pour nous distinguer, ce n’est pas difficile. Lui, c’est Léotard. Moi, c’est Monsieur Léotard. ». François Léotard ne vend toujours pas aujourd’hui des pétards, mais, grâce à son frère, il a arrêté de vendre des missiles.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 août 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Léotard.
Patrick Bouchitey.
Philippe Léotard.
Romain Goupil.
Isabelle Carré.
Claude Piéplu.
Michael Lonsdale.
Jean-Pierre Bacri.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiLeotardPhilippe01





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210825-philippe-leotard.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/philippe-leotard-ministre-de-la-234625

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/07/23/39068977.html





 

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