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26 septembre 2021 7 26 /09 /septembre /2021 17:33

« L’imprévu n’est pas l’impossible : c’est une carte qui est toujours dans le jeu. » (Comte Gustave Dupuy de Belvèze, député de l’Aude en 1849, 1876).



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Ce dimanche 26 septembre 2021, 61,2 millions d’électeurs allemands étaient convoqués pour élire le nouveau Bundestag (Chambre des députés) de la République fédérale d’Allemagne. Ces élections fédérales avaient une particularité puisqu’elles allaient mettre un terme à la très longue présence au pouvoir de la Chancelière Angela Merkel. Auréolée d’une très forte popularité (environ trois quarts des Allemands sont satisfaits de son bilan !), Angela Merkel va cependant quitter le pouvoir en laissant son parti, la CDU, dans une situation inédite puisque c’est la première fois dans l’histoire contemporaine que ce parti est descendu en dessous du seuil de 30%.

Si on ne prenait en compte que les résultats, on pourrait évoquer la victoire du SPD (sociaux-démocrates) et la défaite de la CDU (chrétiens-démocrates), mais la situation politique est beaucoup plus subtile que cela et le principe proportionnel est tel que la formation du prochain gouvernement va prendre des semaines voire des mois.

Avant de scruter les résultats, reprenons pour chaque parti les enjeux. La CDU/CSU (la CSU est l’alliée de la CDU en Bavière, on peut les considérer comme un même parti, en tout cas, leurs députés se rassemblent dans un même groupe politique) sort de quatre mandats au pouvoir, mais dans ces quatre législatures, trois sont dans la grande coalition avec le SPD. Autant dire que les responsabilités gouvernementales sont très largement partagées.

La défaite de la CDU aux élections européennes de mai 2019 a provoqué la chute d’Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK) de la présidence fédérale de la CDU. À l’ancienne dauphine d’Angela Merkel a succédé un autre proche de la Chancelière, Armin Laschet au cours du 33e congrès de la CDU le 16 janvier 2021. Or, si la CDU pouvait bénéficier d’une bonne opinion, le leadership contesté d’Armin Laschet a rendu les choses plus compliquées, notamment par un certain nombre de gaffes au cours de la campagne qui ont plombé les chances de la CDU.

Parallèlement, le SPD, qui cogère le pays dans le cadre de la grande coalition, et qui avait subi des défaites électorales monumentales, était un parti qu’on disait en état comateux. Sa capacité à s’unir derrière un candidat, Olaf Scholz, l’actuel Vice-Chancelier et Ministre des Finances, a effacé cette image de perdant. La campagne a fait remonter de manière extraordinaire les intentions de vote pour ce parti qu’on disait moribond (un exemple qui aura de quoi consoler sinon rassurer les socialistes français… mêmes si la situation française est très différente).

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Quant aux Verts allemands, c’est fini d’imaginer Annalena Baerbock à la Chancellerie, même si, en avril 2021, les sondages plaçaient son parti au premier rang. Là aussi, des gaffes de campagne ont réduit les espérances des écologistes. L’une des raisons de la baisse des écologistes (même si, par rapport à 2017, ils font plus que doubler leur représentation), c’est que les deux grands partis gouvernementaux (CDU et SPD) ont repris à leurs comptes les préoccupations écologiques, en particulier Angela Merkel en arrêtant définitivement la filière nucléaire (ce qui, à mon sens, a été une grave erreur mais ce n’est pas le sujet ici).

Au début de la publication des premières estimations, les deux grands partis gouvernementaux étaient au coude à coude, avec un léger avantage au SPD. C’est parti de 2 sièges de différence jusqu’à maintenant 10 sièges. Il n’y a pas photo, le SPD a remporté en relatif ces élections, mais on ne gouverne pas avec seulement un quart de l’électorat.

Une petite précision avant de continuer : le mode de scrutin en Allemagne est particulièrement complexe, au point que le nombre total de députés n’est connu qu’à l’issue du scrutin et pas avant (le nombre est pléthorique). Ainsi, il y aura 26 sièges supplémentaires dans le nouveau Bundestag. Les électeurs votent deux fois, le premier vote pour élire un candidat dans une circonscription, le second vote pour élire des candidats sur une liste, et c’est ce dernier vote qui établit la proportionnalité de la représentation. Dans les données suivantes seront donc indiqués le nombre de sièges total (par les deux modes d’élection) et le pourcentage en voix du second vote (le seul qui a une signification politique). Par ailleurs, la barre de 5% est nécessaire pour être représenté... sauf si 3 députés ont été élus dans des circonscriptions, et dans ce cas, le parti bénéficie quand même d'une représentation proportionnelle même si le seuil n'est pas franchi (c'est le cas de Die Linke).

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Le SPD est arrivé donc en tête avec 25,7% (+5,2) et 206 sièges sur 735, soit 53 de plus qu’en 2017 (attention, il faut tenir compte qu’il y a 26 sièges de plus au total). Son rival CDU/CSU a considérablement chuté, avec 24,1% (-8,9) et 196 sièges, soit 50 de moins qu’en 2017. Sont arrivés en troisième les Verts avec 14,8% (+5,8) et 118 sièges (+51), tandis que les deux autres "petits" partis sont restés à peu près stables : les libéraux démocrates du FDP avec 11,5% (+0,7) et 92 sièges (+12) et l’extrême droite de l’AfD avec 10,3% (-2,3) et 83 sièges (-11). Enfin, l’ultragauche (Die Linke) a elle aussi chuté à 4,9% (-4,3) avec 39 sièges (-30).

Dans la soirée, les deux chefs de parti, Armin Laschet (CDU) et Olaf Scholz (SPD) ont revendiqué la victoire et le poste de Chancelier (dans sa campagne, avec humour, Olaf Scholz disait être prêt à être "Chancelière" !).

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Pour pouvoir constituer un gouvernement, il faut former une coalition qui comporte au moins 368 sièges, ce qui est très difficile à trouver. Toutes les combinaisons sont politiquement possibles sauf l’hypothèse d’une coalition avec l’AfD. Du reste, la tentation d’une alliance CDU/CSU-FDP-AfD pourrait avoir un intérêt numérique (car regroupant 371 députés) mais ne serait jamais assumée politiquement et de nombreux députés CDU et FDP refuseraient de s’y perdre. En revanche, une alliance "tout à gauche" SPD-Verts-Die Linke n’aurait aucun intérêt numérique puisqu’à elles trois, ces formations ne pourraient pas atteindre la majorité absolue (seulement 363 sièges).

Donc, en dehors de ces deux coalitions imaginaires, tout le reste est possible. À savoir une coalition SPD-Verts-FDP (416 sièges), qui était le pronostic de Daniel Cohn-Bendit avant les élections, une coalition CDU/CSU-Verts-FDP (406 sièges), ou même la poursuite de la grande coalition SPD-CDU/CSU (402 sièges).

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On peut comprendre qu’Armin Laschet va privilégier une coalition CDU/CSU-Verts-FDP (alliance "jamaïcaine") dans laquelle il pourra mener le gouvernement. Et Olaf Scholz également une coalition SPD-Verts-FDP ("feu tricolore"). Les deux partis Verts et FDP vont donc être très courtisés dans les prochaines semaines, et les négociations ne portent pas que sur les postes ministériels, mais surtout sur le programme gouvernemental (en 2017, il a fallu près de six mois de négociations et 150 pages de contrat !). Beaucoup d’observateurs s’inquiètent d’ailleurs que le nouveau gouvernement ne soit formé avant l’année 2022, où l’Allemagne présidera le G7.

Actuellement, le FDP est plutôt enclin à gouverner avec la CDU/CSU comme c’était le cas depuis 1982, et les Verts plutôt enclins à gouverner avec le SPD, même si depuis quelques mois, il y a eu des passerelles pour imaginer une coalition CDU-Verts (coalition qui s’avère aujourd’hui numériquement insuffisante).

La situation risque vite d’être impossible et de tourner à l’israélienne par manque de majorité numérique. Encore une fois, le mode de scrutin est un véritable scandale démocratique pour les électeurs qui vont voir apparaître une coalition qu’ils n’ont pas pu imaginer avant leur vote. L’intérêt du scrutin majoritaire, c’est que les coalitions doivent se faire avant le scrutin et pas après, ainsi, le vote est clair et fait en connaissance de cause (j’y reviendrai).

Pour l’heure, Angela Merkel aura une petite source de satisfaction personnelle : elle sera irremplaçable !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 septembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Législatives allemandes 2021 (1) : INCERTITUDE !
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
L’Église de Benoît XVI.
Max Frisch.
Angela Merkel.
Armin Laschet.
Ursula von der Leyen.
Friedrich Dürrenmatt.
Richard von Weizsäcker.
Benoît XVI.
Méditerranée orientale : la France au secours de la Grèce face à la Turquie.
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
Le pacte franco-allemand historique du 18 mai 2020.
Robert Schuman lance la construction européenne.
Les 75 ans de la Victoire sur le nazisme.
Le syndrome de Hiroshima.
Hitler.
Auschwitz.
Berlin 1989 : le 9/11 avant le 11/9.
Les élections régionales en Thuringe du 27 octobre 2019.
Konrad Adenauer.
L’Allemagne en pleine fièvre extrémiste ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210926-allemagne-legislatives-2021a.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/legislatives-allemandes-2021-1-236084

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/09/20/39142784.html







 

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