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6 octobre 2021 3 06 /10 /octobre /2021 08:02

« Le secret de confession s’impose à nous (…) et en ce sens-là, il est plus fort que les lois de la République. » (Mgr Éric de Moulins-Beaufort, le 6 octobre 2021 sur France Info).



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Quelle maladresse ! Mgr Éric de Moulins-Beaufot, archevêque de Reims depuis le 28 octobre 2018 et président de la Conférence des évêques de France (CEF) depuis le 3 avril 2019, c’est-à-dire le premier représentant de l’Église de France, de ce qu’elle pense, de ce qu’elle a à dire, a visiblement commis une gaffe monumentale lors de son entretien sur France Info le mercredi 6 octobre 2021 à 8 heures 30. Il s’agissait, pour lui, de commenter la remise du rapport Sauvé, très lourd, sur la pédocriminalité dans l’Église de France depuis 1950 et qui a fait état de 330 000 victimes (je l’ai évoqué ici et j’y reviendrai).

On ne parle pas impunément de notions ultrasensibles en République française. Dire que le secret de la confession est plus fort que les lois de la République, c’est, dans l’esprit de nombreux Français, y compris dans le mien alors que je suis pourtant catholique, c’est en quelque sorte prôner la charia dans sa version soft catholique.

Il a fallu attendre un jour pour que la polémique éclatât vraiment sur la scène médiatique.

Le gouvernement a cru bon de réagir. Il ne voulait pas être critiqué de ne pas avoir réagi. Le sujet est sensible. Ainsi, cette réaction a été une communication assez étrange : à l’issue du conseil des ministres qui s’est tenu exceptionnellement ce jeudi 7 octobre 2021, le porte-parole du gouvernement Gabriel Atttal a déclaré que le Président de la République Emmanuel Macron avait demandé au Ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin de convoquer Mgr Éric de Moulins-Beaufort. A priori, pour une République qui garantit la séparation des Églises et de l’État, c’est assez cavalier. Mais le président de la CEF n’a pas voulu y voir une offense et a répondu dès 14 heures 45 le même jour qu’il acceptait volontiers de rencontrer le Ministre de l’Intérieur qu’il verra donc le mardi 12 octobre 2021 à 14 heures.

C’est très étonnant d’entendre la phrase polémique de la bouche de l’archevêque de Reims car évidemment, sa pensée est beaucoup plus complexe et subtile que cela. Quand on suit d’ailleurs son parcours, celui qui a été nommé le 21 mai 2008 évêque auxiliaire de Paris aux côtés de Mgr André Vingt-Trois a obtenu, avant sa formation au Séminaire français de Rome, le diplôme de l’IEP Paris, une école qui assure généralement une bonne capacité à communiquer. Mais ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’archevêque a parlé avec maladresse. Quand il évoquait Vincent Lambert, il y avait aussi des propos assez ambigus.

Sur la confession, il faut rappeler une note de la Conférence des évêques de France du 8 décembre 2020 (donc très récente) qui assure : « Il n’est pas permis à un prêtre de faire usage de ce qu’il a entendu en confession (…) et donc, il ne peut en aucun cas signaler aux autorités judiciaires un pénitent (…). La sanction (…) est l’excommunication. ». C’est une note et elle n’a pas forcément une grande valeur, car même le pape François, conscient de l’extrême gravité du problème, y réfléchit depuis plusieurs années.

Car le problème est là, se pose. D’un côté, on a des responsables cléricaux (prêtres, évêques) qui sont dépositaires, par la confession, d’informations particulièrement abjectes, des cas de pédocriminalité, et la seule logique, et même, la seule obligation, c’est de signaler les faits au procureur de la République, ne serait-ce que pour stopper le prédateur s’il devait commettre d’autres abus sexuels. Ça, c’est la logique républicaine.

Le rapport Sauvé du 5 octobre 2021 rappelle ainsi : « Le secret de la confession ne peut déroger à l’obligation, prévue par le code pénal, de signaler aux autorités judiciaires et administratives les cas de violences sexuelles infligées à un mineur ou à une personne vulnérable. ».

De l’autre côté, la logique religieuse, c’est de rappeler que tout ce qui est dit au cours de la confession est secret, un secret plus grand qu’un secret professionnel (comme le secret médical qui peut être levé par la justice), car le prêtre qui confesse n’est qu’un intermédiaire entre celui qui se confesse et Dieu.

L’importance du secret de la confession, d’un point de vue pratique, c’est qu’il permet aux bouches de s’ouvrir malgré tout, tant celles des victimes que celles des prédateurs. Sans ce secret, la confession n’aurait plus aucun rôle ni de sens, à moins de faire renaître le principe des confessions publiques particulièrement connu dans les dictatures communistes.

Le point qui permet de résoudre le problème, c’est que le prêtre confesseur ne doit pas lâcher l’affaire et doit encourager la personne qui s’est confessée d’aller parler dans un autre cadre, soit auprès d’une cellule d’écoute (l’Église en a mis en place depuis quelques années, et la Commission Sauvé en a été une, elle mériterait peut-être d’être pérennisée et permanente), soit directement auprès d’une autorité judiciaire.

La polémique dont le président des évêques français est à l’origine est d’autant plus surprenante que justement, au contraire de certaines organisations musulmanes, il n’y a jamais eu de problème entre les institutions républicaines et les organisations catholiques sur la primauté des lois de la République française sur toute autre considération, y compris religieuse. La loi du 9 décembre 1905, qui fut combattue par une majorité de catholiques à l’époque, a au contraire été la garante de la neutralité de l’État, garante très originale quand on regarde les autres pays, et même la loi consacre la célèbre formule : "Rends à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu".

Ce qu’a dit Mgr Éric de Moulins-Beaufort le 6 octobre 2021, bien que maladroit, était pourtant plus subtil que ce que la polémique voudrait bien entendre : « Il faut un espace de parole libre qui se fait devant Dieu. (…) Il y a deux cas. Il y a le cas du pédophile qui viendrait se confesser. Comme c’est secret, on ne sait pas s’il y en a qui le font (…). C’est un vrai souci (…). Là encore, il faut certainement que nous soyons plus précis, plus fermes, sur le fait que les violences sexuelles ne sont pas un problème de chasteté, c’est un problème d’atteinte à la vie, c’est un problème de crime, de meurtre, symboliquement au moins, et il est très important de le voir. Il faut que les confesseurs soient bien conscients de cela. Et puis d’autre part, il peut y avoir le cas d’un enfant, qui dit quelque chose, qui laisse entendre, ou qui fait comprendre qu’il est une victime. Il faut que nous trouvions le moyen de permettre à cet enfant de parler autrement. Mais beaucoup d’enfants ne parlent qu’en confession, parce que c’est la confession, parce qu’ils savent que c’est secret. S’ils découvrent que nous utilisons ce qu’ils nous disent pour aller faire du mal à leurs parents, dans la psychologie des enfants, c’est un problème. Parce que les enfants ne veulent pas, souvent, que l’on touche à leurs parents. C’est déjà un premier pas pour eux de pouvoir parler en confession. Il faut que nous apprenions, il faut nous former, que nous formions pour apprendre à partir de cette parole à rendre possible une autre parole. Ça me paraît beaucoup plus important et cela portera de meilleurs fruits. ».

 




Dans son communiqué du 7 octobre 2021, il a complété : « Le secret de la confession, imposé aux prêtres par le droit canonique n’est pas contraire au droit pénal français, comme le souligne la circulaire de la chancellerie du 11 août 2004. La confession est aussi un moment durant lequel une personne victime, par exemple un enfant, peut évoquer ce qu’elle a subi, et être rassurée sur son innocence… parce que la certitude du secret lui permet de livrer ce qui lui est le plus difficile. ».

Et le communiqué se termine ainsi : « Le secret de la confession a toujours été respecté par la République française. C’est l’honneur de la République française que de respecter ainsi la dignité de la conscience de chacun. ». Ainsi rédigé, cela n’a rien à voir avec la phrase : "Le secret de la confession est plus fort que les lois de la République". En effet, le communiqué précise au contraire que le secret de la confession est conforme aux lois de la République. Il n’y a donc pas d’incompatibilité, pas de bataille d’influence entre l’un ou les autres, mais bien un accord. Du reste, ce n’est pas le seul secret qui est respecté par la justice, les échanges entre un prévenu et son avocat sont, eux aussi, couverts par le secret dans la procédure pénale (ce qui explique la nature du grand scandale de mettre sous écoute des avocats, par exemple).

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On voit donc bien qu’il y a surtout ici une erreur de communication. L’Église catholique et l’État sont ici alliés, avec le même but, en finir avec la pédocriminalité, ou plutôt, car on n’en finira hélas jamais, des déviants existeront toujours, les pourchasser, surtout les détecter et les empêcher de recommencer, voire prévenir les abus sexuels si c’est possible.

Cette polémique aura peut-être l’effet bénéfique de clarifier les positions de chacun. Et ce rapport Sauvé rendu public le 5 octobre 2021, aura sans nul doute des répercussions bien plus conséquentes que dans la seule Église catholique. L’étendue de la pédocriminalité est bien plus grave qu’on ne pouvait l’imaginer, dans toutes les strates de la société où on peut lâchement s’en prendre aux enfants.

Je reviendrai sur cette initiative courageuse de la Conférence des évêques de France et de la Conférence des religieux et religieuses de France (CORREF) d’avoir pris l’initiative d’un tel audit qui aura pour conséquence qu’on prendra désormais l’Église comme un proche de la victime et pas comme un proche du prédateur, ce qu’elle aurait dû faire depuis longtemps. C’est à l’honneur de l’Église d’avoir ouvert enfin, officiellement et en toute transparence, le couvercle de la marmite nauséeuse. Et personne ne peut imaginer toutes les conséquences que cela va engendrer.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Secret de la confession et lois de la République.
Mgr Éric de Moulins-Beaufort.
Abus sexuels dans l’Église : honte, effroi et pardon !
Rapport de Jean-Marc Sauvé remis le 5 octobre 2021 sur la pédocriminalité dans l’Église (à télécharger).
Présentation du rapport Sauvé le 5 octobre 2021 (vidéo).
Discours du pape François le 24 février 2019 au Vatican (texte intégral).
La protection des mineurs dans l’Église.
Protection des mineurs (2) : pas d’imprescriptibilité pour la pédocriminalité.
Protection des mineurs (1) : 15 ans, âge minimal du consentement sexuel ?
Richard Berry et l’immonde.
Olivier Duhamel et le scandaleux secret de famille de Camille Kouchner.
La faute de Mgr Jacques Gaillot.
Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
Mgr Barbarin : le vent du boulet.
Polanski césarisé au milieu des crachats.
Faut-il boycotter Roman Polanski ?
Pédophilie dans l’Église catholique : la décision lourde de Lourdes.
David Hamilton.
Adèle Haenel.
Mgr Barbarin : une condamnation qui remet les pendules à l’heure.
Pédophilie dans l’Église : le pape François pour la tolérance zéro.
Le pape François demande pardon pour les abus sexuels dans l’Église.
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211006-eric-de-moulins-beaufort.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/08/39168766.html


 

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