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25 octobre 2021 1 25 /10 /octobre /2021 03:13

« J’ai appris à ne pas dire ce que je pense et à sourire à ceux que je hais le plus. » (Michel Ier, en 1940).




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Organisées par la princesse Margareta, quatre cérémonies ont eu lieu le vendredi 15 octobre 2021 dans la Salle du Trône du Palais royal de Bucarest, en Roumanie. Elle avait pour cadre un centenaire important pour les Roumains. En effet, l’ancien et dernier roi de Roumanie, Michel Ier de Roumanie est né il y a 100 ans, le 25 octobre 1921 à Sinaia en Roumanie. À cette occasion, une salle du Parlement roumain est baptisée ce lundi 25 octobre 2021 en l’honneur du roi Michel ("Regele Mihai I al României"). Pendant plus de soixante-quinze ans, cet ancien monarque fut une sorte de père de la nation roumaine, combattant deux régimes dictatoriaux (fasciste et communiste).

Celui qui officiellement s’appelait Michel de Hohenzollern-Sigmaringen était l’un des arrière-arrière-petit-fils de la reine Victoria d’Angleterre, et à ce titre, il était un cousin éloigné à la fois de la reine Élisabeth II d’Angleterre, de l’ancien roi d’Espagne Juan Carlos Ier, et aussi de Carl XVI Gustaf de Suède, de Margrethe II du Danemark et de Harald V de Norvège (quelle famille !). Il était aussi le petit-fils de la cousine directe du tsar Nicolas II.

Michel était par ailleurs le fils de Carol II (1893-1953) et le petit-fils de Ferdinand Ier (1865-1927) qui fut le roi de Roumanie. Son père Carol II, pour une histoire de femme, a renoncé au trône et a quitté le pays avec sa maîtresse le 28 décembre 1925, ce qui a placé Michel en position de dauphin et lorsque son grand-père Ferdinand est mort, il fut roi de Roumanie, à l’âge de 5 ans, du 20 juillet 1927 au 8 juin 1930. Un système de régence a permis à l’État de fonctionner.

Mais son père Carol II retourna en Roumanie, fit valoir ses droits sur la Couronne et détrôna son fils en le reléguant au rôle de prince héritier. Carol II régna sur la Roumanie de 1930 à 1940, renversant la démocratie parlementaire qui était en train de se développer en Roumanie au profit d’un régime tyrannique (on a appelé alors cette période la "dictature carliste").

La défaite de la France face à l’Allemagne nazie en juin 1940 fut une catastrophe pour la Roumanie car la France était son principal protecteur. Le régime de Carol II fut renversé le 5 septembre 1940, le roi a dû nommer le pronazi Ion Antonescu (1882-1946) à la tête du gouvernement roumain qui, dès le lendemain, a fait un putsch en détrônant Carol II au profit de son fils Michel Ier qui est donc redevenu roi de Roumanie du 20 juillet 1940 au 30 décembre 1947. Il avait alors 18 ans. Avoir été deux fois roi à 18 ans, c’était peu banal !

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Le maréchal Ion Antonescu, appelé le "Conducator", mena la vie dure aux Roumains avec une alliance avec l’Allemagne nazie. Il était officiellement "Chef de l’État du Royaume de Roumanie" et Président du Conseil des Ministres du 5 septembre 1940 au 23 août 1944. Profitant de la défaite des nazis, notamment après le tournant de la Bataille de Stalingrad en 1942-1943 et l’occupation d’une partie de la Roumanie par l’Armée rouge à partir de mars 1944, le roi Michel, qui avait encouragé clandestinement la résistance roumaine entre 1940 et 1944, a lui-même fait un coup d’État courageux le 23 août 1944 pour destituer Ion Antonescu et renverser le régime fasciste.

Dès le 20 août 1944, l’armée roumaine a retiré sa confiance à Ion Antonescu en raison de l’avance des troupes soviétiques. Au cours de son putsch, le roi Michel a demandé l’armistice aux Alliés et a déclaré la guerre à l’Allemagne nazie et à la Hongrie (plaçant ainsi la Roumanie dans le camp des vainqueurs). Staline ne répondit à la demande d’armistice que le 12 septembre 1944, le temps que l’Armée rouge occupât toute la Roumanie.

Ion Antonescu fut arrêté, livré à l’URSS, condamné à mort le 17 mai 1946 pour crimes de guerre et fusillé le 1er juin 1946. Entre-temps, les communistes ont fait un coup d’État le 6 mars 1945 avec le soutien de l’Armée rouge et de Staline. Michel Ier est devenu alors un faire-valoir institutionnel de la dictature communiste après avoir été un faire-valoir institutionnel du régime nazi. Au cours de discussions qui ont été ratifiées par Staline et Churchill à la Conférence de Moscou le 9 octobre 1944, les Alliés ont laissé aux Soviétiques toute l’Europe centrale et orientale, sauf la Grèce.

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La Roumanie s’est donc retrouvée dans l’aire d’influence de Staline, ce qui n’était de toute façon pas vraiment le résultat d’une négociation (la Roumanie a été lâchée par les Britanniques au profit de la Grèce) mais la conclusion logique d’un fait d’arme puisque l’Armée rouge était déjà présente dans tout le pays.

Les dirigeants communistes ont alors forcé le roi Michel à abdiquer le 30 décembre 1947 et à s’exiler au Royaume-Uni puis en Suisse, période pendant laquelle l’ex-roi travailla dans l’aéronautique (il était pilote d’essai). Avec l’aide de Moscou, les communistes roumains ont aboli la monarchie et installé la dictature communiste en Roumanie dès 1945 et jusqu’en 1989.

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Après la Révolution roumaine de décembre 1989 qui a renversé et exécuté le couple Ceausescu, Michel Ier retourna en Roumanie en décembre 1990 pour se recueillir dans la nécropole familiale (il fut immédiatement expulsé en raison des manifestations populaires en sa faveur), puis en avril 1992 où ce fut un véritable triomphe, plus d’un demi million de Roumains étaient venus l’acclamer à Bucarest (il fut interdit de séjour pendant cinq ans). Le Président Ion Iliescu et le Premier Ministre Petre Roman ont en effet interdit de séjour de l’ancien roi sur le territoire roumain pour éviter la possibilité d’une restauration de la monarchie. Devenue une démocratie "ordinaire", la classe politique roumaine a changé en quelques années et en 1997, après la première alternance présidentielle, l’ancien roi Michel a réussi à convaincre cette classe politique qu’il n’avait aucune intention de revenir sur le trône.

Dès lors, il se retrouvait dans la position de père de la nation, populaire, ayant été présent dans les pires moments de la Roumanie de ce siècle particulièrement turbulent. La Constitution roumaine a même été modifiée pour permettre au représentant de la famille royale d’être un ambassadeur de la Roumanie à l’étranger, et cela sans changer la nature républicaine du régime.

Du reste, il n’était pas le seul ex-roi à avoir eu ce genre de comportement. En Bulgarie, Siméon II (qui a actuellement 84 ans), ancien roi des Bulgares du 16 juin 1943 au 15 septembre 1946, entra dans le jeu politique normal après la chute du régime communiste et fut nommé Premier Ministre de Bulgarie du 24 juillet 2001 au 16 août 2005 (le dernier chef d’État pendant la Seconde Guerre mondiale encore en vie). Un autre prétendant au trône (impérial d’Autriche), mais qui n’a pas été monarque lui-même, Otto von Habsbourg-Lorraine, a été élu député européen.

À l’occasion de son 90e anniversaire le 25 octobre 2011 (il y a dix ans), Michel fut célébré par les parlementaires roumains. Au cours d’une déclaration historique devant l’ensemble des parlementaires (c’était son premier discours officiel depuis 1947 !), Michel Ier a affirmé : « Unis et ensemble avec nos voisins et nos frères, nous devons continuer l’effort pour redevenir dignes et respectés. (…) Les élites roumaines ont ici une grande responsabilité. ». Mais sa déclaration n’était pas seulement consensuelle, elle avait aussi une vocation politique, notamment en critiquant la tendance supposée autoritaire du Président de la République Traian Basescu (absent de la cérémonie), par l’évocation du « mépris de l’éthique et du rôle primordial des institutions de l’État ainsi que la personnalisation du pouvoir ».

Traian Besescu a été élu deux fois Président de la République du 20 décembre 2004 au 21 décembre 2014, succédant à Ion Iliescu. Par deux fois, le 19 avril 2007 (322 voix contre 108 et 10 abstentions) et le 6 juillet 2012 (par 258 voix contre 114), le Parlement roumain a suspendu les fonctions de Traian Besescu mais les référendums qui ont suivi, le 19 mai 2007 avec 74,5% et le 29 juillet 2012 avec seulement 11,3% de soutien (ce très faible soutien populaire à cause de la politique d’austérité) mais la confirmation de la suspension n’a pas eu lieu par absence de quorum (la participation n’était que de 46,2% alors qu’il fallait au moins 50%), l’ont conforté et réinstallé dans ses fonctions.

C’est donc dans ce contexte intérieur de pleine crise institutionnelle (une majorité parlementaire de centre gauche très opposée au Président de la République de centre droit) que Michel a tenté de calmer la passion politique : « Le moment est venu de rompre définitivement avec les mauvaises habitudes du passé. La démagogie (…) et le souhait de s’accrocher au pouvoir n’ont plus leur place dans les institutions roumaines de 2011, elles rappellent trop les années d’avant 1989. ». Même l’ancien Président Ion Iliescu a salué ce discours : « C’était un moment constructif et utile. » et a rappelé qu’il s’était réconcilié avec l’ancien roi dès 2001. L’année suivante, le 25 octobre 2012, une place de la capitale a été baptisée avec le nom de l’ancien roi.

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Atteint d’un cancer annoncé le 1er mars 2016 et effondré par la mort de son épouse Anne de Bourbon-Parme (1923-2016) le 1er août 2016, l’ancien roi Michel s’est éteint le 5 décembre 2017 à l’âge de 96 ans à Aubonne en Suisse, où il résidait. Un deuil national de trois jours a été décrété en Roumanie et les restes de l’ancien souverain ont été transférés en Roumanie. Arrivée le 13 décembre 2017 à Bucarest, la dépouille fut inhumée dans la nécropole royale du monastère de Curtea de Arges, après une messe de funérailles à la cathédrale patriarcale de Bucarest le 16 décembre 2017 en présence de toute la classe politique roumaine.

C’est leur fille aînée Margareta de Roumanie, née le 26 mars 1949, ancienne fonctionnaire de l’ONU, qui est aujourd’hui la prétendante au trône de Roumanie, un titre seulement virtuel puisqu’il n’a jamais été question, depuis décembre 1989, de revenir sur le caractère républicain de la Roumanie. Elle est cette prétendante depuis le 1er mars 2016, bien avant la mort de son père qui avait abdiqué en raison de sa maladie et de son grand âge.

Selon un sondage récent, 82% des Roumains auraient une très bonne opinion de la maison royale de Roumanie (pour de nombreux Roumains, le roi Michel était un héros de 23 ans qui a chassé le gouvernement nazi), et 74% seraient favorables à un référendum sur la question monarchique. Mais paradoxalement, ils ne seraient que 21% à être favorables à un retour de la monarchie en Roumanie.

Une restauration qui pourrait d’ailleurs poser des problèmes dynastiques inextricables, puisque, parallèlement à la princesse Margareta, la fille de Michel, Paul-Philippe de Hohenzollern, reconnu seulement comme Paul-Philippe Lambrino, né le 13 août 1948, revendique aujourd’hui le titre de prétendant au trône de Roumanie car il est le fils de Carol Lambrino (1920-2006), lui-même le premier fils du roi Carol II d’un premier mariage conclu le 31 août 1918 avec une roturière Zizi Lambrino (1898-1953) que le roi Ferdinand Ier a fait annuler dès août 1919 (cependant, la légitimité de ce mariage a été reconnue par un tribunal portugais en 1955, français en 1957 et roumain en 2003). Zizi Lambrino est morte dans la misère le 11 mars 1953 à Paris, trois semaines avant son ex-mari Carol II le 4 avril 1953 exilé à Estoril au Portugal (accueilli par Salazar dans une maison voisine de celle de Miklos Horthy, l’ancien régent de Hongrie).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Michel Ier  de Roumanie.
Michel Ier  de Roumanie est mort.
La Révolution roumaine de décembre 1989.
Eugène Ionesco.
Nicolae Ceausescu.
Otto von Europa.
Dynasty.
Victoria, mamie Europa.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211025-michel-roumanie.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/michel-ier-de-roumanie-l-ennemi-de-236738

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/24/39190551.html








 

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