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17 novembre 2021 3 17 /11 /novembre /2021 03:01

« Mon premier message est ainsi un appel. Un appel à l’esprit de responsabilité des 6 millions d’entre vous qui n’ont encore reçu aucune dose de vaccin. Vaccinez-vous ! Vaccinez-vous pour vous protéger. (…) Je rappelle qu’une personne vaccinée a 11 fois moins de chances de se retrouver à l’hôpital en soins critiques. Je rappelle aussi que des milliards d’individus sur la planète ont déjà eu le vaccin et que nous avons maintenant déjà un certain recul. (…) Être libre dans une Nation comme la France implique d’être responsable et solidaire. Je compte donc sur vous. » (Emmanuel Macron, le 9 novembre 2021).



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Les Pays-Bas et l’Autriche ont repris des mesures de confinement partiel le 12 novembre 2021. Ces mesures ont choqué car tout le monde se pose des questions : faudra-t-il reconfiner aussi en France ? L’Europe est en effet touchée de plein fouet par la cinquième vague de la pandémie de covid-19. Avec l’arrivée de l’hiver, cette vague était prévisible mais avec la vaccination, il y avait l’espoir qu’elle ne soit qu’une petite vaguelette. Il n’en est rien.

Venue de l’Est, en particulier la Russie, les taux d’incidence sont énormes. En Russie, il est de près de 200 nouveaux cas de covid-19 détectés chaque jour pour 100 000 habitants (je ne répéterai pas l’unité par la suite pour ce taux), cela peut paraître modéré, mais c’est parce que le pays est grand et c’est la population de la Russie occidentale qui est très touchée. En Ukraine, il est de 320, la Pologne 280, la Bulgarie 290, la Roumanie 160. Et cette vague s’est déplacée d’Est en Ouest, atteignant d’abord l’Europe centrale : la Tchéquie avec un taux d’incidence de 740, la Slovaquie 800, la Croatie 900, la Hongrie 535, la Grèce 450, la Slovénie 1 100, la Suisse 300, l’Autriche 905 et l’Allemagne 330. Mais ensuite, elle atteint depuis plus un mois l’Europe de l’Ouest : les Pays-Bas a un taux d’incidence de 650, la Belgique 630, le Luxembourg 220.

La France est aussi touchée, même si la progression est lente. Le 16 novembre 2021, il y a eu pratiquement 20 000 nouveaux cas détectés en une seule journée, une donnée qu’il faut savoir interpréter à cause du pont du 11 novembre avec des rattrapages de données, mais qui peut être sous-estimée aussi avec les tests payants. Le taux d’incidence est plus fiable et la France a dépassé depuis longtemps le taux d’incidence de 100, elle en est à 120 et le taux de reproduction effectif R0 ne cesse de monter, il était à 1,34 au 13 novembre 2021 (il faut qu’il soit inférieur à 1 pour que l’épidémie régresse).

Toutes ces données doivent être interprétés avec subtilité car il y a autant de cas que de nations, les politiques sanitaires étant très différentes dans un pays ou un autre.

La première évidence est le taux de couverture vaccinale : en Russie, en Roumanie, en Bulgarie, en Pologne, les pays sont très mal couverts en vaccination, ce qui explique un plus fort niveau de l’épidémie (je rappelle que la vaccination pendant les six premiers mois réduit énormément le risque d’être contaminé et de contaminer, mais cette efficacité baisse, d’où l’importance d’une dose de rappel qui booste l’immunité d’un facteur 10).

En Allemagne, la situation est un peu plus subtile : le taux d’incidence est très élevé et actuellement, il est le pays en absolu le plus touché par l’épidémie après les États-Unis, avec 280 00 nouveaux cas les sept derniers jours, dépassant même la Russie pourtant très fortement touchée. Et paradoxalement, elle a un taux de couverture vaccinale relativement important, 69,5%. L’erreur est de prendre l’Allemagne globalement alors que la situation est très contrastée entre l’Est et l’Ouest. Et c’est à l’Est que l’épidémie empire, avec par exemple un taux de vaccination en Saxe de seulement 55%.

Mais cette explication du taux de couverture vaccinale n’explique pas tout. En Autriche, le pays est vacciné à 67,8%, et les plus flagrants contre-exemples sont les Pays-Bas, vaccinés à 76,3% au 7 novembre 2021 (légèrement supérieur à la France) et la Belgique à 75,4% au 14 novembre 2021, ce sont des taux de vaccination déjà très élevés et malgré tout, le taux d’incidence dans ces pays sont très élevés aussi. L’une des explications est l’absence des gestes barrières qu’en France, on a continué à adopter (insuffisamment) : port du masque, gel hydro-alcoolique, et il y a aussi le passe sanitaire. Lorsqu’on dit qu’en Autriche, depuis le 15 novembre 2021, on confine les personnes non-vaccinées, c’est à peine plus contraignant que l’application du passe sanitaire en France qui interdit l’accès de certains lieux de sociabilité aux personnes non-vaccinées et non-testées négatif.

La Grande-Bretagne est à part, son taux d’incidence est très élevé à 400, mais le pays semble avoir trouvé un équilibre autour de 40 000 nouveaux cas chaque jour. Cela n’a rien à voir avec la vague de l’Europe de l’Est mais avec la politique sanitaire du pays qui a voulu supprimer tous les gestes barrières (port du masque compris), faire comme s’il n’y avait plus d’épidémie. Le résultat, c’est d’accepter autour de 1 000 décès chaque semaine, soit 50 000 décès en une année.

En Irlande, pays très vacciné, le taux d’incidence est également très élevé à 600, ainsi que les pays nordiques qui sont en hausse épidémique malgré un taux de couverture vaccinale élevé : Danemark (taux d’incidence de 400), Norvège (taux d’incidence de 225) et Finlande (taux d’incidence de 110). Seule, la Suède affiche un taux d’incidence faible (45) et en diminution, mais la fiabilité des données y a été ébranlée dans le passé récent et, à moins d’être coupé de tout échange extérieur, ce pays aurait dû subir les mêmes évolutions que ses voisins. La Suède a été une anomalie statistique depuis le début de la pandémie. Toujours est-il que ce 17 novembre 2021, elle a instauré un passe vaccinal applicable au 1er décembre 2021.

Enfin, il ne faut pas non plus penser que la situation de l’Italie (taux d’incidence 90), de l’Espagne (taux d’incidence 56) et du Portugal (taux d’incidence 110) sont meilleures alors que les trois (surtout le Portugal) ont des taux de couverture vaccinale très élevé. Ces trois pays, comme la France, sont en remontée épidémique très forte (+30% à +45% en une semaine) et comme la France, ils sont simplement en retard par rapport aux pays est- et nord-européens.

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De ces données, il y a plusieurs enseignements.


1. L’idée d’une immunité collective est un leurre.

Même très vacciné, un pays ne peut empêcher l’arrivée d’une vague épidémique. Cette idée pourrait être un cauchemar mais il faut évidemment pondérer cette affirmation. Sans doute faudrait-il un taux de couverture vaccinale proche de 100% pour atteindre cette immunité collective en pleine pandémie. L’immunité collective est possible en situation endémique, pas pandémique. Le virus circule trop partout pour empêcher que les personnes non-vaccinées ne soient touchées, d’autant plus que l’efficacité du vaccin sur la contamination diminue avec le temps. Il faut pondérer car les conséquences sur la situation hospitalière sont différentes entre un pays très vacciné et un pays faiblement vacciné.


2. La vaccination a un effet essentiel sur la situation sanitaire.

Tandis que le taux d’incidence n’est pas uniquement en fonction du taux de couverture vaccinale, le nombre d’hospitalisations, d’admissions en réanimation et de décès sont directement dépendants (inversement proportionnels) du taux de couverture vaccinale : il suffit de comparer les pays européens qui ont à peu près le même climat et le même mode de vie.

Depuis le début de la pandémie, avant la vaccination, on avait en moyenne ou en détail ce taux de 2% de décès par rapport au nombre de cas détectés. Au Royaume-Uni, par exemple, la situation étant à peu près stable, on retrouve plutôt un taux de 0,5% voire moins. Beaucoup des personnes contaminées qui ont été vaccinées ne développent pas une forme grave. Cela réduit tant les hospitalisations que les décès.


3. La vaccination n’est pas suffisante pour empêcher le virus de circuler.

C’est le principal enseignement de cette cinquième vague en Europe. Il faut à la fois la vaccination et les gestes barrières tant que le virus circule à un haut niveau partout dans le monde. Cela veut dire qu’il faut continuer à porter le masque, à ne pas s’embrasser entre collègues, à se laver les mains régulièrement, à conserver une distance de sécurité, etc. Le passe sanitaire est aussi un "geste barrière" dans le sens où les personnes qui ne sont pas vaccinées et qui n’ont pas été testées sont considérées comme plus susceptibles que les autres de faire circuler le virus.

En ce sens, la France a bien anticipé l’automne dès le mois de juillet 2021 en faisant du passe sanitaire une mesure complémentaire à la vaccination (sur la gestion de la crise, j'y reviendrai).


4. Et maintenant, que faire ?

Je suis étonné d’entendre le nombre d’observateurs dire que la France va être épargnée. Toujours cette fichue exception française qui a déjà barré la route de la radioactivité de Tchernobyl ! Bien sûr que nous allons vers un futur proche morose et je suis même inquiet car le risque est que le sommet va arriver à la fin du mois de décembre 2021. Il est très difficile de prévoir l’épidémie dans six mois, mais il est facile de la prévoir dans trois semaines : dès lors que le taux de reproduction effectif est encore très supérieur 1, il n’y a rien qui pourrait envisager une redescente épidémique. Donc, nous allons avoir, comme nos voisins allemands, un fort taux d’incidence. Il ne serait pas impossible que le nombre de nouveaux cas quotidiens atteignent 40 000 voire plus.

Pour le docteur Martin Blachier, épidémiologiste, interrogé par Darius Rochebin sur LCI le 12 novembre 2021, ce n’est pas grave. Et même, il souhaite que le virus circule le plus possible afin d’atteindre l’immunité collective : « Ce virus circule et circulera toujours, on n’arrivera jamais à empêcher sa circulation au sein de la population totale, y compris des vaccinés. ». Donc, il ne faut surtout pas reconfiner : « Il faut aller vers la vaccination et ne pas remettre des mesures barrières comme le fait les Pays-Bas, ça me paraît incroyable de refaire ça aujourd’hui. (…) Freiner la circulation, c’est reculer la sortie de crise. (…) Je trouve que c’est une folie, quand on a un vaccin, d’aller fermer les restaurants le soir pour ne pas brusquer les quelques personnes qui ne sont pas vaccinées. (…) L’objectif est de vacciner ceux qui ne le sont pas, mais pas de freiner la propagation du virus. ».

Pour lui, il faut en effet se focaliser sur la vaccination des personnes vulnérables qui n’ont pas encore été vaccinées : 1,7 million de personnes sont encore dans ce cas-là et celles-ci peuvent saturer les hôpitaux et les morgues. Martin Blachier a expliqué : « [La circulation du virus] met la nation en danger à cause des non-vaccinés, avec un risque de saturation des services hospitaliers. ». En d’autres termes : « La meilleure mesure aurait été d’aller encore plus loin sur la vaccination des dernières personnes vulnérables non-vaccinées. C’est eux qui font peser un risque sur la population française. ».

Prendre le sujet ainsi ne me paraît pourtant pas pertinent et paraît surtout très théorique. L’obligation vaccinale est un leurre, qu’elle soit une obligation pure et simple ou une transformation du passe sanitaire en passe vaccinal ; elle ne me paraît pas réaliste. En effet, à près de onze mois du début de la vaccination, ceux qui ne sont pas encore vaccinés sont d’évidents réfractaires. Le passe vaccinal ne fera rien car les personnes non-vaccinées ont déjà renoncé à fréquenter les lieux sociaux où le passe sanitaire est déjà obligatoire et cela ne changera pas plus. Quant à l’obligation vaccinale au-delà des personnels soignants, à part dans les écoles et dans les casernes, où peut-on raisonnablement contraindre les gens à part leur domicile ? On ne va pas y venir avec une brigade de gendarmerie, ni faire des contrôles non d’identité mais de vaccination dans la rue ! Donc, l’obligation vaccinale n’améliorera pas forcément le taux de couverture vaccinale, ou alors à la marge.

Du reste, un médecin la semaine dernière (je ne me souviens plus qui) a fait remarquer que les personnes âgées non-vaccinées sont en général prudentes et ne participent pas à la circulation du virus, au contraire des personnes actives et en bonne santé (notamment les quadragénaires) qui sont encore plusieurs millions à ne pas être vaccinées. Et ceux-là sont effectivement difficiles à convaincre.

De plus, Martin Blachier reprend l’idée incertaine du début de l’épidémie de faire tourner le virus pour en finir plus vite. Mais non, au contraire,  il faut à tout prix freiner la circulation du virus. D’une part, pour préserver la vie de personnes qui pourraient être en réanimation : il y a près 1 300 personnes en réanimation pour covid-19 à ce jour en France, et près de 50 personnes meurent chaque jour du covid-19. Et le vaccin n’est pas efficace à 100%. Cette idée coûtera beaucoup de vies humaines, on le voit hélas en Grande-Bretagne. D’autre part, il faut éviter l’apparition de nouveaux variants qui n’arrivent qu’avec une forte circulation du virus. Ces variants seraient potentiellement dangereux si le vaccin devenait une ligne Maginot pour eux. Ceux qui parlent de muscler les services hospitaliers (ce qui a déjà été fait au Ségur de la Santé, dans une augmentation inédite en terme budgétaire, mais il faut du temps pour en voir les fruits) ne comprennent pas que les hôpitaux ne seront jamais dimensionnés pour un pic épidémique d’une telle ampleur que le covid-19, c’est comme proposer dix autoroutes parallèles vers le Sud pour empêcher les bouchons pendant les quelques week-ends estivaux.

Le professeur Gilles Pialoux, interrogé par Jean-Jacques Bourdin sur BFM-TV ce mercredi 17 novembre 2021, a rappelé que dans son service, 7 sur 8 patients en réanimation ne sont pas vaccinés, et l’un lui a même donné comme explication que tous ses collègues étaient vaccinés ! Il a également rappelé que dans les EHPAD, le nombre de décès a chuté de 96% à partir du moment où les résidents ont été vaccinés. Il y a une grande inquiétude sur les personnes obèses dont 25% ne sont pas encore vaccinées alors que cette comorbidité favorise le développement de la forme grave.

Gilles Pialoux a proposé de remettre la gratuité des tests. Avec la remontée de l’épidémie, il faut avoir une politique de dépistage plus efficace, or, depuis que les tests sont payants, il y a eu une baisse de 24% du nombre de tests. Les personnes asymptomatiques sont donc beaucoup moins testées, et participent pourtant à la circulation du virus. Et les diagnostics sont retardés, ils arrivent au troisième jour de la contamination (parce qu’il faut aller chez un médecin pour se faire une ordonnance), et ce retard est préjudiciable (il faut éviter de contaminer et aussi, il faut se faire soigner, d’autant plus qu’il arrive sur le marché certains traitements à prendre dès le début de la contamination).


5. Donc, concrètement ?

Il faut insister sur le retour du port du masque et des gestes barrières en général, qui restent un peu trop négligés ces derniers temps. C’est terrible mais "les gens" sont à la fois très responsables et très négligents. Lorsque le gouvernement leur dit qu’il y a péril en la demeure, ils réagissent sainement et raisonnablement, en faisant attention. Et puis, lorsqu’on ne leur dit plus rien, ils se relâchent (comme en juin 2021), et tout le monde, moi y compris bien sûr, car c’est difficile d’être sans arrêt dans la contrainte. Mais il faut savoir vivre pour un temps moyennement long avec ces contraintes.

Il faut aussi encourager et généraliser la troisième dose. La parole du Président Emmanuel Macron a son importance et son influence. En deux jours après son allocution du 9 novembre 2021, 620 000 rendez-vous ont été pris pour la dose de rappel. Cette dose est cruciale pour découpler le nombre de nouveaux cas et le nombre d’admissions en réanimation (et de décès), avec des personnes dont le vaccin reste efficace. Je n’ai pas trop d’inquiétude sur cette dose de rappel, les gens montreront leur même sens des responsabilités qu’avec les premières doses.

Le confinement n’est plus une possibilité politique. La loi de vigilance sanitaire ne le permet pas et il faudrait être marteau de décider d’un reconfinement quelques mois ou semaines avant l’élection présidentielle. C’est le danger d’une épidémie qui se moque du calendrier électoral. La vaccination, la vigilance et la responsabilité de tous constituent la meilleure réponse à cette nouvelle vague.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 novembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Confinement ou obligation vaccinale : faut-il écouter le docteur Martin Blachier ?
Martin Blachier.
La France d’Emmanuel Macron.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 9 novembre 2021 à Paris (texte intégral et vidéo).
Témoignage : je suis (presque) vacciné !
Témoignage : au cœur d’un centre de vaccination contre le covid-19 (1).
7 idées fausses sur le passe sanitaire.
Covid-19 : 5 millions de décès dans le monde et la 5e vague en France ?
Covid-19 : faut-il vacciner aussi les enfants de moins de 12 ans ?
Infection ou vaccination : quelle est la meilleure protection contre le covid-19 ?
Prolonger la possibilité du passe sanitaire jusqu’au 31 juillet 2022 ?
50 millions de vaccinés contre le covid-19 en France !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211117-covid-er-immunite-collective.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/confinement-ou-obligation-237169

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/11/13/39218701.html












 

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