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18 janvier 2022 2 18 /01 /janvier /2022 17:14

« Cette pandémie est loin d’être terminée et avec l’incroyable croissance d’omicron au niveau mondial, de nouveaux variants sont susceptibles d’apparaître. » (Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, lors de sa conférence de presse du 18 janvier 2022).



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Je souhaite faire le point sur l’épidémie de covid-19 en France, qui subit une double vague, celle du variant delta et celle du variant omicron. Certains médecins et plus encore journalistes ont commencé à être optimistes la semaine dernière en croyant voir arriver le fond du tunnel, ou plutôt, le sommet de la vague. Et puis, ce mardi 18 janvier 2022, c’est la douche froide ; le nombre de nouveaux cas positifs détectés en France pour les 24 dernières heures est le record depuis la première vague (en mars-avril 2020, il n’y avait pas la possibilité de dépister tout le monde) : 464 769 cas !

Malgré ce chiffre particulièrement effrayant, et malgré les déclaration alarmistes du directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus le 18 janvier 2022, je souhaite rester plutôt optimiste, avec toute la prudence possible et même si on aurait pu s’attendre à une amélioration plus rapide.

Restons d’abord uniquement au dépistage. Les deux premières semaines, autour de 400 000 enfants ont été dépistés positifs, c’est beaucoup mais on voit bien que sur la somme des personnes positives au covid-19, cela représente une faible part, autour de 10% (à la louche, je n’ai pas les chiffres précis des enfants contaminés). Sur les sept derniers jours, il y a eu 2,07 millions de contaminations en France, soit une augmentation de 10% par rapport aux sept jours précédents. Cela place tristement la France, depuis le début du mois de janvier 2022, à la deuxième place pour le nombre de cas, derrière les États-Unis mais devant le Royaume-Uni en pleine décrue. Cela ne durera pas car hélas, d’autres pays sont en flambée épidémique avec un peu de retard sur la France, en particulier l’Inde et le Brésil.

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Après un petit plateau la semaine dernière, cela semble repartir très fort. La France a une politique de tests très nombreux, mais cela n’explique pas la forte hausse des contaminations depuis quatre semaines. Au contraire, le taux de positivité (le rapport des tests positifs sur l’ensemble des tests) a grimpé malgré la hausse des tests (très forte dans les deux premières semaines avec le protocole sanitaire à l’école : la deuxième semaine de janvier 2022, ont été réalisés 11 600 000 tests). En France, on critique toujours : il y a deux ans, on critiquait (avec raison) le manque de tests, et maintenant, on critique (à tort) qu’on fasse trop de tests. En tout depuis le début de la crise sanitaire, 212 millions de tests ont été réalisés en France, soit plus de 3 tests par personne.

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La question des tests à l’école est effectivement un sujet. Une candidate à l’élection présidentielle a parlé de "maltraitance" pour caractériser abusivement le fait que le gouvernement a voulu garder les écoles ouvertes. C’est un choix en conscience du gouvernement, laisser ouvertes les écoles pour ne pas pénaliser les enfants, l’expérience du premier confinement ayant été psychologiquement très traumatisante. Ce choix, il a fallu l’assumer par une politique de tests. Le troisième protocole a simplifié la procédure avec trois autotests dans le cas où l’enfant est cas contact.

En clair, depuis le dernier changement, il y a donc eu moins de tests (car les autotests ne sont pas pris en compte), si bien que le taux de positivité qui est proche de 23% ne signifie plus grand-chose à cause de la baisse du nombre de tests (en revanche, avant, il avait grimpé jusqu’à 20%, ce qui était significatif). Ce brutal rebond (qu’il conviendrait d’analyser : est-ce dans les écoles ?) pourrait donc provenir du dernier changement de protocole : les autotests donnent des résultats moins rigoureux (moins encadrés) et les contaminations pourraient alors repartir à la hausse dans les classes.

Si les écoles avaient été fermées au début du mois de janvier 2022, elles auraient été encore fermées aujourd’hui, et il aurait été très difficile de les rouvrir en raison du taux d’incidence (il aurait fallu définir un seuil). Bref, le gouvernement a préféré laisser les écoles ouvertes, quitte à fermer environ 10 000 classes pour éviter des foyers de contamination, à fermer toutes les classes et désorganiser non seulement le travail dans les écoles mais aussi la vie économique (le travail des parents).

Le taux d’incidence national est de l’ordre de 3 160 nouveaux cas par semaine pour 100 000 habitants, ce qui est très fort (l’objectif est d’être inférieur à 50 !). Au 18 janvier 2022, 5,2 millions de personnes en France sont contaminantes, ce qui fait environ 8% de la population. Cela signifie que si vous croisez 100 personnes en ville, 8 sont contaminées. Statistiquement oui, mais concrètement, non, car lorsqu’on est contaminé, on doit rester isolé sept jours, ce qui signifie qu’en ville, en principe, on ne devrait jamais croiser de personnes dépistées positives.

C’est la partie angoissante de la situation, les contaminations continuent à progresser. Mais si l’on regarde le taux effectif de reproduction, le R0, celui-ci, après un pic à 1,61, est en train de redescendre progressivement et au 14 janvier 2022, il est à 1,27. Ce qui est cohérent : toujours supérieur à 1, l’épidémie s’aggrave encore, les contaminations montent encore, mais la pente diminue et on peut espérer que la descente prochaine soit aussi forte que la montée. En tout cas, pour l’instant, on n’est pas encore au sommet.

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Autre raison de se rassurer, l’occupation des lits en réanimation. Ce n’est pas encore évident, mais depuis quatre jours, le nombre de patients en réanimation pour cause de covid-19 a arrêté de monter, il semble stable voire redescend. Il est au 18 janvier 2022 à 3 881 et n’a pas dépassé le seuil des 4 000 : c’est encore beaucoup mais c’est gérable. Cela n’empêche pas que la pandémie a fait beaucoup de dégâts, en tout 127 638 décès depuis le début de la pandémie, dont 100 339 à l’hôpital.

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L’autre chiffre brutal du jour est le nombre de décès dans la journée, 375, ce qui est beaucoup plus élevé que la moyenne (autour de 220 par jour) à cause de la prise en compte ponctuelle des décès dans les EHPAD et assimilés. Néanmoins, le nombre de décès semble, lui aussi, se stabiliser (seulement +3% cette semaine par rapport à la semaine précédente). C’est, là aussi, un indicateur rassurant, non que ce soit satisfaisant qu’il y ait encore autant de victimes (je ne m’y ferais jamais), mais qu’on semble, là aussi, atteindre le sommet de la vague en termes de décès.

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En revanche, les hospitalisations conventionnelles continuent à progresser sans freinage. Le 18 janvier 2022, il y a eu 3 509 entrées à l’hôpital, soit 694 de plus que la veille, ce qui fait 26 526 hospitalisations pour covid-19 en tout (750 de plus).

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La raison de cette incohérence de tendances, forte hausse des contaminations, forte hausse des hospitalisations conventionnelles, stabilisation des occupations en réanimation et stabilisation des décès, c’est la différence entre les variants. Désormais, au 15 janvier 2022, 96% des contaminations étaient le fait du variant omicron, et 4% du variant delta, en pleine chute. Cet effondrement des contaminations delta explique cette stabilisation (et bientôt baisse) des cas très graves. Tandis que l’omicron engendre sa part d’hospitalisation conventionnelles, apparemment au séjour beaucoup plus court (deux à trois jours) que pour les contaminations à delta (trois semaines).

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Encore récemment, il y avait 80 000 contaminations au delta par jour, ce qui était énorme, même si c’était faible par rapport à l’omicron. Le taux au 18 janvier 2022 n’est pas encore connu mais devrait donc être inférieur à 4%. Si on applique ce taux sur le nombre de contaminations, on obtient un nombre majoré des contaminations au delta, de l’ordre de 15 000 à 20 000. C’est encore beaucoup mais cela limite la casse humaine.

Malgré les deux chiffres catastrophiques du 18 janvier 2022 (nombre de nouveaux cas, nombre de nouveaux décès), la situation est en cours d’amélioration. Mais l’effort doit bien sûr rester avec les deux principes généraux pour limiter les contaminations : les gestes barrières et la vaccination.

Cela montre aussi que les améliorations restent fragiles et qu’un rien peut déséquilibrer une situation en progrès. Il faut toujours être prudent, même sans vouloir cauchemarder comme le directeur général de l’OMS qui craint un nouveau variant. Il paraît maintenant confirmé que la vague d’omicron en France n’aura pas la même gravité dans les hôpitaux que la vague delta, ce qui était déjà observé en Afrique du Sud, au Royaume-Uni, au Danemark et dans d’autres pays ayant subi l’omicron.

Parmi les patients en réanimation et ceux décédés à cause du covid-19, il y a une surreprésentation des personnes non-vaccinées ou dont le parcours vaccinal n’est pas achevé (troisième dose avant six mois). Cela justifie la politique du gouvernement du passe vaccinal qui a été adoptée définitivement le 16 janvier 2022 par l’Assemblée Nationale. La date de son application dépend du délai de l’avis en conformité du Conseil Constitutionnel, saisi par les parlementaires de l’opposition. Ce passe vaccinal a surtout pour but d’inciter à la vaccination, et il faut bien dire qu’avant même son application, les résultats sont là.

Au 18 janvier 2022, il y a eu 53 623 212 personnes qui ont reçu au moins une dose ; 52 329 034 au moins deux doses et 32 421 168 au moins trois doses. Ce sont des données très fortes qui montrent la grande efficacité de la campagne de vaccination. Et il faut aussi revoir les chiffres qui ont largement évolué depuis plusieurs semaines. Ainsi, il n’y a que 7,0% des Français de plus de 12 ans qui n’ont reçu aucune dose de vaccin, c’est très faible (79,6% de la population totale a reçu au moins une dose). La dose de rappel aussi est très suivie : 56,2% des Français de plus 12 ans l’ont déjà reçue et ceux qui ne l’ont pas reçue, pour la plupart, ont eu leur deuxième dose il y a moins de sept mois (le ministère a indiqué que 560 000 Français ont vu leur passe sanitaire désactivé le 15 janvier 2022 pour ne pas avoir reçu la dose de rappel à temps).

Par tranche d’âge, il y avait, en septembre 2021, ce problème des personnes de 80 ans et plus qui n’étaient vacciné qu’à moins de 80% (en première injection). Petit à petit, mine de rien, ce pourcentage est monté au 16 janvier 2022 à 88,2%, soit un peu plus que 500 000 personnes non-vaccinées de 80 ans et plus (depuis des semaines, il y a eu une lente progression à raison de 0,1% tous les deux ou trois jours). Ce n’est pas autant que les 70 ans à 80 ans, vaccinés en première dose à …99% ! mais c’est devenu cependant remarquable. Les réfractaires sont ultraminoritaires. Dans la population de plus de 12 ans, ils ne sont plus que 4,2 millions environ.

Même les 12 ans à 18 ans, ils sont à plus de 83% primovaccinés. Le projet de loi voté le 16 janvier 2022 fait d’ailleurs la distinction entre les mineurs : les 12 ans à 16 ans garderont l’obligation du passe sanitaire, et les plus de 16 ans devront posséder le passe vaccinal, ce qui correspond à l’esprit de responsabilité, puisque les mineurs de 16 ans et plus peuvent se faire vacciner sans l’autorisation de leurs parents.

En revanche, la démarche de faire vacciner ses enfants de moins de 12 ans (ils sont 9,5 millions) n’a pas été très suivie par les parents, sans doute parce que basée sur le volontariat pur, sans incitation par le passe sanitaire : moins de 2% des enfants de moins de 12 ans ont reçu au moins une dose. Je pense que le gouvernement n’insistera pas pour cette tranche d’âge (hors enfants fragiles).

La vaccination a montré la grande efficacité pour limiter la forme grave en cas de contamination au delta. Il suffit de voir le nombre de décès il y a un an, entre janvier et avril 2021 et maintenant. Il est, me semble-t-il, encore trop tôt pour connaître l’efficacité de la vaccination contre la forme grave en cas de contamination à l’omicron.

C’est la logique du passe vaccinal : on ne pourra jamais empêcher les contaminations, surtout à un variant comme l’omicron, à moins d’avoir une politique "à la chinoise", c’est-à-dire un confinement d’une zone de 10 millions d’habitants en cas de dépistage d’une centaine de nouveaux cas. En revanche, grâce à la vaccination, on a très peu de risque de se retrouver en réanimation. La vaccination est donc le seul moyen de pouvoir revivre "normalement" (sans confinement) sans qu’il n’y ait plus de dégâts sur la santé qu’une grippe. C’est pour cela qu’il faut tendre vers un taux de 100% de vaccination (un idéal mais certainement pas réaliste), avec renouvellement éventuel des doses si nécessaire. L’importance est d’être tous protégé. C’est le moindre mal face à un fléau qui a déjà coûté au moins 5,6 millions de vies à l’ensemble de l’humanité.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 janvier 2022)
http://www.rakotoarison.eu


(Les 7 graphiques proviennent de l’excellent site de Guillaume Rozier, covidtracker.fr).


Pour aller plus loin :
Où en est la pandémie de covid-19 ce 18 janvier 2022 en France ?
Novak Djokovic.
Passe vaccinal (2) : Claude Malhuret charge lourdement les antivax.
Discours de Claude Malhuret le 11 janvier 2022 au Sénat (texte intégral et vidéo).
Les Français en ont marre des antivax !
Passe vaccinal (1) : quel député a voté quoi ?
Claude Malhuret le 4 mai 2020.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220118-covid-fh-pandemie.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/ou-en-est-la-pandemie-de-covid-19-238776

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/01/18/39310393.html








 

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