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11 février 2022 5 11 /02 /février /2022 03:51

« J’ai trouvé que ma formation politique, dont je suis membre depuis 1981, a dérivé. »




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C’est par cette petite phrase que l’ancien ministre LR Éric Woerth a expliqué le 9 février 2022 dans "Le Parisien" qu’il soutenait la candidature du Président Emmanuel Macron à l’élection présidentielle de 2022. Un soutien qui n’a pas surpris, même s’il a déçu ses amis de LR, comme Gérard Larcher, le Président du Sénat. À l’Assemblée Nationale où il préside la stratégique commission des finances depuis juin 2017, il a quitté le groupe LR pour rejoindre, en tant que membre apparenté, le groupe LREM.

Ce choix d’un fidèle gaulliste qui a réussi à rester fidèle pendant les années 2000 tant à Jacques Chirac qu’à Nicolas Sarkozy, n’apportera peut-être pas beaucoup de voix, au niveau national à Emmanuel Macron (dans le département de l’Oise, en revanche, si), mais ce soutien est surtout un tremblement de terre interne aux Républicains.

L’argument (qui d’ailleurs n’a pas "pris") sur le Président qui aurait "cramé" la caisse, utilisé par la candidate Valérie Pécresse, n’a plus beaucoup de sens à partir du moment où le meilleur représentant de l’orthodoxie budgétaire s’appelle justement Éric Woerth. Diplômé IEP Paris et HEC, il a commencé sa vie active comme consultant pour de l’optimisation fiscale. D’un point de vue professionnel, il a longtemps été le monsieur gros sous du RPR et de l’UMP, directeur administratif et financier du RPR en 1993, et de la campagne de Jacques Chirac en 1995, trésorier de l’UMP en novembre 2002, président de l’association du financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Il a surtout été un ministre des comptes publics (voir plus loin) très rigoureux.

L’argument n’est pas financier, mais non plus affectif vis-à-vis de Valérie Pécresse dont il pouvait se sentir proche politiquement, à fois chiraquienne et sarkozyste. Et surtout, de "droite modérée". Or, depuis quelque temps, LR n’est plus de droite modérée mais en compétition permanente avec l’extrême droite. Éric Woerth avait cru que Valérie Pécresse serait candidate avec ses valeurs, elle-même avait quitté LR en 2019 parce qu’elle s’inquiétait de cette dérive droitière, et depuis décembre 2021, il y a cette impression que la candidate LR est prise en otage par les plus extrémistes de LR, chargés de faire de la surenchère avec le candidat Éric Zemmour, chargés de faire du populisme sans en avoir l'air.

En deux mois de campagne, c’est bien la nausée que ressent Éric Woerth : ce n’est plus son parti, plus ses valeurs, plus sa droite, et on pourrait même ajouter, ce n’est plus "sa" Valérie Pécresse. À quoi cela servirait-il de faire de la surenchère avec Éric Zemmour sinon pour l’aider idéologiquement à justifier ses nombreuses prises de position scandaleuses ?

Éric Woerth a d’ailleurs résumé assez bien lorsqu’il dit qu’il faut préparer la France de demain, celle de ses enfants, et pas revenir à la France d’hier, celle où il était enfant. Le problème de positionnement est d’ailleurs crucial pour Valérie Pécresse : si elle fait du Zemmour, on préférera voter Zemmour à elle ; si elle fait du Macron, autant aussi voter Macron. On ne votera donc pour Valérie Pécresse que si on sort des idéologies, des positionnements et des programmes et qu’on veut voter Pécresse pour Pécresse, comme on a voté Chirac pour Chirac ou Sarkozy pour Sarkozy.

Or, aujourd’hui, Valérie Pécresse s’efface politiquement derrière les idées de son ancien adversaire Éric Ciotti. Qu’en serait-il si, une fois élue Présidente, Valérie Pécresse serait toujours aussi influencée par différentes pressions politiques qu’elle ne manquerait pas de connaître ? Un chef doit cheffer, c’est valable aussi pour une candidate. Son programme doit être le sien et pas celui d’un autre.

C’est donc cette déception que constate Éric Woerth : ce que propose Valérie Pécresse n’est plus ses valeurs, plus sa vision de la France. Face à elle, un Président sortant qui a déjà l’expérience, qui a su bien gérer la crise sanitaire et qui est le plus adapté à relever les nombreux défis du prochain quinquennat : « Nous avons besoin de réformes et de stabilité. On ne peut pas avoir un Président débutant tous les cinq ans. ». C’est sûr que parmi les adversaires du futur candidat Président, personne ne peut démontrer son aptitude à parler pendant cinq heures seul avec Vladimir Poutine !

Éric Woerth a suivi une carrière politique assez classique. Conseiller régional de Picardie à 30 ans, de mars 1986 à juillet 2002, après s’être présenté aux municipales de mars 1983 à Creil, sa ville natale, dans l’Oise, il s’est présenté à Chantilly en mars 1989, puis a été élu maire de Chantilly de juin 1995 à juin 2017, suppléant du député RPR Arthur Dehaine (maire de Senlis) de 1997 à 2002, puis son successeur dans la circonscription, depuis juin 2002, élu et réélu député de l’Oise sans discontinuité sauf ses entrées au gouvernement.

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Homme de confiance de Nicolas Sarkozy, il a été trois fois ministre : Secrétaire d’État chargé de la Réforme de l’État du 31 mars 2004 au 31 mai 2005 dans le troisième gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, il a été nommé, dans les deux premiers gouvernements de François Fillon, Ministre du Budget, des Comptes publics et de la Réforme de l’État du 18 mai 2007 au 22 mars 2010, puis Ministre du Travail, de la Solidarité et de la Fonction publique du 2 mars 2010 au 13 novembre 2010, chargé notamment de la très cruciale réforme des retraites.

En début 2010, on le disait même premier-ministrable. Néanmoins, en novembre 2010, il n’a pas été reconduit dans le gouvernement suivant en raison de ses implications dans des affaires judiciaires qui ont abouti, pour lui, à un non-lieu et à une double relaxe (il pourrait d'ailleurs y avoir une relation de cause à effet entre son importance pour la réforme des retraites et la possibilité de Matignon, et ces affaires qui ont surgi soudainement). Nicolas Sarkozy lui a redonné un gage de confiance lorsque l’ancien Président a fait son retour à la présidence de l’UMP/LR en étant son secrétaire général de LR du 15 décembre 2015 au 29 novembre 2016.

Il est peu probable qu’à 66 ans, le député de l’Oise entende faire fructifier son soutien en cas de second quinquennat, par exemple en revendiquant un ministère (celui des finances serait le plus adapté). Certes, il pourrait attendre son bâton de maréchal pour un retour au gouvernement, sorte de revanche après son obligation de quitter son ministère en 2010, mais il reste encore impliqué dans d’autres affaires qui ont trait au financement de la campagne de Nicolas Sarkozy.

Ces derniers jours, il n’était pas le seul à rejoindre Emmanuel Macron parmi les élus ou anciens ministres LR, parfois proches de Nicolas Sarkozy : la veille, le 8 février 2022, Catherine Vautrin, présidente de l’agglomération de Reims et ancienne sous-ministre, a elle aussi apporté son soutien à Emmanuel Macron, et également Caroline Cayeux, maire de Beauvais, le 9 février 2022, l’ancienne sous-ministre Nora Berra et la maire de Calais Natacha Bouchart le 11 février 2022. Cela commence à faire beaucoup de personnalités qui n’ont jamais été au centre mais à droite, et qui ne se retrouvent plus dans les positions hystérisées de leur (ancien) parti.

En suivant la ligne droitière des ultras de LR (dont certains ont d’ailleurs rallié Éric Zemmour), Valérie Pécresse est tombée dans un piège infernal en alimentant la campagne de ses adversaires d’extrême droite et en créant un écart entre sa nature modérée et son discours ultradroitier. En ne faisant pas campagne sur les thèmes qui la caractérisent le mieux, elle s’empêche d’être elle-même l’incarnation d’un projet présidentiel cohérent. Éric Woerth n’a fait que prendre acte de ce constat.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 février 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Éric Woerth.
Élysée 2022 (29) : Emmanuel Macron sera-t-il candidat un jour ?
Élysée 2022 (24) : Valérie Pécresse, entre savoir-faire et savoir-plaire.
Élysée 2022 (19) : l’effet Valérie Pécresse.
Élysée 2022 (18) : Valérie Pécresse, naissance d’une leader.
Second tour du congrès du parti Les Républicains le 4 décembre 2021.
Élysée 2022 (16) : ce sera le duel Ciotti-Pécresse.
Élysée 2022 (15) : le quatrième et ultime débat des candidats LR.
Élysée 2022 (14) : L’envol d’Éric Ciotti ?
Renaud Muselier.
Philippe Juvin.
Élysée 2022 (13) : troisième débat LR, bis repetita.
Élysée 2022 (12) : Surenchères désolantes pendant le deuxième débat LR.
Élysée 2022 (11) : Michel Barnier succédera-t-il à Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (10) : Éric Ciotti, gagnant inattendu du premier débat LR.
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Les Républicains et la tentation populiste.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

_yartiWoerthEric02






https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220209-eric-woerth.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/eric-woerth-et-son-reveil-239299

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/02/09/39341491.html







 

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