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9 mars 2022 3 09 /03 /mars /2022 03:50

« Il y a incontestablement dans l’attitude russe une part d’auto-intoxication, un sentiment nationaliste obsidional, un sentiment d’être toujours assiégés, menacés, qui peut les conduire à des interprétations fausses. Je pense que c’est ce qui vient d’arriver. C’est une erreur colossale d’interprétation de la réalité qui part d’une anticipation noire de ce que peut être l’évolution des relations internationales et en même temps d’un mépris caricatural de l’Occident, celui-ci se retrouvant assimilé à des groupes de soutien aux LGBT, etc. » (Jean-Pierre Chevènement, le 1er mars 2022 sur France 5).




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De nombreux ralliements au Président de la République Emmanuel Macron ont lieu actuellement avec le début de la campagne officielle, qui viennent de droite comme de gauche. Un de ces ralliements mérite d’être étudié plus en détail : en effet, l’ancien ministre socialiste Jean-Pierre Chevènement, qui fête son 83e anniversaire ce mercredi 9 mars 2022, a rejoint la majorité présidentielle à l’occasion d’un entretien avec David Renault d’Allonnes publié dans le "Journal du dimanche" du 27 février 2022 : « J’apporte un soutien républicain à Emmanuel Macron. ».

Son ancien parti (MRC) avait, lui, pris position pour Arnaud Montebourg, qui aurait voulu capter l’héritage chevènementiste, mais la candidature de celui-ci n’a jamais décollé et son abandon le 19 janvier 2022 dans l’indifférence générale s’est accompagné d’une neutralité d’origine narcissique : pas question de rejoindre un autre candidat. Cependant, je ne pense pas que Jean-Pierre Chevènement soit aujourd’hui très lié par les positions du MRC, car il a quitté toute responsabilité partisane depuis longtemps.

Beaucoup pourraient être étonnés que celui qui fut le leader du souverainisme à la française soutienne le Président le plus volontariste en matière de construction européenne. Moi, je ne le suis pas, d’une part, parce que souverainisme et construction européenne ne sont pas antagonistes, au contraire, ils sont complémentaires et se renforcent l’un avec l’autre, d’autre part, parce qu’il y a une réelle fascination de Jean-Pierre Chevènement pour Emmanuel Macron.

Tout d’abord, on évitera les procès d’allégeance de l’ancien ministre de l’intérieur : Jean-Pierre Chevènement est l’un des hommes d’État les plus sérieux et les plus indépendants que la République ait connus, éléphant au PS, et ayant pris son indépendance en privilégiant ses convictions à sa carrière ministérielle. Il a démissionné trois fois du gouvernement, ce qui fait beaucoup (et qui est souvent très risqué pour une personnalité politique car rien ne dit qu’un jour, il reviendra au pouvoir). La guerre au Koweït, le peuple corse, etc. étaient des raisons suffisantes pour que cette personnalité majeure de la vie politique claquât la porte de François Mitterrand puis de Lionel Jospin. Depuis une quinzaine d’années, il continue son activité principalement intellectuelle au moyen de colloques à Paris sur différents sujets avec des intervenants d’origine politique très diversifiée.

Ensuite, il a une réelle admiration pour Emmanuel Macron, presque une affection personnelle. Lors du colloque du 11 décembre 2017 à la Maison de la Chimie, Jean-Pierre Chevènement exprimait son attente pour ce Président de la République nouveau, dynamique, volontaire, qui cassait le train-train habituel des baratins ordinaires. Il voyait déjà en lui, notamment avec le discours de la Sorbonne, un réel défenseur des intérêts français dans l’Europe et dans le monde.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les deux hommes sont des énarques, se sont côtoyés à diverses occasions, et que le premier acte politique d’Emmanuel Macron, ce fut de soutenir la candidature de Jean-Pierre Chevènement à l’élection présidentielle de 2002. Il a donc été à bonne école.

Emmanuel Macron, d’ailleurs, n’a cessé, depuis 2016, de parler de souveraineté française, comme il a repris aussi à son compte d’autres symboles de la République, comme Jeanne d’Arc (c’était son premier déplacement en 2016 après la fondation de son parti), souvent préemptés par l’extrême droite. Pour Emmanuel Macron, la souveraineté française doit s’exercer dans le cadre d’une Europe puissance, par la souveraineté européenne, et celle-ci est autant économique que politique. Il ne s’agit pas de "délégation de souveraineté" mais bien d’un exercice de la souveraine nationale dans le cadre européen.

Du reste, l’Europe est ce qui l’a fait hésiter à soutenir Emmanuel Macron : « La perspective d’une Europe fédérale inscrite dans la plateforme de la coalition allemande après l’accord entre SPD, Verts et FDP. Car si nous devions accepter un vote non plus à l’unanimité mais à la majorité qualifiée, au sein du Conseil Européen, sur les questions de politique étrangère et de sécurité commune, c’en serait fini du statut de la France comme membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU. C’est inenvisageable. Mon soutien n’est donc pas un blanc-seing : je n’abandonne pas mes convictions. Cela, le Président Macron le comprend. ».

En revanche, sur les autres sujets, il est tout à fait en accord avec Emmanuel Macron, en particulier sur la réindustrialisation (il a été ministre de l’industrie) : « Depuis 2017, et ce pour la première fois depuis des décennies, de nouveaux sites industriels s’ouvrent et de nouveaux emplois industriels se créent. Les investissements étrangers en France, notamment américains, sont plus nombreux. ». Même s’il n’oublie pas le déficit commercial, « mais l’hémorragie a pris fin ». C’est sans doute la meilleure expression du souverainisme nationale : « Dès le 13 avril 2020, Emmanuel Macron a fixé le cap : la reconquête de l’indépendance industrielle et technologique de la France. ». Il approuve avec force le plan France 2030.

Il applaudit la gestion de la crise du covid, tant sur l’aspect sanitaire (avec la vaccination massive) que sur l’aspect économique avec le "quoi qu’il en coûte" assumé qui a permis la chute du chômage (taux record à 7%) et le maintien de pans entiers de l’économie qui se seraient écroulés sans cela.

Jean-Pierre Chevènement invite ainsi les électeurs de gauche à ne pas choisir ni Jean-Luc Mélenchon qui a « un problème avec la République » ni les autres candidats de gauche qui sont tombés « dans le sillage du social-libéralisme » : « Quel choix peut donc faire un électeur de gauche entre ces reliques ? Beaucoup préféreront, je crois, cet alliage entre la tradition du progrès social et la culture de l’État, auquel tend Emmanuel Macron. ».

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L’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine a cependant mis en lumière que de nombreuses personnalités politiques avaient noué un lien de profond respect sinon d’amitié avec le Président de la Fédération de Russie, et c’est le cas de Jean-Pierre Chevènement, un peu gêné de ses prises de position anciennes avec l’actualité immédiate. Il s’en est plus longuement expliqué dans l’émission "C à vous" le 1er mars 2022 sur France 5.

Sa première réaction est d’abord la condamnation sans ambiguïté : « Il y a un fait massif : c’est l’invasion russe de l’Ukraine, violation caractérisée du droit international et de l’intégrité territoriale de ce pays. Le réflexe ne peut être que de la condamner avec la plus grande force, en prenant toutes les mesures appropriées. C’est ce qu’on appelle les sanctions. Ces sanctions sont contenues dans l’agression car l’agression entraîne une riposte qui est tout à fait légitime. ».

Mais le danger d’une guerre nucléaire est réelle, ce qui justifie et nourrit la volonté d’Emmanuel Macron de maintenir le contact : « La fermeté n’exclut pas, comme le Président de la République le montre, la recherche d’un dialogue ou, en tout cas, d’une voie diplomatique. Celle-ci doit permettre de trouver une issue à ce conflit qui ne peut être, bien entendu, que le cessez-le-feu d’abord et ensuite le retrait des troupes russes, avec peut-être des arrangements sur les questions qui préoccupent légitimement les Russes, à commencer par leur sécurité. ».

Revenant sur l’invasion russe de l’Ukraine dans une tribune intitulée "Comment éviter une Troisième Guerre mondiale ?" publiée le 8 mars 2022 dans l’hebdomadaire "Marianne", Jean-Pierre Chevènement a rejeté le prétexte de dénazification : « Lors de la Seconde Guerre mondiale, (…) l’immense majorité des Ukrainiens a combattu au sein de l’Armée rouge. Il est ridicule aujourd’hui de faire comme si quelques groupuscules néonazis, certes violents et influents, reflétaient une tendance significative de l’opinion publique ukrainienne. (…) D’un point de vue stratégique et politique, la décision d’envahir l’Ukraine prise par le Président Poutine est sidérante d’absurdité. Même si l’armée russe a l’avantage sur le plan militaire, ce qui s’annonce pour elle est une longue période d’enlisement. (…) Ne confondons pas un gouvernement russe qui passe et le peuple russe, dont l’apport à la littérature, à la civilisation et à l’histoire de l’humanité est majeur. ». Une distinction que le Président Emmanuel Macron avait aussi faite dans son allocution télévisée du 2 mars 2022 : « Nous ne sommes pas pour autant en guerre contre la Russie. Nous savons tout ce qui nous lie à ce grand peuple européen qu’est le peuple russe, qui a tant sacrifié durant la Seconde Guerre mondiale pour sauver l’Europe de l’abîme. ».

L’ancien ministre fait remonter la mésentente entre la Russie et le reste de l’Europe à l’an 1054 avec le grand schisme entre christianisme de Rome et christianisme de Byzance. Il est vrai que le primat (orthodoxe) de Moscou se montre plus un nationaliste va-t-en-guerre qu’un religieux prônant la paix et la concorde (avec les uniates ukrainiens).

Sur ses relations personnelles avec Vladimir Poutine (il a discuté quatre heures avec lui en 2014, par exemple), Jean-Pierre Chevènement se sauve comme il peut, comme les autres, en disant sur France 5 le 1er mars 2022 que le Poutine d’hier n’était pas le Poutine d’aujourd’hui, ce qui, à mon avis, est un manque d’anticipation. Pour faire avancer les accords de Minsk, il a rappelé qu’Emmanuel Macron l’avait envoyé en Russie et en Ukraine : « J’assume les efforts faits et je revendique d’avoir essayé d’empêcher cette situation qui est infiniment malheureuse pour les Ukrainiens, pour les Russes et pour nous-mêmes, Européens. Nous n’avons pas encore fini d’en payer le prix. ».

Il soutient donc à fond les initiatives d’Emmanuel Macron sur l’Ukraine : « Je pense que ce que fait le Président de la République est très adéquat à la situation. Il fait preuve d’une grande fermeté de langage, met en place des sanctions économiques et financières ciblées et très fortes et défend, par ailleurs, une voie ouverte au dialogue. Il échange par exemple par téléphone avec le Président Poutine presque tous les jours. Il y a quand même un canal de communication qui demeure. ».

Souhaitant établir un climat d’unité nationale en France pour cette période très difficile, Jean-Pierre Chevènement appuie la démarche du gouvernement : « J’observe avec satisfaction que le Premier ministre a réuni à Matignon l’ensemble des candidats et que cela s’est plutôt bien passé. Un échange d’informations sur différents sujets a pu avoir lieu : les réfugiés, leur accueil, etc. C’est comme cela qu’il faut procéder et j’approuve le président de la République d’avoir choisi cette voie raisonnable. (…) L’accueil des réfugiés ukrainiens n’est pas une épreuve mais un devoir. ».

Et je termine l’explication politique de Jean-Pierre Chevènement par cette reformulation pour France 5 : « Je voudrais dire pourquoi je soutiens Emmanuel Macron. Je pense qu’il a l’étoffe d’un Président capable de construire la France dans une période aussi troublée. N’oublions pas qu’il est responsable de la dissuasion nucléaire : 300 têtes nucléaires pour la France (…),.elles ne sont d’ailleurs pas faites pour être utilisées mais pour inspirer la crainte afin que l’adversaire recule. Emmanuel Macron est à mon sens parfaitement capable de gérer cette crise qui implique beaucoup de fermeté, d’intelligence et de finesse. Il faut se montrer souple et compréhensif pour se mettre dans la tête de l’autre, deviner comment il raisonne. C’est un travail éminemment difficile. ».

Dans "Marianne" également, Jean-Pierre Chevènement conclut sur le grand savoir-faire d’Emmanuel Macron : « Depuis le début de l’agression russe, Emmanuel Macron défend une position combinant fermeté et souci de maintenir la porte ouverte au dialogue et à la diplomatie. Cette approche est celle d’un homme d’État. Elle est à la hauteur d’une telle crise, dont la gestion demande intelligence et souplesse. Les troupes russes doivent quitter l’Ukraine. (…) Nous ne devons pas nous laisser entraîner vers une troisième guerre mondiale par des initiatives jusqu’au-boutistes. ».

Un sondage réalisé par Elabe sur un échantillon de1 580 personnes les 7 et 8 mars 2022 donne des résultats étonnants : non seulement les tendances se confirment, forte montée d’Emmanuel Macron à 33,5% et décrochage de Valérie Pécresse à 10,5% en cinquième position, mais Jean-Luc Mélenchon, bénéficiant aussi du décrochage du polémiste Éric Zemmour, se retrouve en troisième position à 13% derrière Marine Le Pen à 15%. Quant à la candidate socialiste, Anne Hidalgo stagne à 1,5% d’intentions de vote, comme une vulgaire candidate trotskiste, un microscore également obtenu par d’autres instituts.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 mars 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pourquoi le souverainiste Jean-Pierre Chevènement soutient-il Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (33) : Emmanuel Macron à 30% ?
Élysée 2022 (32) : Emmanuel Macron candidat !
Jean-Pierre Chevènement, macronien ?
Daniel Cohn-Bendit, sur les traces de Jean-Pierre Chevènement.
Le Che, vainement ?
Les ambitions sénatoriales de Jean-Pierre Chevènement.
Hollande coincé entre Chevènement et Eva Joly.
Chevènement répond aux attaques parisiennes.
Chevènement battu à Belfort.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220309-chevenement.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/pourquoi-le-souverainiste-jean-239764

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/03/01/39367462.html







 

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