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3 avril 2002 3 03 /04 /avril /2002 03:07

« L’attaque massive des armées russes contre l’Ukraine, État pacifique, européen et indépendant, est sans précédent depuis 1945. (…) Dans ce contexte dramatique, ma responsabilité comme Président de la République et Président du Conseil de l’Union Européenne est de consacrer toute mon énergie à rechercher une issue à ce conflit et à vous protéger en rendant la France et l’Europe plus fortes. Mais ce retour brutal du tragique dans l’Histoire ne doit pas étouffer le nécessaire débat démocratique autour des visons et des propositions que permet l’élection présidentielle. J’irai à votre rencontre, défendre mon bilan et mon projet pour la Nation. (…) Tirer les leçons des crises inédites que nous avons traversées ensemble et de l’action que, malgré les circonstances, nous n’avons cessé de conduire. Projeter le pays vers l’avenir. » (Emmanuel Macron, le 17 mars 2022).



SUR LE MEETING A L'ARENA DU 2 AVRIL 2022, CLIQUER ICI.




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Nous sommes à deux semaines du premier tour de l’élection présidentielle du 10 avril 2022. L’élection est-elle pliée ? Bien évidemment, non ! Une élection, cela sert à ça, que les électeurs se prononcent, et tant qu’ils ne se sont pas prononcés, quelle que soit la fiabilité de sondages d’intentions de vote, rien n’est acquis, rien n’est déterminé. Tout reste ouvert. Le rôle du favori est d’ailleurs très instable : sa position ne mobilise pas l’électorat.

Ceux qui pensent que la réélection du Président sortant Emmanuel Macron est acquise ont donc tort deux fois. La première fois parce qu’ils méprisent le suffrage des Français en donnant plus de poids à des "enquêtes d’opinion" qui n’ont rien de formel et de fiable. La seconde fois parce qu’ils oublient le rôle essentiel d’une campagne électorale. Et même trois fois tort, car l’expérience montre que les urnes provoquent presque toujours des surprises.

Quelle est la tendance aujourd’hui, si près du but ?
On pourrait voir les choses de deux manières.

D’un côté, Emmanuel Macron surplombe tous les autres candidats, très nettement, dans les sondages. En tête des intentions de vote au premier tour, en tête des intentions de vote au second tour quelle que soit la configuration du second tour qui peut être quadruple (face successivement aux candidats Marine Le Pen, Valérie Pécresse, Jean-Luc Mélenchon et Éric Zemmour). Donc, Emmanuel Macron est effectivement le favori.

Beaucoup d’explications peuvent se tenter : Président sortant dans plusieurs crises d’ampleur mondiale (Ukraine, économique, covid), il bénéficie de "l’effet drapeau" (unité de la Nation derrière le chef de la Nation) et aussi de l’expérience présidentielle dans une situation qui a besoin de subtilité et d’intelligence. Il est aussi Président du Conseil de l’Union Européenne, et en ce sens, l’un des très grands de ce monde, même si c’est pour six mois …ou moins. De plus, il est le seul à proposer un projet cohérent, raisonnable, rationnel qui ne reprenne pas des vieilles lunes. Il aurait pu être rivalisé sur sa droite par Valérie Pécresse et sur sa gauche par Anne Hidalgo, mais ces deux candidates pourtant d’anciens partis gouvernementaux, ont préféré adopter des attitudes étonnamment radicalisées tant sur l’extrême droite que sur ce que j’appellerais "l’extrême sociétal" de gauche. Ce qui fait que le centre droit et le centre gauche ne peuvent se reconnaître que dans la seule candidature d’Emmanuel Macron.

Mais d’un autre côté, la situation, en seconde analyse, est loin d’être aussi confortable pour Emmanuel Macron, ce qui peut me désoler et m’inquiéter.

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Premièrement, est-il sûr qu’Emmanuel Macron soit qualifié au second tour ? Je l’espère et tous les sondages semblent lui accorder cette garantie, mais la réalité électorale est toujours troublante et étonnante. Lionel Jospin "devait" gagner l’élection de 2002, il y a vingt ans, et c’est seulement deux ou trois jours avant le premier tour que les plus fins analystes ont commencé à envisager que rien ne serait certain pour le premier tour. Certes, Emmanuel Macron jouit encore d’une bonne avance, et la guerre en Ukraine plus sa déclaration de candidature (je pense que c’est le premier facteur, le second facteur était un non-événement) lui ont fait faire un bond de 5 à 10 points, ce qui est exceptionnel à un mois et demi du premier tour. Mais cette avance aujourd’hui s’effrite de jour en jour. La position n’est en rien acquise, ni permanente.

Deuxièmement, et c’est là ma principale inquiétude, Emmanuel Macron est-il certain de gagner le second tour ? Face à Valérie Pécresse, Éric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron jouit d’une confortable avance d’une vingtaine de points. Certes, il est maintenant à environ 60% contre Jean-Luc Mélenchon alors qu’il y a une semaine, il était à 66%. Il s’effrite aussi. Mais l’écart est trop grand. En revanche, face à Marine Le Pen, l’écart se resserre dangereusement : il était à 57% contre elle il y a une semaine, il est maintenant à 53%, je donne des indications de sondages, il faudrait faire des moyennes, ou étudier les enquêtes de chaque institut de sondage, c’est une approximation. À 53% vs 47%, dans un sondage, autant dire que c’est du 50% vs 50% avec les incertitudes de calculs.

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Donc rien n’est joué. Absolument rien. Je vois deux raisons à cette lente mais réelle érosion de la candidature d’Emmanuel Macron. D’une part, il a présenté son projet présidentiel, et dans ce projet, certaines mesures concrètes peuvent rencontrer des oppositions réelles (retraite à 65 ans, réforme du RSA, etc.). Notons que s’il n’avait présenté aucun projet ou un projet consensuel immobiliste à la François Mitterrand (ni-ni), on l’aurait aussi blâmé car un candidat se présente pour réaliser des réformes pendant le quinquennat à venir, si c’est pour ne rien faire, autant qu’il reste chez lui. D’autre part, Emmanuel Macron ne fait pas campagne, et cela donne une perception assez mauvaise de la situation. Il doit se défendre, lui-même, pas par ministres interposés.

Certes, Emmanuel Macron doit continuer à gérer les affaires du monde, et en ce moment, il a de quoi faire. Mais il faut se méfier du "syndrome Churchill". En pleines négociations d’après-guerre, Churchill a été remercié comme un malotru par ses électeurs et a dû rendre son tablier. Rien n’interdit qu’Emmanuel Macron, alors qu’il se démène auprès de nos partenaires européens et américains sur la guerre, auprès des Français pour réduire l’effet collatéral sur l’économie, subît le même sort, certes ingrat mais la vie politique a toujours été ingrate.

Ne pas faire campagne serait une faute considérable. Laisser juste une vidéo en guise de participation à un meeting (à Marseille) est même méprisant sinon arrogant dans sa relation avec les Français, alors qu’il ne l’est pas, il nourrit au contraire une grande empathie envers les Français. Même De Gaulle, qui ne voulait pas "se mettre en pyjama devant les Français", a pris une douche froide le 5 décembre 1965 en refusant de faire campagne pour le premier tour (même pas 45% des suffrages exprimés, 37% des inscrits !) et a dû se résoudre à faire campagne entre les deux tours (avec des entretiens savoureux, trois fois, avec Michel Droit, il y a montré une autre facette de sa personnalité qui a beaucoup plu, le De Gaulle goguenard).

Il faut se rappeler le syndrome Balladur. Édouard Balladur, Premier Ministre de cohabitation, "surplanait" dans tous les sondages pendant l’année précédant l’élection présidentielle de 1995 tandis que le PS était KO et son rival Jacques Chirac démonétisé dans "l’opinion publique". Aucun concurrent de taille à faire contrepoids au Premier Ministre. En janvier 1995, à trois mois du premier tour, certains envisageaient même une élection dès le premier tour (ce qui était ridicule puisque même De Gaulle n’a pas été élu dès le premier tour). Le résultat, c’est que dès la fin du mois de février, Édouard Balladur a été dépassé par Jacques Chirac et la logique de campagne l’a emporté sur la logique des sondages. Jacques Chirac était une bête de campagne, alors qu’Édouard Balladur, visiblement, n’était pas fait pour faire campagne !

Ce syndrome Balladur s’est retrouvé à de nombreuses reprises après 1995 : en 2002, Lionel Jospin en a été victime ; en 2011, Dominique Strauss-Kahn également (il aurait été probablement été plus prudent avec son comportement personnel s’il n’était pas donné largement gagnant dans les sondages) ; enfin, en 2016, Alain Juppé en a été également une victime consentante, sa campagne n’ayant jamais eu comme argument que les sondages. On peut du reste dire qu’en 2021, Xavier Bertrand en a été aussi une victime, en ce sens qu’il était donné comme le meilleur candidat LR pour l’élection présidentielle (mais il n’en était pas le favori).

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Emmanuel Macron pourrait, lui aussi, être victime du syndrome Balladur s’il ne faisait pas campagne en y mettant toutes ses forces et sa sincérité, d’autant plus que son projet présidentiel, dense et solide, demande aussi à être défendu, au même titre que son bilan, même si un bon bilan n’a jamais fait une élection (j’y reviendrai).

On pourrait toutefois dire qu’Édouard Balladur s’est effondré dès février 1995, deux mois avant le premier tour, c’est vrai, et que si Emmanuel Macron "s’effrite", perd quelques points, il ne s’effondre pas et on est à deux semaines du premier tour. Mais il ne faut pas décontextualiser : en 1995, il n’y avait pas de chaîne d’information continue, il n’y avait pas de réseaux sociaux ni d’Internet en général, les seules informations étaient temporisées par les journaux télévisés ou à la radio et encore par la presse écrite. Aujourd’hui, tout va plus vite, la moindre information tourne en boucle sur le Web dès la première minute et au bout d’une heure, il y a déjà la surréaction de toute la classe politique. Deux semaines, c’est donc encore très long à l’échelle de l’info.

Ce qui a nui à la campagne est probablement du fait et de la responsabilité des médias qui ont passé beaucoup de temps à évoquer la guerre en Ukraine. Le sujet est très important (il est un événement historique qui marquera l’histoire du monde et l’entrée d’une nouvelle époque assurément), mais cela ne doit pas non plus empêcher d’informer sur la campagne présidentielle, et en ce sens, beaucoup de médias sont en défaut à ce sujet.

En outre, cette absence de campagne dans les médias n’avantage pas forcément le candidat qu’on croit : en réduisant au maximum ses déplacements et ses meetings électoraux, Emmanuel Macron n’imprime pas dans sa campagne même s’il imprime en tant que Président de la République. Il est donc urgent que le Président de la République fasse campagne pour rassembler tous ceux qui, nombreux (on l’a vu avec des personnalités de tout horizon, de Jean-Pierre Chevènement à Éric Woerth, de Bertrand Delanoë à Jean-Pierre Raffarin, de Manuel Valls à Christian Estrosi, et peut-être même avec Nicolas Sarkozy après François Léotard), sont à la fois favorables à sa candidature, à son projet, à ses perspectives de redonner à la France sa souveraineté nationale au sein d’une Europe forte, et inquiets de voir un grand nombre de candidats radicalisés qui, élus, seraient une catastrophe pour l’avenir des Français, et on a bien vu pour l’Ukraine à quel point il ne fallait pas transiger sur la dissuasion nucléaire, sur le jeu des alliances et sur la fermeté face à la Russie. Tous les candidats qui ont transigé sur l’alliance atlantique et notre alliance avec les États-Unis ont trahi la sécurité des Français, on le comprend bien aujourd’hui.

Heureusement, le candidat Macron ne reste pas inerte. Annoncé depuis quelques jours, Emmanuel Macron participera à un grand meeting le samedi 2 avril 2022 après-midi, à une semaine du premier tour, avec une mobilisation virale qui pourrait prêter à sourire mais qui peut être très efficace. Il n’a pas lésiné sur ses ambitions puisque ce grand rassemblement aura lieu à la salle Arena de Paris La Défense, une salle récente, inaugurée le 16 octobre 2017, ce qui est très ambitieux, car cette salle, la plus grande salle d’Europe, peut accueillir près de 40 000 participants ! Ce sera probablement une démonstration de force (on peut s’inscrire ici).

Dans sa plaquette de 24 pages présentant son projet présidentiel (qu’on peut télécharger ici), Emmanuel Macron termine son introduction ainsi : « Quels que soient le lieu où vous habitez, le métier que vous exercez, votre histoire, le prénom que vous portez, la France a besoin de vous. Durant ces cinq années, je n’ai jamais perçu dans le pays la résignation, le renoncement sur lesquels certains prospèrent. Je vous ai toujours vu passionnés et volontaires, animés de la volonté de prendre part à cette belle aventure collective qui s’appelle la France. Je vous ai vu armés de l’esprit de résistance comme de l’esprit de conquête. ». C’est une véritable déclaration d’amour à tous les Français. Rien à voir avec l’arrogance qu’on lui a collée stupidement à la peau et aux aigreurs et défaitismes de la plupart de ses concurrents à l’élection présidentielle.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 mars 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le syndrome Balladur.
Élysée 2022 (37) : Emmanuel Macron n’est pas (encore) réélu !
S’inscrire (gratuitement) au meeting d’Emmanuel Macron le samedi 2 avril 2022 à 14 heures 30 à Arena de Paris La Défense.
François Léotard.
Bertrand Delanoë.
Manuel Valls.
Jean-Pierre Chevènement.
Jean-Pierre Raffarin.
Éric Woerth.
Élysée 2022 (36) : pour qui votera Nicolas Sarkozy au premier tour ?
Élysée 2022 (35) : le projet présidentiel du candidat Emmanuel Macron.
Présentation du projet présidentiel d’Emmanuel Macron le 17 mars 2022 à Aubervilliers (vidéo).
Projet du candidat Emmanuel Macron pour 2022 (à télécharger).
Élysée 2022 (34) : la liste officielle des 12 candidats.
Élysée 2022 (33) : Emmanuel Macron à 30% ?
Élysée 2022 (32) : Emmanuel Macron candidat !
Lettre du candidat Emmanuel Macron à tous les Français le 3 mars 2022 (texte intégral).
Ukraine en guerre : Emmanuel Macron sur tous les fronts.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron sur la guerre en Ukraine le 2 mars 2022 (vidéo et texte intégral).
Nous Européens, nous sommes tous des Ukrainiens !
La repentance nucléaire : Emmanuel Macron à Belfort.
Élysée 2022 (29) : Emmanuel Macron sera-t-il candidat un jour ?
Enfin, une vision européenne !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220326-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-37-emmanuel-macron-n-240457

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/03/26/39407005.html











 

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