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18 avril 2022 1 18 /04 /avril /2022 03:08

« Pour réussir la bataille pour le climat, pas d’injonction, mais du respect et de l’ambition, pas de fausses leçons, mais la clarté dans les objectifs, et de l’investissement. Alors, tous ces efforts ont des résultats, et je les défends, nous avons été deux fois plus vite que durant les deux quinquennats qui précédaient pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Nous avons protégé la biodiversité, davantage, et nous avons diminué de 12% nos émissions de gaz à effet de serre en cinq ans. Ça, c’est pour dire que l’inaction, pas chez moi. » (Emmanuel Macron, le 16 avril 2022 à Marseille).




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Le candidat Emmanuel Macron se démène pour assurer sa campagne du second tour. L’écart avec Marine Le Pen restant faible dans les sondages d’intentions de vote, le Président de la République souhaite conforter son avance du premier tour en donnant des raisons de voter pour lui aux électeurs qui ne l’ont pas choisi au premier tour.

On peut d’ailleurs se poser sérieusement la question sur la stratégie du second tour : comme il a phagocyté l’électorat LR au premier tour (c’est très clair géographiquement), doit-il risquer de le perdre au second tour pour tenter de récupérer une partie de l’électorat dit de gauche ? Là est le vrai enjeu, car vouloir faire du Jean-Luc Mélenchon quand on s’appelle Emmanuel Macron, c’est à la fois osé (il faut convaincre de la transmutation), illusoire et casse-cou (qu’en pensent les primoélecteurs d’Emmanuel Macron ?).

Et cela d’autant plus que les enquêtes sur les reports de voix laissent vaguement entendre que l’électorat de FI est très divisé, en gros un tiers pour Emmanuel Macron, un tiers pour l’abstention ou le vote blanc et un tiers pour Marine Le Pen, soit un potentiel d’environ 7%. On dira la même chose de l’électorat écologiste de Yannick Jadot, plus "docile" pour voter pour Emmanuel Macron mais sur une base beaucoup plus faible (moins de 5%). Enfin, faut-il évoquer la récupération du vote socialiste quand celui-ci n’a même pas atteint 2% ? Évidemment non.

Toute la stratégie devrait donc être axée sur la seule chose qui serait efficace à chacun des deux candidats du second tour (car le problème se pose aussi à la candidate d’extrême droite) : convaincre ceux qui ne sont pas allés voter au premier tour, soit plus de 26% des électeurs inscrits. Ce sont eux qu’il leur faut convaincre car leur vote potentiel reste une inconnue de taille. En 2002, le premier tour du 21 avril 2002 a eu 28,4% d’abstention qui a baissé à 20,3% au second tour du 5 mai 2002 (près de 3,5 millions d’électeurs se sont déplacés en plus).

En revanche, en 2017, ce fut le contraire : il y a eu 22,2% d’abstention au premier tour du 23 avril 2017 et celle-ci est montée à 25,4% au second tour du 7 mai 2017, mais si l’on prend le pourcentage de suffrages exprimés par rapport aux électeurs inscrits (on prend alors en compte les votes blancs et les votes nuls qui, je le rappelle, depuis 2013, sont indiqués séparément), alors la baisse de participants exprimés a été encore plus forte : de 75,8% au premier tour à 66,0% au second tour (en 2002, ce fut le contraire, y compris avec les votes blancs et nuls : de 69,2% au premier tour à 75,4% au second tour). 2022 devrait plutôt reproduire la tendance de baisse des suffrages exprimés observée en 2017, mais cela va surtout dépendre de la mobilisation et de la capacité de conviction des deux candidats restants.

Le choix d’Emmanuel Macron de présenter son projet sur la transition écologique lors d’un de ses derniers grands meetings, à Marseille le samedi 16 avril 2022, ne répond donc pas à une logique de récupération de voix de candidats battus, mais bel et bien à l’objectif de mobiliser les abstentionnistes et en particulier, les nombreux jeunes qui ne se sont pas déplacés au premier tour. Et pour mobiliser, au contraire de 2002, l’argument du front républicain serait inefficace. En revanche, la préoccupation des enjeux climatiques est essentielle car les plus jeunes se sentent aux premières loges des futures catastrophes climatiques que les plus âgés n’auront pas le temps de vivre.

Ce 16 avril 2022 est donc notable, surtout dans l’optique d’une réélection, car le discours d’Emmanuel Macron l’engage à l’action. Qu’on ne me dise pas qu’il n’en avait pas parlé pendant cinq ans, car c’est resté pour lui un sujet majeur tout au long de son (premier) quinquennat, ne serait-ce que d’avoir nommé Nicolas Hulot comme Ministre d’État en numéro deux du gouvernement (sa démission procède plus d’une incapacité à faire de la politique, que j’avais décelée déjà lors de la primaire écologiste de 2011 qu’il avait perdue face à Eva Joly, que d’un désaccord certes réel avec Emmanuel Macron sur la chasse).

Emmanuel Macron a nommé aussi son successeur Ministre d’État, François de Rugy (qui n’est pas resté durablement pour cause de homard). Surtout, il a fait une présentation de sa politique écologique qui n’a pas eu les retombées médiatiques voulues au début de la crise des gilets jaunes, le 27 novembre 2018. Ensuite, apprenant du grand débat, il a convoqué la Convention citoyenne pour le climat le 21 juin 2020 pour prendre un certain nombre de mesures (toutefois, la méthode du tirage au sort m’a semblé peu démocratique, du moins très contestable sur le plan démocratique ; une commission parlementaire devrait plutôt la remplacer, à mon avis). Enfin, Emmanuel Macron a exposé les perspectives de la politique énergétique de la France le 10 février 2022 à Belfort.

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Pour 2022, Emmanuel Macron ne veut pas que le Ministre de l’Écologie soit le numéro deux du gouvernement, mais carrément le numéro un : « Mon prochain Premier Ministre sera directement chargé de la planification écologique, parce que cela concerne tous les domaines, tous les secteurs, toutes les dépenses, tous les équipements, tous les investissements, bref, toutes les politique, ce n’est pas simplement une politique, c’est la politique des politiques, et parce que cela démontre irréfutablement l’importance que nous accorderons à ce combat du siècle. Le Premier Ministre sera, pour agir, appuyé par deux ministres forts, le ministre de la Planification énergétique (…) et le ministre de la Planification écologique territorial. ».

L’objectif du premier de ces deux ministres sera « de faire de la France la première grande Nation à sortir du gaz, du pétrole et du charbon, c’est possible et nous le feront. Et pour cela, il faudra d’abord planifier une stratégie de sobriété énergétique, car l’énergie qui pollue le moins est celle qu’on ne consomme pas. ».

En clair, Emmanuel Macron veut multiplier par 10 la puissance produite par le solaire, déployer 50 parce éoliens offshore d’ici à 2050 produisant 40 GW et construire 6 nouveaux réacteurs nucléaires. Enfin, il veut investir massivement dans l’hydrogène vert : « C’est aussi par l’hydrogène pour nos avions, nos trains, nos bateaux (…), nos bus, nos industries, par les changements d‘usage, que nous pourrons avoir des modes de déplacement et de production plus écologiques car l’hydrogène pourra se substituer progressivement au gaz naturel. ».

L’objectif de l’autre de ces deux ministres est de collaborer avec tous les élus locaux pour bâtir un agenda pour chaque territoire : « L’agenda écologique est un agenda de confiance, il faut travailler avec nos élus locaux et ce sera un agenda de décentralisation massive. ».

Parmi les autres mesures, deux déjà présentées avant le premier tour : la location de voiture électrique à moins de 100 euros par mois et l’encouragement par aide de l’État à la rénovation thermique de 700 000 logements anciens chaque année. Aussi le remplacement des vieilles chaudières à gaz et au fuel. Ce qu’il y a de nouveau, c’est notamment une politique volontariste pour réduire les 50 000 décès annuels dus à la pollution de l’air par « un effort massif de purification de l’air dans nos écoles, nos hôpitaux, nos maisons de retraite et dans tous les bâtiments publics » dont on a commencé à comprendre l’importance lors de la crise sanitaire. Également une politique alimentaire qui protège les consommateurs : « Dans nos écoles, je veux qu’on aille encore plus loin pour davantage de produits locaux, de circuits courts, de produits bios et (…) une alimentation de qualité. ».

Emmanuel Macron a ainsi placé la campagne du second tour dans un véritable choix de civilisation : « Ce que nous avons à devenir n’est pas la nostalgie de ce que nous avons été, ni même exactement ce que nous sommes. Ce que nous avons à devenir, c’est de ne rien oublier de ce qui nous a faits, de l’habilité et du respect de chacun qui nous constituent, de la force de notre République, de tous ces confluents qui forment la France, mais d’aller vers un cap nouveau qui est un cap de respect, de dignité, de diversité et d’écologie ! Parce que oui, le projet que nous portons est un projet d’humanisme qui croit dans l’économie, l’innovation, la culture, l’éducation, la santé et l’humanisme du Vingt et unième siècle croit dans l’homme mais avec l’homme dans la nature et le vivant, car ils sont indissociables. ».

Le candidat Président a d’ailleurs proposé d’instaurer une Fête de la nature le quatrième samedi de mai pour « susciter cette mobilisation générale de la Nation pour l’environnement ». Il a en outre souhaité que les grands patrons soient écoresponsables : « Les parts variables des dirigeants seront à la fois encadrées dans leur montant au niveau européen mais aussi soumis à l’atteinte d’objectifs environnementaux. Les grands patrons du Vingt et unième siècle ne seront pas simplement celles et ceux qui ont de la performance économique ou financière, mais celles et ceux qui sauront avoir des résultats pour l’inclusivité, pour l’égalité femmes/hommes, et pour la question écologique. ».

Il n’a pas hésité à attaquer sa concurrente du Rassemblement nationale qui encouragerait l’anxiété : « Cette anxiété, c’est celle que l’extrême droite va chercher lorsqu’elle dit "avec nous (…), plus de terrorisme climatique" dit-elle [la candidate d’extrême droite]. Employer un tel terme ! "Avec nous, finies les éoliennes, nous allons les démonter", bon courage, bonne utilisation de l’argent du contribuable. "Avec nous", leur dit-elle, "la neutralité carbone 2050", d’ailleurs, la place-t-elle en 2030, elle qui connaît bien les chiffres, "finie cette neutralité carbone", même incompétente, elle est climatosceptique. Mais donc, vous le voyez bien, nous ne pouvons pas laisser ces deux anxiétés face-à-face, nos plus jeunes et celles et ceux qui sont anxieux, pensant que la planète ne sera pus viable, et l’anxiété de celles et ceux qui craignent un changement trop rapide, nous devons réconcilier tout le pays par un changement de paradigme, par une ambition nouvelle. ».

Le mot "écologie" ou "écologiste" n’est même pas mentionné dans le document intitulé "Projet pour la France de Marine Le Pen : 22 mesures pour 2022". De même, aucun chapitre, sur les seize thèmes de son programme présidentiel, n’est consacré à la transition écologique et cette expression n’est mentionnée qu’une seule fois dans son programme de 36 pages au détour d’une indication dérisoire sur un fonds souverain : « le fonds souverain devra également financer la transformation écologique attendue par nos compatriotes » sans s’appesantir sur la nature de la transformation écologique que la candidate entend financer, si ce n’est le démantèlement des éoliennes.

Emmanuel Macron avait commencé à attaquer Marine Le Pen au début de son discours de Marseille en disant paradoxalement : « J’aurais pu à Marseille vous parler de la rupture que l’extrême droite prépare avec la fraternité républicaine lorsqu’elle veut mettre en cause le droit d’asile ou organiser un référendum pour rétablir la peine de mort (…). De la rupture qu’elle prépare avec notre laïcité lorsqu’elle veut stigmatiser des millions de Français, interdire le port du voile ou la nourriture casher ou halal. (…) J’aurais pu vous parler du projet de sortie de l’Europe que l’extrême droite défend lorsqu’elle propose le divorce entre l’Allemagne et la France, la sortie du Conseil de l’Europe, une alliance militaire avec la Russie et pas un mot, pas un mot pour le continent africain de l’autre côté de cette mer. (…) J’aurais pu aussi vous parler du rapport quelque peu distant que madame Le Pen comme monsieur Zemmour entretiennent avec la science, eux qui auraient voulu vous administrer de la chloroquine et du vaccin russe. ».

L’essentiel du discours d’Emmanuel Macron a ainsi consisté à proclamer : « La politique que je mènerai dans les cinq ans à venir sera donc écologique ou ne sera pas. ». Également : « Nos vies seront écologiques ou ne seront pas, parce que l’écologie n’est pas seulement la question de la politique, de l’économie de certains paysages. Chacun prendra sa part dans ce combat du siècle. ». Et le message qui se veut rassurant, c’est celui-ci : « Je le dis à toutes celles et tous ceux qui travaillent. L’écologie, ce n’est pas fermer vos emplois, fermer vos usines. C’est permettre de changer des habitudes et des pratiques. (…) C’est par l’innovation, vous permettre de produire davantage mais le faire de manière écologique. ».

Ce n’est pas anodin qu’Emmanuel Macron ait affirmé sa différence sur le thème de l’écologie, car Marine Le Pen ne propose rien d’autre que des réductions pour consommer du carburant et le démontage des éoliennes. Y voyant une grande opportunité pour renforcer le redémarrage économique de la France par des investissements massifs sur l’hydrogène vert et les autres énergies renouvelables, Emmanuel Macron entend rester "le" candidat de l’avenir et de l’optimisme face à la candidate du repli sur soi et de la nostalgie aigrie. Pour les jeunes générations, il n’y a vraiment pas photo !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 avril 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La révolution verte du candidat Emmanuel Macron.
Discours d’Emmanuel Macron à Arena de Paris La Défense le 2 avril 2022 (vidéo et texte intégral).
Marine Le Pen : ne nous trompons pas de colère !
Tout sauf Macron : pourquoi tant de haine ?
Élysée 2022 (45) : le naufrage du parti Les Républicains.
Élysée 2022 (44) : la consécration du mélenchonisme électoral.
Élysée 2022 (43) : le sursaut républicain !
Résultats du premier tour de l’élection présidentielle du 10 avril 2022 (Ministère de l’Intérieur).
Gestion de la crise du covid : la France au tableau d’honneur !
Emmanuel Macron et son rapport à l’imprévisible.
13 raisons de voter pour Emmanuel Macron : pouvoir d’achat, santé, école, écologie…
Projet du candidat Emmanuel Macron pour 2022 (à télécharger).
Élysée 2022 (42) : Emmanuel Macron en danger !
Élysée 2022 (41) : Emmanuel Macron descend dans l’arène.
Élysée 2022 (37) : Emmanuel Macron n’est pas (encore) réélu !
Élysée 2022 (36) : pour qui votera Nicolas Sarkozy au premier tour ?
Élysée 2022 (35) : le projet présidentiel du candidat Emmanuel Macron.
Élysée 2022 (33) : Emmanuel Macron à 30% ?
Élysée 2022 (32) : Emmanuel Macron candidat !
Élysée 2022 (29) : Emmanuel Macron sera-t-il candidat un jour ?
Enfin, une vision européenne !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220416-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-revolution-verte-du-candidat-240994

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/04/15/39436000.html






 

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