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30 mai 2022 1 30 /05 /mai /2022 03:46

« Ces accusations relatent des actes ou des gestes qui me sont tout simplement impossibles à raison de mon handicap. J’ai toujours été discret sur ce handicap, sur les contraintes qu’il m’impose, sur la façon dont il limite mes mouvements et mes gestes du quotidien. Je suis contraint aujourd’hui de préciser que, dans ma situation, l’acte sexuel ne peut survenir qu’avec l’assistance et la bienveillance de ma partenaire. Qu’il ne m’est nullement possible d’imposer telle ou telle pratique, tel ou tel geste. Que sans le consentement et la participation pleine et entière de l’autre, rien n’est possible. » (Damien Abad, le 22 mai 2022 sur Facebook).




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Je voudrais revenir sur la polémique concernant Damien Abad, le nouveau Ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées. Dès le lendemain de l’annonce de sa nomination ont "refleuri" deux accusations de viols et d’agressions sexuelles sur deux femmes, accusations catégoriquement rejetées par l’intéressé.

Lorsqu’on ne connaît pas l’affaire, l’observateur candide se retrouve dans ce dilemme d’une parole contre une autre. Quitte à accuser un innocent, Jean-Luc Mélenchon a alors annoncé le 22 mai 2022 sur LCI qu’il choisissait de croire les femmes plutôt que l’accusé. Il y a un malaise général dans ce genre de situation : soit on croit les accusatrices et alors on balaie la présomption d’innocence d’un revers de main (ce qu’a fait allègrement le chef de la NUPES), soit on croit la personne accusée qui récuse ces accusations, et alors on est conspué au nom même de la cause des femmes agressées ou violées.

Pourtant, il ne s’agit pas de simples accusations : être accusé d’un viol, c’est être accusé d’un crime, ce n’est pas rien. Dans ce domaine (que ce soit pour un crime ou un délit d’ailleurs), ni des journalistes, ni des responsables politiques ne sont habilités à dire qui dit la vérité et qui ment. Seul, le juge peut faire la part du vrai et du faux, peut-être avec des erreurs mais hors de toute pression médiatique et certainement mieux que ceux qui ne sont pas des juges.

Imaginer que certaines femmes accusatrices puissent dire un mensonge est-il plus pénible qu’imaginer un homme politique qui est exposé depuis une dizaine d’années soit un violeur ? L’un et l’autre sont possibles. L’idée d’affabulatrice (des plaignantes) est malheureusement possible, même si ce n’est pas certain. Et l’idée d’un ministre violeur est également plausible, même si ce n’est pas certain non plus.

L’affaire d’Outreau a montré que des enfants pouvaient être affabulateurs, et cela ne retire rien de l’importance de la parole des enfants ni, sur le cas d’Outreau, de la réalité qu’il y a bien eu des viols, mais parmi les personnes accusées à tort et aujourd’hui blanchies, l’une s’est suicidée et d’autres sont traumatisées à vie. Il faut donc être très prudent. Dans ce même contexte, on peut aussi rappeler la rumeur qu’avait subie Dominique Baudis, personnage public de grande importance qu’on avait accusé des pires horreurs à Toulouse (et bien entendu, lavé de tout soupçon).

Damien Abad compte sans doute ses soutiens politiques. De ses anciens amis de LR, il ne peut compter sur aucune clémence, et ses nouveaux amis de la Macronie le connaissent encore assez peu. Comme je l’avais indiqué précédemment, Damien Abad était à l’origine centriste, plus exactement issu du Nouveau centre dont il a fondé la branche Jeunes, puis il fut poussé par Hervé Morin à se faire élire député européen sur la liste de la majorité présidentielle en 2009. Damien Abad a négocié un premier virage politique en 2012 en rejoignant l’UMP pour se faire élire député de l’Ain en 2012. Cette ingratitude a agacé les centristes qui avaient pourtant misé sur lui. Damien Abad comprenait néanmoins que face à la gauche et face à l’extrême droite, seule l’UMP pourrait faire le poids, selon lui.

La trahison en politique est-elle justifiée ? Ou est-elle, déjà ? Car Damien Abad a raison de penser que la politique que propose le Président Emmanuel Macron est peu éloignée de celle préconisée par LR, à l’exception de ses extrémistes, et "aller à la soupe" ne répond donc pas seulement à une logique carriériste, mais aussi à une logique politique, "prendre ses responsabilités", une démarche engagée aussi par beaucoup d’anciens LR : Éric Woerth, Jean-Pierre Raffarin, Christian Estrosi, Hubert Falco, Renaud Muselier, Franck Riester, Roseline Bachelot, Catherine Vautrin, Christophe Béchu, Gérald Darmanin, Sébastien Lecornu, Bruno Le Maire, Jean Castex, Édouard Philippe, etc.

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Du reste, les informations publiées par Mediapart ont une source et lorsqu’il est dit "chez LR, on savait", la source ne fait pas vraiment de mystère, c’est certainement LR qui a lâché le morceau. C’est souvent le cas dans les "affaires", ce sont les proches du même parti qui informent avec malveillance, tout simplement parce que ce sont les seules à connaître l’information (au début de la Présidence de Jacques Chirac, Alain Juppé, qui venait d’être nommé à Matignon, s’est retrouvé personnellement accusé dans l’affaire des appartements de la ville de Paris, une information d’origine balladurienne, dirons-nous par euphémisme !).

La seule chose qui soit positive dans cette mousse médiatique, c’est qu’on n’a pas ménagé Damien Abad en raison de son handicap. Il est considéré comme tout autre responsable politique et ce droit à l’indifférence du handicap est un élément important d’insertion des personnes en situation de handicap dans la société, à savoir, quand on considère qu’il y a des raisons pour cela, savoir fustiger une personne indépendamment de son état. Ne plus en faire des victimes mais des citoyens à part entière. Damien Abad y a réussi au-delà de toute espérance !

Tout dans les mots de vocabulaire employés concourt à condamner Damien Abad, ne serait-ce qu’en qualifiant ses deux accusatrices de "victimes" : si elles sont victimes, alors, évidemment, Damien Abad est coupable et est un salaud. Mais voilà, la seule plainte qui a été déposée a été classée sans suite après avoir interrogé celui qui à l’époque n’était que député de l’Ain. Ce n’est pas lui qui a classé sans suite, c’est la justice, le procureur de la République, qui a jugé qu’avec les informations dont il avait à disposition, il n’y avait pas lieu d’en faire un procès. Ces femmes, jusqu’à nouvel ordre, ne sont donc pas des "victimes" mais des "plaignantes" qui est un terme neutre qui ne préjuge pas de la culpabilité ni de l’innocence de Damien Abad.

Il est important d’observer la réaction des personnes accusée dans ce genre d’affaire. Par exemple, je ne suis pas juge, mais la réaction du politologue Olivier Duhamel, ainsi que la réaction de député écologiste parisien Denis Baupin, pour des faits différents mais qui ont trait à des agressions sexuelles (d’ordre très différent), ont semblé confirmer leur réalité. Loin de récuser les faits, ils se sont fait tout petits et ont démissionné de leurs responsabilités professionnelles ou politiques.

D’autres personnes accusées, au contraire, ont catégoriquement rejeté les accusations. C’est le cas de Damien Abad, mais aussi de Nicolas Hulot, de Patrick Poivre d’Arvor, de Richard Berry, etc. La fille de Richard Berry, Coline, qui avait accusé son père et déposé plainte pour "inceste, viols, agressions sexuelles et corruption de mineur" le 25 janvier 2021, a même été condamnée pour diffamation le 14 avril 2022 parce qu’elle avait accusée de complicité la compagne de son père à l’époque Jeane Manson.

Probablement que la responsable politique la plus vindicative est l’ancienne candidate écologiste Sandrine Rousseau, qui a été parmi les accusatrices dans l’affaire Baupin et qui avait quitté son parti EELV entre 2017 et 2020. Invitée de la matinale de LCI le 24 mai 2022, Sandrine Rousseau n’a laissé aucune chance à Damien Abad et prenait des airs de Robespierre, celui qui envoyait à la guillotine le moindre "suspect".

En effet, elle a parlé des rumeurs comme arguments ! C’est invraisemblable de prendre ses informations dans les poubelles. Dominique Baudis a aussi été accusé par des rumeurs de provenance nauséabonde. Et ces rumeurs, quelles étaient-elles ? Chez LR, on savait que Damien Abad était un "dragueur lourd". C’est le vrai problème du mouvement MeeToo, celui de mélanger les graves atteintes à la personne que sont par exemple des viols (ce sont des crimes) avec de simples faits de drague lourde (qui est du registre de l’agacement, même pas du harcèlement). Mélanger crime, délit et drague, c’est une position totalitaire typiquement robespierriste.

Sandrine Rousseau a brandi le "principe de précaution" pour renvoyer Damien Abad du gouvernement. Elle a proposé qu’on prenne six mois pour vérifier si les accusations sont fondées ou pas, pendant ce temps, Damien Abad n’est plus membre du gouvernement et en cas de disculpation, il reviendrait au gouvernement. C’est presque naïf (faussement naïf) d’imaginer cela, alors qu’un ministère, il faut un titulaire, sinon, pas la peine de le nommer, cela ne peut pas attendre. Ce que Sandrine Rousseau exige, c’est que Damien Abad soit sacrifié sur la seule foi des rumeurs. En outre, la justice est déjà passée par là, elle a déjà considéré qu’il n’y avait pas lieu de poursuivre.

La militante écolomélenchoniste qui est candidate NUPES aux législatives aurait plutôt dû brandir la seule chose qui vaille dans un État de droit pour les affaires judiciaires : la présomption d’innocence. Mais c’est trop tentant quand l’accusé est du bord opposé, car cela ferait un coupable idéal.

Enfin, pour se convaincre qu’elle avait raison, Sandrine Rousseau a évoqué les cas de PPDA et de Nicolas Hulot comme si ces derniers avaient été déjà condamnés par la justice. Là encore, je ne sais rien de la culpabilité ou de l’innocence de ces deux personnalités, probablement qu’elles ont joui pendant longtemps d’un statut de star audiovisuelle intouchable qui pouvait les encourager à la drague lourde, mais à ce jour, ni l’un ni l’autre n’ont fait l’objet d’une reconnaissance, par la justice, d’un début de culpabilité et encore moins de condamnation, ce qui rend l’argumentation de Sandrine Rousseau pour le moins fragile. Au contraire, le journaliste a même déposé plainte pour diffamation contre les plaignantes. (Je le répète et j’insiste lourdement : n’étant pas juge, je ne sais rien sur eux et ils peuvent être aussi bien coupables qu’innocents que le principe de présomption d’innocence n’en changera pas, il reste le fondement essentiel de l’État de droit).

L’exemplarité que demande le statut de membre du gouvernement est nécessaire et bienvenue dans une société qui a peu confiance à sa classe politique. Mais la moindre accusation ne peut pas suffire à mettre entre parenthèses une carrière politique qui a fait beaucoup de jaloux. Au-delà de l’honneur d’un homme qui laisse beaucoup de monde indifférent, il s’agit de l’honneur de la politique et surtout de l’honneur de la justice. Celle-ci doit être intraitable, mais avec les seuls coupables. Les autres, qu’ils retrouvent leur respectabilité, qu’on les aime ou qu’on les déteste.

Damien Abad sait bien que ça va tanguer pour lui ces prochaines semaines. Il a pour l’instant le soutien de l’Élysée et de Matignon car ils ne peuvent pas se déjuger quelques jours après sa nomination. Mais sa candidature dans sa circonscription de l’Ain va être difficile, concurrencée par un candidat LR. Il ne jouira probablement d’aucun soutien national de la majorité pendant la campagne électorale. Son éventuelle réélection ne signifiera d’ailleurs pas qu’il est innocent (ce n’est pas la conception d’une justice populaire qui convient dans un État de droit) mais qu’il aura convaincu ses électeurs de son innocence. S’il sort intact de ce passage difficile d’ici à la fin du mois de juin 2022, alors il aura montré le cuir des grands politiques.

Toutefois, le secret espoir des grands chefs de la majorité pourrait être tout autre : que Damien Abad ne se fasse pas réélire, qu’il quitte alors le gouvernement pour cette raison (règle imposée par Élisabeth Borne à ses ministres candidats, elle-même est candidate)… ce qui permettrait de fermer cette page de polémiques superfétatoires en douceur, sans risquer qu’elle ne se rouvre quelques mois ou années plus tard.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Damien Abad : peut-on confondre dragueur lourd et violeur ?
Soutien à Damien Abad.
Élysée 2022 (53) : la composition sans beaucoup de surprises du premier gouvernement d’Élisabeth Borne.
Composition du gouvernement Élisabeth Borne I du 20 mai 2022 (liste officielle).
Élysée 2022 (52) : Élisabeth Borne succède à Jean Castex à Matignon.
Nadine Morano.
De Gaulle, l’Europe et le volapük intégré.
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (48) : qui sera le prochain Premier Ministre d’Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (47) : la victoire historique d’Emmanuel Macron.
Bernard Pons.
Élysée 2022 (45) : le naufrage du parti Les Républicains.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220524-damien-abad.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/damien-abad-peut-on-confondre-241811

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/05/25/39491983.html








 

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