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26 mai 2022 4 26 /05 /mai /2022 03:39

« Si cela ne tenait qu’à moi, je deviendrai immédiatement actrice. Chaque fois que je vois un bon film, mes premières pensées sont : je dois vraiment devenir actrice. Oui ! Je le dois ! » (Romy Schneider, le 10 juin 1952).



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La grande actrice franco-allemande Romy Schneider est morte mystérieusement à Paris il y a quarante ans, le 29 mai 1982 à l’âge de 43 ans (elle est née à Vienne le 23 septembre 1938, à l’époque où l’Allemagne nazie venait d’annexer l’Autriche ; c’était l’Anschluss le 12 mars 1938).

De son vraie nom Rosemarie Magdalena Albach, elle fut une immense star internationale, dont la célébrité a commencé alors qu’elle n’était qu’adolescente, par son fameux rôle de Sissi l’impératrice, Élisabeth de Wittelsbach, duchesse de Bavière et épouse de l’empereur d’Autriche-Hongrie François-Joseph Ier avec la trilogie d’Ernst Marischka : "Sissi" (sorti le 21 décembre 1955), "Sissi impératrice" (sorti le 19 décembre 1956) et "Sissi face à son destin" (sorti le 19 décembre 1957), un opus à chaque Noël.

Elle avait démarré sa carrière au cinéma le 8 septembre 1953 après un casting pour tenir le rôle de la fille de sa mère Magda Schneider, qui était également actrice et qui tenait l’un des rôles principaux, dans un film ("Quand refleuriront les lilas blancs" de Hans Deppe, sorti le 24 novembre 1953) qui a été un grand succès national et qui a ainsi lancé la carrière de Romy Schneider, souvent avec sa mère prenant le rôle d’une personne de son entourage. "Les jeunes années d’une reine" d’Ernst Marischka (sorti le16 décembre 1954) fut comme l’essai réussi de Romy Schneider en princesse et reine mythique, pour commencer dans le rôle de la jeune reine Victoria.

Cette série impériale de Sissi a semé en Europe un véritable délire sur Romy Schneider, devenue une reine du cinéma à seulement 17 ans, alors qu’elle-même a tourné avec beaucoup réticence les deux derniers épisodes de la série. Elle se sentait à mille lieues de cette atmosphère impériale tandis qu’elle redonnait presque fierté aux Autrichiens : « Je hais cette image de Sissi (…). J’ai refusé les 80 millions [1 million de marks] qu’on m’offrait pour tourner une quatrième mouture de "Sissi". ». La mainmise de sa mère sur sa carrière (elle avait refusé un contrat avec Kirk Douglas) était très forte et a entraîné une rupture et une plus grande autonomie (il faut se rappeler que Romy Schneider n’était qu’une adolescente, à l’époque).

À la fin des années 1950, Romy a rencontré Alain Delon qu’elle avait choisi pour jouer ensemble "Christine" de Pierre Gaspard-Huit (sorti le 24 décembre 1958), avec aussi Jean-Claude Brialy, Micheline Presle, Fernand Ledoux, etc. Ce film était un remake du film "Liebelei" de Max Ophüls (sorti le 10 mars 1933) dans lequel sa mère jouait le même rôle, dans une adaptation d’une pièce du grand auteur romantique autrichien Arthur Schnitzler.

Après des débuts de relations difficiles pendant le tournage, ils se sont fiancés le 22 mars 1959 et se sont installés à Paris. Alain Delon lui a fait rencontrer Luchino Visconti. Le réalisateur et metteur en scène italien l’a alors engagée au théâtre dans un rôle avec la star française dans la pièce "Dommage qu’elle soit une putain" (produite en 1961 au Théâtre de Paris), ce qui l’a sortie des rôles de princesse dont elle ne voulait plus. En quelques années, Romy Schneider, qui ne parlait qu’allemand et anglais, parlait aussi le français et l’italien. Mais Alain Delon l’a quittée en 1963. Il l’aurait fait par SMS si les smartphones existaient à l’époque.

Une nouvelle carrière cinématographique l’attendait après un séjour à Hollywood entre 1962 et 1965 (Orson Welles, Otto Preminger, etc.), puis à Berlin avec Harry Meyen, un acteur allemand qu’elle a épousé et qui lui a donné un enfant.

Cette nouvelle carrière, surtout française, est repartie avec l’excellent film de Jacques Deray "La Piscine" (sorti le 31 janvier 1969) où elle a joué le premier rôle avec Alain Delon qu’elle a retrouvé, aux côtés de Maurice Ronet et Jane Birkin. Romy Schneider est la femme d’Alain Delon et ils se reposent l’été à Saint-Tropez dans leur villa avec piscine. Ami d’Alain Delon et ancien amant de Romy (dans le film), Maurice Ronet, arrive à l’improviste avec sa fille Jane Birkin, et bouscule l’intimité conjugale avec des jeux de jalousies, de pouvoirs et de haines. Romy Schneider et Alain Delon jouent des personnages très énigmatiques et mystérieux, très ambigus.

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À partir de cette époque, pendant toutes les années 1970 et début des années 1980, Romy Schneider était une star française dans des films français de qualité : "Les Choses de la vie" de Claude Sautet (sorti le 13 mars 1970) aux côtés de Michel Piccoli, Jean Bouise, Boby Lapointe, etc. ; "Max et les ferrailleurs" de Claude Sautet (sorti le 17 février 1971) avec Michel Piccoli, Georges Wilson, Bernard Fresson, François Périer, Michel Creton, Boby Lapointe, Philippe Léotard, etc. ; "César et Rosalie" de Claude Sautet (sorti le 27 octobre 1972), elle Rosalie et Yves Montand César, aussi avec Sami Frey, Bernard Le Coq, Isabelle Huppert, etc. ; "Le Train" de Pierre Granier-Deferre (sorti le 31 octobre 1973) avec Jean-Louis Trintignant qu’elle a aimé dans la vraie vie, ainsi qu’avec Maurice Biraud, Régine, etc. ; "L’important, c’est d’aimer" d’Andrzej Zulawski (sorti le 12 février 1975) avec Jacques Dutronc, Claude Dauphin et Michel Robin ; "Une histoire simple" de Claude Sautet (sorti le 22 novembre 1978) avec Bruno Cremer et Claude Brasseur

Romy Schneider, saluée par le public comme par les professionnels, fut récompensée deux fois par un César de la meilleure actrice (en 1976 et en 1979), nommée au même César trois autres fois (en 1967, en 1980 et en 1983 à titre posthume), et elle a reçu à titre posthume un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière remis le 22 février 2008 à Alain Delon qui a fait lever toute l’assistance pour lui rendre hommage.

Parmi tous ces films, tous aussi excellents les uns que les autres, peut-être parce Romy Schneider a toujours joué "avec classe", je propose de m’arrêter sur trois films particuliers.

"Le Mouton enragé" de Michel Deville (sorti le 13 mars 1974) met en scène Jean-Louis Trintignant, héros passant du stade du terne à l’éclatant amant ambitieux encouragé par son ami d’enfance Jean-Pierre Cassel, avec pour principale maîtresse la rayonnante Romy Schneider qui finit mal (assassinée par son mari). Parmi les autres maîtresses, Jane Birkin et Florinda Bokan, et les hommes puissants qu’a pu "ferrer" Jean-Louis Trintignant sont des chefs d’entreprise, des députés, etc. (dont Georges Wilson). On peut remarquer la furtive mais éclatante prestation de Dominique Canstanza plus présente au théâtre qu’au cinéma (l’étudiante riche dans le film qui refuse de se marier mais pas de faire crac-crac pendant un enterrement), ainsi que la pudeur de Romy Schneider tandis que ses autres partenaires femmes n’hésitaient pas (c’était l’époque) à se déshabiller plus entièrement qu’elle devant les caméras (en particulier Jane Birkin et Christine Boisson). On peut aussi remarquer la participation de Jean-François Balmer comme comptable rédacteur en chef d'un "canard" boiteux.

"Le Vieux Fusil" de Robert Enrico (sorti le 20 août 1975) est un film très dur qui remémore le massacre d’Ouradour-sur-Glane. Le chirurgien Philippe Noiret, parti résister, revient et revit l’assassinat de sa femme Romy Schneider et de sa petite fille par une section de soldats nazis de passage dans le village. Jean Bouise joue le rôle de l’ami compréhensif de Philippe Noiret.

Enfin, "Garde à vue" de Claude Miller (sorti le 23 septembre 1981), excellent film également, qui est focalisé sur le dialogue entre Lino Ventura, inspecteur de police de permanence la nuit de Noël (assisté de Guy Marchand), et Michel Serrault, notable (notaire) soupçonné d’avoir assassiné des petites filles. Romy Schneider, énigmatique, est l’épouse de Michel Serrault, et l’accuse d’une étrange proximité avec sa nièce (jouée par la future chanteuse Elsa Lunghini). La mise hors de cause de Michel Serrault entraîne alors le suicide de sa femme accusatrice. "Garde à vue" a été l’avant-dernier film avec Romy Schneider, le dernier étant "La Passante du Sans-Souci" de Jacques Rouffio (sorti le 14 avril 1982), d’après un roman de Joseph Kessel, avec Michel Piccoli, Gérard Klein et Jacques Martin.

Comme on le voit dans ces trois films, Romy Schneider finit toujours mal, dans des rôles tragiques. Un thème qui était aussi celui d’un des derniers films, "La mort en direct" de Bertrand Tavernier (sorti le 23 janvier 1980) où Romy Schneider, condamnée par la maladie, se faisait filmer à son insu par un voyeur qui préfigure, inaugure les émissions de téléréalité.

Fallait-il imaginer que sa propre vie ressemblerait à de telles tragédies ? Peut-être pas, car elle était au contraire le symbole de vitalité. Mais on a retrouvé Romy Schneider sans vie à 43 ans à son domicile parisien le 29 mai 1982, année funeste pour le cinéma français si on se rappelle aussi la fin tragique de Patrick Dewaere (héros de "La meilleure façon de marcher", le précédent succès de Claude Miller).

Depuis quelque temps, Romy Schneider avait vécu drames sur drames : le suicide de son ancien mari en avril 1979, le divorce de son second mari en février 1981, un pied cassé en avril 1981, une tumeur au rein en mai 1981, et surtout, en juillet 1981, la mort de son fils de 14 ans par accident, en escaladant la grille chez les parents de son ex-mari, dont on a pris des photos volées à l’hôpital (des paparazzi déguisés en infirmiers)…

Cela a donc renforcé des rumeurs de suicide de la star, qui sembleraient pourtant fausses en raison des circonstances, car Romy Schneider a paru surprise de sa mort, en train d’écrire un mot d’excuse à cause de sa fille atteinte de rougeole, la lettre est inachevée, s’arrêtant brutalement dans une rature.

D’autres ont émis l’idée qu’elle est morte d’avoir consommé trop de barbituriques ou d’alcool. Aucune autopsie a été faite pour laisser la star dans son auréole mythique, mais dans les années 2010, bien plus tard, une amie chère puis sa fille ont affirmé qu’elle n’avait pas d’addiction et pas de problème de dépendance avec l’alcool ou des médicaments. Elles ont affirmé qu’elle serait morte d’une mort naturelle, d’une crise cardiaque. Elle a été enterrée le 2 juin 1982 dans les Yvelines en présence de nombreux acteurs et réalisateurs (mais en absence d’Alain Delon et, semble-t-il, de Jean-Louis Trintignant, deux amours de sa vie), et les restes de son fils, enterré alleurs, ont été ramenés auprès d’elle.

Romy Schneider aurait dû tourner en juillet 1982 pour un film réalisé par Pierre Granier-Deferre, en couple avec Alain Delon, avec également Simone Signoret. Elle ne fut jamais remplacée…

"Romy Schneider face à son destin", reprenant facilement un titre de la série de Sissi impératrice, a aussi été utilisé comme titre de l’article de Céline Rouden du journal "La Croix" du 16 avril 2022 pour présenter l’exposition que lui consacre actuellement la Cinémathèque française (51 rue de Bercy à Paris) à l’occasion des quarante ans de sa disparition : « Un autre visage de Romy Schneider. Celui de la femme passionnée, investie dans son métier, pétrie de doutes mais qui a su sans cesse se réinventer pour s’affirmer comme l’actrice qu’elle avait choisi d’être. Déjouant les pièges d’une notoriété précoce qui en avait fait la "petite fiancée autrichienne" au regard prude pour devenir cette comédienne talentueuse, sensuelle et épanouie des films de Claude Sautet. L’incarnation de la femme française libérée des années 1970, dans laquelle chacune pouvait se reconnaître. ». Claude Sautet avait été attiré par son caractère passionnel : « Elle a une formidable énergie intérieure, elle n’est pas paisible mais tourmentée, pure, violente, orgueilleuse. ».

Elle n’était pas comme les stars, elle restait sur les plateaux durant les tournages et refusait de prendre le dîner si les techniciens n’y étaient pas invités. La commissaire de l’exposition Clémentine Deroudille a déploré : « Depuis quelques années, la tragédie de la fin de sa vie prend le pas sur le reste. Il est toujours plus vendeur de présenter une femme comme un paquet de névroses, sujette à la mélancolie et désespérée jusqu’à l’os. Surtout si celle-ci est d’une beauté fracassante et l’une des plus grandes actrices de l’histoire du cinéma. ». D’où la volonté de montrer autre chose : «  La façon dans elle a pris en main sa destinée d’actrice et a su, tout au long de sa carrière, aller là où on ne l’attendait pas, surprendre toujours (…). Dévoiler les secrets de cette virtuosité, son sérieux, qu’elle mettait en tout et dans son travail en premier. Toujours pleine de trac, de doutes, elle ne cessait de se questionner sur sa légitimité, son jeu, sa beauté, son charisme. » (Son père, comédien aussi, est lui-même mort en février 1967 d’avoir eu trop le trac, foudroyé par une crise cardiaque).

L’exposition à la Cinémathèque française peut être visitée du 16 mars au 31 juillet 2022. Fermée le mardi. Ouverte de 12h00 à 19h00 le lundi, mercredi au vendredi ; de 11h00 à 20h00 le week-end ; de 10h00 à 20h00 les jours fériés et pendant les vacances scolaires de la zone C.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sandrine Bonnaire.
Jacques Morel.
Romy Schneider.
Marnie Schulenburg.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220529-romy-schneider.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/romy-schneider-face-a-son-destin-241734

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/05/22/39487792.html









 

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