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10 juin 2022 5 10 /06 /juin /2022 03:05

« Quand j’entends des voix qui s’élèvent, et dans ces périodes électorales, il est normal que des sensibilités s’expriment, que la vie démocratique vive, qu’on puisse exprimer des convictions différentes pour que les citoyens puissent faire leur choix. Mais il y a des choses que, de là où je suis, je ne peux accepter, c’est qu’on insulte celles et ceux qui risquent leur vie pour protéger la nôtre. Et donc, oui, pour qu’une Nation soit unie, et que la République soit debout, nous devons absolument défendre nos gendarmes comme nos policiers, et je voulais aujourd’hui, avec vous, assurer (…) l’ensemble des forces de sécurité intérieure de ma fidèle reconnaissance et de celle de toute la Nation. » (Emmanuel Macron, le 9 juin 2022 à Puycelsi).




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À la veille du premier tour des élections législatives du 12 juin 2022, le paysage électoral semble le même qu’à l’élection présidentielle ; ce qui prime, c’est la "bande des 3M", "bande" comme disait Jean-Marie Le Pen dans les années 1980 avec la "bande des quatre" dont il était exclu. Maintenant, son parti fait partie de cette bande des quatre réduite à trois : M comme Macron, M comme Mélenchon et aussi M comme Marine Le Pen.

Paradoxalement, alors que Marine Le Pen avait gagné dans beaucoup de territoires à l’élection présidentielle, son parti RN a renoncé à espérer la victoire aux élections législatives. Elle connaît trop la logique institutionnelle implacable pour nourrir cet espoir et a réduit son ambition à la seule création d’un groupe RN à l’Assemblée Nationale, ce qui serait historique avec le scrutin majoritaire à deux tours.

Au contraire, Jean-Luc Mélenchon, pourtant arrivé troisième à la présidentielle, croit que son heure est venue. Ne soyons pas Nupes, il fait croire que son heure serait venue alors que, évidemment, ce n’est pas le cas. Pourtant, en enclenchant l’union de la gauche, une union arrogante qui humilie ses partenaires socialistes et écologistes (Olivier Faure et Julien Bayou seront un jour comptables de cette dérive idéologique pour quelques plats de lentilles), Jean-Luc Mélenchon a enclenché une dynamique tout à fait inédite pour des élections législatives consécutives à l’élection présidentielle.

Profitant d’un flottement palpable du côté de la majorité présidentielle mais aussi du côté de ses rivaux d’extrême populisme, le RN, FI veut croire à une victoire qui serait de même nature que celle de Lionel Jospin en juin 1997. Heureusement, les responsables de la majorité présidentielle ont réagi, certes tardivement, et le Président de la République Emmanuel Macron lui-même, dans un discours ce jeudi 9 juin 2022 à Puycelsi, dans le Tarn, a réagi vertement aux tweets odieux de Jean-Luc Mélenchon qui associaient la police à des tueurs ("la police tue"). La réalité, c’est que le gourou de la Nupes a apporté de l’eau au moulin d’Emmanuel Macron en montrant que la majorité est sensible aux thèmes régaliens et défend les forces de l’ordre, ce qui est pour le gouvernement une divine surprise après les incidents violents au Stade de France.

Dans les sondages, s’il y a trois blocs, le bloc d’extrême droite est trop divisé pour représenter une alternative (division qui risque à Éric Zemmour d’être battu dans le Var, ce qui serait mérité pour ce parachutage très politicien). Ensemble (LREM, MoDem, Horizons, etc.) représenterait environ 25%-27% des intentions de vote, la Nupes à peu près l’équivalent, le RN autour de 20%, LR autour de 12% et Reconquête autour de 5% des intentions de vote.

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, et comme à l’élection présidentielle, le paysage électoral n’est pas éclaté, ni dispersé, mais il est notable que les partis de gouvernement sont très mal représentés à l’exception du macronisme actuel : face à lui, deux gros blocs d’extrémisme, dont l’un s’est constitué avec des partis de gouvernement qui se sont politiquement suicidés (il faut insister sur le fait que ni les responsables du PS ni ceux d’EELV n’ont condamné le tweet de Jean-Luc Mélenchon sur la police : il faudra s’en souvenir à l’avenir).

L’enjeu est ainsi, toujours aussi paradoxal alors que les Français sont très axés à droite voire à l’extrême droite, poussé vers la gauche et même l’ultra-gauche, avec le clivage : Macron ou Mélenchon, la majorité ou la Nupes. Et toujours aussi paradoxalement après une élection présidentielle qui avait répondu à la question : pour ou contre Emmanuel Macron ?, les élections législatives ne vont pas continuer à répondre à cette question pourtant légitime (pour donner une majorité au Président réélu), mais à cette question nouvelle, inédite : pour ou contre Jean-Luc Mélenchon ?

Selon ce que vous répondrez, vous aurez un comportement électoral qui favorisera ou défavorisera l’accession possible même si très improbable de Jean-Luc Mélenchon à Matignon. Et là, comme au premier tour de l’élection présidentielle, le vote utile a son intérêt car c’est au premier tour que tout se décidera : la forte abstention annoncée (plus de 50% des inscrits), comme en juin 2017, ne laissera pas beaucoup de place aux triangulaires voire aux quadrangulaires au second tour des élections législatives. Le clivage étant ce qu’il est, le vote utile restera pour la majorité ou pour Mélenchon. En se dispersant, les voix anti-mélenchonistes feront nécessairement le jeu de la Nupes.

Cela signifie que pour Les Républicains et leurs alliés centristes (UDI et Les Centristes), cela sera aussi compliqué qu’à la présidentielle, car toute voix LR va mettre en difficulté la majorité présidentielle face à la Nupes. Cela signifie que c’est également compliqué pour le RN, qui garde encore une forte audience dans les sondages, car toute voix pour le RN bénéficiera finalement à la Nupes.

Le maire incontrôlable de Béziers Robert Ménard (qui votera pour sa femme Emmanuelle Ménard, députée sortante indépendante) a d’ailleurs déjà annoncé la couleur dans une tribune publiée dans "Le Figaro" le 10 mai 2022 (il y a un mois) au titre très évocateur : « Une majorité pour Macron, moindre mal face au danger que représente Mélenchon » et qui commence ainsi : « Jean-Luc Mélenchon a raison : nous vivons un moment politique décisif. Sous nos yeux, la gauche française est en train de s’unir sous l’égide d’un parti clairement antieuropéen et ouvertement communautariste. Anachronique, dramatique, suicidaire. L’événement est considérable. Le danger est palpable. Car la dynamique est du côté de la France insoumise et de ses alliés. La comparaison avec une droite en ruines et sans véritable projet est très inquiétante. Ne prenons surtout pas à la légère cette nouvelle force dirigée par le verbe néfaste mais talentueux du tribun aux hologrammes. Face à cette situation, il y a urgence. Urgence à faire bloc. Les sociaux-démocrates, les centristes, les droites, toutes les droites responsables, les élus indépendants attachés à nos libertés doivent s’unir. ».

Une chose que Robert Ménard a du mal à encaisser, c’est que dans le programme de la Nupes, rien n’est analysé à propos de la guerre en Ukraine qui a pourtant remis en cause tout l’équilibre de la paix en Europe. Mais il a aussi critique durement Marine Le Pen et Éric Zemmour qui ne sont pas plus clairs sur le sujet : « Nous ne voulons pas non plus d’un pays dirigé par ces patriotes de pacotille qui fantasment sur Poutine ou sur Pétain. Car cette droite confite de nostalgie est un repoussoir qui n’a aucune chance de remporter un jour la majorité des suffrages. Une impasse idéologique. Un désastre politique. ».

La Nupes et Ensemble seraient donc au coude à coude. Un sondage alarmant a fait frémir les responsables de la majorité, il s’agit du sondage de l’IFOP Fiducial pour LCI publié le 8 juin 2022 qui donnait des indications en sièges à l’issue du second tour et dont la conclusion laisse entendre qu’Emmanuel Macron aurait de grands risques de ne pas retrouver de majorité absolue. Celle-ci est de 289 (sur 577 sièges). Les estimations de l’IFOP sont les suivantes : seulement 250 à 290 sièges à la majorité présidentielle, 195 à 230 sièges à la Nupes, 40 à 55 sièges à LR, 20 à 45 sièges au RN.

Ne pas avoir de majorité absolue n’est pas une situation nouvelle : en juin 1988, François Mitterrand n’avait pas eu non plus de majorité absolue. Mais avec un seul siège manquant : Michel Rocard a dû ainsi négocié le soutien de quelques députés pour différents projets et surtout, a pu utiliser 28 fois l’article 49 alinéa 3 de la Constitution, alors que maintenant, son emploi est limité à une fois par session (plus le budget). Dans une pareille situation, l’affaire serait donc beaucoup plus compliquée pour le pouvoir.

C’est pour cela que cela a encouragé le Président Emmanuel Macron à prendre la parole juste avant les élections législatives, ce jeudi 9 juin 2022 à Puycelsi. Il n’a pas hésité, à l’instar de ses prédécesseurs, et notamment de Valéry Giscard d’Estaing, à mobiliser les électeurs et à leur demander de faire le bon choix : « C’est la mise en œuvre du projet que j’ai défendu durant la campagne présidentielle et qui nécessite, comme le commandent nos institutions, une majorité forte et claire à l’Assemblée Nationale, majorité qui doit refléter parfois des différences, mais qui doit permettre au pays que ce projet soit mis en œuvre. C’est pourquoi (…) je veux alerter aussi les Françaises et les Français sur l’importance du choix qu’ils ont devant eux dès le 12 juin prochain. Si l’élection du Président de la République est cruciale, l’élection des députés est décisive. (…) Les semaines qui viennent sont un instant grave que nous traversons et qui n’a rien à voir avec des temps ordinaires qui pourraient en quelque sorte justifier une forme d’indifférence., de relativisme, oserais-je dire d’aquabonisme, comme j’entends parfois. ».

Et d’enfoncer le clou sur le projet des partis extrémistes : « Alors, je vais être clair avec vous. Face à ce contexte hanté par l’incertitude, les extrêmes, aujourd’hui, proposent d’ajouter la crise à la crise en revenant sur les grands choix historiques de notre Nation. Revenir sur les alliances qui, comme l’OTAN, assurent la sécurité collective et protègent les peuples, en proposant, de quelques extrêmes qu’il s’agisse, de mener des alliances, je dois le confier, quelque peu baroques dans le moment où je parle, avec la Russie qui massacre les civils en Ukraine. Remettre en cause l’Europe, elle, qui nous a protégés pendant la covid. L’Europe, sans laquelle nous n’aurions pas eu de vaccins, nous qui n’en produisions pas alors sur notre sol. Notre Europe qui assure la paix dans cette partie du continent, qui contribue à nous protéger de ce grand dérèglement. Les extrêmes proposent quoi ? Pour les uns, de ne plus appliquer les traités et donc de considérer que ce serait en quelque sorte une association dans laquelle on choisit ses règles. Pour les autres, de ne plus en payer les cotisations. (…) Dans les deux cas, c’est une sortie de l’Europe. Ils proposent, les uns et les autres, les deux extrêmes, de remettre en cause nos institutions qui, face à la covid comme face à la guerre, ont démontré leur efficacité. Ils proposent, les uns et les autres, de fragiliser l’unité du pays qui nous a permis de faire face aux crises et nous permettra de tenir. Il faudrait préférer ou l’affrontement classe contre classe, ou religion contre religion, ou origine contre origine, alors que la force de notre pays, c’est celle de la République. Citoyennes, citoyens, avec des différences d’origine, de classe, de philosophie, certains qui croient et d’autres qui ne croient pas, mais des droits et des devoirs à tenir et un commun qui nous lie. Et les mêmes, les deux extrêmes, dans une confusion inédite dans notre histoire politique, remettent en cause la liberté d’entreprendre, le soutien à l’investissement, la compétitivité et l’attractivité, au fond, le choix même de notre indépendance agricole, économique et énergétique, quand on parle de renoncement des uns au nucléaire ou de la sortie complète des renouvelables chez les autres. ».

Et d’embrayer sur la politique économique qu’il entend mettre en œuvre dans son second quinquennat. Après avoir cité Jean Jaurès, élu du Tarn : « Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire, c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho de notre âme, de notre bouche et de nos mains, aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. », Emmanuel Macron a poursuivi son discours ainsi : « Je suis convaincu que nous sommes un peuple courageux. Les Français courageux, et donc aimant la vérité et sachant qu’on ne bâtit aucun idéal sans partir du réel, les Français ne céderont rien à l’extrémisme, d’où qu’ils viennent. Rien à ceux qui, par leurs déclarations, leurs contestations parfois de la légitimité de l’élection, s’éloignent du champ républicain. Je suis convaincu que face à ceux qui veulent opposer et diviser, cliver, les Français choisiront l’unité et le rassemblement, qu’ils choisiront ce dépassement des clivages que je défends depuis le premier jour. ».

Et de conclure : « C’est pourquoi, à mes yeux, dès le 12 juin, il faut suivre la voie de la cohérence, de la compétence et de la confiance. Dès le 12 juin, faisons, en conscience, le choix solide de la clarté républicaine sans concession, sans rien retrancher. Dès le 12 juin, faisons le choix de l’avenir, de la bienveillance et de l’ambition. Au fond, de l’espoir. Parce que la République qui nous protège et nous a tant protégés, aujourd’hui, c’est à nous de protéger et de la choisir. ».

Ce discours présidentiel, à quelques heures de la fin de la campagne électorale, était ainsi très combatif et très efficace. Sur le fond, le Président de la République ne s’écarte pas de ses prédécesseurs pour demander le "bon choix" avec le clivage "moi ou le chaos". Et en juin 2022, le chaos a un nom, il s’appelle Jean-Luc Mélenchon…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 juin 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Législatives 2022 (6) : l’enjeu, pour ou contre M… ?
Discours du Président Emmanuel Macron le 9 juin 2022 à Puycelsi, dans le Tarn (texte intégral et vidéo).
Élisabeth Borne, déconjugalisation de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) et maladresse politique.
Législatives 2022 (5) : 6 293 candidats pour 577 sièges de députés.
Législatives 2022 (4) : sous la NUPES de Mélenchon.
Élysée 2022 (53) : la composition sans beaucoup de surprises du premier gouvernement d’Élisabeth Borne.
Pour Jean-Louis Bourlanges, c’est la capitulation et la bérézina !
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (44) : la consécration du mélenchonisme électoral.
Élysée 2022 (43) : le sursaut républicain !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220609-macron-melenchon.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2022-6-l-enjeu-pour-242137

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/06/07/39509737.html











 

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