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22 juin 2022 3 22 /06 /juin /2022 21:23

« Ces élections législatives ont fait de la majorité présidentielle la première force politique de l’Assemblée Nationale. Toutefois, et c’est un fait nouveau, et comme dans la plupart des démocraties occidentales, qu’il s’agisse de l’Allemagne, de l’Italie, et de beaucoup d’autres, aucune force politique ne peut aujourd’hui faire les lois seule. » (Emmanuel Macron, le 22 juin 2022).



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Après trois jours de consultation, le Président Emmanuel Macron s’est exprimé sur les élections législatives au cours d’une courte allocution télévisée (d’une durée de 9 minutes) ce mercredi 22 juin 2022 à 20 heures. Dire qu’il a été surpris est un euphémisme même s’il ne l’a pas dit explicitement.

La situation institutionnelle est inédite puisqu’il y a une double onction du suffrage universel : d’un côté, Emmanuel Macron a été réélu et sa légitimité populaire est incontestable ; d’un autre côté, l’absence de majorité claire à l’Assemblée Nationale rend la suite d’une manière plus confuse.

Dans un premier temps, Emmanuel Macron a voulu montrer qu’il avait entendu les électeurs. Et même les non électeurs : « Je ne peux d’abord ignorer la forte abstention qui nous oblige tous à redonner davantage de sens à nos actions collectives, de lisibilité aux grands rendez-vous démocratiques. ». Mais aussi la forte poussée des extrêmes : « Je ne peux pas davantage ignorer les fractures, les divisions profondes qui traversent notre pays, et se reflètent dans la composition de la nouvelle Assemblée. Elles expriment des inquiétudes, le sentiment d’avoir des vies bloquées, pas de perspectives dans nombre de nos quartiers populaires, comme dans nos villages. ».

Mais ce constat d’une France éclatée, était-ce juste un exercice obligé ? Toujours est-il qu’il a ensuite rappelé que la majorité présidentielle avait la majorité relative et qu’il entendait mener la politique proposée par son projet présidentiel. Plus étonnamment, Emmanuel Macron a précisé : « Il a manqué une trentaine de députés sur 577. ». C’est étonnant car l’alliance présidentielle Ensemble a recueilli 245 sièges sur 577, soit à 44 sièges de la majorité absolue qui est 289. Or, en disant "une trentaine", cela signifierait qu’il aurait déjà convaincu une quinzaine de députés non élus sous l’étiquette Ensemble de faire partie de la nouvelle majorité.

De deux choses l’une : soit finalement Emmanuel Macron réussit à rassembler une majorité absolue, sur la base d’un programme légèrement modifié (on peut penser à une majorité élargie à des députés LR ou PS), et alors on revient à la situation antérieure qui a toujours dominé en France depuis 1958 (sauf de 1988 à 1993), une majorité forte de coalition ; soit il ne l’a pas et il doit, texte par texte, trouver une majorité d’idée.

Évidemment, les Français souhaiteraient la seconde solution car cela obligerait à un véritable effort de concertation au Parlement : « Nous devons apprendre collectivement à gouverner et à légiférer différemment. Bâtir avec les formations politiques constituant la nouvelle Assemblée des compromis nouveaux dans le dialogue, l’écoute, le respect. C’est ce que vous avez souhaité et j’en prends acte. (…) Cela doit signifier des accords en prenant le temps de les faire, par le dialogue, le respect, l’exigence. ».

C’est du reste ce que souhaitait François Bayrou depuis longtemps. Invité de LCI le 22 juin 2022 au soir pour réagir à l’allocution présidentielle, le maire de Pau a redit ce qu’il avait déclaré le matin sur France Inter : le Président est fort politiquement (à la légitimité renouvelée), l’Assemblée Nationale est forte politiquement en raison de son absence de majorité (godillot). Et il a donc insisté pour que le gouvernement soit fort politiquement car il aura à gérer cette double légitimité et à faire des compromis entre le programme présidentiel et les demandes parlementaires, laissant entendre qu’il ne faut plus un gouvernement de techniciens, mais de politiques. François Bayrou a rappelé l’article 20 de la Constitution : « Le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. Il dispose de l’administration et de la force armée. Il est responsable devant le Parlement. ». En revanche, François Bayrou a démenti qu’il voulait un changement de Premier Ministre. D’ailleurs, Élisabeth Borne semble s’accrocher très fortement à Matignon …et pourrait surprendre les observateurs politiques.

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Dans tous les cas, l’avantage de cette situation difficile, c’est qu’on ne va pas légiférer à tout va. On va prendre le temps de construire la loi et on ne légiférera que lorsqu’il sera vraiment nécessaire de le faire. Ce sera peut-être un grand avantage pour les citoyens. De nombreuses personnalités politiques, comme l’ancien Président du Conseil Constitutionnel (et ancien Président de l’Assemblée Nationale) Jean-Louis Debré avait fustigé cette surenchère de lois qui rend notre édifice juridique illisible et compliqué, parfois contradictoire. S’il faut avoir tout un travail politique en amont pour faire la loi, cette énergie devra donc se focaliser sur l’essentiel, qui est notamment : le pouvoir d’achat, la santé (et l’épidémie de covid-19 qui n’a pas disparu), la loi de finances, le climat, l’emploi, l’éducation et la sécurité. En effet : « Beaucoup [de chefs de partis] ont (…) fait part de leur disponibilité pour avancer sur des sujets majeurs et urgents pour votre quotidien : le pouvoir d’achat, le travail, les moyens d’atteindre le plein emploi, la transition écologique, la sécurité. Je crois qu’il est donc possible, dans le moment crucial que nous vivons, de trouver une majorité plus large et plus claire pour agir. ».

Et la phrase la plus importante de l’allocution présidentielle est celle-ci : « Je souhaite donc, dans les prochaines semaines, que ce dépassement politique se poursuive avec clarté et responsabilité. ». La clarté, cela signifie avec la cohérence de son projet présidentiel : « Un projet responsable, c’est-à-dire crédible et financé. (…) Tous ces progrès ne sauraient être financés ni par plus d’impôts, ni par plus de dette budgétaire et écologique. C’est pourquoi notre pays, plus que jamais, a besoin de réformes ambitieuses pour continuer de créer plus de richesses, plus de travail et innover davantage. ». La responsabilité : « Pour cela, il faudra clarifier dans les prochains jours la part de responsabilité et de coopération que les différentes formations de l’Assemblée Nationale sont prêtres à prendre. Entrer dans une coalition de gouvernement et d’action. S’engager à voter simplement certains textes, notre budget. ».

Comme Emmanuel Macron part deux jours pour le Conseil Européen des 23 et 24 juin 2022 (très important puisqu’il s’agit de la candidature de l’Ukraine notamment), il a demandé aux formations parlementaires d’être au clair dans leurs relations avec le gouvernement : « Pour avancer utilement, il revient maintenant aux groupes politiques de dire, en toute transparence, jusqu’où ils sont prêts à aller. (…) Dès mon retour, à la lumière des premiers choix, des premières expressions des groupes politiques de notre Assemblée Nationale, nous commencerons à bâtir cette méthode et cette configuration nouvelle. ».

C’est une démarche très étonnante qui semble avoir surtout pour but de gagner du temps. Car les groupes politiques, ils ont déjà exprimé leurs positions dans cette affaire. Emmanuel Macron veut prendre à témoins les Français et pense, sans doute avec raison, que les groupes excessivement de mauvaise volonté (comme le groupe FI) deviendront rapidement impopulaires. C’est paradoxalement la raison pour laquelle Marine Le Pen veut absolument montrer son respect scrupuleux aux institutions (qui se décline aussi par le port de la cravate pour les hommes) et sa volonté de ne pas faire d’obstruction. Se montrer responsable, se montrer respectable.

La configuration parlementaire est telle que durant cette législature, une révision de la Constitution est fortement improbable. On peut donc imaginer que revenir sur la limitation à deux mandats présidentiels successifs sera impossible. Cela signifie qu’Emmanuel Macron ne pourra pas être candidat à l’élection présidentielle de 2027. Ce qui ne peut que réjouir Marine Le Pen, candidate expérimentée avec un parti désormais financé à hauteur de 10 millions d’euros par an d’argent public jusqu’en 2027. Tant pis pour ses chats : nul doute qu’à l’heure actuelle, elle serait la favorite face à LR sans leader, à Ensemble bientôt sans leader, et à la Nupes sans leader.

Au-delà de gouverner, la mission du Président Emmanuel Macron dans ces cinq prochaines années, ce sera donc effectivement de mettre en place sa succession politique, concrètement, la personnalité prête à lui succéder en 2027 avec ses idées. Ce qui, à cause du jeu des ego, n’a jamais eu lieu avec ses sept prédécesseurs…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 juin 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron demande aux députés clarté, transparence et responsabilité.
Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
Jacques Julliard dans "Marianne" le 6 mai 2022 : "Oui à l’union, non à Mélenchon".
Allocution du Président Emmanuel Macron le 22 juin 2022 (texte intégral et vidéo).
Législatives 2022 (11) : la vie politique n’est pas un long fleuve tranquille.
La marque Le Pen fonctionne toujours aussi bien.
Législatives 2022 (10) : un train peut en cacher un autre.
Résultats du second tour des élections législatives du 19 juin 2022 (Ministère de l’Intérieur).
TVA : Mélenchon, champion du monde de la mauvaise foi.
Législatives 2022 (9) : procès d’intention, soupçons, fake-news, calomnie : le complotisme mélenchonien.
Législatives 2022 (8) : aucune voix ne doit manquer à la République !
Allocution du Président Emmanuel Macron le 14 juin 2022 à Orly (texte intégral et vidéo).
Législatives 2022 (7) : Liberté, Égalité, Choucroute.
Résultats du premier tour des élections législatives du 12 juin 2022 (Ministère de l’Intérieur).
Législatives 2022 (4) : sous la NUPES de Mélenchon.
Élysée 2022 (53) : la composition sans beaucoup de surprises du premier gouvernement d’Élisabeth Borne.
Pour Jean-Louis Bourlanges, c’est la capitulation et la bérézina !
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (44) : la consécration du mélenchonisme électoral.
Élysée 2022 (43) : le sursaut républicain !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220622-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-demande-aux-242383

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/06/22/39529241.html











 

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