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6 septembre 2022 2 06 /09 /septembre /2022 05:17

« (…) Pour passer l’hiver, c’est de sauver l’énergie que nous pouvons sauver : c’est la sobriété énergétique. Je veux vraiment insister sur ce point parce que nous avons chacun un rôle à jouer en la matière et il est très important. La meilleure énergie, c’est elle qu’on ne consomme pas. » (Emmanuel Macron, le 5 septembre 2022).



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À l’évidence, nous allons revenir aux années 1970, après le premier puis le second chocs pétroliers, nous allons recommencer à chasser les gaspis ! Emmanuel Macron était trop jeune pour se souvenir de cette période, mais l’étonnant, c’est qu’on ne soit pas resté à garder cette sobriété énergétique. Rappelons-nous aussi que dans les années 1980, on disait que si le super était à 10 francs le litre, il y aurait une révolution ; le prix montait surtout à cause de la chute du franc par rapport au dollar, ce que subit aujourd’hui l’euro de manière historique. La réduction de l’inflation, le retour à des jours meilleurs pour le prix du pétrole, l’absence de problème de fourniture ou de livraison, et même mieux depuis une dizaine d’années, l’apparition du gaz de schiste américain qui vont conduire les États-Unis à l’autosuffisance énergétique, tout cela, malgré quelques chocs pétroliers d’origine géopolitique (les nombreuses crises politiques au Moyen-Orient), on a pensé qu’on aurait toujours autant d’énergie que voulu.

La situation est étrange car il y a la convergence de plusieurs phénomènes dont la résultante va dans le même sens : consommer moins et consommer mieux. La crise de l’énergie depuis un an n’a pas eu pour cause la guerre en Ukraine mais le redressement économique mondial après un an de pandémie de covid-19, ce qui a provoqué une très forte demande mondiale. L’invasion de l’Ukraine par la Russie a rappelé l’importance stratégique de la souveraineté énergétique, et ce qui est étonnant, c’est que la crise du covid-19 avait déjà conclu à ce besoin de souveraineté industrielle dans d’autres secteurs (médicaments, alimentation, etc.).

Les enjeux sont à la fois à court, moyen et long termes. Long terme, c’est la transition écologique, pour réagir face au changement climatique dont on voit les effets étés après étés. Pour cela, il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre, donc, il faudrait réduire la consommation d’énergie fossile. Le court terme est beaucoup plus inquiétant, c’est : pourrons-nous passer l’hiver ? En d’autres termes, aurons-nous toute l’énergie nécessaire pour nous chauffer pendant cet hiver, et cela dépendra aussi de la chance (hiver plus ou moins rigoureux) et de la géopolitique (Vladimir Poutine coupera-t-il ou non complètement la fourniture de gaz). Enfin, en moyen terme, l’enjeu du prix de l’énergie, catastrophique pour les ménages, enjeu d’équilibre budgétaire pour les finances publiques (soit l’État aide les ménages, soit pas), et enjeu de lutte efficace contre les spéculations sur l’énergie (réelles et massives).

Sur le plan énergétique, globalement et sur du long terme, la France a fait le bon choix dès le début des années 1970 en construisant un parc de centrales nucléaires qui assure l’indépendance de la France. Au contraire, pour des raisons électoralistes, le choix de l’ancienne Chancelière allemande Angela Merkel d’arrêter toute énergie nucléaire et de dépendre complètement du gaz russe met aujourd’hui l’Allemagne dans de plus sales draps que la France.

C’était la raison de cette (courte) conférence de presse du Président de la République (seulement trois quarts d’heure, réponses aux questions comprises), faire le point sur la situation énergétique en France et en Europe, et cela quelques minutes après une visioconférence avec le Chancelier allemand Olaf Scholz. Ils ont convenu qu’au-delà des solidarités européennes qu’ils comptent mettre en place (notamment des achats groupés de gaz comme l’Europe l’avait fait pour les vaccins contre le covid-19), il y aurait une solidarité franco-allemande dans le domaine de l’énergie.

Emmanuel Macron a annoncé que l’aide mutuelle entre l’Allemagne et la France serait la suivante : la France pourra aider l’Allemagne en gaz tandis que l’Allemagne pourra aider la France en électricité. Pourquoi en électricité ? Parce que la France risque d’en manquer cet hiver, malgré son parc nucléaire, pour une raison très circonstancielle mais qui arrive très mal : environ la moitié des réacteurs ne sont actuellement pas en service pour cause de maintenance. Les décisions et leurs applications prennent beaucoup de temps et la crise de l’énergie n’était pas en vue quand cette stratégie de maintenance a été adoptée.

À cet égard, Emmanuel Macron s’est emporté sur les incompréhensions concernant la centrale nucléaire de Fessenheim : il n’était pas question de la rouvrir parce que la décision a été prise il y a bien trop longtemps, et cela faisait déjà cinq ans qu’il n’y avait plus un seul investissement dans la maintenance des équipements. Remettre en marche Fessenheim aurait mis en danger la sécurité des réacteurs (indépendamment de leur ancienneté).

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Le Président Macron a rappelé l’enjeu stratégique et les progrès déjà accomplis : « Début 2022 (…), 25% de toute l’énergie de l’Union Européenne était du gaz et 50% de ce gaz venait de la Russie. (…) Nous [la France] avons surtout, dans la période, accéléré cette diversification en allant chercher d’autres fournisseurs de gaz, ce qui a permis en quelques mois de passer de 50% que j’évoquais de gaz russe,  9% aujourd’hui dans notre mix. ».

À court terme, la France est en train de remplir ses stocks de gaz pour l’hiver, actuellement remplis à 93% de leur capacité maximale, en sachant bien sûr que 100% ne correspond pas au besoin énergétique de l’hiver (cela correspondrait à environ un tiers, il me semble).

Le plan se tient en trois points. Électrifier nos usages, aller vers plus de renouvelables et de nucléaire, s’engager dans la sobriété énergétique : « Ces trois piliers (…) fondent à la fois la stratégie européenne et la stratégie française. ».

Le premier point est un véritable changement de société, de comportement, de technologies (comme le troisième point). Électrifier nos pratiques, c’est surtout se focaliser sur les véhicules électriques (fin du moteur thermique), sur la rénovation thermique des bâtiments (nouvelles normes pour le neuf, mais surtout, fin des passoires thermiques pour l’ancien, et cela, c’est très difficile à faire car très coûteux), enfin, faire de l’hydrogène une énergie clef pour le transport de l’énergie. C’est du moyen et long termes.

Le deuxième point a été abordé à Belfort lors d’un discours le 9 février 2022, où le Président de la République a relancé le programme nucléaire français (sur conseil entre autres du Haut-commissaire au Plan, François Bayrou, qui l’avait proposé il y a dix-huit mois). C’est du long terme, faire un mix énergétique nucléaire & renouvelables.

Le troisième point, c’est important car tout le monde est concerné et cela a un impact immédiat, c’est la sobriété énergétique. L’expression est maintenant très utilisée. Emmanuel Macron ne souhaite pas s’aventurer comme d’autres pays européens (Allemagne, Espagne, etc.) en imposant des critères de sobriété (limitation de l’eau chaude, de la température de chauffage, etc.), ce qui serait très étatique et très intrusif, invasif dans la vie privée des personnes. Il veut faire surtout des recommandations et que chacun prenne ses responsabilités : d’une part, pour ne pas épuiser tout le stock de l’hiver ; d’autre part, pour réduire l’empreinte carbone et aller vers la transition écologique. Il a indiqué le nom d’un site gouvernemental qui met toute la transparence sur l’état de l’énergie au jour le jour (https://www.monecowatt.fr/ecogestes/) et qui renseigne sur les petits gestes quotidiens pour chassez le gaspi.

L'objectif présidentiel est donc de convaincre et pas de contraindre : « Notre objectif, c’est, par ce biais-là, d’économiser environ 10% de ce qu’on consomme habituellement. C’est faisable par une série de gestes simples, en étant d’abord dans une logique volontariste, si je puis dire, et pas coercitive, en appelant à la responsabilité de chacun et en partageant toutes les informations qui sont les nôtres. On est déjà en train d’économiser de l’énergie par rapport à nos comportements habituels parce qu’elle coûte un peu plus cher, il faut bien le dire, et parce que tout le monde est en train d’intégrer cette nécessité. (…) Si on fait ces petits efforts collectifs, alors assez spontanément, le pays pourra atteindre ses objectifs de sobriété. ». Et si ça ne suivait pas, on passerait à « un plan de sobriété renforcée, voire de rationnement », ce qui « nous protégera in fine des coupures ».

Enfin, au-delà des solidarités européennes, Emmanuel Macron souhaite réformer complètement le marché européen de l’électricité, notamment sur la détermination du prix du kWh : « Aujourd’hui, le prix de l’électricité sur le marché européen est beaucoup trop dépendant des contributions marginales, et en particulier celles du gaz, en particulier en moments de pic. Ce qui, pour des pays comme le nôtre et certains autres, est aberrant et fait que vous avez un prix d’électricité qui est déconnecté de la réalité des coûts de production. C’est ce qui fait d’ailleurs que vous avez certains opérateurs qui, du coup, font des bénéfices excessifs. (…) Donc, il faut pouvoir le réformer. ».

On pourra toujours critiquer Emmanuel Macron, l’opposition a les postures politiciennes qu’elle peut, mais il faut reconnaître qu’il affronte avec courage les problèmes très complexes de notre époque impossible avec une force volontariste hors du commun, en posant un diagnostic, en apportant une vision, en fixant des objectifs, en déployant des moyens et en définissant un calendrier. Comme un chef d’entreprise. Pas sûr que dans l’état actuel de la classe politique, d’autres personnalités politiques françaises soient capables d’en faire autant avec la même efficacité dans les actions et la même clarté dans la communication, deux conditions pour retrouver la confiance des citoyens.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 septembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le point chaud de la rentrée d’Emmanuel Macron : l’énergie.
Conférence de presse du Président Emmanuel Macron le 5 septembre 2022 sur l’énergie.
28 juillet 2022 : jour du dépassement de la Terre.
Le Conseil national de la refondation (CNR).
Le feu sacré d’Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron à Pithiviers.
Pas de session extraordinaire en septembre 2022.
Jacques Attali et Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron persiste et signe !

_yartiMacron2022090503




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220905-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/le-point-chaud-de-la-rentree-d-243642

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/09/06/39620576.html












 

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