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11 septembre 2022 7 11 /09 /septembre /2022 05:03

« Comme la reine elle-même l’a fait avec un dévouement inébranlable, je m’engage, moi aussi solennellement, pendant le temps que Dieu m’accorde, à défendre les principes constitutionnels au cœur de notre nation. » (Charles III, le 9 septembre 2022).



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La reine est morte, vive le roi ! La période est extraordinairement changeante et nous vivons en direct une métamorphose, le Prince Charles devient le roi Charles III. Si, pour les habitants de Nancy, ce nom inspire surtout une ancienne prison (vétuste), en plein centre-ville, baptisé du nom d’un duc de Lorraine qui a vécu de 1543 à 1608, les Britanniques ne semblaient pas très enthousiasmés par ce nom qui rappelle trop Charles Ier que les révolutionnaires britanniques ont décapité à la hache en janvier 1649, plus d’un siècle avant l’exécution de Louis XVI, et Charles II, fils du précédent et cousin de Louis XIV, qui n’a pas eu un destin national très glorieux, dirons-nous.

À tel point que des rumeurs anciennes expliquaient que le Prince Charles prendrait probablement le nom de George VII pour rendre hommage à son grand-père (un roi peut utiliser tous ses prénoms et lui-même s’appelle Charles Philip Arthur George). Il a coupé court à toute incertitude et polémique dès l’annonce de la mort de la reine Élisabeth II en se nommant Charles III. Et ce nom a été tout de suite adopté.

Il y a la douleur d’une famille, la douleur d’une nation, et même la douleur d’une "communauté mondiale". Par exemple, dans un message aux Britannique le 9 septembre 2022, le Président Emmanuel Macron a exprimé l’émotion de la France : « Nous avons apprécié son affection toute particulière pour la France. Élisabeth II maîtrisait notre langue, aimait notre culture et touchait nos cœurs. (…) Aucun autre pays n’a eu le privilège de la recevoir aussi souvent que nous. (…) Pour vous, c’était votre reine. Pour nous, c’était la Reine. ». La veille, il avait évoqué la disparition de la reine en commençant par : « Une ère élisabéthaine s’achève. ». Selon des témoins, Élisabeth II, qui avait rencontré tous les Présidents français, n’aurait pas beaucoup apprécié Valéry Giscard d’Estaing qui se montrait très hautain, ni François Hollande qui, l’ayant reçu à l’Élysée, l’avait fait attendre quelques minutes en la laissant toute seule, puis s’était assis avant elle, comme un goujat.

Charles III, qui s’était préparé tout sa vie à ce drôle de métier de roi, est devenu de facto roi le 8 septembre 2022. Il est le monarque britannique qui accède au trône le plus âgé, à 73 ans. C’est maintenant vieillard ! Celui qui ressemble de plus en plus, avec la vieillesse, à son père Philip, un peu comme l’amiral Philippe De Gaulle (bientôt 101 ans) ressemble incroyablement à son père Charles De Gaulle, a repris les conventions et les sentiers battus de cette lourde institution qu’est la monarchie britannique (et son fils William semble déjà être prêt, lui aussi).

Son premier acte de roi, ce fut son allocution télévisée le 9 septembre 2022 à 19 heures. Assis derrière un bureau, montrant juste une photographie de sa mère, Charles III a simplement exprimé sa douleur mais aussi celle de ses compatriotes, et son engagement, sa promesse de servir son peuple autant que la mère l’avait fait : « Et où que vous viviez au Royaume-Uni, ou dans les royaumes et territoires à travers le monde, et quelles que soient vos origines ou vos croyances, je m’efforcerai de vous servir avec loyauté, respect et amour, comme je l’ai fait tout au long de ma vie. ».

Juste avant, il avait exclu une abdication en précisant la durée de son règne : « pendant le temps que Dieu m’accorde ». Tout en apportant une pensée à chacun des membres les plus importants de sa famille, reprenant le rôle du patriarche. Ainsi sa femme : « Je compte sur l’aide de affectueuse de ma femme chérie, Camilla. En reconnaissance de son propre service public royal depuis notre mariage il y a dix-sept ans, elle devient ma reine consort. Je sais que face aux exigences de son nouveau rôle, elle apportera le dévouement inébranlable au devoir, dévouement sur lequel je compte tant. ». Pour une amoureuse qui avait renoncé au mariage pour éviter toutes les lourdeurs de la famille royale, finalement, elle va être servie.

Aussi à son fils aîné : « En tant qu’héritier, William assume désormais les titres écossais qui ont tant compté pour moi. ». Le prince William devient duc de Cornouailles, et aussi reprend le titre de prince de Galles de son père. Et son autre fils : « Je veux aussi exprimer mon amour pour Harry et Meghan alors qu’ils continuent à construire leur vie à l’étranger. ». Ce qui est une marque d’attention, mais aussi, peut-être, un léger reproche de faire leur vie ailleurs.

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Et il a terminé par un hommage ému à sa mère mais aussi à son père mort il y a un an et demi : « Et à maman chérie, alors que tu commences ton dernier grand voyage pour rejoindre mon cher feu papa, je veux simplement dire ceci : merci. Merci de ton amour et ton dévouement envers notre famille et la famille des nations que tu as servies avec tant de diligence toutes ces années. ». L’allocution fut suivie de quatre-vingt-seize coups de canon, qui correspondent à l’âge de la défunte.

Avec la nomination de la nouvelle Première Ministre Liz Truss deux jours avant sa mort, on peut dire que la reine Élisabeth II est morte "les bottes aux pieds". Un peu comme Serge Dassault qui, bien que nonagénaire, continuait encore à travailler pour mener son entreprise. D’ailleurs, cette histoire de nomination d’une nouvelle Première Ministre ne fait pas l’affaire des journalistes car les documentaires sur la reine, souvent réalisés à l’occasion de son Jubilé de platine, sont rarement mis à jour avec ce quinzième Premier Ministre.

Venons-en aux nombreuses cérémonies qu’a provoquées la disparition d’une reine mémorable. Pour la plupart des Britanniques, c’est nouveau car il n’y a pas eu de nouveau monarque depuis plus de soixante-dix ans. S’il y a une fonction importante dans ce métier de roi (ou de reine), c’est bien la fonction de représentation. Élisabeth II était une pro de la représentation (son fils aussi puisque depuis plusieurs années, il a remplacé sa mère trop fatiguée). L’imagination est vertigineuse si l’on songe au nombre de chefs d'État ou de gouvernement qu’elle a rencontrés depuis 1952, qu’elle a salués, avec lesquels elle a discuté en sept décennies : Nehru, Mandela, Obama, etc.

La journée du 10 septembre 2022 était intéressante puisqu’il fallait bien une cérémonie pour acter le fait qu’il y a un nouveau roi, sans pour autant en faire un couronnement qui aura lieu bien plus tard. La cérémonie s’est déroulée en deux étapes, toutes les deux dans le Palais Saint-James à Londres, mais dans des salles différentes. Pas de couronne, pas de bijoux, pas de paillettes, pas de couleurs : le dress code était sans ambiguïté, en période de deuil, le noir est là.

La première étape s’est faite sans le roi à 11 heures. Il s’agit du Conseil de l’Accession qui est présidé par une femme, Lord-Président du Conseil. Il faut préciser que cette femme, Penny Mordaunt, qui avait le portefeuille du Commerce dans le gouvernement sortant de Boris Johnson, a été nommée le 6 septembre 2022 à ce poste qui est celui d’un membre du gouvernement, et qu’elle était en juillet 2022 la concurrente la plus sérieuse de Liz Truss dans la course au leadership du parti conservateur. C’était donc Penny Mordaunt qui a prononcé les phrases conventionnelles dans ce genre de circonstances, en présence de Liz Truss.

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En face d’elles au pluriel (Penny Mordaunt et Liz Truss), au premier rang dans l’assistance, étaient présents tous les anciens Premiers Ministres encore en vie : de gauche à droite, Tony Blair, Gordon Brown, Boris Johnson, David Cameron, Theresa May et John Major. Plus généralement, tous les parlementaires étaient censés faire allégeance au roi à la fin de la matinée.

La seconde étape s’est déroulée dans la salle d’accession du palais. Cette fois-ci, en présence du roi qui est arrivé en dernier. La Lord-Présidente du Conseil l’a proclamé roi. Elle a lu beaucoup de bavardages juridiques et institutionnels, en particulier en évoquant les "grands sceaux" de certains royaumes). Charles III s’est ensuite avancé pour faire serment. Et cela en présence de deux témoins, Camilla et William. En clair, les deux branches affectives du roi. Il y avait la même tolérance que chez un autre monarque, français, lui, un monarque républicain, François Mitterrand ; quand celui-ci est mort, un hommage a été rendu en présence de Gilbert et Jean-Christophe Mitterrand et aussi de Mazarine, la fille issue d’une autre branche.

Ensuite, le roi s’est assis pour signer son serment par écrit. À cette occasion, il a utilisé un encrier qui a été un cadeau de l’un de ses enfants. Ses témoins ont fait de même (William de la main gauche).

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Avec ce changement de monarque, c’est aussi beaucoup de choses qui changent, jusqu’à l’hymne national redevenu God Save the King ! Le petit sigle sur le dossier du trône, et qui se retrouve en multiples occasions, va passer de "E II R" (Élisabeth II regina) à "C III R" (Charles III rex). Plein d’autres changements seront ainsi perceptibles par les sujets britanniques dans les semaines qui vont venir.

On peut trouver absurde, résurgence d’une époque révolue, égomaniaqueries, tout ce protocole monarchique. Mais il faut bien dire que la République française n’a pas à envie la monarchie britannique dans le protocole. On se rappelle même que lorsque la reine Élisabeth II est venue à Paris le 7 juin 2014, elle a été reçue par la maire de Paris Anne Hidalgo. Il pleuvait des cordes et la reine portait elle-même son parapluie tandis que la maire de Paris avait droit à un domestique pour lui porter le parapluie. Il y avait une sorte d’inconvenance… toute républicaine. Le plus pitoyable dans cette scène, c’est bien sûr le troisième personnage, François Hollande, qui n’était pas couvert et avait pris l’habitude, dès le premier jour de son mandat, d’être trempé par les eaux.

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Ce qui est sûr, c’est que les Français n’auront jamais un même Président de la République pendant soixante-dix ans. Le maximum constitutionnel, c’est dix ans de suite, et avant cette règle, le maximum supportable par les Français, ce fut quatorze ans. Mais la France était une monarchie et a conservé malgré tout le record de longévité de règne, du moins dans l’histoire de l’Europe, puisque Élisabeth II n’a pas pu égaler Louis XIV à ce sujet. En revanche, elle a dépassé le long règne de Ramsès II que les spécialistes annoncent de soixante-six ou soixante-sept ans. Et bien sûr, celui de son aïeule Victoria.

Une fois la cérémonie terminée, l’action se déroulait alors juste à l’extérieur du palais, dans la cour où les gardes du souverain britannique au haut bonnet de nuit noir ridicule (en poils d’ours, emprunté aux grenadiers de la garde impériale de Napoléon Ier vaincus à Waterloo) faisaient quelques exercices, dont celui d’enlever ce chapeau (la forme de leur crâne n’est pas en rapport). Il y a eu alors l’annonce sur les remparts de la proclamation du nouveau roi qui ressemblait à s’y méprendre à une scène des Monty Python. Ensuite, les canons ont tonné quarante et une fois.

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Charles III a plusieurs fois nommé sa mère ainsi : « Sa Majesté la reine, ma mère bien-aimée ». Or, ce mot "bien-aimé", on le retrouve dans beaucoup de dictature communiste lorsque le dictateur "bien-aimé" est mort. En particulier en Corée du Nord mais justement, il s’agit d’une dictature dynastique puisque sur trois générations, le fils a succédé à son père.

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Deux jours après la mort d’Élisabeth II, qui est un événement mondial (Vladimir Poutine a été parmi les premiers à présenter ses condoléances, peut-être plus motivé qu’à la disparition de Mikhaïl Gorbatchev), Charles III a pris désormais ses marques. Il ne sera pas un monarque original, il va au contraire rester conventionnel par respect pour la mémoire de sa mère et même pour compenser sa réputation d’esprit libre et original. Il ne sera pas forcément un roi de transition, car à 73 ans, il peut encore vivre une génération. Son fils aîné a déjà 40 ans, ce qui fait que si aucun événement malheureux ne venait à interrompre prématurément la vie de Charles III, William ne sera roi qu’au même âge, autour de 70 ans.

Ce qui est le plus absurde dans une monarchie, c’est bien cela, le choix du monarque. Et avec l’espérance de vie qui croît, ce type de régime tend inéluctablement à une géroncratie. Sa désignation simplement familiale, le fils aîné, ou fille aînée, et puis ensuite ses enfants etc. ne permet en aucun cas de désigner "le meilleur". C’est une affaire de procréation, de procréation monarchiquement assistée puisque la reine (maintenant le roi) doit donner son accord pour le mariage des trois ou quatre premiers héritiers directs. Car une monarchie, c’est d’abord une filiation. En quoi ce choix génétique est-il pertinent et pourra faire d’un enfant un grand roi ? Je n’y crois guère, le choix par un majorité d‘électeurs, même si c’est le genre d’élections nationales pollue d’un voile d’ego complètement la classe politique d’un pays, reste le meilleur mode de désignation, car tout le monde est sur le même pied d’égalité.

Mais pour l’heure, la monarchie britannique n’a rien à craindre, elle est saine et sauve : la descendance suit.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 septembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le temps du roi Charles III.
Je vous salue Élisabeth, pleine de grâce…
Archie Battersbee.
Diana Spencer.
Theresa May.


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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220910-charles-iii.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/le-temps-du-roi-charles-iii-243738

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/09/09/39624237.html





 

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