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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 10:32

Bien que non candidats, Martine Aubry et François Fillon sont devenus les deux poids lourds de la campagne des élections régionales. Un double leadership qui pourrait avoir de sérieuses conséquences pour 2012.


yartiRegionalesPremierTour01La chaîne de télévision "Public Sénat" retransmettait en différé ou en direct l’intégralité des derniers meetings du premier tour des élections régionales. Voici un petit aperçu de ce qui a été vu ces derniers jours.
 
 
Meeting des Verts au Cirque d’hiver de Paris du 10 mars 2010
 
La salle est grande, circulaire et la tribune est au centre, avec des personnes entourant l’orateur. Un fond vert pomme est visible juste derrière l’orateur.
 
Je vois d’abord passer Daniel Cohn-Bendit, avec ses petites lunettes, sans note. Il est très à l’aise, comme toujours.
 
Pas de doute, c’est un bon orateur mais il fait dans la facilité, parfois dans la démagogie. En fait, il utilise toujours les mêmes procédés verbaux. Il s’écoute parler à tel point qu’il en perd parfois le fil. C’est un show. Il a cependant une acuité politique très forte pour faire des Verts une force politique majeure : l’union durable avec José Bové par exemple a été un tour de force. Et une négociation ferme avec le PS entre les deux tours. Il compte arriver devant le PS en Alsace.
 
Ensuite, c’est le discours de Cécile Duflot. Elle est beaucoup moins bonne oratrice surtout à cause de sa voix assez faible. Mais elle a quelques idées et tient bien la route devant son auditoire. Elle explique aussi quelques procédures internes, ce qui n’est pas une mince affaire chez les Verts. Elle est jeune (née après la candidature de René Dumont). Elle représente nul doute la relève face aux vieux écolos. Elle rappelle comment une doctorante est devenue députée européenne en 2009 alors qu’il s’agissait déjà de faire élire Éva Joly en tête de la liste.
 
Les derniers sondages donnent un saut de 4% à 18% pour les Verts en Île-de-France.
 
 
Meeting du PS au Cirque d’hiver de Paris du 11 mars 2010
 
C’est la même salle que celle des Verts la veille. Les socialistes sont réunis en grande famille avec du beau monde. L’orateur est entouré de personnes et derrière lui se dresse un panneau blanc avec des logos du PS comme s’il en pleuvait.
 
Le discours de Jean-Paul Huchon, président sortant du Conseil régional d’Île-de-France et candidat pour un troisième mandat, est assez terne. Il n’est pas un grand orateur et sa voix est monocorde. C’est un notable qui semble cependant avoir un ton qui rassure.
 
Ensuite, arrive le discours de Martine Aubry, première secrétaire du PS. C’est un grand discours, long et excellent.
 
Martine Aubry est souvent contrastée. Médiocre interviewée sur France 2 le 8 mars 2010, elle montre à ce meeting du Cirque d’hiver d’excellentes qualités d’oratrice.
 
Peu de notes, les mains accompagnant avec fluidité sa parole, Martine Aubry quitte vite le contexte régional pour se hisser au national. Elle se montre une véritable chef de l’opposition, s’en prenant systématiquement à Nicolas Sarkozy, ne lui trouvant rien de positif. L’antisarkozysme primaire fait encore recette auprès des militants.
 
Elle fait sans doute aussi dans la facilité, les discours de fin de campagne sont forcément démagogues. Sa voix assez grave l’aide à imposer sa crédibilité politique (au contraire d’une voix trop aiguë qui peut stresser l’auditeur, comme c’est le cas avec Ségolène Royal).
 
Elle donne tous les arguments possibles pour faire voter socialistes. Elle démonte certains arguments de l’UMP. Elle revient assez souvent aux déclarations de Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP (voir son débat avec lui).
 
Son discours est rapide, alerte, vif, et parfois humoristique.
 
Le plus important à noter reste que Martine Aubry n’a pas évoqué une seule fois les Verts avec qui il faudra bien qu’elle s’entende pour le second tour des régionales.
 
C’est clair que si le PS obtenait des bons résultats, Martine Aubry serait la mieux placée pour prétendre à 2012. Mais elle préfère rester sur du court terme. Après une année un peu maladroite à la tête du PS, elle a réussi enfin à préserver l’unité du PS et à s’affirmer sans complexe comme chef d’orchestre.
 
Reste enfin à savoir si la supposée euphorie régionale de 2010 ne renouvellerait pas celle de 2004, à savoir qu’elle déboucherait finalement sur un nouvel échec présidentiel pour cause de querelle d’écuries.
 
 
Meeting de l’UMP au Parc des expositions de la Beaujoire à Nantes du 11 mars 2010
 
Christophe Béchu et François Fillon tenaient en haleine une salle comble à Nantes. Derrière la tribune, il y a aussi beaucoup de participants.
 
À peine plus âgé que Cécile Duflot, Christophe Béchu, élu député européen en 2009, est l’un des jeunes espoirs de l’UMP, élu à 29 ans président du Conseil général du Maine-et-Loire.
 
Le discours de Christophe Béchu est très décevant. Il parle lentement, il est ennuyeux, il évoque dans une longue liste sans intérêt tous les lieux qu’il a visités pendant la campagne. Surtout, il se prend beaucoup trop au sérieux. Il n’esquisse aucun sourire, ne quitte pas ses notes. Il a encore quelques progrès à faire pour devenir un bon orateur. Il n’inspire pas confiance.
 
Le suit le Premier Ministre François Fillon. Au début, il est aussi ennuyeux que son prédécesseur à la tribune. Il parle du contexte régional des Pays de la Loire, évoque sa propre présidence du Conseil régional et parle aussi de son prédécesseur, Olivier Guichard.
 
Heureusement, François Fillon quitte le terrain régional pour se hisser, lui aussi, sur le terrain national. Il semble répondre à Martine Aubry en reprenant beaucoup de ses arguments. C’est amusant : Martine Aubry parle sans cesse de Nicolas Sarkozy. François Fillon fait sans cesse référence à Martine Aubry.
 
Il est nettement plus consistant et intéressant sur la politique économique, et surtout, plus crédible que Martine Aubry. Cette dernière le critique sur la politique industrielle ? Il la justifie au contraire et rappelle que Lionel Jospin avait laissé faire les délocalisations de Renault entre autres. Le gouvernement ne fait pas assez pour la moralisation de la finance ? Laurent Fabius avait réduit la fiscalité des stock-options.
 
François Fillon jouit d’une période particulière. L’homme est absolument nécessaire à Nicolas Sarkozy pour engager la réforme des retraites. Il devient un présidentiable dans les médias et serait même le meilleur présidentiable de l’UMP. De quoi un petit peu agacer Nicolas Sarkozy évidemment.
 
C’est en quelque sorte un discours présidentiel que cette envolée de Nantes.
 
Entouré de Philippe de Villiers, de Roselyne Bachelot, de Laurent Wauquiez et de Christine Boutin, François Fillon alterne soigneusement le "je" et le "nous", un "nous" signifiant parfois "le Président et moi" et d’autres fois, "le gouvernement".
 
En dressant un bilan impressionnant, il laisse comprendre qu’il est incontestablement un capitaine solide de la machinerie gouvernementale, solide psychologiquement aussi tant la vie de Matignon est difficile, sous Nicolas Sarkozy comme sous n’importe quel autre prédécesseur d’ailleurs.
 
Fidèle de Philippe Séguin, François Fillon a toujours avancé doucement, avec flegme et discrétion. Et pourtant, en être à sa troisième année à Matignon relève d’une réelle ambition politique. On peut dire qu’il étonnera sans doute car il étonne déjà maintenant par sa longévité.
 
 
Meeting du MoDem à la Bellevilloise à Paris du 11 mars 2010
 
La Bellevilloise fut cette salle choisie par Daniel Cohn-Bendit pour fêter le soir du 7 juin 2009 les 16,3% des Verts aux élections européennes.
 
Malheureusement, la retransmission ne concerne que le discours de François Bayrou. La tête de liste en Île-de-France Alain Dolium n’aura pas eu droit aux honneurs de la retransmission (au contraire de Christophe Béchu, Cécile Duflot ou Jean-Paul Huchon).
 
Le cadre est glacial. C’est la comparaison avec les deux grands meetings précédents, ceux du PS et de l’UMP, qui montre à l’évidence que le MoDem n’est pas dans la même catégorie. Si la salle est remplie, elle est nettement plus petite, on dirait presque une salle d’hôtel pour conférence de presse.
 
Aucune personne d’autre que l’orateur n’est visible à la tribune derrière laquelle se dresse un horrible rideau jaune à reflets oranges. Parmi les participants, la venue du fameux Chevalier orange avait été annoncée.
 
Bref, la discours de François Bayrou ressemble plus à une conférence de presse bon enfant dans un salle de classe qu’à un grand meeting de fin de campagne. Le Zénith est loin (c’était il y a trois ans).
 
J’ai droit surtout à une sorte de chroniqueur. Chroniqueur fatigué. Les traits sont tirés mais le président du MoDem essaie de faire bonne mesure, sourit souvent malgré les yeux couverts de cernes, et laisse poindre une espérance que les sondages refusent à admettre.
 
Dans ses propos, il ne cesse de citer Marielle de Sarnez et Bernard Lehideux. Comme s’il n’y avait que trois adhérents au MoDem.
 
Non, un peu plus. Il commence en racontant sa première rencontre avec Alain Dolium. J’ai l’impression une fois encore que la tendance messianique de François Bayrou est très affirmée : dès le premier entretien, il voit en Alain Dolium le leader du MoDem en Île-de-France. Et il explique alors que non seulement il est intelligent mais il a des valeurs. On peut espérer que c’est le cas de tous les candidats.
 
Le laïus de François Bayrou pour défendre la tête de liste des deux premières régions de France, Alain Dolium en Île-de-France et Azouz Begag en Rhône-Alpes, est convaincant. Il se sert d’ailleurs de la récente déclaration de Gérard Longuet contre l’éventuelle désignation de Malek Boutih à la présidence de la HALDE pour montrer à quel point la France est un pays qui étiquette trop facilement selon des considérations dont ne sont pas responsables les personnes, comme leur origine, au contraire de la Grande-Bretagne par exemple. Sans l’évoquer, il prend la même argumentation que Barack Obama.
 
Ensuite, il parle des 1750 candidats du MoDem partout en France, et glisse subtilement que l’absence de liste dans le Languedoc-Roussillon est due à de "basses manœuvres".
 
Et il embraie vite sur le plan national. Mais loin de faire un grand discours, comme Martine Aubry ou François Fillon, il ne fait qu’un pâle éditorial, reprenant le blog de Jacques Attali qu’il commente ou un passage du journal télévisé de France 2. À cet égard, il veut faire peur et pense que la situation grecque pourrait être celle de la France bientôt, rappelant que le déficit budgétaire a augmenté de 350% en trois ans (pourquoi a-t-il eu besoin de retraduire tout en francs, lui, l’Européen convaincu ?).
 
Enfin, il renouvelle ses propos anti-journalistes et anti-sondages (les journalistes ne m’interrogent pas sur les vrais problèmes) et nie le caractère national des élections régionales. Il est parfois applaudi, mais aucune ovation.
 
 
Fin de campagne
 
On pourra s’étonner qu’il n’y ait pas eu de retransmission d’un meeting du Front national ou du NPA, ou encore de très petites listes. S’il y en a eu, elle m’aura alors échappé.
 
Ces meetings sont, à eux quatre, très symboliques de cette campagne des élections régionales : un PS en position de force, une UMP qui essaie de résister par le bilan de son gouvernement et ses projets nationaux, des Verts qui ont le vent en poupe et qui rêvent aux plus hautes destinées, et un MoDem qui n’est plus qu’une maison abandonnée de plus en plus en ruine.
 
Les images sont frappantes. Les Verts jouent le grand jeu à égalité avec le PS : les deux meetings ont réuni chacun 1700 personnes au Cirque d’hiver à Paris. L’UMP a rassemblé 1200 personnes à Nantes. Le MoDem a attiré 400 personnes.
 
À la veille du premier tour des élections régionales, qui ont pris une importance nationale, le Premier Ministre François Fillon et la première secrétaire du Parti socialiste Martine Aubry ont bel et bien acquis un poids politique supplémentaire dans ce qui pourrait être la future période pré-présidentielle.
 
 
 
Sylvain Rakotoarison (12 mars 2010)
 
 
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