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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 07:28

yarti2012sondage08Un sondage de l’IFOP décrit une tendance à la croissance pour l’électorat du Front national. Mais finalement, l’électorat resterait très stable, malgré les grèves, malgré l’impopularité de Nicolas Sarkozy et malgré la démagogie sécuritaire. Pour l’instant, aucune personnalité ne parviendrait à inquiéter sérieusement le monopole bipolaire UMP/PS.

 

 

Dans un sondage publié par l’IFOP le 21 octobre 2010 pour "La Lettre de l’opinion" concernant un échantillon de 930 personnes inscrites sur les listes électorales, représentatives de la population française âgée de plus de 18 ans et interrogées du 12 au 14 octobre 2010 (à télécharger à ce lien), on peut avoir un petite idée des intentions de vote au premier tour de l’élection présidentielle de 2012.

Je dis "une petite idée" puisque l’institut de sondages insiste bien sur ces résultats qui « doivent être interprétés comme une indication significative de l’état des rapports de force actuels dans la perspective du prochain scrutin présidentiel. En aucun cas, ils ne constituent un élément prédictif des résultats le jour du vote. » (On n’est jamais trop prudent, depuis 2002).


Pas de grande surprise

Le questionnaire n’est pas à choix multiples, à savoir qu’il n’y a qu’un seul "jeu" de candidats malgré les grandes incertitudes qui règnent non seulement sur l’identité du candidat (ou candidate) socialiste mais également sur la présence de certaines personnalités dans la compétition.

Globalement, les résultats montrent finalement une grande stabilité de l’électorat.

Les résultats de ce sondage sont Nicolas Sarkozy à 26%, Martine Aubry à 25% (l’écart entre eux se resserre de 2%), Marine Le Pen grimpe à 14%, François Bayrou descend à 8,5% et ensuite, une série de personnalités stagnent : Éva Joly à 7% (Cécile Duflot faisait 5%), Dominique de Villepin aussi à 7%, Jean-Luc Mélenchon à 5% et Olivier Besancenot à 5%.

Le choix de considérer Martine Aubry comme candidate est évidemment arbitraire mais reste légitime, à défaut d’autres informations, puisqu’elle est la première secrétaire du PS.


La marque Le Pen, un réel danger ?

Bien sûr, l’élément principal de ce sondage est que Marine Le Pen se rapproche du score réalisé par son père au premier tour de 2002. Et pourtant, si une remontée du Front national paraît acquise depuis les dernières élections régionales, notamment par la manipulation avec imprudence de mesures destinées à plaire à cet électorat, et si cette remontée pourrait être renforcée une fois la succession de Jean-Marie Le Pen définitivement acquise (en janvier 2011), il en ressort cependant que la configuration du 21 avril 2002 n’est pas du tout envisageable dans l’état actuel des rapports de force.

Certes, Marine Le Pen pourrait grimper même au-delà de 14% évidemment, mais il lui faudrait tout de même beaucoup de talent pour dépasser les deux principaux partis gouvernementaux dans la course au second tour puisqu’elle n’aurait pour l’instant que la moitié de ce seuil (au contraire de 2002 où Lionel Jospin avait chuté lui aussi à 16%).


Stabilité pour les deux principaux partis

Le score du PS n’est pas excessivement haut et ne semble pas profiter du mouvement social contre la réforme des retraites commencé dans la rue le 7 septembre 2010. Il n’a finalement que le niveau de la candidate Ségolène Royal au premier tour d’avril 2007.

De même, le socle de Nicolas Sarkozy paraît encore très solide pour une personnalité qui a atteint les sommets de l’impopularité. Cette base ne serait pas sans conséquence sur l’issue du premier tour : en cas de syndrome du 21 avril 2002, Nicolas Sarkozy paraît nettement mieux placé que le candidat socialiste (inconnu encore) pour franchir la qualification au second tour.

Si en plus, on se rappelle que Dominique de Villepin n’avait pas été candidat en 2007, le total dans le sondage des intentions recueillies par les deux candidatures (Sarkozy et De Villepin) est sensiblement égal au résultat du candidat Nicolas Sarkozy du premier tour d’avril 2007. Stabilité donc.


Bayrou pâlit mais personne ne le remplace

La vraie érosion provient de l’électorat centriste, par définition mouvant, où François Bayrou semblerait ne plus être en mesure de renouveler son beau score du premier tour de 2007. Certes, avec 8,5%, il reste toujours au niveau de l’électorat UDF traditionnel (score de la liste Veil en juin 1989) malgré l’effondrement à 4% aux élections régionales de mars 2010 dans un scrutin qui lui était pourtant favorable.

Les pourcents perdus par François Bayrou semblent globalement profiter de façon assez confuse à Marine Le Pen, Éva Joly et Jean-Luc Mélenchon.

Jean-Luc Mélenchon paraît d’ailleurs le meilleur candidat pour le Parti communiste français car il a réussi une percée médiatique qui, bien que populiste, lui attribue une authenticité politique proportionnelle à sa liberté de ton (et de langage).

Inversement, Éva Joly ne semble pas du tout avoir convaincu de l’intérêt de sa démarche. Au contraire, espoir d’une éventuelle troisième place (ce serait difficile ici de parler du "troisième homme"), Éva Joly serait même moins crédible que François Bayrou dans un scrutin qui nécessite d’avoir déjà gouverné pour montrer une certaine stature.

Enfin, Nicolas Dupont-Aignan, s’il parvenait à recueillir les cinq cents parrainages, ne serait pas en mesure non plus de percer avec seulement 1,5% d’intentions de vote.


L’influence des femmes

Si on regarde avec un peu plus de détail les résultats de ce sondage, on notera avec surprise quelques fortes différences avec les sexes. Jean-Luc Mélenchon, par exemple, serait surtout un candidat pour les hommes (7% contre 3% des femmes), ce qui peut s’envisager, la manière de communiquer étant fondée essentiellement sur l’invective et la "grande gueule". L’autre grande tendance est que la candidature de Martine Aubry plairait aux femmes : 29% contre 21% des hommes. Cela paraît être la première fois qu’une candidature de femme politique plaît autant aux femmes. Les autres candidats n’ont pas de distinction très flagrantes entre les deux sexes.


L’influence des générations

Concernant les différences avec les générations, seule Marine Le Pen a une sectorisation très particulière : elle ne convaincrait ni les très jeunes (moins de 25 ans) ni les personnes âgées (plus de 65 ans) avec respectivement 7% et 6% d’intentions de vote mais en revanche, elle réussirait à rassembler les tranches d’âge de personnes qui sont les plus fragiles sur le marché de l’emploi. Ainsi, elle récolterait 26% pour les 25 à 34 ans et 20% pour les 50 à 64 ans.

Marine Le Pen convaincrait également mieux les ouvriers que les retraités avec 28%, ce qui continuerait de placer le FN comme le premier parti ouvrier de France.


Taux de fidélité avec 2007

Des électeurs des quatre principaux candidats de l’élection présidentielle d’avril 2007 (Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, François Bayrou, Jean-Marie Le Pen), seuls ceux de François Bayrou sont en complète déshérence, car seulement un tiers d’entre eux continueraient à faire confiance à Bayrou alors que les autres se répartiraient à peu près également (autour d’un dixième) sur les candidatures de Martine Aubry, Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin et Éva Joly. Ces résultats montrent à l’évidence le caractère très volatile des presque sept millions d’électeurs de François Bayrou en avril 2007. Tandis que les électeurs des trois autres candidats se reporteraient fidèlement, pour les trois quarts d’entre eux, aux candidats du même parti qu’en 2007.


Conclusions provisoires

Les résultats de l’enquête réalisée en octobre 2010 par l’IFOP peuvent donc cacher des conclusions qui paraissent intéressantes.

D’une part, l’électorat resterait très fidèle et très stable, à l’exception notable de l’électorat de François Bayrou. Malgré sa grande impopularité, Nicolas Sarkozy jouirait d’une base électorale similaire à celle de 2007.

D’autre part, la montée mesurable de Marine Le Pen n’entraînerait probablement pas le remake d’un 21 avril 2002 pour la bonne raison que l’électorat du PS et de l’UMP serait beaucoup plus massif qu’en 2002.

Enfin, aucun candidat supposé "nouvel espoir" pour 2012 n’aurait pour l’instant convaincu l’opinion publique : ni Dominique de Villepin, ni Éva Joly, ni Jean-Luc Mélenchon, ni Nicolas Dupont-Aignan.

Quant à la bataille à l’intérieur du PS, Martine Aubry pourrait se prévaloir d’avoir, d’une part, rassemblé l’électorat socialiste, et d’autre part, d’être assurée, elle aussi, d’une solide base de crédibilité (qui avait fait défaut à Ségolène Royal).


Ce n’est qu’un sondage

Bien entendu, l’étude aurait été plus intéressante en imaginant le même questionnaire tout en remplaçant Martine Aubry par Dominique Strauss-Kahn ou Ségolène Royal, et surtout, en proposant des hypothèses de second tour : Sarkozy/Aubry, Sarkozy/Strauss-Kahn et Sarkozy/Royal où l’impopularité de Nicolas Sarkozy pourrait être mieux mesurée.

Ces trois hypothèses de second tour paraissent être les seules actuellement possibles même si l’identité du candidat de l’UMP pourrait créer la surprise. Philippe Cohen de "Marianne" imagine même dans un article le 3 novembre 2010 ceci : « Sans conviction profonde, le Président reste avant tout un joueur. Qui ne déteste rien de plus que de perdre. L’abattoir, ce n’est pas pour lui. S’il n’y croit pas suffisamment, il renoncera. ».

Il ne reste même pas dix-huit mois avant le premier tour de l’élection présidentielle de 2012. L’opinion publique commence à se "solidifier". À la même période pour 2007, c’était il y a cinq ans, en pleine crise des "banlieues" (novembre 2005). Le duel Sarkozy/Royal était déjà bien avancé dans les esprits mais personne n’avait pensé à la percée spectaculaire de François Bayrou.

Tout reste donc possible pour 2012.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (5 novembre 2010)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

Le sondage IFOP à télécharger.
Programme du Front national.


yarti2012sondage02

 

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/marine-le-pen-a-14-en-2012-83980

 

http://fr.news.yahoo.com/13/20101105/tot-marine-le-pen-14-en2012-89f340e.html

 

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-213

 

 

 

 

 

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