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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 03:06

Depuis plusieurs années, des militants associatifs font pression sur la classe politique pour légiférer sur l’euthanasie. Au besoin avec un sondage dont on fausse sciemment les conclusions. Un débat au Sénat va avoir lieu et va susciter une nouvelle fois des passions bien peu constructives. Deuxième partie.



yartieuthanasie201117Dans la première partie, j’ai essayé de définir différents termes en rapport avec le débat sur l’euthanasie et la teneur du texte de la proposition de loi qui sera débattu au Sénat le 25 janvier 2011.

Voici maintenant quelques réflexions sur l’enquête d’opinion commandée il y a deux mois et demi.


Le sondage publié le 2 novembre 2010

Un sondage vient d’être récemment publié donnant une large majorité des Français favorable à l’euthanasie, 94%. En fait, si on lit un peu plus précisément ce sondage, il y a beaucoup de réserves sur les conditions de l’application de l’euthanasie.

Car la question est, comme souvent, posée pour encourager une réponse plutôt qu’une autre. Jugez-en vous-même : « Certaines personnes souffrant de maladies insupportables et incurables demandent parfois aux médecins une euthanasie, c’est-à-dire qu’on mette fin à leur vie, sans souffrance. Selon vous, la loi française devrait-elle autoriser les médecins à mettre fin, sans souffrance, à la vie de ces personnes atteintes de maladies insupportables et incurables si elles le demandent ? ».

Cette question est doublement mal posée.

D’une part, elle est rédigée de telle manière que si l’enquêté répondait "non", il serait considéré comme un être insensible se moquant complètement de la détresse de ces malades en fin de vie. On imagine des sondages avec des questions du genre : "Êtes-vous contre le chômage ?" etc.

D’autre part, la question ignore superbement (peut-être est-ce une négligence des sondeurs ?) l’existence de la loi Leonetti du 22 avril 2005 qui permet déjà, dans certains cas, d’abréger les souffrances d’un malade en fin de vie. Or, il aurait été pertinent de demander aux mêmes sondés s’ils connaissaient l’existence de cette loi ainsi que son contenu exact. Si 94% répondent "oui" à la question initiale mais que 80% (comme l’estime la mission parlementaire de 2008) reconnaissent ignorer l’existence de cette loi, les conclusions seront bien différentes de l’engouement consensuel supposé. Même les médecins ont dû mal à expliquer cette loi qui n’a pas eu beaucoup de publicité à l’époque où Philippe Douste-Blazy était au Ministère de la Santé.

Enfin, il est aussi bon de rappeler que ces 94% sont avant tout le total de deux réponses, les "oui, absolument" qui, elles, baissent de 38% à 36% par rapport à l’enquête réalisée en avril 2001 (alors que les titres des journaux évoquaient une "montée" des partisans de l’euthanasie de 88% à 94%) et les "oui, dans certains cas" qui correspondent à la majorité des sondés, à savoir 58%.

Or, justement, la loi Leonetti a légalisé "certains cas", un terme si imprécis que la majorité des Français peut s’y retrouver. La preuve, c’est que même chez les catholiques pratiquants, si seulement 14% ont répondu "oui, absolument" (ce qui est logique), 68% ont choisi "oui, dans certain cas" puisque ce terme est tellement vague qu’il ne choque quasiment aucune conscience.


La loi Leonetti du 22 avril 2005

Rappelons ce qu’est cette loi Leonetti du 22 avril 2005. Elle oblige le personnel soignant à fournir des soins palliatifs aux patients incurables, et à lui interdire tout acharnement thérapeutique si le diagnostic est sans espoir.

Son premier article est très clair : « Ces actes ne doivent pas être poursuivis par une obstination déraisonnable. Lorsqu’il apparaissent inutiles, disproportionnés ou n’ayant d’autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris. Dans ce cas, le médecin sauvegarde la dignité du mourant et assure la qualité de sa vie en dispensant les soins visés à l’article L. 1110-10. ».

Son deuxième article va encore plus loin : « Si le médecin constate qu’il ne peut soulager la souffrance d’une personne, en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable, quelle qu’en soit la cause, qu’en lui appliquant un traitement qui peut avoir pour effet secondaire d’abréger sa vie, il doit en informer le malade, (…) la personne de confiance (…), la famille ou, à défaut, un de ses proches. ».

D’autres articles respectent la volonté du malade : « [Lorsqu’un malade] (…) décide de limiter ou d’arrêter tout traitement, le médecin respecte sa volonté après l’avoir informé des conséquences de son choix. ».

C’est dire si la loi Leonetti a fait déjà une grande avancée qui empêche tout acharnement thérapeutique et aide le malade à finir sa vie en réduisant au maximum les souffrances, et cela toujours selon la volonté du malade.

Mais parallèlement, elle a évité l’ouverture de la boîte de Pandore en refusant tout "droit à tuer" de la part du personnel médical qui ne doit avoir qu’un seul but, celui de soigner, à défaut de guérir.

En ce sens, la loi Leonetti est devenue un très bon compromis qui devrait faire consensus si les des militants en faible nombre mais très bruyants ne se trompaient pas de combat. Rappelons d’ailleurs que la loi Leonetti qui avait été combattue en 2005 par l’Église catholique est maintenant soutenue par elle car celle-ci reconnaît son caractère équilibré et surtout, son éthique de responsabilité médicale.

Cette loi est très mal connue du grand public (seulement 20% des Français la connaissent) mais aussi du personnel soignant et des médecins. En 2008, moins de 10% des cancérologues étaient capables d’expliquer précisément la loi Leonetti !

Et il est vrai que des moyens manquent encore pour mettre en place partout en France des centres de soins palliatifs de la taille nécessaire au besoin.

Dans la prochaine partie, je décrirai les dispositifs législatifs dans trois pays européens : les Pays-Bas, la Belgique et la Suisse.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (21 janvier 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

Texte exact qui sera débattu le 25 janvier 2011 au Sénat.
Alain Minc et le coût des soins des très vieux.

Lettre ouverte à Chantal Sébire.

Allocation de fin de vie.

Loi Leonetti du 22 avril 2005.

Rapport du 28 novembre 2008 sur la mission d’évaluation de la loi Leonetti.

Ordre du jour du Sénat du 25 janvier 2011.

Le texte des trois propositions de loi en discussion.

Sondage IFOP du 2 novembre 2010.








 

 

 

 

 

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