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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 08:03

Après la forte fièvre du Front national, les partis parlementaires se retrouvent devant parfois le choix entre le FN et leurs opposants politiques classiques. Les prises de position sur ce choix du second tour sont essentielles pour apprécier le niveau d’éthique politique : il faut faire barrage aux valeurs antirépublicaines !



yartiCantonales01Plus de 55% d’abstention au premier tour des élections cantonales du 20 mars 2011 : les dernières élections (et donc sondage en grandeur nature) avant la prochaine élection présidentielle au printemps 2012 ont engendré un véritable désert dans les bureaux de vote. Début du printemps avec une journée ensoleillée splendide, préoccupations internationales (avec la Libye) ou environnementales (avec le Japon), désintérêt total des conseils généraux et de leurs élus qui vont bientôt changer de statut, profond mécontentement contre la classe politique en général et le pouvoir en particulier… ? Sans doute les raisons de la très faible participation (qu’on dira "historique") sont multiples.


Séisme électoral

Même s’il est possible de dire que l’ensemble des candidats de la majorité présidentielle (UMP, NC et DVD) obtient un score national à peu près égal à celui du PS et de ses alliés (PRG, DVG), à savoir autour de 32%, la grande différence est que le PS peut encore compter, tant au second tour de ces cantonales qu’à l’élection présidentielle de 2012 de près de 10% du Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon et de 8% des écologistes de Cécile Duflot alors que l’UMP devra gérer (laborieusement) les 15% du FN de Marine Le Pen.

En clair, ce dimanche 20 mars 2011 constitue une victoire flagrante pour Marine Le Pen dans des élections au scrutin majoritaire qui auraient dû en principe la défavoriser (en reprenant l’ensemble des cantons où se présentaient un candidat du FN, le score pourrait atteindre 18%). Le FN a bénéficié de la forte abstention et surtout d’un climat général de protestation que les socialistes ont du mal à canaliser.

Le PS n’améliore pas vraiment sa performance de mars 2004 et devra faire équipe avec des communistes qui ont bien résisté et des écologistes sans doute déçus que la catastrophe nucléaire de Fukushima ne les ait pas placés à la seconde place à gauche.

Quant au MoDem de François Bayrou, hélas, présent avec seulement quatre cents candidats sur plus de deux mille cantons, il n’existe même plus. Cette quasi-disparition (dramatique) va sérieusement hypothéquer les ambitions présidentielles de François Bayrou.


Le FN franchit la barre du premier tour

Le second tour va marquer donc un tournant dans la vie politique française avec l’élection probable de quelques conseillers généraux du FN.

Sur les 2 026 cantons renouvelables, 384 verront au second tour un candidat du FN : 204 dans un duel PS-FN, 89 dans un duel UMP-FN et 37 dans un duel PCF-FN, et dans cinq cantons, il y aura même une triangulaire UMP-PS-FN.

La posture des différents partis parlementaires est un bon moyen de tester leurs valeurs républicaines. Si la notion de "front républicain" peut renforcer le FN, il est néanmoins essentiel que les partis refusent tout soutien aux candidats du FN restants.

Le PS de Martine Aubry paraît assez clair sur le sujet et appellera à voter pour le candidat UMP dans un duel UMP-FN. La clarté est nettement moins évident au Front de gauche. La députée Martine Billard par exemple préfère une position au cas par cas, considérant que dans certains cas, des candidats UMP ne valent pas mieux que leurs concurrents FN sur le front des valeurs républicaines.

À gauche, les plus clairs restent les écologistes, leur numéro deux Jean-Vincent Placé n’ayant aucun état d’âme pour soutenir tous les candidats qui ne seraient pas issus du FN.


Flou catastrophique à l’UMP

En revanche, la position de Jean-François Copé et de l’UMP en général n’est pas du tout claire. Il y a bien absence de soutien aux candidats du FN et surtout absence d’alliance avec le FN (sanctionnable immédiatement), mais il n’y a eu aucun appel à voter pour le candidat socialiste, par exemple, dans le cas où il se trouverait en duel face à un candidat du FN. Or, cette omission, cette absence de prise de position ne peut faire que le jeu du FN.

La plupart des interlocuteurs de l’UMP sur les (rares) plateaux télévisés consacrés aux cantonales reprenaient systématiquement ces éléments de langages de refus de donner des consignes, mis à part le refus de soutien à un candidat du FN. Certains lâchaient même qu’entre un candidat du FN et un candidat issu du PS des Bouches-du-Rhône, le choix serait impossible à faire…


Test imparable sur l’éthique en politique

On pourrait dire que dans la pratique, les appels à voter pour l’un ou l’autre des candidats sont rarement suivis d’effets dans l’électorat : les candidats du premier tour ne sont pas propriétaires de leurs voix et les électeurs sont assez indépendants pour faire leur choix en dehors des postures d’appareil.

Mais politiquement, ces postures sont essentielles en terme de stratégie. Entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2007, François Bayrou avait noyé ses 18% du premier tour dans un flou quasi-artistique (tendance Picasso) sur son vote du second tour. La position entre les deux tours est donc un point majeur qui peut poursuivre les formations politiques pendant très longtemps.

Or, en tant qu’appareil politique, l’UMP n’est pas claire. Heureusement, certains élus nationaux n’ont pas hésité à prendre une position très claire sur le sujet, parfois même avant le premier tour. Bravo à la Ministre de l’Écologie Nathalie Kosciusco-Morizet, au Président du Sénat Gérard Larcher, à la Ministre de la Recherche Valérie Pécresse, au président du Parti radical Jean-Louis Borloo, à l’ancien ministre radical Laurent Hénart, au député-maire centriste de Drancy Jean-Christophe Lagarde, au conseiller présidentiel Henri Guaino, à l’ancienne maire centriste de Strasbourg Fabienne Keller (sénatrice) pour avoir appelé au vote républicain sans considération électoraliste.

Mais les autres élus UMP ?

La ligne de fracture au sein de l’UMP est bel est bien là, dans cette prise de position du soutien systématique ou non d’un candidat de gauche face à un candidat du FN. Elle l’était déjà dans une certaine mesure où une proportion notable de sympathisants (et même de parlementaires) de l’UMP seraient prêts à franchir le Rubicon et faire alliance avec le FN.

Attention danger ! L’étanchéité du front républicain est un élément essentiel pour la préservation de la démocratie. Il est crucial qu’en cas de présence de Marine Le Pen au second tour d’une élection présidentielle, le même processus qu’en 2002 soit mis en œuvre, à savoir un soutien clair et franc en faveur du candidat restant issu des formations démocratiques.

Laisser une ambiguïté à ce sujet, ce serait jouer avec le feu, ce serait considérer que l’élection de Marine Le Pen ne serait pas une catastrophe politique en France, ce serait conforter tant la stature politique que les idées xénophobes du FN.


Les deux visages incompatibles de l’UMP

Les responsables UMP n’ont pas pris la mesure des dernières évolutions de l’opinion publique. Comme l’a dit avec insistance et pertinence Jean-Luc Mélenchon, la croissance de l’électorat du FN ne s’est pas fait dans le terreau de la gauche populaire mais bien dans les plates-bandes de l’UMP.

Le débat sur l’identité nationale, le débat sur la burqa, le discours de Grenoble (en particulier, stigmatisation des gens du voyage), le débat sur l’islam puis sur la laïcité n’ont fait qu’attiser les antagonismes entre les cotoyens, cliver la population française et surtout, favoriser l’exacerbation des sentiments nationalistes au détriment de ceux qui comptaient justement en faire leur gras électoral.

Il est désormais évident qu’en cas d’échec de l’UMP aux élections nationales de 2012, il y aurait dislocation de l’UMP. Et peut-être même disparition comme le MoDem a disparu sur une erreur d’appréciation en 2007.

Je ne me réjouirais pas d’avoir pour unique choix une alternative entre une droite extrême qui cache à peine ses idées et une gauche ringarde, sans avoir appris des leçons du passé et sans programme.

Il y a encore un an pour qu’un courant de centre droit digne de ce nom puisse reprendre le flambeau des valeurs… et les imposer d’une manière ou d’une autre.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 mars 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Résultats nationaux du 1er tour des élections cantonales du 20 mars 2011.
Des sondages aux élections…


NB du 21 mars 2011 à 22h00 : Le Premier Ministre François Fillon a également appelé à faire barrage au FN en votant pour le candidat opposé en cas de duel impliquant un candidat du FN. La Ministre de la Recherche Valérie Pécresse a prononcé une très belle formule sur Europe 1 le 20 mars 2011 sur la nécessité de faire barrage au FN : « Moi je considère que le PS, ça n'est pas mes idées, mais le FN ça n'est pas mes valeurs. ».



(2
nde illustration : 20 minutes.fr)

 

yartiCantonales41 

 

 

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/cantonales-2011-la-ligne-de-91002

 

 

  http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-275

 

 

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