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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 07:49

Bataille de chiffonniers pour la primaire des écologistes, mal préparée tant politiquement que juridiquement. Résultat du premier tour le 29 juin 2011. Déplorable évolution d’un mouvement qui avait pourtant bien commencé il y a deux ans. Seconde partie.
 

yartiVerts201105Après avoir évoqué l’extraordinaire percée des écologistes puis leur mauvaise stratégie, je vais m’étendre un peu plus précisément sur la primaire des écologistes.


La primaire EELV pour 2012

Comme pour le PS, la primaire écologiste est dite ouverte, à savoir qu’il n’est pas nécessaire d’être adhérent à un parti politique (ici EELV) pour pouvoir y participer.

En fait, la situation est plus nuancée dans ce cas concret puisque la condition pour pouvoir voter, c’est de payer dix euros et de s’inscrire sur une liste électorale, ce qui, en gros, revient à la même chose qu’une adhésion à une organisation politique. Ainsi, 32 896 personnes ont payé et se sont inscrites sur les listes de la primaire, ce qui est déjà un bon résultat par rapport aux quelques 10 000 adhérents revendiqués à EELV.

Si la CNIL (Commission national informatique et libertés) a fait les gros yeux car pas informée, a priori, cette primaire ne gêne aucun citoyen puisqu’elle n’utilise pas les listes électorales officielles (des mairies).

Concrètement, ces personnes inscrites peuvent voter entre le 16 et 24 juin 2011 soit sur Internet, soit par correspondance. Les résultats seront publiés le 29 juin 2011 et si un second tour est nécessaire (ce qui est peu probable), un nouveau vote aura lieu jusqu’au 12 juillet 2011. Notons la concomitance avec la primaire du Parti socialiste dont le dépôt de candidatures a lieu du 28 juin au 13 juillet 2011.


Les candidats à la candidature

Pour les écologistes, le dépôt de candidatures devait avoir lieu avant le 15 mai 2011. Quatre candidatures ont été retenues (il fallait des parrainages) sur les sept déposées : Eva Joly (67 ans), Nicolas Hulot (56 ans), Stéphane Lhomme (45 ans) et Henri Stoll (55 ans).

L’ancien Ministre de l’Environnement (et mathématicien) Yves Cochet (65 ans) avait émis aussi son intention de se présenter, conditionnée par la candidature de Nicolas Hulot qu’il souhaitait soutenir. Il avait déjà été candidat à la candidature en 2007, évincé avec 28% par Dominique Voynet (35%) et devançant Cécile Duflot (23%).

Stéphane Lhomme est ce qu’on peut appeler un "activiste", militant antinucléaire et militant anti-Juppé, et, ancien membre de la LCR (ex-parti d’Olivier Besancenot), il ne participe à cette primaire que pour barrer la route à Nicolas Hulot, ce qui ne manque pas d’incohérence car sa candidature plombe (un peu plus) celle d’Eva Joly, la principale concurrente de Nicolas Hulot.

Henri Stoll est un élu local connu et parfois apprécié en Alsace, maire depuis une quinzaine d’années de Kaysersberg et plus récemment, conseiller général du Haut-Rhin.

Si je dis qu’il n’y aurait probablement pas de second tour, c’est parce qu’il n’y a que deux principaux candidats. Les deux autres, à la notoriété extrêmement faible, n’ont pas les moyens politiques de faire connaître leur projet (aussi respectable soit-il) en si peu de temps.


Madame Joly et Monsieur Hulot

Alors qu’Eva Joly semblait jusqu’à il y a quelques mois la candidate probable, pourtant pas si évidente que cela, finalement, Nicolas Hulot paraît être en mesure d’emporter la primaire. Dans les sondages pour cette primaire (toujours très fluctuants et difficilement précis), Nicolas Hulot l’emporterait nettement chez les sympathisants écologistes à plus de 60% face à une Eva Joly qui peinerait à dépasser la barre des 30%.

Pourtant, rien n’est joué, car les sondages ne sont absolument pas en mesure de reproduire la représentativité du réel électorat, ceux qui se sont inscrits et ont payé les dix euros pour participer.

Les deux principaux candidats ont pour eux une réelle sincérité dans leur tardive conversion à l’écologie (conversion plus ancienne pour Nicolas Hulot que pour Eva Joly : le premier avait rédigé son pacte écologique en 2007 tandis qu’Eva Joly ne s’est engagée qu’en 2009).

Mais cette sincérité pourrait aussi avoir son revers de médaille pour une bataille politique ardue, difficile, éprouvante : naïveté, inexpérience au combat électoral, inexpérience gouvernementale et incapacité à présenter un projet personnel national, c’est-à-dire qui ne soit pas uniquement constitué des quelques compétences reconnues (médias pour l’un, justice pour l’autre).

En d’autres termes, les deux principaux candidats ont pour réel handicap commun un problème majeur de crédibilité politique et de leadership militant.


Eva Joly, 68 ans en 2012

Le principal atout d’Eva Joly est sa notoriété. Juge d’instruction dans un certain nombre d’affaires politico-financières (affaire Elf, affaire Roland Dumas, affaire des frégates de Taïwan etc.), elle a acquis une solide réputation de personne inflexible et droite moralement. Pourtant, au fil des déclarations publiques, Eva Joly s’est montrée très dogmatique et peu ouverte au nécessaire pragmatisme d’un leader. Ramener tout à la transparence et au jugement n’est connaître la réalité sociale que par le petit bout de la lorgnette. Quand intégrité risque de se décliner en intégrisme…

Pire. Son amie également juge, Laurence Vichnievsky, 56 ans, élue sur son sillage conseillère régionale EELV en mars 2010 en Provence-Alpes-Côte d'Azur, a bien mal démarré sa carrière de juge d'instruction à Paris en prononçant un enterrement de première classe de l’affaire Robert Boulin le 20 septembre 1991, soit une semaine après avoir pris ses fonctions. Vu la somme colossale des documents à étudier (des milliers de pages), la rapidité de la décision peut surprendre et cacher une explication qu’a émise Hervé Torchet dans son blog et qui donne un arrière-goût un peu particulier de ce qu’est l’éthique de ces "juges écolos". Hervé n’y va pas de main morte et écrit en conclusion : « Tout ce que cette femme a pu faire ensuite, même au pôle financier avec madame Joly, est forcément discrédité et entaché d’un soupçon indélébile, celui de complicité avec un pacte mafieux. ».

Postulante au concours Miss Norvège lorsqu’elle avait 18 ans, Eva Joly jouit de la double nationalité franco-norvégienne. Son accent norvégien peut être un inconvénient pour diriger la France mais elle a su l’assumer et s’en moquer en le comparant à l’accent du Sud-Ouest ou à l’accent marseillais et en disant que c’est cela, la République française, cette diversité des origines. Elle est d’ailleurs un pur produit de la méritocratie française, faisant des petits boulots pendant ses études.

Son autodérision transpire également dans son humour qui lui vaut d’être lauréate 2010 du Prix de l’humour politique avec cette phrase d’autant plus directe qu’elle aurait pu se retrouver dans la situation d’appeler ses électeurs à se reporter sur Dominique Strauss-Kahn : « Je connais bien Dominique Strauss-Kahn ; je l’ai mis en examen. ».

Si elle ne manque pas de ténacité dans ses fonctions professionnelles et également dans son engagement politique, Eva Joly a cependant contre elle son âge qui la place dans une génération de retard face à l’ensemble de ses concurrents, internes ou externes. Un tel âge n’est pas un handicap pour une personnalité politique qui a déjà fait ses preuves (comme De Gaulle mais également comme François Mitterrand, Jacques Chirac ou même Édouard Balladur), mais singulièrement pour une novice en politique.

Et c’est aussi sur ce sujet (novice) que le défaut est le plus criant : l’absence d’un "passé écologiste" (militantisme, etc.) la rend suspect auprès des "vrais" militants écolos au point qu’elle a senti le besoin de forcer un peu la dose. Ainsi, sa très indécente sortie antinucléaire en plein tsunami pour récupérer la catastrophe de Fukushima aura été très contreproductive.

Envisageant initialement de s'engager derrière François Bayrou, Eva Joly se verrait bien aujourd'hui ministre dans un gouvernement socialiste. Du vert ressort toujours le rose.

Candidate à contretemps, elle l’est encore quand elle sort en pleine bataille de la primaire son dernier livre, un roman. Lorsqu’on veut être acteur, il est déconcertant de se montrer en même temps observateur passif. Veut-elle des électeurs… ou des lecteurs ?

Eva Joly est entre autres soutenue par Noël Mamère, Dominique Voynet, Yves Contassot, Alain Lipietz, Marie-Christine Blandin, Yannick Jadot, Michèle Rivasi et Andrée Buchmann.


Nicolas Hulot, 57 ans en 2012

Comme Eva Joly, le principal atout de Nicolas Hulot est sa notoriété médiatique, bien plus grande que sa rivale pour la simple raison qu’animateur d’émission de télévision, il a eu la possibilité de se faire connaître (et souvent apprécier) par de nombreux téléspectateurs.

Son sens de la communication en fait une personnalité sympathique et populaire, comme le montrent des études d’opinion depuis longtemps.

Cependant, il devra surmonter trois handicaps de taille.

Le premier est son passé professionnel comme présentateur de TF1 et utilisateur régulier d’hélicoptère. Les produits qui utilisent sa marque sont également très peu "écologiques". Un rapport rédigé par les députés Geneviève Gaillard (PS) et Jean-Marie Sermier (UMP) déposé à l’Assemblée Nationale le 2 février 2011 (n°3142) pointe du doigt quelques éléments étranges concernant la Fondation Nicolas Hulot (le rapport est téléchargeable ici).

Le deuxième handicap est sa naïveté politique. Nicolas Hulot s’est senti trompé par les candidats à l’élection présidentielle de 2007. Cependant, il a quand même pu initier la mise en place du Grenelle de l’Environnement qui a eu au moins l’avantage d’exister (c’était mieux que rien). Nicolas Hulot a récemment montré son immaturité politique en évoquant publiquement une possible alliance avec Jean-Louis Borloo, une possibilité évidemment connue mais qu’il convenait de taire chez des écologistes dont l’indépendance ne serait que "de gauche".

Enfin, le troisième handicap est, malgré son talent de communicateur, son absence de charisme politique. Il suffisait de le voir faire sa déclaration de candidature le 13 avril 2011 à Sevran pour s’en convaincre. Les yeux rivés sur ses feuillets, incapable de sourire ou de jeter le regard vers ses interlocuteurs (la salle) ni même vers les caméras (dont il est pourtant coutumier), la voix monocorde, sans doute émue (on ne se déclare pas candidat à la présidentielle tous les jours), Nicolas Hulot a très déçu ceux qui croyaient à son aisance à s’exprimer.

Nicolas Hulot est entre autres soutenu par Antoine Waechter, José Bové, Yves Cochet, Denis Baupin, Stéphane Hessel, Marie-Anne Isler-Béguin, Étienne Tête, Allain Bougrain-Dubourg, Augustin Legrand, Stéphane Gatignon et Jean-Paul Besset.


Casseroles sur le financement électoral ?

Loin d’être irréprochables, les écologistes ont été récemment épinglés pour certains comportements dans le dernier rapport de la Commission nationale des comptes de campagne et financements politiques (CNCCFP) publié le 24 mai 2011 (téléchargeable ici).

Les écologistes ont agi en fait comme les apparatchiks du Front national en facturant aux candidats écologistes des prestations internes avec une plus-value par l’intermédiaire d’une d’association liée au parti écologiste. La CNCCFP a remarqué ainsi : « Cette plus-value doit être justifiée, quantifiable et démontrée. Il serait paradoxal d’admettre qu’étant susceptible de bénéficier de l’aide publique, les partis politiques puissent par ailleurs se procurer des fonds payés par le contribuable sur les dépenses remboursées aux candidats. ».

De mauvaise foi, des députés Verts ont même déposé une résolution qui sera discutée le 7 juillet 2011 pour palier les « failles juridiques qui remettraient en cause l’esprit et la lettre de la législation sur le financement des partis ».


L’avenir incertain de la candidature EELV

La possibilité d’un retrait du candidat écologiste en début de l’année 2012 n’a été exclue par aucun des deux principaux candidats à la primaire. Il serait pourtant curieux qu’un candidat désigné par plusieurs milliers de votants (voire plusieurs dizaines de milliers) trahisse la confiance qu’on lui aurait témoignée pour négocier un nombre de portefeuilles dans un futur gouvernement socialiste.

Mais les Verts ne sont pas à une manipulation près. Souvenez-vous de la campagne
présidentielle de 2002 : Alain Lipietz avait été désigné par les militants Verts pour être leur candidat et finalement, en octobre 2001, comme les sondages ne frémissaient toujours pas et pour ne pas ruiner le parti (le remboursement des frais de campagne nécessitent d’obtenir au moins 5% des suffrages), c’est son rival Noël Mamère qui partit finalement à la bataille (à l’insu de son plein gré, « décision irrévocable » !). Noël Mamère a atteint la mission : il a fait 5,2%.

Aux écologistes de démontrer que leur candidat aura la capacité de proposer des nouvelles perspectives pour la France de demain. L’opération semble très ambitieuse et pour le moins délicate.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 juin 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Cécile Duflot.
Daniel Cohn-Bendit.

La primaire du PS.
Rapport sur les activités de Nicolas Hulot.

Rapport sur les comptes de campagne des écologistes.

Sur Laurence Vichnievsky.



Illustrations : 1° N. Hulot et E. Joly ; 2° E. Joly et L. Vichnievsky.

yartiVerts201104

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/ou-vont-les-ecolo-pasteques-2-eva-96445




 

 

 

 

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