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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 04:22

Incontestablement personnalité politique de l’année 2011, François Hollande paraît plus armé pour gagner dans son parti qu’à l’extérieur. Après la victoire de la primaire, le voici en proie au doute et aux cafouillages. Saura-t-il rebondir ? Première partie.


yartipedalo01L’année 2012 a commencé très vite pour le candidat socialiste : vœux assez insipides, intervention télévisée sur France 2 (le 3 janvier), lettre antisarkozyste dans "Libération" (3 janvier), polémique sur un déjeuner avec la presse (4 janvier), meeting à Bordeaux (4 janvier) et encore pas mal de ratés sur des propositions du candidat (recrutement de fonctionnaires, nucléaire, quotient familial, etc.), le recadrage de ses troupes (18 janvier 2012)… et dimanche 22 février 2012, le premier meeting de campagne au Bourget (retransmis en direct sur LCP), ainsi que jeudi 26 janvier 2012, présentation de son programme présidentiel.

François Hollande est-il la personnalité politique française de l’année 2011 ou celle de l’année 2012 ? La question revient finalement à se demander si François Hollande sera élu ou pas le 6 mai 2012.

La question se pose évidemment. Le candidat François Hollande a eu une très bonne année 2011. Parti quasi-seul le 31 mars 2011 de Tulle dans les sourires et les moqueries de ses propres camarades socialistes trop heureux d’avoir en leur sein une grosse pointure (Dominique Strauss-Kahn) qui n’a pas tenu ses promesses de gloire et de succès, François Hollande a su par la persévérance et un exceptionnel travail sur lui se hisser à la tête de la primaire des socialistes le 16 octobre 2011.


Un capital qui s’effrite

Toutefois, c’est maintenant étonnant d’observer à quel point un candidat gâche son capital de sympathie et d’avenir par une véritable incapacité à avoir une équipe restreinte, homogène et cohérente et par une inaptitude à la décision et à l’engagement (par peur de décevoir certains électeurs). Étonnant et troublant quand on sait à quel point François Hollande est un analyste fin et attentif de la vie politique depuis trente ans et qu’il a calculé scrupuleusement toute sa communication depuis deux ans (jusqu’à se transformer physiquement).

En somme, François Hollande en est au même point qu’Édouard Balladur en janvier 1995 : une situation en or dans les sondages, un manque évident de combativité et un refus de s’engager dans une vision claire et donc clivante. La même eau tiède !

D’ailleurs, l’élection présidentielle de 2012 pourrait changer de nature. Parce que François Hollande a fait une overdose médiatique depuis octobre 2011, la campagne pourrait se transformer d’un plébiscite pour ou contre Nicolas Sarkozy en un autre plébiscite, pour ou contre François Hollande.

Les sondages ne s’y trompent pas puisqu’ils accusent tous, à des degrés divers, une baisse sensible des intentions de vote pour le candidat Hollande, tant au premier tour (un sondage au début du mois le rapproche même de Nicolas Sarkozy avec un écart de 2% seulement), qu’au second tour (un sondage le place gagnant à 54%-46%, ce qui lui donne une très faible marge à l’avenir, l’Élysée considère que l’élection est jouable avec un rapport de forces 55-45 d’ici fin février 2012). Cette baisse semble toutefois se stabiliser dans la troisième semaine de janvier 2012.

Le principal bénéficiaire de cette dégringolade, c’est François Bayrou qui démontre la pertinence de sa stratégie ni droite ni gauche puisqu’il renforce de manière égale la sympathie des proches de l’UMP et du PS.


Trois hommes sont capables de l’emporter dans trois mois et demi

Alors que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon (entre autres) sont lancés sur une niche contestatrice et anti-européenne de l’ordre de 25 à 30% (pour l’instant, Marine Le Pen prend la plus grande part de cette cible), l’élection présidentielle se décline alors sur le créneau "sérieux", c’est-à-dire celui qui a une aptitude à prendre des responsabilités gouvernementales, autour de seulement trois candidats (j’exclus Eva Joly qui est partie dans le décor) : Nicolas Sarkozy, François Bayrou et François Hollande.

Dans ce jeu à trois, le troisième n’est pas forcément celui auquel on pense. Rappelez-vous l’élection de 1995 où les sondages aboutissaient à un (absurde) second tour Balladur vs Chirac (sans aucun clivage politique puisque tous les deux étaient du RPR) et finalement, Lionel Jospin prenait la première place au détriment d’Édouard Balladur. Mais si on se rappelle bien la situation de 1995, le candidat Balladur avait su enrayer en début avril 1995 son effondrement et était parvenu à remonter, mais pas suffisamment rapidement pour dépasser Jacques Chirac au moment du premier tour. Donc, rien n’est évidemment figé.


Au sujet des programmes

Dans cette revue qui va suivre, j’ai évacué volontairement l’absence éventuelle de programme ou le programme lui-même, globalement un boulet pour François Hollande qui va devoir s’expliquer sur les nombreuses dépenses proposées en temps de crise de la dette souveraine, comme l’idée la plus récente, émise le 19 janvier 2012 à Nantes, qui va coûter très cher au budget de l’État, plusieurs milliards d’euros : « Nous ferons un blocage temporaire du prix de l’essence. ».

En effet, tous les candidats ont ou auront un programme. Il suffit d’aller sur leur site Internet pour avoir le détail de leurs propositions. Dire qu’un candidat n’a pas de programme, c’est surtout dire qu’on ne l’a pas entendu dans les médias, mais c’est un peu casse-cou, pour un candidat de se présenter sans programme affiché.

Pour autant, un programme n’est pas un contrat fort avec les électeurs car dépend aussi des circonstances (qui peuvent évoluer très rapidement en matière financière ou internationale), et n’aura jamais la force des programmes d’antan car il est déraisonnable de promettre la lune (les électeurs sont plus vigilants sur l’aspect réaliste des propositions).

D’ailleurs, il est probable que le programme en lui-même n’influera pas beaucoup sur l’acte de voter, c’est la campagne des candidats, leur personnalité, leur relation avec le peuple et leur positionnement sur certains sujets qui vont être décisifs.


Atouts et handicaps du candidat Hollande…

Voici quelques points concernant la personnalité et la campagne de François Hollande, sans indiquer s’il s’agit des atouts ou des handicaps, puisque ce que certains électeurs peuvent bien apprécier, d’autres peuvent le rejeter (comme l’aspect consensuel).


1. Intelligence et habileté politique

L’intelligence politique de François Hollande est généralement reconnue, même auprès de ses rivaux et adversaires. Dès 1988, il avait compris qu’un PS géré en courants serait une plaie dans la période post-mitterrandienne et il avait initié justement un courant "transcourant" avec Ségolène Royal pour promouvoir la candidature de Jacques Delors en 1995 (il aurait été son ministre en cas d’élection).

Fin connaisseur de la cuisine interne du PS, il a su éviter l’éclatement du parti malgré de très profondes divergences (notamment sur l’Europe mais aussi sur la politique économique à tenir).

Cette intelligence est le point fort de François Hollande. Cela lui a permis de gagner la primaire. Il s’était engagé sur le thème d’un "Président normal" pas pour s’opposer à Nicolas Sarkozy mais à Dominique Strauss-Kahn. Je reste convaincu que même si DSK n’avait pas déclaré forfait (et n’avait pas eu toutes ces affaires qui l’enfoncent, désormais), François Hollande aurait gagné la primaire socialiste car c’est celui qui a le mieux compris, au PS, ce qu’était une campagne présidentielle, une rencontre avec les Français.


2. Humour, simplicité, proximité avec les gens, l’anti-bling-bling ?

Autre point très positif de la personnalité de François Hollande (qu’il partage avec Nicolas Sarkozy, d’ailleurs), c’est un grand sens de l’humour. Les blagues de François Hollande sont connues et appréciées dans le monde politique et montrent un réel sens de l’autodérision, très rare chez les candidats à l’élection présidentielle (dotés d’un gros ego), et ce sens de l’humour est également couplé avec une certaine proximité auprès des gens. Il y a quelques années, il n’était pas rare de le croiser seul dans un hypermarché, faisant ses courses comme tout simple citadin.

Mais ce qui est étrange, c’est qu’il a décidé, sans doute mal conseillé, d’effacer ce trait de caractère attachant et il a au contraire voulu présenter un visage grave en imitant (maladroitement) la gestuelle de François Mitterrand. C’est à mon sens une erreur car souvent, lors de ses interventions, le sourire (devenu alors niais) l’emporte spontanément sur la gravité feinte. Cela rend le personnage dissonant et faux. C’est dommage. À voir à gauche un candidat qui imite François Mitterrand et un autre Georges Marchais, on se croirait parmi les nostalgiques de 1981.

Autre sujet, est-il si anti-bling-bling que cela ? Certes, il a déclaré ne pas aimer les "riches" (définis par gagnant plus de quatre mille euros par mois, ce qui fait qu’il ne doit pas beaucoup s’aimer ni ses plus proches collaborateurs). Certes, il a une réelle capacité à se fondre dans la foule, à aller au contact de la population.

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Mais il a cependant un côté bling-bling qu’on préférerait appeler bobo car il serait de gauche. L’exemple typique, c’est qu’il a réuni ses troupes, le 16 octobre 2011, lorsqu’il a gagné la primaire, à la Maison de l’Amérique latine qui est un lieu très branché et bling-bling (souvent fréquentée par Michel Debré). Il y a d’ailleurs une réelle inégalité de traitement médiatique entre le Fouquet’s et le yacht de Nicolas Sarkozy et la Maison de l’Amérique latine de François Hollande qui relève du même mauvais goût, illustrant le fossé avec le monde réel, celui qui peine à finir les mois.

Même inégalité de traitement avec la vulgarité de langage, vulgarité (comme toujours) off. Le « sale mec » de François Hollande (quelles que soient les circonstances issues d’un humour douteux, c’était bien une attaque envers le Président de la République que de prendre sa place en disant : « Je suis en échec depuis cinq ans, je suis un sale mec, mais réélisez-moi, je suis le seul capable. ») ne vaut guère mieux que le « Casse-toi, pauvre c*n ! » de Nicolas Sarkozy au Salon de l’Agriculture le 23 février 2008. Le niveau ne vole donc pas plus haut, malgré pourtant cette grande intelligence décrite plus haut.

C’est même une vraie boulette qui rappelle celle de Lionel Jospin, en rentrant en avion de La Réunion, le 10 mars 2002 et qui, devant des journalistes, avait violemment attaqué Jacques Chirac dans ces termes : « Il manque d'énergie. Il a vieilli. Il est fatigué. L'exercice du pouvoir l'a usé. Il est d'une grande passivité. ».


3. L’aspect consensuel, rassembleur et anti-clivage

Le troisième point que j’évoque est sans doute un point intéressant mais qui a une double face, positive et négative. François Hollande est un homme consensuel. C’est une véritable qualité dans un pays toujours en proie à la querelle stérile. Le Président de la République, arbitre, doit être capable de rassembler la communauté nationale et en ce sens, il a la qualité pour le faire.

Il l’a montré pendant ses onze ans à la tête d’un PS fortement divisé et s’il en a quitté la direction en novembre 2008, c’est qu’il a compris que ces responsabilités étaient plus un boulet qu’un tremplin pour devenir candidat. Il n’en reste pas moins prisonnier d’un parti et d’un programme.


Dans le second article, j’évoquerai des points de sa candidature un peu moins positifs.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 janvier 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’homme de l’année 2011 ?
La Hollandie en péril ?
Coincé entre le souverainisme nucléarisé et l’écologauchisme.
Le rêve à réenchanter les socialistes.
Bayrou roulerait-il pour Hollande ?
Les 60 000 fonctionnaires sur les déficits publics.
Qui va empapaouter les Français ?
Le candidat qui revient de loin.
Et si l’hypothèse Hollande était valable ?
Il y pense en les rasant.
Bayrou plus populaire que Hollande ?

yartipedalo03
 

 

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/vers-une-balladurisation-de-108472

 

 

 

 

 

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