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6 mai 2022 5 06 /05 /mai /2022 19:05

(verbatim)


Édito
Jacques Julliard : "Oui à l’Union, non à Mélenchon"

Par Jacques Julliard - Editorialiste
Publié dans "Marianne" le 06/05/2022 à 9:00

Pour Jacques Julliard, l'arrivée de Jean-Luc Mélenchon à Matignon serait une mauvaise nouvelle. De l'économie à l'Ukraine, notre éditorialiste expose ses profonds désaccords avec le leader de la France Insoumise.



À gauche, l’unité n’est pas seulement une formule politique. C’est un totem, qui participe à la catégorie du sacré. Et même un tabou : elle est la préférée du peuple de gauche, même s’il est démontré qu’elle réunit moins de voix que la somme des candidats allant séparément à la bataille. Parce qu’elle est perçue comme l’incarnation du peuple lui-même. Dans sa majesté. Son infaillibilité. Son espérance. En dehors de toute considération platement politicienne. C’est la politique à son stade édénique, d’avant le péché originel. Qu’il soit pourtant permis à l’observateur engagé de s’interroger. On peut être partisan de la victoire de la gauche sans souhaiter voir Jean-Luc Mélenchon « élu », comme il ne craint pas de dire, à Matignon. Pourquoi ?

Parce que, sur presque tous les problèmes qui font l’actualité et qu’aura à traiter le prochain Premier ministre, surtout dans l’hypothèse d’une cohabitation, je me sens en désaccord profond, presque existentiel, avec le remuant leader des Insoumis. Je compte avec lui au moins cinq sujets majeurs de désaccord. Ce sont, par ordre de gravité croissante :


1) L’économique et le social

Rien que cela ! Sans être économiste, je suis convaincu que l’application brutale de l’ensemble des propositions du programme de Mélenchon nous conduirait à la catastrophe : la retraite à 60 ans, le smic à 1 400 €, le blocage des prix, l’augmentation des salaires. Et j’en passe. J’ai retenu des hommes qui nous ont aidés à forger une sensibilité politique – je pense à Pierre Mendès France, à Michel Rocard, à Pierre Mauroy, à Jacques Delors – qu’il y a quelque chose de pire que de ne rien faire pour les plus défavorisés : c’est de les payer de fausse monnaie, au risque d’aggraver une situation antérieure. L’inflation n’est pas seulement un problème pour le secteur productif tout entier. Elle est le fléau des revenus fixes, des retraites, des bas revenus, de toutes les personnes assistées.

Je suis en particulier convaincu que la retraite à 60 ans, alors que toute l’Europe est en train de s’aligner sur la tranche des 65 à 67 ans, est un non-sens, quitte, bien entendu, comme l’a toujours préconisé la CFDT, à faire une exception pour les métiers les plus pénibles. En politique, le refus de compter signifie le mépris à l’égard de ceux qui comptent à l’euro près dans leur vie quotidienne.


2) Le rejet du nucléaire, qui est une véritable aberration

La France est une puissance nucléaire, au civil comme au militaire, grâce à la profondeur de vue du général de Gaulle et à de grands serviteurs de l’État, comme Georges Besse, assassiné par des gauchistes imbéciles. La diabolisation du nucléaire, la plus propre, la plus décarbonée, la plus écologique des sources d’énergie, est le fait des écolos, en tout cas des plus décervelés d’entre eux. Dans la compétition internationale, dans la concurrence amicale avec les Allemands, le nucléaire est un des rares atouts majeurs de la France.


3) L’islamisme

Jean-Luc Mélenchon est, dans ce domaine, l’exemple consternant d’un républicain, d’un laïque devenu par démagogie et électoralisme le sixième pilier de l’islam, ou plutôt de l’islamisme en France. Qu’il ait défilé avec le CCIF en est une manifestation incontestable. Il n’a jamais reconnu son erreur. Pis que cela : sous prétexte de « créolisation », un concept creux, il accorde au cléricalisme islamique ce que la République n’a jamais concédé, avec raison, au cléricalisme catholique de naguère. Natacha Polony l’a très bien dit ici même, la semaine dernière, en écrivant qu’« une majorité de Français n’a pas envie d’être gouvernée par Taha Bouhafs, Éric Coquerel, Clémentine Autain ou Danièle Obono […] ». J’en fais partie.


4) L’Europe

C’est un des points essentiels du désaccord. Des socialistes en peau de lapin, comme Olivier Faure, se sont ralliés à l’idée mélenchonienne de désobéir à l’Europe ! Mais nous n’avons pas à désobéir à l’Europe ; nous avons à en prendre la tête ! Dans leur majorité, les Français savent que notre avenir, notre sécurité, notre prospérité, en un mot la paix, sont liés à notre appartenance européenne. L’isolationnisme de Mélenchon est le complément de son islamo-gauchisme et de son refus de la modernité. C’est un homme du passé qui confond la France libre de Charles de Gaulle avec la France seule de Charles Maurras.


5) L’Ukraine

Mettre Mélenchon au pouvoir, c’est rompre avec le sursaut et la détermination des grandes démocraties contre les agissements de plus en plus hitlériens de l’autocrate de Moscou. Le tropisme de Jean-Luc Mélenchon, déjà ancien, vers les dictatures, pourvu qu’elles soient antiaméricaines, est pour un démocrate une chose inacceptable, un risque que l’on ne saurait courir. Il m’est arrivé de dire que l’antiaméricanisme est le socialisme des imbéciles. Mélenchon n’est pas un imbécile, loin de là, et il me semble que cela aggrave son cas. Dans ce contexte, sa proposition de quitter l’Otan, c’est tenir la balance égale entre l’agresseur et l’agressé. C’est totalement inacceptable.

Pour conclure, car j’y reviendrai, l’avenir de la gauche est, en France, et comme dans la quasi-totalité des pays d’Europe, lié à une renaissance et à une modernisation de la social-démocratie. Qu’est-ce que la social-démocratie ? C’est la seule forme de socialisme qui n’aboutit pas à élever une dictature impitoyable sur des monceaux de cadavres. C’est l’extension de la justice sociale, de toute l’égalité sociale compatible avec un niveau incompressible de liberté. Le mélenchonisme n’est ni l’avenir ni la justice, c’est une construction qui repose sur un homme et sur les branches pourries du mouvement social. Épargnons-nous ce retour en arrière.

Jacques Julliard, "Marianne" le 6 mai 2022.


Source : Marianne
https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/jacques-julliard-oui-a-lunion-non-a-melenchon

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20220506-edito-julliard.html


 

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