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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 06:04

« Ce fut un honneur pour moi d’avoir travaillé avec monsieur Mandela dans le processus qui a abouti à l’adoption d’une constitution provisoire et à nos premières élections libres en avril 1994. » (Frederik De Klerk).


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L’ancien Président de la République d’Afrique du Sud Frederik De Klerk fête ses 80 ans ce vendredi 18 mars 2016. C’est l’occasion pour moi de revenir rapidement sur son itinéraire politique.

Né le 18 mars 1936 à Johannesburg, Frederik Willem De Klerk a fait des études de droit pour devenir avocat. Il a fait partie par sa naissance de la petite aristocratie politique sud-africaine. Son nom de famille est originaire de la France (Leclerc) et ses ascendants étaient des Français huguenots qui ont quitté le pays en 1686, juste après la révocation de l’édit de Nantes par le roi Louis XIV. Sa famille depuis plusieurs générations a été très fortement impliquée dans le destin de l’Afrique du Sud.


Une famille très engagée

Son arrière-grand-père Johannes Cornelis van Rooy fut sénateur de l’Union de l’Afrique du Sud de 1929 à 1939. Son grand-père, Willem De Klerk fut pasteur.

Son père Jan De Klerk (1903-1979) fut un homme politique important de l’Afrique du Sud, engagé au Parti national : ministre de 1954 à 1969 dans plusieurs départements, au Travail et Travaux publics (1954 à 1958), au Travail et aux Mines (1958 à 1961), à l’Intérieur, au Travail et à l’Immigration (1961), à l’Intérieur, à l’Éducation et aux Arts et Sciences (1961 à 1966), à l’Éducation, aux Arts et Sciences et à l’Information (1966 à 1967), et à l’Éducation nationale (1967 à 1969). Sénateur de 1954 à 1976, Jan De Klerk fut Président du Sénat de 1969 à 1976 et à ce titre, il assura l’intérim de la Présidence de la République du 9 avril 1975 au 19 avril 1975, poste honorifique pour lequel il fut d’ailleurs pressenti à deux reprises, le 19 janvier 1967 et le 10 avril 1968.

Frederik De Klerk est aussi le neveu par alliance de Johannes Strijdom (1893-1958), le terrible Premier Ministre de l’Afrique du Sud, successeur de Daniel Malan, du 30 novembre 1954 jusqu’à sa mort, le 24 août 1958 (président du Parti national pour le Transvaal depuis 1934 et au niveau national depuis 1954), n’hésitant pas à nommer dans son gouvernement son beau-frère (créant ainsi quelques polémiques).

Enfin, Frederik De Klerk est le jeune frère du journaliste politique Wimpie De Klerk (1928-2009), qui cofonda le Parti démocratique en 1989, la seule véritable opposition à l’ANC depuis l’ère Mandela (le "résidu" du Parti national fut rapidement absorbé par l’ANC, voir plus loin).


Épaulé par John Vorster

L’un des dirigeants les plus puissants de l’Afrique du Sud, John Vorster, Premier Ministre du 13 septembre 1966 au 2 octobre 1978 puis Président de la République du 10 octobre 1978 au 4 juin 1979 (il fut le prédécesseur de Pieter Botha à la tête du gouvernement sud-africain), a beaucoup aidé le début de carrière politique de Frederik De Klerk, fils de son ami Jan De Klerk. En libérant une circonscription détenue par un ministre, John Vorster a ainsi permis à son poulain d’être candidat et élu député en novembre 1972 (à l’âge de 36 ans).

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Benjamin du troisième et dernier gouvernement Vorster en janvier 1978 (à 41 ans), il entama une longue carrière ministérielle (comme son père), de 1978 à 1989, dans tous les gouvernements de Pieter Botha : aux Postes et Télécommunications et à l’Assurance maladie et aux Pensions (1978), aux Postes et Télécommunications et aux Sports et Loisirs (1978 à 1979), aux Mines et à l’Environnement (1979 à 1980), aux Mines et à l’Énergie (1980 à 1982), à l’Intérieur (1982 à 1985), à l’Éducation nationale (1984 à 1989).


L’émancipation

Après avoir progressivement pris des responsabilités au sein de son parti, le Parti national, et au sein de l’appareil d’État, Frederik De Klerk s’est porté candidat le 2 février 1989 à la tête du Parti national après avoir bataillé contre Pieter Botha qui accepta de renoncer à continuer à le présider. Il fut élu au troisième tour de justesse (face à Barend du Plessis, Pik Botha et Chris Heunis). Pieter Botha était alors Président de la République depuis le 3 septembre 1984, nouveau poste qui n’était plus honorifique puisqu’il correspondait aussi au poste de Premier Ministre qu’il occupait depuis la fin des gouvernements Forster (depuis le 9 octobre 1978).

Pendant plusieurs mois, Frederik De Klerk, président du parti, ferrailla contre Pieter Botha et l’accula à la démission le 15 août 1989. Devenu Président de la République par intérim puis élu le 6 septembre 1989 à l’occasion d’élections générales qu’il a anticipées pour asseoir son pouvoir et pour éviter la trop grande influence du Parti conservateur d’Andries Treurnicht, qui voulait le maintien coûte que coûte de l’apartheid, Frederik De Klerk a obtenu alors carte blanche pour réformer en profondeur le paysage politique sud-africain. Pour encore renforcer son autorité et s’opposer à la progression de ces conservateurs, Frederik De Klerk organisa même un référendum le 17 mars 1992 au cours duquel 68,7% des électeurs ont approuvé la politique de fin d’apartheid de Frederik De Klerk : « Aujourd’hui, nous avons fermé le livre de l’apartheid ! ».

Si les élections du 6 septembre 1989 étaient une victoire pour Frederik De Klerk avec 48,2% des voix et 94 sièges sur 166, elle consacrait quand même la percée des conservateurs commencée aux élections du 6 mai 1987, avec 31,5% de voix et 17 sièges sur 166 (en 1987, ils avaient obtenu 26,6% des voix et 22 sièges sur 166).

Petit retour en arrière : Andries Treurnicht (1921-1993), pasteur afrikaner, qui fut ministre de Pieter Botha de 1979 à 1982 (aux Travaux publics et Tourisme et à l’Administration nationale et statistiques) était à l’origine membre du Parti national et fut le président de ce parti pour le Transvaal de 1978 à 1982. En 1982, il fut battu par Frederik De Klerk à la présidence du parti pour Transvaal (jusqu’en 1989), ce qui l’a conduit à quitter le Parti national (et le gouvernement) et à créer le 20 mars 1982 à Pretoria le Parti conservateur, en opposition avec la réforme constitutionnelle de Pieter Botha instituant un parlement tricaméral (avec une chambre pour les métis et une chambre pour les Indiens), réforme approuvée par 66,3% des voix lors du référendum du 17 novembre 1983. Notez bien que jusqu’en 1994, le corps électoral était composé des seuls Afrikaners (sauf pour l’élection des deux chambres spéciales).


Le démantèlement de l’apartheid

Au contraire de Mikhaïl Gorbatchev qui n’avait jamais voulu faire disparaître l’Union Soviétique, Frederik De Klerk avait clairement affiché ses objectifs d’en finir avec l’apartheid durant la campagne électorale. Le 28 août 1989, il avait déjà amorcé les premières rencontres en Zambie avec des représentants de l’ANC (Congrès national africain, principal parti anti-apartheid) encore illégal. Dès le 2 février 1990, il fit légaliser l’ANC et le 11 février 1990, il fit libérer Nelson Mandela.

Pendant plusieurs années, Frederik De Klerk travailla avec Nelson Mandela pour conduire la transition démocratique en Afrique du Sud. Leurs travaux furent consacrés par le Prix Nobel de la Paix 1993 que Nelson Mandela ne voulait pas recevoir sans le partager avec Frederik De Klerk.

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Du 26 au 29 avril 1994 eurent lieu les premières élections libres en Afrique du Sud et l’élection de Nelson Mandela à la Présidence de la République se déroula le 9 mai 1994. Frederik De Klerk resta néanmoins au pouvoir encore pendant deux ans, désigné comme le premier Vice-Président de la République, poste qu’il partagea avec Thabo Mbeki (futur successeur de Nelson Mandela), du 10 mai 1994 au 30 juin 1996.


Retiré des affaires politiques

Frederik De Klerk démissionna de cette responsabilité le 30 juin 1996. Parallèlement, il démissionna aussi de la présidence du Parti national le 9 septembre 1997. C’était il y a 18 ans et à 62 ans, il quitta la vie politique et regretta l’effondrement de son parti aux élections générales suivantes, le 2 juin 1999 avec 6,9% des suffrages et seulement 28 sièges sur 400, et le 14 avril 2004 avec 1,7% des voix et 7 sièges sur 400. En avril 1994, le Parti national avait été le deuxième parti après l’ANC, avec 20,4% des suffrages et 82 sièges sur 400. Il regretta ensuite la fusion du Parti national (fondé le 1er juillet 1914) dans l’ANC en septembre 2005 (annoncée le 7 août 2004). Marthinus van Schalkwyk, le dernier président du Parti national depuis septembre 1997, fut ministre des gouvernements sud-africains de Thabo Mbeki et de Jacob Zuma du 30 avril 2004 au 25 mai 2014.

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Si, à l’occasion de ses 70 ans (le 18 mars 2006), Nelson Mandela lui rendit un vibrant hommage, reconnaissant que son action visant à négocier un nouveau pacte constitutionnel avec toute la population a évité la guerre civile en Afrique du Sud, Frederik De Klerk s’est montré moins optimiste et a regretté que l’ANC ne respectât pas ses engagements de prise en compte des minorités. Dans les rares interviews qu’il a accordées depuis une dizaine d’années, Frederik De Klerk a d’ailleurs suscité quelques polémiques en refusant d’admettre que l’apartheid (qu’il a supprimé) était un régime criminel même s’il en a reconnu le caractère très injuste et discriminatoire.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 mars 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’Afrique du Sud.
L'Afrique du Sud de Pieter Botha.
L'Afrique du Sud de Frederik De Klerk.
L’Afrique du Sud de Nelson Mandela.
L’Afrique du Sud de Thabo Mbeki.
L’Afrique du Sud de Jacob Zuma.
Le Zimbabwe.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160318-frederik-de-klerk.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/frederik-de-klerk-passeur-de-178954

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/03/18/33530665.html


 

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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 06:24

« Il n’a jamais été l’un de mes amis. En fait, j’étais sa bête noire quand j’étais au Parlement. Il était très irritable et avait mauvais caractère. Il n’était pas terriblement intelligent (…). Il avait simplement suffisamment de bon sens pour réaliser qu’un changement était devenu indispensable car la résistance noire gagnait en puissance et l’opposition de la communauté internationale était de plus en plus forte. » (Helen Suzman, qui fut députée du Parti progressiste, anti-apartheid, de 1953 à 1989).


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Le Sud-africain Pieter Willem Botha est né il y a exactement 100 ans, le 12 janvier 1916. Dernier dirigeant de l’apartheid en Afrique du Sud, il faisait partie des "autocrates de droite" au même titre que Pinochet et Franco, ce qui n’ôtait rien à l’existence des "autocrates de gauche", comme Pol Pot, et plein d’autres…

À la différence de ses homologues dictateurs, Pieter Botha n’avait pas vraiment un problème de démocratie. Il était arrivé au pouvoir "démocratiquement", en tout cas, dans un processus démocratique, même s’il était, par nature du régime, étriqué, et il a dû aussi le quitter en raison du jeu démocratique (interne à son parti). Son problème était tout autre, au point de subir des sanctions internationales de la presque totalité des États du monde, y compris ceux qui, a priori, étaient ses alliés naturels.

Pourquoi ? Parce que non seulement il a maintenu le régime d’apartheid qui a pour réalité la ségrégation des êtres humains selon la couleur de leur peau (critère particulièrement insignifiant face à d’autres critères de différenciation entre humains, comme, par exemple, le mérite !), mais il a poussé au maximum la répression contre ceux qui s’y opposaient au péril de leur vie. Le point culminant a été la mise en état d’urgence du pays en 1985, un état d’urgence dénoncé par toutes les nations. Quand j’écris cela, j’ai un petit frisson qui passe en pensant que la France est encore sous état d’urgence (depuis le 14 novembre 2015). Certes pour une autre raison.

Très curieusement, lorsque Pieter Botha s’est éteint le 31 octobre 2006 (même année que Pinochet), à l’âge de 90 ans, il a reçu des hommages de la part des anciens militants de l’ANC, de ses successeurs à la tête de l’État, parce qu’il avait quand même fait quelques réformes de l’apartheid. Elles se résumaient certes à mieux prendre en considération les populations métisses et indiennes, notamment par l’institution de trois chambres législatives et par la possibilité de mariages mixtes, mais cela pour mieux discriminer les populations à peau noire.

Nelson Mandela préféra garder le positif : « Alors que pour beaucoup, M. Botha restera un symbole de l’apartheid, nous nous souviendrons aussi de lui pour les démarches qu’il a entreprises afin d’ouvrir la voix vers l’accord final négocié pacifiquement dans notre pays. » (1er novembre 2006). Son successeur Thabo Mbeki rendit aussi cet hommage : « Quand il a réalisé la futilité de lutter contre ce qui était inévitable, il prit conscience, à sa façon, que les Sud-africains n’avaient pas d’autre choix que de se rapprocher les uns des autres. ». Tandis que Jacob Zuma, qui n’avait pas encore été élu Président : « Pieter Botha était Président à une époque où le pays était en conflit et en sang. Mais quand il fut convaincu de la nécessité du changement, il en a fait prendre conscience son parti et ses fidèles avec son discours "S’adapter ou mourir" (…). Ce fut aussi Pieter Botha qui envoya le premier émissaire (…) rencontrer des membres de l’ANC afin de discuter de la possibilité de négociations. ».

Autre son de cloche provenant du COSATU, le syndicat anti-apartheid créé le 1er décembre 1985 : « Ses mains portaient les traces de sang des centaines de personnes qui ont été assassinées dans la lutte pour la libération sous sa Présidence. L’écrasante majorité des Sud-africains et du reste du monde ne se souviendra de P. W. Botha qu’avec haine et dégoût. » (Patrick Craven, porte-parole). Porte-parole du parti au pouvoir au Zimbabwe qui a accueilli beaucoup de dirigeants de l’ANC en exil, William Nhara résuma ainsi le parcours de Pieter Botha : « C’était un dirigeant boer partisan de la ligne dure qui a vu la lumière trop tard. ».


Le Parti national victorieux en 1948

Dès l’âge de 18 ans, Pieter Botha s’est investi dans l’aile dure du Parti national après scission, selon les mêmes convictions que sa mère. Au Cap, pendant la Seconde Guerre mondiale, il refusa néanmoins les positions nazies d’une organisation qu’il avait intégrée (l’Ossewabrandwag) et qu’il quitta, considérant que le nazisme s’opposait au nationalisme chrétien dont il se revendiquait (un peu à l’instar de Franco dans une certaine mesure, à la différence que ce dernier était catholique). Pour lui, la ségrégation ethnique était le meilleur moyen de protéger les Afrikaners.

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Il se fit élire pour la première fois au Parlement aux élections du 26 mai 1948 (à 32 ans) qui a donné la victoire à son parti sur le Parti unifié du vieux Premier Ministre sortant Jan Smuts (78 ans) ; même si ce dernier avait obtenu la majorité des voix, il avait perdu en nombre de sièges, surreprésentés dans les zones rurales favorables aux nationalistes. Ce fut un bouleversement politique très important de l’Union d’Afrique du Sud car le Parti national avait fait campagne pour une politique de discrimination ethnique : l’apartheid a commencé la même année, mis en place par le nouveau gouvernement dirigé par le (vieux aussi) président du Parti national, Daniel Malan du 4 juin 1948 au 30 novembre 1954. Ce dernier n’était pas très impliqué sur la ségrégation et pensait surtout à aider les Afrikaners tombés dans la pauvreté. La politique intérieure était assez complexe en raison de nombreuses divisions au sein de la coalition gouvernementale.


L’apartheid et la répression

L’apartheid s’est mis en place dans la totale indifférence non seulement de la population anglophone et afrikaner de l’Afrique du Sud mais aussi de ses alliés américains et ouest-européens : la loi du 1er juillet 1949 a interdit les mariages mixtes et la loi d’immoralité du 1er mai 1950 a interdit les relations sexuelles mixtes. D’autres lois ont eu une importance cruciale dans la politique de ségrégation (qui existait déjà avant ces lois mais qui fut renforcée et encouragée par ces dispositifs législatifs) : la loi d’habitation séparée du 27 avril 1950, la loi de classification de la population du 22 juin 1950, la loi sur les commodités publiques distinctes du 5 octobre 1953, de nombreuses lois dans le domaines économiques, etc.

Renforcé par une nouvelle victoire aux élections du 15 avril 1953, Daniel Malan a honoré le Royaume-Uni en assistant au couronnement de la reine Élisabeth II, encore chef de l’État de l’Afrique du Sud (jusqu’au 31 mai 1961). Quittant les affaires publiques à 80 ans, Daniel Malan laissa la tête du gouvernement sud-africain à Johannes Strijdom pour seulement trois ans, en raison de sa mort soudaine le 24 août 1958. Johannes Strijdom a nommé des ministres radicaux favorables au grand apartheid, notamment Hendrik Verwoerd qui lui succéda comme Premier Ministre du 2 septembre 1958 jusqu’à sa mort, le 6 septembre 1966. "Ministre des affaires indigènes"de 1950 à 1958, ce fut lui qui mit en place l’apartheid ("grand architecte de l’apartheid") et qui a voulu mettre en œuvre la politique de "nations séparées" en réservant des bantoustans aux populations à peau noire (lois du 27 juin 1951 et du 17 juin 1959 qui furent définitivement abrogées le 31 décembre 2010). Hendrik Verwoerd durcit la répression contre les opposants à peau noire, a interdit l’ANC et le Congrès panafricain après le massacre de Sharpeville le 21 mars 1960 contre des manifestants non-violents. Arrêté le 5 août 1962, Nelson Mandela fut condamné à la prison à vie le 12 juin 1964.

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Pour protester contre le discours du Premier Ministre britannique Harold Macmillan le 3 février 1960 venu au Cap demander du changement (« winds of change »), Hendrik Verwoerd organisa un référendum d’autodétermination le 5 octobre 1960 approuvé par 52,3% des suffrages. La République d’Afrique du Sud fut proclamée le 31 mai 1961, mettant fin au South Africa Act adopté par le Parlement britannique le 20 septembre 1909 et mis en application le 31 mai 1910. L’Afrique du Sud a également quitté le Commonwealth (Verwoerd n’avait pas réussi à convaincre les autres membres du Commonwealth à rester membre en tant que république comme l’Inde, en raison de l’opposition de l’Inde, du Ghana et du Canada). Le Gouverneur général Charles Swart est devenu mécaniquement le premier Président d’État de la République d’Afrique du Sud. L’adhésion au Commonwealth fut restaurée en 1994.


Pieter Botha au gouvernement

Après sa victoire aux élections du 8 octobre 1961, Hendrik Verwoerd forma un nouveau gouvernement avec de nouveaux ministres, comme John Vorster à la Justice et Pieter Botha au poste "Ministre des Affaires métisses et du Développement communautaire" (également des Logements puis en 1964, des Travaux publics), tous les deux pendant presque cinq ans, jusqu’à la victoire électorale du 30 mars 1966. Dans le troisième gouvernement Verwoerd, désigné le 9 avril 1966, Pieter Botha fut nommé Ministre de la Défense tandis que John Vorster cumula la Justice et la Police.

L’assassinat d’Hendrik Verwoerd le 6 septembre 1966 entraîna la prise de pouvoir de John Vorster et de Pieter Botha. Vorster fut nommé Premier Ministre du 13 septembre 1966 au 2 octobre 1978 tandis que Pieter Botha resta à la Défense jusqu’au 7 octobre 1980, longue période pendant laquelle il démarra un programme d’armement nucléaire afin de rendre indépendante l’Afrique du Sud (qui dispose de l’arme nucléaire depuis 1979) et un programme de fabrication d’armes. En 1975, il engagea les troupes sud-africaines en Angola dans une entreprise très douteuse, appuyée par Gerald Ford mais réprouvée par son successeur à la Maison Blanche Jimmy Carter.

John Vorster assouplit les règles de l’apartheid mais a réprimé dans le sang les émeutes de Soweto du 16 juin 1976, tuant près de 700 personnes dont des enfants. Pour effacer cette très mauvaise image, il fit un tour international où il rencontra notamment en avril 1976 son homologue israélien Yitzhak Rabin. John Vorster gagna très largement les élections du 30 novembre 1977 mais cela n’a pas suffi pour asseoir son pouvoir.

Compromis dans un scandale politico-financier, John Vorster fut obligé de démissionner en septembre 1978. Face à Pik Botha (Ministre des Affaires étrangères du 1er avril 1977 au 27 avril 1994 et futur partisan de la fin de l’apartheid) et à Connie Mulder (de l’aile dure, autre ministre impliqué dans le scandale qui a dû démissionner du gouvernement le 7 novembre 1978), Pieter Botha s’est imposé de justesse comme nouveau président du Parti national, le parti auquel il avait sacrifié ses études, et donc comme Premier Ministre, en fonction du 9 octobre 1978 au 3 septembre 1984.

Quant à John Vorster, qui s’était fait élire le 26 septembre 1978 par 173 voix sur 204 votants au poste très honorifique de Président de l’État de la République d’Afrique du Sud qu’il assuma à partir du 10 octobre 1978 (son prédécesseur, Nicolaas Diederichs, est mort d’une crise cardiaque le 21 août 1978). John Vorster a dû toutefois démissionner dès le 4 juin 1979 à cause du même scandale.


Les années Botha (1978-1989)

Pendant plus de dix ans, Pieter Botha a régné sur l’Afrique du Sud d’une main de fer. Il a été élu Premier Ministre de l’Afrique du Sud du 9 octobre 1978 au 3 septembre 1984, et ensuite, après la nouvelle Constitution qu’il a fait adopter le 2 novembre 1983 par référendum par 66,3% des voix (promulguée le 22 septembre 1983), la fonction de Premier Ministre a été supprimée au profit du Président de l’État de la République devenu la clef de voûte des institutions : le régime est devenu en effet présidentiel. L’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution a eu lieu le 3 septembre 1984. Pieter Botha fut ainsi élu le 5 septembre 1984 et investi le 14 septembre 1984 Président de l’État de la République d’Afrique du Sud.

Le changement de Constitution a eu un autre objectif que la présidentialisation du régime. Il s’est aussi agi d’instituer un parlement tricaméral, c’est-à-dire à trois chambres, une pour la population à peau blanche, une pour les métis et une pour les indiens. L’idée était de trouver des soutiens de la part d’autres que la population à peau blanche. Aux élections du 29 juin 1981, les divisions internes au Parti national et les scandales ont réduit son influence électorale tout en conservant la majorité. Pieter Botha avait donc un besoin d’élargir sa base politique. Il est parvenu à garder la majorité aux élections du 6 mai 1987.

Dès 1979, Pieter Botha libéralisa les lois d’apartheid, en particulier dans le domaine minier (ce fut Frederik De Klerk le Ministre des Mines), ce qui entraîna une opposition très forte de la part des ultras de son parti. Il légalisa également les mariages interethniques et supprima la loi sur l’habitat séparé. L’ouverture politique ne donna pas les résultats escomptés en terme d’image à l’extérieur, en raison de l’autoritarisme de Pieter Botha et de ses grandes colères, le confinant à la caricature de l’Afrikaner imbu de sa personne et entêté.

À partir de 1984, il commença les premiers pourparlers secrets avec l’ANC pour trouver un accord politique (il rencontra même en secret, à son bureau présidentiel, Nelson Mandela le 5 juillet 1989) mais l’année 1985 fut ternie par les révoltes des populations à peau noire et de la répression policière qui a suivi. Le 21 juillet 1985, l’état d’urgence fut décrété (et dura plus de quatre ans) et les Nations Unies ont adopté de nouvelles sanctions internationales contre l’Afrique du Sud. Son gouvernement a tué plusieurs milliers de personnes et a arrêté plus de 30 000 personnes.

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Le 29 juillet 1985, quelques jours après avoir décrété l’état d’urgence, Pieter Botha aurait prononcé devant son gouvernement des propos particulièrement racistes (selon le journaliste David G. Mailu du "Sunday Times") : « Le fait que les Noirs ressemblent à des humains et agissent comme des humains ne les rend pas nécessairement des êtres humains sensibles. Les hérissons ne sont pas des porcs-épics et les lézards ne sont pas des crocodiles simplement parce qu’ils se ressemblent. Si Dieu voulait que nous soyons égaux aux Noirs, il nous aurait tous créé avec la même couleur et la même intelligence. (…) Il est par conséquent de notre forte conviction que le Noir est la matière première de l’homme blanc. (…) Nous avons de bonnes raisons de laisser tous les Mandela croupir en prison, et je pense que nous devons être félicités de les avoir maintenus en vie alors que nous avons eu entre les mains de quoi les achever. » (sous réserve qu’ils soient effectivement vrais, seulement attestés par quelques témoignages).

Après une crise cardiaque le 18 janvier 1989 à 73 ans, Pieter Botha fut amené à démissionner, d’abord de la présidence du Parti national, reprise par son Ministre de l’Éducation, de l’aile progressiste, Frederik De Klerk le 2 février 1989 (élu face à Barend du Plessis, Pik Botha et Chris Heunis), puis, finalement, après une longue crise interne, il démissionna de la Présidence de l’État en l’annonçant le 13 août 1989. Élu le 14 septembre 1989 et investi le 20 septembre 1989, Frederik De Klerk lui succéda du 15 août 1989 (intérim) au 10 mai 1994 (il gagna les élections anticipées du 6 septembre 1989) et engagea un mouvement profond de réformes qui a abouti à la fin de l’apartheid et de la ségrégation basée sur la couleur de la peau. Pieter Botha quitta le Parti national le 6 mai 1990.


Épilogue

Nelson Mandela, détenu pendant vingt-huit ans, fut libéré par Frederik De Klerk le 11 février 1990. Les lois d’apartheid furent abrogées le 30 juin 1991. 68,7% des électeurs à peau blanche ont approuvé les réformes constitutionnelles de Frederik De Klerk lors du référendum du 17 mars 1992. Les premières élections parlementaires réellement démocratiques où toute la population sud-africaine était invitée à participer ont eu lieu le 27 avril 1994 et Nelson Mandela fut élu Président de la nouvelle République d’Afrique du Sud le 9 mai 1994. Entre temps, il avait reçu, avec Frederik De Klerk, le Prix Nobel de la Paix 1993.

Nelson Mandela a montré un exceptionnel don pour pardonner et pour se réconcilier. Il a rencontré notamment Betsie Verwoerd (la veuve d’Hendrik Verwoerd, aussi extrémiste que son mari) en 1995 mais aussi Pieter Botha en novembre 1995.

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Pourtant, Pieter Botha s’était systématiquement opposé aux réformes de son successeur direct, regrettant la libération de Nelson Mandela et la fin de l’apartheid (il vota "non" au référendum du 17 mars 1992). Il refusa en 1997 de témoigner devant la Commission Vérité et Réconciliation présidée par Mgr Desmond Tutu (autre Prix Nobel de la Paix 1984), commission qui considéra en 1998 que Pieter Botha avait commis des violations des droits de l’Homme et était le responsable direct de deux attentats contre des organisations anti-apartheid, un à Johannesburg et un à Londres. En 2005, il refusa à la télévision de présenter ses excuses pour les crimes commis dans le cadre de l’apartheid. Il n’avait esquissé aucun regret jusqu’à la fin de sa vie.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 janvier 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’Afrique du Sud.
L’Afrique du Sud de Nelson Mandela.
L’Afrique du Sud de Thabo Mbeki.
L’Afrique du Sud de Jacob Zuma.
Le Zimbabwe.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160112-pieter-botha.html

http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/pieter-botha-le-groot-krokodil-de-176364

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/01/12/33200557.html

 

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 23:21

Né le 2 septembre 1933 à Kouarfa, Mathieu Kérékou fut militaire (général) et a fait un putsch le 26 octobre 1972. Il est ainsi devenu Président de la République du Dahomey (puis du Bénin) du 26 octobre 1972 au 4 avril 1991. Le 30 novembre 1975, il renomma le Dahomey en Bénin au profit d'un régime communiste et répressif. Battu par son Premier Ministre Nicéphore Soglo lors de l'élection présidentielle du 24 mars 1991, il laissa quitta le pouvoir. Devenu pasteur, Mathieu Kérékou retourna au pouvoir en étant élu lors de deux élections présidentielles démocratiques les 4 avril 1996 et 18 mars 2001, et est ainsi redevenu Président de la République du Bénin du 4 avril 1996 au 5 avril 2006, ne pouvant pas se représentant en 2006 (contrainte d'âge et limitation à deux mandats). Ce fut Thomas Boni Yayi, élu le 19 mars 2006 (face à Adrien Houngbédji, Premier Ministre de 1996 à 1999, candidat aussi aux élections de 1996 et 2001) et réélu le 13 mars 2011, qui lui succéda à la Présidence de la République du Bénin depuis le 6 avril 2006.  Nicéphore Soglo était le Premier Ministre du Bénin sous Mathieu Kérékou, du 12 mars 1990 au 4 avril 1991 (poste qui avait été créé) et a été élu Président de la République le 24 mars 1991 face à Mathieu Kérékou (et son mandat a duré cinq ans, du 4 avril 1991 au 4 avril 1996, et fut battu le 18 mars 1996 par Mathieu Kérékou ; comme Kérékou, Soglo n'a pas pu se présenter à l'élection présidentielle de 2006 mais a été élu et réélu maire de Cotonou depuis décembre 2002)

SR


 

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 03:24

Né le 6 juillet 1937 à Mpika (en Rhodésie du Sud), Michael Chilufya Sata fut gouverneur du Lasaka et membre du parti au pouvoir. Une fois dans l'opposition, Michael Sata créa et présida le Front patriotique. Il fut quatre fois candidat à l'élection présidentielle en Zambie. Le 27 décembre 2001, il a obtenu 3,4% des voix et son parti seulement 1 siège de député. Le 28 septembre 2006, il a recueilli 29,4% derrière le Président sortant Levy Mwanawasa (43,0%) et son parti a gagné près du tiers des sièges (46 sur 158). Le 30 octobre 2008, il fut battu de justesse avec 38,1% par le Président par intérim Rupiah Banda (40,1%). Enfin, le 20 septembre 2011, il a gagné l'élection présidentielle avec 42,0% contre 35,4% à Rupiah Banda, et son parti a conquis 60 sièges sur 150. Il était Président de Zambie depuis le 23 septembre 2011 et s'est éteint dans un hôpital londonien le 28 octobre 2014. Avant la mort de Michael Sata, la prochaine élection présidentielle aurait dû avoir lieu en 2016. C'est le Vice-Président Guy Scott, docteur en science cognitive d'origine anglaise, qui assure actuellement l'intérim présidentiel depuis le 29 octobre 2014.

Sur Levy Mwanawasa :

http://rakotoarison.over-blog.com/article-22132298.html


Sylvain Rakotoarison (29 octobre 2014)


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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 20:10

Séjournant depuis deux ans à Juba, la capitale du Sud-Soudan, la journaliste française Camille Lepage était une photographe et faisait des reportages sur des situations désastreuses dédaignées par les grands médias. Elle a été retrouvée sans vie en République centrafricaine, probablement victime d'une embuscade. L'Élysée a expliqué le soir du 13 mai 2014 ceci :  « La dépouille mortelle de madame Lepage a été trouvée lors d'une patrouille de la force Sangaris, à l'occasion d'un contrôle effectué sur un véhicule conduit par des éléments anti-balaka, dans la région de Bouar. ».

Toutes mes condoléances aux proches de Camille Lepage et hommage à tous les journalistes indépendants qui risquent leur vie pour assurer l'information dans le monde entier.

Sylvain Rakotoarison (13 mai 2014)

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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 07:06

Dans la nuit du13 au 14 novembre 2013 près de la frontière nigériane, un nouvel otage français a été capturé par un groupe d’islamistes. Modestes impressions pleines d’amertume sur le terrorisme islamiste et aussi sur son traitement dans les médias.


yartiKidal01Il est des négations de l’âme humaine.
Nier l’humain, c’est par exemple considérer que certaines vies humaines ne sont que des paramètres parmi d’autres, sans plus, juste des variables inodores et froides d’ajustement. Sans prendre aucunement leur caractère sacré.

J’ai été informé quasiment heures par heures de leur tragédie, comme tout le monde (je n’ai aucun mérite), par médias interposés, ce triste soir du samedi 2 novembre 2013, journée des défunts. Au nord-est du Mali. Ghislaine Dupont et Claude Verlon.

À 16h25, j’ai appris qu’ils ont été enlevés par un groupe de quatre hommes embarqués dans une Toyota. Ils étaient à Kidal depuis le 29 octobre et venaient de finir leur travail pour une journée spéciale de leur radio (RFI) à Bamako le 7 novembre (qui a été annulée).

J’ai tout de suite pensé à l’information sur la rançon qui aurait été versée pour la libération des otages français d’Arlit (dans le nord du Niger), des otages libérés le 29 octobre 2013 après plus de trois ans de captivité. Dès le lendemain, après leur retour à Paris, la presse avait fait état de 20 à 25 millions d’euros qui auraient été versés (le gouvernement avait réaffirmé qu’aucun argent public n’avait été versé).

Parler publiquement de rançon pour résoudre une prise d’otages, c’est forcément favoriser les prochaines. Les multiplier. Pas très responsable d’exposer ce type d’information aux futurs ravisseurs. Tout n’est pas bon à dire quand des vies humaines sont en danger.

Une source d’un journaliste l’a confirmé plusieurs jours plus tard : « La région pullile de sous-traitants d’AQMI et le tapage autour de la rançon versée pour les quatre ex-otages français a dû attiser les convoitises. Ils ont vu deux Français et se sont dit : pourquoi pas nous ? ».

À 18h35, l’horreur est arrivée si vite, si soudaine. Ils ont été tués. Ils n’ont pas été otages, ou plutôt, ils l’ont été par effraction. Leur vie a été soufflée d’un simple coup de fil. Odieux. Terreur.

yartiKidal02

D’après quelques éléments de l’enquête diffusés quelques jours plus tard, ils n’ont pas eu de chance. Un islamiste voulait se faire bien voir de son "chef". Mais sa voiture était tombée en panne. Au téléphone, il a demandé au "chef" quoi faire. Ce "chef" prononça la peine de mort. Sentence suprême. Corps criblés de balles. Horreur et stupidité. Horreur et cruauté. Une vie ne compte pas. Ne compte plus pour "ces gens-là".

Les réactions ont fusé. L’émotion évidemment. Quasi-universelle. Certains ont sans doute pu croire que les journalistes en ont fait trop. Que c’étaient des leurs et qu’il y a toujours des traitements inégaux dans l’atrocité. Mais peut-on en faire trop quand il s’agit de rendre hommage, de s’émouvoir sincèrement ? Beaucoup de Maliens leur ont rendu aussi hommage. Sentiment d’union nationale.

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Et déjà, une polémique a pointé discrètement son doigt. Fallait-il aller là-bas ? Dans ces lieux incertains ? Non sécurisés ? Fallait-il y aller ? Malgré les découragements des autorités françaises ? Quand je reçois les informations tranquillement, confortablement dans mon fauteuil, bien au chaud, loin des turbulences du monde, suis-je capable de me rendre compte, suis-je bien conscient que des vies sont en danger, parfois "sacrifiées" à l’autel de la connaissance, pour cette course nécessaire à l’information ?

Ce qui a choqué, dans cet odieux assassinat, c’est d’abord l’amateurisme des ravisseurs qui ont raté leur prise d’otages. Juste la stupidité d’un sbire pour gagner la considération d’un chefaillon. Presque un accident de psychologie de comptoir. Et après l’échec de l’expédition, "on" a "nettoyé" tout. Au prix de deux vies humaines. Qui ne valaient rien pour ces terroristes. Logique, ils n’hésitent pas à s’envoyer eux-mêmes s’exploser. Qui y a-t-il dans leur tête ? Comment peut-on avoir eu le cerveau aussi lessivé pour ne pas se rendre compte que de l’humain, tout le monde est responsable ? Chaque individu y a sa part. Fanatisme. Sectarisme.

yartiKidal04

S’est surajouté à cette triste réalité le traitement médiatique sans concession des chaînes d’information continue. Je pensais à leurs familles, ce 2 novembre au soir. J’imaginais leur silence, leur angoisse, leur colère, leur désespérance. J’imaginais aussi qu’elles pouvaient remarquer, ce soir-là, le petit logo, apposé en bas à droite de l’écran : "Reporters tués". J’ai pris ici exemple sur BFM-TV, mais ses concurrentes en font autant. J’ai eu un pincement au cœur. J’imaginais les proches.

Un petit logo pour dire qu’on parle maintenant de cela, de cette horreur au Mali. Tant pis pour l’écotaxe, tant pis pour les Bretons en colère, tant pis pour les bonnets rouges… La séquence est maintenant sur eux, pour eux, tombés sur le champ d’honneur de la perspicacité et de l’investigation. Devenus simple chapitre d’une information gourmande jusqu’à la névrose. Matraquage de dépêches, parfois contradictoires.

yartiKidal05

Cela a commencé avec la première "guerre du Golfe" en 1991 et cette "séquencérisation" de l’actualité continue encore, maintenant avec le typhon Haiyan, appelé "Urgence"  et "Philippines", pendant qu’en Afrique, "on" continue encore à kidnapper.

yartiKidal06

Le père Georges Vandenbeusch, prêtre français, a été enlevé dans sa paroisse par un groupe d’islamistes nigérians dans le nord du Cameroun dans la nuit du 13 au 14 novembre 2013. On parle de son ancienne paroisse à Sceaux, et les plus hautes autorités sont déjà en alerte. Une nouvelle angoisse. Sur la chaîne info, la réaction (la rédaction) est très rapide ; un nouveau logo, "Enlèvement au Cameroun"…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 novembre 2013)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
Le Mali.
Deux journalistes assassinés.

yartiKidal08



 

 http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/instrumentalisation-de-la-vie-143743 

 

 

 

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 19:03

(dépêches)

Assassinat odieux de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, journalistes de RFI, le 2 novembre 2013 à Kidal (Mali)

ALERTE INFO FIGARO>02/11/2013 à 18H34    
Les deux journalistes français enlevés ce samedi au Mali ont été tués
Les deux journalistes français enlevés ce samedi à Kidal, dans le nord-est du Mali, ont été tués, a annoncé à l'agence Reuters le ministère des Affaires étrangères français.
Il s'agit de deux journalistes de Radio France Internationale, Ghislaine Dupont, spécialiste de l'Afrique à la station, et de Claude Verlon. Tous deux étaient en reportage à Kidal.
Il semblerait que leurs corps aient été retrouvés criblés de balles à l'extérieur de Kidal peu après leur rapt.





En direct: Deux journalistes français de RFI éxécutés au Mali... Hollande fait part de son «indignation»...
36 contributions Créé le 02/11/2013 à 16h46 -- Mis à jour le 02/11/2013 à 19h48
MONDE - Le sort des deux Français est incertain...

19h45: «Toutes les équipes de RFI sont sous le choc»
La radio d'informations a diffusé un communiqué ce samedi soir où elle rend hommage à ses deux journalistes tués aujourd'hui au Mali. «Aujourd’hui, deux collaborateurs de RFI, la journaliste Ghislaine Dupont et le technicien de reportage Claude Verlon, ont été enlevés et assassinés alors qu’ils réalisaient un reportage à Kidal au Mali. Ces deux grands professionnels et spécialistes de l’Afrique depuis de nombreuses années rendaient compte sur le terrain du quotidien des Maliens, à la veille des élections législatives et au moment des assises du Nord. Ce reportage s’inscrivait dans le cadre d’une opération spéciale de délocalisation des émissions de RFI prévues le 7 novembre à Bamako et pour laquelle toutes les précautions en matière de sécurité avaient été prises. Cette opération est aujourd’hui annulée. Toutes les équipes de RFI et du groupe France Médias Monde sont sous le choc, profondément tristes, indignées et en colère, et leurs pensées vont aujourd’hui aux familles et aux proches de leurs collègues et amis. Ghislaine Dupont, 51 ans, était une journaliste passionnée par son métier et par le continent africain qu’elle couvrait depuis son entrée à RFI en 1986. Claude Verlon, 58 ans, technicien de reportage à RFI depuis 1982, était un homme de terrain chevronné, habitué des terrains difficiles dans le monde entier.»

19h36: Hollande exprime son «indignation» et réunira dimanche les ministres concernés
Dans un communiqué de presse, le Président de la république déclare avoir «appris avec consternation la mort de deux journalistes de Radio France Ibnternational, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, au nord du Mali. Il exprime son indignation à l'égard de cet acte odieux. Il s'associe à la douleur des familles. Il adresse un message de solidarité à la rédaction de RFI. Le chef de l'Etat réunira demain matin les ministres concernés pour établir précisément, en lien avec les autorités maliennes et les forces de l'ONU, les conditions de ces assassinats.»

19h: RFI livrent des informations concernant la mort de ses deux journalistes
Sur le site de RFI, la radio donne quelques précisions concernant le déroulement de cette journée. «Ghislaine Dupont et Claude Verlon ont été enlevés devant le domicile d'Ambéry Ag Rissa, un éminent représentant du MNLA de Kidal. Ambéry Ag Rissa a entendu un bruit suspect dans la rue, des coups de crosse portés contre le véhicule de nos reporters, précise RFI. Il a alors entrouvert sa porte et a vu les ravisseurs embarquer nos deux journalistes dans un véhicule 4x4 beige. Les ravisseurs l'ont menacé de leurs armes et l'ont sommé de rentrer chez lui.»

18h54: Les réactions des personalités française se multiplient
après la confirmation par le Quai d'Orsay de la mort de deux journalistes français de RFI qui avaient été un peu plus tôt ce samedi, de nombreuses personnalités ont partagé leur émoi sur Twitter.

Un sentiment d'horreur, de tristesse et de dégoût après l'exécution des deux journalistes français, Ghislaine Dupont et Claude Verlon #RFI
— Bertrand Delanoë (@BertrandDelanoe) November 2, 2013

#RFI.Quelle tristesse, quel choc d'apprendre la mort au Mali de Gislaine Dupont et Claude Verlon, journalistes. Pensée à tous leurs proches.
— Valerie Trierweiler (@valtrier) November 2, 2013

Très émue après l'assassinat des deux journalistes de @RFI. Le terrorisme frappe encore au Mali.
— N. Kosciusko-Morizet (@nk_m) November 2, 2013

18h40: Le ministère des Affaires étrangères veut que «la lumière soit faite le plus rapidement possible sur les circonstances de leur décès»
Le Quai d'Orsay a déclaré dans un communiqué que «Claude Verlon et Ghislaine Dupont, journalistes à RFI ont été retrouvés morts au Mali. (...) Les services de l'Etat français, en lien avec les autorités maliennes, mettent tout en oeuvre pour que la lumière soit faite le plus rapidement possible sur les circonstances de leur décès.»

18h27: Le Quai d'Orsay confirme le décès des deux journalistes
Selon le ministère des Affaires étrangères, cité par leparisien.fr et iTéle, les deux journalistes de RFI ont bien été éxécutés.

18h15: De mauvaises nouvelles en provenance du Mali
Même s'il n'y a encore aucune confirmation officielle, de nombreuses confirment désormais la mort des deux journalistes de RFI enlevés ce samedi à Kidal dans le nord du Mali. «Quelques minutes après le début de la poursuite des ravisseurs des deux Français, on nous a informés que leurs corps ont été retrouvés criblés de balles à l'extérieur de la ville», a ainsi déclaré à Reuters Paul-Marie Sidibé, préfet de la localité de Tinzawaten, qui est basé à Kidal.

18h10: RFI confirme l'enlèvement des ses journalistes
Si il existe encore un flou autour du sort des deux Français enlevés à Kidal, RFI a de son côté confirmé l'enlèvement de ses deux journalistes sans préciser s'ils étaient toujours vivants.

18h06: Les deux Français ont été enlevés par des hommes armés
«Les deux journalistes étaient en reportage. Ils avaient chacun un appareil d'enregistrement et avaient avaient rendez-vous vers la Banque malienne de solidarité (BMS) de Kidal, ils ont été enlevés par des hommes armés qui ont quitté la ville avec eux», a précisé la source militaire.

18h: Les deux journalistes auraient été exécutés
Selon le préfet de la région de Kidal, cité par l'agence de presse Reuters, les deux journalistes français auraient été éxécutés.
Deux journalistes français de RFI en reportage au nord du Mali ont été enlevés à Kidal, a annoncé ce samedi le gouverneur de cette ville, Adama Kamissoko. Le gouverneur a indiqué qu'il s'agissait vraisemblablement de Claude Verlon et de Ghislaine Dupont, qui s'étaient déjà rendus à Kidal lors du premier tour de la récente élection présidentielle. Selon le journaldumali.com, «les deux journalistes étaient à Kidal pour préparer l'opération spéciale RFI, qui doit se dérouler les 6 et 7 novembre au Mali». Le site précise aussi dans son article mis en ligne à 15h07 que, selon une source gouvernementale, «les deux journalistes auraient quitté le domicile d'un membre du MNLA, avant de prendre la route de Tin Essalit au Nord. Un hélicoptère de la force Serval a décollé pour suivre leur trace.»

Le sort des journalistes incertain
Contacté par Reuters, le ministère français des Affaires étrangères a indiqué qu'il était en train de procéder à des vérifications sur ces informations. «Deux journalistes de RFI ont été enlevés ce samedi par des hommes armés en centre-ville» de Kidal, a précisé de son côté une source sécuritaire malienne, information confirmée par une source militaire. Le sort de ces journalistes, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, est incertain et certaines sources affirment même que les deux Français seraient morts.
—J. C.




urgent
Mali : le ministère français des Affaires étrangères confirme le décès des deux envoyés spéciaux de RFI

Mali - 
Article publié le : samedi 02 novembre 2013 à 18:03 -

Dernière modification le : samedi 02 novembre 2013 à 19:16

Mali : les deux envoyés spéciaux de RFI enlevés à Kidal ont été tués

Un soldat malien en patrouille sur une route entre Gao et Kidal, le 26 juillet 2013.
AFP/KENZO TRIBOUILLARD
Par RFI

Le ministère français des Affaires étrangères a confirmé ce samedi 2 novembre le décès de nos envoyés spéciaux dans le nord du Mali, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, kidnappés à Kidal par des hommes armés aux alentours de 13H00 TU.

Ghislaine Dupont et Claude Verlon ont été enlevés devant le domicile d'Ambéry Ag Rissa, un éminent représentant du MNLA de Kidal. Ambéry Ag Rissa a entendu un bruit suspect dans la rue, des coups de crosse portés contre le véhicule de nos reporters.

Il a alors entrouvert sa porte et a vu les ravisseurs embarquer nos deux journalistes dans un véhicule 4x4 beige. Les ravisseurs l'ont menacé de leurs armes et l'ont sommé de rentrer chez lui.

C'est la dernière fois que nos journalistes ont été vus. Selon plusieurs sources, les ravisseurs se sont enfuis et ont mis le cap vers Tin-Essako, à l'est de Kidal.

C'est la deuxième mission de nos reporters dans cette ville. Ils s'étaient déjà rendus à Kidal au mois de juillet pour couvrir le premier tour de l'élection présidentielle.

 tags: Mali

 

 

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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 05:52

Nelson Mandela : « J’ai chéri l’idéal d’une société démocratique et libre dans laquelle toutes les personnes vivraient en harmonie, avec des chances égales. C’est un idéal que j’espère voir se réaliser. Mais s’il le faut, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. » (Pretoria le 20 avril 1964).


yartiMandelaA01Depuis 2005, la République d’Afrique du Sud célèbre son réconciliateur avec le "Mandela Day", le 18 juillet. L’ONU reconnaît aussi cette journée depuis le 10 novembre 2009, et encourage même chaque citoyen du monde à aider ses prochains pendant soixante-sept minutes au cours de cette journée, en référence aux soixante-sept années de combat politique de Nelson Mandela (qui a perdu son fils Makgatho en 2005 emporté par le sida).

C’est en effet l’anniversaire de Nelson Mandela : « L’affirmation (…) selon laquelle les vieillards sont davantage respectés pour leurs cheveux gris que pour ce qu’ils ont accompli, se vérifie de plus en plus. » (Abu Dhabi le 7 décembre 1998).

Il a 95 ans ce jeudi 18 juillet 2013 et cet anniversaire revêt une signification particulièrement émouvante car depuis le 8 juin 2013, il est hospitalisé dans un état grave, ou plutôt "critique" mais "stable". Il est entre la vie et la mort même si, d’après les derniers témoignages, le vieux héros est encore conscient (sa fille Zindzi a parlé ce 17 juillet 2013 de "progrès remarquables" pour de son état de santé). On peut d’ailleurs imaginer l’affliction de sa famille devant cette pression médiatique autour de l’hôpital de Pretoria, qui pourrait s’apparenter à l’impatience des vautours.

Nelson Mandela est certainement la personnalité vivante qui aura le plus marqué le monde contemporain. Résistant à l’oppression de l’apartheid, il n’a néanmoins ni cherché la vengeance, ni cherché son confort personnel (il aurait pu être libéré sous condition de renoncer à la lutte politique). Il a cherché une solution admissible par tous, y compris par ses plus terribles adversaires, et c’est cela qui le distingue du commun des responsables politiques.


Partir à temps

Au-delà de cet aspect historique essentiel, il y a aussi l’aspect politique assez exceptionnel, l’âge aidant, puisque Nelson Mandela a accepté de lui-même, comme un sage, d’abandonner le pouvoir alors qu’il était en mesure de le garder aussi longtemps qu’il l’aurait voulu, afin de préparer sérieusement sa succession plusieurs années avant l’échéance.

yartiMandelaA05

Dès le 10 juillet 1996 à Londres, il déclarait en effet : « La vie continuera après ma Présidence. Non seulement elle continuera, mais vous constaterez des changements spectaculaires, et plus rapides que ceux que je suis capable de mettre en œuvre à l’heure actuelle. ». Le 20 décembre 1997 à Mafikeng, il confirmait : « L’échéance de 1999 approche [la fin de son mandat]. En tant que Président de la République, je vais déléguer de plus en plus, afin d’assurer une transition facile au nouveau Président. Ainsi j’aurai la chance dans mes dernières années de gâter mes petits-enfants et d’aider de diverses façons les enfants d’Afrique du Sud, surtout ceux qui ont été les malheureuses victimes d’un système qui ne se souciait pas d’eux. L’heure est venue pour moi de prendre mon congé. ». Il l’a répété aussi le 21 septembre 1998 à la cinquante-troisième Assemblée générale des Nations Unies à New York : « J’arrive au bout de ma longue marche et il m’est accordé, comme ce devrait être le cas pour tous les hommes et les femmes, de me retirer pour me reposer dans la tranquillité du village de mon enfance. ». Enfin, le 26 mars 1999 au Cap : « Je vais me ranger parmi les vieillards de notre société ; parmi les habitants des zones rurales ; parmi les hommes inquiets pour les enfants et les jeunes de ce pays (…). ».


Pour une démocratie sincère

La sagesse politique n’était pas seulement de partir à temps. C’était aussi de ne pas s’octroyer trop de pouvoirs et de laisser le libre jeu institutionnel des contre-pouvoirs : « Je me souviens que l’un des premiers jugements rendus par la Cour constitutionnelle concernait une question dans laquelle j’étais impliqué en tant que Président du pays, et le président de la Cour constitutionnelle, sans tenir compte du fait qu’il était autrefois mon avocat, conclut en ma défaveur. Il fut clair pour moi que l’Afrique du Sud était entre de bonnes mains, avec cette cour opérant au sommet de notre démocratie. » (Johannesburg le 19 mars 2004).

Il présentait cette nécessité de contre-pouvoirs ainsi : « Dès le début, nous étions conscients que l’obligation de rendre des comptes est cruciale en démocratie. Nous avions appris d’expérience les dangers qui peuvent découler d’un gouvernement sans transparence ni obligation de rendre des comptes. C’est pourquoi notre Constitution contient plusieurs mécanismes destinés à garantir que le gouvernement ne soit plus le problème, mais la solution. » (Pretoria le 26 août 1996).

Car ce qui a toujours motivé Nelson Mandela, c’était la démocratie : « À titre personnel, j’appartiens à une génération de leaders pour qui l’avènement de la démocratie était le but ultime. » (Le Cap le 26 mars 1999) ; et c’était aussi la lutte contre l’oppression : « Si je devais recommencer ma vie, je ne changerais rien. Tant que notre peuple était opprimé et privé de tout ce qui permet aux êtres humains de jouir de la vie, il était de mon devoir de m’engager et je referais tout de la même façon. » ("The Living Legend", 2003).


Un modèle, un exemple

Nelson Mandela devrait donc être un modèle à tous ceux qui luttent et un exemple à tous les responsables politiques. En plus de cela, de son courage, de sa persévérance, il a su, au fil de sa vie, devenir modeste, relativiser sa part et amplifier celle de ceux qui l’ont aidé, celle du peuple sud-africain. Le principe général était de ne pas oublier, de connaître la vérité, mais de pardonner, de se réconcilier. C’était aussi ce qui a initié l’amitié franco-allemande après la guerre. Difficile, courageux mais l’Afrique du Sud a montré que ce n’était pas impossible.

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Je pense évidemment au conflit israélo-palestinien pris en otage par les ultras des deux camps, encouragés par des populations elles-mêmes provoquées par la démagogie et le populisme. Pourtant, l’attribution du prix Nobel de la paix était proche : en 1993, Nelson Mandela et Frederik De Klerk (Nelson Mandela avait absolument tenu à y associer son partenaire/adversaire) et en 1994, Yasser Arafat, Yitzhak Rabin et Shimon Peres pour les accords d’Oslo. Hélas, les accords d’Oslo ont volé en éclat très rapidement, d’abord à cause d’un raidissement de la position de Yasser Arafat puis à cause de l’arrivée au pouvoir de Benyamin Netanyahou.


Réconciliation

Éviter la vengeance alors que ce sentiment est si naturel, c’est ce que Nelson Mandela expliquait très magistralement le 2 juillet 1990 à Dublin devant les parlementaires irlandais (donc, juste après sa libération et avant la fin de l’apartheid) : « Nous aurions pu barrer nos drapeaux du mot "vengeance" et décider de répondre à la brutalité par la brutalité. Mais nous comprenions que l’oppression déshumanise l’oppresseur autant qu’elle fait souffrir l’opprimé. Nous comprenions qu’imiter la barbarie du tyran nous transformerait en sauvages, nous aussi. Nous savions que nous souillerions notre cause, que nous l’avilirions, si nous empruntions à l’oppresseur ses méthodes. Il nous fallait refuser que notre long sacrifice nous fasse un cœur de pierre. ».

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Dans sa prison de Robben Island, il l’exprimait déjà très clairement : « J’aimerais vous combattre sur le plan des principes et des idées, sans haine personnelle, de sorte qu’à la fin de la bataille, et quelle qu’en soit l’issue, je puisse vous serrer la main avec fierté, parce que j’aurais le sentiment d’avoir eu affaire à un adversaire digne et droit, qui a observé un code d’honneur et de décence élémentaire. » (12 juillet 1976).

Nelson Mandela a inlassablement prôné la réconciliation et le pardon : « Ne nous attardons pas sur les querelles de clocher concernant notre passé. Qu’il nous inspire plutôt les contributions intellectuelles et culturelles à la représentation et à la compréhension de notre humanité commune, qui peut faire de cette planète un monde meilleur pour tous. » (Le Cap en juillet 2002).

Cela ne l’empêchait pas de vouloir préserver le souvenir : « Certains considèrent qu’il vaut mieux oublier le passé. Certains nous critiquent quand nous disons que nous pardonnons, mais que nous n’oublions pas. Ils ne sont pas d’accord sur le fait que les auteurs de violations des droits de l’homme doivent d’abord révéler et faire connaître celles-ci avant qu’on leur accorde l’amnistie. (…) Les Sud-Africains de la rue sont déterminés à ce que le passé soit révélé, afin qu’il ne se répète pas. S’ils exigent cela, ce n’est pas par esprit de vengeance, mais pour que nous entrions ensemble dans l’avenir. La question pour notre nation n’est pas de savoir si le passé doit être révélé, mais de faire en sorte qu’il le soit de façon à promouvoir la réconciliation et la paix. » (Le Cap le 13 février 1996). Car pour lui, il ne peut pas y avoir de pardon sans souvenir : « Nous nous souvenons de notre terrible passé afin de pouvoir y faire face, de pardonner quand le pardon est nécessaire, de nous assurer que jamais plus une telle inhumanité ne nous déchirera et de nous pousser à éradiquer un héritage qui rôde dangereusement autour de notre démocratie. » (Le Cap le 25 février 1999).

Le 18 septembre 1994 à Mthatha, il a eu cette formule qui pourrait résumer avec concision son état d’esprit : « Nous devons pardonner le passé et, dans le même temps, restaurer la dignité des victimes, entendre leur détresse. ».


Responsabilité individuelle

L’un des traits marquants de la pensée de Nelson Mandela, c’est aussi qu’elle fait la part du collectif et de l’individuel.

Bien sûr que son combat était collectif, la preuve, c’est qu’il a préféré rester en prison tant que le problème de l’apartheid était posé, indépendamment de sa vie personnelle, mais il n’a jamais non plus rejeté le principe de la responsabilité individuelle : « Nous ne pouvons ni guérir ni construire si, d’un côté, les riches de notre société ne voient les pauvres que comme des hordes importunes, et de l’autre, les pauvres s’avachissent et attendent la charité. Nous devons tous prendre nos responsabilités pour améliorer nos conditions de vie, et avoir pour volonté de donner le meilleur de nous-mêmes, pour le bénéfice de tous. » (Le Cap le 9 février 1995), règle qu’il s’appliquait bien sûr à lui-même : « J’avais l’intention d’aider à corriger les erreurs de l’Afrique du Sud mais j’avais oublié que la première chose à faire était de dépasser les faiblesses du Sud-Africain que je connaissais le mieux : moi. » (Prison de Robben Island en 1975).

Dans les années 1980, il aurait pu négocier sa libération en échange de la discrétion mais il l’avait refusé car il se serait senti traître par rapport à ceux qu’il avait défendus et voulait encore protéger : « Nous n’accepterons en aucune circonstance d’être libérés et confinés dans le Transkei ou n’importe quel autre bantoustan. Vous savez fort bien que nous avons passé la dernière partie de notre vie en prison justement parce que nous sommes opposés à l’idée même d’un développement séparé, qui fait de nous des étrangers dans notre propre pays et a permis au gouvernement de perpétuer l’oppression jusqu’à ce jour. » (Prison de Pollsmoor le 27 décembre 1984). Il le répétait à Piete Botha (le Président sud-africain de l’époque) : « Aucun être humain qui se respecte ne s’abaisserait, ne s’humilierait à accepter des obligations de cette nature. Vous ne devriez pas poursuivre notre emprisonnement en vous appuyant sur l’expédient de conditions qui, vous le savez, sont inacceptables pour nous. » (Prison de Pollsmoor le 13 février 1985).


Entre vos mains…

Pour conclure ce recueil de quelques citations tirées essentiellement du livre "Pensées pour moi-même" de Nelson Mandela (éd. de la Martinière, 2011), voici ce que déclarait Nelson Mandela le 11 février 1990, au Cap, quelques heures après sa libération de prison où il passa près vingt-sept années de sa vie (arrêté le 12 juillet 1963) : « Mes amis, mes camarades, mes compatriotes sud-africains, je vous salue au nom de la paix, de la démocratie et de la liberté pour tous ! Je me présente devant vous non comme un prophète mais comme un humble serviteur du peuple. Vos efforts inlassables et héroïques ont rendu possible ma présence ici aujourd’hui. Je place donc les dernières années de ma vie entre vos mains. ».

Nelson Mandela n’est certes pas un prophète, mais il est un héros à la stature morale et politique exceptionnelle. Et c’est cela qui lui donne toute sa richesse à avoir fait avancer les libertés, la paix et la démocratie de ce monde.

Happy Birthday to You, Madiba !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 juillet 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Prix Nobel de la Paix.
Pardonner, ce n’est pas facile.
L’Afrique du Sud de Nelson Mandela.
L’Afrique du Sud de Thabo Mbeki.
L’Afrique du Sud de Jacob Zuma.

yartiMandelaA04


http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/the-mandela-day-138761



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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 03:27

Né le 21 juillet 1944 à Tarkwa, John Atta-Mills a obtenu un doctorat d'études orientales après avoir fait des études de droit. Professeur de droit à l'Université de Stanford puis au Ghana, il a été élu Vice-Président de la République du Ghana, fonction qu'il a occupée du 7 janvier 1997 au 7 janvier 2001. Après deux échecs aux élections présidentielles des 7 décembre 2000 et 7 décembre 2004 contre John Kufuor, Président du 7 janvier 2001 au 7 janvier 2009, il a été élu Président de la République du Ghana le 28 décembre 2008 et a exercé cette fonction du 7 janvier 2009 à sa mort soudaine, le 24 juillet 2012, pour insuffisance cardiaque. Son Vice-Président John Mahama, élu en même temps que lui, devrait en principe lui succéder et rester jusqu'à la fin du mandat, le 7 janvier 2013. Il avait été soutenu par l'ancien Président Jerry Rawlings, en exercice du 4 juin 1979 au 24 septembre 1979 et du 31 décembre 1981 au 7 janvier 2001. Jerry Rawlings, auteur des deux coups d'État du 4 juin 1979 et du 31 décembre 1981, avait été élu le 7 décembre 1992 et le 7 décembre 1996, mais après dix-neuf ans de pouvoir, il fut battu par John Kufuor le 7 décembre 2000, et l'alternance fut pacifique. La nouvelle alternance en décembre 2008 fut également pacifique.

SR

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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 19:35

Né le 4 novembre 1933, le Odumegwu Emeka Ojuwu, après des études d'histoire à Oxford, a été désigné comme gouverneur militaire de l'Eastern State du Nigéria à 32 ans. Soutenu par la France pour réduire l'influence anglaise au Nigéria, il proclama l'indépendance de la République du Biafra le 30 mai 1967 en en prenant la tête, ce qui enclencha une guerre civile particulièrement meurtrière à cause de la famine dans la région. La région fut reprise militairement par les troupes nigérianes en raison des intérêts pétroliers et la fin des combats eut lieu le 15 janvier 1970. Le colonel Ojuwu a été pardonné en 1976 et a pu rentrer au Nigéria après une période d'exil en Côte d'Ivoire (qui avait l'un de ses soutiens avec Omar Gabon), et s'est même présenté à l'élection présidentielle en 2003 au sein d'un des principaux partis d'opposition (All progressive grand alliance). Il s'est éteint le 26 novembre 2011.

Pour en savoir plus sur la tragédie du Biafra :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-42325371.html


SR

 

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de l'élection présidentielle 2012
 


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