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29 mai 2021 6 29 /05 /mai /2021 03:16

« La France a un rôle, une histoire et une responsabilité politique au Rwanda. Elle a un devoir : celui de regarder l’histoire en face et de reconnaître la part de souffrance qu’elle a infligée au peuple rwandais (…). » (Emmanuel Macron, le 27 mai 2021 à Kigali).




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Le Président de la République française Emmanuel Macron est allé au Rwanda les 27 et 28 mai 2021. Dès le premier jour, le jeudi 27 mai 2021, il a prononcé un important discours à Kigali, la capitale du pays, au Mémorial des victimes du génocide rwandais de Gisozi, génocide qui a eu lieu en avril 1994 où 800 000 personnes, principalement des Tutsis (mais aussi des Hutus modérés) furent massacrés. On peut lire ou écouter ce discours dans son intégralité ici. Emmanuel Macron avait auparavant rencontré le Président rwandais le 17 mai 2021 à l’occasion d’une conférence internationale sur l’avenir du Soudan.

On pourra s’étonner de la teneur très claire et pour autant ambiguë (ce sont deux adjectifs contradictoires mais c’est le principe du "en même temps" macronien) du discours présidentiel. Beaucoup ont considéré que ce discours historique sonnait juste, qu’il était équilibré, qu’il permettait enfin de tourner la page dans les relations entre la France et le Rwanda, après vingt-sept ans de froideur.

Emmanuel Macron a rappelé : « Un génocide ne s’efface pas. Il est indélébile. Il n’a jamais de fin. On ne vit pas après le génocide, on vit avec, comme on le peut. Au Rwanda, on dit que les oiseaux ne chantent pas le 7 avril. Parce qu’ils savent. ».

Et le Président français en est venu au cœur de son message : « C’est au nom de la vie que nous devons dire, nommer, reconnaître. ». La parole était très forte, presque insultante pour la France : « La France a un rôle, une histoire et une responsabilité politique au Rwanda. Elle a un devoir : celui de regarder l’histoire en face et de reconnaître la part de souffrance qu’elle a infligée au peuple rwandais en faisant trop longtemps prévaloir le silence sur l’examen de la vérité. ».

Et les critiques pleuvaient en guise de démonstration : « La France n’a pas su entendre la voix de ceux qui l’avaient mise en garde, ou bien a-t-elle surestimé sa force en pensant pouvoir arrêter ce qui était déjà à l’œuvre. La France n’a pas compris que, en voulant faire obstacle à un conflit régional ou une guerre civile, elle restait de fait aux côtés d’un régime génocidaire. En ignorant les alertes des plus lucides observateurs, la France endossait alors une responsabilité accablante dans un engrenage qui a abouti au pire, alors même qu’elle cherchait précisément à l’éviter. (…) Nous avons, tous [communauté internationale], abandonné des centaines de milliers de victimes à cet infernal huis clos. ».

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Emmanuel Macron a aussitôt ajouté, très gravement : « En me tenant avec humilité et respect, à vos côtés, ce jour, je viens reconnaître l’ampleur de nos responsabilités. (…) Reconnaître ce passé, c’est aussi et surtout poursuivre l’œuvre de justice. En nous engageant à ce qu’aucune personne soupçonnée de crime de génocide ne puisse échapper à la justice. ».

Cette déclaration est très forte mais, à mon sens, injuste pour les Français et la France. Il faut bien remettre dans le contexte de l’époque. Nous étions sous le gouvernement de cohabitation dirigé par Édouard Balladur avec un Ministre des Affaires étrangères qui s’appelait alors Alain Juppé et un Ministre de la Défense qui s’appelait François Léotard, mais selon la mauvaise habitude prise par les Présidents de la République, la politique au Rwanda faisait partie du "domaine réservé" du Président de la République et les ministres étaient peu impliqués voire peu informées de cette politique, et cela malgré la cohabitation.

Ce n’est pas la responsabilité de la France, mais uniquement la responsabilité du Président de la République de l’époque, à savoir François Mitterrand qui a décidé de l’Opération Turquoise qui, au-delà de  protéger les ressortissants étrangers (notamment français), a aussi mis à l’abri quelques complices du régime en place. Ou du moins, l’Élysée en tant que machine, car François MItterrand lui-même était déjà très malade.

Heureusement, Emmanuel Macron a parlé de "responsabilité" mais plutôt pour évoquer une prise de conscience trop tardive, même s’il faut bien préciser qu’elle fut la moins tardive de toute la "communauté internationale" (expression floue mais qui signifie bien ce que cela veut dire). Sans Opération Turquoise, les dégâts humains auraient été pires. Et aussi, une mauvaise "gestion" de l’après-génocide, le refus de nommer les choses même si le terme "génocide" a été adopté très tôt par la France.

Emmanuel Macron a donc bien précisé, tant pour la France que l’armée française sur place : « Les tueurs qui hantaient les marais, les collines, les églises n’avaient pas le visage de la France. Elle n’a pas été complice. Le sang qui a coulé n’a pas déshonoré ses armes ni les mains de ses soldats qui ont eux aussi vu de leurs yeux l’innommable, pansé des blessures, et étouffé leurs larmes. ». C’est donc très clair sur ce point.

Je ne sais pas si mon analogie à venir est très pertinente, mais on peut considérer la responsabilité de la France un peu comme la responsabilité de Mgr Philippe Barbarin, comme archevêque de Lyon, qui n’a pas su ni empêcher ni punir les agressions et crimes sexuels sur mineurs dans son diocèse. Il n’était pas complice mais sa passivité était coupable.

Cette autre responsabilité de la France, c’est ce travail de mémoire, de recherche de la vérité historique, qui a tardé pour la France, et c’était l’objectif d’Emmanuel Macron en arrivant au pouvoir de faire la lumière avec des historiens dans un seul souci de vérité, hors de toute passion politique.

En ce sens, le discours d’Emmanuel Macron de ce 27 mai 2021 traduit exactement les conclusions du rapport remis à lui le 26 mars 2021 par l’historien Vincent Duclert sur le rôle de la France dans le génocide rwandais (à sa demande formulée dans sa lettre de mission du 5 avril 2019). Ce rapport peut être téléchargé et lu ici.

Interrogé par Manon Aublanc pour "20 Minutes" le 26 mai 2021, Thierry Vircoulon, chercheur associé au centre Afrique de l’Ifri (Institut français des relations internationales) a précisé : « Si le rapport écarte la question de la complicité de la France, il reconnaît en revanche la responsabilité du gouvernement de l’époque. C’est une première. Il y a eu d’autres rapports auparavant, mais ça n’avait pas été fait de manière aussi objective. Cette visite, c’est, en quelque sorte, la conclusion, l’aboutissement de ce rapport. (…) Emmanuel Macron pourrait être le premier à réussir à solder l’inventaire de ce lourd passé. ».

Hubert Védrine, à l’époque Sécrétaire Général de l’Élysée et futur Ministre des Affaires étrangères trois ans plus tard, a salué le fait qu’Emmanuel Macron ait récusé toute complicité. Le rapport Duclert évoque en effet des « responsabilités lourdes et accablantes » de la France qui n’a pas vu la préparation du génocide (aveugle à la dérive raciste et génocidaire du régime hutu soutenu par Paris).

Pour Emmanuel Macron, avec ce discours à l’élégance littéraire incontestable, il ne s’agit donc ni de repentance, ni de présentation d’excuse ou de demande de pardon, mais d’une reconnaissance de responsabilité, celle de la France, et seulement d’elle : « Reconnaître ce passé, notre responsabilité, est un geste sans contrepartie. Exigence envers nous-mêmes et pour nous-mêmes. Dette envers les victimes après tant de silences passés. Don envers les vivants dont nous pouvons, s’ils l’acceptent, encore apaiser la douleur. Ce parcours de reconnaissance, à travers nos dettes, nos dons, nous offre l’espoir de sortir de cette nuit et de cheminer à nouveau ensemble. Sur ce chemin, seuls ceux qui ont traversé la nuit peuvent peut-être pardonner, nous faire le don alors de nous pardonner. ».

C’est très subtil et diplomatique, mais cela permet de répondre à deux problématiques différentes : ne pas se coucher devant le Président Paul Kagamé, mais reprendre des relations soutenues avec le Rwanda, en particulier culturelles et économiques, au-delà des relations diplomatiques (un nouvel ambassadeur va être nommé à Kigali, poste vacant depuis 2015). Le Président français était d’ailleurs accompagné, dans sa visite au Rwanda, d’une dizaine d’entreprises françaises et de l’Agence française du développement représentée par son directeur général Rémy Rioux.

Même si Paul Kagamé, en visite en France pour le salon VivaTech, avait été reçu par Emmanuel Macron le 23 mai 2018 à l’Élysée avec des objectifs de relance de la coopération entre les deux pays, la venue du Président français au Rwanda, la première fois depuis le génocide de 1994, marque une date historique et sans doute salutaire dans la coopération entre la France et le Rwanda, et plus généralement, entre la France et la région des grands lacs.

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C’était en tout cas l’avis du Président rwandais Paul Kagamé lui-même qui, dans sa conférence de presse commune à son palais présidentiel, le 27 mai 2021, a rendu hommage au « courage immense » d’Emmanuel Macron pour son « discours puissant, avec une signification particulière » : « Ses paroles avaient plus de valeur que des excuses. Elles étaient la vérité (…). Cette visite parle du futur, pas du passé. La France et le Rwanda vont beaucoup améliorer leurs relations au bénéfice de nos peuples, économiquement, politiquement et dans le domaine de la culture. (…) Nous souhaitons créer une relation forte et durable, fondée sur des priorités qui comptent pour nous deux, France et Rwanda. ».

Entre autres coopérations, la France est venue à cette occasion avec 100 000 doses de vaccins contre le covid-19, dans le cadre de l’opération Covax, pour aider le Rwanda à lutter efficacement contre la pandémie de covid-19. Emmanuel Macron a remis ces doses à un centre de vaccination à Kigali qu’il a visité le même jour, 27 mai 2021.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 mai 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron au Rwanda : pas de repentance mais des responsabilités.
Discours du Président Emmanuel Macron le 27 mai 2021 à Kigali, au Rwanda (texte intégral et vidéo).
Rapport de Vincent Duclert sur le rôle de la France lors du génocide rwandais remis le 26 mars 2021 (à télécharger).
Rapport Quilès sur le rôle de la France lors du génocide rwandais, déposé le 15 décembre 1998 (à télécharger).
Rwanda 1994 : Bagatelles pour un massacre (1).
Rwanda 1994 : Bagatelles pour un massacre (2).
Génocide rwandais : la France est-elle toute blanche ?
Idi Amin Dada.
Jean-Bedel Bokassa.
Robert Mugabe.
Laurent Gbagbo.
La Shoah.
Industrialisation de la mort.
Le génocide arménien.
Le génocide cambodgien.
Le communisme.
Pamphlébite.
La cruauté selon Maurice Bellet.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210527-macron-rwanda.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/emmanuel-macron-au-rwanda-pas-de-233375

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/05/27/38989537.html










 

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26 mars 2021 5 26 /03 /mars /2021 17:22

Sur demande du Président de la République française, l'historien a remis le 26 mars 2021 un rapport qui fait référence sur le rôle de la France lors du génocide rwandais en avril 1994. On peut le télécharger et le lire il est accessible sur Internet.

Cliquer sur les liens suivants pour télécharger le rapport et annexes (fichier .pdf).

Rapport complet :
https://www.vie-publique.fr/sites/default/files/rapport/pdf/279186_1.pdf

Notes complémentaires du rapport :
https://www.vie-publique.fr/sites/default/files/rapports/fichiers_joints/279186-Notes_0.pdf

Sources du rapport :
https://www.vie-publique.fr/sites/default/files/rapports/fichiers_joints/279186-Etat%20des%20sources.pdf

Exposé méthodologique du rapport :
https://www.vie-publique.fr/sites/default/files/rapports/fichiers_joints/279186_expose_methodologique.pdf

Lettre de mission du Président Emmanuel Macron du 5 avril 2019 :
https://www.vie-publique.fr/sites/default/files/rapport/lettre%20de%20mission/279186-lettre-mission.pdf

Note intermédiaire du 5 avril 2020 remise à Emmanuel Macron :
https://www.vie-publique.fr/sites/default/files/rapport/extrait/279186_note_interm%C3%A9daire.pdf

Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210527-macron-rwanda.html

SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20210326-rapport-duclert-rwanda.html


 

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21 février 2021 7 21 /02 /février /2021 01:18

« Si folie des grandeurs il y eut chez celui que De Gaulle appela le "soudard", elle fut d’importation, nettement inspirée et encouragée. Rien de ce que fut Jean-Bedel Bokassa ne se fit que la France ne l’autorisât, par calcul, nécessité ou faiblesse. » (Pierre Georges, "Le Monde" du 5 novembre 1996).


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Un événement marquant de l’histoire de la Françafrique, le sommet du granguignolesque pitoyable et pompeux, a eu lieu il y a quarante ans, le dimanche 4 décembre 1977 : le couronnement de l’empereur Bokassa Ier. Folie des grandeurs en version centrafricaine et début de la chute de la Giscardie triomphante. Bokassa est né il y a 100 ans, le 21 février 1921.

Jean-Bedel Bokassa fut un nom qui résonnait comme un "affreux" dictateur, parmi d’autres "affreux" de l’époque, Amin Dada, Pol Pot, Duvalier, etc. Il y en avait à l’époque tellement que c’est aujourd’hui difficile de tous les énumérer, mais ces noms, pour leurs contemporains, même lointains, donnaient toujours quelques frissons de terreur. Pour Bokassa, normal : Bokassa veut dire "le garçon boucher" en sango (la langue véhiculaire de la République centrafricaine). Empereur de l’abominable, tyran alcoolique et brutal au point de fracasser lui-même des enfants, Bokassa fut même accusé d’anthropophagie, d’avoir mangé des enfants, après les avoir conservés dans un réfrigérateur. La justice ne l’a jamais prouvé, certains ont cru que ce n’étaient que des rumeurs pour le déstabiliser politiquement, mais…

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Né le 21 février 1921, Jean-Bedel Bokassa a été très tôt orphelin, à l’âge de 6 ans : son père a été exécuté le 13 novembre 1927 par l’autorité coloniale après un procès bâclé, pour s’être rebellé, et sa mère s’est ensuite suicidée. Élevé par les pères missionnaires, il s’est engagé dans l’armée française en 1939, et a combattu dans la Division Leclerc dès 1940 (il fut sergent du IIe régiment de marche), a participé au débarquement de Provence et à la bataille du Rhin. Après la guerre et plusieurs formations militaires dont une à Châlons-sur-Marne, il est reparti avec l’armée française en Indochine puis en Algérie, sous les ordres du général Marcel Bigeard et a fini avec le grade de capitaine. Il a donc fait partie des "héros" qui ont libéré la France, ce qui lui a valu Légion d’honneur et Croix de guerre.

Quand Jean-Bedel Bokassa intégra l’armée centrafricaine comme commandant de bataillon, le 1er janvier 1962, la République centrafricaine venait de proclamer son indépendance quelques années plus tôt, dans le cadre d’un accord avec De Gaulle le 1er décembre 1958. Au pouvoir, aidé par les Français, David Dacko (1930-2003), un lointain cousin de Bokassa (plus jeune que lui). David Dacko a récupéré le "pouvoir" à la suite de la mort supposée accidentelle de Barthélemy Boganda (1910-1959), son oncle, considéré comme le "père" de la nation centrafricaine et promoteur du panafricanisme. David Dacko fut Président du gouvernement centrafricain avant l’indépendance, du 1er mai 1959 au 14 août 1960, il fut élu Président de la République centrafricaine le 14 août 1960 et réélu le 5 janvier 1964.

La situation du Centrafrique fut assez chaotique. En perte de croissance économique, avec une politique d’austérité pour juguler les déficits et une difficulté à assurer l’intégrité territoriale du pays vis-à-vis de ses voisins (les frontières étaient franchies par des partisans de Patrice Lumumba), le pays a accepté de l’aide financière de la Chine communiste (un prêt à taux nul d’un milliard de francs CFA). Cette aide n’a pas permis de relever financièrement le pays à cause de la corruption généralisée.

Conseiller militaire du Président, promu colonel le 1er décembre 1964, et devenu chef d’état-major la même année, Bokassa avait un besoin de reconnaissance qui inquiétait beaucoup le pouvoir en place. Dacko créa un corps armé indépendant de l’armée avec la gendarmerie. Envoyé en France de juillet à octobre 1965 pour l’éloigner du Centrafrique, Bokassa a finalement organisé un coup d’État le 31 décembre 1965 pour renverser David Dacko. Jean-Bedel Bokassa s’est proclamé Président de la République centrafricaine le 1er janvier 1966.

Ses deux principaux rivaux des forces armées centrafricaines, Jean Izamo, chef de la gendarmerie, et Prosper Mounoumbaye, chef de la garde présidentielle, furent éliminés, battus à mort en janvier 1966 (lire ce qu’en a dit plus tard le journaliste René Backmann). En revanche, Bokassa préserva la vie de David Dacko qu’il fit enfermer, dans un but très simple : il voulait obtenir la reconnaissance internationale de son nouveau pouvoir. Son bras droit dans le coup d’État, le lieutenant-colonel Alexandre Banza (1932-1969) fut nommé ministre de Bokassa et noua de nombreuses relations diplomatiques en Afrique. Son influence politique fut très importante.

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La France, qui avait soutenu David Dacko, fut très réticente à reconnaître Bokassa (après une rencontre avec Bokassa le 7 juillet 1966, Georges Pompidou, Premier Ministre, refusa une telle reconnaissance) mais en raison du risque de perdre de l’influence sur le Centrafrique (notamment monétaire), De Gaulle fit à Bokassa l’honneur de venir en visite officielle à Bangui le 17 novembre 1966, ce qui valait une reconnaissance officielle. La position géostratégique de la République centrafricaine a rendu inéluctable le soutien de la France. Bokassa appela De Gaulle "papa" (ce qui agaçait énormément le Général) et plus tard, Valéry Giscard d’Estaing son "frère"…

L’influence d’Alexandre Banza, en charge des Finances, fut d’autant plus menaçante pour Bokassa qu’il critiquait ses dépenses somptuaires, ce qui a abouti à sa disgrâce : arrêté le 9 avril 1969 alors qu’il allait commettre un coup d’État, Alexandre Banza fut exécuté le 12 avril 1969 après une parodie de procès. Bokassa n’avait plus de concurrent politique réel.

Pendant ses premières années au pouvoir et malgré les actes de torture, de terreur, et les exécutions sommaires de ses opposants, Bokassa a joui d’une relative popularité auprès du peuple centrafricain, même si son besoin de reconnaissance ne cessait pas : il s’autoproclama le 2 mars 1972 Président de la République à vie (les dictateurs sont très rares à se proclamer Présidents à vie, un autre fut haïtien, par exemple). Il s’autoproclama le 19 mai 1974 maréchal (un titre dont il était fier).

Le journaliste René Backmann a écrit dans "Le Nouvel Observateur" du 5 décembre 1977, pour décrire le type de dirigeant politique qu’était Bokassa : « Tout le monde sait, en Afrique et ailleurs, que, depuis le coup d’État militaire du 31 décembre 1965 qui l’a porté au pouvoir, Jean-Bedel Bokassa (…) gouverne, ou plutôt, règne par la terreur et la corruption, au gré capricieux de ses fantasmes et de ses folies, au milieu d’une nuée de courtisans minables, de fonctionnaires terrorisés, d’aigrefins flatteurs et d’escrocs internationaux, prêts à saisir la moindre occasion de s’emplir les poches. Quelle proie, en effet, pour les filous itinérants que ce dictateur quasi-illettré, amateur de chivas et de beaujolais, collectionneur d’instruments de musique, de médailles et d’appareils de photo, clown sinistre et menaçant, capable de distribuer avec la même générosité une poignée de diamants à un flagorneur ou une volée de coups de gourdin à un "suspect", avant de sombrer dans la mélancolie et de rêver au petit bistro de Fréjus où il cuvait ses cuites au bon vieux temps de la "coloniale". ».

Et le reporter de raconter la réalité de cette terreur : « Il n’a aucune confiance en son entourage. (…) Il hait les intellectuels (…). Il voit des complots partout, lâche ses flics et ses tortionnaires sur le moindre suspect. En 1966, l’ancien chef e la sécurité de son prédécesseur, accusé de subversion, est arrêté. Les militaires l’émasculent avant de lui arracher les yeux, puis de le décapiter. Il faut une intervention de l’ambassade française pour dissuader Bokassa de faire circuler la tête dans les écoles, à titre d’avertissement. Chaque année, de nouveaux complots, réels ou imaginaires, sont découverts. Arrestations, disparitions, tortures, emprisonnements, exécutions sommaires se multiplient. On ignore le nombre exact de ses prisonniers et de ses victimes. Une chose est sûre : l’arbitraire, en Centrafrique comme en Ouganda [dirigé par Amin Dada], est devenu la loi. Le 31 juillet 1972, à Bangui, Bokassa préside une séance de bastonnade destinée à punir les voleurs. (…) Bilan : trois morts dont on expose les cadavres sur la place principale, à côté des blessés sanguinolents et enchaînés. » (5 décembre 1977).

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Très instable sur le plan institutionnel (il voulait éviter tout risque de rivalité politique), Bokassa créa un poste de Premier Ministre le 1er janvier 1975, auquel il nomma Élisabeth Domitien (1925-2005), la première femme à occuper la tête d’un gouvernement africain (et la seule à ce jour !), mais elle fut limogée (et le poste de Premier Ministre fut supprimé) le 7 avril 1976 car elle s’était opposée à la transformation du régime en monarchie…

L’année 1976 fut d’ailleurs l’année de toutes les loufoqueries pour Bokassa qui s’est converti (très provisoirement) à l’islam pour séduire son "cousin" Mouammar Kadhafi et obtenir une aide financière de la Libye. Il a limogé le gouvernement en septembre 1976 au profit d’un conseil de la révolution centrafricaine. Autre bizarrerie, il a fait libérer David Dacko (en prison depuis 1966) et en a fait son bras droit influent.

Mais la plus grande des loufoqueries, ce fut le 4 décembre 1976, la proclamation de l’Empire centrafricain. Admirateur de Napoléon, il a attendu deux jours après le 2 décembre pour cette proclamation. Son sacre a eu lieu exactement un an plus tard, le 4 décembre 1977 (il y a quarante ans), avec un luxe incroyablement calculé. Ce fut la honte de la France d’avoir accepté une telle bouffonnerie, en envoyant, pour être représentée à cette cérémonie, le conseiller Afrique de l’Élysée René Journiac et l’un des barons du gaullisme, le Ministre de la Coopération Robert Galley (après le refus de Michel Poniatowski, Alain Peyrefitte et Louis de Guiringaud).

Le pape Paul VI, sollicité, avait refusé de venir cautionner cette supercherie (invité au Te Deum à la cathédrale de Bangui), et l’archevêque de Bangui avait déconseillé à Bokassa de faire venir le pape car cela risquait de créer des tensions entre les communautés religieuses. Étrangement, en janvier 2017, le Vatican aurait sorti un timbre commémorant le quarantième anniversaire de ce sacre. C’est ce que j’ai trouvé sur Internet et aucune information ne m’a permis d’en confirmer la véracité (l’image pouvant être un faux).

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Non seulement la France s’est prêtée politiquement à cette mascarade de couronnement, mais aussi économiquement avec la fourniture de nombreux équipements et consommations, entre autres, 60 000 bouteilles de Champagne et de Bourgogne, des vêtements impériaux (manteau d’hermine, etc.) créés par Pierre Cardin, une couronne en or et diamants qui a coûté 50 000 fois le salaire moyen d’un salarié centrafricain, un carrosse luxueux, une trentaine de chevaux (dont deux périrent pendant la cérémonie), etc. Au total, la note de la journée, filmée par l’Armée française pour le compte de Bokassa, fut très salée : 100 millions de francs (l’équivalent de l’aide française), financés par la France mais aussi par Kadhafi.

Par prudence et discernement, aucun chef d’État ou de gouvernement, à l’exception d’un d’un petit État, n’a voulu assister à cette cérémonie aussi ridicule que mégalomaniaque. La France a été en dessous de tout d’avoir accompagné ce dictateur dans ses délires très coûteux. Bokassa regretta cependant l’absence de Valéry Giscard d’Estaing qui avait donné une excuse bidon pour ne pas s’y rendre.

Le journaliste Pierre Georges notait, à la mort du dictateur, ceci à propos du sacre, dans "Le Monde" du 5 novembre 1996 : « Ce jour-là, la France participa beaucoup, fournissant tout : l’argent, la couronne, le sceptre, le trône, la claque et même le carrosse impérial ; tiré par des chevaux de Normandie peints en or gris. Elle fournit même sa bénédiction à ce simulacre de sacre (…). Épisode pitoyable que la France, dans une approche curieuse de son devoir de coopération, encouragea et couvrit. Mieux valait à ses yeux un Bokassa empereur, ex-soldat (…) de la France libre (…) que tout autre Centrafricain , susceptible a priori d’accointance progressiste. ».

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Bokassa avait justifié l’instauration de l’empire pour de distinguer des autres pays africains. Il a recréé la fonction de Premier Ministre, d’abord en nommant à la tête du gouvernement Ange-Félix Patassé (1937-2011) du 8 décembre 1976 au 14 juillet 1978, puis, à l’occasion d’un grave problème de santé (une attaque cardiaque) qui obligea Ange-Félix Patassé à se faire soigner en France, Bokassa nomma Premier Ministre Henri Maïdou (81 ans), du 14 juillet 1978 au 26 septembre 1979.

Pendant près de deux ans, le comportement de "l’empereur" Ubu ou plutôt, imbu de lui-même, mêlant faste et horreur, rendant encore plus criantes les inégalités sociales dans son pays, fit même douter la France au point de trouver cet allié africain bien trop encombrant.

Un massacre a eu lieu entre le 15 et le 20 janvier 1979 par l’armée, commandé notamment par le général François Bozizé (71 ans), futur dictateur et Président de la République du 15 mars 2003 au 24 mars 2013. Cette répression sanglante a coûté la vie à des dizaines d’écoliers, ce qui éloigna Bokassa d’autres pays africains comme le Sénégal de Léopold Senghor et la Côté d’Ivoire de Félix Houphouët-Boigny.

À partir de mai 1979 et de sa lecture des rapports sur ces massacres de janvier 1979, le Premier Ministre Henri Maïdou s’éloigna de Bokassa. Henri Maïdou a adressé au gouvernement français le 4 septembre 1979 une lettre lui demandant d’intervenir pour en finir avec le régime de Bokassa. Henri Maïdou fut ensuite nommé Vice-Président de la République centrafricaine par David Dacko du 26 septembre 1979 au 23 août 1980.

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Valéry Giscard d’Estaing décida de renverser Bokassa dans la nuit du 20 au 21 septembre 1979 avec l’armée française, au cours de l’Opération Barracuda qui visait officiellement à protéger, voire à rapatrier les ressortissants français du Centrafrique. Bokassa, qui se trouvait alors à Tripoli, en Libye, pendant le coup d’État, s’est réfugié d’abord à Abidjian puis, de décembre 1983 à octobre 1986, en France, au château d’Hardricourt, dans les Yvelines (pas très loin de Meulan), château que Bernard Tapie avait voulu acheter par la suite… Le légataire universel de l’ancien dictateur, son fils Georges Bokassa (ancien Ministre de la Défense de son père) fut lui-même propriétaire du château de Mézy-sur-Seine, à quelques kilomètres du premier château.

L’ancien Président David Dacko proclama le retour à la République dès le 21 septembre 1979 et reprit ses fonctions de Président de la République centrafricaine, jusqu’au 1er septembre 1981, où il démissionna, anticipant un futur coup d’État. Le général André Kolingba (1936-2010) s’empara en effet du pouvoir du 1er septembre 1981 au 22 octobre 1993 en continuant un régime autocratique. Lui succéda Ange-Félix Patassé du 22 octobre 1993 au 15 mars 2003. En cinquante-sept ans d’existence, le Centrafrique a eu peu de chefs d’État, mais beaucoup de régimes : un empire et six républiques.

La politique africaine de Valéry Giscard d’Estaing a été catastrophique en Centrafrique. Il n’aurait jamais dû s’appuyer sur Bokassa. Pire, peut-être que ce fut ce dernier qui lui a fait payer son renversement. Très peu de temps après l’éviction de Bokassa, le 10 octobre 1979, le journal satirique "Le Canard enchaîné" sortit la fameuse "affaire des diamants", où il était question d’un cadeau que Bokassa aurait offert à Valéry Giscard d’Estaing, en avril 1973, lors d’un déplacement (personnel) en Centrafrique, à l’époque où il était Ministre des Finances. Un cadeau composé de quelques diamants (sans grande valeur, estimé entre 4 000 et 7 000 francs), que le futur Président avait rangé dans un tiroir négligemment.

Voici la description de Pierre Georges : « Les tirant d’une bonbonnière posée sur un meuble en simili Empire du palais de Berengo, Sa Majesté Bokassa Ier avait coutume d’offrir aux visiteurs de marque d’étranges friandises : des petits diamants sans grande valeur, comme les berlingots de la couronne. » (5 novembre 1996).

Valéry Giscard d’Estaing, qui trouva cette "affaire" ridicule, refusa de se défendre immédiatement, sinon par le silence et le mépris, ce qui renforça la suspicion à son encontre. La seule occasion où il s’exprima sur le sujet fut lors d’une interview télévisée le 27 novembre 1979 sur Antenne 2, où il répondit à Jean-Pierre Elkabbach, Alain Duhamel et Gérard Saint-Paul en ces termes : « Ces cadeaux, sans que je m’en occupe, je peux vous le dire, ils sont apportés à l’Élysée, ils y sont conservés et ils n’en sortent que pour deux usages, soit qu’ils soient attribués à des œuvres de bienfaisance, soit, lorsqu’ils ont un intérêt à cet égard, ils sont remis à des musées. (…) Avant que mon mandat ne s’achève, tous les cadeaux que j’ai reçus, et dont la liste bien entendu sera conservée, auront été utilisés à l’une ou l’autre de ces fonctions, c’est-à-dire œuvres de bienfaisance ou musées. Je ne vous cache pas que c’est désobligeant pour moi de répondre à des questions de cette nature. Je peux vous dire que déjà, ces dernières années, de nombreux cadeaux ont été envoyés à des œuvres de bienfaisance, qui le savent et qui, d’ailleurs, m’en envoient par écrit le témoignage, ou à des musées, où ils sont, à l’heure actuelle, présentés. Et enfin, à la question que vous m’avez posée sur la valeur de ce que j’aurais reçu comme Ministre des Finances, j’oppose un démenti catégorique et, j’ajoute, méprisant. ». Quant à son silence, il l’expliqua ainsi : « C’est quelque chose qui tenait aussi, permettez-moi de le dire, à mon caractère et à l’idée que j’ai de ma fonction et qui est qu’il faut laisser les choses basses mourir de leur propre poison. ».





Pour remettre cette affaire dans le contexte politique du moment, il faut se rappeler que le 30 octobre 1979, on avait retrouvé Robert Boulin "suicidé" dans un étang de la forêt de Rambouillet. Alors que VGE était le favori pour une réélection en 1981, cette affaire a plombé sa campagne présidentielle. Il a eu avec cette affaire une aussi mauvaise gestion de sa communication que, trente-six ans plus tard, le candidat François Fillon avec le PénélopeGate. Par la suite, ses successeurs François Mitterrand et Jacques Chirac, pour éviter toute suspicion, ont créé un musée de leur Présidence où ils conservaient tous les cadeaux internationaux qu’ils ont reçus au titre de leur fonction présidentielle.

René Backmann a donné une tentative d’explication à la mansuétude française : « Faut-il fouiller dans les conseils d’administration, et découvrir qu’un cousin du Président, Jacques Giscard d’Estaing, directeur financier du CEA, administrateur de Technicatome et de Framatome, représente les intérêts français dans la compagnie d’exploitation de l’uranium centrafricain ? Amour de la chasse, intérêts financiers, stratégie antisoviétique, politique des matières premières et pesanteurs coloniales : voilà ce qui peut expliquer les bonnes, les excellentes relations [entre les deux chefs d’État]. » (5 décembre 1977).

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L’épilogue resta centrafricain. Finalement, Jean-Bedel Bokassa retourna à Bangui en octobre 1986, et fut condamné à mort le 12 juin 1987 pour les meurtres commis sous sa responsabilité. Sa peine fut commuée en février 1988 à la réclusion à perpétuité, puis à dix ans de prison. Ce fut André Kolingba qui l’a gracié en octobre 1993. Jean-Bedel Bokassa, père d’au moins cinquante-cinq enfants issus d’environ dix-sept femmes, est mort libre, d’un infarctus à Bangui, il y a un peu plus de vingt et un ans, le 3 novembre 1996, à l’âge de 75 ans. Il a été inhumé dans son ancien palais de Berengo (on l’avait appelé "l’ogre de Berengo" pour cette raison), pas loin d’une statue à son effigie et il fut même officiellement réhabilité le 1er décembre 2010 par son lointain successeur, le Président François Bozizé, l’un des responsables des massacres de janvier 1979…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 décembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Sacré Bokassa", article de René Backmann dans "Le Nouvel Observateur" du 5 décembre 1977.
"Sa Majesté Bokassa Ier", article de Pierre Georges dans "Le Monde" du 5 novembre 1996.
Mao Tsé Toung.
Aldolf Hitler.
Joseph Staline.
Pol Pot.
Kim Jong-un.
Saddam Hussein.
Mouammar Kadhafi.
Bachar El-Assad.
Ferdinand Marcos.
Francisco Franco.
Augusto Pinochet.
Fidel Castro.
Hugo Chavez.
Mahmoud Ahmadinejad.
Rouhollah Khomeiny.
Pieter Botha.
Philippe Pétain.
Pierre Laval.
Jean-Bedel Bokassa.
Robert Mugabe.
François Duvalier.
Léonid Brejnev.
Saparmyrat Atayewic Nyyazow.
Laurent Gbagbo.
Zine el-Abidine Ben Ali.
Hosni Moubarak.
Alexandre Loukachenko.
Louis-Antoine de Saint-Just.
Dictature de la pensée unique.
Nicolas Sarkozy était-il un dictateur ?
François Hollande était-il un dictateur ?

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3 novembre 2020 2 03 /11 /novembre /2020 20:23

« Si folie des grandeurs il y eut chez celui que De Gaulle appela le "soudard", elle fut d’importation, nettement inspirée et encouragée. Rien de ce que fut Jean-Bedel Bokassa ne se fit que la France ne l’autorisât, par calcul, nécessité ou faiblesse. » (Pierre Georges, "Le Monde" du 5 novembre 1996).


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Un événement marquant de l’histoire de la Françafrique, le sommet du granguignolesque pitoyable et pompeux, a eu lieu il y a quarante ans, le dimanche 4 décembre 1977 : le couronnement de l’empereur Bokassa Ier. Folie des grandeurs en version centrafricaine et début de la chute de la Giscardie triomphante.

Jean-Bedel Bokassa fut un nom qui résonnait comme un "affreux" dictateur, parmi d’autres "affreux" de l’époque, Amin Dada, Pol Pot, Duvalier, etc. Il y en avait à l’époque tellement que c’est aujourd’hui difficile de tous les énumérer, mais ces noms, pour leurs contemporains, même lointains, donnaient toujours quelques frissons de terreur. Pour Bokassa, normal : Bokassa veut dire "le garçon boucher" en sango (la langue véhiculaire de la République centrafricaine). Empereur de l’abominable, tyran alcoolique et brutal au point de fracasser lui-même des enfants, Bokassa fut même accusé d’anthropophagie, d’avoir mangé des enfants, après les avoir conservés dans un réfrigérateur. La justice ne l’a jamais prouvé, certains ont cru que ce n’étaient que des rumeurs pour le déstabiliser politiquement, mais…

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Né le 21 février 1921, Jean-Bedel Bokassa a été très tôt orphelin, à l’âge de 6 ans : son père a été exécuté le 13 novembre 1927 par l’autorité coloniale après un procès bâclé, pour s’être rebellé, et sa mère s’est ensuite suicidée. Élevé par les pères missionnaires, il s’est engagé dans l’armée française en 1939, et a combattu dans la Division Leclerc dès 1940 (il fut sergent du IIe régiment de marche), a participé au débarquement de Provence et à la bataille du Rhin. Après la guerre et plusieurs formations militaires dont une à Châlons-sur-Marne, il est reparti avec l’armée française en Indochine puis en Algérie, sous les ordres du général Marcel Bigeard et a fini avec le grade de capitaine. Il a donc fait partie des "héros" qui ont libéré la France, ce qui lui a valu Légion d’honneur et Croix de guerre.

Quand Jean-Bedel Bokassa intégra l’armée centrafricaine comme commandant de bataillon, le 1er janvier 1962, la République centrafricaine venait de proclamer son indépendance quelques années plus tôt, dans le cadre d’un accord avec De Gaulle le 1er décembre 1958. Au pouvoir, aidé par les Français, David Dacko (1930-2003), un lointain cousin de Bokassa (plus jeune que lui). David Dacko a récupéré le "pouvoir" à la suite de la mort supposée accidentelle de Barthélemy Boganda (1910-1959), son oncle, considéré comme le "père" de la nation centrafricaine et promoteur du panafricanisme. David Dacko fut Président du gouvernement centrafricain avant l’indépendance, du 1er mai 1959 au 14 août 1960, il fut élu Président de la République centrafricaine le 14 août 1960 et réélu le 5 janvier 1964.

La situation du Centrafrique fut assez chaotique. En perte de croissance économique, avec une politique d’austérité pour juguler les déficits et une difficulté à assurer l’intégrité territoriale du pays vis-à-vis de ses voisins (les frontières étaient franchies par des partisans de Patrice Lumumba), le pays a accepté de l’aide financière de la Chine communiste (un prêt à taux nul d’un milliard de francs CFA). Cette aide n’a pas permis de relever financièrement le pays à cause de la corruption généralisée.

Conseiller militaire du Président, promu colonel le 1er décembre 1964, et devenu chef d’état-major la même année, Bokassa avait un besoin de reconnaissance qui inquiétait beaucoup le pouvoir en place. Dacko créa un corps armé indépendant de l’armée avec la gendarmerie. Envoyé en France de juillet à octobre 1965 pour l’éloigner du Centrafrique, Bokassa a finalement organisé un coup d’État le 31 décembre 1965 pour renverser David Dacko. Jean-Bedel Bokassa s’est proclamé Président de la République centrafricaine le 1er janvier 1966.

Ses deux principaux rivaux des forces armées centrafricaines, Jean Izamo, chef de la gendarmerie, et Prosper Mounoumbaye, chef de la garde présidentielle, furent éliminés, battus à mort en janvier 1966 (lire ce qu’en a dit plus tard le journaliste René Backmann). En revanche, Bokassa préserva la vie de David Dacko qu’il fit enfermer, dans un but très simple : il voulait obtenir la reconnaissance internationale de son nouveau pouvoir. Son bras droit dans le coup d’État, le lieutenant-colonel Alexandre Banza (1932-1969) fut nommé ministre de Bokassa et noua de nombreuses relations diplomatiques en Afrique. Son influence politique fut très importante.

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La France, qui avait soutenu David Dacko, fut très réticente à reconnaître Bokassa (après une rencontre avec Bokassa le 7 juillet 1966, Georges Pompidou, Premier Ministre, refusa une telle reconnaissance) mais en raison du risque de perdre de l’influence sur le Centrafrique (notamment monétaire), De Gaulle fit à Bokassa l’honneur de venir en visite officielle à Bangui le 17 novembre 1966, ce qui valait une reconnaissance officielle. La position géostratégique de la République centrafricaine a rendu inéluctable le soutien de la France. Bokassa appela De Gaulle "papa" (ce qui agaçait énormément le Général) et plus tard, Valéry Giscard d’Estaing son "frère"…

L’influence d’Alexandre Banza, en charge des Finances, fut d’autant plus menaçante pour Bokassa qu’il critiquait ses dépenses somptuaires, ce qui a abouti à sa disgrâce : arrêté le 9 avril 1969 alors qu’il allait commettre un coup d’État, Alexandre Banza fut exécuté le 12 avril 1969 après une parodie de procès. Bokassa n’avait plus de concurrent politique réel.

Pendant ses premières années au pouvoir et malgré les actes de torture, de terreur, et les exécutions sommaires de ses opposants, Bokassa a joui d’une relative popularité auprès du peuple centrafricain, même si son besoin de reconnaissance ne cessait pas : il s’autoproclama le 2 mars 1972 Président de la République à vie (les dictateurs sont très rares à se proclamer Présidents à vie, un autre fut haïtien, par exemple). Il s’autoproclama le 19 mai 1974 maréchal (un titre dont il était fier).

Le journaliste René Backmann a écrit dans "Le Nouvel Observateur" du 5 décembre 1977, pour décrire le type de dirigeant politique qu’était Bokassa : « Tout le monde sait, en Afrique et ailleurs, que, depuis le coup d’État militaire du 31 décembre 1965 qui l’a porté au pouvoir, Jean-Bedel Bokassa (…) gouverne, ou plutôt, règne par la terreur et la corruption, au gré capricieux de ses fantasmes et de ses folies, au milieu d’une nuée de courtisans minables, de fonctionnaires terrorisés, d’aigrefins flatteurs et d’escrocs internationaux, prêts à saisir la moindre occasion de s’emplir les poches. Quelle proie, en effet, pour les filous itinérants que ce dictateur quasi-illettré, amateur de chivas et de beaujolais, collectionneur d’instruments de musique, de médailles et d’appareils de photo, clown sinistre et menaçant, capable de distribuer avec la même générosité une poignée de diamants à un flagorneur ou une volée de coups de gourdin à un "suspect", avant de sombrer dans la mélancolie et de rêver au petit bistro de Fréjus où il cuvait ses cuites au bon vieux temps de la "coloniale". ».

Et le reporter de raconter la réalité de cette terreur : « Il n’a aucune confiance en son entourage. (…) Il hait les intellectuels (…). Il voit des complots partout, lâche ses flics et ses tortionnaires sur le moindre suspect. En 1966, l’ancien chef e la sécurité de son prédécesseur, accusé de subversion, est arrêté. Les militaires l’émasculent avant de lui arracher les yeux, puis de le décapiter. Il faut une intervention de l’ambassade française pour dissuader Bokassa de faire circuler la tête dans les écoles, à titre d’avertissement. Chaque année, de nouveaux complots, réels ou imaginaires, sont découverts. Arrestations, disparitions, tortures, emprisonnements, exécutions sommaires se multiplient. On ignore le nombre exact de ses prisonniers et de ses victimes. Une chose est sûre : l’arbitraire, en Centrafrique comme en Ouganda [dirigé par Amin Dada], est devenu la loi. Le 31 juillet 1972, à Bangui, Bokassa préside une séance de bastonnade destinée à punir les voleurs. (…) Bilan : trois morts dont on expose les cadavres sur la place principale, à côté des blessés sanguinolents et enchaînés. » (5 décembre 1977).

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Très instable sur le plan institutionnel (il voulait éviter tout risque de rivalité politique), Bokassa créa un poste de Premier Ministre le 1er janvier 1975, auquel il nomma Élisabeth Domitien (1925-2005), la première femme à occuper la tête d’un gouvernement africain (et la seule à ce jour !), mais elle fut limogée (et le poste de Premier Ministre fut supprimé) le 7 avril 1976 car elle s’était opposée à la transformation du régime en monarchie…

L’année 1976 fut d’ailleurs l’année de toutes les loufoqueries pour Bokassa qui s’est converti (très provisoirement) à l’islam pour séduire son "cousin" Mouammar Kadhafi et obtenir une aide financière de la Libye. Il a limogé le gouvernement en septembre 1976 au profit d’un conseil de la révolution centrafricaine. Autre bizarrerie, il a fait libérer David Dacko (en prison depuis 1966) et en a fait son bras droit influent.

Mais la plus grande des loufoqueries, ce fut le 4 décembre 1976, la proclamation de l’Empire centrafricain. Admirateur de Napoléon, il a attendu deux jours après le 2 décembre pour cette proclamation. Son sacre a eu lieu exactement un an plus tard, le 4 décembre 1977 (il y a quarante ans), avec un luxe incroyablement calculé. Ce fut la honte de la France d’avoir accepté une telle bouffonnerie, en envoyant, pour être représentée à cette cérémonie, le conseiller Afrique de l’Élysée René Journiac et l’un des barons du gaullisme, le Ministre de la Coopération Robert Galley (après le refus de Michel Poniatowski, Alain Peyrefitte et Louis de Guiringaud).

Le pape Paul VI, sollicité, avait refusé de venir cautionner cette supercherie (invité au Te Deum à la cathédrale de Bangui), et l’archevêque de Bangui avait déconseillé à Bokassa de faire venir le pape car cela risquait de créer des tensions entre les communautés religieuses. Étrangement, en janvier 2017, le Vatican aurait sorti un timbre commémorant le quarantième anniversaire de ce sacre. C’est ce que j’ai trouvé sur Internet et aucune information ne m’a permis d’en confirmer la véracité (l’image pouvant être un faux).

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Non seulement la France s’est prêtée politiquement à cette mascarade de couronnement, mais aussi économiquement avec la fourniture de nombreux équipements et consommations, entre autres, 60 000 bouteilles de Champagne et de Bourgogne, des vêtements impériaux (manteau d’hermine, etc.) créés par Pierre Cardin, une couronne en or et diamants qui a coûté 50 000 fois le salaire moyen d’un salarié centrafricain, un carrosse luxueux, une trentaine de chevaux (dont deux périrent pendant la cérémonie), etc. Au total, la note de la journée, filmée par l’Armée française pour le compte de Bokassa, fut très salée : 100 millions de francs (l’équivalent de l’aide française), financés par la France mais aussi par Kadhafi.

Par prudence et discernement, aucun chef d’État ou de gouvernement, à l’exception d’un d’un petit État, n’a voulu assister à cette cérémonie aussi ridicule que mégalomaniaque. La France a été en dessous de tout d’avoir accompagné ce dictateur dans ses délires très coûteux. Bokassa regretta cependant l’absence de Valéry Giscard d’Estaing qui avait donné une excuse bidon pour ne pas s’y rendre.

Le journaliste Pierre Georges notait, à la mort du dictateur, ceci à propos du sacre, dans "Le Monde" du 5 novembre 1996 : « Ce jour-là, la France participa beaucoup, fournissant tout : l’argent, la couronne, le sceptre, le trône, la claque et même le carrosse impérial ; tiré par des chevaux de Normandie peints en or gris. Elle fournit même sa bénédiction à ce simulacre de sacre (…). Épisode pitoyable que la France, dans une approche curieuse de son devoir de coopération, encouragea et couvrit. Mieux valait à ses yeux un Bokassa empereur, ex-soldat (…) de la France libre (…) que tout autre Centrafricain , susceptible a priori d’accointance progressiste. ».

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Bokassa avait justifié l’instauration de l’empire pour de distinguer des autres pays africains. Il a recréé la fonction de Premier Ministre, d’abord en nommant à la tête du gouvernement Ange-Félix Patassé (1937-2011) du 8 décembre 1976 au 14 juillet 1978, puis, à l’occasion d’un grave problème de santé (une attaque cardiaque) qui obligea Ange-Félix Patassé à se faire soigner en France, Bokassa nomma Premier Ministre Henri Maïdou (81 ans), du 14 juillet 1978 au 26 septembre 1979.

Pendant près de deux ans, le comportement de "l’empereur" Ubu ou plutôt, imbu de lui-même, mêlant faste et horreur, rendant encore plus criantes les inégalités sociales dans son pays, fit même douter la France au point de trouver cet allié africain bien trop encombrant.

Un massacre a eu lieu entre le 15 et le 20 janvier 1979 par l’armée, commandé notamment par le général François Bozizé (71 ans), futur dictateur et Président de la République du 15 mars 2003 au 24 mars 2013. Cette répression sanglante a coûté la vie à des dizaines d’écoliers, ce qui éloigna Bokassa d’autres pays africains comme le Sénégal de Léopold Senghor et la Côté d’Ivoire de Félix Houphouët-Boigny.

À partir de mai 1979 et de sa lecture des rapports sur ces massacres de janvier 1979, le Premier Ministre Henri Maïdou s’éloigna de Bokassa. Henri Maïdou a adressé au gouvernement français le 4 septembre 1979 une lettre lui demandant d’intervenir pour en finir avec le régime de Bokassa. Henri Maïdou fut ensuite nommé Vice-Président de la République centrafricaine par David Dacko du 26 septembre 1979 au 23 août 1980.

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Valéry Giscard d’Estaing décida de renverser Bokassa dans la nuit du 20 au 21 septembre 1979 avec l’armée française, au cours de l’Opération Barracuda qui visait officiellement à protéger, voire à rapatrier les ressortissants français du Centrafrique. Bokassa, qui se trouvait alors à Tripoli, en Libye, pendant le coup d’État, s’est réfugié d’abord à Abidjian puis, de décembre 1983 à octobre 1986, en France, au château d’Hardricourt, dans les Yvelines (pas très loin de Meulan), château que Bernard Tapie avait voulu acheter par la suite… Le légataire universel de l’ancien dictateur, son fils Georges Bokassa (ancien Ministre de la Défense de son père) fut lui-même propriétaire du château de Mézy-sur-Seine, à quelques kilomètres du premier château.

L’ancien Président David Dacko proclama le retour à la République dès le 21 septembre 1979 et reprit ses fonctions de Président de la République centrafricaine, jusqu’au 1er septembre 1981, où il démissionna, anticipant un futur coup d’État. Le général André Kolingba (1936-2010) s’empara en effet du pouvoir du 1er septembre 1981 au 22 octobre 1993 en continuant un régime autocratique. Lui succéda Ange-Félix Patassé du 22 octobre 1993 au 15 mars 2003. En cinquante-sept ans d’existence, le Centrafrique a eu peu de chefs d’État, mais beaucoup de régimes : un empire et six républiques.

La politique africaine de Valéry Giscard d’Estaing a été catastrophique en Centrafrique. Il n’aurait jamais dû s’appuyer sur Bokassa. Pire, peut-être que ce fut ce dernier qui lui a fait payer son renversement. Très peu de temps après l’éviction de Bokassa, le 10 octobre 1979, le journal satirique "Le Canard enchaîné" sortit la fameuse "affaire des diamants", où il était question d’un cadeau que Bokassa aurait offert à Valéry Giscard d’Estaing, en avril 1973, lors d’un déplacement (personnel) en Centrafrique, à l’époque où il était Ministre des Finances. Un cadeau composé de quelques diamants (sans grande valeur, estimé entre 4 000 et 7 000 francs), que le futur Président avait rangé dans un tiroir négligemment.

Voici la description de Pierre Georges : « Les tirant d’une bonbonnière posée sur un meuble en simili Empire du palais de Berengo, Sa Majesté Bokassa Ier avait coutume d’offrir aux visiteurs de marque d’étranges friandises : des petits diamants sans grande valeur, comme les berlingots de la couronne. » (5 novembre 1996).

Valéry Giscard d’Estaing, qui trouva cette "affaire" ridicule, refusa de se défendre immédiatement, sinon par le silence et le mépris, ce qui renforça la suspicion à son encontre. La seule occasion où il s’exprima sur le sujet fut lors d’une interview télévisée le 27 novembre 1979 sur Antenne 2, où il répondit à Jean-Pierre Elkabbach, Alain Duhamel et Gérard Saint-Paul en ces termes : « Ces cadeaux, sans que je m’en occupe, je peux vous le dire, ils sont apportés à l’Élysée, ils y sont conservés et ils n’en sortent que pour deux usages, soit qu’ils soient attribués à des œuvres de bienfaisance, soit, lorsqu’ils ont un intérêt à cet égard, ils sont remis à des musées. (…) Avant que mon mandat ne s’achève, tous les cadeaux que j’ai reçus, et dont la liste bien entendu sera conservée, auront été utilisés à l’une ou l’autre de ces fonctions, c’est-à-dire œuvres de bienfaisance ou musées. Je ne vous cache pas que c’est désobligeant pour moi de répondre à des questions de cette nature. Je peux vous dire que déjà, ces dernières années, de nombreux cadeaux ont été envoyés à des œuvres de bienfaisance, qui le savent et qui, d’ailleurs, m’en envoient par écrit le témoignage, ou à des musées, où ils sont, à l’heure actuelle, présentés. Et enfin, à la question que vous m’avez posée sur la valeur de ce que j’aurais reçu comme Ministre des Finances, j’oppose un démenti catégorique et, j’ajoute, méprisant. ». Quant à son silence, il l’expliqua ainsi : « C’est quelque chose qui tenait aussi, permettez-moi de le dire, à mon caractère et à l’idée que j’ai de ma fonction et qui est qu’il faut laisser les choses basses mourir de leur propre poison. ».





Pour remettre cette affaire dans le contexte politique du moment, il faut se rappeler que le 30 octobre 1979, on avait retrouvé Robert Boulin "suicidé" dans un étang de la forêt de Rambouillet. Alors que VGE était le favori pour une réélection en 1981, cette affaire a plombé sa campagne présidentielle. Il a eu avec cette affaire une aussi mauvaise gestion de sa communication que, trente-six ans plus tard, le candidat François Fillon avec le PénélopeGate. Par la suite, ses successeurs François Mitterrand et Jacques Chirac, pour éviter toute suspicion, ont créé un musée de leur Présidence où ils conservaient tous les cadeaux internationaux qu’ils ont reçus au titre de leur fonction présidentielle.

René Backmann a donné une tentative d’explication à la mansuétude française : « Faut-il fouiller dans les conseils d’administration, et découvrir qu’un cousin du Président, Jacques Giscard d’Estaing, directeur financier du CEA, administrateur de Technicatome et de Framatome, représente les intérêts français dans la compagnie d’exploitation de l’uranium centrafricain ? Amour de la chasse, intérêts financiers, stratégie antisoviétique, politique des matières premières et pesanteurs coloniales : voilà ce qui peut expliquer les bonnes, les excellentes relations [entre les deux chefs d’État]. » (5 décembre 1977).

_yartiBokassa09

L’épilogue resta centrafricain. Finalement, Jean-Bedel Bokassa retourna à Bangui en octobre 1986, et fut condamné à mort le 12 juin 1987 pour les meurtres commis sous sa responsabilité. Sa peine fut commuée en février 1988 à la réclusion à perpétuité, puis à dix ans de prison. Ce fut André Kolingba qui l’a gracié en octobre 1993. Jean-Bedel Bokassa, père d’au moins cinquante-cinq enfants issus d’environ dix-sept femmes, est mort libre, d’un infarctus à Bangui, il y a un peu plus de vingt et un ans, le 3 novembre 1996, à l’âge de 75 ans. Il a été inhumé dans son ancien palais de Berengo (on l’avait appelé "l’ogre de Berengo" pour cette raison), pas loin d’une statue à son effigie et il fut même officiellement réhabilité le 1er décembre 2010 par son lointain successeur, le Président François Bozizé, l’un des responsables des massacres de janvier 1979…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 décembre 2017)
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Pour aller plus loin :
"Sacré Bokassa", article de René Backmann dans "Le Nouvel Observateur" du 5 décembre 1977.
"Sa Majesté Bokassa Ier", article de Pierre Georges dans "Le Monde" du 5 novembre 1996.
Mao Tsé Toung.
Aldolf Hitler.
Joseph Staline.
Pol Pot.
Kim Jong-un.
Saddam Hussein.
Mouammar Kadhafi.
Bachar El-Assad.
Ferdinand Marcos.
Francisco Franco.
Augusto Pinochet.
Fidel Castro.
Hugo Chavez.
Mahmoud Ahmadinejad.
Rouhollah Khomeiny.
Pieter Botha.
Philippe Pétain.
Pierre Laval.
Jean-Bedel Bokassa.
Robert Mugabe.
François Duvalier.
Léonid Brejnev.
Saparmyrat Atayewic Nyyazow.
Laurent Gbagbo.
Zine el-Abidine Ben Ali.
Hosni Moubarak.
Alexandre Loukachenko.
Louis-Antoine de Saint-Just.
Dictature de la pensée unique.
Nicolas Sarkozy était-il un dictateur ?
François Hollande était-il un dictateur ?

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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 03:03

« Sophie Pétronin est libre. Retenue en otage depuis près de quatre ans au Mali, sa libération est un immense soulagement. À sa famille, à ses proches, j’adresse un message de sympathie. Aux autorités maliennes, merci. Le combat contre le terrorisme au Sahel se poursuit. » (Emmanuel Macron, le 8 octobre 2020 sur Twitter).


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Tout le monde ne peut que se réjouir de la libération de Sophie Pétronin (convertie à l’islam, elle se fait maintenant appeler Mariam). Elle fut libérée ce jeudi 8 octobre 2020 et a pu regagner la France le lendemain, reçu à l’aéroport de Villacoublay par le Président de la République Emmanuel Macron et le Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. Sophie Pétronin fut libérée en même temps que l’ancien ministre malien Soumaïla Cissé (ancien candidat à la Présidence de la République en 2002, en 2013 et en 2018, et président de l’Union pour la République et la démocratie), enlevé le 25 mars 2020, ainsi que de deux otages italiens.

Cette femme de 75 ans a l’air d’avoir un solide caractère et des valeurs inoxydables. Le courage ne lui a pas manqué lorsque, depuis Bordeaux, elle s’est aventurée dans le don de soi et le travail humanitaire au Mali. Nutritionniste, elle a atteint Gao en 1996 et y est restée jusqu’à son enlèvement le 24 décembre 2016, et elle voudrait maintenant y retourner : « Je vais aller en France, en Suisse, et après, je vais revenir voir un peu ce qui se passe ici (…). J’ai pris l’engagement pour les enfants, ça fait presque quatre ans que je n’ai pas vu comment se déroulent les programmes (…). Il faut quand même que j’aille jeter un œil et les saluer parce que j’ai pris cet engagement. Si vous prenez un engagement, allez au bout de votre engagement sinon vous aurez perdu votre raison d’être sur cette terre. ». Mais son fils, qui, en 2018, a voulu trouver lui-même le moyen de la faire sortir de ce guêpier et présent à Bamako dès le 6 octobre 2020, entend bien "cadrer" un tel retour : « Attends que je cadre certaines choses, tu n’iras pas là où tu veux. ». Oui à Bamako, non à Gao, car c’est trop dangereux.

Les déclarations de Sophie Pétronin depuis sa libération ont de quoi déconcerter puisqu’elle a affirmé n’avoir aucune colère contre ses ravisseurs et qu’elle a toujours été respectée. À Bamako, elle a en effet affirmé : « J’ai transformé la détention, si on peut dire, en retraite spirituelle (…). J’étais dans l’acceptation de ce qui m’arrivait et je n’ai pas résisté, et puis voilà, je m’en suis sortie (…). L’air était sain, bon (…). Je me suis accrochée, j’ai tenu, j’ai beaucoup prié parce que j’avais beaucoup de temps, je me suis promenée, j’ai bien mangé, j’ai bien bu, de l’eau fraîche hein ! ». Plus tard sur TF1 : « Contrairement à ce que l’on pourrait croire, je vais bien (…). J’ai toujours été respectée, ils ont toujours pris soin de moi (…). J’étais hors du temps et de l’espace, entre le ciel et la terre (…). On a même quitté le Mali (…). J’ai continué de prier, particulièrement le soir, faire de la relaxation (…). Pendant trois ans et neuf mois, j’ai très bien dormi. ».

Des mauvaises langues pourraient parler du syndrome de Stockholm qui laisse entendre que les otages deviennent souvent favorables à leurs ravisseurs : « Appelez-les comme vous voulez, moi, je dirais que ce sont des groupes d’opposition armés au régime. ». Mais je pense que c’est bien plus complexe. Cette femme a la foi et elle semble avoir une foi en l’espérance qui dépasse ce qu’une personne ordinaire peut imaginer. Elle reste focalisée sur son monde à secourir et se préoccupe bien peu de son devenir même si cela ne lui est évidemment pas indifférent, pour elle, mais aussi pour les enfants qu’elle veut continuer à aider.

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"Là-bas", elle a en effet aidé de nombreux enfants atteints de malnutrition. Elle y a créé plusieurs organisations non gouvernementales (ONG), l’Association d’entraide Nord Gao (AENG) en 1998, puis l’Association d’aide à Gao en 2004. Elle a déjà failli se faire enlever par des djihadistes en 2012 et elle a averti dans un rapport de ce risque d’enlèvement et d’attentat au Mali, ce qui fait qu’elle est restée aider les enfants maliens en toute conscience du danger auquel elle était exposée.

Enlevée le 24 décembre 2016 à Gao, elle a fait l’objet de très nombreuses inquiétudes sur sa santé et même sa vie. Sans nouvelles d’elle pendant de longs mois, les autorités françaises ont pu en avoir seulement le 1er juillet 2017 (elle était présente dans une vidéo avec d’autres otages). Elle est réapparue dans d’autres vidéos le 1er mars 2018 et le 13 juin 2018, et en novembre 2018, il était même question de sa libération prochaine.

Encouragé par Ingrid Betancourt, otage en Colombie, son fils a d’ailleurs montré beaucoup d’incompréhension vis-à-vis de l’exécutif qui ne semblait pas, de son point de vue, comprendre l’urgence de libérer Sophie Pétronin et semblait au contraire l’avoir abandonnée à son triste sort. Emmanuel Macron a réagi en affirmant, le 14 décembre 2018 : « L’État continue d’agir sans relâche pour retrouver notre compatriote. Une telle démarche pour réussir exige le professionnalisme et la discrétion. ». Lors de l’hommage national le 14 mai 2019 aux deux soldats morts au Burkina Faso pour libérer deux otages français, Emmanuel Macron a d’ailleurs rappelé : « Je pense à Sophie Pétronin aux mains de ses ravisseurs. Nous ne l’oublions pas ! ».

Ingrid Betancourt a aussi témoigné à propos de son propre enlèvement et de sa propre libération il y a douze ans, en évoquant Nicolas Sarkozy : « J’ai su plus tard qu’il appelait tous les  jours [en Colombie] pour faire pression. ». Néanmoins, Sébastien Chabaud-Pétronin (le fils de l’otage) n’a pas été très rassuré (ce qui peut se comprendre) et regrettait le manque de transparence des autorités françaises.

C’est sur ce point que je voudrais m’attarder. Voici justement un domaine où la transparence est foncièrement mauvaise. On dit que les secrets sont gardés souvent pour raison d’État, mais libérer une otage, réussir à la récupérer vivante, c’est une raison d’État largement suffisante. Il y a deux ans, le fils de l’otage semblait être persuadé que la France, refusant de négocier avec les djihadistes, laissait volontairement Sophie Pétronin à son triste sort pour ne pas hypothéquer son combat contre les djihadistes, mais l’histoire vient de montrer le contraire. La France n’abandonne jamais ses ressortissants.

S’il y a un point dont il ne faut absolument pas parler en public, ce sont les conditions dans lesquelles un otage a pu être libéré. C’est facile à comprendre : dès lors qu’on connaît le prix d’un otage, des organisations mafieuses ou (et) terroristes pourraient en profiter pour multiplier les prises d’otages. Et même dire publiquement, comme c’est le cas, que Sophie Pétronin était la dernière otage française, c’est dire son prix très élevé et donner de mauvaises idées à des organisations qui détestent la France.

C’est avec cette clef de compréhension qu’il faut fermement condamner la réaction de la présidente du RN Marine Le Pen, visiblement déjà en pleine campagne électorale et malheureusement, sur les traces de son père en ce qui concerne le contenu de ses déclarations. Une occasion perdue de se taire.

Dans un tweet le 9 octobre 2020, Marine Le Pen a en effet déclaré : « Nos soldats combattent au Mali depuis de longues années. Certains de leurs camarades sont mort au combat. Jamais on ne devrait transiger avec l’islamisme et permettre la libération de djihadistes, au risque d’exposer plus encore nos armées déjà durement éprouvées. ». En clair, elle aurait préféré que la France abandonnât Sophie Pétronin.

Cette prise de position totalement irresponsable (c’est-à-dire, qui pourrait coûter la vie à d’éventuels futurs otages français dans l’avenir) de la candidate permanente du RN se basait sur des rumeurs persistantes provenant de responsables maliens sous couvert d’anonymat selon lesquelles des dizaines de prisonniers djihadistes auraient été libérés entre le 4 et le 6 octobre 2020.

Et pourquoi ne pas renvoyer Sophie Pétronin chez ses ravisseurs ? Bingo, l’assistant d’un député européen RN l’a lâché ! Damien Rieu, collaborateur de Philippe Olivier (RN), conseiller de Marine Le Pen, a en effet balancé sur Twitter le même jour : « On a libéré 200 criminels jihadistes qui vont repartir tirer sur nos soldats et dépensé 10 millions pour elle mais elle se convertie [sic !] à l’Islam et veut retourner au Mali… Rendez Sophie Pétronin à ses ravisseurs ! » (9 octobre 2020). Ce militant d’extrême droite aurait-il le cran de le dire en face de cette femme courageuse, yeux dans les yeux et pas dans son petit fauteuil douillet à Bruxelles ? D’autant plus qu’aucune confirmation n’a eu lieu (et n’aura lieu, évidemment) sur ce possible échange de prisonniers ni sur leur nombre et l’identité des personnes libérées (nul doute que le coup d’État du 18 août 2020 et l’éviction du Président Ibrahim Boubacar Keïta a fait bouger les choses).

Ces déclarations (qui n’ont pas beaucoup moussé le week-end) montrent au moins deux choses concernant la candidate RN de 2022 : d’une part, elle est incapable de sens de l’État car s’il y a bien un secret d’État à préserver pour l’intérêt national, c’est bien sur les négociations pour la libération des otages (professionnalisme et discrétion, comme le rappelaient l’Élysée et le Quai d’Orsay) ; d’autre part, il y a des Français pour lesquels on peut risquer la vie de soldats pour les libérer, et d’autres non, en particulier s’ils sont musulmans. Bonjour la devise républicaine ! C’est la preuve que Marine Le Pen se moque de l’intérêt national et n’a donc rien d’une patriote, comme elle voudrait le laisser croire, elle préfère la posture et la polémique politiciennes, quand bien même cela pourrait mettre en danger la vie d’éventuels futurs otages français…

Inutile par ailleurs de faire la publicité des réactions totalement hors sol de Florian Philippot, l’ancien proche de Marine Le Pen, ou de sites comme Ripostes laïques qui répondent bien à la formule selon laquelle l’excessif est insignifiant.

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Pour Emmanuel Macron, contrairement à ces déclarations à l’emporte-pièce de l’extrême droite, c’est au contraire un grand succès diplomatique de la France que cette libération de Sophie Pétronin qui a été très longue à négocier.

Enseignant à l’IEP de Paris et spécialiste des prises d’otages, Étienne Dignat a insisté, dans une interview à "20 Minutes" le 9 octobre 2020, sur l’union nationale et sur les raisons de la libération des prisonniers : « Il est important que ce moment d’union nationale soit respecté, vis-à-vis de Sophie Pétronin et de ses proches. Pour ce qui est du terrain, il faut rappeler que c’est l’État malien qui a relâché ces djihadistes, afin d’obtenir la libération de Soumaïla Cissé, figure éminente de la vie politique du pays. L’échange aurait par conséquent eu lieu d’une manière ou d’une autre et devient une victoire quand il engendre des scènes de liesse au Mali, à l’image de la nuit dernière. ».

Pour cet expert, la libération éventuelle des djihadistes ne renforcerait pas significativement leurs positions sur le terrain car la France a déjà remporté des succès tactiques sur place. La libération de Sophie Pétronin est aussi un succès français : « Une libération est en soi un succès diplomatique puisqu’elle démontre une connaissance fine du terrain et une capacité à mener à bien une négociation d’une extrême complexité. Dans le cas présent, la France a su s’adresser aux bons interlocuteurs et mobiliser son allié malien pour mener conjointement l’échange. ».

Je termine néanmoins par la fin de l’interview d’Étienne Dignat qui mérite de s’y arrêter et de nourrir la réflexion : « La crise sanitaire n’a fait que renforcer l’attachement à la sacralité de la vie humaine dans les sociétés occidentales et le rôle attribué à l’État dans la gestion de la vie de ses citoyens. La libération de Sophie Pétronin ne fait que confirmer la disposition de notre société à sacrifier une partie de sa liberté, de sa sécurité ou de ses ressources pour l’un de ses membres. Un bref calcul permet d’esquisser un parallèle : le gouvernement estime que le confinement a causé une perte de 120 milliards d’euros et qu’il aurait permis de sauver 60 000 vies, soit 2 millions d’euros par vie humaine. Une somme finalement assez proche des rançons généralement demandées pour la libération d’un otage. » ("20 Minutes", le 9 octobre 2020).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

Interview d’Étienne Dignat dans "20 Minutes" du 9 octobre 2020 sur la libération de Sophie Pétronin.

Sophie Pétronin.
Ingrid Betancourt.
Taxe Nutella : Serge Atlaoui, otage de l’huile de palme ?
Pourquoi mourir au Mali ?
L’engagement militaire de la France au Mali le 11 janvier 2013.
Daech.
Commando Hubert : la France dans l’unité nationale autour de ses deux héros.
Bénin : le courage et le sacrifice de deux vies pour en sauver d’autres.
Niger : le prix d’un message.
N’oublions pas le sacrifice du colonel Arnaud Beltrame !
Nos soldats à Beyrouth, il y a trente-cinq ans…
Hommage des quatre soldats tués le 24 janvier 2012 en Afghanistan.
Ils ne sont pas des numéros.
Chasseurs alpins en Afghanistan.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201008-sophie-petronin.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/polemiques-indecentes-sur-la-227747

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/10/11/38583978.html









 

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14 janvier 2020 2 14 /01 /janvier /2020 03:47

« Moi, général de division Philip Effiong, officier chargé de diriger le gouvernement de la République du Biafra, souhaite maintenant faire les déclarations suivantes. Nous affirmons que nous sommes des citoyens nigérians loyaux et reconnaissons l’autorité du gouvernement militaire fédéral du Nigeria. Nous acceptons la structure administrative et politique actuelle de la Fédération du Nigeria. Toute future modification constitutionnelle sera élaborée par les représentants du peuple du Nigeria. La République du Biafra cesse d’exister dès maintenant. » (Philip Effiong, 2e Président du Biafra, à Lagos le 15 janvier 1970).



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La période infernale a eu une fin. La guerre du Biafra s’est achevée il y a cinquante ans, le 15 janvier 1970. Commencée le 6 juillet 1967 par la sécession d’une partie du territoire, cette guerre a fini par l’échec de cette tentative d’indépendance, probablement manipulée par des puissances étrangères, en particulier la France, celle de De Gaulle.

Il faut imaginer cette guerre hors normes. On aurait presque pu dire que c’était une guerre entre le Royaume-Uni et la France. Ou presque. Les coalitions étaient on ne peut plus étonnantes à une époque de guerre froide pour le monde et de légende gaullienne pour la France.

Voyez en effet. Dans un camp, il y a les États-Unis avec le Royaume-Uni et l’Arabie Saoudite (là, c’était très classique), mais aussi …la Russie (enfin, la Russie soviétique, l’URSS), l’Égypte, la Syrie, l’Algérie. Dans l’autre camp, il y a la France, Israël, certains pays africains amis de la France comme la Côte d’Ivoire et le Gabon, l’Espagne de Franco, le Portugal de Salazar, l’Afrique du Sud, la Rhodésie, et même la Chine.

Il ne s’agissait pas d’une guerre mondiale mais d’une guerre civile au Nigeria. L’enjeu, l’indépendance du Biafra, notamment dans le delta du fleuve Niger. Le Nigeria était une colonie britannique (qui a pris son indépendance en 1960), ce qui explique le soutien massif du Royaume-Uni à l’intégrité de ce pays, et peut-être aussi la rivalité de la France dans ces zones africaines. Le Nigeria d’aujourd’hui est l’un des pays les plus peuplés d’Afrique et aussi parmi les plus musulmans, certaines sectes musulmanes, sous couvert de Daech, ont massacré récemment de nombreux habitants (Boko Haram), dans le nord du pays.

En fait, officiellement, la France était neutre et refusait d’aider l’un ou l’autre des deux camps, mais la diplomatie secrète africaine de Jacques Foccart privilégiait l’option d’un Biafra indépendant, afin de morceler l’ex-empire britannique en Afrique et réduire son influence. Et afin aussi de s’opposer au Nigeria qui cherchait à liguer tous les pays africains contre les essais nucléaires français au Sahara. La Côte d’Ivoire fut l’intermédiaire pour l’aide discrète mais réelle de la France au Biafra. Par ailleurs, les États-Unis, bien que soutien du Nigeria, ont refusé de lui fournir des armes, au contraire du Royaume-Uni qui l’a aidé en leur fournissant massivement des armes. De nombreux mercenaires se sont engagés pour défendre le Biafra.

À la fin des années 1960, le Nigeria comptait autour de 40 millions d’habitants, dont majoritairement des musulmans, mais probablement ceux qui avaient le moins d’influence dans la conduite du pays. Plusieurs coups d’État militaires et la fin du fédéralisme ont conduit Odumegwu Emeka Ojukwu, le gouverneur de la région de l’Est, où habitait une minorité chrétienne qui faisait plutôt partie de l’élite (et était privilégiée par les Britanniques à l’époque de la colonisation pour mieux diviser la population), à proclamer le 30 mai 1967 l’indépendance de la région devenue République du Biafra avec une armée de 100 000 hommes. L’enjeu n’était pas seulement ethnique car dans sa tentative de recentralisation, l’État nigérian voulait reprendre le contrôle des ressources pétrolières du Biafra.

Au début, les sécessionnistes ont eu des succès militaires et ont reconquis les deux tiers des réserves de pétrole, voire la totalité. Mais l’armée nigériane a fini, au fil des mois et des années, à reconquérir le contrôle des principales villes du Biafra jusqu’à la totalité du territoire au début de l’année 1970. Au prix de très lourds sacrifies… des populations des zones impactées.

La dernière offensive de l’armée nigériane a commencé le 23 décembre 1969. L’acte de capitulation fut signé le 12 janvier 1970 et les derniers combats ont eu lieu le 15 janvier 1970. Entre-temps, le Président du Biafra, Odumegwu Emeka Ojukwu a fui en Côte d’Ivoire (le 8 janvier 1970), mais fut rapidement gracié (en 1982), ce qui lui a permis de retourner au Nigeria et de s’installer près d’Enugu, qui fut la capitale du furtif État du Biafra. Il participa même à la vie politique du pays entre 1983 et 2011, notamment en se présentant à l’élection présidentielle en 2003, et s’est éteint à Londres le 27 novembre 2011 (à l’âge de 78 ans). Son Vice-Président Philip Effiong lui succéda pour quelques jours et annonça lui-même, à Lagos, au général nigérian Yakubu Gowon, Président du Nigeria depuis le 1er août 1966 (par le coup d’État militaire du 29 juillet 1966), la fin de la République du Biafra, une déclaration courageuse qui a sauvé de nombreux habitants du massacre annoncé par la dernière offensive des 120 000 hommes de l’armée nigériane.

Cette guerre du Biafra fut quand même particulièrement meurtrière : 150 000 personnes furent tuées directement (dont 100 000 civils), et indirectement, on compte 2 millions de civils qui ont été tués dans le Biafra par la famine engendrée par l’embargo des troupes nigérianes. Plusieurs millions de personnes furent déportées à cause de cette guerre. Le pire a été à partir du 24 mai 1968 et la chute de Port Harcourt qui a coupé l’accès du Biafra à l’océan Atlantique, ce qui a étouffé complètement la région séparatiste.

L’historien Steve Page, de l’Université de Fribourg, a expliqué le 30 juin 2017 que le blocus maritime et terrestre était l’arme principale de l’armée régulière mais il n’a jamais été affiché une finalité de génocide : « Dès le printemps 1968, la situation devient catastrophique pour la population biafraise, qui dépend du commerce extérieur pour l’apport en protéines, viande, lait, œufs… La famine devient toujours plus meurtrière. (…) On parle alors de "génocide par la famine", une notion clef de la propagande biafraise. En fait, si le blocus était un moyen de pression violent, rien ne laisse percevoir une volonté d’extermination de la population de cette région. » (laliberte.ch, propos recueillis par Pascal Fleury).

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Entre 1968 et 1970, au fur et à mesure des (lentes) avancées de l’armée nigériane (grâce à la supériorité des armes fournies par le Royaume-Uni et l’URSS), la population biafraise, soutenant la sécession car elle n’avait pas d’autre choix (craignant pour sa sécurité), se déplaça de camps en camps de réfugiés, entassée dans des lieux sans hygiène et souvent sans nourriture.

Comme on voit, le Biafra a été un mélange de nombreux enjeux : enjeu ethnique (une ethnie, plutôt privilégiée, qui craignait de perdre son pouvoir et qui s’est retranchée dans une région favorisée), enjeu économique (celui du contrôle des réserves de pétrole), et enjeu géopolitique (rivalité d’influence entre l’ancien colon français et l’ancien colon britannique en Afrique subsaharienne). Le gouvernement français trouvait de toute façon l’existence du Nigeria comme un danger pour l’influence française (et plus accessoirement catholique) en Afrique face à un géant où les élites étaient probritanniques (et protestantes).

Ceux qui ont payé, c’étaient les habitants de cette région et plus particulièrement les enfants. Les images ont choqué notamment en France "grâce aux" (ou "à cause des" ?) premières campagnes sollicitant l’aide humanitaire. Sur des affiches, en gros plan, des enfants, généralement nus, affamés, souvent présentant des ventres énormes de malnutrition. Fallait-il les montrer pour octroyer pitié et charité, au risque de retirer toute dignité humaine à ces enfants devenus des phénomènes de foire ?

Je n’ai pas de réponse, car si on ne choque pas, on n’émeut pas, et alors, on ne reçoit pas d’aide du grand public. Mais j’imagine un de ces enfants mis ainsi en vitrine médiatique, qui, rescapé, aurait pu vivre jusqu’à maintenant, quel pourrait être son sentiment s’il se voyait ainsi enfant, maintenant qu’il serait âgé d’au moins 55 voire 60 ans ?

C’était encore "trop tôt" pour qu’il y ait eu une mobilisation ordonnée des artistes, comme ce fut le cas avec la chanson "We Are The World" une quinzaine d’années plus tard, pour aider les populations victimes de la famine en Éthiopie (en 1984 et 1985), dont près d’un million de morts.

Ce qui fut observé pour le Biafra, ce fut la naissance d’une "opinion mondiale", sensible, sensibilisée par les médias des horreurs de la guerre. Cette campagne médiatique a été en effet un grand succès et l’aide des particuliers mais aussi et surtout des organisations humanitaires est arrivée massivement pour sauver de nombreux habitants du Biafra.

Au point que l’armée nigériane a même abattu des avions de la Croix-Rouge en les soupçonnant de fournir des armes aux séparatistes. L’une des conséquences a été notamment que les médecins engagés dans l’aide aux réfugiés biafrais ont créé le 21 décembre 1971 l’association humanitaire Médecins sans frontières (MSF) dont l’influence politique a été très grande tant en France que dans le monde. Il faut rappeler certains de ses médecins qui ont eu une grande part d’influence dans les débats politiques sur l’humanitaire en France, notamment Bernard Kouchner (présent au Biafra en 1968), Claude Malhuret, Xavier Emmanuelli, Rony Brauman, etc. Contesté dans sa volonté trop dépensière de médiatiser les horreurs du monde, Bernard Kouchner quitta d’ailleurs rapidement MSF pour créer Médecins du monde.

Que ce fût pour le Biafra, l’Éthiopie, les deux pays cités ici, ou même l’Ukraine entre les deux guerres, la Chine sous la Révolution culturelle, et dans hélas bien trop d’autres pays, la famine généralement est la conséquence mécanique de décisions de gouvernements sans considération pour les vies humaines, ou de guerres qui furent issues de décisions de même froideur.

À ceux qui pensent que "avant, c’était mieux", constatons qu’il n’existe plus, aujourd’hui, de famine d’une telle intensité de tragédie, soit parce que le monde a des organisations humanitaires efficaces et présentes sur tous les continents, soit qu’il y a un peu plus de sagesse (mais on peut en douter) chez les gouvernants, soit encore que les OGM et l’agriculture intensive ont permis de produire assez de nourriture même en cas de mauvaises saisons ou de circonstances géopolitiques effroyables.

De même, l’idéalisation de la période gaullienne, même si De Gaulle reste, pour moi comme pour de nombreux autres citoyens, une figure tutélaire de la République française, s’arrête à la vérité historique, et en particulier celle de la Françafrique. Le rôle de la France dans cette guerre du Biafra laisse à cette période pourtant historique un arrière-goût particulièrement amer et trouble, il ne faut pas l’oublier…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 janvier 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Biafra, synonyme d’enfants, de famine et de massacres.
Des images faites pour choquer (en 1968).
La guerre du Biafra.
Le génocide au Rwanda.
Les charniers de Timisoara.
Haïti, cauchemars et espoirs.
Erika (12 décembre 1999).
Le tsunami des Célèbes (28 septembre 2018).
Le tremblement de terre à Haïti (12 janvier 2010).
Amoco Cadiz (16 mars 1978).
Tchernobyl (26 avril 1986).
AZF (21 septembre 2001).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200115-biafra.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/biafra-synonyme-d-enfants-de-220680

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/01/12/37936117.html



 

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1 décembre 2019 7 01 /12 /décembre /2019 01:34

Le général François Lecointre, chef d'état-major des armées, a été l'invité de Léa Salamé et Nicolas Demorand sur France Inter le 27 novembre 2019 à 08h20. Il a évoqué les treize militaires français morts au Mali.

Cliquer sur le lien pour télécharger le fichier audio .mp3 :
https://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10239-27.11.2019-ITEMA_22214370-0.mp3





Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191202-mali.html

SR
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20191127-francois-lecointre-france-inter.html




 

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6 septembre 2019 5 06 /09 /septembre /2019 12:37

« C’est toujours sur une démission collective que les tyrans fondent leur puissance. » (Maurice Druon, 1965).


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C’est dans un hôpital de Singapour où il était entré il y a quatre mois que l’ancien dictateur du Zimbabwe Robert Mugabe est mort, ce vendredi 6 septembre 2019, à l’âge de 95 ans (il est né le 21 février 1924). Aucun hôpital de son pays ne l’aurait accepté, tant le système de santé est désastreux, conséquence de ses très longues années au pouvoir.

En effet, Robert Mugabe aurait pu être, dans les années 1990, le Nelson Mandela du Zimbabwe, de l’ancienne Rhodésie du Sud. Il n’a finalement été qu’un simple tyran africain, comme il y en a eu de très nombreux, hélas, au moment de l’indépendance du continent. Robert Mugabe a monopolisé le pouvoir quasiment pendant quatre décennies : Premier Ministre du 18 avril 1980 au 31 décembre 1987 et Président de la République du 31 décembre 1987 au 21 novembre 2017, il poussa le pays dans une catastrophe humaine, sociale, politique et économique.

Communiste, Mugabe avait voulu fonder une république communiste avec parti unique, le sien, le ZANU-PF (le Front patriotique), mais son projet allait à contresens de l’histoire mondiale alors qu’il a pris le pouvoir suprême peu avant la chute du mur de Berlin.

Il avait pourtant eu la possibilité d’une réconciliation nationale, malgré déjà un passif très lourd. Sa énième "réélection" du 27 juin 2008 (quatrième "élection"), comme les précédentes, fut très contestée, avec des manifestations très nombreuses. Soutenu par l’armée, Mugabe continua dans la répression politique.

Malgré tout, le candidat de l’opposition Morvan Tsvangirai considérait qu’il avait gagné dès le premier tour du 29 mars 2008 avec 50,5% des voix. Mais les résultats officiels, proclamés le 2 mai 2008, ne lui ont donné que 47,9% et 43,3% à Robert Mugabe. Une vague de violences ensanglanta le pays (plusieurs centaines de personnes ont été assassinées à cette occasion).

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Considérant que l’élection n’était pas sincère, Morvan Tsvangirai a renoncé à aller au second tour qui donna officiellement 90,2% à Robert Mugabe le 27 juin 2008. Le 22 juin 2008, en effet, Morvan Tsvangirai déclara : « Nous ne pouvons pas leur demander de voter le 27 juin en sachant que voter pourrait leur coûter leur vie. Nous avons décidé que nous ne participerons plus à cette simulation de processus électoral, violente et illégitime. Nous ne jouerons pas le jeu de Mugabe. ». Le vote n’était pas libre, les électeurs devaient montrer leur bulletin de vote à un sbire de Mugabe avant de le glisser dans l’urne…

Parallèlement, le 29 mars 2008 ont eu lieu également des élections législatives qui ont conforté l’opposition à Mugabe : en effet, dans les résultats officiels proclamés le 29 avril 2008, l’opposition, dominée par le MDC, le parti de Morvan Tsvangirai, a obtenu 110 sièges sur 210 et le parti de Mugabe, le ZANU-PF, seulement 99 sièges.

L’Union Africaine n’a pas reconnu le résultat du second tour de l’élection présidentielle du 27 juin 2008 et a appelé à un partage de pouvoir, ce que Robert Mugabe a été contraint d’accepter en confirmant son élection comme Président de la République, mais en acceptant le rétablissement du poste de Premier Ministre offert à son opposant, Morvan Tsvangirai. Cette solution a été trouvée après des discussions au plus haut niveau sous l’égide du Président sud-africain Thabo Mbeki (l’accord a été signé le 15 septembre 2008). La répartition des pouvoirs se faisait ainsi : l’armée sous contrôle du ZANU-PF et la police sous contrôle du MDC. Car les seuls arguments qui comptaient, c’étaient l’armée et la police.

Cette cohabitation politique peu conciliante a eu lieu du 11 février 2009 au 11 septembre 2013. Avec une nouvelle Constitution instituant un régime présidentiel (suppression du poste de Premier Ministre), approuvée par référendum le 16 mars 2013, Robert Mugabe a réussi à reprendre la totalité des pouvoirs lors des élections générales du 31 juillet 2013 : Robert Mugabe fut officiellement réélu (à l’âge de 89 ans) avec 62,8% des voix et son parti, le ZANU-PF, a retrouvé une large majorité des sièges de la Chambre d’Assemblée, 197 sièges sur 270. Ces résultats furent contestés par Morvan Tsvangirai qui se retrouva dans l’opposition. L’Union Africaine a cependant reconnu les résultats.

Au lieu de chercher à maintenir systématiquement le pouvoir, Robert Mugabe aurait eu l’occasion, entre 2008 et 2013, de faire la réconciliation nationale. Non seulement il a cherché à conserver son pouvoir, mais à un âge avancé totalement surréaliste.

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Se sachant cependant mortel, à l’âge de 93 ans, Robert Mugabe envisagea de ne pas se représenter à l’élection présidentielle de 2018 (même si constitutionnellement, il en avait encore la possibilité, malgré la limitation à deux mandats). Les préparatifs de la succession ont été largement influencés par son ex-secrétaire et épouse (depuis 1996), Grace Mugabe, née en 1965 (elle pourrait être sa petite-fille !).

Dans un premier temps, Mugabe a limogé sa première Vice-Présidente Joice Mujuru le 8 décembre 2014, alors qu’elle était considérée comme la possible dauphine. Elle fut remplacée quatre jours plus tard par son ministre Emmerson Mnangagwa, considéré comme le fils de Mugabe, homme de grande proximité et des basses œuvres.

Dans un second temps, presque trois ans plus tard, Mugabe a plongé carrément dans le népotisme, sous influence de son épouse. Le 4 novembre 2017, il a fait part clairement de la volonté de voir Grace lui succéder. Deux jours plus tard, il a limogé Emmerson Mnangagwa, qui pourtant contrôlait l’armée. Là était son erreur.

Robert Mugabe pouvait imaginer que le risque de perdre le pouvoir provenait de son opposition traditionnelle, et surtout, de son opposant permanent, Morvan Tsvangirai. Mais ce dernier était très malade (il est mort le 14 février 2018). En fait, il a eu tort. Le risque provient généralement de ses amis.

Inquiète de l’influence grandissante de Grace Mugabe, l’armée a fait un coup d’État le 15 novembre 2017. Pendant cinq jours, la situation fut très tendue. Des dizaines de milliers de personnes ont défilé le 18 novembre 2017 dans les rues de la capitale, Harare, pour demander le départ de Mugabe. Il était temps ! Le 19 novembre 2017, Emmerson Mnangagwa fut élu président du ZANU-PF à la place de Mugabe. L’armée a finalement obtenu que Robert Mugabe annonçât lui-même sa démission le 21 novembre 2017, avant d’être destitué par le parlement. Par la suite, il protesta énergiquement contre ce putsch, considérant Emmerson Mnangagwa comme illégitime.

Le 24 novembre 2017, l’ancien premier Vice-Président déchu Emmerson Mnangagwa fut effectivement désigné Président de la République. Juridiquement, son limogeage du 6 novembre 2017 avait été annulé et donc, il devenait celui qui normalement devait assurer l’intérim. Il ne fallait pas y voir du vent neuf : il avait à l’époque déjà 75 ans ! et était le responsable de toute la violence politique commise pendant les années Mugabe. Emmerson Mnangagwa fut confirmé à la tête du Zimbabwe par l’élection présidentielle du 30 juillet 2018 (élu avec 50,8% des voix pour cinq ans), élection qui, comme les précédentes élections présidentielles, fut contestée dans son déroulement et ses résultats.

Petite anecdote : Robert Mugabe, qui a toujours contesté son éviction du pouvoir, s’est rangé résolument dans l’opposition à son ancien numéro deux, et a soutenu à l’élection du 30 juillet 2018 …la candidature de Nelson Chamisa (41 ans aujourd’hui), candidat du MDC, successeur de Morvan Tsvangirai à la présidence du MDC (après la mort de ce dernier) et ancien ministre entre 2009 et 2013. Nelson Chamisa a obtenu 44,3% des voix.

Tout indique aujourd’hui que l’actuel Président Emmerson Mnangagwa (77 ans dans neuf jours) n’est qu’un Mugabe sans Mugabe. Robert Mugabe, en quittant le pouvoir après trente-sept ans à la tête du Zimbabwe, a laissé un pays exsangue, sans libertés politiques, avec des atteintes répétées aux droits de l’homme, dans une économie effondrée, avec une inflation montreuse et un taux de chômage proche de 90%, bref, une nation profondément divisée et à plat. Emmerson Mnangagwa vient pourtant, ce 6 septembre 2019, de déclarer Robert Mugabe comme un "héros national", après en avoir fait, dès le 27 novembre 2017, le "père de la nation"…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 septembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Robert Mugabe, l’anti-Mandela du Zimbabwe.
Nelson Mandela.
Morgan Tsvangirai.
Zimbabwe : fin de régime chez Pépé Mugabe.
L’inévitable réélection du dictateur Robert Mugabe (28 mars 2008).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190906-mugabe.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/robert-mugabe-l-anti-mandela-du-217745

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/09/06/37616881.html



 

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5 avril 2019 5 05 /04 /avril /2019 02:44

« Quant à celui qui n’a pas faim de la Voie, pour qui elle n’est rien, ou toute méprisable, celui-là est prêt pour la cruauté majeure. Il ne le sait pas encore, peut-être, il est encore dans l’illusion de ses bons sentiments, de sa culture, de sa moralité. Il suffira d’un choc, peut-être léger, d’un glissement, d’un écart imprévu. Car il est prêt : fruit bon à cueillir par le premier démon qui imposera, à cet homme vide, sa loi de fer. » (Maurice Bellet, "La Voie", 1982). Première partie.



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C’est un petit peu étrange de citer le titre du (célèbre) pamphlet antisémite de Céline à côté de ce petit texte du prêtre Maurice Bellet qui a évoqué "La Voie" sans la définir vraiment, Dieu, mais peut-être autre chose, un besoin de transcendance, une conscience morale... Mettre côte à côte ces deux auteurs très différents est encore plus étrange pour aborder le terrifiant génocide au Rwanda qui a commencé il y a vingt-cinq ans, à la suite d’un attentat le 6 avril 1994. Un génocide, c’est une tragédie qui concerne toute l’humanité. Nul n’est extérieur à ce qu’il s’est passé au Rwanda.

Les comparaisons morbides n’ont pas lieu d’être, évidemment, mais il faut imaginer l’ampleur de l’horreur : un million de Rwandais (selon les autorités rwandaises ; 800 000 selon l’ONU) ont été massacrés en trois mois, du 7 avril 1994 au 17 juillet 1994. Environ 14% de la population rwandaise furent décimés. Les nazis ont exterminé environ six millions de personnes en deux à trois ans.

Il ne s’agit évidemment pas de minimiser la Shoah, l’une des pires horreurs parce que froidement industrialisée, mais le massacre a été encore plus "rapide" au Rwanda, alors qu’il n’était commis que de manière "artisanale" (le mot que j’apprécie peu dans ce contexte et qui ne sert qu’à l’opposer à l’aspect industriel de l’extermination nazie). La raison ? C’est que c’était tout un peuple qui a "génocidé", pas seulement les kapos du pouvoir, tout un peuple, par un fort conditionnement qui a été rendu efficace par un contexte historique, par la préparation réfléchie de responsables politiques et par la diffusion d’émissions haineuses d’une station de radio hutue (la Radio Mille Collines, très populaire, qui incitait à tuer en lançant "Tuez tous les cafards !" ou encore "Finissez le travail !"). Ce conditionnement arrivait à convaincre les Hutus que s’ils ne tuaient pas les Tutsis, les Tutsis les tueraient, de façon cruelle. Ou alors, qu’il y avait une surpopulation par rapport aux ressources agricoles du pays et qu’il fallait faire baisser la population (comme sous l’Occupation et à la Libération, certains ont profité aussi du contexte génocidaire pour commettre des assassinats qui n’avaient rien à voir dans la supposée impunité). Il faut imaginer l’horreur : les "massacreurs" allaient massacrer de 8 heures à 17 heures, prenaient des pauses (des boissons les attendaient), et rentraient le soir chez eux fatigués du "travail" accompli, puis revenaient le lendemain, etc.

L’événement déclencheur fut un attentat. Deux Présidents périrent dans l’avion qui les ramenait à Kigali, juste au moment de l’atterrissage. L’hypothèse de l’attentat ne fait aucun doute : un missile a fait exploser l’avion, piloté par un équipage français. Les deux chefs d’État revenaient d’un sommet à Dar es-Salam, capitale de la Tanzanie, sur la côte est de l’Afrique, auquel participait aussi le Président ougandais Yoweri Museveni et pour lequel avait été invité le Président zaïrois Mobutu (qui refusa de venir alors qu’il devait se voaygeait dans l’avion qui a été détruit).

Parmi les dix victimes, Cyprien Ntaryamira (39 ans), Hutu modéré, Président du Burundi depuis le 5 février 1994, qui participait au sommet et avait un problème technique avec son avion présidentiel. Son homologue rwandais lui a proposé de le conduire jusqu’à Kigali puis de lui prêter l’avion présidentiel jusqu’à Bujumbura. Sa présence dans l’avion ayant été imprévisible, il est peu vraisemblable qu’il fût la cible de l’attentat. Deux ministres burundais et le chef d’état-major des FAR (armée rwandaise) furent également tués.

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Mais la principale cible, ce fut certainement le Président du Rwanda, le général Juvénal Habyarimana (57 ans), Hutu, au pouvoir depuis le 5 juillet 1973, par un coup d’État, maintenant un régime très autocratique de parti unique (jusqu’au début des années 1990) et "soutenu" par la France, considérant que son maintien au pouvoir concourrait à la stabilité de la région. Le mot "soutenu" est peut-être trop fort (voir plus loin), mais la France était présente et avait un contrat de coopération avec le Rwanda depuis 1975, notamment pour préserver sa sécurité, mise à mal par des offensives extérieures.

On ne sait toujours pas qui a été l’auteur de cet attentat qui fut le début d’un coup d’État et le démarrage du génocide. Cela aurait pu être des Tutsis mais la trajectoire du missile tendrait à prouver qu’il serait venu plutôt d’un camp hutu. Le plus probable est en effet que les commanditaires fussent des Hutus extrémistes, ceux qui se sont emparés du pouvoir quelques heures après la mort de Juvénal Habyarimana. Certains ont émis l’hypothèse d’une provenance française, pas de l’armée française (il y avait à bord un équipage français, on imagine mal un pouvoir politique à Paris demander de tuer sciemment ses propres ressortissants), mais peut-être des mercenaires français, extrémistes. J’évoque cette hypothèse pour faire le tour des interrogations et suppositions, elle paraît peu plausible.

La région était très instable, en raison des guerres civiles. Au Burundi, le pays voisin, il y a eu un coup d’État peu auparavant, le 21 octobre 1993, où le Président burundais Melchior Ndadaye fut assassiné (attentat attribué à l’armée burundaise dirigée par l’élite tutsie) ; Hutu, ce dernier avait été démocratiquement élu le 1er juin 1993 et était du même parti (victorieux) que Cyprien Ntaryamira. Que ce fût au Burundi ou au Rwanda, la guerre civile était nourrie par l’opposition ethnique entre Hutus et Tutsis.

Mais revenons surtout au Rwanda et restons-y. La guerre civile y faisait rage également, entre Hutus et Tutsis, depuis le 1er octobre 1990. Pour se donner une idée, les Hutus sont largement majoritaires dans la population rwandaise, représentant 84%, et les Tutsis seulement 15% (1% de Twas pour compléter). Les Tutsis font plutôt partie de l’élite tandis que les Hutus sont souvent pauvres (c’est pour grossir le trait, juste pour dire que les Tutsis pourraient être considérés comme les "Juifs" des Hutus). Mais ces considérations socio-ethniques ne sont pas forcément très justes car elles ont aussi servi de prétextes à des guerres entre clans pour s’emparer du pouvoir politique (et économique).

Toujours pour essayer de faire simple, les rebelles qui contestaient le pouvoir à Kigali étaient rassemblés dans le FPR (Front patriotique rwandais), une armée dirigée par Paul Kagamé et repliée en Ouganda dont le pouvoir la soutenait. Principalement composé de Tutsis, le FPR était presque une partie de l’armée ougandaise. 200 000 Tutsis avaient dû quitter le Rwanda et se réfugier en Ouganda lors de la révolution de 1959 qui a permis la conquête des administrations par les Hutus et ces exilés voulaient revenir dans leur pays (auparavant, les Tutsis avaient le pouvoir, bien que minoritaires). En face, le pouvoir légal au Rwanda était protégé par les FAR (Forces armées rwandaises), principalement composées de Hutus, complétées par des milices hutues ultra-extrémistes.

La France était présente dans cette ancienne colonie belge seulement depuis 1975. Elle avait quelques troupes stationnées et surtout, conseillait et soutenait financièrement les autorités rwandaises. L’objectif de la France était de maintenir l’autocratie actuelle pour éviter qu’éclatassent des débordements qui auraient conduit à un massacre. L’intérêt de la France pour le Rwanda était autant culturel (francophone face à des pays anglophones comme l’Ouganda) que géopolitique (partie de l’Afrique où la France était peu présente). Ce fut sous François Mitterrand que les coopérants militaires français n’avaient plus interdiction de participer eux-mêmes à des conflits armés pour soutenir le pouvoir en place.

Dès le début de la guerre civile avec l’offensive du FPR le 1er octobre 1990 (visant à protéger les Tutsis, minoritaires, au Rwanda), la France est intervenue aux côtés des FAR pour protéger plus massivement Juvénal Habyarimana. L’Opération Noroît a débuté le 4 octobre 1990 et visait officiellement à évacuer dans la sécurité tous les ressortissants occidentaux du Rwanda. Après l’arrestation et le massacre de plusieurs milliers (peut-être une dizaine de milliers) de Tutsis, l’armée belge présente également s’est désengagée et a quitté le pays au milieu d’octobre 1990 en raison d’un forte émotion de "l’opinion publique" belge. Le FRP serait, lui aussi, l’auteur de plusieurs massacres contre des Hutus lors de ses offensives (certains ont évoqué la mort de 250 000 à 400 000 personnes entre 1990 et 1994, chiffres invérifiables), ce qui a pu justifier la position française (de soutien aux FAR).

Les Accords d’Arusha (en Tanzanie), dont le dernier volet fut signé le 4 août 1993, ont permis l’arrivée d’une force de l’ONU (la MINUAR) dès le 5 octobre 1993 (sans aucun contingent français) et le retrait de l’armée française le 15 décembre 1993 (seuls, 24 assistants militaires techniques sont restés auprès du gouvernement rwadais). Faustin Twagiramungu, Hutu modéré, devait former un gouvernement dès le 15 décembre 1993 avec l’objectif de donner les mêmes droits aux Tutsis qu’aux Hutus et de réintégrer dans la communauté nationale les Tutsis partis s’exiler pour se protéger (notamment en Ouganda et en Tanzanie). Mais Juvénal Habyarimana a tout fait pour retarder l’application de ces accords. La France, depuis l’arrivée d’une nouvelle majorité dirigée par Édouard Balladur, avait fait pression sur le Président rwandais pour qu’il acceptât ces accords (signé quelques mois après l’arrivée au pouvoir de ce nouveau gouvernement français).

Je m’arrête ici un instant sur la politique française. Les institutions sont telles qu’il a paru normale que toute la politique de la France au Rwanda était décidée principalement à l’Élysée et peu par le gouvernement, encore moins par le parlement. Je reviendrai plus tard sur l’organisation décisionnelle de la France sur les interventions militaires au Rwanda.

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Juvénal Habyarimana était également sous la pression d’un parti hutu extrémiste qui refusait l’application des Accords d’Arusha qu’il a donc tenté de retarder au maximum. Ainsi, la Premier Ministre Agathe Uwilingiyimana (40 ans), Hutue modérée, à la tête du gouvernement rwandais depuis le 18 juillet 1993, n’a pas laissé place à Faustin Twagiramungu, comme prévu dans les Accords d’Arusha. En 1992, elle faisait partie de l’opposition hutue modérée et fut nommée à ce poste pour finaliser la négociation des accords de paix. Celle-ci était politiquement courageuse car auparavant, elle fut Ministre de l’Éducation et arrêta la corruption aux examens scolaires, ce qui a entraîné une nette baisse de la réussite scolaire dans les zones du clan présidentiel.

Agathe Uwilingiyimana était encore Premier Ministre lors de l’attentat du 6 avril 1994. Elle aurait donc dû succéder à Juvénal Habyarimana pour assurer l’intérim et organiser des élections. Mais cela ne s’est pas passé comme cela. Dans la nuit du 6 au 7 avril 1994, les chefs des FAR s’opposèrent aux responsables des Nations Unies présents à Kigali qui voulaient la prise du pouvoir par Agathe Uwilingiyimana. Le général canadien Roméo Dallaire, commandant de la MINUAR, dépêcha quinze Casques bleus pour protéger la Premier Ministre et sa famille.

Le matin du 7 avril 1994, la garde présidentielle occupa la radio, ce qui a empêché Agathe Uwilingiyimana de prononcer un appel au calme, mais la garde présidentielle est allée la chercher, l’a assassinée ainsi que son mari, tous les eux cachés par des voisins (leurs enfants ont pu être sauvés et exfiltrés). Onze Casques bleus belges chargés de la protection de la Premier Ministre furent également assassinés quelques heures plus tard (il semblerait que le but était de faire partir les troupes belges, car les Casques bleus ghanéens ont été rapidement libérés).

Pendant toute la journée, de nombreux Hutus modérés furent assassinés, notamment Joseph Kavaruganda, le Président de la Cour constitutionnelle, et deux candidats hutus modérés, Félicien Ngango et Landoald Ndasingwa (Ministre du Travail). La force des Nations Unies  a perdu toute sa crédibilité avec ces assassinats et son incapacité à occuper le lieu de l’attentat à l’aéroport de Kigali pour inspecter l’épave de l’avion et commencer leur enquête sur l’attentat. Dès le 13 avril 1994, les Casques bleus belges ont quitté le Rwanda, diminuant de beaucoup la MINUAR, car le gouvernement belge considérait que ses troupes n’étaient plus en situation de sécurité.

Celui qui a pris réellement le pouvoir fut le colonel Théoneste Bagosora, l’un des dirigeants des FAR, et l’un des principaux acteurs du génocide (arrêté le 9 mars 1996 au Cameroun, il fut condamné en 2011 à 35 ans de prison par le Tribunal pénal international pour le Rwanda). Nommé colonel et mis à la retraite de l’armée le 23 septembre 1993, il était encore le directeur du cabinet du Ministre de la Défense (nommé en juin 1992). Il organisa la mise en place des différentes institutions après l’attentat, notamment la nomination le 9 avril 1994 de Théodore Sindikubwabo comme Président de la République par intérim (après le génocide, il a pu fuir et serait mort en 1998 dans la République démocratique du Congo, ex-Zaïre, dans des conditions obscures sans jamais avoir été inculpé), et aussi de Jean Kambanda comme Premier Ministre, à la tête du gouvernement intérimaire (arrêté le 18 juillet 1997 au Togo, il a plaidé coupable et a été condamné le 4 septembre 1998 à la réclusion à perpétuité pour sa participation au génocide ; il purge actuellement sa peine dans une prison de Bamako, au Mali). Théodore Sindikubwabo a prononcé plusieurs discours de haine, à la radio le 19 avril 1994 pour demander à tous de tuer les Tutsis, et il a fait des déplacements pour remercier du "travail" accompli, le 29 avril 1994 à Butare, le 18 mai 1994 à Kibuye, etc.

Le génocide s’est déroulé ainsi par une prise du pouvoir des Hutus extrémistes, le massacre des Hutus modérés qui voulaient faire des appels au calme et le massacre généralisé dans tout le pays des Tutsis. Le phénomène de tueries et d’appel aux tueries s’est fait de manière quasi-virale par la Radio Mille Collines. Tout le monde était invité à massacrer des Tutsis qui ont dû fuir leur village et leur pays. La plupart ont été assassinés, à la machette (fabriquée en Chine selon Hubert Védrine) ou au fusil, dans des conditions épouvantables, les femmes enceintes éventrés, plus généralement les femmes abusées sexuellement (viols collectifs et publics) avant d’être assassinées. Victimes collatérales, les Twas (paysans les plus pauvres) furent décimés par le génocide qui ne les visait pourtant pas, puisque 10 000 ont péri sur 30 000 (soit un tiers de la population).

Dès le 8 avril 1994 (ou le 10 avril 1994, selon les sources), le FPR, depuis l’Ouganda, profita de la confusion pour lancer une offensive militaire contre le pouvoir rwandais. En cela, il a rompu les Accords d’Arusha qui avaient établi un cessez-le-feu dès juin 1992. Non seulement le FPR est parti d’Ouganda, mais aussi de Kigali, où il avait des milliers d’hommes dont le délploiement avait été autorisé par les Accords d’Arusha. Du 9 au 17 avril 1994, les ressortissants occidentaux et certains Rwandais qui pouvaient craindre pour leur vie furent évacués par l’armée française (Opération Amaryllis). Selon Alain Juppé, aucun "tri ethnique" n’a été fait pour exfiltrer les Rwandais (les archives ont confirmé cette affirmation), mais sur le terrain, des employés rwandais du centre culturel français, par exemple, furent abandonnés par l’armée française alors qu’ils voulaient quitter aussi le Rwanda pour se mettre en sécurité. Sur 72 employés rwandais de l’État français, 19 furent assassinés (l’ambassadeur de France au Rwanda exprima en 2011 ses regrets et excuses « pour cet abandon tragique »). En tout, 456 ressortissants français ont été évacués et 1 277 étrangers, essentiellement des Belges (et environ 400 Rwandais).

Le 21 avril 1994, en raison notamment de l’assassinat de onze Casques bleus le 7 avril 1994, l’ONU a réduit le nombre de Casques bleus au Rwanda de 2 548 à 270 (résolution 912 du Conseil de Sécurité de l’ONU). Cette mesure, assez "lâche", reste encore aujourd’hui incompréhensible alors qu’il aurait fallu renforcer les forces d’interposition. J’évoquerai à nouveau ce sujet plus loin. Le 10 mai 1994 à la télévision, le Président François Mitterrand a déclaré : « Nos soldats ne sont pas destinés à faire la guerre partout. Nous n’avons pas les moyens de la faire et nos soldats ne peuvent pas être les arbitres internationaux des passions qui aujourd’hui bouleversent et déchirent tant et tant de pays. ».

Il a fallu attendre le 12 mai 1994, soit 35 jours après le début du massacre pour que le mot de "génocide" fût lâché (par un responsable de l’ONU). Alain Juppé, Ministre des Affaires étrangères, a utilisé le mot "génocide" le 15 mai 1994 dans la déclaration qu’il a communiquée à la presse à l’issue de la réunion à Bruxelles du conseil des ministres de l’Union Européenne, et à la réponse faite à une question d’un député dans l’hémicycle le 18 mai 1994. Mais à cette période, déjà 80% du génocide avait été commis. Et officiellement, le Conseil de Sécurité a dénoncé des "actes génocidaires" (selon la formulation voulue par la Chine) le 8 juin 1994.

Le 31 mai 1994, le rapport du Secrétaire Général de l’ONU, Boutros Boutros-Ghali, au Conseil de Sécurité, fut très clair dans l’impuissance et la passivité de l’ONU : « Nous devons tous reconnaître, à cet égard, que nous n’avons pas su agir pour que cesse l’agonie du Rwanda et que, sans mot dire, nous avons ainsi accepté que des êtres humains continuent de mourir. ».

Il a fallu encore près d’un mois, le 23 juin 1994, pour que la France lançât l’Opération Turquoise, chargée officiellement de créer des zones humanitaires sûres mais qui aurait surtout servi à protéger les assassins hutus de ripostes tutsies. Car au fur et à mesure que le génocide se commettait, les troupes du FPR gagnaient du terrain : le 4 juillet 1994, la capitale Kigali fut prise (ainsi que Butare au sud du pays) et le 17 juillet 1994, la guerre civile fut définitivement gagnée par le FPR qui a conquis les derniers territoires rwandais (Gisenyi et Ruhengeri, au nord-ouest du pays). On a reproché à la France d’être intervenue trop tardivement, à un moment où la victoire militaire du FPR ne faisait plus aucun doute et qu’il fallait protéger plutôt les Hutus (génocidaires). Toutefois, la France ne voulait pas intervenir sans mandat de l’ONU, et il a fallu six semaines pour convaincre le Conseil de Sécurité de voter cette résolution.

Dès le 13 juillet 1994, les Hutus ont fui massivement le Rwanda (2 millions de personnes), craignant pour leur sécurité après la victoire du FPR. Ce fut la déroute des FAR et du gouvernement intérimaire, ce qui mit fin au génocide des Tutsis. 17 des 21 membres du gouvernement intérimaire furent traduits devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda, créé par la résolution 955 du 8 novembre 1994 du Conseil de Sécurité de l’ONU et siégeant à Arusha. Les forces françaises ont quitté le Rwanda le 22 août 1994 (fin de l’Opération Turquoise) avec l’arrivée d’un nouveau contingent de l’ONU (la MINUAR II) qui resta jusqu’en mars 1996.

Le 19 juillet 1994, une nouvelle administration fut mise en place tandis que les dirigeants du génocide ont réussi à fuir, parfois exfiltrés par l’armée française. Ainsi, le Hutu modéré Faustin Twagiramungu a été nommé Premier Ministre à la tête d’un gouvernement d’union nationale, comme le prévoyaient les Accords d’Arusha, qui ont continué à être applicables sauf pour les partis qui ont soutenu voire encouragé le génocide (CDR et MRND). Pasteur Bizimungu, Hutu modéré, fut désigné comme Président de la République le même jour.

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Mais l’homme fort était le Tutsi Paul Kagamé. De retour du Kansas, aux États-Unis, où il se formait au commandement militaire depuis juin 1990, Paul Kagamé fut nommé le 14 octobre 1990 à la tête du FPR, après la mort, le 2 octobre 1990, de son leader historique tutsi Fred Rwingema (qui fut Ministre des Armées dans le gouvernement ougandais), tué le lendemain de la première offensive du FPR (dans des circonstances encore obscures), Paul Kagamé (chef des services secrets ougandais) fut imposé par Yoweri Museveni, l’inamovible Président ougandais (depuis le 26 janvier 1986), parce qu’il était un proche de Fred Rwigema.

Nommé Vice-Président de la République et Ministre et la Défense du 19 juillet 1994 au 24 mars 2000, il fut hissé, à partir du 24 mars 2000, à la Présidence de la République, élu et réélu le 17 avril 2000, le 25 août 2003, le 9 août 2010 et le 4 août 2017. Paul Kagamé est toujours l’homme fort du Rwanda et les relations diplomatiques avec la France restent toujours très sensibles à cause du rôle de la France pendant le printemps 1994.

Ainsi, le rapport d’une "Commission nationale indépendante chargée par la République du Rwanda de rassembler les preuves de l’implication de l’État français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994", uniquement à charge contre la France, présenté à Kigali le 5 août 2008, a mis en cause les plus hauts responsables de l’État de l’époque, sans aucune preuve. Cela paraissait être une manière de s’opposer à la volonté d’un juge français d’enquêter sur les possibles implications de Paul Kagamé dans l’attentat du 6 avril 1994. Le Président Nicolas Sarkozy avait cependant pacifié les relations diplomatiques en rencontrant Paul Kagamé le 8 décembre 2007 à Lisbonne et en prônant la réconciliation entre les deux pays (le rapport en question a été achevé le 16 novembre 2007).

Après la première condamnation de Pascal Simbikangwa le 14 mars 2014 par la cour d’assises de Paris à 25 ans de prison pour génocide et complicité de crimes contre l’humanité (condamnation confirmée en appel le 3 décembre 2016 à Bobigny), Paul Kagamé a déclaré le 7 avril 2014 : « La France comme la Belgique ont joué un rôle néfaste dans l’histoire de mon pays, ont contribué à l’émergence d’une idéologie génocidaire. (…) Dans nos relations avec ces deux pays, notre grille de lecture est forcément liée aux compromissions du passé. » ("Libération", propos recueillis par Maria Malagardis).

Certains pays furent plus responsables que d’autres dans l’impuissance de l’ONU pendant deux mois à réagir face au génocide. Les États-Unis ont tout fait pour éviter l’emploi du mot "génocide" qui aurait donné une obligation d’intervention militaire (les États-Unis ne voulaient pas investir hommes et argent pour le Rwanda).

L’ONU elle-même, trop impliquée dans le monde dans des opérations de maintien de la paix (Somalie, ex-Yougoslavie, etc.) et en pleines difficultés financières, voulait limiter ses interventions. Secrétaire Général adjoint de l’ONU et chef du département du maintien de la paix, Kofi Annan a profondément regretté la passivité de l’ONU : « La communauté internationale n’a pas été à la hauteur au Rwanda et cela devra toujours être pour nous une source de regrets amers et de chagrin. » (Avril 2004).

Dans le rapport de la CEC ("commission d’enquête citoyenne") du 24 mars 2004, le controversé François-Xavier Verschave, président de l’association Survie, a écrit à partir du témoignage de l’historienne américaine Alison Des Forges, auteure d’un rapport référence sur le génocide rwandais sous l’égide de Human Rights Watch (publié en 1999) : « Si on résume, on a la bande des cyniques, les meilleurs politiciens, c’est-à-dire les membres permanents du Conseil de Sécurité, qui tous n’en ont rien à faire. Ca, c’est clair. Que ce soient les Américains, les Britanniques, les Français… Ils ont tous rivalisé de cynisme et d’indifférence, pour des raisons d’ailleurs différentes. À côté, l’équivalent des citoyens, ce sont les petits pays, les membres non permanents, qui eux pouvaient soutenir ou relayer l’opinion internationale. ».

La France gardait des relations diplomatiques avec le gouvernement intérimaire rwandais qui incitait au génocide (et qui était même représenté au Conseil de Sécurité de l’ONU). La Belgique, le Burundi, l’Ouganda étaient également directement concernés par le Rwanda. Je n’évoquerai pas (mais le signale) l’implication d’une partie du clergé rwandais (l’Église catholique était très implantée au Rwanda et son pouvoir d’influence important).

On pourrait analyser que dans cette terrible catastrophe humaine, il y a eu des enjeux qui dépassaient largement le seul peuple rwandais. Ainsi, on aurait pu comprendre qu’il y avait un clivage entre le FPR, dominé par les Tutsis et vaguement soutenu par les États-Unis, et les FAR, dominées par les Hutus (extrémistes), qui avaient bénéficié du soutien français. En clair, il pourrait s’agir de maintien ou de perte d’une zone d’influence en Afrique. L’obscur conseiller présidentiel François de Grossouvre, à l’Élysée, aurait même été traité d’Américain parce qu’il ne comprenait pas pourquoi la France continuait à soutenir les FAR (avant le génocide, il est mort le 7 avril 1994 et ne pouvait avoir conscience de la tragédie qui allait venir), alors que la cause du FPR (redonner aux Tutsis leurs droits après avoir été chassés ou opprimés pendant une trentaine d’années) lui paraissait juste (surtout face à une dictature représentée par Juvénal Habyarimana).

Cependant, le rapport Quilès (j’y reviendrai) dénonce l’idée d’un intérêt américain dans ce conflit. Aucune entreprise américaine n’était implantée en 1994 au Rwanda, pays dépourvu de ressources naturelles rares, et les Américains craignaient une répétition du fiasco somalien : « Il n’a donc pas existé de "complot" américain qui aurait eu pour objet de supplanter l’influence française au Rwanda. ». Bill Clinton a d’ailleurs fait connaître la doctrine des États-Unis le 5 mai 1994 en expliquant que les Américains ne soutiendraient militairement et financièrement une opération que si elle faisait « progresser les intérêts nationaux américains », ce qui n’était pas le cas du Rwanda.

À la Mission Quilès, ancien Secrétaire Général de l’Élysée, Hubert Védrine a déclaré le 5 mai 1998 : « Les États-Unis portaient leur attention sur le Soudan qu’ils considéraient comme un foyer de terrorisme important, et aidaient en conséquence les pays riverains, ce qui explique leur soutien au Président Yoweri Museveni et le développement de leurs relations de coopération avec l’Ouganda. (…) Les États-Unis ont sans doute éprouvé une sympathie à l’égard du FPR en raison du soutien que lui accordait l’Ouganda. Aucune animosité ou critique du Département d’État à l’égard de la France n’a toutefois été notée, ce qui supposait une concertation minimale entre la France et les États-Unis. ».

Point de vue que n’a pas partagé Bernard Debré, ancien Ministre de la Coopération, le 6 juin 1998 devant la même Mission, qui « a fait valoir que M. François Mitterrand considérait que les Américains , qui aidaient de façon évidente aussi bien les Ougandais que le FPR, avaient une volonté hégémonique sur la région et peut-être sur l’Afrique. M. Debré a jugé que le Président n’avait pas tort une fois de plus car le rôle des Américains est devenu de plus en plus évident par la suite. Ce sont eux qui ont formé les cadres de l’armée ougandaise et de l’armée FPR. M. Debré a estimé également vraisemblable qu’ils leur ont fourni des armes. C’est sur la base de ces arguments (…) que le Président de la République a décidé d’aider le Président Habyarimana et les Hutus. ».

J’en viens ainsi au rôle de la France. La France n’a évidemment pas la responsabilité directe du génocide des Tutsis, mais elle aurait commis, au mieux, une faute, qui serait celle de l’indifférence, et au pire, celle de protéger les génocidaires au moment de la débandade. Cependant, cette réflexion doit être pondérée : tous les autres pays du monde ont été encore plus indifférents et ont préféré laisser faire.

L’Opération Turquoise, à cet égard, a pu être fortement controversée. Sa mission, définie par la résolution 929 adopté le 22 juin 1994 par le Conseil de Sécurité de l’ONU, fut la suivante : « mettre fin aux massacres partout où cela sera possible, éventuellement en utilisant la force ». Elle a fait déployer rapidement 2 500 hommes de l’armée française sur le terrain. Elle a été décidée quelques jours auparavant. Au cours d’un conseil restreint le 15 juin 1994, Alain Juppé, Ministre des Affaires étrangères, a exprimé son souhait que la France intervînt. Au contraire, François Léotard, Ministre de la Défense, y a exprimé ses réticences. François Mitterrand a finalement donné son accord pour une intervention le 16 juin 1994.

Hubert Védrine, dans un entretien au journal "Le Figaro" du 31 mars 2019, a confirmé ce qui a été entendu à la Mission Quilès : « Il y a eu une interrogation : revenir ou pas ? Juppé voulait revenir. Balladur, l’armée (donc Léotard) étaient contre. Mitterrand voulait, mais avec un mandat de l’ONU. Ce qui a pris six semaines à New York ! Si la France avait voulu sauver ce régime, en fait elle lui tordait le bras, elle n’aurait pas sollicité le Conseil de Sécurité de l’ONU et aurait envoyé des parachutistes tout de suite ! La genèse de "Turquoise" démontre l’absurdité des accusations [de complicité de la France]. » (Propos recueillis par Isabelle Lasserre).

Devant les députés français, le Premier Ministre Édouard Balladur a expliqué le 22 juin 1994 la politique de la France au Rwanda : « Le Conseil de Sécurité des Nations Unies va examiner, dans quelques heures, le projet de résolution autorisant la France à intervenir au Rwanda dans le cadre d’une opération humanitaire pour sauver les populations menacées. Pourquoi cette intervention ? Depuis deux mois, le drame qui se déroule dans le pays a atteint un degré d’horreur qu’il était difficile d’imaginer. Des centaines de milliers de morts, plus de deux millions de personnes déplacées. Les efforts diplomatiques ont échoué. La force des Nations Unies qui doit se déployer au Rwanda ne pourra le faire que d’ici plusieurs semaines. Fallait-il laisser les massacres se poursuivre d’ici là ? Nous avons pensé que cela n’était pas possible et qu’il était de notre devoir de réagir (…). La France n’agira qu’avec un mandat du Conseil de Sécurité. ».

Il faut bien noter que pendant ce sinistre printemps 1994, il n’y avait pas un seul événement (la guerre civile qui a entraîné des massacres) mais bien deux événements parallèles : le génocide (réalisé par la population civile parfois) parallèlement à la guerre civile. En ne considérant que l’aspect de la guerre civile et en considérant que les massacres en étaient une conséquence, la France, comme beaucoup d’États, n’aurait pas pris la mesure de l’horreur (comme disait Édouard Balladur : « qu’il était difficile d’imaginer »).

C’est sûr que le sujet du rôle de la France et des autres pays reste encore très polémique. Il est incompréhensible que la "communauté internationale" se soit désengagée au moment où il fallait au contraire qu’elle s’engageât, c’est-à-dire dès la mi-avril 1994, pour interrompre le plus rapidement possible le génocide (face à des machettes, les génocidaires auraient été vite rendus à la "raison"). Il faut citer le représentant spécial du Secrétaire Général de l’ONU au Burundi, Ahmed Ould-Abdallah, qui, dans un livre d’entretiens avec Stephen Smith, a déclaré : « Même les fous ont peur s’ils rencontrent une détermination très claire en face d’eux. ». Et la Mission Quilès d’en déduire : « Cette détermination a manqué à la communauté internationale. Elle a donc laissé des fous, mais des fous organisés et résolus, écrire l’histoire. ».

Il faut aussi comprendre le rôle diplomatique très actif des membres du gouvernement intérimaire rwandais : pendant toute la durée du génocide, la France l’a toujours considéré comme le gouvernement légal, et d’ailleurs, le 9 avril 1994, il a été constitué au sein même de l’ambassade de France à Kigali, l’un des endroits probablement les plus sûrs à l’époque. Ainsi, le Ministre des Affaires étrangères Jérôme Bicamumpaka et l’un des fondateurs extrémistes de la Radio Mille Collines Jean-Bosco Barayagwiza furent reçus à Paris le 27 avril 1994 à l’Élysée et à Matignon, selon certaines sources, par François Mitterrand, Édouard Balladur et Alain Juppé, d’autres par des membres de leur cabinet. Et la coïncidence terrible a voulu que le Rwanda fût membre du Conseil de Sécurité de l’ONU où il siégeait depuis le 1er janvier 1994 pour deux ans. Jérôme Bicamumpaka est venu pour la dernière fois au Conseil de Sécurité lors d’une séance de fin juin 1994, ce qui a engendré de très vives protestations à l’intérieur même de l’instance.

Dans le rapport d’Alison Des Forges (déjà cité), on peut lire  : « Quatorze membres du Conseil de Sécurité tolèrent la présence d’un représentant du Rwanda pendant leurs réunions quotidiennes, faisant ainsi passer le respect des règles de procédure avant la nécessité de dénoncer un gouvernement génocidaire et les crimes qui lui étaient imputables. » (1999). Dans le même rapport, est décrite une intervention de Jérôme Bicamumpaka le 16 mai 1994 au Conseil de Sécurité : « Bicamumpaka tenta de justifier le génocide (…). Il ajouta que les soldats du FPR dévoraient le cœur de leurs victimes. Il déclara que la radio rwandaise diffusait des messages de paix (…). Enfin, il prétendit que les massacres avaient pris fin, hormis dans les régions où les affrontements avec le FPR se poursuivaient. ».

Par ailleurs, l’embargo d’armes n’aurait pas non plus été respecté par la France. Des armes auraient été livrées à Goma, dans l’ex-Zaïre, pas loin de la frontière rwandaise, et auraient "disparu" dans la nature, probablement récupérées par des membres des FAR. Dans tous les cas, la France n’était pas seule dans l’aide apportée aux FAR au début des années 1990 : la Russie, l’Égypte, Israël et l’Afrique du Sud ont aussi contribué au soutien du régime rwandais de l’époque (la déclassification des archives israéliennes a été refusée en Israël, Hubert Védrine était favorable à la déclassification des archives françaises pour en finir avec les rumeurs et la désinformation).

La Mission Quilès a expliqué : « La presse a (…) fait état d’une violation par la France de l’embargo posé par elle le 8 avril [1994] et par l’ONU le 17 mai [1994]. Il est ainsi reproché à la Sofremas, société française d’exploitation de matériels et systèmes d’armement contrôlé par l’État d’avoir rompu l’embargo en procédant à des livraisons via Goma au Zaïre. De même, la société Luchaire, dépendant à 100% de Giat Industries, aurait également procédé par ce biais à des livraisons. Dans son rapport de mai 1995, Human Rights Watch indique avoir appris du personnel de l’aéroport et d’un homme d’affaires local que cinq convois étaient arrivés à Goma en mai et juin 1994 contenant de l’armement et des munitions venant de France et destinés aux FAR. ». Cependant, la Mission n’a vu aucune preuve (bordereau de livraison, relevé bancaire, etc.) confirmant ces témoignages. Bien plus tard, Hubert Védrine a confirmé devant la commission des affaires étrangères de l’Assemblée Nationale le 16 avril 2014 que des armes auraient été livrées aux FAR après le 8 avril 1994 pour faire face aux avancées du FPR (contredisant le témoignage d’Édouard Balladur du 21 avril 1998).

J’ai évoqué la Mission Quilès et son rapport qui a été publié le 15 décembre 1998. Je reviendrai dans le second article sur les déclarations des acteurs français de cette politique rwandaise de la France pendant le génocide.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 avril 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapport Quilès sur le rôle de la France dans le génocide rwandais déposé le 15 décembre 1998 (à télécharger).
Rwanda 1994 : Bagatelles pour un massacre (1).
Rwanda 1994 : Bagatelles pour un massacre (2).
Génocide rwandais : la France est-elle toute blanche ?
Idi Amin Dada.
Jean-Bedel Bokassa.
Robert Mugabe.
Laurent Gbagbo.
La Shoah.
Industrialisation de la mort.
Le génocide arménien.
Le génocide cambodgien.
Le communisme.
Pamphlébite.
La cruauté selon Maurice Bellet.

_yartiRwandaGenocide05



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190406-genocide-rwanda.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/rwanda-1994-bagatelles-pour-un-214053

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/03/31/37221637.html




 

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2 avril 2019 2 02 /04 /avril /2019 01:17

Une mission parlementaire présidée par l'ancien ministre Paul Quilès a été formée pour enquêter sur le rôle éventuel de la France dans le génocide au Rwanda en 1994. Son rapport (n°1271) a été déposé le 15 décembre 1998 au bureau de l'Assemblée Nationale

Cliquer sur les liens pour télécharger l'ensemble du rapport et ses annexes (fichiers .pdf et .zip) :

http://www.assemblee-nationale.fr/11/dossiers/rwanda/telechar/r1271.pdf

http://www.assemblee-nationale.fr/11/dossiers/rwanda/telechar/auditi01.pdf

http://www.assemblee-nationale.fr/11/dossiers/rwanda/telechar/auditi02.pdf

http://www.assemblee-nationale.fr/11/dossiers/rwanda/telechar/auditi03.pdf

http://www.assemblee-nationale.fr/11/dossiers/rwanda/telechar/auditi04.pdf

http://www.assemblee-nationale.fr/11/dossiers/rwanda/telechar/annexes.zip

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190406-genocide-rwanda.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-19981215-rapport-quiles-rwanda.html





 

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