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16 août 2018 4 16 /08 /août /2018 04:41

« Sous des faux airs de géant débonnaire, Amin est un tyran psychopathe, avide et manipulateur. Tour à tour jovial et sanguinaire, il alterne crises de rage et phases de dépression. Les massacres commencent, la terreur s’installe. (…) Amin s’enfonce dans le crime. (…) Il fanfaronne, affabule, conseille ou chapitre le monde entier. » (Jean-Pierre Langellier, "Le Monde" du 11 avril 1999).


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C’était un géant. Cent vingt kilogrammes, un mètre quatre-vingt-onze, neuf fois champion de boxe dans son pays entre 1951 et 1960. Idi Amin Dada est mort il y a quinze ans, le 16 août 2003, à l’hôpital de Jeddah, en Arabie Saoudite, après plusieurs semaines de coma (depuis au moins le 19 juillet 2003). Enterré le même jour à Jeddah. Son âge aurait été de 78 ans, ou plus jeune, ou plus vieux, car sa date de naissance a toujours été tenue pour mystérieuse. À ceux de moins de 40 ans, son nom ne leur dit peut-être pas grand-chose. Dictateur africain sanguinaire des années 1970, il était de la même farine rouge de sang que les Bokassa, les Pol Pot, etc.

Né vers 1925 à Koboko, sur les bords du Nil, au sein de deux minorités en Ouganda, minorité musulmane (5% du pays) et minorité ethnique (Kakwa), analphabète, pauvre, Idi Amin Dada s’est engagé en 1946 comme aide-cuisinier dans l’armée britannique (le Royaume-Uni occupait alors l’Ouganda). Selon "Le Monde", un de ses chefs à l’époque a noté : « C’était un bon bougre, mais plutôt faible en matière grise. ». Il participa aux combats contre les rebelles kenyans en 1953, avec déjà beaucoup de cruauté : « Il apprend à tuer sans bruit, au couteau. (…) D’un coup de machette, il tranche le pénis des récalcitrants. » (Jean-Pierre Langellier).

Il a massacré plusieurs villages et torturé, parfois brûlé vif des rebelles Turkana. Malgré ses exactions, Amin Dada a échappé à tout jugement grâce à la protection de Milton Obote (1925-2005) qui fut ensuite le premier Premier Ministre de l’Ouganda indépendant du 9 octobre 1962 au 15 avril 1966 (les mouvements indépendantistes étaient assez faibles car peu de colons britanniques s’y étaient installés).

En 1961, Amin Dada n’était que lieutenant et Milton Obote l’a promu jusqu’à le nommer chef d’état-major des armées en 1965 avec le grade de général en 1968. Entre temps, il était allé se former en Israël et au Kenya et entraîna les rebelles congolais contre Mobutu. Les Britanniques eux-mêmes voyaient d’un bon œil la promotion d’officiers peu cultivés et donc, plus manipulables après l’indépendance.

Faisant le 2 mars 1966 un putsch pour renverser le roi du Buganda, Muteesa II (1924-1969), installé par les Britanniques le 9 octobre 1962 comme premier Président de la République d’Ouganda, Milton Obote a pris le 15 avril 1966 la Présidence de la République d’Ouganda, suspendit la Constitution, supprima la structure fédérale (composée de plusieurs royaumes), installa un régime autoritaire et centralisé à parti unique et décida de nationaliser la moitié de l’économie ougandaise, un socialisme qui avait de quoi inquiéter le Royaume-Uni et ses alliés économiques.

Le roi et Président déchu Muteesa II, dans son exil londonien, fut retrouvé mort le 21 novembre 1969 par overdose de vodka, probablement assassiné par des hommes de Milton Obote (il fut enterré par Amin Dada avec faste en Ouganda en avril 1971).

La rivalité avec Amin Dada fut de plus en plus grande entre décembre 1969 et janvier 1971. Milton Obote (victime d’une tentative d’assassinat en 1969) chercha à promouvoir de jeunes officiers plus fidèles et plus fiables. Les services secrets israéliens ont aidé Amin Dada en recrutant à son service des milliers d’hommes (des rebelles du Sud-Soudan), ce qui lui a permis de réussir son coup d’État le 25 janvier 1971, alors que Milton Obote était en déplacement au sommet du Commonwealth à Singapour.

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Amin Dada est alors devenu le maître tout-puissant de l’Ouganda, s’attribuant toutes les distinctions, y compris celle de maréchal (en 1975). Il faut reconnaître que cette situation avait la préférence du Royaume-Uni et des États-Unis qui croyaient le nouvel homme fort plus manipulable que le précédent. L’Ouganda a une position géostratégique importante puisqu’il contrôle les sources du Nil. Cette préférence fut de courte durée. Amin Dada commença à massacrer son peuple, parfois de ses propres mains. Ses opposants furent tués à la mitrailleuse, mangés par des crocodiles du Nil, brûlés vif, noyés, torturés, etc.

En mars 1972, Amin Dada changea ses alliances. Rompant désormais avec les Israéliens qui l’avaient pourtant soutenu financièrement et militairement, il se tourna vers un autre dictateur, Mouammar Kadhafi, qui lui apporta beaucoup d’argent. Il expulsa tous les diplomates israéliens d’Ouganda. Le 4 août 1972, il expulsa également les dizaines de milliers de ressortissants indiens et pakistanais (qui faisaient majoritairement tourner l’économie ougandaise). Cette dernière mesure fut populaire mais fit effondrer l’économie ougandaise.

La répression intérieure s’est alors amplifiée, jusqu’à la paranoïa, purgeant jusqu’à son entourage (y compris sa famille), pour conforter sa position. Un exemple parmi d’autres : l’avocat démocrate Benedicto Kiwanuka (1922-1972) fut le Premier Ministre d’Ouganda pendant la transition vers l’indépendance du 2 juillet 1961 au 30 avril 1962, renversé par Milton Obote aux élections d’avril 1962. Il fut pourchassé par son successeur, Milton Obote, qui l’emprisonna entre 1969 et 1971. Libéré par Amin Dada, Benedicto Kiwanuka fut nommé par ce dernier président de la Cour suprême le 27 juin 1971 et il refusa de constater les violations d’État de droit, mais cela ne l’a pas empêché de se faire arrêter, torturer et assassiner le 22 septembre 1972 par Amin Dada après un coup d’État raté organisé par Milton Obote avec l’aide de l’armée tanzanienne.

Dans ces renversements d’alliance, Amin Dada a favorisé la cause palestinienne, au point d’offrir, à l’aéroport international d’Entebbe (à une trentaine de kilomètres au sud de Kampala), un point de chute pour l’Airbus du vol 139 de la compagnie Air France de Tel Aviv à Paris, détourné le 27 juin 1976 par un commando palestinien qui a exigé la libération de prisonniers palestiniens. Finalement un commando israélien a réussi le 4 juillet 1976 à s’emparer de l’avion et à libérer 252 des 256 passagers et membres d’équipage (les quatre autres ont été tués). Le raid israélien a également détruit l’aviation ougandaise. Le seul soldat israélien tué dans cette opération fut le colonel Jonathan Netanyahou, le frère de l’actuel Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou. En réaction à cette victoire israélienne, Amin Dada a fait exécuter des centaines d’officiers et de fonctionnaires pour incompétence. Il a fait aussi assassiner Janani Luwum (1922-1977), l’archevêque de l’Église anglicane d’Ouganda, ainsi que deux ministres, Enrinayo Wilson Oryema et Charles Oboth Ofumbi, le 17 février 1977.

Amin Dada tenta aussi d’islamiser son pays, sans succès, en compensation de l’argent fourni par les monarchies pétrolières qui ont financé la construction de plusieurs mosquées en Ouganda. Sur le plan international, il est pourtant parvenu à se faire respecter, en organisant, en juillet 1975 à Kampala, la conférence de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), où il proposa beaucoup de festivités annexes comme un rallye automobile ou l’élection de Miss OUA, et en prononçant un discours à l’Assemblée Général des Nations Unies en octobre 1975 à New York. Il se permettait même de donner des leçons à Léonid Brejnev, à Mao Tsé-Toung, à Richard Nixon, à Kurt Waldheim, à la reine Élisabeth II, etc.

Sa guerre contre la Tanzanie, déclarée le 30 octobre 1978, fut une de trop (Milton Obote a tenté de reconquérir son pouvoir par la Tanzanie). Après avoir rapidement envahi la Tanzanie, Amin Dada fut débordé par la riposte tanzanienne, et a dû fuir l’Ouganda le 11 avril 1979, pour se réfugier pendant un an en Libye (atteinte via le Zaïre), puis, passer par l’Irak et s’exiler finalement en Arabie Saoudite où, grassement rémunéré par les Saoudiens au nom de la "solidarité islamique", il passa vingt-quatre années de retraite dorée sans jamais avoir été inquiété et sans avoir jamais été jugé ni condamné pour ses nombreux assassinats (Ben Ali semble suivre cette même destinée).

Amin Dada n’a jamais éprouvé de remords. Il l’a déclaré à un journaliste italien déterminé, Riccardo Orizio, qui a réussi le tour de force de le rencontrer en 1997 malgré les nombreux obstacles : « Je me consacre à la religion, et à rien d’autre. Je récite le Coran, joue de l’orgue, j’aime nager et pêcher dans une station balnéaire à côté de la frontière yéménite. Les poissons y sont délicieux, croyez-moi. Une vie paisible. (…) Je n’ai pas de remords, seulement de la nostalgie. » (dans son livre "Talk of the Devil. Encounter with Seven Dictators", de Riccardo Orizio, sorti en avril 2003, peu avant la mort d’Amin Dada).

En revanche, Jeffery Amin (51 ans), l’un des quarante à soixante enfants d’Amin Dada, a fait des excuses publiques devant de nombreux responsables religieux, à la fin mai 2015 à Arua (au nord de l’Ouganda), pour les atrocités commises par son père.

Après sa fuite, Milton Obote a repris le pouvoir à la tête de l’Ouganda du 17 décembre 1980 au 27 juillet 1985, continuant à imposer un régime de terreur. Ce qui a fait dire à Amin Dada en février 1981 : « Depuis que je suis parti, les droits de l’homme ne sont plus respectés en Ouganda. ». La guérilla contre les milices proches d’Amin Dada au nord du pays et contre les milices de Yoweri Museveni au sud du pays, ont fait entre 200 000 et 300 000 morts entre 1980 et 1985. Milton Obote fut renversé par son chef d’état-major Tito Okello mais lui-même fut renversé par Yoweri Museveni le 26 janvier 1986.

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Sous sa dictature, Amin Dada s’était autoproclamé Président à vie en 1976, "dernier roi d’Écosse", "conquérant de l’Empire britannique", "Big Daddy", docteur, chancelier de l’Université Makerere, etc. et même "l’envoyé de Dieu sur Terre" !

Amin Dada était-il fou ? Probablement. Et certainement provocateur aussi. En 1981, de manière totalement fantasque, il proposa d’affronter en combat de boxe le champion Muhammad Ali à Tripoli avec Kadhafi pour arbitre, Khomeiny pour annonceur et Yasser Arafat pour entraîneur ! (Yasser Arafat fut le témoin du cinquième mariage d’Amin Dada, en juillet 1975, avec une jeune femme dont le mari avait mystérieusement disparu peu de temps après que le dictateur l’avait découverte).

Le journaliste Jean-Pierre Langellier a décrit le pays lors de sa "libération" en avril 1979, en particulier à Kampala : « À deux pas de la résidence de l’ambassadeur de France, l’odeur de la mort se mêle aux parfums entêtants des bougainvillées. (…) Une poignée de détenus racontent comment ils ont survécu plus d’un mois en mangeant les cadavres qui gisaient autour d’eux. Dans les cachots et dans le jardin, une trentaine de corps se décomposent. Un caniveau est plein de sang séché. C’est là que les prisonniers étaient exécutés en file indienne, chacun devant d’abord transporter le corps de celui qui l’avait précédé dans la mort. ».

Le bilan est effroyable, entre 150 000 et 500 000 personnes (probablement 300 000 personnes) ont péri à cause d’Amin Dada. Les rumeurs les plus folles sembleraient réalité. Ainsi, le professeur John Kibukamusoke, l’ancien médecin personnel d’Amin Dada entre 1971 et 1973, réfugié en Zambie (devenu spécialiste en médecine tropicale et en néphrologie à l’Université Makerere à Kampala), affirma en avril 1977 que le dictateur avait mangé une partie du foie de son ancien Ministre des Affaires étrangères Michaël Ondaga, retrouvé sans vie dans le Nil avec une large incision dans le ventre au niveau du foie. Des têtes d’opposants ont été retrouvées dans son congélateur, car il aimait converser avec elles.

L’ancien Ministre britannique des Affaires étrangères (entre le 22 février 1977 et le 4 mai 1979), Lord David Owen, qui a rompu les relations diplomatiques avec l’Ouganda, a confié qu’il avait proposé l’assassinat ciblé d’Amin Dada (proposition rejetée pour son gouvernement dirigé par James Callaghan) en se justifiant : « Je n’ai pas honte de l’avoir envisagé, car son régime est descendu, dans l’échelle de Pol Pot, comme l’un des pires régimes africains. (…) C’est un dossier effroyable et c’est une honte qu’on lui ait permis de se maintenir aussi longtemps au pouvoir. » (Entretien à la BBC le 16 août 2003).

Quant à la situation économique, Amin Dada a laissé un pays contaminé par la corruption généralisée, une dette abyssale, une inflation de plus de 200% et une activité de production quasiment inexistante, tant agricole qu’industrielle.

Notons pour terminer que l’actuel Président de la République d’Ouganda est Yoweri Museveni (74 ans le 15 août 2018), en fonction depuis le 26 janvier 1986, officiellement élu et réélu cinq fois (le 9 mai 1996, le 12 mars 2001, le 23 février 2006, le 16 février 2011 et le 18 février 2016) et que son mandat se terminera en principe en 2021. Venu au pouvoir en renversant Milton Obote, il avait toujours refusé le retour d’Amin Dada en Ouganda, sauf à y être jugé et condamné. Dans sa politique africaine, Yoweri Museveni a soutenu l’arrivée au pouvoir de Paul Kagamé au Rwanda et de Joseph-Désiré Kalié au Zaïre (contre Mobutu).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 août 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"L’Ubu noir", article de Jean-Pierre Langellier dans "Le Monde" du 11 avril 1999.
Karl Marx.
Mao Tsé Toung.
Aldolf Hitler.
Joseph Staline.
Pol Pot.
Kim Jong-un.
Saddam Hussein.
Mouammar Kadhafi.
Bachar El-Assad.
Ferdinand Marcos.
Francisco Franco.
Augusto Pinochet.
Fidel Castro.
Hugo Chavez.
Mahmoud Ahmadinejad.
Rouhollah Khomeiny.
Pieter Botha.
Philippe Pétain.
Pierre Laval.
Idi Amin Dada.
Jean-Bedel Bokassa.
Robert Mugabe.
François Duvalier.
Léonid Brejnev.
Saparmyrat Atayewic Nyyazow.
Laurent Gbagbo.
Zine el-Abidine Ben Ali.
Hosni Moubarak.
Alexandre Loukachenko.
Louis-Antoine de Saint-Just.
Dictature de la pensée unique.
Nicolas Sarkozy était-il un dictateur ?
François Hollande était-il un dictateur ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180816-amin-dada.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/amin-dada-l-ogre-roi-d-ouganda-206610

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/08/22/36603218.html



 

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17 juillet 2018 2 17 /07 /juillet /2018 05:05

« La meilleure réparation de la souffrance des victimes, et la plus haute reconnaissance de leur engagement, est la transformation de notre société en une image vivante des droits de l’homme pour lesquels elles ont lutté. » (Nelson Mandela, "Le Monde" du 7 août 1999).


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Ce mercredi 18 juillet 2018, comme tous les ans depuis 2005, c’est le "Mandela Day", jour visant à commémorer la très riche personnalité de Nelson Mandela. Cette journée en Afrique du Sud avait été instaurée avant la mort du Prix Nobel de la Paix, il y a presque cinq ans, le 5 décembre 2013 à Johannesburg. Ce "Mandela Day" est cette année un peu particulier car il célèbre aussi le centenaire de l’homme d’État et de l’homme de paix.

Pour lui rendre hommage à ma manière, je propose une très modeste sélection de quelques témoignages qui ont été inclus dans une biographie particulière de l’ancien Président sud-africain, "Mandela, le portrait autorisé", de Mike Nicol (éd. Acropole), publiée après sa disparition. Ces témoignages recueillis ont été écrits ou prononcés avant ou après la mort de Nelson Mandela, selon les cas.

Bill Clinton, ancien Président des États-Unis : « Mandela a ceci d’extraordinaire qu’il est profondément humain… ce qui donne une autre dimension à son envergure, au courage, au sacrifice et à la sagesse dont il a su faire preuve dans l’adversité. ». Et aussi : « Lorsque Nelson Mandela entre, nous nous sentons grandis, nous avons tous envie de nous lever, de l’acclamer, parce que nous aimerions lui ressembler. ».

Kofi Annan, ancien Secrétaire Général des Nations Unies : « On me demande souvent ce qu’un individu isolé peut faire contre l’injustice, la guerre, la violation des droits civiques, la pauvreté et la maladie. Je réponds en prenant pour exemple le courage, la ténacité, la dignité et la magnanimité de Nelson Mandela. (…) J’ai admiré ses efforts, au cours de son mandat de Président de la République sud-africaine, pour réunir les conditions sociales, politiques et économiques permettant à l’Afrique de prétendre à la paix et à la prospérité nécessaires et méritées. Avant tout, je dois citer en exemple sa volonté de se réconcilier avec ses pires tortionnaires, et la grâce avec laquelle il a respecté sa parole en se retirant au terme d’un unique mandat présidentiel. (…) Il demeure sans nul doute la figure internationale la plus respectée, inspirant chaque jour des millions de personnes et plusieurs générations à travers le monde, par son combat sans relâche pour que la réconciliation prime sur la récrimination, que l’amertume cède devant l’apaisement, que la paix l’emporte sur le conflit. Il souligne le droit et le devoir de son pays, comme de l’Afrique entière, de prendre en main son destin et de gérer l’avenir. (…) La seule façon de le remercier (…) : il suffirait que se réalise une infime fraction de ses vœux pour l’humanité et que nous approchions, même de loin, le degré d’exigence qu’il s’est imposé pour que le monde s’améliore. ».

Mgr Desmond Tutu, ancien archevêque du Cap et Prix Nobel de la Paix, sur sa période de détention : « Mandela était déjà une figure internationale hors du commun, au point que certains craignaient qu’il ne soit pas à la hauteur des espoirs que le monde avait nourris à son sujet, qu’il déçoive, tel le colosse aux pieds d’argile, qu’il soit trop humain avec ses faiblesses. On murmurait même qu’il serait préférable de le voir mourir avant sa libération car, s’il était précieux, en prison, en tant que mythe, il ne le serait plus s’il redevenait un être humain comme les autres. Mais nos craintes étaient infondées. Lors de sa libération, les gens ont découvert qu’il représentait tout ce qu’ils avaient espéré, si ce n’est davantage. ». Une fois Président : « Nous avons eu une chance inouïe qu’il ait mené cette transition difficile et semée d’embûches ; sa magnanimité nous a stupéfaits. N’a-t-il pas invité son ancien geôlier à son investiture ? N’a-t-il pas convié à déjeuner à la Présidence le procureur Yutar, celui-là même qui, lors du procès de Rivonia, avait requis la peine de mort contre lui et ses codétenus ? Et, comme si cela ne suffisait pas, il a ensuite organisé un thé pour les anciens leaders du pays, réunissant ainsi les épouses de plusieurs hommes politiques afrikaners. À peine avions-nous repris notre souffle qu’il est allé à Orania rendre visite à madame Verwoerd, veuve du père de l’apartheid, qui n’avait pu honorer son invitation. Quel geste remarquable ! Ceux qui l’avaient écarté, ou qualifié de communiste et de terroriste, ont alors commencé à le voir sous un autre jour. (…) Mandela a ce don exceptionnel de nous grandir. (…) Il y a eu des scènes bouleversantes dans lesquelles les victimes d’atrocités, au lieu de réclamer une revanche, ont montré une immense générosité, allant jusqu’à embrasser leurs anciens tortionnaires. (…) Nelson Mandela [est], de très loin, l’homme d’État le plus estimé et le plus respecté qui soit, mais aussi l’un des êtres humains les plus extraordinaires sur cette Terre. ».

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Muhammad Ali, triple champion du monde de boxe : « On l’admire pour son courage et son énergie. Il n’admet pas les compromis dans le combat contre l’injustice (…). Il faut absolument que tous sachent ce qu’il a fait, qu’ils comprennent que son courage et sa persévérance ont infléchi le destin d’une nation tout entière et qu’il a changé le cours de l’histoire. C’est la preuve tangible qu’un individu peut améliorer le monde. Mandela m’a toujours poussé à me projeter au-delà de moi-même, à penser aux autres dans un monde plus vaste, englobant l’humanité tout entière. ».

Ruth Mompati, ancienne membre de la direction de l’ANC de 1966 à 1973, ensuite, ancienne ambassadrice de la République sud-africaine en Suisse de 1996 à 2000 : « Pour moi, Nelson Mandela est unique. Il est courageux et humble à la fois, et je suis frappée par la manière dont il a sacrifié sa vie et son avenir au profit d’un combat pour la liberté, la sienne et celle des autres. (…) II fait partie de ces gens qui ne craignent pas la mort ; il prend les choses comme elles viennent. Si vie a été dense parce qu’il l’a entièrement vouée à sa cause : changer l’Afrique du Sud. ».

Bill Clinton a assisté à la libération de Nelson Mandela en direct devant la télévision le 11 février 1990 : « Je voulais que [ma fille] Chelsea, qui avait alors une dizaine d’années (…), assiste à sa libération. Je savais que ce serait l’un des événements politiques qui marqueraient le plus sa vie, de la même manière que le discours de Martin Luther King au Lincoln Memorial, en 1963, avait marqué la mienne. Je l’ai installée sur le comptoir de la cuisine, devant la télévision. Je m’en souviens comme si c’était hier. Je revois Mandela se diriger vers les grilles. Je me rappelle la voiture qui l’attend, et je vois encore Chelsea sur le comptoir de la cuisine. L’événement avait d’autant plus d’importance que j’avais pu le vivre en direct avec elle. Mandela a quitté sa prison avec élégance, dignité et grandeur. C’était un spectacle poignant pour le monde entier. (…) Plusieurs années après, j’ai eu la chance de lui poser la question : "Voyons, vous avez été magnanime (…). Mais dites-moi la vérité : n’avez-vous jamais ruminé votre colère ?". Il m’a répondu : "Oui, j’ai été en colère. Et j’ai eu un peu peur. Je n’avais plus de liberté depuis longtemps. Cependant, lorsque j’ai senti la haine m’envahir, j’ai compris que je resterais prisonnier si je ne me défaisais pas de ce sentiment". Il m’a souri avant d’ajouter : "Je voulais être libre, j’ai donc choisi d’oublier". Cet entretien extraordinaire a changé ma vie. ».

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Antjie Krog, journaliste, poétesse et romancière : « J’ai vu Mandela en chair et en os pour la première fois après sa libération, lors d’une manifestation à Bloemfontein. Son apparence physique est extraordinaire, car elle sied parfaitement à son personnage et aux rêves des gens. Nous avons attendu des heures sous le soleil, puis il est enfin arrivé, vêtu d’un costume couleur biscuit et d’une fine cravate rouge. C’était sublime. Il était grand, il avait l’air jeune et paraissait si fier. Il émanait de lui une sorte de bravoure. Nous sommes devenus comme fous ; nous avions l’impression de voir apparaître un ange.  (…) La première fois que j’ai rencontré Mandela (…), il est [venu] vers moi et m’a dit : "Je ne vous savais pas si jeune. Je veux vous épouser !". Il m’a ensuite invitée à dîner au Cap, avec toute ma famille. Il s’est assis et a demandé à chacun de mes enfants son nom et ce qu’il faisait. (…) Ensuite, il a levé son verre en disant aux enfants : "Je vous ai invités ce soir. Je veux que vous sachiez que vous pouvez être fiers de votre mère". (…) Je pense qu’il est parfois exaspéré qu’on le prenne pour une idole et non pour ce qu’il est réellement. ».

Sir Robin Renwick, ancien ambassadeur de Grande-Bretagne en Afrique du Sud de 1987 à 1991 puis aux États-Unis de 1991 à 1995 : « Lorsque j’ai vu Mandela, après sa libération, il s’est dirigé vers moi, m’a serré la main et m’a demandé de transmettre ses vœux à madame Thatcher. Il savait les efforts que nous avions déployés pour faire avancer les choses. Certes, on peut dire, rétrospectivement, que l’Angleterre aurait dû prendre des sanctions plus sévères contre l’Afrique du Sud, mais notre influence sur De Klerk aurait alors été moindre. (…) Le jour de l’investiture de De Klerk, le Ministre de la Justice s’est approché de moi et m’a dit : "Il faut m’aider à le convaincre de libérer Mandela". C’était sa force : en tant que détenu, il avait su s’attirer la bienveillance des surveillants, puis du commandant de la prison, et ainsi jusqu’au Ministre de la Justice. Son pouvoir de séduction était un véritable atout (…). Devant se rendre en Angleterre pour assister à un concert à Wembley, il a souhaité rencontrer madame Thatcher. (…) Avant l’entretien, j’avais prévenu madame Thatcher : "N’oubliez pas qu’il attend depuis vingt-sept ans de vous donner sa version des faits". Elle m’a lancé : "Vous voulez dire que je ne dois pas l’interrompre ?". J’ai répondu : "Oui, s’il vous plaît". Juste avant que Mandela n’entre dans la pièce, elle m’a attrapé par le coude : "Ressemble-t-il à Robert Mugabe ?". Je l’ai rassurée : "Il n’y a pas sur terre deux personnes plus différentes que Mandela et Mugabe". Mandela est arrivé et, après une heure de circonlocutions, la conversation s’est détendue. Comme toujours, son charme, auquel les femmes sont très sensibles, a fait des miracles. (…) Leur entrevue a duré près de trois heures. (…) Mandela (…) souhaitait assister à une représentation au Royal Albert Hall. La famille royale a honoré de sa présence le spectacle, dont les vedettes étaient Phil Collins et Ladysmith Black Mambaso. L’ambiance était chaude et, pendant l’entracte, j’ai dit à Mandela : "Lorsque Ladysmith entrera en scène, il faut vous lever et vous trémousser. C’est pour cela que les gens sont venus". Il s’est exclamé : "Mais je suis à côté de Sa Majesté !". Quoi qu’il en soit, au milieu de la seconde partie du show, il s’est levé et s’est mis à danser, on échangeait, dans la loge royale, des regards offusqués. Estimant qu’il devait faire quelque chose, le duc d’Édimbourg s’est levé lui aussi, pour se trémousser, et, après un quart d’heure, la souveraine elle-même se joignait au mouvement. Nous étions ébahis. Quel autre leader aurait pu faire de même ? ».

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George Soros, milliardaire et philanthrope, Américain d’origine hongroise : « C’est un homme d’une grande moralité, qui croit, dans la mouvance une peu désuète de Gandhi, que la bonne volonté peut tout changer et que la conduite de chacun révèle, ou non, ce qu’il y a de bon dans le monde. On peut faire un parallèle avec ce qu’ont vécu certains de mes amis dans les prisons hongroises, après 1956. Ceux qui ont accompli leur peine sans se compromettre en sont sortis plus forts. Lorsque, condamnés pour des questions de principe, ils conservent leurs idéaux, ils deviennent des modèles. (…) Mandela a une qualité : il est sorti de prison avec une grande probité. Il avait l’autorité morale lui permettant de se poser comme égal ou supérieur aux Afrikaners, qui l’ont reconnu en tant que tel. C’est un peu comme Lech Walesa, en Pologne. Les deux hommes incarnent une intégrité morale exceptionnelle. ».

Tony Blair, ancien Premier Ministre britannique : « Une rencontre avec Mandela a quelque chose d’unique parce que c’est un être unique, tant l’homme que l’homme politique. Son comportement est extraordinaire : il est toujours très humble mais, parfois aussi, légèrement agaçant, car il plaisante tout le temps. Il a un humour ravageur (…). Il se fait un devoir de serrer la main à tout le monde, à ceux qui servent le thé, à ceux qui ouvrent les portes, aux policiers, et il a toujours le mot pour rire. Je pense qu’il se moque un peu de son statut ; en fait, c’est quelqu’un de très rationnel, qui aime pimenter les choses de la vie. (…) Tout en respectant les convenances, il reste profondément authentique. (…) Je pense que Mandela se serait hissé au sommet dans n’importe quel système politique. C’est un homme avisé et d’une belle grandeur d’âme. (…) Ce sont l’absence d’amertume et son profond désir de réconciliation qui le distinguent et lui valent, en retour, l’admiration et l’affection de tous. ».

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Thabo Mbeki, ancien Président de la République sud-africaine : « Une division naturelle s’est créée entre Madiba [diminutif de Nelson Mandela] et moi. Devant fédérer une nation tout en gardant le contact avec l’extérieur, il ne pouvait s’occuper des affaires courantes, qui me sont par conséquent échues en qualité de Vice-Président. Madiba avait été clair, dès le début de sa Présidence, sur le fait qu’il ne ferait qu’un mandat, en raison de son âge. Il était cependant déterminé à mettre à profit les cinq premières années d’une Présidence démocratique pour transmettre à son successeur des conditions favorables à la bonne marche de notre pays. ».

Zelda Le Grange, secrétaire personnelle de Mandela de 1994 à 1999, et même au-delà de la Présidence : « Madiba n’est pas un homme difficile. Un très beau mot afrikaans, gematigt, le décrit parfaitement. On pourrait le traduire par "modéré" (…). De fait, il n’est pas impulsif. Quiconque a travaillé avec lui pendant un certain temps sait deviner ses réactions. Ainsi, étant lui-même extrêmement ponctuel, il déteste que les gens soient en retard. Mais c’est un être vraiment humain et, au fond de lui-même, il a l’âme d’un grand-père. Il nous surprenait souvent par son désir de rencontrer des gens simples, auxquels d’autres n’auraient jamais prêté attention. ».

Nadine Gordimer, romancière et Prix Nobel de Littérature : « Il est difficile de mesurer l’impact de Mandela sur la littérature sud-africaine. (…) Le fait d’être le contemporain d’un homme aussi exceptionnel ne laisse pas indifférent. (…) Lorsque nous avons changé de millénaire, j’ai réfléchi aux hommes qui avaient contribué à éclairer ce siècle terrible que nous laissons derrière nous et qui fut l’un des plus violents de toute l’histoire de l’humanité. Deux d’entre eux se sont nettement détachés du paysage, comme l’Everest au-dessus des autres monts. L’un était le Mahatma Gandhi, l’autre est Nelson Mandela qui, lui, estime avoir encore du chemin à parcourir. (…) Gandhi et Mandela, les deux plus grandes figures du siècle dernier, sont inégalables en termes de moralité et d’humanisme. ». À ces deux personnalités exceptionnelles, j’en aurais rajouté personnellement une troisième, Jean-Paul II.

Barack Obama, ancien Président des États-Unis : « Nous avons perdu l’un des êtres humains les plus influents, courageux et profondément bons qu’il nous sera jamais donné de croiser sur cette Terre. Il ne nous appartient plus, il appartient à l’éternité. ».

Saths Cooper, militant anti-apartheid qui a été détenu dans la prison de Robben Island, au même moment que Nelson Mandela : « Il avait conservé une sorte de maintien royal qui inspirait le respect. Soucieux des conventions, il commençait toujours un entretien par une écoute attentive de son interlocuteur, généralement sans l’interrompre, puis il présentait ensuite sa façon de voir les choses. Les rancœurs ou les colères se dissipaient d’elles-mêmes (…). Quand nous nous rencontrions, c’était toujours un moment chaleureux. Il avait le chic pour trouver le mot juste en toutes circonstances (…). Son aisance à dialoguer avec toutes les classes sociales, son sens de l’humour et sa dignité tranquille ont séduit tous ceux qui ont eu la chance de le rencontrer. Son rôle dans l’organisation de notre pays restera gravé dans l’histoire. (…) Il est temps de veiller à ce que le combat, le sien, le nôtre, n’ait pas été vain. ».

Cyril Ramaphosa, nouveau Président de la République sud-africaine : « C’est ainsi que Nelson aurait voulu partir. Ce sont des bénédictions et, dans la tradition africaine, quand il pleut le jour de votre enterrement, cela signifie que les dieux vous accueillent et que les portes du paradis vous sont ouvertes. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 juillet 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le centenaire de Nelson Mandela.
Cyril Ramaphosa.
Desmond Tutu.
L’Afrique du Sud.
L'Afrique du Sud de Pieter Botha.
L'Afrique du Sud de Frederik De Klerk.
L’Afrique du Sud de Nelson Mandela.
L’Afrique du Sud de Thabo Mbeki.
L’Afrique du Sud de Jacob Zuma.
Robert Mugabe.
Morgan Tsvangirai.

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https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/nelson-mandela-le-centenaire-d-un-206156

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/07/17/36566340.html


 

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21 février 2018 3 21 /02 /février /2018 02:25

« I must accept that if my party and my compatriots wish that I be removed from office, they must exercice that right and do so in the manner prescribed by the Constitution. I fear no motion of no confidence or impeachment. (…) I have, therefore, come to the decision to resign as the President of the Republic with immediate effect, even through I desagree with the decision of the leadership of my organization, I have always been a disciplined member of the ANC. As I leave, I will continue to serve the people of South Africa as well as the ANC, the organization I have served all of my life, in it. (…) I do not fear exiting political office. However, I have only asked my party to articulate my transgressions and the reason for its immediate instruction that I vacate office. This was important in view of the discussions I had with the président of ANC and the secretary-general of the party that were aimed at uniting our organization, the ANC. » (Allocution télévisée de Jacob Zuma, le 14 février 2018).


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La revue d’actualités du mercredi 14 février 2018, journée vaguement commerciale de la Saint-Valentin qui tombait cette année le même jour que le mercredi des Cendres qui correspond, pour les chrétiens (je le rappelle à tout hasard), au début du Carême, a montré un flux très dense d’informations importantes.

Il y a eu la disparition de deux anciens Premiers Ministres qui ont joué un rôle majeur dans leur pays, Morgan Tsvangirai au Zimbabwe et Ruud Lubbers aux Pays-Bas. Pour le gouvernement d’Édouard Philippe, cette journée devait être consacrée à la réforme du baccalauréat adoptée au conseil des ministres de la matinée, mais l’espace médiatique des chaînes d’information continue fut monopolisé par la découverte macabre du corps de la petite Maëlys dans la montagne, sur les indications spontanées de son meurtrier qui bénéficie toujours, selon le rappel très formel du procureur de la République de Grenoble, de la présomption d’innocence. Ce terrible fait-divers a éclipsé la seconde plainte pour abus de faiblesse contre le ministre Gérard Darmanin (plainte qui a été classée sans suite le surlendemain). Le ministre continue à conserver le soutien de sa "hiérarchie" et a encore clamé son innocence sur BFM-TV le 19 février 2018, mais contrairement à la première plainte, le mot "confiance" n’a plus été prononcé, ni n’a eu lieu de nouvelles ovations dans l’hémicycle. Sans compter les victimes du jour au Proche- et Moyen-Orient, on peut aussi évoquer la fusillade dans un lycée de Floride qui a traumatisé tout le peuple américain, un ancien lycéen renvoyé de son établissement a en effet tué dix-sept personnes. Déjà une trentaine de fusillades meurtrières de ce type aux États-Unis …rien que depuis le début de l’année ! La législation sur les armes à feu (y compris automatiques) ne semble pas être remise en cause par le Président Donald Trump.

L’information la plus importante du 14 février 2018 me paraît néanmoins la fin de la crise politique en Afrique du Sud. C’est un pays très important du monde, et l’un des principaux de l’Afrique, et son économie est rongée par la corruption et une gouvernance de quasi-parti unique que n’aurait probablement jamais accepté Nelson Mandela, même s’il venait lui-même de ce même parti, l’ANC.

Après deux mois de pressions politiques provenant de ce parti, son parti, largement majoritaire au parlement sud-africain, Jacob Zuma a annoncé (enfin) sa démission de Président de l’Afrique du Sud le 14 février 2018, au grand soulagement de toute la classe politique : « J’en suis venu à prendre la décision de démissionner de mes fonctions de Président de la République avec effet immédiat. ». Et d’ajouter qu’il voulait préserver l’unité du pays et l’unité de son parti : « No life should be lost in my name. And also, the ANC should not be divided in my name. » ["Aucune vie ne doit être détruite en mon nom. Et aussi, l’ANC ne doit pas être divisé en mon nom"].

L’un de ses opposants politiques, Julius Malema, a accueilli la nouvelle avec satisfaction : « Toute la nation a été victime, depuis plus de dix ans, d’un délinquant et d’un imposteur (…). Il va rejoindre les poubelles de l’histoire. ». Même réaction de la Fondation Nelson-Mandela : « C’est la fin d’une période où la plus haute fonction du pays a été détournée en vue d’un pillage généralisé des coffres du pays. » (Cités par "Le Point" et l’AFP le 15 février 2018).

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Ce fut presque un scénario à la zimbabwéenne, tant le Président sortant, légitime lui car issu des urnes (au contraire de Robert Mugabe), assommé par de multiples affaires et scandales politiques, financiers, sexuels, etc., s’accrochait avec ténacité au pouvoir alors qu’il n’en avait plus ni crédit ni autorité sur ses propres troupes. Le lendemain, le 15 février 2018, les parlementaires ont élu, par acclamations, Cyril Ramaphosa Président de la République d’Afrique du Sud en attendant les élections générales prévues en 2019. La Fondation Frederik-De-Klerk a exprimé le défi qui l’attend : « Il a la tâche énorme de faire oublier le bilan de son prédécesseur et de remettre l’Afrique du Sud sur la voie de l’unité et du renouveau. » (Cité par "Le Point" et l’AFP le 15 février 2018).

Actuellement, l’ANC détient 249 sièges de députés sur 400, devant les 89 sièges de l’Alliance démocratique (DA, soit Democratic Alliance, fondée le 24 juin 2000, libéraux de centre droit) dirigée par Mmusi Maimane (37 ans), chef de l’opposition parlementaire depuis quatre ans, et les 25 sièges des Economic Freedom Fighters (EFF, extrême gauche d’inspiration marxiste), fondés le 26 juillet 2013 et dirigés par Julius Malema (36 ans).

Reprenons rapidement le contexte politique en Afrique du Sud.

Jacob Zuma (75 ans) a été élu Président de la République le 6 mai 2009 et réélu le 21 mai 2014. Il a exercé le pouvoir entre le 9 mai 2009 et 14 février 2018. Il était auparavant le Vice-Président de la République du 17 juin 1999 au 14 juin 2005 à l’époque de son prédécesseur, Thabo Mbeki (75 ans).

Thabo Mbeki fut le premier Président "opérationnel" de l’Afrique du Sud d’après-apartheid. Il fut Premier Vice-président du 10 mai 1994 au 14 juin 1999 puis Président du 14 juin 1999 au 24 septembre 2008. Nelson Mandela, qui était le premier Président en titre, ne s’occupait pas beaucoup de la gestion économique du pays (il était trop âgé et cela ne l’intéressait pas) et tenait surtout un magistère régalien et moral. Il a donc laissé Thabo Mbeki gérer le pays (avec les pouvoirs d’un chef du gouvernement).

L’histoire de l’Afrique du Sud moderne se confond avec celle du parti majoritaire hégémonique, le Congrès national africain, à savoir l’ANC (African National Congress). Fondé le 8 janvier 1912, il fut interdit par l’apartheid à partir du 21 mars 1960, et redevenu légal le 2 février 1990. Comme dans des démocraties comme l’Allemagne et le Royaume-Uni (pas comme aux États-Unis et encore moins comme en France), le chef de l’exécutif est aussi le président du parti majoritaire, l’est parce qu’il est le chef du parti majoritaire.

Thabo Mbeki fut président de l’ANC de 1999 à 2007. À partir de 2005, il y a eu une grande rivalité politique entre le Président Thabo Mbeki, accusé d’avoir perdu le lien avec le peuple et de privilégier l’élite du pays, et son Vice-Président Jacob Zuma qui, en plus, a dû démissionner le 14 juin 2005 à cause d’un scandale financier. Jacob Zuma, très apprécié de la base de l’ANC (lui la base, Mbeki l’élite) et accusé de corruption, n’a pas hésité à se dire victime d’un complot politique (hélas, François Fillon a réagi de la sorte en mars 2017).

Le point d’orgue de la rivalité Mbeki/Zuma a eu lieu lors du congrès de l’ANC à Polokwane entre le 15 et le 20 décembre 2007. Thabo Mbeki ne pouvait pas postuler pour un troisième mandat, mais il s’est représenté à la tête de l’ANC pour pousser sa Ministre des Affaires étrangères, Nkosazana Dlamini-Zuma (69 ans).

Face au Président en exercice, Jacob Zuma s’est présenté avec l’ambition de devenir le futur Président, malgré les scandales qui n’ont jamais cessé d’être associés à sa personne. Les discussions étaient tellement au ras des pâquerettes que ces comportements furent condamnés publiquement par Nelson Mandela qui n’a jamais apprécié le "populisme" de Jacob Zuma. Finalement, lors du vote du 18 décembre 2007, Jacob Zuma fut élu président de l’ANC par 2 329 délégués contre 1 505 à Thabo Mbeki, sur un total de 4 075 délégués. Ce fut un complet désaveu contre Thabo Mbeki.

Actuellement créditée d’environ 20% d’intentions de vote dans les sondages, Nkosazana Dlamini-Zuma, ancienne épouse de Jacob Zuma (jusqu’en 1997), a été ministre sans discontinuer entre le 10 mai 1994 et le 3 octobre 2012 (d’abord à la Santé, puis aux Affaires étrangères du 14 juin 1999 au 10 mai 2009, enfin à l’Intérieur), puis Présidente de la Commission de l’Union Africaine du 15 octobre 2012 au 30 janvier 2017 (la fonction qui a pris la suite de Secrétaire Générale de l’Organisation de l’Unité Africaine). Elle fait partie des présidentiables potentiels.

La fin de la Présidence de Thabo Mbeki fut très mouvementée avec une contestation interne de son parti. Ce fut le cas notamment lors de la crise politique au Zimbabwe en 2008. L’ANC, en effet, dirigé par Jacob Zuma, a apporté son soutien au MDC de Morgan Tsvangirai, leader de l’opposition, contre Robert Mugabe, ménagé par Thabo Mbeki qui fut médiateur dans ce conflit. Cela n’a pas empêché Jacob Zuma, lors de la dernière élection présidentielle zimbabwéenne, le 31 juillet 2013, complètement discréditée par les irrégularités, de féliciter chaleureusement Robert Mugabe et d’appeler tous les partis politiques à reconnaître cette réélection.

Thabo Mbeki fut finalement conduit à la démission le 24 septembre 2008, désavoué par l’ANC la veille, à la suite d’une vague affaire sur une intervention auprès du juge qui a prononcé un non-lieu dans les affaires de corruption contre Jacob Zuma.

Secrétaire général de l’ANC du 18 décembre 1997 au 18 décembre 2007 puis vice-président de l’ANC du 18 décembre 2007 au 18 décembre 2012, Kgalema Motlanthe (68 ans) fut désigné Président de la République du 25 septembre 2008 au 9 mai 2009 (puis fut nommé Vice-Président par Jacob Zuma pour son premier mandat du 9 mai 2009 au 26 mai 2014). Jacob Zuma fut ensuite élu Président de la République.

Comme on le voit, avec ce rapide rappel, Jacob Zuma a été écarté du pouvoir par le manque de confiance de l’ANC un peu comme Thabo Mbeki en 2007-2008. La crise politique qui vient de finir a failli aboutir à un vote de défiance contre Jacob Zuma prévu le lendemain de l’annonce de sa démission. Les deux mandats de Jacob Zuma n’ont pas amélioré le sort des Sud-africains, la situation économique est dégradée, la violence en hausse, et la corruption reine.

De nombreuses affaires se sont accumulées contre Jacob Zuma et ses proches (agressions sexuelles, corruption, etc.). En décembre 2017, l’affrontement entre Jacob Zuma et ses rivaux a de nouveau eu lieu. Face à Nkosazana Dlamini-Zuma, soutenu par Jacob Zuma, s’est présenté le Vice-Président en exercice Cyril Ramaphosa. Ce dernier, vice-président de l’ANC du 18 décembre 2012 au 18 décembre 2017, fut élu président de l’ANC le 18 décembre 2017 par 2 440 délégués contre 2 261 à sa rivale (sur 5 000 délégués).

Pendant près de deux mois (décembre 2017 à février 2018), l’ANC appela Jacob Zuma à démissionner, le menaçant de le destituer s’il le refusait. Finalement, très impopulaire, Jacob Zuma a annoncé sa démission le 14 février 2018, le lendemain de l’ultimatum de l’ANC. Selon certains, Jacob Zuma voulait négocier la prise en charge de ses frais d’avocat pour sa défense dans de très nombreuses affaires…

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Son successeur, Cyril Ramaphosa (65 ans) arrive donc au pouvoir en Afrique du Sud dans une situation très difficile, tant économique que sociale. Il était jusque-là Vice-Président de la République depuis le début du second mandat de Jacob Zuma.

Né le 17 novembre 1952 à Soweto, il fut mis en prison plusieurs mois en 1974 et en 1976 lorsqu’il était étudiant en raison de son engagement contre l’apartheid. Il est devenu avocat en 1981 et fut conseiller juridique des syndicats sud-africains. Il est devenu syndicaliste et désigné en 1982 secrétaire général du Syndicat national des mineurs.

Bon négociateur lors des grandes grèves de 1987, Cyril Ramaphosa a fait partie de ceux qui ont œuvré, aux côtés de Nelson Mandela, pour une sortie de crise et une fin d’apartheid pacifiques entre 1990 et 1994. Élu le 24 mai 1994 Président de l’Assemblée constituante à l’issue des premières élections nationales du 26 au 29 avril 1994, Cyril Ramaphosa fut considéré comme le dauphin de Nelson Mandela, mais finalement, Thabo Mbeki fut désigné Premier Vice-Président (au début, il y a eu deux Vice-Présidents, le second étant le prédécesseur de Nelson Mandela, à savoir Frederick De Klerk).

Cyril Ramaphosa quitta la vie politique et s’est reconverti en homme d’affaires avisé au point de devenir, dix ans plus tard, parmi les cinquante personnes les plus riches du continent africain (Le magazine "Forbes" l’a placé 42e fortune d’Afrique en 2005 avec une fortune de 450 millions de dollars).

Le métier d’administrateur d’entreprises n’est pas forcément sans catastrophe humaine. En 2017, Cyril Ramaphosa, jugé hors de cause dans cette affaire, a cependant présenté ses excuses pour avoir été favorable, en tant qu’administrateur au sein du conseil d’administration de Lonmin, qui exploite la mine de platine de Marikana, à l’envoi des troupes armées pour arrêter la grève des mineurs (qui dura du 10 août 2012 au 20 septembre 2012). La police avait tiré sans sommation sur les grévistes. Le bilan de l’intervention armée du 16 août 2012, qui fut un massacre, avait été de 34 mineurs tués. Jacob Zuma avait décrété un deuil national.

Peut-être à cause de ce contexte très dur, Cyril Ramaphosa a quitté les affaires pour revenir dans la vie politique à la fin de l’année 2012. Il s’est fait élire vice-président de l’ANC le 18 décembre 2012, puis fut désigné Vice-Président de la République le 3 juin 2014 après la réélection de Jacob Zuma. Le 18 décembre 2017, il fut élu président de l’ANC et accéda à la Présidence de la République ce jeudi 15 février 2018. Il est aujourd’hui crédité d’environ 40% d’intentions de vote dans les sondages dans la perspective de la prochaine élection présidentielle.prévue au printemps 2019.

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La proclamation a été prononcée par Mogoeng Mogoeng (57 ans), Président de la Cour Constitutionnelle depuis octobre 2009 : « Je déclare l’honorable Cyril Ramaphosa officiellement élu Président de la République d’Afrique du Sud. ». Les premiers mots de Cyril Ramaphosa furent : « Je vais essayer avec beaucoup d’effort de ne pas décevoir le peuple sud-africain. ». Son premier test a eu lieu le vendredi 16 février 2018 à 18 heures (heure de Paris) où il a présenté devant les députés ses propositions contre la corruption dans son premier discours sur l’état de la nation.

L’élection du Cyril Ramaphosa à la Présidence de la République d’Afrique du Sud par le parlement sud-africain ne lui ouvre toutefois pas un boulevard à cette échéance électorale essentielle. En effet, le pays est dans une mauvaise situation sociale, avec 30% de chômage (plus de 50% chez les jeunes) et beaucoup d’inégalités. Le "modéré" Cyril Ramaphosa va n’avoir qu’une quinzaine de mois pour convaincre le peuple de son efficacité à la tête de l’État et il est déjà contesté à la fois sur sa droite (par l’Alliance démocratique qui fustige la corruption généralisée) et sur sa gauche (qui critique sa fortune et son passé d’homme d’affaires).

Par ailleurs, l’ANC, qui avait quasiment le monopole électoral en Afrique du Sud depuis près d’un quart de siècle, a subi de très grands échecs lors des dernières élections, les élections municipales du 3 août 2016, en perdant notamment les municipalités de Johannesburg (4,4 millions d’habitants), d’Ekurhuleni (3,2 millions d’habitants), de Tshwane (2,9 millions d’habitants, dont Pretoria), de la Métropole Nelson Mandela Bay (970 000 habitants, dont Port Elizabeth) et de Mogale City (360 000 habitants, dont Krugersdorp). Pendant la campagne, il y a même eu des règlements de compte internes qui ont abouti à l’assassinat de plusieurs cadres de l’ANC. Le score de l’ANC au niveau natioanal a chuté à 53,9%, très loin des 62,2% des dernières élections générales du 7 mai 2014. La réputation de l’ANC a donc été très affaiblie par les années Zuma.

Malgré cette incertitude, il reste néanmoins le grand espoir d’un redémarrage de l’économie sud-africaine et surtout, d’une politique plus sociale avec, par exemple, l’accès gratuit aux universités qui permettrait de proposer un véritable ascenseur social. Et cela se fera avec une lutte sans merci contre la corruption à toutes les échelons de la société sud-africaine. Il est évidemment trop tôt pour le dire, mais avec l’arrivée au pouvoir de Cyril Ramaphosa, on pourrait envisager d’affirmer que c’est, pour la première fois, l’arrivée réelle au pouvoir de …feu Nelson Mandela, son mentor.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 février 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Cyril Ramaphosa.
Desmond Tutu.
L’Afrique du Sud.
L'Afrique du Sud de Pieter Botha.
L'Afrique du Sud de Frederik De Klerk.
L’Afrique du Sud de Nelson Mandela.
L’Afrique du Sud de Thabo Mbeki.
L’Afrique du Sud de Jacob Zuma.
Robert Mugabe.
Morgan Tsvangirai.

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https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/transition-en-afrique-du-sud-avec-201725

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20 février 2018 2 20 /02 /février /2018 02:53

« Face à un dictateur impitoyable, la tentation parmi le peuple est de se replier, de se mettre à l’abri et de s’isoler de l’action collective. Cette tentation peut vous submerger et promouvoir la peur. La peur est un signe de faiblesse. Avec espoir et courage, nous devons vaincre la peur. Je ressens ma tristesse et mon chagrin devant les nouvelles d’un certain nombre de retraités, de personnes vulnérables et faibles qui ont perdu la vie à cause d’un manque de soutien. La dictature a démoli leur capacité d’adaptation et leurs dernières lignes de défense et les a déstabilisés. À cause de la propagande et des médias aux ordres, le peuple zimbabwéen doit faire preuve de beaucoup de prudence et de précaution. Le régime veut que vous abandonniez. » (18 mars 2006).


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Deux anciens Premiers Ministres sont morts le mercredi 14 février 2018 et ils ont été, tous les deux, dans leur pays respectif, des personnalités marquantes, Morvan Tsvangirai au Zimbabwe et Ruud Lubbers aux Pays-Bas (je reviendrai sur ce dernier un peu plus tard).

Morgan Tsvangirai est mort le 14 février 2018 dans la soirée à Johannesburg, en Afrique du Sud, à l’âge de 65 ans (il est né le 10 mars 1952). Le 6 février 2018, on avait annoncé son état "critique". Il était soigné depuis plusieurs mois d’un cancer qu’il avait rendu public le 27 juin 2016 : « En tant qu’homme politique et personnalité publique, j’ai décidé de rendre publique ma maladie. ».

C’était son ultime combat et il ne fut pas seulement médical mais aussi politique car il en avait profité pour prôner la transparence médicale des dirigeants des États : « Je pense sincèrement que l’état de santé des leaders nationaux, dont les responsables politiques, ne doit pas être un objet d’incertitude et de spéculation pour toute une nation. ».

Cette ultime prise de position avait un objectif : en finir avec la dictature de son adversaire politique de toujours, Robert Mugabe, qui, à l’époque, avait 92 ans et qui aurait été atteint d’un cancer dès 2008 (selon un télégramme diplomatique rendu public par WikiLeaks).

Robert Mugabe, chef du Zimbabwe depuis 18 avril 1980, a rendu les armes le 21 décembre 2017 en démissionnant après une révolution de palais fomentée par son principal "lieutenant", Premier Vice-Président de la République du Zimbabwe du 12 décembre 2014 au 24 novembre 2017, Emmerson Mnangagwa, qui avait repris la présidence du parti au pouvoir, la ZANU-PF (Union africaine du Zimbabwe/Front patriotique), le 19 novembre 2017.

Au renversement de Robert Mugabe, on aurait pu imaginer que l’heure de Morgan Tsvangirai était venue, dans la perspective de la prochaine élection présidentielle prévue en 2018 (entre mai et septembre 2018), s’il n’avait pas été malade et soigné en Afrique du Sud. Car Morgan Tsvangirai fut pendant plusieurs décennies le leader de l’opposition au Zimbabwe tout en ayant quand même exercé, pendant quelques années, le pouvoir partagé. Le Ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, a déclaré à sa mort : « Il représentait le courage et la détermination face à l’oppression et a donné aux Zimbabwéens la foi de croire en l’avenir. ».

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Lors du régime de Ian Smith, Morgan Tsvangirai fut mineur puis contremaître et était chargé d’extraire du nickel. Il a pris rapidement des responsabilités syndicales au sein du National Mine Workers Union puis fut élu le 10 mai 1987 secrétaire général du Zimbabwe Congress of Trade Unions (congrès des syndicats zimbabwéens).

À partir de la fin de l’année 1997, Morgan Tsvangirai fut considéré comme le principal opposant à Robert Mugabe en raison d’une vague de grèves contre une hausse des impôts. Son opposition est devenue réellement politique à partir du 11 septembre 1999 lors de la création du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), principal parti d’opposition à Robert Mugabe, fondé et présidé par Morgan Tsvangirai (jusqu’à sa mort). Sa première victoire a eu lieu lors du référendum pour une nouvelle Constitution qui a été rejetée le 13 février 2000 par 54,7% des voix. Ce fut le premier désaveu contre le pouvoir sans partage de Robert Mugabe.

Malgré les tentatives de fraudes électorales, le MDC a réussi à obtenir 47,0% des voix et 57 sièges sur 120 (sièges élus, mais 150 en tout car 20 furent nommés par Robert Mugabe et 10 autres membres de droit) aux élections législatives du 25 juin 2000. Le parti de Robert Mugabe a obtenu 48,6% et 62 sièges sur 120. Là encore, Morgan Tsvangirai a réussi à casser le principe du quasi-parti unique en obligeant Robert Mugabe à prendre en compte le MDC (même si Morgan Tsvangirai lui-même ne fut pas élu député).

Morgan Tsvangirai, à l’élection présidentielle du 11 mars 2002, a obtenu 42,0%, insuffisamment pour battre Robert Mugabe réélu avec 56,2% des voix. Les observateurs internationaux ont cependant constaté de nombreuses irrégularités électorales, ce qui n’a pas empêché le fait que le pouvoir politique était effectivement ébranlé par Morgan Tsvangirai (Robert Mugabe était auparavant réélu avec des scores "communistes" !).

Lors des élections législatives du 31 mars 2005, le MDC a chuté à 39,5% des voix et 41 sièges (sur 150) contre 59,5% et 78 sièges pour la ZANU-PF. Malgré cette baisse, Morgan Tsvangirai, plus que jamais, apparaissait comme le leader très populaire de l’opposition démocratique à Robert Mugabe. Aux élections sénatoriales du 26 novembre 2005, le MDC a réuni 20,3% des voix et obtenu 7 sièges sur 50. Une scission du MDC a eu lieu le 27 février 2006 avec la séparation d’une partie "dissidente" très minoritaire dans l’opinion publique, sous la houlette de l’ingénieur roboticien Arthur Mutambara.

Morgan Tsvangirai fut jeté en prison le 11 mars 2007 à la suite des grandes manifestations contre la crise sociale (80% de chômage et une hyperinflation de 1 700% en février 2007 !), contre l’interdiction de manifester et surtout, contre la volonté de Robert Mugabe, au pouvoir depuis vingt-sept ans, de se représenter en 2008. Il aurait été torturé par les forces spéciales, battu férocement à la tête au point de s’être évanoui trois fois : « Il était en très mauvais état, il était très enflé. Il avait un pansement sur la tête. (…) Il ne pouvait pas voir correctement. » (selon Innocent Chagonda, un avocat). Son arrestation déclencha l’indignation internationale. Le caméraman qui avait réussi à faire passer à l’étranger des images de Morgan Tsvangirai blessé à la tête, le crâne fracturé et l’œil enflé, fut enlevé et retrouvé mort quelques jours plus tard. De même, le garde du corps du chef de l’opposition est mort de ses blessures en novembre 2007.

Lors d’une conférence de presse à Londres le 14 mars 2007, le Premier Ministre britannique Tony Blair a réagi ainsi : « Les gens devraient pouvoir vivre dans le respect de la loi, être capable d’exprimer leurs opinions politiques sans être harcelés, intimidés ou brutalisés. Et ce qui se passe au Zimbabwe est vraiment tragique. ».

Face à la pression internationale, la police l’a finalement libéré à la fin du mois de mars 2007, il fut hospitalisé en soins intensifs, mais le 28 mars 2007, le siège de son parti fut perquisitionné et Morgan Tsvangirai fut lui-même une nouvelle fois brièvement arrêté.

L’année 2008 était en effet une date cruciale dans l’espoir de démocratiser le Zimbabwe. C’était une année électorale essentielle. Le 29 mars 2008 a eu lieu à la fois le premier tour de l’élection présidentielle et les élections parlementaires.

Malgré les fraudes en faveur du pouvoir, sur le plan parlementaire, ce fut une grande victoire de l’opposition. À l’Assemblée (résultats proclamés après bien des vicissitudes le 29 avril 2008), le MDC a obtenu 42,9% des voix et 100 sièges sur les 210 élus, et la branche dissidente du MDC 8,4% des voix et 10 sièges, face à la ZANU-PF qui a obtenu 45,9% et 99 sièges. Au Sénat (résultats proclamés le 5 avril 2008), le MDC a obtenu 43,0% des voix et 24 sièges sur 93 élus, la branche dissidente du MDC 8,6% et 12 sièges, face à la ZANU-PF 45,8% des voix et 57 sièges.

Quant à la stratégique élection présidentielle, son premier tour a eu lieu le même jour. La loi électorale obligeait un second tour en cas de non atteinte de la majorité absolue des voix au premier tour. Il a fallu attendre le 2 mai 2008 pour la proclamation officielle des résultats, mais Morgan Tsvangirai avait déjà annoncé sa victoire dès le premier tour avec 50,3%. Le pouvoir officiel a cependant prescrit un second tour. Avec les fraudes, Morgan Tsvangirai aurait obtenu 47,9% des voix et Robert Mugabe seulement 43,2%.

Cette idée que le pouvoir en place cherche à organiser un second tour pour nier la victoire de son opposant dès le premier tour, on la retrouve aussi à Madagascar lors de l’élection présidentielle du 16 décembre 2001, où l’opposant Marc Ravalomanana a refusé l’organisation d’un second tour voulu par son rival, le Président sortant Didier Ratsiraka, ce qui a mis le pays dans une crise totale pendant plus de six mois. Le pouvoir officiel a attribué 46,4% à Marc Ravalomanana et 40,6% à Didier Ratsiraka alors que Marc Ravalomanana a prétendu avoir recueilli 53% et s’est autoproclamé Président le 22 février 2002 puis le 6 mai 2002. Finalement, après un effondrement de la déjà très faible économie malgache, contrairement au Zimbabwe, aucun second tour ne fut organisé et comme le 29 avril 2002, la Haute Cour constitutionnelle proclama Marc Ravalomana élu avec 51,5%, Didier Ratsiraka accepta d’abandonner le pouvoir à Marc Ravalomanana le 5 juillet 2002.

Mais revenons au Zimbabwe de 2008. Des centaines d’opposants politiques furent tués en mai 2008 (Gibson Nyandoro fut torturé à mort le 2 mai 2008). La police et l’armée auraient fortement "encouragé" les gens à aller voter pour Robert Mugabe au second tour en les menaçant et en les intimidant. L’épouse du maire d’Harare, la capitale, fut retrouvée morte le 19 juin 2008 avec les corps d’autres opposants. Deux cent mille opposants furent chassés de leur domicile, etc. Morgan Tsvangirai fut arrêté de nouveau brièvement le 4 juin 2008 puis le 6 juin 2008, ce qu’il considérait comme du « harcèlement habituel qui est totalement inutile ».

Dénonçant cette violence et renonçant à cette mascarade électorale, Morgan Tsvangirai a officiellement retiré sa candidature le 22 juin 2008 : « Nous, le MDC, nous ne pouvons pas leur demander de voter le 27 juin en sachant que voter pourrait leur coûter la vie. Nous avons décidé que nous ne participerions plus à ce simulacre violent et illégitime du processus électoral. Nous ne jouerons pas le jeu de Mugabe. ». L’universitaire sud-africain Kader Asmal a estimé : « Morgan Tsvangirai a été contrait de se retirer de la course, il ne l’a pas fait de son propre gré mais parce qu’il y a été forcé par des violences généralisées. Du point de vue du droit international, tout ce qui est entrepris dans de telles circonstances est nul et non avenu. » (cité par "Le Monde" le 25 juin 2008).

Des juristes faisaient aussi valoir l’élection d’office de ce dernier en vertu de l’absence d’un second tour rapide. Ainsi, trois constitutionnalistes indépendants, Max du Plessis, Wim Trengove et David Unterhalter, du Centre juridique d’Afrique australe, furent catégoriques : « Si un second tour n’a pas eu lieu ou ne peut pas être tenu dans les 21 jours, l’article 2-1-b de la loi électorale stipule que le candidat ayant obtenu une majorité simple des suffrages sera le Président dûment élu. ». Ross Herbert, de l’Institut pour les affaires internationales de Pretoria, a considéré : « Le second tour vendredi est clairement illégal et le résultat sera illégitime. » (juristes cités par "Le Monde" le 25 juin 2008).

Après ce désistement et les intimidations et violences, les résultats du second tour du 27 juin 2008 furent donc sans surprise : Robert Mugabe fut réélu très largement avec 90,2%, renouant avec ses scores "communistes" d’avant 2000. Morgan Tsvangira fut quand même crédité de 9,8% des voix (233 000 voix). Une forte abstention a eu lieu (57,6%) et il y a eu près de 10% de bulletins nuls. Après le "vote", il y a eu encore des violences policières dont la cible était ceux qui n’avait pas le doigt rouge (à savoir, les abstentionnistes).

Si dans la capitale, Harare, l’abstention fut très élevée, dans les campagnes, ce fut différent car les partisans de Robert Mugabe menaçaient les électeurs. Les témoignages se sont multipliés, comme celui de ce membre du MDC : « Les gens doivent montrer leur bulletin de vote à un représentant de la ZANU-PF avant de le glisser dans l’urne. (…) Je n’avais pas le choix. J’ai dû voter pour Mugabe. » (AFP, le 28 juin 2008). Ou encore, cette électrice : « Ils m’ont demandé mon nom dès que je suis rentrée dans le bureau de vote. Et ils ont noté le numéro du bulletin qu’ils me donnaient. Ils savent donc exactement qui vote et pour qui nous votons. » (France 24, le 27 juin 2008).

Le bilan humain de cette élection présidentielle fut désastreux, plusieurs centaines de morts et 5 000 disparus parmi les partisans de Morgan Tsvangirai. Malgré sa réélection, Robert Mugabe s’est trouvé, pour la première fois, confronté à une assemblée qui lui était opposée.

Le 25 août 2008, il a eu ce nouveau revers : Lovemore Moyo, du MDC, fut élu Président de la "Chambre d’Assemblée" (la chambre basse) par 110 voix contre 98 voix pour Paul Themba Nyathi, de la branche dissidente du MDC. Ce qui fut à noter, c’est que des députés de la ZANU-PF ont voté (au scrutin secret) pour Lovemore Moyo, ce qui démontrait que Robert Mugabe ne contrôlait pas complètement son propre parti.

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Un mois auparavant, le 22 juillet 2008 à Harare, a eu lieu la première rencontre entre Morgan Tsvangirai (MDC), Arthur Mutambara (MDC-dissident) et Robert Mugabe (ZANU-PF), qui marqua le début des discussions politiques. Ces négociations se déroulèrent sous l’égide du Président sud-africain Thabo Mbeki, désigné médiateur au Zimbabwe. L’objectif était de partager le pouvoir entre le parti présidentiel et ses opposants qui étaient majoritaires à l’assemblée. L’annonce d’un accord historique a été faite le 11 septembre 2008 et cet accord a été officiellement signé le 15 septembre 2008 au Rainbow Towers hotel à Harare, avec une poignée de main publique et historique entre Robert Mugabe, qui pouvait rester Président, et Morgan Tsvangirai, qui allait disposer du véritable pouvoir en dirigeant le futur gouvernement. La police serait sous le commandement du MDC et l’armée resterait sous le commandement de la ZANU-PF.

Morgan Tsvangirai fut donc nommé Premier Ministre d’un gouvernement d’unité nationale du 11 février 2009 au 11 septembre 2013. Arthur Mutambara et Thokozani Khuphe furent nommés Vice-Premiers Ministres. Il n’y avait pas de Premier Ministre avant 2009.

Quelques jours plus tard, le 6 mars 2009, Morgan Tsvangirai fut victime d’un grave accident de la route (qui tua son épouse), que certains ont imaginé être un attentat. Morgan Tsvangirai a déclaré au début de l’année 2012 que l’accord n’était pas correctement appliqué car Robert Mugabe continuait à nommer les gouverneurs sans l’avoir consulté. Beaucoup de décisions unilatérales ont été prises sans son accord. Entre 2009 et 2013, ce fut donc une "cohabitation" pénible entre les deux camps qui espéraient reprendre la totalité du pouvoir lors des élections générales de 2013.

Après quelques retards (il aurait dû se dérouler dès le 30 juin 2011) et annoncé par Morgan Tsvangirai le 13 février 2013, un référendum a approuvé le 16 mars 2013 la nouvelle Constitution par 94,5% des voix, avec une participation légèrement supérieure à 50%. Parmi les changements, une limitation à deux mandats de cinq ans pour le Président de la République, mais sans effet rétroactif, si bien que Robert Mugabe pouvait encore se présenter en 2013 et en 2018, ce qui, dans cette hypothèse, pouvait l’amener à rester à la tête du Zimbabwe jusqu’à l’âge de 99 ans ! (Finalement, il en fut éjecté à l’âge de 93 ans). Le régime est resté présidentiel, avec suppression du poste de Premier Ministre, mais aussi réduction des pouvoirs présidentiels (pas de veto sur les lois, et besoin d’une majorité au conseil des ministres pour faire adopter un décret présidentiel). Une chartre des libertés a été intégrée dans le texte constitutionnel pour garantir les droits et libertés fondamentaux.

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Les élections générales furent moins prometteuses pour le MDC. Morgan Tsvangirai avait voulu les organiser en août ou septembre 2013 pour avoir le temps de faire des réformes nécessaires, notamment pour rendre plus équitable la campagne électorale (accès aux médias) et assurer la sécurité de tous (avec des forces de l’ordre réellement neutres). Mais Robert Mugabe les décréta pour le 31 juillet 2013.

L’élection présidentielle fut encore entachée de nombreuses irrégularités et fraudes. Robert Mugabe fut réélu à 89 ans avec 61,9% des voix face à Morgan Tsvangirai qui n’a obtenu que 34,4%, victime aussi de la cogérance du pays pendant quatre ans (usure du pouvoir). La participation fut de 59,2%. Robert Mugabe fut investi à l’âge de 89 ans pour son sixième mandat présidentiel le 22 août 2013 et a promis une nouvelle croissance économique : « Le secteur minier sera au centre de notre renaissance et croissance économiques. ».

Pour la Chambre d’Assemblée, la ZANU-PF remporta la majorité absolue des sièges avec 197 sièges sur 270 et 62,8% des voix et le MDC n’a eu que 70 sièges et 29,8% des voix avec une participation de 57,5%. Au Sénat, la ZANU-PF a obtenu 62,8% des voix et 37 sièges sur 60 et le MDC 29,9% et 21 sièges (une branche dissidente du MDC 4,7% et 2 sièges) avec une participation de 57,5%. Les parlementaires ont pris leur fonction le 3 septembre 2013. Jacob Mudenda fut élu Président de la Chambre d’Assemblée et Edna Madzongwe fut élue Présidente du Sénat. Les élus du MDC boycottèrent ces élections.

Pour Morgan Tsvangirai, ces élections du 31 juillet 2013 furent une « énorme farce » et le pays était « en deuil ». Il a déclaré que plus d’un million d’électeurs n’avaient pas pu voter dans les bureaux de vote et que le MDC contestait les résultats officiels et refuserait de travailler avec la ZANU-PF de Robert Mugabe. Il démissionna de son poste de Premier Ministre le 11 septembre 2013 et le poste fut d’ailleurs supprimé par la nouvelle Constitution.

Le 10 septembre 2013, Robert Mugabe a nommé ses nouveaux ministres, dont Emmerson Mnangagwa Ministre de la Justice (l’actuel dirigeant du Zimbabwe). Le 17 septembre 2013, Robert Mugabe a prononcé le discours d’ouverture devant les parlementaires en promettant la poursuite de son programme d’indigénisation « avec une vigueur renouvelée ».

Lors d’un conseil national, la direction du MDC a "suspendu" le 26 avril 2014 Morgan Tsvangirai et six autres dirigeants pour avoir suscité la division au sein du parti et pour l’avoir mal dirigé lors des élections de 2013. Morgan Tsvangirai est pourtant resté président de son mouvement, et a expulsé Tendai Biti, accusé de collusion avec Robert Mugabe, de son poste de secrétaire général le 29 avril 2014 (il l’était depuis le 13 janvier 2000). Ancien Ministre des Finances du 13 février 2009 au 10 septembre 2013, Tendai Biti a fondé le 10 septembre 2015 le Parti démocratique du peuple qu’il préside.

Cela faisait un an et demi que Morgan Tsvangirai était gravement malade et soigné en Afrique du Sud quand le coup d’État du 21 novembre 2017 a eu lieu. Robert Mugabe fut en effet limogé et remplacé par son Vice-Président Emmerson Mnangagwa, devenu Président par intérim et déjà choisi comme le candidat de la ZANU-PF à la prochaine élection présidentielle. Ce dernier a décidé de prendre en charge les funérailles de Morgan Tsvangirai et lui a rendu hommage dans un souci d’apaisement : « On se souviendra de sa capacité à tendre la main, malgré les divergences politiques, pour former un gouvernement d’unité nationale après les élections de 2008 qui avaient divisé [le pays]. ».

Dans la journée du 15 février 2018, beaucoup de ses amis et proches ont loué son courage et sa bravoure face à la dictature de Robert Mugabe, qui fête son 94e anniversaire ce mercredi 21 février 2018…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 février 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Morgan Tsvangirai.
Zimbabwe : fin de régime chez Pépé Mugabe.
L’inévitable réélection du dictateur Robert Mugabe (28 mars 2008).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180214-morgan-tsvangirai.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/morgan-tsvangirai-le-courage-de-201682

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/02/20/36155154.html


 

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2 décembre 2017 6 02 /12 /décembre /2017 02:24

« Si folie des grandeurs il y eut chez celui que De Gaulle appela le "soudard", elle fut d’importation, nettement inspirée et encouragée. Rien de ce que fut Jean-Bedel Bokassa ne se fit que la France ne l’autorisât, par calcul, nécessité ou faiblesse. » (Pierre Georges, "Le Monde" du 5 novembre 1996).


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Un événement marquant de l’histoire de la Françafrique, le sommet du granguignolesque pitoyable et pompeux, a eu lieu il y a quarante ans, le dimanche 4 décembre 1977 : le couronnement de l’empereur Bokassa Ier. Folie des grandeurs en version centrafricaine et début de la chute de la Giscardie triomphante.

Jean-Bedel Bokassa fut un nom qui résonnait comme un "affreux" dictateur, parmi d’autres "affreux" de l’époque, Amin Dada, Pol Pot, Duvalier, etc. Il y en avait à l’époque tellement que c’est aujourd’hui difficile de tous les énumérer, mais ces noms, pour leurs contemporains, même lointains, donnaient toujours quelques frissons de terreur. Pour Bokassa, normal : Bokassa veut dire "le garçon boucher" en sango (la langue véhiculaire de la République centrafricaine). Empereur de l’abominable, tyran alcoolique et brutal au point de fracasser lui-même des enfants, Bokassa fut même accusé d’anthropophagie, d’avoir mangé des enfants, après les avoir conservés dans un réfrigérateur. La justice ne l’a jamais prouvé, certains ont cru que ce n’étaient que des rumeurs pour le déstabiliser politiquement, mais…

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Né le 21 février 1921, Jean-Bedel Bokassa a été très tôt orphelin, à l’âge de 6 ans : son père a été exécuté le 13 novembre 1927 par l’autorité coloniale après un procès bâclé, pour s’être rebellé, et sa mère s’est ensuite suicidée. Élevé par les pères missionnaires, il s’est engagé dans l’armée française en 1939, et a combattu dans la Division Leclerc dès 1940 (il fut sergent du IIe régiment de marche), a participé au débarquement de Provence et à la bataille du Rhin. Après la guerre et plusieurs formations militaires dont une à Châlons-sur-Marne, il est reparti avec l’armée française en Indochine puis en Algérie, sous les ordres du général Marcel Bigeard et a fini avec le grade de capitaine. Il a donc fait partie des "héros" qui ont libéré la France, ce qui lui a valu Légion d’honneur et Croix de guerre.

Quand Jean-Bedel Bokassa intégra l’armée centrafricaine comme commandant de bataillon, le 1er janvier 1962, la République centrafricaine venait de proclamer son indépendance quelques années plus tôt, dans le cadre d’un accord avec De Gaulle le 1er décembre 1958. Au pouvoir, aidé par les Français, David Dacko (1930-2003), un lointain cousin de Bokassa (plus jeune que lui). David Dacko a récupéré le "pouvoir" à la suite de la mort supposée accidentelle de Barthélemy Boganda (1910-1959), son oncle, considéré comme le "père" de la nation centrafricaine et promoteur du panafricanisme. David Dacko fut Président du gouvernement centrafricain avant l’indépendance, du 1er mai 1959 au 14 août 1960, il fut élu Président de la République centrafricaine le 14 août 1960 et réélu le 5 janvier 1964.

La situation du Centrafrique fut assez chaotique. En perte de croissance économique, avec une politique d’austérité pour juguler les déficits et une difficulté à assurer l’intégrité territoriale du pays vis-à-vis de ses voisins (les frontières étaient franchies par des partisans de Patrice Lumumba), le pays a accepté de l’aide financière de la Chine communiste (un prêt à taux nul d’un milliard de francs CFA). Cette aide n’a pas permis de relever financièrement le pays à cause de la corruption généralisée.

Conseiller militaire du Président, promu colonel le 1er décembre 1964, et devenu chef d’état-major la même année, Bokassa avait un besoin de reconnaissance qui inquiétait beaucoup le pouvoir en place. Dacko créa un corps armé indépendant de l’armée avec la gendarmerie. Envoyé en France de juillet à octobre 1965 pour l’éloigner du Centrafrique, Bokassa a finalement organisé un coup d’État le 31 décembre 1965 pour renverser David Dacko. Jean-Bedel Bokassa s’est proclamé Président de la République centrafricaine le 1er janvier 1966.

Ses deux principaux rivaux des forces armées centrafricaines, Jean Izamo, chef de la gendarmerie, et Prosper Mounoumbaye, chef de la garde présidentielle, furent éliminés, battus à mort en janvier 1966 (lire ce qu’en a dit plus tard le journaliste René Backmann). En revanche, Bokassa préserva la vie de David Dacko qu’il fit enfermer, dans un but très simple : il voulait obtenir la reconnaissance internationale de son nouveau pouvoir. Son bras droit dans le coup d’État, le lieutenant-colonel Alexandre Banza (1932-1969) fut nommé ministre de Bokassa et noua de nombreuses relations diplomatiques en Afrique. Son influence politique fut très importante.

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La France, qui avait soutenu David Dacko, fut très réticente à reconnaître Bokassa (après une rencontre avec Bokassa le 7 juillet 1966, Georges Pompidou, Premier Ministre, refusa une telle reconnaissance) mais en raison du risque de perdre de l’influence sur le Centrafrique (notamment monétaire), De Gaulle fit à Bokassa l’honneur de venir en visite officielle à Bangui le 17 novembre 1966, ce qui valait une reconnaissance officielle. La position géostratégique de la République centrafricaine a rendu inéluctable le soutien de la France. Bokassa appela De Gaulle "papa" (ce qui agaçait énormément le Général) et plus tard, Valéry Giscard d’Estaing son "frère"…

L’influence d’Alexandre Banza, en charge des Finances, fut d’autant plus menaçante pour Bokassa qu’il critiquait ses dépenses somptuaires, ce qui a abouti à sa disgrâce : arrêté le 9 avril 1969 alors qu’il allait commettre un coup d’État, Alexandre Banza fut exécuté le 12 avril 1969 après une parodie de procès. Bokassa n’avait plus de concurrent politique réel.

Pendant ses premières années au pouvoir et malgré les actes de torture, de terreur, et les exécutions sommaires de ses opposants, Bokassa a joui d’une relative popularité auprès du peuple centrafricain, même si son besoin de reconnaissance ne cessait pas : il s’autoproclama le 2 mars 1972 Président de la République à vie (les dictateurs sont très rares à se proclamer Présidents à vie, un autre fut haïtien, par exemple). Il s’autoproclama le 19 mai 1974 maréchal (un titre dont il était fier).

Le journaliste René Backmann a écrit dans "Le Nouvel Observateur" du 5 décembre 1977, pour décrire le type de dirigeant politique qu’était Bokassa : « Tout le monde sait, en Afrique et ailleurs, que, depuis le coup d’État militaire du 31 décembre 1965 qui l’a porté au pouvoir, Jean-Bedel Bokassa (…) gouverne, ou plutôt, règne par la terreur et la corruption, au gré capricieux de ses fantasmes et de ses folies, au milieu d’une nuée de courtisans minables, de fonctionnaires terrorisés, d’aigrefins flatteurs et d’escrocs internationaux, prêts à saisir la moindre occasion de s’emplir les poches. Quelle proie, en effet, pour les filous itinérants que ce dictateur quasi-illettré, amateur de chivas et de beaujolais, collectionneur d’instruments de musique, de médailles et d’appareils de photo, clown sinistre et menaçant, capable de distribuer avec la même générosité une poignée de diamants à un flagorneur ou une volée de coups de gourdin à un "suspect", avant de sombrer dans la mélancolie et de rêver au petit bistro de Fréjus où il cuvait ses cuites au bon vieux temps de la "coloniale". ».

Et le reporter de raconter la réalité de cette terreur : « Il n’a aucune confiance en son entourage. (…) Il hait les intellectuels (…). Il voit des complots partout, lâche ses flics et ses tortionnaires sur le moindre suspect. En 1966, l’ancien chef e la sécurité de son prédécesseur, accusé de subversion, est arrêté. Les militaires l’émasculent avant de lui arracher les yeux, puis de le décapiter. Il faut une intervention de l’ambassade française pour dissuader Bokassa de faire circuler la tête dans les écoles, à titre d’avertissement. Chaque année, de nouveaux complots, réels ou imaginaires, sont découverts. Arrestations, disparitions, tortures, emprisonnements, exécutions sommaires se multiplient. On ignore le nombre exact de ses prisonniers et de ses victimes. Une chose est sûre : l’arbitraire, en Centrafrique comme en Ouganda [dirigé par Amin Dada], est devenu la loi. Le 31 juillet 1972, à Bangui, Bokassa préside une séance de bastonnade destinée à punir les voleurs. (…) Bilan : trois morts dont on expose les cadavres sur la place principale, à côté des blessés sanguinolents et enchaînés. » (5 décembre 1977).

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Très instable sur le plan institutionnel (il voulait éviter tout risque de rivalité politique), Bokassa créa un poste de Premier Ministre le 1er janvier 1975, auquel il nomma Élisabeth Domitien (1925-2005), la première femme à occuper la tête d’un gouvernement africain (et la seule à ce jour !), mais elle fut limogée (et le poste de Premier Ministre fut supprimé) le 7 avril 1976 car elle s’était opposée à la transformation du régime en monarchie…

L’année 1976 fut d’ailleurs l’année de toutes les loufoqueries pour Bokassa qui s’est converti (très provisoirement) à l’islam pour séduire son "cousin" Mouammar Kadhafi et obtenir une aide financière de la Libye. Il a limogé le gouvernement en septembre 1976 au profit d’un conseil de la révolution centrafricaine. Autre bizarrerie, il a fait libérer David Dacko (en prison depuis 1966) et en a fait son bras droit influent.

Mais la plus grande des loufoqueries, ce fut le 4 décembre 1976, la proclamation de l’Empire centrafricain. Admirateur de Napoléon, il a attendu deux jours après le 2 décembre pour cette proclamation. Son sacre a eu lieu exactement un an plus tard, le 4 décembre 1977 (il y a quarante ans), avec un luxe incroyablement calculé. Ce fut la honte de la France d’avoir accepté une telle bouffonnerie, en envoyant, pour être représentée à cette cérémonie, le conseiller Afrique de l’Élysée René Journiac et l’un des barons du gaullisme, le Ministre de la Coopération Robert Galley (après le refus de Michel Poniatowski, Alain Peyrefitte et Louis de Guiringaud).

Le pape Paul VI, sollicité, avait refusé de venir cautionner cette supercherie (invité au Te Deum à la cathédrale de Bangui), et l’archevêque de Bangui avait déconseillé à Bokassa de faire venir le pape car cela risquait de créer des tensions entre les communautés religieuses. Étrangement, en janvier 2017, le Vatican aurait sorti un timbre commémorant le quarantième anniversaire de ce sacre. C’est ce que j’ai trouvé sur Internet et aucune information ne m’a permis d’en confirmer la véracité (l’image pouvant être un faux).

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Non seulement la France s’est prêtée politiquement à cette mascarade de couronnement, mais aussi économiquement avec la fourniture de nombreux équipements et consommations, entre autres, 60 000 bouteilles de Champagne et de Bourgogne, des vêtements impériaux (manteau d’hermine, etc.) créés par Pierre Cardin, une couronne en or et diamants qui a coûté 50 000 fois le salaire moyen d’un salarié centrafricain, un carrosse luxueux, une trentaine de chevaux (dont deux périrent pendant la cérémonie), etc. Au total, la note de la journée, filmée par l’Armée française pour le compte de Bokassa, fut très salée : 100 millions de francs (l’équivalent de l’aide française), financés par la France mais aussi par Kadhafi.

Par prudence et discernement, aucun chef d’État ou de gouvernement, à l’exception d’un d’un petit État, n’a voulu assister à cette cérémonie aussi ridicule que mégalomaniaque. La France a été en dessous de tout d’avoir accompagné ce dictateur dans ses délires très coûteux. Bokassa regretta cependant l’absence de Valéry Giscard d’Estaing qui avait donné une excuse bidon pour ne pas s’y rendre.

Le journaliste Pierre Georges notait, à la mort du dictateur, ceci à propos du sacre, dans "Le Monde" du 5 novembre 1996 : « Ce jour-là, la France participa beaucoup, fournissant tout : l’argent, la couronne, le sceptre, le trône, la claque et même le carrosse impérial ; tiré par des chevaux de Normandie peints en or gris. Elle fournit même sa bénédiction à ce simulacre de sacre (…). Épisode pitoyable que la France, dans une approche curieuse de son devoir de coopération, encouragea et couvrit. Mieux valait à ses yeux un Bokassa empereur, ex-soldat (…) de la France libre (…) que tout autre Centrafricain , susceptible a priori d’accointance progressiste. ».

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Bokassa avait justifié l’instauration de l’empire pour de distinguer des autres pays africains. Il a recréé la fonction de Premier Ministre, d’abord en nommant à la tête du gouvernement Ange-Félix Patassé (1937-2011) du 8 décembre 1976 au 14 juillet 1978, puis, à l’occasion d’un grave problème de santé (une attaque cardiaque) qui obligea Ange-Félix Patassé à se faire soigner en France, Bokassa nomma Premier Ministre Henri Maïdou (81 ans), du 14 juillet 1978 au 26 septembre 1979.

Pendant près de deux ans, le comportement de "l’empereur" Ubu ou plutôt, imbu de lui-même, mêlant faste et horreur, rendant encore plus criantes les inégalités sociales dans son pays, fit même douter la France au point de trouver cet allié africain bien trop encombrant.

Un massacre a eu lieu entre le 15 et le 20 janvier 1979 par l’armée, commandé notamment par le général François Bozizé (71 ans), futur dictateur et Président de la République du 15 mars 2003 au 24 mars 2013. Cette répression sanglante a coûté la vie à des dizaines d’écoliers, ce qui éloigna Bokassa d’autres pays africains comme le Sénégal de Léopold Senghor et la Côté d’Ivoire de Félix Houphouët-Boigny.

À partir de mai 1979 et de sa lecture des rapports sur ces massacres de janvier 1979, le Premier Ministre Henri Maïdou s’éloigna de Bokassa. Henri Maïdou a adressé au gouvernement français le 4 septembre 1979 une lettre lui demandant d’intervenir pour en finir avec le régime de Bokassa. Henri Maïdou fut ensuite nommé Vice-Président de la République centrafricaine par David Dacko du 26 septembre 1979 au 23 août 1980.

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Valéry Giscard d’Estaing décida de renverser Bokassa dans la nuit du 20 au 21 septembre 1979 avec l’armée française, au cours de l’Opération Barracuda qui visait officiellement à protéger, voire à rapatrier les ressortissants français du Centrafrique. Bokassa, qui se trouvait alors à Tripoli, en Libye, pendant le coup d’État, s’est réfugié d’abord à Abidjian puis, de décembre 1983 à octobre 1986, en France, au château d’Hardricourt, dans les Yvelines (pas très loin de Meulan), château que Bernard Tapie avait voulu acheter par la suite… Le légataire universel de l’ancien dictateur, son fils Georges Bokassa (ancien Ministre de la Défense de son père) fut lui-même propriétaire du château de Mézy-sur-Seine, à quelques kilomètres du premier château.

L’ancien Président David Dacko proclama le retour à la République dès le 21 septembre 1979 et reprit ses fonctions de Président de la République centrafricaine, jusqu’au 1er septembre 1981, où il démissionna, anticipant un futur coup d’État. Le général André Kolingba (1936-2010) s’empara en effet du pouvoir du 1er septembre 1981 au 22 octobre 1993 en continuant un régime autocratique. Lui succéda Ange-Félix Patassé du 22 octobre 1993 au 15 mars 2003. En cinquante-sept ans d’existence, le Centrafrique a eu peu de chefs d’État, mais beaucoup de régimes : un empire et six républiques.

La politique africaine de Valéry Giscard d’Estaing a été catastrophique en Centrafrique. Il n’aurait jamais dû s’appuyer sur Bokassa. Pire, peut-être que ce fut ce dernier qui lui a fait payer son renversement. Très peu de temps après l’éviction de Bokassa, le 10 octobre 1979, le journal satirique "Le Canard enchaîné" sortit la fameuse "affaire des diamants", où il était question d’un cadeau que Bokassa aurait offert à Valéry Giscard d’Estaing, en avril 1973, lors d’un déplacement (personnel) en Centrafrique, à l’époque où il était Ministre des Finances. Un cadeau composé de quelques diamants (sans grande valeur, estimé entre 4 000 et 7 000 francs), que le futur Président avait rangé dans un tiroir négligemment.

Voici la description de Pierre Georges : « Les tirant d’une bonbonnière posée sur un meuble en simili Empire du palais de Berengo, Sa Majesté Bokassa Ier avait coutume d’offrir aux visiteurs de marque d’étranges friandises : des petits diamants sans grande valeur, comme les berlingots de la couronne. » (5 novembre 1996).

Valéry Giscard d’Estaing, qui trouva cette "affaire" ridicule, refusa de se défendre immédiatement, sinon par le silence et le mépris, ce qui renforça la suspicion à son encontre. La seule occasion où il s’exprima sur le sujet fut lors d’une interview télévisée le 27 novembre 1979 sur Antenne 2, où il répondit à Jean-Pierre Elkabbach, Alain Duhamel et Gérard Saint-Paul en ces termes : « Ces cadeaux, sans que je m’en occupe, je peux vous le dire, ils sont apportés à l’Élysée, ils y sont conservés et ils n’en sortent que pour deux usages, soit qu’ils soient attribués à des œuvres de bienfaisance, soit, lorsqu’ils ont un intérêt à cet égard, ils sont remis à des musées. (…) Avant que mon mandat ne s’achève, tous les cadeaux que j’ai reçus, et dont la liste bien entendu sera conservée, auront été utilisés à l’une ou l’autre de ces fonctions, c’est-à-dire œuvres de bienfaisance ou musées. Je ne vous cache pas que c’est désobligeant pour moi de répondre à des questions de cette nature. Je peux vous dire que déjà, ces dernières années, de nombreux cadeaux ont été envoyés à des œuvres de bienfaisance, qui le savent et qui, d’ailleurs, m’en envoient par écrit le témoignage, ou à des musées, où ils sont, à l’heure actuelle, présentés. Et enfin, à la question que vous m’avez posée sur la valeur de ce que j’aurais reçu comme Ministre des Finances, j’oppose un démenti catégorique et, j’ajoute, méprisant. ». Quant à son silence, il l’expliqua ainsi : « C’est quelque chose qui tenait aussi, permettez-moi de le dire, à mon caractère et à l’idée que j’ai de ma fonction et qui est qu’il faut laisser les choses basses mourir de leur propre poison. ».





Pour remettre cette affaire dans le contexte politique du moment, il faut se rappeler que le 30 octobre 1979, on avait retrouvé Robert Boulin "suicidé" dans un étang de la forêt de Rambouillet. Alors que VGE était le favori pour une réélection en 1981, cette affaire a plombé sa campagne présidentielle. Il a eu avec cette affaire une aussi mauvaise gestion de sa communication que, trente-six ans plus tard, le candidat François Fillon avec le PénélopeGate. Par la suite, ses successeurs François Mitterrand et Jacques Chirac, pour éviter toute suspicion, ont créé un musée de leur Présidence où ils conservaient tous les cadeaux internationaux qu’ils ont reçus au titre de leur fonction présidentielle.

René Backmann a donné une tentative d’explication à la mansuétude française : « Faut-il fouiller dans les conseils d’administration, et découvrir qu’un cousin du Président, Jacques Giscard d’Estaing, directeur financier du CEA, administrateur de Technicatome et de Framatome, représente les intérêts français dans la compagnie d’exploitation de l’uranium centrafricain ? Amour de la chasse, intérêts financiers, stratégie antisoviétique, politique des matières premières et pesanteurs coloniales : voilà ce qui peut expliquer les bonnes, les excellentes relations [entre les deux chefs d’État]. » (5 décembre 1977).

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L’épilogue resta centrafricain. Finalement, Jean-Bedel Bokassa retourna à Bangui en octobre 1986, et fut condamné à mort le 12 juin 1987 pour les meurtres commis sous sa responsabilité. Sa peine fut commuée en février 1988 à la réclusion à perpétuité, puis à dix ans de prison. Ce fut André Kolingba qui l’a gracié en octobre 1993. Jean-Bedel Bokassa, père d’au moins cinquante-cinq enfants issus d’environ dix-sept femmes, est mort libre, d’un infarctus à Bangui, il y a un peu plus de vingt et un ans, le 3 novembre 1996, à l’âge de 75 ans. Il a été inhumé dans son ancien palais de Berengo (on l’avait appelé "l’ogre de Berengo" pour cette raison), pas loin d’une statue à son effigie et il fut même officiellement réhabilité le 1er décembre 2010 par son lointain successeur, le Président François Bozizé, l’un des responsables des massacres de janvier 1979…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 décembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Sacré Bokassa", article de René Backmann dans "Le Nouvel Observateur" du 5 décembre 1977.
"Sa Majesté Bokassa Ier", article de Pierre Georges dans "Le Monde" du 5 novembre 1996.
Mao Tsé Toung.
Aldolf Hitler.
Joseph Staline.
Pol Pot.
Kim Jong-un.
Saddam Hussein.
Mouammar Kadhafi.
Bachar El-Assad.
Ferdinand Marcos.
Francisco Franco.
Augusto Pinochet.
Fidel Castro.
Hugo Chavez.
Mahmoud Ahmadinejad.
Rouhollah Khomeiny.
Pieter Botha.
Philippe Pétain.
Pierre Laval.
Jean-Bedel Bokassa.
Robert Mugabe.
François Duvalier.
Léonid Brejnev.
Saparmyrat Atayewic Nyyazow.
Laurent Gbagbo.
Zine el-Abidine Ben Ali.
Hosni Moubarak.
Alexandre Loukachenko.
Louis-Antoine de Saint-Just.
Dictature de la pensée unique.
Nicolas Sarkozy était-il un dictateur ?
François Hollande était-il un dictateur ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171204-bokassa.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/bokassa-l-empereur-ubu-ou-le-199257

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/12/02/35919580.html


 

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20 novembre 2017 1 20 /11 /novembre /2017 01:49

Après les séquences singulières de massacres et de répressions qui ont émaillé trente-sept ans de pouvoir absolu et les séquences ordinaires de népotisme, voici la séquence terminale : Papy fait de la résistance…


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Devinette d’anniversaire : Robert Mugabe (93 ans et demi), le plus âgé des chefs d’État du monde en exercice devant la reine Elisabeth II (91 ans et demi) et l’un des plus anciens, réussira-t-il à fêter le trentième anniversaire de son accession comme Président de la République du Zimbabwe le 31 décembre 1987 ? Il y a fort à parier que non, malgré les six petites semaines qu’il lui reste à "franchir". Un syndrome connu de Hosni Moubarak, destitué à quelques mois lui aussi de son trentième anniversaire.

En fait, Robert Mugabe a cumulé bien plus que trente ans de pouvoir absolu. Il a dirigé le Zimbabwe d’une main de fer pendant déjà plus de trente-sept ans, d’abord comme Premier Ministre tout-puissant du Zimbabwe du 18 avril 1980 au 31 décembre 1987, avec tous les pouvoirs, sous la Présidence de la République de Canaan Banana (1936-2003) pendant la même période, Président sans pouvoir de type IIIe République française, puis comme Président de la République après une révision de la Constitution, la suppression du poste de Premier Ministre et le transfert de ses pouvoirs à ce nouveau poste.

Aux premières élections multiethniques en Rhodésie du Sud (futur Zimbabwe), en février 1980, il y a eu deux collèges, un pour les habitants de couleur blanche (16 402 votants) et un autre collège pour les autres (2 702 275 votants), conformément aux accords de Lancaster House signés le 21 décembre 1979 à Londres.

Le parti de Ian Smith (1919-2007) a obtenu, le 14 février 1980, la totalité des 20 sièges attribués à ce collège, et sur les 100 au total, avec 83% des voix. Ian Smith, Premier Ministre historique de la Rhodésie du Sud du 13 avril 1964 au 1er juin 1979 (qui proclama unilatéralement l’indépendance de la Rhodésie du Sud le 11 novembre 1965, précédemment sous domination britannique), est mort à 88 ans il y a exactement dix ans, le 20 novembre 2007.

Dans l’autre collège, les indépendantistes se sont répartis, le 29 février 1980, entre le parti de Robert Mugabe (ZANU) largement majoritaire en obtenant 57 sièges sur les 80 attribués à ce collège et sur les 100 au total, avec 63,% des voix, et celui de Joshua Nkomo (1917-1999), autre leader historique (ZAPU), obtenant 20 sièges, avec 24,1% des voix. Un accord a eu lieu entre ZANU et ZAPU pour gouverner ensemble, ce qui a abouti à l’indépendance officielle du pays le 18 avril 1980. Cependant, l’accord politique avec Joshua Nkomo fut rompu par Robert Mugabe dès 1982.

Ce fut comme chef du gouvernement que Robert Mugabe a pu montrer ses grandes capacités de dictateur sanguinaire, notamment entre le 3 janvier 1983 et le 22 décembre 1987, au cours de la guerre civile, pour éliminer la faction rivale menée par Joshua Nkomo, dans la province du Matabeleland où ZAPU était majoritaire (dans le sud-ouest du pays). Robert Mugabe y a massacré entre vingt mille et trente mille civils à l’aide de sa "5e brigade" qui fut entraînée par des militaires nord-coréens (grâce à un accord avec Kim Il Sung signé en octobre 1980). Parmi les hommes impliqués dans ces boucheries, voire qui ont mené les massacres, son ministre et homme des basses besognes, Emmerson.Mnangagwa (voir plus loin).

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Finalement, un accord pour engager une alliance et une fusion des deux partis rivaux (en ZANU-PF) a eu lieu le 22 décembre 1987 entre Robert Mugabe et Joshua Nkomo, devenu Second Vice-Président du 31 décembre 1987 jusqu’à sa mort, le 1er juillet 1999.

En 2000, Robert Mugabe a appelé à exproprier de manière violente les terres des fermiers de couleur blanche et à les éliminer. Un tel racisme a déconsidéré complètement ce régime qui, dès le départ, était une dictature. Le "bilan" des années Mugabe n’est cependant pas le but de cet article qui vise, avant tout, à présenter le contexte institutionnel du Zimbabwe.

Le poste de Premier Ministre a été temporairement recréé du 11 février 2009 au 11 septembre 2013 avec la nomination de Morgan Tsvangirai (65 ans), chef de l’opposition et candidat aux élections présidentielles de 2002, de 2008 et de 2013 (lire ci-après), pour calmer les troubles politiques et partager une partie du pouvoir, que Robert Mugabe a intégralement repris à l’occasion de l’élection présidentielle suivante, celle de 2013 (malgré ses 89 ans à l’époque).

Robert Mugabe a été "réélu" à de très nombreuses reprises. À l’élection présidentielle du 23 mars 1990, la première au suffrage universel direct (sans aucun collège spécifique), mais entachée de nombreuses irrégularités (comme les suivantes), il a été réélu avec 83,1% contre 16,9% à son ancien Ministre du Travail Edgar Tekere (1937-2011), avec une participation de 53,9% (le même jour, le parti présidentiel ZANU-PF a raflé 117 sièges sur 120 avec 80,5% des voix). À l’élection présidentielle du 17 mars 1996, il a été réélu avec 92,8% contre 4,8% à l’ancien Premier Ministre Abel Muzorewa (1925-2010), avec une participation de 32,3%. À l’élection présidentielle du 11 mars 2002, il a été réélu avec 56,2% contre 42,0% à Morgan Tsvangirai, avec une participation de 55,4%.

L’élection présidentielle de 2008 fut un peu particulière. Malgré les fraudes massives et les intimidations très violentes, Robert Mugabe n’a obtenu que 43,2% au premier tour du 29 mars 2008, dépassé largement par le leader de l’opposition Morgan Tsvangirai qui a obtenu 47,9%, avec une participation de 42,8%. Ces résultats ne furent publiés que le 2 mai 2008, après de nombreuses polémiques et la plongée du pays dans une crise politique qui ressemble un peu à celle de 2002 à Madagascar. Le parti de Morgan Tsvangirai a dénoncé ces résultats considérés comme truqués, revendiquant la victoire avec 50,3%. La police a violemment réprimé la contestation, provoquant des dizaines de morts, des milliers d’enlèvements et des milliers de blessés.

Cinq jours avant le second tour, Morgan Tsvangirai a renoncé à se présenter de nouveau pour éviter un nouveau bain de sang : « Nous ne pouvons pas leur demander de voter (…) en sachant que voter pourrait leur coûter la vie. Nous avons décidé que nous ne participerons plus à cette simagrée de processus électoral, violent et illégitime. Nous ne jouerons pas le jeu de Mugabe. ». Du coup, Robert Mugabe a été réélu par 90,2% avec une participation de 42,4%, au second tour du 27 juin 2008 aux résultats dénoncés par tous les observateurs internationaux. Les électeurs devaient montrer au parti présidentiel le bulletin qu’ils mettaient dans l’enveloppe avant de voter. Des commandos ont même agressé des abstentionnistes après l’élection. En tout, cette élection a coûté la vie à une centaine de personnes, a fait une dizaine de milliers de blessés et cinq mille militants de l’opposition ont été portés disparus.

Par ailleurs, le 29 mars 2008 avaient eu lieu aussi les élections législatives et fait sans précédent, le parti présidentiel ZUNA-PF a perdu sa majorité absolue avec seulement 99 sièges sur 210, alors que le parti d’opposition MDC de Morgan Tsvangirai a obtenu 100 sièges (110 si l’on tient compte des 10 d’un petit parti MDC dissident).

Comme les troubles politiques persistaient, quelques mois plus tard, Robert Mugabe fut contraint de nommer un gouvernement d’union nationale avec Morgan Tsvangirai à sa tête, qui a eu pour tâche, entre autres, de réviser la Constitution. Cette nouvelle Constitution, qui donne plus d’égards à l’État de droit en réduisant les pouvoirs présidentiels et en interdisant la dissolution du parlement, fut adoptée par 94,5% en faveur du "oui" au référendum du 17 mars 2013, avec une participation d’un peu plus que la moitié (le référendum aurait initialement dû avoir lieu en juin 2011, mais le retard du travail constitutionnel fut que non seulement, ce référendum fut retardé mais aussi l’élection présidentielle qui devait lui suivre). L’Union Européenne a levé les sanctions contre le Zimbabwe à la fin mars 2013 pour saluer la tenue pacifique et régulière de ce référendum.

L’une des modifications majeures de la Constitution fut la limitation à deux mandats successifs de cinq ans du Président de la République, mais cette limitation ne pouvant pas être rétroactive, elle ne s’applique à Robert Mugabe qu’à partir de l’élection présidentielle de 2013, ce qui lui permettrait de rester à la tête du pays encore pendant deux mandats, jusqu’en 2023 (à cette date, il aurait alors 99 ans !).

La dernière élection présidentielle a donc lieu le 31 juillet 2013. Elle était importante car elle allait mettre fin à la coalition d’union nationale : chaque parti voulait en effet prendre le pouvoir complètement, tant le parti de Robert Mugabe (ZANU-PF) que celui de Morgan Tsvangirai (MDC). Ce dernier, alors Premier Ministre, ne voulait pas d’une élection si tôt, car il voulait que les parlementaires pussent avoir le temps de réformer la loi électorale, permettre l’égal accès aux médias de tous les candidates, etc. Dès le premier tour, Robert Mugabe a été réélu avec 61,1% contre 33,9% à son opposant Morgan Tsvangirai qui a dénoncé ces résultats et ne les a pas reconnus. La "communauté internationale" a également contesté ces résultats officiels.

Ce mandat doit en principe s’achever en été 2018 et la prochaine élection présidentielle devrait avoir lieu entre le 23 juillet 2018 et le 21 août 2018. Robert Mugabe, président de son parti ZUNA-PF depuis le 15 mars 1975, fut déjà désigné par son parti comme candidat pour cette prochaine élection et avait déjà commencé à faire campagne. Néanmoins, âgé maintenant de 93 ans, Robert Mugade est naturellement au crépuscule de son pouvoir et sous influence, il a tenté de le maintenir au sein de sa famille en favorisant son épouse Grace Mugabe (52 ans).

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L’idée était assez simple : son objectif était de l’imposer comme candidate du pouvoir avant l’élection présidentielle du 2018. L’actuel "dauphin", d’un point de vue institutionnel (si Robert Mugabe venait à mourir avant la fin de son mandat), c’est le Premier Vice-Président du Zimbabwe ("Premier" car il y a deux Vice-Présidents en même temps). Ce poste a toujours été choisi parmi un proche de Robert Mugabe.

Ainsi, le premier Premier Vice-Président fut Simon Muzenda (1922-2003), ancien Vice-Premier Ministre du 18 avril 1980 au 22 décembre 1987 et ancien Ministre des Affaires étrangères du 18 avril 1980 au 1er janvier 1981, qui fut numéro deux de l’État du 31 décembre 1987 à sa mort, le 20 septembre 2003. Sa successeure fut Joyce Mujuru (62 ans), ancienne Ministre des Sports dès l’âge de 25 ans, en 1980, de nombreuses fois ministre et vice-présidente du parti présidentiel, en fonction du 6 décembre 2004 au 8 décembre 2014, date à laquelle celle qui était considérée comme une possible héritière a été limogée (sur la pression de Grace Mugabe) en faveur du très influent Emmerson Mnangagwa (71 ans), nommé le 12 décembre 2014.

Emmerson Mnangagwa fut un très proche de Robert Mugabe, considéré comme son fils, protégé par Mugabe dès 1963 (il n’avait alors que 17 ans). Il fut son Ministre de la Sécurité d’État de 1980 à 1988, puis son Ministre de la Justice de 1989 à 2000, son Ministre des Finances de 1995 à 1996, le Président de la Chambre des députés de juillet 2000 à avril 2005, Ministre du Logement d’avril 2005 à février 2009 et enfin Ministre de la Défense du 13 février 2009 au 11 septembre 2013 dans le gouvernement d’union nationale dirigé par Morgan Tsvangirai. La logique politique voulait donc qu’Emmerson Mnangagwa fût le successeur désigné de Robert Mugabe à la tête du Zimbabwe.

Mais c’était aller contre le dernier caprice du dictateur,ou plutôt, de la dictatrice : le remplacer par son épouse, intéressée par le pouvoir et ce qu’il représente, notamment d’un point de vue pécuniaire. Grace Mugabe (auparavant Grace Marufu, mais parfois surnommée Gucci Grace pour son goût du luxe) est l’épouse de Robert Mugabe depuis le 17 août 1996. Elle était sa secrétaire avant d’être son épouse (il y a une énorme différence d’âge). Robert Mugabe devait donc écarter son précédent dauphin, qui, par ailleurs, a été victime d’une tentative d’empoisonnement en août 2017, peut-être par une crème glacée fabriquée par une entreprise appartenant à Grace Mugabe (Emmerson Mnangagwa a dû se faire soigner en Afrique du Sud).

Factuellement, ce s’est déroulé de la manière suivante. Le 4 novembre 2017, Robert Mugabe a déclaré qu’il voulait que Grace Mugade devînt Vice-Présidente. Le lendemain, Grace Mugabe, décidément peu diplomate, lui demanda de lui céder le pouvoir. Le 6 novembre 2017, Robert Mugabe limogea son Vice-Président Emmerson Mnangagwa (qui a quitté alors le pays pour sa protection personnelle). Ce fut sans doute une erreur politique majeure de la part du vieux dictateur.

Car Emmerson Mnangagwa a le soutien de l’armée. Celle-ci est donc intervenue dans la nuit du 14 au 15 novembre 2017 en prenant le contrôle du pouvoir à Harare, la capitale du Zimbabwe. Le putsch fut organisé par le général Constantino Chiwenga (61 ans), commandant des forces armées du Zimbabwe depuis décembre 2003, et communiqué le 15 novembre 2017 à la télévision nationale par le général Sibiusiso Moyo.

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Des blindés furent postés dans les rues, notamment proches de la résidence des Mugabe, du gouvernement, du parti présidentiel, du parlement, de la radio et télévision, etc. Le 15 novembre 2017, les militaires ont assigné à résidence les Mugabe, et certains ministres, comme Ignatius Chombo (67 ans), Ministre de l’Économie et des Finances (depuis le 9 octobre 2017 et chef d’une faction rivale de celle de Mnangagwa) et Jonathan Moyo (62 ans), Ministre de l’Éducation (depuis le 6 juillet 2017), furent destitués et arrêtés.

Les militaires ont refusé d’assumer l’appellation de coup d’État qui, pourtant, en est un. Ils n’ont pas démis formellement de ses fonctions Robert Mugabe qui reste donc encore (très provisoirement) Président de la République du Zimbabwe. Cependant, leur objectif est clairement qu’il démissionne et qu’il s’exile avec son épouse en Namibie. Ces militaires sont favorables à Emmerson Mnangagwa, considéré comme le chef de la faction Lacoste (Mnangagwa est souvent appelé "Le Crocodile", pour son caractère impitoyable et sa cruauté, comme, du reste, un autre homme d’un pays proche…).

Robert Mugabe a refusé la proposition d’exil et s’est considéré comme toujours à la tête du pays, au point d’être présent publiquement le 17 novembre 2017 à une remise de diplômes à l’Université d’Harare. Des émissaires d’Afrique du Sud, envoyés par le Président sud-africain Jacob Zuma, cherchent actuellement à négocier entre les différentes factions pour trouver une résolution pacifique de la crise.

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Le 18 novembre 2017, une manifestation de plusieurs dizaines de milliers de personnes (sans précédent), encouragée par les militaires, a eu lieu à Harare pour réclamer la démission de Robert Mugabe. Victor Matemadanda, le secrétaire général des vétérans de la guerre d’indépendance, a scandé : « Allons maintenant dire au grand-père Mugabe et à sa dactylo qu’ils doivent rentrer chez eux ! ».

Enfin le 19 novembre 2017, le parti présidentiel ZUNA-PF a remplacé Robert Mugabe par Emmerson Mnangagwa (rentré à Harare le 16 novembre 2017, protégé par l’armée) pour devenir officiellement son président, et a désigné ce dernier comme candidat du ZUNA-PF à l’élection présidentielle de 2018. Cependant, Robert Mugabe n’a pas reconnu cette éviction de son propre parti et a déclaré qu’il avait toujours l’intention de présider le congrès de son parti en décembre 2017.

Dans une allocution télévisée le 19 novembre 2017, Robert Mugabe a annoncé qu’il refusait de démissionner. Le 21 novembre 2017, le Parlement devrait voter alors une motion de défiance contre Robert Mugabe pour le destituer de ses fonctions de chef de l’État et chef du gouvernement.

Les réactions en Afrique sont pour l’instant partagées. Alpha Condé (79 ans), Président de la République de Guinée depuis le 21 décembre 2010 et Président de l’Union Africaine depuis le 30 janvier 2017 (Robert Mugabe fut lui aussi Président de l’Union Africaine du 30 janvier 2015 au 30 janvier 2016), s’est prononcé en faveur de Robert Mugabe en dénonçant le coup d’État, tandis qu’Alassane Ouattara (75 ans), Président de la République de Côte d’Ivoire depuis le 6 mai 2011, est favorable au départ de Robert Mugabe (dans la dignité) : « Évidemment, à son âge et compte tenu de la durée de ses fonctions, tout le monde est conscient qu’il est temps qu’il cède son fauteuil à une nouvelle génération. ».

Cela paraît assez probable que Robert Mugabe ne serait plus Président de la République du Zimbabwe dans les jours prochains. La question reste surtout dans quelles conditions il quittera le pouvoir : volontairement, avec une certaine dignité et protection pour lui et sa famille, ou, au contraire, contre sa volonté, avec des risques évidents d’effusions de sang. Son neveu Patrick Zhuwao avait annoncé le 18 novembre 2017 que Robert Mugabe et son épouse étaient « prêts à mourir ». Il semblerait que Grace Mugabe aurait déjà fui le pays.

Dans tous les cas, le remplacement de Robert Mugabe par Emmerson Mnangagwa a peu de chance de faire croire à une ouverture de la dictature, puisque le "probable futur homme fort" fut l’un des meneurs des massacres de 1983 (même si lui-même a démenti toute implication personnelle dans ces massacres) et il fut l’un de ceux qui ont réprimé les opposants lors de l’élection présidentielle de 2008…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 novembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Zimbabwe : fin de régime chez Pépé Mugabe (20 novembre 2017).
L’inévitable réélection du dictateur Robert Mugabe (28 mars 2008).
Madagascar en 1947.
L’Afrique du Sud.
La Guinée.
La Côte d’Ivoire.
La Zambie.
La Mauritanie.
Le Kenya.
La lutte contre le paludisme.
L’Afrique et l’homosexualité.
Le Mali.
Le Nigeria.
Le Rwanda.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171115-zimbabwe-mugabe.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/zimbabwe-fin-de-regime-chez-pepe-198864

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/11/20/35882448.html



 

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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 02:25

« Si folie des grandeurs il y eut chez celui que De Gaulle appela le "soudard", elle fut d’importation, nettement inspirée et encouragée. Rien de ce que fut Jean-Bedel Bokassa ne se fit que la France ne l’autorisât, par calcul, nécessité ou faiblesse. » (Pierre Georges, "Le Monde" du 5 novembre 1996).


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Un événement marquant de l’histoire de la Françafrique, le sommet du granguignolesque pitoyable et pompeux, a eu lieu il y a quarante ans, le dimanche 4 décembre 1977 : le couronnement de l’empereur Bokassa Ier. Folie des grandeurs en version centrafricaine et début de la chute de la Giscardie triomphante.

Jean-Bedel Bokassa fut un nom qui résonnait comme un "affreux" dictateur, parmi d’autres "affreux" de l’époque, Amin Dada, Pol Pot, Duvalier, etc. Il y en avait à l’époque tellement que c’est aujourd’hui difficile de tous les énumérer, mais ces noms, pour leurs contemporains, même lointains, donnaient toujours quelques frissons de terreur. Pour Bokassa, normal : Bokassa veut dire "le garçon boucher" en sango (la langue véhiculaire de la République centrafricaine). Empereur de l’abominable, tyran alcoolique et brutal au point de fracasser lui-même des enfants, Bokassa fut même accusé d’anthropophagie, d’avoir mangé des enfants, après les avoir conservés dans un réfrigérateur. La justice ne l’a jamais prouvé, certains ont cru que ce n’étaient que des rumeurs pour le déstabiliser politiquement, mais…

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Né le 21 février 1921, Jean-Bedel Bokassa a été très tôt orphelin, à l’âge de 6 ans : son père a été exécuté le 13 novembre 1927 par l’autorité coloniale après un procès bâclé, pour s’être rebellé, et sa mère s’est ensuite suicidée. Élevé par les pères missionnaires, il s’est engagé dans l’armée française en 1939, et a combattu dans la Division Leclerc dès 1940 (il fut sergent du IIe régiment de marche), a participé au débarquement de Provence et à la bataille du Rhin. Après la guerre et plusieurs formations militaires dont une à Châlons-sur-Marne, il est reparti avec l’armée française en Indochine puis en Algérie, sous les ordres du général Marcel Bigeard et a fini avec le grade de capitaine. Il a donc fait partie des "héros" qui ont libéré la France, ce qui lui a valu Légion d’honneur et Croix de guerre.

Quand Jean-Bedel Bokassa intégra l’armée centrafricaine comme commandant de bataillon, le 1er janvier 1962, la République centrafricaine venait de proclamer son indépendance quelques années plus tôt, dans le cadre d’un accord avec De Gaulle le 1er décembre 1958. Au pouvoir, aidé par les Français, David Dacko (1930-2003), un lointain cousin de Bokassa (plus jeune que lui). David Dacko a récupéré le "pouvoir" à la suite de la mort supposée accidentelle de Barthélemy Boganda (1910-1959), son oncle, considéré comme le "père" de la nation centrafricaine et promoteur du panafricanisme. David Dacko fut Président du gouvernement centrafricain avant l’indépendance, du 1er mai 1959 au 14 août 1960, il fut élu Président de la République centrafricaine le 14 août 1960 et réélu le 5 janvier 1964.

La situation du Centrafrique fut assez chaotique. En perte de croissance économique, avec une politique d’austérité pour juguler les déficits et une difficulté à assurer l’intégrité territoriale du pays vis-à-vis de ses voisins (les frontières étaient franchies par des partisans de Patrice Lumumba), le pays a accepté de l’aide financière de la Chine communiste (un prêt à taux nul d’un milliard de francs CFA). Cette aide n’a pas permis de relever financièrement le pays à cause de la corruption généralisée.

Conseiller militaire du Président, promu colonel le 1er décembre 1964, et devenu chef d’état-major la même année, Bokassa avait un besoin de reconnaissance qui inquiétait beaucoup le pouvoir en place. Dacko créa un corps armé indépendant de l’armée avec la gendarmerie. Envoyé en France de juillet à octobre 1965 pour l’éloigner du Centrafrique, Bokassa a finalement organisé un coup d’État le 31 décembre 1965 pour renverser David Dacko. Jean-Bedel Bokassa s’est proclamé Président de la République centrafricaine le 1er janvier 1966.

Ses deux principaux rivaux des forces armées centrafricaines, Jean Izamo, chef de la gendarmerie, et Prosper Mounoumbaye, chef de la garde présidentielle, furent éliminés, battus à mort en janvier 1966 (lire ce qu’en a dit plus tard le journaliste René Backmann). En revanche, Bokassa préserva la vie de David Dacko qu’il fit enfermer, dans un but très simple : il voulait obtenir la reconnaissance internationale de son nouveau pouvoir. Son bras droit dans le coup d’État, le lieutenant-colonel Alexandre Banza (1932-1969) fut nommé ministre de Bokassa et noua de nombreuses relations diplomatiques en Afrique. Son influence politique fut très importante.

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La France, qui avait soutenu David Dacko, fut très réticente à reconnaître Bokassa (après une rencontre avec Bokassa le 7 juillet 1966, Georges Pompidou, Premier Ministre, refusa une telle reconnaissance) mais en raison du risque de perdre de l’influence sur le Centrafrique (notamment monétaire), De Gaulle fit à Bokassa l’honneur de venir en visite officielle à Bangui le 17 novembre 1966, ce qui valait une reconnaissance officielle. La position géostratégique de la République centrafricaine a rendu inéluctable le soutien de la France. Bokassa appela De Gaulle "papa" (ce qui agaçait énormément le Général) et plus tard, Valéry Giscard d’Estaing son "frère"…

L’influence d’Alexandre Banza, en charge des Finances, fut d’autant plus menaçante pour Bokassa qu’il critiquait ses dépenses somptuaires, ce qui a abouti à sa disgrâce : arrêté le 9 avril 1969 alors qu’il allait commettre un coup d’État, Alexandre Banza fut exécuté le 12 avril 1969 après une parodie de procès. Bokassa n’avait plus de concurrent politique réel.

Pendant ses premières années au pouvoir et malgré les actes de torture, de terreur, et les exécutions sommaires de ses opposants, Bokassa a joui d’une relative popularité auprès du peuple centrafricain, même si son besoin de reconnaissance ne cessait pas : il s’autoproclama le 2 mars 1972 Président de la République à vie (les dictateurs sont très rares à se proclamer Présidents à vie, un autre fut haïtien, par exemple). Il s’autoproclama le 19 mai 1974 maréchal (un titre dont il était fier).

Le journaliste René Backmann a écrit dans "Le Nouvel Observateur" du 5 décembre 1977, pour décrire le type de dirigeant politique qu’était Bokassa : « Tout le monde sait, en Afrique et ailleurs, que, depuis le coup d’État militaire du 31 décembre 1965 qui l’a porté au pouvoir, Jean-Bedel Bokassa (…) gouverne, ou plutôt, règne par la terreur et la corruption, au gré capricieux de ses fantasmes et de ses folies, au milieu d’une nuée de courtisans minables, de fonctionnaires terrorisés, d’aigrefins flatteurs et d’escrocs internationaux, prêts à saisir la moindre occasion de s’emplir les poches. Quelle proie, en effet, pour les filous itinérants que ce dictateur quasi-illettré, amateur de chivas et de beaujolais, collectionneur d’instruments de musique, de médailles et d’appareils de photo, clown sinistre et menaçant, capable de distribuer avec la même générosité une poignée de diamants à un flagorneur ou une volée de coups de gourdin à un "suspect", avant de sombrer dans la mélancolie et de rêver au petit bistro de Fréjus où il cuvait ses cuites au bon vieux temps de la "coloniale". ».

Et le reporter de raconter la réalité de cette terreur : « Il n’a aucune confiance en son entourage. (…) Il hait les intellectuels (…). Il voit des complots partout, lâche ses flics et ses tortionnaires sur le moindre suspect. En 1966, l’ancien chef e la sécurité de son prédécesseur, accusé de subversion, est arrêté. Les militaires l’émasculent avant de lui arracher les yeux, puis de le décapiter. Il faut une intervention de l’ambassade française pour dissuader Bokassa de faire circuler la tête dans les écoles, à titre d’avertissement. Chaque année, de nouveaux complots, réels ou imaginaires, sont découverts. Arrestations, disparitions, tortures, emprisonnements, exécutions sommaires se multiplient. On ignore le nombre exact de ses prisonniers et de ses victimes. Une chose est sûre : l’arbitraire, en Centrafrique comme en Ouganda [dirigé par Amin Dada], est devenu la loi. Le 31 juillet 1972, à Bangui, Bokassa préside une séance de bastonnade destinée à punir les voleurs. (…) Bilan : trois morts dont on expose les cadavres sur la place principale, à côté des blessés sanguinolents et enchaînés. » (5 décembre 1977).

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Très instable sur le plan institutionnel (il voulait éviter tout risque de rivalité politique), Bokassa créa un poste de Premier Ministre le 1er janvier 1975, auquel il nomma Élisabeth Domitien (1925-2005), la première femme à occuper la tête d’un gouvernement africain (et la seule à ce jour !), mais elle fut limogée (et le poste de Premier Ministre fut supprimé) le 7 avril 1976 car elle s’était opposée à la transformation du régime en monarchie…

L’année 1976 fut d’ailleurs l’année de toutes les loufoqueries pour Bokassa qui s’est converti (très provisoirement) à l’islam pour séduire son "cousin" Mouammar Kadhafi et obtenir une aide financière de la Libye. Il a limogé le gouvernement en septembre 1976 au profit d’un conseil de la révolution centrafricaine. Autre bizarrerie, il a fait libérer David Dacko (en prison depuis 1966) et en a fait son bras droit influent.

Mais la plus grande des loufoqueries, ce fut le 4 décembre 1976, la proclamation de l’Empire centrafricain. Admirateur de Napoléon, il a attendu deux jours après le 2 décembre pour cette proclamation. Son sacre a eu lieu exactement un an plus tard, le 4 décembre 1977 (il y a quarante ans), avec un luxe incroyablement calculé. Ce fut la honte de la France d’avoir accepté une telle bouffonnerie, en envoyant, pour être représentée à cette cérémonie, le conseiller Afrique de l’Élysée René Journiac et l’un des barons du gaullisme, le Ministre de la Coopération Robert Galley (après le refus de Michel Poniatowski, Alain Peyrefitte et Louis de Guiringaud).

Le pape Paul VI, sollicité, avait refusé de venir cautionner cette supercherie (invité au Te Deum à la cathédrale de Bangui), et l’archevêque de Bangui avait déconseillé à Bokassa de faire venir le pape car cela risquait de créer des tensions entre les communautés religieuses. Étrangement, en janvier 2017, le Vatican aurait sorti un timbre commémorant le quarantième anniversaire de ce sacre. C’est ce que j’ai trouvé sur Internet et aucune information ne m’a permis d’en confirmer la véracité (l’image pouvant être un faux).

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Non seulement la France s’est prêtée politiquement à cette mascarade de couronnement, mais aussi économiquement avec la fourniture de nombreux équipements et consommations, entre autres, 60 000 bouteilles de Champagne et de Bourgogne, des vêtements impériaux (manteau d’hermine, etc.) créés par Pierre Cardin, une couronne en or et diamants qui a coûté 50 000 fois le salaire moyen d’un salarié centrafricain, un carrosse luxueux, une trentaine de chevaux (dont deux périrent pendant la cérémonie), etc. Au total, la note de la journée, filmée par l’Armée française pour le compte de Bokassa, fut très salée : 100 millions de francs (l’équivalent de l’aide française), financés par la France mais aussi par Kadhafi.

Par prudence et discernement, aucun chef d’État ou de gouvernement, à l’exception d’un d’un petit État, n’a voulu assister à cette cérémonie aussi ridicule que mégalomaniaque. La France a été en dessous de tout d’avoir accompagné ce dictateur dans ses délires très coûteux. Bokassa regretta cependant l’absence de Valéry Giscard d’Estaing qui avait donné une excuse bidon pour ne pas s’y rendre.

Le journaliste Pierre Georges notait, à la mort du dictateur, ceci à propos du sacre, dans "Le Monde" du 5 novembre 1996 : « Ce jour-là, la France participa beaucoup, fournissant tout : l’argent, la couronne, le sceptre, le trône, la claque et même le carrosse impérial ; tiré par des chevaux de Normandie peints en or gris. Elle fournit même sa bénédiction à ce simulacre de sacre (…). Épisode pitoyable que la France, dans une approche curieuse de son devoir de coopération, encouragea et couvrit. Mieux valait à ses yeux un Bokassa empereur, ex-soldat (…) de la France libre (…) que tout autre Centrafricain , susceptible a priori d’accointance progressiste. ».

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Bokassa avait justifié l’instauration de l’empire pour de distinguer des autres pays africains. Il a recréé la fonction de Premier Ministre, d’abord en nommant à la tête du gouvernement Ange-Félix Patassé (1937-2011) du 8 décembre 1976 au 14 juillet 1978, puis, à l’occasion d’un grave problème de santé (une attaque cardiaque) qui obligea Ange-Félix Patassé à se faire soigner en France, Bokassa nomma Premier Ministre Henri Maïdou (81 ans), du 14 juillet 1978 au 26 septembre 1979.

Pendant près de deux ans, le comportement de "l’empereur" Ubu ou plutôt, imbu de lui-même, mêlant faste et horreur, rendant encore plus criantes les inégalités sociales dans son pays, fit même douter la France au point de trouver cet allié africain bien trop encombrant.

Un massacre a eu lieu entre le 15 et le 20 janvier 1979 par l’armée, commandé notamment par le général François Bozizé (71 ans), futur dictateur et Président de la République du 15 mars 2003 au 24 mars 2013. Cette répression sanglante a coûté la vie à des dizaines d’écoliers, ce qui éloigna Bokassa d’autres pays africains comme le Sénégal de Léopold Senghor et la Côté d’Ivoire de Félix Houphouët-Boigny.

À partir de mai 1979 et de sa lecture des rapports sur ces massacres de janvier 1979, le Premier Ministre Henri Maïdou s’éloigna de Bokassa. Henri Maïdou a adressé au gouvernement français le 4 septembre 1979 une lettre lui demandant d’intervenir pour en finir avec le régime de Bokassa. Henri Maïdou fut ensuite nommé Vice-Président de la République centrafricaine par David Dacko du 26 septembre 1979 au 23 août 1980.

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Valéry Giscard d’Estaing décida de renverser Bokassa dans la nuit du 20 au 21 septembre 1979 avec l’armée française, au cours de l’Opération Barracuda qui visait officiellement à protéger, voire à rapatrier les ressortissants français du Centrafrique. Bokassa, qui se trouvait alors à Tripoli, en Libye, pendant le coup d’État, s’est réfugié d’abord à Abidjian puis, de décembre 1983 à octobre 1986, en France, au château d’Hardricourt, dans les Yvelines (pas très loin de Meulan), château que Bernard Tapie avait voulu acheter par la suite… Le légataire universel de l’ancien dictateur, son fils Georges Bokassa (ancien Ministre de la Défense de son père) fut lui-même propriétaire du château de Mézy-sur-Seine, à quelques kilomètres du premier château.

L’ancien Président David Dacko proclama le retour à la République dès le 21 septembre 1979 et reprit ses fonctions de Président de la République centrafricaine, jusqu’au 1er septembre 1981, où il démissionna, anticipant un futur coup d’État. Le général André Kolingba (1936-2010) s’empara en effet du pouvoir du 1er septembre 1981 au 22 octobre 1993 en continuant un régime autocratique. Lui succéda Ange-Félix Patassé du 22 octobre 1993 au 15 mars 2003. En cinquante-sept ans d’existence, le Centrafrique a eu peu de chefs d’État, mais beaucoup de régimes : un empire et six républiques.

La politique africaine de Valéry Giscard d’Estaing a été catastrophique en Centrafrique. Il n’aurait jamais dû s’appuyer sur Bokassa. Pire, peut-être que ce fut ce dernier qui lui a fait payer son renversement. Très peu de temps après l’éviction de Bokassa, le 10 octobre 1979, le journal satirique "Le Canard enchaîné" sortit la fameuse "affaire des diamants", où il était question d’un cadeau que Bokassa aurait offert à Valéry Giscard d’Estaing, en avril 1973, lors d’un déplacement (personnel) en Centrafrique, à l’époque où il était Ministre des Finances. Un cadeau composé de quelques diamants (sans grande valeur, estimé entre 4 000 et 7 000 francs), que le futur Président avait rangé dans un tiroir négligemment.

Voici la description de Pierre Georges : « Les tirant d’une bonbonnière posée sur un meuble en simili Empire du palais de Berengo, Sa Majesté Bokassa Ier avait coutume d’offrir aux visiteurs de marque d’étranges friandises : des petits diamants sans grande valeur, comme les berlingots de la couronne. » (5 novembre 1996).

Valéry Giscard d’Estaing, qui trouva cette "affaire" ridicule, refusa de se défendre immédiatement, sinon par le silence et le mépris, ce qui renforça la suspicion à son encontre. La seule occasion où il s’exprima sur le sujet fut lors d’une interview télévisée le 27 novembre 1979 sur Antenne 2, où il répondit à Jean-Pierre Elkabbach, Alain Duhamel et Gérard Saint-Paul en ces termes : « Ces cadeaux, sans que je m’en occupe, je peux vous le dire, ils sont apportés à l’Élysée, ils y sont conservés et ils n’en sortent que pour deux usages, soit qu’ils soient attribués à des œuvres de bienfaisance, soit, lorsqu’ils ont un intérêt à cet égard, ils sont remis à des musées. (…) Avant que mon mandat ne s’achève, tous les cadeaux que j’ai reçus, et dont la liste bien entendu sera conservée, auront été utilisés à l’une ou l’autre de ces fonctions, c’est-à-dire œuvres de bienfaisance ou musées. Je ne vous cache pas que c’est désobligeant pour moi de répondre à des questions de cette nature. Je peux vous dire que déjà, ces dernières années, de nombreux cadeaux ont été envoyés à des œuvres de bienfaisance, qui le savent et qui, d’ailleurs, m’en envoient par écrit le témoignage, ou à des musées, où ils sont, à l’heure actuelle, présentés. Et enfin, à la question que vous m’avez posée sur la valeur de ce que j’aurais reçu comme Ministre des Finances, j’oppose un démenti catégorique et, j’ajoute, méprisant. ». Quant à son silence, il l’expliqua ainsi : « C’est quelque chose qui tenait aussi, permettez-moi de le dire, à mon caractère et à l’idée que j’ai de ma fonction et qui est qu’il faut laisser les choses basses mourir de leur propre poison. ».





Pour remettre cette affaire dans le contexte politique du moment, il faut se rappeler que le 30 octobre 1979, on avait retrouvé Robert Boulin "suicidé" dans un étang de la forêt de Rambouillet. Alors que VGE était le favori pour une réélection en 1981, cette affaire a plombé sa campagne présidentielle. Il a eu avec cette affaire une aussi mauvaise gestion de sa communication que, trente-six ans plus tard, le candidat François Fillon avec le PénélopeGate. Par la suite, ses successeurs François Mitterrand et Jacques Chirac, pour éviter toute suspicion, ont créé un musée de leur Présidence où ils conservaient tous les cadeaux internationaux qu’ils ont reçus au titre de leur fonction présidentielle.

René Backmann a donné une tentative d’explication à la mansuétude française : « Faut-il fouiller dans les conseils d’administration, et découvrir qu’un cousin du Président, Jacques Giscard d’Estaing, directeur financier du CEA, administrateur de Technicatome et de Framatome, représente les intérêts français dans la compagnie d’exploitation de l’uranium centrafricain ? Amour de la chasse, intérêts financiers, stratégie antisoviétique, politique des matières premières et pesanteurs coloniales : voilà ce qui peut expliquer les bonnes, les excellentes relations [entre les deux chefs d’État]. » (5 décembre 1977).

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L’épilogue resta centrafricain. Finalement, Jean-Bedel Bokassa retourna à Bangui en octobre 1986, et fut condamné à mort le 12 juin 1987 pour les meurtres commis sous sa responsabilité. Sa peine fut commuée en février 1988 à la réclusion à perpétuité, puis à dix ans de prison. Ce fut André Kolingba qui l’a gracié en octobre 1993. Jean-Bedel Bokassa, père d’au moins cinquante-cinq enfants issus d’environ dix-sept femmes, est mort libre, d’un infarctus à Bangui, il y a un peu plus de vingt et un ans, le 3 novembre 1996, à l’âge de 75 ans. Il a été inhumé dans son ancien palais de Berengo (on l’avait appelé "l’ogre de Berengo" pour cette raison), pas loin d’une statue à son effigie et il fut même officiellement réhabilité le 1er décembre 2010 par son lointain successeur, le Président François Bozizé, l’un des responsables des massacres de janvier 1979…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 décembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Sacré Bokassa", article de René Backmann dans "Le Nouvel Observateur" du 5 décembre 1977.
"Sa Majesté Bokassa Ier", article de Pierre Georges dans "Le Monde" du 5 novembre 1996.
Mao Tsé Toung.
Aldolf Hitler.
Joseph Staline.
Pol Pot.
Kim Jong-un.
Saddam Hussein.
Mouammar Kadhafi.
Bachar El-Assad.
Ferdinand Marcos.
Francisco Franco.
Augusto Pinochet.
Fidel Castro.
Hugo Chavez.
Mahmoud Ahmadinejad.
Rouhollah Khomeiny.
Pieter Botha.
Philippe Pétain.
Pierre Laval.
Jean-Bedel Bokassa.
Robert Mugabe.
François Duvalier.
Léonid Brejnev.
Saparmyrat Atayewic Nyyazow.
Laurent Gbagbo.
Zine el-Abidine Ben Ali.
Hosni Moubarak.
Alexandre Loukachenko.
Louis-Antoine de Saint-Just.
Dictature de la pensée unique.
Nicolas Sarkozy était-il un dictateur ?
François Hollande était-il un dictateur ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161103-bocassa.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/12/01/35919633.html

 

 

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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 06:04

« Ce fut un honneur pour moi d’avoir travaillé avec monsieur Mandela dans le processus qui a abouti à l’adoption d’une constitution provisoire et à nos premières élections libres en avril 1994. » (Frederik De Klerk).


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L’ancien Président de la République d’Afrique du Sud Frederik De Klerk fête ses 80 ans ce vendredi 18 mars 2016. C’est l’occasion pour moi de revenir rapidement sur son itinéraire politique.

Né le 18 mars 1936 à Johannesburg, Frederik Willem De Klerk a fait des études de droit pour devenir avocat. Il a fait partie par sa naissance de la petite aristocratie politique sud-africaine. Son nom de famille est originaire de la France (Leclerc) et ses ascendants étaient des Français huguenots qui ont quitté le pays en 1686, juste après la révocation de l’édit de Nantes par le roi Louis XIV. Sa famille depuis plusieurs générations a été très fortement impliquée dans le destin de l’Afrique du Sud.


Une famille très engagée

Son arrière-grand-père Johannes Cornelis van Rooy fut sénateur de l’Union de l’Afrique du Sud de 1929 à 1939. Son grand-père, Willem De Klerk fut pasteur.

Son père Jan De Klerk (1903-1979) fut un homme politique important de l’Afrique du Sud, engagé au Parti national : ministre de 1954 à 1969 dans plusieurs départements, au Travail et Travaux publics (1954 à 1958), au Travail et aux Mines (1958 à 1961), à l’Intérieur, au Travail et à l’Immigration (1961), à l’Intérieur, à l’Éducation et aux Arts et Sciences (1961 à 1966), à l’Éducation, aux Arts et Sciences et à l’Information (1966 à 1967), et à l’Éducation nationale (1967 à 1969). Sénateur de 1954 à 1976, Jan De Klerk fut Président du Sénat de 1969 à 1976 et à ce titre, il assura l’intérim de la Présidence de la République du 9 avril 1975 au 19 avril 1975, poste honorifique pour lequel il fut d’ailleurs pressenti à deux reprises, le 19 janvier 1967 et le 10 avril 1968.

Frederik De Klerk est aussi le neveu par alliance de Johannes Strijdom (1893-1958), le terrible Premier Ministre de l’Afrique du Sud, successeur de Daniel Malan, du 30 novembre 1954 jusqu’à sa mort, le 24 août 1958 (président du Parti national pour le Transvaal depuis 1934 et au niveau national depuis 1954), n’hésitant pas à nommer dans son gouvernement son beau-frère (créant ainsi quelques polémiques).

Enfin, Frederik De Klerk est le jeune frère du journaliste politique Wimpie De Klerk (1928-2009), qui cofonda le Parti démocratique en 1989, la seule véritable opposition à l’ANC depuis l’ère Mandela (le "résidu" du Parti national fut rapidement absorbé par l’ANC, voir plus loin).


Épaulé par John Vorster

L’un des dirigeants les plus puissants de l’Afrique du Sud, John Vorster, Premier Ministre du 13 septembre 1966 au 2 octobre 1978 puis Président de la République du 10 octobre 1978 au 4 juin 1979 (il fut le prédécesseur de Pieter Botha à la tête du gouvernement sud-africain), a beaucoup aidé le début de carrière politique de Frederik De Klerk, fils de son ami Jan De Klerk. En libérant une circonscription détenue par un ministre, John Vorster a ainsi permis à son poulain d’être candidat et élu député en novembre 1972 (à l’âge de 36 ans).

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Benjamin du troisième et dernier gouvernement Vorster en janvier 1978 (à 41 ans), il entama une longue carrière ministérielle (comme son père), de 1978 à 1989, dans tous les gouvernements de Pieter Botha : aux Postes et Télécommunications et à l’Assurance maladie et aux Pensions (1978), aux Postes et Télécommunications et aux Sports et Loisirs (1978 à 1979), aux Mines et à l’Environnement (1979 à 1980), aux Mines et à l’Énergie (1980 à 1982), à l’Intérieur (1982 à 1985), à l’Éducation nationale (1984 à 1989).


L’émancipation

Après avoir progressivement pris des responsabilités au sein de son parti, le Parti national, et au sein de l’appareil d’État, Frederik De Klerk s’est porté candidat le 2 février 1989 à la tête du Parti national après avoir bataillé contre Pieter Botha qui accepta de renoncer à continuer à le présider. Il fut élu au troisième tour de justesse (face à Barend du Plessis, Pik Botha et Chris Heunis). Pieter Botha était alors Président de la République depuis le 3 septembre 1984, nouveau poste qui n’était plus honorifique puisqu’il correspondait aussi au poste de Premier Ministre qu’il occupait depuis la fin des gouvernements Forster (depuis le 9 octobre 1978).

Pendant plusieurs mois, Frederik De Klerk, président du parti, ferrailla contre Pieter Botha et l’accula à la démission le 15 août 1989. Devenu Président de la République par intérim puis élu le 6 septembre 1989 à l’occasion d’élections générales qu’il a anticipées pour asseoir son pouvoir et pour éviter la trop grande influence du Parti conservateur d’Andries Treurnicht, qui voulait le maintien coûte que coûte de l’apartheid, Frederik De Klerk a obtenu alors carte blanche pour réformer en profondeur le paysage politique sud-africain. Pour encore renforcer son autorité et s’opposer à la progression de ces conservateurs, Frederik De Klerk organisa même un référendum le 17 mars 1992 au cours duquel 68,7% des électeurs ont approuvé la politique de fin d’apartheid de Frederik De Klerk : « Aujourd’hui, nous avons fermé le livre de l’apartheid ! ».

Si les élections du 6 septembre 1989 étaient une victoire pour Frederik De Klerk avec 48,2% des voix et 94 sièges sur 166, elle consacrait quand même la percée des conservateurs commencée aux élections du 6 mai 1987, avec 31,5% de voix et 17 sièges sur 166 (en 1987, ils avaient obtenu 26,6% des voix et 22 sièges sur 166).

Petit retour en arrière : Andries Treurnicht (1921-1993), pasteur afrikaner, qui fut ministre de Pieter Botha de 1979 à 1982 (aux Travaux publics et Tourisme et à l’Administration nationale et statistiques) était à l’origine membre du Parti national et fut le président de ce parti pour le Transvaal de 1978 à 1982. En 1982, il fut battu par Frederik De Klerk à la présidence du parti pour Transvaal (jusqu’en 1989), ce qui l’a conduit à quitter le Parti national (et le gouvernement) et à créer le 20 mars 1982 à Pretoria le Parti conservateur, en opposition avec la réforme constitutionnelle de Pieter Botha instituant un parlement tricaméral (avec une chambre pour les métis et une chambre pour les Indiens), réforme approuvée par 66,3% des voix lors du référendum du 17 novembre 1983. Notez bien que jusqu’en 1994, le corps électoral était composé des seuls Afrikaners (sauf pour l’élection des deux chambres spéciales).


Le démantèlement de l’apartheid

Au contraire de Mikhaïl Gorbatchev qui n’avait jamais voulu faire disparaître l’Union Soviétique, Frederik De Klerk avait clairement affiché ses objectifs d’en finir avec l’apartheid durant la campagne électorale. Le 28 août 1989, il avait déjà amorcé les premières rencontres en Zambie avec des représentants de l’ANC (Congrès national africain, principal parti anti-apartheid) encore illégal. Dès le 2 février 1990, il fit légaliser l’ANC et le 11 février 1990, il fit libérer Nelson Mandela.

Pendant plusieurs années, Frederik De Klerk travailla avec Nelson Mandela pour conduire la transition démocratique en Afrique du Sud. Leurs travaux furent consacrés par le Prix Nobel de la Paix 1993 que Nelson Mandela ne voulait pas recevoir sans le partager avec Frederik De Klerk.

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Du 26 au 29 avril 1994 eurent lieu les premières élections libres en Afrique du Sud et l’élection de Nelson Mandela à la Présidence de la République se déroula le 9 mai 1994. Frederik De Klerk resta néanmoins au pouvoir encore pendant deux ans, désigné comme le premier Vice-Président de la République, poste qu’il partagea avec Thabo Mbeki (futur successeur de Nelson Mandela), du 10 mai 1994 au 30 juin 1996.


Retiré des affaires politiques

Frederik De Klerk démissionna de cette responsabilité le 30 juin 1996. Parallèlement, il démissionna aussi de la présidence du Parti national le 9 septembre 1997. C’était il y a 18 ans et à 62 ans, il quitta la vie politique et regretta l’effondrement de son parti aux élections générales suivantes, le 2 juin 1999 avec 6,9% des suffrages et seulement 28 sièges sur 400, et le 14 avril 2004 avec 1,7% des voix et 7 sièges sur 400. En avril 1994, le Parti national avait été le deuxième parti après l’ANC, avec 20,4% des suffrages et 82 sièges sur 400. Il regretta ensuite la fusion du Parti national (fondé le 1er juillet 1914) dans l’ANC en septembre 2005 (annoncée le 7 août 2004). Marthinus van Schalkwyk, le dernier président du Parti national depuis septembre 1997, fut ministre des gouvernements sud-africains de Thabo Mbeki et de Jacob Zuma du 30 avril 2004 au 25 mai 2014.

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Si, à l’occasion de ses 70 ans (le 18 mars 2006), Nelson Mandela lui rendit un vibrant hommage, reconnaissant que son action visant à négocier un nouveau pacte constitutionnel avec toute la population a évité la guerre civile en Afrique du Sud, Frederik De Klerk s’est montré moins optimiste et a regretté que l’ANC ne respectât pas ses engagements de prise en compte des minorités. Dans les rares interviews qu’il a accordées depuis une dizaine d’années, Frederik De Klerk a d’ailleurs suscité quelques polémiques en refusant d’admettre que l’apartheid (qu’il a supprimé) était un régime criminel même s’il en a reconnu le caractère très injuste et discriminatoire.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 mars 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’Afrique du Sud.
L'Afrique du Sud de Pieter Botha.
L'Afrique du Sud de Frederik De Klerk.
L’Afrique du Sud de Nelson Mandela.
L’Afrique du Sud de Thabo Mbeki.
L’Afrique du Sud de Jacob Zuma.
Le Zimbabwe.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160318-frederik-de-klerk.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/frederik-de-klerk-passeur-de-178954

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/03/18/33530665.html


 

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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 06:24

« Il n’a jamais été l’un de mes amis. En fait, j’étais sa bête noire quand j’étais au Parlement. Il était très irritable et avait mauvais caractère. Il n’était pas terriblement intelligent (…). Il avait simplement suffisamment de bon sens pour réaliser qu’un changement était devenu indispensable car la résistance noire gagnait en puissance et l’opposition de la communauté internationale était de plus en plus forte. » (Helen Suzman, qui fut députée du Parti progressiste, anti-apartheid, de 1953 à 1989).


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Le Sud-africain Pieter Willem Botha est né il y a exactement 100 ans, le 12 janvier 1916. Dernier dirigeant de l’apartheid en Afrique du Sud, il faisait partie des "autocrates de droite" au même titre que Pinochet et Franco, ce qui n’ôtait rien à l’existence des "autocrates de gauche", comme Pol Pot, et plein d’autres…

À la différence de ses homologues dictateurs, Pieter Botha n’avait pas vraiment un problème de démocratie. Il était arrivé au pouvoir "démocratiquement", en tout cas, dans un processus démocratique, même s’il était, par nature du régime, étriqué, et il a dû aussi le quitter en raison du jeu démocratique (interne à son parti). Son problème était tout autre, au point de subir des sanctions internationales de la presque totalité des États du monde, y compris ceux qui, a priori, étaient ses alliés naturels.

Pourquoi ? Parce que non seulement il a maintenu le régime d’apartheid qui a pour réalité la ségrégation des êtres humains selon la couleur de leur peau (critère particulièrement insignifiant face à d’autres critères de différenciation entre humains, comme, par exemple, le mérite !), mais il a poussé au maximum la répression contre ceux qui s’y opposaient au péril de leur vie. Le point culminant a été la mise en état d’urgence du pays en 1985, un état d’urgence dénoncé par toutes les nations. Quand j’écris cela, j’ai un petit frisson qui passe en pensant que la France est encore sous état d’urgence (depuis le 14 novembre 2015). Certes pour une autre raison.

Très curieusement, lorsque Pieter Botha s’est éteint le 31 octobre 2006 (même année que Pinochet), à l’âge de 90 ans, il a reçu des hommages de la part des anciens militants de l’ANC, de ses successeurs à la tête de l’État, parce qu’il avait quand même fait quelques réformes de l’apartheid. Elles se résumaient certes à mieux prendre en considération les populations métisses et indiennes, notamment par l’institution de trois chambres législatives et par la possibilité de mariages mixtes, mais cela pour mieux discriminer les populations à peau noire.

Nelson Mandela préféra garder le positif : « Alors que pour beaucoup, M. Botha restera un symbole de l’apartheid, nous nous souviendrons aussi de lui pour les démarches qu’il a entreprises afin d’ouvrir la voix vers l’accord final négocié pacifiquement dans notre pays. » (1er novembre 2006). Son successeur Thabo Mbeki rendit aussi cet hommage : « Quand il a réalisé la futilité de lutter contre ce qui était inévitable, il prit conscience, à sa façon, que les Sud-africains n’avaient pas d’autre choix que de se rapprocher les uns des autres. ». Tandis que Jacob Zuma, qui n’avait pas encore été élu Président : « Pieter Botha était Président à une époque où le pays était en conflit et en sang. Mais quand il fut convaincu de la nécessité du changement, il en a fait prendre conscience son parti et ses fidèles avec son discours "S’adapter ou mourir" (…). Ce fut aussi Pieter Botha qui envoya le premier émissaire (…) rencontrer des membres de l’ANC afin de discuter de la possibilité de négociations. ».

Autre son de cloche provenant du COSATU, le syndicat anti-apartheid créé le 1er décembre 1985 : « Ses mains portaient les traces de sang des centaines de personnes qui ont été assassinées dans la lutte pour la libération sous sa Présidence. L’écrasante majorité des Sud-africains et du reste du monde ne se souviendra de P. W. Botha qu’avec haine et dégoût. » (Patrick Craven, porte-parole). Porte-parole du parti au pouvoir au Zimbabwe qui a accueilli beaucoup de dirigeants de l’ANC en exil, William Nhara résuma ainsi le parcours de Pieter Botha : « C’était un dirigeant boer partisan de la ligne dure qui a vu la lumière trop tard. ».


Le Parti national victorieux en 1948

Dès l’âge de 18 ans, Pieter Botha s’est investi dans l’aile dure du Parti national après scission, selon les mêmes convictions que sa mère. Au Cap, pendant la Seconde Guerre mondiale, il refusa néanmoins les positions nazies d’une organisation qu’il avait intégrée (l’Ossewabrandwag) et qu’il quitta, considérant que le nazisme s’opposait au nationalisme chrétien dont il se revendiquait (un peu à l’instar de Franco dans une certaine mesure, à la différence que ce dernier était catholique). Pour lui, la ségrégation ethnique était le meilleur moyen de protéger les Afrikaners.

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Il se fit élire pour la première fois au Parlement aux élections du 26 mai 1948 (à 32 ans) qui a donné la victoire à son parti sur le Parti unifié du vieux Premier Ministre sortant Jan Smuts (78 ans) ; même si ce dernier avait obtenu la majorité des voix, il avait perdu en nombre de sièges, surreprésentés dans les zones rurales favorables aux nationalistes. Ce fut un bouleversement politique très important de l’Union d’Afrique du Sud car le Parti national avait fait campagne pour une politique de discrimination ethnique : l’apartheid a commencé la même année, mis en place par le nouveau gouvernement dirigé par le (vieux aussi) président du Parti national, Daniel Malan du 4 juin 1948 au 30 novembre 1954. Ce dernier n’était pas très impliqué sur la ségrégation et pensait surtout à aider les Afrikaners tombés dans la pauvreté. La politique intérieure était assez complexe en raison de nombreuses divisions au sein de la coalition gouvernementale.


L’apartheid et la répression

L’apartheid s’est mis en place dans la totale indifférence non seulement de la population anglophone et afrikaner de l’Afrique du Sud mais aussi de ses alliés américains et ouest-européens : la loi du 1er juillet 1949 a interdit les mariages mixtes et la loi d’immoralité du 1er mai 1950 a interdit les relations sexuelles mixtes. D’autres lois ont eu une importance cruciale dans la politique de ségrégation (qui existait déjà avant ces lois mais qui fut renforcée et encouragée par ces dispositifs législatifs) : la loi d’habitation séparée du 27 avril 1950, la loi de classification de la population du 22 juin 1950, la loi sur les commodités publiques distinctes du 5 octobre 1953, de nombreuses lois dans le domaines économiques, etc.

Renforcé par une nouvelle victoire aux élections du 15 avril 1953, Daniel Malan a honoré le Royaume-Uni en assistant au couronnement de la reine Élisabeth II, encore chef de l’État de l’Afrique du Sud (jusqu’au 31 mai 1961). Quittant les affaires publiques à 80 ans, Daniel Malan laissa la tête du gouvernement sud-africain à Johannes Strijdom pour seulement trois ans, en raison de sa mort soudaine le 24 août 1958. Johannes Strijdom a nommé des ministres radicaux favorables au grand apartheid, notamment Hendrik Verwoerd qui lui succéda comme Premier Ministre du 2 septembre 1958 jusqu’à sa mort, le 6 septembre 1966. "Ministre des affaires indigènes"de 1950 à 1958, ce fut lui qui mit en place l’apartheid ("grand architecte de l’apartheid") et qui a voulu mettre en œuvre la politique de "nations séparées" en réservant des bantoustans aux populations à peau noire (lois du 27 juin 1951 et du 17 juin 1959 qui furent définitivement abrogées le 31 décembre 2010). Hendrik Verwoerd durcit la répression contre les opposants à peau noire, a interdit l’ANC et le Congrès panafricain après le massacre de Sharpeville le 21 mars 1960 contre des manifestants non-violents. Arrêté le 5 août 1962, Nelson Mandela fut condamné à la prison à vie le 12 juin 1964.

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Pour protester contre le discours du Premier Ministre britannique Harold Macmillan le 3 février 1960 venu au Cap demander du changement (« winds of change »), Hendrik Verwoerd organisa un référendum d’autodétermination le 5 octobre 1960 approuvé par 52,3% des suffrages. La République d’Afrique du Sud fut proclamée le 31 mai 1961, mettant fin au South Africa Act adopté par le Parlement britannique le 20 septembre 1909 et mis en application le 31 mai 1910. L’Afrique du Sud a également quitté le Commonwealth (Verwoerd n’avait pas réussi à convaincre les autres membres du Commonwealth à rester membre en tant que république comme l’Inde, en raison de l’opposition de l’Inde, du Ghana et du Canada). Le Gouverneur général Charles Swart est devenu mécaniquement le premier Président d’État de la République d’Afrique du Sud. L’adhésion au Commonwealth fut restaurée en 1994.


Pieter Botha au gouvernement

Après sa victoire aux élections du 8 octobre 1961, Hendrik Verwoerd forma un nouveau gouvernement avec de nouveaux ministres, comme John Vorster à la Justice et Pieter Botha au poste "Ministre des Affaires métisses et du Développement communautaire" (également des Logements puis en 1964, des Travaux publics), tous les deux pendant presque cinq ans, jusqu’à la victoire électorale du 30 mars 1966. Dans le troisième gouvernement Verwoerd, désigné le 9 avril 1966, Pieter Botha fut nommé Ministre de la Défense tandis que John Vorster cumula la Justice et la Police.

L’assassinat d’Hendrik Verwoerd le 6 septembre 1966 entraîna la prise de pouvoir de John Vorster et de Pieter Botha. Vorster fut nommé Premier Ministre du 13 septembre 1966 au 2 octobre 1978 tandis que Pieter Botha resta à la Défense jusqu’au 7 octobre 1980, longue période pendant laquelle il démarra un programme d’armement nucléaire afin de rendre indépendante l’Afrique du Sud (qui dispose de l’arme nucléaire depuis 1979) et un programme de fabrication d’armes. En 1975, il engagea les troupes sud-africaines en Angola dans une entreprise très douteuse, appuyée par Gerald Ford mais réprouvée par son successeur à la Maison Blanche Jimmy Carter.

John Vorster assouplit les règles de l’apartheid mais a réprimé dans le sang les émeutes de Soweto du 16 juin 1976, tuant près de 700 personnes dont des enfants. Pour effacer cette très mauvaise image, il fit un tour international où il rencontra notamment en avril 1976 son homologue israélien Yitzhak Rabin. John Vorster gagna très largement les élections du 30 novembre 1977 mais cela n’a pas suffi pour asseoir son pouvoir.

Compromis dans un scandale politico-financier, John Vorster fut obligé de démissionner en septembre 1978. Face à Pik Botha (Ministre des Affaires étrangères du 1er avril 1977 au 27 avril 1994 et futur partisan de la fin de l’apartheid) et à Connie Mulder (de l’aile dure, autre ministre impliqué dans le scandale qui a dû démissionner du gouvernement le 7 novembre 1978), Pieter Botha s’est imposé de justesse comme nouveau président du Parti national, le parti auquel il avait sacrifié ses études, et donc comme Premier Ministre, en fonction du 9 octobre 1978 au 3 septembre 1984.

Quant à John Vorster, qui s’était fait élire le 26 septembre 1978 par 173 voix sur 204 votants au poste très honorifique de Président de l’État de la République d’Afrique du Sud qu’il assuma à partir du 10 octobre 1978 (son prédécesseur, Nicolaas Diederichs, est mort d’une crise cardiaque le 21 août 1978). John Vorster a dû toutefois démissionner dès le 4 juin 1979 à cause du même scandale.


Les années Botha (1978-1989)

Pendant plus de dix ans, Pieter Botha a régné sur l’Afrique du Sud d’une main de fer. Il a été élu Premier Ministre de l’Afrique du Sud du 9 octobre 1978 au 3 septembre 1984, et ensuite, après la nouvelle Constitution qu’il a fait adopter le 2 novembre 1983 par référendum par 66,3% des voix (promulguée le 22 septembre 1983), la fonction de Premier Ministre a été supprimée au profit du Président de l’État de la République devenu la clef de voûte des institutions : le régime est devenu en effet présidentiel. L’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution a eu lieu le 3 septembre 1984. Pieter Botha fut ainsi élu le 5 septembre 1984 et investi le 14 septembre 1984 Président de l’État de la République d’Afrique du Sud.

Le changement de Constitution a eu un autre objectif que la présidentialisation du régime. Il s’est aussi agi d’instituer un parlement tricaméral, c’est-à-dire à trois chambres, une pour la population à peau blanche, une pour les métis et une pour les indiens. L’idée était de trouver des soutiens de la part d’autres que la population à peau blanche. Aux élections du 29 juin 1981, les divisions internes au Parti national et les scandales ont réduit son influence électorale tout en conservant la majorité. Pieter Botha avait donc un besoin d’élargir sa base politique. Il est parvenu à garder la majorité aux élections du 6 mai 1987.

Dès 1979, Pieter Botha libéralisa les lois d’apartheid, en particulier dans le domaine minier (ce fut Frederik De Klerk le Ministre des Mines), ce qui entraîna une opposition très forte de la part des ultras de son parti. Il légalisa également les mariages interethniques et supprima la loi sur l’habitat séparé. L’ouverture politique ne donna pas les résultats escomptés en terme d’image à l’extérieur, en raison de l’autoritarisme de Pieter Botha et de ses grandes colères, le confinant à la caricature de l’Afrikaner imbu de sa personne et entêté.

À partir de 1984, il commença les premiers pourparlers secrets avec l’ANC pour trouver un accord politique (il rencontra même en secret, à son bureau présidentiel, Nelson Mandela le 5 juillet 1989) mais l’année 1985 fut ternie par les révoltes des populations à peau noire et de la répression policière qui a suivi. Le 21 juillet 1985, l’état d’urgence fut décrété (et dura plus de quatre ans) et les Nations Unies ont adopté de nouvelles sanctions internationales contre l’Afrique du Sud. Son gouvernement a tué plusieurs milliers de personnes et a arrêté plus de 30 000 personnes.

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Le 29 juillet 1985, quelques jours après avoir décrété l’état d’urgence, Pieter Botha aurait prononcé devant son gouvernement des propos particulièrement racistes (selon le journaliste David G. Mailu du "Sunday Times") : « Le fait que les Noirs ressemblent à des humains et agissent comme des humains ne les rend pas nécessairement des êtres humains sensibles. Les hérissons ne sont pas des porcs-épics et les lézards ne sont pas des crocodiles simplement parce qu’ils se ressemblent. Si Dieu voulait que nous soyons égaux aux Noirs, il nous aurait tous créé avec la même couleur et la même intelligence. (…) Il est par conséquent de notre forte conviction que le Noir est la matière première de l’homme blanc. (…) Nous avons de bonnes raisons de laisser tous les Mandela croupir en prison, et je pense que nous devons être félicités de les avoir maintenus en vie alors que nous avons eu entre les mains de quoi les achever. » (sous réserve qu’ils soient effectivement vrais, seulement attestés par quelques témoignages).

Après une crise cardiaque le 18 janvier 1989 à 73 ans, Pieter Botha fut amené à démissionner, d’abord de la présidence du Parti national, reprise par son Ministre de l’Éducation, de l’aile progressiste, Frederik De Klerk le 2 février 1989 (élu face à Barend du Plessis, Pik Botha et Chris Heunis), puis, finalement, après une longue crise interne, il démissionna de la Présidence de l’État en l’annonçant le 13 août 1989. Élu le 14 septembre 1989 et investi le 20 septembre 1989, Frederik De Klerk lui succéda du 15 août 1989 (intérim) au 10 mai 1994 (il gagna les élections anticipées du 6 septembre 1989) et engagea un mouvement profond de réformes qui a abouti à la fin de l’apartheid et de la ségrégation basée sur la couleur de la peau. Pieter Botha quitta le Parti national le 6 mai 1990.


Épilogue

Nelson Mandela, détenu pendant vingt-huit ans, fut libéré par Frederik De Klerk le 11 février 1990. Les lois d’apartheid furent abrogées le 30 juin 1991. 68,7% des électeurs à peau blanche ont approuvé les réformes constitutionnelles de Frederik De Klerk lors du référendum du 17 mars 1992. Les premières élections parlementaires réellement démocratiques où toute la population sud-africaine était invitée à participer ont eu lieu le 27 avril 1994 et Nelson Mandela fut élu Président de la nouvelle République d’Afrique du Sud le 9 mai 1994. Entre temps, il avait reçu, avec Frederik De Klerk, le Prix Nobel de la Paix 1993.

Nelson Mandela a montré un exceptionnel don pour pardonner et pour se réconcilier. Il a rencontré notamment Betsie Verwoerd (la veuve d’Hendrik Verwoerd, aussi extrémiste que son mari) en 1995 mais aussi Pieter Botha en novembre 1995.

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Pourtant, Pieter Botha s’était systématiquement opposé aux réformes de son successeur direct, regrettant la libération de Nelson Mandela et la fin de l’apartheid (il vota "non" au référendum du 17 mars 1992). Il refusa en 1997 de témoigner devant la Commission Vérité et Réconciliation présidée par Mgr Desmond Tutu (autre Prix Nobel de la Paix 1984), commission qui considéra en 1998 que Pieter Botha avait commis des violations des droits de l’Homme et était le responsable direct de deux attentats contre des organisations anti-apartheid, un à Johannesburg et un à Londres. En 2005, il refusa à la télévision de présenter ses excuses pour les crimes commis dans le cadre de l’apartheid. Il n’avait esquissé aucun regret jusqu’à la fin de sa vie.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 janvier 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’Afrique du Sud.
L’Afrique du Sud de Nelson Mandela.
L’Afrique du Sud de Thabo Mbeki.
L’Afrique du Sud de Jacob Zuma.
Le Zimbabwe.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160112-pieter-botha.html

http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/pieter-botha-le-groot-krokodil-de-176364

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 23:21

Né le 2 septembre 1933 à Kouarfa, Mathieu Kérékou fut militaire (général) et a fait un putsch le 26 octobre 1972. Il est ainsi devenu Président de la République du Dahomey (puis du Bénin) du 26 octobre 1972 au 4 avril 1991. Le 30 novembre 1975, il renomma le Dahomey en Bénin au profit d'un régime communiste et répressif. Battu par son Premier Ministre Nicéphore Soglo lors de l'élection présidentielle du 24 mars 1991, il laissa quitta le pouvoir. Devenu pasteur, Mathieu Kérékou retourna au pouvoir en étant élu lors de deux élections présidentielles démocratiques les 4 avril 1996 et 18 mars 2001, et est ainsi redevenu Président de la République du Bénin du 4 avril 1996 au 5 avril 2006, ne pouvant pas se représentant en 2006 (contrainte d'âge et limitation à deux mandats). Ce fut Thomas Boni Yayi, élu le 19 mars 2006 (face à Adrien Houngbédji, Premier Ministre de 1996 à 1999, candidat aussi aux élections de 1996 et 2001) et réélu le 13 mars 2011, qui lui succéda à la Présidence de la République du Bénin depuis le 6 avril 2006.  Nicéphore Soglo était le Premier Ministre du Bénin sous Mathieu Kérékou, du 12 mars 1990 au 4 avril 1991 (poste qui avait été créé) et a été élu Président de la République le 24 mars 1991 face à Mathieu Kérékou (et son mandat a duré cinq ans, du 4 avril 1991 au 4 avril 1996, et fut battu le 18 mars 1996 par Mathieu Kérékou ; comme Kérékou, Soglo n'a pas pu se présenter à l'élection présidentielle de 2006 mais a été élu et réélu maire de Cotonou depuis décembre 2002)

SR


 

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