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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 02:32

« C’est une erreur de croire qu’il n’y ait pas de rapport entre la fin et les moyens, et cette erreur a entraîné des hommes considérés comme croyants à commettre de terribles crimes. C’est comme si vous disiez qu’en plantant des mauvaises herbes, on peut récolter des roses. » (le Mahatma Gandhi, 1910).


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Il y a exactement soixante-dix ans, le 15 août 1947, les Indes britanniques sont devenues deux pays indépendants, l’Inde et le Pakistan, conformément à la loi votée par le Parlement britannique le 18 juillet 1947 ("Indian Independence Act"). En fait, l’indépendance du Pakistan a été célébrée la veille, le 14 août 1947, pour permettre à Lord Mountbatten d’être présent aux deux célébrations d’indépendance, à Karachi le 14 août 1947 et à New Delhi le 15 août 1947.

Reprenons les faits. Pourquoi "les" Indes, d’abord ? Parce que les Indes britanniques recouvraient un vaste territoire au sud de l’Asie qui correspond à plusieurs pays actuellement : l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh, le Sri Lanka (île Ceylan) et la Birmanie. Les deux derniers pays furent indépendants l’année suivante, le 4 janvier 1948 pour la Birmanie et le 4 février 1948 pour le Sri Lanka.

Entre les deux guerres mondiales, les mouvements séparatistes et indépendantistes se sont développés, demandant l’indépendance. Notamment, le massacre d'Amritsar, le 13 avril 1919, amorça le mouvement pour l'indépendance initié par le Mahatma Gandhi. Il y a eu des répressions, mais aussi quelques réformes politiques pour rendre plus démocratique l’empire britannique dans les Indes (notamment avec le Government of India Act de 1935). La participation à la Seconde Guerre mondiale des Indes britanniques fut contestée par une partie des Indiens, notamment les hindous (certains cherchant même leur salut auprès des nazis), tandis que les musulmans étaient plutôt favorables à la position du Royaume-Uni de Churchill pendant la guerre.

Après la Seconde Guerre mondiale, il ne faisait plus aucun doute que les Indes britanniques allaient être indépendantes. Quatre personnalités clefs (entre autres) eurent une action déterminante dans l’indépendance mais aussi la partition de ce territoire.

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D’abord, Lord Louis Mountbatten (1900-1979), qui était l’oncle de l’actuel prince consort Philip (le mari de la reine Élisabeth II). Militaire (amiral), il fut nommé vice-roi des Indes le 21 février 1947 par le Premier Ministre britannique Clement Attlee avec la mission de préparer l’indépendance et la partition. Il fut ensuite gouverneur général du 15 août 1947 au 21 juin 1948 sous le règne de George VI. Cependant son prédécesseur Archibald Wavell, également militaire (maréchal) et vice-roi des Indes du 1er octobre 1943 au 21 février 1947, par ses talents de diplomate, avait largement préparé le terrain et ouvert la voie de la négociation.

Ensuite, il y a eu deux leaders historiques de l’indépendance, hindous, issus du Congrès national indien. Il s’agit d’un parti (toujours existant) fondé le 28 décembre 1885, d’inspiration socialiste modérée, dont le (premier) objectif était l’indépendance de l’Inde. Ces leaders, ce furent le Mahatma Gandhi (1869-1948), prônant la non-violence, et Jawaharlal Nehru (1889-1964). Enfin, il y a eu Muhammad Ali Jinnah (1876-1948), le leader de la Ligue musulmane, fondée le 30 décembre 1906 à Dacca.

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Gandhi était un partisan de l’unité indienne et refusait la partition, surtout pour des considérations religieuses, et il était assez traditionaliste, fustigeant le mode de vie marchand à l’occidentale. Nehru aussi était initialement favorable à l’unité indienne, prônant un modernisme laïc beaucoup plus avancé que Gandhi, favorable aux réformes économiques pour industrialiser l’Inde, mais il s’est rangé finalement auprès des partisans de la partition pour soutenir le plan Mountbatten et rester maître de la situation politique. Quant à Jinnah, musulman, là aussi, initialement, il était contre une partition religieuse mais la Ligue musulmane était très largement majoritaire en faveur de la partition (résolution de Lahore adoptée le 23 mars 1940). Jinnah s’est rangé en 1946 à l’avis de son parti.

Le 22 mars 1940 à Lahore, Jinnah a d’ailleurs déclaré l’incompatibilité des deux cultures : « Il est extrêmement difficile d’apprécier pourquoi nos amis hindous ne parviennent pas à comprendre la nature réelle de l’islam et de l’hindouisme. Ce ne sont pas des religions au sens strict du mot, mais, en fait, des ordres sociaux différents et distincts, et l’idée que les hindous et les musulmans puissent jamais créer une nation commune est un songe, et cette erreur d’une nation indienne unique rencontre des difficultés, et mènera l’Inde à sa destruction si nous échouons à corriger nos idées à temps. (…) Assujettir ensemble deux telles nations sous un seul État, l’une en tant que minorité numérique et l’autre comme majorité, ne manquera pas de mener à un mécontentement grandissant et à la destruction finale de toute structure qui pourrait avoir été conçue pour le gouvernement d’un tel État. ».

Il a donc fallu partitionner les Indes. La partie hindoue et sikhe deviendrait l’Inde, et la partie musulmane le Pakistan (acronyme inventé en 1933), en deux parties, occidental et orientale. La finalisation a eu lieu au cours d’une conférence le 3 juin 1947 à New Delhi avec Mountbatten, Jinnah et Nehru (qui était Vice-Président du gouvernement par intérim).

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Parmi les territoires qui posaient des problèmes, il y a eu le Pendjab, coupé en deux, une partie pakistanaise avec Lahore (à l’ouest) et une partie indienne avec Amritsar (à l’est), et le Bengale, coupé aussi en deux, avec une partie occidentale indienne et une partie orientale pakistanaise. Ce fut un avocat qui ne connaissait rien aux Indes qui dirigea la commission chargée de tracer les nouvelles frontières.

Les États princiers avaient droit à l’autodétermination (choix entre l’indépendance, l’intégration dans l’Union indienne et l’intégration dans le Pakistan). Les États princiers étaient des États indiens dirigés par un monarque local reconnaissant la suzeraineté de la couronne britannique. Quatre États princiers ont posé véritablement problème.

Le Cachemire, qui était dirigé par un maharaja hindou, Hari Singh (1895-1961), avait une population à majorité musulmane avec des régions majoritairement hindoues. Il était tenté par l’indépendance, mais quand des milices patchounes ont voulu l’envahir, il s’est finalement résolu le 26 octobre 1947 à intégrer l’Inde qui lui est venue en aide. Cela a provoqué la première des quatre guerres indo-pakistanaises entre le 22 octobre 1947 et le 1er janvier 1949. Le cessez-le-feu a été déclaré le 31 décembre 1948, quelques secondes avant minuit, avec la partition de l’État avec une partie pakistanaise (à l’ouest), une grande partie indienne (à l’est) et une petite partie chinoise (au nord). Cette région reste très instable et a fait l’objet de plusieurs conflits armés).

Asaf Jah VII (1886-1967), le nizam de l’État d’Hyderabad, un État enclavé en Inde, était musulman avec une population majoritairement hindoue, proclama l’indépendance, mais après la révolte de sa population et l’invasion des troupes indiennes, l’Hyderabad fut annexé le 17 septembre 1948 et le nizam déposé.

Deux autres États princiers, dont les monarques furent musulmans pour une population majoritairement hindoue et enclavée en Inde, ont décidé de s’intégrer au Pakistan, l’État de Junagadh et l’État de Manavadar. Comme pour l’Hyderabad, la population s’est révoltée et les troupes indiennes les ont annexés en 1948 et ont déposé leurs monarques : le nawab de Junagadh, Mohammad Mahabat Khanji III (1900-1959) et le khan de Manavadar, Gholam Moïn ed-Din Khanji (1911-2003). Un plébiscite organisé le 10 février 1948 dans l’État de Junagadh approuva l’intégration de l’État dans l’Inde.

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Entre 1945 et 1948, il y a eu entre plusieurs centaines de milliers et un million de personnes tuées pour des raisons religieuses entre musulmans et hindous. Après l’indépendance, il y a eu beaucoup de déplacements de populations, les personnes d’une religion voulant rejoindre la partie religieuse correspondante, en quittant tous leurs biens (au nord-ouest, 8 millions de musulmans ont quitté l’Inde et 6 millions d’hindous ont quitté le Pakistan ; à l’est, ce furent respectivement 1,5 millions de musulmans et 2 millions d’hindous). Ceux qui restaient malgré leur religion risquaient parfois d’être massacrés. Le film "Gandhi" réalisé par Richard Attenborough et sorti le 8 décembre 1982, récompensé par huit oscars, donne une idée du climat de violence au sein de la population à cette époque.

Le Pakistan oriental prit finalement son indépendance le 26 mars 1971 (création du Bangladesh) avec l’aide de l’armée indienne (cette indépendance fut reconnue le 16 décembre 1971).

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Le Mahatma Gandhi fut assassiné le 30 janvier 1948 à New Delhi par un hindou nationaliste qui fut condamné à mort et exécuté le 15 novembre 1949 (ainsi que son complice). Muhammad Ali Jinnah fut gouverneur général du Pakistan du 14 août 1947 jusqu’à sa mort de maladie le 11 septembre 1948.

Jawaharlal Nehru fut élu Premier Ministre de l’Inde du 15 août 1947 jusqu’à sa mort le 27 mai 1964. Sa fille Indira Gandhi et son petit-fils Rajiv Gandhi furent parmi ses successeurs. Indira Gandhi (1917-1984) du 24 janvier 1966 au 24 mars 1977 et du 14 janvier 1980 au 31 octobre 1984 (date de son assassinat), Rajiv Gandhi (1944-1991) du 31 octobre 1984 au 2 décembre 1989, fut également assassiné le 21 mai 1991. La femme de ce dernier, Sonia Gandhi (née en 1946), est aujourd’hui la présidente du Congrès national indien (depuis le 14 mars 1998), et son fils Rahul Gandhi (né en 1970) son vice-président (depuis le 19 janvier 2013). Motilal Nehru (1861-1931), le père de Jawaharlal Nehru, avait été le président du même parti de 1919 à 1920 et de 1928 à 1929.

Quant à Lord Mountbatten, il fut assassiné à 79 ans (ainsi que trois autres personnes dont son petit-fils) le 27 août 1979 dans l’explosion de son bateau dans la baie de Donegal (Irlande) par un indépendantiste irlandais qui fut libéré en 1998 malgré sa condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 août 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
George VI.
La partition des Indes.
Indira Gandhi.
L’attentat de Peshawar.
Le Pakistan dans le chaos du terrorisme.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170815-partition-indes.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/l-independance-et-la-partition-des-195233

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/08/14/35488759.html




 

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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 00:44

Né le 20 décembre 1927 à Geoje, Kim Young-Sam fut un opposant au régime militaire puis fut élu Président de la République de Corée du Sud en décembre 1992, soutenu par le Président sortant, le général Roh Tae-Woo. En fonction du 25 février 1993 au 25 février 1998, Kim Young-Sam a lancé de nombreuses réformes, contre la corruption (avec les procès de ses deux prédécesseurs Chun Doo-Hwan et Roh Tae-Woo), pour la libéralisation de l'économie sud-coréenne, et pour une plus grande ouverture internationale. Parmi les faits marquants de son mandat, l'exposition universelle à Daejeon en 1993 et la visite de François Mitterrand à Séoul le 14 septembre 1993 pour conclure un accord en avril 1994 en vue de la construction d'une ligne TGV Séoul-Busan, l'effondrement du supermarché Sampoong qui a engendré 500 morts en juin 1995, la crise financière de 1997, la restriction des libertés syndicales avec la loi du 26 décembre 1996, l'implication de son fils dans un scanale financier.

Pour en savoir plus sur la Corée.

Sur Chung :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20150612-chung.html

Sur Roh Moo-Hyun :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-31767681.html

Kim Jong-Un :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-121615371.html

SR


 

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 00:23

Né le 16 septembre 1923 à Singapour, Lee Kuan Yew a vécu du marché noir pendant la guerre puis a poursuivi des études de droit à Cambridge jusqu'en 1949 pour devenir avocat dans son pays à Singapour. Proche des syndicats étudiants, il fut appréciés ds sinophones de plus en plus nombreux dans le corps électoral. Il fonda le 12 novembre 1954 le parti de l'action populaire (PAP) avec les syndicats communistes dont il devint l e secrétaire général jusqu'au 1er novembre 1992 (sauf entre 1957). Il est devenu le chef de l'opposition après son échec aux élections du 2 avril 1955 (8,7% et 3 sièges sur 25). Ce fut la consécration aux élections législatives du 30 juin 1959 où le PAP remporta 43 des 51 sièges de l'assemblée législative avec 54,1% des suffrages.

Lee Kuan Yew fut désigné le premier Premier Ministre de Singapour, autonome, le 3 juin 1959 et il le resta jusqu'au 28 novembre 1990, où il fut le plus ancien chef du gouvernement au monde encore en fonctions. Il réussit à se maintenir pendant plus de trente et un ans à la tête du gouvernement en remportant les sept élections législatives suivantes, le 21 septembre 1963 (46,9% et 37 sièges sur 51), le 19 avril 1968 (86,7% et 58 sièges sur 58), le 2 septembre 1972 (70,4% et 65 sièges sur 65), le 23 décembre 1976 (74,1% et 69 sièges sur 69), le 23 décembre 1980 (77,7% et 75 sièges sur 75), le 22 décembre 1984 (64,8% et 77 sièges sur 79) et enfin le 3 septembre 1988 (63,2% et 80 sièges sur 80).

Après quelques contestations internes, Lee Kuan Yew profita du référendum du 1er septembre 1962 où 70% étaient favorables à la fusion de Singapour dans la Malaisie pour se détacher de la domination britannique, fusion qui se réalisa le 16 septembre 1963 avec le Premier Ministre de Malaisie Tunky Adbul Rahman. Cependant, les affrontements entre musulmans et sinophones ont conduit Singapour à finalement se séparer de la Malaisie le 9 août 1965 en devenant  la République de Singapour. Singapour fut intégré à l'ONU le 21 septembre 1965 et à l'ASEAN le 8 août 1967. Bien que de caractère autoritaire, Lee Kuan Yew a voulu maintenir la tolérance religieuse et ethnique et a réussi à faire décoller économiquement Singapour en faisant de cette cité-pays sous-développé et pauvre l'un des "tigres" économiques de l'Asie. Après ses fonctions de Premier Ministre, il est resté encore longtemps membre influent du gouvernement singapourien, Ministre senior du 28 novembre 1990 au 12 août 2004 dans le gouvernement dirigé par Goh Chok Tong (son successeur à la tête du parti), puis Ministre mentor du 12 août 2004 au 21 mai 2011 dans le gouvernement dirigé par son fils Lew Hsien Loong (successeur de Goh Chok Tong à la tête du parti). Il était membre du comité d'honneur de la Fondation Jacques Chirac. Hospitalisé depuis début février 2015 pour une pneumonie, tenu par respiration artificielle, il s'est éteint le 23 mars 2015 dans un hôpital de Singapour.

SR
 

 

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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 07:36

« Si je dois mourir au service de la nation, je le ferai avec fierté ! » (Indira Gandhi, 30 octobre 1984).


yartiGandhiIndira01Il y a exactement trente ans, le 31 octobre 1984, deux de ses gardes du corps ont assassiné la Première Ministre de l’Inde, Indira Gandhi, peu avant ses 67 ans. Parce que ses assassins étaient sikhs, plus d’une dizaine de milliers de Sikhs furent lynchés quelques jours plus tard, et plus d’un million d’Indiens ont assisté aux obsèques nationales le 3 novembre 1984, selon le même rite que son père, Nehru.

Indira Gandhi fait partie de ce cercle très restreint des femmes d’État qui ont marqué l’histoire du monde contemporain, un peu à l’instar de Margaret Thatcher et d’Angela Merkel. Elle était considérée par "The Economist" comme "l’impératrice de l’Inde", et "Le Monde" titrait "L’impératrice des Indes" dans son article du 1er novembre 1984. Elle faisait partie de la première "dynastie" politique de l’Inde indépendante.


Bercée aux enjeux politiques de l’Inde moderne

Née le 19 novembre 1917, Indira Gandhi a passé son enfance baignée dans le militantisme politique en faveur de l’indépendance de l’Inde. Son père était Jawaharlal Nehru (1889-1964), qui fut le premier Premier Ministre de l’Inde indépendante du 15 août 1947 jusqu’à sa mort, le 27 mai 1964. Son grand-père paternel Motilal Nehru (1861-1931) était le leader du Parti du Congrès (créé le 28 décembre 1885) et fut parmi les premiers militants de l’indépendance indienne.

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Indira Gandhi n’a dû son nom qu’à Feroze Gandhi (1912-1960), qu’elle a épousé le 26 mars 1942. Il fut député à partir de 1952 et a succombé à une crise cardiaque le 8 septembre 1960. Feroze Gandhi n’avait aucun lien de parenté par le Mahatma Gandhi (1869-1948), père de l’indépendance et de la non-violence.

Dans les années 1920, son père et son grand-père ont été en prison, et comme sa mère était malade, Indira Gandhi passa quelques séjours en Europe, en particulier en Suisse où elle appris le français, en Allemagne et en Grande-Bretagne pour ses études. Dans les années 1930, son père était déjà le dirigeant du Parti du Congrès et fut de nouveau arrêté. Ce fut Indira, à 14 ans, qui prépara le premier repas du Mahatma Gandhi lorsque ce dernier rompit sa grève de la faim le 20 septembre 1932.

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Après l’indépendance, Nehru fut Premier Ministre pendant plus de seize ans, et Indira la fille a pris le rôle de première dame (sa mère Kamala est morte le 28 février 1936). Elle fut très active auprès de son père, tant à l’intérieur du pays que dans les déplacements à l’étranger. Elle fut élue présidente du Congrès en 1959 malgré la réticence de son père et de son époux dont elle s’était éloignée. À la mort de Nehru (le 27 mai 1964), il n’était pas question qu’elle lui succéda mais de nombreux rivaux se combattaient pour l’héritage politique. Lal Bahadur Shastri (1904-1966) fut le candidat de compromis et fut élu Premier Ministre le 9 juin 1964, poste qu’il garda jusqu’à sa mort soudaine le 11 janvier 1966, victime d’une crise cardiaque.


Premier Ministre de 1966 à 1977

Le 24 janvier 1966, Indira Gandhi fut finalement choisie comme Premier Ministre de l’Inde, considérée alors comme une chef du transition dans la perspective des élections législatives des 17 au 21 février 1967. Parmi ses concurrents à l’intérieur du Congrès, il y avait Morarji Desai (1896-1995) et Gulzarilal Nanda (1898-1998).

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Indira Gandhi resta en fait longtemps au pouvoir (onze ans). Elle se montra comme une femme autoritaire prête à renforcer constitutionnellement les pouvoirs de l’exécutif. Elle mena avec succès les élections législatives de février 1967 en obtenant 283 sièges sur 518 avec 40,8%, soit 78 de moins, certes, que les élections précédentes mais préservant une courte majorité, ce qui l’a amené à offrir à son rival interne Morarji Desai le poste de numéro deux du gouvernement.

Indira Gandhi a voulu poursuivre la politique de son père en maintenant l’Inde à la tête des pays non-alignés, en prônant une démocratie qui ne mélangeait pas religion et État, et qui se reconnaissait dans le socialisme. Elle a ainsi nationalisé une dizaine de banques, remit en cause le droit de propriété pour sa réforme agraire qui visait à enrayer la famine, et elle a doté son pays de l’arme nucléaire (en 1974).

En été 1969, un conflit interne au sein du Parti du Congrès a entraîné une scission entre la partie défendue par Indira Gandhi dont le charisme a réussi à convaincre la majorité des adhérents et une aile droite menée par Morarji Desai.

La crise se termina vraiment lors de la dissolution de l’assemblée (Lok Sabha) et la grande victoire d’Indira Gandhi aux élections législatives des 1er au 10 mars 1971 où elle remporta 352 sièges sur 518 avec 43,7%, soit une majorité absolue et même une majorité des deux tiers pour les révisions constitutionnelles qu’elle voulait initier.

Ce fut avec cette configuration politique confortable qu’Indira Gandhi fut une dirigeante autoritaire voulant assurer à la fois sa puissance et celle de son pays sur la scène internationale. Malgré sa position de non-alignée (avec Nasser et Tito), l’Inde d’Indira Gandhi signa le 9 août 1971 un traité d’amitié et de coopération avec l’Union Soviétique. Elle a par ailleurs gagné la troisième guerre indo-pakistanaise (du 3 au 16 décembre 1971) qui a abouti à l’indépendance du Bangladesh séparé de la partie occidentale du Pakistan.

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Suscitant beaucoup d’opposition à l’intérieur de son pays, bataillant souvent avec la Cour suprême sur la définition de ses pouvoirs et son élection elle-même remise en cause, Indira Gandhi décréta l’état d’urgence le 26 juin 1975 (en faisant référence à l’article 352 de la Constitution) et augmenta ses pouvoirs personnels au détriment des libertés individuelles. Pendant deux années, l’Inde connut une véritable dictature, avec à sa tête, une femme énergique, populaire (mais de moins en moins, car de plus en plus contestée sur ses entorses à la démocratie) qui mit en avant son second fils Sanjay (1946-1980) dans l’optique d’en faire un héritier. Sanjay Gandhi dressa la liste des opposants à arrêter et mit en œuvre le programme délirant de stérilisation dans les campagnes pour éliminer la pauvreté (résultat, plus de sept millions de vasectomies).


Dans l’opposition

Les élections législatives des 16 au 20 mars 1977 qu’elle organisa mirent fin à cette période très controversée de l’histoire politique de l’Inde. Non seulement pour la première fois depuis l’indépendance, le Congrès perdait les élections (seulement 189 sièges sur 542 avec 40,91%), mais Indira Gandhi elle-même fut battue dans sa circonscription. Son rival de toujours, Morarji Desai remporta 345 sièges avec 51,9% et fut désigné Premier Ministre le 24 mars 1977. Indira Gandhi reconnut ainsi sa défaite.

Ce dernier arrêta Indira Gandhi quelques temps, ce qui lui a permis de retrouver une certaine légitimité populaire, pendant que la nouvelle majorité s’enlisait dans des divisions internes. À cause d’une coalition gouvernementale pleine de dissensions, Morarjo Dusai a dû démissionner le 15 juillet 1979 et laisser Charan Singh (1902-1987) lui succéder du 28 juillet 1979 au 14 janvier 1980, avec la bienveillance dU Parti du Congrès. Pendant ce temps, Indira Gandhi a réussi à convaincre les dirigeants du Parti du Congrès de la porter de nouveau à sa présidence en janvier 1978, devenant la chef de l’opposition.

Face aux inconséquences du gouvernement sortant, Indira Gandhi a pu triompher lors des élections législatives des 3 au 6 janvier 1980 avec 374 sièges sur 543 (42,7%) tandis que le parti de Charan Singh s’est effondré à 41 sièges (9,4%) !


Premier Ministre de 1980 à 1984

Indira Gandhi reprit la tête du gouvernement indien le 14 janvier 1980. Elle accepta d’exercer son pouvoir de façon moins autoritaire mais continua à favoriser son fils Sanjay pour en faire son dauphin. Malheureusement, Sanjay se tua dans un accident d’avion le 23 juin 1980, une disparition qui affecta énormément tant la mère que la femme politique.

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Indira Gandhi poussa alors son premier fils, Rajiv Gandhi (1944-1991) qui était alors pilote d’avion chez Air India. Il se fit élire député dans la circonscription de son frère dès 1981. Maneka Gandhi (58 ans), la veuve de Sanjay, s’engagea aussi dans la vie politique, mais au sein de l’opposition, et fut députée BJP et quatre fois ministre, prônant le droit des animaux. Son fils unique (aussi celui de Sanjay), Varun Gandhi (34 ans) est considéré comme un leader futur du BJP (Bharatiya Janata Party), parti nationaliste hindou au pouvoir de 1998 à 2004 et depuis 2014.


L’opération fatale contre les Sikhs

Réagissant aux mouvements de contestation des sikhs qui demandaient l’autonomie, Indira Gandhi a décidé de frapper un grand coup en faisant pénétrer la troupe le 5 juin 1984 au Temple d’Or (Harmandir Sahib) à Amritsar (qui avait déjà connu le carnage du 13 avril 1919) pour éliminer les Sikhs séparatistes. L’opération militaire a coûté entre 500 et 1 500 vies humaines (dont le leader très populaire des séparatistes, Jarnail Singh Bhindranwale à 37 ans). Cette opération meurtrière a levé l’indignation d’une grande majorité de Sikhs. Hasard des dates, c’était précisément cinq ans avant l’assaut donné par les forces chinoises contre les jeunes manifestants à la place Tiananmen.

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Le 31 octobre 1984, Indira Gandhi fut touchée par une trentaine de balles, assassinée par deux gardes du corps sikhs, en guise de vengeance. Plus de 11 000 Sikhs furent tués en réaction dans tout le pays. L’un des deux assassins fut condamné à mort le 22 janvier 1986 tandis que l’autre avait été tué juste après l’assassinat.


Son fils Rajiv et l’intervention fatale contre les Tamouls

Rajiv Gandhi fut immédiatement désigné comme Premier Ministre, et gagna les élections législatives des 24 au 28 décembre 1984 avec 404 sièges sur 533 (50,7%). Il resta Premier Ministre jusqu’au 2 décembre 1989, négociant un virage libéral pour encourager le dynamisme économique et industriel de l’Inde. Rajiv Gandhi perdit les élections des 22 au 26 novembre 1989 avec seulement 197 sièges sur 545 (39,5%).

L’intervention militaire de l’Inde décidée par Rajiv Gandhi le 29 juillet 1987 pour pacifier le Sri Lanka en guerre civile contre les indépendantistes tamouls a eu, comme pour sa mère, des effets désastreux sur son existence puisque, en pleine campagne électorale (les élections avaient lieu des 20 mai au 15 juin 1991), Rajiv Gandhi, qui allait probablement redevenir Premier Ministre quelques jours plus tard, fut assassiné le 21 mai 1991 par une activiste tamoule dans un attentat suicide en plein meeting, ce qui entraîna la victoire électorale du Parti du Congrès avec 244 sièges sur 545 (35,7%).

L’armée indienne avait évacué le Sri Lanka en mars 1990 après la mort de plus d’un millier de combattants indiens, mais les séparatistes tamouls craignaient que le retour au pouvoir de Rajiv Gandhi entraînât une nouvelle intervention de l’armée indienne au Sri Lanka.


L’épopée dynastique continue encore

La veuve de Rajiv, Sonia Gandhi (67 ans) a repris l’héritage politique peu après, malgré son origine italienne, en acceptant la présidence du Parti du Congrès le 14 mars 1998. Elle mena victorieusement les élections législatives des 20 avril au 10 mai 2004 en obtenant 353 sièges sur 543 (61,4%). Elle échoua dans sa tentative d’être désignée Premier Ministre à cause d’un parti d’opposition (BJP) qui fustigea ses origines italiennes, ce bloqua la constitution d’une coalition gouvernementale. Manmohan Singh (72 ans) fut finalement désigné à la tête du gouvernement à sa place, du 22 mai 2004 au 26 mai 2014 (après un nouveau succès du Congrès aux élections des 18 avril au 13 mai 2009).

Le fils de Rajiv et Sonia, Rahul Gandhi (44 ans) est lui aussi député depuis le 13 mai 2004 (dans la même circonscription que son père), et vice-président du Parti du Congrès depuis 19 janvier 2013 (après en avoir été le secrétaire général de 2007 à 2013). Il a dirigé la dernière campagne électorale.

La famille Gandhi est de nouveau dans l’opposition depuis les dernières élections des 7 avril au 12 mai 2014 où la coalition du Congrès menée par Rahul Gandhi n’a obtenu que 59 sièges sur 543 (23,5%) alors que le BJP a atteint lui seul la majorité absolue avec 282 sièges (31,0%).

En cas de succès du Congrès aux prochaines élections prévues en 2019, tout porterait à croire que Sonia Gandhi ou, plus probablement, Rahul Gandhi serait le prochain Premier Ministre de l’Inde. Soit, une dynastie qui dirigerait le pays sur …quatre générations !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 octobre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Margaret Thatcher.
Angela Merkel.

yartiGandhiIndira06


http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/indira-gandhi-1917-1984-l-158788

 

 

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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 07:22

La communauté internationale est muette face aux assassinats d’État les plus abominables du monde. Pourtant, elle pourrait essayer d’agir pour sauver le peuple nord-coréen d’un véritable fou.


yartiBabyKim01Le 30 mars 2013, la Corée du Nord se déclarait en état de guerre contre la Corée du Sud. Le Président-dictateur nord-coréen Kim Jong-un a récidivé ce mercredi 1er janvier 2014. Dans une allocution à son peuple, il a menacé le monde une énième fois en disant que les « nuages noirs de la guerre nucléaire flottaient constamment sur la péninsule coréenne ».

Son message avait pourtant un but de pacification des relations avec la Corée du Sud, mais il ne doit pas très bien savoir s’y prendre pour affirmer finalement : « Si la guerre survient un jour sur cette terre, elle apportera un énorme désastre nucléaire et les États-Unis ne seront pas épargnés. ».

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Kim Jong-un, troisième de la dynastie des dictateurs communistes nord-coréens, a également justifié la purge (les exécutions arbitraires) réalisée le 12 décembre 2013 qui avait "éliminé" le numéro deux du régime, son oncle, celui qui lui avait servi de parrain à la mort de son père, le 17 décembre 2011, à savoir le général Jang Song-taek : « Notre parti a pris une mesure ferme pour se débarrasser de la saleté factieuse qui avait imprégné le parti. (…) Notre unité s’est renforcée au centuple et les lignes du parti et de la révolution se sont consolidées en purgeant cette faction anti-parti et anti-révolutionnaire. ».

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Baby Kim n’est pas "rancunier" (selon l’ironie mordante du journal "Le Monde" du 15 décembre 2013) ; il avait en effet nommé le dimanche15 décembre 2013 sa tante, Kim Kyong-hui (67 ans), membre du Comité des funérailles du Parti des travailleurs de Corée du Nord. Fille du fondateur de la République populaire démocratique de Corée du Nord, Kim Il-sung, elle était aussi la femme, devenue veuve, de Jang Song-taek qui a été sauvagement liquidé trois jours auparavant.

Le tyran archéo-communiste avait visité la station de ski de Masik la veille de son allocution, le 31 décembre 2013, qu’il a fait construire avec des moyens colossaux pour montrer que la Corée du Nord était lancée dans « une nouvelle période de prospérité dans la construction, (…) ligne de front important pour établir les bases d’une nation forte et du bonheur du peuple ».

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Dans un article précédent, j’avais expliqué à quel niveau sont montées la cruauté et les atrocités du régime communiste de Corée du Nord, notamment en massacrant des musiciens de grand talent. Il est vrai que les Nord-coréens sont tellement isolés de la scène internationale et économique que l’on pourrait se satisfaire de faire abstraction de tout ce totalitarisme de psychopathe sans avoir mauvaise conscience. Après tout, s’il n’interfère pas chez les autres, le dictateur juvénile peut tranquillement massacrer son peuple sans faire de bruit… Certes, les menaces d’une attaque nucléaire imminente contre les États-Unis (et aussi le Japon) sont régulièrement émises (comme ce 1er janvier 2014) mais cela semblerait rester plus des déclarations à but interne et nationaliste qu’une véritable provocation avec une intention belliqueuse immédiate.

Cependant, l’humanisme est universel et il est difficilement tenable de laisser une partie de l’humanité dans son effroyable destin. Faut-il pour autant déclarer la guerre à la Corée du Nord ? Posée comme cela, la question a tout de suite sa réponse ; évidemment non.

Car la Corée du Nord est susceptible d’utiliser l’arme nucléaire dont elle a pu montrer quelques essais dans le passé récent (depuis le 9 octobre 2006). Et même sans cette menace nucléaire, intervenir dans un pays si lointain, sans beaucoup de bases de proximité (à part la Corée du Sud ; un contingent de près de trente mille soldats américains sont stationnés autour de Séoul et à la frontière entre les deux Corées), ne paraît pas particulièrement pertinent, ni même acceptable. Enfin, comme dans toute guerre, le bilan serait très lourd en vies humaines et l’exemple affligeant de la guerre en Irak, à laquelle la France et quelques autres pays européens étaient opposés, heureusement pour l’Histoire, vient rappeler que des bons sentiments (affichés) peuvent agrandir les cimetières.

Pourtant, il y a sans doute une action diplomatique plus intelligente que la simple indifférence, souvent hypocrite, face à cette horreur permanente. L’exécution de l’oncle Jang vient illustrer un élément nouveau : non seulement la purge actuelle tend à éliminer tous ceux qui avaient eu un peu d’importance avant l’arrivée de Baby Kim, mais aussi elle constitue un véritable affront à la Chine populaire.

Jusqu’à maintenant, la Chine populaire a été le seul protecteur de la Corée du Nord. C’est simple, sans les Chinois, les Nord-coréens auraient de graves problèmes économiques. Cette "prospérité" dont parlait Kim Jong-un dans son allocution n’est possible qu’avec l’argent des investisseurs chinois. Les Chinois considèrent la Corée du Nord probablement comme un allié dissipé et pas très raisonnable face aux exigences économiques des Temps modernes, mais par culture et par tradition, ils l’ont toujours soutenue face aux tentatives des autres pays du Conseil de sécurité de l’ONU.

Or, Jang Song-taek était la principale courroie de transmission entre Pyongyang et Pékin. Son exécution politique soudaine et arbitraire a donc signé une singularité dans les relations entre la Chine et la Corée du Nord. Ce serait donc le bon moment pour que la France, l’Union Européenne et tous ceux qui voudraient s’y associer, fassent pression sur la Chine pour qu’elle-même fasse pression sur la Corée du Nord pour assouplir ce régime ubuesque.

La Chine populaire n’a en fait aucun intérêt stratégique ni économique à  ce que le régime de la Corée du Nord soit maintenu en l’état, ne serait-ce que parce que son isolement économique est un boulet dans la région. Cela dit, la Chine n'est pas non plus la mieux placée pour donner des leçons de démocratie...

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Dans les premiers mois de son accession au pouvoir, on aurait pu croire que Kim Jong-un allait moderniser son pays, aller assouplir son régime et lancer un grand développement économique. Jang Song-taek y croyait d’ailleurs. Mercredi encore, Kim Jong-un l’a vaguement répété pour la parade. En fait, il n’est qu’un roi Ubu, ou un futur "roi qui se meurt" (dans le sens d’Eugène Ionesco), un personnage pas très subtil qui est allé jusqu’à exécuter son "ex" qui, pourtant, était une chanteuse très populaire et avait fait apprécier des chants patriotiques à la gloire de son propre régime.

Aujourd’hui, la question reste donc celle-ci : est-il admissible de fermer les yeux devant tant d’abominations ? Et si la réponse est négative, quels sont les moyens diplomatiques d’infléchir cette dictature sans amorcer une réaction …en chaîne qui serait catastrophique ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 janvier 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Serial killer professionnel.
La Chine populaire.
Le Roi se meurt.

yartiBabyKim05



http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/coree-du-nord-faut-il-declarer-la-145710


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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 21:07

C'est un dinosaure de l'histoire mondiale d'après-guerre qui vient de mourir. Né le 25 août 1911 à An Xa, Vo Nguyen Giap fut un général vietnamien qui fut le héros de l'indépendance du Vietnam. Ministre de la défense du Nord Vietnam, il combattit avec succès d'abord l'armée française lors de la guerre d'Indochine puis l'armée américaine lors de la guerre du Vietnam. Bien qu'autodidacte, Vo Nguyen Giap est devenu un modèle de stratégie militaire. Communiste, il fut minsitre d'Ho Chi Minh dès 1945 et négocia avec Raoul Salan. En 1946 à la défense, commandant en chef de l'armée populaire, il a vaincu l'armée française en mai 1954 à Dien Bien Phu. Il continua la guerre face aux Américains pendant une quinzaine d'années jusqu'au 30 avril 1975 avec son arrivée triomphale à Saïgon. Il resta Ministre de la défense d'un Vietnam réunifié jusqu'en 1980 et Vice-Premier Ministre jusqu'en 1991 (à 80 ans). Le 4 octobre 2013, Vo Nguyen Giap s'est éteint dans l'après-midi à Hanoi où il vivait retiré de la vie politique.

SR

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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 12:18

Né le 19 avril 1897 à Kyotango, le Japonais Jiroemon Kimura, ancien ouvrier postier, est devenu le doyen de l'humanité le 17 décembre 2012, jusqu'à sa mort à 116 ans et un mois, le 11 juin 2013. Il a "succédé" dans cet étrange rôle à l'Italienne Dina Manfredini (née le 4 avril 1897, doyenne de l'humanité le 4 décembre 2012 pour quelques jours, après la mort de l'Américaine Besse Cooper, née le 26 août 1896).

Son épouse est morte en 1978, et ensemble, ils ont eu 7 enfants, 15 petits-enfants, 25 arrière-petits-enfants et 13 arrière-arrière-petits-enfants. Il fut le premier homme de l'histoire du monde à avoir fêté son 116e anniversaire et celui qui a atteint le plus grand âge. C'est la Japonaise Misao Okawa qui est devenue la nouvelle doyenne de l'humanité depuis le 11 juin 2012. Cette dernière est née le 5 mars 1898 à Osaka et n'a "que" 115 ans.

SR


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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 00:52

Né le 29 mars 1929 à Bhairab Upazila, Mohammad Zillur Rahman fut le secrétaire général de la Ligue Awami, le parti au pouvoir au Bangladesh, à partir de 1972. Il fut ministre dans le gouvernement de Hasina Wajed entre 1996 et 2001. Son épouse Ivy fut tuée en août 2004 lors d'un attentat contre un rassemblement politique qui a fait vingt morts. Il fut élu le 11 février 2009 Président de la République du Bangladesh et exerça cette fonction du 12 février 2009 au 20 mars 2013. Le 10 mars 2013, il fut hospitalisé à Singapour pour une insuffisance respiratoire et s'est éteint quelques jours avant son 84e anniversaire.

SR


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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 14:14

Né le 1er février 1931, Iajuddin Ahmed fut un universitaire spécialisé en biologie. Après avoir pris des responsabilités politiques à partir de 1991, il a été Président du Bangladesh du 6 septembre 2002 au 12 février 2009 et Premier Ministre par intérim du 29 octobre 2006 au 11 janvier 2007.

Sur le putsh de février 2009 au Bangladesh, lire :

http://rakotoarison.over-blog.com/article-28391995.html




SR

 

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 07:38

Roi, Premier Ministre, un des symboles des non-alignés et de la francophonie, père de l’indépendance cambodgienne, puis de l’unité cambodgienne, Roi-père, l’homme a eu la passion de la politique que la charge monarchique n’a pas favorisée au point de parfois s’en dévêtir.


yartiSihanouk01En octobre 2009, l’ex-Roi du Cambodge avait rédigé de sa main ce petit mot : « Cette trop longue longévité me pèse comme un poids insupportable. ». Norodom Sihanouk s’est éteint dans la nuit du 14 au 15 octobre 2012 à Pékin, d’une crise cardiaque, alors qu’il y était soigné pour un cancer et un diabète. Il allait atteindre 90 ans le 31 octobre 2012.

Sa disparition a eu lieu le dernier jour de Pchum Ben où les Cambodgiens honorent leurs ancêtres en famille (un peu l’équivalent de la fête des morts chez les catholiques).

Cela faisait exactement huit ans, depuis le 7 octobre 2004 que Norodom Sihanouk s’était retiré des responsabilités de premier plan en laissant l’un de ses fils, Norodom Sihamoni (59 ans), reprendre la fonction très honorifique de Roi du Cambodge.

Il faudra sans doute du temps pour bien analyser sa longue existence qui s’est associée à celle de son pays. Pourchassé par les khmers rouges, allié des khmers rouges, opposant continuel du maître actuel du Cambodge qui est parti pleurer dès les premières heures à Pékin pour se recueillir devant son cadavre, il a quitté un peuple jeune (60% de la population est née après 1979), qui l’a peu connu aux commandes mais qui croit savoir qu’il lui doit son unité et sa paix.

À la mort de Sisowath Monivong, Roi du Camdoge, le 24 avril 1941, le gouvernement français choisit son petit-fils Norodom Sihanouk, qui n’a même pas 19 ans, pour lui succéder au lieu de son fils pressenti Sisowath Monireth. La France considérait qu’un jeune homme était plus facilement manœuvrable. La situation était particulière : le Cambodge était sous protectorat français depuis le 5 juillet 1863 (avant, il était sous domination thaïlandaise). Pour l’anecdote, la dernière concubine de Sisowath Monivong fut Roeung, une cousine de Pol Pot, qui fit périr, en même temps que plus de deux millions de compatriotes, Sisowath Monireth, exécuté en septembre 1975. Cinq des fils de Norodom Sihanouk ont également péri durant le régime de Pol Pot.

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C’est le gouvernement de Vichy qui gérait le protectorat français mais le Japon a envahi l’Indochine (dont faisait partie le Cambodge) en septembre 1940 pour circonscrire la Chine. La signature d’un accord entre l’amiral Darlan et l’ambassadeur japonais le 29 juillet 1941 permettait aux troupes japonaises de pénétrer au Cambodge, en proie également aux visées de la Thaïlande. Finalement, le 9 mars 1945, l’armée japonaise occupa complètement le Cambodge et ordonna à Norodom Sihanouk de proclamer l’indépendance de son pays neuf jours plus tard. Sihanouk en profita pour prendre la tête du gouvernement cambodgien et pour abroger quelques lois de modernisation que les Français avaient imposées à son pays (sur l’alphabet, sur le calendrier etc.). Cependant, il fut soupçonné de trop aimer la France et les Japonais nommèrent le nationaliste Son Ngoc Thanh (qui détestait la France) auprès de lui, d’abord comme Ministre des Affaires étrangères en mai 1945 puis comme Premier Ministre le 9 août 1945, quelques jours avant la capitulation japonaise.

Le retour des troupes française en septembre 1945 mit fin à ces débuts d’indépendance sur demande de Norodom Sihanouk qui avait dépêché son oncle (Sisowath Monireth) pour cette mission. Son Ngoc Thanh fut jugé et condamné à l’exil à Poitiers (de 1946 à 1951) tandis que Sisowath Monireth devint Premier Ministre le 15 octobre 1945.

Après un accord d’autonomie le 7 janvier 1946 et de nouvelles institutions le 6 mai 1947 qui établissaient un régime d’assemblée, des élections législatives étaient organisées et Norodom Sihanouk se retrouvait à la tête d’une monarchie constitutionnelle. La division du parti majoritaire (parti démocrate) et de la famille royale aboutit à la dissolution de la chambre le 18 septembre 1949. Les mains libres (sans assemblée), Sihanouk a pu ainsi négocier le 8 novembre 1949 l’indépendance partielle du Cambodge dans le cadre de l’Union Française. Les nationalistes khmers gagnèrent les nouvelles élections et Sihanouk reprit la tête du gouvernement le 15 juin 1952 (il redissolut l’assemblée le 11 janvier 1953).

L’année 1953 fut antifrançaise pour Sihanouk qui n’arriva pas à convaincre le gouvernement français d’une indépendance complète qui ferait barrage au Viêt Minh. Roi moderne, il alla à Paris puis à New York, fit beaucoup d’agitation médiatique pour faire avancer sa cause, s’est même mis en exil en Thaïlande et gagna la confiance de son ancien adversaire Son Ngoc Thanh de retour de France. Finalement, le 9 novembre 1953, l’indépendance complète du pays fut proclamée. Sa reconnaissance internationale eut lieu le 21 juillet 1954 avec les Accords de Genève, résultat de la volonté politique de Pierre Mendès France (dont on va fêter le trentième anniversaire de la disparition).

yartiSihanouk04Le 2 mars 1955, il céda son trône pour se consacrer totalement à la vie politique nationale. Il laissa donc la fonction à son père Norodom Suramarit, cousin de Sisowath Monivong. Le règne de celui-ci dura jusqu’à sa mort, le 3 avril 1960. Après un intérim de deux mois assuré par Sisowath Monireth, Norodom Sihanouk reprit finalement le trône le 20 juin 1960. Auparavant, Sihanouk avait participé au mouvement des pays non-alignés le 19 juillet 1956 aux côtés de Nehru, Nasser, Tito et Sokarno (Déclaration de Brioni).

Très subtil dans la politique intérieure, Sihanouk fit un virage international vers les pays communistes dans les années 1960 afin de désamorcer les communistes cambodgiens. À cette époque, il réprima durement les khmers rouges. Le Cambodge s’éloigna donc des États-Unis et lorsque Sihanouk se rapprocha de la Chine de Mao Tsé Toung et de Chou En-Lai, l’Union Soviétique s’éloigna. Sihanouk fut encouragé dans sa volonté d’éloignement des États-Unis lors de la venue de De Gaulle qui prononça devant cent mille personnes le célèbre discours de Phnom-Penh le 1er septembre 1966 où il condamna l’intervention américaine au Vietnam. Onze jours auparavant, Sihanouk accordait ainsi un satisfecit à De Gaulle : « Depuis le retour au pouvoir du Général De Gaulle, la France accorde un soutien résolu à notre politique d’indépendance, de paix et de non-alignement, ainsi qu’à la défense de notre intégrité territoriale. ».

Aidé d’un cousin de Sihanouk (Sisowath Sirik Matak), le général Lon Nol, qui était Premier Ministre depuis le 12 août 1969 et qui se déclarait l’ennemi des communistes, déposa Norodom Sihanouk le 18 mars 1970. Sihanouk s’exila à Pékin où il prit position en faveur des communistes du Nord-Vietnam et des khmers rouges. Le coup d’État militaire avait pour but de combattre aux côtés des Américains et de pourchasser les khmers rouges. Lon Nol devint Président de la République cambodgienne du 4 juin 1972 au 1er avril 1975.

Les partisans de Lon Nol n’ont pas pu freiner l’avance des khmers rouges qui fondèrent le Kampuchéa démocratique le 17 avril 1975 sous la présidence de… Norodom Sihanouk, revenu avec l’un de ses fidèles, Pen Nouth, à la tête du gouvernement, jusqu’au 4 avril 1976 où ils furent destitués (mais Pol Pot avait seul le pouvoir réel). Premier Ministre du 6 mai 1971 au 18 mars 1972, Sisowath Sirik Matk fut d’abord évincé par Lon Nol puis exécuté le 21 avril 1975 par les khmers rouges. Entre le 17 avril 1975 et le 7 janvier 1979, ce fut l’impitoyable régime de Pol Pot (Premier Ministre du 14 avril 1976 au 7 janvier 1979) qui coûta la vie à deux millions de Cambodgiens.

Les khmers rouges furent chassés du pouvoir par l’arrivée des troupes vietnamiennes le 7 janvier 1979. Heng Samrin, ancien khmer rouge réfugié au Vietnam en 1978 pour échapper à sa liquidation, fut désigné Président du Cambodge du 11 janvier 1979 au 5 avril 1992 et dirigea à la fois l’État et au début le gouvernement (jusqu’au 27 juin 1981). Le nouveau régime (toujours actuel) est proche du Vietnam et soutenu par la Russie (et avant l’Union Soviétique) tandis que la Chine soutenait les khmers rouges jusqu’à la fin des années 1990 (la guérilla s’est arrêté avec l’arrestation du cruel Ta Mok le 6 mars 1999) et ne reconnaissait donc pas le régime provietnamien.

Le nouvel homme fort du Cambodge fut Hun Sen (il n’a actuellement que 60 ans) et est Premier Ministre du Cambodge depuis le 14 janvier 1985 (à 32 ans). Après avoir rejoint Sihanouk pour combattre en 1970 le régime de Lon Nol, il s’éloigna du régime des khmers rouges en décembre 1977, craignant d’être liquidé, et rejoignit le Vietnam. Revenu à Phnom-Penh avec les troupes d’Hanoi, il fut nommé Ministre des Affaires étrangères le 11 janvier 1979 (à 26 ans) jusqu’en 1985 où il prit la tête du gouvernement. Toute son activité diplomatique avait pour but la reconnaissance internationale de son régime.

Pendant six ans, Hun Sen négocia avec Norodom Sihanouk pour trouver une solution politique au Cambodge. Cela a abouti aux Accords de Paris du 23 octobre 1991 pour mettre fin à la guerre civile depuis dix ans entre les forces gouvernementales (Hun Sen) et les khmers rouges (Pol Pot). Furent signataires entre autres : Hun Sen, Norodom Sihanouk, son fils Norodom Ranariddh (chef des monarchistes), et Khieu Samphân, qui dirigea l’État sous le régime des khmers rouges du 5 avril 1976 au 7 janvier 1979.

Après le départ des troupes vietnamiennes, Norodom Sihanouk a retrouvé son poste de chef d’État le 23 octobre 1991 et redevint le Roi du Cambodge le 24 septembre 1993 pour un rôle surtout protocolaire et honorifique puisque c’est le gouvernement qui gouverne.

Malgré son échec électoral de 1993, Hun Sen parvint à rester à la tête du gouvernement en imaginant deux Premiers Ministres le 2 juillet 1993, poste qu’il partagea avec Norodom Ranariddh.

Hun Sen perpétra toutefois un coup d’État le 5 juillet 1997 pour déloger Norodom Ranariddh, prêt à s’allier avec Sam Rainsy (qui est l’actuel leader de l’opposition, en exil depuis 2010 après un harcèlement judiciaire) et avec les khmers rouges. Hun Sen exécuta plusieurs ministres et redevint unique Premier Ministre à partir du 30 novembre 1998 à la suite d’élections législatives victorieuses.

Hun Sen reste l’homme fort du Cambodge, une nouvelle fois confirmé Premier Ministre par les élections législatives du 27 juillet 2008. Il est considéré comme « parfaitement impitoyable et implacable, dénué de tout sens humain » par Lee Kuan Yew, Premier Ministre de Singapour du 5 juin 1959 au 28 novembre 1990.

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Épuisé par la maladie, Sihanouk abdiqua en faveur de l’un de ses fils, Norodom Sihamoni, qui fut investi Roi du Cambodge le 14 octobre 2004. Son père a pris le titre de Roi-père.

Comme on le voit, l’histoire de Norodom Sihanouk est indissociable de celle du Cambodge pendant soixante ans. Il a multiplié les fonctions de roi, de chef du gouvernement, de chef d’État, en exil, a mis sa famille (complexe) à des postes importants, a fait des alliances et des contre-alliances parfois contre-nature, mais en fin de compte, a personnifié l’unité du pays auprès du peuple cambodgien et a assuré une certaine cohésion et stabilité politiques même si le régime actuel est très loin de lui avoir été favorable et d’être démocratique.

Sans doute ce roi-père fut en partie responsable de l’absence de procès de Pol Pot (mort le 15 avril 1998) et du procès tardif d’autres criminels khmers rouges responsables du massacre du quart de la population du pays. Les principaux responsables vivants de ce génocide, Khieu Samphân (81 ans), Ieng Sary (88 ans), Ieng Thirith (80 ans) et Nuon Chea (86 ans), arrêtés en septembre et novembre 2007, ont été inculpés de crimes contre l’humanité, crimes de guerre et génocide, et ils n’ont pas encore été condamnés (leur procès a débuté seulement le 27 juin 2011 !). Kang Kek Ieu alias Duch (80 ans) a en revanche été jugé et condamné à seulement trente ans de réclusion pour crimes contre l’humanité le 26 juillet 2010 (dont onze déjà effectués), puis à la réclusion à perpétuité pour meurtres, tortures, viols et crimes contre l’humanité le 3 février 2012.

L’Histoire jugera Norodom Sihanouk …plus tard !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 octobre 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pol Pot, autogénocideur.


yartiSihanouk05
 


http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/norodom-sihanouk-le-meilleur-homme-124309

 




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