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17 octobre 2017 2 17 /10 /octobre /2017 02:35

« Pour le nucléaire, le mystère est entretenu afin de pouvoir monnayer sa capacité de nuisance. » (2003).


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Depuis quelques mois, la Corée du Nord fait parler d’elle. En cause, sa capacité nucléaire militaire. Son dictateur Kim Jong-Un (le seul dirigeant au monde d’une monarchie communiste) a montré à plusieurs reprises, d’une manière très "virile", qu’il était capable d’envoyer loin des missiles et que son pays était devenu une puissance nucléaire. Le séisme enregistré le 23 septembre 2017 laisserait entendre qu’il s’agirait d’une explosion nucléaire souterraine.

L’imprévisibilité caractérielle du Président américain Donald Trump ne laisse évidemment rien augurer de bon : la surenchère de "celui-qui-a-la-plus-grosse" pourrait déborder sur une catastrophe mondiale qui, si elle est encore peu probable selon les supposés experts, n’en devient cependant plus …impossible ni inimaginable. Donald Trump a même affirmé à la tribune de l’ONU le 19 septembre 2017 vouloir "détruire totalement" la Corée du Nord si elle continuait à jouer avec la bombe H.

Peut-être que la France, dirigée par Emmanuel Macron, qui a noué de bons contacts avec Donald Trump, aurait une carte diplomatique à jouer pour jouer le rôle de médiateur auprès de celui qui sait parler français, anglais et allemand au-delà de vouloir jouer avec ses canons et ses missiles.

Poursuivant le culte de personnalité de ses dirigeants, la Corée du Nord a fêté le 8 octobre 2017 le vingtième anniversaire de l'élection de Kim Jong-Il (le père de Kim Jong-Un) aux fonctions de Secrétaire Général du Parti du travail de Corée (le parti communiste unique de Corée du Nord). La Corée du Nord, dernière véritable dictature stalinienne au monde, est un pays particulièrement mystérieux car peu d’informations vraiment fiables en sortent. D’un côté, la propagande d’un pouvoir sans partage, comme du temps du communisme triomphant, de l’autre côté, des rumeurs et des désinformations régulièrement propagées par des officines en Corée du Sud. Faire la part des choses est assez difficile, mais c’était valable aussi à l’époque de l’Union Soviétique où peu d’informations étaient diffusées sur la réalité des pays communistes.

Il m’a semblé intéressant d’évoquer le livre de Guy Delisle sur la Corée du Nord. Cet excellent dessinateur n’était pas, à l’origine, un auteur de bande dessinée, mais avant tout un "animateur", chargé de réaliser des dessins animés. Sa profession l’a amené à faire quelques voyages dans des pays que je qualifierais d’exotiques pour le Québécois vivant en France qu’il est. En fait, ces pays seraient tout aussi exotiques pour un Australien, un Russe ou un Marocain. Chaque séjour, d’abord seul pour raison professionnelle, puis en famille, pour suivre son épouse médecin sans frontières, a été l’objet d’un journal de voyage où il raconte très candidement ce qu’il y voit et y ressent, sans autre prétention ni ambition. Il n’est donc pas un livre de propagande ; il n’est pas non plus un livre objectif.

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Si le livre "Pyongyang" paru en 2003 (éd. L’Association), retraçant son séjour de deux mois en Corée du Nord en 2001 (sous le "règne" de Kim Jong-Il, le père du dernier et le fils du fondateur de la dynastie), s’est si bien vendu (traduit dans des dizaines de langues), c’est justement à cause du manque d’information sur ce pays et du ton volontairement simple et clair qu’a adopté Guy Delisle. Pour autant, je le répète, il faut évidemment se mettre en garde car ce livre n’a aucun objectif documentaire. C’est une vision et un ressenti, très subjectifs et personnels, et en aucun cas un documentaire neutre et factuel sur la société nord-coréenne.

En ce sens, on pourra comprendre que certains proches de la Corée du Nord puissent avoir une lecture critique de l’ouvrage (on peut lire par exemple cet article), mais cela ne discrédite en rien la bande dessinée qui n’a aucune autre ambition qu’autobiographique. Les différences culturelles peuvent certes prêter à des interprétations erronées, dans un sens ou dans un autre. Même la forme de la bande dessinée (le choix du noir et blanc) peut donner lieu à une intention négative vis-à-vis de la Corée du Nord alors que tous les ouvrages de la collection éditoriale sont en noir et blanc (c’est le style adopté qui n’a rien à voir avec le sujet). Sur les différences culturelles, je recommande la lecture très éloquente de la lettre du traducteur sud-coréen que l’auteur a mise en ligne ici, pour montrer à quel point il est difficile de franchir les barrières tant culturelles que linguistiques.

Guy Delisle explique dans son livre que s’il a dû se rendre à Pyongyang, c’est tout simplement parce que le travail d’animation s’est délocalisé en Corée du Nord, où les coûts salariaux sont plus faibles (qu’en France mais aussi qu’en Chine populaire). C’est donc paradoxalement une preuve d’ouverture économique qui lui permet d’entrer en Corée du Nord.

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C’est aussi un effet de la mondialisation qui déporte de nombreuses tâches dites répétitives, mais l’on se rend compte, à la lecture du livre, que même les tâches d’exécution sont souvent à corriger plusieurs fois, en raison de la mauvaise compréhension des consignes (des gestes trop lents, des yeux qui louchent, une bouche qui sourit à l’annonce d’une chose triste, des "gestes culturels" incompréhensibles et donc mal reproduits, etc.).

Je me permets de proposer ici quelques extraits du livre qui, je l’espère, donneront envie de lire l’ouvrage de 178 pages dans sa totalité si cela ne l’a pas déjà été fait.

L’exemple typique de non neutralité est par exemple lorsque Guy Delisle évoque l’aide alimentaire internationale et sa redistribution. Il ne cite aucune référence pour asseoir ses affirmations.

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Cela dit, la plupart des anecdotes narrées sont du ressenti réellement vécu, comme cette idée de faire croire au peuple que la guerre est imminente.

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Il décrit l’armée nord-coréenne comme la quatrième armée au monde, avec un arsenal conventionnel mais aussi biochimique, voire nucléaire…

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Le culte de la personnalité y est très fort : amusement, étonnement et nausée s’y bousculent chez l’auteur. Guy Delisle raconte que le portrait des deux dictateurs, Kim Il-Sung et son fils et successeur Kim Jong-Il, sont partout affichés.

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Cela permet au dessinateur de dessin animé de s’amuser dans une mise en abyme particulière.

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Au point même d’être troublé par des visions paranoïaques qui laissent croire que le commandant suprême des armées surveille chaque fait et geste de chaque citoyen partout et à tout instant.

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Ou d’être agacé par le saccage de la nature…

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Comble du culte de la personnalité, même mort, Kim Il-Sung, le fondateur, reste le roi, désigné dans un amendement constitutionnel adopté le 5 septembre 1998 (soit plus de quatre ans après sa mort) "Président perpétuel de la République populaire et démocratique de Corée" (il n’existe pas de Corée du Nord en Corée du Nord, il n’existe qu’une Corée). Le calendrier (dit juche) utilisé en Corée du Nord (depuis le 9 juillet 1997) fait commencer le monde l’année de naissance de Kim Il-Sung, en 1912.

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La visite des musées est toujours particulière pour les étrangers. La propagande anti-américaine est systématique au point de chercher à convaincre les visiteurs de leur "méchanceté" et "cruauté".

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Comment manier à la fois la franchise et la politesse, à la fin d’une visite de musée.

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Le Coca-cola comme outil révolutionnaire (ou contre-révolutionnaire) est proposé à l’issue d’une visite touristique.

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Autre fait de contestation, provenant d’un citoyen nord-coréen et pas de lui l’étranger, c’est de ne pas aller regarder le film officiel proposé, toujours à base de guerre, d’actes héroïques, et de grandeur du pays.

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La capitale nord-coréenne est triste, du point de vue de l’auteur, car rien n’y est improvisé.

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Un autre expatrié, qui bénéficie dans son hôtel de la réception de chaînes de télévision "occidentales" (CNN et TV5), lui raconte l’histoire d’un demi-frère de Kim Jong-Un (et fils de Kim Jong-Il), Kim Jong-Nam, qui, étudiant de 30 ans en Suisse, avait été arrêté à la douane japonaise avec un faux passeport dominicain (sous un nom chinois Pang Xiong), et cela simplement pour aller au parc d’attractions de Disney à Tokyo en passant inaperçu ! (Rappelons que le Japon est considéré comme une nation ennemie car ayant conquis et occupé le territoire coréen). Menant une vie dissolue, Kim Jong-Nam a été assassiné à l’aéroport de Kuala-Lumpur (en Malaisie) le 13 février 2017 (par empoisonnement), probablement par des agents nord-coréens.

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Cherchant quelques avantages à cette situation de délocalisation, Guy Delisle se rend bien compte que le travail commandé donne l’occasion à des petits génies du dessin de sortir de leur village perdu pour aller travailler dans la capitale et avoir une meilleure vie.

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Là encore, il retransmet quelques bruits de couloir (vrais ou faux, impossible de le savoir) en disant que d’habitude, la promotion sociale se ferait plutôt, pas par le mérite, mais par la surveillance des citoyens par les eux-mêmes, par la délation, fait que contesteront évidemment les proches du pouvoir nord-coréen.

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L’anecdote la plus forte du livre concerne le handicap. Guy Delisle fait constater à son interlocuteur nord-coréen qu’il ne voit aucune personne en situation de handicap. Pourtant, la nature humaine est telle qu’il y a toujours entre 5% et 10% de personnes qui souffrent d’un handicap spécifique, et la population nord-coréenne n’a aucune raison de ne pas se conformer à ce genre de statistiques. La réponse langue de bois est que le peuple nord-coréen est parfait et qu’il est toujours en bonne santé et intelligent. Il manque évident la réponse (et même la question) sur la réalité : que deviennent les personnes réellement en situation de handicap en Corée du Nord ?

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Guy Delisle essaie aussi de convaincre son interlocuteur que la pluralité des sources d’informations donne une meilleure vision d’un fait, et il montre un exemplaire du "Canard enchaîné" de la campagne présidentielle de 2002 où les deux principaux candidats Jacques Chirac et Lionel Jospin (les deux têtes de l’Exécutif, les deux chefs politiques !) sont moqués par le dessinateur Cabu (le sujet était sur le choix du futur Premier Ministre de chacun des candidats : Jean-Pierre Raffarin, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy ou Philippe Douste-Blazy pour le premier, Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry ou François Hollande pour le second).

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En conclusion, cette dernière question que se pose l’auteur lui-même, sur le degré de crédulité des Nord-coréens : sont-ils dupes ou pas de ce que le pouvoir politique leur dit et qu’ils répètent aux étrangers ?

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Je signale enfin une excellente série télévisée française en trois épisodes de 52 minutes chacun intitulée "Kim Kong", créée par Simon Jablonka et Alexis Le Sec et réalisée par Stephen Cafiero, diffusée le 14 septembre 2017 sur Arte. Une fiction à la fois dramatique et comique qui se déroule en Corée du Nord à l’époque de Kim Jong-Un et qui retrace la vie d’un réalisateur de mauvais films qui s’identifie à François Truffaut et qui est enlevé par le dictateur (reprenant un fait historique sous Kim Il-Sung avec l’enlèvement de Shin Sang-Ok et de Choi Eun-Hee en 1978) et dont l’atmosphère est sensiblement similaire à celle du livre de Guy Delisle.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 septembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu

(Toutes les illustrations sont des dessins réalisés par Guy Delisle pour les éd. L'Association).


Baby Kim.
Serial killer professionnel ?
Lecture critique du livre de Guy Delisle sur la Corée du Nord.
Lettre du traducteur sud-coréen de Guy Delisle.
"Kim Kong" (diffusé le 14 septembre 2017 sur Arte).
"Pyongyang" de Guy Delisle (éd. L’Association).
Sempé.
Petite anthologie des gags de Lagaffe.
Jidéhem.
Gaston Lagaffe.
Albert Uderzo.
Cabu.
Inconsolable.
Les mondes de Gotlib.
René Goscinny.
Tabary.
Hergé.
Comment sauver une jeune femme de façon très particulière ?
Pour ou contre la peine de mort ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170911-coree-nord.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/la-coree-du-nord-de-guy-delisle-197087

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/10/17/35705568.html


 

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 03:45

« Je suis le Président. Je suis l’homme le plus puissant des Philippines. Tout ce que j’ai rêvé, je l’ai. Plus précisément, j’ai toutes les choses matérielles que je veux de ma vie, une femme qui m’aime et qui est une partenaire dans les choses que je fais, des enfants brillants qui porteront mon nom, une vie bien remplie. Mais je ressens un mécontentement. ». Première partie.


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Dans la famille des dictateurs, il est l’oncle ou le grand-oncle venu des Philippines. Ferdinand Marcos est né il y a un siècle, le 11 septembre 1917. L’occasion de revenir sur la trajectoire de l’un des tyrans d’Asie du Sud-Est d’après-guerre. Son régime fut l’un des plus corrompus et des plus violents.

Fils de Mariano Marcos (1897-1945), un député du Parti nationaliste de 1925 à 1931 qui a fini assassiné ou exécuté peu avant la fin de la guerre (soit par des Japonais, soit par des proches d’un rival politique), Ferdinand Marcos, engagé à l’âge de 20 ans dans l’armée tout en préparant des études de droit pour devenir avocat (qu’il est devenu), fut accusé et même condamné en novembre 1939 pour le meurtre d’un député qui était un adversaire politique de son père. La cour suprême l’a néanmoins acquitté en 1940. Durant la guerre, il combattit avec le grade de "major" (équivalent de commandant), mais beaucoup de faits de guerre qu’il a revendiqués bien plus tard se sont révélés faux. Après la guerre, Marcos amorça une carrière politique au sein du Parti libéral dont il fut membre de 1946 à 1964.

Il fut élu député du 30 décembre 1949 au 30 décembre 1959, puis élu sénateur du 30 décembre 1959 au 30 décembre 1965. À la Chambre des représentants, il fut élu en 1949 président de la commission du commerce et de l’industrie et membre de la commission de la défense présidée par Ramon Magsaysay (1907-1957). Ferdinand Marcos fut le porte-parole des libéraux sur les sujets économiques. Après trois mandats de député, il fut élu sénateur et est devenu le leader de la minorité en 1960. Il fut vice-président exécutif du Parti libéral de 1961 à 1964. Il fut élu Président du Sénat du 5 avril 1963 au 30 décembre 1965.

Ferdinand Marcos épousa Imelda Romualdez (88 ans actuellement) en mai 1954 à Manille (très ambitieuse, elle fut Miss Philippines,.mannequin et chanteuse). Le nationaliste Ramon Magsaysay, ami de la famille, devenu Président des Philippines le 30 décembre 1953, était présent, comme il fut présent aussi en 1954 au mariage du journaliste libéral Benigno Ninoy Aquino (1932-1983) avec Cory Aquino (1933-2009). Imelda Marcos a beaucoup agi pour faire connaître au grand public son mari et le faire apprécier. En avril 1964, Marcos quitta le Parti libéral pour le Parti nationaliste dont il devint rapidement le leader dans la perspective de l’élection présidentielle.

Depuis la guerre, le pouvoir politique était partagé entre le Parti libéral et le Parti nationaliste, avec de nombreuses alternances : en 1946, en 1953 et en 1961. À l’élection présidentielle du 14 novembre 1961, le libéral Diosdado Macapagal (1910-1997) fut élu Président avec 55,1% des voix contre le Président sortant, nationaliste, Carlos P. Garcia (1896-1971), le successeur de Ramon Magsaysay, tué le 17 mars 1957 au cours d’un accident d’avion. Carlos P. Garcia avait été élu le 12 novembre 1957 avec 41,3% des voix (Carlos P. Garcia  avait succédé à Ramon Magsaysay car il avait été élu Vice-Président le 10 novembre 1953 avec 62,9% des voix). Diosdado Macapagal avait réussi à se faire élire Vice-Président le 12 novembre 1957 avec 46,6% des voix malgré l’élection du nationaliste (il y a deux scrutins populaires différents, pour élire le Président et le Vice-Président).

La perspective de l’élection présidentielle du 9 novembre 1965, c’était une nouvelle candidature du sortant libéral Diosdado Macapagal. Pour la première fois, tous les "grands" candidats en compétition furent nés après la déclaration d’indépendance des Philippines le 12 juin 1998. Ferdinand Marcos, sous l’étiquette du Parti nationaliste, fut élu Président des Philippines avec 51,9% contre Diosdado Macapagal, seulement 42,9%. Durant la campagne présidentielle, Marcos avait vanté ses mérites militaires, évoquant des médailles et des actes d’héroïsme qui n’ont jamais existé.

Sa victoire provoqua initialement beaucoup d’attente dans la population sur le plan économique. Malgré une modernisation de l’agriculture, les inégalités économiques ont perduré. La croissance économique fut importante et les réformes de Marcos furent considérées comme une réussite économique. Entre 1966 et 1971, le taux de croissance annuel moyen fut de 5,3%. Sur le plan militaire, Marcos engagea des troupes philippines dans la guerre du Vietnam.

L’embellie économique profita électoralement à Ferdinand Marcos qui fut réélu pour un deuxième mandat le 11 novembre 1969 avec 61,5% des voix, devançant largement son rival libéral Sergio Osmena Jr (38,5% des voix), fils d’un ancien Vice-Président. Ce fut la première fois (et l’unique fois pour l’instant) qu’un Président fut réélu.

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Dès le début de ce deuxième mandat, Marcos a dû affronter une période de grandes manifestations à Manille contre son pouvoir, entre janvier et mars 1970. Principalement provoquées par les étudiants contre les dysfonctionnements scolaires (réclamant la suppression des frais de scolarité, etc.) et par des groupes extrémistes de gauche (notamment communistes) réclamant la fin de la pauvreté et une réforme institutionnelle, les protestations furent violentes.

La réaction de Ferdinand Marcos fut elle aussi brutale et il s’en est d’abord pris à son Vice-Président Fernando Lopez (1904-1993), élu et réélu en même temps que lui (et ancien Vice-Président de 1949 à 1953). En effet, la famille de Fernando Lopez contrôlait de nombreux journaux qui critiquaient l’action de Marcos. Simple rumeur, Marcos a même cru qu’Eugenio Lopez Sr (1901-1975), frère de Fernando Lopez et père de la télévision philippine, fondateur d’un groupe financier puissant et influent, avait prévu de l’assassiner.

En janvier 1970, Marcos écrivit cette réflexion dans son journal : « J’ai plusieurs options. L’une d’elles est de stopper immédiatement le plan subversif en arrêtant soudainement les comploteurs. Mais cela ne serait pas accepté par la population. Nous ne pourrions pas non plus avoir les communistes (…). Ni le mouvement maoïste international, et d’autres organisations subversives, ni celles qui sont souterraines. Nous pourrions laisser la situation évoluer naturellement vers un terrorisme massif, des meurtres impitoyables, une tentative de m’assassiner et un coup d’État, et alors, nous pourrions déclarer la loi martiale ou suspendre les droits de l’habeas corpus, et arrêter tout, y compris le cadre juridique. À l’heure actuelle, je suis tourné vers cette dernière option. ».

Le journaliste Benigno Ninoy Aquino, fils et petit-fils d’hommes politiques importants, s’engagea au Parti libéral et devint son secrétaire général en 1966. Très jeune maire de Concepcion, sa ville natale, du 30 décembre 1955 au 30 décembre 1959, gouverneur de Tarlac du 30 décembre 1961 au 30 décembre 1967, il fut élu sénateur du 30 décembre 1967 au 23 septembre 1972 (le plus jeune de toute l’histoire du pays). Avec une belle éloquence, il critiqua très rapidement les idées mégalomaniaques d’Imelda Marcos (le 10 février 1969 notamment contre un centre culturel). Il fut la principale figure de l’opposition à Marcos à partir du début des années 1970. Devant ses collègues sénateurs, Benigno Ninoy Aquino a mis en garde la population contre l’instauration possible d’un État policier. Il avait raison.

Lors d’un grand meeting du Parti libéral le 21 août 1971, un attentat a eu lieu tuant neuf personnes et blessant certains hauts responsables. Les soupçons se sont d’abord portés sur Marcos mais d’autres ont émis l’hypothèse plus plausible d’une responsabilité des communistes, soutenus militairement par la Chine populaire de Mao, pour déstabiliser le régime, provoquer une riposte brutale du gouvernement et amorcer la révolution. Certains communistes ont reconnu la responsabilité de leur organisation bien plus tard. La tentative d’assassinat du Ministre de la Défense Juan Ponce Enrile (93 ans actuellement), le 22 septembre 1972, qui fut précédée d’un mois de troubles, de bombardements, a entraîné un point de non retour.

En effet, Ferdinand Marcos, dont le mandat s’achevait à la fin de l’année 1973 et qui était limité à deux mandats, décréta la loi martiale le 23 septembre 1972 (Proclamation n°1081 datée du 21 septembre 1972, avant la tentative d’assassinat du ministre), ce qui a suspendu les libertés, abrogé la Constitution de 1935, interrompu les mandats du Vice-Président, des parlementaires, etc. Bien après les faits, Juan Ponce Enrile a toujours revendiqué la réalité de la tentative d’assassinat contre lui, malgré le décalage de date de l’acte officiel, expliquant qu’il n’y avait pas eu besoin de ce nouvel attentat pour proclamer la loi martiale, en raison des nombreux attentats commis entre mars et septembre 1972 : « Est-ce que j’ai mis en scène mon embuscade pour justifier la déclaration de la loi martiale ? J’ai dit non ! Je ne l’ai pas fait ! (…) Ce n’était pas nécessaire que je le fisse pour justifier la déclaration de la loi martiale. » (2012).

Pour se donner un semblant de légalisme, Marcos a organisé deux référendums dont les résultats furent contestés. La nouvelle Constitution aurait été approuvée par le référendum des 10 au 15 janvier 1973 par 95,3% des voix. La loi martiale aurait été ratifiée par référendum les 27 et 28 juillet 1973 par 90,8% des voix.

Le régime de la loi martiale fut l’arbitraire total, avec des assassinats politiques, plus de 70 000 cas de violation des droits de l’Homme, des tortures, comme le viol, la mutilation, l’électrocution, etc. Cela aurait certes abouti à une réduction drastique de la criminalité (en fait non) et des attentats communistes. Beaucoup d’officines critiquant le régime ont été fermées, de nombreux militants arrêtés. Parmi ceux qui auraient participé à ces exactions, Fidel Ramos (89 ans actuellement), qui fut élu Président des Philippines le 11 mai 1992 avec 23,6% des voix (en fonction du 30 juin 1992 au 30 juin 1998).

Le bilan fut très lourd, selon l’historien américain Alfred W. MacCoy de l’Université de Wisconsin-Madison, spécialiste de l’Asie du Sud-Est et expert de l’histoire politique des Philippines (conférence du 20 septembre 1999 à Manille sur "Legacies of the Marcos Dictatorship") : 70 000 incarcérations, 35 000 cas de torture individuelle, 3 257 personnes tuées par une exécution extrajudiciaire dont 2 520 ont laissé un corps torturé, mutilé et jeté sur le bord de la route pour impressionner la population. Enfin, 737 personnes furent portées disparues entre 1975 et 1985. Alfred W. MacCoy a comparé ce bilan avec d’autres à la même époque, celui de la junte militaire en Argentine (8 000 disparus), du général Pinochet au Chili (2 115 exécutions extrajudiciaires) et de la junte militaire au Brésil (266 morts).

Parmi de nombreuses victimes de Marcos, Benigno Ninoy Aquino fut arrêté parmi les premiers et fut inculpé de meurtres, possession illégale d’armes à feu et de subversion. Benigno Ninoy Aquino entama le 4 avril 1975 une grève de la faim très longue pour protester contre les injustices de son procès militaire. Soutenu par ses amis et sa famille, il accepta d’arrêter sa grève de la faim au bout de quarante jours le 13 mai 1975, ne pesant plus que 36 kilogrammes. Cette protestation ne servit à rien dans la mesure où il resta en prison et son procès continua encore plusieurs mois. Finalement, il fut condamné à mort le 25 novembre 1977 (au peloton d’exécution), mais sa peine ne fut jamais exécutée et même supprimée en mai 1980.

La fille aînée du Président, Imee Marcos (61 ans) aurait été à l’origine de la mort des suites de torture, le 31 août 1977, de l’étudiant Archimedes Trajano qui l’aurait simplement énervée par certaines questions qui lui aurait posées et qui l’auraient déplu.

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Pendant ce temps, Imelda Marcos, devenue une responsable importante du régime, notamment gouverneur de Manille du 27 février 1975 au 25 février 1986 et Ministre de l’Habitat de 1978 à 1986, ambassadrice spéciale pour nouer des relations diplomatiques avec les pays communistes, avait un train de vie très luxueux, multipliant les dépenses somptuaires, avec des excès extravagants, comme acheter du sable blanc en Australie pour sa plage privée, ou acquérir plus d’une centaine d’œuvres de grands maîtres, etc. Après son exil, on retrouva dans le palais présidentiel une collection de 15 manteaux en vison, 508 robes, 1 000 sacs à main et 3 000 paires de chaussures.

Dans le prochain article, j’évoquerai la tentative de démocratisation de la dictature.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 septembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Mao Tsé Toung.
Aldolf Hitler.
Joseph Staline.
Pol Pot.
Kim Jong-un.
Saddam Hussein.
Mouammar Kadhafi.
Bachar El-Assad.
Ferdinand Marcos.
Jean-Bedel Bokassa.
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Laurent Gbagbo.
Zine el-Abidine Ben Ali.
Hosni Moubarak.
Alexandre Loukachenko.
Louis-Antoine de Saint-Just.
Dictature de la pensée unique.
Nicolas Sarkozy était-il un dictateur ?
François Hollande était-il un dictateur ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170911-ferdinand-marcos.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/ferdinand-marcos-le-dictateur-aux-196561

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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 02:32

« C’est une erreur de croire qu’il n’y ait pas de rapport entre la fin et les moyens, et cette erreur a entraîné des hommes considérés comme croyants à commettre de terribles crimes. C’est comme si vous disiez qu’en plantant des mauvaises herbes, on peut récolter des roses. » (le Mahatma Gandhi, 1910).


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Il y a exactement soixante-dix ans, le 15 août 1947, les Indes britanniques sont devenues deux pays indépendants, l’Inde et le Pakistan, conformément à la loi votée par le Parlement britannique le 18 juillet 1947 ("Indian Independence Act"). En fait, l’indépendance du Pakistan a été célébrée la veille, le 14 août 1947, pour permettre à Lord Mountbatten d’être présent aux deux célébrations d’indépendance, à Karachi le 14 août 1947 et à New Delhi le 15 août 1947.

Reprenons les faits. Pourquoi "les" Indes, d’abord ? Parce que les Indes britanniques recouvraient un vaste territoire au sud de l’Asie qui correspond à plusieurs pays actuellement : l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh, le Sri Lanka (île Ceylan) et la Birmanie. Les deux derniers pays furent indépendants l’année suivante, le 4 janvier 1948 pour la Birmanie et le 4 février 1948 pour le Sri Lanka.

Entre les deux guerres mondiales, les mouvements séparatistes et indépendantistes se sont développés, demandant l’indépendance. Notamment, le massacre d'Amritsar, le 13 avril 1919, amorça le mouvement pour l'indépendance initié par le Mahatma Gandhi. Il y a eu des répressions, mais aussi quelques réformes politiques pour rendre plus démocratique l’empire britannique dans les Indes (notamment avec le Government of India Act de 1935). La participation à la Seconde Guerre mondiale des Indes britanniques fut contestée par une partie des Indiens, notamment les hindous (certains cherchant même leur salut auprès des nazis), tandis que les musulmans étaient plutôt favorables à la position du Royaume-Uni de Churchill pendant la guerre.

Après la Seconde Guerre mondiale, il ne faisait plus aucun doute que les Indes britanniques allaient être indépendantes. Quatre personnalités clefs (entre autres) eurent une action déterminante dans l’indépendance mais aussi la partition de ce territoire.

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D’abord, Lord Louis Mountbatten (1900-1979), qui était l’oncle de l’actuel prince consort Philip (le mari de la reine Élisabeth II). Militaire (amiral), il fut nommé vice-roi des Indes le 21 février 1947 par le Premier Ministre britannique Clement Attlee avec la mission de préparer l’indépendance et la partition. Il fut ensuite gouverneur général du 15 août 1947 au 21 juin 1948 sous le règne de George VI. Cependant son prédécesseur Archibald Wavell, également militaire (maréchal) et vice-roi des Indes du 1er octobre 1943 au 21 février 1947, par ses talents de diplomate, avait largement préparé le terrain et ouvert la voie de la négociation.

Ensuite, il y a eu deux leaders historiques de l’indépendance, hindous, issus du Congrès national indien. Il s’agit d’un parti (toujours existant) fondé le 28 décembre 1885, d’inspiration socialiste modérée, dont le (premier) objectif était l’indépendance de l’Inde. Ces leaders, ce furent le Mahatma Gandhi (1869-1948), prônant la non-violence, et Jawaharlal Nehru (1889-1964). Enfin, il y a eu Muhammad Ali Jinnah (1876-1948), le leader de la Ligue musulmane, fondée le 30 décembre 1906 à Dacca.

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Gandhi était un partisan de l’unité indienne et refusait la partition, surtout pour des considérations religieuses, et il était assez traditionaliste, fustigeant le mode de vie marchand à l’occidentale. Nehru aussi était initialement favorable à l’unité indienne, prônant un modernisme laïc beaucoup plus avancé que Gandhi, favorable aux réformes économiques pour industrialiser l’Inde, mais il s’est rangé finalement auprès des partisans de la partition pour soutenir le plan Mountbatten et rester maître de la situation politique. Quant à Jinnah, musulman, là aussi, initialement, il était contre une partition religieuse mais la Ligue musulmane était très largement majoritaire en faveur de la partition (résolution de Lahore adoptée le 23 mars 1940). Jinnah s’est rangé en 1946 à l’avis de son parti.

Le 22 mars 1940 à Lahore, Jinnah a d’ailleurs déclaré l’incompatibilité des deux cultures : « Il est extrêmement difficile d’apprécier pourquoi nos amis hindous ne parviennent pas à comprendre la nature réelle de l’islam et de l’hindouisme. Ce ne sont pas des religions au sens strict du mot, mais, en fait, des ordres sociaux différents et distincts, et l’idée que les hindous et les musulmans puissent jamais créer une nation commune est un songe, et cette erreur d’une nation indienne unique rencontre des difficultés, et mènera l’Inde à sa destruction si nous échouons à corriger nos idées à temps. (…) Assujettir ensemble deux telles nations sous un seul État, l’une en tant que minorité numérique et l’autre comme majorité, ne manquera pas de mener à un mécontentement grandissant et à la destruction finale de toute structure qui pourrait avoir été conçue pour le gouvernement d’un tel État. ».

Il a donc fallu partitionner les Indes. La partie hindoue et sikhe deviendrait l’Inde, et la partie musulmane le Pakistan (acronyme inventé en 1933), en deux parties, occidental et orientale. La finalisation a eu lieu au cours d’une conférence le 3 juin 1947 à New Delhi avec Mountbatten, Jinnah et Nehru (qui était Vice-Président du gouvernement par intérim).

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Parmi les territoires qui posaient des problèmes, il y a eu le Pendjab, coupé en deux, une partie pakistanaise avec Lahore (à l’ouest) et une partie indienne avec Amritsar (à l’est), et le Bengale, coupé aussi en deux, avec une partie occidentale indienne et une partie orientale pakistanaise. Ce fut un avocat qui ne connaissait rien aux Indes qui dirigea la commission chargée de tracer les nouvelles frontières.

Les États princiers avaient droit à l’autodétermination (choix entre l’indépendance, l’intégration dans l’Union indienne et l’intégration dans le Pakistan). Les États princiers étaient des États indiens dirigés par un monarque local reconnaissant la suzeraineté de la couronne britannique. Quatre États princiers ont posé véritablement problème.

Le Cachemire, qui était dirigé par un maharaja hindou, Hari Singh (1895-1961), avait une population à majorité musulmane avec des régions majoritairement hindoues. Il était tenté par l’indépendance, mais quand des milices patchounes ont voulu l’envahir, il s’est finalement résolu le 26 octobre 1947 à intégrer l’Inde qui lui est venue en aide. Cela a provoqué la première des quatre guerres indo-pakistanaises entre le 22 octobre 1947 et le 1er janvier 1949. Le cessez-le-feu a été déclaré le 31 décembre 1948, quelques secondes avant minuit, avec la partition de l’État avec une partie pakistanaise (à l’ouest), une grande partie indienne (à l’est) et une petite partie chinoise (au nord). Cette région reste très instable et a fait l’objet de plusieurs conflits armés).

Asaf Jah VII (1886-1967), le nizam de l’État d’Hyderabad, un État enclavé en Inde, était musulman avec une population majoritairement hindoue, proclama l’indépendance, mais après la révolte de sa population et l’invasion des troupes indiennes, l’Hyderabad fut annexé le 17 septembre 1948 et le nizam déposé.

Deux autres États princiers, dont les monarques furent musulmans pour une population majoritairement hindoue et enclavée en Inde, ont décidé de s’intégrer au Pakistan, l’État de Junagadh et l’État de Manavadar. Comme pour l’Hyderabad, la population s’est révoltée et les troupes indiennes les ont annexés en 1948 et ont déposé leurs monarques : le nawab de Junagadh, Mohammad Mahabat Khanji III (1900-1959) et le khan de Manavadar, Gholam Moïn ed-Din Khanji (1911-2003). Un plébiscite organisé le 10 février 1948 dans l’État de Junagadh approuva l’intégration de l’État dans l’Inde.

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Entre 1945 et 1948, il y a eu entre plusieurs centaines de milliers et un million de personnes tuées pour des raisons religieuses entre musulmans et hindous. Après l’indépendance, il y a eu beaucoup de déplacements de populations, les personnes d’une religion voulant rejoindre la partie religieuse correspondante, en quittant tous leurs biens (au nord-ouest, 8 millions de musulmans ont quitté l’Inde et 6 millions d’hindous ont quitté le Pakistan ; à l’est, ce furent respectivement 1,5 millions de musulmans et 2 millions d’hindous). Ceux qui restaient malgré leur religion risquaient parfois d’être massacrés. Le film "Gandhi" réalisé par Richard Attenborough et sorti le 8 décembre 1982, récompensé par huit oscars, donne une idée du climat de violence au sein de la population à cette époque.

Le Pakistan oriental prit finalement son indépendance le 26 mars 1971 (création du Bangladesh) avec l’aide de l’armée indienne (cette indépendance fut reconnue le 16 décembre 1971).

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Le Mahatma Gandhi fut assassiné le 30 janvier 1948 à New Delhi par un hindou nationaliste qui fut condamné à mort et exécuté le 15 novembre 1949 (ainsi que son complice). Muhammad Ali Jinnah fut gouverneur général du Pakistan du 14 août 1947 jusqu’à sa mort de maladie le 11 septembre 1948.

Jawaharlal Nehru fut élu Premier Ministre de l’Inde du 15 août 1947 jusqu’à sa mort le 27 mai 1964. Sa fille Indira Gandhi et son petit-fils Rajiv Gandhi furent parmi ses successeurs. Indira Gandhi (1917-1984) du 24 janvier 1966 au 24 mars 1977 et du 14 janvier 1980 au 31 octobre 1984 (date de son assassinat), Rajiv Gandhi (1944-1991) du 31 octobre 1984 au 2 décembre 1989, fut également assassiné le 21 mai 1991. La femme de ce dernier, Sonia Gandhi (née en 1946), est aujourd’hui la présidente du Congrès national indien (depuis le 14 mars 1998), et son fils Rahul Gandhi (né en 1970) son vice-président (depuis le 19 janvier 2013). Motilal Nehru (1861-1931), le père de Jawaharlal Nehru, avait été le président du même parti de 1919 à 1920 et de 1928 à 1929.

Quant à Lord Mountbatten, il fut assassiné à 79 ans (ainsi que trois autres personnes dont son petit-fils) le 27 août 1979 dans l’explosion de son bateau dans la baie de Donegal (Irlande) par un indépendantiste irlandais qui fut libéré en 1998 malgré sa condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 août 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
George VI.
La partition des Indes.
Indira Gandhi.
L’attentat de Peshawar.
Le Pakistan dans le chaos du terrorisme.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170815-partition-indes.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/l-independance-et-la-partition-des-195233

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/08/14/35488759.html




 

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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 00:44

Né le 20 décembre 1927 à Geoje, Kim Young-Sam fut un opposant au régime militaire puis fut élu Président de la République de Corée du Sud en décembre 1992, soutenu par le Président sortant, le général Roh Tae-Woo. En fonction du 25 février 1993 au 25 février 1998, Kim Young-Sam a lancé de nombreuses réformes, contre la corruption (avec les procès de ses deux prédécesseurs Chun Doo-Hwan et Roh Tae-Woo), pour la libéralisation de l'économie sud-coréenne, et pour une plus grande ouverture internationale. Parmi les faits marquants de son mandat, l'exposition universelle à Daejeon en 1993 et la visite de François Mitterrand à Séoul le 14 septembre 1993 pour conclure un accord en avril 1994 en vue de la construction d'une ligne TGV Séoul-Busan, l'effondrement du supermarché Sampoong qui a engendré 500 morts en juin 1995, la crise financière de 1997, la restriction des libertés syndicales avec la loi du 26 décembre 1996, l'implication de son fils dans un scanale financier.

Pour en savoir plus sur la Corée.

Sur Chung :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20150612-chung.html

Sur Roh Moo-Hyun :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-31767681.html

Kim Jong-Un :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-121615371.html

SR


 

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 00:23

Né le 16 septembre 1923 à Singapour, Lee Kuan Yew a vécu du marché noir pendant la guerre puis a poursuivi des études de droit à Cambridge jusqu'en 1949 pour devenir avocat dans son pays à Singapour. Proche des syndicats étudiants, il fut appréciés ds sinophones de plus en plus nombreux dans le corps électoral. Il fonda le 12 novembre 1954 le parti de l'action populaire (PAP) avec les syndicats communistes dont il devint l e secrétaire général jusqu'au 1er novembre 1992 (sauf entre 1957). Il est devenu le chef de l'opposition après son échec aux élections du 2 avril 1955 (8,7% et 3 sièges sur 25). Ce fut la consécration aux élections législatives du 30 juin 1959 où le PAP remporta 43 des 51 sièges de l'assemblée législative avec 54,1% des suffrages.

Lee Kuan Yew fut désigné le premier Premier Ministre de Singapour, autonome, le 3 juin 1959 et il le resta jusqu'au 28 novembre 1990, où il fut le plus ancien chef du gouvernement au monde encore en fonctions. Il réussit à se maintenir pendant plus de trente et un ans à la tête du gouvernement en remportant les sept élections législatives suivantes, le 21 septembre 1963 (46,9% et 37 sièges sur 51), le 19 avril 1968 (86,7% et 58 sièges sur 58), le 2 septembre 1972 (70,4% et 65 sièges sur 65), le 23 décembre 1976 (74,1% et 69 sièges sur 69), le 23 décembre 1980 (77,7% et 75 sièges sur 75), le 22 décembre 1984 (64,8% et 77 sièges sur 79) et enfin le 3 septembre 1988 (63,2% et 80 sièges sur 80).

Après quelques contestations internes, Lee Kuan Yew profita du référendum du 1er septembre 1962 où 70% étaient favorables à la fusion de Singapour dans la Malaisie pour se détacher de la domination britannique, fusion qui se réalisa le 16 septembre 1963 avec le Premier Ministre de Malaisie Tunky Adbul Rahman. Cependant, les affrontements entre musulmans et sinophones ont conduit Singapour à finalement se séparer de la Malaisie le 9 août 1965 en devenant  la République de Singapour. Singapour fut intégré à l'ONU le 21 septembre 1965 et à l'ASEAN le 8 août 1967. Bien que de caractère autoritaire, Lee Kuan Yew a voulu maintenir la tolérance religieuse et ethnique et a réussi à faire décoller économiquement Singapour en faisant de cette cité-pays sous-développé et pauvre l'un des "tigres" économiques de l'Asie. Après ses fonctions de Premier Ministre, il est resté encore longtemps membre influent du gouvernement singapourien, Ministre senior du 28 novembre 1990 au 12 août 2004 dans le gouvernement dirigé par Goh Chok Tong (son successeur à la tête du parti), puis Ministre mentor du 12 août 2004 au 21 mai 2011 dans le gouvernement dirigé par son fils Lew Hsien Loong (successeur de Goh Chok Tong à la tête du parti). Il était membre du comité d'honneur de la Fondation Jacques Chirac. Hospitalisé depuis début février 2015 pour une pneumonie, tenu par respiration artificielle, il s'est éteint le 23 mars 2015 dans un hôpital de Singapour.

SR
 

 

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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 07:36

« Si je dois mourir au service de la nation, je le ferai avec fierté ! » (Indira Gandhi, 30 octobre 1984).


yartiGandhiIndira01Il y a exactement trente ans, le 31 octobre 1984, deux de ses gardes du corps ont assassiné la Première Ministre de l’Inde, Indira Gandhi, peu avant ses 67 ans. Parce que ses assassins étaient sikhs, plus d’une dizaine de milliers de Sikhs furent lynchés quelques jours plus tard, et plus d’un million d’Indiens ont assisté aux obsèques nationales le 3 novembre 1984, selon le même rite que son père, Nehru.

Indira Gandhi fait partie de ce cercle très restreint des femmes d’État qui ont marqué l’histoire du monde contemporain, un peu à l’instar de Margaret Thatcher et d’Angela Merkel. Elle était considérée par "The Economist" comme "l’impératrice de l’Inde", et "Le Monde" titrait "L’impératrice des Indes" dans son article du 1er novembre 1984. Elle faisait partie de la première "dynastie" politique de l’Inde indépendante.


Bercée aux enjeux politiques de l’Inde moderne

Née le 19 novembre 1917, Indira Gandhi a passé son enfance baignée dans le militantisme politique en faveur de l’indépendance de l’Inde. Son père était Jawaharlal Nehru (1889-1964), qui fut le premier Premier Ministre de l’Inde indépendante du 15 août 1947 jusqu’à sa mort, le 27 mai 1964. Son grand-père paternel Motilal Nehru (1861-1931) était le leader du Parti du Congrès (créé le 28 décembre 1885) et fut parmi les premiers militants de l’indépendance indienne.

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Indira Gandhi n’a dû son nom qu’à Feroze Gandhi (1912-1960), qu’elle a épousé le 26 mars 1942. Il fut député à partir de 1952 et a succombé à une crise cardiaque le 8 septembre 1960. Feroze Gandhi n’avait aucun lien de parenté par le Mahatma Gandhi (1869-1948), père de l’indépendance et de la non-violence.

Dans les années 1920, son père et son grand-père ont été en prison, et comme sa mère était malade, Indira Gandhi passa quelques séjours en Europe, en particulier en Suisse où elle appris le français, en Allemagne et en Grande-Bretagne pour ses études. Dans les années 1930, son père était déjà le dirigeant du Parti du Congrès et fut de nouveau arrêté. Ce fut Indira, à 14 ans, qui prépara le premier repas du Mahatma Gandhi lorsque ce dernier rompit sa grève de la faim le 20 septembre 1932.

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Après l’indépendance, Nehru fut Premier Ministre pendant plus de seize ans, et Indira la fille a pris le rôle de première dame (sa mère Kamala est morte le 28 février 1936). Elle fut très active auprès de son père, tant à l’intérieur du pays que dans les déplacements à l’étranger. Elle fut élue présidente du Congrès en 1959 malgré la réticence de son père et de son époux dont elle s’était éloignée. À la mort de Nehru (le 27 mai 1964), il n’était pas question qu’elle lui succéda mais de nombreux rivaux se combattaient pour l’héritage politique. Lal Bahadur Shastri (1904-1966) fut le candidat de compromis et fut élu Premier Ministre le 9 juin 1964, poste qu’il garda jusqu’à sa mort soudaine le 11 janvier 1966, victime d’une crise cardiaque.


Premier Ministre de 1966 à 1977

Le 24 janvier 1966, Indira Gandhi fut finalement choisie comme Premier Ministre de l’Inde, considérée alors comme une chef du transition dans la perspective des élections législatives des 17 au 21 février 1967. Parmi ses concurrents à l’intérieur du Congrès, il y avait Morarji Desai (1896-1995) et Gulzarilal Nanda (1898-1998).

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Indira Gandhi resta en fait longtemps au pouvoir (onze ans). Elle se montra comme une femme autoritaire prête à renforcer constitutionnellement les pouvoirs de l’exécutif. Elle mena avec succès les élections législatives de février 1967 en obtenant 283 sièges sur 518 avec 40,8%, soit 78 de moins, certes, que les élections précédentes mais préservant une courte majorité, ce qui l’a amené à offrir à son rival interne Morarji Desai le poste de numéro deux du gouvernement.

Indira Gandhi a voulu poursuivre la politique de son père en maintenant l’Inde à la tête des pays non-alignés, en prônant une démocratie qui ne mélangeait pas religion et État, et qui se reconnaissait dans le socialisme. Elle a ainsi nationalisé une dizaine de banques, remit en cause le droit de propriété pour sa réforme agraire qui visait à enrayer la famine, et elle a doté son pays de l’arme nucléaire (en 1974).

En été 1969, un conflit interne au sein du Parti du Congrès a entraîné une scission entre la partie défendue par Indira Gandhi dont le charisme a réussi à convaincre la majorité des adhérents et une aile droite menée par Morarji Desai.

La crise se termina vraiment lors de la dissolution de l’assemblée (Lok Sabha) et la grande victoire d’Indira Gandhi aux élections législatives des 1er au 10 mars 1971 où elle remporta 352 sièges sur 518 avec 43,7%, soit une majorité absolue et même une majorité des deux tiers pour les révisions constitutionnelles qu’elle voulait initier.

Ce fut avec cette configuration politique confortable qu’Indira Gandhi fut une dirigeante autoritaire voulant assurer à la fois sa puissance et celle de son pays sur la scène internationale. Malgré sa position de non-alignée (avec Nasser et Tito), l’Inde d’Indira Gandhi signa le 9 août 1971 un traité d’amitié et de coopération avec l’Union Soviétique. Elle a par ailleurs gagné la troisième guerre indo-pakistanaise (du 3 au 16 décembre 1971) qui a abouti à l’indépendance du Bangladesh séparé de la partie occidentale du Pakistan.

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Suscitant beaucoup d’opposition à l’intérieur de son pays, bataillant souvent avec la Cour suprême sur la définition de ses pouvoirs et son élection elle-même remise en cause, Indira Gandhi décréta l’état d’urgence le 26 juin 1975 (en faisant référence à l’article 352 de la Constitution) et augmenta ses pouvoirs personnels au détriment des libertés individuelles. Pendant deux années, l’Inde connut une véritable dictature, avec à sa tête, une femme énergique, populaire (mais de moins en moins, car de plus en plus contestée sur ses entorses à la démocratie) qui mit en avant son second fils Sanjay (1946-1980) dans l’optique d’en faire un héritier. Sanjay Gandhi dressa la liste des opposants à arrêter et mit en œuvre le programme délirant de stérilisation dans les campagnes pour éliminer la pauvreté (résultat, plus de sept millions de vasectomies).


Dans l’opposition

Les élections législatives des 16 au 20 mars 1977 qu’elle organisa mirent fin à cette période très controversée de l’histoire politique de l’Inde. Non seulement pour la première fois depuis l’indépendance, le Congrès perdait les élections (seulement 189 sièges sur 542 avec 40,91%), mais Indira Gandhi elle-même fut battue dans sa circonscription. Son rival de toujours, Morarji Desai remporta 345 sièges avec 51,9% et fut désigné Premier Ministre le 24 mars 1977. Indira Gandhi reconnut ainsi sa défaite.

Ce dernier arrêta Indira Gandhi quelques temps, ce qui lui a permis de retrouver une certaine légitimité populaire, pendant que la nouvelle majorité s’enlisait dans des divisions internes. À cause d’une coalition gouvernementale pleine de dissensions, Morarjo Dusai a dû démissionner le 15 juillet 1979 et laisser Charan Singh (1902-1987) lui succéder du 28 juillet 1979 au 14 janvier 1980, avec la bienveillance dU Parti du Congrès. Pendant ce temps, Indira Gandhi a réussi à convaincre les dirigeants du Parti du Congrès de la porter de nouveau à sa présidence en janvier 1978, devenant la chef de l’opposition.

Face aux inconséquences du gouvernement sortant, Indira Gandhi a pu triompher lors des élections législatives des 3 au 6 janvier 1980 avec 374 sièges sur 543 (42,7%) tandis que le parti de Charan Singh s’est effondré à 41 sièges (9,4%) !


Premier Ministre de 1980 à 1984

Indira Gandhi reprit la tête du gouvernement indien le 14 janvier 1980. Elle accepta d’exercer son pouvoir de façon moins autoritaire mais continua à favoriser son fils Sanjay pour en faire son dauphin. Malheureusement, Sanjay se tua dans un accident d’avion le 23 juin 1980, une disparition qui affecta énormément tant la mère que la femme politique.

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Indira Gandhi poussa alors son premier fils, Rajiv Gandhi (1944-1991) qui était alors pilote d’avion chez Air India. Il se fit élire député dans la circonscription de son frère dès 1981. Maneka Gandhi (58 ans), la veuve de Sanjay, s’engagea aussi dans la vie politique, mais au sein de l’opposition, et fut députée BJP et quatre fois ministre, prônant le droit des animaux. Son fils unique (aussi celui de Sanjay), Varun Gandhi (34 ans) est considéré comme un leader futur du BJP (Bharatiya Janata Party), parti nationaliste hindou au pouvoir de 1998 à 2004 et depuis 2014.


L’opération fatale contre les Sikhs

Réagissant aux mouvements de contestation des sikhs qui demandaient l’autonomie, Indira Gandhi a décidé de frapper un grand coup en faisant pénétrer la troupe le 5 juin 1984 au Temple d’Or (Harmandir Sahib) à Amritsar (qui avait déjà connu le carnage du 13 avril 1919) pour éliminer les Sikhs séparatistes. L’opération militaire a coûté entre 500 et 1 500 vies humaines (dont le leader très populaire des séparatistes, Jarnail Singh Bhindranwale à 37 ans). Cette opération meurtrière a levé l’indignation d’une grande majorité de Sikhs. Hasard des dates, c’était précisément cinq ans avant l’assaut donné par les forces chinoises contre les jeunes manifestants à la place Tiananmen.

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Le 31 octobre 1984, Indira Gandhi fut touchée par une trentaine de balles, assassinée par deux gardes du corps sikhs, en guise de vengeance. Plus de 11 000 Sikhs furent tués en réaction dans tout le pays. L’un des deux assassins fut condamné à mort le 22 janvier 1986 tandis que l’autre avait été tué juste après l’assassinat.


Son fils Rajiv et l’intervention fatale contre les Tamouls

Rajiv Gandhi fut immédiatement désigné comme Premier Ministre, et gagna les élections législatives des 24 au 28 décembre 1984 avec 404 sièges sur 533 (50,7%). Il resta Premier Ministre jusqu’au 2 décembre 1989, négociant un virage libéral pour encourager le dynamisme économique et industriel de l’Inde. Rajiv Gandhi perdit les élections des 22 au 26 novembre 1989 avec seulement 197 sièges sur 545 (39,5%).

L’intervention militaire de l’Inde décidée par Rajiv Gandhi le 29 juillet 1987 pour pacifier le Sri Lanka en guerre civile contre les indépendantistes tamouls a eu, comme pour sa mère, des effets désastreux sur son existence puisque, en pleine campagne électorale (les élections avaient lieu des 20 mai au 15 juin 1991), Rajiv Gandhi, qui allait probablement redevenir Premier Ministre quelques jours plus tard, fut assassiné le 21 mai 1991 par une activiste tamoule dans un attentat suicide en plein meeting, ce qui entraîna la victoire électorale du Parti du Congrès avec 244 sièges sur 545 (35,7%).

L’armée indienne avait évacué le Sri Lanka en mars 1990 après la mort de plus d’un millier de combattants indiens, mais les séparatistes tamouls craignaient que le retour au pouvoir de Rajiv Gandhi entraînât une nouvelle intervention de l’armée indienne au Sri Lanka.


L’épopée dynastique continue encore

La veuve de Rajiv, Sonia Gandhi (67 ans) a repris l’héritage politique peu après, malgré son origine italienne, en acceptant la présidence du Parti du Congrès le 14 mars 1998. Elle mena victorieusement les élections législatives des 20 avril au 10 mai 2004 en obtenant 353 sièges sur 543 (61,4%). Elle échoua dans sa tentative d’être désignée Premier Ministre à cause d’un parti d’opposition (BJP) qui fustigea ses origines italiennes, ce bloqua la constitution d’une coalition gouvernementale. Manmohan Singh (72 ans) fut finalement désigné à la tête du gouvernement à sa place, du 22 mai 2004 au 26 mai 2014 (après un nouveau succès du Congrès aux élections des 18 avril au 13 mai 2009).

Le fils de Rajiv et Sonia, Rahul Gandhi (44 ans) est lui aussi député depuis le 13 mai 2004 (dans la même circonscription que son père), et vice-président du Parti du Congrès depuis 19 janvier 2013 (après en avoir été le secrétaire général de 2007 à 2013). Il a dirigé la dernière campagne électorale.

La famille Gandhi est de nouveau dans l’opposition depuis les dernières élections des 7 avril au 12 mai 2014 où la coalition du Congrès menée par Rahul Gandhi n’a obtenu que 59 sièges sur 543 (23,5%) alors que le BJP a atteint lui seul la majorité absolue avec 282 sièges (31,0%).

En cas de succès du Congrès aux prochaines élections prévues en 2019, tout porterait à croire que Sonia Gandhi ou, plus probablement, Rahul Gandhi serait le prochain Premier Ministre de l’Inde. Soit, une dynastie qui dirigerait le pays sur …quatre générations !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 octobre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Margaret Thatcher.
Angela Merkel.

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http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/indira-gandhi-1917-1984-l-158788

 

 

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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 07:22

La communauté internationale est muette face aux assassinats d’État les plus abominables du monde. Pourtant, elle pourrait essayer d’agir pour sauver le peuple nord-coréen d’un véritable fou.


yartiBabyKim01Le 30 mars 2013, la Corée du Nord se déclarait en état de guerre contre la Corée du Sud. Le Président-dictateur nord-coréen Kim Jong-un a récidivé ce mercredi 1er janvier 2014. Dans une allocution à son peuple, il a menacé le monde une énième fois en disant que les « nuages noirs de la guerre nucléaire flottaient constamment sur la péninsule coréenne ».

Son message avait pourtant un but de pacification des relations avec la Corée du Sud, mais il ne doit pas très bien savoir s’y prendre pour affirmer finalement : « Si la guerre survient un jour sur cette terre, elle apportera un énorme désastre nucléaire et les États-Unis ne seront pas épargnés. ».

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Kim Jong-un, troisième de la dynastie des dictateurs communistes nord-coréens, a également justifié la purge (les exécutions arbitraires) réalisée le 12 décembre 2013 qui avait "éliminé" le numéro deux du régime, son oncle, celui qui lui avait servi de parrain à la mort de son père, le 17 décembre 2011, à savoir le général Jang Song-taek : « Notre parti a pris une mesure ferme pour se débarrasser de la saleté factieuse qui avait imprégné le parti. (…) Notre unité s’est renforcée au centuple et les lignes du parti et de la révolution se sont consolidées en purgeant cette faction anti-parti et anti-révolutionnaire. ».

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Baby Kim n’est pas "rancunier" (selon l’ironie mordante du journal "Le Monde" du 15 décembre 2013) ; il avait en effet nommé le dimanche15 décembre 2013 sa tante, Kim Kyong-hui (67 ans), membre du Comité des funérailles du Parti des travailleurs de Corée du Nord. Fille du fondateur de la République populaire démocratique de Corée du Nord, Kim Il-sung, elle était aussi la femme, devenue veuve, de Jang Song-taek qui a été sauvagement liquidé trois jours auparavant.

Le tyran archéo-communiste avait visité la station de ski de Masik la veille de son allocution, le 31 décembre 2013, qu’il a fait construire avec des moyens colossaux pour montrer que la Corée du Nord était lancée dans « une nouvelle période de prospérité dans la construction, (…) ligne de front important pour établir les bases d’une nation forte et du bonheur du peuple ».

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Dans un article précédent, j’avais expliqué à quel niveau sont montées la cruauté et les atrocités du régime communiste de Corée du Nord, notamment en massacrant des musiciens de grand talent. Il est vrai que les Nord-coréens sont tellement isolés de la scène internationale et économique que l’on pourrait se satisfaire de faire abstraction de tout ce totalitarisme de psychopathe sans avoir mauvaise conscience. Après tout, s’il n’interfère pas chez les autres, le dictateur juvénile peut tranquillement massacrer son peuple sans faire de bruit… Certes, les menaces d’une attaque nucléaire imminente contre les États-Unis (et aussi le Japon) sont régulièrement émises (comme ce 1er janvier 2014) mais cela semblerait rester plus des déclarations à but interne et nationaliste qu’une véritable provocation avec une intention belliqueuse immédiate.

Cependant, l’humanisme est universel et il est difficilement tenable de laisser une partie de l’humanité dans son effroyable destin. Faut-il pour autant déclarer la guerre à la Corée du Nord ? Posée comme cela, la question a tout de suite sa réponse ; évidemment non.

Car la Corée du Nord est susceptible d’utiliser l’arme nucléaire dont elle a pu montrer quelques essais dans le passé récent (depuis le 9 octobre 2006). Et même sans cette menace nucléaire, intervenir dans un pays si lointain, sans beaucoup de bases de proximité (à part la Corée du Sud ; un contingent de près de trente mille soldats américains sont stationnés autour de Séoul et à la frontière entre les deux Corées), ne paraît pas particulièrement pertinent, ni même acceptable. Enfin, comme dans toute guerre, le bilan serait très lourd en vies humaines et l’exemple affligeant de la guerre en Irak, à laquelle la France et quelques autres pays européens étaient opposés, heureusement pour l’Histoire, vient rappeler que des bons sentiments (affichés) peuvent agrandir les cimetières.

Pourtant, il y a sans doute une action diplomatique plus intelligente que la simple indifférence, souvent hypocrite, face à cette horreur permanente. L’exécution de l’oncle Jang vient illustrer un élément nouveau : non seulement la purge actuelle tend à éliminer tous ceux qui avaient eu un peu d’importance avant l’arrivée de Baby Kim, mais aussi elle constitue un véritable affront à la Chine populaire.

Jusqu’à maintenant, la Chine populaire a été le seul protecteur de la Corée du Nord. C’est simple, sans les Chinois, les Nord-coréens auraient de graves problèmes économiques. Cette "prospérité" dont parlait Kim Jong-un dans son allocution n’est possible qu’avec l’argent des investisseurs chinois. Les Chinois considèrent la Corée du Nord probablement comme un allié dissipé et pas très raisonnable face aux exigences économiques des Temps modernes, mais par culture et par tradition, ils l’ont toujours soutenue face aux tentatives des autres pays du Conseil de sécurité de l’ONU.

Or, Jang Song-taek était la principale courroie de transmission entre Pyongyang et Pékin. Son exécution politique soudaine et arbitraire a donc signé une singularité dans les relations entre la Chine et la Corée du Nord. Ce serait donc le bon moment pour que la France, l’Union Européenne et tous ceux qui voudraient s’y associer, fassent pression sur la Chine pour qu’elle-même fasse pression sur la Corée du Nord pour assouplir ce régime ubuesque.

La Chine populaire n’a en fait aucun intérêt stratégique ni économique à  ce que le régime de la Corée du Nord soit maintenu en l’état, ne serait-ce que parce que son isolement économique est un boulet dans la région. Cela dit, la Chine n'est pas non plus la mieux placée pour donner des leçons de démocratie...

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Dans les premiers mois de son accession au pouvoir, on aurait pu croire que Kim Jong-un allait moderniser son pays, aller assouplir son régime et lancer un grand développement économique. Jang Song-taek y croyait d’ailleurs. Mercredi encore, Kim Jong-un l’a vaguement répété pour la parade. En fait, il n’est qu’un roi Ubu, ou un futur "roi qui se meurt" (dans le sens d’Eugène Ionesco), un personnage pas très subtil qui est allé jusqu’à exécuter son "ex" qui, pourtant, était une chanteuse très populaire et avait fait apprécier des chants patriotiques à la gloire de son propre régime.

Aujourd’hui, la question reste donc celle-ci : est-il admissible de fermer les yeux devant tant d’abominations ? Et si la réponse est négative, quels sont les moyens diplomatiques d’infléchir cette dictature sans amorcer une réaction …en chaîne qui serait catastrophique ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 janvier 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Serial killer professionnel.
La Chine populaire.
Le Roi se meurt.

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http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/coree-du-nord-faut-il-declarer-la-145710


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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 21:07

C'est un dinosaure de l'histoire mondiale d'après-guerre qui vient de mourir. Né le 25 août 1911 à An Xa, Vo Nguyen Giap fut un général vietnamien qui fut le héros de l'indépendance du Vietnam. Ministre de la défense du Nord Vietnam, il combattit avec succès d'abord l'armée française lors de la guerre d'Indochine puis l'armée américaine lors de la guerre du Vietnam. Bien qu'autodidacte, Vo Nguyen Giap est devenu un modèle de stratégie militaire. Communiste, il fut minsitre d'Ho Chi Minh dès 1945 et négocia avec Raoul Salan. En 1946 à la défense, commandant en chef de l'armée populaire, il a vaincu l'armée française en mai 1954 à Dien Bien Phu. Il continua la guerre face aux Américains pendant une quinzaine d'années jusqu'au 30 avril 1975 avec son arrivée triomphale à Saïgon. Il resta Ministre de la défense d'un Vietnam réunifié jusqu'en 1980 et Vice-Premier Ministre jusqu'en 1991 (à 80 ans). Le 4 octobre 2013, Vo Nguyen Giap s'est éteint dans l'après-midi à Hanoi où il vivait retiré de la vie politique.

SR

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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 12:18

Né le 19 avril 1897 à Kyotango, le Japonais Jiroemon Kimura, ancien ouvrier postier, est devenu le doyen de l'humanité le 17 décembre 2012, jusqu'à sa mort à 116 ans et un mois, le 11 juin 2013. Il a "succédé" dans cet étrange rôle à l'Italienne Dina Manfredini (née le 4 avril 1897, doyenne de l'humanité le 4 décembre 2012 pour quelques jours, après la mort de l'Américaine Besse Cooper, née le 26 août 1896).

Son épouse est morte en 1978, et ensemble, ils ont eu 7 enfants, 15 petits-enfants, 25 arrière-petits-enfants et 13 arrière-arrière-petits-enfants. Il fut le premier homme de l'histoire du monde à avoir fêté son 116e anniversaire et celui qui a atteint le plus grand âge. C'est la Japonaise Misao Okawa qui est devenue la nouvelle doyenne de l'humanité depuis le 11 juin 2012. Cette dernière est née le 5 mars 1898 à Osaka et n'a "que" 115 ans.

SR


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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 00:52

Né le 29 mars 1929 à Bhairab Upazila, Mohammad Zillur Rahman fut le secrétaire général de la Ligue Awami, le parti au pouvoir au Bangladesh, à partir de 1972. Il fut ministre dans le gouvernement de Hasina Wajed entre 1996 et 2001. Son épouse Ivy fut tuée en août 2004 lors d'un attentat contre un rassemblement politique qui a fait vingt morts. Il fut élu le 11 février 2009 Président de la République du Bangladesh et exerça cette fonction du 12 février 2009 au 20 mars 2013. Le 10 mars 2013, il fut hospitalisé à Singapour pour une insuffisance respiratoire et s'est éteint quelques jours avant son 84e anniversaire.

SR


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