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13 juin 2020 6 13 /06 /juin /2020 03:05

« Il faut demander à quelqu’un d’autre. Il faut demander mes qualités et mes défauts à mon entourage. Il n’y a pas de comédienne modeste. Quand on monte sur scène, c’est qu’on pense qu’on mérite d’être regardée. » (25 août 1999, sur France 2).



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La comédienne Suzanne Flon, qui s’est éteinte il y a quinze ans, le 15 juin 2005, dans un hôpital parisien, à l’âge de 87 ans (elle est née le 28 janvier 1918 d’une famille modeste), répondait de sa voix assurée que la comédie était l’histoire de toute sa vie. Encore à 81 ans, elle allait sur les planches, à partir du 31 août 1999, pour une pièce de Marguerite Duras ("L’Amante anglaise"). Elle aurait dû jouer à nouveau à partir du 22 septembre 2005, avec Isabelle Carré, au Théâtre de l’Atelier ("Savannah Bay" de Marguerite Duras). Elle avait aussi rêvé de jouer Racine, rêve non réalisé, un regret, parce qu’elle avait eu la vocation de comédienne en assistant, à l’âge de 14 ans, à une représentation d’une pièce de Racine, "Andromaque", à la Comédie-Française. Autre regret, ne pas avoir joué non plus dans une pièce de Marivaux.

À sa mort, "Libération" a écrit : « Elle s’en est allée avec son infinie délicatesse ourlée de discrétion (…), comme s’excusant pour le dérangement. Car cette grande dame sans tapage avait poussé l’art de la présence jusqu’à l’effacement. Elle entrait sur une scène ou dans un film avec une sorte d’évidence douce. » (Jean-Pierre Thibaudat). "Le Monde" a évoqué, quant à lui, « cette actrice d’une finesse naturelle » : « Il faudrait avoir le doigté d’une brodeuse de perles (…) pour parler e la délicatesse de la comédienne (…). Suzanne Flon a disparu, comme elle aimait à le faire au cours de longues marches solitaires dans la forêt de Fontainebleau, où elle avait une maison. » (Brigitte Salino).

Pour moi, c’était une grand-tante, une grand-tante formidable, telle que je l’ai toujours conçue, à la fois gentille et déterminée, modeste et volontaire. Classique et moderne. Femme d’une finesse mémorable, la voix très reconnaissable, à la fois grave et douce, comme si le spectateur la connaissait depuis toujours. Comme si on pouvait se l’approprier sans pour autant la voler aux autres. Et comme tout membre de sa famille, elle n’avait pas d’âge. Jeune, entre-deux-âges, âgée, elle était pareille à elle-même, jeune de cœur, une spontanéité bridée par une réserve d’une autre époque.

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La "profession" lui a largement donné les honneurs. Elle savait que ce n’était pas l’essentiel, mais cela faisait toujours plaisir d’être honorée de son vivant et de ne pas attendre le cimetière pour ce genre d’émerveillement. Notamment deux Césars et deux Molière (plus trois nominations), qui ne lui sont évidemment pas montés à la tête. Le conseil municipal du Kremlin-Bicêtre, sa ville natale, lui a également fait l’honneur, lors de sa séance du 8 février 2018, de baptiser à son nom l’une de ses nouvelles rues, à l’occasion du centenaire de sa naissance.

Probablement la meilleure appréciation qu’elle a pu entendre, c’était celle de Jean Anouilh, né il y a cent dix ans, dont elle a joué plusieurs pièces (notamment à ses débuts, "Antigone", mise en scène par André Barsacq, en 1944, et aussi "L’Alouette", créée le 14 octobre 1953 avec Michel Bouquet) : « La Flon, comme la Piaf, comme Raimu, c’est n’importe qui sublimé par le talent, c’est pour cela qu’elle est grande. ». L’évocation de la chanteuse Édith Piaf n’était pas anodine, parce que Suzanne Flon a bossé pour elle lorsqu’elle avait une vingtaine d’années pour l’aider administrativement et c’était par son agent que la future comédienne a trouvé ses premiers rôles. Françoise Giroud a fait aussi partie de ces nombreux "prescripteurs culturels" à l’avoir adorée.

Incontestablement, c’était le théâtre qui l’enchantait et l’épanouissait. Et même octogénaire, elle parvenait encore à apprendre ses textes, ce qui, déjà en situation de jeune adulte en pleine santé, n’est pas forcément facile. Mais c’est par le cinéma qu’elle s’est fait connaître, évidemment, car on touche beaucoup plus de personnes, le public des théâtres est peu nombreux par rapport aux salles de cinéma.

Sa "carrière" tant au cinéma qu’au théâtre, est très impressionnante où qualité se déclinait avec quantité. Avec un nombre impressionnant de grands réalisateurs (John Huston, Orson Welles, Claude Autant-Lara, Henri Verneuil, Roger Vadim, Bertrand Blier, Jean Delannoy, Frédéric Rossif, Robert Enrico, Gilles Grangier, Jean-Claude Brialy, Claude Pinoteau, Jean Becker, Pierre Granier-Deferre, Claude Chabrol, etc.). et de grands metteurs en scène (André Barsacq, Jean Anouilh, André Roussin, René Clair, Jean Le Poulain, Pierre Mondy, Roger Planchon, Georges Wilson, François Périer, etc.). Elle a aussi "essayé" la télévision (notamment avec Claude Santelli), une dizaine de productions, dont "Le dialogue des Carmélites" d’après l’œuvre de Georges Bernanos, réalisé par Pierre Cardinal.

De ses nombreuses prestations cinématographiques, on peut citer "Tu ne tueras point" (1961) de Claude Autant-Lara, "Monsieur Klein" (1976) de Joseph Losey (la concierge d’Alain Delon), "L’Été meurtrier" (1983) de Jean Becker (la tante d’Isabelle Adjani), "Effroyables jardins" (2003) de Jean Becker, "La Fleur du mal" (2003) de Claude Chabrol et "Fauteuils d’orchestre" (2006) de Danièle Thompson (la grand-mère de Cécile de France), son dernier film, qu’elle avait fini de tourner une vingtaine de jours avant sa mort.

Je propose ici deux autres films qui l’ont amenée (entre autres) à donner la réplique à Jean Gabin, en tant que son épouse (dans les deux films). Ce n’était peut-être pas facile pour cette discrète de se coltiner un cabotin en chef, parfois un peu usé dans ses vieux airs d’avoir déjà vécu. Suzanne Flon redonnait justement de la vie et de la fraîcheur à ce jeu prévisible de l’ancien héros du "Quai des brumes" (1938) de Marcel Carné et de "La Bête humaine" (1938) de Jean Renoir. Ainsi que deux autres prestations de Suzanne-la-sublime, celle qui rendrait lesbiens les plus misogynes des machistes !


1. Film "Un singe en hiver" d’Henri Verneuil (sorti le 11 mai 1962)






2. Film "Sous le signe du taureau" de Gilles Grangier (sorti le 28 mars 1969)






3. Lecture de Marguerite Yourcenar ("La Veuve Aphrosia") le 4 septembre 1985 sur France Culture






4. Interview du 25 août 1999 sur France 2 (par Claude Sérillon)






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 juin 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200615-suzanne-flon.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/suzanne-flon-la-modestie-et-la-225114

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/06/10/38361281.html





 

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18 mai 2020 1 18 /05 /mai /2020 12:37

« Si l’on n’épouse pas les questions, les doutes et les délires de la société, pas la peine d’être acteur. » (Michel Piccoli, octobre 2000).


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L’acteur Michel Piccoli est mort le mardi 12 mai 2020, a-t-on appris ce lundi 18 mai 2020. Il avait fêté son 94e anniversaire le vendredi 27 décembre 2019. Quand j’étais petit, sans jamais vraiment le confondre, je ne pouvais pas ne pas l’associer à Piccolo Saxo, dans la proximité des lettres, un conte musical que j’adorais. Mais je ne l’ai jamais confondu car je l’ai vu souvent jouer dans des films. Il fait partie de ces acteurs injustement "vieux" même lorsqu’ils étaient jeunes, un peu à l’instar de Bernard Blier, peut-être la calvitie, ou leurs rôles ? Pourtant, il a eu beaucoup de rôles de séducteur. Mais il n’a jamais eu l’esprit d’une star.

Si l’on regarde la carrière de Michel Piccoli, on ne peut qu’être impressionné par le nombre de films, et rarement des navets, dans lesquels il a joué. Environ 230 films, près de 50 téléfilms, plus de 50 pièces de théâtre, sans compter les films qu’il a réalisés (peu nombreux). Il a beau avoir commencé sa carrière en 1945, à l’âge de 20 ans, cela représente une somme de travail énorme (même si, pour beaucoup de films, il n’était pas le personnage central).

Les plus grands réalisateurs, certains même mythiques, comme Jean Renoir, Luis Bunuel et Alfred Hitchcock, et un visage rassurant, pas forcément le séducteur, mais le frère du séducteur, celui qui montre structure et solidité. L’ami plus que l’amoureux. Je dis en général, évidemment, car au début de sa carrière, il avait des rôles de séducteur. Un visage surtout familier, rarement du "méchant" (même si cela lui arrivait). Une voix grave bien posée qui va avec ses sourcils un tantinet impressionnants. Au Festival d'Avignon en juillet 1995, Michel Piccoli a lu ainsi un texte de Pierre Boulez avec une interprétation d'une œuvre d'Arnold Schoenberg. Ni héros ni anti-héros, une sorte de compagnon de divertissement qui a traversé les âges.

Il a tourné dans de nombreux grands films, j’en cite quelques-uns, "Paris brûle-t-il" de René Clément en 1965 (il joue Edgard Pisani), "Les Demoiselles de Rochefort" de Jacquees Demy en 196, "Belle de jour" de Luis Bunuel en 1966, "L’Étau" d’Alfred Hitchcock en 1969 (dans le rôle du traître dans les services secrets français), "Max et les Ferrailleurs" de Claude Sautet en 1971, "La Grande Bouffe" de Marco Ferreri en 1973, "Le Sucre" de Jacques Rouffio en 1978 (dans le rôle du patron du sucre, mégalo), avec Gérard Depardieu et Jean Carmet, "Péril en la demeure" de Michel Deville en 1984 avec Nicole Garcia, Anémone, Christophe Malavoy et Richard Bohringer, "Milou en mai" de Louis Malle en 1989, "La Belle Noiseuse" de Jacques Rivette en 1991, entouré des deux "belles Noiseuses, Jane Birkin et Emmanuelle Béart, "Le Bal des casse-pieds" d’Yves Robert en 1991, "Le Souper" d’Édouard Molinaro en 1992 (juste la voix de Chateaubriand, dans le dialogue savoureux entre Claude Rich et Claude Brasseur), "Rien sur Robert" de Pascal Bonitzer en 1998, et pour la télévision, une version du roman de Maurice Druon, "Les Grandes Familles", l’adaptation d’Édouard Molinaro (où il joue le rôle principal, Noël Schoudler), avec Pierre Arditi et Roger Hanin, la version "rivale" de celle au cinéma de Denys de La Patellière en 1958 (avec Jean Gabin, Bernard Blier et Pierre Brasseur).

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Malgré ses brillants rôles, Michel Piccoli n’a jamais reçu un César (il fut nommé quatre fois) ni un Molière (nommé deux fois), mais il a obtenu le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes de 1980 pour "Le Saut dans le vide" de Marco Bellocchio en 1980 (rôle principal).

S’il incarne parfaitement une certaine nostalgie des années 1970 et 1980, Michel Piccoli peut aussi naviguer entre les époques et être très en rapport avec les époques les plus récentes. Je voudrais évoquer deux autres films, pas encore cités ci-dessus, que j’adore et dont j’adore l’interprétation de Michel Piccoli et qui donne une idée de l’excellent acteur qu’il est.

Le premier est un film très difficile (je ne le recommande pas aux personnes sensibles, même adultes) : "Sept morts sur ordonnance" de Jacques Rouffio sorti le 3 décembre 1975 : dans une ville de province, un vieux médecin très vénal (Charles Vanel) traumatise le monde médical en employant les meilleurs chirurgiens mais aussi en les rejetant lorsqu’ils ne sont plus au sommet de leurs performances. Deux histoires parallèles sont racontées avec une dizaine d’années de distance, Gérard Depardieu, chirurgien complètement fantasque, marié à Jane Birkin, et, dix ans plus tard, Michel Piccoli, beaucoup plus raisonnable, marié à Marina Vlady, plus raisonnable mais qui, irrésistiblement, semble être attiré par le fond comme Gérard Depardieu, avec toujours Charles Vanel en toile de fond. À ces excellents acteurs, il faut ajouter aussi Michel Auclair, médecin également, dans le rôle du confident plus lâche qu’amical. Michel Piccoli dépeint un personnage qui croit se remettre d’un traumatisme de santé et qui, en fait, est en lente descente vers les enfers, poussé par des âmes peu charitables.

L’autre film est beaucoup plus récent, "Habemus papam" de Nanni Moretti, sorti le 7 septembre 2011, qui, probablement par hasard, a eu la "chance" d’être sorti deux ans avant la "démission" du pape Benoît XVI et l’élection du pape François. L’idée est très originale puisque Michel Piccoli, cardinal, est élu pape, à sa grande stupéfaction. Plongé dans une grande dépression, Michel Piccoli refuse de venir saluer la foule sur le balcon et le conclave n’est donc pas encore clos, les cardinaux ne peuvent donc toujours pas avoir contact avec l’extérieur. Il parvient toutefois à s’échapper dans la ville pour tenter de vivre comme un fidèle ordinaire, et finalement, il retourne parmi les cardinaux pour renoncer à la charge qu’on a voulu lui donner. On y trouve finalement plus d’évocations sur la psychanalyse que sur la religion, et Michel Piccoli est terriblement crédible dans son trouble persistant. Une vision de l’intérieur qui a été très peu partagée au cours des siècles. Même si c’est très réducteur, j’aurais tendance à recommande que, s’il n’y avait qu’un seul film avec Michel Piccoli à regarder, ce serait celui-là.

Je termine ici par une interview intéressante de Michel Piccoli qui date de 1964 (interrogé par Rodolphe-Maurice Arlaud). Il avait alors 38 ans, et il venait de tourner dans le film "De l’amour" de Jean Aurel avec Anna Karina (qui vient de s’éteindre le 14 décembre 2019). Il a parlé aussi du film de Jean-Luc Godard "Le Mépris", avec un rôle qui laisserait rêveur tout comédien, le mari de Brigitte Bardot. Attention, seulement au cinéma ! En fait, quelques années plus tard, Michel Piccoli fut (dans le civil) le mari plutôt de Juliette Gréco, pendant une dizaine d’années…






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 décembre 2019)
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Pour aller plus loin :
Suzy Delair.
Michel Piccoli.
Gérard Oury.
Pierre Arditi.
"J’accuse" de Roman Polanski.
Roman Polanski.
Adèle Haenel.
Michel Bouquet.
Daniel Prévost.
Coluche.
Sim.
Marie Dubois.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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13 mai 2020 3 13 /05 /mai /2020 03:42

« Et les Nippons sont cause du soulèvement de la Chine. » (Jacques François alias Jacques de Frémontel, dans "Papy fait de la Résistance" de Jean-Marie Poiré, sorti le 26 octobre 1983).



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Et une contrepèterie de résistant ! C’est dans un film de Jean-Marie Poiré, réalisateur fétiche (depuis "Le Père Noël est une ordure") du comédien Jacques François qui est né à Paris, il y a un siècle, le 16 mai 1920 (journée un peu spéciale pour Jeanne d’Arc). Il est mort aussi à Paris, à l’âge de 83 ans, le 25 novembre 2003, de problèmes respiratoires, mauvaises suites de la canicule de l’été 2003.

Encore un personnage qui avait 20 ans en 1940 ! C’est vrai qu’il n’a pas été résistant dans la vraie vie, le jeune homme était surtout préoccupé par le théâtre et la vie culturelle parisienne (Jean Cocteau, Picasso, Serge Lifar, etc.), mais tout le monde ne peut pas être un héros, je l’avais déjà évoqué ici. Il a quitté son milieu familial (très aisé) en 1941 pour devenir comédien, il a tourné dans son premier film aux côtés de Charles Vanel la même année ("Les affaires sont les affaires"), et ses premières pièces de théâtre, il les a jouées aux côtés de Pierre Fresnay.

Jacques François la regrettait d’ailleurs, sa passivité face à l’histoire (il s’était juste fait hospitaliser par complaisance pour éviter de partir en STO) : « Les vacances d’été à Saint-Tropez ou ailleurs étant devenues impensables [à cause de l’Occupation], j’étais naturellement membre du Racing Club de France où je bronzais en juillet et août. Tout ceci, hélas pour ma sensibilité et mon tact, me paraissait tout à fait normal ! La charmante Olga (…) tâtait discrètement de la Résistance, portant, je crois, ou recevant des lettres ou des manuscrits de pièces ou de romans venant de la zone libre. » (dans ses mémoires). Je reparlerai plus loin d’Olga. Parmi l’un des expéditeurs de ces courriers, René Tavernier (1915-1989), le père du réalisateur Bertrand Tavernier (avec qui il n’a jamais tourné).

Ses parents (un avocat et une jeune Américaine) s’étaient rapidement séparés (en 1925) et son beau-père (un chirurgien de familles princières européennes) a remplacé très avantageusement son père avec qui il a été longtemps en froid (ses mémoires commencent très vachement : « J’ai très tôt espéré être un bâtard de l’Assistance publique, voire de la SPA, et voilà que je n’étais qu’un petit garçon de l’avenue Président-Wilson… » !). Il a été élevé seul, dans des pensionnats (notamment à Fribourg), et passait la plupart de ses vacances en solitaire. Pour l’anecdote, il a été dans la même prépa de philo, au lycée Jeanson-de-Sailly, que l’écrivain Jean Dutourd (de quelques mois son aîné).

Jacques François s’était engagé dans la marine nationale à 19 ans (malgré son allure britannique, il a ruminé bien de la rancœur contre les Britanniques car il a participé aux combats de Mers El-Kébir). Après la Libération, par sentiment de culpabilité, il s’est engagé dans l’armée américaine. Capitaine, il a ainsi croisé quelques personnages improbables, comme Göring. Ainsi qu’Édouard Daladier, Paul Reynaud, Michel Clemenceau (le fils de Georges Clemenceau), André François-Poncet, le colonel François de La Rocque, Marie-Agnès De Gaulle (la sœur aînée du général De Gaulle), le général Maurice Gamelin, le général Maxime Weygand qu’il a rencontrés au château d’Itter en Autriche (dans le Tyrol). Ils y étaient enfermés par les nazis pendant la guerre et furent libérés le 5 mai 1945. Sous l’autorité du général Jean de Lattre de Tassigny, Jacques François a eu pour mission de raccompagner en France le général Weygand qui était en état d’arrestation. Quelques jours auparavant, il avait découvert l’horreur des camps d’extermination en faisant partie du régiment qui a libéré le 29 avril 1945 le camp de Dachau (près de Munich, en Bavière).

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Après la guerre, à la fin des années 1940, Jacques François a tenté l’aventure américaine cinématographique, à Hollywood, mais n’en a pas eu une bonne expérience. Il a joué dans un film aux côtés de Ginger Rogers et Fred Astaire, et il a même été pris pour Gérard Philippe (1922-1959) par Marlene Dietrich ! Gérard Philippe faisait partie de ses compagnons de théâtre (lui classé 2e et Gérard Philippe 1er à l'entrée au conservatoire), avec Michel Auclair, Serge Reggiani, Jacques Dufilho, etc.

Jacques François, je l’ai toujours adoré, comme acteur. Son air très sévère (un peu différent de celui de Michel Bouquet), son ton excessivement pompeux, la voix hautaine, l’accent légèrement aristocratique, une distinction très british, il représentait le répulsif, le rasant, le barbant. Ses rôles, certes caricaturaux, étaient multiples, de plus d’une centaine de films au cinéma et à la télévision, et pourtant, il a toujours insisté, le cinéma n’était pas son métier, son métier, c’était le théâtre, des dizaines de pièces.

Au travers de cette austérité des personnages, il ne manquait pas d’humour et parfois, les deux se confrontaient dans son jeu. Il suffit de revoir "Twist again Moscou" (qui était en fait plutôt Belgrade, et encore !…), réalisé par le même Jean-Marie Poiré et sorti le 27 octobre 1986, et sa figure du vieux maréchal Leonid Bassounov, singeant en fait le vrai maréchal Kliment Vorochilov (1881-1969), Président du Praesidium du Soviet Suprême de l’URSS juste après la mort de Staline, du 15 mars 1953 au 7 mai 1960, à qui succéda Leonid Brejnev. Dans ses mémoires, Jacques François a raconté qu’il lui fallait deux heures chaque matin du tournage pour parfaire le maquillage, et qu’il s’était retrouvé avec Bernard Blier à trois heures du matin dans le fossé d’une petite route complètement enneigée dans la campagne profonde de Serbie (pour atteindre leur hôtel).

Toujours dans ses mémoires ("Rappels" sorti en mai 1992 chez Ramsay), Jacques François a raconté qu’à l’âge de 16 ans, il a passé des vacances en Slovénie (sa mère et son beau-père avaient été invités en 1936 dans une villa au bord d’un lac par l’ambassadeur de Yougoslavie en France), et il a nagé et joué avec un autre adolescent, quelques années plus jeune (13 ans), qui n’était autre que Pierre II de Yougoslavie (1923-1970), le roi de Yougoslavie du 9 octobre 1934 au 29 novembre 1945, orphelin car son père, le roi Alexandre, avait été assassiné le 9 octobre 1934 avec le ministre Louis Barthou lors de son arrivée à Marseille. Jacques François a vite sympathisé avec le jeune roi qu’il trouvait très proche de lui, ressemblance autant physique que psychologique : « Le roi Pierre était longiligne, timide et mélancolique. Nous étions faits pour nous entendre. ».

Toute sa vie était basée sur le théâtre. Alceste, il a épousé le 10 mars 1966 celle qui jouait Célimène, dans "Le Misanthrope ou l’Atrabilaire amoureux" (la comédienne Madeleine Delavaivre, rencontrée en 1949), qui le resta jusqu’à sa mort, et était très éloigné des comportements de mœurs légères habituellement observés dans le milieu du cinéma. Ce fut aussi par le théâtre, par l’intermédiaire d’une de ses camarades de cours, qui partageait son appartement, Olga Kechelievitch (1913-2015), que Jacques François a transmis le poème "Le Condamné à mort" de Jean Genet, alors en prison car arrêté pour un vol, à son éditeur Marc Barbezat (1913-1999). Ce dernier, Marc Barbezat, était le mari d’Olga. Ils s’étaient mariés le 20 décembre 1943 avec pour témoin Jacques François qui avait fortement encouragé la future épouse à accepter la demande en mariage malgré sa réticence, car elle voulait être libre et faire carrière (ce qu’elle ne fit pas).

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Lorsqu’on regarde les photos de Jacques François jeune, on se demande pourquoi il n’est pas devenu un jeune premier. Il n’était pas Bernard Blier, très vite "vieux" avant l’âge (la calvitie aidant), mais il était formaté pour le rôle de l’autorité, cette autorité "chiante", rabat-joie, vieux jeu, bougonne, grognonne, triste, etc. Et il excellait. Félicien Marceau l’appréciait beaucoup : « C’est le prince. Dans le grave comme dans le comique, dans ce qu’il joue comme dans ce qu’il écrit, son talent, en apparence, est de droit divin. ».

Le théâtre et le cinéma de Jacques François se conjuguent avec Jean Anouilh, Jean Giraudoux, Maurice Clavel, Julien Green, Marcel Achard, Ivan Tourgueniev, Georges Feydeau, Sacha Guitry, Graham Greene, Françoise Sagan, Félicien Marceau, Greta Garbo, Pierre Brasseur, Jean Weber, Jean Yanne, Philippe Noiret, etc.

Jacques François a eu un grand passage à vide pendant une quinzaine d’années dans le cinéma (mais pas au théâtre qui le demandait) et c’est grâce à Jean-Claude Brialy ("Églantine" sorti le 25 février 1972) et Jean Yanne ("Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" sorti le 5 mai 1972) qu’il a commencé une "seconde" carrière au cinéma français.

Sa notoriété par le grand public date d’ailleurs des années 1970 et des années 1980 avec ses nombreuses participations dans toute une série de films comédies, très nombreux, avec des réalisateurs comme Jean-Claude Brialy, Jean Yanne, Gérard Oury, Jean-Marie Poiré, Francis Veber, Claude Zidi, Pierre Richard, Jean Girault, Édouard Molinaro, Georges Lautner, Gérard Lauzier, Francis Perrin, Michel Lang, etc. Aussi Claude Lelouch, Yves Boisset, Costa-Gavras, Philippe de Broca, Henri Verneuil, Claude Chabrol, etc.

Parmi les rôles à la télévision, Jacques François a été le proviseur ringard et un peu "constipé" dans la série "Pause café" diffusée sur TF1 à partir du 12 février 1981, créée par Georges Coulonges et réalisée par Serge Leroy. L’idée était de mettre en lumière le rôle d’une jeune assistance sociale, jouée par la charmante Véronique Jannot, qui a pu aussi utiliser ses talents de chanteuse à cette occasion, dans un lycée avec des élèves "à problèmes". Cette série était très suivie en audience, car elle était très innovante à l’époque, on parlait encore peu d’histoires de scolarité (hors comédies), et encore moins des problèmes chez les lycéens : drogue, alcoolisme, harcèlement sexuel, avortement, délinquance, problèmes familiaux, etc. furent des sujets abordés souvent simplement, sans tabou. Rappelons-nous l’époque, il y a quarante ans, c’était très audacieux, même si aujourd’hui, j’imagine que la série serait un peu "nunuche". Marc Lavoine y joue le principal élève "à problèmes" de cette série. Jacques François fut toutefois plutôt mécontent de sa prestation dans cette série (il ne resta que dans la première "saison" de la série qui en a compté trois).

Comment Jacques François a-t-il pu jouer autant les pincés sans pouffer de rire ? Il lui fallait de l’abnégation pour accepter d’être mis ainsi de cette case récurrente du second rôle au cinéma, accessoire indispensable et désopilant, mais il s’en moquait un peu, car ce n’était pas son métier, comme il le répétait (et moi avec), son métier, c’était le théâtre, qui ne l’a jamais déçu et grâce auquel il a pu s’épanouir.


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Sylvain Rakotoarison (10 mai 2020)
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Pour aller plus loin :
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 03:52

« Je ne crois pas une demi-seconde aux déclarations du genre "rien ne sera plus jamais comme avant". Au contraire, tout restera exactement pareil. (…) Le coronavirus, au contraire, devrait avoir pour principal résultat d’accélérer certaines mutations en cours. (…) Nous ne nous réveillerons pas, après le confinement, dans un nouveau monde ; ce sera le même, en un peu pire. » (Michel Houellebecq, le 3 mai 2020).


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Autant que l'épidémie, le confinement a bouleversé nos vies. C’est le cas notamment des programmes à la radio et à la télévision. Certains producteurs ou animateurs sont encore actifs, d’autres sont malades, d’autres encore sont confinés. Le contexte de la crise sanitaire impose nécessairement des changements de programmation et crée des nouvelles situations de création. Combien de "journaux d’un confiné" allons-nous voir fleurir dans les librairies dans les prochaines semaines ? Ce qui pouvait paraître original les premiers jours du confinement pourrait vite se transformer en exercice ennuyeux, laborieux et très commun.

Le journaliste Augustin Trapenard (41 ans), normalien et agrégé d’anglais, est l’un de ces producteurs un peu "bouleversés". Certes, il continue à interviewer, chaque matin après le journal de 9 heures, une personnalité dans son émission "Boomerang". Mais il a conçu aussi une nouvelle émission, très courte. Il a demandé à des personnalités, surtout des auteurs, mais pas seulement, de lui écrire une lettre qu’il lirait au micro de France Inter chaque matin de la semaine. Les lettres ne sont pas très longues, chaque lecture ne dure que quelques minutes. J’imagine qu’un simple email suffit à trouver matière à lire, puisque ses interlocuteurs sont confinés, eux aussi, et ne peuvent donc se déplacer dans un studio (le cas échéant).

Parmi ses "correspondants", on peut citer Ariane Ascaride (26 mars 2020), Annie Ernaux (30 mars 2020), Sorj Chalandon (3 avril 2020), Christiane Taubira (6 avril 2020), Daniel Pennac (7 avril 2020), Tahar Ben Jelloun (10 avril 2020), Anne Sinclair (20 avril 2020), Brigitte Fontaine (21 avril 2020), Philippe Djian (22 avril 2020), Mona Ozouf (27 avril 2020), Tatiana de Rosnay (29 avril 2020), Geneviève Brisac (1er mai 2020), etc.

Ce lundi 4 mai 2020, Augustin Trapenard a lu sur France Inter une lettre du romancier Michel Houellebecq, datée de la veille. C’était la première fois que Michel Houellebecq s’exprimait publiquement depuis le début de la crise sanitaire et le confinement (on peut écouter la lecture de sa lettre ici). On aurait pu imaginer de la provocation gratuite (il y a de quoi faire avec ce sujet), mais non, il a exprimé des idées plutôt sages et raisonnables, sinon convenues, et c’est tant mieux, car la polémique lui sied mal.

Il a adopté le style de parler à ses amis écrivains pour leur répondre sur différents sujets qui ont un rapport avec la pandémie de covid-19. Il les taquine d’ailleurs un peu puisqu’il les cite tout en les associant à leur lieu de confinement, parfois loin de Paris, ainsi pour Catherine Millet : « normalement plutôt parisienne, mais se trouvant par chance à Estagel, Pyrénées-Orientales, au moment où l’ordre d’immobilisation est tombé ». Catherine Millet lui a d’ailleurs fait prendre conscience que la vie actuelle de confinement pouvait se référer au sujet de son livre "La possibilité d’une île" : « Quelque chose d’assez morne. Des individus vivants isolés dans leurs cellules, sans contact physique avec leurs semblables, juste quelques échanges par ordinateur, allant décroissant. ».

Comme à son habitude, désabusé et un tantinet cynique, Michel Houellebecq fait d’abord part de son ennui : « Cette épidémie avait beau faire quelques milliers de morts tous les jours dans le monde, elle n’en produisait pas moins la curieuse impression d’être un non-événement. », allant jusqu’à presque reprocher au coronavirus SARS-CoV-2 d’être « aux conditions de survie mal connues, aux caractéristiques floues, tantôt bénin, tantôt mortel, même pas sexuellement transmissible : en somme, un virus sans qualités ». "Un virus sans qualités", voilà un titre de nouveau roman formidable et très houellebecquien…

Le cynisme du romancier se conjugue effectivement avec son ennui : « Il faut bien l’avouer : la plupart des emails échangés ces dernières semaines avaient pour premier objectif de vérifier que l’interlocuteur n’était pas mort, ni en passe de l’être. Mais, cette vérification faite, on essayait quand même de dire des choses intéressantes, ce qui n’était pas facile. ».

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Parmi les idées exprimées dans sa lettre, Michel Houellebecq rappelle que, contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’écrivain ne fait pas bon ménage avec le confinement pour une raison simple : il a besoin de marcher pour mettre en place ses idées. Ainsi, tout en arbitrant une "querelle" entre Flaubert et Nietzsche,il confirme : « Essayer d’écrire si l’on n’a pas la possibilité, dans la journée, de se livrer à plusieurs heures de marche à un rythme soutenu, est fortement à déconseiller : la tension nerveuse accumulée ne parvient pas à se dissoudre, les pensées et els images continuent de tourner douloureusement dans la pauvre tête de l’auteur, qui devient rapidement irritable, voire fou. ».

Pour Michel Houellebecq, il est faux de dire que tout va changer après la pandémie, il croit même le contraire, à savoir, que tout va s’accélérer dans la même direction qu’auparavant, dévoilant ainsi l’observateur lucide qu’il a toujours été : « Depuis pas mal d’années, l’ensemble des évolutions technologiques, qu’elles soient mineures (la vidéo à la demande, le paiement sans contact) ou majeures (le télétravail, les achats par Internet, les réseaux sociaux) ont eu pour principale conséquence (pour principal objectif ?) de diminuer les contacts matériels, et surtout humains. L’épidémie de coronavirus offre une magnifique raison d’être à cette tendance lourde : une certaine obsolescence qui semble frapper les relations humaines. ».

Citant Philippe Ariès, Michel Houellebecq détruit également le mythe selon lequel on aurait « redécouvert le tragique, la mort, la finitude, etc. ». Au contraire : « Jamais la mort n’aura été aussi discrète qu’en ces dernières semaines. Les gens meurent seuls dans leurs chambres d’hôpital ou d’EHPAD, on les enterre aussitôt (ou on les incinère ? L’incinération est davantage dans l’esprit du temps), sans convier personne, en secret. Morts sans qu’on en ait le moindre témoignage, les victimes se résument à une unité dans la statistique des morts quotidiennes, et l’angoisse qui se répand dans la population à mesure que le total augmente a quelque chose d’étrangement abstrait. ».

Et il la ramène aussi avec son humanisme réel (que j’avais pu déjà constater lors de la mort de Vincent Lambert et qui participe à ce que je l’apprécie et l’admire beaucoup), à propos des places en réanimation : « Jamais (…) on n’avait exprimé avec une aussi tranquille impudeur le fait que la vie de tous n’a pas la même valeur ; qu’à partir d’un certain âge (70, 75, 80 ans ?), c’est un peu comme si l’on était déjà mort. ».

C’est certain que la pandémie, la crise sanitaire et plus encore, le confinement (que peut faire un écrivain s’il est assigné à résidence et qu’il le vit mal, sinon écrire ?) vont apporter son lot de créations, livres, musiques, chansons, peut-être peintures, sculptures. Les bouquins seront nombreux, certains faciles, d’autres plus précieux, plus singuliers, avec un angle plus original que d’autres.

Comme il a toujours surfé avec la "contemporanité" de la société, observateur très fin de l’évolution sociologique de ses contemporains, comme l’avait si bien remarqué son ami Bernard Maris assassiné par les terroristes, Michel Houellebecq serait probablement parmi les premiers à servir à ses lecteurs avides et impatients (dont je suis) un nouveau roman à la sauce au coronavirus. Mais son cynisme pourra-t-il toutefois éviter de trop choquer ceux qui, soignants ou patients, ou leurs proches, auront été terriblement éprouvés par l’hécatombe ?

Même si lui-même ne croit pas à cette floraison littéraire ou artistique : « Je me suis posé vraiment la question, mais au fond je ne crois pas. Sur la peste, on a eu beaucoup de choses, au fil des siècles, la peste a beaucoup intéressé les écrivains. Là, j’ai des doutes. ». J’espère que ses doutes auront été vaincus…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 mai 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Lecture de la lettre de Michel Houellebecq sur France Inter (fichier audio).
Michel Houellebecq écrit à France Inter sur le virus sans qualités.
5 ans de Soumission.
Vincent Lambert au cœur de la civilisation humaine ?
Vivons tristes en attendant la mort !
"Sérotonine" de Michel Houellebecq.
Sérotonine, c’est ma copine !

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200504-houellebecq.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/michel-houellebecq-ecrit-a-france-223958

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/05/03/38258028.html




 

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3 mai 2020 7 03 /05 /mai /2020 14:31

Le romancier Michel Houellebecq a envoyé le 3 mai 2020 à France Inter une lettre qui a été lue par Augustin Trapenard à l'antenne le lendemain. Il s'exprime sur la pandémie du coronavirus SARS-CoV-2, sur le confinement et sur quelques belles paroles qu'il remet en place...

Cliquer sur le lien pour télécharger la lecture de la lettre (fichier audio .mp3) :
http://rf.proxycast.org/e120d3ed-c000-4cb1-870f-54cadbbc612f/20919-04.05.2020-ITEMA_22333659-0-1779455909.mp3

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200504-houellebecq.html

SR
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20200503-lettre-houellebecq.html


 

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1 mai 2020 5 01 /05 /mai /2020 08:49

« Ayez l’imagination de la couleur ! » (Gustave Moreau).


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Oui, les couleurs font entrer dans l'imaginaire. En ces temps de crise sanitaire, chaque déclaration gouvernementale est importante et scrutée, car il s’agit de savoir où l’on va. Le discours du Premier Ministre Édouard Philippe prononcé le 28 avril 2020 à l’Assemblée Nationale pour présenter son plan de déconfinement, particulièrement clair et lucide, précis et concret, a pourtant suscité des incompréhensions tant des médias que de la population.

Ce n’est pas nouveau. Après l’allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 13 avril 2020, tous les médias ont prétendu que le déconfinement se ferait sans les personnes âgées, qu’Emmanuel Macron allait obliger les personnes âgées à rester dans un confinement qui, psychologiquement, pourrait être pourtant très difficile à prolonger. Pourtant, il n’avait rien dit de cela, il avait seulement conseillé aux personnes dites à risques d’être prudentes : « Pour leur protection, nous demanderons aux personnes les plus vulnérables, aux personnes âgées, en situation de handicap sévère, aux personnes atteintes de maladies chroniques, de rester même après le 11 mai confinées, tout au moins dans un premier temps. ».

Après une mousse médiatique de deux jours, l’Élysée a été obligé d’éteindre cet incendie inutile en précisant qu’il n’était pas question de faire de discrimination par l’âge ou l’état de santé et qu’il ne s’agissait que d’une recommandation, pas d’une obligation. Insistons que, de toute façon, toute mesure discriminatoire serait immédiatement considérée comme anticonstitutionnelle. Et il n’y a pas le temps de réviser la Constitution juste pour prévoir le cas d’urgence sanitaire.

Cette même incompréhension des médias semble être en train de grossir comme un feu de paille qui prendrait, pour des discussions, là encore, bien inutiles : la carte des départements. Le Ministère des Solidarités et de la Santé a publié le 30 avril 2020 une carte des départements avec, oh surprise, non pas deux couleurs mais trois : rouge, orange et vert. Ces couleurs correspondent au niveau de circulation du coronavirus SARS-CoV-2 sur le territoire français selon un certain nombre d’indicateurs dont certains sont d’ailleurs contestables, comme le taux de malades du covid-19 en réanimation (or, si les autres malades ne viennent plus se faire soigner, ce taux peut donc être très élevé sans pour autant saturer le service de réanimation en question).

Comme prévu, le quart nord-est de la France est très touché par le virus, mais très vite, les polémiques se sont enflammées, la Haute-Corse ne comprend pas pourquoi elle est rouge, le Lot non plus… On dit qu’il y a eu des erreurs (c’est étonnant quand même qu’un document ministériel si attendu ne soit pas vérifié et revérifié pour éviter de pareilles erreurs) mais surtout, que c’est une carte dynamique et renouvelable, le virus pouvant évoluer dans sa capacité à circuler.

Cette carte, les journalistes la réclamaient intensément depuis le discours d’Édouard Philippe, et les couleurs vert et rouge sont évidemment très parlantes, avec, en arrière-fond, même si ce n’est pas dit, les départements "bons élèves" et les départements "mauvais élèves" (aucune idée de culpabilisation et de jugement de valeur ne peut évidemment être projeté sur un état de fait concernant l’épidémie).

Le 30 avril 2020, je voyais des "reportages" où les habitants d’un bout de département, à la frontière, s’inquiétaient parce que leurs parents étaient dans un autre département (de couleur différence), ou un enfant dans un lycée de l’autre côté de la frontière, ou leur lieu de travail, etc. Les couleurs, c’est parlant et c’est simple.

Pourtant, mettre des couleurs, c’est bien joli, mais cela ne sert à rien. Certes, cela, les médias ne semblent pas trop s’en apercevoir. Eux, ce qui compte, c’est l’audience et le sensationnel, et pour mettre du sensationnel, il vaut mieux diviser la population, les verts et les rouges (je suis rouge). D’ailleurs, manque de chance, il y a aussi des oranges (comme les feux tricolores), sortes de centristes de l’épidémie ?

Surtout, c’est inutile. Cela ne sert à rien de discuter sur les couleurs, parce qu’il n’y a pas beaucoup d’effets sur les mesures de déconfinement. Si les journalistes avaient bien écouté Édouard Philippe, voici ce qu’ils auraient compris : « Les parcs et jardins, si essentiels à l’équilibre de vie en ville, ne pourront ouvrir que dans les départements où le virus ne circule pas de façon active, les fameux "départements verts". ».

Ensuite, il a indiqué : « À partir de jeudi, le directeur général de la santé présentera tous les soirs la carte des résultats, département par département. Les départements s’en serviront pour préparer le 11 mai, en gardant à l’esprit que le confinement strict permet de ralentir la circulation du virus et de remettre sur pied le système hospitalier et qu’il est nécessaire d’instaurer un système de tests et de détection des cas contacts efficace. ».

Autre impact de la "couleur" des départements : « À partir du 18 mai, seulement dans les départements où la circulation est très faible, nous pourrons envisager d’ouvrir les collèges, en commençant par les classes de 6e et de 5e. ».

Relisez bien le discours d’Édouard Philippe (ici), ce sont les deux seuls impacts sur le déconfinement, l’ouverture des parcs et jardins publics et l’ouverture des collèges une semaine plus tard. Tout le reste, ce sont les mêmes règles qui prévalent sur tout le territoire, l’obligation de masque dans les transports en commun, la recommandation du télétravail, et l’interdiction de déplacement au-delà de 100 kilomètres du domicile, seule véritable contrainte qui nécessitera encore une attestation, pour réserver ces déplacements éloignés aux seuls impératifs professionnels et familiaux.

Comme on le voit, quelle que soit la couleur du département, tout le monde pourra se déplacer sans contrainte (c’est-à-dire sans attestation) lorsque les déplacements sont locaux, en gardant simplement à l’esprit les consignes des gestes barrières et de distanciation physique. Du coup, il n’y a pas de quoi en faire un "fromage", mais comme les médias en ont fait un élément majeur de compréhension du déconfinement, et comme les "gens" en général procèdent plus par logique qu’en étudiant à fond les discours ministériels, dès lors qu’on parle de départements "rouges" et de départements "verts" (ce qu’a fait, à mon avis avec erreur, Édouard Philippe), les "gens" se disent : vert, on peut se déconfiner ; rouge, on reste confinés. De quoi donc s’inquiéter d’habiter dans un département "rouge. Ce qui est faux, bien entendu.

Risible d’ailleurs, cette explication d’un supposé "expert" et journaliste (car il faut être "expert" pour décrypter un discours ministériel), il disait (encore jeudi soir, soit deux jours après le discours d’Édouard Philippe) que dans les départements verts, les parcs publics seraient rouverts, que les commerces seraient rouverts, mais il ne faudrait pas se déplacer à plus de 100 kilomètres. Quant aux départements rouges, les parcs resteront fermés, mais les commerces seront rouverts, etc. Bref, on avait l’impression de revoir le sketch des Inconnus donnant les différences entre un "chasseur" et un "chasseur"…

Probablement qu’il faudra un rectificatif dans la communication gouvernementale pour rappeler que le déconfinement est valable pour tous les départements français et que seulement deux éléments seront différents (parcs publics et collèges) selon les départements où le virus est encore très actif et les autres. Pourtant, le rôle des médias est de faire l’intermédiaire, de donner une bonne compréhension des décisions prises, et ici, il semble que c’est le contraire, que par leur seul objectif d’hystériser la population, car cela fait de l’audience, ils ont apporté de la confusion dans un processus qui paraissait pourtant assez clair. De la confusion et de l’anxiété.

Néanmoins, malgré ces réactions discutables des médias, si le message a du mal à être compris, à être reçu, c’est qu’il y a forcément une part de responsabilité dans l’émission du message. L’erreur d’Édouard Philippe a été sans doute d’avoir eu un discours trop "technocrate", c’est-à-dire, en donnant trop de détails techniques (pourtant très attendus) et pas de perspectives heureuses (exercice semble-t-il préempté par Emmanuel Macron).

Même s’il a insisté sur le fait que le gouvernement voulait faire confiance aux Français et à leur sens des responsabilités, Édouard Philippe aurait dû insister sur les efforts déjà accomplis par eux, sur le fait que les règles du confinement ont été très largement suivies, et que grâce à ces efforts, à nos efforts, le bout du tunnel était visible, qu’il y avait l’espérance d’observer une fin d’épidémie et de pouvoir retrouver une vie "normale" (même si ce n’est pas avant plusieurs mois). Cette lueur est ce qui aide à tenir. Dans l’obscurité totale, on flanche rapidement.

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Dans ce plan de déconfinement, l’un des indicateurs clefs reste la capacité hospitalière à prendre en charge tous les patients, malades du covid-19 ou pas, mais il aurait fallu ajouter un chapitre sur l’augmentation de l’offre de places hospitalières. La Chine a construit une dizaine d’hôpitaux temporaires pour prendre en charge les nombreux malades du covid-19. Certes, la France n’est pas capable de construire en dix jours un nouvel hôpital, mais en deux mois de confinement, elle aurait pu aussi mettre de nouveaux moyens pour accroître le nombre de places disponibles dans les départements à tension (les "rouges").

Mais restons dans la sémantique et terminons sur le fait que le Premier Ministre a employé un mot qui paraît à mon sens assez malheureux pour tenter de circonscrire toute nouvelle contamination : « Nous ne pourrons réussir que grâce à la mobilisation des professionnels de santé libéraux, notamment des médecins généralistes et des infirmiers libéraux. Ils constitueront d’une certaine manière la première ligne dans cette recherche de contacts pour tout ce qui concerne la cellule familiale. (…) En appui, les équipes de l’assurance-maladie s’occuperont de la démultiplication de cette démarche d’identification des cas contacts au-delà de la cellule familiale. Dans chaque département, nous constituerons des brigades chargées de remonter la liste des cas contacts, de les appeler, de les inviter à se faire tester en leur indiquant à quel endroit ils doivent se rendre, puis à vérifier que ces tests ont bien eu lieu et que leurs résultats donnent lieu à l‘application correcte de la doctrine nationale. ».

"Brigade", le mot est lâché ! Alors que le sujet est ultrasensible sur la capacité de l’État à avoir connaissance de la vie privée des personnes, notamment à partir d’une application smartphone qui n’est pas encore au point (StopCovid), le choix du mot "brigade" est évidemment malheureux car il renforce l’opinion de ceux qui craignent d’être "fliqués". Pourtant, il y avait d’autres possibilités, comme parler d’équipes mobiles pour désigner ceux qui, pour rompre la chaîne de contamination, sont bien obligés de rentrer dans la vie privée des personnes concernées. Qui, d’ailleurs, précisons-le, ont le droit en principe de refuser le dépistage. L’expérience du début de l’épidémie (la France avait fait ce type de démarche jusqu’à la troisième semaine de février 2020, ensuite, il y avait trop de cas pour pouvoir poursuivre par manque de tests) a montré que les personnes contacts ne refusent généralement pas d’être dépistées et, le cas échéant, d’être prises en charge, notamment pour éviter de contaminer elles-mêmes leur propre cercle familial.

C’est bien sûr facile de faire des recommandations de vocabulaire quand on observe et qu’on n’agit pas. Précisons qu’en France, le chef du gouvernement est l’une des personnalités politiques françaises qui est certainement celle qui met le plus d’effort à choisir ses mots, même lorsqu’il répond à l’improviste à une interpellation musclée d’un parlementaire. Édouard Philippe a toujours été très attentif aux choix des mots, car un mot malheureux peut créer une polémique totalement inutile (par incompréhension provenant soit d’une ambiguïté dans la formulation, soit d’une discrimination ressentie d’une certaine catégorie de personnes).

On ne peut pas dire que tous les dirigeants du monde aient cette même attention intelligente du choix des mots, et l’exemple le plus éloquent est celui du Président des États-Unis Donald Trump qui pourrait être responsable de nouvelles hécatombes sanitaires, comme l’absorption d’eau de Javel dans les poumons (idée stupide à ne suivre en aucun cas !)…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er mai 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Déconfinement : les départements verts et les départements rouges, la confusion des médias…
Didier Raoult, médecin ou gourou ?
Le déconfinement selon Édouard Philippe.
Covid-19 : le confinement a sauvé plus de 60 000 vies en France.
Du coronavirus dans les eaux usées ?
Le covid-19 n’est pas une "simple grippe"…

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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 03:58

« Hitchcock est (…) l’un des plus grands inventeurs de formes de toute l’histoire du cinéma. (…) À partir de cette forme, en fonction de sa rigueur même, tout un univers moral s’est élaboré. La forme, ici, n’enjolive pas le contenu, elle le crée. Tout Hitchcock tient en cette formule. » (Éric Rohmer et Claude Chabrol, 1957).


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Adulé par les réalisateurs de la "Nouvelle Vague", le maître du suspense au cinéma Alfred Hitchcock est mort il y a quarante ans, le 29 avril 1980 à Los Angeles, aux États-Unis. Réalisateur (et producteur) britannique (et américain à partir de 1955, après s’être installé à Los Angeles en mars 1939), il avait 80 ans, né quelques mois avant son siècle (le 13 août 1899) à Londres. Conteur exceptionnel, il était connu pour sa corpulence, son visage assez bouffi au flegme british et à l’autodérision mordante, un humour qu’il chérissait, et il savait s’insérer très discrètement dans ses films, dans des rôles dérisoires. Ses apparitions furtives (caméos) mettaient du sel dans ses ouvrages : « C’était strictement utilitaire, il fallait meubler l’écran. Plus tard, c’est devenu une superstition, et ensuite, c’est devenu un gag. Mais à présent, c’est un gag assez encombrant, et pour permettre aux gens de regarder le film tranquillement, je prends soin de me montrer ostensiblement dans les cinq premières minutes du film. » (1962 à François Truffaut, voir ce qui suit).

En août 1962, dans des entretiens avec François Truffaut, retranscrits dans un livre publié en 1966 (chez Robert Laffont), Alfred Hitchcock apportait quelques éléments de son secret : « La différence entre le suspense et la surprise est très simple. Nous sommes en train de parler, il y a peut-être une bombe sous cette table et notre conversation est très ordinaire, il ne se passe rien de spécial, et tout d’un coup, boum, explosion. Le public est surpris, mais avant qu’il ne l’ait été, on lui a montré une scène absolument ordinaire, dénuée d’intérêt. Maintenant, examinons le suspense. La bombe est sous la table et le public le sait, probablement parce qu’il a vu l’anarchiste la déposer. Le public sait que la bombe explosera à une heure et il sait qu’il est une heure moins le quart, il y a une horloge dans le décor ; la même conversation anodine devient tout à coup très intéressante parce que le public participe à la scène (…). Dans le premier cas, on a offert au public quinze secondes de surprise au moment de l’explosion. Dans le deuxième cas, nous lui offrons quinze minutes de suspense. ».

Inutile donc de dire que le faiseur de films qu’il était devenu était très friand de ce suspense, et son public aussi. Ses films ont beaucoup vieilli, déjà parce qu’ils sont souvent en noir et blanc (c’était souvent volontaire, parfois à cause d’un petit budget), ensuite parce qu’ils décrivent une société qui n’est plus la nôtre, avec deux voire trois générations en arrière. Le rythme est aussi beaucoup plus lent que maintenant. Mais justement, c’est cette lenteur qui alimente le suspense. Néanmoins, beaucoup de films à suspense récents reprennent les bonnes ficelles (pour ne pas dire cordes) de Hitchcock.

Pendant la guerre, Hitchcock était forcément du côté de la Résistance puisque britannique. Ainsi, sur demande du gouvernement britannique, Hitchcock a réalisé un court-métrage improbable de 32 minutes intitulé "Aventure malgache" et sorti en juin 1944 pour soutenir la Résistance française. L’histoire parle de Madagascar qui a oscillé entre la fidélité à Pétain et le refus d’être soumis aux nazis. La Grande-Bretagne libéra la Grande Île le 7 mai 1942.

Auteur de plus d’une soixantaine de longs-métrages, Alfred Hitchcock a réalisé son premier film en 1922, il avait une vingtaine d’années. Faisons un petit tour dans le musée Hitchcock avec quelques-uns de ses chefs-d’œuvre. J’indiquerai entre crochets le titre en version originale, souvent très différent de la version française.

Toutefois, je ne passe pas en revue tous les films connus, trop nombreux, je laisse ainsi de côté notamment "Rebecca" (27 mars 1940, avec Joan Fontaine), "Soupçons" (14 novembre 1941, avec Cary Grant et Joan Fontaine), "Cinquième colonne" (22 avril 1942, avec Robert Cummings), "L’ombre d’un doute" (12 janvier 1943), "La maison du docteur Edwardes" (31 octobre 1945, avec Ingrid Bergman et Gregory Peck), "Les Enchaînés" (15 août 1946, avec Cary Grant et Ingrid Bergman), etc.

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1. Dans "L’homme qui en savait trop" ["The Man who knew too much"] (9 décembre 1934), l’histoire se passe dans une station de sports d’hiver, à Saint-Moritz, en Suisse. Les victimes sont une petite famille tranquille de vacanciers, un couple et une fille. Cette famille est jetée sans ménagement dans une histoire d’attentat politique à Londres. Histoire de prise d’otage et de chantage. L’ambiance est très "vacances de ski". Une autre version (remake) a été réalisée par Hitchcock lui-même dans un autre cadre, à Marrakech, avec James Stewart et Doris Day, sorti le 20 avril 1956.

2. "La Corde" ["Rope"] (23 août 1948), avec James Stewart, est probablement le premier film totalement hitchcockien en ce sens où il n’y a quasiment qu’une seule unité de temps et une seule unité de lieu. Comme à son habitude, cela pourrait être du théâtre (d’ailleurs, ce film est l’adaptation d’une pièce de Patrick Hamilton). L’idée de l’histoire est très originale : deux étudiants, l’un cynique et l’autre stressé, tuent un de leur camarade selon une thèse philosophique foireuse d’un de leurs professeurs. Par provocation, ils invitent ensuite à dîner la famille de la victime ainsi que leur professeur en présence même du corps de l’infortuné. Un scénario qui a toutes les vertus pour mettre le suspense en crescendo : le corps va-t-il être découvert ?

3. "Le crime était presque parfait" ["Dial M fort Murder"] (29 mai 1954), un des tout premiers films sortis en 3D !, avec Grace Kelly, Ray Milland et Robert Cummings, serait presque un film policier ordinaire si Hitchcock n’y avait pas mis tout son talent tant dans le suspense que dans les rebondissements. Le principe des petits détails qui conduisent aux preuves a beaucoup influencé les films policiers et séries policières qui ont suivi.

4. Film atypique, "Fenêtre sur cour" ["Rear Window"] (1er août 1954), avec Grace Kelly et James Stewart, met le spectateur dans une situation rêvée, celle du mateur voyeur. Mais très vite, il va se sentir de plus en plus gêné. James Stewart est bloqué avec une jambe dans le plâtre et observe les fenêtres de l’immeuble en face au point de s’en faire un film, celui d’un meurtre. En fait, c’est Hitchcock qui en a fait un film ! L’idée principale du film a inspiré beaucoup de réalisateurs par la suite.

5. Dans "La main au collet" ["To catch the Thief"] (5 août 1955), avec Cary Grant, Grace Kelly et Charles Vanel, Hitchcock montre (une nouvelle fois) sa connaissance et son intérêt pour la France avec une histoire d’ancien cambrioleur qui fut résistant et qui se fait imiter par un autre cambrioleur. Pourchassé par la police, l’ancien résistant s’enfuit pour trouver le vrai coupable des cambriolages.

6. "Mais qui a tué Harry ?" ["The trouble with Harry"] (13 avril 1955), avec Shirley MacLaine et John Forsythe, est un film particulier pour Hitchcock qui privilégie ici plus le côté surréaliste et humoristique d’une situation absurde (découverte d’un cadavre encombrant) que le suspense habituellement présent dans ses films.

7. "Sueurs froides" ["Vertigo"] (9 mai 1958), avec James Stewart et Kim Novak, est un savant mélange de suspense psychologique et criminel, une machination très sophistiquée et surtout, une fameuse scène, celle de la montée du clocher en plein soleil caniculaire et du vertige du héros. Encore une histoire qui raconte une tentative de crime parfait, ici camouflée en suicide pour cause de dépression nerveuse.

8. "La mort aux trousses" ["North by Northwest"] (17 juillet 1959), avec Cary Grant et Eva Marie Saint, est un film très connu et emblématique de Hitchcock. Pris pour un autre (George Kaplan, un agent secret), le héros subit un grand nombre de mésaventures, dont cette fameuse scène où il court dans les champs, poursuivi par un biplan qui le mitraille. Initialement, Cary Grant avait refusé le rôle à Hitchcock car il voulait prendre sa retraite, mais, même s’il n’a pas compris tout au moment du tournage, il n’a pas regretté de lui avoir cédé, puisque le film a connu un très grand succès (au point qu’il a même été au programme du baccalauréat littéraire en France en 2008).

9. Autre film très célèbre, "Psychose" ["Psycho"] (16 juin 1960), avec Anthony Perkins (à l’époque peu connu, 27 ans) et Janet Leigh (déjà star), et avec la musique composée du musicien habituel de Hitchcock, Bernard Herrmann, donne au spectateur un véritable malaise, un malaise qui va croissant. L’héroïne s’arrête dans un motel au milieu de nulle part dans la nuit, en plein orage. Dans la drôle de maison du gérant du motel, d’étranges mouvements ont lieu à l’intérieur avec des cris. La scène de la douche dans la chambre du motel est sans doute la scène la plus exemplaire du suspense au cinéma. Une histoire très éloquente de dédoublement de la personnalité (avec deux cadavres) qui apporte un dénouement inattendu pour ceux qui ne l’ont encore jamais vu.

10. Encore plus emblématique, "Les Oiseaux" ["The Birds"] (28 mars 1963), avec Rod Taylor, Tippi Hedren et Jessica Tandy, est pour moi le sommet de l’art hitchcockien. Le film s’inspire d’une nouvelle de Daphne du Maurier. Hitchcock a voulu faire d’éléments totalement inoffensifs, ici des oiseaux, nombreux et ordinaires en ville comme à la campagne, a voulu en faire de nouveaux ennemis. Et rien ne dit alors, c’est aussi l’un des sujets du film, que l’espèce humaine gagne face aux oiseaux (qui sont les descendants des dinosaures). La clef du succès, voulue par Hitchcock, c’est de ne donner aucune clef, aucune explication sur la motivation des oiseaux à attaquer les humains. Ce mystère nourrit l’angoisse jusqu’à la fin du film. Une fois le film terminé, le spectateur reste alors frustré, avec un goût d’amertume dans ses émotions et pourrait voir les oiseaux d’une nouvelle manière. Au-delà de l’histoire, au contraire de "La Corde" et de nombreux autres de ses films, même "Psychose", Hitchcock propose de nombreux plans différents, de très beaux paysages, des photographies devenues "clichés" aujourd’hui, qui donnent au film un aspect esthétique très achevé. La musique est également essentielle, le trautonium d’Oskar Sala a été mis à contribution avec les compositeurs Remi Gassmann et Bernard Herrmann. L’avant-première française a eu lieu au Festival de Cannes avec cette présentation : « Ce n’est pas le lâcher de quelques pigeons débonnaires, ni le charme de son interprète Tippi Hedren qui pourront atténuer l’impression d’horreur ressentie à la présentation de son film "Les Oiseaux". ». Quant à Hitchcock, il disait dès le 6 janvier 1963 : « On pourrait dire que le thème des "Oiseaux" est l’excès d’autosatisfaction qu’on observe dans le monde : les gens sont inconscients des catastrophes qui nous menacent. ».

11. "Pas de printemps pour Marnie" ["Marnie"] (9 juillet 1964), avec Tippi Hedren, Sean Connery et Diane Baker, a eu beaucoup moins de succès que le précédent lors de sa sortie à l’époque. Pourtant, le scénario est également très sophistiqué avec une lente progression du mystère et du suspense. Une histoire avec une femme psychotique et kleptomane et un employeur devenu mari, amoureux et intrigué et soupçonneux. Hitchcock : « Si j’avais (…) utilisé le procédé du monologue intérieur, on aurait entendu Sean Connery se dire à lui-même : "Je souhaite qu’elle se dépêche de commettre un nouveau vol afin que je puisse la prendre sur le fait et la posséder enfin". De cette manière, j’aurais obtenu un double suspense. Nous aurions filmé Marnie du point de vue de Mark et nous aurions montré sa satisfaction lorsqu’il voit la fille commettre son vol. (…) J’ai bien pensé construire l’histoire de cette façon ; j’aurais montré cet homme regardant et même contemplant secrètement un véritable vol. Ensuite, il aurait suivi Marnie la voleuse, l’aurait attrapée en feignant d’avoir retrouvé sa trace et il se serait emparé d’elle en jouant l’homme outragé. ».

12. "Le Rideau déchiré" ["Torn Curtain"] (14 juillet 1966), avec Paul Newman et Julie Andrews, est un film d’espionnage initialement assez "classique" pour la période de la guerre froide. Le héros est un physicien américain qui rompt avec sa fiancée pour se réfugier à Berlin pour s’entretenir avec des scientifiques est-allemands spécialisés en énergie nucléaire. Tout cela dans une ambiance berlinoise avec des gros clichés antisoviétiques visant à s’en moquer.

13. Le film "L’Étau" ["Topaz"] (19 décembre 1969), avec Frederick Stafford, Dany Robin, Karin Dor, John Forsythe, aussi Claude Jade, Michel Piccoli, Philippe Noiret, Michel Subor, etc. reprend aussi le thème de l’espionnage dans une période de guerre froide entre Est et Ouest sur fond de crise des missiles à Cuba. Les Français ici n’ont pas les meilleurs rôles puisqu’il s’agit de traîtres à la solde de l’URSS qui trahissent aussi les agents de renseignement américains. Hitchcock tenait à tourner avec Philippe Noiret qui a alors dû jouer avec une béquille car il avait eu un accident.

14. "Frenzy" ["Frenzy"] (19 mai 1972), avec Jon Finch, Barbara Leigh-Hunt, Anna Massey et Barry Foster, est une histoire d’assassinat dans un bureau. Une femme, patronne, est étranglée avec une cravate et son ex-mari chômeur et alcoolique (le héros) est soupçonné. Une amie l’aide à fuir. Le héros cherche de l’aide auprès d’un ami qui est en fait le véritable assassin (le suspense est là puisque le spectateur connaît l’assassin). Avant-dernier film de Hitchcock, c’est aussi le premier et l’unique à montrer des scènes de nudité. Roman Polanski a réalisé "Frantic" (sorti le 26 février 1988), avec Harrison Ford et Emmanuel Seigner, en hommage à ce film.

S’il fallait sélectionner seulement trois films à hisser sur le podium hitchcockien, je placerais sans originalité (je pense) en numéro un "Les Oiseaux", en numéro deux "Psychose" et enfin, en numéro trois "Sueurs froides". C’est un choix personnel arbitraire, mais je ne pense pas être le seul à pour faire un tel choix, tant ces trois films sont de véritables chefs-d’œuvre… même si "La mort aux trousses" ne devrait pas se placer très loin.

Régulièrement, la chaîne franco-allemande Arte rediffuse des films d’Alfred Hitchcock à différentes heures de la journée ou de la nuit. Il faut en profiter car décidément, ces films sont devenus hors du temps, et par conséquent, très peu à la mode. La période de confinement pourrait même être l’occasion de se faire une petite cure hitchcockienne, à défaut de sortir du cauchemar du coronavirus.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 avril 2020)
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Pour aller plus loin :
Alfred Hitchcock.
Jean Carmet.
Éric Rohmer.
Suzy Delair.
Kirk Douglas.
Jean Ferrat.
Roman Polanski.
Michèle Morgan.
Miou-Miaou.
Juliette Gréco.
Marina Foïs.
"Le Cercle des Poètes disparus".
Robin Williams.
Suzy Delair.
Michel Piccoli.
Gérard Oury.
Pierre Arditi.
"J’accuse" de Roman Polanski.
Faut-il boycotter Roman Polanski ?
Adèle Haenel.
Michel Bouquet.
Daniel Prévost.
Coluche.
Sim.
Marie Dubois.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 03:46

« Celui qui dit qu’il est arrivé, c’est qu’il n’est pas allé bien loin. » (Jean Carmet).



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L’acteur français Jean Carmet est né il y a 100 ans, le 25 avril 1920. Comme d’autres, il avait 20 ans en 1940. C’est toujours impressionnant de se retrouver dans cette génération à une époque si troublée. Il a quitté ses études et est monté à Paris, il a travaillé dans des théâtres. Grande carrière au théâtre, au cinéma et à la télévision. Il aurait dû jouer le personnage de Michel Serrault dans "Le bonheur est dans le pré" réalisé par Étienne Chatilliez, mais il est mort le 20 avril 1994, à quelques jours de ses 74 ans.

Pour les plus de 35 ans, impossible de ne pas connaître Jean Carmet, présent dans plus de deux cents films au cinéma sans compter les nombreux téléfilms. Pour les plus jeunes, la rediffusion de films anciens devrait suffire à le faire connaître.

À l’écran, il incarnait typiquement le "beauf au grand cœur". Il n’était pas vraiment beauf dans la vraie vie mais il avait un grand cœur assurément. Il y avait d’abord sa physionomie, qui, avec l’âge, est devenu une véritable caricature, un peu maladroit, un peu gauche, l’œil pas très à l’aise. Un esprit comique révélé très naturellement. Il avait le look du "beauf" comme d’autres pouvaient avoir le look du "Français moyen" (exemple, Jacques Marin).

Certes, de tous ces films, certains n’ont pas brillé pour leur finesse et disons-le même, certains étaient même des navets, même si certains navets se mangent en soupe, comme "La soupe aux choux", réalisé par Jean Girault (sorti le 2 décembre 1981), dont l’adaptation est particulièrement pourrie mais qui permet de revoir le duo Louis de Funès (son avant-dernier film) et Jean Carmet, voire trio en rajoutant Jacques Villeret. Picorons alors ici le cinéma de Jean Carmet.

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Il a commencé par le théâtre à 20 ans, a rapidement fait des petits rôles pour le cinéma, mais sa notoriété a fait un bond lors de la sortie, le 6 décembre 1972 (il a déjà 52 ans !), de l’excellent film comique "Le Grand Blond avec une chaussure noire". Jean Carmet est l’ami de Pierre Richard (qui a une liaison avec sa femme), aux côtés de Mireille Darc, Bernard Blier et Jean Rochefort. Jean Carmet campe un personnage assez naïf, petit, aveugle, incapable de s’adapter à des situations exceptionnelles. Il fait parfois plus rire que l’acteur principal en titre, Pierre Richard (le réalisateur Yves Robert a dû insister pour avoir Pierre Richard et Jean Carmet, que certains producteurs voulaient remplacer par Claude Rich et Jean Lefebvre).

À partir de ce film devenu "culte", Jean Carmet a multiplié les seconds rôles à vocation comique. Le film qui l’a hissé au rôle principal ne lui a pas fait jouer un personnage très sympathique : "Dupont Lajoie", réalisé par Yves Boisset (sorti le 25 février 1975), film qui, lui aussi, a fait date, plus sociologiquement voire politiquement que culturellement. Aux côtés notamment de Pierre Tornade, Jean Bouise, Isabelle Huppert, Jean-Pierre Marielle, Jacques Villeret, Victor Lanoux, etc., Jean Carmet est un vacancier habitué, avec sa petite famille, à un camping du Sud, au bord de la mer. Le scénario raconte un viol suivi d’un meurtre sur fond de racisme, le crime est commis par un prétendu "bon Français" qui fait accuser des travailleurs immigrés algériens. Des campeurs voulant faire justice eux-mêmes tuent l’un des Algériens. Les pouvoirs publics noient l’affaire pour éviter des émeutes racistes.

Autre film majeur pour Jean Carmet, "Le Sucre", réalisé par Jacques Rouffio (sorti le 15 novembre 1978), où il est le personnage principal, le petit boursicoteur qui se fait escroquer par le grand spéculateur Gérard Depardieu, aux côtés d’autres personnages tout aussi cyniques joués par Michel Piccoli, Roger Hanin, Claude Piéplu, etc. Ce film très intéressant pour comprendre et populariser le mécanisme boursier lui a valu sa première nomination au César.

Dans ces années 1970, Jean Carmet s’est donc installé en contre-héros reconnu. Il joue aussi dans un film insolite, aux répliques absurdes, "Buffet froid", réalisé par Bertrand Blier (sorti le 19 décembre 1979), aux côtés de Bernard Blier et Gérard Depardieu (et aussi Michel Serrault). Là encore, il n’a pas le beau rôle mais il montre sa grande capacité à faire de l’humour très british, somme toute.

Dans "Les Misérables" réalisé par Robert Hossein (sorti le 20 octobre 1982), comment éviter Jean Carmet en Thénardier ? Dupont Lajoie était cafetier quelques années plus tôt. Le rôle de Jean Valjean est alors pour Lino Ventura et celui de Javert pour Michel Bouquet. César du meilleur acteur de second rôle.

Jean Carmet intervient peu dans le célèbre film "Les Fugitifs" réalisé par Francis Veber (sorti le 17 décembre 1986), qui met en avant le duo Pierre Richard et Gérard Depardieu (un duo qui a bien déjà fonctionné dans "La Chèvre"), mais il est difficile de ne pas éclater de rire quand on le voit en vétérinaire retraité et solitaire, à la limite de la dépression (il a été même nommé pour le César du meilleur second rôle). À noter que le personnage du commissaire fut joué par l’acteur Maurice Barrier qui est mort du covid-19 le 12 avril 2020 en Bourgogne à l’âge de 87 ans.

Je termine ma sélection personnelle et totalement arbitraire par le fameux "Roulez jeunesse !", réalisé par Jacques Fansten (sorti le 28 avril 1993), l’un des derniers films auxquels il participa (avec "Germinal" de Claude Berri), où il tient le rôle principal aux côtés de Daniel Gélin (avec la participation notamment de l’adorable Gisèle Casadesus). Ce film donne une autre vision (que celle d’aujourd’hui) des …EHPAD !

Mine de rien, bien qu’antistar, Jean Carmet a été largement reconnu de son vivant par la profession, puisqu’il a reçu trois Césars, dont un d’honneur pour l’ensemble de sa carrière, remis en 1994 par son grand ami Gérard Depardieu (et il fut nommé à quatre autres occasions pour les Césars). Dans ses rôles, on a tendance à l’identifier non pas à un membre de la famille (ni oncle, ni cousin), mais plutôt à un voisin, un peu distant mais "en même temps" très chaleureux, qu’on n’envie pas mais qui peut aider et secourir, parler pour éviter la déprime.

Pierre Tchernia lui a rendu un grand hommage dans un documentaire diffusé le 17 avril 1997 sur Canal Plus, et la ville de Moulins l’honore régulièrement avec son Festival Jean Carmet qui récompense la deuxième semaine d’octobre les seconds rôles et les jeunes espoirs. Parmi les lauréats de ce festival, on peut citer Catherine Frot (1996), Jean-Pierre Darroussin (1996), Patrick Chesnais (1997), Sylvie Testud (2000), Stéphane Guillon (2001), Rufus (2003), Gilbert Melki (2006), Bernard Menez (2014), Diane Rouxel (2015), Laetitia Dosch (2016), Lucie Debay (2018), Anaïs Demoustier (2019), etc. En raison de la crise sanitaire, je ne sais pas si l’édition d’octobre 2020 sera organisée.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 avril 2020)
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Pour aller plus loin :
Alfred Hitchcock.
Jean Carmet.
Éric Rohmer.
Suzy Delair.
Kirk Douglas.
Jean Ferrat.
Roman Polanski.
Michèle Morgan.
Miou-Miaou.
Juliette Gréco.
Marina Foïs.
"Le Cercle des Poètes disparus".
Robin Williams.
Suzy Delair.
Michel Piccoli.
Gérard Oury.
Pierre Arditi.
"J’accuse" de Roman Polanski.
Faut-il boycotter Roman Polanski ?
Adèle Haenel.
Michel Bouquet.
Daniel Prévost.
Coluche.
Sim.
Marie Dubois.
Brigitte Bardot.
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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 01:54

« Coucher avec un vieux, quelle horreur ! Mais avec un jeune, quel travail ! »



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Ce vendredi 29 juillet 2016, la comédienne Alice Sapritch aurait franchi le centenaire. Elle n'aurait pas été la première. En fait, connue pour son âge "avancé", en en faisant même sa marque de fabrique (aux "Grosses Têtes" de Philippe Bouvard, sur RTL, elle répondait systématiquement « T’occupe ! » quand on lui parlait de son âge), cela surprend que ce centenaire n’ait pas été atteint depuis longtemps !

Avec ses airs un peu revêches, Alice Sapritch, morte d’un cancer à 73 ans le 24 mars 1990 à Paris, manque au cinéma et au théâtre. D’une allure qui pourrait être un mélange de Margaret Thatcher et de Marie-France Garaud, tenant haut le verbe, elle pratiquait l’autodérision à un très haut degré de fantaisie. Son principal imitateur, Thierry Le Luron, ne la ratait d’ailleurs jamais dans chacun de ses spectacles.


Trois prestations mémorables

Je l’ai "connue" (façon de parler !!) dans la fameuse adaptation à la télévision du roman autobiographique d’Hervé Bazin "Vipère au poing". Le roman fut publié en juin 1948 et le téléfilm réalisé par Pierre Cardinal a été diffusé la première fois le 14 septembre 1971. J’avais lu le roman avant de voir le film (j’ai vu le film plutôt aux débuts des années 1980), qui raconte la lutte entre une mère sans amour, appelée Folcoche par ses enfants (folle et cochonne), et Brasse-Bouillon, le fils qui lui résistait. Alice Sapritch, loin de tout humour, campait cette dame hautaine à la perfection, et c’est rare de voir une adaptation qui corresponde aussi parfaitement à l’imagination que suscite la lecture du livre.

L’année 1971 fut d’ailleurs l’année de la révélation au grand public pour Alice Sapritch (elle avait alors déjà 55 ans !) avec son rôle de Folcoche dans ce téléfilm, et aussi avec son rôle, là aussi secondaire (les héros sont Yves Montand, le valet, et Louis de Funès, le ministre déchu), de gouvernante nymphomane dans le film qui a connu un grand succès (5,6 millions d’entrées en France) "La folie des grandeurs" réalisé par Gérard Oury et sorti le 7 décembre 1971, une adaptation très libre et humoristique de la pièce "Ruy Blas" de Victor Hugo transformée en grosse farce.

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La scène, à la fin, du striptease d’Alice Sapritch devant Yves Montand (initialement, le scénario avait été écrit pour Bourvil qui est mort entre temps) est une pépite du cinéma français, d’autant plus qu’il a fallu convaincre la grande actrice de se déshabiller (certaines plans furent néanmoins doublés par Sophia Palladium, une vraie stripteaseuse qui était légèrement plus mince).

Alice Sapritch a marqué un autre téléfilm, "L’affaire Marie Besnard", réalisé par Frédéric Pottecher et Yves-André Hubert, et diffusé pour la première fois sur TF1 les 12 et 19 avril 1986, en prenant, aux côtés de Bernard Fresson, le rôle principal, celui de la supposée "empoisonneuse de Loudun" qui est morte quelques années avant ce film, à 83 ans le 14 février 1980.

Marie Besnard avait été arrêtée le 21 juillet 1949 pour douze meurtres par empoisonnement à l’arsenic qui auraient été commis entre le 1er juillet 1927 et le 16 janvier 1949, dont son mari, mort le 25 octobre 1947, ses parents et ses beaux-parents. Dans les prélèvements des douze corps, on avait retrouvé de l’arsenic en quantités non négligeables. Elle risquait la peine de mort (elle fut soutenue par Charles Trenet), et elle fut acquittée le 12 décembre 1961 par la cour d’assises de la Gironde au bénéfice du doute, l’un des experts, spécialiste de l’étude des sols, avait ébranlé la certitude des jurés : « Vous avez enterré vos morts dans une réserve d’arsenic ! ».

Durant les années 1950, l’affaire judiciaire fut aussi passionnelle et médiatisée que l’affaire Grégory et la diffusion de ce téléfilm en avril 1986 fut également un événement médiatique important. Alice Sapritch fut, là aussi, comme avec Folcoche, très crédible en Marie Besnard. Elle a obtenu pour ce rôle la seule récompense de sa carrière (ce qui est un peu injuste), un 7 d’or de la meilleure comédienne en 1986 (l’attribution des 7 d’or avait commencé seulement en 1985).


Seconds rôles

Née le 29 juillet 1916 dans ce qui était encore l’empire ottoman, et d’origine arménienne (on sait ce que cela signifie à cette époque), Alice Sapritch a passé toute son enfance à Istanbul avant d’émigrer à Bruxelles puis à Paris où elle a suivi des cours de théâtre au Cours Simon et au Conservatoire.

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À la Libération, elle était amoureuse de l’écrivain Robert Brasillach qui fut exécuté pour collaboration, et finalement, elle épousa le 27 septembre 1950 Guillaume Hanoteau, ancien avocat recyclé dans l’écriture, le journalisme ("Paris Match", RTL) et la chronique mondaine (il fut aussi acteur et joua dans le film "Le bon plaisir" de Francis Girod), mari qu’elle quitta vingt années plus tard (en 1971).

Alice Sapritch a multiplié les rôles secondaires, tant au cinéma (de 1950 à 1985) qu’à la télévision (de 1961 à 1989), et avait commencé par le théâtre (de 1949 à 1984). Sa première représentation était dans une pièce de son futur époux Guillaume Hanoteau et elle a joué aussi dans des pièces de Gabriel Marcel, Eschyle, Jean Tardieu, Fiodor Dostoïevski, Eugène Ionesco, et même Gotlib.


Pour la revoir

Pour rendre hommage à Alice Sapritch, je propose ici quelques courts extraits de ses deux prestations éclatantes de 1971, ainsi que des interviews et imitations.


1. Téléfilm "Vipère au point" (1971)

La scène de l’arrivée de la mère sans émotion pour ses enfants qu’elle n’a pas vus depuis longtemps est assez représentative de la psychologie de Folcoche.



Lors d’un repas familial, la guerre d’usure se poursuit dans la confrontation du regard de Brasse-Bouillon que Folcoche finit par interrompre.




2. Film "La folie des grandeurs" (1971)

La scène mémorable de l’effeuillage d’Alice Sapritch devant Yves Montand est un véritable exploit : malgré son physique particulier, aux traits sévères, la comédienne est parvenue à se rendre attirante et sexy.




3. Émission télévisée "Le jeu de la vérité"

Le 30 mai 1986, Alice Sapritch répondait aux questions des téléspectateurs lors de l’émission "Le jeu de la vérité" animée par Patrick Sabatier. Parmi les questions, celle, peu délicate, d’un téléspectateur qui s’étonnait de sa fréquentation des homosexuels.

Ne manquant pas d’humour, elle a alors répondu avec un grand esprit de répartie et expliqua que les homosexuels étaient des êtres drôles, célibataires et ont une voiture, et elle a confessé qu’elle n’avait pas de chauffeur et que ses amis homosexuels étaient donc bien indiqués pour ses trajets personnels : « Pendant que l’un gare la voiture, l’autre ouvre la portière ! ».




4. Avec Thierry Le Luron

Alice Sapritch fut la victime récurrente de l’imitateur Thierry Le Luron qui était souvent féroce avec elle.

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Dans une émission diffusée le 10 mai 1977, Thierry Le Luron, avec la voix de Philippe Bouvard, a interviewé la vraie Alice Sapritch et s’inquiétait de sa sexualité. L’actrice confiait qu’elle ne se promenait pas en métro à Paris mais en bus, en faisant remarquer : « Il y a d’autres personnes mieux qualifiées que moi pour être agressées. ». Et son dernier conseil à l’adresse des jeunes : « Baisez et n’en parlez plus ! ».



Enfin, Thierry Le Luron, prenant le rôle d’Alice Sapritch, a répondu le 8 janvier 1983 aux questions de l’animateur Michel Drucker. Il était allongé sur une banquette, avec un turban sur la tête et maniait le très long fume-cigarette (cigarette allumée il me semble).




Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 juillet 2016)
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Pour aller plus loin :
Alice Sapritch.
Coluche.
Eugène Ionesco.
Gotlib.
Une comédienne centenaire...
Charles Trenet.
Yves Montand.
Gérard Depardieu.
Michel Galabru.
Bernard Blier.
Pierre Dac.
Thierry Le Luron.

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21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 08:26

« Pour moi, il y a plus de mise en scène cinématographique lorsque je fais parler des gens que si je montre quelqu’un qui tire un coup de pistolet ou qui joue à James Bond. » (Éric Rohmer, "Libération", 17 mars 2004).




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Le réalisateur Éric Rohmer est né il y a un siècle, le 21 mars 1920, en Corrèze (à Tulle). D’un naturel plutôt réservé et consciencieux, Éric Rohmer (qui est mort il y a dix ans, à Paris le 11 janvier 2010, un peu avant ses 90 ans) a rarement voulu se fondre au star-system. Par exemple, il ne participait jamais aux cérémonies (festivals, etc.) et ne voulait pas être connu ni placé dans la lumière qui lui briderait sa liberté individuelle. Paradoxalement, encouragé par Claude Lévi-Strauss, il a failli être candidat à l’Académie française puis s’est ravisé.

Élève en prépa au lycée Henri-IV à Paris (il a eu Alain comme professeur de philosophie) et séduit par Balzac et Proust, Éric Rohmer a échoué au concours de Normale Sup. le 29 novembre 1940 puis à l'agrégation de lettres classiques. Il commença sa vie active comme professeur certifié avec l'ambition de devenir romancier, avant de proposer des critiques de cinéma.

Il faisait partie du cinéma de la Nouvelle Vague, à l’instar des François Truffaut, Jean-Luc Godard, Jacques Rivette, Claude Chabrol… Un peu en avance sur ce centenaire, la Cinémathèque française a proposé la diffusion de l’intégrale de ses films du 9 janvier 2019 au 11 février 2019. En 2006, Marc Godin avait rencontré Éric Rohmer : « Nos dieux étaient Hitchcock, sur qui j’ai écrit un livre avec Chabrol, et Howard Hawks. À ce moment, nous avions un principe, énoncé par Truffaut, qui était la politique des auteurs : on n’admirait pas un film, mais l’ensemble de l’œuvre d’un auteur. (…) J’ai également beaucoup aimé Renoir, Griffith (…) mais surtout Murnau. » ("See-Mag").

Ses films concernent avant tout l’amour, la séduction, la rencontre amoureuse. Ils sont souvent pleins de fraîcheur, de spontanéité. Pour "Le Rayon vert", il a même laissé les acteurs improviser, ce qui n’était pas dans ses habitudes. Éric Rohmer tenait en effet à ce que l’écriture soit très réfléchie et plus généralement, il cherchait à ce que son œuvre cinématographique soit très construite. J’ai par exemple adoré "Pauline à la plage" (sorti le 23 mars 1983), avec Amanda Langlet et Simon de La Brosse, film qui faisait partie de sa série "Comédies et proverbes" avec cette devise : "Qui trop parole, il se mesfait", de Chrétien de Troyes.

Jacques Siclier a décrit la méthode dans "Télérama" le 16 août 2003 pour "Pauline à la plage" : « Rohmer a filmé ici en romancier. Ses personnages se déplacent dans un univers limité (…). Les images de Nestor Almendros [le photographe] obéissent au style de Rohmer : strictement narratives, mais inséparables d’une stratégie de la parole organisée par le cinéaste (…). Le film, remarquablement interprété, enthousiasme par la subtilité et la rapidité des enchaînements de situations. Rohmer mène les personnages jusqu'au bout de la partie, avec une jubilation évidente dans l’expression verbale. ».











En même temps, Éric Rohmer continuait à utiliser des moyens souvent modestes pour donner une sorte d’ambiance documentaire ou d’amateur (au début, par manque d’investisseurs, ensuite par liberté). C’est ce qu’a rappelé Antoine Guillot sur France Culture le 5 janvier 2019 dans "Plan large" : « Par une économie de moyens, qui était à la fois affaire de morale et d’éthique de travail, Éric Rohmer a su créer les conditions de son indépendance et de sa liberté absolue, pour dresser, en moraliste puritain qu’il était, un portrait des mœurs de la société française et de la sa comédie humaine qui, loin de l’image intello-parisianiste qu’on a voulu lui coller, a su rencontrer un large et fervent public. ».

Sa notoriété internationale a commencé avec "Ma nuit chez Maud" (sorti le 4 juin 1969 et nommé pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère) avec la participation de Françoise Fabian, Jean-Louis Trintignant, Antoine Vitez et Marie-Christine Barrault, film excellent selon le critique Guy Teisseire : « Le meilleur compliment qu’on puisse faire à Éric Rohmer est d’avoir réalisé (…) un film parlant. J’entends par là le contraire d’un film bavard où le texte servirait à combler les vides : c’est-à-dire une œuvre éloquente où les silences sont ressentis comme des manques tant l’intelligence du propos est constante. » ("L’Aurore", le 16 mai 1969).








"Ma nuit chez Maud" faisait partie de la série des "Contes moraux". Il fut le film d’Éric Rohmer qui a eu le plus de succès en salles (plus d’un million d’entrées), tandis que les autres dépassaient très rarement les 500 000 entrées, et certains avaient même moins de 100 000 entrées, mais cela ne l’a pas empêché d’avoir su gagner un public fidèle : ses 25 films au cinéma ont totalisé 8 millions d’entrées. Éric Rohmer a aussi réalisé durant les années 1990 une excellente série de quatre films "Contes des quatre saisons", un conte par saison.

Par exemple, l’excellent "Conte d’été" (sorti le 5 juin 1996), avec Melvil Poupaud, Amanda Langlet, Gwenaëlle Simon et Aurélia Nolin. Un garçon dans un "jeu" avec trois filles, dans des relations compliquées et impossibles, à propos duquel Dominique Marchais a commenté, dans "Les Inrockuptibles" le 30 novembre 1995 : « Filmer le plus simplement du monde des gens qui disent des choses compliquées, voilà bien le génie de Rohmer. Si son cinéma est bavard, c’est parce qu’il fait de la parole, et de sa nécessaire inadéquation avec ce qu’elle cherche à exprimer, son unique objet. S’il apparaît banal, c’est qu’il a pour unique héros l’homme ordinaire. Et ce que l’on a souvent appelé "hasard" chez lui n’est rien d’autre qu’une extraordinaire confiance dans la diversité, la multiplicité, la profondeur de la vie. L’éthique qui en résulte est la valorisation d’un pragmatisme qui saurait composer avec des éléments sans cesse changeants. » (1996).








Si le réalisateur appréciait beaucoup Jean-Louis Trintignant et Jean-Claude Brialy, il a souvent préféré des acteurs moins connus et plus tournés vers le théâtre. On peut citer Fabriche Luchini et Arielle Dombasle, également Pascale Ogier (qui est morte très jeune, peu après la sortie de "La Nuit de la pleine lune"). En août 1993, l’une des actrices, Emmanuelle Chaulet, expliquait : « On répète énormément avant, et quand on arrive sur le tournage, il donne uniquement des indications de déplacement et ne parle plus du tout du jeu ni de psychologie. » (Cicim n°38).

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Toute l’importance d’Éric Rohmer résidait dans les dialogues des acteurs qu’il voulait quasiment parfaits. Il voulait, en fait, faire croire que ces dialogues étaient spontanés alors que c’était rarement le cas. Le critique Michel Mourlet a écrit dans un livre aux éditions Ramsay sorti en 2008 : « Les films de Rohmer sont les seuls à envisager le dialogue comme le sujet même de leur mise en scène et non pas comme le complément de l’action. ». J'aurais bien imaginé Éric Rohmer adaper les romans de Françoise Sagan. Même si ce n'était pas son monde, il y aurait eu la même ambiance où les dialogues sont les faits, où les sentiments sont les dénouements.

Dans un entretien avec Claude-Marie Trémois publié dans "Télérama" le 9 février 1994 à l’occasion d’une exposition au Centre-Pompidou sur l’art de la ville, Éric Rohmer montrait son peu de sympathie pour les architectes : « Le cinéaste prend le monde tel qu’il est ; l’architecte le modifie. Sa responsabilité est effrayante, car il ne peut pas construire sans détruire. Ou bien il construit à la campagne, et il commet une agression contre la nature. Ou bien il construit dans un tissu déjà existant, et doit donc en détruire un fragment pour le remplacer par un autre. (…) Ils ont le pouvoir qui peut être dirigé vers le bien ou vers le mal. Ce sont les seuls artistes à le posséder. Un peintre n’a pas besoin de détruire les œuvres de ses prédécesseurs pour faire son tableau. Un réalisateur ne met pas le feu à la Cinémathèque pour réaliser son film. Le cinéaste travaille dans l’imaginaire ; l’architecte, dans la réalité. ».

Dans "L’Arbre, le Maire et la Médiathèque", thriller politique sorti le 18 février 1993, Éric Rohmer était loin du thème amoureux pour parler politique politicienne, à la suite des bons résultats des écologistes aux élections régionales de mars 1992. Le film raconte l’histoire d’un maire socialiste d’un petit village de Vendée qui a quelques ambitions pour sa commune …et lui-même (avec Pascal Greggory, Arielle Dombasle, Fabrice Luchini et François-Marie Banier).








Commentant "Le Paradis français d’Éric Rohmer", ouvrage sous la direction d’Hugues Moreau sur le réalisateur (éd. Pierre-Guillaume Roux), Michel Mourlet a ainsi décrit, le 18 août 2017 dans "La Revue des deux mondes" : « Rohmer, lui, seul dans son coin, a construit un édifice, "manifestation d’un ordre profond", dit Hugues Moreau, sans équivalent dans l’histoire du cinéma, un peu à la façon de Balzac dans l’histoire de la création romanesque, en visant à conférer une cohérence unificatrice à des sujets diversifiés. (…) Lorsque [la fameuse légèreté française] atteint pareille altitude de montgolfière, on devrait savoir qu’elle n’est rien de moins que l’intelligence de la pudeur. ».






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 mars 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Éric Rohmer.
Suzy Delair.
Kirk Douglas.
Jean Ferrat.
Roman Polanski.
Michèle Morgan.
Miou-Miaou.
Juliette Gréco.
Marina Foïs.
"Le Cercle des Poètes disparus".
Robin Williams.
Suzy Delair.
Michel Piccoli.
Gérard Oury.
Pierre Arditi.
"J’accuse" de Roman Polanski.
Faut-il boycotter Roman Polanski ?
Adèle Haenel.
Michel Bouquet.
Daniel Prévost.
Coluche.
Sim.
Marie Dubois.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200321-eric-rohmer.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/eric-rohmer-son-cinema-d-auteur-et-222470

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/03/19/38115375.html


 

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