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15 octobre 2019 2 15 /10 /octobre /2019 03:03

« [Elle] a été longtemps l’incarnation de la jeune femme jolie mais accessible, solaire et sympathique. » (Dominique Besnehard, France Inter le 27 avril 2019).


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L’actrice Marie Dubois (Claudine Huzé) est morte, près de Pau, il y a exactement cinq ans, le 15 octobre 2014, elle avait 77 ans (née le 12 janvier 1937 à Paris). À l’âge de 23 ans, une cécité à l’œil gauche lui a révélé la présence d’une maladie qui l’a tuée à petit feu et pour laquelle elle a voulu communiquer (à partir de 2001), la sclérose en plaques. Heureusement pour elle, pendant une vingtaine de ses jeunes années, la maladie l’a laissée tranquille, lui donnant la possibilité de jouer au cinéma avec les plus grands réalisateurs et les plus grands acteurs français. Aurélie Filippetti, alors Ministre de la Culture, est venue chez elle en 2013 pour lui remettre la Légion d’honneur.

Peut-être à cause de sa maladie, ou peut-être par son esprit anti-star, elle n’a pas eu la carrière qu’elle aurait méritée, malgré la notoriété qui en a fait l’une des jeunes stars du cinéma de la Nouvelle Vague. Elle était belle, et elle n’était pas une simplette, elle avait du tempérament d’acier : « Ma blondeur, mon air tendre m’ont figée sur un emploi d’ingénue alors que je suis une violente, une vraie. Quelle erreur ! ».

Elle a souvent joué les seconds rôles, ceux de l’éblouissante femme prête à s’effacer derrière des premiers rôles plus importants. Après une apparition dans un film d’Éric Rohmer, elle fut recrutée par François Truffaut qui en tomba amoureux. Son petit test de rôle réalisé par François Truffaut est à cet égard très intéressant (voir vidéo plus loin, le réalisateur cherche à lui faire dire des insultes), ce qui l’a amené à l’adopter pour "Tirez sur le pianiste" (1960), dans un grand rôle avec Charles Aznavour, et pour "Jules et Jim" (1962). De François Truffaut, elle a avoué bien plus tard : « Je l’ai aimé comme on chaparde le fruit de l’arbre défendu, dans un jardin qui ne vous appartient pas. ».

Elle a multiplié les rôles dans les années 1960 et 1970, avec notamment "Une femme est une femme" de Jean-Luc Godard (1961), "Le monocle noir" de Georges Lautner (1961), "Week-end à Zuydcote" d’Henri Verneuil (1964), "La Chasse à l’homme" d’Édouard Molinaro (1964), "La Ronde" de Roger Vadim (1964) avec Jane Fonda et Jean-Claude Brialy, "L’Âge ingrat" de Gilles Grandier (1964) avec Jean Gabin dont elle joue la fille rebelle, "Les Grandes Gueules" de Robert Enrico (1965) avec Bourvil et Lino Ventura, "Le Voleur" de Louis Malle (1966), "Gonflés à bloc" de Ken Annakin (1969) avec Bourvil, Peter Cook, Mireille Darc et Tony Curtis, "La Maison des Bories" de Jacques Doniol-Valcroze (1970) pour certainement le plus beau rôle de sa carrière, "Vincent, François, Paul… et les autres" de Claude Sautet (1974) avec Gérard Depardieu, Michel Piccoli dont elle joue l’épouse, Yves Montand, Serge Reggiani, etc., "L’Innocent" de Luchino Visconti (1976), "Nuit d’or" de Serge Moati (1976), "Mon oncle d’Amérique" d’Alain Resnais (1980) avec Roger Pierre et Nicole Garcia, "L’Ami de Vincent" de Pierre Granier-Deferre (1983), "Rien ne va plus" de Claude Chabrol (1997), etc.

Le film qui lui a apporté une célébrité accrue fut évidemment "La Grande Vadrouille" de Gérard Oury (1966) où elle a joué le rôle de la belle Juliette, l’amour de Bourvil, l’acteur principal du film avec Louis de Funès. Mais elle a brillé aussi dans l’excellent film d’Alain Corneau, "La Menace" (1977) où elle joue le rôle de l’épouse malheureuse et jalouse d’Yves Montand, se suicidant après s’être disputé avec sa rivale Carole Laure, suicide qui devient rapidement un meurtre pour la police (et pour l’inspecteur Jean-François Balmer). Elle a reçu pour l’occasion le César de la meilleure actrice dans un second rôle féminin en 1978. Marie Dubois a reçu aussi le Prix d’interprétation de l’Académie nationale du cinéma en 1972 pour son rôle dans "Les Arpenteurs" de Michel Soutter (1972).

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Ce fut après le tournage de "La Menace" que la sclérose en plaques a repris le dessus sur sa vie. Marie Dubois a réduit alors ses participations dans les films (et aussi à la télévision et au théâtre) jusqu’à pratiquement arrêter en 1995. Elle expliquait en 1998 à la télévision : « J’ai eu un répit de dix-huit ans où j’ai pu faire normalement mon métier. Après cela, je l’ai fait avec des problèmes dans mes jambes et puis, maintenant, j’ai de plus en plus de mal à marcher. ». Après les béquilles, le fauteuil roulant lui a été nécessaire jusqu’à la fin de sa vie pour se déplacer.

Courageuse et souriante malgré la maladie, elle s’est engagée publiquement à partir des années 2000, notamment en participant à un film de campagne de lutte contre la sclérose en plaques réalisé par Alain Corneau en 2001 : « Ce témoignage, c’est ma manière à moi d’être solidaire avec tous ceux et celles qui sont dans mon cas ; si cette campagne peut aider les chercheurs à trouver des traitements qui guérissent la sclérose en plaques, alors… quelle victoire ! (…) Jusqu’à maintenant, cette maladie qui touche 70 000 malades reste mystérieuse à plus d’un titre. (…) Rappelons qu’une personne sur mille est atteinte en France et deux malades sur trois sont des jeunes femmes. (…) Très invalidante, cette maladie est la seconde cause de handicap chez les jeunes adultes après les accidents de la route. » (propos recueillis par David Bême, Doctissimo, le 12 février 2003).

Dans son ouvrage autobiographique sorti en 2002, "J’ai jamais menti, j’ai pas tout dit…" (éd. Plon), Marie Dubois a confié : « La mort de ne me fait pas peur. La foi m’est naturelle. ». Marie Dubois, discrète et plaisante, n’est jamais entrée dans le "star system". Et elle s’est effacée aussi discrètement qu’elle est apparue sur le grand écran. Heureusement, il reste les films…


1. Entretien de recrutement ("crash test") par François Truffaut (1959)






2. "La Grande Vadrouille" de Gérard Oury (8 décembre 1966)






3. "Vincent, François, Paul… et les autres" de Claude Sautet (2 octobre 1974)






4. Chanson "15 juillet à 5 heures" avec Serge Lama le 10 avril 1976






5. "La Menace" d’Alain Corneau (28 septembre 1977)






6. "Mon oncle d’Amérique" d’Alain Resnais (21 mai 1980)






7. Quelques minutes biographiques le 16 octobre 2014 sur France 3






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 octobre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Marie Dubois.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191015-marie-dubois.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/marie-dubois-entre-douceur-et-218583

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/10/13/37708860.html




 

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28 septembre 2019 6 28 /09 /septembre /2019 03:40

« J’ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes. Maintenant, je donne ma sagesse et mon expérience, et le meilleur de moi-même aux animaux. » (Brigitte Bardot, le 17 juin 1987).


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La réponse au titre est évidemment oui : les jeunes stars ont le droit de vieillir. La preuve, Brigitte Bardot fête ce samedi 28 septembre 2019 son 85e anniversaire ! C’est déjà beaucoup, c’est toujours impressionnant, surtout lorsqu’on a connu, comme elle, les projecteurs de la célébrité dès les 20 ans ! Déjà à 70 ans, elle se disait : « Si je ne les avais pas, c’est que je serais morte ! Donc, il faut accepter le temps qui passe. Et je me dis que je l’ai bien employé, ce temps, de façon positive, pour un combat qui en vaut la peine. C’est du temps qui a servi à quelque chose. » ("France Dimanche", le 24 septembre 2004).

Jeune actrice, elle fut un véritable phénomène de société, elle marqua son époque aussi profondément que Marylin Monroe. Elle a secoué les cœurs de bien des jeunes hommes d’une même génération. Heureusement, ce n’était pas ma génération ! Elle était jeune et belle, certes, mais pas seulement. J’étais déjà passablement moins jeune quand j’ai découvert les films où elle jouait, au fil des rediffusions. Et ce qui est frappant, ce n’est pas sa beauté, car après tout, les jeunes actrices ont toujours été belles. Sinon, j’imagine mal qu’elles auraient franchi l’étape du casting.

Brigitte Bardot, elle, dégageait un charme fou, inégalable, était une présence, émettait des ondes magnétiques. Tout le monde était électrifié par son regard magnétique (oui, ce sont les courants de Foucault !), par son sourire enjoué, son esprit espiègle, et par son irrésistible ingénuité.

Elle a été plus charmante que belle. Et après, comment pourrait-on lui en vouloir ? Elle a eu la sagesse ou la lassitude d’arrêter assez jeune sa carrière au cinéma, dès juin 1973, c’est-à-dire avant ses 40 ans ! Elle aurait pu s’isoler, s’enfermer dans sa tour d’ivoire, dans une misanthropie et profiter de la vie pendant le temps qu’il lui reste, pour une longue retraite dorée, paisible, loin du brouhaha médiatique.

Bon, c’est vrai, peut-être est-elle un peu misanthrope sur les bords, voire beaucoup. Peut-être au fur et à mesure qu’elle défend les animaux, qu’elle veut les protéger, elle se rend compte que les humains sont décidément incorrigibles, qu’ils se moquent de la souffrance des animaux. Cette passion est tout à son honneur, et probablement qu’avec ses jeunes années, ce sera cela qu’il faudra retenir de sa riche existence.

Ses jeunes années, sulfureuses dit-on injustement. Injustement, car lorsqu’on regarde la nudité qu’elle a dévoilée dans les années 1950, comme elle le dit maintenant, c’était « de la petite bière en comparaison de ce que l’on voit aujourd’hui » (France 5, le 26 octobre 2007) ! C’est sûr qu’elle n’hésitait pas à se dévoiler. Le film qui a fait enflammer sa notoriété fut "Et Dieu …créa la femme" (un titre génial pour le marketing !) réalisé par Roger Vadim et sorti le 7 juillet 1956, aux côtés du superbe Jean-Louis Trintignant (25 ans). Elle avait presque 22 ans. Mais après tout, l’audacieux roman "Bonjour tristesse" de Françoise Sagan était déjà sorti depuis près de trois ans. Brigitte Bardot a eu une très dense carrière cinématographique, de 1952 à 1973. C’est toute une époque qui se voulait sulfureuse, et bien avant mai 68 !

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De cette période de jeunesse et de gloire, Brigitte Bardot n’en a tiré aucun souvenir heureux : « Dès que je me penche sur le passé, j’ai le cafard. Parce que les choses ont beaucoup changé… Mes parents sont morts, mes animaux sont morts, la plupart des personnes que j’ai aimées sont mortes. J’évite donc au maximum de me tourner vers le passé qui me fait terriblement mal. Je préfère penser au présent et à l’avenir. » ("France Dimanche", le 24 septembre 2004).

Avec l’âge, Brigitte Bardot est restée libre et sulfureuse, mais pas sur la sexualité ou son corps, plutôt sur les idées qu’elle peut exprimer, mais reconnaissons-lui qu’elle ne s’exprime qu’en son seul nom, comme tout citoyen, qu’elle ne parle pour personne d’autres (d’humains du moins !), et qu’elle n’a aucune responsabilité ni mandat électif qui fait que ses propos n’ont aucune raison d’être plus amplifiés que ceux d’un client de café du commerce.

C’est vrai que la sulfureuse est devenue une conservatrice qui a peur d’être bousculée dans ses certitudes. Elle a exprimé des propos que l’on pourrait interpréter comme de la haine (ce que la justice notamment interprète ainsi parfois) contre l’islam (et plus particulièrement l’abattage rituel des animaux), contre l’immigration… des propos qui, automatiquement, la situent dans une partie de l’échiquier politique bien définie : « Ce que je réprouve profondément, c’est que soi-disant pour une religion, pour un culte, pour un rituel, on en arrive à faire souffrir des animaux dans de telles conditions. C’est ce qui est à la base de tous les procès de racisme que l’on me fait à cause du fait que je m’attaque à une religion. » ("Le Droit de savoir", sur TF1 le 9 mars 2004).

Cela fait une vingtaine d’années qu’elle défraie la chronique, parfois judiciaire donc, mais faut-il s’arrêter à cela dès lors qu’elle ne représente qu’elle-même ? Reproche-t-on à Salvador Dali ses propos politiques provocateurs ? Pour Céline, c’était un petit peu différent, car la question a été de savoir si, par l’expression de son antisémitisme, il a encouragé la collaboration voire la déportation et l’extermination des Juifs. Pour Brigitte Bardot, elle n’a fait que parler, et à ma connaissance, ses paroles, aussi détestables qu’haineuses, n’ont eu, heureusement, aucune conséquence concrète.

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Venons-en donc plutôt à sa passion, qui, sincère, est, elle, très constructive et qui se résume à la protection des animaux. Elle a été sensibilisée par… Marguerite Yourcenar qui, de son Canada, a alerté la presse dès 1968 sur le massacre des bébés phoques. Son engagement n’était pas facile : « J’ai dû apprendre ce nouveau sacerdoce pour lequel mon amour et mon cœur ne suffisaient pas. Tous ceux qui s’engagent vraiment dans la protection animale savent à quel point il est difficile d’acquérir l’expérience nécessaire dans ce domaine si vaste dans lequel je me suis retrouvée seule, au début totalement perdue, méprisée, ridiculisée. Brusquement confrontée à un univers infini de douleurs muettes. » (2014).

Brigitte Bardot a participé à une expédition polaire sur la banquise pour s’en rendre compte par elle-même en mars 1977, ce qui l’a beaucoup marqué, à double titre, par la réalité de l’horreur, mais aussi par l’avalanche de critiques qu’elle a reçue dans la figure (sa passion pour les bébé phoques étant considérée comme un moyen marketing pour se faire mousser, la suite a montré que ce n’était pas du tout cela) : « face à un monde hostile et impitoyable, témoin impuissant d’un massacre insoutenable, haïe par les chasseurs canadiens, montrée du doigt par les associations "sérieuses" de l’époque, hormis les militants de Greenpeace » (2014).

Elle a décidé de créer sa Fondation (la Fondation Brigitte-Bardot, FBB) le 30 avril 1986, d’abord sous la forme d’une association, puis sous la forme d’une fondation, reconnue d’utilité publique le 21 février 1992. Elle a vendu aux enchères tous ses objets précieux (bijoux, costumes de scène, meubles, etc.) le 17 juin 1987 à la Maison de la Chimie à Paris pour investir les sommes dans sa fondation, en y léguant aussi, en décembre 1991, sa maison (La Madrague) à Saint-Tropez.

Il y a tout juste quinze ans, le 27 septembre 2004, Brigitte Macron, la veille de ses 70 ans, a même envoyé une lettre au Président Jacques Chirac (qui vient de s’éteindre) pour lui demander de mieux protéger les animaux : « Après tant d’années passées à combattre l’injustice, la cruauté, à œuvrer pour améliorer la condition animale et dénoncer le comportement de l’homme qui se montre, si souvent, barbare envers son frère dit "inférieur", je désespère d’être un jour entendue. ».

Sa fondation (FBB) agit pour protéger tous les animaux partout dans le monde. Elle a pour seul membre d’honneur un parrain de choix, le dalaï-lama, et son conseil d’administration compte trois représentants des ministères de tutelle (Intérieur, Écologie et Agriculture). En 2019, la fondation est présente dans plus de soixante-dix pays, reçoit le soutien financier de 75 000 donateurs qui permet d’employer cent vingt salariés et un grand réseau de bénévoles (avec plus de six cents délégués et inspecteurs). Elle s’était proposée en 2012-2013 pour sauver les éléphantes du Parc de la Tête d’Or menacées d’euthanasie par le préfet de Lyon (finalement, ce fut Stéphanie de Monaco qui fut choisie). Elle fait du lobbying (le mot n’a rien de péjoratif s’il est transparent) auprès des parlementaires pour mieux réglementer l’abattage rituel, la vivisection, la chasse à courre, l’hippophagie, etc.

Parmi les références de Brigitte Bardot dans son engagement en faveur des animaux, au-delà de Marguerite Yourcenar et du dalaï-lama, on peut citer (entre autres) saint François d’Assise, Théodore Monod (l’amoureux des déserts), Dian Fossey (la protectrice des gorilles), Paul MacCartney, Allan Bougrain Dubourg, …et aussi l’association L214 qui diffuse des vidéos volées sur les conditions d’abattage des animaux : « Ce qui a provoqué un scandale, choqué et écœurée une grande partie de la population. Ces vidéos ont fait prendre conscience de l’horreur, l’épouvante, la souffrance qu’endurent les animaux qui se retrouvent dans les assiettes. (…) Merci L214 d’avoir ouvert les yeux des consommateurs et de faire connaître le véganisme qui, grâce à vous, prend de plus en plus d’ampleur dans notre pays et dans le monde. » (2014).

Se confiant à Caroline Berger le 24 septembre 2004 pour "France Dimanche", Brigitte Bardot a évoqué la perspective de sa mort : « Ca me terrifie ! Je me bats contre la mort, vous ne pouvez pas savoir… Elle me tétanise. ». Et s’il n’y avait qu’une chose à retenir d’elle, de son existence, non, ce ne serait pas la pulpeuse et pimpante actrice sex symbol mondialement connue, mais : « mon combat pour les animaux ». Avis aux "mâles" déçus…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 septembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Brigitte Bardot.
Louis Lumière.
Georges Méliès.
Jeanne Moreau.
Louis de Funès.
Le cinéma parlant.
Les Shadoks.
Johnny Hallyday.
Annie Cordy.
Marie Trintignant.
Philippe Magnan.
Micheline Presle.
Vanessa Marquez.
Jacques Marin.
Sim.
Michel Aumont.
Claude Zidi.
Pierre Richard.
Lino Ventura.
Line Renaud.
Jean Lefebvre.
John Wayne.
Kirk Douglas.
Élie Kakou.
Jean Bouise.
Pierre Desproges.
Anémone.
Gérard Oury.
Zizi Jeanmaire.
Jean-Pierre Marielle.
"Les Éternels".
Jacques Rouxel.
François Berléand.
Niels Arestrup.
"Acting".
"Quai d’Orsay".
Michel Legrand.
Gérard Depardieu.
Maria Pacôme.
Ennio Morricone.
Francis Lai.
Bernadette Lafont.
Pauline Lafont.
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Maurice Chevalier.
Charlie Chaplin.

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25 septembre 2019 3 25 /09 /septembre /2019 09:25

« Le directeur général de ces sociétés-là [les actuelles sociétés de l’audiovisuel public] aura la responsabilité juridique de la direction de la publication. La partie éditoriale, à savoir les programmes, ce qui est mis à l’antenne ou pas, ce qui est mis sur Internet ou pas, tout cela sera du ressort des entreprises éditrices de programmes. » (Franck Riester, le 25 septembre 2019 sur France Info).



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L’annonce était prévue il y a une dizaine de jours. Le projet de réforme de l’audiovisuel public a été présenté par le Ministre de la Culture Franck Riester ce mercredi 25 septembre 2019 dans la matinale de France Info. Les grandes lignes avaient été données dans une interview au "Figaro" la veille, où le ministre a résumé l’objectif général de la réforme : « Ce projet (…) vise à réaffirmer notre souveraineté culturelle. ».

On se souvient qu’au début de son quinquennat, le 4 décembre 2017, le Président Emmanuel Macron avait semé le trouble parmi les personnels de l’audiovisuel public. En effet, selon "L’Express" et "Télérama", il aurait tiré à boulets rouges sur les entreprises publiques au cours d’une réunion à l’Élysée avec les députés de la majorité membres de commission des affaires culturelles et de l’éducation, en disant : « L’audiovisuel public, c’est une honte pour nos concitoyens, c’est une honte en termes de gouvernance, c’est une honte en ce que j’ai pu voir ces dernières semaines de l’attitude des dirigeants. », évoquant, surtout pour France Télévisions, « la mauvaise gestion, le gaspillage, la médiocrité des programmes et des contenus, les relations malsaines entre l’audiovisuel et ses partenaires extérieurs (animateurs, producteurs, etc.) » . Et pourtant, jamais l’audiovisuel public ne s’est aussi bien porté, notamment Radio France avec sa station phare France Inter qui fait désormais jeu égal avec RTL (parfois la dépassant dans les études de Médiamétrie) et ses contenus numériques sont les premiers en terme de téléchargements de podcasts.

Comme après chaque nouvelle élection présidentielle depuis quinze ans, une réforme de l’audiovisuel public a été confirmée le 3 janvier 2018 par Emmanuel Macron. Mais ce pas de charge avec des critiques parfois largement injustifiées (soulignant une certaine méconnaissance du sujet), c’était de la gouvernance d’avant-gilets jaunes. L’automne dernier est passé par là et la réforme présentée ce mercredi matin est donc beaucoup plus modeste, beaucoup plus soft.

Il s’agit de poursuivre la coopération entre les entreprises de l’audiovisuel public. Depuis quelque temps, France Télévisions et Radio France ont initié plusieurs projets communs, comme la création de la chaîne d’information continue franceinfo (différente en partie de la radio France Info), ou la mutualisation du réseau local de France 3 avec le réseau France Bleu.

Le gouvernement souhaite renforcer structurellement cette coopération. Il va donc créer, pour le début de l’année 2021, une société holding nommée France Médias. Celle-ci regroupera tous les acteurs de l’audiovisuel public, à savoir France Télévisions (la télévision publique), Radio France (la radio publique et les orchestres), France Médias Monde (l’audiovisuel extérieur, regroupant notamment Radio France International et France 24), ainsi que l’INA (Institut national de l’audiovisuel, chargé d’archiver toutes les émissions publiques, je recommande à ce sujet l’excellente émission "Rembob’Ina" de Patrick Cohen sur LCP, qui rediffuse certaines anciennes émissions des années 1970 ou 1980 que certains téléspectateurs déjà anciens avaient peut-être déjà vues à l’époque).

France Télévisions, créée le 1er août 2000, emploie près de 10 000 personnes (9 842 en 2017) pour un budget d’environ 3 milliards d’euros (2017). Radio France, créée le 1er janvier 1975, a près de 5 000 employés (4 920 en 2015) pour un budget d’environ 650 millions d’euros (2016). France Médias Monde, créé le 4 avril 2008 (son appellation date du 27 juin 2013), emploie environ 1 700 collaborateurs (1 714 en 2013) pour un budget d’environ 250 millions d’euros (2014). L’INA, créé le 6 janvier 1975, rassemble près de 1 000 employés (952 en 2017) pour un budget d’environ 40 millions d’euros (2017).

Les chaînes de télévision Arte et TV5 ne participeront pas à cette holding à cause de participations étrangères à leur capital, qui rendraient l’opération juridique très compliquée. En revanche, les coopérations avec ces chaînes restent encouragées et sont même renforcées.

Il faut bien comprendre que le choix de créer une société holding signifie surtout le choix, à mon avis raisonnable, de ne pas fusionner toutes les entreprises citées dans une seule et même entreprise. Cela signifie que, dans tous les cas, les sociétés actuelles garderont leur autonomie éditoriale.

C’est ce qu’a confirmé Franck Riester sur France info ce mercredi 25 septembre 2019 : « Il y aura une société mère, une société holding, qui détiendra (…) 100% des actions des quatre sociétés qui seront membres du groupe (…) et ce sont ces sociétés-là qui garderont la ligne éditoriale, qui garderont la décision sur la programmation, et les directeurs ou directrices générales de ces entreprises seront les directeurs de publication. (…) La société holding, on veut que ce soit une société légère en charge de la stratégie, en charge de l’organisation, de la cohérence des projets et des organisations, peut-être de trouver des dispositions pour trouver des effets levier en termes d’optimisation de tous ce que sont les fonctions support, mais le contenu, les décisions de contenus, les décisions sur les informations, etc, resteront bien évidemment dans les entreprises éditrices de programmes. ».





Donc, pour le ministre, la création de France Médias ne signifiera « absolument » pas le retour à l’ORTF. Au contraire, en créant une société holding, le gouvernement souhaite renforcer l’indépendance de l’audiovisuel public par rapport au pouvoir politique. En effet, actuellement, chacune de ces sociétés sont détenues par un actionnaire unique, l’État, et c’est en fait à la fois Bercy (avec l’agence des participations de l’État) et le ministère de tutelle, le Ministère de la Culture (ou le Quai d’Orsay pour France Médias Monde), qui sont les référents actuels.

Avec France Médias, au contraire, le gouvernement sera minoritaire dans le capital de la holding : en effet, selon le ministre, « l’État aura trois représentants sur douze administrateurs. C’est la meilleure façon d’assurer l’indépendance de l’audiovisuel public. ». Les autres membres seront en principe nommés par le CSA et les parlementaires.

Cette indépendance est aussi assurée par le nouveau mode de nomination des dirigeants des entreprises publiques. Actuellement, c’est le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) qui a la charge de procéder à ces nominations. Mais pour le gouvernement, cette attribution fait du CSA juge et partie, puisqu’il est chargé aussi de surveiller que la réglementation soit bien appliquée, en tant que structure de régulation. Auparavant, la réforme de Nicolas Sarkozy qui avait refait nommer ces dirigeants par l’Exécutif, ce qui était moins hypocrite selon le Président de la République de l’époque, laissait toute nomination dans le doute de collusion qui n’était pas satisfaisante non plus pour assurer l’indépendance.

Désormais, ces dirigeants seront nommés directement par le conseil d’administration de leurs sociétés filles. La composition des conseils d’administration aura donc une grande importance.

Franck Riester a évoqué aussi l’intérêt d’une holding pour superviser une stratégie de long terme : « On peut constater qu’avec la révolution numérique, il y a un changement des usages de nos compatriotes. Ils regardent de plus en plus la radio, ils écoutent de plus en plus la télé, et ce, quand ils veulent, sur n’importe quel support, toujours sur le poste de télévision, toujours sur le poste de radio, mais aussi sur leur smartphone. Ces usages changent. Il est très important d’avoir une stratégie globale pour toucher tous ces publics dans leur diversité en leur proposant des contenus audiovisuels spécifiques en fonction des supports. Pour cela, il faut une coordination globale. ».

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Un exemple assez simple à comprendre : chaque interview des invités de la matinée dans les stations de radio peut être reprise si l’invité dit une chose importante (exemple extrême, la démission de Nicolas Hulot, pas même annoncée au Président de la République mais dévoilée le 28 août 2018 sur France Inter). Or, n’avoir qu’une bande son n’est pas très engageant pour les rediffusions. Ainsi, ces interviews sont filmées en caméra fixe, et peuvent être reprises dans un journal télévisé et surtout, sur le site Internet de la radio. Le problème, c’est que Radio France n’a pas beaucoup de compétence pour l’image, c’est plus le rôle de France Télévisions.

Autre exemple inversé : la création de la chaîne d’information continue a réussi surtout grâce à la compétence de la radio France Info capable de tenir des flashs d’information très fréquents, évidemment évolutifs en fonction de l’évolution de l’actualité, alors que la chaîne de télévision France 2 était beaucoup moins souple dans ses journaux télévisés.

Autre sujet qui peut inquiéter, le financement de l’audiovisuel public, actuellement acquis par la redevance de l’audiovisuel public (réservé aux seuls propriétaires de poste de télévision, mais qui finance aussi la radio publique). Or, cette redevance, payée en même temps que la taxe d’habitation, disparaîtra avec la suppression définitive de la taxe d’habitation.

Un autre moyen de financement est donc à l’étude. Il reste préférable que ce soit un moyen propre, c’est-à-dire une ressource directement affectée à l’audiovisuel public et pas simplement une subvention annuelle de l’État provenant du budget général qui pourrait être remise en cause d’une année à l’autre.

Au contraire, avec les contrats d’objectifs et de moyens (COM), l’État a posé comme principe depuis une dizaine d’années une stabilité budgétaire avec une vision de quatre à cinq ans. Rien n’est encore défini à ce sujet. Ce nouveau financement doit intervenir à partir du 1er janvier 2023. Les sociétés filles restent donc avec leur structure budgétaire jusqu’à cette date. Ensuite, ce sera France Médias qui répartira le financement entre les différentes filiales, avec le nouveau financement à définir.

L’intérêt d’une telle réforme, au-delà de celui d’amplifier le mouvement de coopération entre les sociétés publiques, est aussi celui de la puissance pour que le service public puisse peser dans le monde numérique, et celui d’une grande lisibilité du service public auprès des citoyens (qui le financent comme contribuables).

Il y a toutefois des inquiétudes suscitées par ce regroupement purement structurel (et pas éditorial).

Par exemple, l’une des grandes différences entre Radio France, spécialisée en son et en musique, et France Télévisions, spécialisée en image, c’est que Radio France est productrice de toutes ses émissions, tandis que France Télévisions ne produit pas ses émissions mais fait appel à des producteurs extérieurs (ce qui a pu engendrer quelques abus avec des animateurs qui ont créé leur propre société de production). Pour Radio France, maîtriser sa production a une double fonction stratégique : son indépendance (ce qui fait que ses animateurs et chroniqueurs sont moins bien rémunérés mais qui cela leur donne une bonne visibilité), et sa haute qualité (il suffit d’écouter une station du réseau de Radio France et une station privée pour s’en rendre compte, notamment lors de diffusion d’un concert).

L’inquiétude serait alors que l’usage d’une externalisation de la production se généralise et se fasse dans le futur également pour les émissions de radio, ce qui non seulement ôterait l’avantage compétitif en qualité, mais aussi réduirait les marges de manœuvres financières (car cela coûterait a priori plus cher).

Parmi les autres mesures de la réforme de l’audiovisuel (annoncées dès le 3 septembre 2019), qui concernent les chaînes de télévision privées : l’interdiction de publicités ciblées à la télévision, la possibilité de faire une troisième coupure de télévision pour les films ou téléfilms qui durent de plus de 90 minutes, la possibilité de diffuser des films tous les jours de la semaine, et l’obligation pour les plateformes de streaming en ligne (comme Nextflix et Amazon Prime Vidéo) de financer la production française à hauteur d’au moins 16% de leur chiffre d’affaires réalisé en France.

L’agenda de la réforme est le suivant : après examen au CSA et au Conseil d’État, le projet ne sera pas voté au Parlement avant l’été 2020. Cela signifie que le successeur de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions dont le mandat s’achèvera en août 2020, sera désigné selon la procédure actuelle par le CSA au printemps prochain, pour un mandat de deux ans (ce qui peut favoriser la reconduction de la présidente actuelle). Ce sera seulement à partir de 2022 que les patrons des entreprises publiques seront nommés par leur conseil d’administration respectif, avec avis conforme du CSA. Quant au président de la holding France Médias, futur grand manitou de l’audiovisuel public, il sera également nommé par son conseil d’administration, avec avis conforme du CSA et sans veto parlementaire.

Dans l’ensemble, on est loin des "bouleversements" et "chamboulements" annoncés le 4 décembre 2017 à l’Élysée. Mais c’est heureux. Toute entreprise complexe nécessite d’évoluer doucement si l’on veut que ceux qui y contribuent, dirigeants et employés, soient pleinement impliqués dans l’adaptation nécessaire et déjà engagée aux nouvelles mœurs technologiques et sociales. L’application de cette réforme se fera donc au cours du prochain quinquennat, et dépendra évidemment de nouveaux dirigeants de ces entreprises publiques qui seront désignés par la suite.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 septembre 2019)
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Pour aller plus loin :
Franck Riester : France Médias ne sera absolument pas l’ORTF.
Sibyle Veil, présidente de Radio France.
L’inexactitude de Nicolas Sarkozy sur l’audiovisuel public.
Publiphobie hésitante chez les députés.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190925-france-medias.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/franck-riester-france-medias-ne-218127

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 09:30

(audio et vidéo)

Denis Westhoff, le fils de Françoise Sagan, et Sophie Charnavel, directrice des éditions Plon, ont été les invités de Léa Salamé à la matinale de France Inter le jeudi 19 septembre 2019. Ils ont parlé de la publication, le jour même, d'un manuscrit retrouvé de la romancière Françoise Sagan, "Les quatre coins du cœur". On peut réécouter cette interview.

Cliquer sur le lien pour télécharger l'enregistrement audio de l'interview (fichier .mp3) :
http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/11710-19.09.2019-ITEMA_22152995-0.mp3

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190924-francoise-sagan.html

SR
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190919-francoise-sagan.html







 

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8 septembre 2019 7 08 /09 /septembre /2019 03:56

« De quelque façon que vous envisagiez votre rôle dans la vie, tout ce que vous pouvez faire, c’est de le jouer aussi bien que possible. » (Brian Wilson Aldiss, 1964).


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Cela fait un siècle, le 9 septembre 1919, qu’est né à Paris un acteur qui semble désormais oublié, Jacques Marin. L’occasion de retrouver quelques-unes de ses traces dans la culture française (et sur l’Internet).

L’expression "Français moyen" ne veut pas dire grand-chose. Elle est une tournure, sinon une posture, qui ne se base que sur l’apparence, et sur la projection que celle-ci évoque dans une sorte de "mémoire collective", mais "mémoire collective", tout comme "opinion publique", ne veulent pas dire grand-chose non plus.

La France est diversité et unité, à l’image de la belle devise de l’Union Européenne (Unis dans la diversité). Il n’y a donc pas un visage plus "français" qu’un autre, surtout dans un pays qui est présent quasiment sur tous les continents. On le voit aussi pour incarner la République française, les bustes de Marianne dans les mairies ont pour modèles des femmes très différentes, on peut juste supposer que probablement toutes ces femmes se rejoignent dans la beauté, une beauté diversifiée.

Pourquoi ai-je voulu évoquer ce concept de "Français moyen" ? Parce que aussi contestable que puisse être ce concept, il est incontestable néanmoins que Jacques Marin a personnifié avec excellence cette figure du "Français moyen" dans le cinéma français telle que l’on pouvait l’imaginer dans les années 1950, 1960 et 1970.

On n’a pas le choix de la tête qu’on a, et pourtant, Jacques Marin avait tout pour se fondre dans la grande foule française. Des yeux avec des paupières un peu refermées pouvant trahir un petite lâcheté, une petite pointe de regard hagard pouvant faire imaginer l’absorption de vin, la petite moustache franchouillarde au possible… C’est une grosse caricature, évidemment, mais un bon comédien utilise son apparence pour se fondre dans un scénario de film. D’autres l’ont fait extraordinairement, comme Louis de Funès, Bernard Blier, etc. …et même Sim. Le ressort comique procède de la caricature.

Dans l’aspect "Français moyen", il y a un concept ultérieur (illustré par Cabu) du "beauf". C’est le physique idéal de l’image qu’ont eue les cinéastes du "collabo" sous l’Occupation nazie. Une sorte de Pierre Laval en plus doux, en moins politisé. Jacques Marin a joué ainsi l’épicier collabo dans "Mais où est don cpassée la septième compagnie ?" de Robert Lamoureux en 1973. Dans le même registre, on aurait pu imaginer Jacques Marin jouer le rôle de Robert Bidochon dans la célèbre bande dessinée de Christian Binet, avec son béret basque et ses moustaches.

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Concrètement Jacques Marin, quiconque connaît le cinéma français des premières décennies de la Cinquième République ne peut ignorer qui il était. On ne peut que le reconnaître dans les centaines de rôles qu’il a joués. Des seconds voire des troisièmes rôles, souvent transparents, souvent sans intérêt dans l’histoire, mais qui sont indispensables à la bonne tenue de l’ensemble. D’autres ont montré à quel point leur apport était succulent, je pense notamment à Robert Dalban et à Jean Bouise, mais il y en a des dizaines qui, modestement, ont apporté cette valeur ajoutée d’humanité à certains films.

Probablement que le rôle récurrent le plus joué par Jacques Marin fut celui de commissaire de police. Avec son chapeau, sa moustache, son cigare, son imperméable, il donnait l’allure des policiers des années 1950, à l’époque d’avant le taser, d’avant le flash-ball, etc.

La boulimie de travail de Jacques Marin était impressionnante. Il a commencé à jouer en 1946 et travailla avec de nombreux grands réalisateurs et comédiens. Jean Gabin fut l’un de ses grands amis. Il était également un excellent anglophone par son épouse, si bien qu’il a joué également dans de nombreux films américains en anglais, aux côtés de grands acteurs américains (et actrices : Audrey Hepburn par exemple).

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Jacques Marin a également joué dans de nombreux téléfilms pour la télévision et dans de très nombreuses pièces de théâtre, certaines retransmises en direct à la télévision (dans l’émission "Au Théâtre ce soir").

Mais Jacques Marin n’était pas qu’une image, il était aussi une voix, car paradoxalement, son anglophonie l’a amené à faire de très nombreux doublages en français de films et de dessins animés américains, peut-être que le plus connu de ses doublages est la voix du shérif de Nottingham dans le dessin animé "Robin des Bois" sorti en 1973.

Il a arrêté sa carrière cinématographique au début des années 1990, et il est mort à l’âge de 81 ans à Cannes, le 10 janvier 2001, à l’hôpital, il avait choisi de vivre sur la Côte d’Azur pour sa retraite. Dix-huit ans plus tard, son souvenir s’efface peu à peu dans les esprits, et c’est dommage.

Voici donc quelques exemples où Jacques Marin est apparu dans sa carrière dont des sketchs qu’on pourra juger largement dépassés de nos jours (technologiquement et sociologiquement).


1. Sketch du téléphone avec notamment Jean Lefebvre.






2. Sketch du médecin.






3. Cinéma : "Les bons vivants" de Gilles Grangier et Georges Lautner (1965).






4. Théâtre : "Sacrés fantômes" avec notamment Odette Laure (7 mai 1976).






5. Ovni audiovisuel : "Cinematon" de Gérard Courant (1994).






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 septembre 2019)
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Pour aller plus loin :
Jacques Marin.
Sim.
Michel Aumont.
Claude Zidi.
Pierre Richard.
Lino Ventura.
Line Renaud.
Jean Lefebvre.
John Wayne.
Kirk Douglas.
Élie Kakou.
Jean Bouise.
Pierre Desproges.
Anémone.
Gérard Oury.
Zizi Jeanmaire.
Jean-Pierre Marielle.
"Les Éternels".
Jacques Rouxel.
François Berléand.
Niels Arestrup.
"Acting".
"Quai d’Orsay".
Michel Legrand.
Gérard Depardieu.
Maria Pacôme.
Ennio Morricone.
Francis Lai.
Bernadette Lafont.
Pauline Lafont.
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Charlie Chaplin.
Maurice Chevalier.

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6 septembre 2019 5 06 /09 /septembre /2019 02:46

« Moi, j’ai toujours été un peu touche-à-tout dans ce métier, j’ai bricolé un peu dans la radio, la télévision, le cinéma, le théâtre, les livres, et puis je pense que je suis heureux dans ce petit train départemental. J’ai pris un omnibus, moi, pour faire ma carrière. Je suis parti de la gare de départ il y a cinquante ans et j’arrive à peine. Alors que maintenant, les mômes, ils prennent un TGV, ils sont rendus tout de suite et ils tapent dans le butoir. » (Sim, le 9 mai 2009 sur France 2).


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Il y a dix ans, le 6 septembre 2009, à Fréjus, l’humoriste Sim s’en est allé des suites d’une pneumonie, laissant le monde du spectacle dans la tristesse alors qui pendant une cinquantaine d’années, il avait passé son temps à faire rire tout le monde. Il avait 83 ans (né le 21 juillet 1926). Sim n’était pas un arriviste, pas un ambitieux, il ne rêvait pas d’être une star. Il a rarement cherché à séduire mais bourré d’autodérision, il s’est jeté dans l’humour comme d’autres se jettent dans un bain chaud.

Ce n’était pas une star. Certes, il s’est marié trois fois, mais les deux premières fois, c’était pour apprendre (et faire un enfant). La dernière fut la bonne, et cela pendant quarante-deux de mariage : « Je n’ai pas eu la chance-là [de trouver une femme fortunée pour ma retraite], mais par contre, elle a un cœur qui vaut tous les coffres-forts ! » (9 mai 2009). Tout est dit dans cette formule. Son amour émouvant. Et aussi, son sens étincelant de la formule.

Il a tout fait et rien fait. Son principe était du touche-à-tout. Bien sûr, il fallait bien manger et donc, il a accepté de tout faire, et d’ailleurs, il a défini la retraite ainsi : la possibilité de choisir. La possibilité de dire non, de ne faire que ce qu’il aimerait.

Son père était un électricien du cinéma, et pour travailler dans le film d’Abel Gance sur Napoléon, au lieu d’aller en Corse, ils sont allés tourner dans les Pyrénées, cela coûtait moins cher. À Sim, cette économie lui a sauvé la vie ! Là, l’électricien a rencontré une jolie bergère et les deux ont engendré Simon Jacques Eugène Berryer : « Je me suis dit : allons au plus simple. J’ai pris les trois premières lettres de mon prénom, Sim. Et j’ai eu de la chance de ne pas m’appeler Constant. » (9 mai 2009).

Laurent Ruquier a invité Sim dans son émission du samedi soir quelques mois avant sa mort, si bien qu’il a pu retracer toute la carrière de ce drôle de comique qu’était Sim, dont la tête, vieille et supposée laide, a été son principal atout pour faire rire.

Sim a raconté dans cette émission que son premier baiser avec une femme, il l’a eu à 15 ans. C’était pendant la guerre, à Nantes. Il avait entraîné la fille dans une tranchée et au moment du baiser, des bombardements ont eu lieu. Depuis ce temps-là, il s’est toujours méfié des baisers.

Dans les années 1950, il a commencé sa carrière par un concours de grimaces, et il n’a pas eu tort car sa gueule, elle était chouette ! Bien plus tard, il a fait un livre sur cela, "Elle est chouette, ma gueule" (éd. Flammarion), c’était son premier livre en 1983, et ce fut un énorme succès puisqu’il en a vendu plus d’un million d’exemplaires (ce qui est énorme pour un livre ; pour comparaison, "Soumission" de Michel Houellebecq s’est vendu à 600 000 exemplaires).

Sur l’écriture, qu’il a vaguement pratiquée, on peut dire que ses bouquins se lisent comme on boit du petit lait, avec rythme et humour. Il a publié neuf livres, le dernier peu avant sa mort, "Et la retraite, bordel ?" (éd. Le Cherche Midi). Certains auraient voulu qu’il s’investît plus densément dans l’écriture.

Mais il n’a jamais voulu être un écrivain, encore moins un romancier : « Quand j’écris, j’essaie de me doubler d’un lecteur. Je veux savoir si je ne vais pas m’ennuyer. C’est peut-être le sens du spectacle qui fait que je ne veux pas ce qu’on appelle tirer à la ligne, remplir des pages pour en faire un nombre suffisant pour faire un livre. Cela ne m’intéresse pas du tout. Je mets très longtemps. Si je bute contre une idée ou une phrase, j’arrête, je peux reprendre quinze jour après, mais pendant quinze jours, j’y pense. » (9 mai 2009).

Comme beaucoup d’artistes, Sim a connu une vie difficile au début de sa carrière, pour être connu. Il fallait accepter des petits boulots, faire des sketchs de cabarets en cabarets, faire rire dans les soirées… Il a ainsi connu beaucoup de futurs "grands" qui n’étaient encore pas connus. Ainsi, il a partagé une chambre avec Jacques Brel et les deux étaient plutôt désespérés, chacun remontant le moral de l’autre. Jacques Brel a d’ailleurs failli casser sa guitare car il n’était pas écouté, bruit ambiat était plus fort que ses chansons.

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Sim fut aussi "dresseur de tétons" avec Charles Aznavour ! Cela ne s’invente pas. Pour maintenir les seins comme il le fallait pendant son spectacle, Pamela avait besoin qu’on les excitât un peu, en tout bien tout honneur, bien sûr ! Il fut aussi un grand copain de Pierre Brasseur qui était rejeté par ses collègues pendant les tournages, à cause de son comportement de grand buveur nocturne.

Sim a connu aussi Coluche à ses débuts dans les cabarets. Lui en vieille dame, Coluche en habit de camionneur, Coluche l’a poussé dehors et ils sont rentrés dans le premier hôtel venu. Et Coluche a demandé au gardien une chambre pour un quart d’heure ! À partir d’un moment, la réputation de Sim comme amuseur public était faite, si bien que beaucoup d’artistes refusaient de se produire après lui car c’était difficile de faire rire encore après sa prestation.

Comédien, Sim a fait un peu (très peu) de théâtre et aussi, il a fait du cinéma. Mais jamais il n’a voulu faire une carrière au cinéma. Son premier film était "Les Gaîtés de l’escadrille" en 1958. Sim n’a tourné que dans une vingtaine de films, dont beaucoup de navets qu’il n’osait plus évoquer (il fallait bien manger). Il pouvait toutefois se prévaloir d’avoir fait des films avec Michel Audiard (dont "Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais …elle cause ! " en 1970, où il faisait une libellule !). Sa fierté était d’avoir tourné dans le premier film de Guy Lux  ("Drôles de zèbres" en 1977) et dans le dernier film de Federico Fellini ("La Voce della luna" en 1990). Il faut également citer "Les Mariés de l’an II" de Jean-Paul Rappeneau en 1971 avec Marlène Jobert et "son père", Pierre Brasseur, "Le Roi des bricoleurs" de Jean-Pierre Mocky en 1977, et deux participations dans Astérix (en 1999 et 2008) où il jouait avec merveilles le rôle du vieil Agecanonix aux côtés d'Arielle Dombasle.

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Sim a aussi joué quelques rôles pour la télévision dont le plus connu est le comte Théo de Montalenvert, pour épicer certains épisodes de la série de celui qu’il considérait comme un véritable frère (qu’il n’a jamais eu), Victor Lanoux : "Louis la Brocante". Il faut noter d’ailleurs qu’au théâtre, Sim a peu joué, mais surtout dans des pièces de Victor Lanoux.

Artiste de variétés, Sim s’est beaucoup fait connaître du grand public à la télévision, par ses prestations dans les années 1970-1980. D’abord chez Guy Lux, où il interprétait quelques sketchs et de nombreuses chansons, parfois très pourries ! Cependant, en 1978, avec Patrick Topaloff, ils ont réussi à faire une parodie de "Grease" ("You’re the One That I Want") : "Mais où est ma ch’mise grise ?" et leur disque, enregistré à la va-vite, a fait un carton, deux fois disque d’or !

Ensuite, il est intervenu très régulièrement dans les fameuses "Grosses Têtes" animées (sur RTL et parfois sur TF1) par Patrick Bouvard qui fut un grand ami de Sim. Dans les années 1970 à 1990, il fut en effet, tant à la radio (une voix) qu’à la télévision (une gueule), l’un des participants les plus imaginatifs et drôles de la bande.

C’était donc chez Guy Lux puis chez Philippe Bouvard qu’il a fait beaucoup de sketchs qui, parfois, ont mal vieilli. Son personnage le plus connu est la baronne de La Tronche-en-Biais (qui dit bien ce que ça veut dire !). C’était une idée de Fernand Reynaud qui lui a proposé de faire ce personnage dans des sketchs chez Guy Lux.

Pour lui rendre hommage, je propose ici quelques-uns de ses nombreux sketchs et chansons pour retourner un peu dans un passé pas si lointain de la télévision de grand-papa.


1. Le permis de conduire (version avec Pierre Louis).






2. Le permis de conduire (version avec Jacques Balutin).






3. La princesse (interrogée par Léon Zitrone).






4. Une chanson avec Carlos.






5. Le sumotori.






6. Le ramoneur.






7. La femme de ménage à Bobino.






8. Le kiné.






9. Scapin.






10. Le dentiste.






11. Torture médiévale.






12. Tintin et Milou.






13. Coqs gaulois.






14. Le costaud des Batignolles.






15. Les clowns avec Pierre Bellemare et Jacques Pradel.






16. Surprise avec Daniel Prévost.






17. Les chaussures vernies.






18. Le manoir familial.






19. Rétrospective de l’INA.






20. Sim chez Laurent Ruquier ("On n'est pas couché") le 9 mai 2009 sur France 2.






21. Mais où est ma chemise grease ? (avec Patrick Topaloff).






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 septembre 2019)
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Pour aller plus loin :
Sim.
Élie Kakou.
Pierre Desproges.
Thierry Le Luron.
Pierre Dac.
Coluche.

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https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/a-hauteur-de-sim-217732

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29 août 2019 4 29 /08 /août /2019 17:44

« Moi comme les autres, on est partagé entre l’irritation d’être regardé, interrogé, et le plaisir d’être regardé et interrogé, et vu, et aimé par les autres. On a ça simultanément en soi. » (Michel Aumont, France 3, le 3 avril 1993).


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Pudeur, timidité, discrétion… ces qualités sont rarement celles d’un acteur et pourtant, elles le furent pour Michel Aumont qui vient de brutalement disparaître ce jeudi 29 août 2019 à l’âge de 82 ans (il est né le 15 octobre 1936 à Paris). Le 3 avril 1993, il se faisait l’antistar : « Quand je suis rentré il y a trente-cinq ans, les acteurs du Français [Comédie-Française] étaient presque tous (…) des acteurs vedettes. Et bon, cette période est passée, indéniablement. ».

Michel Aumont fut un immense comédien, au talent exceptionnel. J’avais eu déjà l’occasion de louer sa carrière et ses interprétations il y a presque trois ans. Des centaines de représentations au théâtre, avec des rôles parmi les plus grands qui lui valurent quatre Molière, des dizaines et des dizaines de films au cinéma (avec les plus grands réalisateurs et les plus grands acteurs français) qui font qu’il est impossible de ne pas le reconnaître.

Il était reconnu, mais peut-être pas connu avec un nom presque anonyme, ce qui n’était certainement pas pour lui déplaire. À ce titre, il était justement excellent dans les seconds rôles car les seconds rôles doivent toujours s’effacer derrière les stars, mais justement, Michel Aumont n’avait pas l’esprit de star. Il aimait juste jouer la comédie : « Je suis comédien, tout bêtement ! ».





Dans un entretien accordé le 20 juin 2016 à Laurent Beauvallet pour "Ouest-France", il est revenu sur cette modestie : « On n’est jamais sûr de soi, c’est toujours à recommencer. Je m’escrime à chaque fois comme si c’était la première fois. Je suis un acteur d’instinct. ». Et ses rôles préférés : « Au cinéma, celui que j’ai préféré, c’est "Les invités de mon père", d’Anne Le Ny. J’aimais beaucoup ce bon pépé, très simple et humain. Et le film était joli. Au théâtre, comme je suis très cabotin, je veux jouer les premiers rôles, pas les seconds. ».

Pour le Ministre de la Culture Franck Riester, il « avait su conquérir le cœur des Français, passant du théâtre au cinéma avec cette générosité discrète qui emplissait chacun de ses rôles. Sociétaire honoraire de la Comédie-Française, il avait l’aisance des grands. » (Twitter, 29 août 2019).

Sa voix très posée l’a conduit aussi à lire des textes classiques essentiels, comme "Le Banquet" de Platon recommandé par France Culture. Pour "L’Enseignant", Robert Leroux écrivait à ce sujet : « Son talent de narrateur permet d’en préserver toutes les subtilités en rendant "digeste" et accessible à tous ce banquet qui reste l’un des grands écrits fondateurs de la philosophie. ». Jean-Yves Patte et Claude Colombini Frémeaux qualifiaient l’acteur ainsi : « Un lecteur-acteur, un guetteur d’esprit, un quêteur qui nous offre des instants précieux, rares. ».

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Comme je l’avais déjà indiqué, je trouve que l’une des meilleures interprétations de Michel Aumont a été dans "Cours privé", réalisé par Pierre Granier-Deferre (sorti le 12 novembre 1986), un film assez glauque avec un rôle encore plus glauque, directeur d’une école privée qui cherche à draguer et intimider une nouvelle professeure, la très belle et séduisante Élizabeth Bourgine.

Dans "Le Placard", réalisé par Francis Veber (sorti le 17 janvier 2001), chronique sociale dans le milieu de l’entreprise, Michel Aumont est un jeune retraité, homosexuel, amoureux des chats et directeur de conscience d’un comptable sans imagination qui a la trouille d’être licencié.





Autre grand classique, plus ancien, auquel a participé Michel Aumont (alors jeune), ce fut "Le Jouet", également réalisé par Francis Veber (sorti le 7 décembre 1976), dans lequel Michel Aumont est le directeur d’un magasin de jouets qui veut "offrir" Pierre Richard au gosse gâté du propriétaire.





Je termine ici par ce dialogue succulent (déjà cité il y a trois ans) de deux "vieillards" de la comédie, chez Laurent Ruquier qui avait fait venir Michel Aumont et Claude Brasseur le 30 août 2014 sur France 2 pour faire la promotion de la pièce "La Colère du Tigre" (de Philippe Madral, mise en scène de Christophe Lidon) au Théâtre de Montparnasse. Michel Aumont était alors le peintre très connu et riche (mais en mal d’inspiration) Claude Monet et Claude Brasseur le vieux Tigre, c’est-à-dire, Clemenceau.






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 août 2019)
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Pour aller plus loin :
Michel Aumont.
Le génie effacé du cinéma français.
Claude Zidi.
Pierre Richard.
Lino Ventura.
Line Renaud.
Jean Lefebvre.
John Wayne.
Kirk Douglas.
Élie Kakou.
Jean Bouise.
Pierre Desproges.
Anémone.
Gérard Oury.
Zizi Jeanmaire.
Jean-Pierre Marielle.
"Les Éternels".
Jacques Rouxel.
François Berléand.
Niels Arestrup.
"Acting".
"Quai d’Orsay".
Michel Legrand.
Gérard Depardieu.
Maria Pacôme.
Ennio Morricone.
Francis Lai.
Bernadette Lafont.
Pauline Lafont.
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Charlie Chaplin.
Maurice Chevalier.

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14 août 2019 3 14 /08 /août /2019 03:40

« Je ne suis pas un homme de texte. Je m’intéresse plus aux sentiments, à l’émotion du moment qu’aux mots. Donc, je peux dire n’importe quel mot. Pour moi, ce qui compte, c’est la sincérité avec laquelle je le dis. (…) Je peux dire "carburateur" alors que cela n’a aucun rapport avec ce que je dois dire. Je ne m’en aperçois pas. » (Pierre Richard, le 16 décembre 2006 sur France 2).


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L’acteur Pierre Richard fête son 85e anniversaire ce vendredi 16 août 2019 (il est né à Valenciennes). Comment peut-on être si original avec un nom si commun ? Pierre Richard est une sorte de compromis entre Louis de Funès, version soumise et distraite, et Jacques Tati, version cinéma parlant. Comme ce dernier, il a réalisé quelques films, mais c’est surtout comme acteur qu’il est éclatant.

Il est le petit-fils du patron d’une usine dans le Nord : « C’est vous dire que je n’ai pas tellement suivi son chemin. ». Sa famille n’était pas très heureuse quand il a choisi la comédie : « J’étais fâché pendant quinze ans, jusqu’au moment où j’ai fait mon premier film. ». Il est un acteur assez particulier et original dans le cinéma français. Parce qu’il a sa manière très personnelle de jouer. Tout en sensibilité, tout en émotion.

Ses duos sont irrésistibles : avec Mireille Darc, avec Jane Birkin, mais aussi avec des hommes, avec Jean Carmet, avec Pierre Palmade, et surtout, avec Gérard Depardieu. Jetant au fond d’une oubliette le concept du clown triste, Pierre Richard invente le clown distrait.

Enfin, le clown distrait seulement dans la première de sa carrière. Il n’était déjà plus très jeune, il a brillé dans ces rôles dans les années 1970 et 1980, il avait déjà la quarantaine, voire la cinquantaine déjà. Gesticulateur, avec ses grandes jambes, une stature qui s’impose sans en imposer, du mime parfois, un peu à la Charlie Chaplin. Tout en silence.

Forcément que le public l’aime : timide, modeste, distrait, maladroit, malchanceux, il a tout pour plaire, tout pour réaliser ce phénomène d’identification, aucune arrogance, aucune suffisance, de la gentillesse à revendre et un cœur immense. S’il faut résumer, je choisis deux films : "Le Grand Blond avec une chaussure noire" et "La Chèvre". Mireille Darc et Gérard Depardieu. Sans compter tous les autres acteurs succulents (Bernard Blier, Jean Rochefort, Paul Le Person et Jean Carmet pour le premier, Michel Robin et Corynne Charby pour le second, pour les deux, une apparition de Robert Dalban).

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Dans la seconde partie de sa carrière, il est l’acteur "vieux". Je l’ai découvert avec un téléfilm en Robinson Crusoé. Il n’a pas changé dans le comportement (il reste toujours un grand enfant rêveur) mais son apparence a transmuté. Le voici en vieillard, avec une barbe blanche, comme l’avait laissé pousser aussi l’ami Jean-Pierre Marielle. Ses yeux sont toujours aussi brillants et farceurs, son sourire irrésistible, mais il apparaît "vieux".

Mais pourquoi donc ces acteurs laissent-ils pousser leur barbe blanche ? Tout le monde ne peut pas rivaliser avec le Père Noël. Et pour Pierre Richard, cela peut lui faire le look d’un vieil anarchiste de droite solitaire et désabusé de la vie, ce que le sourire scintillant, heureusement, dément immédiatement.

Je propose ici sept occasions où Pierre Richard a été, selon moi, extraordinaire. Bien sûr, c’est un choix personnel, donc subjectif et arbitraire, mais ce sont des films ou prestations que j’ai adorés et qui tiennent grâce à l’aura de Pierre Richard.


1. "Le Grand Blond avec une chaussure noire" (sorti le 6 décembre 1972)

Ce film réalisé par Yves Robert (avec une collaboration avec Francis Veber pour le scénario) est un film "culte". Un faux agent pour rendre confuse une situation déjà confuse. Avec une suite, "Le retour du Grand Blond" (1974).






2. "La course à l’échalote" (sorti le 8 octobre 1975)

Réalisé par Claude Zidi, le film reprend les mêmes ficelles comiques que "La moutarde me monte au nez". Pierre Richard joue avec une Jane Birkin pleine de charme et un commissaire perplexe, Michel Aumont.






3. "Le coup du parapluie" (sorti le 8 octobre 1980)

Un film comique réalisé par Gérard Oury, qui met en scène Pierre Richard, acteur de pacotille devant singer un tueur à gages, avec un vrai tueur à gages, avec Valérie Mairesse, et aussi Gérard Jugnot, Dominique Lavanant, Robert Dalban, etc.









4. "La Chèvre" (sorti le 9 décembre 1981)

Film réalisé par Francis Veber, parmi les plus réussis de Pierre Richard, avec un humour subtil très rafraîchissant. Le duo Pierre Richard et Gérard Depardieu fonctionne à merveille (le rêveur maladroit et le réaliste sérieux) et a donné "Les Compères" (1983) et "Les Fugitifs" (1986), toujours de Francis Veber. Pour l’anecdote, il faut savoir que le duo initialement pressenti était très différent, Jacques Villeret pour le rôle de Pierre Richard et Lino Ventura pour celui de Gérard Depardieu.









5. "Robinson Crusoé" (diffusé le 22 décembre 2003 sur France 2)

Ce téléfilm réalisé par Thierrry Chabert reprend le livre très célèbre de Daniel Defoe (qui fut le livre fétiche de Michel Déon). Pierre Richard apparaît ici dans un rôle inédit pour lui.






6. "Pierre et fils" (créée le 21 septembre 2006 au Théâtre des Variétés à Paris)

Dans une pièce de théâtre mise en scène par Christophe Duthuron et écrite par Pierre Palmade et Christophe Duthuron, le duo Pierre Palmade et Pierre Richard fonctionne, lui aussi, très bien. L’effet comique est garanti par l’inversion des rôles : Pierre Richard, le père, est l’homme enfant, clochard irresponsable et rêveur, tandis que Pierre Palmade, le fils, est l’homme adulte, patron d’un supermarché, rationnel et sérieux. C’est Isabelle Mergault qui a trouvé le titre. La pièce se structure sous forme de dix sketchs, un peu comme les pièces avec le duo Pierre Palmade et Michèle Laroque.

Voici deux répliques savoureuses de Pierre Richard. La première : « In vino veritas, in Bordeaux veritas, in whisky whiskas, bien entendu ! ». La seconde : « Tu n’as pas eu de père, alors tu n’as pas eu de repère ! ».









7. "King Guillaume" (sorti le 28 janvier 2009)

Réalisé par Pierre-François Martin-Laval, le film fait apparaître une île bretonne au milieu de nulle part dont Pierre-François Martin-Laval, petit banlieusard, conducteur de petit train, marié à Florence Foresti, joueuse de tuba, devient le roi. Dans cette île vit toute une communauté assez étrange, Pierre Richard, Isabelle Nanty (Pamela !), Omar Sy, et aussi Rufus.






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 août 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Claude Zidi.
Pierre Richard.
Lino Ventura.
Line Renaud.
Jean Lefebvre.
John Wayne.
Kirk Douglas.
Élie Kakou.
Jean Bouise.
Pierre Desproges.
Anémone.
Gérard Oury.
Zizi Jeanmaire.
Jean-Pierre Marielle.
"Les Éternels".
Jacques Rouxel.
François Berléand.
Niels Arestrup.
"Acting".
"Quai d’Orsay".
Michel Legrand.
Gérard Depardieu.
Maria Pacôme.
Ennio Morricone.
Francis Lai.
Bernadette Lafont.
Pauline Lafont.
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Charlie Chaplin.
Maurice Chevalier.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190816-pierre-richard.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/pierre-richard-le-clown-distrait-217065

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/08/01/37535297.html


 

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13 août 2019 2 13 /08 /août /2019 03:23

« À l’époque où je faisais mon émission, l’homme était souvent un peu… une brute, et la femme, pas du tout informée. ».


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La journaliste Menie Grégoire est née il y a 100 ans, le 15 août 1919 à Cholet et elle est morte le lendemain de son 95e anniversaire, le 16 août 2014, à Tours. Elle fut à elle seule une "institution" de la radio française, en ouvrant ses auditeurs sur les enjeux intimes, familiaux, conjugaux et sexuels. "Menie" sans accent pour éviter son vrai prénom Marie qu’elle jugeait trop religieux, mais par erreur, son émission de radio s’appelait "Allo Ménie" avec un accent.

Elle a animé effectivement pendant une quinzaine d’années, de mars 1967 à juin 1982, une célèbre émission sur RTL où les auditeurs, chaque après-midi, pouvaient lui poser des questions en tout anonymat sur leurs problèmes de couple ou de sexualité. Elle a fait des émissions spéciales dont une a été mémorable en raison de l’irruption, sur la scène, de militants homosexuels venus protester contre la tonalité qu’ils jugeaient homophobe de l’émission, le 10 mars 1971 à la Salle Pleyel (l’émission était diffusée en direct).

Dans son blog, le 14 novembre 2017, Christophe Guitton se rappelait : « La cuisine baigne dans le soleil du début d’après-midi. Ma mère repasse le linge en écoutant la radio. (…) 15 heures, la "Petite Musique de Nuit" retentit dans la pièce. Maman, emprunte de solennité, augmente de volume. Les premières mesures de Mozart s’estompent au profit d’une voix suave et bienveillante (…). Le corps immobile, ma mère attentive stoppe son activité. Une première auditrice pose sa question après un bref témoignage poignant parois terrifiant comme souvent. (…) Je percevais au travers de la voix de Menie Grégoire un apaisement, une réponse à bien des désespoirs. ». Le 28 novembre 2014, cet autre témoignage, d’une ancienne auditrice : « Son émission a aidé beaucoup de femmes mais n’a pas résolu leur mal de vivre, elle leur a donné une écoute et un peu d’espoir. Merci Menie. ».

Le grand succès populaire de son émission de radio (plus de deux millions d’auditrices tous les jours), qui l’a rendue célèbre, a fait qu’elle a reçu 100 000 lettres dont elle a publié quelques-unes en mai 2007 dans un livre (chez Calmann-Lévy). Le sujet était important, la sexualité, et très rarement ou jamais abordé dans les médias audiovisuels de cette époque, malgré la crise de mai 1968. Elle était formée à la psychanalyse et a libéré ainsi la parole des femmes qui pouvaient aborder des sujets encore tabous : l’inceste, l’homosexualité, la contraception, l’avortement, l’éducation sexuelle, etc.

Isabelle Duranton, dans "Notre Temps", expliquait le 18 août 2014, dans sa nécrologie : « À la radio, la voix de l’animatrice fait des miracles. Car [elle] sait orienter, consoler, rassurer, écouter. (…) [Elle] aborde tous les sujets avec mesure et tact, accompagnée d’un médecin. ».

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Ayant une formation en histoire de l’art, Menie Grégoire a aussi animé des émissions de télévision sur FR3 en 1984, sur France Bleu, et a publié des chroniques régulières dans "Marie-Claire" de 1980 à 1986 puis dans "France-Soir" de 1986 à 1999. Par ailleurs, elle a publié une trentaine de livres entre 1964 et 2014, souvent des romans historiques, dont le premier est un essai intitulé : "Le métier de femme" (chez Plon), qui fut rapidement un best-seller, ce qui a donné l’idée au directeur de RTL, Jean Farran, de la recruter (c’est dans ces moments-là qu’on voit que l’intuition est l’une des meilleures compétences des décideurs).

Le 3 mars 2015 à 9 heures sur France Culture, l’émission "La Fabrique de l’Histoire" fut consacrée à un portrait de Menie Grégoire par Delphine Saltel, réalisé par Véronique Samouiloff. Delphine Saltel a expliqué : « Tout ce qui ne pouvait pas se dire sans honte dans cette France corsetée se retrouve entendu. ». Laurence Le Saux, présentant ce portrait pour "Télérama" le 2 mars 2015, a décrit ainsi l’animatrice : « Fouillant toujours plus loin l’intime, retournant les pudeurs, poussant la parole. Persuadée qu’il fallait donner des mots à ceux qui ne les trouvaient pas. ». Cette dernière phrase était aussi l’un des objectifs de travail du prêtre théologien et psychanalyste Maurice Bellet (et probablement de toute personne cherchant à écouter ceux qui sont en détresse).

Dans ce documentaire radiophonique sur France Culture ("Allo Menie, confidences sur les ondes"), on peut ainsi entendre la réponse faite par Menie Grégoire à une jeune fille à propos de sa première expérience sexuelle : « Simplement, vous avez peur et ne savez rien, comme la majorité des jeunes femmes en 1968. Je vais vous dire ce que vos mères auraient dû vous dire : on n’est pas frigide parce qu’on ne ressent rien la première fois ! Toutes les femmes sont faites pour l’amour, mais il faut un minimum de connaissances de la façon dont on est fait soi, et dont l’autre est fait. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 août 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Menie Grégoire.
Philippe Gildas.
Pierre Bellemare.
Jacques Antoine.
Bernard Pivot.
Michel Polac.
Alain Decaux.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190815-menie-gregoire.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/menie-gregoire-et-le-sexe-a-la-217064

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/08/01/37535316.html


 

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11 août 2019 7 11 /08 /août /2019 01:18

« Deux routes s’offraient à moi, et là, j’ai suivi celle où on n’allait pas, et j’ai compris toute la différence. » (Robert Frost, "The Road Not Taken", 1916).



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Carpe diem, quam minimum credula postero ! Exaltation de l’individualisme (choisir sa voie), promotion de l’épicurisme par ce vers d’Horace (jouir du temps présent), en clair, faire de sa vie une vie riche et intense, unique et trépidante. Bref, comme disait le philosophe Henry David Thoreau, « sucer toute la moelle secrète de la vie » ("Walden ou la vie dans les bois", 1854). C’est un peu ce genre de message que cherche à faire passer le film américain de Peter Weir, "Le Cercle des Poètes disparus" ("Dead Poets Society" aux États-Unis), sorti dans les salles en France il y a trente ans, le 17 janvier 1990 (sorti aux États-Unis le 9 juin 1989). Avec une musique de Maurice Jarre.

Inutile de dire que ce film est devenu un "film culte", une expression qu’on met généralement à toutes les sauces et souvent galvaudée, mais ici, elle garde son sens. Ce fut un véritable phénomène de société. Sortir des sentiers battus, s’épanouir, vivre libre, rejeter le conformisme ambiant. Opération rentable pour les producteurs puisque, à partir d’un budget de près de 16 millions et demi de dollars, les recettes ont été de 236 millions de dollars dans le monde (dont 96 millions de dollars rien qu’aux États-Unis), ces informations pour donner la mesure du grand succès commercial du film.

Ce film pourrait être considéré comme un peu léger, tant l’exaltation ressortie aujourd’hui pourrait être un peu périmée, un peu surannée. Il y a même des scènes que j’appellerais "culturellement violentes" et intellectuellement scandaleuse, comme lorsque le professeur de littérature arrache les pages d’un manuel scolaire. Certes, au nom de la liberté de création, il n’apprécie pas le formalisme d’écriture de la poésie qui y est traité (moins non plus) mais faut-il pour cela détruire l’œuvre d’un autre auteur ? Comme si les autodafés ne faisaient pas référence à d’autres faits nauséeux dans l’histoire récente ?

On peut donc évidemment maugréer et mépriser ce succès comme la plupart des succès cinématographiques, le sentiment d’être embarqué dans une sorte de manipulation géante avec dose de moraline et stock de mouchoirs en papier.

Mais imaginez-vous à l’âge de ces personnages, étudiant d’une vingtaine d’années, quand vous avez regardé pour la première fois ce film. Vous étiez plutôt heureux de regarder un film sur le sujet, sur les étudiants, sur les études en général, ils sont plutôt rares et il y a un phénomène naturel d’identification. Chaque étudiant du film a son caractère, vous pouvez choisir celui qui vous est le plus proche.

L’institution est très rigide, c’est une école à la discipline très stricte et à la réputation excellente (l’une étant la conséquence de l’autre, ou la cause). Il y a l’étudiant timide (Todd Anderson joué par Ethan Hawke), il y a au contraire celui qui est leader, sûr de lui, qui découvre l’amour et le théâtre (Neil Perry joué par Robert Sean Leonard). Et puis évidemment, il y a le professeur de littérature, John Keating, admirablement interprété par Robin Williams.

Peut-être d’ailleurs ne le connaissiez-vous pas auparavant, cet acteur ? Vous aviez peut-être "raté" sa prestation mémorable dans "Good Morning, Vietnam" (sorti en France le 7 septembre 1988) et c’était encore trop tôt pour regarder "Madame Doubtfire" (sorti en France le 9 février 1994) ou encore "Jumanji" (sorti en France le 14 février 1996).

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Robin Williams a été l’étincelle de ce film, éblouissante, irradiant les autres (jeunes) acteurs et le public, mais malgré sa nomination, il n’a pas été récompensé par un Oscar (le film a eu l’Oscar 1990 du meilleur scénario écrit par Tom Schulman et le César 1991 du meilleur film étranger en France). Il a eu un Oscar (du meilleur oscar dans un second rôle) en 1998 pour "Will Hunting". L’acteur pourtant synonyme de vie dans son rôle de Keating s’est suicidé il y a cinq ans, le 11 août 2014 à son domicile californien, plongé dans une grande dépression.

Ce n’était pas ce suicide qui vous a ému en regardant "Le Cercle des Poètes disparus", mais celui de Neil Perry qui voulait faire du théâtre et qui était trop impressionné par son père pour le lui avouer ou plutôt, pour le justifier, car son père tient absolument à ce qu’il fasse des études de médecine à Harvard. John Keating, ancien membre influent d’une ancienne organisation secrète, va conduire ses élèves ébahis à faire renaître cet ancien Cercle des Poètes disparus avec tous les rites d’une société secrète, réunions la nuit (contre le règlement de l’école), lectures de poèmes, etc.

Les méthodes pédagogiques de John Keating ont évidemment été peu comprises de ses collègues et surtout, de son directeur, M. Nolan, joué par l’acteur Norman Lloyd qui est sans doute l’acteur américain le plus âgé du monde puisqu’il est toujours vivant alors qu’il est né le 8 novembre 1914 (il vient d’avoir 105 ans), deux ans plus âgé que Kirk Douglas (Norman Lloyd a réalisé quelques épisodes de la série de son ami Alfred Hitchcock).

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Ce directeur renvoie l’enseignant original considéré comme le responsable indirect de la mort de Neil Perry, qui, en lui insufflant le vent de la liberté, s’est trouvé partagé entre l’obéissance et le respect dus à son père et l’envie et le besoin de suivre sa voie personnelle. Ce renvoi est possible à cause de lettre de dénonciation de ses élèves. À ce moment de l’histoire, on a un nœud de trahison ou fidélité, qui est quasiment le clivage entre collaboration et résistance.

Vous comprenez vite que, étudiant comme Neil Perry et Todd Anderson, si, quelques mois avant d’avoir regardé ce film pour la première fois, vous aviez vécu un deuil particulièrement traumatisant d’un camarade de promo, forcément, vous seriez alors peut-être très ému par ces quelques minutes de sentimentalisme à la fin du film. Vous revivriez alors votre cauchemar collectif en direct devant un écran géant, les gouttes de larmes glissant sur les joues. Tout serait remonté. Tristesse, sentiment d’injustice, d’impuissance et de colère.

C’est ce choc géant, cet écart entre cette vie à cent à l’heure, dans l’exaltation intellectuelle et collective, et même physique, et ce point de non-retour, cette irréversibilité, ce "aut cesar, aut nihil" si suicidaire dans les jeunes esprits. C’est ce fossé du retour au réel, entre grande illusion et brutal mur des réalités qui se confond au mur des lamentations, qui tétanise le cœur. Vous en viendriez peut-être jusqu’à vous dire que finalement, rentrer dans le rang, faire ce qu’on vous demande, gentiment, sagement, sans se poser de question, rester dans le conformisme confortable d’une vie déjà toute tracée par d’autres, vos parents, vos professeurs, vos amis, serait le moindre mal, moindre mal que le nihilisme total, angoissant et surtout, inutile. En clair, la tombe.

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Et si vous vous étiez identifié à Todd Anderson, vous en ressortiriez renforcé, de cette séance de cinéma si prégnante, avec plus d’audace et de courage à affronter la vie, et prêt à vous hisser les pieds sur la table pour crier "Ô Capitaine ! Mon Capitaine !", les jambes certes un peu tremblotantes.

Cette devise du Cercle, à l’origine, est le titre d’un poème de Walt Whitman pour rendre hommage à Lincoln après son assassinat en 1865 :

« Ô Capitaine ! Mon Capitaine ! Notre effroyable voyage est terminé.
Le vaisseau a franchi tous les caps, la récompense recherchée est gagnée.
Le port est proche, j’entends les cloches, la foule qui exulte,
Pendant que les yeux suivent la quille franche, le vaisseau lugubre et audacieux.
Mais ô cœur ! cœur ! cœur !
Ô les gouttes rouges qui saignent
Sur le pont où gît mon Capitaine,
Étendu, froid et sans vie. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 janvier 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Le Cercle des Poètes disparus".
Robin Williams.
Suzy Delair.
Michel Piccoli.
Gérard Oury.
Pierre Arditi.
"J’accuse" de Roman Polanski.
Roman Polanski.
Adèle Haenel.
Michel Bouquet.
Daniel Prévost.
Coluche.
Sim.
Marie Dubois.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190811-robin-williams.html

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