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17 décembre 2018 1 17 /12 /décembre /2018 04:19

« Il n’y a pas un professionnel en France qui comprendrait aujourd’hui, sans s’insurger, son départ d’Antenne 2. » (Michèle Cotta, le 15 juin 1983).



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Le nom de Pierre Desgraupes est quasiment mythique chez les journalistes. Il est né il y a un siècle, le 18 décembre 1918 à Angoulême. Il fut à la fois le journaliste visionnaire et le patron d’un média qui a su trouver son indépendance et sa liberté malgré les lourdes habitudes politiques. Il a disparu il y a plus de vingt-cinq ans, le 17 août 1993 à Paris, à l’âge de 74 ans.

Contrairement aux journalistes actuels formés dans les écoles de journalisme où l’on enseigne maintenant surtout comment faire de l’audience, facteur essentiel de survie et de développement d’un média, Pierre Desgraupes était de l’ancienne école, celle qui voulait que les journalistes fussent formés aux humanités, à savoir la philosophie, l’histoire et la littérature. Diplômé de la Sorbonne, Pierre Desgraupes a même failli passer l’agrégation mais il ne voulait pas enseigner, il voulait devenir journaliste.

Après trois ans auprès du ministre Henri Frenay et de ses successeurs au service de presse du Ministère des Anciens Combattants, Pierre Desgraupes fut recruté en 1947 par ce qui allait devenir l’ORTF (créée le 27 juin 1964). On ne s’étonna donc pas que de 1953 à 1968, le littéraire Pierre Desgraupes présenta une émission de littérature très courue "Lecture pour tous" en collaboration avec Pierre Dumayet (1923-2011). Entre 1956 et 1968, il a coproduit, avec Claude Barma, l’émission "En votre âme et conscience" qui retraçait certaines affaires judiciaires.

Enfin, ce qui fit sa réputation de journaliste moderne, il a coproduit, avec Pierre Dumayet et Igor Barrère (1931-2001), la célèbre émission "Cinq colonnes à la Une" de 1959 à 1968, conçue par Pierre Lazareff (1907-1972), créateur et dirigeant de "France-Soir" et du "Journal du dimanche". L’idée de cette émission dont la première fut diffusée le 9 janvier 1959, était d’en finir avec les journaux parlés de manière très ennuyeuse à la télévision et d’utiliser la force de l’image pour évoquer les sujets d’actualité. Ainsi, l’émission a eu son succès grâce au travail complémentaire d’un journaliste et d’un réalisateur. L’ambition de Pierre Lazareff, qui avait déjà obtenu beaucoup de succès dans la presse écrite, était clairement exprimée le 4 janvier 1959 : « Je veux (…) recréer sur le petit écran quelque chose qui ait une force percutante aussi grande que l’événement lui-même. ». En clair, "Cinq colonne à la Une" est l’ancêtre de toutes les émissions de reportage et documentaires d’actualité qu’on retrouve encore de nos jours, des émissions du style "Envoyé spécial".

Cette émission apporta à Pierre Desgraupes une réputation très grande dans le milieu de l’audiovisuel. Mais la crise de mai 1968 éclipsa sa carrière dans la télévision française (contrôlée par l’État). Pour une courte période car lorsqu’il est arrivé à Matignon, le nouveau Premier Ministre Jacques Chaban-Delmas voulait libéraliser l’audiovisuel (radio et télévision) qui était encore un outil exclusivement aux "mains" du pouvoir. Évidemment, il devait résister aux tentations gaullistes "naturelles".

C’était pour cette raison qu’en septembre 1969, Jacques Chaban-Delmas proposa à Pierre Desgraupes de diriger l’information à l’ORTF, un poste stratégique à une époque où le contrôle de l’information par le gouvernement était ordinaire et normal. Pierre Desgraupes incarna ainsi cette liberté et cette indépendance voulues par la crise de mai 1968. Il recruta de nombreux journalistes qui avaient déjà fait leurs preuves à la radio ou dans la presse écrite, en particulier Philippe Gildas (1935-2018), Étienne Mougeotte, François-Henri de Virieu (1931-1997), etc.

La nouveauté, ce fut que le journal télévisé, devenu à partir de novembre 1969 une émission phare des chaînes de télévision, avec un présentateur unique qui lisait un prompteur, donnait la parole aussi à des représentants d’opinions divergentes, à savoir les syndicats, les membres de l’opposition, etc.

Cependant, ce vent de liberté impulsé par Pierre Desgraupes sombra avec la Chabanie. Lorsque Pierre Messmer arriva à Matignon, il nomma le 14 juillet 1972 un nouveau dirigeant pour l’ORTF, son premier président-directeur général, Arthur Conte (1920-2013), écrivain mais aussi député et ancien ministre, qui congédia son directeur de l’information.

Pierre Desgraupes quitta alors la télévision française une nouvelle fois, de 1972 à 1981, pour travailler pour l’hebdomadaire "Le Point". Il a notamment conduit de très longs entretiens, comme celui avec André Malraux le 10 novembre 1975 ("Le Point" n°164), peu avant la mort du grand écrivain et ancien ministre.

Exemple de l’échange. Desgraupes : « Voulez-vous dire qu’il y a une part d’inconscient, à vos yeux, dans la démarche qui vous guide ? ». Malraux : « Oui, seulement le mot "inconscient" me gêne toujours. J’ai l’impression que c’est un timbre-poste que nous apposons sur quelque chose d’autre ; même avec tout ce que Freud veut y mettre, on n’arrive pas à une définition autre que négative. (…) Je crois que ce qui me guide, comme vous dites, c’est le sentiment excessivement violent que j’ai de voir mourir un monde. Et ce qui commande, dans cette perspective, l’ordre de ma mémoire, ce sont les moments où les fantômes que j’évoque entrent en contact avec ce monde englouti. ». Et de citer De Gaulle, Picasso, Nehru, Mao

André Malraux a énoncé à Pierre Desgraupes cette idée très enrichissante : « Vous savez, on m’a fait dire "le XXIe siècle sera religieux". Je n’ai jamais dit cela, bien entendu, car je n’en sais rien. Ce que je dis est plus incertain : je n’exclus pas la possibilité d’un événement spirituel à l’échelle planétaire. ». Et de compléter : « Un fait spirituel capital est imprévisible. ». Et si cet "événement" était le développement généralisé de l’utilisation du smartphone, connecté partout et tout le temps avec le monde entier, l’humanité entière ? On peut télécharger tout cet intéressant entretien ici.

Ce fut l’arrivée de la gauche au pouvoir qui donna à Pierre Desgraupes les plein pouvoirs sur une chaîne de télévision. Cependant, ce ne fut pas pour lui chose facile, car l’indépendance n’avait pas de couleur politique et beaucoup de ceux qui réclamaient l’indépendance de l’audiovisuel public avant le 10 mai 1981 demeuraient relativement discrets après cette date… Entre-temps, il faut le rappeler, Valéry Giscard d’Estaing avait poursuivi la libéralisation de l’audiovisuel public en faisant éclater l’ORTF le 1er janvier 1975 en de nombreuses sociétés publiques indépendantes les unes des autres, en particulier Radio France (regroupant toutes les stations de radio publiques), TF1, Antenne 2 et FR3, les trois (seules) chaînes de la télévision française.

La nomination, le 4 août 1981, de Pierre Desgraupes comme président-directeur général d’Antenne 2, faisait partie du "quota" du nouveau Premier Ministre Pierre Mauroy, au même titre que la nomination de Michèle Cotta comme présidente-directrice générale de Radio France : « Pierre Mauroy me dit que, proposant mon nom pour Radio France en même temps que celui de Pierre Desgraupes pour Antenne 2, François Mitterrand a accepté en ajoutant : "C’est d’accord, mais ce sera sur votre contingent, alors !". J’apprends à cette occasion que Mitterrand et Mauroy sont tombés d’accord pour se partager les nominations. » (Michèle Cotta, fin juillet 1981).

Soutenu par Pierre Mauroy, Pierre Desgraupes allait souvent être en confrontation avec François Mitterrand dont l’indépendance de l’audiovisuel public n’était qu’une façade hypocrite. Il était comme ses prédécesseurs, il voulait tout régenter (jusqu’aux nominations des organigrammes). Confrontation, car l’indépendance de Pierre Desgraupes n’a jamais été politique, mais professionnelle. Il voulait avoir le champ libre. Et grâce à certains soutiens qu’il a trouvés également dans la nouvelle majorité, il a pu avoir cette liberté, malgré les rancunes tenaces de François Mitterrand.

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Retrouvant la télévision, Pierre Desgraupes a repris certains collaborateurs qu’il avait recrutés sous Jacques Chaban-Delmas, en particulier François-Henri de Virieu (étiqueté PS et CFDT) à qui il a confié l’émission politique phare, "L’Heure de vérité", fameuse avec son générique sorti tout droit d’un James Bond. Cette émission, diffusée du 20 mai 1982 au 18 juin 1995, était devenue le passage obligé de tous les leaders politiques et en particulier, les candidats à l’élection présidentielle. Chaque passage devenait un événement politique en lui-même, comme ce premier passage de Jean-Marie Le Pen le 13 février 1984, quelques mois avant les élections européennes, qui a donné un écho surmédiatisé à un parti qui n’avait obtenu que 0,7% des voix en 1974. Gilles Ménage (1943-2017), à l’époque directeur de cabinet adjoint de François Mitterrand, a confié par la suite que François Mitterrand avait effectivement donné consigne aux dirigeants de la télévision de donner souvent la parole au FN. Avec neuf passages, Jean-Marie Le Pen a fait partie de ceux qui ont été le plus fréquemment invités.

Avec ses rites (comme l’écriture manuscrite d’une citation à la fin de l’émission), le format de l’émission était très rigoureux : présentée par François-Henri de Virieu, elle était découpée en trois quarts d’heure d’interview. Alain Duhamel défrichait les sujets d’actualité avec le premier quart d’heure tandis qu’Albert du Roy, chargé du dernier quart d’heure, revenait éventuellement sur les questions qui n’avaient pas obtenu de réponse claire. Un troisième journaliste, variable, questionnait pendant le deuxième quart d’heure, sur un thème particulier (économie, international, etc.).

On pouvait imaginer que ce type d’émission, reprenant le fameux "Cartes sur table" d’Alain Duhamel et Jean-Pierre Elkabbach, était ordinaire. Il se trouve qu’aujourd’hui, elle manque cruellement. Ou il y a des petits interviews qui ne peuvent aller au fond des sujets, ou, au contraire, il y a une émission en début de soirée ("L’émission politique" sur France 2), présentée par David Pujadas puis par Léa Salamé, beaucoup trop longue, et même interminable, confuse, mélangeant vie privée sans intérêt et sujets graves, et polluée par des considérations nombrilistes inutiles d’un institut d’auto-sondages (sondage sur les téléspectateurs de l’émission elle-même).

Dès la rentrée 1981, Pierre Desgraupes a confié la présentation du journal de 20 heures à une femme, Christine Ockrent, ce qui était une première en France. Il a aussi initié de nombreuses nouvelles émissions, en particulier "Moi, je" (1982) et "Psy Show" (1983) produites par Pascale Breugnot, directrice des magazines d’Antenne 2, qui a produit également "Gym Tonic" présentée par Véronique et Davina à partir de la rentrée 1982, et aussi une émission très ponctuelle, "Vive la crise !" diffusée le 22 février 1984 et présentée par Yves Montand pour parler d’économie, avec la participation de l’économiste Michel Albert (1930-2015). Cette émission, regardée par plus de 20 millions de Français, a fait gonfler l’hypothèse d’une candidature d’Yves Montand à l’élection présidentielle de 1988. Elle fut suivie, une année plus tard, d’une émission du même type sur les relations internationales avec Pierre Lellouche, expert en géopolitique, futur député et futur ministre.

Parmi les autres émissions que Pierre Desgraupes a initiées, il y a eu "Les Enfants du rock", émission sur la culture moderne créée par Pierre Lescure et présentée par Antoine de Caunes à partir du 7 janvier 1982, et "Champs-Élysées", émission de variétés présentée par Michel Drucker le samedi soir du 16 janvier 1982 au 29 juin 1990 (avec un trou en 1985-1986). Là encore, cette dernière émission a fait plusieurs fois l’événement, comme le 19 novembre 1983, quand le clip "Thriller" de Michael Jackson fut diffusé pour la première fois en France, comme le 10 novembre 1984, quand Thierry Le Luron a fait huer le gouvernement socialiste par toute la salle sur un air de Gilbert Bécaud, comme aussi le 5 avril 1986, quand Serge Gainsbourg, ivre et macho, fut particulièrement vulgaire avec Whitney Houston qui n’en croyait pas ses oreilles.

Mais pour ces deux derniers événements, Pierre Desgraupes n’était déjà (quasiment) plus aux commandes et n’avait donc plus à affronter la colère du pouvoir politique. En effet, François Mitterrand a toujours regretté la nomination de Pierre Desgraupes à la tête d’Antenne 2 et pourtant, ce dernier a réussi à durer. D’une part, sa clairvoyance a fait qu’en audience, Antenne 2 a dépassé TF1, ce qui était un grand succès personnel. D’autre part, la nouvelle loi sur l’audiovisuel, la loi n°82-652 du 29 juillet 1982 sur la communication audiovisuelle, a créé une institution supposée indépendante du pouvoir politique chargée de nommer les patrons des sociétés de l’audiovisuel public.

Nommée le 22 août 1982 à la présidence de cette très nouvelle Haute Autorité de l’audiovisuel, Michèle Cotta était donc chargée de superviser la nomination ou la confirmation de tous les PDG de l’audiovisuel public (Jean-Noël Jeanneney lui a succédé à Radio France le 18 septembre 1982). Elle l’a expliqué dans son journal : « Nous avons commencé sans attendre, depuis quelques jours, le 7 septembre précisément, à nous pencher sur ce qui est notre première épreuve : la nomination des présidents des sociétés publiques de radio et de télévision. Curieusement, cela ne se passe pas trop mal. Plus facilement que je n’aurais cru, en tout cas. (…) Nous commençons à aligner chacun des noms. Spontanément, sans nous être concertés, nos propositions ne sont pas tellement éloignées les unes des autres (…) : Pierre Desgraupes n’est récusé par personne. » (19 septembre 1982).

Puis, le lendemain, 20 septembre 1982 : « Dernière séance ce matin : le vote. Tout s’est bien passé, c’était notre première épreuve, et l’épreuve n’en a pas été une. (…) Pour Antenne 2, pas de problème, la volonté de garder Desgraupes a été unanime. ». Fort de cette confirmation, Pierre Desgraupes a nommé Pierre Lescure directeur de la rédaction d’Antenne 2 en décembre 1982.

Un incident a renforcé la colère mitterrandienne. Normalement, une interview conduite par Pierre Lescure aurait dû être diffusée en direct sur Antenne 2 au journal de 13 heures le 1er janvier 1983 depuis Latché. Mais faute de moyens techniques de diffusion, la diffusion fut reportée d’un jour. En cause, une grue absente, qu’on a retrouvée …au Parc de la Pépinière, à Nancy ! Seule, TDF (société indépendante) était responsable de ce couac, mais François Mitterrand a considéré que tous les acteurs de l’audiovisuel public étaient en cause.

Michèle Cotta a ainsi raconté son coup de téléphone délicat avec François Mitterrand : « Je le sens, il en veut à Pierre Desgraupes qui ne l’a pas même appelé. J’essaie d’expliquer que Desgraupes n’est pas plus responsable de cette erreur que moi. Il n’empêche : ses excuses auraient été bienvenues. Je comprends que Mitterrand n’est pas homme à pardonner une contre-performance qui a pris de court, ou même fait carrément rigoler, une bonne partie des Français. ».

Et elle a aussi eu Pierre Desgraupes au téléphone : « Il m’appelle le 3 au matin. Je lui conseille, s’il ne l’a pas déjà fait, de passer un coup de téléphone à Latché. "Non, je ne lui ai pas téléphoné, je n’allais pas le déranger pour cela, grommelle Desgraupes. D’autant que je n’y suis pour rien. Si j’avais été le premier responsable, j’aurais été le premier à l’appeler. J’ai pensé que lui téléphoner revenait à reconnaître ma culpabilité. Or, je n’en ai aucune ! Et puis, conclut-il, je n’ai jamais de ma vie appelé un Président de la République sur son lieu de vacances, un 1er janvier au matin !". Sa réaction m’étonne. ».

Et d’analyser : « Je la comprends pourtant assez vite : Desgraupes est entré à la télévision sous De Gaulle, dans la première et unique chaîne qui existait. À l’époque, on ne dérangeait pas le général De Gaulle pour une grue. Plus tard, dans les années 1970, nommé par Chaban-Delmas, il n’a eu affaire qu’au Premier Ministre ou à son cabinet, jamais à l’Élysée où Marie-France Garaud et Pierre Juillet réclamaient à cor et à cri son départ, tandis que Chaban faisait mine de ne pas les entendre. En 1983, il est dans les mêmes dispositions : on ne dérange pas pour rien un Président de la République. On s’en tient même le plus loin possible. Humilité ? Indifférence ? Mépris ? Autour de François Mitterrand, ses proches chargent la barque. Ils jugent que c’est bel et bien du mépris. Mauroy, Fillioud et moi comprenons la psychologie de Desgraupes. Nous plaidons sa cause. Sans succès. ».

Le 6 avril 1983, Michèle Cotta fut quasiment convoquée (alors que la Haute Autorité qu’elle présidait était en principe indépendante) par François Mitterrand en colère contre la télévision qui présentait mal sa politique (le plan soutenu par Jacques Delors, confirmé Ministre de l’Économie, des Finances et du Budget quelques jours auparavant) : « Il m’écoute lui dire que personne, aucune institution, encore moins si elle est indépendante, aucun Ministre de la Communication ne peut dicter aux journalistes leur déontologie. Il comprend : aussi bien ne sont-ce pas les journalistes qu’il faut changer, ce sont les présidents de chaînes ! Je ne le montre pas, mais je suis atterrée : ces présidents, nous venons de les nommer. Je ne sais même pas comment on pourrait les révoquer, ou même tout simplement les "démissionner". Je choisis de gagner du temps, espérant que la divine colère va s’apaiser, les jours passants. ».

Notons que le lointain héritier de la Haute Autorité, l’actuel CSA, a su révoquer Matthieu Gallet de la présidence de Radio France le 31 janvier 2018 à la suite de sa condamnation judiciaire en première instance le 15 janvier 2018, et le Conseil d’État vient de confirmer cette décision du CSA contre Matthieu Gallet le 14 décembre 2018.

Nouvelle réunion à la bibliothèque de l’Élysée entre François Mitterrand, Michèle Cotta et quelques autres le 13 avril 1983 : « Il nous répète que la seule chance que la majorité ait de gagner les législatives de 1986 passe par l’information. Autrement dit, c’est nous qui sommes en train de faire perdre la gauche ! Et Pierre Desgraupes surtout, avec Antenne 2. (…) Bref, aujourd’hui, je suis effectivement persuadée que, tôt ou tard, je serai amenée à la rupture avec Mitterrand. (…) Je suis convaincue que l’information n’est pas domesticable dans nos pays, et d’ailleurs, que les journalistes ne sont pas tous des adversaires du pouvoir en place, loin de là ! Si on a créé une autorité indépendante pour imposer la loi du pouvoir à la presse audiovisuelle, on a eu tort, voilà tout. À aucun moment, la Haute Autorité n’a dans ses prérogatives la déontologie des journalistes. ».

Le 15 juin 1983, Michèle Cotta a réuni sa Haute Autorité pour révoquer le président de TF1 qu’elle avait elle-même nommée le 20 septembre 1982 (ce dernier fut remplacé par Hervé Bourges, un proche de l’Élysée) : « Ne sommes-nous pas en train, en réalité, de faire tomber une tête (…) pour éviter de faire ce qu’on me demande presque quotidiennement : me débarrasser de Desgraupes qui continue à déplaire en haut lieu ? Je ne toucherai pas à Pierre Desgraupes. C’est sûr. Je le dis. Je n’y toucherai pas, même si je dois, pour ce faire, partir avant lui. (…) Pourquoi ? Parce qu’il est devenu, depuis 1972 surtout mais déjà bien avant, lorsqu’il n’était qu’un des trois Pierre de "Cinq colonnes à la une", une sorte de symbole. Un modèle pour les journalistes de ma génération (…). Je ne cite même pas toutes ses autres émissions, ses interviews remarquables d’écrivains ou de médecins. Ni surtout sa manière bourrue, dynamique et professionnelle, de diriger l’information télévisée. La façon dont il est tombé la première fois en 1972, ou plutôt celle dont Jacques Chaban-Delmas a été flingué par l’Élysée, en partie à cause de la liberté de ton de l’information que Desgraupes donnait alors à TF1, lui a conféré un véritable brevet d’indépendance. Il n’y a pas un professionnel en France qui comprendrait aujourd’hui, sans s’insurger, son départ d’Antenne 2. Inventer quelque chose pour faire partir Desgraupes et donner satisfaction à ceux qu’il irrite, dont le Président de la République, serait signer mon arrêt de mort et celui de la Haute Autorité avec moi. ».

Le 17 septembre 1983, Michèle Cotta s’est sentie obligée carrément d’écrire à François Mitterrand ce qu’elle n’osait pas lui dire en face : « Que vous le vouliez ou non, que cela vous agace ou non, le départ de Desgraupes diviserait profondément les professionnels, la presse, donc l’opinion publique. Je ne peux m’empêcher de penser, et d’écrire : à quoi bon ? D’autant que si Desgraupes reste, il ne sera plus question, dès l’année prochaine (…), que de sa succession légale, qui (…) doit être préparée longtemps à l’avance. (…) Peut-être pourriez-vous vous-même trancher la querelle juridique qui s’amorce. Et la trancher en faveur du maintien de l’homme de télévision dont, pour le pratiquer quotidiennement, je connais mieux que personne les défauts, mais qui reste, à l’heure actuelle, le seul "saltimbanque", dans l’opinion et dans la profession, à passer la rampe. ».

La querelle juridique, c’était que l’Élysée voulait le départ de Pierre Desgraupes dès la fin de l’année 1983 : il a pourtant été nommé le 20 septembre 1982 président d’Antenne 2 pour un mandat de trois ans et son contrat a été confirmé par la Haute Autorité malgré l’âge de 65 ans atteint le 18 décembre 1983 : « Dans l’esprit de François Mitterrand, sauf lorsqu’il est concerné, 65 ans est un bon âge pour la retraite. Il fera jouer, il m’en prévient, cet argument irréfutable, et sans discussion possible. » (6 décembre 1983).

Le décret du 20 mars 1972 a étendu aux entreprises et sociétés nationales la loi du 31 décembre 1970 sur la limite d’âge des dirigeants de sociétés commerciales. Le décret du 20 octobre 1982 a cependant approuvé les statuts d’Antenne 2 qui prévoient que la limite d’âge des administrateurs de la société est fixée à 70 ans (et pas 65 ans) et que le conseil d’administration ne doit pas comporter plus d’un tiers des membres de plus de 65 ans. Rien n’empêchait donc juridiquement que Pierre Desgraupes terminât son mandat en septembre 1985, c’est-à-dire à l’âge de 66 ans et demi.

Michèle avait du mal à comprendre : « Pourquoi remplacerait-on un président de chaîne qui, de l’avis général, réussit dans sa mission ? (…) Parce que, paraît-il, au moment de l’affaire de l’Observatoire, il y a un siècle, Desgraupes a écrit un ou deux articles qui ont déplu à Mitterrand ? Ou par simple caprice de Président de la République ? Il y a, dans cette bataille anti-Desgraupes, quelque chose de dérisoire. Il n’est partout question que de missiles, de crise internationale, d’une éventuelle nouvelle guerre froide entre l’Est et l’Ouest, et voici que le maintien de Desgraupes à son poste pose un problème politique de première grandeur ! On croit rêver, vraiment ! » (6 décembre 1983).

Le 9 décembre 1983, Michèle Cotta fut invitée à déjeuner à l’Élysée et François Mitterrand l’a gardée à la fin pour un entretien privé. Quelques échanges très éloquents selon la mémoire de la présidente de la Haute Autorité (donc en substance, selon son interprétation). Elle : « N’essayez pas de changer les présidents des chaînes, ne vous lancez pas dans cette bataille, après celle de la presse écrite ! ». Lui : « Ca, ça ne vous regarde pas ! Vous vous êtes assez trompée dans votre vie privée, non ? Figurez-vous qu’il peut vous arriver aussi d’avoir tort ! ». Stupéfaction ! Argument très en dessous de la ceinture…

Le 15 décembre 1983, Michèle Cotta a reçu un coup de téléphone de Pierre Mauroy. Le gouvernement a consulté officieusement deux membres du Conseil d’État qui ont confirmé que Pierre Desgraupes pouvait terminer son mandat, rien ne l’y opposerait juridiquement. François Mitterrand était alors en déplacement en Yougoslavie. Michèle Cotta, ravie, ne pensa guère utile d’échanger avec François Mitterrand et a communiqué publiquement que les neuf membres de la Haute Autorité « ont pris la décision formelle d’annoncer le maintien de Pierre Desgraupes à la présidence d’Antenne 2 jusqu’à la fin de son mandat en [octobre] 1985 ».

Colère noire de l’Élysée. Le lendemain, François Mitterrand l’a appelée au téléphone de retour à Paris. Elle : « Mauroy m’a donné son feu vert juridique, je m’en suis tenue là ! ». Lui : « Vous n’auriez pas dû. Personne d’autre que moi ne pouvait vous le donner ! ». La monarchie mitterrandienne dans toute sa splendeur ! On est loin de la Macronie.

La conclusion de Michèle Cotta sur cette séquence : « Je ne peux m’empêcher de penser que ce qui est fait est fait. (…) Nous convenons tous les trois [avec Pierre Mauroy et Georges Fillioud] de faire le gros dos et d’attendre la fin de l’orage. » (22 décembre 1983). Et cette question qui l’a taraudée, alors qu’elle n’avait pas de raison personnelle particulière de défendre Pierre Desgraupes : « Alors, pourquoi m’acharner ? (…) Je crois que je sais pourquoi : la Haute Autorité, déjà ébranlée, à tort, par la nomination d’Hervé Bourges à l’été, volerait en éclats si ses membres, surtout les trois d’entre eux qui y représentent l’opposition, devaient entériner une éviction politique de Pierre Desgraupes. Si la loi imposait son départ, ils s’y seraient évidemment soumis. Si c’était le fait du prince, ils auraient tôt fait de m’offrir leur démission, faisant ainsi exploser un organisme indépendant dont ils démontreraient alors qu’il ne l’est pas. (…) S’ils [ceux qui nous gouvernent] ne voulaient pas d’un organe indépendant pour l’audiovisuel, s’ils voulaient nommer eux-mêmes les présidents de chaînes, ils n’avaient qu’à ne pas créer la Haute Autorité. Personne d’autre qu’eux ne le leur a demandé ! ».

Qu’importe le "gros dos" ! François Mitterrand, très habile manœuvrier, avait plus d’un tour dans son sac pour limoger Pierre Desgraupes sans mettre en émois la Haute Autorité et sa scrupuleuse présidente. Le premier acte, ce fut la démission du seul protecteur de Pierre Desgraupes au sein de la Mitterrandie, Pierre Mauroy, et son remplacement par un jeune mitterrandolâtre, Laurent Fabius qui, dès le 8 août 1984 à Matignon, a simplement signifié à Michèle Cotta : « Nous avons un candidat pour Antenne 2. (…) Le Président et moi. C’est Jean-Claude Héberlé ! ». Jean-Claude Héberlé était alors un proche de Laurent Fabius.

Le nouveau Premier Ministre, qui était opposé au principe de cette Haute Autorité depuis le début, lâcha à sa présidente : « Je sais bien que vous êtes journaliste de profession, que la Haute Autorité peut espérer survivre à une défaite de la gauche. Vous pouvez certes penser cela, encore que je n’y croie pas. Mais mon métier à moi, c’est de tout faire pour gagner ! ». Michèle Cotta l’a analysé ainsi : « Il a été chargé, deux ans avant les législatives (…), de gagner les élections. Il se fiche du tiers comme du quart de notre indépendance. Et il croit, assez naïvement, je trouve, qu’il suffit au Président et au gouvernement d’imposer ici ou là un homme à eux pour renverser le cours des choses. ».

Le second acte, ce fut l’adoption de la loi n°84-834 du 13 septembre 1984 relative à la limite d’âge dans la fonction publique et le secteur public. Lors de la discussion à l’Assemblée Nationale, en plein mois d’août 1984, la majorité a rajouté un paragraphe fixant à 65 ans la limite d’âge des dirigeants d’établissements publics et autres sociétés dans lesquelles l’État, les collectivités ou les personnes publiques détiendraient ensemble plus de la moitié du capital, et dans lesquels les nominations aux fonctions énoncées sont proposées par décret. La majorité sénatoriale a annulé cette disposition mais les députés l’ont reprise et imposée en seconde lecture. Cette disposition législative a été expressément adoptée pour mettre à la retraite Pierre Desgraupes. Interrogé par Michèle Cotta le 20 juin 1994, Jean-Claude Colliard, directeur de cabinet de François Mitterrand, l’a clairement confirmé. Cela donne une idée de la minutie politicienne de François Mitterrand qui a rarement agi pour l’intérêt général.

Pierre Desgraupes ne pouvait donc plus être sauvé à cause de cette nouvelle loi très explicite. Dès le jour de la promulgation de cette loi, la Haute Autorité s’est donc penchée pour lui trouver un successeur. Michèle Cotta a proposé à son assemblée le nom de Jacqueline Langlois qui n’a recueilli que sa seule approbation. Elle est parvenue à trouver un candidat de consensus, mais, consulté, ce dernier s’est récusé le lendemain et a avoué ensuite que Jack Lang, le Ministre de la Culture, lui avait proposé, pendant la nuit, la Villa Médicis pour l’écarter d’Antenne 2.

Finalement, contre le souhait de Michèle Cotta, ce fut le candidat de l’Élysée et de Matignon qui fut désigné, à savoir Jean-Claude Héberlé. Cela provoqua une grande polémique sur l’indépendance de cette instance. Membre de la Haute Autorité, Stéphane Hessel, diplomate proche des socialistes, regretta son vote et le scandale qu’il a engendré, et déclara dans "La Croix" en 1986 : « Notre présidente, la plus gênée dans cette affaire, a préféré s’abstenir pour bien souligner qu’elle n’obéissait pas aux consignes. ». Le lendemain de ce vote, invitée à l’Élysée pour un dîner mondain, Michèle Cotta croisa Jacques Chaban-Delmas qui lui a dit : « Ma petite, on vous a fait une s@loperie. La prochaine fois, foutez le camp ! ». Quelques mois plus tard, Albert du Roy et Christine Ockrent quittèrent la chaîne, et Michel Drucker s’est mis au vert pendant un an. Le 10 octobre 1985, lors du renouvellement de son mandat, Jean-Claude Héberlé fut renvoyé au bénéfice de Jean Drucker. Le même jour, Jeannine Langlois fut élue à la présidence de FR3.

Le 13 novembre 1984, Pierre Desgraupas quitta donc la présidence d’Antenne 2. Ses missions ultérieures ne furent plus exécutives, seulement des missions de conseil, dont une, commencée dès le 14 novembre 1984, a été pourtant très importante. Commandée par le gouvernement, cette mission fut de définir les contours d’une chaîne de télévision culturelle de dimension européenne dont il a remis le rapport en juin 1985, préfigurant La Sept, créée le 27 février 1986, devenue le programme français d’Arte créée le 30 avril 1991, et devenue Arte.France le 1er août 2000. En tant que vice-président du Conseil supérieur d’information nucléaire, il a également présenté un rapport remarqué en octobre 1991 où il a exposé ses recommandations sur le sujet.

Pierre Desgraupes reste aujourd’hui le symbole de l’indépendance du journalisme face à un pouvoir politique particulièrement hypocrite dans son approche de …l’indépendance. Érudit de littérature, il ne fut pas un "ingénieur commercial" comme le sont la plupart des journalistes d’aujourd’hui. Sa conscience professionnelle et sa liberté d’esprit lui ont mis à dos toutes les tendances politiques, qui ont dû pourtant reconnaître ses compétences et l’incontestable réussite personnelle dans ses missions.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 décembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu

Les citations de Michèle Cotta proviennent du tome 2 de ses "Cahiers secrets de la Ve République" (éd. Fayard, 2008).


Pour aller plus loin :
Entretien avec André Malraux par Pierre Desgraupes, dans "Le Point" du 10 novembre 1975 (à télécharger).
François Mitterrand et les médias.
Michèle Cotta.
François de Closets.
Pierre Desgraupes.
Sibyle Veil.
René Rémond.
Philippe Gildas.
Pierre Bellemare.
Jacques Antoine.
Bernard Pivot.
Michel Polac.
Alain Decaux.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181218-pierre-desgraupes.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/pierre-desgraupes-clairvoyance-et-210805

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15 décembre 2018 6 15 /12 /décembre /2018 04:12

« Je me demande souvent comment je vais mourir. Je ne veux pas que ce soit dans la décrépitude ni bien sûr dans d’horribles souffrances. L’idéal, ce serait d’être surprise en bon état. Avoir juste le temps de se donner un coup de peigne et enfiler une culotte propre pour que la mort, cette p*te, ne me trouve pas négligée ! » (Maria Pacôme, "France Dimanche" le 9 mai 2008).



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Elle vient de disparaître en région parisienne après une longue nuit de maladie le samedi 1er décembre 2018. Maria Pacôme a été une comédienne qui fut identifiée à son rôle fétiche, celui de la bourgeoise "exubérante", selon le terme de Gilles Jacob, ancien délégué général du Festival de Cannes : « Elle avait les dents du bonheur, un talent fou, une drôlerie à faire glousser de rire De Funès (…). C’était la boulevardière Maria Pacôme, avec sur le O l’accent circonflexe de l’exubérance. ». Elle avait 95 ans (née 18 juillet 1923 à Paris).

Un peu trop identifiée comme la bourgeoise exubérante à son goût d’ailleurs, au point d’écrire des pièces elle-même pour choisir ses propres rôles : « Quand j’en ai eu marre de toujours interpréter ce rôle de bourgeoise hystérique qu’on me proposait au cinéma, j’ai écrit mes propres pièces de boulevard. Et comme je jouais toujours sans chaussures sur scène, mon public m’a surnommée "l’actrice aux pieds nus". (…) Si Paris et le métier m’ont oubliée, je peux vous assurer que mes admirateurs et mes spectateurs se souviennent bien de moi. » ("France Dimanche", interrogée par Cédric Potiron le 25 septembre 2016).

Maria Pacôme a été "lancée" tardivement dans son métier de comédienne et d’actrice, même si elle a commencé à 18 ans. D’une famille très modeste et traumatisée par la Seconde Guerre mondiale (son père, garagiste et militant communiste, a été déporté à Buchenwald et son frère de 19 ans fusillé par les nazis), Maria Pacôme s’est retrouvée en 1941 condisciple de futures stars au Cours Simon d’art dramatique, en particulier Danièle Delorme et Michèle Morgan. Elle avait contacté cet établissement en choisissant au hasard une école, et a pu assister gratuitement aux leçons.

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Maria Pacôme avait la passion du théâtre qu’elle a attrapée à l’âge de 11 ans en colonie de vacances aux Sables-d’Olonne. Elle avait fait un atelier de théâtre et a joué une pièce se passant au Moyen-Âge. Elle a eu tout de suite du succès auprès de ses camarades.

Comme elle n’a pas voulu gêner la carrière de son mari, également acteur, jeune espoir du cinéma français, Maurice Ronet (1927-1983), qu’elle a épousé en 1950 (et dont elle a divorcé en 1956 de manière "élégante"), elle n’a pas poursuivi le théâtre. Au début, d’ailleurs, les deux époux envisageaient d’arrêter la scène pour faire autre chose. Sa carrière fut donc un peu en dents de scie : « J’ai exactement la carrière que je mérite. Plus, cela aurait été injuste. Jamais, je n’ai jamais téléphoné, je n’ai jamais tiré un cordon de sonnette, jamais tiré un coup. Jamais rien fait pour ça. Jamais. » (6 octobre 2007).

Son retour au théâtre en 1956 démarra sa véritable carrière. Ce ne fut donc plus une très jeune fille qui commença sa carrière devant le grand public mais déjà une femme de 33 ans (ce qui reste évidemment jeune, mais beaucoup moins que les stars du cinéma qui ont débuté généralement avant leurs 20 ans). Sa première pièce fut "La Reine et les insurgés" (d’Ugo Betti) aux côtés de Laurent Terzieff, Maurice Pialat et surtout Edwige Feuillère, qu’elle n’arrivait pas à tutoyer.

Mais il a fallu attendre deux ans, en 1958, avant que Maria Pacôme fût consacrée par la scène avec "Oscar" de Claude Magnier (mise en scène par Jacques Mauclair) qu’elle a jouée aux côtés de Jean-Paul Belmondo et Pierre Mondy au Théâtre de l’Athénée. Elle a, par la suite, joué dans une quarantaine de pièces, des comédies de boulevard, dans des œuvres mises en scène notamment par Jean Le Poulain, Pierre Mondy, Jean-Luc Moreau, Agnès Boury, Francis Perrin, etc., aux côtés d’autres grands noms de la comédie comme Louis de Funès (pour un remake de "Oscar", ils ont même joué ensemble à l’Élysée devant Georges Pompidou), Jean Poiret (qu’elle a adoré), Jean Piat, Odette Laure, Daniel Auteuil (qu’elle a adoré aussi), Patrick Bruel, Michel Creton, etc. Plusieurs représentations ont été retransmises à la télévision dans la célèbre émission "Au théâtre ce soir".

Les pièces qui ont fait sa réputation sont notamment "N’écoutez pas, Mesdames" en 1962, "Ta femme te trompe" en 1965, "Interdit au public" en 1967, "Les Grosses Têtes" en 1969, "Le noir te va si bien" en 1972, "Joyeuses Pâques" en 1980, etc. Certaines pièces ont été écrites par Jean Poiret et Michel Serrault, par Sacha Guitry, par René Barjavel… et aussi par elle-même qui fut l’auteure de sept pièces qu’elle a évidemment jouée (dont "Les Seins de Lola" en 1987, jouée sur scène et aussi en téléfilm en 1989).

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Sa dernière pièce fut jouée à l’âge de 84 ans en 2008-2009, "La Maison du lac" d’Ernest Thompson, mise en scène par Stéphane Hillel, où elle avait remplacé Danièle Darrieux victime d’un accident (une fracture du tibia à trois jours de la première représentation !). En 2007, Maria Pacôme avait pourtant annoncé qu’elle arrêtait définitivement le théâtre : « C’est vrai que j’avais juré de ne jamais remonter sur scène. Et je suis très embêtée d’avoir l’air d’une girouette, mais je n’ai pas pu faire autrement ! Je vous jure que cela me crucifie de devoir retourner chaque soir au théâtre. Mais voilà, l’amitié, un sentiment qu’habituellement, je ne ressens pas trop, m’a subitement saisie et, après avoir d’abord dit fermement non, j’ai fini par craquer. (…) Je n’ai pas pu dire non à Danielle. Toutes les deux, on s’est toujours bien entendues. Alors, tout d’un coup, cette fameuse famille du théâtre, dont le concept me faisait plutôt rire, j’ai eu le sentiment d’y appartenir et je ne pouvais plus me défiler. Me revoilà donc… (…) Elle comme moi, on n’a pas d’ego et pas mal de distance. Un peu comme les acteurs anglais, on ne se "remplace" pas, on s’entraide. Je l’ai d’ailleurs prévenue : "Sitôt que t’es sur pattes, je me casse !". D’ailleurs, Danielle aurait été victime d’une grave maladie, j’aurais refusé de créer la pièce à sa place. Mais là, pour une histoire d’os, j’ai dit ok. Et puis, je crois qu’elle est vraiment contente que ce soit moi. » ("France Dimanche", interrogée par Alain Morel le 9 mai 2008). En trois jours, elle a donc dû apprendre son texte.

Ella été nommée pour le Molière du one-man-show en 2003 pour "L’Éloge de ma paresse" (spectacle autobiographique qu’elle a écrit en 2002 et joué en décembre 2002 à la Gaîté-Montparnasse). En tout, elle a eu quatre nominations pour un Molière, mais elle n’a jamais assisté à ce genre de cérémonie (poussée par son fils, elle a quand même assisté à une cérémonie des Césars), car elle ne savait pas comment un comédien devait réagir quand il ne recevait pas le prix.

Parallèlement au théâtre, Maria Pacôme a également poursuivi une grande carrière au cinéma, en jouant dans une trentaine de films et une cinquantaine de téléfilms. Le premier film où elle a joué fut "Voulez-vous danser avec moi ? " de Michel Boisrond (1959). On peut citer notamment ses rôles mémorables dans "Le Gendarme de Saint-Tropez" de Jean Girault (1964), "Les Tribulations d’un Chinois en Chine" de Philippe de Broca (1965), "Tendre Voyou" de Jean Becker (1966), "Le Distrait" de Pierre Richard (1970), "Les Sous-doués" de Claude Zidi (1980) et "La Crise" de Coline Serreau (1992), retour au cinéma après douze ans d’absence, pour lequel elle a été nommée au César du meilleur second rôle féminin en 1993 (elle campe la mère de Vincent Lindon au bord de la crise de nerfs : « Tes problèmes, je m’en fous ! »).

Parmi les films qui lui ont donné de très beaux souvenirs, "Les Jeux de l’amour" de Philippe de Broca (1960) et "Le bel été 1914" de Christian de Chalonge (1996). Sa voix très reconnaissable a également été utilisée dans un film d’animation, "Titeuf" de Zep (2011), pour la grand-mère de l’enfant. Elle a arrêté le cinéma avec "Arrête de pleurer Pénélope" de Corinne Puget et Juliette Arnaud (sorti le 6 juin2012).

Le dernier téléfilm où elle a joué fut "Emma", l’adaptation d’une œuvre de Sophie Tasma (1957-2004), réalisé par Alain Tasma et diffusé le 30 mai 2012 sur France 2. Maria Pacôme est alors la grand-mère de l’adolescente tandis que Julie Gayet la belle-mère froide et élégante : « [Maria Pacôme] est incroyable ! Cette rencontre a été un vrai cadeau. Pendant le tournage, les ados étaient de leur côté et nous du nôtre, dans une ambiance un peu de vacances, à l’île d’Oléron. On dînait tous les trois avec Éric Caravaca [rôle du père de l’ado] et Maria Pacôme, elle nous racontait ses anecdotes, sa vie, on parlait ciné… » ("Télé 2 Semaines", Julie Gayet interrogée par Laurence Gallois le 30 mai 2012).

Maria Pacôme, joueuse, sans chichi, avait un certain humour vache, comme lorsqu’elle racontait cette histoire (drôle) : « Il a débarqué avec une nouvelle copine, une fille charmante et absolument ravissante, mais qui visiblement s’était fait gonfler les lèvres. J’ai résisté à lui dire : mais ne sortez pas comme ça, mettez un slip ! ».

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Adepte des animaux récupérés à la SPA, Maria Pacôme a confié qu’elle se sentait plutôt une « fieffée paresseuse » et une « inquiète insouciante » (notamment très dépensière et folle du volant) et n’hésitait pas à accepter n’importe quoi pour pouvoir matériellement vivre avec cette insouciance. À 78 ans, elle attendait encore « un très beau rôle au cinéma »

Pour donner un petit exemple des charmes de la Maria Pacôme des années 1960, la voici avec Bourvil et aussi… la succulente Alice Sapritch, dans "Le Tracassin ou Les Plaisirs de la ville" d’Alex Joffé (1961).





Maria Pacôme chantait aussi, comme "À la Villette", chanson d’Aristide Bruant, interprétée à la télévision le 24 avril 1982.





Je termine avec sa participation éblouissante à l’émission "On n’est pas couché" diffusée le 6 octobre 2007 sur France 2. Interrogée par Laurent Ruquier à l’occasion de la sortie de son livre "Maria sans Pacôme" (éd. Le Cherche Midi), Maria Pacôme montrait à quel point elle était un esprit libre, plaisant, farceur, spontané. On la voit maugréer le 30 septembre 2007 contre son fils unique qui allait lui "donner" trop tardivement son premier petit-enfant.





Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 décembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Entretien de Maria Pacôme avec Serge Bressan (novembre 2007) : « Je ne suis pas timide, je suis sauvage et complexée. ».
Maria Pacôme.
Ennio Morricone.
Francis Lai.
Bernadette Lafont.
Pauline Lafont.
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Charlie Chaplin.
Maurice Chevalier.

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2 décembre 2018 7 02 /12 /décembre /2018 03:21

« Je me demande souvent comment je vais mourir. Je ne veux pas que ce soit dans la décrépitude ni bien sûr dans d’horribles souffrances. L’idéal, ce serait d’être surprise en bon état. Avoir juste le temps de se donner un coup de peigne et enfiler une culotte propre pour que la mort, cette p*te, ne me trouve pas négligée ! » (Maria Pacôme, "France Dimanche" le 9 mai 2008).



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Bousculée par des "gilets jaunes" ? Question saugrenue ? Certainement… sauf si l’on confond fiction et réalité. Car Maria Pacôme, qui vient de disparaître en région parisienne après une longue nuit de maladie ce samedi 1er décembre 2018 en pleine "révolution", a été une comédienne qui s’était identifiée à son rôle fétiche, celui de la bourgeoise "exubérante", selon le terme de Gilles Jacob, ancien délégué général du Festival de Cannes : « Elle avait les dents du bonheur, un talent fou, une drôlerie à faire glousser de rire De Funès (…). C’était la boulevardière Maria Pacôme, avec sur le O l’accent circonflexe de l’exubérance. ». Elle avait 95 ans (née 18 juillet 1923 à Paris).

Un peu trop identifiée comme la bourgeoise exubérante à son goût d’ailleurs, au point d’écrire des pièces elle-même pour choisir ses propres rôles : « Quand j’en ai eu marre de toujours interpréter ce rôle de bourgeoise hystérique qu’on me proposait au cinéma, j’ai écrit mes propres pièces de boulevard. Et comme je jouais toujours sans chaussures sur scène, mon public m’a surnommée "l’actrice aux pieds nus". (…) Si Paris et le métier m’ont oubliée, je peux vous assurer que mes admirateurs et mes spectateurs se souviennent bien de moi. » ("France Dimanche", interrogée par Cédric Potiron le 25 septembre 2016).

Maria Pacôme a été "lancée" tardivement dans son métier de comédienne et d’actrice, même si elle a commencé à 18 ans. D’une famille très modeste et traumatisée par la Seconde Guerre mondiale (son père, garagiste et militant communiste, a été déporté à Buchenwald et son frère de 19 ans fusillé par les nazis), Maria Pacôme s’est retrouvée en 1941 condisciple de futures stars au Cours Simon d’art dramatique, en particulier Danièle Delorme et Michèle Morgan. Elle avait contacté cet établissement en choisissant au hasard une école, et a pu assister gratuitement aux leçons.

_yartiPacomeMaria05

Maria Pacôme avait la passion du théâtre qu’elle a attrapée à l’âge de 11 ans en colonie de vacances aux Sables-d’Olonne. Elle avait fait un atelier de théâtre et a joué une pièce se passant au Moyen-Âge. Elle a eu tout de suite du succès auprès de ses camarades.

Comme elle n’a pas voulu gêner la carrière de son mari, également acteur, jeune espoir du cinéma français, Maurice Ronet (1927-1983), qu’elle a épousé en 1950 (et dont elle a divorcé en 1956 de manière "élégante"), elle n’a pas poursuivi le théâtre. Au début, d’ailleurs, les deux époux envisageaient d’arrêter la scène pour faire autre chose. Sa carrière fut donc un peu en dents de scie : « J’ai exactement la carrière que je mérite. Plus, cela aurait été injuste. Jamais, je n’ai jamais téléphoné, je n’ai jamais tiré un cordon de sonnette, jamais tiré un coup. Jamais rien fait pour ça. Jamais. » (6 octobre 2007).

Son retour au théâtre en 1956 démarra sa véritable carrière. Ce ne fut donc plus une très jeune fille qui commença sa carrière devant le grand public mais déjà une femme de 33 ans (ce qui reste évidemment jeune, mais beaucoup moins que les stars du cinéma qui ont débuté généralement avant leurs 20 ans). Sa première pièce fut "La Reine et les insurgés" (d’Ugo Betti) aux côtés de Laurent Terzieff, Maurice Pialat et surtout Edwige Feuillère, qu’elle n’arrivait pas à tutoyer.

Mais il a fallu attendre deux ans, en 1958, avant que Maria Pacôme fût consacrée par la scène avec "Oscar" de Claude Magnier (mise en scène par Jacques Mauclair) qu’elle a jouée aux côtés de Jean-Paul Belmondo et Pierre Mondy au Théâtre de l’Athénée. Elle a, par la suite, joué dans une quarantaine de pièces, des comédies de boulevard, dans des œuvres mises en scène notamment par Jean Le Poulain, Pierre Mondy, Jean-Luc Moreau, Agnès Boury, Francis Perrin, etc., aux côtés d’autres grands noms de la comédie comme Louis de Funès (pour un remake de "Oscar", ils ont même joué ensemble à l’Élysée devant Georges Pompidou), Jean Poiret (qu’elle a adoré), Jean Piat, Odette Laure, Daniel Auteuil (qu’elle a adoré aussi), Patrick Bruel, Michel Creton, etc. Plusieurs représentations ont été retransmises à la télévision dans la célèbre émission "Au théâtre ce soir".

Les pièces qui ont fait sa réputation sont notamment "N’écoutez pas, Mesdames" en 1962, "Ta femme te trompe" en 1965, "Interdit au public" en 1967, "Les Grosses Têtes" en 1969, "Le noir te va si bien" en 1972, "Joyeuses Pâques" en 1980, etc. Certaines pièces ont été écrites par Jean Poiret et Michel Serrault, par Sacha Guitry, par René Barjavel… et aussi par elle-même qui fut l’auteure de sept pièces qu’elle a évidemment jouée (dont "Les Seins de Lola" en 1987, jouée sur scène et aussi en téléfilm en 1989).

_yartiPacomeMaria01

Sa dernière pièce fut jouée à l’âge de 84 ans en 2008-2009, "La Maison du lac" d’Ernest Thompson, mise en scène par Stéphane Hillel, où elle avait remplacé Danièle Darrieux victime d’un accident (une fracture du tibia à trois jours de la première représentation !). En 2007, Maria Pacôme avait pourtant annoncé qu’elle arrêtait définitivement le théâtre : « C’est vrai que j’avais juré de ne jamais remonter sur scène. Et je suis très embêtée d’avoir l’air d’une girouette, mais je n’ai pas pu faire autrement ! Je vous jure que cela me crucifie de devoir retourner chaque soir au théâtre. Mais voilà, l’amitié, un sentiment qu’habituellement, je ne ressens pas trop, m’a subitement saisie et, après avoir d’abord dit fermement non, j’ai fini par craquer. (…) Je n’ai pas pu dire non à Danielle. Toutes les deux, on s’est toujours bien entendues. Alors, tout d’un coup, cette fameuse famille du théâtre, dont le concept me faisait plutôt rire, j’ai eu le sentiment d’y appartenir et je ne pouvais plus me défiler. Me revoilà donc… (…) Elle comme moi, on n’a pas d’ego et pas mal de distance. Un peu comme les acteurs anglais, on ne se "remplace" pas, on s’entraide. Je l’ai d’ailleurs prévenue : "Sitôt que t’es sur pattes, je me casse !". D’ailleurs, Danielle aurait été victime d’une grave maladie, j’aurais refusé de créer la pièce à sa place. Mais là, pour une histoire d’os, j’ai dit ok. Et puis, je crois qu’elle est vraiment contente que ce soit moi. » ("France Dimanche", interrogée par Alain Morel le 9 mai 2008). En trois jours, elle a donc dû apprendre son texte.

Ella été nommée pour le Molière du one-man-show en 2003 pour "L’Éloge de ma paresse" (spectacle autobiographique qu’elle a écrit en 2002 et joué en décembre 2002 à la Gaîté-Montparnasse). En tout, elle a eu quatre nominations pour un Molière, mais elle n’a jamais assisté à ce genre de cérémonie (poussée par son fils, elle a quand même assisté à une cérémonie des Césars), car elle ne savait pas comment un comédien devait réagir quand il ne recevait pas le prix.

Parallèlement au théâtre, Maria Pacôme a également poursuivi une grande carrière au cinéma, en jouant dans une trentaine de films et une cinquantaine de téléfilms. Le premier film où elle a joué fut "Voulez-vous danser avec moi ? " de Michel Boisrond (1959). On peut citer notamment ses rôles mémorables dans "Le Gendarme de Saint-Tropez" de Jean Girault (1964), "Les Tribulations d’un Chinois en Chine" de Philippe de Broca (1965), "Tendre Voyou" de Jean Becker (1966), "Le Distrait" de Pierre Richard (1970), "Les Sous-doués" de Claude Zidi (1980) et "La Crise" de Coline Serreau (1992), retour au cinéma après douze ans d’absence, pour lequel elle a été nommée au César du meilleur second rôle féminin en 1993 (elle campe la mère de Vincent Lindon au bord de la crise de nerfs : « Tes problèmes, je m’en fous ! »).

Parmi les films qui lui ont donné de très beaux souvenirs, "Les Jeux de l’amour" de Philippe de Broca (1960) et "Le bel été 1914" de Christian de Chalonge (1996). Sa voix très reconnaissable a également été utilisée dans un film d’animation, "Titeuf" de Zep (2011), pour la grand-mère de l’enfant. Elle a arrêté le cinéma avec "Arrête de pleurer Pénélope" de Corinne Puget et Juliette Arnaud (sorti le 6 juin2012).

Le dernier téléfilm où elle a joué fut "Emma", l’adaptation d’une œuvre de Sophie Tasma (1957-2004), réalisé par Alain Tasma et diffusé le 30 mai 2012 sur France 2. Maria Pacôme est alors la grand-mère de l’adolescente tandis que Julie Gayet la belle-mère froide et élégante : « [Maria Pacôme] est incroyable ! Cette rencontre a été un vrai cadeau. Pendant le tournage, les ados étaient de leur côté et nous du nôtre, dans une ambiance un peu de vacances, à l’île d’Oléron. On dînait tous les trois avec Éric Caravaca [rôle du père de l’ado] et Maria Pacôme, elle nous racontait ses anecdotes, sa vie, on parlait ciné… » ("Télé 2 Semaines", Julie Gayet interrogée par Laurence Gallois le 30 mai 2012).

Maria Pacôme, joueuse, sans chichi, avait un certain humour vache, comme lorsqu’elle racontait cette histoire (drôle) : « Il a débarqué avec une nouvelle copine, une fille charmante et absolument ravissante, mais qui visiblement s’était fait gonfler les lèvres. J’ai résisté à lui dire : mais ne sortez pas comme ça, mettez un slip ! ».

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Adepte des animaux récupérés à la SPA, Maria Pacôme a confié qu’elle se sentait plutôt une « fieffée paresseuse » et une « inquiète insouciante » (notamment très dépensière et folle du volant) et n’hésitait pas à accepter n’importe quoi pour pouvoir matériellement vivre avec cette insouciance. À 78 ans, elle attendait encore « un très beau rôle au cinéma »

Pour donner un petit exemple des charmes de la Maria Pacôme des années 1960, la voici avec Bourvil et aussi… la succulente Alice Sapritch, dans "Le Tracassin ou Les Plaisirs de la ville" d’Alex Joffé (1961).





Maria Pacôme chantait aussi, comme "À la Villette", chanson d’Aristide Bruant, interprétée à la télévision le 24 avril 1982.





Je termine avec sa participation éblouissante à l’émission "On n’est pas couché" diffusée le 6 octobre 2007 sur France 2. Interrogée par Laurent Ruquier à l’occasion de la sortie de son livre "Maria sans Pacôme" (éd. Le Cherche Midi), Maria Pacôme montrait à quel point elle était un esprit libre, plaisant, farceur, spontané. On la voit maugréer le 30 septembre 2007 contre son fils unique qui allait lui "donner" trop tardivement son premier petit-enfant.





Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 décembre 2018)
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Pour aller plus loin :
Entretien de Maria Pacôme avec Serge Bressan (novembre 2007) : « Je ne suis pas timide, je suis sauvage et complexée. ».
Maria Pacôme.
Ennio Morricone.
Francis Lai.
Bernadette Lafont.
Pauline Lafont.
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Charlie Chaplin.
Maurice Chevalier.

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18 novembre 2018 7 18 /11 /novembre /2018 01:13

« J’ai été quelqu’un de gai, tu sais, malgré ce qui nous est arrivé. Gaie à notre façon, pour se venger d’être triste, et rire quand même. Les gens aimaient ça de moi. Mais je change. Ce n’est pas de l’amertume, je ne suis pas amère. C’est comme si je n’étais déjà plus là. J’écoute la radio, les informations, je sais ce qui se passe et j’en ai peur souvent. Je n’y ai plus ma place. C’est peut-être l’acceptation de la disparition ou un problème de désir. Je ralentis. » (4 février 2015).



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Lors de la cérémonie d’hommage national à Simone Veil, aux Invalides, le 5 juillet 2017, quelques jours après sa disparition, se tenait, tout petite, tout recroquevillée, une femme à la chevelure très reconnaissable, frisée rousse, Marceline Loridan-Ivens. Elle s’était installée comme faisant partie de la famille, au premier rang, comme une sœur. Elle l’était. Elles l’étaient, sœurs, par la tragédie qu’elles ont partagée toutes les deux. Car toutes les deux ont vécu, adolescentes, le camp d’extermination des nazis. Elles ont vu la folie des hommes, la folie du XXe siècle. Elles ont vécu de l’intérieur l’Holocauste, la Solution finale. Cette entreprise industrielle de la mort : les chambres à gaz, à Birkenau, pouvait tuer jusqu’à 12 000 personnes par jour. Quatre fours crématoires. Un procédé bien rodé, avec une manière bien particulière d’installer les corps dans le four, pour optimiser et renforcer l’efficacité du four qui pouvait brûler jusqu’à 3 000 cadavres par jour.

Marceline Loridan-Ivens vient de mourir ce mardi 18 septembre 2018 à l’âge de 90 ans. Elle est enterrée le 21 septembre 2018 à Paris. Personnage médiatique depuis de nombreuses années, elle pouvait choquer quand elle parlait car elle ne se contraignait pas à embellir une réalité terrible (lire notamment sa déclaration contre l’antisionisme, voir ci-dessous). Née le 19 mars 1928, elle était sensiblement de la même génération que Simone Veil (huit mois de différence). Cette proximité était inscrite à jamais dans leur histoire commune : la déportation.

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Marceline Loridan-Ivens, de parents juifs polonais ayant émigré en France à la fin de la Première Guerre mondiale, fut résistante, mais arrêtée par la Gestapo à Bollène dans le Vaucluse, où elle vivait, elle fut conduite au camp d’extermination à Auschwitz-Birkenau le 13 avril 1944 avec son père, lui aussi résistant. Dans le même convoi, il y avait Simone Veil, avec sa mère et une de ses sœurs, la future psychanalyse Anne-Lise Stern (1921-2013) et aussi trente-quatre des quarante-quatre enfants d’Izieu raflés le 6 avril 1944 par Klaus Barbie et qui ont tout de suite été gazés à leur arrivée au camp. Marceline Loridan-Ivens, elle, a échappé au gazage immédiat car, grâce à un bienvenu conseil, elle a déclaré qu’elle avait 18 ans (Simone Veil aussi a suivi ce conseil salutaire). Son père, il l’avait avertie lorsqu’ils étaient retenus au camp de Drancy : « Toi, tu reviendras peut-être parce que tu es jeune. Moi, je ne reviendrai pas. ».

Marceline Loridan-Ivens rejetait en fait l’appellation "Auschwitz-Birkenau" parce que c’étaient deux camps éloignés de trois kilomètres. Pour elle, ces trois kilomètres, c’était comme si c’était des milliers de kilomètres. À 15 ans, elle ne savait pas que les deux camps étaient aussi rapprochés. Son père était dans le camp d’Auschwitz tandis qu’elle était à Birkenau : « Le temps efface ce qui nous séparait, il déforme tout. Auschwitz était adossé à une petite ville, Birkenau était dans la campagne. Il fallait sortir par la grande porte avec son commando de travail, pour apercevoir l’autre camp. Les hommes d’Auschwitz regardaient vers nous en se disant : c’est là qu’ont disparu nos femmes, nos sœurs, nos filles, là que nous finirons dans les chambres à gaz. Et moi, je regardais vers toi en me demandant (…) : est-il parti au gaz ? Est-il encore vivant ? Il y avait entre nous des champs, des blocs, des miradors, des barbelés, des crématoires, et par-dessus tout, l’insoutenable incertitude de ce que devenait l’autre. » (4 février 2015).

Par un extraordinaire concours de circonstances, elle a pu le croiser un jour, son père. Ils se sont embrassés, les nazis l’ont frappée, elle a perdu connaissance et son père a eu le temps de lui laisser un oignon et une tomate. Et elle, elle a pu lui crier le numéro du bloc où elle se trouvait. Quelques mois plus tard, un électricien chargé de la maintenance de plusieurs camps (les barbelés étaient électrifiés) est venu la voir pour lui donner un message de son père. Elle n’a pas pu lui répondre car elle n’avait pas de papier ni de crayon, mais a donné un Louis d’or qu’elle avait et elle espérait que le technicien retransmettrait au moins la moitié de sa valeur à son père. En revanche, elle ne s’est jamais rappelé la teneur du mot paternel.

Comme d’autres (notamment Simone Veil), à cause de l’arrivée des troupes alliées, elle fut transférée en octobre 1944 au camp de Bergen-Belsen, qui avait le grand avantage de ne pas posséder de chambres à gaz, puis au camp de Theresienstadt où elle fut libérée le 10 mai 1945 par l’Armée rouge.

Après un passage à l’hôtel Lutetia, à Paris Sèvres-Babylone, elle a pris le train pour retourner dans sa famille à Bollène, après avoir prévenu au téléphone sa mère qui n’était pas sur le quai de la gare à l’attendre. Ce fut son oncle Charles (qui était rentré de Birkenau deux mois auparavant, par Odessa) qui l’a attendue et qui lui confia : « Ne leur dis rien, ils ne comprennent rien. ». Elle a compris très vite que cette la vérité, personne ne voulait l’entendre. Ce n’est que plus tard qu’elle n’a commencé à témoigner.

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Marceline Loridan-Ivens a fait partie des "témoins" dans le film documentaire réalisé par Edgar Morin et Jean Rouch "Chronique d’un été", sorti le 20 octobre 1961. Elle témoignait au même titre qu’un étudiant de 20 ans, Régis Debray et que beaucoup d’autres anonymes, sur le sens de la vie, sur le bonheur, sur l’amour, etc.

Après un premier mariage, Marceline Loridan-Ivens a rencontré et épousé en 1963 le réalisateur de documentaires néerlandais Joris Ivens (1898-1989) avec qui elle a collaboré dans de nombreux films documentaires, en particulier sur le Vietnam et la Chine de Mao, fortement emprunts d’idéologie communiste et diffusés principalement dans les pays communistes (parfois interdits en France). Un peu auparavant, Marceline Loridan-Ivens avait coréalisé un documentaire sur l’Algérie (elle était favorable au FLN et le soutenait activement). Né il y a presque 120 ans, le 18 novembre 1898, Joris Ivens est mort, lui aussi, comme plus tard son épouse, à l’âge 90 ans, le 28 juin 1989.

Pendant les vingt dernières années de sa vie, Marceline Loridan-Ivens s’est investie avec vitalité dans la transmission de son témoignage sur les camps d’extermination, en multipliant les conférences et les visites d’établissements scolaires, et aussi dans des émissions de télévision, et quelques films et livres sur le sujet, en particulier, son film "La Petite Prairie aux bouleaux" (traduction de Brzezinka germanisé en Birkenau) sorti le 14 février 2003 (avec Anouk Aimée qui a reçu pour l’occasion l’Ours d’or d’honneur aux Berlinales 2003), et son livre "Et tu n’es pas revenu" (éd. Grasset) sorti le 4 février 2015 (coécrit avec Judith Perrignon).

Le "tu" de "Et tu n’es pas revenu", c’était le père de Marceline Loridan-Ivens : « J’ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l’ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur. Je voudrais fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille. » (4 février 2015).

"Shloïme", c’était la signature de son père sur le petit mot transmis à son bloc, c’était étrange qu’il n’avait pas mis "papa", mais il avait commencé ainsi : "ma chère petite fille". Elle a oublié le reste du mot. Elle considérait qu’il aurait mieux valu que ce fût elle qui mourut et pas lui, car lui était père de famille nombreuse, et elle, seulement un enfant parmi d’autres de la famille qui ne s’en est jamais remise de la déportation et de l’assassinat du père (un frère s’est suicidé à cause de cela bien plus tard, une sœur aussi).

Marceline Loridan-Ivens a des mots très crûs pour décrire sa réalité. Lorsqu’elle est arrivée à Birkenau, on leur a fait prendre des douches, mais on leur avait tout pris, même le savon. Lorsque, les déportées rassemblées, une des femmes SS (qu’elle aurait voulu encore tuer elle-même, encore peu avant sa mort ; en fait, la SS a été tuée à la libération du camp) leur demanda si certaines savaient coudre, ou faire de la musique, etc., une adolescente se désigna en disant qu’elle était "rat d’opéra" et qu’elle savait danser. On lui ordonna alors de danser, et elle dansa nue, sans musique, au point que certains se mirent à chanter une musique de Haydn pour l’aider dans sa démonstration.

Marceline Loridan-Ivens a raconté aussi l’histoire d’une déportée belge, Malah, qui a réussi à s’évader avec un Polonais (devenu son amant) dans une traction-avant de SS, mais elle fut arrêtée trois semaines plus tard à la frontière tchèque, dénoncée par des paysans polonais, et l’amant polonais s’est rendu pour qu’elle ne crût pas qu’elle avait été arrêtée à cause de lui. Lui fut pendu tout de suite et elle, après un séjour dans une sorte d’oubliette infernale, fut également pendue en été 1944, devant les autres déportées pour montrer qu’il ne fallait pas tenter de s’évader, mais Malah, en frappant un de ses gardiens, avant d’être exécutée, a réussi à faire un discours en français en disant aux autres déportées que la guerre était bientôt finie, que les nazis perdaient sur tous les fronts, et qu’il fallait tenir le coup pour raconter plus tard ce qu’il s’est passé, « l’élimination d’un peuple dans des usines »

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Deux autres ouvrages sont intéressants pour compléter le témoignage de la vie de Marceline Loridan-Ivens, "Ma vie balagan" (éd. Robert Laffont) sorti le 9 octobre 2008 (coécrit avec Élisabeth Inandiak) et "L’Amour après" (éd. Grasset), sorti le 17 janvier 2018 (coécrit avec Judith Perrignon).

France 5 a rediffusé le 19 septembre 2018 l’émission "La Grande Librairie" spéciale consacrée à Marceline Loridan-Ivens du 5 février 2015 où elle a raconté sa terrible déportation au présentateur de l’émission, François Busnel.

Elle n’avait pas sa langue dans sa poche et était capable de dire des choses qui ne plaisaient pas. Athée mais victime dans sa chair de l’antisémitisme, Marceline Loridan-Ivens a déclaré à la fin de cette émission du 5 février 2015 : « Il faut dire la vérité. Je pense que ce qu’il s’est passé pendant la guerre, personne le sait ici. Personne ne sait que le grand mufti de Jérusalem, c’était le grand copain d’Hitler. Personne ne sait que les pays arabes… qu’est-ce qu’ils disaient à l’époque ? Allah est au ciel pour nous et sur terre, on a Hitler. C’est la vérité. Que Arafat, c’est le petit-fils de ce grand mufti de Jérusalem, et qu’il a été formé par lui parce que ce grand mufti de Jérusalem, il a existé jusqu’en 1974. Et de plus, les Soviétiques ont manipulé. Avant, les Juifs, c’étaient des cosmopolites, on ne sait pas qu’est-ce que c’est, mais par la suite, ils ont construit ce concept d’antisionisme… des sionistes, ce sont des nationalistes excessifs, ils veulent se venger de ce qu’ils ont souffert pendant la guerre. Mais la vérité, c’est quoi ? La vérité, c’est que toute l’Europe a participé à la destruction des Juifs pendant la guerre. (…) Et aujourd’hui, on est tellement content de pouvoir accuser Israël, comme on l’accuse, alors qu’en face, on a des gens qui ont un double langage, qui sont d’un antisémitisme total. ».





Plus récemment, Marceline Loridan-Ivens fut de nouveau invitée par François Busnel le 18 janvier 2018 pour parler de l’amour après les camps, à la sortie de son dernier livre.





Honneur à cette petite étoile qui a réussi à ne pas s’éteindre pendant ces années atroces et qui est parvenue à rester éclairée jusqu’à ces derniers jours, en transmettant son témoignage si poignant. Ne jamais oublier ! Que cela ne recommence pas ! Tel était son objectif. Son obsession. Pour beaucoup, elle reste toujours d’actualité…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 septembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Marceline Loridan-Ivens.
Simone Veil.
Denise Vernay.
Joris Ivens.
La rafle du Vel’ d’Hiv’.
La Shoah.
Élie Wiesel.
Germaine Tillion.
Irena Sendlerowa.
Élisabeth Eidenbenz.
Marie-Jeanne Bleuzet-Julbin.
Maurice Druon.
Edmond Michelet.
Jean Moulin.
Daniel Cordier.
Françoise Dolto.
Marie Curie.
Marie Trintignant.
Ingrid Betancourt.
Lucette Destouches.
Barbara Hannigan.

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28 octobre 2018 7 28 /10 /octobre /2018 15:15

« Humainement, c’était un type en or. Vous ne trouverez personne qui en dira du mal. » (Philippe Vandel, le 28 octobre 2018).



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Comme je l’avais écrit à propos de Pierre Bellemare, j’ai été biberonné à Europe 1. Cela signifie que pendant tous mes petits-déjeuners de l’enfance et de l’adolescence, j’ai eu comme fond sonore cette station de radio. À peine réveillé avant d’aller à l’école, parfois avant le lever du jour comme cela va se faire maintenant que nous entrons dans la période des jours brefs, la voix, car à la radio, les personnes qui parlent, ce ne sont que des voix, la voix rassurante, sympathique, bienveillante, simple, sans fioriture, sans paillettes (existe-t-il des voix avec paillettes ? Peut-être, celle d’Alice Sapritch par exemple ?)… bref, la voix de Philippe Gildas m’était un peu plus familière que d’autres parce qu’il officiait tous les matins. Le ton rassurant d’un oncle, ou d’un beau-père, toujours courtois mais qui serait capable de franchise gentiment dite.

Il animait la tranche matinale sur Europe 1 entre 6 heures et 8 heures 30. Alors, les journaux, le jeu du juste prix, la météo, la chronique politique d’Alain Duhamel (à 7 heures 25, c’était limite pour ne pas être en retard), etc., c’était Philippe Gildas qui passait les plats. Une voix gaie et souriante malgré les actualités parfois atroces qui pouvaient être annoncées. D’ailleurs, comment pouvais-je savoir qu’il était journaliste, ce qu’il était pourtant ? Je croyais qu’il était un "simple" animateur, chargé de maintenir la bonne humeur dans un monde morose, et pendant un an, en 1980-1981, en duo avec celle qui allait devenir son épouse, Maryse, animatrice sur Europe 1.

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Philippe Gildas est mort à presque 83 ans (âge qu’il aurait eu dans quinze jours) dans la nuit du 27 au 28 octobre 2018 à Paris, de ce qu’on pourrait appeler pudiquement une maladie, une "sale" maladie. Le moteur médiatique dominical y est donc allé de ses hommages et de ses éloges, mais pourquoi les refuser quand c’est mérité ? Normal aussi quand c’est une personne du sérail.

Car Philippe Gildas, c’était pour moi le petit artisan qui tenait sa boutique tranquillement, loin du monde du zapping et de la suffisance, sans scandale, sans éclats, sans caprices, dans la petite communauté de l’audiovisuel qui pourtant est souvent caractérisée par des ego démesurés, des moi moi moi en veux-tu en voilà, à la pelle, jusqu’à la nausée. Lui, c’était encore l’ancienne école du journalisme, celle des humanités. Celui qui s’effaçait pour valoriser ses invités (et ils furent nombreux durant ses cinquante-six ans de carrière). Un homme sérieux qui ne se prenait jamais au sérieux.

Quand j’étais étudiant, je l’ai retrouvé avec l’image. Il avait rejoint l’aventure de Canal+, ce qui n’était pas évident à l’époque, première chaîne privée, et première chaîne payante, à une époque où la seule offre consistait aux trois premières chaînes publiques (TF1, Antenne 2 et FR3). Les plus jeunes auront du mal à comprendre cette époque.

Une personne qu’on a entendue des années à la radio, on peut avoir des surprises lorsqu’on la voit. Ce n’était pas le cas de Philippe Gildas qui restait dans son unité et sa cohérence, la tranquillité de la voix était aussi la tranquillité du personnage, de tout le corps. Je ne le savais pas, car en studio de télévision, lorsqu’on est assis, on ne montre que le buste, mais Philippe Gildas se savait petit et n’hésitait pas à prendre les devants pour le dire proclamer lui-même avant que ses compères comiques troupiers ne le chambrassent à l’occasion, j’ai parlé bien sûr d’Antoine de Caunes et de José Garcia.

Car Philippe Gildas, qui a collaboré à Canal+ de 1985 à 2001, a surtout animé entre le 31 août 1987 et le 27 juin 1997 la fameuse émission "Nulle part ailleurs" qui fut également l’hébergement des non moins fameux "Guignols de l’Info". Cette espèce d’émission, certes un peu trop parisienne à mon goût à l’époque où j’étais provincial, était particulièrement appréciée des étudiants parce que l’humour potache, ça leur parlait !

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C’était la grande époque de Jérôme Bonaldi, Philippe Vandel, Jackie Berroyer, Antoine de Caunes, José Garcia, des miss météo toujours plus jolies et excentriques les unes que les autres, et puis, les fameuses "séquences" humoristiques (à sketches) qui, au-delà des "Guignols" (qui concurrençaient initialement le "Bébête Show" de Stéphane Collaro et Jean Roucas sur TF1), ont fait démarrer certaines grandes "carrières" : "Les Nuls" avec notamment Alain Chabat et Dominique Farrugia, "Karl Zéro", "Canal International" avec Jules-Édouard Moustic, "Les Deschiens" désopilants, avec notamment François Morel et Yolande Moreau, et un peu plus tard, entre 1999 et 2001, "Les Robins des Bois" avec notamment l’excellente Marina Foïs, Pierre-François Martin-Laval et Jean-Paul Rouve.

Philippe Gildas était petit et l’a revendiqué jusque dans le titre de son récit autobiographique : "Comment réussir à la télévision quand on est petit, breton, avec de grandes oreilles ?" publiée en 2010 chez Flammarion.

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Philippe Gildas voulait initialement enseigner le français. Il croisa le futur comédien Jean Yanne qui lui conseilla de faire (comme lui) du journalisme, ce qu’il fit. Sa carrière commença en 1962 sur RTL puis rapidement, sur Europe 1. C’était Pierre Bellemare, collaborateur sur Europe 1 comme lui, qui trouva que sa voix était excellente et qui lui proposa de faire aussi de la télévision, ce qu’il essaya avec succès encore à l’époque de l’ORTF. Philippe Gildas animait certaines émissions sur TF1 et sur Antenne 2 mais son travail principal restait la matinale d’Europe 1, jusqu’au début de cette longue aventure de Canal+.

Une aventure qu’il a adorée car on lui donnait une totale liberté, liberté de parler de publicité, de marques, d’économie, de plein de sujets qui, à l’époque, étaient très rarement abordés et toujours selon l’angle "officiel". Là, c’étaient l’insolence et l’impertinence qui avaient droit de cité. Et la dérision. L’auto-dérision autant que la dérision.





En 1984, alors directeur d’Europe 1, Philippe Gildas lança le "Top 50" pour proposer un classement "objectif" des meilleures ventes de disques, en collaboration avec Canal+ (Pierre Lescure) et Télé 7 jours (Étienne Mougeotte, ancien d’Europe 1). Pierre Desgraupes (patron d’Antenne 2) n’y croyait pas. Ce Top 50 est devenu au fil des années une véritable "institution" (commerciale) mais c’étaient cependant ses dix années d’animation de Nulle part ailleurs" qui fut une véritable institution, avec beaucoup de fidèles téléspectateurs qui attendaient chaque jour l’émission. À tel point d’ailleurs qu’il a été quasiment impossible de le remplacer, les successeurs ne restaient pas à son fauteuil très longtemps. L’émission sans Philippe Gildas n’avait en fait plus beaucoup de sens.

"L’esprit Canal" était parti déjà depuis longtemps de la chaîne cryptée, mais avec Philippe Gildas, c’est carrément son âme qui a tiré sa révérence. Bon voyage !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 octobre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Philippe Gildas.
Pierre Bellemare.
Jacques Antoine.
Bernard Pivot.
Michel Polac.
Alain Decaux.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181028-philippe-gildas.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/le-dernier-sourire-de-philippe-209082

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28 octobre 2018 7 28 /10 /octobre /2018 09:18

Né le 12 novembre 1935 à Auray, en Bretagne, Philippe Gildas a été jornaliste et animateur à la radio et à la télévision. Il commença sa carrière à Noël 1962 après avoir rencontré Jean Yanne qui lui a conseillé de faire des études de journalisme plutôt que devenir professeur de français. Après avoir travailé pour "Combat", il travailla pour RTL en 1962 puis l'ORTF, TF1 et Antenne 2 à partir de 1969. Dans les années 1980, tout en présentant la matinale sur Europe 1 avec Maryse qui est devenue son épouse, il présenta plusieurs émission sur la nouvelle chaîne Canal+ de 1985 à 2001, dont la célèbre émission "Nulle part ailleurs" (entre 1987 et 1997) aux côtés d'Antoine de Caunes et de José Garcia. Philippe Gildas fut ensuite nommé président de la chaîne iTélé (Cnews) de 2001 à 2002. Il a poursuivi sa carrière dans des chaînes privées. En 2010, il a publié un livre autobiographique chez Flammarion : "Comment réussir à la télévision quand on est petit, breton, avec de grandes oreilles ?". Après une longue hospitalisation, il est mort à la suite d'une grave maladie ce dimanche 28 octobre 2018.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181128-philippe-gildas.html


 

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28 octobre 2018 7 28 /10 /octobre /2018 03:50

« Je voudrais une minute de silence en pensant à une femme, une actrice que j’aime beaucoup, dont je ne peux pas parler à l’imparfait, qui est Bernadette Lafont, qui est partie il y a quelques semaines assez brutalement et dont on n’a pas beaucoup parlé finalement. (…) Voilà, je pense souvent à elle depuis qu’elle est partie cet été. » (Catherine Deneuve, le 15 septembre 2013 sur France Inter).


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Symbole d’une jeunesse atypique, en dehors des canons classiques (oserais-je dire blondiques ?) de la beauté, mais aussi d’un tempérament en acier trempé, d’une spontanéité qui en fait sa vitalité, l’actrice Bernadette Lafont aurait déjà 80 ans ce 28 octobre 2018… mais elle est partie il y a cinq ans, le 25 juillet 2013 à Nîmes, dans une relative discrétion, celle de l’été, celle de la pudeur. Deux crises cardiaques, le 28 juin 2013 dans les Cévennes, puis le 22 juillet 2013 à Grau-du-Roi où elle se faisait soigner. Un départ brutal, à presque 75 ans, presque aussi brutal que son irruption dans le monde du cinéma : « Pétillante, rigolote, avec un zeste d’insolence, mais jamais vulgaire, pleine de spontanéité, de charme et d’une beauté qu’elle a gardé jusqu’au bout du chemin de sa vie. » selon les mots de l’actrice qui lui avait donné l’envie d’être actrice, Brigitte Bardot le 26 juillet 2013.

Née à Nîmes dans une famille protestante, Bernadette Lafont commença par apprendre la danse à l’opéra de Nîmes quand elle était adolescente. À 16 ans, elle rencontra l’acteur Gérard Blain (1930-2000), au physique de James Dean, qui faisait une répétition d’une pièce à Nîmes. Un an plus tard, les voilà mariés (Gérard Blain était encore marié à une autre femme lors de la première rencontre).

À Paris, François Truffaut (1932-1984), jeune réalisateur, proposa au couple de jouer dans son premier film. François Truffaut avait peu de moyens. Ce fut le court-métrage "Les Mistons" de moins d’une vingtaine de minutes qui montra son potentiel (sorti le 6 novembre 1958). François Truffaut fit de Bernadette Lafont l’actrice principale de son film "Une belle fille comme moi" (sorti le 13 septembre 1972).





Ainsi révélée, la carrière cinématographique de Bernadette Lafont fut "lancée" et ne s’est arrêtée qu’il y a cinq ans. Elle fut l’une des égéries de la Nouvelle Vague de la fin des années 1950 et des années 1960. Elle joua dans plusieurs films de Claude Chabrol (1930-2010), dans les premiers rôles, comme "Le Beau Serge" (sorti le 6 juin 1958) et "Les Bonnes Femmes" (sorti le 22 avril 1960).





Elle apporta avec son jeu d’actrice de la fraîcheur, une image moderne de la femme, une indépendance d’esprit, un sacré caractère, un certain naturel, un parler populaire et une beauté au regard plongeant au fond des yeux.

Dans "La Fiancée du pirate", réalisé par Nelly Kaplan, sorti le 3 décembre 1969, Bernadette Lafont a le premier rôle : « En fille insoumise, en vamp pétroleuse, en Antigone de la bouse de vache, elle est du tonnerre de Belzébuth. Quel œil ! ça pétille jusque dans les coins, et quel sourire ! Réservoir des sens et championne du mauvais esprit, elle ravage tous les plans. » selon Jean-Louis Bory dans "Le Nouvel Observateur" du 8 décembre 1969.

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Dans "La Maman et la Put@in", réalisé par Jean Eustache (1938-1981), sorti le 17 mai 1973, l’un des chefs-d’œuvre du cinéma français, d’une très longue durée (trois heures quarante !), Bernadette Lafont joue la femme qui entretient le bel Alexandre, intello sans le sou, joué par Jean-Pierre Léaud, qui butine aussi chez une autre, formant un scandaleux trio juste après mai 1968.

À l’occasion d’un hommage à Jean Eustache par la Cinémathèque française, Éric Neuhoff a expliqué ce film épris de Bernanos, dans sa chronique au "Figaro" le 2 mai 2017 : « Cette longue romance d’un jeune homme pauvre, cette musique de chambre en noir et blanc est une œuvre à part, un grand film ténébreux, bavard, alcoolisé. Le temps y passe à une vitesse qui ne ressemble à aucune autre. L’oisiveté y est célébrée à coups de rencontres, de Jack Daniels, de scènes de ménage, d’anecdotes dérisoires. ».

Le réalisateur Olivier Assayas a considéré ce film ainsi : « Eustache a dans ce film résumé et accompli une idée qui était celle de la Nouvelle Vague. Il a fait le film qui avait été théorisé par la Nouvelle Vague. (…) Eustache a très peu tourné. "La Maman et la Put@in" est le film de quelqu’un qui, dans un seul film, avait besoin de tout mettre : son rapport a monde, au cinéma. (…) C’est criant de justesse, de vérité, et ce film acquiert une espèce d’éternité. » (2001).

Les ayants droit ont accepté sa diffusion sur Internet, ce qui permet de le voir dans son intégralité ici.





En tout, Bernadette Lafont a joué dans environ 150 films au cinéma, certains au titre amusant, souvent dans les années 1970, comme "Les Gants blancs du Diable" de Laszlo Szabo (1973), "Je, tu, elles" de Peter Foldès (1973), "Une baleine qui avait mal aux dents" de Jacques Bral (1975), "L’Ordinateur des pompes funèbres" de Gérard Pirès (1976) avec Jean-Louis Trintignant, "Le Trouble-fesses" de Raoul Foulon (1976), "Chaussette surprise" de Jean-François Davy (1978), "La Frisée aux lardons" d’Alain Jaspard (1979) ou "Cap Canaille" de Juliet Berto et Jean-Henri Roger (1983).

Un autre film avec un titre fantaisiste, "Nous maigrirons ensemble", de Michel Vocoret (sorti le 15 août 1979), est surtout centré sur le personnage joué par Peter Ustinov.





Je cite aussi l’excellent film "La Gueule de l’autre" de Pierre Tchernia (sorti le 12 décembre 1979), surtout basé sur Michel Serrault et Jean Poiret, où Bernadette Lafont joue la femme d’un acteur médiocre qui retrouve de l’importance en remplaçant son cousin ministre qui lui ressemble.

Le film qui lui a valu la reconnaissance de la profession fut "L’Effrontée" réalisé par Claude Miller (sorti le 11 décembre 1985), avec un César de la meilleure actrice dans un second rôle en 1986. Elle fait office de "nounou" d’une ado qui manque de confiance en elle, jouée par l’éblouissante Charlotte Gainsbourg.





Bernadette Lafont a également reçu un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière en 2003. Ses derniers films furent "Paulette" de Jérôme Enrico (sorti le 16 janvier 2013) et "Attila Marcel" de Sylvain Chomet (sorti le 30 octobre 2013, après la mort de l’actrice). Dans "Paulette", elle a le premier rôle, celle d’une vieille veuve aigrie et rouspéteuse habitant dans un quartier chaud.





Bernadette Lafont a également joué dans environ 70 téléfilms. La dernière production pour la télévision fut un court-métrage, "L’habit ne fait pas le moine" de Sandrine Veysset, avec Jeanne Moreau, Guy Bedos et Charles Aznavour, dans l’épisode 4 de la série "Le tourbillon de Jeanne", qui fut diffusé le 6 novembre 2013 sur Canal+.

En outre, elle a joué dans une vingtaine de pièces de théâtre (de 1963 à 2013), dans des œuvres notamment de Tourgueniev, Copi, Sacha Guitry, Christine Albanel, Alphonse Daudet, Laurent Ruquier, Proust, Pagnol, et aussi dans "Les Monologues du vagin" d’Eve Ensler. Sa dernière scène fut en 2013, dans l’opérette "Ciboulette" (texte de Reynaldo Hahn, mise en scène de Michel Fau) à l’Opéra-Comique

L’une des raisons de sa "boulimie" au cinéma, au théâtre et à la télévision, ce fut le chagrin infini. En effet, elle a perdu sa fille Pauline Lafont (1963-1988), également actrice, en 1988 dans un accident de randonnée dans les Cévennes, disparue pendant trois mois avant d’être retrouvée.

Son deuxième mari qui fut le père de ses trois enfants, dont Pauline, le sculpteur hongrois Diourka Medveczky (1930-2018), est mort il y a quelques semaines, le 27 septembre 2018 (dans l’indifférence la plus totale) deux ans après un séjour de plus d’un an sur la paradisiaque Île aux Nattes à Madagascar. Il avait réalisé et achevé le 25 octobre 1969 son unique long-métrage, "Paul", avec Bernadette Lafont et Jean-Pierre Léaud, film qui n’est sorti qu’en DVD le 6 novembre 2012. Ce film était considéré par la critique comme « l’un des plus importants tournants en France » mais qui n’a pas eu de lendemain. Sa femme a toujours su le protéger de ses propres ennuis…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 octobre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Bernadette Lafont.
Pauline Lafont.
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Charlie Chaplin.
Maurice Chevalier.

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23 octobre 2018 2 23 /10 /octobre /2018 04:29

« Je veux mourir chez moi, dans mon lit, avec ce qui reste de ma famille (…). Je veux absolument être… (…) Je jubilerai jusqu’à 100 ans. C’est vrai, je trouve que c’est une telle récompense, mais il faut avoir souffert, il faut avoir été très malade, très désespéré comme j’ai été, et apprécier à quel point c’est formidable de continuer à vivre avec les handicaps, je sais bien que je vais être de plus en plus fatiguée (…), je le sais, tout ça, mais je trouve ça passionnant, et tant qu’on peut continuer… » (France 2, le 19 mars 2011).


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Les années filent et la petite fille de 5 ans qui fut auditionnée pour danser avec la grande Joséphine Baker a maintenant… 90 ans ! Oui, Marthe Mercadier est née le 23 octobre 1928 à Saint-Ouen et elle a connu très tôt le monde du spectacle, les cabarets, les théâtres, les studios de cinéma, de télévision. Enfant, elle était en situation de handicap grave, ne pouvant plus parler, et même paralysée pendant deux ans à la suite d’une chute. Adolescente pendant la guerre, elle s’est engagée dans la Résistance, ce qui n’était pas évident pour une lycéenne, elle transmettait des messages aux résistants.

Ses débuts réels ont eu lieu après la guerre comme comédienne dans les théâtres de boulevard. Jean Piat n’aimait pas trop la distinction entre les théâtres "de boulevard" et les "vrais" théâtres, les premiers étant supposés populaires et les seconds pour des gens cultivés. Sa première représentation a eu lieu précisément le 8 mai 1945, le jour de la fin de la guerre, et comme elle est revenue sur scène en pensant la pièce finie, ce qui n’était pas le cas, elle a fait rire tout le public et on l’a engagée pour le 15 septembre 1945. Elle avait alors 16 ans ! En 1989, elle a reçu le Molière du meilleur spectacle comique pour "La Présidente" de Jean Poiret mis en scène par Pierre Mondy.

Un exemple d’un rôle au théâtre avec des extraits de la pièce "Le Squat", avec Claude Gensac.





Sa carrière cinématographique composée d’une cinquantaine de films s’est amorcée en 1951 avec "Folie douce" de Jean-Paul Paulin. Devenue à la fin des années 1960 l’héroïne d’une série télévisée ("Les Saintes chéries" aux côtés de Micheline Presle et Daniel Gélin), et à l’époque, elles étaient peu nombreuses, les séries à la télévision, Marthe Mercadier était ce qu’on pouvait appeler une "star", et même, une "star populaire", avec le talent de divertir son public : comédienne de théâtre, actrice de cinéma, de télévision, chanteuse, danseuse de cabaret, etc. Au théâtre, elle a joué avec Michel Galabru, Louis de Funès et, plus tard, avec le petit-fils de ce dernier, Laurent de Funès, au Théâtre du Gymnase.

Marthe Mercadier est donc de la même "famille" artistique qu’une autre nonagénaire, Annie Cordy. Un reportage sur les deux dames (vers 2005), avec la participation de Charles Aznavour.





Elle a eu aussi quelques aventures artistiques, comme la direction du Théâtre du Vieux-Colombier, au début des années 1970, et la production de films et de pièces de théâtre (en particulier un grand succès, le film "Et la tendresse ? B@rdel !" réalisé par Patrick Schulmann et sorti le 28 février 1979, avec Bernard Giraudeau et Jean-Luc Bideau).

Marthe Mercadier a eu beaucoup de petits protégés qu’elle a aidés, comme Stéphane Plaza, le célèbre agent immobilier de la chaîne M6. Véronique, l’unique fille de la grande dame, a expliqué à "Télé Star" le 23 octobre 2016 : « C’était son petit protégé quand il s’est lancé dans la comédie. À l’époque, il était agent immobilier et n’arrêtait pas de courir partout entre ses agences et ses cours d’art dramatique, au conservatoire de Levallois-Perret ou de Neuilly. Maman m’a raconté que, pour lui apprendre le métier, elle l’emmenait voir des pièces de boulevard, comme celles dans lesquelles il triomphe aujourd’hui. ».

La plupart de ses prestations sont des fantaisies personnelles. Marthe Mercadier a arrêté le cinéma en 2002, et la télévision ainsi que le théâtre en 2012. Elle a fait un one-woman show en 2009 dans le Gers et a enregistré une chanson collective avec d’autres "stars", sortie le 15 juin 2013, contre la mucoviscidose. Par ailleurs, elle a voulu participer aux premières émissions "Danse avec les stars" sur TF1, elle a tenu trois semaines, du 12 au 26 février 2011, à l’âge de 82 ans, ce qui en a fait la doyenne des participantes.





Depuis ces dernières participations, Marthe Mercadier est à la retraite. À la retraite "forcée". Elle a pourtant un physique qui tient la route… Sa fille a annoncé en avril 2014 qu’elle était atteinte de la maladie d’Alzheimer depuis quelques années.

Mais elle a eu aussi un autre problème. Marthe Mercadier, qui s’était beaucoup engagée, toute sa vie, dans des actions humanitaires, a dû faire un appel au secours, il y a quatre ans et demi. Le cachet de sa participation à "Danse avec les stars" lui avait permis de vivre pendant un certain temps et de louer un appartement à Neuilly. Mais pas suffisamment.

Le 10 mars 2014, elle craignait d’être expulsée de son appartement où elle vivait avec sa fille (qui fut son attachée de presse depuis toujours) et sa petite-fille de 17 ans à l’époque. Elle l’a dit notamment à Yves Calvi sur RTL le 17 mars 2014. Pourquoi ? Parce qu’elle n’avait plus un sou, ruinée, endettée. À un moment, elle n’aurait vécu que du minimum vieillesse parce qu’elle n’avait jamais cotisé à aucune caisse de retraite pendant sa carrière. La cigale. Son avocate a tenté de faire durer le plus longtemps possible avant l’expulsion.

Après un appel à l’aide le 15 mars 2014 à "France Dimanche", Marthe Mercadier a heureusement reçu beaucoup de réponses, de soutiens (mais très peu de dons contrairement à ce qui était dit à l’époque), pour retrouver un autre appartement. Starlette de la téléréalité ("Secret Story"), Cindy Lopes lui a proposé d’habiter dans l’un de ses appartements parisiens. Elle a aussi reçu une proposition des héritiers de sa grande amie, l’actrice Sophie Desmarets (1922-2012)… place de l’Étoile.

Marthe Mercadier s’indignait ainsi : « Pourquoi n’aurais-je pas le droit de bénéficier d’une amnistie partielle à mon âge, compte tenu de mes services rendus à l’État ? Je suis chevalier de la Légion d’honneur, j’ai combattu aux côtés de l’abbé Pierre. ».

La réponse est toute simple : parce que derrière un loyer impayé, il peut y avoir un particulier, peut-être même un retraité comme elle, qui a économisé toute sa vie pour avoir ce petit capital et qu’il a besoin de son loyer pour vivre.  Parce que derrière une dette fiscale, il y a des contribuables qui sont obligés de payer la note, à la fin.

S’il y a une action sociale à envisager pour elle ou des personnes comme elle qui ont mérité de l’État, cela doit être une action de l’État, de solidarité nationale, une aide sociale accordée à elle, pas spolier un propriétaire bailleur privé pour qui ce loyer peut être vital. Marthe Mercadier avait fait une demande de logement social depuis longtemps jamais honorée jusqu'à récemment.

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Grâce à son avocate, elle a pu retrouver des revenus corrects par des droits d’auteur qui l’attendaient (qui restaient alors bloqués). Sa fille a précisé : « Une bonne partie de sa retraite est saisie par le fisc… Maman a toujours vécu sans filet, elle a brassé énormément d’argent mais elle n’a jamais aimé ça. Elle n’a pas investi dans l’immobilier lorsqu’elle en avait les moyens. Elle a aidé beaucoup de monde et a été pas mal escroquée. Mais attention, je ne pleure pas sur mon sort. Chacun son lot de déboires. Aujourd’hui, on se serre les coudes. » ("Télé Star" le 24 octobre 2014). Parmi les escroqueries, par exemple, elle s’était portée en caution et n’a jamais été remboursée, etc.

Elle ne roule donc pas sur l’or car elle s’est considérablement endettée, mais elle a réussi à trouver un financement à sa vie. Elle habite maintenant dans un logement social toujours dans les Hauts-de-Seine (mais plus à Neuilly) avec deux chambres et vue sur la Seine. Elle est sous la curatelle de sa fille et vit aussi avec deux chats et trois chihuahuas.

Marthe Mercadier a participé à une émission de Jean-Marc Morandini sur Europe 1 le 24 février 2015 consacrée à la maladie d’Alzheimer : « C’est pour les autres, les autres me passionnent. (…) C’est très très important d’en parler tranquillement. On ne va pas commencer à pleurer. C’est intéressant. Petit à petit peut-être que je ne verrai plus, que je ne pourrai plus marcher, mais c’est important pour les autres qui continueront à marcher, qui continueront à rire. ».





Sa fille a cependant décrit une réalité moins agréable : « Vivre la maladie au quotidien, c’est très dur. (…) Il faut gérer cela tout le temps. Elle cache des choses. Il y a plein de choses que je ne retrouve pas. C’est compliqué parce qu’elle tient à ses lunettes, à ses bijoux, au peu de choses qui lui restent. Donc, moi, je planque de mon côté pour qu’elle ait ce qu’il lui faut au moment où elle me le demande. ». Elle a de la chance de vivre avec sa famille car elle ne supporterait pas de vivre dans un EHPAD.

Cette sale maladie s’est insérée dans la vie de la comédienne déjà lors de l’émission "Danse avec les stars" où elle avait du mal à retenir les gestes de chorégraphie. Après une période d’agressivité, elle a eu le diagnostic choc. Son état était stable en 2015 et sa mémoire immédiate avait quasiment disparu. Sinon, elle aurait pu continuer à jouer car elle reste pleine d’énergie. Dans une interview parue dans "France Dimanche" le 24 avril 2015, Marthe Mercadier a expliqué qu’elle avait un traitement pour freiner les troubles de la mémoire et pour réduire son agressivité.

Sur France 2, le 12 février 2016, sa fille a cependant confié que son état se détériorait : « Elle a toujours son énergie, elle est en bonne forme physiquement. Mais c’est vrai qu’elle perd de plus en plus ses repères, qu’elle a des problèmes d’élocution, de suivi de conversation… ça commence à être un peu difficile à ce niveau-là. ».

Hélas, la maladie est telle qu’elle ne peut que se développer. Marthe Mercadier a eu raison d’intervenir publiquement sur sa maladie, pour sensibiliser les personnes "en bonne santé" de ce qui risque d’être un "fléau" dans les prochaines années. Une maladie neurodégénérative, nécessitant un accompagnement permanent, dévoué et patient. Et l’attente, de plus en plus forte, d’une véritable solidarité nationale au même titre que l’assurance-maladie, l’assurance-chômage, les retraites et les accidents du travail : une assurance dépendance qui devrait être le cinquième pilier de la sécurité sociale.

Avant de se savoir malade, Marthe Mercadier a raconté toute sa carrière à Laurent Ruquier le 19 mars 2011 sur France 2.





Pour sa bonne humeur, sa joie de vivre, son dynamisme exceptionnel, que Marthe Mercadier en soit remerciée et puisse fêter cet anniversaire et vivre encore dans les meilleures conditions possibles.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 octobre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Charlie Chaplin.
Maurice Chevalier.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181023-marthe-mercadier.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/marthe-mercadier-une-pensee-a-l-208871

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/10/23/36806559.html


 

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10 octobre 2018 3 10 /10 /octobre /2018 19:48

Né le 11 avril 1934 à Nice, Jean Lanzi commença sa carrière de journaliste a débt des années 1960 sur France Inter. En 1966, il présenta une émission politique "Face à face" à l'ORTF, un débat en direct avec des invités politiques dont les premiers furent Guy Mollet le 24 janvier 1966, Valéry Giscard d'Estaing le 15 février 1966 et Georges Pompidou le 23 mars 1966. En 1967, il présenta le journal de la seconde chaîne de l'ORTF. Puis il fut directeur de l'information de TF1 de juillet 1983 à mai 1987. Ce fut à ce titre qu'il interviewa le Premier Ministre Laurent Fabius tous les mois entre 1984 et 1986. Il présentait aussi le magazine "Sept sur Sept" le dimanche soir sur TF1 en alternance avec Anne Sinclair. Dans les années 1990, il présenta une émission médicale sur France 3. Il fut nommé membre du Conseil économique et social de 1998 à 2000.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181009-jean-lanzi.html

 

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9 octobre 2018 2 09 /10 /octobre /2018 22:26

Né le 17 avril 1930 à Fabriano, Venantino Vanantini fut un acteur italien de second rôle qui joua dans de très nombreux films. Il fut très connu en France pour ses prestations dans des films très populaires, comme "Les Tontons flingueurs", "Le Corniaud", "Le Grand Restaurant", "La Folie des grandeurs", "La Grande Sauterelle", etc. Sa carrière cinématographique s'est déroulé de 1953 à 2017.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181009-venantino-venantini.html


 

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