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12 septembre 2022 1 12 /09 /septembre /2022 05:11

« À la différence des miens, tous les parents de France me souhaitent bonne chance pour ma carrière. Une relation très forte avec des millions de gens commence. Toute une génération va m’accompagner. » (Michel Drucker, 2007).



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L’animateur de télévision Michel Drucker fête son 80e anniversaire ce lundi 12 septembre 2022. Et au grand dam des syndicats favorables à la retraite à 60 ans, Michel Drucker, octogénaire donc, est toujours en activité. Dans son autobiographie, il avouait en préface : « J’ai décidé, si possible et si les téléspectateurs me le permettent, de ne jamais prendre ma retraite. Mon père a exercé son beau métier de médecin de campagne jusqu’à l’âge de 80 ans, j’aimerais en faire autant. ». Il a derrière lui plus d’un demi-siècle d’émissions de télévision et il est, pour ainsi dire, l’incarnation même d’un animateur d’émissions de télévision en France, d’émissions de variétés en particulier.

Il est un peu le Johnny Hallyday de la télé, il a réussi à ségréger plusieurs générations (quatre) autour de lui. Certes, il a été récemment renvoyé de France 2 pour France 3, un peu comme "Les chiffres et les lettres" ont été débarqués de la programmation de l’après-midi en semaine. En effet, depuis le 28 août 2022, l’émission "Vivement dimanche" a été transposée à France 3 entre 13 heures 30 et 15 heures.

À l’origine, il était un enfant inadapté au système scolaire et donc, mauvais élève, dans une famille qui cultivait l’excellence des études et des diplômes. Son frère aîné Jean Drucker, né un an avant lui, a fait l’IEP Paris et l’ENA, a travaillé auprès du ministre André Malraux, puis a fait une brillante carrière dans l’audiovisuel qui l’a amené comme directeur général de la SFP en 1975 puis directeur général de la CLT en 1980, puis président-directeur général d’Antenne 2 en 1985 et enfin président-directeur général de M6 à partir de 1987 jusqu’en 2000. Son petit frère Jacques Drucker, né quatre ans après lui, est un médecin spécialiste des maladies infectieuses, nommé directeur général de l’Institut de veille sanitaire, qu’il a créé, entre 1998 et 2002.

Leur père aussi était médecin, Abraham Drucker, venant de Roumanie entre les deux guerres et naturalisé français, il a été arrêté par la gestapo en 1942, fut interné et médecin-chef du Camp de Drancy puis a accompagné Aloïs Brunner à Nice, présent lors des scènes de tortures, et a failli faire partie du dernier convoi vers Buchenwald le 17 août 1944 (il fut libéré le lendemain). Au moment de l’arrestation d’Abraham Drucker, sa femme Lola était enceinte de Michel Drucker. Peu de temps après, accompagnée de son aîné d’un an et demi, elle s’est fait arrêter par la gestapo à Rennes et se trouvait là alors un homme qui lui sauva la vie en affirmant auprès de l’officier de la gestapo qu’elle était sa femme. Cet homme, c’était le père de Patrick Le Lay, qui fut le président-directeur général de TF1 au moment de sa privatisation, de 1988 à 2008.

On comprend donc le besoin de respectabilité et d’excellence que cette famille cultivait, dans laquelle il faut ajouter deux autres célébrités, l’actrice Léa Drucker, fille de Jacques, et la journaliste Marie Drucker, fille de Jean. Ainsi, cela faisait désordre d’avoir un cancre dans la famille, d’où un peu l’enfant terrible, jamais compris. Et Michel Drucker a donc toujours été fier de ne pas avoir le baccalauréat et d’avoir cependant "réussi" bien mieux que des surdiplômés. Malheureusement, si ce besoin de revanche sociale l’a nourri très tôt (il a été célèbre dès les années 1960), et qu’il a eu de la chance, surtout de vivre dans sa génération où beaucoup de choses était permises quand on avait l’enthousiasme, il n’est plus un exemple pour les enfants d’aujourd’hui qui auraient un mal de chien à trouver un emploi intéressant sans diplôme.

Bref, il est ce qu’on peut appeler un autodidacte, c’est-à-dire quelqu’un qui a appris sur le tas, et sur le tard, par lui-même. Et cela lui a permis d’avoir une très belle carrière à la télévision qu’il n’a toujours pas achevée même si certains le pressent de la finir.

À 17 ans, il a donc quitté la maison familiale pour faire sa vie sans cette statue du commandeur qu’était son père.

Pendant son service, il était boulevard de la Tour-Maubourg (il s’occupait de la revue "Terre-Air-Mer" et il rencontrait beaucoup de journalistes de la télévision de l’ORTF, à la rue Cognacq-Jay. Il a décidé d’en faire partie et à l’audace, il a obtenu un entretien avec Pierre Sabbagh qui l’a pris pour un stage à "Sports Dimanche". Il est entré à l’ORTF en 1964 et est devenu un commentateur sportif. En 1966, il a enfin obtenu sa première émission à présenter, "Tilt Magazine", une émission pour les jeunes (dont il faisait partie, il avait 24 ans) où il rencontrait toutes les stars du moment qui sont devenus ses amis, Claude François, Johnny Hallyday, Jacques Dutronc, etc. Il fut limogé comme plein d’autres à la suite de mai 68. Il fut réintégré très vite après. Michel Drucker s’est marié en catimini à Las Vegas en 1973 avec l’actrice Dany Saval (avec qui il est toujours), en "adoptant" la fille Stéfanie qu’elle a eue avec son ancien mari, Maurice Jarre (celle-ci est donc la demi-sœur de Jean-Michel Jarre).

Jusqu’en 1972, Michel Drucker a fait les deux, sports et variétés, puis, il s’est focalisé sur les variétés comme le pro de cette branche particulière où ses amitiés bienveillantes pourraient le faire passer comme un passeur de plats. Beaucoup d’émissions ont marqué sa carrière à la télévision, en particulier "Les Rendez-vous du dimanche" sur TF1 de 1975 à 1980, puis "Champs-Élysées" sur Antenne 2 de 1982 à 1990, puis "Studio Gabriel" de 1994 à 1997, et enfin, l’indéboulonnable (ou presque) "Vivement dimanche" depuis 1998 sur France 2 puis (depuis la rentrée) sur France 3.

Au-delà de ce cœur de métier qu’est la télévision, Michel Drucker a fait de nombreuses autres "prestations", encore à la télévision en animant de nombreuses émissions spéciales, ou des soirées de remises de récompenses (Molière, Victoires de la musique, Césars, Eurovision de a chanson, etc.), mais il animait aussi des émissions à la radio, sur RTL de 1974 à 1982 et sur Europe 1 de 1983 à 1987.

En outre, il a collaboré avec la presse écrite, et en particulier dans "Jours de France" : Marcel Dassault, très soucieux du caractère populaire de son magazine, était allé le chercher pour avoir des critiques de cinéma et dire du bien des films que le vieil industriel produisait parallèlement. En 2007, Michel Drucker écrivait ainsi, dans sa biographie parue chez Robert Laffont, la demande formulée par Marcel Dassault : « Voilà, j’aimerais que vous nous fassiez des papiers en cravate, hein… Vous voyez ce que je veux dire ? Je vous vois le dimanche, vous plaisez beaucoup à Madame Dassault. Vous êtes bon chic bon genre, bien habillé, c’est tout à fait le ton que je cherche. Pas trop de phrases, vous n’êtes pas un intellectuel, j’espère ? Je m’en doutais. C’est très bien, vous allez me faire des articles où quand une actrice aura un vilain nez, eh bien vous direz qu’elle a de beaux cheveux. C’est ça, le style Jours de France. ». Marcel Dassault avait aussi demandé des portraits à Catherine Nay, des personnalités politiques de tout bord, mais toujours vue de façon positive (Dassault arrosait toute la classe politique, communistes compris).

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Revenons à la télévision et aux principales émissions télévisées présentées par Michel Drucker. L’un des hommes qu’il admirait le plus fut Léon Zitrone qui avait deux obsessions, la télévision et la reconnaissance. Fils d’un immigré russe, il voulait montrer qu’il réussissait, mais il n’avait aucun humour, tout au premier degré : « L’argent ne l’obsède pas, il n’en a pas, donnant quelques conférences pour arrondir ses fins de mois. À l’époque, la télévision est un artisanat qui ne génère pas la fortune. ». Parfois, Léon Zitrone et Abraham Drucker se rencontraient comme anciens immigrés de l’est et le père n’avait jamais cru en son fils Michel. Léon Zitrone, au contraire, lui disait : « Mon cher docteur, votre rejeton ira loin ! ».

"Les Rendez-vous du dimanche" juste après "Le Petit Rapporteur" de la bande de Jacques Martin : c’est en se préparant pour l’enregistrement d’un numéro de cette émission que Claude François a trouvé la mort dans son bain le samedi 11 mars 1978.

Le titre "Champs-Élysées" reprend une chanson de Joe Dassin et fut une émission de variétés typique des années 1980 diffusée le samedi soir, à l’heure de grande écoute des familles. C’est l’émission phare de Michel Drucker du samedi soir, à tel point que Silvio Berlusconi, l’actionnaire de la nouvelle chaîne La Cinq, a tenté de le débaucher, en vain car Jean Drucker, alors patron d’Antenne 2, a su le convaincre de rester. C’était l’émission où tous les chanteurs, humoristes, acteurs, et autres agents de la culture allaient pour présenter leur actualité. Il a tenté de en faire un remake mitigé et irrégulier entre 2010 et 2013, à la demande des artistes.

En 1987, Francis Bouygues voulait absolument débaucher Michel Drucker pour TF1 devenu sa chaîne privatisée, il lui a offert le triple de ce qu’il gagnait sur Antenne 2 mais il a refusé pour continuer à garder le ton de ses émissions. Néanmoins, Antenne 2 a été ingrate. En mai 1990, il fut en effet "remercié" par le président de la chaîne, qui le considérait comme trop ringard : « Écoutez, Michel, je vais être franc, la télévision de demain ne passera pas par vous, ni par Martin, ni par Pivot d’ailleurs… Vous êtes un homme du passé. ». Du coup, il s’est recasé sur TF1 avec les émissions "Ciné Stars", "Drôle de stars", "Stars 90", etc., de 1990 à 1994.

Autre émission mémorable présentée par Michel Drucker, repris par France 2, "Studio Gabriel" diffusé "en direct" du Studio Gabriel tous les soirs avant le 20 heures. L’émission présentait l’actualité culturelle tout en faisant la part belle aux chroniqueurs, à l’actualité, en particulier avec l’imitateur Laurent Gerra, mais aussi Virginie Lemoine, Laurence Ferrari, Benjamin Castaldi, Gaël Leforestier, etc. Les sketchs de Laurent Gerra (à l’époque, inconnu du grand public) avaient leur audience malgré la rude concurrence de TF1 avec le "Bébête Show" et de Canal+ avec "Les Guignols de l’Info".

Une petite anecdote personnelle : à Grenoble, j’avais organisé pour des étudiants de l’IEP de Grenoble une visite d’une journée au Sénat puis à l’Assemblée Nationale. Tôt le matin, trajet en car, visite le matin en séance au Sénat et l’après-midi, en séance aussi, à l’Assemblée Nationale, puis retour dans la nuit en car. J’avais limité au maximum les coûts pour permettre aux petits budgets de venir, mais il restait des places vides et la facture du car n’était pas assurée. Alors j’avais voulu mettre une cerise sur le gâteau : si les blabla parlementaires n’étaient pas assez sexy, pourquoi pas terminer la journée par la participation à une émission de télévision ? J’avais évidemment envisagé d’aller assister aux Guignols de l’Info, émission très prisée des jeunes (intellos plutôt), mais la géographie parisienne n’allaient pas vraiment, aller du Palais-Bourbon au siège de Canal+ à Boulogne-Billancourt nécessitait trop de temps avec les embouteillages. J’avais alors imaginé l’émission "Question pour un champion" de Julien Lepers sur France 3 quand on me proposa cette émission "Studio Gabriel" dont on m’assura qu’elle était bien en direct. L’intérêt, c’était sa proximité, il suffisait de traverser la place de la Concorde et on était tout de suite au Pavillon Gabriel.

Mon car était rempli et le soir dit, je suis arrivé avec une quarantaine d’étudiants grenoblois aux portes de l’émission. Alors que nous étions en avance, on m’a averti qu’on était au milieu d’un enregistrement. J’étais étonné. Il y avait eu un préavis de grève et donc, le producteur avait décidé d’enregistrer le même jour toutes les émissions de la semaine. Nous arrivions ainsi un peu comme des cheveux sur la soupe, mais heureusement, deux grandes rangées vides nous attendaient et nous sommes arrivés en plein milieu d’une émission donc très peu discrètement au point que Michel Drucker, nous ayant repérés, s’était rapproché de nous et dans la plus pure démagogie de vendeur de lessive, avait salué "nos Grenoblois" sous les applaudissements. Je ne savais plus où me mettre. Émission que j’ai trouvée très basique et sans intérêt à tel point que j’ai eu honte d’avoir organisé une telle participation. Parmi les invités ce soir-là, entre autres, il y avait la célèbre Rika Zaraï, qui venait très régulièrement chez Drucker.

Il faut savoir qu’il y avait souterrainement toute une société de fans des émissions de télévision et certains y participaient à de nombreuses. C’était bien avant le développement de la téléréalité et de l’Internet : la télévision demeurait un objet fascinant et en faire partie restait encore le rêve de nombreuses personnes.

"Vivement dimanche", qui reprenait le créneau de Jacques Martin avec "L’école des fans", est devenu, elle aussi "culte", une discussion dans un canapé, comme deux bons amis, avec toutes les vedettes de l’actualité culturelle, et parfois, même au-delà, avec la participation des responsables politiques, ou des femmes de responsables politiques (ou même des femmes politiques à part entière !).

Bien sûr, le dialogue consensuel qu’instaure Michel Drucker avec des chanteurs et acteurs devient très agaçant avec des invités politiques qui sont, par définition, clivants. L’animateur a toujours expliqué qu’il était indépendant mais qu’il n’avait aucune envie de mettre mal à l’aise ses invités, s’ils ne les aimaient pas, autant ne pas les inviter. Cela se tient mais dans une société qui préfère persifler, râler et critiquer, Michel Drucker détone dans le consensuel, et parfois, on l’imagine flatterie et même léchage de bottes.

Pourtant, il faut regarder la réalité et c’est en reprenant certaines émissions de "Champs-Élysées" qu’on peut mieux le comprendre. Était-ce du léchage de bottes cette célèbre émission où Serge Gainsbourg se montrait très inconvenant avec la chanteuse Whitney Houston ? En effet, les deux étaient les invités de Michel Drucker dans l’émission du samedi 5 avril 1986 et Gainsbourg a demandé directement, en parlant d’elle qui avait 22 ans : « I want to fuck her ». La réponse de la star : « What ?! He must be drunk. ». Elle avait probablement vu juste, mais Michel Drucker lui a dit : « Non, c’est son état normal, alors, vous imaginez quand il est ivre ! ». Par décence, je préfère ne pas traduire ! Maintenant, à l'heure de MeToo et du buzz viral, le scandale aurait été bien plus grand.

 



Une autre émission (antérieure) célèbre était encore plus loin d’être consensuelle et bisounours que la précédente. Le samedi 10 novembre 1984, Thierry Le Luron était l’invité principal en direct et il a fait chanter toute l’assistance "L’emmerdant, c’est la rose" sur un air de Gilbert Bécaud, puis a parodié "Chez ces gens-là" de Jacques Brel pour fustiger Laurent Fabius alors Premier Ministre, enfin, a modifié une chanson de Serge Lama pour alerter sur le danger que représentait Jean-Marie Le Pen qui venait d’obtenir 10% aux élections européennes quelques mois auparavant. Rien de consensuel ! Cela a valu un contrôle fiscal à Thierry Le Luron et son interdiction d’antenne jusqu’à sa mort, et un sérieux recadrage du ministre Jack Lang à Michel Drucker qui a raconté par la suite que beaucoup d’éléphants du PS lui en avaient voulu (notamment parce que dans le public, il y avait une grande partie qui venait de la section PS de Lille, celle de Pierre Mauroy, ancien Premier Ministre socialiste). L'imitateur avait réussi son coup parce qu'il n'avait pas chanté avec les textes à la répétition.





Terminons justement sur la notion de service public : s’il a passé quatre années dans le privé, c’est parce que la chaîne publique n’en voulait plus, et il en est maintenant à sa cinquante-quatrième année dans le public, ce qui laisse songeur. L’intérêt du public, c’est celui-ci : « Parlons clair : malgré ses nombreuses contraintes, ses pesanteurs, ses instabilités directoriales (…), malgré des relations complexes avec son État actionnaire, la télévision de service public reste la seule où l’on peut encore avoir de l’ambition. C’est-à-dire prendre des risques, montrer aux gens non seulement ce qu’ils aiment mas aussi ce qu’ils pourraient aimer, véhiculer une culture destinée à la fois aux élites et au plus grand nombre. Bien sûr, tous les patrons que j’ai rencontrés auraient voulu réaliser l’audience de "Star Academy" en proposant les programmes d’Arte. L’exercice n’est pas simple. Comment réunir un maximum de téléspectateurs sans singer le privé ? ». C'est tout l'enjeu de l'audiovisuel public avec la fin de la redevance.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 septembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

"Mais qu’est-ce qu’on va faire de toi ?", Michel Drucker, éd. Robert Laffont, 2007
(d’où sont tirées les principales citations de cet article).

Ci-gît la redevance à la papa.
Michel Drucker.
Christophe Izard.
Virginie Efira.
Michèle Cotta.
Jacques Perrin.
Jean Roucas.
Jean Bertho.
Igor Bogdanoff.
Grichka Bogdanoff.
Jean Amadou.
Le Petit Prince de l’humour vache.
Yves Montand et la crise.
Miss France.
Combien valez-vous ?
Loft Story.
Abus d'autorité (1).
Abus d'autorité (2).
Maître Capello.
Une ambition intime.
Les aboyeurs citoyens de l’Internet.
Arthur.
Spectacle télévisuel quinquennal.
Programme minimum.
Philippe Alexandre.
Alain Duhamel.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220912-michel-drucker.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/michel-drucker-le-consensus-fait-241551

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/05/01/39458984.html





 

 


 






 

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30 août 2022 2 30 /08 /août /2022 05:38

« Je ne sais pas comment nos contemporains font pour arriver à comprendre quelque chose, à supporter de marcher la tête en bas, les pieds en l’air. On est dans un asile géant. C’est incroyable. La même année, il y a des jeux d’hiver dans un pays où il n’y a pas de neige, et après, il y a des jeux d’été dans un pays où il fait 60°C à l’ombre, où ils ont construit dix, douze stades réfrigérés. C’est non seulement une aberration climatique mais une aberration écologique, et en plus, il y a un non-respect de l’idéologie des droits de l’homme. C’est incroyable. » (Vincent Lindon, le 29 août 2022 sur France 5).





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On excusera l’homme ému et en colère de parler de "l’idéologie des droits de l’homme", les droits de l’homme ne sont pas une idéologie, ce sont des droits pour chaque humain, non négociables. À 63 ans, l’acteur Vincent Lindon est sans doute comblé. Président du jury du 75e Festival de Cannes en mai 2022, il a du succès au cinéma, il est reconnu par sa profession et il jouit d’une bonne popularité. Ce mercredi 31 août 2022 sort un nouveau film où il est l’acteur principal, en duo avec Juliette Binoche qu’il n’avait jamais rencontrée sur un plateau jusqu’à alors, "Avec amour et acharnement" de Claire Denis, une réalisatrice avec qui il avait déjà travaillé auparavant ("Vendredi soir", sorti le 11 septembre 2002, avec Valérie Lemercier, et "Les Salauds", sorti le 7 août 2013, avec Charia Mastroianni, Julie Bataille et Michel Subor).

Comme il est de coutume, on le voit donc cette semaine dans les médias, à la télévision, à la radio, pour faire la promotion de ce film. En particulier, il était le lundi 29 août 2022 l’invité de la matinale de France Inter ainsi que, le soir, l’invité de "C à vous" sur France 5.

Issu d’une sacrée famille (descendant de Jules Dufaure, un ancien Président du Conseil sous la Troisième République, du maréchal Exelmans, plus connu pour son boulevard à Paris et sa station de métro que pour ses faits d’arme à la Bataille de Rocquencourt, par exemple, juste après Waterloo, gagnée par les forces napoléoniennes, aussi descendant de la sœur aînée d’André Citroën et d’un maire pendant trente ans d’Étretat ; par ailleurs, sa mère a divorcé de son père et s’est remariée avec le journaliste Pierre Bénichou), le futur acteur a abandonné rapidement ses études pour se consacrer au cinéma, d’abord par la petite porte (costumier de Gérard Depardieu et technicien de Coluche) avant de se former au Cours Florent. Il a commencé à jouer en 1983 dans des petits rôles, puis, comme premier rôle à partir de 1988 dans "L’Étudiante" de Claude Pinoteau (sorti le 5 octobre 1988) avec Sophie Marceau.

Sa notoriété date surtout du film de Coline Serreau, "La Crise" (sorti le 2 décembre 1992), film qui a traduit avec grande qualité la société telle que la vivent de nombreuses personnes, faite de séparation affective et de licenciement. Récompensé (tardivement) du César du meilleur acteur pour "La Loi du marché" de Stéphane Brizé (sorti le 20 mai 2015), un excellent film sur le chômage et le flicage des clients et des salariés, pour lequel il a reçu aussi le Prix d’interprétation masculine du Festival de Cannes en mai 2015, Vincent Lindon avait eu précédemment cinq autres nominations aux Césars pour "La Crise" ; pour "Ma petite entreprise" de Pierre Jolivet (sorti le 1er septembre 1999), sur une fraude à l’assurance avec François Berléand ; pour "Ceux qui restent" d’Anne Le Ny (sorti le 29 août 2007), où le thème de la maladie est traité avec originalité en duo avec Emmanuel Devos ; pour "Welcome" de Philippe Lioret (sorti le 11 mars 2009) sur l’immigration illégale ; et pour "Quelques heures de printemps" de Stéphane Brizé (sorti le 19 septembre 2012), une histoire de souhait d’euthanasie, avec Hélène Vincent. On peut aussi rajouter, comme films importants récents (ce n’est pas exhaustif), "La Moustache" d’Emmanuel Carrère (sorti le 6 juillet 2005) avec Emmanuelle Devos, "Journal d’une femme de chambre" de Benoît Jacquot (sorti le 1er avril 2015) avec Léa Seydoux, et "Enquête sur un scandale d’État" de Thierry de Peretti (sorti le 9 février 2022).

Son succès lui a permis de choisir les films dans lesquels il souhaite jouer. Parce qu’il bénéficie d’une belle exposition médiatique, il peut effectivement exprimer ses opinions, les faire entendre, et il entend bien qu’il n’a pas plus de légitimité que monsieur tout le monde. Mais pas moins non plus. Sur France 5, ainsi, il a confirmé : « Est-ce qu’on est légitimes pour parler du monde et de ce qui se passe ? Je pense que oui. Pourquoi on ne le serait pas ? Pourquoi on serait moins légitimes que tout d’un coup, lorsqu’on demande l’avis à un boulanger ou à un entrepreneur (…) ? Je paie mes impôts, je vis, je subis les mêmes malheurs que tout le monde, les mêmes bonheurs. (…) Moi, j’ai décidé d’être illégitime, je vais répondre aux questions que vous me posez (…). Mais en même temps, tous les gens qui s’expriment du matin au soir sur les réseaux sociaux, c’est moi qui leur pose la question, est-ce qu’ils sont légitimes de donner leur avis seize fois par minute ? ».

Et de développer ainsi : « Les intellectuels, c’est un sujet qui me révolte beaucoup, parce que je pense qu’il n’y a plus vraiment d’intellectuels comme j’entendais un intellectuel à l’époque, je trouve que les intellectuels se taisent, que leur silence est assourdissant. Ils sont sourdement corrompus, je ne les entends plus. Si, sur certains petits réseaux confidentiels, pour se donner bonne conscience, mais, comme disait Coluche un jour, il l’a dit mais il ne l’a pas dit fort. Je trouve que ça manque beaucoup, ça manque, de grands intellectuels qui haranguent les foules, qui ont du courage… Personnellement, ça me fait très plaisir de me livrer ce soir, même si parfois j’agace des gens, je m’en fiche complètement, je ne devrais pas exister, ce que je fais là ce soir, je ne devrais pas le faire. Je devrais être un acteur qui ne devrait parler que de son film. On ne devrait même pas m’inviter en première partie pour me demander mon avis sur la société. S’il y avait de grands intellectuels, c’est eux qu’on inviterait. Les artistes n’auraient pas à prendre des risques et à passer pour des ridicules de temps en temps, des peintres, des musiciens, des musiciennes, des actrices, on serait pénards. À l’époque, on ne voyait pas Jean-Paul Belmondo ou Lino Ventura parler des problèmes (…), on appelait Glucksmann… (…) Maintenant, c’est à l’image des réseaux. Vous imaginez bien que je ne maîtrise pas mon sujet. Je vous dis ce que je peux, comme je le ressens, mais une grande pensée intelligente de quelqu’un qui prend des risques, au risque même d’être en danger, ça n’existe plus. Je trouve cela très dommage. ».

Sur ce sujet, le débat est largement ouvert : certes, un acteur n’est pas un spécialiste ni du climat, ni de la géopolitique, ni du sport, etc. mais il est aussi un citoyen et je rappelle que tous les citoyens, a priori, sauf condamnation, peuvent voter et donc, participent à la vie de la nation et surtout, aux décisions qui y sont prises. La politique, c’est effectivement d’avoir une vision, un cadre (peut-être idéologique), ou une méthode (pragmatisme), mais il ne doit pas être nécessaire d’être compétent en tout, d’être savant, connaisseur. Sinon, il faudrait des brevets d’électeurs, une formation minimale (cette idée, d’ailleurs, très dangereuse pour la démocratie à mon sens, est défendue ardemment par une personne que j’apprécie peu et qui est devenue maintenant un député FI).

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Mais pourquoi était-il question de sa légitimité à exprimer une opinion politique ? Parce qu’il s’était permis le 17 mai 2022, en tant que président du Festival de Cannes, de dire trois mots sur la planète et sur le bouleversement climatique, d’évoquer « les tourments d’une planète qui saigne, qui souffre, qui étouffe et qui brûle dans l’indifférence des pouvoirs (…). Je me demande si nous ne sommes pas en train de danser sur le Titanic ». On avait eu "la maison brûle" de Jacques Chirac. La danse sur le Titanic, c’est aussi une belle image qui n’a pas dû plaire à tous ses collègues du cinéma. Cela donne un écho particulier à la "fin de l’abondance" annoncée par le Président Emmanuel Macron.

D’où son laïus sur : on marche sur la tête, avec des jeux sportifs dans des stades climatisés avec une température extérieure de 60°C ! C’est vrai que c’est complètement loufoque, sans compter en plus le malheur extrême de ces milliers d’ouvriers clandestins qui ont perdu la vie depuis une dizaine d’années dans ces travaux pharaoniques.

S’il était un grand joueur de football, voici ce qu’il dirait de ce tournoi complètement démesuré et déraisonnable : « Je ferais une conférence de presse. Eh bien voilà, j’ai eu x fois le ballon d’or, je suis extrêmement demandé, je gagne beaucoup beaucoup beaucoup beaucoup d’argent. J’ai pris la décision personnelle de ne pas aller au Mundial, sans prévenir mon entraîneur et mon pays. C’est ma décision d’hier soir. Messieurs, Mesdames… et je me lève. À la Pompidou pour l’affaire Gabrielle Russier. (…) Ça a l’air simpliste, mais ça ne peut venir que des joueurs. (…) Un joueur, il est libre, c’est un artiste, il peut, lui. ».

Plus tôt dans la journée, sur France Inter, parlant toujours de la coupe du monde au Qatar, il a lâché l’idée que l’argent déciderait de tout pour faire cette remarque très généralisante : « En fait, je crois qu’aujourd’hui, on se laisse dévorer par l’argent rouge de sang. Je crois que c’est ça, le drame du monde. ».

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En termes d’engagement, dans le passé, Vincent Lindon avait soutenu la candidature de François Bayrou aux élections présidentielles de 2007 et de 2012. Il avait même été présent au congrès fondateur du MoDem.

Dans "Le Monde" du 22 mars 2007, dans un article de Patrick Roger, on y lit cette appréciation de la (regrettée) Marielle de Sarnez : « Il a un vrai sens politique. » en parlant de Vincent Lindon qui se confiait ainsi au journaliste : « [François Bayrou], c’est un homme qui prend le temps d’écouter, et qui a une véritable vision, sur la culture, l’écologie, les solidarités, les nouvelles technologies. Ce que j’aime chez lui, c’est ce mélange de modernisme, ce qu’il sait faire avec un ordinateur, il m’impressionne, on dirait un hacker, et, en même temps, ce côté paysan intellectuel. (…) J’ai été attiré par Mitterrand et par Chirac. J’adorais les hommes. Chirac a un charisme incroyable, c’est un acteur américain. Mais je suis aussi fasciné par le charisme qui n’est pas forcément là au départ, qui vient avec le succès et la fonction. C’est ce qui arrive à Bayrou en ce moment. Il a pris de l’épaisseur. ».

Vincent Lindon a des propositions politiques. Il considère par exemple qu’il faudrait un mandat présidentiel unique, de six ans car cinq ans, c’est trop court, mais unique car sinon, le Président de la République n’agirait que pour se faire réélire. Il constatait sur France Inter qu’un candidat qui ne voudrait faire qu’un seul mandat ne le dirait pas aux électeurs car ces derniers voudraient avoir la possibilité de le sanctionner à la fin de son mandat. S’ils n’en avaient pas la possibilité, ils ne l’éliraient pas, selon l’acteur (peut-être pensait-il à François Fillon ou Alain Juppé ?).

L’acteur est un peu "gauche" dans sa formulation, par exemple, il ne connaît pas très bien les institutions et parle de proposer cette révision constitutionnelle « à l’Assemblée Nationale ou au Conseil d’État », le Conseil d'État n’a rien à voir avec une instance politique délibérative, c’est une instance de consultation juridique du gouvernement et le tribunal administratif suprême.

Évoquant le réchauffement climatique, Vincent Lindon considérait sur France Inter qu’il ne pouvait pas ne pas parler, que son rôle d’acteur était accessoire : « Là, aujourd’hui, c’est impossible de ne pas être engagé. Personnellement, pardon, mais un être humain, femme, homme, qui aujourd’hui, public en tout cas, n’est pas engagé, là, franchement, je ne vois pas comment on peut faire, enfin. ».

Et à la dernière question de Léa Salamé, Vincent Lindon a confirmé : « Un engagement dans la cité, oui. C’est exactement comme cela que je l’aurais dit. (…) Fédérer, fédérer, et m’occuper des gens. (…) On n’est pas quelque chose pendant toute une vie. Et je trouve que oui, un moment, à 65 ans, ce serait intéressant de faire autre chose. ». 65 ans ? C’est en 2024 : un mandat européen pour Vincent Lindon ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 août 2022)
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Pour aller plus loin :
Vincent Lindon.
Micheline Presle.
Anne Heche.
Olivia Newton-John.
Marilyn Monroe.
Arnold Schwarzenegger.
Michel Serrault.
Patrick Dewaere.
Richard Bohringer.
Jean-Louis Trintignant.
Charlotte Valandrey.
Margaret Keane.
Jean Dujardin.
Alain Resnais.
Julie Gayet.
Johnny Depp.
Amber Heard.
Jacques Morel.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.









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21 août 2022 7 21 /08 /août /2022 05:50

« Tant qu'on a la curiosité, on est vivant. Le temps passe, les gens qu'on aime disparaissent, mais si on est curieux, on a la possibilité de provoquer des rencontres, et des complicités. » (Micheline Presle, 2011).



 

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Et voici que Micheline Presle entame son second centenaire ! En effet, la perle du cinéma français est désormais centenaire, elle a 100 ans ce lundi 22 août 2022 et il y a une sorte d'irrésistible vertige à penser que cette éternelle jeune femme fait partie d'un autre temps.

On pourra toujours dire que vivre longtemps n'est pas un exploit, qu'il y a une grosse part de chance, chance de ne pas avoir succombé plus tôt d'une maladie ou d'un accident ou de guerre ou de violences, etc. Mais il peut y avoir des prédispositions. L'amour ? Pas vraiment, si l'on en croit Micheline Presle, l'amour n'était finalement pas son fort dans sa vie de femme et pas d'actrice, elle s'est beaucoup préoccupée des choses de l'amour et convient que cela l'a rendue aveugle aux belles relations, aux amitiés, mais elle s'est rattrapée.

Il n'y a pas de secret, il y a en revanche une véritable envie de vivre, et cela malgré son engagement chez les partisans de l'euthanasie. Cette envie de vivre, c'est aussi son acceptation des rides au cinéma. Elle n'a pas hésité à tourner à un âge très avancé, justement pour rester toujours vivante, et contrairement à ce qu'on pourrait croire, elle a gardé ses yeux de jeune première qui en font encore une jeune et belle femme.

Ces dernières années furent cependant très difficiles avec le départ bien avant l'heure de sa fille (et de sa réalisatrice en 2014) Tonie Marshall, connue pour son film "Vénus beauté (institut)" (sorti le 3 février 1999), qui a tiré sa révérence quelques jours avant le premier confinement, le 12 mars 2020, vaincue par le crabe.

Si Micheline Presle a connu une très forte notoriété entre 1965 et 1971 en jouant le rôle principal d'une série télévisée à une époque où les programmes de télévision étaient uniques et monopolistiques, à savoir "Les Saintes chéries" créée par Nicole Buron et réalisée par Jean Becker, assisté pour la dernière saison de Jean-Jacques Beineix (chronique sociale et humoristique d'un couple bien de son temps, elle et Daniel Gélin dans le rôle du mari), le cinéma l'a élevée au rang de star historique en 1947 avec le film de Claude Autan-Lara "Le diable au corps" (sorti le 12 septembre 1947) dans un duo avec Gérard Philippe.

Le vertige, c'est aussi de remarquer que Gérard Philippe était né trois mois après Micheline Presle, et certes, elle lui a survécu, mais de plus de soixante-deux ans !

 

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Film "culte" tiré d'un roman de Radinguet, il a provoqué un scandale dans la société française par les thèmes choisis, celui de l'adultère et celui du pacifisme, car le film s'est montré profondément contre la guerre dont le monde (et la France) venaient de sortir, mais pas tout à fait complètement (il y avait l'Indochine). La jeune femme de Poilu parti en guerre, au lieu d'accepter sa solitude, se prend à aimer un jeune lycéen trop jeune pour partir à la guerre. Quand le mari revient, tout va mal pour l'épouse honteuse.

Ce film a bientôt soixante-quinze ans, et beaucoup d'eau a coulé sous les ponts maintenant : la guerre est toujours dans l'ordre du possible (Vladimir Poutine et sa tentative d'invasion de l'Ukraine en est une triste illustration), mais les mœurs ont considérablement évolué, on pourra dire dans le bon ou dans le mauvais sens, mais là n'est pas le sujet, ils ont surtout évolué vers le plus tolérant, le plus respectueux des choix individuels et de la liberté individuelle.


En ce sens, récompensée des Victoires du cinéma français pour ce film (elle reçut deux fois cette récompense, et fut aussi récompensée par un César d'honneur en 2004), Micheline Presle a été l'une des porte-parole de la modernité des femmes, prêtes à s'affranchir socialement de leur mari pour vivre leur véritable amour.

Hommage à Micheline Presle, légende vivante d'un cinéma si lointain, et bon centenaire !


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Sylvain Rakotoarison (20 août 2022)
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Pour aller plus loin :
L'étoile de la voûte céleste du cinéma.
Micheline Presle.
Anne Heche.
Olivia Newton-John.
Marilyn Monroe.
Arnold Schwarzenegger.
Michel Serrault.
Patrick Dewaere.
Richard Bohringer.
Jean-Louis Trintignant.
Charlotte Valandrey.
Margaret Keane.
Jean Dujardin.
Alain Resnais.
Julie Gayet.
Johnny Depp.
Amber Heard.
Jacques Morel.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
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20 août 2022 6 20 /08 /août /2022 05:58

« Aujourd'hui, nous perdons une lumière radieuse, une âme douce et si joyeuse. » (la famille).



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L'héroïne du célèbre film de comédie et d'aventures, "6 jours 7 nuits" d'Ivan Reitman (sorti le 12 juin 1998), en duo avec Harisson Ford, ne tournera plus. L'actrice américaine Anne Heche est morte à Los Angeles le 11 août 2022 à l'âge de 53 ans (elle est née le 25 mai 1969 dans l'Ohio).

Anne Heche était aussi connue pour avoir joué l'un des rôles principaux dans quelques films à succès, en particulier "Donnie Brasco" de Mike Newell (sorti le 28 février 1997), l'histoire d'un agent du FBI, joué par Johnny Depp (elle est son épouse) ; "Volcano" de Mick Jackson (sorti le 25 avril 1997), où elle était la sismologue de service ; "Des hommes d'influence" de Barry Levinson (sorti le 9 janvier 1998), aux côtés de Dustin Hoffman et Robert De Niro (Anne Heche et Robert De Niro appellent à la rescousse le producteur hollywoodien Dustin Hoffmann pour faire diversion dans un scandale de mœurs impliquant le Président des États-Unis, en organisant une guerre… en Albanie) ; "Psycho" de Gus Van Sant (sorti le 4 décembre 1998), remake plutôt décevant du "Psychose" du légendaire Alfred Hitchcock...

1997 et 1998 étaient des années fastes pour Anne Heche, mais elle n'a pas continué avec autant d'éclat. Officialisant sa liaison homosexuelle avec sa compagne (elle aussi connue) à l'occasion d'une soirée mondaine pour la sortie de "Volcano", elle a été ostracisée pendant une dizaine d'années par Hollywood. En 2020, elle a révélé : « On m'a dit que si je venais avec elle, je perdrais mon contrat avec Fox. (…) La stigmatisation autour de cette relation était si terrible que mon contrat de plusieurs millions de dollars a été rompu et que je n'ai plus jamais retravaillé pendant dix ans. ». Son comportement public a d'ailleurs contribué à en faire une actrice réputée un peu "folle" (son autobiographie sortie en 2001 est titrée "Call Me Crazy") après avoir rompu trois ans et demi plus tard avec sa compagne. Elle a été en effet aperçue sous l'influence évidente de substances illicites. Son coming out a été très médiatisé, engendrant des polémiques à répétition, mais aussi permettant à certaines personnes homosexuelles de ne plus se cacher.

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Dans cette autobiographie, elle a raconté avoir été violée, durant toute son enfance, par son père qui, lui-même, a "avoué" plus tard son homosexualité avant de mourir du sida en 1983, quand elle avait 14 ans. La même année, son grand frère, lui, s'est tué à 18 ans dans un accident de voiture qu'elle a considéré comme un suicide. Sa mère, de son côté, est une adepte des théories de conversion qui visent à transformer l'orientation sexuelle des personnes (en particulier de sa fille). Anne Heche s'est par la suite mariée avec un homme, a eu un enfant, puis, après séparation, dans une autre liaison, a eu un autre enfant.

En 2018, Anne Heche a aussi révélé qu'elle avait été souvent harcelée sexuellement dans le milieu du cinéma, n'hésitant pas à compromettre le producteur Harvey Weinstein qui, lui-même, a démenti. Elle a expliqué que son enfance malmenée lui a permis de mieux résister aux avances une fois adulte, même si elle a perdu des rôles à cause de cela.

À partir des années 2000, ayant moins de propositions au cinéma, Anne Heche s'est plutôt tournée vers le théâtre et la télévision. Elle a cependant tourné encore dans plusieurs films, en particulier "John Q" de Nick Cassavets (sorti le 15 février 2002), avec Denzel Washington (le père qui vaut sauver son enfant) et James Woods (le médecin) et, plus récemment, "The Vanished" de Peter Facinelli (sorti le 28 février 2020), où elle est la mère d'une enfant qui a disparu dans un camping, ces deux derniers films n'ont pas eu de succès. Elle a aussi tourné dans d'autres films qui sortiront après sa mort au cinéma : "Chasing Nightmares", "Frankies Meets Jack", "Wildfire. The Legend of the Cherokke Ghost Horse", "Supercell", "Full Ride", "What Remains", ainsi qu'à la télévision : "Girl In Room 13", "The Idol".

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Les circonstances de la mort d'Anne Heche sont tragiques. Elle a été victime d'un très grave accident de la route le 5 août 2022 à Los Angeles et a été sous coma jusqu'à sa mort déclarée le 11 août 2022. Victime mais très probablement responsable de deux accidents, d'abord un premier contre le garage d'un immeuble, mais elle a pu en réchapper et repartir, pour s'enfuir, mais elle a percuté ensuite un autre immeuble et son véhicule (une Mini Cooper bleue) a pris feu. Il a fallu une heure cinq et cinquante-neuf pompiers pour éteindre l'incendie et l'évacuer de la voiture pour la secourir. Elle aurait été encore consciente au début de son transfert à l'hôpital mais aurait perdu connaissance à ce moment. La locataire des lieux aurait été légèrement blessée et aurait perdu tous ses biens dans l'incendie.

Juste avant son double accident, une caméra de surveillance a filmé son véhicule roulant à toute vitesse, qui aurait failli heurter un piéton sur le trottoir, sans aucun coup de frein, puis aurait heurté une Jaguar sans que son conducteur n'ait été blessé. Au contraire des premières rumeurs, Anne Heche n'était pas sous l'emprise de l'alcool lorsqu'elle conduisait, mais d'après les premières analyses de sang réalisées par la police, elle aurait consommé de la cocaïne, mais aucune analyse toxicologique plus poussée n'a été faite pour confirmer.

Son agent a communiqué le 8 août 2022 son état grave : « Elle a une lésion pulmonaire importante nécessitant une ventilation mécanique et des brûlures nécessitant une intervention chirurgicale. Elle est dans le coma et n'a pas repris connaissance depuis l'accident. ». Les nouvelles suivantes furent encore moins bonnes, le 11 août 2022 : « À cause de son accident, Anne a subi une grave lésion cérébrale anoxique et reste dans le coma, dans un état critique. On ne s'attend pas à ce qu'elle survive. Elle a depuis longtemps choisi de faire don de ses organes et elle est maintenue sous assistance respiratoire pour déterminer si certains sont viables. ».

Quelques heures plus tard, Anne Heche a été déclarée officiellement décédée le 11 août 2022 selon la loi californienne. Elle est pourtant restée sous respiration artificielle encore trois jours, dans l'attente imminente d'éventuels prélèvements d'organe. Cela a été fait le 14 août 2022 après avoir identifié plusieurs receveurs. Les dons d'organe ont eu lieu dans la journée et l'assistance respiratoire a été ensuite interrompue.

Sa famille a exprimé sa grande tristesse : « Anne avait un grand cœur et a touché tous ceux qu'elle a rencontrés par son esprit généreux. Plus que son talent extraordinaire, elle a répandu la gentillesse et la joie comme l'œuvre de sa vie, en particulier, elle a bougé les lignes dans l'acceptation de qui vous aimez. On se souviendra d'elle pour son honnêteté courageuse et elle nous manquera beaucoup pour sa lumière. ».

C'est évidemment très dur pour la famille (elle laisse deux fils, Homer d'environ 20 ans et Atlas d'environ 12 ans) de se dire qu'elle ne survivra pas à son accident dont elle a été probablement l'unique responsable. La famille a en effet accepté de la "débrancher" dans son maintien artificiel en vie (hors de la préoccupation des dons d'organe). Trois jours plus tard, ce même et triste constat d'échec s'est présenté dans la famille de l'artiste Dmitri Vrubel qui a eu des complications cardiaques renforcées par le covid-19. Là aussi, la famille s'est résolue à choisir de le "débrancher" dans la mesure où son état était irréversible. Ces deux exemples de fin de vie sont malheureusement très courants lorsqu'une personne, soit par accident, soit par maladie, se retrouve dans une situation désespérément critique. C'est probablement ce que les parents ont refusé d'admettre pour leur petit Archie


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Sylvain Rakotoarison (16 août 2022)
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Pour aller plus loin :
Archie Battersbee.
Dmitri Vrubel.
Anne Heche.
Olivia Newton-John.
Marilyn Monroe.
Arnold Schwarzenegger.
Michel Serrault.
Patrick Dewaere.
Richard Bohringer.
Jean-Louis Trintignant.
Charlotte Valandrey.
Margaret Keane.
Jean Dujardin.
Alain Resnais.
Julie Gayet.
Johnny Depp.
Amber Heard.
Jacques Morel.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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4 août 2022 4 04 /08 /août /2022 05:12

« L’imperfection est beauté, la folie est génie et il vaut mieux être totalement ridicule que totalement ennuyeux. » (Marilyn Monroe).



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L’actrice et la chanteuse américaine Marilyn Monroe (Norma Jeane Mortenson) est morte il y a soixante ans, le soir du 4 août 1962 dans sa résidence de Los Angeles où elle avait vécu. Star incontestable de Hollywood, Marilyn Monroe venait de fêter, deux mois auparavant, son 36e anniversaire.

La mort jeune d’une femme d’exception, aux robes vendues aux enchères, comme plus tard pour Lady Di, a toujours suscité émotion, étonnement, suspicion : suicide, assassinat, etc. ont toujours été plus ou moins imaginés, parce qu’une icône fait toujours rêver, cauchemarder, et avant tout, vendre.

Alcool, drogue, médicaments, dépression, manque de confiance en elle, Marilyn Monroe aurait plutôt été la victime d’affreux mélanges chimiques que son corps déjà usé n’a pas supportés. Elle semblait plutôt nourrir plein de projets, en recherche éperdue de reconnaissance pour son métier et pas pour sa gueule, elle rêvait d’avoir un Oscar et elle comptait jouer dans une pièce de Shakespeare pour qu’on la prît enfin au sérieux, consacrée comme une comédienne en tant que telle.

Plus victime que bénéficiaire du star system qui mouline les corps et les âmes, Marilyn Monroe est devenue, au fil des années, depuis 1948, l’icône mondiale de la femme, de la beauté, de la projection de la beauté dans un monde plein d’artifice et de paillettes. Pas étonnant qu’elle fut fascinée par Arthur Miller qu’elle a épousé en 1956, même si lui-même, très conscient, s’est senti dépossédé de lui-même : « C’est un monstre narcissique et méchant qui a pris mon énergie et m’a vidé de mon talent. ». Elle-même cherchait à se connaître au-delà d’une image artificielle et superficielle qui devait la pesait et l’abîmer, au point de détruire ses cheveux avec des produits de teinture pour être la blonde platine parfaite (elle aurait porté des perruques dans ses derniers films, tant ses cheveux étaient en mauvais état).

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Immortalisé deux ans plus tard par les sérigraphies d’Andy Warhol, Marilyn a fait sa dernière grande sortie publique le 19 mai 1962, pour le 45e anniversaire du Président des États-Unis John Kennedy, devant plus de 15 000 invités, au Madison Square Garden. Sa courte et laborieuse participation est restée dans les mémoires, avec une robe éclatante de mille feux, d’une nudité emballant à même la peau les plus rigoristes des jansénistes !

Elle avait réussi à s’extirper du tournage de son film du moment ("Something’s got to give" qui resta inachevé), malgré ses nombreuses absences, pour chanter le fameux happy birthday mister President. Un internaute, en commentant la vidéo de cette prestation, écrivait : « You call her as you want… saint or whore, drugged or not drugged, false or sincere, the fact is that, the President and many other famous and important people were present in that room… but Marilyn was able to tae possession of the scene and make it legendary. This woman was genius and magnetic... what a unique woman. » [qu’on peut traduire à peu près par : Vous pouvez la nommer comme vous voulez… sainte ou putain, droguée ou non, fausse ou sincère, le fait est que le Président et bien d’autres personnes célèbres et importantes étaient présentes dans cette salle… mais c’est Marilyn qui a pris possession de la scène et l’a rendue légendaire. Cette femme était géniale et magnétique… quelle femme exceptionnelle !].





Le 4 juillet 1962, dans une interview publiée le 17 août 1962 (après sa mort) dans "Life", Marilyn, très fière d’avoir été invitée, est revenue sur cette fête : « Bon sang ! Je chanterai cette chanson, même si c’est la dernière chose que je puisse faire au monde. Et je la chanterai pour tout le monde. ».

Entre 1947 et 1962, Marilyn Monroe a tourné dans une trentaine de films, parmi lesquelles certains sont considérés comme des chefs-d’œuvre du septième art, en particulier "Les hommes préfèrent les blondes" de Howard Hawks (sorti le 18 juillet 1953) avec Jane Russell, "Comment épouser un millionnaire" de Jean Negulesco (sorti le 4 novembre 1953) avec Lauren Bacall et Betty Grable, "Rivière sans retour" d’Otto Preminger (sorti le 30 avril 1954) avec Robert Mitchum, et "Certains l’aiment chaud" de Billy Wilder (sorti le 29 mars 1959) avec Tony Curtis et Jack Lemmon.

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Dans "Sept ans de réflexion" de Billy Wilder (sorti le 3 juin 1955) avec Tom Ewell, on trouve la séquence très célèbre de Marilyn se positionnant (en septembre 1954) au-dessus d’une bouche d’aération du métro de New York, faisant soulever sa robe quand une rame arriva et faisant ainsi découvrir ses jambes, avec cette jolie tirade : « Oh, sentez-vous la brise du métro ? » (la robe qu’elle portait pour cette séquence s’est vendue aux enchères en 2011 pour la somme de 5,6 millions de dollars).

Marilyn Monroe a eu beaucoup d’histoires d’amour, mais certaines "cibles" n’étaient pas forcément très réceptives, c’était le cas de l’acteur Clark Gable avec qui elle a joué dans "Les Désaxés" de John Huston (sorti le 1er février 1961), qui était la figure paternelle rêvée pour elle.

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Elle a aussi rencontré l’acteur français Yves Montand pour "Le Milliardaire" de George Cukor (sorti le 8 septembre 1960), mais Yves Montand n’appréciait pas vraiment les grands sentiments amoureux à son égard de l’actrice (qui serait tombée enceinte de lui en 1960, selon le témoignage d’une amie photographe en 2017) et l’a finalement délaissée. Simone Signoret, mise au courant, a confié un jour : « Si Marilyn est amoureuse de mon mari, c’est la preuve qu’elle a bon goût ! ». Simone Signoret a regretté que Marilyn Monroe n’ait jamais su qu’elle ne lui en avait jamais voulu pour cette aventure avec son mari qu’elle avait épousé en 1951.

D’ailleurs, le titre original du film de George Cukor était "Let’s make love" qui signifie crûment : "Faisons l’amour !" et certaines mauvaises langues ont sous-titré alors le film ainsi : "The movie whose title Marilyn Monroe and Yves Montand took too seriously" [le film dont Marilyn Monroe et Yves Montand ont pris le titre trop au sérieux]. Yves Montand, qui venait de tourner avec Simone Signoret et Mylène Demongeot dans "Les sorcières de Salem" de Raymond Rouleau (sorti le 26 avril 1957), une adaptation très libre d’une pièce d’Arthur Miller, le mari de Marilyn Monroe, n’était pas le premier choix de la production qui avait d’abord songé à confier le rôle du milliardaire à d’autres acteurs (dont Gregory Peck, Charlton Heston, Cary Grant, James Stewart et Rock Hudson) qui ont tous refusé car il était très difficile de tourner avec Marilyn Monroe (qui arrivait souvent en retard, ou ne venait pas, etc.).

Ce film n’a pas eu de succès, ce fut une mauvaise expérience pour Marilyn Monroe d’autant plus que le réalisateur, homosexuel, avait un petit faible pour Yves Montand qui, lui, n’a pas voulu quitter son épouse pour Marilyn. Dans ce titre ("Le Milliardaire"), c’est comme si c’était crescendo dans la carrière de Marilyn Monroe qui avait tourné sept ans auparavant "Comment épouser un millionnaire". On passait du millionnaire au milliardaire…

Ce soixantième anniversaire de la soudaine disparition de la star est l’occasion, à nouveau, de constater que Marilyn Monroe est toujours bien présente dans les esprits, dans la culture d’après-guerre, au point d’inspirer encore beaucoup d’artistes, dont Madonna (qui en est une sorte de copie non-conforme), qui a fait le coup du happy birthday mister President à Bill Clinton dans une fiction…

J’en propose ainsi trois exemples. Le plus connu, les sérigraphies d’Andy Warhol.

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Un tableau en 1967 de Salvador Dali intitulé avec sa loufoquerie habituelle "Mao Monroe".

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Et la chanson "Marilyn & John" interprétée en 1988 par Vanessa Paradis, qu’on risque d’avoir en boucle dans le cerveau.






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 juillet 2022)
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Pour aller plus loin :
Marilyn Monroe.
Arnold Schwarzenegger.
Michel Serrault.
Patrick Dewaere.
Richard Bohringer.
Jean-Louis Trintignant.
Charlotte Valandrey.
Margaret Keane.
Jean Dujardin.
Alain Resnais.
Julie Gayet.
Johnny Depp.
Amber Heard.
Jacques Morel.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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1 août 2022 1 01 /08 /août /2022 05:23

« Il n’y a rien de meilleur qu’un bon gloubi-boulga géant quand on a bien mélangé la banane écrasée, le chocolat râpé, la confiture de fraise, la moutarde et la saucisse de Toulouse crue mais tiède… Hum ! Quel rêve… Quel beau rêve… » (Christophe Izard faisant parler Casimir).



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Beaucoup de gamins des années 1970 (qui aujourd’hui ont un "certain" âge !) ont eu un petit pincement au cœur, de la nostalgie dans l’âme et des vapeurs de souvenirs quand ils ont appris la mort de Christophe Izard le 31 juillet 2022. Il venait de fêter son 85e anniversaire le 30 mai dernier et son nom est resté mythique pour ces enfants car il était inscrit en gros sur le générique d’émissions de télévision pour les enfants.

Le plus gros morceau, le plus connu, c’est Casimir. J’avoue avoir été "choqué" d’apprendre beaucoup plus tard que Casimir était orange. Dans mon imaginaire, il était forcément vert. Le vert et l’orange, d’ailleurs, étaient les deux couleurs phares de la décennie 1970 à l’horrible esthétique. C’était évident que le dinosaure, car c’était un dinosaure, devait être vert, comme un crocodile, et je l’ai cru longtemps car le téléviseur était noir et blanc.

Casimir, qui devait son nom à un choix au hasard sur le calendrier (il s’appelait à l’origine Plocus), était en effet orange, avec une tache rouge et une tache jaune, orange parce que le vert (qui lui avait été associé à sa naissance) risquait de le confondre avec le décor végétal. Si Christophe Izard, producteur, a eu l’idée générale de Casimir, c’est Yves Brunier, marionnettiste, qui l’a conçu, fabriqué et joué ou manipulé.

À la télévision, l’animal a commencé ses prestations sur FR3, la troisième chaîne en couleur, le 16 septembre 1974 (jusqu’au 14 février 1975). Puis, le 17 février 1975, il a débarqué sur TF1 (à l’époque, c’était la même société, l’ORTF, mais elle venait justement d’éclater le 1er janvier), pour hanter les téléspectateurs en culotte courte jusqu’au 30 juin 1982, jour de sa retraite. En tout, 969 épisodes de bons et loyaux services. De temps en temps, Casimir refait une apparition, sur un plateau de télévision ou même dans des animations commerciales ou plus ou moins culturelles.

Casimir est un gentil dinosaure bipède, avec une crête sur le dos (rouge paraît-il), qui a tout pour être populaire chez les enfants : il aime faire des farces, il est très sociable, s’intéresse aux autres, les écoute, il est drôle et généreux, et surtout, il ne mange que du gloubi-boulga dont les enfants raffolent aussi. À la maison, ils n’hésitent pas à faire comme lui. Cela ressemble un peu la recette pour sortir de la gueule de bois dans, il me semble, "Astérix chez les Helvètes" (d’ailleurs, c’est amusant de voir dans l’histoire d’Astérix, publiée en 1970, avant Casimir, qu’il y a un gouverneur romain du nom de Caius Diplodocus). Ah non, je me suis trompé, il s’agit de l’album "Les Lauriers de César", publié de septembre 1971 à février 1972.

Le gloubi-boulga est un plat réservé exclusivement à des bestioles comme Casimir, dont l’idée provient d’une anecdote de guerre. Christophe Izard, enfant, était hébergé chez une vieille dame et elle lui faisait touiller du sucre et des jaunes d’œuf pour qu’il restât tranquille. C’était la recette du gogli-mogli utilisée en Europe centrale et dans le Caucase, consommée au petit-déjeuner parfois avec du cognac, du jus de fruit ou du chocolat. Son lointain descendant pourrait être le fourzitou, un plat pour accommoder les restes de Fabienne Lepic, l’une des héroïnes de l’excellente série télévisée "Fais pas ci, fais pas ça" (à quoi son fils aîné répond : « L’endroit où on mélange tous les restes, ça a déjà un nom, tu sais ? C’est une poubelle ! »).

Casimir, avec ses amis François (joué par Patrick Bricard), Hippolyte, Léonard le renard, Monsieur Fulbert Anselme Du Snob, etc., était le personnage central de l’émission télévisée pour les enfants "L’Île aux enfants". Au début, l’idée était d’importer l’émission américaine "Sesame Street", qu’il avait connue lors d’un voyage aux États-Unis, une idée intéressante de programme destiné à la jeunesse. L’émission s’est appelée "Bonjour Sésame" (transformée en 1978 en "1, rue Sésame") et durait 20 minutes : 12 minutes du programme américain adapté en français, 4 minutes d’un documentaire animalier de Pascale Breugnot (qui allait lancer par la suite des émissions plutôt pour adultes comme "Pyschow", "Sexy Folies", "Gym Tonic", "Perdu de vue", etc.), et le restant, Christophe Izard en a fait "L’Île aux enfants" qui est devenue une émission à part entière à partir de 1976.

À la mort de Patrick Bricard, le 26 janvier 2019, Christophe Izard annonçait cette triste nouvelle sur la page Facebook de L’Île aux enfants : « Je suis bien triste de vous annoncer le départ ce matin de (…) notre ami François de "L’Île aux enfants". Je l’avais choisi pour son sourire, son dynamisme, son talent, l’amusement qu’il prenait à interpréter plusieurs rôles… ». Christophe Izard était devenu un producteur et réalisateur complet.

Au-delà de Casimir, Christophe Izard a créé ou cocréé bien d’autres marionnettes pour la télévision, comme Brok et Chnok, Sibor et Bora, Pil et Glou, les Poï-Poï, Misscat et Flagada, etc.

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Autre émission pour la jeunesse très connue créée par Christophe Izard, "Les Visiteurs du mercredi", une séquence longue de 4 heures 30 le mercredi après-midi, diffusée du 8 janvier 1975 au 10 février 1982 sur TF1 : c’était très novateur à l’époque de proposer un programme spécialement destiné aux enfants alors qu’ils n’avaient pas école le mercredi après-midi, et j’imagine que TF1 pouvait se le permettre car deux autres chaînes coexistaient également pour diffuser d’autres programmes (séries ou talk-shows de société).

Elle était diffusée en direct et a eu très rapidement un grand succès, ce qui a conduit la chaîne concurrente (mais également publique) Antenne 2 à créer "Récré A2" à partir de juillet 1978 (celle-ci allait programmer Goldorak et Candy, et faisait participer Gérard Majax, Antoine de Caunes, Chantal Goya, Jacqueline Joubert, etc.). Claude Pierrard aussi s’inspira des Visiteurs du mercredi (où il travaillait) pour "Croque-Vacances" sur TF1 à partir de février 1980 (avec les marionnettes Isidore et Clémentine).

Les Visiteurs du mercredi était une émission très fournie par la diversité de sa programmation et la richesse de ses animateurs. Ainsi, il y avait une chronique animalière tenue par Jacques Trémolin (un sacré bonhomme qui mériterait un article complet), Garmicore faisait de la magie, Patrick Sabatier (à ses débuts) puis Marc Menant s’occupaient plutôt des préadolescents et adolescents (avec les marionnette Sibor et Bora), Dorothée a présenté furtivement la rubrique "Interdit au plus de 10 ans", François Diwo puis Jean-Pierre Pernaut présentaient les nouveautés musicales, Claude Pierrard proposait les actualités pour les jeunes, Soizic Corne animait un club de bricolage, Paul-Émile Victor racontait ses aventures, Nicolas Hulot était affecté à la rubrique sportive, Greg (auteur du célèbre Achille Talon) partageait sa passion de la bande dessinée, Claude Villers celle de la littérature, Michel Chevalet celle de la science, etc.

Il y avait bien sûr des dessins animées, en début d’après-midi "Scoubidou" et vers 16 heures, carrément "La Parade des dessins animés", une série de plusieurs dessins animés, avec notamment "Les Fous du volant" (avec la jolie Pénélope et les méchants Satanas et Diabolo), "Caliméro" (« C’est vraiment trop injuste ! »), "Bugs Bunny" (« Quoi d’neuf, docteur ? »), "Mumbly" (une parodie de "Columbo"), "Mister Magoo", "Speedy Gonzalez" (« Ay Caramba ! »), les "Barbapapa" (ces bestioles qui peuvent allonger leur corps comme elles veulent), etc.

Enfin, il y avait des feuilletons pour la jeunesse, comme "Belle et Sébastien", "Zorro", "Flipper le dauphin", "Skippy le kangourou", "Poly à Venise", "Rintintin", "Davy Crockett", "Toumaï", etc. (en revanche, pas "Daktari").

Christophe Izard était avant tout un homme de la télévision, celui d’une époque révolue, celle des pionniers, où on ne précisait pas la chaîne car il n’y en avait qu’une seule. Il était fils du grand avocat, essayiste, membre de l’Académie française (élu en 1971) et député (de 1936 à 1940), Georges Izard (1903-1973), et de Catherine Daniélou (1909-1992). Elle-même était la fille de Charles Daniélou (1878-1953), sous-ministre de la Marine marchande en 1926, puis ministre de la santé, et la sœur du célèbre théologien jésuite, le cardinal Jean Daniélou (1905-1974), élu à l’Académie française en 1972.

Musique et journalisme furent le métier d’origine de Christophe Izard, saxophoniste dans un orchestre de jazz, intégré dans la revue "Jazz Magazine" créée par Eddie Barclay, à "France-Soir" pour des chroniques musicales et au "Journal du dimanche". Puis, en 1968, avec Claude Fleouter, il fut le producteur de l’émission de variétés "À l’affiche du monde" à la télévision, une émission à la formule alors inédite qui a eu beaucoup de succès grâce à leur passion commune de la musique.

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Christophe Izard précisait en effet à Christine Descateaux dans le numéro de "Télé 7 Jours" de l’époque, en décembre 1968 : « "À l’affiche du monde" n’est pas une émission de variétés, mais une émission sur les variétés. Nous sommes des journalistes et nous avons voulu jeter sur ce domaine un regard de journalistes. ». Une formule originale et gagnante : un tiers cinéma, un tiers spectacle, un tiers journalisme : « Nous avons constitué une équipe de jeunes réalisateurs qui abordent la TV d’un œil neuf. Chaque sujet a le sien. Nous en utilisons cinq ou six par émission et chacun donne un style personnel à la séquence dont il est chargé. ». Avec chaque fois un sujet principal : le premier numéro était consacré à Johnny Hallyday, le deuxième à l’Angleterre, le troisième à Jacques Brel. Les deux producteurs se taquinaient sans arrêt, et ce genre de confrontation faisait justement le sel de cette émission.

Au-delà de cette émission phare grâce à laquelle il remporta le prix du meilleur homme TV de l’année 1970, Christophe Izard participait aussi à diverses émissions dont le journal télévisé "Info première" et "L’invité du dimanche". Il a créé et écrit également "La Lucarne magique" en 1971, une émission de télévision qui faisait un peu comédie musicale avec des vedettes (comme Michel Polnareff, Charles Trenet, Daniel Prevost, Carlos, Sheila, Michel Fugain, Léon Zitrone, etc.). Puis, un jour, en 1974, Jean-Louis Guillaud, le directeur de la troisième chaîne de télévision de l’ORTF (future FR3) puis directeur général de TF1 chargé des programmes (futur président-directeur général de TF1 de 1978 à 1981 et futur président de l’AFP de 1987 à 1990), a chargé Christophe Izard de se consacrer exclusivement à des émissions pour la jeunesse, ce qui a donné "L’Île aux enfants" et "Les Visiteurs du mercredi".

Responsable des programmes de l’après-midi sur TF1 entre 1974 et 1978, la productrice Éliane Victor était la principale supérieure de Christophe Izard. Elle avait renvoyé Dorothée après six mois de chronique dans "Les Visiteurs du mercredi", estimant qu’elle n’était pas faite par animer des émissions pour la jeunesse (Dorothée allait prendre sa revanche en 1987 comme directrice de l’unité des programmes jeunesse de TF1 en 1987, ce qui a abouti à la fin de l’émission "Croque-Vacances" pour désaccord avec Claude Pierrard). Très liée à Simone de Beauvoir et à Françoise Giroud, Éliane Victor, qui a eu une grande carrière dans les médias (elle fut aussi la directrice du magazine féminin "Elle"), était l’épouse de l’explorateur Paul-Émile Victor et la mère du spécialiste en géopolitique Jean-Christophe Victor, créateur de l’excellente émission "Le Dessous des cartes" sur Arte (elle lui a survécu de quelques semaines).

À partir du milieu des années 1980, Christophe Izard a pris son indépendance, créant une boîte de production pour produire des programmes télévisés, en particulier "Les Frustrés" pour Antenne 2, une adaptation d’une bande dessinée de Claire Bretécher. Pour France Animation, il est aussi l’auteur, entre autres, de dessins animés comme "Albert le cinquième mousquetaire", une série de 26 épisodes de 26 minutes diffusée sur Canal+ à partir du 16 mars 1994, et "Robinson Sucroë", une série de 26 épisodes de 25 minutes diffusée sur Canal+ à partir du 17 janvier 1994 (cette série a été condamnée en août 2009 par la justice canadienne considérée comme un plagiat des "Aventures de Robinson Curiosité" par le dessinateur canadien Claude Robinson).

Mais pour des générations d’enfants, Christophe Izard restera toujours le créateur de Casimir, et ce dernier, ces dernières sont tous en deuil, cet été.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er août 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Christophe Izard.
Une ambition intime.
Jacques Perrin.
Jean Roucas.
Jean Bertho.
Igor Bogdanoff.
Grichka Bogdanoff.
Jean Amadou.
Le Petit Prince de l’humour vache.
Yves Montand et la crise.
Miss France.
Combien valez-vous ?
Loft Story.
Abus d'autorité (1).
Abus d'autorité (2).
Maître Capello.
Une ambition intime.
Les aboyeurs citoyens de l’Internet.
Arthur.
Spectacle télévisuel quinquennal.
Programme minimum.
Philippe Alexandre.
Alain Duhamel.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220731-christophe-izard.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/christophe-izard-papa-de-casimir-243042

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/08/01/39579089.html











 

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30 juillet 2022 6 30 /07 /juillet /2022 05:10

« Je suis finalement arrivé [aux États-Unis] en 1968. (…) Je me souviens de mon arrivée ici avec les poches vides, mais plein de rêves, plein de détermination, plein de désir. » (Arnold Schwarzenegger, le 31 août 2004 à la Convention républicaine à New York).




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L’Américain Arnold Schwarzenegger fête son 75e anniversaire ce samedi 30 juillet 2022. Né près de Graz, en Autriche, il est issu d’une terre qui était particulièrement perméable au nazisme avant la guerre. Il est surtout connu pour être l’un des acteurs les plus célèbres d’Hollywood, mais il y a plusieurs Arnold à la fois.

Et d’abord, il est l’émigré autrichien, ou plutôt, si on se place du côté américain, l’immigré autrichien. Arnold Schwarzenegger est allé aux États-Unis en 1968 pour conquérir le monde, un remake typique du rêve américain (il a obtenu la nationalité américaine en 1983). Il est aussi le champion hors catégories du culturisme (j’avoue que je m’interroge sur l’aspect esthétique de la compétition), cinq fois Mister Univers et sept fois Mister Olympia. Il est également un homme d’affaires aguerri qui avait misé au bon moment sur l’immobilier, au début des années 1970 et qui a beaucoup gagné. Enfin, il est l’acteur connu, célébrissime, celui d’une trentaine de films souvent populaires. Le culturisme lui a donné la clef pour ouvrir les portes d’Hollywood, car le métier d’acteur était aussi l’un de ses meilleurs rêves, et là non plus, il n’a pas été déçu.

Arnold Schwarzenegger (qui se faisait appeler à l’origine de sa carrière cinématographique Arnold Strong car on considérait que son nom était impossible à prononcer pour un citoyen américain) a finalement popularisé son nom d’origine germanique avec sa participation en héros dans le film "Conan le Barbare" de John Millius (sorti le 7 avril 1982) qui a été un grand succès commercial.

Parmi les films connus, on peut citer l’incontournable "Terminator" de James Cameron (sorti le 26 octobre 1984), et ses suites ;  "Predator" de John McTiernan (sorti le 12 juin 1987) ; "Running Man" de Paul Michael Glaser (sorti le 13 novembre 1987), une adaptation très libre d’un roman de Stephen King, mais aussi un plagiat reconnu d’un film d’Yves Boisset ("Le Prix du danger") ; "Total Recall" de Paul Verhoeven (sorti le 1er juin 1990) avec Sharon Stone ; "Un flic à la maternelle" de Ivan Reitman (sorti le 21 décembre 1990) ; "True Lies" de James Cameron (sorti le 15 juillet 1994), un remake de "La Totale !" de Claude Zidi ; "L’Effaceur" de Chuck Russell (sorti le 21 juin 1996) ; enfin "À l’aube du sixième jour" de Roger Spottiswoode (sorti le 17 novembre 2000).

Contrairement à son rival, collègue et ami Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger n’a pas joué seulement dans des films d’action mais aussi dans des comédies. Certains films où Arnold Schwarzenegger a joué sont très violents, en particulier "Predator". De tous les plus connus, j’ai apprécié seulement "Total Recall" dont l’idée originale est bien servie par sa réalisation.

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Mais Arnold Schwarzenegger n’est pas seulement tout cela, homme d’affaires à succès, champion de culturisme, acteur star d’Hollywood, il est encore un homme politique. Dès son entrée aux États-Unis en 1968, Arnold Schwarzenegger s’est senti républicain. Pourquoi ? Il l’a expliqué lorsqu’il est intervenu en faveur de la réélection du Président George W. Bush à la Convention républicaine le 31 août 2004 à New York : il est arrivé en pleine campagne présidentielle, la bataille faisait rage entre Hubert Humphrey qui parlait de ce qu’il croyait identifier comme du socialisme et Richard Nixon qui parlait de liberté d’entreprise et de baisse d’impôts. Venant d’un pays proche du glacis communiste, il a tout de suite adopté les idées républicaines qu’a ensuite soutenues Ronald Reagan dans les années 1980, dont il se sentait très proche (professionnellement aussi).

Sur le plan des idées aussi, Arnold Schwarzenegger s’est toujours senti proche des républicains auxquels il a toujours été fidèle (il a soutenu la candidature de John McCain en 2008), mais il est très éloigné des thèses de Dick Cheney et encore plus de Donald Trump : « La seule façon de faire battre les voix fortes et colériques de la haine est de les confronter à des voix plus raisonnables et plus fortes. Et ça vous concerne, vous aussi, Président Trump. En fait, en tant que Président de ce grand pays, vous avez la responsabilité morale d’envoyer un message sans équivoque que vous ne soutenez pas la haine et le racisme. » lui a-t-il lancé sur Twitter le 17 août 2017 à la suite de la réaction très ambiguë de Donald Trump après les violences racistes à Charlottesville, en Virginie.

Il allait être encore plus clair après la tentative de putsch au Capitole le 6 janvier 2021 en n’hésitant pas, quatre jours plus tard à comparer ces événement à la Nuit de Cristal du 10 novembre 1938 : « Mon père et nos voisins [en Autriche] ont également été induits en erreur par des mensonges, et je sais où ces mensonges mènent. Le Président Trump est un leader raté. Il restera dans l’histoire comme le pire Président de tous les temps. La bonne chose est qu’il sera bientôt aussi hors de propos qu’un vieux tweet. ».

Son modèle politique est toujours la figure de Ronald Reagan ( « a Ronald Reagan Republicain ») : « Je suis inclusif. Je me vois comme ça. Je me vois comme un républicain à la Ronald Reagan, quelqu’un de très très bon pour protéger l’économie, mais aussi bon pour protéger l’environnement. » (dans une interview le 17 janvier 2020 dans "The Atlantic"). Dans le numéro du 7 juillet 2005 de "Paris Match", il précisait déjà : « Je suis à l’aise dans le parti qui milite pour moins de gouvernement, plus de secteur privé, un parti qui croit à plus de libertés et laisse les gens faire des affaires sans que le gouvernement mette des lois, des impôts et des taxes en travers de leur route. Je suis du parti qui croit à une armée puissante, qui défend l’ordre et la loi, punit les criminels, y compris par la peine de mort. (…) Le Parti républicain va du centre à la droite. Moi, je suis fermement au centre. » (propos recueillis par Régis Le Sommier à Sacramento).

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L’engagement personnel s’est concrètement déclaré en 2003 avec sa candidature au poste de gouverneur de la Californie. Parmi les États les plus puissants d’Amérique, la Californie avait déjà connu un acteur gouverneur entre 1967 et 1975 avec Ronald Reagan. Le mandat de gouverneur de la Californie est de quatre ans et depuis 1990, il ne peut être renouvelé plus d’une fois successivement. Arnold Schwarzenegger a ainsi été gouverneur de la Californie du 17 novembre 2003 au 3 janvier 2011. Ce n’est pas forcément incongru qu’un acteur représente les Californiens dans la mesure où l’industrie du cinéma y est très présente, avec Los Angeles.

L’immigré catholique autrichien a été élu une première fois le 7 octobre 2003 avec 48,6% (4,2 millions de voix) à la suite d’une mise en accusation et récusation ("recall election") du gouverneur démocrate sortant Gray Davis en place depuis le 4 janvier 1999 (c’est la deuxième fois dans l’histoire des États-Unis qu’un référendum révocatoire a abouti, le précédent a eu lieu le 23 novembre 1921 contre Lynn Frazier, gouverneur républicain du Dakota du Nord). Arnold Schwarzenegger a eu plus d’une centaine de concurrents dans cette élection, en particulier quelques célébrités californiennes, dont Arianna Huffington (éditorialiste politique), Larry Flynt (patron de presse porno), Gary Coleman (acteur qui a longtemps joué Arnold dans la série télévisée "Arnold et Willy"), Mary Carey (actrice du porno), etc. La loi dit que le nouvel élu doit seulement terminer le mandat en cours (commencé en janvier 2003).

Au cours de son premier mandat, Arnold Schwarzenegger, qui n’avait pas de programme politique très précis, a surtout baissé massivement les impôts et réduit les dépenses publiques. Il a parfois déçu, en particulier ses amis autrichiens, lorsqu’il a laissé exécuter plusieurs personnes condamnées à mort, étant lui-même ferme partisan de la peine de mort (comme beaucoup d’Américains, y compris Barack Obama).

Arnold Schwarzenegger a été réélu le 7 novembre 2006 pour un second et dernier mandat avec 55,8% (3,8 millions de voix), soutenu par de nombreux amis souvent démocrates du monde du cinéma, en particulier Steven Spielberg, James Cameron, George Clooney, Dustin Hoffman, etc.

Son second mandat a été beaucoup plus politisé et engagé : Arnold Schwarzenegger a été convaincu par l’importance de prendre à bras le corps les enjeux écologiques et a tourné la Californie dans une position résolument volontariste pour lutter contre le réchauffement climatique, promouvoir les énergies renouvelables avec la grande force de frappe de l’innovation et de recherche de la Silicon Valley, ce qui l’a mis dans le camp des progressistes : « C’est très important pour notre pays, parce que nous avons été le plus gros pollueur du monde (…). Il est temps de travailler avec d’autres pays pour combattre le réchauffement climatique. » (le 17 novembre 2008 lors d’un sommet à Los Angeles).

Et cela l’a amené par la suite à condamner le 2 juin 2017 la remise en question par Donald Trump des engagements pris par les Américains lors de la COP21 : « Un homme ne peut pas détruire notre progrès. Un homme ne peut pas stopper notre révolution de l’énergie propre. Un homme ne peut pas retourner dans le passé. ». Il avait déjà été clair lors de sa venue au Festival de Cannes pour présenter un documentaire qu’il a produit et qui a été réalisé par Jean-Michel Cousteau, fils du comandant Jacques-Yves Cousteau ; dans une interview au "Journal du dimanche" du 23 mai 2017, il a effectivement affirmé : « Il faut se concentrer sur le pouvoir du peuple de changer les choses. (…) Sept millions de personnes meurent à cause de la pollution chaque année. Donald Trump ne peut pas nous arrêter. Je ne pense pas que cela soit dans son intérêt. ! Je lui souhaite bonne chance Cet homme est resté à l’âge de pierre ! » (propos recueillis par Stéphanie Belpeche).

Au cours de ses mandats de gouverneur et même après ses mandats, Arnold Schwarzenegger a eu une activité diplomatique intense. Il a été reçu plusieurs fois à l’Élysée, en France, le 25 juin 2007 par le Président Nicolas Sarkozy, également le 10 octobre 2014 par le Président François Hollande. Il s’est recueilli devant le Bataclan le 5 décembre 2015 avant d’assister à la COP21 comme l’un des invités spéciaux de Ban Ki-Moon et de Laurent Fabius.

C’est d’ailleurs amusant d’entendre l’acteur parler de Nicolas Sarkozy le 25 juin 2007 : « J’ai énormément d’admiration pour lui et je pense que tous les hommes politiques dans le monde l’admirent pour sa politique d’ouverture. Il va insuffler une énergie nouvelle dans les relations entre la France et les autres pays et avec notre État [la Californie]. (…) Il croit à l’ouverture. Pour lui, il faut inclure les gens et non pas voir ceux qui ne sont pas d’accord avec lui comme des ennemis potentiels. C’est quelque chose que j’ai moi-même fait : j’ai fait entrer dans mon cabinet des personnes qui ne pensaient pas comme moi. ».

Après sept ans passés à la tête de la Californie, Arnold Schwarzenegger a quitté son bureau de Sacramento le 3 janvier 2011. Il avait alors 63 ans, un âge tout à fait ordinaire pour briguer la Maison-Blanche. Pourquoi n’a-t-il donc pas poursuivi en se présentant aux élections présidentielles de novembre 2012 ? D’une part, parce qu’il n’avait pas vu d’un mauvais œil l’élection de Barack Obama en 2008 (malgré son soutien à John McCain), et d’autre part, parce que la Constitution des États-Unis le lui interdit : en effet, seuls peuvent être candidats les citoyens américains nés sur un sol américain (ce qui a d’ailleurs suscité des polémiques infondées contre Barack Obama, avec les premières "réalités alternatives").

Étant né en pleine Styrie, en Autriche, la question ne s’est donc pas posée, il ne peut pas prétendre à présider les États-Unis. Et pourtant, quand on voit ce qu’est devenue l’Amérique de Donald Trump, Arnold Schwarzenegger aurait certainement été un Président largement "valable", entraînant les Américains dans des réformes profondes pour lutter contre les bouleversements climatiques. Une volonté qu’a bien du mal à mettre en œuvre …l’actuel Président Joe Biden.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 juillet 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Arnold Schwarzenegger.
Michel Serrault.
Patrick Dewaere.
Richard Bohringer.
Jean-Louis Trintignant.
Charlotte Valandrey.
Margaret Keane.
Jean Dujardin.
Alain Resnais.
Julie Gayet.
Johnny Depp.
Amber Heard.
Jacques Morel.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/governator-arnold-schwarzenegger-243009

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29 juillet 2022 5 29 /07 /juillet /2022 05:15

« Dieu n’a que de l’humour et de l’amour, c’est un ensemble. Si Dieu n’a pas d’humour, c’est gravissime ! Tout est récupéré dans l’amour. Toute décision grave à prendre dans la vie se résume par une histoire d’amour, de compréhension. » (Michel Serrault, 2007).



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Il y a quinze ans, le 29 juillet 2007, dans la torpeur de l’été nouvellement sarkozyen, le comédien Michel Serrault était reçu par les plus hautes autorités religieuses, tout là-haut, vers le ciel. Destiné à faire le pitre et inspiré par une foi catholique jamais démentie, il avait quand même tenté pendant deux ans le séminaire, mais prêtre ou clown, il allait choisir. La maladie l’a emporté six mois avant ses 80 ans (il est né le 24 janvier 1928).

Ce n’est pas peu dire que Michel Serrault est un immense acteur, mais pas dans le genre star. Près de cent cinquante films au cinéma, des dizaines de pièces de théâtre, et une gueule, surtout une voix, et même des mimiques, un peu comme le trio Bourvil De Funès Fernandel. Lui, c’est un duo qui l’a fait, celui avec Jean Poiret, son compère, son complice, dans les années 1950 et 1960, des sketchs dans les théâtres de boulevard, le succès, une amitié tenace, une complicité permanente, et un but en soi, se marrer.

Quantitativement, il est le seul acteur à être autant couronné de Césars du meilleur acteur, trois en tout, et je m’étonne qu’il soit toujours le seul à ce jour. D’autres acteurs multiplient les "nominations", comme on dit, mais pas la récompense elle-même. Pour ma part, j’ai adoré cet acteur car il faisait partie de mon univers, nous nous comprenions par écran interposé. Quand je l’ai vu en direct dans le journal de 20 heures du 10 janvier 1993 sur Antenne 2 se déshabiller derrière un Bruno Masure qui ne savait plus où se mettre, je ne pensais pas que cette scène serait unique (un peu comme lorsque Serge Gainsbourg brûlait un billet de 500 francs). Serrault et Nagui (qui était là aussi sur le plateau) en slip ont scandalisé le petit monde feutré de l’audiovisuel. Imagine-t-on un Delon faire pareil ? Certainement pas. Michel Serrault venait faire son SAV pour "Veilles canailles" de Gérard Jourd’hui (sorti le 6 janvier 1993), avec Pierre Richard, Anna Galiena et Catherine Frot.

 




Pour moi, Michel Serrault était l’un des meilleurs acteurs français parce qu’il représentait justement cette France de l’effronterie, cette insolence gentille, un peu potache, cette "rébellitude" qui visait d’abord à s’amuser, à se détendre, à se divertir, sans se prendre la tête, sans arrière-pensée économique ou politique. Capable de jouer autant dans des comédies (dont parfois certaines un peu "alimentaires" même s’il les défendait avec passion, rejetant le snobisme de certains) que dans des drames, en particulier quand il a eu ce choc terrible, celui de la mort de sa fille de 19 ans en août 1977 dans un accident, une tragédie désespérante : « Le désespoir était prêt à m’accueillir et je trouvai la force de le refuser. Précisément parce que je crois en Dieu. Il venait de placer sur mon chemin la plus grande épreuve qui soit pour un père. Mais si je croyais en Lui, je devais poursuivre ce chemin. Je me suis rapproché d’autres parents qui avaient connu le même malheur, et je me suis vu infiniment petit, parmi ces millions de gens dont la peine était aussi forte que la mienne. » (2001).

Certes, lorsqu’il était âgé, Michel Serrault jouait souvent un personnage récurrent, celui de p’tit vieux un peu bourru et fermé au grand cœur, avec un ton qui pouvait faire penser au personnage d’Adolf Bénito Glandu de
Thierry Le Luron (concierge au 23 rue de Bièvres). Il était un peu cabotin mais il aimait surtout faire le pitre, malgré les épreuves qu’il a rencontrées dans la vie (comme dans la vie de chaque humain).

Si j’adore Michel Serrault, j’ai toujours un problème avec lui, car je déteste, j’ai toujours détesté ce qui est probablement son plus beau bijou, "La Cage aux folles", tant la pièce de Jean Poiret avec Jean Poiret, mise en scène par Pierre Mondy au Théâtre du Palais-Royal (1973) que le film d’Édouard Molinaro sorti le 25 octobre 1978 avec Ugo Tognazzi (à la place de Jean Poiret) et Michel Galabru.

Le film a fait près de 25 millions d’entrées dans le monde (près de 9 millions aux États-Unis !), je conçois que le scénario est effectivement hilarant de quiproquos, très innovant, et en même temps avec un petit goût à la provocation très typique des années 1970 (oserait-on faire ce genre de comédie de nos jours sans risquer un procès ?), mais l’accent appuyé de Zaza Napoli m’a toujours exaspéré, celui qui joue à l’homosexuel lourdingue alors que la vie est certainement plus subtile. Lui-même commentait : « Atteindre le délicat point d’équilibre entre le rire et l’émotion permettait de soulever le voile : ce qui se cachait sous le rire, c’était bien le début de la détresse d’un couple. » (2001). Plus généralement, j’apprécie assez peu les histoires de travesti au cinéma (idem pour Robin Williams, invraisemblable dans "Madame Doubtfire" de Chris Columbus sorti le 24 novembre 1993).

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Heureusement, Michel Serrault n’est pas que la Cage aux folles. Il est des nombreux personnages qui sont joués parfois avec une justesse extraordinaire, et pas forcément dans des comédies. Je propose ici quelques-uns de ses films que j’ai beaucoup appréciés. Treize.


1. "Les Diaboliques" d’Henri-Georges Clouzot (sorti le 29 janvier 1955)

Personnage secondaire effacé par le trio Simone Signoret, Véra Clouzot et Paul Meurisse, Michel Serrault joue ici dans l’un de ses tout premiers films. Il est un des professeurs de ce drôle d’institut avec la prestance à l’ancienne de l’enseignant notable très "vieux jeu". Tout Michel Serrault était déjà dans ce personnage.


2. "Le Viager" de Pierre Tchernia (sorti le 2 février 1972)

Dans cette comédie très réussie scénarisée par René Goscinny comme une bande dessinée, Michel Serrault est au centre de l’histoire, infatigable retraité jusqu’à devenir centenaire, bénéficiant d’une vente en viager, percevant les rentes de son médecin Michel Galabru dont la famille et les ascendants ne voient pas venir la maison. On y voit parmi les premières apparitions de Gérard Depardieu et Claude Brasseur en loubards de banlieue. Pour l’anecdote, le compositeur de la musique qui a aussi contribué au succès du film est né il y a un siècle le 26 juillet 1922, Gérard Calvi (1922-2015), père du journaliste Yves Calvi.


3. "Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" de Jean Yanne (sorti le 5 mai 1972)

Était-ce France Inter ? Avec cette chronique satirique du monde de la radio, Jean Yanne le réalisateur a été très étonné (et déçu) que le film ne provoquât pas de scandale. Jean Yanne, reporter dans le film, avec d’autres collègues Michel Serrault et Daniel Prévost, se met à faire du politiquement incorrect au grand dam de son directeur Jacques François mais sous l’œil intéressé du président Bernard Blier.


4. "Le Grand Bazar" de Claude Zidi (sorti le 6 septembre 1973)

Dans cette comédie avec les Charlots, Michel Serrault est le cynique directeur d’Euromarché, le supermarché qui vient de s’installer et qui écrase le petit épicier joué par Michel Galabru.


5. "La Gueule de l’autre" de Pierre Tchernia (sorti le 12 décembre 1979)

Excellente farce totalement écrite pour Michel Serrault, ce dernier joue deux personnages, le froid président d’un parti politique qui se présente en pleine campagne électorale mais qui est trouillard, il a peur de se faire assassiner par un ancien complice d’une affaire louche, et son cousin qui lui ressemble, comédien raté tout juste capable de faire des pubs de déodorant. Jean Poiret est le conseiller de l’homme politique, Andrée Parisy sa femme, Bernadette Lafont, la femme du cousin, et Roger Carel son adversaire politique.

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6. "Garde à vue" de Claude Miller (sorti le 23 septembre 1981)

Dans ce film majeur du cinéma français (cela lui a valu son 2e César), Michel Serrault joue un notaire au rôle flou, trouble, ambigu, allant de la respectabilité du notable de province à l’assassin possible de deux fillettes, cuisiné la veille de Noël par deux policiers, Lino Ventura et Guy Marchand, accablé par le témoignage de sa femme Romy Schneider.


7. "Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ" de Jean Yanne (sorti le 6 octobre 1982)

Encore une comédie en forme de bandes dessinées, pas hyper-subtile (dirons-nous avec euphémisme) mais avec beaucoup de clins d’œil, où Michel Serrault joue Jules César aux côtés de Coluche (personnage central au pluriel), Jean Yanne, Michel Auclair, André Pousse, Michel Constantin, etc.


8. "Mortelle randonnée" de Claude Miller (sorti le 9 mars 1983)

Détective chargé d’enquêtes policières, Michel Serrault croise par hasard sa fille Isabelle Adjani, qui s’était éloignée de lui à cause d’un divorce et devenu une assassin, qu’il suit et dont il efface toutes les traces pour la protéger.


9. "Le Bon Plaisir" de Francis Girod (sorti le 18 janvier 1984)

Excellente adaptation du roman de Françoise Giroud où l’intrigue se trouve au cœur du pouvoir, à l’Élysée. Michel Serrault est le Ministre de l’Intérieur (Ponia), Jean-Louis Trintignant est le Président (Giscard mais avec la majesté de Mitterrand), Catherine Deneuve la maîtresse qui lui a donné un enfant adultérin (non, ce n’est pas Mazarine), avec aussi Michel Auclair, vieux journaliste ambigu et Hippolyte Girardot, jeune journaliste épaulé par le précédent.


10. "Nelly et Monsieur Arnaud" de Claude Sautet (sorti le 18 octobre 1995)

L’énigmatique retraité Michel Serrault rencontre Emmanuelle Béart, qui vit de petits boulots, et l’engage pour dactylographier ses mémoires. Jean-Hugues Anglade est son éditeur. Avec aussi Michael Lonsdale, Claire Nadeau, Michèle Laroque et Charles Berling.


11. "Le Bonheur est dans le Pré" d’Étienne Chatilliez (sorti le 6 décembre 1995)

Michel Serrault est un patron rétrograde et paternaliste qui part à l’aventure d’une vie qu’il n’a jamais vécue avec une agricultrice Carmen Maura, encouragé par son copain familier Eddy Mitchell qui n’hésite pas à satisfaire l’épouse légitime Sabine Azéma. Initialement, c’est Jean Carmet qui aurait dû jouer le rôle de Michel Serrault, mais il s’est éclipsé trop vite.


12. "Les Enfants du marais" de Jean Becker (sorti le 3 mars 1999)

Dans cette comédie dramatique qui est aussi une chronique sociale, Michel Serrault joue un rôle secondaire, celui de patron riche issu d’un milieu modeste et pas instruit, le même milieu que les héros Jacques Villeret et Jacques Gamblin, avec notamment Isabelle Carré, André Dussollier, Gisèle Casadesus, Jacques Dufilho, Éric Cantona, Roland Magdane et Suzanne Flon la narratrice.


13. "Albert est méchant" d’Hervé Palud (sorti le 14 janvier 2004)

À la mort d’un grand écrivain, son demi-frère isolé et excentrique Michel Serrault hérite d’une grosse fortune malgré sa détestation de l’argent, tandis que son fils Christian Clavier, pour récupérer l’argent, va rencontrer le vieil ermite pour qu’il renonce à cet héritage. Avec Arielle Dombasle et Priscilla Betti.

Laissons à Michel Serrault la recette du bon comédien : « Le comédien doit être poreux, sensible à ce qui l’entoure, mais il doit compter aussi sur une forte imagination. L’invention doit jouer tout son rôle dans le processus dès lors qu’elle repose sur tout c terreau de sensations recueillies. En mélangeant les souvenirs de certains "états" à des inventions pures, on atteint parfois le sublime. » (2004).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 juillet 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Arnold Schwarzenegger.
Michel Serrault.
Patrick Dewaere.
Richard Bohringer.
Jean-Louis Trintignant.
Charlotte Valandrey.
Margaret Keane.
Jean Dujardin.
Alain Resnais.
Julie Gayet.
Johnny Depp.
Amber Heard.
Jacques Morel.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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23 juillet 2022 6 23 /07 /juillet /2022 13:25

« Dès cet été, nous tiendrons parole. La suppression de la redevance audiovisuelle permettra de faire économiser 138 euros à plus de vingt millions de foyers. Cette mesure ira de pair avec la réforme du financement de l’audiovisuel public, lequel garantira son indépendance et des moyens pérennes. Nous y travaillerons ensemble. » (Élisabeth Borne, le 6 juillet 2022 dans l’hémicycle).



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Il n’a pas fallu plus de dix-sept jours pour mettre en application l’une des mesures phares du discours de politique générale de la Première Ministre Élisabeth Borne, également l’une des promesses électorales du Président réélu Emmanuel Macron : la suppression de la contribution à l’audiovisuel public (CAP) appelée plus couramment redevance audiovisuelle.

En effet, dans le cadre de l’examen en première lecture du projet de loi de finances rectificative pour 2022 (qui traduit budgétairement les dispositions adoptées précédemment sur le pouvoir d’achat), les députés ont adopté le matin de ce samedi 23 janvier 2022, à une large majorité, son article 1er, qui supprime cette taxe sur la télévision par 170 voix pour et 57 contre (principalement des députés FI, PS, PCF et EELV).

Disons-le clairement, personne ne regrettera la redevance audiovisuelle. C’est un peu comme la vignette sur les magnétoscopes ou la vignette automobile. D’autant plus que plein d’autres taxes ont été mises sur d’autres produits de consommation (regardez ce que vous payez pour les droits d’auteur lorsque vous achetez un support de mémoire, disque dur, clef USB, SD card, même pour vos propres créations !). Sans compter les nombreuses taxes écologiques ou de recyclage.

Un sondage réalisé par l’IFOP du 3 au 5 avril 2019 et publié au "Journal du dimanche" montrait que 85% des Français auraient été favorables à la suppression de cette redevance. Cette suppression est donc très populaire… et de là à dire que c’est populiste, et démagogique, certains députés FI n’ont pas hésité à le dire, en particulier Clémentine Autain : « Que vise votre suppression précipitée de la redevance ? S’il s’agit d’une mesure de pouvoir d’achat, vous assumez le fait que le budget du service public se verra retrancher de 3,7 milliards. Mais si vous nous dites, comme vous venez de le faire, monsieur Attal, qu’il n’y aura aucune perte, cela signifie qu’on retrouvera dans la main gauche ce qui a été perdu par la main droite. ».

Cette taxe qui est demandée à tout détenteur de téléviseur était payée par 23,2 millions de foyers fiscaux en 2017. Depuis 2017, son montant n’a pas progressé, stabilisé à 138 euros (sauf en 2018 à 139 euros), tandis que précédemment, elle n’avait cessé de croître (en 2000, elle était de 116 euros).

Elle a rapporté environ 3,9 milliards d’euros en 2018 (et 3,7 milliards d’euros sont attendus en 2022) pour assurer un financement pérenne de l’audiovisuel public, en particulier : 2,568 milliards d’euros pour France Télévisions (9 840 salariés), 609 millions d’euros pour Radio France (4 606 salariés), 285 millions d’euros pour Arte France (278 salariés), 263 millions d’euros pour France Médias Monde (1 856 salariés de RFI et France 24), 90 millions d’euros pour l’INA (1 002 salariés) et 79 millions d’euros pour TV5 Monde (409 salariés) selon des estimations réalisées en juin 2018.

La suppression de cette redevance était une suite logique de la suppression de la taxe d’habitation puisque depuis la réforme de Dominique Strauss-Kahn qui avait été très habile en demandant de déclarer la non-possession de téléviseur (au lieu de demander de déclarer la possession de téléviseur), ce qui avait augmenté son rendement, la redevance se payait en même temps et sur le même avis que la taxe d’habitation.

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De plus, elle était anachronique si on considère qu’il y a désormais (et depuis une vingtaine d’années) d’autres modes pour regarder la télévision que posséder un téléviseur avec tuner (avez-vous remarqué que les magasins d’électroménager vous demandent vos coordonnées si vous achetez un téléviseur ou un décoder TNT, satellite etc. ? C’est une obligation fiscale).

Comme l’a dit en introduction à la discussion de cet article 1er, le député LR Jean-Jacques Gaultier, qui regardait vers nos voisins, la France est en retard : « Les nouvelles technologies et les nouveaux modes d’accès, je pense notamment aux plateformes numériques, la nouvelle façon de regarder la télévision, ou parfois de ne plus la regarder, et bien sûr la suppression de la taxe d’habitation, ont rendu la contribution à l’audiovisuel public obsolète, c’est la redevance à la papa, peut-être même à la papi. Il était nécessaire de la réformer. L’Allemagne et le Royaume-Uni l’ont fait il y a plus de dix ans, en instaurant soit une taxe universelle, soit une redevance sur les nouveaux supports tels que les tablettes ou les téléphones. (…) Quel que soit le domaine concerné, la suppression d’un impôt suppose néanmoins des délais et des solutions alternatives. Il faut trouver des ressources pérennes, dynamiques et prévisibles (…) pour compenser cette suppression. ».

Évidemment, cette suppression inquiète la gauche, le personnel de l’audiovisuel public (plusieurs syndicats avaient appelé à la grève il y a quelques semaines) et aussi ceux qui restent attachés à l’indépendance de l’audiovisuel public (tels que Rachida Dati dans un tweet pour s’opposer au gouvernement). Mais je trouve que l’indépendance ou la pérennité du financement n’étaient pas forcément plus assurées par la redevance que par le mécanisme qui vient d’être voté.

D’une part, parce que cela n’a pas empêché une rallonge de l’État de 600 millions d’euros à France Télévisions, en compensation des pertes sèches dues à l’interdiction de la publicité dans certains créneaux horaires, et ces 600 millions d’euros proviennent du budget général de l’État (cela représente 15% des recettes de la redevances). D’autre part, cette redevance est reconfirmée à chaque loi de finances et rien n’empêche une majorité une année de la supprimer (comme cette année). Après tout, on pourrait toujours dire, avec cette logique, que la pérennité des salaires des enseignants, des militaires, etc. ne serait pas assurée parce que leur financement provient du budget général de l’État.

C’est en gros ce qu’a répondu la Ministre de la Culture Rima Abdul-Malak le 20 juillet 2022 à la question de la sénatrice centriste Catherine Morin-Desailly sur le sujet : « Avec la fin de la redevance, nous supprimons le prélèvement qui pèse actuellement sur 23 millions de Français et non le financement de l’audiovisuel public, encore moins son indépendance. (…) La redevance est "à bout de souffle". En effet, elle s’adosse à une taxe d’habitation qui va disparaître, ainsi qu’à la possession d’un poste de télévision, alors que de plus en plus de Français regardent la télévision sur d’autres écrans. Qui plus est, vous le savez, cette redevance ne suffit pas à elle seule, puisque, chaque année, l’État ajoute environ 600 millions d’euros pour couvrir le budget de l’audiovisuel public. Le lien direct à la dotation de l’État a par conséquent toujours existé. ». Et la ministre a donné plusieurs garanties sur le financement : « la compensation à l’euro près, le versement de l’intégralité des ressources en début d’année pour éviter une régulation en cours d’exercice, une visibilité pluriannuelle accrue du financement ».

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Le député centriste Charles de Courson, grand spécialiste des finances publiques, a voté contre cette suppression en raison du mécanisme qui sert à la remplacer, une part de la TVA : « L’article 1er est l’exemple même de ce qu’il ne faut pas faire : supprimer un impôt sans crier gare, dans le cadre d’une loi de finances rectificative. On nous explique que cette suppression est rendue nécessaire par celle de la taxe d’habitation, mais c’est nier le problème de fond : l’audiovisuel public et son indépendance comme élément de régulation de la démocratie. Il faut bien entendu réformer la contribution à l’audiovisuel public, car le système ne peut plus continuer en l’état. Cet impôt se délite du fait des évolutions technologiques qui ont modifié l’usage de la télévision. Tout le monde en convient. Mais il fallait un grand débat et un texte spécifique sur l’audiovisuel public. ».

Charles de Courson aurait trouvé plus juste de prendre une part de la CSG plutôt que de la TVA payée par tous, mais il reste convaincu que l’indépendance de l’audiovisuel public serait mieux garanti avec un impôt affecté : « J’appelle votre attention sur le fait que, dans le cas d’un impôt affecté, le Parlement peut décider d’une augmentation ou d’une baisse, alors que, dans le cas d’une dotation budgétaire, il ne peut décider que d’une baisse, en vertu de l’article 40 de la Constitution. ». Ce qui signifie qu’un impôt affecté donne plus de pouvoir aux parlementaires.

Comme les lois de programmation, l’indépendance et la pérennité du financement de l’audiovisuel public ne font pas débat dans l’hémicycle. C’est juste leur mise en application qui font débat et probablement que le mécanisme sera rectifié voire modifié dans la loi de finances pour 2023. Pour l’heure, les contribuables ont gagné, 138 euros pour l’année. C’est sans doute peu mais en ces temps d’inflation, c’est toujours mieux que rien.

Il reste qu’une grande réforme de l’audiovisuel public est dans les tiroirs depuis plusieurs années. Un rapport du Sénat a proposé une méthode, pas forcément la meilleure mais devenue parole d’Évangile, et d’autres acteurs majeurs de l’audiovisuel public sont prêts à entrer activement dans le débat public au risque d’y laisser des plumes. J’essaierai d’y revenir plus précisément dans les prochains temps.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 juillet 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Ci-gît la redevance à la papa.
Franck Riester : France Médias ne sera absolument pas l’ORTF.
Radio France, horizon 2022 : avis de tempête ?
Publiphobie hésitante chez les députés (17 décembre 2008).
Pub à la télé : la révolution silencieuse (2 septembre 2008).
Sibyle Veil, présidente de Radio France.
L’inexactitude de Nicolas Sarkozy sur l’audiovisuel public.
Michèle Cotta.
Ivan Levaï.
Jacqueline Baudrier.
La déplorable attention du journalisme à sa grande dame.
Aider les chrétiens d’Orient.
Philippe Alexandre.
Alain Duhamel.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220723-redevance-audiovisuelle.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/ci-git-la-redevance-a-la-papa-242886

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/07/23/39568772.html




 

 




 

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16 juillet 2022 6 16 /07 /juillet /2022 06:12

« Je ne pourrai jamais plus évoquer Sevrais sans le voir avec votre visage et avec votre silhouette. » (Henry de Montherlant).



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Cette phrase de Montherlant adressée au jeune acteur date de 1964. Patrick Dewaere, qui s’est suicidé il y a quarante ans, le 16 juillet 1982 à Paris, venait de jouer le rôle d’André Sevrais  au Théâtre des Mathurins dans une troisième pièce de Montherlant, "La Ville dont le prince est un enfant" (après "Fils de personne" et "L’Embroc" ; le premier acte était en fait joué en lever de rideau de "Fils de personne"). À l’époque, il n’avait que 16 ans et était déjà un comédien confirmé.

Né à Saint-Brieuc il y a soixante-quinze ans, le 26 janvier 1947 dans une famille d’artistes, Patrick Dewaere est tombé dans la marmite du théâtre, de la télévision et du cinéma tout petit, figurant déjà à l’âge de 4 ans dans un film d’Henri Diamant-Berger, et même à 3 ans, il accompagnait sa mère sur scène dans une pièce de Robert de Flers.

Des personnages, il en a joué beaucoup de manière authentique, probablement parce qu’il était lui-même une part de ces personnages, écorché, un peu louche, inquiétant, pudique, violent, glauque parfois. Son suicide à l’âge de 35 ans, au-delà de l’événement qui a marqué toute une génération, a presque sublimé sa mémoire et en a fait une sorte de mythe que racontent très bien Laurent-Frédéric Bollée et Maran Hrachyan dans une bande dessinée publiée le 6 janvier 2021 chez Glénat ("À part ça, la vie est belle").

Cette BD commence ainsi : « 16 juillet 1982. Voilà, je l’ai fait… L’irréparable, comme on dit ! Une balle dans la tête, point final. Ci-gît Patrick Jean Marie Henri Bourdeaux, dit Patrick Maurin, dit Patrick Dewaere ! Je vous expliquerai plus tard pour mes différents noms, c’est assez compliqué… En fait, je vais carrément vous raconter ma vie, ce sera plus simple… J’ai toujours été comme ça ! Imprévisible, et insaisissable qu’ils disaient… Au point de me flinguer à 35 ans, un beau jour d’été, alors que j’avais rendez-vous deux heures plus tard dans une salle de boxe pour m’entraîner, et que le matin, j’étais encore au boulot… ! Ben oui, au bois de Boulogne, avec Claude Lelouch, pour préparer son film "Édith et Marcel"… C’est tout moi qui devais jouer Marcel Cerdan, et on avait rendez-vous pour faire des essais de plans… ».

Maurin, c’était le nom de sa mère, Mado Maurin (1915-2013), artiste lyrique et directrice de théâtres qui a créé une petite troupe d’artistes avec sa famille recomposée (six enfants). Bourdeaux, c’était le nom du premier mari de sa mère, Pierre-Marie Bourdeaux, baryton et "cavaleur", qui s’est séparé d’elle en 1944 après la naissance des deux aînés. Mado Maurin s’est alors éprise de Michel Têtard, un chef d’orchestre d’opéra rencontré à Vitré, père biologique de Patrick Dewaere (troisième enfant de sa mère), mais ce père a refusé cette paternité et a quitté Mado Maurin (la rupture s’est faite par télégramme, si bien qu’on peut dire que les SMS d’aujourd’hui n’ont rien inventé). Le premier mari, pourtant déjà séparé, a alors accepté de le reconnaître (du moins pour qu’il prît son nom de famille). Quand Patrick Dewaere est né, Mado Maurin était directrice des théâtres municipaux de Saint-Brieuc et de Morlaix. En 1948, Maudo Maurin s’est mariée avec Georges Collignon, ténor, qui lui a donné trois autres enfants et qui a aussi reconnu Patrick.

Cette complexité des attaches familiales, à une époque où un simple divorce restait honteux, faisait de Patrick Dewaere un demi-frère à part, seul demi- dans une fratrie de six, qui sont devenus tous comédiens. Son père biologique, dont Patrick n’a jamais rien su malgré ses demandes auprès de sa mère, est lui-même mort à l’âge de 35 ans en 1960. Étrange destin. Cette complexité a conduit Patrick à adopter son pseudonyme en avril 1967, d’abord avec l’orthographe "De Waëre" ("le vrai" en vieux flamand), reprenant, avec une erreur, le patronyme du second mari d’une arrière-grand-mère maternelle « un peu fantasque, autoritaire, bohème et libre pour son époque » selon les mots de Wikipéda.

En 1968, il s’est intégré dans la troupe du Café de la Gare créée par Romain Bouteille et Coluche, avec Henri Guybet, Martin Lamotte, Renaud, Sotha (Catherine Sigaux) et Miou-Miou (Sylvette Herry, alors compagne de Coluche), complétée par Gérard Depardieu, Gérard Lanvin, Bernard Le Coq, Thierry Lhermitte, Anémone, Josiane Balasko et Gérard Jugnot. Usant de son sens de l’autodérision et de l’improvisation, Patrick Dewaere a vite captivé son public et s’est épanoui dans ce milieu libertaire. Sotha était à l’époque avec Romain Bouteille, mais Patrick Dewaere et elle se sont aimés, se sont même mariés (Rufus en témoin) puis sont allés à Prague en plein Printemps de Prague.

C’était avec cette troupe qu’il a délaissé les conventions et quitté les sentiers battus pour jouer autrement. Son recrutement par Bertrand Blier pour "Les Valseuses" (sorti le 20 mars 1974), comme personnage principal en trio avec Gérard Depardieu et Miou-Miou, avec aussi Jeanne Moreau, a bouleversé sa vie. Pas seulement en devenant une star reconnue et très demandée après le succès du film, mais aussi avant sa sortie, pendant le tournage, où il est tombé passionnément amoureux de Miou-Miou, avec sa dose d’hypersensibilité, de jalousie, de violence (il a voulu deux ans plus tard casser la figure à Julien Clerc, le nouvel amant après leur rupture), et il est devenu aussi l’ami et le rival de Gérard Depardieu.

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Et manquant de confiance en lui, il était même obsédé par cette compétition avec Gérard Depardieu, qu’il surpassait cependant chez les producteurs de l’époque, entre 1974 et 1979. Quelques témoignages sur le sujet. Gérard Depardieu : « Avec Dewaere, c’est bien et c’est pas cher. Avec Depardieu, c’est plus cher et c’est pas mieux ! ». Bertrand Blier : « Patrick avait aussi ce problème-là : il a beaucoup souffert de l’ombre gigantesque de Gérard. En fait, Gérard et lui n’étaient pas copains. Ils étaient plutôt comme deux frères. Les frères, souvent, ça ne s’entend pas bien. Entre eux deux, c’était le bras de fer en permanence. Ils étaient très jaloux l’un de l’autre mais, à une époque, ils se partageaient le marché, ils se téléphonaient : "Si tu ne le fait pas, je le fais". ». Alain Corneau : « À l’époque, le choix, pour tous les metteurs en scène, c’était : Depardieu ou Dewaere. Quand Patrick se laissait aller, il avouait que son rêve, c’était être le premier… Selon les succès ou les échecs dont ils sortaient, leur cote changeait, tout le monde voulait l’un et pas l’autre, et six mois après, c’était l’inverse. Ils étaient comme les frères d’une mythologique grecque diabolique. ». Même les Césars furent sujets à compétition et la réalité a été que Patrick Dewaere n’est jamais parvenu à en obtenir un seul (seulement des nominations) au contraire de Gérard Depardieu.

Patrick Dewaere a joué notamment avec Jean-Paul Belmondo, Michel Piccoli et Lino Ventura, avec qui il a partagé son deuxième grand succès populaire dans "Adieu poulet" de Pierre Granier-Deferre (sorti le 10 décembre 1975). Parfois très difficile (il a ainsi abandonné un réalisateur en plein projet en prenant conscience qu’il n’appréciait pas l’histoire), Patrick Dewaere a connu de nombreux autres grands succès, comme "La clé sur la porte" d’Yves Boisset (sorti le 13 décembre 1978) avec Annie Girardot. En tout, il a joué dans trente-sept longs-métrages, la plupart après 1974 sont des chefs-d’œuvre.

Alternant comédie et thriller, Patrick Dewaere a marqué les années 1970 avec son extrême liberté, son refus de se laisser enfermer dans des cases, ce qui s’est traduit par des films très importants, comme sur l’homosexualité avec "La meilleure façon de marcher", premier film de Claude Miller (sorti le 3 mars 1976) en duo avec son ami Patrick Bouchitey, avec aussi Claude Piéplu et Michel Blanc.

On peut citer d’autres films intéressants (en fait, pendant cette période entre 1974 et 1982, ils sont quasiment tous intéressants), comme "Lily aime-moi" de Maurice Dugowson (sorti le 30 avril 1975) avec Miou-Miou, Jean-Michel Folon, Rufus, Juliette Greco, Jean-Pierre Bisson. Comme aussi "F… comme Faibanks" de Maurice Dugowson (sorti le 3 mars 1977) avec Miou-Miou, John Berry, Michel Piccoli, Diane Kurys et Jean-Michel Folon, en hommage à l’acteur Douglas Fairbanks (qui était aussi l’acteur fétiche de Patrick Dewaere enfant) : « Moi, je suis le contraire d’un Fairbanks. C’est ce qui m’agace, en fait. Moi, je supporte pas que mon père m’appelle Fairbanks toujours... Parce que moi, il m’arrive des ennuis tout le temps… (…) Moi, tout me diminue complètement et je finis par devenir complètement dingue à la fin. » allait-il commenter dans une interview en mélangeant son personnage et lui-même, ce qui était assez significatif. Son authenticité s’obtenait parce qu’il vivait vraiment ses personnages, leurs émotions. Ce film de Maurice Dugowson évoquait un sujet peu traité à l’époque, le chômage.

On peut aussi citer "Préparez vos mouchoirs" de Bertrand Blier (sorti le 11 janvier 1978) avec Gérard Depardieu et Carole Laure (remplaçant Miou-Miou qui avait décliné l’offre). Le personnage de Patrick Dewaere lâche, comme par anticipation de la triste réalité, pour parler de Mozart : « 35 ans… Tu te rends compte de la perte… Quelle époque de cons ! La pauvre mec, il est mort à 35 ans : ».

Il y a eu d’autres très bons films comme "Coup de tête" de Jean-Jacques Annaud (sorti le 14 janvier 1979) avec France Dougnac, Jean Bouise, Michel Aumont, Bernard-Pierre Donnadieu, etc. ; "Série noire" d’Alain Corneau (sorti le 25 avril 1979) avec Marie Trintignant, Myriam Boyer et Bernard Blier (et Georges Perec en coscénariste) ; "Un mauvais fils" de Claude Sautet (sorti le 15 octobre 1980) avec Yves Robert, Brigitte Fossey, Jacques Dufilho et Étienne Chicot ; "Psy" de Philippe de Broca (sorti le 4 février 1981), avec Anny Duperey, Catherine Frot, Michel Creton, Jean-François Stévenin, Jean-Pierre Darroussin (une adaptation de la bande dessinée de Gérard Lauzier qui se moque gentiment des stages de développements personnel en proposant par exemple une thérapie par la nudité en public) ; "Plein sud" de Luc Béraud (sorti le 29 avril 1981) avec Clio Goldsmith, Jeanne Moreau, Guy Marchand, Pierre Dux et la propre mère de Patrick Dewaere, Mado Maurin ; "Beau-père" de Bertrand Blier (sorti le 16 septembre 1981), avec Ariel Besse (qui vient de mourir il y a un mois et demi), Nicole Garcia, Maurice Ronet, Maurice Risch, Nathalie Baye, Macha Méril, etc. ; "Hôtel des Amériques" d’André Téchiné (sorti le 2 décembre 1981) avec Catherine Deneuve, Étienne Chicot et Dominique Lavanant ; "Mille milliards de dollars" d’Henri Verneuil (sorti le 10 février 1982), avec Charles Denner, Caroline Cellier, Jeanne Moreau, Anny Duperey, Jacques François, Michel Auclair, André Falcon, Édith Scob, etc., qui dénonce les dangers de la mondialisation.

Le dernier film dans lequel Patrick Dewaere a joué est "Paradis pour tous" d’Alain Jessua (sorti après sa mort le 26 août 1982), avec Jacques Dutronc, Fanny Cottençon, Stéphane Audran et Philippe Léotard. Futur réalisateur de "Cœur des hommes" et d’un documentaire sur Patrick Dewaere (sorti le 20 mai 1992), le journaliste Marc Esposito a mal encaissé ce film, il l’a exprimé franchement dans "Première" n 66 de septembre 1982 : « C’est bien triste. De voir pour la dernière fois Dewaere dans un nouveau film et que ce soit celui-là. Un mauvais film. Avec un bon sujet et un grand acteur. Un film déplaisant, tout de même. Parce que les acteurs y sont maltraités, parce que la nudité des comédiennes y est filmée avec un voyeurisme de jardin public, parce que le scénario, sous prétexte d’anticipation, n’a que faire de la plus élémentaire vraisemblance. En plus, il n’y a pas le moindre plan visuellement intéressant et ça fourmille de nécessités publicitaires vraiment trop voyantes. Triste. ». L’idée d’origine, c’est d’éliminer toute possible de ressentir des émotions pour vivre heureux. Le contraire de Dewaere !

Philippe Léotard, Patrick Dewaere avait déjà joué avec lui quand il était le juge François Renaud, alias Fayard pour la fiction, dans "Le juge Fayard, dit le Shériff" d’Yves Boisset (sorti le 12 janvier 1977), avec aussi Aurore Clément, Michel Auclair, Jean Bouise, avec également Roland Blanche et Bernard Giraudeau. Dans une biographie sur Patrick Dewaere sortie le 7 juin 2012 chez Balland, le journaliste Christophe Carrière a écrit : « "Dans un an, tu auras tous mes rôles, lui dit-il pourtant un jour. Je serai mort". Léotard prend la phrase comme une boutade. Il a sans doute raison. On ne prémédite pas un suicide. » (Christophe Carrière a écrit une seconde biographie, plus précisément sur son suicide, sortie le 15 juin 2017 chez Michel Lafon).

Enfoncé dans ses problèmes personnels nombreux (d’argent, fiscaux, d’addiction, et surtout affectifs), Patrick Dewaere a mis fin à ses jours de la façon la plus violente, chez lui, entre deux rendez-vous pour ses tournages, avec une carabine que lui avait offerte Coluche avec qui était partie sa seconde femme Elsa en Guadeloupe. Il a laissé deux filles, Angèle (7 ans) et Lola (2 ans). Ses funérailles ont eu le 23 juillet 1982, en absence de Coluche et de Gérard Depardieu. Miou-Miou et Coluche ont été particulièrement effondrés par ce suicide.

Patrick Dewaere et ses réalisateurs avaient eu plusieurs projets de film ensemble. Certains ont pu se réaliser malgré sa mort, d’autres non. Il fut remplacé en particulier par Alain Souchon dans "L’été meurtrier" de Jean Becker (sorti le 11 mai 1983) avec Isabelle Adjani et Suzanne Flon (en fait, Gérard Depardieu avait refusé le rôle et Patrick Dewaere n’a pas eu le temps de donner sa réponse), par Richard Berry dans "L’addition" de Denis Amar (sorti le 4 avril 1984) avec Richard Bohringer et Victoria Abril, et par Michel Blanc dans "Tenue de soirée" de Bertrand Blier (sorti le 23 avril 1986) avec Miou-Miou, Gérard Depardieu, Michel Creton, Jean-Pierre Marielle et Bruno Cremer.

Depuis quarante ans, on ne cesse de revenir sur cette vie mouvementée et météorique, si riche et si contrastée, avec ce perpétuel sentiment que cette tragédie finale, ce gâchis aurait dû ne jamais survenir alors qu’il était au sommet de son art.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 juillet 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Patrick Dewaere.
Richard Bohringer.
Jean-Louis Trintignant.
Charlotte Valandrey.
Margaret Keane.
Jean Dujardin.
Alain Resnais.
Julie Gayet.
Johnny Depp.
Amber Heard.
Jacques Morel.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220716-patrick-dewaere.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/patrick-dewaere-l-insaisissable-242756

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/07/13/39557566.html











 

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