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18 novembre 2018 7 18 /11 /novembre /2018 01:13

« J’ai été quelqu’un de gai, tu sais, malgré ce qui nous est arrivé. Gaie à notre façon, pour se venger d’être triste, et rire quand même. Les gens aimaient ça de moi. Mais je change. Ce n’est pas de l’amertume, je ne suis pas amère. C’est comme si je n’étais déjà plus là. J’écoute la radio, les informations, je sais ce qui se passe et j’en ai peur souvent. Je n’y ai plus ma place. C’est peut-être l’acceptation de la disparition ou un problème de désir. Je ralentis. » (4 février 2015).



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Lors de la cérémonie d’hommage national à Simone Veil, aux Invalides, le 5 juillet 2017, quelques jours après sa disparition, se tenait, tout petite, tout recroquevillée, une femme à la chevelure très reconnaissable, frisée rousse, Marceline Loridan-Ivens. Elle s’était installée comme faisant partie de la famille, au premier rang, comme une sœur. Elle l’était. Elles l’étaient, sœurs, par la tragédie qu’elles ont partagée toutes les deux. Car toutes les deux ont vécu, adolescentes, le camp d’extermination des nazis. Elles ont vu la folie des hommes, la folie du XXe siècle. Elles ont vécu de l’intérieur l’Holocauste, la Solution finale. Cette entreprise industrielle de la mort : les chambres à gaz, à Birkenau, pouvait tuer jusqu’à 12 000 personnes par jour. Quatre fours crématoires. Un procédé bien rodé, avec une manière bien particulière d’installer les corps dans le four, pour optimiser et renforcer l’efficacité du four qui pouvait brûler jusqu’à 3 000 cadavres par jour.

Marceline Loridan-Ivens vient de mourir ce mardi 18 septembre 2018 à l’âge de 90 ans. Elle est enterrée le 21 septembre 2018 à Paris. Personnage médiatique depuis de nombreuses années, elle pouvait choquer quand elle parlait car elle ne se contraignait pas à embellir une réalité terrible (lire notamment sa déclaration contre l’antisionisme, voir ci-dessous). Née le 19 mars 1928, elle était sensiblement de la même génération que Simone Veil (huit mois de différence). Cette proximité était inscrite à jamais dans leur histoire commune : la déportation.

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Marceline Loridan-Ivens, de parents juifs polonais ayant émigré en France à la fin de la Première Guerre mondiale, fut résistante, mais arrêtée par la Gestapo à Bollène dans le Vaucluse, où elle vivait, elle fut conduite au camp d’extermination à Auschwitz-Birkenau le 13 avril 1944 avec son père, lui aussi résistant. Dans le même convoi, il y avait Simone Veil, avec sa mère et une de ses sœurs, la future psychanalyse Anne-Lise Stern (1921-2013) et aussi trente-quatre des quarante-quatre enfants d’Izieu raflés le 6 avril 1944 par Klaus Barbie et qui ont tout de suite été gazés à leur arrivée au camp. Marceline Loridan-Ivens, elle, a échappé au gazage immédiat car, grâce à un bienvenu conseil, elle a déclaré qu’elle avait 18 ans (Simone Veil aussi a suivi ce conseil salutaire). Son père, il l’avait avertie lorsqu’ils étaient retenus au camp de Drancy : « Toi, tu reviendras peut-être parce que tu es jeune. Moi, je ne reviendrai pas. ».

Marceline Loridan-Ivens rejetait en fait l’appellation "Auschwitz-Birkenau" parce que c’étaient deux camps éloignés de trois kilomètres. Pour elle, ces trois kilomètres, c’était comme si c’était des milliers de kilomètres. À 15 ans, elle ne savait pas que les deux camps étaient aussi rapprochés. Son père était dans le camp d’Auschwitz tandis qu’elle était à Birkenau : « Le temps efface ce qui nous séparait, il déforme tout. Auschwitz était adossé à une petite ville, Birkenau était dans la campagne. Il fallait sortir par la grande porte avec son commando de travail, pour apercevoir l’autre camp. Les hommes d’Auschwitz regardaient vers nous en se disant : c’est là qu’ont disparu nos femmes, nos sœurs, nos filles, là que nous finirons dans les chambres à gaz. Et moi, je regardais vers toi en me demandant (…) : est-il parti au gaz ? Est-il encore vivant ? Il y avait entre nous des champs, des blocs, des miradors, des barbelés, des crématoires, et par-dessus tout, l’insoutenable incertitude de ce que devenait l’autre. » (4 février 2015).

Par un extraordinaire concours de circonstances, elle a pu le croiser un jour, son père. Ils se sont embrassés, les nazis l’ont frappée, elle a perdu connaissance et son père a eu le temps de lui laisser un oignon et une tomate. Et elle, elle a pu lui crier le numéro du bloc où elle se trouvait. Quelques mois plus tard, un électricien chargé de la maintenance de plusieurs camps (les barbelés étaient électrifiés) est venu la voir pour lui donner un message de son père. Elle n’a pas pu lui répondre car elle n’avait pas de papier ni de crayon, mais a donné un Louis d’or qu’elle avait et elle espérait que le technicien retransmettrait au moins la moitié de sa valeur à son père. En revanche, elle ne s’est jamais rappelé la teneur du mot paternel.

Comme d’autres (notamment Simone Veil), à cause de l’arrivée des troupes alliées, elle fut transférée en octobre 1944 au camp de Bergen-Belsen, qui avait le grand avantage de ne pas posséder de chambres à gaz, puis au camp de Theresienstadt où elle fut libérée le 10 mai 1945 par l’Armée rouge.

Après un passage à l’hôtel Lutetia, à Paris Sèvres-Babylone, elle a pris le train pour retourner dans sa famille à Bollène, après avoir prévenu au téléphone sa mère qui n’était pas sur le quai de la gare à l’attendre. Ce fut son oncle Charles (qui était rentré de Birkenau deux mois auparavant, par Odessa) qui l’a attendue et qui lui confia : « Ne leur dis rien, ils ne comprennent rien. ». Elle a compris très vite que cette la vérité, personne ne voulait l’entendre. Ce n’est que plus tard qu’elle n’a commencé à témoigner.

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Marceline Loridan-Ivens a fait partie des "témoins" dans le film documentaire réalisé par Edgar Morin et Jean Rouch "Chronique d’un été", sorti le 20 octobre 1961. Elle témoignait au même titre qu’un étudiant de 20 ans, Régis Debray et que beaucoup d’autres anonymes, sur le sens de la vie, sur le bonheur, sur l’amour, etc.

Après un premier mariage, Marceline Loridan-Ivens a rencontré et épousé en 1963 le réalisateur de documentaires néerlandais Joris Ivens (1898-1989) avec qui elle a collaboré dans de nombreux films documentaires, en particulier sur le Vietnam et la Chine de Mao, fortement emprunts d’idéologie communiste et diffusés principalement dans les pays communistes (parfois interdits en France). Un peu auparavant, Marceline Loridan-Ivens avait coréalisé un documentaire sur l’Algérie (elle était favorable au FLN et le soutenait activement). Né il y a presque 120 ans, le 18 novembre 1898, Joris Ivens est mort, lui aussi, comme plus tard son épouse, à l’âge 90 ans, le 28 juin 1989.

Pendant les vingt dernières années de sa vie, Marceline Loridan-Ivens s’est investie avec vitalité dans la transmission de son témoignage sur les camps d’extermination, en multipliant les conférences et les visites d’établissements scolaires, et aussi dans des émissions de télévision, et quelques films et livres sur le sujet, en particulier, son film "La Petite Prairie aux bouleaux" (traduction de Brzezinka germanisé en Birkenau) sorti le 14 février 2003 (avec Anouk Aimée qui a reçu pour l’occasion l’Ours d’or d’honneur aux Berlinales 2003), et son livre "Et tu n’es pas revenu" (éd. Grasset) sorti le 4 février 2015 (coécrit avec Judith Perrignon).

Le "tu" de "Et tu n’es pas revenu", c’était le père de Marceline Loridan-Ivens : « J’ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l’ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur. Je voudrais fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille. » (4 février 2015).

"Shloïme", c’était la signature de son père sur le petit mot transmis à son bloc, c’était étrange qu’il n’avait pas mis "papa", mais il avait commencé ainsi : "ma chère petite fille". Elle a oublié le reste du mot. Elle considérait qu’il aurait mieux valu que ce fût elle qui mourut et pas lui, car lui était père de famille nombreuse, et elle, seulement un enfant parmi d’autres de la famille qui ne s’en est jamais remise de la déportation et de l’assassinat du père (un frère s’est suicidé à cause de cela bien plus tard, une sœur aussi).

Marceline Loridan-Ivens a des mots très crûs pour décrire sa réalité. Lorsqu’elle est arrivée à Birkenau, on leur a fait prendre des douches, mais on leur avait tout pris, même le savon. Lorsque, les déportées rassemblées, une des femmes SS (qu’elle aurait voulu encore tuer elle-même, encore peu avant sa mort ; en fait, la SS a été tuée à la libération du camp) leur demanda si certaines savaient coudre, ou faire de la musique, etc., une adolescente se désigna en disant qu’elle était "rat d’opéra" et qu’elle savait danser. On lui ordonna alors de danser, et elle dansa nue, sans musique, au point que certains se mirent à chanter une musique de Haydn pour l’aider dans sa démonstration.

Marceline Loridan-Ivens a raconté aussi l’histoire d’une déportée belge, Malah, qui a réussi à s’évader avec un Polonais (devenu son amant) dans une traction-avant de SS, mais elle fut arrêtée trois semaines plus tard à la frontière tchèque, dénoncée par des paysans polonais, et l’amant polonais s’est rendu pour qu’elle ne crût pas qu’elle avait été arrêtée à cause de lui. Lui fut pendu tout de suite et elle, après un séjour dans une sorte d’oubliette infernale, fut également pendue en été 1944, devant les autres déportées pour montrer qu’il ne fallait pas tenter de s’évader, mais Malah, en frappant un de ses gardiens, avant d’être exécutée, a réussi à faire un discours en français en disant aux autres déportées que la guerre était bientôt finie, que les nazis perdaient sur tous les fronts, et qu’il fallait tenir le coup pour raconter plus tard ce qu’il s’est passé, « l’élimination d’un peuple dans des usines »

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Deux autres ouvrages sont intéressants pour compléter le témoignage de la vie de Marceline Loridan-Ivens, "Ma vie balagan" (éd. Robert Laffont) sorti le 9 octobre 2008 (coécrit avec Élisabeth Inandiak) et "L’Amour après" (éd. Grasset), sorti le 17 janvier 2018 (coécrit avec Judith Perrignon).

France 5 a rediffusé le 19 septembre 2018 l’émission "La Grande Librairie" spéciale consacrée à Marceline Loridan-Ivens du 5 février 2015 où elle a raconté sa terrible déportation au présentateur de l’émission, François Busnel.

Elle n’avait pas sa langue dans sa poche et était capable de dire des choses qui ne plaisaient pas. Athée mais victime dans sa chair de l’antisémitisme, Marceline Loridan-Ivens a déclaré à la fin de cette émission du 5 février 2015 : « Il faut dire la vérité. Je pense que ce qu’il s’est passé pendant la guerre, personne le sait ici. Personne ne sait que le grand mufti de Jérusalem, c’était le grand copain d’Hitler. Personne ne sait que les pays arabes… qu’est-ce qu’ils disaient à l’époque ? Allah est au ciel pour nous et sur terre, on a Hitler. C’est la vérité. Que Arafat, c’est le petit-fils de ce grand mufti de Jérusalem, et qu’il a été formé par lui parce que ce grand mufti de Jérusalem, il a existé jusqu’en 1974. Et de plus, les Soviétiques ont manipulé. Avant, les Juifs, c’étaient des cosmopolites, on ne sait pas qu’est-ce que c’est, mais par la suite, ils ont construit ce concept d’antisionisme… des sionistes, ce sont des nationalistes excessifs, ils veulent se venger de ce qu’ils ont souffert pendant la guerre. Mais la vérité, c’est quoi ? La vérité, c’est que toute l’Europe a participé à la destruction des Juifs pendant la guerre. (…) Et aujourd’hui, on est tellement content de pouvoir accuser Israël, comme on l’accuse, alors qu’en face, on a des gens qui ont un double langage, qui sont d’un antisémitisme total. ».





Plus récemment, Marceline Loridan-Ivens fut de nouveau invitée par François Busnel le 18 janvier 2018 pour parler de l’amour après les camps, à la sortie de son dernier livre.





Honneur à cette petite étoile qui a réussi à ne pas s’éteindre pendant ces années atroces et qui est parvenue à rester éclairée jusqu’à ces derniers jours, en transmettant son témoignage si poignant. Ne jamais oublier ! Que cela ne recommence pas ! Tel était son objectif. Son obsession. Pour beaucoup, elle reste toujours d’actualité…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 septembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Marceline Loridan-Ivens.
Simone Veil.
Denise Vernay.
Joris Ivens.
La rafle du Vel’ d’Hiv’.
La Shoah.
Élie Wiesel.
Germaine Tillion.
Irena Sendlerowa.
Élisabeth Eidenbenz.
Marie-Jeanne Bleuzet-Julbin.
Maurice Druon.
Edmond Michelet.
Jean Moulin.
Daniel Cordier.
Françoise Dolto.
Marie Curie.
Marie Trintignant.
Ingrid Betancourt.
Lucette Destouches.
Barbara Hannigan.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181118-joris-ivens.html

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28 octobre 2018 7 28 /10 /octobre /2018 15:15

« Humainement, c’était un type en or. Vous ne trouverez personne qui en dira du mal. » (Philippe Vandel, le 28 octobre 2018).



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Comme je l’avais écrit à propos de Pierre Bellemare, j’ai été biberonné à Europe 1. Cela signifie que pendant tous mes petits-déjeuners de l’enfance et de l’adolescence, j’ai eu comme fond sonore cette station de radio. À peine réveillé avant d’aller à l’école, parfois avant le lever du jour comme cela va se faire maintenant que nous entrons dans la période des jours brefs, la voix, car à la radio, les personnes qui parlent, ce ne sont que des voix, la voix rassurante, sympathique, bienveillante, simple, sans fioriture, sans paillettes (existe-t-il des voix avec paillettes ? Peut-être, celle d’Alice Sapritch par exemple ?)… bref, la voix de Philippe Gildas m’était un peu plus familière que d’autres parce qu’il officiait tous les matins. Le ton rassurant d’un oncle, ou d’un beau-père, toujours courtois mais qui serait capable de franchise gentiment dite.

Il animait la tranche matinale sur Europe 1 entre 6 heures et 8 heures 30. Alors, les journaux, le jeu du juste prix, la météo, la chronique politique d’Alain Duhamel (à 7 heures 25, c’était limite pour ne pas être en retard), etc., c’était Philippe Gildas qui passait les plats. Une voix gaie et souriante malgré les actualités parfois atroces qui pouvaient être annoncées. D’ailleurs, comment pouvais-je savoir qu’il était journaliste, ce qu’il était pourtant ? Je croyais qu’il était un "simple" animateur, chargé de maintenir la bonne humeur dans un monde morose, et pendant un an, en 1980-1981, en duo avec celle qui allait devenir son épouse, Maryse, animatrice sur Europe 1.

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Philippe Gildas est mort à presque 83 ans (âge qu’il aurait eu dans quinze jours) dans la nuit du 27 au 28 octobre 2018 à Paris, de ce qu’on pourrait appeler pudiquement une maladie, une "sale" maladie. Le moteur médiatique dominical y est donc allé de ses hommages et de ses éloges, mais pourquoi les refuser quand c’est mérité ? Normal aussi quand c’est une personne du sérail.

Car Philippe Gildas, c’était pour moi le petit artisan qui tenait sa boutique tranquillement, loin du monde du zapping et de la suffisance, sans scandale, sans éclats, sans caprices, dans la petite communauté de l’audiovisuel qui pourtant est souvent caractérisée par des ego démesurés, des moi moi moi en veux-tu en voilà, à la pelle, jusqu’à la nausée. Lui, c’était encore l’ancienne école du journalisme, celle des humanités. Celui qui s’effaçait pour valoriser ses invités (et ils furent nombreux durant ses cinquante-six ans de carrière). Un homme sérieux qui ne se prenait jamais au sérieux.

Quand j’étais étudiant, je l’ai retrouvé avec l’image. Il avait rejoint l’aventure de Canal+, ce qui n’était pas évident à l’époque, première chaîne privée, et première chaîne payante, à une époque où la seule offre consistait aux trois premières chaînes publiques (TF1, Antenne 2 et FR3). Les plus jeunes auront du mal à comprendre cette époque.

Une personne qu’on a entendue des années à la radio, on peut avoir des surprises lorsqu’on la voit. Ce n’était pas le cas de Philippe Gildas qui restait dans son unité et sa cohérence, la tranquillité de la voix était aussi la tranquillité du personnage, de tout le corps. Je ne le savais pas, car en studio de télévision, lorsqu’on est assis, on ne montre que le buste, mais Philippe Gildas se savait petit et n’hésitait pas à prendre les devants pour le dire proclamer lui-même avant que ses compères comiques troupiers ne le chambrassent à l’occasion, j’ai parlé bien sûr d’Antoine de Caunes et de José Garcia.

Car Philippe Gildas, qui a collaboré à Canal+ de 1985 à 2001, a surtout animé entre le 31 août 1987 et le 27 juin 1997 la fameuse émission "Nulle part ailleurs" qui fut également l’hébergement des non moins fameux "Guignols de l’Info". Cette espèce d’émission, certes un peu trop parisienne à mon goût à l’époque où j’étais provincial, était particulièrement appréciée des étudiants parce que l’humour potache, ça leur parlait !

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C’était la grande époque de Jérôme Bonaldi, Philippe Vandel, Jackie Berroyer, Antoine de Caunes, José Garcia, des miss météo toujours plus jolies et excentriques les unes que les autres, et puis, les fameuses "séquences" humoristiques (à sketches) qui, au-delà des "Guignols" (qui concurrençaient initialement le "Bébête Show" de Stéphane Collaro et Jean Roucas sur TF1), ont fait démarrer certaines grandes "carrières" : "Les Nuls" avec notamment Alain Chabat et Dominique Farrugia, "Karl Zéro", "Canal International" avec Jules-Édouard Moustic, "Les Deschiens" désopilants, avec notamment François Morel et Yolande Moreau, et un peu plus tard, entre 1999 et 2001, "Les Robins des Bois" avec notamment l’excellente Marina Foïs, Pierre-François Martin-Laval et Jean-Paul Rouve.

Philippe Gildas était petit et l’a revendiqué jusque dans le titre de son récit autobiographique : "Comment réussir à la télévision quand on est petit, breton, avec de grandes oreilles ?" publiée en 2010 chez Flammarion.

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Philippe Gildas voulait initialement enseigner le français. Il croisa le futur comédien Jean Yanne qui lui conseilla de faire (comme lui) du journalisme, ce qu’il fit. Sa carrière commença en 1962 sur RTL puis rapidement, sur Europe 1. C’était Pierre Bellemare, collaborateur sur Europe 1 comme lui, qui trouva que sa voix était excellente et qui lui proposa de faire aussi de la télévision, ce qu’il essaya avec succès encore à l’époque de l’ORTF. Philippe Gildas animait certaines émissions sur TF1 et sur Antenne 2 mais son travail principal restait la matinale d’Europe 1, jusqu’au début de cette longue aventure de Canal+.

Une aventure qu’il a adorée car on lui donnait une totale liberté, liberté de parler de publicité, de marques, d’économie, de plein de sujets qui, à l’époque, étaient très rarement abordés et toujours selon l’angle "officiel". Là, c’étaient l’insolence et l’impertinence qui avaient droit de cité. Et la dérision. L’auto-dérision autant que la dérision.





En 1984, alors directeur d’Europe 1, Philippe Gildas lança le "Top 50" pour proposer un classement "objectif" des meilleures ventes de disques, en collaboration avec Canal+ (Pierre Lescure) et Télé 7 jours (Étienne Mougeotte, ancien d’Europe 1). Pierre Desgraupes (patron d’Antenne 2) n’y croyait pas. Ce Top 50 est devenu au fil des années une véritable "institution" (commerciale) mais c’étaient cependant ses dix années d’animation de Nulle part ailleurs" qui fut une véritable institution, avec beaucoup de fidèles téléspectateurs qui attendaient chaque jour l’émission. À tel point d’ailleurs qu’il a été quasiment impossible de le remplacer, les successeurs ne restaient pas à son fauteuil très longtemps. L’émission sans Philippe Gildas n’avait en fait plus beaucoup de sens.

"L’esprit Canal" était parti déjà depuis longtemps de la chaîne cryptée, mais avec Philippe Gildas, c’est carrément son âme qui a tiré sa révérence. Bon voyage !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 octobre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Philippe Gildas.
Pierre Bellemare.
Jacques Antoine.
Bernard Pivot.
Michel Polac.
Alain Decaux.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181028-philippe-gildas.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/le-dernier-sourire-de-philippe-209082

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/10/28/36823014.html



 

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28 octobre 2018 7 28 /10 /octobre /2018 09:18

Né le 12 novembre 1935 à Auray, en Bretagne, Philippe Gildas a été jornaliste et animateur à la radio et à la télévision. Il commença sa carrière à Noël 1962 après avoir rencontré Jean Yanne qui lui a conseillé de faire des études de journalisme plutôt que devenir professeur de français. Après avoir travailé pour "Combat", il travailla pour RTL en 1962 puis l'ORTF, TF1 et Antenne 2 à partir de 1969. Dans les années 1980, tout en présentant la matinale sur Europe 1 avec Maryse qui est devenue son épouse, il présenta plusieurs émission sur la nouvelle chaîne Canal+ de 1985 à 2001, dont la célèbre émission "Nulle part ailleurs" (entre 1987 et 1997) aux côtés d'Antoine de Caunes et de José Garcia. Philippe Gildas fut ensuite nommé président de la chaîne iTélé (Cnews) de 2001 à 2002. Il a poursuivi sa carrière dans des chaînes privées. En 2010, il a publié un livre autobiographique chez Flammarion : "Comment réussir à la télévision quand on est petit, breton, avec de grandes oreilles ?". Après une longue hospitalisation, il est mort à la suite d'une grave maladie ce dimanche 28 octobre 2018.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181128-philippe-gildas.html


 

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28 octobre 2018 7 28 /10 /octobre /2018 03:50

« Je voudrais une minute de silence en pensant à une femme, une actrice que j’aime beaucoup, dont je ne peux pas parler à l’imparfait, qui est Bernadette Lafont, qui est partie il y a quelques semaines assez brutalement et dont on n’a pas beaucoup parlé finalement. (…) Voilà, je pense souvent à elle depuis qu’elle est partie cet été. » (Catherine Deneuve, le 15 septembre 2013 sur France Inter).


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Symbole d’une jeunesse atypique, en dehors des canons classiques (oserais-je dire blondiques ?) de la beauté, mais aussi d’un tempérament en acier trempé, d’une spontanéité qui en fait sa vitalité, l’actrice Bernadette Lafont aurait déjà 80 ans ce 28 octobre 2018… mais elle est partie il y a cinq ans, le 25 juillet 2013 à Nîmes, dans une relative discrétion, celle de l’été, celle de la pudeur. Deux crises cardiaques, le 28 juin 2013 dans les Cévennes, puis le 22 juillet 2013 à Grau-du-Roi où elle se faisait soigner. Un départ brutal, à presque 75 ans, presque aussi brutal que son irruption dans le monde du cinéma : « Pétillante, rigolote, avec un zeste d’insolence, mais jamais vulgaire, pleine de spontanéité, de charme et d’une beauté qu’elle a gardé jusqu’au bout du chemin de sa vie. » selon les mots de l’actrice qui lui avait donné l’envie d’être actrice, Brigitte Bardot le 26 juillet 2013.

Née à Nîmes dans une famille protestante, Bernadette Lafont commença par apprendre la danse à l’opéra de Nîmes quand elle était adolescente. À 16 ans, elle rencontra l’acteur Gérard Blain (1930-2000), au physique de James Dean, qui faisait une répétition d’une pièce à Nîmes. Un an plus tard, les voilà mariés (Gérard Blain était encore marié à une autre femme lors de la première rencontre).

À Paris, François Truffaut (1932-1984), jeune réalisateur, proposa au couple de jouer dans son premier film. François Truffaut avait peu de moyens. Ce fut le court-métrage "Les Mistons" de moins d’une vingtaine de minutes qui montra son potentiel (sorti le 6 novembre 1958). François Truffaut fit de Bernadette Lafont l’actrice principale de son film "Une belle fille comme moi" (sorti le 13 septembre 1972).





Ainsi révélée, la carrière cinématographique de Bernadette Lafont fut "lancée" et ne s’est arrêtée qu’il y a cinq ans. Elle fut l’une des égéries de la Nouvelle Vague de la fin des années 1950 et des années 1960. Elle joua dans plusieurs films de Claude Chabrol (1930-2010), dans les premiers rôles, comme "Le Beau Serge" (sorti le 6 juin 1958) et "Les Bonnes Femmes" (sorti le 22 avril 1960).





Elle apporta avec son jeu d’actrice de la fraîcheur, une image moderne de la femme, une indépendance d’esprit, un sacré caractère, un certain naturel, un parler populaire et une beauté au regard plongeant au fond des yeux.

Dans "La Fiancée du pirate", réalisé par Nelly Kaplan, sorti le 3 décembre 1969, Bernadette Lafont a le premier rôle : « En fille insoumise, en vamp pétroleuse, en Antigone de la bouse de vache, elle est du tonnerre de Belzébuth. Quel œil ! ça pétille jusque dans les coins, et quel sourire ! Réservoir des sens et championne du mauvais esprit, elle ravage tous les plans. » selon Jean-Louis Bory dans "Le Nouvel Observateur" du 8 décembre 1969.

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Dans "La Maman et la Put@in", réalisé par Jean Eustache (1938-1981), sorti le 17 mai 1973, l’un des chefs-d’œuvre du cinéma français, d’une très longue durée (trois heures quarante !), Bernadette Lafont joue la femme qui entretient le bel Alexandre, intello sans le sou, joué par Jean-Pierre Léaud, qui butine aussi chez une autre, formant un scandaleux trio juste après mai 1968.

À l’occasion d’un hommage à Jean Eustache par la Cinémathèque française, Éric Neuhoff a expliqué ce film épris de Bernanos, dans sa chronique au "Figaro" le 2 mai 2017 : « Cette longue romance d’un jeune homme pauvre, cette musique de chambre en noir et blanc est une œuvre à part, un grand film ténébreux, bavard, alcoolisé. Le temps y passe à une vitesse qui ne ressemble à aucune autre. L’oisiveté y est célébrée à coups de rencontres, de Jack Daniels, de scènes de ménage, d’anecdotes dérisoires. ».

Le réalisateur Olivier Assayas a considéré ce film ainsi : « Eustache a dans ce film résumé et accompli une idée qui était celle de la Nouvelle Vague. Il a fait le film qui avait été théorisé par la Nouvelle Vague. (…) Eustache a très peu tourné. "La Maman et la Put@in" est le film de quelqu’un qui, dans un seul film, avait besoin de tout mettre : son rapport a monde, au cinéma. (…) C’est criant de justesse, de vérité, et ce film acquiert une espèce d’éternité. » (2001).

Les ayants droit ont accepté sa diffusion sur Internet, ce qui permet de le voir dans son intégralité ici.





En tout, Bernadette Lafont a joué dans environ 150 films au cinéma, certains au titre amusant, souvent dans les années 1970, comme "Les Gants blancs du Diable" de Laszlo Szabo (1973), "Je, tu, elles" de Peter Foldès (1973), "Une baleine qui avait mal aux dents" de Jacques Bral (1975), "L’Ordinateur des pompes funèbres" de Gérard Pirès (1976) avec Jean-Louis Trintignant, "Le Trouble-fesses" de Raoul Foulon (1976), "Chaussette surprise" de Jean-François Davy (1978), "La Frisée aux lardons" d’Alain Jaspard (1979) ou "Cap Canaille" de Juliet Berto et Jean-Henri Roger (1983).

Un autre film avec un titre fantaisiste, "Nous maigrirons ensemble", de Michel Vocoret (sorti le 15 août 1979), est surtout centré sur le personnage joué par Peter Ustinov.





Je cite aussi l’excellent film "La Gueule de l’autre" de Pierre Tchernia (sorti le 12 décembre 1979), surtout basé sur Michel Serrault et Jean Poiret, où Bernadette Lafont joue la femme d’un acteur médiocre qui retrouve de l’importance en remplaçant son cousin ministre qui lui ressemble.

Le film qui lui a valu la reconnaissance de la profession fut "L’Effrontée" réalisé par Claude Miller (sorti le 11 décembre 1985), avec un César de la meilleure actrice dans un second rôle en 1986. Elle fait office de "nounou" d’une ado qui manque de confiance en elle, jouée par l’éblouissante Charlotte Gainsbourg.





Bernadette Lafont a également reçu un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière en 2003. Ses derniers films furent "Paulette" de Jérôme Enrico (sorti le 16 janvier 2013) et "Attila Marcel" de Sylvain Chomet (sorti le 30 octobre 2013, après la mort de l’actrice). Dans "Paulette", elle a le premier rôle, celle d’une vieille veuve aigrie et rouspéteuse habitant dans un quartier chaud.





Bernadette Lafont a également joué dans environ 70 téléfilms. La dernière production pour la télévision fut un court-métrage, "L’habit ne fait pas le moine" de Sandrine Veysset, avec Jeanne Moreau, Guy Bedos et Charles Aznavour, dans l’épisode 4 de la série "Le tourbillon de Jeanne", qui fut diffusé le 6 novembre 2013 sur Canal+.

En outre, elle a joué dans une vingtaine de pièces de théâtre (de 1963 à 2013), dans des œuvres notamment de Tourgueniev, Copi, Sacha Guitry, Christine Albanel, Alphonse Daudet, Laurent Ruquier, Proust, Pagnol, et aussi dans "Les Monologues du vagin" d’Eve Ensler. Sa dernière scène fut en 2013, dans l’opérette "Ciboulette" (texte de Reynaldo Hahn, mise en scène de Michel Fau) à l’Opéra-Comique

L’une des raisons de sa "boulimie" au cinéma, au théâtre et à la télévision, ce fut le chagrin infini. En effet, elle a perdu sa fille Pauline Lafont (1963-1988), également actrice, en 1988 dans un accident de randonnée dans les Cévennes, disparue pendant trois mois avant d’être retrouvée.

Son deuxième mari qui fut le père de ses trois enfants, dont Pauline, le sculpteur hongrois Diourka Medveczky (1930-2018), est mort il y a quelques semaines, le 27 septembre 2018 (dans l’indifférence la plus totale) deux ans après un séjour de plus d’un an sur la paradisiaque Île aux Nattes à Madagascar. Il avait réalisé et achevé le 25 octobre 1969 son unique long-métrage, "Paul", avec Bernadette Lafont et Jean-Pierre Léaud, film qui n’est sorti qu’en DVD le 6 novembre 2012. Ce film était considéré par la critique comme « l’un des plus importants tournants en France » mais qui n’a pas eu de lendemain. Sa femme a toujours su le protéger de ses propres ennuis…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 octobre 2018)
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Pour aller plus loin :
Bernadette Lafont.
Pauline Lafont.
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Charlie Chaplin.
Maurice Chevalier.

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23 octobre 2018 2 23 /10 /octobre /2018 04:29

« Je veux mourir chez moi, dans mon lit, avec ce qui reste de ma famille (…). Je veux absolument être… (…) Je jubilerai jusqu’à 100 ans. C’est vrai, je trouve que c’est une telle récompense, mais il faut avoir souffert, il faut avoir été très malade, très désespéré comme j’ai été, et apprécier à quel point c’est formidable de continuer à vivre avec les handicaps, je sais bien que je vais être de plus en plus fatiguée (…), je le sais, tout ça, mais je trouve ça passionnant, et tant qu’on peut continuer… » (France 2, le 19 mars 2011).


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Les années filent et la petite fille de 5 ans qui fut auditionnée pour danser avec la grande Joséphine Baker a maintenant… 90 ans ! Oui, Marthe Mercadier est née le 23 octobre 1928 à Saint-Ouen et elle a connu très tôt le monde du spectacle, les cabarets, les théâtres, les studios de cinéma, de télévision. Enfant, elle était en situation de handicap grave, ne pouvant plus parler, et même paralysée pendant deux ans à la suite d’une chute. Adolescente pendant la guerre, elle s’est engagée dans la Résistance, ce qui n’était pas évident pour une lycéenne, elle transmettait des messages aux résistants.

Ses débuts réels ont eu lieu après la guerre comme comédienne dans les théâtres de boulevard. Jean Piat n’aimait pas trop la distinction entre les théâtres "de boulevard" et les "vrais" théâtres, les premiers étant supposés populaires et les seconds pour des gens cultivés. Sa première représentation a eu lieu précisément le 8 mai 1945, le jour de la fin de la guerre, et comme elle est revenue sur scène en pensant la pièce finie, ce qui n’était pas le cas, elle a fait rire tout le public et on l’a engagée pour le 15 septembre 1945. Elle avait alors 16 ans ! En 1989, elle a reçu le Molière du meilleur spectacle comique pour "La Présidente" de Jean Poiret mis en scène par Pierre Mondy.

Un exemple d’un rôle au théâtre avec des extraits de la pièce "Le Squat", avec Claude Gensac.





Sa carrière cinématographique composée d’une cinquantaine de films s’est amorcée en 1951 avec "Folie douce" de Jean-Paul Paulin. Devenue à la fin des années 1960 l’héroïne d’une série télévisée ("Les Saintes chéries" aux côtés de Micheline Presle et Daniel Gélin), et à l’époque, elles étaient peu nombreuses, les séries à la télévision, Marthe Mercadier était ce qu’on pouvait appeler une "star", et même, une "star populaire", avec le talent de divertir son public : comédienne de théâtre, actrice de cinéma, de télévision, chanteuse, danseuse de cabaret, etc. Au théâtre, elle a joué avec Michel Galabru, Louis de Funès et, plus tard, avec le petit-fils de ce dernier, Laurent de Funès, au Théâtre du Gymnase.

Marthe Mercadier est donc de la même "famille" artistique qu’une autre nonagénaire, Annie Cordy. Un reportage sur les deux dames (vers 2005), avec la participation de Charles Aznavour.





Elle a eu aussi quelques aventures artistiques, comme la direction du Théâtre du Vieux-Colombier, au début des années 1970, et la production de films et de pièces de théâtre (en particulier un grand succès, le film "Et la tendresse ? B@rdel !" réalisé par Patrick Schulmann et sorti le 28 février 1979, avec Bernard Giraudeau et Jean-Luc Bideau).

Marthe Mercadier a eu beaucoup de petits protégés qu’elle a aidés, comme Stéphane Plaza, le célèbre agent immobilier de la chaîne M6. Véronique, l’unique fille de la grande dame, a expliqué à "Télé Star" le 23 octobre 2016 : « C’était son petit protégé quand il s’est lancé dans la comédie. À l’époque, il était agent immobilier et n’arrêtait pas de courir partout entre ses agences et ses cours d’art dramatique, au conservatoire de Levallois-Perret ou de Neuilly. Maman m’a raconté que, pour lui apprendre le métier, elle l’emmenait voir des pièces de boulevard, comme celles dans lesquelles il triomphe aujourd’hui. ».

La plupart de ses prestations sont des fantaisies personnelles. Marthe Mercadier a arrêté le cinéma en 2002, et la télévision ainsi que le théâtre en 2012. Elle a fait un one-woman show en 2009 dans le Gers et a enregistré une chanson collective avec d’autres "stars", sortie le 15 juin 2013, contre la mucoviscidose. Par ailleurs, elle a voulu participer aux premières émissions "Danse avec les stars" sur TF1, elle a tenu trois semaines, du 12 au 26 février 2011, à l’âge de 82 ans, ce qui en a fait la doyenne des participantes.





Depuis ces dernières participations, Marthe Mercadier est à la retraite. À la retraite "forcée". Elle a pourtant un physique qui tient la route… Sa fille a annoncé en avril 2014 qu’elle était atteinte de la maladie d’Alzheimer depuis quelques années.

Mais elle a eu aussi un autre problème. Marthe Mercadier, qui s’était beaucoup engagée, toute sa vie, dans des actions humanitaires, a dû faire un appel au secours, il y a quatre ans et demi. Le cachet de sa participation à "Danse avec les stars" lui avait permis de vivre pendant un certain temps et de louer un appartement à Neuilly. Mais pas suffisamment.

Le 10 mars 2014, elle craignait d’être expulsée de son appartement où elle vivait avec sa fille (qui fut son attachée de presse depuis toujours) et sa petite-fille de 17 ans à l’époque. Elle l’a dit notamment à Yves Calvi sur RTL le 17 mars 2014. Pourquoi ? Parce qu’elle n’avait plus un sou, ruinée, endettée. À un moment, elle n’aurait vécu que du minimum vieillesse parce qu’elle n’avait jamais cotisé à aucune caisse de retraite pendant sa carrière. La cigale. Son avocate a tenté de faire durer le plus longtemps possible avant l’expulsion.

Après un appel à l’aide le 15 mars 2014 à "France Dimanche", Marthe Mercadier a heureusement reçu beaucoup de réponses, de soutiens (mais très peu de dons contrairement à ce qui était dit à l’époque), pour retrouver un autre appartement. Starlette de la téléréalité ("Secret Story"), Cindy Lopes lui a proposé d’habiter dans l’un de ses appartements parisiens. Elle a aussi reçu une proposition des héritiers de sa grande amie, l’actrice Sophie Desmarets (1922-2012)… place de l’Étoile.

Marthe Mercadier s’indignait ainsi : « Pourquoi n’aurais-je pas le droit de bénéficier d’une amnistie partielle à mon âge, compte tenu de mes services rendus à l’État ? Je suis chevalier de la Légion d’honneur, j’ai combattu aux côtés de l’abbé Pierre. ».

La réponse est toute simple : parce que derrière un loyer impayé, il peut y avoir un particulier, peut-être même un retraité comme elle, qui a économisé toute sa vie pour avoir ce petit capital et qu’il a besoin de son loyer pour vivre.  Parce que derrière une dette fiscale, il y a des contribuables qui sont obligés de payer la note, à la fin.

S’il y a une action sociale à envisager pour elle ou des personnes comme elle qui ont mérité de l’État, cela doit être une action de l’État, de solidarité nationale, une aide sociale accordée à elle, pas spolier un propriétaire bailleur privé pour qui ce loyer peut être vital. Marthe Mercadier avait fait une demande de logement social depuis longtemps jamais honorée jusqu'à récemment.

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Grâce à son avocate, elle a pu retrouver des revenus corrects par des droits d’auteur qui l’attendaient (qui restaient alors bloqués). Sa fille a précisé : « Une bonne partie de sa retraite est saisie par le fisc… Maman a toujours vécu sans filet, elle a brassé énormément d’argent mais elle n’a jamais aimé ça. Elle n’a pas investi dans l’immobilier lorsqu’elle en avait les moyens. Elle a aidé beaucoup de monde et a été pas mal escroquée. Mais attention, je ne pleure pas sur mon sort. Chacun son lot de déboires. Aujourd’hui, on se serre les coudes. » ("Télé Star" le 24 octobre 2014). Parmi les escroqueries, par exemple, elle s’était portée en caution et n’a jamais été remboursée, etc.

Elle ne roule donc pas sur l’or car elle s’est considérablement endettée, mais elle a réussi à trouver un financement à sa vie. Elle habite maintenant dans un logement social toujours dans les Hauts-de-Seine (mais plus à Neuilly) avec deux chambres et vue sur la Seine. Elle est sous la curatelle de sa fille et vit aussi avec deux chats et trois chihuahuas.

Marthe Mercadier a participé à une émission de Jean-Marc Morandini sur Europe 1 le 24 février 2015 consacrée à la maladie d’Alzheimer : « C’est pour les autres, les autres me passionnent. (…) C’est très très important d’en parler tranquillement. On ne va pas commencer à pleurer. C’est intéressant. Petit à petit peut-être que je ne verrai plus, que je ne pourrai plus marcher, mais c’est important pour les autres qui continueront à marcher, qui continueront à rire. ».





Sa fille a cependant décrit une réalité moins agréable : « Vivre la maladie au quotidien, c’est très dur. (…) Il faut gérer cela tout le temps. Elle cache des choses. Il y a plein de choses que je ne retrouve pas. C’est compliqué parce qu’elle tient à ses lunettes, à ses bijoux, au peu de choses qui lui restent. Donc, moi, je planque de mon côté pour qu’elle ait ce qu’il lui faut au moment où elle me le demande. ». Elle a de la chance de vivre avec sa famille car elle ne supporterait pas de vivre dans un EHPAD.

Cette sale maladie s’est insérée dans la vie de la comédienne déjà lors de l’émission "Danse avec les stars" où elle avait du mal à retenir les gestes de chorégraphie. Après une période d’agressivité, elle a eu le diagnostic choc. Son état était stable en 2015 et sa mémoire immédiate avait quasiment disparu. Sinon, elle aurait pu continuer à jouer car elle reste pleine d’énergie. Dans une interview parue dans "France Dimanche" le 24 avril 2015, Marthe Mercadier a expliqué qu’elle avait un traitement pour freiner les troubles de la mémoire et pour réduire son agressivité.

Sur France 2, le 12 février 2016, sa fille a cependant confié que son état se détériorait : « Elle a toujours son énergie, elle est en bonne forme physiquement. Mais c’est vrai qu’elle perd de plus en plus ses repères, qu’elle a des problèmes d’élocution, de suivi de conversation… ça commence à être un peu difficile à ce niveau-là. ».

Hélas, la maladie est telle qu’elle ne peut que se développer. Marthe Mercadier a eu raison d’intervenir publiquement sur sa maladie, pour sensibiliser les personnes "en bonne santé" de ce qui risque d’être un "fléau" dans les prochaines années. Une maladie neurodégénérative, nécessitant un accompagnement permanent, dévoué et patient. Et l’attente, de plus en plus forte, d’une véritable solidarité nationale au même titre que l’assurance-maladie, l’assurance-chômage, les retraites et les accidents du travail : une assurance dépendance qui devrait être le cinquième pilier de la sécurité sociale.

Avant de se savoir malade, Marthe Mercadier a raconté toute sa carrière à Laurent Ruquier le 19 mars 2011 sur France 2.





Pour sa bonne humeur, sa joie de vivre, son dynamisme exceptionnel, que Marthe Mercadier en soit remerciée et puisse fêter cet anniversaire et vivre encore dans les meilleures conditions possibles.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 octobre 2018)
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Pour aller plus loin :
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Charlie Chaplin.
Maurice Chevalier.

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https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/marthe-mercadier-une-pensee-a-l-208871

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10 octobre 2018 3 10 /10 /octobre /2018 19:48

Né le 11 avril 1934 à Nice, Jean Lanzi commença sa carrière de journaliste a débt des années 1960 sur France Inter. En 1966, il présenta une émission politique "Face à face" à l'ORTF, un débat en direct avec des invités politiques dont les premiers furent Guy Mollet le 24 janvier 1966, Valéry Giscard d'Estaing le 15 février 1966 et Georges Pompidou le 23 mars 1966. En 1967, il présenta le journal de la seconde chaîne de l'ORTF. Puis il fut directeur de l'information de TF1 de juillet 1983 à mai 1987. Ce fut à ce titre qu'il interviewa le Premier Ministre Laurent Fabius tous les mois entre 1984 et 1986. Il présentait aussi le magazine "Sept sur Sept" le dimanche soir sur TF1 en alternance avec Anne Sinclair. Dans les années 1990, il présenta une émission médicale sur France 3. Il fut nommé membre du Conseil économique et social de 1998 à 2000.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181009-jean-lanzi.html

 

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9 octobre 2018 2 09 /10 /octobre /2018 22:26

Né le 17 avril 1930 à Fabriano, Venantino Vanantini fut un acteur italien de second rôle qui joua dans de très nombreux films. Il fut très connu en France pour ses prestations dans des films très populaires, comme "Les Tontons flingueurs", "Le Corniaud", "Le Grand Restaurant", "La Folie des grandeurs", "La Grande Sauterelle", etc. Sa carrière cinématographique s'est déroulé de 1953 à 2017.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181009-venantino-venantini.html


 

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7 octobre 2018 7 07 /10 /octobre /2018 03:17

« Dans ma pipe, je brûlerai mes souvenirs d’enfance,
Mes rêves inachevés, mes restes d’espérance.
Et je ne garderai pour habiller mon âme
Que l’idée d’un rosier et qu’un prénom de femme.
Puis je regarderai le haut de ma colline
Qui danse, qui se devine, qui finit par sombrer.
Et dans l’odeur des fleurs qui bientôt s’éteindra,
Je sais que j’aurai peur une dernière fois. ».

(Jacques Brel, Gérard Jouannest, Jean Corti, "Le dernier repas", 1963).



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Peur la dernière fois, cela a eu lieu il y a maintenant quarante ans, le 9 octobre 1978 à l’hôpital de Bobigny. Il était très malade depuis quatre ans. "Victime" (?) du tabac. Jacques Brel avait 49 ans, né le 8 avril 1929 dans la banlieue de Bruxelles. Il était l’un des plus grands chanteurs francophones, parmi les poètes comme Georges Brassens et Léo Ferré. Un auteur, compositeur, interprète. Et aussi, comme ce fut le cas pour d’autres chanteurs (Yves Montand, Charles Aznavour, Johnny Hallyday, etc.), un acteur.

Il a vendu 25 millions de disques et fut le modèle de nombreux chanteurs, en particulier David Bowie, Mort Shuman, et même Abd Al Malik. Sa "carrière" fut courte, commencée le 1er juin 1953, elle a été interrompue en 1966. Son dernier récital a eu lieu à Roubaix le 16 mai 1967. Il a enregistré cependant un dernier album le 1er octobre 1977, sorti le 17 novembre 1977 pour célébrer "Les Marquises" avec cette parole forte : « Veux-tu que je te dise ? Gémir n’est pas de mise, aux Marquises ». Il n’avait jamais l’habitude de faire des rappels ou des bis, malgré les ovations de son public, à l’exception de la première fois qu’il a chanté la fameuse chanson "Amsterdam" à laquelle il ne croyait pas, lors de son concert à l’Olympia le 16 octobre 1964 diffusé en direct sur Europe 1. "Amsterdam" ne fut cependant jamais enregistrée en studio.

À la fin des années 1960, Jacques Brel a préféré se consacrer au cinéma. Il n’a tourné que dans une dizaine de films dont les remarquables "Mon oncle Benjamin" d’Édouard Molinaro (sorti le 28 novembre 1969), avec Claude Jade, Bernard Blier et Robert Dalban, "L’aventure, c’est l’aventure" de Claude Lelouch (sorti le 4 mai 1972), avec Lino Ventura et Charles Denner, et "L’Emm@rdeur" d’Édouard Molinaro (sorti le 20 septembre 1973), avec Lino Ventura, sans oublier son premier film, qui aurait pu être basé sur un fait réel, "Les risques du métier" d’André Cayatte (sorti le 21 décembre 1967), une jeune élève qui accuse son instituteur (joué par Jacques Brel) d’avoir tenté de la violer.

Après l’insuccès du second film qu’il a lui-même réalisé, Jacques Brel décida d’arrêter le cinéma en 1973 et se mit en tête de faire le tour du monde avec sa fille et sa nouvelle compagne. Il s’acheta un bateau. La maladie commençant à le faire souffrir, il renonça au tour du monde en 1976 et s’arrêta aux îles Marquises pour y vivre définitivement (comme Gauguin). Il revendit son bateau et acheta un avion (il avait obtenu son brevet de pilote le 28 juin 1965) pour pouvoir faire le déplacement entre les îles. À l’occasion, il faisait du transport aérien de personnes et de marchandises pour rendre service aux habitants. Il retourna en France en juillet 1978 pour soigner sa maladie.

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Ce qu’il reste de lui, ce sont bien sûr ses nombreuses chansons qui ont du sens. Il les a chantées avec beaucoup de foi, avec émotion dans la voix, avec sueur le long des joues. Le visage très chevalin, Jacques Brel semblait être un enfant en amour. Cela a donné de très belles chansons d’amour. Mais le malheur "lui allait bien", et ses chansons dramatiques sont également exceptionnelles.

L’imitateur Thierry Le Luron s’était permis d’utiliser une chanson très forte en sens, "Ces gens-là" pour fustiger le (nouveau jeune) Premier Ministre Laurent Fabius lors d’une émission "Champs-Élysées" mémorable présentée en direct par Michel Drucker le 10 novembre 1984 (au cours de laquelle l’humoriste avait aussi fait chanter la salle "L’emm@rdant, c’est la rose", sur une parodie de Gilbert Bécaud).


Voici onze petites phrases tirées des chansons de Jacques Brel qui m’ont particulièrement plu.

A. "Quand on n’a que l’amour" (1956) : « Alors sans avoir rien que la force d’aimer, nous aurons dans nos mains, Amis, le monde entier. ».

B. "La Valse à mille temps" (1959) : « Au troisième temps de la valse, il y a toi, y a l’amour et y a moi. ».

C. "Ne me quitte pas" (1959) : « Moi, je t’offrirai des perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas. ».

D. "Les Bourgeois" (1962) : « Les bourgeois, c’est comme les cochons, plus ça devient vieux, plus ça devient bête. ».

E. "Madeleine" (1962) : « Et Madeleine n’arrive pas. ».

F. "Les Vieux" (1963) : « Celui des deux qui reste se retrouve en enfer. ».

G. "Les Bonbons" (1963) : « Les bonbons, c’est tellement bon ! ».

H. "Au suivant" (1963) : « Il est plus humiliant d’être suivi que suivant. ».

I. "Amsterdam" (1964) : « Et ils pissent comme je pleure sur les femmes infidèles. ».

J. "Fernand" (1965) : « Et puis, si j’étais le Bon Dieu, je crois que je ne serais pas fier. ».

K. "Un enfant" (1968) : « Un enfant, et nous voilà passants. Un enfant, et nous voilà patience. Un enfant, et nous voilà passés. ».


Pour terminer ce très modeste hommage à Jacques Brel, voici sept de ses célèbres chansons.


1. "Ne me quitte pas" (enregistré le 11 septembre 1959)






2. "Madeleine" (1962)






3. "Les Vieux" (1963)






4. "Jef" (1963)






5. "Ces gens-là" (1965)






6. "Mathilde" (1966)






7. "Vesoul" (1968)






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 octobre 2018)
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Pour aller plus loin :
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Maurice Chevalier.

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https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/jacques-brel-les-bonbons-c-est-208332

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1 octobre 2018 1 01 /10 /octobre /2018 14:40

Né le 22 mai 1924 à Paris, Charles Aznavour fut un chanteur compositeur et interprète français d'origine arménienne, également écrivain et acteur de cinéma et de théâtre. Sa carrière de chanteur a commencé en 1946 jusqu'en 2018. Représentant permanent de l'Arménie à l'ONU, il était ambassadeur d'Arménie en Suisse, après avoir reçu la nationalité arménienne en 2008. Dans les années 1970, il avait déménagé à Crans-Montana. Il a reçu entre autres un César d'honneur en 1997, la Victoire de la musique de l'artiste interprète masculin en 1997, et une Victoire de la musique d'honneur pour l'ensemble de sa carrière en 2010.


SR

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20 septembre 2018 4 20 /09 /septembre /2018 03:16

« Nous, acteurs, avons la chance de nous amuser avec la mort avant de la connaître. » (Jean Piat, interrogé par Barbara Théate, "Journal du dimanche", le 31 janvier 2016).


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S’amuser avec la mort avant de la connaître… Hélas, maintenant, Jean Piat la connaît. Depuis ce mardi 18 septembre 2018 à Paris. À cinq jours seulement de son 94e anniversaire. Jean Piat était un comédien immense. Une diction parfaite, un regard perçant, une présence captivante. Il était sociétaire de la Comédie-française du 1er septembre 1947 au 31 décembre 1972. Il est parti tôt de lui-même de la Comédie-française (à l’âge de 48 ans) parce qu’il considérait que la troupe devait se renouveler régulièrement et faire la place aux jeunes… et aussi, choisir lui-même la date de son départ avant d’être remercié par le conseil d’administration.

Il a commencé le 7 mai 1945 à l’âge de 20 ans dans un petit rôle dans la pièce "Ruy Blas" de Victor Hugo mise en scène par Pierre Dux. Pendant ses premières années de théâtre, il a joué dans de nombreuses pièces mises en scène par Pierre Dux. Pas étonnant que Pierre Dux fût pour lui un mentor, un maître. Si je voulais faire un mauvais jeu de mot, je dirais que ce n’est plus "Fiat lux" mais "Piat Dux" !

Au théâtre, Jean Piat a joué au moins 900 fois, il a joué de très nombreux rôles comme Alceste, Cyrano de Bergerac (rôle dont il était le plus fier), Don Quichotte, etc., avec de grands auteurs comme Victor Hugo, Edmond Rostand, Marivaux, Beaumarchais, Musset, Labiche, Mérimée, Tristan Bernard, Molière, Paul Claudel, Fernand Ledoux, Montherlant (dans le rôle d’un personnage très misogyne), Feydeau, Giraudoux, Shakespeare, Courteline, Jules Romains, Guitry, Cocteau, etc. Il a beaucoup travaillé avec certains metteurs en scène comme Pierre Dux, Jean Meyer, etc. Il a aussi fait un peu de mise en scène (une vingtaine de pièces). Sa dernière prestation était très récente puisque c’était l’année dernière, en 2017, à la Comédie des Champs-Élysées.

Pour Jean Piat, il ne s’agissait pas de se mettre dans la peau d’un personnage, mais que ce personnage se mît dans sa peau : « Un personnage est un être vivant, qui est inclus dans les feuilles d’une brochure, mais c’est quand même un être vivant. (…) Donc, le personnage vivant vient à travers vous. La rencontre entre le personnage et vous, ça donne le personnage et ça donne l’être vivant sur scène qui intéresse plus ou moins le spectateur. On se rend service l’un l’autre, si je puis dire. En tant qu’acteur, on profite de la qualité d’un personnage. Vous ne me ferez pas jouer un personnage que je n’aime pas. Ce n’est pas possible. » ("Télérama", octobre 2016). Le personnage qui est fait pour lui, c’est quand il y a : « Une certaine vérité, une certaine bonne humeur. ».

Il s’est toujours interrogé sur l’intérêt du public pour les drames alors que les comédies sont relayées hors du champ culturel, dans les "théâtres de boulevard" à l’appellation péjorative : « C’est respecté, beaucoup plus qu’une scène de rire. Le rire n’est pas respecté au théâtre, alors que le drame est respecté. (…) C’est plus difficile de faire rire que d’attirer l’attention sur un drame quelconque. (…) Pourquoi on respecte moins le vaudeville que la tragédie ? On ne sait pas. Il n’y a de réponse, pas de réponse logique, pas de réponse rationnelle. » ("Télérama", octobre 2016).

Jouer, toujours jouer. Le 25 janvier 2016, Jean Piat l’avouait comme un fin gourmet : « Je joue, parce que quand je ne joue pas, j’ai l’impression d’être privé de dessert ! » (AFP). Il a joué dans une vingtaine de films au cinéma, mais son rendez-vous avec le cinéma fut raté, au contraire d’un comédien comme Claude Rich. Jean Piat a fait du cinéma alimentaire au début de sa carrière pour augmenter ses fins de mois. Mais quand il est sorti de la Comédie-française, il avait déjà presque 49 ans, c’était déjà âgé pour commencer à faire du cinéma au milieu des années 1970. Il avait laissé passer un grand moment de cinéma dans les années 1960. On ne lui avait alors proposé aucun grand rôle et le terrain était déjà occupé par de grands acteurs comme Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Jean Marais, etc.

Jean Piat a aussi pas mal joué pour la télévision française. D’ailleurs, sa notoriété auprès du grand public, il l’a acquise principalement dans deux rôles qu’il a joués pour des séries télévisées : Lagardère (pas Arnaud mais Henri de Lagardère !), une série de six épisodes créée par Marcel Jullian reprenant le roman de Paul Féval ("Le Bossu") et sa suite, diffusée sur la première chaîne de l’ORTF du 20 septembre 1967 au 25 octobre 1967, et Robert III d’Artois, le personnage éclatant de l’adaptation télévisée du fameux roman de Maurice Druon, "Les Rois maudits", série de six épisodes aussi, réalisée par Claude Barma dans une adaptation de Marcel Jullian, diffusée du 21 septembre 1972 au 24 janvier 1973 sur la deuxième chaîne de l’ORTF. Lorsque cette série a été rediffusée un peu plus tard, je l’avais adorée, comme tous les passionnés d’histoire de France.

La sortie des "Rois maudits" fut très importante pour Jean Piat : « Cela a été énorme. J’ai reçu ça comme la vague de l’océan qui vous balance quand vous êtes en train de mettre les pieds dans l’eau pour voir si elle est fraîche ou chaude. Plouf ! Je suis devenu un acteur vedette sans le vouloir, sans le savoir, sans m’en rendre compte (…). J’ai été le premier surpris de l’énorme succès. Dès le premier soir où il y a eu une projection à la Maison de la Radio, Chancel est arrivé vers moi : "C’est formidable !". (…) Je ne me rendais pas compte à quel point cela a eu un impact sur le public. » ("Télérama", octobre 2016). Mais il n’a pas eu d’autres rôles importants à la télévision après ce succès.

Je reviens sur ce rendez-vous raté avec le cinéma. Jean Piat a eu ce regret, mais pas très grave selon lui : « J’ai vécu de cela et j’ai pensé que cette réussite à la télévision allait m’amener au cinéma. Pas du tout. C’était le contraire, car le raisonnement était simple. Si l’on vous voit à la télévision gratuitement, il sera plus difficile après d’imposer votre présence dans un film au cinéma payant. Les gens vont payer leur place alors qu’ils vous voient à la télévision gratuitement. (…) Le cinéma n’est pas venu à moi parce que je ne suis pas allé à lui. En réalité, aux tréfonds de moi, maintenant, cela ne m’ennuie pas gravement, sinon que j’aurais voulu trouver un rôle, une fois. » ("Télérama", octobre 2016).

Sa notoriété, c’était aussi sa voix, au-delà de sa présence scénique. La voix, il l’a utilisée en particulier pour le personnage principal (Peter O’Toole) du film "Lawrence d’Arabie" (sorti le 10 décembre 1962), et pour la double série de films "Le Seigneur des Anneaux" et "Le Hobbit" (entre 2001 et 2014), pour le personnage de Gandalf (Ian MacKellen).

Au-delà de la scène, Jean Piat s’est mis à écrire, une quinzaine d’ouvrages, dont trois récompensés par l’Académie française, et cette passion de l’écriture lui a beaucoup plu : « C’est la solitude. La solitude me plaît avec des personnages que vous réinventez, que vous faites revenir à la surface. (…) C’étaient mes espaces entre deux pièces. » ("Télérama", octobre 2016).

Il a eu cette passion de l’écriture quand il a rencontré Françoise Dorin, auteur dramatique, qui est devenue sa compagne dans la vie à partir de 1975, et jusqu’à sa mort, le 12 janvier 2018, là aussi à quelques jours de son anniversaire (le 23 janvier 2018, elle aurait eu 90 ans). Les deux sont partis la même année, à quelques mois d’intervalle…

Jouer la mort : « Jouer une scène de mort, c’est merveilleux. Tout le monde vous écoute comme si c’était la leur qu’il voyait déjà ou qu’il prévoyait déjà. (…) Brusquement, il y a un silence, une épaisseur extraordinaire et on vit aussi bien de l’effet comique que du silence. Et un silence épais, pourquoi ? (…) parce qu’il y a un respect de la mort, d’une part, et qu’on a l’impression, quand on a joué, qu’ils pensaient à la leur sans le vouloir en voyant celle jouée par un autre, et après on se relève, le rideau tombe, et hop, on est vivant ! C’est bien, c’est une résurrection. C’est pourquoi les scènes de mort, c’est un régal ! » ("Télérama", octobre 2016).

Pour rendre hommage à Jean Piat, je propose ici les deux célèbres séries citées, une fable ("Les Animaux malade de la peste"), récitée le 5 avril 1980 à la télévision suisse (RTS), et surtout, un entretien inédit, savoureux, au Théâtre des Bouffes Parisiens avec la journaliste Fabienne Pascaud en octobre 2016 que "Télérama" vient de mettre en ligne pour rendre hommage au comédien disparu.


1. Entretien avec Fabienne Pascaud en octobre 2016






2. Une fable de La Fontaine sur la RTS le 5 avril 1980






3. "Les Rois maudits" (1972), premier épisode, mis en ligne par l’INA






4. "Lagardère" (1967)





















Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 septembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean Piat.
Maurice Chevalier.
Vanessa Marquez.
Micheline Presle.
Pauline Lafont.
Marie Trintignant.
Philippe Magnan.
Louis Lumière.
Georges Méliès.
Jeanne Moreau.
Louis de Funès.
Le cinéma parlant.
Charlie Chaplin.
Annie Cordy.
Johnny Hallyday.
Pierre Bellemare.
Meghan Markle.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180918-jean-piat.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/jean-piat-le-seigneur-de-la-scene-207811

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/09/20/36719531.html



 

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