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11 août 2018 6 11 /08 /août /2018 03:35

« Être jeune, c’est être spontané, rester proche des sources de la vie, pouvoir se dresser et secouer les chaînes d’une civilisation périmée, oser ce que d’autres n’ont pas eu le courage d’entreprendre. » (Thomas Mann, 1947).



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Il y a trente ans, une jeune actrice s’est retrouvée au centre d’une énigme malheureusement pas si mystérieuse que cela. Le 11 août 1988, en vacances dans les Cévennes, Pauline Lafont a fait de la randonnée seule, partie de la maison familiale, celle de sa mère, Bernadette Lafont (1938-2013). Dès la fin de la journée, sa disparition a été signalée à la police et pendant plusieurs jours, des recherches ont été effectuées, sans résultat. Les rumeurs les plus folles ont alors couru, laissant entendre que Pauline Lafont aurait été vivante et aurait voulu refaire sa vie.

Triste banalité d’un accident comme la montagne en provoque souvent hélas. Trois mois plus tard, le 21 novembre 1988, un agriculteur a découvert son corps au fond d’un ravin, elle avait chuté d’une dizaine de mètres et était morte sur le coup. Elle avait 25 ans (née le 6 avril 1963 à Nîmes) et était la seconde fille de l’actrice Bernadette Lafont (morte il y a cinq ans, le 25 juillet 2013, d’une crise cardiaque).

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Comme sa mère, Pauline Lafont avait suivi la voie royale du spectacle, de la comédie, de la chanson et de l’impertinence. Elle avait joué dans une vingtaine de films (en particulier sous la direction de Jean-Marie Poiré, Claude Chabrol, Jean-Pierre Mocky, Jean-Michel Ribes, Sylvain Madigan, Jean-Luc Godard, Josée Dayan, etc.).

Le film où elle a eu un rôle majeur, ce fut "L’été en pente douce" réalisé par Gérard Krawczyk et sorti le 29 avril 1987. C’était le deuxième long-métrage de Gérard Krawczyk qui s’était fait connaître avec son premier film "Je hais les acteurs" sorti le 10 septembre 1986 où Pauline Lafont a joué le rôle d’Elvira aux côtés de nombreux acteurs de renom, entre autres, Michel Galabru, Jean Poiret, Dominique Lavanant, Michel Blanc, Guy Marchand, etc. et même… Gotlib !

Dans "L’été en pente douce", elle jouait le rôle de la compagne d’un des deux frères qui viennent de perdre leur mère, l’autre frère est retardé mental (joué par Jacques Villeret, le premier par Jean-Pierre Bacri), mais ils doivent faire face à la détermination de deux voisins, des frères, joués par Jean Bouise et Guy Marchand, de racheter la maison familiale. Quasiment la seule femme du film, Pauline Lafont éblouissait par sa présence.

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Pauline était la dernière enfant de Bernadette Lafont qui avait également Élisabeth (actrice) et David, tous les trois, enfants du sculpteur hongrois Diourka Medveczky (88 ans) qui vit dans les Cévennes après avoir séjourné pendant une année (2015-2016) sur la merveilleuse Île aux Nattes (à quelques brasses au sud de l’Île Sainte-Marie) à Madagascar, sans doute l’un des endroits les plus paradisiaques au monde à condition que les touristes ne l’envahissent pas. Le sculpteur avait réalisé un unique film produit en 1969 avec Bernadette Lafont et Jean-Pierre Léaud, salué par la critique mais jamais distribué (sorti publiquement seulement en DVD le 6 novembre 2012).

De 1985 à sa disparition, Pauline Lafont était la compagne du chanteur Jacno, pseudonyme de Denis Quilliard (mort en 2009 d’une sale maladie) qui a aussi produit des albums notamment de Pauline Lafont mais aussi d’Étienne Daho, Lio, Jacques Higelin, etc.

Promise à une belle carrière, Pauline Lafont est tombée dans le goulp de la destinée. Il n’y a pas d’âge à cela et la réalité est que chaque vie ne tient jamais qu’à un fil. L’actualité des derniers jours, par leurs rudesses caniculaires, l’ont montré dans toute l’Europe. Cette disparition fut le grand malheur de Bernadette Lafont au sourire malgré tout pétillant.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 août 2018)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
Pauline Lafont.
Marie Trintignant.
Annie Cordy.
Philippe Magnan.
Johnny Hallyday.
Louis Lumière.
Pierre Bellemare.
Meghan Markle.
Pierre Desproges.
Georges Méliès.
Jeanne Moreau.
Louis de Funès.
Le cinéma parlant.
Charlie Chaplin.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180811-pauline-lafont.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/pauline-lafont-deveine-dans-les-206634

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1 août 2018 3 01 /08 /août /2018 03:54

« La séduction est la véritable violence. » (Gotthold Ephraim Lessing, 1772).


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Il y a quinze ans, dans la nuit du 26 au 27 juillet 2003 dans un hôtel à Vilnius, l’actrice Marie Trintignant est tombée dans un coma profond dont elle n’est jamais sortie. Blessée par dix-neuf coups, dont quatre portés au visage, assénés par son compagnon Bertrand Cantat, chanteur du groupe Noir Désir. Elle a succombé à ses blessures à l’âge de 41 ans le 1er août 2003 à l’hôpital de Neuilly-sur-Seine, après avoir été opérée plusieurs fois à Vilnius, puis été rapatriée en France le 31 juillet 2003.

Le chanteur avait installé l’actrice sur un lit sans prévenir immédiatement les secours et ce ne fut que le lendemain matin que le frère de la victime, contacté au cours de la nuit, appela les urgences. Bertrand Cantat, qui a alors tenté de se suicider, a été jugé à Vilnius le 29 mars 2004 à huit ans de prison. Il fut rapatrié près de Toulouse le 28 septembre 2004 et bénéficia de remises de peine, ce qui lui a permis de sortir de prison le 15 octobre 2007. Son contrôle judiciaire s’est arrêté à la fin de la durée de la peine le 29 juillet 2011.

La plus grande peine reste probablement sa conscience qui, jusqu’à la fin de ses jours, lui rappellera avec la plus lucide cruauté ce qu’il a commis pendant cette nuit glauque en Lituanie, apparemment pour une querelle de jalousie.

Toutefois, tant de violence avec une si grave conséquence, ce n’était pas très cher payé, quatre ans de prison ferme. Peut-être plus cher que certains homicides qui sont commis sur la route par des chauffards, mais moins cher que bien des meurtriers sans réputation.

De toute façon, il n’y aurait eu aucune peine qui aurait compensé, remplacé la vie de Marie Trintignant. Aucune vengeance n’est particulièrement utile même si ce sentiment peut paraître justifié et est difficilement répressible. Je songe à ses parents, Nadine et Jean-Louis Trintignant, toujours effondrés depuis cette tragédie, qui ont mené un combat pour qu’au-delà de leur fille, ce fût les femmes en général qui soient un peu mieux protégées de leur conjoint violent.

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Depuis qu’il a retrouvé la liberté, Bertrand Cantat cherche à reprendre son activité de chanteur mais à la plupart de ses concerts, il doit faire face à des manifestants qui trouvent odieux qu’il puisse continuer à se produire sur scène, comme si de rien n’était. Si bien que plusieurs concerts voire tournées ont été annulés.

Oui, bien sûr qu’il a le droit de vivre encore. Qu’il a payé sa dette à la société, certes, d’un point de vue judiciaire, mais d’un point de vue moral, la tache restera indélébile. Certains événements de la vie imposent parfois de changer radicalement son parcours professionnel. Par nécessité. Cela aurait sans doute était pertinent pour lui. Non pas quitter les arts et même la chanson, mais ne pas se produire devant une foule qui aurait vocation à l’applaudir. Comment pouvoir l’applaudir depuis le 27 juillet 2003 ?

La moindre des corrections, ce devrait être de se faire oublier par la société, ce devrait être de trouver un emploi discret, peut-être public mais sans public, écrire par exemple, beaucoup d’anciens prisonniers ont écrit, mais ils n’ont pas cherché à être applaudis, à être absous de leurs fautes.

Hélas, la mort de Marie Trintignant, qui a traumatisé au-delà du cercle de ses intimes parce qu’elle était une grande actrice qui avait encore beaucoup de potentiel pour des rôles parfois engagés, n’est qu’un drame ordinaire dans la violence faite aux femmes, la violence conjugale. Une femme meurt tous les trois jours en France d’une telle maltraitance conjugale, ce sont des statistiques insupportables à entendre.

Ce sont des statistiques qui n’ont guère évolué en dix ans, hélas. Selon un rapport publié le 1er septembre 2017 par le Ministère de l’Intérieur, il y a eu 157 personnes tuées par leur conjoint ou partenaire en 2016 en France (précisément, par leur époux, concubin, ex, amant ou partenaire de courte durée), dont 123 femmes et 34 hommes.

Plus d’un tiers des meurtriers incriminés (37% des conjoints "officiels" pour les 109 femmes tuées par leur conjoint "officiel") étaient déjà connus des services de police ou de gendarmerie pour des faits de violence conjugale. En tout, 85 424 victimes (dont 74 628 des femmes, soit 87,4%) ont déposé plainte en 2016 pour coups et blessures volontaires de la part de leur conjoint ou ex-conjoint. La même année, il y a eu 2 096 viols par un conjoint, dont 2 074 commis contre les femmes.

Cette violence conjugale touche tous les milieux. Un exemple tragique parmi d’autres parce qu’il a fait intervenir un notable : il y a près de dix ans, le 17 novembre 2008, un député et ancien maire d’une ville moyenne a d’abord battu violemment puis tué sa maîtresse qui venait de lui annoncer qu’elle le quittait, il s’est ensuite suicidé.

Lors de la journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre 2017, le Président Emmanuel Macron a dévoilé son plan pour l’égalité entre les femmes et les hommes et son plan contre les violences faites aux femmes : « Il est indispensable que la honte change de camp. ». De ce discours est sorti notamment le projet de loi renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, défendu en procédure accélérée (moins de navettes parlementaires) par la Ministre de la Justice Nicole Belloubet et la Secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa.

Adopté au conseil des ministres du 21 mars 2018, le texte fut discuté, amendé et voté par les députés le 16 mai 2018, mais le texte adopté par les sénateurs le 5 juillet 2018 est différent. Heureusement, le projet de loi vient de faire l’objet d’un accord au sein de la commission mixte paritaire créée le 6 juillet 2018 (une telle commission est formée lorsque les députés et les sénateurs n’adoptent pas le même texte). Cet accord a eu lieu ce lundi 23 juillet 2018 (un accord avec peu d’échos médiatiques en raison de l’affaire Benalla) et l’adoption définitive du texte est donc d’autant plus assurée qu’il a recueilli un consensus qui a dépassé les clivages politiques.

Voici comment la rapporteure de ce projet de loi, Alexandra Louis, députée LREM, l’a introduit le 10 mai 2018 : « Violences les plus intimes, les violences sexistes et sexuelles sont certainement les plus difficiles à aborder. Les combattre n’en est que plus compliqué car au poids de ces souffrances s’ajoute celui du silence. Ce silence subi ou choisi parfois par l’entourage, la société ou la victime elle-même s’érige comme un obstacle dans le traitement de cette problématique. Ces violences pourtant ne connaissent ni frontières sociales, ni frontières géographiques et s’immiscent ans le quotidien de nombreuses personnes selon des formes variées, dans tous les aspects de la vie des victimes. ».

Malheureusement, cette nouvelle loi aura peu d’effet sur la réalité statistique. Il est déjà interdit d’être violent sur un conjoint ou sur une femme. Seulement 19% des femmes victimes de violences sexuelles ou physiques dans leur couple ont déposé plainte en 2016. La nouvelle loi facilitera sans nul doute la sanction, mais n’empêchera probablement pas la violence elle-même qui, elle, ne pourra être combattue que par une action de longue haleine qu’on nomme habituellement …l’éducation.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 juillet 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Violences conjugales en France : quelques chiffres qui parlent.
La lutte contre la violence faite aux femmes, nouvelle cause nationale ?
Que restera-t-il du drame de Thionville ?
Marie Trintignant.
Annie Cordy.
Johnny Hallyday.
Louis Lumière.

_yartiTrintignantMarie01


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180801-marie-trintignant.html

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22 juillet 2018 7 22 /07 /juillet /2018 02:24

Née il y a 100 ans, le 22 juillet 1918 à Marseille, Cora Vaucaire (également Michèle Dax, née Geneviève Collin) fut une chanteuse interprète française qui a eu beaucoup de succès dans les années 1950. Elle fut surnommée "la Dame Blanche de Saint-Germain-des-Près". Ce fut elle qui créa "Les Feuilles mortes" et d'autres textes de Jacques Prévert sur scène. Elle a notamment introduit Barbara et Léo Ferré. Elle a chanté beaucoup de poètes comme Apollinaire, Louis Aragon, etc. Elle fit une tournée au Japon dans les années 1980 et continua à se produire à Paris dans les années 1990 (notamment à l'Olympia et les Bouffes du Nord). Elle est morte à 93 ans le 17 septembre 2011 à Paris et fut incinérée et inhumée le 22 septembre 2011 au Père-Lachaise à Paris.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180722-cora-vaucaire.html

 

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15 juillet 2018 7 15 /07 /juillet /2018 22:16

Louis Pauwels avait réalisé une émission en interviewant Louis-Ferdinand Céline en 1959. Mais l'émission, interdite, n'a jamais pu être diffusée à l'antenne. On peut désormais l'écouter grâce à Internet.

Cliquer sur le lien pour télécharger la vidéo (fichier .mp4) :
http://www.pileface.com/media/video/Celine-1959.mp4

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180108-louis-ferdinand-celine.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180111-video-celine-pauwels.html

 

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14 juillet 2018 6 14 /07 /juillet /2018 04:07

Né le 14 juillet 1918 à Uppsala, en Suède, Ingmar Bergman est né il y a cent ans. Il est considéré l'un des plus grands cinéaste de l'histoire du cinéma. Il a reçu de nombreuses récompenses dans sa carrière de réalisateur, notamment trois Oscars (1961, 1962 et 1984), l'Ours d'or de la Berlinale de 1958, cinq prix au Festival de Cannes (1957, 1958, 1973, 1997 et 1998) dont la Palme des palmes en 1997, un César en 1984, le Lion d'or au Mostra de Venise de 1981, six Golden Globe Award (1959, 1960, 1974, 1976, 1978 et 1983), etc. Ses principaux films sont : "Jeux d'été", "Un été avec Monika", "La nuit des forains", "Sourires d'une nuit d'été", "Le septième sceau", "Les fraises sauvages", "Persona", "L'heure du loup", "Cris et chuchotements", "Scène de la vie conjugale", "Sonate d'automne", "Fanny et Alexandre", etc. Il a également réalisé "La flûte enchantée" reprenant le célèbre opéra de Mozart. Il est mort à 89 ans le 30 juillet 2007 à l'ile de Faro, en Suède.

SR

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5 juillet 2018 4 05 /07 /juillet /2018 12:17

Né le 27 novembre 1925 à Bois-Colombes, Claude Lanzmann fut un journaliste, écrivain et réalisateur de films. D'origine juive et engagé dans la Résistance en 1943 en Auvergne aux côtés des communistes, il fut connu pour avoir réalisé un long documentaire titré "Shoah", tourné entre 1976 et 1981 et sorti au cinéma le 30 avril 1985 (durée de 613 minutes), recevant un César d'honneur en 1986. Il s'agit d'une succession d'entretiens avec des témoins de l'extermination des Juifs d'Europe par les nazis. Un documentaire poignant qui fut essentiel dans la transmission de la mémoire aux jeunes générations.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180705-claude-lanzmann.html

 

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5 juillet 2018 4 05 /07 /juillet /2018 00:10

« Marteaux-piqueurs, pelleteuses et bulldozers seront probablement les derniers sons de musique concrète à faire vibrer les murs de la maison de Pierre Henry. En juillet, sauf miracle politique de dernière minute, cette vieille bâtisse de deux étages, cernée d’immeubles (…), sera rasée pour laisser place à une opération immobilière. » (Sébastien Porte, "Télérama", le 20 février 2018).


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J’ai assisté à plusieurs de ses concerts mais je n’ai jamais eu la chance ni l’occasion d’assister à un concert chez lui. Chez le compositeur Pierre Henry, père de la musique concrète et à ce titre, précurseur des nombreuses musiques utilisées notamment au cinéma, mort à 89 ans le 5 juillet 2017, il y a un an. Entre 1996 et 2016, 9 000 visiteurs et auditeurs ont eu la chance de se rendre dans sa petite maison du quartier Picpus, au 32 rue de Toul, dans le douzième arrondissement de Paris. Pierre Henry avait l’habitude de faire portes ouvertes et d’inviter ses auditeurs au sein même de son repaire. Ils étaient une quarantaine par concert.

Cette maison ne paie pas de mine, à la regarder de l’extérieur. Lui et son épouse l’ont habitée depuis 1971. Pour Pierre Henry, c’était sa maison d’artiste, son laboratoire de recherches acoustiques, son atelier d’artisan, un véritable outil de travail : « Les sons que garde la maison sont un soutien pour moi. Comme les manuscrits d’un écrivain. C’est la bibliothèque qui vous enrichit un peu tous les jours. » (Interview de Pierre Henry en 2005 citée par France Musique le 7 février 2018). Tout était sonorisé, de la cuisine à la salle de bains, de la cave (son premier studio) aux petits-coins. Chaque bruit devenait une note de musique, dans son imagination.

Chaque pièce est conçue avec des haut-parleurs, des magnétophones, des appareils électroniques, et lorsque ses spectateurs venaient le visiter, ils pouvaient entendre un bruit d’orage dans les escaliers, se prélasser sur son propre lit pour écouter un morceau de musique et il a même dû débrancher les haut-parleurs des toilettes car les visiteurs y restaient trop longtemps pour écouter la musique qu’il y diffusait.

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Partout, dans le sous-sol, à l’étage, dans les recoins, il y a des appareils, des machines à faire du bruit, des appareils parfois dinosauriens, des cassettes numériques et surtout, une précieuse collection de 15 000 sons minutieusement archivés que le compositeur avait léguée à la Bibliothèque Nationale de France dès 2007. C’était dans cet univers personnel que Pierre Henry a créé, a innové, a composé. Il y trouvait ses inspirations, ses capacités techniques (pour faire tel ou tel son), son lieu de mémoire.

Il n’était d’ailleurs pas que musicien puisque les visiteurs pouvaient voir aussi des centaines de tableaux de "peinture concrète" qu’il avait lui-même réalisés. Des tableaux-sculptures qui reprenaient les outils artisanaux dont il n’avait plus besoin avec le numérique : « Ces peintures concrètes témoignent des moments forts de ma vie et entrent en résonance avec le lieu comme avec ma musique : c’est comme une vibration. (…) Elles me portent à la méditation. Quand je suis dans le studio, isolé avec mes sons, me savoir au milieu des éléments constitutifs de ma musique me rassure. » (Entretiens avec Franck Mallet, livre édité par la Philharmonie de Paris, cité par "Télérama" le 20 février 2018).

Bref, cette maison qui n’a rien d’intéressant sur le plan architectural est une pépite de l’histoire de la musique française. Elle est le lieu privilégié d’un créateur de génie, un exceptionnel lieu de culture et de mémoire, et aussi un lieu de rencontres : « C’est là que furent inventés des procédés techniques de composition depuis lors largement standardisés, et que fut élaboré un pan essentiel de la musique occidentale moderne. (…) Ce créateur titanesque y a coupé, monté, enroulé et déroulé des milliers de kilomètres de bandes magnétiques. » (Sébastien Porte, "Télérama").

Hélas, il semble qu’il n’y ait plus beaucoup de moyens d’éviter la fatalité sauf croire aux miracles ! Pierre Henry n’était pas propriétaire de sa maison et il la louait. Lorsqu’elle fut vendue, en 2012, le couple était déjà trop âgé pour contracter un emprunt bancaire. Ils n’ont pas pu la racheter. Cela montre aussi qu’il était plus un passionné peu porté vers l’argent qu’une star fortunée !

Or, le nouveau propriétaire est un promoteur immobilier qui a l’intention de carrément raser la maison pour construire un immeuble plus moderne dans ce quartier assez tranquille de Paris. À la mort de Pierre Henry, ce promoteur immobilier a donné un an à sa veuve pour quitter les lieux, sinon, il augmenterait le loyer en le multipliant par plus de quatre. Les pelleteuses arrivent donc dans deux mois !

Depuis dix mois, Isabelle Warnier, la veuve, et Bernadette Mangin, l’assistante musicale de Pierre Henry, passent leur temps à vider la maison, à ne rien perdre, à retrouver dans les recoins quelques anciennes bandes son oubliées, etc. Et à demander aux pouvoirs publics de réagir pour sauver ce patrimoine culturel unique. Une pétition lancée le 7 juillet 2017 par quelques amis musiciens inquiets n’a recueilli, pour l’instant, que 10 000 signataires (10 074 au 4 juillet 2018). À l’évidence, tout le monde se moque que ce patrimoine parte en fumée, sous les éboulis de la société de consommation.

Comme l’a expliqué Élodie Forêt sur France Inter le 2 mai 2018, en effet, « [les deux gardiennes du trésor] ont entrepris un travail titanesque : faire l’inventaire de toutes les archives, bandes magnétiques et peintures concrètes entreposées dans la maison. (…) Et ce travail, Isabelle et Bernadette le font le cœur lourd. "Ce sera un déchirement", disent-elles, de quitter ces lieux où elles ont tant de souvenirs. ». Outre l’atelier, c’était aussi là où vivait (et vit encore) Isabelle Warnier.

La maire de Paris Anne Hidalgo n’a pas beaucoup aidé. Elle s’est juste contentée de faire voter par le Conseil de Paris l’installation d’une simple plaque rappelant que Pierre Henry a vécu en ces lieux. C’est un peu faible pour sauver le patrimoine artistique de la France. La maire socialiste du douzième arrondissement a attribué un local municipal pour permettre à la veuve de Pierre Henry d’entreposer tous les équipements et la collection évoquée en attendant une utilisation plus réfléchie dans un musée, comme le Musée de la Musique à la Villette, près de la Philharmonie de Paris. Cette maire d’arrondissement a convenu cependant : « Il s’agit d’un dossier immobilier 100% privé dans lequel nous n’avons pas les moyens d’intervenir. » ("Le Parisien", le 18 février 2018).

La Ministre de la Culture semble ne pas avoir réagi à cette situation actuelle. C’est vrai, et heureusement que le droit de propriété est respecté en France, il s’agit hélas d’une affaire privée, un propriétaire privé qui vend un bien à un acheteur privé qui veut ensuite rentabiliser son investissement, dans une ville où le manque de logements est patent.

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Mais ici, il s’agit d’une perle du patrimoine musical français. La mairie a un moyen de bloquer les choses avec le permis de construire. Surtout, le ministère peut classer le lieu comme patrimoine national, et dans ce cas, la préservation de la maison serait acquise. Il est vrai qu’il serait difficile, ne serait-ce que pour des raisons de norme de sécurité, d’en faire un lieu ouvert au public très largement, mais rien n’empêcherait de faire visiter cette maison avec un flux de visiteurs très faible, comme c’est le cas avec la maison de Maurice Ravel à Montfort-l’Amaury.

À l’heure où l’on cherche à sauver la maison de Georges Bizet à Bougival et où l’État pourrait classer la maison de Ravel, et plus généralement, à l’heure où l’on cherche à préparer le futur en conservant la mémoire, l’abandon des pouvoirs publics de ce lieu de mémoire que constitue la maison de Pierre Henry est un véritable scandale culturel.

Le musicien y avait composé cent trente œuvres et sa dernière œuvre fut achevée en mai 2017, juste avant d’être hospitalisé, "Fondu au noir", qui fut interprétée selon ses vœux pour la première fois le 2 mars 2018 à 20 heures dans la salle de l’ancien Conservatoire de Paris (au 2 bis, rue du Conservatoire, Paris 9e), là où en 1952, il interpréta sa célèbre "Symphonie pour un homme seul" devant Igor Stravinsky.

Certains n’ont pas compris l’apport fondamental de Pierre Henry dans l’histoire de la musique et la gravité de la destruction, sous les yeux de ses contemporains, d‘un patrimoine culturel unique en son genre. La première vocation du patriotisme, c’est avant tout protéger l'héritage culturel laissé par les Français de talent et de génie. Cela, même au détriment de profits immobiliers, financiers et donc fiscaux, à très court terme…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 juillet 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pétition : sauvons la maison de Pierre Henry !
La seconde mort de Pierre Henry.
Messes pour un Pierre Henry présent.
Hommage à Pierre Henry (6 juillet 2017).
Le dernier concert de Pierre Henry.
La musique concrète de Pierre Henry toujours à l’honneur de l’été parisien.
Vidéo de "Symphonie pour un homme seul" (Pierre Schaeffer et Pierre Henry).
Barbara Hannigan.
György Ligeti.
Claude Debussy.
Binet compositeur.
Pierre Boulez.
Karlheinz Stockhausen.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180502-pierre-henry.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/la-seconde-mort-de-pierre-henry-204019

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2 juillet 2018 1 02 /07 /juillet /2018 01:24

Née le 2 juillet 1928 à Nieppe, Line Renaud a commencé sa carrière comme chanteuse et comme actrice en 1945. Elle a reçu le grand prix du disque en 1949. Elle a joué dans des dizaines de films du cinéma ou de la télévision, en particulier dans "Belle Maman" (1999), "La croisière" (2011) et "Les Rois maudits" dans la deuxième version, celle de Josée Dayan (2005). Elle a joué dans le prochain film de Ladislas Chollat "Let's Dance" qui sortira en 2019. Soutien de Jacques Chirac pendant les années du RPR, mais aussi de Bertrand Delanoë à Paris, Line Renaud fut souvent la victime récurrente des imitations de Thierry Le Luron dans les années 1970 et 1980. Son sens de l'humour fut confirmé lors de sa participation au fameux Tribunal des flagrants délires diffusé le 12 novembre 1980 sur France Inter. Il existe une Line Renaud Road à Las Vegas, pas loin de rues portant le nom de ses amis Frank Sinatra et Dean Martin. Elle a fait son premier concert à l'Olympia le 24 mai 2011.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180702-line-renaud.html


 

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26 juin 2018 2 26 /06 /juin /2018 04:48

« Tout a une voix, tout a une histoire. Les histoires se cachent partout. » (Theodore Roszak, professeur à l’Université de Californie, en 2007).



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Il est assez compréhensible que le monde médiatique se soit penché sur le parcours de Pierre Bellemare, qui s’est éteint il y a un mois, le samedi 26 mai 2018 dans un hôpital de la région parisienne à l’âge de 88 ans (il est né le 21 octobre 1929) et qui a été enterré le jeudi 31 mai 2018 à l’église Saint-Roch de Paris. D’une part, les médias rendent toujours hommage à l’un des leurs, c’est d’autant plus normal que lorsque celui-ci est un vétéran, il a forcément formé ceux qui officient aujourd’hui. D’autre part, au-delà de ce monde assez nombriliste et autocongratulant des médias, ceux qui sont aujourd’hui aux manettes dans tous les domaines, politique, économique, culturel, etc. ont, si je donne une fourchette large, entre 40 et 60 ans et étaient donc enfants à l’époque où l’homme de la radio leur parlait.

C’est aussi le fait de toute personnalité célèbre, elle appartient à ceux qui la connaissent. L’exemple le plus frappant est Johnny Hallyday qui avait de véritables fanatiques. Mais c’est le cas aussi lorsque cette personnalité s’invite chez vous à la radio. Plus qu’à la télévision, la radio fait partie de la vie privée, voire intime, certains écoutent la radio jusqu’à leur salle de bains. La voix entre au plus profond de l’esprit et surtout si cet esprit est en pleine formation, aux temps où il est éponge, où il apprend, la voix est reconnaissable, est appropriée par ses auditeurs les plus jeunes.

La radio était un peu comme l’automobile à une certaine (lointaine) époque. Il y avait fidélité familiale dans les marques. Certaines familles étaient Renault, d’autres Citroën, d’autres encore Peugeot. Certaines familles étaient France Inter, d’autres RTL, la mienne était Europe 1.

Donc, oui, comme beaucoup d’autres de mes contemporains, j’ai été biberonné pendant l’enfance à ces "histoires extraordinaires" (au titre qui changeait au fil des époques) le samedi de 13 heures 30 (après le journal) jusqu’au flash de 14 heures. Là, le silence s’établissait au dessert. La page de publicité du milieu permettait de débarrasser rapidement la table. Le suspens dramatique était haletant. La voix était rassurante, grave, douce, soulageante. Pas celle d’un médecin, mais celle d’un bonimenteur. La confiance s’établissait. On savait qu’on ne l’écouterait pas pour rien. Qu’il y aurait le fin mot de l’histoire.

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Pour les souvenirs qu’il me reste, cela devait être plutôt des histoires policières. Je n’ai aucun souvenir de glauque mais quand on parle de crimes, de meurtres, de viol, c’est forcément glauque. C’était à une heure de grande écoute pour toute la famille. Je n’ai jamais ressenti une gêne dans le fond de ces histoires. Pourquoi ? L’enfant est-il à ce point protégé qu’il manque trop d’imagination sur l’horreur de certains faits-divers ? Ou y avait-il la certitude (fausse puisque ces histoires étaient dites vraies) que tout cela n’était que fiction et imaginaire, ce qui permet d’avaler beaucoup de films et de romans pas forcément réjouissants ?

Cela me fait d’ailleurs dire que cette période (Pierre Bellemare a raconté ses histoires à partir des années 1960 et quasiment jusqu’à sa mort, car il a continué sur des chaînes de la TNT) n’était pas plus protégée qu’aujourd’hui des horreurs quotidiennes. En effet, si vous mettez la télévision aujourd’hui, vous avez plus d’une chance sur deux pour tomber dans du glauque, soit un documentaire sur des crimes (ou sur les urgences, ou sur des opérations chez un vétérinaire), soit une série policière ou assimilée. Les histoires de Pierre Bellemare, en cela, n’étaient pas plus protectrices que ce qu’on voit ou entend maintenant. Pas plus que les contes pour enfants.

Mais elles étaient dites au moins de manière intelligente et attrayante. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Au fil des années, la voix est devenue donc une habitude, une intimité, ou plutôt, une familiarité. Il a été le grand-père que beaucoup auraient voulu avoir, celui qui raconte des histoires avec la bonne humeur. Car si, avec sa moustache (c’est peut-être la moustache la plus visible de tous les hommes de radio !) et ses sourcils fournis, il pouvait impressionner, l’œil malicieux s’entendait bien aussi, le sourire, la bonne humeur et finalement, la représentation d’un certain art de bien vivre.

Un excellent conteur, donc, ce Pierre Bellemare, ce qui en faisait aussi un excellent animateur d’émission. Sa voix était immédiatement autorité. On regardera avec une pointe d’étonnement cette fameuse émission de jeu télévisé "La Tête et les Jambes" où il questionnait le 25 avril 1970 le jeune Laurent Fabius qui, à 23 ans, était en train de faire son service militaire à Toulon avant d’intégrer l’ENA (quand il a été nommé à Matignon, elle a été rediffusée par extrait).







Du coup, on pouvait "utiliser" l’animateur aussi pour des opérations ponctuelles ou pour des actions humanitaires, ce qui fut le cas sur TF1 en 1981 pendant une courte saison juste avant le journal de 20 heures avec "Vous pouvez compter sur nous", une émission qui encourageait la solidarité entre téléspectateurs.

Les dernières vapeurs de la légende construite pendant l’enfance ont totalement disparu quand Pierre Bellemare s’est mis au Téléshopping (en 1988 sur TF1). Cela m’avait déçu que cette voix mythique fût le véhicule bassement matérialiste de la société de consommation. J’en voulais à une certaine vénalité qui s’exprimait comme les vendeurs de montres ou de mixeurs de fruits et légumes sur les marchés. L’animateur n’était plus l’intermédiaire entre une histoire et des auditeurs, mais entre un objet commercial et des consommateurs.

C’était lui qui avait exporté cette idée des États-Unis, le pays des innovations économiques. Il faut pourtant lui reconnaître, à Pierre Bellemare, que c’était une idée de génie pour les télévisions privées. Sur le principe, c’est plus que lassant car très répétitif au point que vous avez l’impression d’être pris pour un imbécile, mais c’était une idée visionnaire qui anticipait la survenue de l’Internet et du e-commerce, au même titre que La Redoute et Les 3 Suisses, avec la vente par correspondance, ont anticipé le principe repris et amplifié par Amazon.

Sa haute stature aurait pu lui ouvrir une carrière cinématographique qu’il n’a fait qu’effleurer. On peut retenir sa prestation comme directeur des services secrets dans le film "OSS 117 : Rio ne répond plus" (2009), réalisé par Michel Hazanavicius, même si dans ce film, il jouait surtout sa propre caricature.

Tant de panache dans l’art de parler, avec cet humour un brin britannique dans une bonhomie bien française du terroir (le terroir ne veut pas dire grand-chose mais appelle l’image adéquate), ne pouvait pas ne pas être remarqué et appelé par "Les Grosses Têtes" de Philippe Bouvard qui en fit l’un des "sociétaires" permanents entre 1992 et 2013, reprenant une activité sur RTL, la radio où il avait commencé en 1947.

Délaissant son baccalauréat pour se marier, ce fils de Pierre Bellemare, futur père de Pierre Bellemare (dans la famille, les fistons s’appellent tous Pierre !), a démarré sa carrière à un poste d’assistant technique et sa rencontre avec Jacques Antoine (1924-2012) fut déterminante puisque ce dernier, producteur de radio et télévision, lui donna sa chance, celle d’une émission de radio en 1950 puis d’un des premiers jeux télévisés français en 1954.

S’il a autant duré dans le monde de la radio et de la télévision (presque soixante-dix ans !), ce n’était pas seulement pour sa voix, c’était aussi parce qu’il était un professionnel consciencieux, très exigeant pour lui-même, qui répétait toutes ses émissions, qui faisait son boulot avec la minutie du bon horloger. Un artisan qui confine à l’artiste.

Une autre raison de sa longévité, ce fut aussi cette volonté de toujours innover ou d’importer les innovations de l’extérieur. J’ai évoqué le Téléshopping, mais on peut rajouter notamment le prompteur (en 1957), et aussi, le fait de faire participer le public dans les émissions.

C’est maintenant au Père-Lachaise qu’il continuera à conter…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 juin 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pierre Bellemare.
Jacques Antoine.
Bernard Pivot.
Michel Polac.
Alain Decaux.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180526-pierre-bellemare.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/pierre-bellemare-une-voix-une-204793

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/06/27/36447107.html



 

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16 juin 2018 6 16 /06 /juin /2018 04:39

« La passion fait la force. »


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La passion fait la force. C’est tout elle. C’est sa devise depuis qu’elle est baronne. Ce n’est pas une plaisanterie, elle a même conçu ses armoiries : un losange rouge avec un épi de blé au centre, entre deux masques de la commedia dell’arte, un riant et un pleurant, le tout entouré de deux lions et surplombé par une couronne de baronne. La célèbre chanteuse belge est réellement baronne, anoblie par le roi des Belges, Albert II, le 11 octobre 2004. Tout ce qu’il y a de plus sérieux, madame la baronne.

Comme ce n’est pas une plaisanterie que ce samedi 16 juin 2018, Annie Cordy fête ses 90 ans. Oui, 90 ans ! L’occasion, pour sa ville natale Bruxelles, dont elle est citoyenne d’honneur depuis 2004, de baptiser, au début du mois de juillet 2018, une rue (tenue secrète) et dévoiler une fresque en son honneur. Paris aussi l’avait déjà honorée de sa Médaille de la Ville de Paris, dès 1981, remise par Jacques Chirac.

Dans le cadre de l’Ommegang (procession folklorique), l’infatigable Annie Cordy fera deux spectacles les 4 et 6 juillet 2018 à 20 heures 45 à la Grand-Place de Bruxelles. Les lions du blason représentent sa mère, une femme à l’énergie  formidable dont elle a hérité. Autre consécration, sa caricature dans "Astérix chez les Belges" par René Goscinny et Albert Uderzo.

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La plaisanterie et la bonne humeur, le sourire, la fêtardise, la scène, tout cela, elle connaît, plus, elle en est un peu le synonyme, la représentante… Car Annie Cordy est connue avant tout pour ses chansons qui mettent de l’ambiance, avec légèreté et couleurs. Des paillettes, mais surtout des couleurs, surtout, des couleurs vives, de la fantaisie, de la vitalité. Un peu un Henri Salvador dans sa version belge et féminine.

On a du mal à imaginer Annie Cordy avec un âge, justement. Beaucoup la connaissent plutôt sans âge, ou alors, comme on dit poliment, entre deux âges. Dans les années 1970, elle avait entre 40 et 50 ans. C’est l’entre-âge. Pas vieille, mais pas jeune non plus. Pourtant, Annie Cordy a été jeune, une très jeune femme, pleine de beauté (voir photo). Elle a débuté ainsi, une starlette comme une autre, à danser, à chanter, dans des galas, dans des concours, etc. (elle fut lauréate du Grand Prix de la Chanson en 1944, à 16 ans).

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Dès 18 ans, elle est embauchée comme meneuse de revue à Bruxelles. À 21 ans, elle est appelée pour continuer au Lido et au Moulin-Rouge, à Paris (le 1er mai 1950). Cela explique pourquoi, plus tard, elle a toujours apprécié les déguisements, les danses, la joyeuseté. Très vite, elle a élargi son champ d’action : opérettes, chansons, films. Elle a démarré avec Maurice Chevalier, Bourvil, Georges Guétary, Luis Mariano, Jean Richard, Louis de Funès, Henri Salvador, etc. Elle est devenue rapidement une star, d’autant plus célèbre qu’elle a accompagné pendant une dizaine d’années le très populaire Tour de France. Ce fut la vedette de l’Olympia dès 1955.

Un exemple d’opérette dans le film "Le Chanteur de Mexico" de Richard Pottier (sorti le 21 décembre 1956) avec Luis Mariano et Bourvil.







La bonne humeur n’interdit pas le travail, le travail, et le travail. Car en près de soixante-dix ans de carrière (elle n’a pas encore arrêté !), elle a accumulé le travail : plus de 700 chansons (avec les émissions de télévision, elle a chanté 2 000 chansons), une quarantaine de disques, une dizaine de comédies musicales et d’opérettes, une dizaine de milliers de galas ! Un dynamisme terrible, incroyable.

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Pour n’en citer que trois, très connues, je propose ici "La Bonne du curé" sortie en 1974 qui reste le plus grand succès d’Annie Cordy, plus d’un million de disques vendus en un an pour les seules France et Belgique ! Près de deux millions en 1999.







Voici une autre chanson très célèbre, "Tata Yoyo" sortie en 1981, dont le disque a été vendu à plus d’un million d’exemplaires en vingt ans.







Et une autre chanson qui a eu beaucoup de succès, "Cho Ka Ka o" sortie en 1985, et reprise par Dieudonné dans une parodie bête et méchante en "Shoahnanas" qui lui a valu une condamnation en appel pour diffamation, injure et incitation à la haine et à la discrimination raciale (selon "Libération" du 28 novembre 2013).







Mais peut-on résumer la carrière d’Annie Cordy seulement à la chanson de variétés ? Certainement pas, et cela peut même surprendre. À côté d’une carrière de chanteuse, elle a suivi aussi une carrière d’actrice et de comédienne qu’elle poursuit toujours.

Une douzaine de pièces de théâtre et une centaine de films, au cinéma ou à la télévision, parfois la présence dans certaines séries (sans compter une centaine d’émissions de télévision de variétés ou de documentaires). Sa carrière au cinéma, elle l’a commencée dès 1954 au milieu de toutes les stars du moment.

Elle a tourné dans des films comme "Le Passager de la pluie" de René Clément (sorti le 21 janvier 1970) avec Marlène Jobert, Charles Bronson et Jean Piat (son premier rôle dramatique), "Le Chat" de Pierre Granier-Deferre (sorti le 24 avril 1971) avec Simone Signoret et Jean Gabin, "Elle court, elle court la banlieue" de Gérard Pirès et Claude Miller (sorti le 22 février 1973) avec Marthe Keller, Jacques Higelin, Claude Piéplu et Victor Lanoux, ou encore le rôle de la belle-mère dans "La vengeance d’une blonde" de Jeannot Szwarc (sorti le 26 janvier 1994) avec Marie-Anne Chazel, Clémentine Célarié, Christian Clavier et Thierry Lhermitte.

Ses rôles dans les films ne sont pas seulement du ressort comique mais parfois dramatique. L’un de ses derniers films lui a donné le rôle principal, celui de la "vieille" grand-mère qui veut s’émanciper en fuyant son EHPAD, dans "Les Souvenirs" de Jean-Michel Rouve (sorti le 14 janvier 2015) avec Audrey Lamy, Chantal Lauby, Michel Blanc et surtout Mathieu Spinosi.







Je propose ici "Rue Haute", film d’André Ernotte (sorti en août 1976) où elle est une poissonnière bruxelloise (avec Mort Shuman). Elle a été primée pour ce tournage.











Enfin, voici "Passage du bac", un téléfilm d’Olivier Langlois (diffusé le 5 juin 2002) où elle est adorable en "formant" un "couple" avec Charles Aznavour.







Cette boulimique à toute épreuve (théâtre, opérette, scène, plateau de cinéma) est vraiment étonnante par son dynamisme même dans les pires épreuves (la mort de son mari par exemple en 1989). Sortent cette année trois films où elle a tourné et apparemment, elle ne compte pas en rester là (sans être la seule dans ce cas, Gisèle Casadesus, par exemple, avait continué le cinéma jusqu’à près de 100 ans !).

Le site Internet de la radio RFI avait proposé il y a quelques années une biographie assez détaillée de l’artiste et son introduction résumait excellemment la carrière de la chanteuse-actrice : « Non, Annie Cordy n’est pas seulement la rigolote qui fit chanter toute la France (…) ! Outre une incroyable artiste de scène à l’énergie inépuisable, Annie Cordy est une comédienne hors pair qui a maintes fois prouvé la diversité de ses talents. Autant à l’aise dans la comédie la plus délurée que dans le drame, cette artiste continue de mener sa carrière tambour battant en dépit d’une image un rien désuète. » (septembre 2004). Mais en fait, il n’y a rien de désuet à vouloir toujours sourire à la vie… et à ses spectateurs. Bon anniversaire, Tata Nini !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 juin 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Annie Cordy.
Johnny Hallyday.
Louis Lumière.
Pierre Bellemare.
Meghan Markle.
Pierre Desproges.
Barbara Hannigan.
Serge Gainsbourg.
Claude François.
Henri Salvador.
Barbara chantée par Depardieu.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180616-annie-cordy.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/les-90-etoiles-de-tata-cordy-205214

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/06/16/36488788.html




 

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