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4 juin 2018 1 04 /06 /juin /2018 03:06

« S’il y a quelque chose à retenir de mon parcours professionnel ou même de mes études, c’est le fait que j’ai toujours voulu me confronter à des difficultés. C’est un souci d’exigence et aussi une éthique personnelle. » (Sibyle Veil, devant le CSA, le 11 avril 2018).


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La réforme de l'audiovisuel public va être présentée ce lundi 4 juin 2018. Je reviens sur la désignation de Sibyle Veil le 12 avril 2018 à la présidence de Radio France à la suite d’une procédure transparente du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Elle a pris ses fonctions ce lundi 16 avril 2018 et sa première action fut de réunir tous les employés de la Maison ronde pour leur présenter son projet pour cinq ans.

Après les premières dépêches purement factuelles sur cette nomination d’une personne, il faut bien le rappeler, qui était très peu connue des journalistes (en dehors de ceux de Radio France évidemment), au point qu’il n’y avait même pas de fiche Wikipédia pour les aider, les dépêches suivantes ont surtout insisté sur un fait, celui d’avoir été dans la même promotion de l’ENA que le Président de la République Emmanuel Macron. Le  « genre de détail aussi empoisonnant qu'un soupçon », selon les mots de la journaliste Aude Dassonville.

Ce fait est évidemment réel et incontestable, mais l’antimacronisme primaire de certains milieux a tout de suite interprété cela comme : Sibyle Veil est une "copine" d’Emmanuel Macron, c’est donc normal que ce soit elle qui est choisie, car le Président peut tout et place ses hommes (et ses femmes).

J’imagine ce qu’elle a pu ressentir comme réaction en lisant ce genre d’interprétation erronée : son mérite est nul, elle n’est là que parce qu’elle a des relations. Je parle de relations dans le sens réseau, sans autre connotation. Dans une République qui a souvent été celle des "copains" et des "coquins" (l’expression date de Michel Poniatowski au début des années 1970), renforcée par les deux septennats interminables de François Mitterrand (maître en la matière), cette hypothèse n’est pas totalement déraisonnable, cependant, elle est peu probable pour le cas concerné ici. Car elle est très injuste et même humiliante, et peut-être est-ce le fait qu’elle soit une femme, jeune en plus, peu connue du grand public encore plus, qui a fait naître de tels soupçons qui révèlent plus de la frustration sinon de la jalousie qu’autre chose.

Dans le numéro 3562 de "Télérama" du 18 avril 2018, Aude Dassonville a rappelé le contexte : « Incontestablement, la dirigeante avait tout pour elle : femme dans une époque qui regarde enfin son machisme en face, quadragénaire dans un monde de pouvoir en plein renouvellement, directrice déléguée respectée de l'entreprise dont elle briguait la tête, auteur d'un projet d'une rigoureuse précision. ». Ce à quoi a répondu par avance le président par intérim du CSA, Nicolas Curien (le fils de l'ancien ministre et scientifique) sur Europe 1 le 17 avril 2018, avec cette précision :  « Ce n'est pas parce c'est une femme qu'elle a été choisie, c'est vraiment le talent intrinsèque de son projet qui l'a emporté. ».

Son prédécesseur à la tête de Radio France, Mathieu Gallet, lui, a été désigné il y a quatre ans et il venait juste d’avoir 37 ans. Et il n’était même pas énarque ! Et pourtant, personne ne lui a fait ce procès de "coquinerie". Pourquoi ? Parce qu’il était loin d’être le candidat du pouvoir. Au contraire, il était à l’opposé du candidat du pouvoir, très connoté à l’époque par sa proximité avec Nicolas Sarkozy. Il avait été nommé président de l’INA par Frédéric Mitterrand qui était alors le Ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy. Le CSA a au contraire voulu montrer en 2014 son indépendance en prenant une décision que ne voulait pas le gouvernement socialiste de l’époque. Un gouvernement qui n’a jamais cessé, pendant les premières années du nouveau mandat, de faire pression pour que Mathieu Gallet démissionnât (on se souvient de la grève très dure en mars 2015).

La leçon de cette situation décrite de 2014, c’est que le CSA est libre de tout. Il décide en dehors de toute pression, y compris élyséenne. Personnellement, je ne suis pas convaincu que c’est la meilleure pratique démocratique. Le CSA est une instance nommée de façon assez arbitraire alors que le Président de la République est élu par tous les Français. Que cette nomination se fasse au cours d’un conseil des ministres avec un Exécutif issu de la double légitimité populaire (présidentielle et législative) me paraissait sans doute plus approprié que laisser cette seule décision à un comité Théodule représentatif de rien du tout. C’était la procédure voulue par Nicolas Sarkozy et que François Hollande s’est dépêché de modifier dès 2013.

Qu’importe mon opinion sur ce sujet et je peux d’ailleurs me tromper, il est toujours difficile de trouver des procédures convenables qui permettent efficacement d’éviter justement les collusions entre "coquins". Mais il faut bien le reconnaître : la procédure actuelle (désignation par le CSA) rend bien plus difficile que la procédure antérieure (nomination au conseil des ministres) toute "coquinerie". Et l’exemple de la nomination de Mathieu Gallet le 27 février 2014 montre que cette indépendance de nomination du CSA n’est pas un vain mot. Il n’y a aucune raison que quatre ans plus tard, avec un même président du CSA (certes absent depuis quelques semaines), cette indépendance soit plus faible. Au contraire, l’orgueil des hommes voudrait qu’elle soit plutôt renforcée.

Autre réflexion. Mathieu Gallet était aussi un proche de l’actuel Président de la République Emmanuel Macron. Si ce dernier voulait préserver son pouvoir d’influence dans les médias, il aurait plutôt essayé de tout faire pour maintenir Mathieu Gallet à son poste. Ce fut le contraire qui a été fait. Dès le jour de sa condamnation pour favoritisme, il a fait charger sa Ministre de la Culture pour qu’il démissionnât sur le champ. Au nom d’une certaine moralisation de la vie publique.

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En fait, l’idée que Sibyle Veil fût désignée plus par ses réseaux que par son mérite personnel ne tient qu’à un fil : sa présence dans la même promotion qu’Emmanuel Macron. Et pourtant, l’histoire montre bien que ce n’est pas parce qu’on est dans la même promo de l’ENA qu’on est des amis politiques. Les exemples sont très nombreux. Bien sûr, le réseau de l’ENA aide, car cela permet de faire des rencontres certainement plus improbables sans cela, mais qui aujourd’hui irait recruter un incompétent quand sa réputation serait mise en jeu ?

Il se trouve aussi que, très bizarrement, à l’ENA mais on peut le voir aussi dans d’autres écoles, et même à petites échelles, certaines promos sont plus "actives", plus "dynamiques", que d’autres. Pour l’ENA, je pourrais en retenir quatre, dont, oui, celle dont faisait partie Emmanuel Macron.

Promo Rabelais (1973) : Laurent Fabius, François Léotard, Gérard Longuet, Yvan Blot, Philippe Jaffré, Daniel Bouton, Michel Cicurel, Jean Picq, Didier Maus, etc.

Promo Voltaire (1980) : Dominique de Villepin, François Hollande, Ségolène Royal, Michel Sapin, Jean-Pierre Jouyet, Frédérique Bredin, Renaud Donnadieu de Vabres, Jean-Marie Cambacérès, Raymond-Max Aubert, Marie-Françoise Bechtel, Sylvie Hubac, Pierre-René Lemas, Henri de Castries, Pierre Mongin, Stanislas Lefebvre de Laboulaye, etc.

Promo Liberté-Égalité-Fraternité (1989) : Jean-François Copé, Nicolas Dupont-Aignan, Renaud Dutreil, Sylvie Goulard, François Werner, Laurent Delahousse, David Kessler, Dominique Méda, etc.

Promo Senghor (2004) : Emmanuel Macron, Julien Aubert, Gaspard Gantzer, Boris Vallaud, Mathias Vicherat, Sibyle Veil, Sébastien Veil, etc.

On peut voir que dans certaines promos, il y avait des adversaires politiques acharnés entre eux, qui ont même clivé pendant une période la vie politique nationale. Avec eux, aucune collusion imaginable. Le fait d’être dans une même promo ne signifie rien sur les réalités amicales dans la vie politique. Confondre politique et professionnel est le tort de ceux qui cherchent à tordre systématiquement tous les événements pour les mettre à leur propre sauce militante.

Je reviens sur mon propos. La seule caractéristique de cette appartenance à la même promo a rendu Sibyle Veil suspecte. Mais c’est une erreur de discernement. Si on voulait chercher un angle d’attaque contre elle, il aurait alors fallu chercher du côté de son premier (et seul) engagement politique, qui était sarkozyste. En effet, trois ans après sa sortie de l’ENA, elle est devenue conseillère sociale du Président Nicolas Sarkozy à l’Élysée, sous la supervision du très influent Raymond Soubie (ancien proche de Raymond Barre), entre 2007 et 2010. En fait, très vite, cette étiquette s'est décollée : ses actes ont montré qu'elle se préoccupait plus de l'intérêt général que des étiquettes politiques.

On aurait pu cependant le lui reprocher. Mais non, car la haine antisarkozyste a quasiment disparu car devenue inutile, puisque Nicolas Sarkozy ne représente plus une "menace" (puisque désormais hors-jeu). Cette haine s’est transformée en haine anti-Hollande (temporairement) puis surtout en haine antimacroniste. Tout est bon pour s’en prendre à Emmanuel Macron. C’est de bonne guerre pour les militants, mais pour les autres ?

On aurait pu aussi chercher dans ses responsabilités avant d’être recrutée à Radio France. Pendant plusieurs années, elle fut la directrice du pilotage de la transformation du groupe Assitance Publique-Hôpitaux de Paris, et à ce titre, membre du comité de direction durant une période où il y a eu beaucoup de contestation à l’hôpital. Mais pour cela, il faudrait un peu mieux connaître les personnes et les faits. C’est plus simple de faire de l’antimacronisme. Et puis, ce n’est pas à Sibyle Veil que ces militants en veulent, c’est à Emmanuel Macron. Elle n’est qu’un vecteur de leur humeur, de leur colère.

Ce mauvais procès de "candidate du pouvoir" ne tient donc pas la route pour au moins deux raisons.

La première, je l’avais déjà évoqué précédemment. Sibyle Veil était la meilleure candidate car la seule qui connaissait à fond Radio France pour avoir dirigé pendant près de trois ans les opérations et les finances, c’est-à-dire, tout ce qui fait tenir Radio France dans les coulisses. La seule candidate émanant de l’interne, connaissant tous les dossiers et acceptée par les équipes en place. Et indépendamment de cette expérience, une personnalité et un parcours qui correspondent pleinement au poste.

Par exemple, "Les Inrocks" ont cité le 13 avril 2018 l’AFP qui avait interrogé un "ancien dirigeant" de Radio France sur la personnalité de Sibyle Veil : « [Elle est] une grande professionnelle, terriblement travailleuse, très calme et déterminée, avec une fibre sociale très importante. ». L’AFP a toutefois trouvé une autre "source interne" qui l’a jugée « austère et cassante », mais heureusement de trouver d’autres "sons de cloche", c’est normal que lorsqu’il a de grandes responsabilités dans un groupe de 4 000 salariés, un dirigeant qui agit et décide puisse susciter des ressentiments chez certains d’entre eux.

La seconde, c’est qu’Emmanuel Macron, et c’est probablement ce qui peut le faire détester par une certaine franche de la gauche revendicative, est un Président de la République qui souhaite vraiment se comporter comme un manager et un chef d’entreprise (j’écris "vraiment" parce que Nicolas Sarkozy avait tenté de le faire mais mal et sans crédibilité). Cela signifie surtout qu’il veut des résultats.

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Ce qui le motive, c’est d’agir efficacement. Et donc, même s’il a des amis, il ne les recruterait pas s’il pensait qu’ils ne seraient pas efficaces. La diffusion récente (le 12 avril 2018 sur LCI) d’un documentaire ("Macron le dynamiteur") a montré que même pour choisir son Premier Ministre (Édouard Philippe), il lui a fait passer un entretien de recrutement (un "dîner de recrutement") et il l’a fait évaluer, comme n’importe quel manager qui cherche un bon collaborateur (un procédé qui aurait pu humilier le "candidat"). Et d’ailleurs, il connaissait peu Édouard Philippe qui, en plus, l’avait fustigé dans certaines des tribunes politiques avant 2017.

D’ailleurs, notons en passant que pour un homme dont certains opposants disent qu’il n’a aucun pouvoir, qu’il n’est qu’une marionnette au choix de Bruxelles, de Washington, que sais-je encore, des Raéliens venus du ciel ?, il est quand même assez fort, cet Emmanuel Macron, qui est donné responsable de tout ce qu’il se passe (de mal) partout en France, jusqu’à la neige qui tombe ou la salmonelle qui infeste les fromages !

Il serait donc ridicule d’imaginer une pression sur une instance très jalouse de son indépendance pour une nomination qui, cette fois-ci, ne faisait pas beaucoup de doute quand on comparait le cursus des différents candidats. Il n’y avait pas "photo" dans le choix. La procédure étant transparente, les auditions des six candidats sont accessibles, chacun peut donc juger par soi-même de l’état de préparation des différents candidats. La survenue soudaine de cette nomination (prévue pour mars 2019) a donné un avantage clef à la candidature interne qui connaissait les dossiers.

La seule chose qu’on peut dire et qui sera sans doute cruciale pour l’avenir de la radio publique française, c’est que Sibyle Veil est "macro-compatible" sur le plan des projets. Elle est convaincue, comme Emmanuel Macron, que l’ensemble de l’audiovisuel public français, d’une manière ou d’une autre, devra travailler ensemble pour porter une cohérence renforcée et complémentaire : « Ma conviction est que Radio France n’a d’autre choix que de travailler avec les autres entreprises de l’audiovisuel public en vue de créer des marques fortes. » (11 avril 2018). Et c’est cela l’essentiel.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 juin 2018)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
Sibyle Macron ?
Sibyle Veil nommée présidente de Radio France.
Le projet 2018-2023 de Sibyle Veil pour Radio France (à télécharger).
Le Tribunal des flagrants délires.
Michèle Cotta.
Myung-Whun Chung.
François Mitterrand et l’audiovisuel public.
L’horreur musicale en Corée du Nord.
Mikko Franck.
Le Philharmonique fait l’événement politique.
Concert du 14 juillet 2014.
Le feu d’artifice du 14 juillet 2014.
Mathieu Gallet.
Lorin Maazel (1930-2014).
Pierre Boulez.
Pierre Henry.
Humour présidentiel à la Maison de la Radio.
Les 50 ans de la Maison de la Radio (17 décembre 2013).
Jean-Luc Hees.
Philippe Val.
Jean-Paul Cluzel.
Jacqueline Baudrier.
Stéphane Guillon.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180416-sibyle-veil.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/sibyle-macron-203419

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/06/04/36321877.html



 

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14 mai 2018 1 14 /05 /mai /2018 03:33

« Chacun a droit au respect de sa vie privée. » (loi du 17 juillet 1970).



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Moins d’un mois après la mythique Jeanne Moreau (à 89 ans le 31 juillet 2017), l’actrice rayonnante Mireille Darc est partie ce lundi 28 août 2017 à l’âge de 79 ans (elle est née le 15 mai 1938 à Toulon). Elle avait subi l’an dernier de graves problèmes de santé qu’elle avait pu surmonter (son mari avait même confié en février 2017 : « On s’est battus, Mireille est une vraie miraculée, Mimi va gagner parce qu’elle est Mireille. »).

Pour le cinéma français, elle était une égérie de grande beauté, parfois provocatrice dans certains films, mais jamais vulgaire et toujours décente. Elle a tourné dans près d’une soixantaine de films, près d’une vingtaine de téléfilms et dans cinq pièces de théâtre. Par ailleurs, à partir de la fin des années 1980, elle a été également réalisatrice, essentiellement de téléfilms, et dans les années 1960, elle a également enregistré quelques chansons.

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Si sa vie a été parfois difficile, elle a eu la chance de rencontrer un réalisateur qui l’a beaucoup appréciée, Georges Lautner (qui lui a offert un rôle dans treize de ses films), et un acteur qui est devenu son ami d’amour, d’amitié, de confidence, Alain Delon.

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Elle a donné avec sa jeunesse des films désormais très célèbres, où sa grâce supplante sa simplicité. Très curieusement, elle n’a reçu aucune récompense de sa profession, pas même des prix de dernière minute pour "l’ensemble de son œuvre", comme si sa simplicité devait primer sur les honneurs. Même la République a mis longtemps pour la décorer, puisqu’il a fallu attendre le Président Jacques Chirac pour qu’elle reçût la Légion d’honneur (à l’âge de 68 ans).

Parmi les films dans lesquels elle a joué, s’il fallait n’en retenir deux, ce serait sans doute (mais c’est un choix très subjectif !) "Le Grand Blond avec la chaussure noire" et "Les Seins de glace". Ce dernier film, un policier, réalisé par Georges Lautner et sorti le 28 août 1974 (il y a exactement quarante-trois ans), la place dans le rôle d’une psychopathe meurtrière (aux côtés d’Alain Delon et de Claude Brasseur).

Pour se rappeler quelques moments inoubliables de Mireille Darc, je propose ici quelques extraits de films (et de chansons) qu’on peut trouver sur Internet.


1. "Pouic-Pouic" de Jean Girault avec Louis de Funès et Jacqueline Maillan (sorti le 20 novembre 1963).






2. "Galia" de Georges Lautner (sorti le 26 janvier 1966).






3. "Fantasia chez les ploucs" de Gérard Pirès (sorti le 15 janvier 1971).

Dans ce film, aux côtés de Lino Ventura, Jean Yanne, Gorges Beller, Rufus et Jacques Dufilho, Mirelle Darc jouait avec une très grande sensualité.






4. "Le Grand Blond avec une chaussure noire" d’Yves Robert (sorti le 6 décembre 1972).

Le face-à-face entre Pierre Richard et Mireille Darc, habillée d’une robe très osée dessinée par Guy Laroche et exposée au Louvre (robe qui a anticipé les pantalons taille basse !), est très connu dans ce film savoureux, pastiche du film d’espionnage, où Bernard Blier, Jean Rochefort, Jean Carmet et Robert Dalban, entre autres, apportent leur talent pour en faire l’une des meilleures comédies françaises. Initialement, Claude Rich avait été pressenti pour tenir le rôle du Grand Blond mais Francis Veber, le scénariste du film, a proposé à Yves Robert de prendre plutôt Pierre Richard.

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Dans le générique du film, avec une petite erreur, le réalisateur a mentionné à tout hasard (!) un article fondamental de la loi n°70-643 du 17 juillet 1970 "tendant à renforcer la garantie des droits individuels des citoyens", une nouvelle loi à l’époque : « Chacun a droit au respect de sa vie privée. » (devenu l’article 9 du code civil, qui a valeur constitutionnelle depuis le 10 juin 2009).









5. "Les Ringards" de Robert Pouret avec Aldo Maccione, Julien Guiomar et Georges Wilson (sorti le 27 septembre 1978).






6. "Les Cœurs brûles" de Jean Sagols avec Michel Duchaussoy et Pierre Vaneck (série télévisée diffusée du 3 juillet 1992 au 21 août 1992 sur TF1).









7. Chanson avec Serge Gainsbourg le 22 octobre 1967.






8. Chanson seule en 1969.







Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 août 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Mireille Darc.
Fadwa Suleiman.
Claude Rich.
Francis Veber.
Mimie Mathy.
Victor Lanoux.
Robert Dalban.
Acting.
Disparition de Zsa Zsa Gabor, Michèle Morgan, Claude Gensac, Carrie Fisher et Debbie Reynolds (dessin).
Kirk Douglas.
Gisèle Casadesus.
Jean Gabin.
Michel Aumont.
Grace Kelly.
Alice Sapritch.
Thierry Le Luron
Pierre Dac.
Coluche.
Charles Trenet.
Georges Brassens.
Léo Ferré.
Christina Grimmie.
Abd Al Malik.
Daniel Balavoine.
Édith Piaf.
Jean Cocteau.
Yves Montand.
Gérard Depardieu.
Michel Galabru.
Bernard Blier.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180515-mireille-darc.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/04/04/36291700.html


 

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19 avril 2018 4 19 /04 /avril /2018 04:14

« L’homme n’est que poussière, d’où l’importance du plumeau. » (Alexandre Vialatte).


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L’humoriste Pierre Desproges est né il y a 80 ans le 9 mai 1939. Hélas, cela fait plus de trente et un ans qu’il est mort et il manque, il manque parce que parfois, les temps sont durs et seul l’humour peut aider, un humour redoutable, caustique, mais aussi un humour tendre. Car aujourd’hui, les transgressifs, les provocateurs, sont souvent dans l’humour haineux, dans l’humour ironique, dans l’humour de ricanement. Desproges pouvait attaquer tout le monde, on savait qu’il n’en pensait pas un mot parce qu’il avait un cœur gros comme "ça". Il y avait les textes, il y avait le ton, mais ces deux talents ne suffisaient pas, il fallait aussi l’intention, c’était l’esprit général.

L’an dernier, la radio France Inter n’a pas voulu rater la "célébration" (le vilain mot !) du comique à l’occasion des trente ans de sa disparition. Plus exactement, la soirée du 18 avril 2018, entre 20 heures et 22 heures, France Inter a consacré une émission spéciale d’hommage à Pierre Desproges dans le mythique Studio 104 rempli à craquer.

L’émission, animée par Antoine de Caunes, peut être encore réécoutée en podcast (ici par exemple). Avant le début de l’émission, le public pouvait voir ou revoir, avec une certaine émotion, un entretien de Pierre Desproges interrogé par Jérôme Garcin (à l’époque tout jeune). L’émission a alterné séquences d’entretiens, sketchs et séquences musicales, notamment des textes de Pierre Desproges écrits dans les années 1960 et mis en chansons.

Ont notamment participé à l’émission Thomas de Pourquery, Babx, Edward Perraud, Clara Luciani (un grand talent), Raphaële Lannadère, Arthur Teboul, Frédéric Fromet, aussi Jérôme Garcin (le producteur de l’émission littéraire "Le Masque et la Plume" sur France Inter), Pablo Mira (le fondateur du Gorafi), et à la fin de l’émission, la fille de l’humoriste, Perrine Desproges est venue également parler au micro d’Antoine de Caunes.

Il y avait aussi Christine Gonzalez, journaliste suisse, qui est excellente dans son art, celui de réaliser des interviews posthumes avec des célébrités, en reprenant des morceaux de vrais enregistrements trouvés dans les archives et collés pour faire des réponses à ses questions. Le résultat pour Pierre Desproges est très impressionnant, elle l’a fait revivre pendant quelques minutes. Impressionnant tant sur la forme (on ne repère aucune coupure, aucune soudure) que sur le fond, évidemment.

De son côté, Jérôme Garcin est venu expliquer que c’était une grande performance de venir devant un public très sobrement, juste à lire des textes avec un style très sophistiqué, avec des subjonctifs, des mots compliqués, et de réussir à faire rire. Il a témoigné aussi de l’obsession de Pierre Desproges pour la mort (qu’il a connue avant ses 49 ans). Son livre de chevet était un dictionnaire de la mort, et il adorait cette phrase de Vialatte : « L’homme n’est que poussière, d’où l’importance du plumeau. ».

À propos d’Alexandre Vialatte, j’ajoute aussi cette belle réflexion sur l’homme : « L’humanité est une bibliothèque dont presque tous les livres sont lus. L’humanité est aux archives. Que reste-t-il à parcourir qui en vaille la peine en attendant le prochain facteur ? On se reproche d’avoir rangé beaucoup d’ouvrages sans les avoir entièrement coupés. Peut-être la plus belle page était-elle dans le passage qu’on a sauté. » ("Les Champignons du Détroit de Behring").

J’ai découvert à cette occasion la talentueuse Laura Laune, une Belge de 32 ans qui a remporté en 2017 la saison 12 de l’émission télévisée "La France a un incroyable talent". Elle a proposé une chanson sketch très décapante, très incisive, à la manière de Pierre Desproges pour les vacheries débitées. J’ai adoré cette humoriste que j’ai trouvée excellente, provocatrice, avec son côté ingénu de balancer de l’humour très costaud, très corrosif, et même très contestable, comme chanter : « On peut critiquer la Shoah, oui, mais il faut quand même dire qu’à cette époque, les trains roulaient tous ! ». Il faut rappeler le contexte : en avril 2018, il y avait beaucoup de grèves de la SNCF (deux ou trois jours par semaine) à cause de la réforme de la SNCF. On peut rester terrifié par la Shoah, respecter évidemment les millions de victimes et adorer cette humoriste (c'est mon cas et j'espère ne pas être le seul).

J’ai gardé pour la fin le meilleur, même si c’était plutôt au milieu de l’émission. France Inter a tenté de faire revivre la mythique émission de Claude Villiers, "Le Tribunal des flagrants délires" qui n’a pas duré très longtemps, seulement deux à trois années, entre novembre 1980 et février 1983, où l’idée était de "juger" une célébrité invitée pour l’occasion.

Claude Villers était le juge et président du tribunal, Pierre Desproges le procureur général et Luis Rego l’avocat de l’invité. Évidemment, ces deux derniers ne cessaient d’égratigner l’invité qui devait alors afficher un solide sens de l’autodérision (ce qui fut le cas notamment de Jean-Marie Le Pen le 28 septembre 1982). Absents de l’émission parce que fatigués, Claude Villiers et Luis Rego ont cependant fait une apparition avec chacun un message vidéo très émouvant (Claude Villiers était méconnaissable et Luis Rego avait gardé son hilarité).

Pour l’occasion, c’était la "bande" des "humoristes maison" (qui sévit sur France Inter) qui s’est chargée du tribunal : la charmante potache Charline Vanhoenacker a présidé le tribunal du haut de son autorité, Guillaume Meurice a fait le procureur général aux mille jeux de mots, et Alex Vizorek s’est chargé de faire l’avocat de la défense sinon du diable avec la percussion qu’on lui connaît. Mais pour quel prévenu ? Évidemment, pour juger Pierre Desproges, ou plutôt, le talent de Pierre Desproges.

Comme le prévenu était absent des lieux, l’émission a proposé une série de témoignages (à charge ou décharge). Les témoins furent notamment le lanceur de tartes à la crème Noël Godin (un peu trop long), la chanteuse Nicole Croisille et l’acteur Hippolyte Girardot.

Alors qu’en général, la sentence tombait toujours par un verdict de mort, la juge Charline a conclu très solennellement le procès de manière heureusement plus positive : « La Cour, après n’avoir écouté qu’elle-même et délibéré, déclare, Talent de Pierre Desproges, que vous êtes condamné à être pris à témoin contre votre gré dans des débats stériles tels que l’antisémitisme hallal, la rétention de liberté d’expression et la recette des nouilles au pistou. Vous êtes condamné à exister éternellement dans ce monde que vous avez tant critiqué mais qui vous aime et qui révère tout autant. Bref, Talent de Pierre Desproges, vous êtes condamné à l’immortalité. La séance est levée. ».

Cette émission ponctuelle avec ce nouveau tribunal, qui a très bien fonctionné en avril 2018, devrait avoir une suite avec d’autres invités, de la vie politique ou du milieu artistique. Elle aurait dû démarrer à la fin de l’année 2018, mais la crise des gilets jaunes a perturbé le calendrier. Un homme politique qui fut très important et qui a beaucoup d’humour a préféré renoncer à sa participation alors que des casseurs ont saccagé l’Arc-de-Triomphe de Paris et qu’un terrroriste a tué une dizaine de personnes à Strasbourg. La période n'est pas à la rigolade. J’espère que ce ne sera que partie remise…

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Et puisque nous en sommes à cette émission, je termine par de courts extraits de quelques réquisitoires de Pierre Desproges dans l’émission d’origine, tous issus du livre de recueil des réquisitoires du Tribunal des flagrants délires, sorti le 5 avril 2018 aux éditions du Seuil. Comme on le lit, on remarque que les réquisitoires de Pierre Desproges portent parfois très peu sur le prévenu et plus sur les choses qu’il avait envie de dire…


1. Prévenu Jacques Séguéla, le 25 octobre 1982 : « Jamais je ne me permettrais, sans preuves, d’insulter un prévenu, même et surtout quand il s’agit comme aujourd’hui d’un handicapé publico-maniaque de type Napoléon de gouttière minable et incurable, confit dans sa suffisance et bloqué dans sa mégalomanie comme un marron dans le cul d’une dinde. Oui, je sais, la comparaison est ordurière et je prierai le syndicat des dindes ainsi que le Denise Fabre fan-club de bien vouloir m’en excuser. (…) Je ne saurais (…) trop vous recommander d’exiger l’interdiction de cette émission du Tribunal des flagrants délires, ne serait-ce que pour la formidable publicité que ne manqueront pas de vous faire à cet égard mes nombreux amis journalistes qui se sont déplacés aujourd’hui tout exprès pour venir admirer ici le plus génial publiciste de France, l’homme qui a su mieux que personne rehausser le vinaigre algéro-italien au rang de saint-émilion, la merde en boîte au niveau du cassoulet toulousain, et le revenant de la Quatrième au rang d’homme providentiel. ». Le dernier cité, il s’agit bien sûr de François Mitterrand.


2. Prévenu Jean-François Kahn, le 10 décembre 1982 : « J’ai rêvé de Bernadette Lafont. C’est pourquoi aujourd’hui, j’ai du mal à me concentrer sur Jean-François Kahn. Il m’est extrêmement pénible d’évoquer Bernadette Lafont, même petite fille, sans me sentir confusément coupable de tentative de détournement de mineure. (…) À mon avis, Jean-François Kahn est l’un des plus grands journalistes humanistes chauves de ce siècle à la con où tout va de mal en pis depuis que Grace Kelly et Leonid Brejnev ne sont plus là pour nous guider vers les chemins du bonheur terrestre grâce à la haute tenue morale de leur politique expansionniste ou d’opérette. (…) Elle, la princesse, doucement couchée sur un lit de satin blanc, m’apparut désespérément belle, élégante et racée, figée dans sa beauté au bois dormant. Brejnev, en revanche, outrageusement cerné de feuillages épars et d’une débauche florale inouïe sur son lit de mort écarlate, m’émut beaucoup moins. (…) Avoir été longtemps l’homme le plus effroyablement puissant et redouté du monde, et finir ainsi (…), couché dans sa boîte, comme un thon à l’huile au milieu d’une salade niçoise. (…) On peut toujours se consoler en se disant que de toute façon, compte tenu de l’exorbitance coutumière de ses cachets, on n’aurait jamais vu Romy Schneider dans un film de Jacques Tati. ».


3. Prévenu Daniel Toscan du Plantier, le 10 janvier 1983 : « Je pensais que le Toscan du Plantier était le virus de la verrue plantaire, c’est vous dire à quel point j’aurai du mal à aborder le sujet du jour. Je préfère répondre à mon courrier (…). Les enfants ne sont pas tout à fait des gens comme nous (…). Personnellement, je subis en permanence sous mon toit une paire d’enfants de sexe féminin que j’ai fini par obtenir grâce au concours d’une jeune femme aussi passionnée que moi pour les travaux pratiques consécutifs à l’observation des papillons. Un manque total d’objectivité et une dissolution navrante de l’esprit critique caractérisent généralement le discours laudatif des parents quand ils s’esbaudissent sur les mille grâces et les talents exquis de leur progéniture. (…) Dieu merci, nous autres, parents, armés de cette époustouflante sagesse tranquille qu’on appelle la Raison, sommes là pour guider d’un bras ferme nos chers petits sur le droit chemin de la vérité existentielle d’où leur âme fluette de petit sous-homme se forgera sans trêve jusqu’à devenir l’âme d’airain de l’homme mûr et responsable, capable de travailler huit heures par jour à l’usine ou au bureau, de jouer au tiercé et de déclencher périodiquement les indispensables guerres mondiales dont les déchaînements remarquables de bruits et de fureur constituent à l’évidence la seule vraie différence entre l’homme et la bête. ».


4. Prévenue Inès de la Fressange, le 18 janvier 1983 : « Loin de moi l’idée de vous prendre ici, dans ce box trop exigu pour les cent quatre-vingt-un centimètres de splendeurs nacrées qui composent, en tout bien tout honneur, votre principale source de revenus. (…) Quand on a vos yeux, madame, quand on a votre bouche, votre grain de peau, la légèreté diaphane de votre démarche et la longueur émouvante de vos cuisses, c’est une banalité de dire qu’on peut facilement traverser l’existence à l’abri des cabas trop lourds gorgés de poireaux, à l’écart de l’uniforme de contractuelle et bien loin de la banquette en Skaï du coin au fond de la salle de bal (…). Pourtant (…), la différence est mince entre une beauté et un boudin. Quelques centimètres de plus ou de moins, en long ou en large, quelques millimètres de plus ou de moins entre les deux yeux, quelques rondeurs ou aspérités en plus ou en moins par-ci par-là autour des hanches ou dans le corsage. Des détails. (…) Lors du dîner inaugural, j’étais assis entre Miss France 1923 et Miss France 1982. "Le monde est un éternel recommencement", pensais-je avec un sens suraigu du lieu commun, tandis que, comme pour me donner raison, la première me bavait dessus tandis que je bavais sur la seconde. ».


5. Prévenue Sylvie Joly, le 25 janvier 1983 : « (…) Où ses doigts tremblants d’une impossible étreinte se referment en vain dans l’attente affolée d’un éclair de plaisir, virgule, ah, enfin une virgule !, il était temps, j’allais mourir noyé sous le flot insipide et glauque de ma monotonie verbale ! (…) Écoutez le conseil du scribouillard déliro-flagrantique : Ne mettez jamais moins de trois virgules au mètre carré de verbiage. Sans l’appui de la virgule, on peut mourir étouffé dans les sables mouvants d’une prose perfide et désertique que n’éclaire plus que le soleil blanc de l’inspiration péotico-trouducale des vieux procureurs fourbus corrodés dans l’effluve éthylique d’un désespoir exsangue où se meurt la colère que brandit leur point-virgule… ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 mai 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Soirée spéciale Pierre Desproges sur France Inter le 18 avril 2018 (podcast).
Pierre Desproges, condamné à l’immortalité.
Pierre Desproges, tendrement incorretc.
Thierry Le Luron.
Pierre Dac.
Coluche.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180418-france-inter-soiree-desproges.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/05/10/37325500.html



 

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18 avril 2018 3 18 /04 /avril /2018 23:04

France Inter met à disposition temporairement l'émission en public commémorant l'humoriste Pierre Desproges.

Cliquer sur le lien pour télécharger la bande son de l'émission (fichier .mp3) :
http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/18907-18.04.2018-ITEMA_21652120-1.mp3

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180418-france-inter-soiree-desproges.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180418-france-inter-desproges.html

 

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13 avril 2018 5 13 /04 /avril /2018 04:05

« [Sibyle] Veil propose un projet stratégique qui, dans l’ensemble de ses propositions, porte une vision ambitieuse et réformatrice pour l’entreprise Radio France. Elle manifeste un grand sens du service public et une attention marquée aux publics, notamment par ses initiatives innovantes pour renouveler et élargir l’accès aux offres éditoriales de Radio France. Son parcours professionnel et les méthodes envisagées témoignent de sa capacité à mettre en œuvre un projet d’entreprise dans ses dimensions humaine et managériale. » (CSA, le 12 avril 2018).


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C’est ce jeudi 12 avril 2018 dans l’après-midi que l’annonce a été faite : Sibyle Veil (40 ans) a été nommée présidente de Radio France par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) présidé par Nicolas Curien (en remplacement de son président Olivier Schrameck, absent pour raison de santé depuis le 26 février 2018). Son mandat commence ce lundi 16 avril 2018 pour une durée de cinq ans. Cette nomination est intervenue conformément à l’article 47-4 de la loi du 30 septembre 1986, modifiée par la loi du 15 septembre 2013 (décision n°2018-209 du 12 avril 2018).

L’enjeu est important. Le Président Emmanuel Macron compte proposer une réforme de l’audiovisuel public à la fin de cette année 2018. Certains évoquent ainsi la possibilité d’une fusion des différentes sociétés de l’audiovisuel public, à savoir France Télévisions, Radio France, France Médias Monde (France 24 et RFI) ainsi que (peut-être) RFO, l’INA, etc., peut-être dans un retour à l’ancienne ORTF… Or, depuis plusieurs mois, le président de Radio France n’était plus en mesure de peser dans ce débat préparatoire crucial.

Je propose ici d’évoquer la raison de la nomination d’un nouveau président de Radio France alors que le précédent mandat devait s’achever en théorie le 12 mai 2019, les modalités de la procédure de désignation, et enfin, un rapide portrait de la nouvelle présidente Sibyle Veil. Notons tout de suite que c’est la troisième fois que Radio France est présidée par une femme, les deux précédentes fois, c’étaient avec les deux premières présidentes, Jacqueline Baudrier (1975 à 1981) et Michèle Cotta (1981 à 1982).


Pourquoi un nouveau président de Radio France ?

En l’occurrence, une nouvelle présidente. Parce que l’ancien président Mathieu Gallet, après une audition au CSA le 29 janvier 2018, a été démis de ses fonctions le 31 janvier 2018 à compter du 1er mars 2018.

À cette date, le doyen des membres du conseil d’administration, à savoir Jean-Luc Vergne (69 ans), ancien DRH de Sanofi (1987-1992), du groupe Elf Aquitaine (1992-1999), de PSA Peugeot Citroën (1999-2009) et des groupes Banque Populaire et Caisse d’Épargne (2009-2011), a assuré pleinement l’intérim en attendant la nouvelle nomination. Mathieu Gallet, nommé à l’unanimité du CSA le 27 février 2014, avait pourtant commencé son mandat de cinq ans le 12 mai 2014.

Pourquoi ce limogeage sans précédent, puisque les prérogatives du CSA, en principe, se limitaient à la nomination pour un mandat de cinq ans et pas à cette possibilité d’éviction ?

Parce que le 15 janvier 2018, Mathieu Gallet a été condamné pour favoritisme à un an de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende en première instance. La Ministre de la Culture Françoise Nyssen l’a alors, dès le 16 janvier 2018, pressé à démissionner : « Les dirigeants d’entreprises publiques ont un devoir d’exemplarité. Un dirigeant condamné pour favoritisme, ce n’est pas une situation acceptable. Il appartient à l’intéressé d’en tirer les conséquences, ainsi qu’au Conseil supérieur de l’audiovisuel, légalement compétent. ».

Pourtant, Mathieu Gallet a refusé de démissionner de lui-même, estimant qu’il n’a pas été définitivement condamné et surtout, qu’il n’est en rien malhonnête.

En effet, cela mériterait un peu plus d’approfondissement, je ne survole ici que très brièvement le sujet. Ce que la justice a reproché à Mathieu Gallet, pour sa gestion quand il était président de l’Institut national de l’audiovisuel (INA), et pas comme président de Radio France, c’est l’un des problèmes clefs des dirigeants d’entreprises publiques.

Parce qu’elles sont publiques, ces entreprises doivent avoir une transparence totale dans l’utilisation de leurs fonds. Ce qui, en principe, est normal : l’argent du contribuable doit pouvoir être dépensé selon des règles bien établies. Mais parfois, respecter les règles de marché public peut être très ardu. Faire une mise en concurrence, c’est-à-dire, faire un appel d’offres est une procédure très longue et coûteuse. Ces procédures sont indispensables à partir d’un certain montant d’une commande.

Pour le cas concerné, Mathieu Gallet voulait se faire conseiller par un cabinet de communication bien particulier. On peut comprendre que ces cabinets, nombreux, ne tiennent que par la réputation de leurs ressources humaines. Un cabinet n’équivaut donc pas à un autre, au contraire, par exemple, et sans mépriser la profession, d’un plombier ou d’un autre professionnel très technique qui réalisera à peu près de la même manière, selon les règles de l’art, le travail demandé. Pour une prestation intellectuelle où la psychologie rentre en compte, c’est différent.

Le "problème", pour Mathieu Gallet, c’est qu’à partir d’un certain nombre de mois, le coût cumulé des prestations a dépassé le seuil qui rend obligatoire une mise en concurrence. Celle-ci n’ayant pas été faite, la "faute" est donc constatée. Répétons que Mathieu Gallet ne voulait probablement aucune autre prestation que celle de ce cabinet en particulier. Une mise en concurrence aurait pu l’obliger à traiter avec d’autres consultants qu’il n’aurait pas voulus et dont la prestation lui aurait été inutile ou inefficace de son point de vue (on peut évidemment discuter de la pertinence de ces choix, mais cela relève de ses propres responsabilités de chef d’entreprise).

La loi n’a évidemment pas été faite par hasard : elle permet d’empêcher des collusions entre amis, entre un dirigeant d’entreprise publique et un ami consultant pour le financer, comme cela peut se constater dans beaucoup de pratiques politiques et électorales.

Il a été établi que Mathieu Gallet ne s’est pas enrichi avec cette non mise en concurrence et que les prestations proposées étaient au prix du marché. Donc, pas d’enrichissement personnel ni d’un côté ni de l’autre, mais la réalité d’un favoritisme malgré tout. Au mieux une "négligence".

Cela expliquait pourquoi Mathieu Gallet a voulu tenir coûte que coûte et a refusé de démissionner de lui-même. Il a même fait un recours devant le Conseil d’État pour contester la décision du CSA du 31 janvier 2018. Rappelons que lors de la grève très dure de mars 2015, le gouvernement avait tablé sur sa démission rapide, n’hésitant pas à faire pression en ce sens, et malgré tout, Mathieu Gallet avait su garder la tête hors de l’eau et s’était accroché avec une ténacité qui en a étonné plus d’un. Finalement, il a survécu deux ans à la ministre qui voulait tant son départ, Fleur Pellerin.

Le limogeage de Mathieu Gallet intervient au moment où jamais le groupe Radio France ne s’est aussi bien porté. France Inter est confirmée comme la radio la plus écoutée pendant la séquence matinale, et le site Internet est le premier pour les téléchargements de podcasts, montrant une nouvelle forme d’écouter la radio, plus libre et personnelle. Cela explique aussi l’émergence d’une candidature interne qui soit soutenue par les équipes dirigeantes actuelles pour poursuivre le travail.


Quelle a été la procédure de nomination ?

Après la polémique sur l’absence (ou pas) de transparence dans la nomination de Delphine Ernotte à la présidence de France Télévisions le 23 avril 2015, le Conseil supérieur de l’audiovisuel a renforcé ses mesures de transparence en publiant la présélection des candidatures retenues (la liste a été publiée le 14 février 2018) puis en rendant publiques les auditions des candidats (la deuxième semaine d’avril 2018, Sibyle Veil a été "auditionnée" le mercredi 11 avril 2018 à 14 heures 30).

Six candidats ont été écoutés par le CSA : Sibyle Veil, Jérôme Batout, Bruno Delport, Guillaume Klossa et Christophe Tardieu.

Comme Radio France est une entreprise publique (une SA particulière à un seul actionnaire, l’État), il est normal que les citoyens puissent avoir le plus de transparence possible dans cette procédure.

Néanmoins, cela a abouti à un inconvénient majeur : cela a découragé des candidats potentiels qui étaient employés dans des entreprises privées d’audiovisuel. En effet, si leur candidature n’était pas retenue, à cause de la publication de leur nom, ils seraient mis en difficulté avec leur employé actuel qui pourrait y voir un acte de défiance. C’est pourquoi, généralement, dans le secteur privé, les candidatures restent confidentielles, pour laisser une marge de manœuvre aux candidats et ne pas se "brûler" auprès de leur employeur.

Réciproquement, la procédure avantage ceux qui sont déjà dans la fonction publique et qui n’ont pas de problème pour retrouver un nouvel employeur le cas échéant. La candidature de Sibyle Veil est à cet égard particulière. Certes, elle est haut fonctionnaire, mais en plus, elle est employée de Radio France, donc, elle postule à la tête de son propre employeur.


Qui est Sibyle Veil ?

Deux types de profil peuvent généralement occuper la présidence de Radio France : soit le profil de la personne du métier, un journaliste ou un producteur (par exemple, Jacqueline Baudrier, Michèle Cotta, Jean-Noël Jeanneney, Jean-Marie Cavada, Jean-Luc Hees, etc.), soit le profil d’un gestionnaire (par exemple, Michel Boyon, Jean-Paul Cluzel, Mathieu Gallet, etc.).

Sibyle Veil a incontestablement le profil de la gestionnaire, mais en même temps, elle provient déjà de Radio France. Sa nomination est donc une proposition de continuité avec le mandat précédent. En ce sens, avec cette décision, le CSA ne se déjuge pas à quatre ans d’intervalle, puisque Sibyle Veil a été nommée par Mathieu Gallet.

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Depuis plusieurs semaines, Sibyle Veil était effectivement "donnée" favorite car sa candidature était la seule en interne. Depuis juin 2015, Sibyle Veil est directrice générale déléguée en charge des opérations et des finances, et à ce titre, connaît parfaitement la maison. Elle était notamment responsable des travaux de réhabilitation (qui ont commencé en 2006 et n’ont pas encore fini, et qui constituent le plus gros chantier à Paris). Elle avait été nommée à la suite d’un grave conflit social et d’une grève qui a duré vingt-huit jours en mars 2015.

Née le 26 septembre 1977 à Langres, Sibyle Veil est diplômée de l’IEP Paris (1999), a un DEA de Politiques européennes à Paris-III (2000) et est sortie de l’ENA en 2004 (même promotion qu’Emmanuel Macron).

Après un passage au Conseil d’État de 2004 à 2007 comme auditrice puis maître des requêtes, à la 7e sous-section du contentieux (spécialité marchés publics) et à la section des finances (spécialité budgétaire), elle a conseillé le Président Nicolas Sarkozy à l’Élysée sur les questions du travail, de la santé et du logement de 2007 à 2010, faisant notamment le suivi du plan de relance économique en 2008-2009.  Entre 2010 et 2015, elle fut directrice du pilotage de la transformation aux Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, groupe qui emploie 95 000 employés pour un budget de 7 milliards d’euros.

Maître de conférences à l’IEP Paris en droit public, elle est intervenue aussi en formation au CNAM sur la conduite du changement en milieu hospitalier et à l’ENA, sur l’organisation territoriale du système de santé.

Pour terminer son bref portrait (elle n’a pas encore de fiche sur Wikipédia mais cela ne devrait pas tarder !), elle porte ce nom Veil parce qu’elle est mariée à un petit-fils de Simone Veil, l’ancienne ministre récemment disparue. Par ses brillantes études et son parcours élogieux, elle est un des fruits de la méritocratie républicaine. Gageons qu’à défaut de pouvoir se faire un nom, elle se fera un prénom.


Quel est son projet pour Radio France ?

Sibyle Veil a fait équipe avec un homme du métier, le journaliste Laurent Guimier (47 ans), directeur délégué aux antennes et aux contenus de Radio France depuis le 17 mai 2017 (poste de numéro deux de Radio France, remplaçant Frédéric Schlesinger recruté par Arnaud Lagardère pour être vice-président et directeur général de la radio Europe 1), ancien directeur de France Info (2014-2017) et à ce titre, ancien initiateur, du côté Radio France, de la création de la chaîne d’information continue commune à France Télévisions et Radio France (qui a commencé à émettre sur le canal 27 de la TNT le 1er septembre 2016).

Dans le projet stratégique exposé par Sibyle Veil (qu’on peut lire ici), Sibyle Veil définit plusieurs objectifs dont l’adaptation du groupe aux nouvelles pratiques (notamment numériques) et aussi quelques ambitions comme celle d’être le groupe d’informations de référence mondiale, l’équivalent francophone de BBCnews.

Je termine sur les défis auxquels elle compte répondre pour ces cinq prochaines années : « Ma conviction est que [les médias du service public] ne sont pas là seulement pour faire ce que le secteur privé ne fait pas, mais pour le faire autrement. Prouver leur utilité, en démontrant, chaque jour, leur différence et leur valeur ajoutée. Réinterroger leurs missions historiques d’information, de culture et de divertissement intelligent. Fédérer beaucoup plus largement tous les publics, dans une société où la demande de lien est aussi une demande de sens, tels sont les nouveaux défis des médias de service public, qui nécessitent des mutations profondes. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 avril 2018)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
Sibyle Veil.
Le projet 2018-2023 de Sibyle Veil pour Radio France (à télécharger).
Michèle Cotta.
Myung-Whun Chung.
François Mitterrand et l’audiovisuel public.
L’horreur musicale en Corée du Nord.
Mikko Franck.
Le Philharmonique fait l’événement politique.
Concert du 14 juillet 2014.
Le feu d’artifice du 14 juillet 2014.
Mathieu Gallet.
Lorin Maazel (1930-2014).
Pierre Boulez.
Pierre Henry.
Humour présidentiel à la Maison de la Radio.
Les 50 ans de la Maison de la Radio (17 décembre 2013).
Jean-Luc Hees.
Philippe Val.
Jean-Paul Cluzel.
Jacqueline Baudrier.
Stéphane Guillon.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180412-sibyle-veil.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/sibyle-veil-sacree-reine-de-radio-203368

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/04/14/36317849.html


 

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12 avril 2018 4 12 /04 /avril /2018 21:02

Le Conseil supérieur de l'audiovisuel a nommé Sibyle Veil présidente de Radio France le 12 avril 2018. Son projet stratégique ainsi que la décision du CSA sont disponibles sur Internet. Il faut cliquer aux différents liens pour télécharger le document voulu.

Projet stratégique de Sibyle Veil pour Radio France (fichier .pdf) :
http://www.csa.fr/content/download/248698/657111/file/candidature%20S%20Veil_projet%20stratégique.pdf

Décision de CSA de la nomination de Sibyle Veil comme présidente de Radio France (fichier .pdf) :
http://www.csa.fr/content/download/248698/657113/file/2018_04_12_19_00_07.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180412-sibyle-veil.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180412-projet-sibyle-veil.html


 

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12 avril 2018 4 12 /04 /avril /2018 17:56

Après avoir été "auditionnée" le 11 avril 2018 à 14h30, Sibyle Veil, actuelle directrice générale déléguée chargée des opérations et des finances a été nommée ce jeudi 12 avril 2018 par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) au poste de présidente de Radio France qui regroupe l'ensemble des stations de la radio publique (dont France Inter, France Info, France Culture, France Musique, FIP et le réseau France Bleu) et deux orchestres philharmoniques. Elle prend la succession de Mathieu Gallet qui a été évincé le 31 janvier 2018 en cours de mandat en raison de sa condamnation le 15 janvier 2018 à 1 an de prison avec sursis et 20 000 € d'amende.

Mathieu Gallet :
http://0z.fr/K9isL

Née le 26 décembre 1977, Sibyle Veil est énarque et avait travaillé dans le cabinet présidentiel de Nicolas Sarkozy puis aux Hôpitaux de Paris avant de rejoindre Radio France.

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180412-sibyle-veil.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180412-csa-radio-france-sibyle-veil.html

 

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27 janvier 2018 6 27 /01 /janvier /2018 02:59

« Eh bien, si on ne peut plus péter sous les étoiles sans faire tomber un Martien, il va nous en arriver des pleines brouettes ! » (Personnage du Glaude, dans "La Soupe aux choux", film de Jean Girault sorti le 2 décembre 1981).


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Évidemment, la citation ci-dessous n’est pas très avenante, surtout pour l’avant-dernier film (un "navet" ennuyeux avec Jacques Villeret et Jean Carmet) d’un acteur comique qui a tourné plus de cent quarante films entre 1947 et 1982. À la limite de la vulgarité. Et pourtant, Louis de Funès était un acteur à l’humour à la fois fin et odieux. Il est mort il y a trente-cinq ans le 27 janvier 1983, à l’âge de 68 ans (né le 31 juillet 1914 à Courbevoie) alors qu’il travaillait sur le tournage de "Papy fait de la Résistance" (il fut remplacé dans son rôle par Jacques Villeret). C’est vrai, beaucoup de ses films furent des "navets" (comme la série du "Gendarme de Saint-Tropez", avec Michel Galabru), souvent par carences du scénario, mais pas tous !

Il y a un petit côté snob à ne pas aimer Louis de Funès. Ou plutôt, une volonté d’anti-conformisme très conformiste. Car il n’y a pas eu beaucoup d’acteurs à avoir rassemblé autant de personnes en salle. Aucun Français en tout cas : Louis de Funès fut le champion hors catégories avec quelque 314 millions d’entrées en salle rien qu’en France pour l’ensemble des films dans lesquels il a joué, sans compter les autres pays européens (y compris la Russie) qui l’ont beaucoup apprécié. En revanche, très peu aux États-Unis sauf pour "Les Aventures de Rabbi Jacob", film de Gérard Oury sorti le 18 octobre 1973 en France et le 1er février 1974 aux États-Unis (aux côtés notamment d’Henri Guybet, Jacques François, Claude Piéplu, Miou-Miou et Suzy Delair, qui a fêté ses 100 ans le 31 décembre 2017).

Sa jeunesse fut difficile. Louis de Funès a commencé entre 1932 et 1942 par des petits boulots, et se faisait souvent renvoyer. Il fut pianiste le nuit dans des bars parisiens. Ce ne fut qu’à l’âge de 28 ans qu’il a eu la vocation de la comédie. Cours d’art dramatique René-Simon (grâce aux "Fourberies de Scapin" de Molière) où il fit la connaissance notamment de Daniel Gélin qui l’a introduit pour sa première pièce et son premier film.

Les débuts de Louis de Funès au cinéma étaient difficiles : entre 1947 et 1956, il n’a obtenu que des petits rôles quasi-humiliants (une ombre qui passe, etc.). Sa "révélation" auprès du public et des professionnels (acteurs, réalisateurs), ce fut la brève prestation de l’épicier Jambier face aux géants Jean Gabin et Bourvil, dans "La Traversée de Paris", un film de Claude Autant-Lara sorti 26 octobre 1956, puis le premier rôle (le braconnier Léon Blaireau) dans "Ni vu, ni connu" (film d’Yves Robert sorti le 23 avril 1958).

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Louis de Funès a tourné avec un grand nombre de réalisateurs et quasiment avec tous les acteurs (et actrices) français de son époque. Parmi les réalisateurs, on peut citer évidemment Gérard Oury, mais aussi Édouard Molinaro, Jean Girault, Georges Lautner, Yves Robert, Claude Zidi, Henri Verneuil, etc.

La plupart ont donné à Louis de Funès un rôle toujours de la même trempe : un mélange de lâche, colérique sinon hystérique, odieux, autoritaire, rancunier, radin, injuste, vaniteux, vénal, fourbe, condescendant, obséquieux, renégat, machiste, raciste, etc. plutôt dans le personnage du puissant peu reluisant. Ajouté à ses mimiques, sa gestuelle, cela donne un trait comique plébiscité par les spectateurs de tous les milieux. Pas le clown mais le symbole vivant du "méchant", de celui qui est du mauvais côté, qui est de mauvaise foi, qu’on aime haïr ou dont on aime se moquer.

Choisie par sa femme Jeanne de Funès (née le 1er février 1914 à Nancy et morte le 7 mars 2015 à Ballainvilliers), l’actrice Claude Gensac (morte le 27 décembre 2016 à 89 ans) fut sa fidèle complice de cinéma (jouant souvent le rôle de son épouse : "Ma Biche !"), depuis "La Vie d’un honnête homme" (film de Sacha Guitry sorti le 18 février 1953) jusqu’au film "Le Gendarme et les Gendarmettes" (réalisé par Jean Girault et Tony Aboyantz, et sorti le 7 octobre 1982).

Beaucoup de ceux qui ont travaillé avec lui (réalisateurs, acteurs) ont témoigné que Louis de Funès n’était pas très drôle dans la vie, souvent entêté, colérique, pas facile, et ce dernier l’a même théorisé en 1968 : « Quand je joue au théâtre, j’ai la réputation de me brouiller avec tout le monde. C’est vrai, mais c’est exprès. Je fais tellement peur à la troupe qu’elle joue sans oser rigoler. Dans une pièce comique, c’est le public qui doit rire, pas nous. Et comme je suis moi-même rieur de nature, faire régner la terreur est le seul truc que j’ai trouvé pour que tout le monde soit sérieux. » (cité par Frédéric Vandecasserie, article en référence ci-dessous).

Au-delà des "navets" et de films comme la série "Fantomas" (avec Jean Marais), Louis de Funès a joué dans de très bons films devenus "culte" (comme on dit) qui sont, entre autres (je risque d’en oublier) : "La Traversée de Paris", "Pouic-Pouic" (film de Jean Girault sorti le 20 novembre 1963, avec Mireille Darc), "Le Corniaud" (film de Gérard Oury sorti le 24 mars 1965, avec Bourvil), "Le Grand Restaurant" (film de Jacques Besnard sorti le 7 septembre 1966, avec Bernard Blier), "La Grande Vadrouille" (film de Gérard Oury sorti le 8 décembre 1966, avec Bourvil), "Oscar" (film d’Édouard Molinaro sorti le 11 octobre 1967, avec Claude Rich), "Hibernatus" (film d’Édouard Molinaro sorti le 10 septembre 1969, avec son fils Olivier de Funès et Michael Lonsdale), "La Folie des grandeurs" (film de Gérard Oury sorti le 13 décembre 1971, avec Yves Montand et Alice Sapritch), "Les Aventures de Rabbi Jacob", "L’Aile ou la Cuisse" (film de Claude Zidi sorti le 27 octobre 1976, avec Coluche et Julien Guiomar), "La Zizanie" (film de Claude Zidi sorti le 22 mars 1978, avec Annie Girardot) et enfin "L’Avare" (film de Jean Girault sorti le 5 mars 1980).

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Certains de ces films furent aussi des succès au théâtre. D’ailleurs, Louis de Funès était aussi un comédien de scène (il avait besoin d’un public pour certaines tirades, même lors du tournage d’un film). Il a joué dans une trentaine de pièces de théâtre entre 1942 et 1973, notamment aux côtés de Pierre Mondy, Raymond Souplex, Daniel Gélin, Jean Carmet, Arletty, Darry Cowl, Jean-Marc Thibault, Jean Richard, Micheline Dax, Marthe Mercadier, Jean Le Poulain, Claude Gensac, Jacques Legras, Jacqueline Maillan, Pierre Tornade, Maria Pacôme, Sabine Azéma, etc. L’une des premières pièces où Louis de Funès a joué (comme figurant) au Théâtre des Champs-Élysées fin décembre 1945 fut mise en scène par Pierre Henry.

Deux scènes comiques au moins ne pourraient plus être tournées aujourd’hui à cause du "politiquement correct". La scène avec Herr Müller et le jeu d’ombre qui dessinait cheveux et moustache d’Hitler sur le visage de Louis de Funès dans "Le Grand Restaurant" (1966), et bien sûr la plupart des sketchs des "Aventures de Rabbi Jacob" (1973) avec un racisme et un antisémitisme latents du personnage joué par Louis de Funès qui donne le même ressort comique que lorsque Pierre Desproges parlait des Juifs, des femmes ou du cancer dans ses spectacles. Le dialogue entre Louis de Funès et Henri Guybet (le chauffeur) est très cocasse ("Écoutez, ça ne fait rien, je vous garde quand même").

Après une première crise cardiaque en 1975, Louis de Funès a dû aménager radicalement de vie : régime alimentaire sévère, rythme moins soutenu pour ses tournages et surtout, moins de mouvements brusques, donc moins de "colères" dans les films, ce qu’il préférait car il avait fait le tour de ce comique-là et voulait changer un peu.

Je trouve que son meilleur film est "L’Aile ou la Cuisse" qui est à la fois une critique des institutions de l’époque (guide Michelin, Académie française, etc.) tout en restant d’une étonnante actualité (dans son combat contre la nourriture industrielle de Tricatel dont le patron est joué par Julien Guiomar).

De plus, le duo improbable entre Louis de Funès et Coluche a très bien fonctionné. Ce n’était pourtant pas gagné d’avance. Claude Zidi a reconnu qu’il a dû laborieusement convaincre Louis de Funès de jouer avec Coluche : « J’ai négocié avec lui durant des mois jusqu’à ce qu’il accepte enfin de le rencontrer. Là, il a totalement changé d’avis. Il m’a dit : "Mais, il fallait me le dire plus tôt, que ce jeune garçon était aussi talentueux". ». (cité par Frédéric Vandecasserie).

Coluche aussi a été séduit, comme il l’a raconté le 28 janvier 1983 (voir dernière vidéo) : « On m’avait dit : "Il a une réputation épouvantable, il est méchant". En fait, ce n’est pas vrai. C’est un homme charmant, qui a demandé à ce que je partage l’affiche en vedette avec lui alors qu’il n’était pas obligé. Quand il fait confiance, c’est comme le reste, il ne le fait pas à moitié. » (Antenne 2).


1. "L’Aile ou la Cuisse" (1976)











L’interview avec Michel Drucker le 31 octobre 1976 est "succulente". Elle donne une idée de la personnalité qui se cache derrière l’acteur. Louis de Funès dit regretter de ne pas avoir joué à l’époque du cinéma muet car cela donnait beaucoup plus de liberté à l’acteur de s’exprimer. Les dernières mimiques sans son, normalement en off, sont extraordinaires et m’ont fait imaginer Louis de Funès jouant le rôle de François Mitterrand Président, alors qu’avec ses grimaces, on aurait pu l’imaginer en Alain Peyrefitte voire en Nicolas Sarkozy.







2. "Le Grand Restaurant" (1966)







3. "L’Avare" (1980)







4. "Oscar" (1967)















5. "La Zizanie" (1978)







6. Le journal de 20 heures du 28 janvier 1983 sur Antenne 2

Coluche était interviewé par Christine Ockrent et a rappelé le projet commun de jouer avec Louis de Funès un second film avec la particularité d’être sans paroles. Un film qui ne s’est jamais réalisé (Coluche est mort quelques années après De Funès) et qui pourrait faire penser un peu à "The Artist" (réalisé par Michel Hazanavicius et sorti le 12 octobre 2011, avec Jean Dujardin et Bérénice Bejo), même si De Funès l’aurait voulu plutôt se déroulant en période contemporaine.







Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 janvier 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Le côté obscur de la farce", article de Frédéric Vandecasserie dans "Moustique" le 22 juillet 2014.
Georges Méliès.
Jeanne Moreau.
Louis de Funès.
Le cinéma parlant.
Charlie Chaplin.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180127-louis-de-funes.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/louis-de-funes-populaire-et-odieux-201004
 

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/01/27/36082079.html

 

 

 

 

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23 janvier 2018 2 23 /01 /janvier /2018 03:05

« Dans un monde où le langage pour défendre les choses qui paraissent en danger est surtout un langage guerrier (…), j’ai l’impression d’être là pour arrondir les angles et calmer les esprits. Ayant connu les désaccords et redoutant les violences, j’ai un grand goût de l’harmonie. (…) Je ne sais pas ce qu’il y a d’essentiel dans le cinéma, mais c’est quelque chose qui regarde la liberté. Tant que cette liberté d’expression existe, malgré les dangers qui la menacent, le totalitarisme n’est pas possible. Dans les pays où il règne, il n’y a plus d’images, plus de chansons, il y a le silence. » ("Le Monde" le 17 mai 1995).


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Honorée de son vivant par une rétrospective de trente de ses films au célèbre MoMA (musée d’art moderne) de New York du 25 février 1994 au 18 mars 1994 ("Nouvelle vague and beyond"), elle avait conquis depuis longtemps la postérité dans de nombreuses institutions culturelles.

L’actrice Jeanne Moreau aurait eu 90 ans ce mardi 23 janvier 2018. Disparue en plein été l’année dernière, le 31 juillet 2017 à Paris, Jeanne Moreau a fait partie des merveilleuses femmes de l’histoire du cinéma français. Une femme d’une séduction folle. Sacha Distel, parmi d’autres : « J’ai craqué dès le premier soir. Il y avait de quoi. Jeanne était une sorte de tornade, l’amoureuse dont tout jeune homme rêve. ». Après avoir joué Véra Alexandrovna dans "Le mois à la campagne" de Tourgueniev, Jeanne Moreau est entrée comme pensionnaire à la Comédie-Française le jour de ses 20 ans, le 23 janvier 1948.

Fêtée lors de son 80e anniversaire le 6 février 2008 à la Cinémathèque française, Jeanne Moreau a obtenu les plus grandes distinctions du cinéma : elle a reçu le Prix d’interprétation féminine le 20 mai 1960 au 13e Festival de Cannes, un Molière de la comédienne le 2 mai 1988, un Lion d’Or d’honneur le 12 septembre 1992 au 49e Festival de Venise, un Ours d’Or d’honneur pour l’ensemble de sa carrière le 20 février 2000 au 50e Festival de Berlin, un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière le 23 mars 1998 à Los Angeles, un César de la meilleure actrice le 22 février 1992 à Paris, deux Césars d’honneur le 25 février 1995 à Paris et le 22 février 2008 à Paris, et le 2 mars 2018 à la Salle Pleyel à Paris, lors de la 43e cérémonie des César, elle recevra un hommage de tous les professionnels du cinéma français (retransmis sur Canal Plus).

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La carrière de Jeanne Moreau a été très "productive" en films mais aussi en chansons. Entre 1949 et 2015, elle a joué dans près de 150 films au cinéma mais aussi à la télévision. Entre 1947 et 2011, elle a joué dans près de 60 pièces de théâtre. Et entre 1963 et 2010, elle a sorti six albums de chansons dont le dernier avec Étienne Daho. Son dernier album et sa dernière prestation à Avignon furent consacrés à un poème de Jean Genet à l’occasion de son centenaire (né le 19 décembre 1910).

Parmi ses films, "Les Amants", réalisé par Louis Malle et sorti le 5 novembre 1958, fut très controversé en raison de la dernière scène très dénudée représentant un adultère, avec une polémique sur sa projection au 19e Festival de Venise qui, le 7 septembre 1958, l’a finalement honoré du Prix spécial du jury et, pour Jeanne Moreau, du prix de meilleure espoir féminin.

En 1956, lors d’une représentation de la pièce "La Chatte sur un toit brûlant" (pièce de Tennessee Williams mise en scène par Peter Brook), où elle jouait le rôle très sensuel de Maggie au Théâtre Antoine à Paris, elle a rencontré le réalisateur Louis Malle qui l’a ensuite aimée et choisie comme l’héroïne de son grand succès "Ascenseur pour l’échafaud" (sorti le 29 janvier 1958) grâce auquel elle est devenue une véritable star du cinéma.







Avec sa petite allure de femme des faubourgs au tempérament trempé, de femme moderne qui a pu inspirer beaucoup d’autres femmes à l’époque (et d’hommes, aussi, mais pour d’autres raisons), elle fut décrite par Pierre Cardin en 2001 (voir plus bas) ainsi : « D’humeur toujours égale, avec l’intention de faire plaisir aux autres, elle reste fidèle en amitié. (…) Elle sait être lumière, soleil, calme comme neige mais parfois orage. Cigale plutôt que fourmi, être généreuse pour les autres, ce qui ne facilite pas toujours les lendemains. Elle est également très coquette, aimant la mode et c’est une joie pour moi de l’habiller. Jeanne aborde sans détour le sujet du sexe (…). Elle sait désirer mais sans accepter la possession et ressent le besoin de s’isoler pour se trouver. Mais dans ce tourbillon de vie, elle a le sourire du matin et le bonheur du soir et bien d’autres moments inoubliables… ».

Point de départ de sa vocation de comédienne, sa voix si reconnaissable et si rassurante est extraordinairement familière. Par exemple, on ne la voit pas dans "L’Amant", une adaptation du roman de Marguerite Duras (publié en 1984) réalisée par Jean-Jacques Annaud et sortie le 22 janvier 1992, mais elle est présente tout au long du film par la voix de la narratrice qui a été la raison en bonne part du succès de l’adaptation. Elle a fait ainsi le bonheur des imitateurs (en particulier Laurent Gerra).







Parmi les nombreux films dans lesquels elle a tourné, je propose de citer une biographie de Mata Hari, le film "Mata Hari, agent H21" réalisé par son ancien mari (entre 1949 et 1951) Jean-Louis Richard et sorti le 29 janvier 1965. Ce film, qui a été diffusé récemment sur Arte, fait intervenir Jeanne Moreau dans le rôle de Mata Hari, avec aussi Jean-Louis Trintignant (l’officier amoureux), Claude Rich (le chauffeur et précieux homme à tout faire), mort le 20 juillet 2017. On y voit aussi la magnifique Marie Dubois (morte le 15 octobre 2014) qui ne fut vraiment une star que depuis "La Grande Vadrouille" réalisé par Gérard Oury et sorti le 8 décembre 1966.







Il est intéressant de retrouver une vieille interview de Jeanne Moreau en 1964 pendant le tournage de "Mata Hari, agent H21" (la scène de son exécution). Elle y révéla qu’elle ne voulait pas suivre la réalité du personnage qu’elle jouait et que cela restait bien sûr une fiction. Cela fait penser à l’auteur de bandes dessinées Jean Tabary qui s’était toujours amusé à laisser son imagination galoper pour dessiner les costumes et les décors de ses albums "Iznogoud". Lorsqu’un film n’a pas la prétention d’une reconstitution historique, la fantaisie avec la réalité est toujours bienvenue dans une fiction.







Jeanne Moreau a toujours montré une exigence dans les choix de ses films et de ses rôles, si bien qu’elle a vécu beaucoup d’entreprises ambitieuses et novatrices au cours de sa carrière. Elle a joué avec de nombreux grands réalisateurs comme François Truffaut, Luis Bunuel, Bertrand Blier, Theo Angelopoulos, Michelangelo Antonioni, André Téchiné, Michel Deville, Wim Wenders, Jean Renoir, Jacques Doillon, Josée Dayan, Jacques Becker, Gilles Grandier, Denys de La Patellière, Jean-Luc Godard, Édouard Molinaro, Roger Vadim, Orson Welles, Jacques Demy, Marcel Ophüls, Tony Richardson, Philippe de Broca, Pierre Granier-Deferre, Joseph Losey, Henri Verneuil, Rainer Werner Fassbinder, Jean-Pierre Mocky, Luc Besson, Agnès Varda, François Ozon, etc.

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Avec le succès de "Jules et Jim" (réalisé par François Truffaut et sorti le 23 janvier 1962) dans lequel elle avait joué et chanté "Le Tourbillon", elle se mit également à la chanson (surtout l’interprétation). "Le Tourbillon" fut d’ailleurs chanté par Vanessa Paradis le 17 mai 1995 pour l’ouverture du 48e Festival de Cannes pour rendre hommage à Jeanne Moreau, présidente du jury cette année-là, et cette dernière l’a rejointe sur scène pour chanter ensemble. Jeanne Moreau a aussi présidé le jury du 28e Festival de Cannes en mai 1975.

Parmi les œuvres chantées par Jeanne Moreau, on peut aussi citer "India Song" pour la bande originale du film sorti le 4 juin 1975 et réalisé par Marguerite Duras (à partir de sa pièce publiée en 1973 et issue de son roman "Le Vice-Consul" publié en 1966).







Présidente de plusieurs festivals (Cannes mais aussi Berlin, Glasgow, San Sebastian, New Delhi, etc.), elle fut reçue comme une déesse à Moscou en 1990 pour le tournage du film "Anna Karamazov" réalisé par Roustam Khamdamov (accueillie dans l’ancienne limousine de Staline).

Officier de la Légion d’honneur (en mai 1980), grand-officier de l’ordre national du Mérite (le 14 novembre 2012), commandeur des Arts et des Lettres (le 16 juillet 1985), Jeanne Moreau fut aussi la première femme élue à l’Académie des Beaux-arts le 29 mars 2000, au nouveau 7e fauteuil de la 7e section des créations artistiques dans le cinéma et l’audiovisuel, fauteuil créé le 8 juin 1998.

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Lors de sa réception le 10 janvier 2001, son ancien amant et nouveau confrère Pierre Cardin, qui lui a fait son costume d’académicienne, lui a rappelé qu’il l’avait habillée pour le film "Eva" réalisé par Joseph Losey et sorti le 3 octobre 1962 et qu’ils avaient voyagé souvent ensemble à Mexico, à Rio, à Venise, ou encore en Grèce : « À Paros, en débarquant sur l’île, nous nous laissions glisser dans le bonheur et nos deux corps nus, sur la plage au sable blanc, se reflétaient dans le grand miroir de la mer. ».

Elle a répondu : « Je sais être drôle, je vous l’assure. J’ai de l’humour, anglais en tout cas, mais mon goût inné pour les profondeurs et les passions humaines, mon attraction pour ceux dont la recherche rencontre la mienne, ont fait de moi la femme que je suis. ». Elle a terminé son discours en prononçant des alexandrins de Racine, le rôle d’Eriphile, dans la scène 1 de l’acte II de la tragédie "Iphigénie" (créée le 18 août 1674) qui lui a permis d’entrer au Conservatoire en 1947 comme auditrice et devenir la grande actrice qu’elle a été.

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Jeanne Moreau, sex symbol lors de ses jeunes années, n’a jamais caché son vieillissement, en continuant sans cesse à tourner, avec des rôles de dame d’un certain âge ou même de grand-mère. Elle se moquait de son âge parce qu’elle n’avait pas le temps : « Pourquoi avoir ce genre d’inquiétude alors que l’on dispose d’aussi peu de temps pour bien gérer le présent ? ». Formidable leçon philosophique !

Et la politique ? Sans concession. Le 17 mai 1995, après une campagne présidentielle toujours assez prenante pour les Français, Jeanne Moreau a lâché : « On a tendance à comparer les hommes politiques aux comédiens : il est bon, il a été mauvais. Moi, je trouve qu’on fait du tort aux comédiens en disant cela. Jouer la comédie, c’est incarner, devenir un autre. On ne demande pas ça à un homme politique, à un chef, qui, d’après ce que j’ai compris, doit surtout apprendre à devenir lui-même. » ("Le Monde").


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 janvier 2018)
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Pour aller plus loin :
"Le temps de la moisson", article de Danièle Heymann dans "Le Monde" le 17 mai 1995.
Georges Méliès.
Jeanne Moreau.
Louis de Funès.
Le cinéma parlant.
Charlie Chaplin.

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21 janvier 2018 7 21 /01 /janvier /2018 01:15

« Amoureux du cinéma, du rêve et de la magie, faites connaissance avec Méliès, caricaturiste, illusionniste et génie du 7e art naissant. Assistez à la création des premiers studios de cinéma, à Montreuil, à l’époque de la Star-Film, dont Méliès imagine toutes les perles, aux séances fantastiques de son Théâtre Robert-Houdin. La renommée de Méliès, qui pressent l’incroyable pouvoir suggestif du spectacle cinématographique et en invente grammaire et trucages, dépasse bientôt les frontières, en pleine folie 1900. Inventif, généreux, désintéressé et orgueilleux, Méliès, après avoir enchanté son époque, préfère affronter la ruine plutôt que de composer avec une industrie peu accordée avec ses rêves d’artiste. » (Madeleine Malthête-Méliès, petite-fille de Georges Méliès, pour introduire sa biographie : "Georges Méliès, l’enchanteur", publiée chez Hachette en 1973).


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Née en 1923, la petite-fille de Georges Méliès a fait beaucoup pour transmettre son témoignage sur cet homme charmant qui l’éduqua entre août 1930 et janvier 1938. Georges Méliès est mort il y a quatre-vingts ans, le 21 janvier 1938, à Paris, à 66 ans, sans fortune mais avec une célébrité mondiale. Petit coup de projecteur sur cet artiste bricoleur génial !

Né le 8 décembre 1861 à Paris, Georges Méliès est né dans une bonne famille, la bourgeoisie aisée, industrielle, qui s’est enrichie grâce à la chaussure. Mais dès son enfance, on se douta assez vite qu’il ne serait pas industriel, car il avait montré très tôt l’âme d’un artiste. Il caricaturait ses professeurs et écrivait des poèmes, imaginait plein de trucs… Son père refusa qu’il poursuivît ses études aux Beaux-arts. En revanche, grâce au père (très introduit dans le tout Paris), il fut l’élève de Gustave Moreau puis fit un séjour linguistique en Angleterre où il découvrit la magie.

Eh oui, à l’origine, Georges Méliès n’était pas un "cinéaste" (très rare à son époque puisqu’on peut même considérer que ce fut lui, justement, le premier cinéaste) mais une sorte de "saltimbanque", ou plutôt, un prestidigitateur. Grâce à l’héritage de son père, il racheta en 1888 le Théâtre Robert-Houdin, fondé en 1845 par Jean-Eugène Robert-Houdin (1805-1871), connu pour être l’un des plus grands illusionnistes de tous les temps, et commença à monter des spectacles de magie.

Le voilà illusionniste, magicien. Mais pas seulement, car c’était tout le spectacle qui l’intéressait avec ses idées lumineuses : il s’occupait aussi des décors, des costumes, de la mise en scène, du choix des comédiens à ses spectacles, etc. Ce fut même lui qui créa et présida très longtemps la future Chambre syndicale de la prestidigitation.

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Le 28 décembre 1895 au Salon indien du Grand Café, au 14 boulevard des Capucines à Paris, Georges Méliès (qui avait 34 ans) a découvert le cinéma comme beaucoup de ses contemporains. Louis Lumière (1864-1948) l’avait invité à la première projection de son Cinématographe et pour Méliès, ce fut soudain l’éclair de génie : il a tout de suite saisi l’intérêt de cette technologie au service de son imagination fertile, fantaisiste, voire loufoque.

Le père de Louis Lumière, qui ne croyait pas du tout en l’avenir commercial du cinéma, refusa de lui vendre les brevets pour utiliser l’appareil (Méliès, riche à cette époque, lui avait pourtant proposé une forte somme). Il trouva néanmoins un autre appareil à Londres appelé l’Animatographe de l’ingénieur britannique Robert William Paul (1869-1943), qui était en partie une contrefaçon du Kinétoscope de l’inventeur et industriel américain Thomas Edison (1847-1931), fondateur de General Electric en 1892 (et autrement doué pour protéger ses intérêts).

Georges Méliès était un productif de l’inventif. Entre 1896 et 1912 (c’est-à-dire, en seize ans), il réalisa au moins 520 courts-métrages (Michel Fragonard en a même évoqué 4 000 dans son dictionnaire d’historie culturelle chez Bordas ; beaucoup de films furent détruits ou ont disparu). Au début, sur le modèle des frères Lumière, il filmait des scènes de vie quotidienne, de la réalité, vie de famille, vie dans la rue, vi des entreprises, etc. Pour améliorer les conditions de ses tournages (notamment pour l’éclairage), il a eu l’idée de créer le premier studio de cinéma, en 1897, à Montreuil.

Son premier film est sorti en 1896 sous le titre "Une partie de cartes", d’une durée de 67 secondes, montrant trois convives jouant aux cartes, dont lui-même et son frère aîné Gaston (1852-1915) qui, plus tard, "plomba" financièrement l’aventure américaine de Georges Méliès. On y aperçoit aussi sa fille Georgette (1888-1930), la mère de la petite-fille citée, en fillette qui apportait le journal.







C’est vrai, aujourd’hui, que ce genre de scène est très banal. Tout le monde avec son smartphone est capable de faire un tel film, intimiste, mais en 1896, c’était très nouveau et cela fascinait. Ce genre de film était projeté dans les foires. De plus, ce film était aussi une parodie du film de Louis Lumière "Partie d’écarté" sorti le 20 février 1896. Ce qui signifie que c’était le premier "remake" de l’histoire du cinéma.







Ses idées cinématographiques se sont démultipliées.

Touché par le "J’accuse" d’Émile Zola dans "L’Aurore" du 13 janvier 1898 (il y a cent vingt ans) et profondément dreyfusard, Georges Méliès entreprit de reconstituer l’affaire Dreyfus (commencée le 15 octobre 1894 lors de l’arrestation du capitaine Dreyfus, condamné le 22 décembre 1894 pour trahison "à la destitution de son grade, à la dégradation militaire et à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée") dans un court-métrage de 13 minutes qui sortit même aux États-Unis le 4 novembre 1899.







Le premier docu-fiction était né. Autant dire que j’apprécie moyennement le docu-fiction lors qu’il relate des faits contemporains, dans le sens où il y a risque de mélanger documents d’archives réelles avec une partie de fiction (pour les périodes antérieures, la confusion est impossible), mais l’idée à l’époque était géniale, car elle permettait aux spectateurs de mieux comprendre un fait d’actualité. Et éventuellement, de modifier leur opinion (ce qui était le but de ce film "militant" ; il a fallu attendre le 12 juillet 1906 pour innocenter Dreyfus).

Ses projections fonctionnaient très bien. Il a eu tout de suite un public qui se pressaient pour aller aux présentations de ses films. Méliès a bien sûr fallu au départ qu’il se familiarisât à la technique. Son cerveau rempli de fantaisies venait de trouver un outil exceptionnel pour concrétiser ses délires oniriques.

Le site Internet mis en référence à la fin de l’article explique dans sa "bio" : « Il crée de nouveaux métiers, inconnus jusqu’alors, mais indispensables au cinéma : producteur, réalisateur, scénariste, décorateur, acteur, opérateur, directeur d’acteurs. (…) Les scénarios mais aussi les nouveaux procédés techniques le passionnent, ainsi il met au point : le fondu enchaîné, la surimpression, le gros plan, le ralenti, l’accéléré, l’usage des caches et des maquettes, l’arrêt sur image. (…) Peindre des décors, inventer des escamotages, faire disparaître un sarcophage ou faire danser un papillon lui apporte une joie intense, bien plus que les chiffres ou les tracasseries financières. La création est au centre de sa vie. ».


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Georges Méliès a eu l’idée que le cinéma pouvait servir aussi à l’imagination et au rêve, pouvait servir la fiction, raconter des histoires, faire voyager dans les splendeurs de la poésie. Un film n’était pas seulement la retransmission de la réalité, comprise comme une prolongation de la photographie, mais comme un outil pour accompagner le roman, le théâtre, la peinture (Méliès appelait ses "plans" des "tableaux"). Moins la musique car la technologie ne le permettait pas encore (ses films étaient évidemment tous muets et à chaque projection, un musicien venait accompagner les images qui défilaient).

Son grand chef-d’œuvre, le plus connu, fut "Le Voyage dans la Lune" qui fut projeté pour la première fois le 1er septembre 1902 au Théâtre Robert-Houdin au 8 boulevard des Italiens à Paris. Ce fut le premier film de science-fiction. Mais aussi la première fois qu’on utilisait la technique des trucages, la première fois qu’on faisait des "effets spéciaux" (certes encore bien loin du film "Avatar"). Georges Méliès s’occupait de tout : ce fut lui qui dessina la lune, ce fut lui qui confectionna les décors, dans la pure tradition des scènes théâtrales.

Il n’avait aucune ambition d’anticipation. Jules Verne (1828-1905) avait certes déjà publié son fameux "De la Terre à la Lune" (en 1865) et ce thème fut porteur, repris par Hergé (1903-1983) dans sa bande dessinée de Tintin "Objectif Lune" publiée en janvier 1953, elle-même inspirée du film américain "Destination Moon" réalisé par Irving Pichel (1891-1954) et sorti le 27 juin 1950.

Dans ce court-métrage lunaire de Méliès, c’était tout le cerveau en pleine ébullition qu’on pouvait observer. Tout était loufoque. Surréaliste avant l’heure !

La première scène montrant les discussions entre savants académiciens se moquait d’eux, portant des costumes ridicules qu’on placerait plutôt à l’époque du "Malade imaginaire" de Molière. Tout n’était que délire et poésie. La manière d’aller sur la Lune aussi était intéressante, avec ce canon géant et la balle qui servait de fusée (fusée et fusil, drôle de rapprochement sémantique, pourtant étymologiquement évident).

À côté du loufoque, du comique, du fantasmagorique, il y a un petit côté naïf sur les moyens technologiques imaginés. En effet, pour revenir sur Terre, point n’était besoin d’énergie pour décoller de la Lune, il suffisait de se laisser tomber (la Lune étant en haut de la Terre) pour plonger dans un océan terrestre !

L’idée aussi de croire qu’il y a des sauvages qui habitaient la Lune (les Sélénites) donnait une idée de l’époque en pleine conquête coloniale. Les Sélénites n’étaient guère autres que des Africains colonisés et des Indiens du Far West. Là encore, on pourrait imaginer les idées politique de Méliès dans la mesure où finalement les Terriens, attaqués, étaient obligés de se replier et de quitter la Lune (les "colonisés" ont gagné !). On retrouva bien plus tard l’idée de ces "sauvages extraterrestres" chez Peyo (1928-1992) qui a publié en 1967 son histoire de bande dessinée "Le Cosmoschtroumpf" où les Schlips rouges faisaient office d’indigènes.

Méliès coloria lui-même "Le Voyage dans la Lune" et une restauration de cette version colorisée fut entreprise après la découverte de la version colorisée originale en 1993. Cette version restaurée a été projetée pour la première fois le 11 mai 2011, lors du 64e Festival de Cannes.







Les films de Méliès avaient du succès car ils venaient d’inaugurer un nouveau genre de divertissement. Ce succès populaire fut l’aubaine des groupes industriels qui, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, ont investi massivement dans "l’industrie" du cinéma (aux États-Unis, le nombre de salles de projection fut multiplié par mille entre 1905 et 1910 !). En France, Pathé, puis Gaumont et d’autres ont également investi dans ce nouvel art si apprécié.

Edison, qui a pris quasiment le monopole aux États-Unis, a été très dur avec Georges Méliès. En effet, les films de Méliès étaient tellement attendus que dès leur sortie, de nombreuses copies ont été réalisées (illégalement) et ceux qui les projetaient s’enrichissaient (par cette contrefaçon). Les lois sur la propriété intellectuelle protégeaient beaucoup moins que maintenant et encore moins si c’était à l’étranger. Du reste, ces copies illégales ont contribué à sauver une partie des œuvres de Georges Méliès, seuls vestiges de certains films (ainsi, le réalisateur avait revendu les originaux de son "Voyage dans la Lune" pour le prix des matériaux recyclés !). Or, Edison a attaqué de son côté Méliès pour avoir utilisé sa pellicule brevetée (le 8 millimètres) alors qu’il n’en avait pas l’autorisation.

Le dernier film de Méliès fut "Le voyage de la famille Bourrichon" réalisé à la fin de l’année 1912 et sorti en 1913. Le court-métrage de 15 minutes racontait l’histoire d’une famille forcée de voyager pour fuir ses créanciers.

Juste avant la Première Guerre mondiale, un concours de circonstances est venu altérer la capacité de création de Méliès : au-delà de ces "requins" industriels et financiers qu’il n’était pas taillé à affronter, la mort de son épouse Eugénie (1867-1913) l’a contraint à s’occuper de ses enfants et son théâtre a dû fermer lors de la déclaration de guerre. Il a pu survivre financièrement en continuant à faire des spectacles dans une salle improvisée de ses studios à Montreuil entre 1915 et 1923, date à laquelle, complètement endetté, il a dû se résigner à tout vendre, y compris ses films à des forains (il projetait ses films principalement dans les foires) quand ils n’étaient pas détruits.

Ruiné, il fut réduit en 1925 à devenir vendeur de jouets et de bonbons à la gare Montparnasse, dans la petite boutique de sa seconde épouse, la comédienne Jehanne d’Alcy (1865-1956), qui a tourné notamment dans "Le Voyage dans la Lune", et qu’il a retrouvée après la guerre. Son site dédié raconte : « Coincé quatorze heures par jour, sept jours sur sept, dans sa petite boutique, Méliès s’ennuie et souffre de cette routine peu sujette à la fantaisie. Il continue pourtant à dessiner sans arrêt sur le moindre petit morceau de papier. Son seul luxe est les vacances annuelles en Bretagne durant l’été. ».

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Ce fut vraiment par hasard que le destin de Georges Méliès croisa l’un des admirateurs de ses films (grâce à un cafetier qui avait salué le boutiquier par son nom). Il s’agissait du directeur du Ciné-Journal, Léon Druhot, qui l’a fait sortir de l’oubli (il le croyait mort depuis longtemps). Lors d’une soirée en son honneur le 16 décembre 1929 à la Salle Pleyel à Paris, plusieurs de ses films furent projetés, ce qui fut un grand succès. Un an plus tard, Georges Méliès fut véritablement reconnu, d’abord par les professionnels du cinéma qu’il a lui-même initié, en mars 1931, puis par la République française qui lui a remis les insignes de la Légion d’honneur le 22 octobre 1931, obtenue par le ministre qui venait de décorer Charlie Chaplin et qui pressentait une profonde injustice.

Méliès termina les six dernières années de sa vie au Château d’Orly, une résidence de retraite de la Mutuelle du cinéma, mais lui et sa femme et petite-fille y habitaient "seuls" car il n’y avait pas encore de retraités du cinéma. Pendant cette période, Georges Méliès continua à rencontrer des réalisateurs, des journalistes, etc. et à développer des idées de création dans le cinéma mais aussi dans la prestidigitation.

Sa petite-fille, protégée de Georges Méliès à la mort de sa mère Georgette (qui était la fille de Méliès), lui a rendu un grand hommage tout au long de sa vie, notamment en publiant un témoignage biographique en 1973 : « Il était si gentil, toujours de bonne humeur, toujours plein d’idées pour se distraire et distraire le monde. Sportif, dynamique, jeune d’allure, foncièrement honnête, très droit, toujours de bonne humeur, il restait dans l’adversité le même homme sage et philosophique. Il n‘était pas désenchanté. Ce n’est pas étonnant qu’on découvre aujourd’hui la fraîcheur et l’enchantement de son œuvre, car il est resté très près de ses rêves et de la poésie de l’enfance. (…) Méliès était la joie de vivre, la malice au coin des yeux, une pirouette qui efface ce qui peut faire mal. ».

Si Georges Méliès s’est occupé de sa petite-fille après la mort de Georgette, c’était parce que son gendre (le père de Madeleine), Amand Fontaine (1894-1988) était un chanteur d’opérette et devait voyager souvent en roulotte sur les routes de France (parfois, Georges Méliès le rejoignait pour faire un spectacle de magie).

Madeleine Malthête-Méliès a travaillé aux côtés d’Henri Langlois (1914-1977) à la Cinémathèque de Paris entre 1943 et 1945 et a lancé tout un programme pour retrouver les films de Méliès. Ce ne fut qu’en 1961, à l’occasion d’une grande exposition organisée par Henri Langlois pour le centenaire de sa naissance, que Méliès fut reconnu comme l’inventeur du cinéma et commença à retrouver une célébrité posthume.

Pour les cent cinquante ans de la naissance de Georges Méliès, la Cinémathèque française a rendu hommage, le 8 décembre 2011, à la fois à Madeleine et à son grand-père Georges, après que le Ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, dans un discours le 21 janvier 2011 aux Beaux-arts, déclara : « Il ne faut jamais oublier que [le cinéma] est né dans l’esprit forain et l’amour du spectacle vivant. (…) Les occasions ne manqueront pas pour fêter un visionnaire de talent et un précurseur de génie, mêlant surréalisme et conscience aiguë des maux du temps. ». La consécration, ce fut le 30 mai 2002 avec le classement du "Voyage dans la Lune" dans le patrimoine mondial du cinéma.

L’ensemble de l’œuvre de Georges Méliès est passé dans le domaine public le 1er janvier 2009. C’est pour cela il est plus facile, depuis cette date, de retrouver sur Internet ses nombreux courts-métrages. Cette œuvre est un émouvant témoignage de son époque désormais si lointaine.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 janvier 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Site de référence sur Georges Méliès.
Georges Méliès.
Jeanne Moreau.
Louis de Funès.
Le cinéma parlant.
Charlie Chaplin.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180121-georges-melies.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/georges-melies-l-inventeur-du-200835

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/01/21/36066394.html



 

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