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19 juin 2022 7 19 /06 /juin /2022 04:33

« Ce qui m’intéresse dans Brice ce n’est pas "Je t’ai cassé" ou "Salut, ça farte ?" que la presse a retenus, c’est ce personnage en attente sur sa planche sur une mer d’huile qui dit : "Le surf, c’est pas un sport, c’est un rêve". » (Jean Dujardin).




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L’acteur Jean Dujardin fête son 50e anniversaire le dimanche 19 juin 2022. On peut le considérer comme un acteur mineur, il n’empêche qu’il est très populaire, du moins dans le sens notoire. Il suffit de regarder sur le site Wikipédia et de rechercher "jean d" : son nom arrive en deuxième position, juste après Jean de La Fontaine, mais avant Jean d’Ormesson, le maréchal Jean de Lattre de Tassigny, Jean d’Orléans (l’actuel prétendant au trône de France), Jean Dubuffet, Jean Desailly, etc.

La raison ? Probablement grâce au film "The Artist" de Michel Hazanavicius (sorti le 12 octobre 2011) où il a obtenu tant le Prix d’interprétation masculine de Festival de Cannes que l’Oscar du meilleur acteur (c’est le premier Français a obtenir cette distinction américaine), sans avoir le César du meilleur acteur (il y est seulement nommé). Un film par ailleurs plébiscité par la critique et la profession de tous les pays. Je n’en sais pas vraiment la raison car il était tourné en noir et blanc, ce qui, de nos jours, est peu lisible, et donne lieu à une histoire très vintage, mais peut-être que cette histoire proche de jeu de Charlie Chaplin (Jean Dujardin a plutôt revendiqué Douglas Fairbanks) a su synthétiser une impression générale de nostalgie du cinéma d’antan (la fin du cinéma muet au profit du cinéma parlant). Le film est remarquablement interprété et multiplie (comme l’habitude du réalisateur) les nombreux clins d’œil de l’histoire du cinéma.

À partir de ce film, Jean Dujardin a été considéré comme un "vrai" acteur autant qu’un "grand" acteur, car il a su interpréter un rôle qui pouvait surprendre. Il faut dire qu’il revient de loin. Surtout connu par son couple formé avec Alexandra Lamy (un couple télévisuel avant de l’être dans le civil), Jean Dujardin faisait surtout figure d’humoriste et même d’humoriste un peu lourdingue. Sa participation aux 438 séquences de "Un gars, une fille" diffusées sur France 2 du 11 octobre 1999 au 16 octobre 2003 (au générique tonitruant) lui a apporté une notoriété extraordinaire. Ces scènes d’humour au sein du couple ont été très appréciées, en particulier par leur nouveauté ("Scènes de ménages" sur M6 a repris la relève) et par les nombreux sujets abordés. Il en a même reçu un Sept d’or en 2001, celui de la meilleure émission de divertissement.

Fort de sa notoriété télévisuelle, entre 2001 et 2011, Jean Dujardin a essayé de percer au cinéma, et ce fut un peu laborieux. Après quelques seconds rôles, il a joué dans "Brice de Nice" de James Huth (sorti le 30 mars 2005), avec Élodie Bouchez, Alexandra Lamy, Clovis Cornillac, Bruno Salomone, Delphine Chanéac, etc. Le film met en scène un personnage fictif créé par Jean Dujardin dans un sketch de 1995 (sur M6 dans "Graines de star"). Il a certes eu beaucoup de succès, avec même des phrases "cultes" ("Je t’ai cassé !") mais j’ai trouvé ce film épouvantable, sans aucun intérêt, lourdingue, ennuyeux, abêtissant… avis partagé par une nomination aux Gérard du cinéma dans la catégorie Pire film. Comme il y a eu un succès commercial, le film a fait l’objet d’un second opus numéroté troisième (sorti le 19 octobre 2016).

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Peu de temps après ce lamentable navet, Jean Dujardin est devenu la star d’un excellent film de Michel Hazanavicius, "OSS 117 : Le Caire, nid d’espions" (sorti le 19 avril 2006), avec Bérénice Bejo (sa future complice dans "The Artist", par ailleurs compagne du réalisateur). L’idée était de faire une véritable parodie cinématographique de la série des James Bond, et elle a été très réussie. Mille clins d’œil sur le cinéma dans ce film très dense avec un humour beaucoup plus sophistiqué et décalé que le lourdingue Brice de Nice. Avec ce film, Jean Dujardin est resté dans la comédie mais au moins, dans la comédie réussie.

Un deuxième numéro a été tourné par le même réalisateur avec Jean Dujardin mais sans Bérénice Bejo, "remplacée" par Louise Monot, "OSS 117 : Rio ne répond plus" (sorti le 15 avril 2009). Même nombreux clins d’œil au cinéma, avec la participation de Pierre Bellemare, le patron des services secrets. Ce deuxième film de la série a été à la hauteur du premier. Ces films parodiques restent encore de comédies légères avec un Jean Dujardin toujours "frimeur".

Ce n’est pas le cas de plusieurs autres films dans les années 2010 où Jean Dujardin devient un acteur très "protéiforme". Ainsi, il a tourné dans "Les Petits Mouchoirs", le film  larmoyant de Guillaume Canet (sorti le 20 octobre 2010), chronique d’une bande de copains avec François Cluzet, Gilles Lellouche, Marion Cotillard, Valérie Bonneton, Louise Monot, Benoît Magimel, etc. Rien de comique de cette histoire qui finit très mal pour Jean Dujardin, devenu objet de nouvelles larmes.

D’autres films avec Jean Dujardin frappent par leur particularité. Ainsi, dans "Le Bruit des glaçons" de Bertrand Blier (sorti le 25 août 2010), il est un écrivain fini, alcoolique, dépressif et malade ; dans "Un Balcon sur la mer", un très beau film de Nicole Garcia (sorti le 2010), Jean Dujardin, agent immobilier, croit reconnaître son amour d’adolescent, joué par Marie-Josée Croze, sur fond de fuite d’Algérie en guerre vers la France et d’arnaque immobilière, avec un va et vient d’images anciennes et récentes. Un film très subtil avec sa mère Claudia Cardinal, sa femme Sandrine Kiberlain et son beau-père Michel Aumont. Avec ces deux films, Jean Dujardin a quitté complètement son personnage de comique. "The Artist" arrive juste après, avec la consécration internationale de l’acteur.

Cela ne l’a toutefois pas empêché de tourner encore dans quelques comédies, comme dans "Les Infidèles" d’Emmanuelle Bercot et sept autres (sorti le 29 février 2012), avec Gilles Lellouche, Guillaume Canet, Manu Payet, Charles Gérard, Lionel Abelanski, Sandrine Kiberlain, Alexandra Lamy, Mathilda May, Isabelle Nanty, Gérarldine Nakache, etc.

Après un autre film d’espionnage avec des pincées d’humour, "Möbius" d’Éric Rochant (sorti le 16 octobre 2013), où Jean Dujardin joue le personnage principal, un espion qui surveille un oligarque russe, avec Cécile de France et Tim Roth, l’acteur fut appelé par Claude Lellouch pour son film "Un plus une" (sorti le 9 décembre 2015), où il est un grand compositeur qui rencontre en Inde Elsa Zylberstein, la femme de l’ambassadeur Christophe Lambert. Il a récidivé avec Claude Lellouch dans "Chacun sa vie" (sorti le 15 mars 2017), qui fut le dernier film de Johnny Hallyday. "Un homme à la hauteur" de Laurent Tirard (sorti le 4 mai 2016) met en situation amoureuse Jean Dujardin, courtois et élégant, avec l’avocate divorcée Virginie Efira.

Et puis est arrivé un autre grand film salué par la critique malgré le contexte sulfureux de son réalisateur talentueux, Roman Polanski : avec "J’accuse" (sorti le 13 novembre 2019), Jean Dujardin s’est excellemment mis dans la peau du lieutenant-colonel Piquart, héros nouveau d’une histoire pourtant très connue. Roman Polanski entendait évoquer l’affaire Dreyfus selon la perspective de son sauveur, celui qui a recueilli des preuves du "complot". Le capitaine Dreyfus, joué par Louis Garrel, est dans ce film un personnage secondaire.

Non seulement j’ai plongé complètement dans ce film, grâce au réalisateur mais aussi grâce au jeu d’acteur de Jean Dujardin, mais je m’en suis voulu d’avoir eu une lacune dans cette histoire politique : je n’avais jamais fait le rapprochement entre le lieutenant-colonel Picquart, le militaire "juste" de l’affaire Dreyfus et plus tard, le général Picquart, Ministre de la Guerre du premier gouvernement de Georges Clemenceau, exceptionnellement long, au pouvoir du 25 octobre 1906 au 23 juillet 1909. C’était le même homme réhabilité et récompensé par l’armée pour sa ténacité à faire triompher la vérité. Cette revisitation de l’affaire Dreyfus a été très instructive et originale. Le film fut récompensé par trois Césars et douze nominations au total, Jean Dujardin a raté de peu le César du meilleur acteur qu’il aurait mérité de recevoir.

L’un des derniers films où a joué Jean Dujardin est "Présidents" (au pluriel) d’Anne Fontaine (sorti le 30 juin 2021), où l’acteur est Nicolas Sarkozy et Grégory Gadebois François Hollande, dans une alliance improbable à l’élection présidentielle contre Marine Le Pen. Mais les ex-Présidents restent impopulaires et finalement, c’est la femme de l’un d’eux qui est candidate (les femmes sont joués par Pascale Arbillot et Doria Tillier). Un film fantaisiste (pas fantastique !) dont l’idée a germé pendant le premier confinement.

Hubert Bonisseur de La Bath, personnage récurrent de Jean Dujardin, a également fait un retour remarqué au cinéma l’an dernier dans le troisième opus "OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire" de Nicolas Bedos (sorti le 4 août 2021), avec Pierre Niney, Wladimir Yordanoff (ce fut son dernier film), Natacha Lindinger et Fatou N’Diaye.

Dans ma lancée, j’ai oublié de citer quatre autres films également très différents : "Lucky Luke" de James Huth (sorti le 2009), où Jean Dujardin tire plus vite que son oncle (le film n’est pas inoubliable) ; un film de Martin Scorsese "Le Loup de Wall Street" (sorti le 25 décembre 2013) pour un second rôle, un autre film américain "The Monuments Men" de George Clooney (sorti le 2 février 2014), avec le réalisateur, Matt Damon, Bill Murray, etc. ; et "La French" de Cédric Jimenez (sorti le 3 décembre 2014) où Jean Dujardin est le juge Michel, assassiné le 21 octobre 1981 à Marseille.

D’autres films restent en attente de montage et de sortie pour Jean Dujardin qui, désormais, ne manquera plus de surprendre ceux qui restaient déçus des errements initiatiques de Brice de Nice et qui n’en reviennent pas du grand spectre de personnages qu’il est maintenant capable de jouer. Un acteur qui surprend, c’est un acteur dont la personnalité même forte s’efface derrière le personnage : « Je ne me sentirai jamais légitime ou arrivé. Je m’angoisse à chaque fois. Je recrée du doute et donc du plaisir. ».


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Sylvain Rakotoarison (18 juin 2022)
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Pour aller plus loin :
Jean Dujardin.
Alain Resnais.
Julie Gayet.
Johnny Depp.
Amber Heard.
Jacques Morel.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/le-tres-surprenant-jean-dujardin-242280

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18 juin 2022 6 18 /06 /juin /2022 04:45

« Est-ce que c’est l’enfer après ? Est-ce que c’est comme quand on dort ? Si c’est ça, je signe toute de suite… » (Jean-Louis Trintignant, le 11 décembre 2018).




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Et discrètement, le grand acteur s’en est allé ce vendredi 17 juin 2022 « paisiblement, de vieillesse » a dit la famille. Jean-Louis Trintignant était assurément parmi les plus grands acteurs français, ceux comme Alain Delon ou Gérard Philippe. Une voix qui assure, un regard qui inquiète, une gueule… mais un tempérament timide. C’est peut-être ce qui l’a "sauvé".

Des études de droit qu’il a abandonnées pour le théâtre, sa passion, et le cinéma s’est invité à sa vie : quand à l’âge de 25 ans, vous devenez le partenaire de Brigitte Bardot dans un film à succès, "Et Dieu… créa la femme" de Roger Vadim (sorti le 28 novembre 1956), vous devenez une star éclatante, tout est possible. Jean-Louis Trintignant l’a confié bien plus tard : Brigitte Bardot lui a donné confiance en lui, en ses capacités de séduction… momentanément. Sur le moment, il a même cassé le fameux couple Bardot/Vadim… mais sa timidité a repris le dessus.

Dans sa tête, il n’était pas une star, il ne l’a jamais été. Patrice Duhamel qui l’a côtoyé de temps en temps le trouvait "normal". Pas au sens hollandien du terme, mais simplement qu’il était ordinaire, il aimait son travail comme un artisan consciencieux. Son travail, c’était le théâtre plus que le cinéma, parce qu’il y a le contact avec le public, et qu’il ne se sentait pas plus important qu’un autre, malgré l’argent, malgré la notoriété.

C’était pour le théâtre qu’il a réservé ses vieux jours. En 2018 encore, il faisait des lectures dans les théâtres. Des textes de Jacques Prévert, de Robert Desnos, de Boris Vian. Il se produisait un peu partout, Salle Pleyel à Paris, Théâtre des Célestins à Lyon, etc. Il le faisait depuis 2010.

Bien entendu, ses nombreux films (cent trente) font de lui un personnage familier de la vie française, du cinéma français, surtout des années 1960, 1970 et 1980, à l’époque où les voitures avaient du caractère (il était lui-même pilote automobile), mais il y a une part de mystère dans cet homme. Un air assez réservé, peu expansif, qui ne laisse jamais rien paraître. Alors, étonnant ce rôle dans ce film de Roger Vadim, le mari de la belle ingénue, trompé forcément.

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Après ce rôle phare, il s’éloigna des milieux cinématographiques pour cause de service militaire et quand il est revenu, ce fut une carrière éblouissante, sous la direction de réalisateurs exigeants (comme Claude Chabrol, Éric Rohmer, Pierre Granier-Deferre, François Truffaut, etc.). À ma connaissance, Jean-Louis Trintignant n’a joué dans aucun navet, pourtant ils étaient nombreux à l’époque. Il préférait du cinéma d’auteur.

Un autre film qui lui assura sa notoriété, ce fut "Un homme et une femme" de Claude Lelouch (sorti le 1966), qui a obtenu la Palme d’or à Cannes, où il a partagé le premier rôle avec Anouk Aimée. Très étrange d’ailleurs de se voir confier le même rôle plus de cinquante années plus tard, par le même réalisateur, dans l’un de ses derniers films : "Les plus belles années d’une vie" (sorti le 22 mai 2019) où il a retrouvé les mêmes acteurs (Anouk Aimée, Antoine Siren Souad Amidou) dans leur même rôle d’antan (au scénario, toujours la collaboration de Valérie Perrin). C’était le troisième de cette série. Le numéro deux était "Un homme et une femme : vingt ans déjà" (sorti le 1985) avec le coupe Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée et aussi Richard Berry, Évelyne Bouix, Charles Gérard, etc. Claude Lelouch a aussi réalisé avec Jean-Louis Trintignant la suite de son film "L’amour, c’est mieux que la vie" (sorti, lui, le 9 septembre 2021 avec Sandrine Bonnaire et Gérard Darmon), qui sortira dans les prochains mois.

Ses deux plus grands thèmes, c’étaient l’amour et l’engagement. Il a attendu d’avoir 82 ans pour obtenir son unique César du meilleur acteur, pour un rôle de "vieux", dans "Amour" de Michael Haneke (sorti le 24 octobre 2012), plébiscité aussi par la profession (comme la plupart de ses grands films). Le film parle du drame de la vieillesse dans le couple, drame car forcément, l’un va être plus faible que l’autre, le drame de la dépendance (avec Emmanuelle Riva, Isabelle Huppert et aussi le pianiste Alexandre Tharaud).

Dans les nombreux films qu’il a tournés, j’en avais cité deux il y a un an et demi, que j’appréciais particulièrement. Dans "Z" de Costa-Gavras (sorti le 26 février 1969), Jean-Louis Trintignant joue le rôle du "petit juge" qui veut aller jusqu’au bout de son enquête pour découvrir les auteurs d’un assassinat politique en Grèce. Ce juge, devenu Président de la République, Khristos Sartzetakis l’a devancé de quelques mois… Un film plus léger, "Le bon plaisir" de Francis Girod (sorti le 18 janvier 1984) avec Michel Serrault et Catherine Deneuve, adapte un roman de Françoise Giroud dans une ambiance très giscardienne.

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Ce mystère de l’acteur, cette réserve, cette ambiguïté ont été renforcé par les tragédies, celle de ses deux filles. « Je voudrais pas crever avant d’avoir goûté la saveur de la mort. ». C’est l’une des phrases de Boris Vian que Jean-Louis Trintignant lisait sur scène et cette phrase lui faisait sens malheureusement. Pauline est morte quand elle était bébé, étouffée probablement par une régurgitation de lait, et Marie, qu’il adorait tant, avec qui il a tourné, sous les coups de son ex-compagnon. Deux blessures à l’âme qui n’ont jamais pu se cicatriser.

Atteint depuis plusieurs années d’un cancer, Jean-Louis Trintignant sera enterré aussi discrètement que sa modestie le voulait, dans l’intimité familiale, loin des projecteurs, loin des caméras, loin des paillettes, dans cette relation authentique qu’il avait tissé avec la vie et la mort. Merci, Jean-Louis Trintignant !


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Sylvain Rakotoarison (17 juin 2022)
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Pour aller plus loin :
Amoureux transi.
Marie Trintignant.
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Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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15 juin 2022 3 15 /06 /juin /2022 04:57

« Pourquoi la politique est-elle progressivement devenue, à partir de 1965, l’objet à peu près unique de ces chroniques ? Le plus simplement du monde. Parce que mes premiers souvenirs sont des souvenirs de campagnes électorales paternelles. Parce que rien, enfant déjà, ne me paraissait plus magique que l’éloquence de la politique ou du prétoire. (…) L’objectivité absolue n’existe pas. Pas plus chez un journaliste que chez n’importe quel citoyen. » (Michèle Cotta, 14 novembre 2007).




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La journaliste politique Michèle Cotta fête son 85e anniversaire ce mercredi 15 juin 2022. Participant toujours de temps en temps à des émissions politiques pour commenter l’actualité, elle montre comme avec Alain Duhamel, Philippe Alexandre et quelques autres une exceptionnelle longévité professionnelle. Car lorsque vous attrapez le virus de la politique, c’est définitif et vous le gardez jusqu’au bout.

Or, cette passion de la vie politique peut généralement se décliner (au moins) de deux manières différentes, en s’engageant à fond dans l’action politique, ou, au contraire, au lieu d’en être l’acteur, en en étant l’observateur et dans ce cas, le métier de journaliste politique est tout indiqué, et finalement, la passion de la politique est nourrie de se trouver aux premières loges de l’histoire nationale. Parfois, d’ailleurs, le journaliste s’engage en politique (ce qui est très courant, comme le montrent les exemples de Jean-Jacques Servan-Schreiber, Françoise Giroud, Dominique Baudis, François Baroin, Claude Estier, Noël Mamère, Philippe Vasseur, Jean-Marie Cavada, Philippe Ballard, etc.). Certains ont même fait le chemin inverse, comme (entre autres) Roselyne Bachelot.

Michèle Cotta était tombée dans la marmite de la politique dès son enfance, grâce (ou à cause) de son père, Jacques Cotta, ancien résistant, avocat et maire SFIO de sa ville natale, Nice, juste après la Libération, une ville qu’il a conquise sur la municipalité communiste sortante mais qu’il a perdue à l’élection suivante par l’indépendant Jean Médecin (le père de Jacques Médecin). Pendant toute son enfance, Michèle Cotta allait aux meetings de son père (au grand dam de sa mère) et son ancrage à gauche date de cette époque un peu particulière où les consciences se forgent. Une gauche européenne et mendésiste, anticommuniste et européenne, probablement Macron-compatible aujourd’hui (mais je m’avance là un peu imprudemment).

Lorsque j’ai évoqué sa trajectoire précédemment, j’ai mis en opposition ceux des journalistes qui sont toujours restés dans leur métier, expert indépendant en quelque sorte (comme Alain Duhamel, Philippe Alexandre, Catherine Nay, etc.), et ceux qui, tentés par la lumière, ont pris des responsabilités managériales (comme Jean-Pierre Elkabbach, Patrice Duhamel, Jean-Marie Cavada, Jacqueline Baudrier, Jean-Luc Hees, Christian Barbier, etc.).

Parce qu’elle était une journaliste connue pour sa proximité avec le parti socialiste, Michèle Cotta, qui était très à l’aise dans son rôle d’électron libre de l’observation politique, a viré de bord et sur le "quota" (sans jeu de mot) des nominations de Pierre Mauroy (en 1981, l’Élysée et Matignon se répartissaient les nominations aux emplois publics), Michèle Cotta ne pouvait pas refuser d’être nommé présidente de Radio France en 1981 puis Présidente de la Haute Autorité de l’audiovisuel (l’arrière-grand-mère de l’Arcom) de 1982 à 1986. Une erreur selon elle car cela lui a coupé tous ses contacts, et elle s’est créée de nombreuses inimitiés (de droite comme de gauche, car la volonté de liberté des médias affichée par François Mitterrand était hypocrite et cachait la même volonté cynique du pouvoir de tout contrôler, même volonté que ses prédécesseurs).

Michèle Cotta a été à bonne école puisque, après l’IEP de Paris et une thèse préparée sous la direction de René Rémond, elle a été recrutée en 1963 à "L’Express" par Françoise Giroud, femme forte, exigeante mais très formatrice. Catherine Nay l’a rejointe d’ailleurs un peu plus tard (en 1968). C’est pendant cette période qu’elle s’est constituée un extraordinaire réseau parmi les acteurs de la vie politique, beaucoup autour de la gauche non communiste car elle était plus particulièrement chargée de couvrir l’actualité de cette tendance politique, mais aussi à droite. Ainsi, elle a très rapidement été une proche de François Mitterrand dont elle avait compris l’importance future malgré les années difficiles (échec aux législatives de 1958, discrédit après le faux attentat de l’Observatoire, etc.), ainsi que de Jacques Chirac dont elle a vu l’immense potentiel et l’immense ambition dès le début de sa carrière politique.

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Les contacts personnels étaient tels que Michèle Cotta a compris bien plus vite que ses collègues l’énorme ambition qui bouillait chez François Mitterrand et l’inéluctabilité de sa candidature en 1965 quand tout le monde (et d’abord son employeur "L’Express" avec la campagne sur "Monsieur X") imaginait Gaston Defferre à la manœuvre (mais le maire de Marseille devait réunir la SFIO et le MRP/Centre démocrate, mission quasiment impossible). Exemple de connaissance fine de la vie politique, le 9 septembre 1965, jour d’une allocution présidentielle de De Gaulle : « Dans l’après-midi, nous sommes tous devant la télévision, dans le salon du dernier étage de "L’Express", avec JJSS et Françoise Giroud. Je n’ai pas voulu trahir le scoop de la candidature de Mitterrand dès le matin. Mais, en début d’après-midi, à quelques minutes de l’événement, je veux faire la maligne : "François Mitterrand se présente aujourd’hui", dis-je à Jean-Jacques et à Françoise vers deux heures trois quarts. Jean-Jacques me regarde avec commisération : "Pendant que De Gaulle parle ? Vous n’y êtes pas ! ". (…) Vers 16 heures 15 ou 30 (…), je quitte la pièce (…). J’attends. Et je remonte, pas peu fière, quelques minutes après, pendant que De Gaulle continue de parler, avec la dépêche AFP [annonçant la candidature de Mitterrand] (…). Jean-Jacques (…) est interloqué. Françoise, elle, instinctivement, avait eu davantage tendance à me croire lorsque je leur en avais parlé à tous deux en début d’après-midi. Elle fait meilleure figure. Je ne suis pas sûre que JJSS me pardonne d’avoir été au courant avant lui. Il risque de le prendre mal. (…) Il n’empêche : je rigole. » (Michèle Cotta).

Elle avait ce qu’on appellerait une "source bien informée". Elle avait ainsi de nombreuses discussions "off" avec tous les acteurs de la politique qui ne voulaient faire aucune déclaration officielle mais faire comprendre aux médias leur état d’esprit. Bien sûr, ce genre de messes basses peut aussi être l’occasion de manipulation politique et comme journaliste compétente, elle vérifiait les indiscrétions qu’on lui révélait (par exemple, si une discussion était rapportée, aller voir un autre protagoniste de la discussion pour avoir sa propre version, parfois, les versions sont très différentes, ce qui fait qu’au moins un de ses interlocuteurs lui a volontairement menti). Ainsi, aux fils de ces nombreuses conversations off, elle pouvait démêler le vrai du faux, l’affichage du réel, les intentions des maladresses, comprendre l’origine d’une décision, l’influence des uns et des autres, etc.

Avec Michèle Cotta, tout cela est devenu transparent depuis 2007 grâce à la publication de ses très denses "Cahiers secrets de la Cinquième République" car elle tenait un journal depuis ses débuts dans le journalisme en 1965 (en fait, bien avant), et elle y notait toutes ces conversations confidentielles qu’elle ne pouvait pas diffuser publiquement au moment où elle les avait eues (sous peine de ne plus avoir d’informateur). Quatre tomes ont été publiés couvrant la période de 1965 à 2007, ce qui est un large spectre de l’histoire politique. Bien entendu, le détail de ces informations peut paraître parfois dérisoire, des faits politiques complètement oubliés, les amertumes, mesquineries, assez vaines, et le jeu des pouvoirs, des influences, réelles ou suggérées, sont très visibles : « La fréquentation des acteurs de la vie politique, si convaincus, quoique si changeants, si persuadés de la justesse de leurs vues, quoique incapables de résister à l’expérience du pouvoir, si déterminés, quoique si fragiles, est de nature à ouvrir les esprits à l’analyse, y compris les plus réfractaires. ».

Femme de presse papier ("L’Express") et de radio dans les années 1970 (France Inter, RTL), elle fut choisie (avec Jean Boissonnat) par les deux candidats qualifiés au second tour de l’élection présidentielle de 1981, Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, pour animer le fameux débat d’entre-deux-tours. Elle n’avait pourtant jamais fait de télévision. Cela s’est plutôt bien passé pour elle puisqu’elle fut appelée une seconde fois pour la même prestation en 1988 (avec Élie Vannier qui représentait alors Antenne 2 et elle TF1) pour le débat entre François Mitterrand et Jacques Chirac, ses deux interlocuteurs privilégiés dans sa carrière.

Après la première législature socialo-communiste, débarquée de la Haute Autorité de l’audiovisuel par la dissolution de celle-ci par la nouvelle majorité et son remplacement par la (très brève) CNCL (avant d’être remplacée ensuite par le CSA), Michèle Cotta a dû retourner à son travail de journaliste politique dans de mauvaises conditions : acceptée pour ne pas dire tolérée à la rédaction de la radio Europe 1 à la rentrée 1986 (grâce à la volonté de Jean-Luc Lagardère), où elle a retrouvé Catherine Nay ainsi qu’un autre ami, Ivan Levaï, elle devait affronter l’hostilité de Jean-Pierre Elkabbach, Alain Duhamel et Guillaume Durand ainsi que l’humiliation de son contrat d’embauche ("à l’essai" !).

Heureusement pour elle, sept mois plus tard, elle a quitté cette rédaction pour l’aventure de la privatisation de TF1 (attribué à Bouygues et pas à Jean-Luc Lagardère le favori), bombardée directrice de l’information de la chaîne de télévision par Étienne Mougeotte. Elle le resta cinq ans puis, a eu diverses autres expériences dans la télévision publique (dont directrice générale de France 2 de 1999 à 2002, jusqu’à ses 65 ans).

Avec Philippe Alexandre, Alain Duhamel, Catherine Nay et quelques autres monuments du journalisme politique, Michèle Cotta fait partie de la mémoire politique de la Cinquième République, celle des passions du pouvoir, des ambitions, des convictions, des jeux d’influences, d’audace, de manipulation aussi, et connaît bien mieux l’histoire politique de la France que la plupart des acteurs de la vie politique actuelle. Bon anniversaire, Madame Cotta !


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Sylvain Rakotoarison (12 juin 2022)
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Pour aller plus loin :
Témoin privilégiée.
Michèle Cotta.
Ivan Levaï.
Jacqueline Baudrier.
La déplorable attention du journalisme à sa grande dame.
Aider les chrétiens d’Orient.
Philippe Alexandre.
Alain Duhamel.

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https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/le-monde-perdu-de-michele-cotta-242152

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3 juin 2022 5 03 /06 /juin /2022 04:30

« Le scénariste m’apporte une matière dramatique que la mise en scène utilise très concrètement et très librement pour en faire un spectacle. » (Alain Resnais).



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Le réalisateur français Alain Resnais est né il y a 100 ans, le 3 juin 1922, à Vannes, et il est mort le 1er mars 2014 à 91 ans. Un des représentants de la Nouvelle Vague dont il s’est éloigné rapidement, il est un cinéaste majeur de l’après-guerre dont l’originalité a guidé de nombreux réalisateurs.

Avant ses films, regardons très rapidement les nombreuses récompenses qu’il a reçues tout au long de sa vie. Il a été l’un des réalisateurs les plus reconnus en France mais aussi à l’étranger. L’étranger d’abord : il a reçu entre autres un Oscar du meilleur court métrage (1950), trois prix de la Mostra de Venise (Lion d’or en 1961, prix de la critique internationale en 1963, Lion d’argent en 2006), un prix spécial de la BAFTA (1960), trois prix des Berlinales (deux Ours d’argent en 1994 et 1998, le prix Alfred Bauer en 2014, peu avant sa mort)… et en France, huit Prix Méliès (1959, 1961, 1966, 1977, 1980, 1993, 1997, 2006), trois Prix Louis-Delluc (1966, 1993, 1997), un Prix Henri-Langlois (2007), trois prix du Festival de Cannes (Grand Prix du jury et prix de la critique internationale en 1980, prix exceptionnel du jury en 2009)…

Et bien sûr, des Césars : trois Césars du meilleur film (1978, 1994, 1998) et cinq autres nominations, deux Césars du meilleur réalisateur (1978, 1994) et six autres nominations, mais aussi les très nombreux Césars que les acteurs qu’il a sélectionnés pour ses films ont reçu à cette occasion : Sabine Azéma, André Dussollier, Pierre Arditi, Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri, etc. Les techniciens aussi ont été parfois récompensés dans ses films, deux Césars pour son chef décorateur Jacques Saulnier, un César du meilleur montage pour ses monteurs Albert Jurgenson et Hervé de Luze, etc.

Ce qui étonne, c’est la régularité de ses récompenses, du début à la fin de sa carrière, il a toujours été célébré pour des films pourtant très différents. Son métier était metteur en scène, il ne voulait pas, au contraire de nombreux réalisateurs plus jeunes, faire autre chose que la mise en scène, il ne voulait pas toucher au scénario, ni jouer dans ses films. Il ne se considérait donc pas l’auteur de ses films, juste l’animateur, le monteur. Il ne voulait pas non plus adapter une œuvre littéraire déjà publiée car il a toujours été déçu par ces tentatives (sauf s’il s’agit d’une pièce de théâtre). En revanche, il a choisi très précisément ses scénaristes, des pointures littéraires, avec une trame de l’histoire travaillée au préalable. Plus généralement, il se permettait de l’improvisation au tournage parce qu’il connaissait très bien le sujet en amont.

Excellent chef d’équipe, il laissait beaucoup de marge de liberté à ses acteurs, parfois en ne dévoilant les dialogues qu’au dernier moment pour pouvoir garder leur spontanéité. Fidèle, Alain Resnais a fait tourner dans plusieurs de ses films, les mêmes acteurs, ceux cités précédemment, aussi Géraldine Chaplin, Michel Piccoli, Fanny Ardant, Claude Rich, Delphine Seyrig, Lambert Wilson, Gérard Depardieu, Anne Consigny, Anny Duperey, etc.

Les premières œuvres d’Alain Resnais furent de nombreux documentaires ou de fictions de courte ou moyenne durée.

1. "Van Gogh" (sorti en 1948), de 18 minutes, avec la voix de Claude Dauphin en narrateur, est l’un des premiers films sur l’art. C’était une commande et Alain Resnais s’est appuyé sur le critique d’art Gaston Diehl. Il a été récompensé à la Mostra de Venise et par un Oscar. Alain Resnais a expliqué à sa sortie : « Cette expérience d’ordre dramatique et cinématographique n’a donc rien à voir avec la critique d’art, encore moins avec la biographie scientifique. Nous avons volontairement sacrifié l’exactitude historique au bénéfice du mythe de Van Gogh. ». Le noir et blanc servait aussi à mieux reproduire « l’architecture tragique de la peinture » du maître pour comprendre ce qui l’a mené au suicide.

2. "Guernica" (sorti le 6 juin 1951), en collaboration avec le réalisateur Robert Hessens, est une fiction documentaire de 13 minutes sur le massacre du 26 avril 1937, inspirée du célèbre tableau de Picasso, avec pour scénariste Paul Éluard, et la voix de Maria Casarès.

Au-delà de Van Gogh et Picasso, Alain Resnais a consacré ses premiers documentaires aux artistes, en particulier Hans Hartung, Oscar Dominguez, Lucien Coutaud, Gauguin, Gershwin, etc.

3. "Nuit et Brouillard" (sorti le 22 mai 1956), est un documentaire poignant de 32 minutes sur la déportation et l’extermination des Juifs par les nazis. Commandé par un organisme public dirigé par l’historien Henri Michel à l’occasion des dix ans de la libération des camps d’extermination, Alain Resnais a été choisi parce qu’il était nouveau (et qu’il ne demandait pas trop de moyens) et surtout, parce qu’il avait déjà été primé pour d’autres documentaires. Il a accepté sous condition d’y avoir un scénariste connaisseur, qui fut l’ancien résistant et ancien déporté à Mauthausen, Jean Cayrol, écrivain (Prix Renaudot 1947). Le narrateur est Michel Bouquet, dans une voix monocorde qui fait contraste avec l’horreur de ce qui est raconté. C’est l’un des premiers films portant sur les camps d’extermination. Le documentaire a été utilisé comme matériel scolaire dans les collèges, mais il a connu aussi beaucoup de détracteurs (et même au début la censure pour certaines images) car il évoquait la responsabilité des gendarmes français dans la déportation et aussi, on considérait que ce film allait contre le processus d’amitié franco-allemande en rappelant ces heures sombres. La principale critique, de taille mais répondant au contexte de l’époque, le film n’insiste pas sur le fait qu’il s’agissait de la Shoah et principalement des Juifs qui étaient assassinés. Les paroles de Jean Cayrol sont très fortes même si elles ont pu être exagérées sur le nombre : « Neuf millions de morts hantent ce paysage. Qui de nous veille de cet étrange observatoire, pour nous avertir de la venue des nouveaux bourreaux ? ». Avec la guerre en Ukraine, cette phrase garde toute son actualité.

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À partir de la fin des années 1950 et début des années 1960, et pendant près de six décennies, Alain Resnais a réalisé plus d’une vingtaine de longs-métrages, pour la plupart salués par la critique et par le public. Et toujours avec cette volonté de faire du scénario l’élément fort du film, en demandant à de grands écrivains de s’en charger. Beaucoup de titres de ses films sont "cultes" (les films eux-mêmes aussi bien sûr) et font partie intégrante désormais du patrimoine culturel français. Je ne ferai qu’évoquer très rapidement certains d’entre eux.

4. "Hiroshima mon amour" (sorti le 10 juin 1959) sur un scénario de Marguerite Duras (initialement, on avait demandé à Françoise Sagan puis à Simone de Beauvoir), avec Emmanuel Riva, Eiji Okada et Bernard Fresson. Cela commence comme ses précédents documentaires sur l’explosion nucléaire, cela se poursuit sur le thème de la mémoire, de l’amour et de la mort. Ce film, considéré comme un chef-d’œuvre, a fait la réputation d’Alain Resnais. Certains ont pensé que ce film faisait dans l’anti-américanisme dans la mesure où ce sont les Américains qui ont détruit Hiroshima et Nagasaki. Jean-Luc Godard aurait voulu réaliser un tel film et en a été jaloux, tandis que Claude Chabrol a parlé du plus beau film qu’il a vu « depuis 500 ans » ! Alain Resnais fut aussi soutenu par André Malraux, alors Ministre des Affaires culturelles, et dix ans plus tard, son beau-père, puisque Alain Resnais allait épouser la fille de celui-ci, Florence Malraux, par ailleurs son assistante de réalisation.

5. "L’année dernière à Marienbad" (sorti le 29 septembre 1961) fut scénarisé par Alain Robbe-Grillet (d’après un roman argentin), avec dans le premier rôle Delphine Seyrig. Les séquences alternées de rêve et de réalité ont servi de modèle à beaucoup de films ultérieurs (jusqu’à "Inception" dont le réalisateur Christopher Nolan n’avait pourtant pas vu le film avant d’avoir monté le sien). C’est l’histoire d’un homme qui rencontre une femme qu’il prétend avoir déjà rencontrée l’année précédente en lui laissant un an pour prendre la décision de partir avec lui. Par ce rythme inhabituel, le film a suscité des critiques, en particulier de snobisme intellectuel.

6. "Stavisky" (sorti le 15 mai 1974) est un film d’Alain Resnais assez différent. Toujours aussi excellent, il raconte l’histoire d’un escroc célèbre qui a provoqué l’une des crises politiques les plus importantes de la Troisième République (l’affaire Stavisky a en effet provoqué les émeutes d’extrême droite du 6 février 1934). Encore une fois, le scénariste est un écrivain de grande pointure, Jorge Semprun, et le casting également : Jean-Paul Belmondo est Stavisky, François Périer, Michael Lonsdale, Anny Duperey, Claude Rich, Pierre Vernier, Roberto Bisacco, Charles Boyer… et même Niels Arestrup et Gérard Depardieu (en très jeune porteur de projet). Alain Resnais n’a pas approfondi l’aspect politique de l’affaire, mais plutôt son aspect psychologique. Jean-Paul Belmondo a très mal supporté les critiques sur son personnage : « Dans "Stavisky", ils me reprochaient d’être sympathique. Mais vous connaissez un escroc antipathique, vous ? Un escroc antipathique, il n’escroque personne ! ». Une réflexion à méditer.

7. "Mon oncle d’Amérique" (sorti le 21 mai 1980) est encore un film qui a marqué l’histoire du cinéma par son originalité de "film comportementaliste". Basé sur les travaux du professeur Henri Laborit (qui intervient dans le film), sur les comportements humains ou animaux (réaction à la peur, etc.), le film se découpe en plusieurs séquences de plusieurs histoires avec des parallèles entre les relations humaines et la réaction des souris. La manière de monter le film y est très importante pour accompagner les récits et les démonstrations. De nombreux acteurs ont joué dans ce film, en particulier Nicole Garcia, Roger Pierre, Gérard Depardieu, Pierre Arditi (début d’une longue collaboration avec le réalisateur), Marie Dubois, etc. C’est aussi l’occasion de la première apparition au cinéma de Catherine Frot.

8. "Smoking/No smoking" (sorti le 15 décembre 1993) est scénarisé par Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri. L’innovation dans ce film, au-delà des récits à tiroirs, c’est qu’Alain Resnais a monté une sorte de roman dont vous êtes le héros : les histoires changent selon que l’héroïne, jouée par Sabine Azéma (en duo avec Pierre Arditi), fume ou ne fume pas (une autre manière d’expliquer la physique quantique !). Le film, pour sa rigueur et sa fantaisie, a été récompensé par cinq Césars (neuf nominations en tout). Au tournage, Sabine Azéma était déjà la muse du réalisateur et les deux allaient se marier une quinzaine d’années plus tard.

9. "On connaît la chanson" (sorti le 12 novembre 1997) avec toujours le couple Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri au scénario, a repris l’idée esquissée d’un précédent film d’Alain Resnais "La vie est un roman" (sorti le 20 avril 1983), à savoir que chaque acteur chante une chanson à propos, en fonction des situations. L’histoire est une comédie de mœurs avec des couples, des jalousies, des séductions, etc. excellemment bien servie par les acteurs : Sabine Azéma, André Dussollier, Pierre Arditi, Jean-Pierre Bacri, Agnès Jaoui, Jane Birkin, Lambert Wilson… et on y aperçoit, dans des petits rôles, notamment Jacques Mauclair, Jean-Pierre Darroussin, Claire Nadeau et Charlotte Kady. Plus récompensé que "Smoking/No smoking", "On connaît la musique" a reçu sept Césars (douze nominations au total).

10. "Les Herbes folles" (sorti le 4 novembre 2009), inspiré d’un roman de Christian Gailly, est une histoire d’amour fantasmée d’un homme (André Dussollier) qui trouve le portefeuille volé d’une femme (Sabine Azéma), avec un casting privilégié : .Emmanuelle Devos, Anne Consigny, Michel Vuillermoz, Michel Amalric, Annie Cordy, Édouard Baer, Sara Forestier, etc. avec des apparitions de Roger Pierre, Jean-Michel Ribes, etc.

11. L’avant-dernier film d’Alain Resnais "Vous n’avez encore rien vu" (sorti le 26 septembre 2012), librement inspiré de la pièce "Eurydice" de Jean Anouilh, semble une imbrication à plusieurs niveaux de comédiens d’une même pièce de théâtre. On y retrouve Sabine Azéma, Anne Consigny, Lambert Wilson, Pierre Arditi, Mathieu Amalric, Michel Piccoli, Anny Duperey, Denis Podalydès, Hippolyte Girardot, Michel Vuillermoz, Michel Robin, etc.

Comme on le voit, Alain Resnais a d’abord été un chef d’orchestre, compétent dans la coordination d’une équipe : « Un art à plusieurs, où il est convenu qu’un élève puisse finir le travail du maître, pourvu qu’il en respecte l’esprit. ». Son centenaire est donc l’occasion de lui rendre hommage. La Cinémathèque française avait déjà proposé une rétrospective de son œuvre du 3 au 29 novembre 2021 à Paris.

Pour Claire Vassé, critique de cinéma : « Alain Resnais (…) a tissé une œuvre qui permet de repenser la place de l’humain dans le monde moderne. Contrairement à la plupart de ses contemporains de la Nouvelle Vague, Resnais a fait des traumatismes de son siècle la matière première de la plupart de ses premiers films (…). Il l’a surtout fait d’une manière très moderne : non pas en représentant directement les événements mais en témoignant de leur répercussion existentielle sur la nature humaine. (…) Non pas témoigner d’une réalité ou d’un temps menacé de tomber dans l’oubli mais faire vibrer les possibles de l’existence humaine. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Alain Resnais.
Julie Gayet.
Johnny Depp.
Amber Heard.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220603-alain-resnais.html

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3 juin 2022 5 03 /06 /juin /2022 03:41

« La première fois que je l’ai rencontré, c’était à côté de la Maison de la Radio pour un déjeuner assez informel. J’ai rencontré un homme humble, tellement formidable que me voici devant vous. Il écoute vraiment, c’est assez rare. J’étais très impressionnée par son discours d’investiture [au Bourget]. Depuis que je l’ai rencontré, c’est le même. C’est cette constance qui est très forte. » (Julie Gayet à propos de François Hollande en avril 2012).



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L’actrice Julie Gayet fête son 50e anniversaire ce vendredi 3 juin 2022. Issue d’une famille de médecins : son père et son grand-père furent chirurgiens, le grand-père résistant, et l’arrière-grand-mère parmi les premières femmes médecins. Son père, bien implanté chez les socialistes, fut un camarade de promo d’un autre chirurgien… Jérôme Cahuzac.

Depuis une trentaine d’années, Julie Gayet tourne dans de nombreux films au cinéma mais aussi à la télévision, également des courts-métrages. Elle produit aussi des œuvres cinématographiques. Sa notoriété a grimpé avec le premier rôle dans le film "Delphine 1, Yvan 0" de Dominique Farrugia (sorti le 19 juin 1996), où elle est Delphine, Serge Hazanavicius Yvan, avec aussi Alain Chabat.

Mais on a vraiment commencé à parler d’elle dans d’autres cercles que culturels lorsque son nom a télescopé la vie politique le 10 janvier 2014. Le magazine très intellectuel (!) "Closer" a en effet publié les fameuses photographies d’un pilote de scooter avec casque sortant la nuit de chez Julie Gayet (version moderne du retour giscardien en voiture à l’heure du laitier).

Le livreur en question était à l’époque Président de la République. François Hollande, au mépris de la sécurité élémentaire qu’imposait sa fonction, préférait le bon plaisir au studieux travail à l’Élysée. Au-delà de l’atteinte à la vie personnelle (mais a-t-on une vie personnelle pendant son mandat quand on est le chef de l’État ? le magazine a toutefois été condamné le 27 mars 2014 par le tribunal de grande instance de Nanterre), au-delà de cette bourrasque médiatique, il y a eu une victime collatérale, celle qui était encore officiellement la compagne, Valérie Trierweiler, dont l’esprit jaloux aurait sans doute dû plus s’inquiéter de sa suivante que de sa précédente, à savoir Ségolène Royal. Sur Europe 1 le 10 janvier 2014, l’éditorialiste Catherine Nay résumait ainsi : « [Elle] a été jalouse du passé, elle aurait mieux fait d’être jalouse de l’avenir. ».

Cela a fini en vaudeville, avec, le 25 janvier 2014, un renvoi très machiste ("très patriarcal") de Valérie Trierweiler reléguée au rôle de favorite déchue, ce qui a provoqué, évidemment, la réplique de celle-ci par la parution le 4 septembre 2014 d’un livre témoignage "Merci pour le moment" (Arènes éditions) dont le grand succès commercial lui a assuré ses arrières et qui donnait une très mauvaise image du Président supposé de gauche se moquant des "sans-dent".

La révélation de cette liaison a aussi fait envoler le rêve romain de Julie Gayet, qui venait d’être nommée dans le jury de la Villa Médicis à Rome pour participer à la sélection des futurs pensionnaires et qui a dû y renoncer pour éviter tout conflit d’intérêts. Daniel Schneidermann y est allé de son petit commentaire le 15 janvier 2014 : « N’eût-on pas connu la liaison entre le scootériste et la comédienne, la délicieuse petite saveur [romaine] serait passée quasiment inaperçue. C’est la transparence qui a forcé les éternels courtisans à faire machine arrière. Au total, les avantages l’emportent sur les inconvénients. ».

Les relations entre François Hollande et Julie Gayet ont fait fleurir les commentaires sur le rôle supposé influent de l’actrice sur la politique culturelle du Président (en particulier sur les nominations), sur la nature de leurs relations, etc. Il a fallu attendre la fin du quinquennat pour que le couple apparût ensemble publiquement, le 9 décembre 2017 à l’hommage à Johnny Hallyday. Il faut bien comprendre que le droit à la vie privée est un droit reconnu par l’article 12 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme : « Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance. » (les GAFAM devraient relire cet article), mais dès lors que cela peut avoir une incidence sur la détermination d’une politique publique, les frontières de la vie privée deviennent relativement floue.

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Le problème de ce genre de relations, c’est qu’on pourrait imaginer Julie Gayet profiter de sa présence au cœur du pouvoir pour promouvoir sa propre carrière. Ce qui serait très injuste car elle s’est très bien défendue toute seule dans sa carrière dont les succès étaient mérités. Son tempérament d’ailleurs laisserait peu de doute sur sa volonté de séparer les deux : elle n’a jamais voulu réduire son activité professionnelle à cause de sa liaison avec le Président de la République. Pour elle, c’est machiste de croire qu’il faut que la femme s’efface devant le Président (pour l’instant, il n’y a pas eu de femme à l’Élysée), et donc qu’elle sacrifie sa carrière pour l’autre (comme ce fut le cas pour Carla Bruni qui a attendu 2012 pour s’y remettre). C’est pour cette raison qu’elle n’a jamais été une "compagne officielle" et ne soit jamais intervenue dans le protocole présidentiel.

Ainsi, elle a poursuivi et a même été nommée en février 2014 au César du meilleur second rôle féminin dans sa participation à l’excellent film "Quai d’Orsay" de Bertrand Tavernier (sorti le 6 novembre 2013), l’adaptation réussie de la non moins excellente bande dessinée de Christophe Blain et Abel Lanzac (Antonin Baudry), avec Thierry Lhermitte, Niels Arestrup, Raphaël Personnaz, Anaïs Demoustier, Jane Birkin, Bruno Raffaelli, etc. Julie Gayet y joue le rôle de Valérie Dumontheil, la dircab adjointe du ministre et la conseillère Afrique, un peu nymphomane sur les bords mais également un peu mante religieuse, ou scorpion, qui sécrète son venin au petit jeune.

Par une coïncidence étonnante, juste avant l’éclatement du "scandale" du Président scooter, la chaîne télévisée familiale Gulli a rediffusé le téléfilm "Famille décomposée" réalisé par Claude d’Anna et diffusé la première fois le 16 mars 2010 sur France 3, où Julie Gayet est la principale héroïne dans ce roman familial. C’est typiquement le genre de comédie française qu’elle a illuminé de son talent. Je propose ici d’en dire trois mots.

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Le film place en effet Julie Gayet au centre de l’histoire : son mari trader revient d’un séjour en prison sur le modèle calqué de Jérôme Kerviel, joué par Bruno Salomone (connu pour sa participation dans la désopilante série "Fais pas ci, fais pas ça"), son frère à la limite du suicide, dépressif en chef, ses parents particulièrement peu psychologues, malgré un père, joué par le regretté Michel Duchaussoy, psychologue des armées (il est plus armée que psychologue), enfin, des enfants qui n’en font qu’à leur tête, et en particulier l’aînée, l’ado de 15 ans, jouée par l’excellente Bertille Chabert (qui, je l’espère, réussira dans la carrière), au caractère trempé proche de la sœur de la copine de Sophie Marceau dans "La Boum" (vous savez, la danseuse Alexandra Gonin).

Et le point de catalyse, c’est un étranger (à la famille), ancien compagnon de cellule du mari, en vadrouille dans la clandestinité, poursuivi par ses anciens complices, très culotté et arnaqueur, qui va bousculer et faire revivre tout ce beau monde et lui donner un peu de symbiose dont la définition est : « association intime et durable entre deux organismes hétérospécifiques, et parfois plus de deux. (…) Le plus gros [des organismes] peut être nommé hôte. ». Justement, cet ex-taulard est l’hôte imposé de la petite famille. Il est joué par Christophe Guybet, le fils d’Henri Guybet (bien connu dans les années 1980). Il réussit à escroquer quelques pigeons mais son assurance va se gripper par le pigeon en chef (je ne veux rien dévoiler).

Parmi les petites scènes remarquables, le bas des reins dévoilé par Julie Gayet au sortir du lit (l’Élysée avait bon goût) et le harcèlement homosexuel d’une patronne sur une subordonnée qui ne lui sourit pas assez. Pour les plus matérialistes, cette autre scène pour savoir récupérer en deux minutes et sans problème un numéro de carte bleue, aussi simple qu’un coup de fil. Les insolences de l’adolescente pouvaient ne pas être crédibles il y a trente ans mais aujourd’hui, elles sont monnaie courante depuis longtemps dans de nombreuses cellules familiales éclatées. Dans cette comédie très légère, aucune vraisemblance n’a été recherchée. Ce qui est proposé au téléspectateur, c’est plutôt la manière de voir une famille classique (bien comme il faut) se déliter (mari gagnant bien sa vie, femme faisant des petits boulots, beaux-parents riches et stricts, deux enfants, une fille, un garçon), puis se ressouder grâce ou malgré un élément étranger.

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Julie Gayet a aussi joué dans un téléfilm "Alias Caracala, au cœur de la Résistance" réalisé par Alain Tasma (diffusé pour la première fois les 25 et 26 mai 2013 sur France 3), une adaptation (plutôt décevante) du roman autobiographique de Daniel Cordier, racontant son engagement dans la Résistance (à 19 ans) et sa mission auprès de Jean Moulin. Julie Gayet est Marguerite Moret, une résistante qui a logé clandestinement Daniel Cordier lorsqu’il est arrivé à Lyon et qui fut ensuite arrêtée et déportée.

Quant à ses derniers tournages, ses deux dernières participations sont très récentes. Pour le cinéma, Julie Gayet a tourné dans "C’est quoi ce papy ?!" de Gabriel Julien-Laferrière (sorti le 11 août 2021) avec Patrick Chesnais, Chantal Ladesou, Julie Depardieu, Thierry Neuvic, Philippe Katerine (dans ce film, elle a trois maris successifs), où le thème de la famille recomposée est toujours présent.

À la télévision, Julie Gayet est en cours de tournage pour "L’affaire Annette Zelman" de Philippe Le Guay, une adaptation du livre "Dénoncer les Juifs sous l’Occupation" (CNRS éditions) de Laurent Joly, qui sera diffusée à la télévision publique à l’occasion du 80e anniversaire de la rafle du Vel’ d’hiv’.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 mai 2022)
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Pour aller plus loin :
François Hollande.
Ségolène Royal.
Valérie Trierweiler.
"Merci pour le moment".
Julie Gayet.
Johnny Depp.
Amber Heard.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220603-julie-gayet.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/les-joies-familiales-de-julie-241935

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1 juin 2022 3 01 /06 /juin /2022 17:12

« Lorsque les allégations ont été faites, lorsqu’elles ont fait le tour du monde, disant aux gens que j’étais un ivrogne menaçant et sous cocaïne, qui battait les femmes, soudainement, dans la cinquantaine, c’est fini. Vous êtes fini. Quelle que soit l’issue de ce procès, à la seconde où ces accusations ont été portées contre moi, et où elles se sont métastasées pour alimenter les médias, j’ai perdu. J’ai perdu, et je porterai cela pour le reste de ma vie. (…) [Amber Heard] a un besoin de conflit, un besoin de violence. Ça sort de nulle part. » (Johnny Depp, le 20 avril 2022).



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Très étrange sensation que l’ultramédiatisation du procès entre Johnny Depp et Amber Heard, deux acteurs américains qui rejouent le film "La Guerre des roses" de Danny DeVito (sorti le 4 décembre 1989) avec Michael Douglas et Kathleen Turner. Cette impression est tout à fait surréaliste dans un univers tout à fait étranger où l’on parle en millions de dollars, où l’on parle du énième appartement au bord de la mer, où l’on parle de substances plus ou moins illicites, où l’on parle de violences conjugales plus ou moins avérées, où l’on parle de millions de fans et de millions de détracteurs… En France, on en parlerait même plus que de la campagne des élections législatives (elle a commencé le 30 mai 2022, le sait-on ?) ou même que la guerre en Ukraine et ses épouvantables drames.

Johnny Depp (qui va avoir 59 ans le 9 juin) a tourné dans de nombreux films et a déjà, depuis plus de vingt ans, son étoile au Walk of Fame à Hollywood. L’ancien mari de la Française Vanessa Paradis est notamment le premier rôle dans "Edward aux mains d’argent" de Tim Burton, "Pirates des Caraïbes" de Gore Verbinski, "Charlie et la Chocolaterie" de Tim Burton, etc. Amber Heard (36 ans) s’est fait connaître également par une série télévisée avant d’embrayer au cinéma notamment dans "Délire Express" de David Gordon Green et "Aquaman" de James Wan.

En gros, depuis 2016, le couple qui s’était marié quelques mois auparavant s’est déchiré d’une manière totalement inédite : le public est pris à témoin, les médias se régalent, les réseaux sociaux s’agitent, soutiennent ou fustigent, et dans cette "affaire" (qui est un bien grand mot), les avocats s’enrichissent. Le procès en question est le deuxième ou troisième, et ce n’est pas un procès sur des coups et blessures éventuelles, c’est un procès en diffamation, celui-ci à l’initiative de l’acteur, Johnny Depp, qui a commencé le 11 avril 2022 au tribunal du comté de Fairfax, en Virginie, et qui vient de se terminer ce mercredi 1er juin 2022 avec un verdict qui a condamné les deux protagonistes, mais plus sévèrement l’ex-épouse que l’ex-époux. En effet, Amber Heard a été condamnée à verser 15 millions de dollars à son ancien mari tandis que Johnny Depp 2 millions de dollars à son ancienne femme.

On s’aperçoit ainsi que tous les faits et gestes de chaque membre du couple ont été enregistrés, notés, mémorisés dès le départ par l’autre, ce qui montre un couple quand même bien étrange et qui fait un étalage de faits quotidiens complètement inintéressants et parfois glauques.

Ce sujet serait dérisoire s’il ne revenait pas sur un sujet essentiel, un double sujet essentiel : d’une part, les violences conjugales, avec les paroles qui se délient sur des drames trop souvent passés sous silence, d’autre part, les réputations salies par des accusations abusives et diffamatoires.

Nous y voilà au nœud du problème : comment peut-on dénoncer des violences réelles sans accuser leurs auteurs ? Dans le cas de ce couple de personnes très célèbres, chaque nouveau fait est mis dans la boîte à buzz. La présomption d’innocence ne suffit pas dans une telle situation, car ce qui fait ou défait les réputations, ce sont les informations publiques (imaginez simplement que vos problèmes de couple, le cas échéant, soient mis sur la place publique et soient légèrement déformés). Or, la possibilité de départager deux antagonistes, c’est le rôle des juges, qui doivent être imperméables à toutes pressions, en particulier médiatiques ici (mais aussi politiques, économiques, etc.), et tout doit rester dans un cadre discret où la rumeur publique ne règne pas.

Aux États-Unis, la situation est simpliste : il faut être pour ou contre. Pour ou contre les femmes dont la parole se libère, pour ou contre l’un ou l’autre des acteurs, pour ou contre le patriarcat (mot typiquement introduit par les féministes qui laisse entendre que la violence conjugale proviendrait du seul fait de l’homme alors que cette violence existe également, de même intensité, dans des couples homosexuels, même de femmes).

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Beaucoup de militants anti-féministes (comment les appeler autrement ?) ont soutenu Johnny Depp dans les réseaux sociaux, au point d’en faire une affaire symbolique contre les femmes. En citant en début d’article Johnny Depp et pas Amber Heard, j’ai moi-même, en quelque sorte, choisi aussi mon camp, même si je me moque de cette affaire et qu’elle me dépasse aussi.

Ce qui m’intéresse, en revanche, c’est l’idée qu’on puisse accuser publiquement à tort une personne au point de salir sa réputation. Le "à tort", dans cette phrase, est essentiel et c’est le juge qui le détermine, car a contrario, lorsqu’il y a réellement de la violence, lorsque c’est avéré, je la trouve inacceptable, surtout dans le cadre de relations affectives (a priori, quand on aime, on ne tape pas, on est plutôt en confiance), je souhaite alors que son auteur soit sévèrement sanctionné, condamné tant pénalement que médiatiquement ou, pour des personnes moins célèbres, au moins sanctionnée professionnellement pour qu’il ou elle ne recommence pas.

Et que l’auteur des violences soit une femme ou un homme. Même si la violence des femmes est minoritaire, elle existe et des hommes meurent aussi de violences conjugales (à peu près dans la proportion d’un homme pour trois femmes). J’ai connu une femme violente qui menaçait d’un couteau à la gorge son "mec" (pour une raison que je n’ai pas saisie) et son enfant de 8 ans avait fermé à clef la porte d’entrée de l’appartement. Pour sortir de ce piège, j’ai même imaginé me saisir du fer à repasser qui était à ma portée pour l’envoyer sur la femme et libérer son compagnon (mais je n’aurais jamais pu assumer un geste d’une telle violence). Le dialogue a heureusement suffi à apaiser cette situation compliquée mais cette violence était en elle-même insupportable et d’autant plus glauque qu’elle en a rendu son garçon complice.

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Les jurés de Fairfax, je le rappelle, n’ont répondu qu’à la problématique de réputation et de diffamation, et ne devaient pas se prononcer sur les gestes de violences plus ou moins avérés sur l’un ou sur l’autre (Johnny Depp a ou aurait été par exemple profondément blessé au majeur de sa main d’un éclat de verre d’une bouteille de vodka lancée sur lui par son ex-épouse).

J’aurais pu citer aussi Amber Heard lors de son audition le 4 mai 2022, très larmoyante : « Je n’oublierai jamais la première fois qu’il m’a frappée (…). Je n’ai pas bougé parce que je ne savais pas quoi faire d’autres (…). Il m’a frappée une nouvelle fois. Violemment. Je perds mon équilibre et je réalise que le pire est en train d’arriver. ».

On serait tenté de croire à une tentative de manipulation et de rendre très intéressant financièrement le divorce quand on entend la réaction d’Amber Heard à l’écoute du verdict, se victimisant et victimisant toutes les femmes : « J’ai le cœur brisé que la montagne de preuves ne soit toujours pas suffisante pour résister au pouvoir, à l’influence et à l’emprise disproportionnée de mon ex-marie (…). C’est un retour en arrière, un retour en arrière à l’époque où une femme qui parlait et s’exprimait pouvait être publiquement blâmée et humiliée. Un retour en arrière à l’époque où la violence contre les femmes n’était pas prise au sérieux. (…) Je suis triste d’avoir perdu cette affaire. Mais je suis encore plus triste d’avoir perdu un droit que je pensais avoir en tant qu’Américaine : parler librement et ouvertement. ».

Même aux États-Unis, on convient que la liberté des uns s’arrête là où celle des autres s’arrête. Durant ce procès, Amber Heard est apparue pour beaucoup comme abusive, menteuse, manipulatrice, violente, presque psychopathe, et surtout, elle n’a apporté aucun élément de preuve de ce qu’elle avait avancé dans ses accusations.

Quant à Johnny Depp, il n’a pas fanfaronné mais il a remercié les jurés et il a remercié tous ceux qui l’ont soutenu malgré les coulées de détritus qui se sont déversés sur lui. Il voudrait que ce verdict soit un encouragement à continuer à résister pour les hommes accusés injustement de violences conjugales.

Au contraire de la France, ce procès pouvait être filmé, ce qu’il a été, et il a été diffusé en direct vingt-quatre heures sur vingt-quatre sur des chaînes de télévision ou sur Internet. Ainsi, des internautes pouvaient suivre la moindre intervention dans ce procès fleuve. Il fera probablement date comme ayant provoqué cette nouvelle folie médiatique renforcée par Internet, et aussi comme une action corrective de cette nécessaire fin du silence sur les violences aux femmes initiée depuis longtemps mais amplifiée par le mouvement MeToo. Parler, oui, mais dire n’importe quoi sur les autres, non. Dans ce domaine, seul le juge peut faire la part du vrai et du faux. Et certainement pas les voyeurs qui nous sommes tous un petit peu plus ou moins.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er juin 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Johnny Depp, Amber Heard et les violences conjugales ?
Peut-on confondre dragueur lourd et violeur ?
Burkini, c’est fini ?
La République, le voile islamique et le "vivre ensemble".
Couvrez ces seins que je ne saurais voir !
Ne nous enlevez pas les Miss France !
Alexandra Richard, coupable ou victime ?
Dégenrer les Lego.
La PMA pour toutes les femmes désormais autorisée en France.
Genrer la part du Lyon ?
L’écriture inclusive.
Femmes, je vous aime !
Parole libérée ?
L’avortement.
Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.








https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220601-johnny-depp.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/06/02/39503227.html





 

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31 mai 2022 2 31 /05 /mai /2022 03:00

« Je dois dire que même si l’on ne songe pas à la mort, il est difficile de ne pas y penser quand on passe le cap de la cinquantaine. C’est mon cas. Et pourtant, je reste une éternelle amoureuse. Rien n’est plus beau que d’aimer ! Toutefois, je n’aime pas de la même façon aujourd’hui qu’hier. » (Sandrine Bonnaire, janvier 2022).




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L’excellente actrice française Sandrine Bonnaire fête son 55e anniversaire ce mardi 31 mai 2022. J’ai un petit faible pour elle, pour ses prestations dans les nombreux films dans lesquels elle a tourné. Elle n’est pas une star au sens paillettes du terme car elle est plutôt discrète. Rarement dans des comédies, elle a commencé plutôt dans des films au scénario sombre, parfois sordide, elle rayonne sur le cinéma dit d’auteur.

Elle est d’origine modeste, une enfance à Grigny mais un éclat du regard exceptionnel. Pas d’études, une mère dont elle ne veut pas parler car aveuglée par les Témoins de Jéhovah, un père adoré qui est mort trop tôt et une famille nombreuse dont elle a dû s’occuper en partie.

Mais très vite, elle a percé dans le cinéma, un peu par hasard au début. Acceptée pour le rôle principal dans "À nos amours" (sorti le 16 novembre 1983) par Maurice Pialat, elle a été repérée et bombardée sur le devant de la scène avec un César du meilleur espoir féminin 1984 à 16 ans. À l’origine, Sandrine Bonnaire avait postulé pour un rôle de figurante, comme elle l’avait fait dans "La Boum" et "Les Sous-doués en vacances", mais Maurice Pialat, totalement convaincu, totalement épris, l’a prise pour le premier rôle et a même modifié le scénario pour renforcer son personnage. Sandrine Bonnaire l’actrice était née.

Maurice Pialat a travaillé à nouveau avec elle pour "Police" (sorti le 4 septembre 1985), où les stars sont Sophie Marceau et Gérard Depardieu (Sandrine Bonnaire n’a eu qu’un petit rôle), et surtout, son chef-d’œuvre "Sous le soleil de Satan" (sorti le 2 septembre 1987), une adaptation d’un roman de Georges Bernanos qui a eu un grand succès (et la Palme d’or du Festival de Cannes 1987 attribuée à l’unanimité du jury présidé par Yves Montand malgré "Les Ailes du désir" de Wim Wenders également en compétition). Sandrine Bonnaire y joue l’adolescente audacieuse qui vire au tragique, avec Gérard Depardieu en abbé dubitatif.

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Mais avant "Sous le soleil de Satan", ce fut un autre chef-d’œuvre qui a permis à Sandrine de décrocher son second César, cette fois-ci de la meilleure actrice, en 1986 (ce qui en a fait la lauréate la plus jeune, consacrée meilleure actrice à 18 ans) : "Sans toit ni loi" d’Agnès Varda (sorti le 4 décembre 1985) fut également un énorme succès. Sandrine Bonnaire y est une vagabonde des temps modernes, traînant d’un milieu vers un autre et finissant (encore) mal (à ses côtés, jouent Yolande Moreau, Macha Méril et Stéphane Freiss).

Dans les années 1990, elle a joué dans de nombreux films d’auteurs. Quatre films ont été l’occasion pour elle d’être nommée quatre nouvelles fois pour le César de la meilleure actrice.

"Monsieur Hire" de Patrice Leconte (sorti le 24 mai 1989), l’adaptation d’un roman de Georges Simenon (mort quelques mois après la sortie du film), avec ce duo bluffant Michel Blanc, un monsieur misanthrope et secrètement amoureux de sa voisine Sandrine Bonnaire qu’il épie, sur fond d’enquête criminelle (avec, dans le rôle de l’inspecteur de police, André Wilms qui a tiré sa révérence il y a un peu moins de quatre mois).

Dans la grande fresque "Jeanne la Pucelle" de Jacques Rivette (sorti le 9 février 1994), Sandrine Bonnaire est Jeanne d’Arc (et elle a même publié "Le roman d’un tournage" chez Jean-Claude Lattès, son propre journal du tournage).

Le film très glauque "La Cérémonie" de Claude Chabrol (sorti le 30 août 1995) met en avant Sandrine Bonnaire (la domestique) et Isabelle Huppert (la postière) dans un contexte bourgeois (la maison de Jean-Pierre Cassel et Jacqueline Bisset et de leur fille Virginie Ledoyen). La domestique est une analphabète honteuse et la postière a de la vengeance à revendre. Cet époustouflant film a été très récompensé, notamment par la Coupe Volpi de la meilleure actrice à la Mostra de Venise pour les deux héroïnes, Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert, cette dernière emportant aussi le César de la meilleure actrice.

"Est-Ouest" de Régis Wargnier (sorti le 1er septembre 1999) retrace l’histoire très particulière des réfugiés russes de la révolution de 1917, exilés ici en France, et que Staline a autorisé à revenir après la guerre. Sandrine Bonnaire y joue l’épouse russe d’un tel réfugié, Oleg Menchikov, et regrette finalement son voyage en URSS. Catherine Deneuve y tient aussi un rôle important. Il est à noter que ce film est le résultat notamment d’une coopération active entre l’Ukraine et la Russie (les scènes ont été tournées en Ukraine, en particulier à Kiev).

L’actrice a en outre tourné dans des films de Jacques Doillon, André Téchiné, Claude Sautet, Raymond Depardon, Philippe Lioret, Brian de Palma, Claude Lelouch, etc.

À partir des années 2000, Sandrine Bonnaire est moins présente au cinéma, un peu plus à la télévision, et elle s’est investie pour deux causes : l’autisme (sa sœur est "frappée" par une forme d’autisme tardivement diagnostiquée), elle a même réalisé un documentaire très émouvant sur sa sœur "Elle s’appelle Sabine" (projeté au Festival de Cannes en mai 2007, diffusé à la télévision le 14 septembre 2007 et sorti en salles le 30 janvier 2008). Sa sœur a été très mal traitée en hôpital psychiatrique avec des médicaments qui assommaient puis a pu être accueillie dans une structure spécialisée adaptée à sa situation. Sandrine Bonnaire a dénoncé ainsi la manière dont la société se préoccupe des personnes en situation de handicap.

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L’autre engagement de Sandrine Bonnaire est la cause des femmes. Elle a été elle-même très violemment agressée par son compagnon qu’elle s’apprêtait à quitter en 2000. Elle l’a révélé dans un livre d’entretiens publié en 2010 (éd. Stock) en précisant qu’elle a été salement amochée puisqu’elle a eu une triple fracture de la mâchoire qui a nécessité une lourde opération chirurgicale, huit dents cassées, etc.

Dans "Le Procès de Bobigny", un téléfilm de François Luciani (diffusé le 29 mars 2006), Sandrine Bonnaire joue la mère d’une fille qui a avorté, reprenant un fait-divers très médiatisé en 1972 (avant la légalisation de l’avortement). Ce fut une affaire très politisée et les deux femmes ont été soutenues par Gisèle Halimi (dans la vraie vie et jouée par Anouk Grinberg dans la fiction). Sandrine Bonnaire a tenté de jouer le mieux possible son personnage toujours vivant (à l’époque du tournage).

Elle a eu aussi un engagement politique auprès de Martine Aubry pendant la primaire socialiste d’octobre 2011, elle a travaillé avec le conseiller culture-médias de la candidate, à savoir le député de Paris Patrick Bloche.

Au-delà des tournages, Sandrine Bonnaire s’est essayée aussi à d’autres arts, en particulier, elle a fait une collaboration avec Jacques Higelin pour une chanson, elle fait aussi de la lecture au théâtre etc. Elle a réalisé un documentaire sur Jacques Higelin (diffusé sur Arte le 1er novembre 2015) et un autre sur Marianne Faithfull (diffusé sur Arte le 2 mars 2018).

Le 1er octobre 2018, Corinne Renou-Nativel, pour "Notre Temps" expliquait pourquoi Sandrine Bonnaire était si aimée de son public. Parce qu’elle est d’abord "lumineuse" avec « son air de défi, son rire craquant d’adolescente délurée », elle « incarne le naturel, la spontanéité et une belle franchise, non dénuée de pudeur ». Parce qu’ensuite, elle est "engagée" (autisme, cause des femmes, contre le racisme, etc.). Parce qu’elle est aussi "courageuse" (origine modeste et famille nombreuse, elle a subvenu aux besoins de ses cadets à la mort de leur père, elle n’a pas porté plainte contre son ex qui lui a fracassé la mâchoire, etc.). Et parce qu’elle est enfin "talentueuse" : « l’une des actrices les plus brillantes de sa génération » qui a joué avec les plus grands réalisateurs de son époque.

Parmi les engagements de Sandrine Bonnaire, il y a aussi les soignants, sujet de l’un des derniers films dans lesquels elle a tourné et qui leur rend hommage en pleine crise sanitaire : "Voir le jour" de Marion Laine (sorti le 12 août 2020) est en effet une adaptation du roman "Chambre 2" de Julie Bonnie (éd. Belfond, 2013), le premier de ses six romans à ce jour, récompensé par le Prix du roman Fnac (écouter son interview sur France Inter le 11 août 2020).

De Pialat à Lelouch. Je termine sur le dernier film de Claude Lelouch, "L’amour, c’est mieux que la vie" (sorti le 19 janvier 2022). Paradoxalement, Sandrine Bonnaire n’a tourné avec Claude Lelouch que très tardivement : leur premier film commun était "Salaud, on t’aime" (sorti le 2 avril 2014) avec Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Irène Jacob et Pauline Lefèvre. Sandrine Bonnaire a le premier rôle de "L’amour, c’est mieux que la vie". C’est une bande de copains, d’âge différent, Gérard Darmon, Ary Abittan et Philippe Lellouche. Gérard Darmon a une maladie incurable et va mourir, ses amis veulent lui offrir une dernière histoire d’amour, Sandrine Bonnaire. Dans ce film, d’autres grands acteurs y jouent, en particulier Robert Hossein (c’était son dernier film, qu’il n’a pas vu monté, il est mort juste après son tournage), Béatrice Dalle, Clémentine Célarié, Elsa Zylberstein, Kev Adams, et même Laurent Dassault (qui, lui, n’est pas un acteur, mais un fils de Serge Dassault).

Claude Lelouch a tenté de relier les personnages de tous ses films (celui-ci est son cinquantième film), et dans ce principe, Sandrine Bonnaire est la fille de Lino Ventura, celui de "L’aventure, c’est l’aventure" (sorti il y a cinquante ans, le 4 mai 1972). Sandrine Bonnaire évoquait un tournage joyeux malgré le thème plutôt triste du film. La raison ? La personnalité du réalisateur : « [Claude Lelouch] parle à tout le monde exactement de la même manière. Sa spontanéité gomme toute trace de hiérarchie : il s’adresse de la même façon à un technicien ou à une star. Pour ma part, je trouve cela très bien. ».

Il y en a qui vieillissent mal. Incontestablement, Sandrine Bonnaire vieillit bien.
Bon anniversaire !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sandrine Bonnaire.
Jacques Morel.
Romy Schneider.
Marnie Schulenburg.
Guy Marchand.
Vangelis.
Renaud.
Christian Clavier.
Virginie Efira.
Jacques Perrin.
Michel Blanc.
Michel Bouquet.
Patrick Chesnais.
Jean Roucas.
Z.
Michel Sardou.
Michel Jonasz.
Jane Birkin.
Philippe Noiret.
Jean Amadou.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220531-sandrine-bonnaire.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/sous-le-soleil-de-sandrine-241866

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/05/21/39487140.html







 

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26 mai 2022 4 26 /05 /mai /2022 03:39

« Si cela ne tenait qu’à moi, je deviendrai immédiatement actrice. Chaque fois que je vois un bon film, mes premières pensées sont : je dois vraiment devenir actrice. Oui ! Je le dois ! » (Romy Schneider, le 10 juin 1952).



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La grande actrice franco-allemande Romy Schneider est morte mystérieusement à Paris il y a quarante ans, le 29 mai 1982 à l’âge de 43 ans (elle est née à Vienne le 23 septembre 1938, à l’époque où l’Allemagne nazie venait d’annexer l’Autriche ; c’était l’Anschluss le 12 mars 1938).

De son vraie nom Rosemarie Magdalena Albach, elle fut une immense star internationale, dont la célébrité a commencé alors qu’elle n’était qu’adolescente, par son fameux rôle de Sissi l’impératrice, Élisabeth de Wittelsbach, duchesse de Bavière et épouse de l’empereur d’Autriche-Hongrie François-Joseph Ier avec la trilogie d’Ernst Marischka : "Sissi" (sorti le 21 décembre 1955), "Sissi impératrice" (sorti le 19 décembre 1956) et "Sissi face à son destin" (sorti le 19 décembre 1957), un opus à chaque Noël.

Elle avait démarré sa carrière au cinéma le 8 septembre 1953 après un casting pour tenir le rôle de la fille de sa mère Magda Schneider, qui était également actrice et qui tenait l’un des rôles principaux, dans un film ("Quand refleuriront les lilas blancs" de Hans Deppe, sorti le 24 novembre 1953) qui a été un grand succès national et qui a ainsi lancé la carrière de Romy Schneider, souvent avec sa mère prenant le rôle d’une personne de son entourage. "Les jeunes années d’une reine" d’Ernst Marischka (sorti le16 décembre 1954) fut comme l’essai réussi de Romy Schneider en princesse et reine mythique, pour commencer dans le rôle de la jeune reine Victoria.

Cette série impériale de Sissi a semé en Europe un véritable délire sur Romy Schneider, devenue une reine du cinéma à seulement 17 ans, alors qu’elle-même a tourné avec beaucoup réticence les deux derniers épisodes de la série. Elle se sentait à mille lieues de cette atmosphère impériale tandis qu’elle redonnait presque fierté aux Autrichiens : « Je hais cette image de Sissi (…). J’ai refusé les 80 millions [1 million de marks] qu’on m’offrait pour tourner une quatrième mouture de "Sissi". ». La mainmise de sa mère sur sa carrière (elle avait refusé un contrat avec Kirk Douglas) était très forte et a entraîné une rupture et une plus grande autonomie (il faut se rappeler que Romy Schneider n’était qu’une adolescente, à l’époque).

À la fin des années 1950, Romy a rencontré Alain Delon qu’elle avait choisi pour jouer ensemble "Christine" de Pierre Gaspard-Huit (sorti le 24 décembre 1958), avec aussi Jean-Claude Brialy, Micheline Presle, Fernand Ledoux, etc. Ce film était un remake du film "Liebelei" de Max Ophüls (sorti le 10 mars 1933) dans lequel sa mère jouait le même rôle, dans une adaptation d’une pièce du grand auteur romantique autrichien Arthur Schnitzler.

Après des débuts de relations difficiles pendant le tournage, ils se sont fiancés le 22 mars 1959 et se sont installés à Paris. Alain Delon lui a fait rencontrer Luchino Visconti. Le réalisateur et metteur en scène italien l’a alors engagée au théâtre dans un rôle avec la star française dans la pièce "Dommage qu’elle soit une putain" (produite en 1961 au Théâtre de Paris), ce qui l’a sortie des rôles de princesse dont elle ne voulait plus. En quelques années, Romy Schneider, qui ne parlait qu’allemand et anglais, parlait aussi le français et l’italien. Mais Alain Delon l’a quittée en 1963. Il l’aurait fait par SMS si les smartphones existaient à l’époque.

Une nouvelle carrière cinématographique l’attendait après un séjour à Hollywood entre 1962 et 1965 (Orson Welles, Otto Preminger, etc.), puis à Berlin avec Harry Meyen, un acteur allemand qu’elle a épousé et qui lui a donné un enfant.

Cette nouvelle carrière, surtout française, est repartie avec l’excellent film de Jacques Deray "La Piscine" (sorti le 31 janvier 1969) où elle a joué le premier rôle avec Alain Delon qu’elle a retrouvé, aux côtés de Maurice Ronet et Jane Birkin. Romy Schneider est la femme d’Alain Delon et ils se reposent l’été à Saint-Tropez dans leur villa avec piscine. Ami d’Alain Delon et ancien amant de Romy (dans le film), Maurice Ronet, arrive à l’improviste avec sa fille Jane Birkin, et bouscule l’intimité conjugale avec des jeux de jalousies, de pouvoirs et de haines. Romy Schneider et Alain Delon jouent des personnages très énigmatiques et mystérieux, très ambigus.

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À partir de cette époque, pendant toutes les années 1970 et début des années 1980, Romy Schneider était une star française dans des films français de qualité : "Les Choses de la vie" de Claude Sautet (sorti le 13 mars 1970) aux côtés de Michel Piccoli, Jean Bouise, Boby Lapointe, etc. ; "Max et les ferrailleurs" de Claude Sautet (sorti le 17 février 1971) avec Michel Piccoli, Georges Wilson, Bernard Fresson, François Périer, Michel Creton, Boby Lapointe, Philippe Léotard, etc. ; "César et Rosalie" de Claude Sautet (sorti le 27 octobre 1972), elle Rosalie et Yves Montand César, aussi avec Sami Frey, Bernard Le Coq, Isabelle Huppert, etc. ; "Le Train" de Pierre Granier-Deferre (sorti le 31 octobre 1973) avec Jean-Louis Trintignant qu’elle a aimé dans la vraie vie, ainsi qu’avec Maurice Biraud, Régine, etc. ; "L’important, c’est d’aimer" d’Andrzej Zulawski (sorti le 12 février 1975) avec Jacques Dutronc, Claude Dauphin et Michel Robin ; "Une histoire simple" de Claude Sautet (sorti le 22 novembre 1978) avec Bruno Cremer et Claude Brasseur

Romy Schneider, saluée par le public comme par les professionnels, fut récompensée deux fois par un César de la meilleure actrice (en 1976 et en 1979), nommée au même César trois autres fois (en 1967, en 1980 et en 1983 à titre posthume), et elle a reçu à titre posthume un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière remis le 22 février 2008 à Alain Delon qui a fait lever toute l’assistance pour lui rendre hommage.

Parmi tous ces films, tous aussi excellents les uns que les autres, peut-être parce Romy Schneider a toujours joué "avec classe", je propose de m’arrêter sur trois films particuliers.

"Le Mouton enragé" de Michel Deville (sorti le 13 mars 1974) met en scène Jean-Louis Trintignant, héros passant du stade du terne à l’éclatant amant ambitieux encouragé par son ami d’enfance Jean-Pierre Cassel, avec pour principale maîtresse la rayonnante Romy Schneider qui finit mal (assassinée par son mari). Parmi les autres maîtresses, Jane Birkin et Florinda Bokan, et les hommes puissants qu’a pu "ferrer" Jean-Louis Trintignant sont des chefs d’entreprise, des députés, etc. (dont Georges Wilson). On peut remarquer la furtive mais éclatante prestation de Dominique Canstanza plus présente au théâtre qu’au cinéma (l’étudiante riche dans le film qui refuse de se marier mais pas de faire crac-crac pendant un enterrement), ainsi que la pudeur de Romy Schneider tandis que ses autres partenaires femmes n’hésitaient pas (c’était l’époque) à se déshabiller plus entièrement qu’elle devant les caméras (en particulier Jane Birkin et Christine Boisson). On peut aussi remarquer la participation de Jean-François Balmer comme comptable rédacteur en chef d'un "canard" boiteux.

"Le Vieux Fusil" de Robert Enrico (sorti le 20 août 1975) est un film très dur qui remémore le massacre d’Ouradour-sur-Glane. Le chirurgien Philippe Noiret, parti résister, revient et revit l’assassinat de sa femme Romy Schneider et de sa petite fille par une section de soldats nazis de passage dans le village. Jean Bouise joue le rôle de l’ami compréhensif de Philippe Noiret.

Enfin, "Garde à vue" de Claude Miller (sorti le 23 septembre 1981), excellent film également, qui est focalisé sur le dialogue entre Lino Ventura, inspecteur de police de permanence la nuit de Noël (assisté de Guy Marchand), et Michel Serrault, notable (notaire) soupçonné d’avoir assassiné des petites filles. Romy Schneider, énigmatique, est l’épouse de Michel Serrault, et l’accuse d’une étrange proximité avec sa nièce (jouée par la future chanteuse Elsa Lunghini). La mise hors de cause de Michel Serrault entraîne alors le suicide de sa femme accusatrice. "Garde à vue" a été l’avant-dernier film avec Romy Schneider, le dernier étant "La Passante du Sans-Souci" de Jacques Rouffio (sorti le 14 avril 1982), d’après un roman de Joseph Kessel, avec Michel Piccoli, Gérard Klein et Jacques Martin.

Comme on le voit dans ces trois films, Romy Schneider finit toujours mal, dans des rôles tragiques. Un thème qui était aussi celui d’un des derniers films, "La mort en direct" de Bertrand Tavernier (sorti le 23 janvier 1980) où Romy Schneider, condamnée par la maladie, se faisait filmer à son insu par un voyeur qui préfigure, inaugure les émissions de téléréalité.

Fallait-il imaginer que sa propre vie ressemblerait à de telles tragédies ? Peut-être pas, car elle était au contraire le symbole de vitalité. Mais on a retrouvé Romy Schneider sans vie à 43 ans à son domicile parisien le 29 mai 1982, année funeste pour le cinéma français si on se rappelle aussi la fin tragique de Patrick Dewaere (héros de "La meilleure façon de marcher", le précédent succès de Claude Miller).

Depuis quelque temps, Romy Schneider avait vécu drames sur drames : le suicide de son ancien mari en avril 1979, le divorce de son second mari en février 1981, un pied cassé en avril 1981, une tumeur au rein en mai 1981, et surtout, en juillet 1981, la mort de son fils de 14 ans par accident, en escaladant la grille chez les parents de son ex-mari, dont on a pris des photos volées à l’hôpital (des paparazzi déguisés en infirmiers)…

Cela a donc renforcé des rumeurs de suicide de la star, qui sembleraient pourtant fausses en raison des circonstances, car Romy Schneider a paru surprise de sa mort, en train d’écrire un mot d’excuse à cause de sa fille atteinte de rougeole, la lettre est inachevée, s’arrêtant brutalement dans une rature.

D’autres ont émis l’idée qu’elle est morte d’avoir consommé trop de barbituriques ou d’alcool. Aucune autopsie a été faite pour laisser la star dans son auréole mythique, mais dans les années 2010, bien plus tard, une amie chère puis sa fille ont affirmé qu’elle n’avait pas d’addiction et pas de problème de dépendance avec l’alcool ou des médicaments. Elles ont affirmé qu’elle serait morte d’une mort naturelle, d’une crise cardiaque. Elle a été enterrée le 2 juin 1982 dans les Yvelines en présence de nombreux acteurs et réalisateurs (mais en absence d’Alain Delon et, semble-t-il, de Jean-Louis Trintignant, deux amours de sa vie), et les restes de son fils, enterré alleurs, ont été ramenés auprès d’elle.

Romy Schneider aurait dû tourner en juillet 1982 pour un film réalisé par Pierre Granier-Deferre, en couple avec Alain Delon, avec également Simone Signoret. Elle ne fut jamais remplacée…

"Romy Schneider face à son destin", reprenant facilement un titre de la série de Sissi impératrice, a aussi été utilisé comme titre de l’article de Céline Rouden du journal "La Croix" du 16 avril 2022 pour présenter l’exposition que lui consacre actuellement la Cinémathèque française (51 rue de Bercy à Paris) à l’occasion des quarante ans de sa disparition : « Un autre visage de Romy Schneider. Celui de la femme passionnée, investie dans son métier, pétrie de doutes mais qui a su sans cesse se réinventer pour s’affirmer comme l’actrice qu’elle avait choisi d’être. Déjouant les pièges d’une notoriété précoce qui en avait fait la "petite fiancée autrichienne" au regard prude pour devenir cette comédienne talentueuse, sensuelle et épanouie des films de Claude Sautet. L’incarnation de la femme française libérée des années 1970, dans laquelle chacune pouvait se reconnaître. ». Claude Sautet avait été attiré par son caractère passionnel : « Elle a une formidable énergie intérieure, elle n’est pas paisible mais tourmentée, pure, violente, orgueilleuse. ».

Elle n’était pas comme les stars, elle restait sur les plateaux durant les tournages et refusait de prendre le dîner si les techniciens n’y étaient pas invités. La commissaire de l’exposition Clémentine Deroudille a déploré : « Depuis quelques années, la tragédie de la fin de sa vie prend le pas sur le reste. Il est toujours plus vendeur de présenter une femme comme un paquet de névroses, sujette à la mélancolie et désespérée jusqu’à l’os. Surtout si celle-ci est d’une beauté fracassante et l’une des plus grandes actrices de l’histoire du cinéma. ». D’où la volonté de montrer autre chose : «  La façon dans elle a pris en main sa destinée d’actrice et a su, tout au long de sa carrière, aller là où on ne l’attendait pas, surprendre toujours (…). Dévoiler les secrets de cette virtuosité, son sérieux, qu’elle mettait en tout et dans son travail en premier. Toujours pleine de trac, de doutes, elle ne cessait de se questionner sur sa légitimité, son jeu, sa beauté, son charisme. » (Son père, comédien aussi, est lui-même mort en février 1967 d’avoir eu trop le trac, foudroyé par une crise cardiaque).

L’exposition à la Cinémathèque française peut être visitée du 16 mars au 31 juillet 2022. Fermée le mardi. Ouverte de 12h00 à 19h00 le lundi, mercredi au vendredi ; de 11h00 à 20h00 le week-end ; de 10h00 à 20h00 les jours fériés et pendant les vacances scolaires de la zone C.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 mai 2022)
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Pour aller plus loin :
Sandrine Bonnaire.
Jacques Morel.
Romy Schneider.
Marnie Schulenburg.
Guy Marchand.
Vangelis.
Renaud.
Christian Clavier.
Virginie Efira.
Jacques Perrin.
Michel Blanc.
Michel Bouquet.
Patrick Chesnais.
Jean Roucas.
Z.
Michel Sardou.
Michel Jonasz.
Jane Birkin.
Philippe Noiret.
Jean Amadou.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220529-romy-schneider.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/romy-schneider-face-a-son-destin-241734

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24 mai 2022 2 24 /05 /mai /2022 17:56

« Zack et moi hésitons entre la dévastation totale et la détermination farouche. » (Marnie Schulenburg, Instagram le 20 mai 2020).




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Elle aurait dû fêter son 38e anniversaire samedi dernier. Fêter aurait d’ailleurs été un bien grand mot. Hélas, il lui a manqué quatre jours. Marnie Schulenburg est morte le 17 mai 2022 à l’hôpital de Bloomfield, dans le New Jerzey.

Cette actrice américaine a commencé par Shakespeare au théâtre et s’est surtout spécialisée dans les séries télévisées. Elle a débuté avec le rôle d’Alison Stewart dans un épisode de "Les feux de l’amour" en février 2007, puis dans "As the World Turn" qui a contribué à sa notoriété. Elle a joué aussi dans "On ne vit qu’une fois" et "Tainted Dreams", et est apparue épisodiquement dans certaines autres séries… En 2010, elle fut nommée aux Daytime Emmy Awards comme jeune actrice exceptionnelle dans une série dramatique (c’est une récompense pour des programmes diffusés en milieu de journée).

Marnie Schulenburg a eu peu de chance avec sa maladie. En effet, elle a mis au monde sa petite fille le 12 décembre 2019. Elle avait une douleur au sein gauche quand elle l’allaitait. Cela arrive souvent que l’allaitement provoque une inflammation du sein, mais chez elle, il n’y a eu aucun effet des antibiotiques ou des anti-inflammatoires.

Il a fallu attendre trois mois et demi, le 8 mai 2020, et plusieurs diagnostics parce que sa douleur n’était pas réduite, pour apprendre qu’elle avait un cancer du sein métastatique. C’est un cancer extrêmement agressif qui se confond souvent avec cette inflammation du sein due à l’allaitement appelée mastite.

Dans le cas de Marnie, son cancer s’est propagé dans la voie lymphatique sans former de tumeur, si bien qu’une mammographie ne l’aurait pas décelé. Les cellules cancéreuses bloquaient les vaisseaux lymphatiques de la peau, d’où l’inflammation. Ce type de cancer est très rare et touche moins de 4% des cancers du sein, il se soigne par chimiothérapie qui permet la guérison pour beaucoup de patientes. L’erreur de diagnostic lui a fait perdre de précieux mois de combat contre ce cancer.

Elle a fêté ses 36 ans le 21 mai 2020, avec cette interrogation qu’elle a écrite la veille sur Instagram : « Comment fête-t-on un anniversaire après un diagnostic de cancer du sein de stade 4 au milieu d’une pandémie mondiale tout en élevant un enfant de cinq mois ? ». C’était la première fois qu’elle annonçait publiquement sa maladie. Le stade 4 est le type de cancer le plus avancé, avec métastases. C’était son interrogation posée à ses nombreux "fans" ou "followers" qui la suivaient dans les réseaux sociaux (Instagram). Son but n’était pas de se plaindre ou d’attirer la compassion, mais surtout d’alerter les jeunes mères sur le risque de mauvais diagnostics.

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Elle a ajouté : « Zack et moi hésitons entre la dévastation totale et la détermination farouche. Le récit de la vie que nous avons signée le jour de notre mariage ne sera plus jamais la même. Maintenant, il faut nous adapter, rester présent et nous battre. ». Zack Robidas est lui aussi un acteur de séries télévisées américaines, il était son mari depuis 2013 et (donc) le père de son enfant.

L’actrice devait aussi résoudre un problème que nous, bienheureux Français, n’aurons jamais et c’est très précieux dans une période si difficile d’avoir la sécurité sociale : il lui a fallu financer ses soins. Grâce à une mobilisation de son entourage, elle a pu collecter plusieurs dizaines de milliers de dollars pour ses frais médicaux.

C’est très typique de la société américaine qui sait se mobiliser pour récolter des fonds pour toutes sortes d’objectifs, jusqu’aux enfants qui organisent une fête avec vente de gâteaux ou lavage de voitures pour financer un voyage scolaire (et de l’autre côté, faire des galas au ticket d’entrée très cher pour financer une cause humanitaire ou une campagne électorale).

Pendant deux ans, ce fut un combat inégal, malheureusement dont l’issue était connue d’avance. Grâce à Instagram, Marnie Schulenburg a pu rester en contact avec le monde extérieur. Un peu comme l’an dernier, le professeur Axel Kahn qui, foudroyé par une rechute très agressive de son cancer, a continué à bloguer et à exprimer ce qu’il ressentait jusqu’à s’éteindre. Il disait notamment en commençant un livre que probablement il n’aurait pas le temps d’en achever la lecture, car il ne pouvait pas lire très vite (par défaut d’attention) et que sa maladie progressait plus rapidement que sa lecture.

Toujours en relation avec ses amis, Marnie n’hésitait pas à s’afficher telle qu’elle était, par exemple en train de faire du yoga, maigre, la boule à zéro, sans cheveux mais avec un grand sourire qui était le symptôme de son combat quotidien tant pour lutter contre sa maladie que pour élever sa fille, grignoter les semaines, les journées, lui assurer encore une mère le plus longtemps possible pour qu’elle grandisse avec elle. Il n’y avait pas d’indécence à rappeler que la vie pouvait aussi s’inviter à la mort.

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Son dernier post date du 8 mai 2022, soit exactement deux ans après avoir appris son mal fatal. Elle évoquait sa fille et la perspective de la fête des mères (qui a eu lieu le 14 mai 2022 aux États-Unis) : « Il n’y avait aucune garantie que je serais à la maison pour la fête des mères. Je suis rentrée tard [de l’hôpital] vendredi soir mais j’ai dû être transférée chez moi avec une machine à oxygène. Ce n’est pas mon idéal d’être une mère de 38 ans qui a besoin d’une bouteille d’oxygène pour survivre en ce moment. Je veux être forte et belle pour elle [ma fille]. Je veux lui montrer comment évoluer dans ce monde avec compassion, force, dynamisme, humour et joie comme ma mère me l’a montré. Je sais que ma présence auprès d’elle est le plus cadeau que je peux lui donner. ».

Sur Facebook, son mari a réagi en soulignant le courage de Marnie qu’il avait rencontrée sur le plateau d’un tournage : « S’il vous plaît, ne dites pas que Marnie a perdu sa bataille contre le cancer. C’est tout simplement faux. Je l’ai regardée botter le cul du cancer tous les jours depuis le diagnostic. (…) Elle est incroyable. Nous avons choisi d‘attaquer son diagnostic avec un optimisme aveugle. Nous n’avons parlé que de l’avenir et avons continué à aller de l’avant. Je ne sais pas si c’était bien, mais c’est tout ce que nous savions faire. ». Une saloperie ordinaire et une vie singulière.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 mai 2022)
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Pour aller plus loin :
Sandrine Bonnaire.
Jacques Morel.
Romy Schneider.
Marnie Schulenburg.
Guy Marchand.
Vangelis.
Renaud.
Christian Clavier.
Virginie Efira.
Jacques Perrin.
Michel Blanc.
Michel Bouquet.
Patrick Chesnais.
Jean Roucas.
Z.
Michel Sardou.
Michel Jonasz.
Jane Birkin.
Philippe Noiret.
Jean Amadou.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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22 mai 2022 7 22 /05 /mai /2022 03:57

« J’ai longtemps cru que j’étais un obsédé sexuel. Maintenant, je sais que je suis un amateur d’art. » (Guy Marchand, 2006).




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L’acteur mais aussi chanteur Guy Marchand fête son 85e anniversaire ce dimanche 22 mai 2022. J’aime beaucoup les films avec Guy Marchand qui est plus singulier et moins commun que son patronyme laisse entendre. Il y a d’ailleurs une sorte de prédestination à s’appeler marchand et à avoir le profil du bon commercial beau parleur.

Au départ, Guy Marchand était un chanteur, un vrai (qui a sorti une vingtaine d’albums en plus d’une cinquantaine d’années de carrière), aimant le jazz, jouant du piano, de la clarinette et du saxophone, mais à l’arrivée, cette satanée chanson "Destinée" lui a collé à la peau depuis plus de quarante ans ! Et ses spectateurs aussi sont pollués par cette chanson aussi insistante dans le cerveau que le Boléro de Ravel.

"Destinée", à l’origine, devait n’être qu’une parodie de chanson pourrie. De chanson de "variétés", justement le genre dont a horreur Guy Marchand. Avec Philippe Adler, il a écrit cette chanson sans queue ni tête et il l’a chantée selon la composition de Vladimir Cosma, compositeur très célèbre des films français des années 1970 et 1980. Pour marquer la parodie mélodique, Vladimir Cosma avait repris "L’été indien" de Joe Dassin, mais à l’envers.

C’était pour le film comique "Les Sous-Doués en vacances" de Claude Zidi (sorti le 10 mars 1982) et devait servir de refrain stupide pour le personnage de Guy Marchand, à savoir Paul Memphis, star de la chanson qui fait inventer par un assistant le "love computer" qui est sans doute la première machine à matcher (savoir si deux personnes sont compatibles en amour, les sites de rencontres utilisent ce type de procédé avec plus ou moins de succès, peut-être inspirés directement du film !).

Manque de pot, la chanson "Destinée" a été non seulement un succès par le succès du film, mais un succès de chanson à part entière, au point d’y associer systématiquement Guy Marchand à son grand désespoir. Peut-être comme il a pu être associé presque exclusivement à son personnage de "Nestor Burma" dans la très longue série policière dont il est le héros (diffusée sur Antenne 2/France 2 de septembre 1991 à novembre 2003). C’était l’époque où les acteurs "de second plan" prenaient leur premier rôle dans une série (plutôt policière mais pas toujours), il y en a eu beaucoup qui sont tombés dans cette facilité (sans être exhaustif : Victor Lanoux, Roger Hanin, Pierre Arditi, Thierry Lhermitte, Jean Richard, Bruno Cremer, Anny Duperey, Bernard Le Coq, Victoria Abril, Xavier Deluc, Pierre Mondy, etc.). Avant la série, Guy Marchand avait déjà joué au cinéma dans "Nestor Burma, détective de choc" de Jean-Luc Miesch (sorti le 14 avril 1982), avec Michel Serrault dans le rôle de Burma.

Pourtant, Guy Marchand est très loin des seuls "Destinée" et "Nestor Burma". Il est un grand acteur de second rôle dans de nombreux films. Il a eu un César du meilleur acteur dans un second rôle en 1982 pour "Garde à vue" et quatre nominations.

Évoquons quelques-uns de ces films où il a apporté son éclat particulier. "Garde à vue", donc, évidemment, l’excellent film de Claude Miller (sorti le 23 septembre 1981) où Guy Marchand joue un inspecteur de police, celui qui seconde Lino Ventura, tous les deux de permanence au poste de police pendant la nuit de Noël, en train d’interroger Michel Serrault, un notable de la ville, vaguement soupçonné d’aimer les petites filles, avec Romy Schneider dans le rôle de l’épouse de ce dernier (la petite fille de 7 ans est interprétée par la future chanteuse Elsa Lunghini).

Auparavant, il y avait "Tendre poulet" de Philippe de Broca (sorti le 18 janvier 1978), une comédie policière et aussi une histoire de retrouvailles entre la commissaire Annie Girardot et le professeur anti-police Philippe Noiret, et Guy Marchand est aussi commissaire, une sorte de rival d’Annie Girardot, et où sévissent aussi le drôle Hubert Deschamps, Roger Dumas, Catherine Alric, Georges Wilson, etc.

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Plus généralement, il est présent dans de nombreux films de comédie française des années 1970 et 1980. Ses rôles sont parfois très noirs, mais lui s’en moque dès lors que le réalisateur lui laisse un peu de liberté : « Je peux jouer un serial killer, un salaud, un connard, mais je veux pouvoir le sauver, du moins à mes yeux. » (2016).

On peut encore citer "Loulou" de Maurice Pialat (sorti le 3 septembre 1980) où il est le mari d’Isabelle Huppert et se fait "cocufier" par Gérard Depardieu ; "Coupe de foudre" de Diane Kurys (sorti le 6 avril 1983) aux côtés de Miou-Miou, Isabelle Huppert et Jean-Pierre Bacri ; "Noyade interdite" de Pierre Granier-Deferre (sorti le 2 décembre 1987) où il joue le rôle d’un inspecteur qui vient court-circuiter l’enquête de son collègue Philippe Noiret (avec aussi Marie Trintignant, Élizabeth Bourgine, Suzanne Flon, etc.) ; et "Dans Paris" de Christophe Honoré (sort le 4 octobre 2006), avec Romain Duris, Louis Garrel et Marie-France Pisier (Guy Marchand y joue avec Marie-France Pisier les parents des deux premiers).

Acteur populaire, chanteur, Guy Marchand aussi à ses heures perdues romancier, et son premier roman, c’est son autobiographie ("Le Guignol des Buttes-Chaumont", chef Michel Lafon, en 2007). Six autres ouvrages ont suivi avec le sens de la formule, comme cette description-ci dans "Calme-toi, Werther ! " (éd. Ginkgo, 2014) : « Rien de plus triste qu’un homme seul vieillissant qui fait ses courses, en hésitant sur les courgettes et les concombres, les oignons et les échalotes, ça se ressemble tellement ! Pourquoi ne pas donner des croquettes aux vieux célibataires avec tout ce qu’il faut dedans comme pour un vieux chien, ça serait plus pratique. ».

À l’époque où il a écrit ces lignes, peut-être pensait-il à lui car s’il est toujours marié avec une tendre mannequin, celle-ci vit loin de lui depuis 2013 (à Berlin) et a refait sa vie sans divorcer. Il se dit qu’il vit une belle histoire d’amour depuis 2006, avec une conception un peu élargie du couple à cause des quarante années qui les séparent : « Elle a droit à autre chose, j’adore ses enfants… Moi, je ne pouvais pas lui en faire. (…) Je ne peux pas lui demander de rester avec moi à mon âge ! Elle m’appelle trois fois par jour, elle vient passer trois mois ave moi en été, un mois en hiver. Je la garderai jusqu’à la dernière seconde. » (8 novembre 2019). Et contrairement à beaucoup de ses personnages au cinéma, il est loin d’être un machiste : « J’ai une femme de 42 ans et j’en ai 82. J’adore cette femme. Vous savez, les mecs qui disent "ma femme" sont des idiots qui vont avoir des surprises. ».

Et sa femme si éloignée, il l’a sublimée en 2016 : « Coucher avec une femme intelligente, c’est plus enrichissant. Les histoires de QI avec celles-ci ont fait progresser le mien… La femme que j’ai épousée a deux professorats, une thèse sur la littérature française, et peut s’exprimer en chinois mieux que moi dans toutes les langues, y compris ma langue maternelle. ».

Malgré cet amour par procuration (ou par Teams ?), je souhaite à Guy Marchand de vivre encore de très belles années devant lui, intenses en émotion et fascinantes en art.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 mai 2022)
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Pour aller plus loin :
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Jane Birkin.
Philippe Noiret.
Jean Amadou.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/la-destinee-de-guy-marchand-241695

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