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23 avril 2022 6 23 /04 /avril /2022 03:24

« Une des singularités de Jacques [Perrin] est d’avoir été le partenaire des meilleurs et des plus grands, dès les origines. Le talent d’avoir de la chance peut-être. Ou, plus certainement… la chance d’avoir du talent. » (Jean-Jacques Annaud, le 6 février 2019).



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C’était il y a trois ans seulement. L’acteur Jacques Perrin venait d’être reçu, le 6 février 2019, par Jean-Jacques Annaud à l’Académie des Beaux-arts dans la section "Créations artistiques dans le cinéma et l’audiovisuel", au fauteuil numéro 5, celui du réalisateur Francis Girod. Jacques Perrin y a été élu le 7 décembre 2016, il avait fallu dix ans pour trouver un remplaçant. Hélas, ce fauteuil est de nouveau vacant, car Jacques Perrin vient de s’éteindre ce jeudi 21 avril 2022 à Paris. Il allait avoir 81 ans dans trois mois, né le 13 juillet 1941 à Paris. Nous retrouverons plus loin Jean-Jacques Annaud dans l’évocation de Jacques Perrin qui a produit son premier film "La Victoire en chantant" (sorti le 22 septembre 1976), récompensé par un Oscar.

Évidemment (et c’est justice), sa disparition n’est pas passée inaperçue dans les médias qui soulignent généralement le caractère "monumental" de l’acteur. Les téléspectateurs auront peut-être la chance de revoir quelques-uns de ses environ cent trente films ou téléfilms qu’il a tournés comme acteur. Acteur très jeune, il a commencé très tôt, d’abord au théâtre (à l’âge de 15 ans), et au cinéma à la même époque (il a même tourné un film à l’âge de 5 ans), très vite avec des grands réalisateurs : Valerio Zurlini, Pierre Schoendoerffer, Costa-Gavras, Claude Chabrol, etc.

On peut en particulier retenir ces deux films très célèbres qui ont façonné sa légende, tous les deux réalisés par Jacques Demy avec une musique de Michel Legrand et une partenaire éblouissante, Catherine Deneuve : "Les Demoiselles de Rochefort" (sorti le 8 mars 1967) où Jacques Perrin joue le rôle du matelot Maxence, et "Peau d’Âne" (sorti le 16 décembre 1970) où il joue le rôle du Prince charmant. Autre grand film dont il est l’acteur principal, "Le Crabe-Tambour" de Pierre Schoendoerffer (sorti le 9 novembre 1977) avec Jean Rochefort, Claude Rich et Jacques Dufilho (qui vient d’être rediffusé sur France 5 ce vendredi 22 avril 2022).

Valerio Zurlini, qui lui a transmis la passion du cinéma et qui l’a recruté pour "La Fille à la valise" (sorti le 11 mai 1962) aux côté de Claudia Cardinal, l’a pris aussi pour un autre grand succès, "Journal intime" (sorti le 6 septembre 1962), où Jacques Perrin joue aux côtés de Marcelle Mastroianni : « Marcello reste l’acteur qui a le plus impressionné. [Jacques Perrin] découvre que ses célèbres et flamboyantes improvisations résultent d’une studieuse préparation, que sa légendaire désinvolture a pour but de masquer une formidable rigueur. » (Jean-Jacques Annaud).

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On aurait pu imaginer pour Jacques Perrin une longue carrière d’acteur, à l’égal d’Alain Delon, par exemple, ou de Jean Marais, Jean-Claude Brialy ou encore Jean-Louis Trintignant. Mais sa passion du cinéma lui a fait changer de perspective. Bien avant ses 30 ans, il a créé une boîte de production et il s’est mis à produire des films. En particulier, des films engagés, ceux de Costa-Gavras.

Sa motivation, c’était l’impossibilité de trouver un producteur pour "Z" : « Jacques refuse d’y croire, propose à Costa de l’aider. Il avoue ne pas savoir comment. Il n’a aucune expérience de la production, zéro. (…) Il a comme seul bagage son enthousiasme et son charme. Qui est considérable. » (Jean-Jacques Annaud). Son premier film produit fut donc "Z" (sorti le 26 février 1969), qui fut un grand succès (avec deux Oscars et deux prix au Festival de Cannes), il y joue le rôle d’un photoreporter. Il a produit aussi "État de siège" (sorti en France le 8 février 1973) et "Section spéciale" (sort le 23 avril 1975) où il est un avocat. Jean-Jacques Annaud : « Un basculement s’opère en silence. L’acteur vedette Jacques Perrin, aussi producteur, devient, tout en restant acteur, le producteur-vedette Jacques Perrin. ».

Et puis, sa rencontre avec le réalisateur Gérard Vienne lui a ouvert un nouvel horizon, celui des documentaires (en particulier animaliers). Jacques Perrin a produit le film documentaire de Gérard Vienne "Le Peuple singe" (sorti le 14 juin 1989), scénarisé notamment par Jacques Lanzmann et Yves Coppens. Non seulement Jacques Perrin a produit, parfois réalisé ces documentaires, mais souvent, il prêtait sa voix très agréable pour la narration, et cette voix off est aussi l’un des talents mémorables de Jacques Perrin, et pas seulement dans des documentaires (aussi dans "Le Parfum", par exemple, de Tom Tykwer, sorti le 4 octobre 2006).

Jean-Jacques Annaud : « Depuis le début des années 90, l’acteur-producteur devenu producteur-acteur a de nouveau muté, ajoutant à son bicorne une troisième pointe : il est désormais et avant tout réalisateur-producteur. Il se spécialise dans un genre qu’il est le seul à oser affronter : le documentaire naturaliste à budget de blockbuster. Des films pharaoniques qui demandent des années de préparation en recherches scientifiques, en repérages aux quatre coins du globe, en imprégnation des animaux, en construction de matériel… et… des dizaines, et des dizaines, et des dizaines et des dizaines et des dizaines de millions d’euros. (…) Chaque film rappelle à Jacques les dangers qui menacent la survie de notre planète. Il s’engage, ses caméras deviennent militantes. ».

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Ainsi, il a produit notamment ces documentaires : "Les Enfants de Lumière" (sorti le 28 juin 1995), documentaire de près de deux heures sur les pépites du cinéma, qu’il a réalisé aussi ; le fameux "Microcosmos : le Peuple de l’herbe" (sorti en France le 20 novembre 1996), ce qui lui a valu le César du meilleur producteur (le film a remporté cinq César) ; "Le Peuple migrateur" (sorti le 12 décembre 2001), qu’il a réalisé aussi ; "Océans" (sorti en France le 27 janvier 2010), qu’il a réalisé mais pas produit, récompensé par le César du meilleur film documentaire ; etc. "Océans", entre autres, est un documentaire qui a mis longtemps à se faire (plus de cinq ans), et qui s’attache à montrer les dangers de la pollution de l’homme, de la pêche abusive, du réchauffement climatique, etc. (Lorsque j’écris que Jacques Perrin a produit ou a réalisé, il a souvent, en fait, coproduit ou coréalisé, c’était souvent un travail d’équipe, en particulier avec le réalisateur Jacques Cluzaud).

Autre très grand succès populaire, Jacques Perrin a produit "Les Choristes" de son neveu Christophe Barratier (sorti le 17 mars 2004), où, aux côtés de Gérard Jugnot et François Berléand, jouent son fils Maxence Perrin (Pépinot) et lui-même (Pierre Morhange adulte). Auparavant, il a joué aux côtés de Philippe Noiret dans "Cinema Paradiso" de Giuseppe Tornatore (sorti le 17 novembre 1988), avec la musique d’Ennio Morricone, qui fut beaucoup récompensé (Grand prix du Festival de Cannes, un Oscar, un César, etc.).

L’acteur Jacques Perrin a aussi beaucoup travaillé pour la télévision, dans des téléfilms dont il avait le premier rôle, jouant notamment Victor Schœlcher (en fin novembre 1998), Louis XI (le 6 décembre 2011), Richelieu (le 11 mars 2014), etc. Il était célèbre aussi pour avoir présenté, avec son épouse Valentine, l’émission passionnée du cinéma "La 25e heure", diffusée très tard dans la nuit sur Antenne 2 devenue France 2 de 1991 à 2000, émission qui fut récompensée en 1997 par le Sept d’or de la meilleure émission culturelle.

La dernière participation de Jacques Perrin à un film était très récente puisqu’il a joué le rôle d’un scientifique dans "Goliath" de Frédéric Tellier (sorti le 9 mars 2022), avec Gilles Lellouche, Pierre Niney, Emmanuelle Bercot et Laurent Stocker ; c’est un thriller autour d’un scandale sur les OGM et les pesticides. Toujours ce cinéma engagé… Salut l’artiste.


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Sylvain Rakotoarison (23 avril 2022)
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Pour aller plus loin :
Jacques Perrin.
Michel Blanc.
Michel Bouquet.
Patrick Chesnais.
Jean Roucas.
Z.
Michel Sardou.
Michel Jonasz.
Jane Birkin.
Philippe Noiret.
Jean Amadou.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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16 avril 2022 6 16 /04 /avril /2022 02:50

« Je n’aime pas les habitudes, les charentaises dans lesquelles on pantoufle, mais comment résister aux névroses, si jouissives à interpréter ? C’est comme un exorcisme. Et puis, je n’ai pas besoin de me documenter ! » (Michel Blanc, le 12 janvier 2010 dans "Le Figaro", à propos du film "Une petite zone de turbulences" d’Alfred Lot, sorti le 13 janvier 2010, dont il est le coscénariste et l’acteur principal).



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L’acteur Michel Blanc a fêté son 70e anniversaire le 16 avril 2022, six jours avant François Berléand. Il est connu de tous les Français par ses nombreuses participations au cinéma, au théâtre et à la télévision. Il a fait partie de la troupe mythique du Splendid qui a donné de brillants comédiens dans l’humour très français. Mais Michel Blanc ne voulait pas rester l’éternel bronzé.

Reconnu plutôt "tardivement" par la profession, il a reçu un Molière du meilleur adaptateur en 2004 et a été nommé cinq autres fois entre 1992 et 2005 ; et il a reçu aussi deux Césars en 2012 et en 2021 (qui est un César anniversaire avec la troupe du Splendid, sorte de rattrapage pour les succès de la troupe peu appréciés des amateurs de "cinéma d’art et d’essai"), et a été nommé sept autres fois entre 1985 et 2008. J’exagère en fait sur la reconnaissance tardive, car son tournant de carrière a été salué par une récompense qui a compté, en 1986, avec le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes pour "Tenue de soirée" qui fut sa première reconnaissance de la profession.

Il y aurait en effet deux Michel Blanc… Le jeune chauve et moustachu, qui est un chauve triste, solitaire, à la limite de la dépression, en tout cas, désespéré, en opposition avec un autre chauve du Splendid, le sympa, le jovial, le collectif, le bon compagnon, qu’est Gérard Jugnot… enfin, je suis dans la caricature et je parle évidemment des rôles de Michel Blanc et pas de sa propre personnalité, c’est parfois difficile de faire la différence tant des réalisateurs utilisent justement la personnalité de leurs principaux acteurs pour raffermir les personnages de leurs fictions. Mais ce n’est pas toujours le cas, qui de l’acteur ou de son personnage l’emporte sur l’image publique ? En tout cas, il est dans la vraie vie l’hypocondriaque et l’angoissé de nombreux de ses personnages, ce qui le rend bien sûr authentique, authentiquement névrosé !

Le premier Michel Blanc, il a commencé fort, ce qui lui a valu, comme pour ses amis du Splendid, une certaine caricature dont est parfois difficile de sortir si on souhaite jouer d’autres rôles, différents. C’est bien sûr la série réalisée par Patrice Leconte, ou du moins, les deux premiers numéros du film des Bronzés (le premier est sorti le 22 novembre 1978) qui l’ont fait connaître, surtout le deuxième, "Les Bronzés font du ski" (sorti le 21 novembre 1979), lui qui n’attend qu’une chose, de "conclure" (c’est-à-dire, de faire crac-crac !), avec une stratégie du désespoir : abandonnés en pleine montagne, au froid dans la neige, puisqu’on va mourir, autant conclure entre-temps. C’est l’histoire de la panne d’ascenseur avec le canon de l’entreprise.

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Ses premiers films ont eu ce même genre de rôle, comme dans une autre comédie du Splendid réalisée par Jean-Marie Poiré, "Le Père Noël est une ordure" (sorti le 25 août 1982), où il joue un obsédé sexuel, ou encore dans "Viens chez moi, j’habite chez une copine" de Patrice Leconte (sorti le 28 janvier 1981), où l’on retrouve le dragueur désespéré, tout comme dans "Marche à l’ombre" (sorti le 17 octobre 1984), sur fond de chansons de Renaud qui suit dans la génération, mais avec une différence de taille : Michel Blanc, qui se permettait de faire certains scénarios et dialogues, a décidé d’être derrière la caméra, du moins, derrière et devant la caméra, et cela a donné un film beaucoup moins comique et un peu plus dramatique, toujours en duo, lui le mal foutu avec un autre, pas forcément mieux installé mais plus sérieux, plus fort, plus héros.

Dans "Marche à l’ombre", Michel Blanc évoque les squats des sans-papiers africains : « Trente ans plus tard, rien n’a changé… La seule différence, c’est qu’aujourd’hui, on n’oserait plus faire de comédie sur ce genre de situation. À l’époque, c’était possible. Même si personne ne le faisait. (…) Je voulais prouver qu’on pouvait faire rire en dehors des beaux quartiers. », allait raconter Michel Blanc le 19 octobre 2018 (dans "VSD").

En tout cas, il y avait manifestement, et depuis longtemps, un second Michel Blanc qui mijotait, effectivement plus dramatique que comique, avec des personnages de plus de maturation, et le jeu de plus de maturité, presque le physique a changé, pas forcément l’âge qui enlève le lissage de la jeunesse, mais peut-être la moustache en moins et les lunettes en plus.

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Certains l’avaient déjà compris avec "Marche à l’ombre", aussi avec "Tenue de soirée" de Bertrand Blier (sorti le 23 avril 1986) aux côtés de Miou-Miou et Gérard Depardieu, une histoire assez glauque où l’homosexualité est traitée à une époque beaucoup moins tolérante que maintenant. Mais c’est surtout avec "Monsieur Hire" de Patrice Leconte (sorti le 24 mai 1989) qu’on peut être désormais convaincu du grand art dramatique de Michel Blanc (sur une œuvre de Georges Simenon), un voyeur esseulé et amoureux, aux côtés de Sandrine Bonnaire. Probablement son meilleur rôle s’il fallait n’en choisir qu’un. Ce qui est notable, d’ailleurs, c’est que Patrice Leconte avait pensé à Coluche pour ce rôle, lui aussi qui a fait un tournant dramatique avec "Tchao Pantin", mais sa mort a bouleversé le casting. Michel Blanc a pensé que c’est sa reconnaissance à Cannes qui a encouragé Patrice Leconte à sortir des sentiers battus et à lui confier un rôle nouveau.

À ce second Michel Blanc, il faut aussi ajouter le réalisateur et pas seulement l’acteur. Après "Marche l’ombre", son deuxième film comme réalisateur fut aussi une surprise, "Grosse Fatigue" (sorti le 26 mai 1994) où il joue son propre rôle en acteur victime d’un sosie. Ce film, qui reprend une mésaventure d’usurpation d’identité vécue par Gérard Jugnot, est intéressant car il évoque en toile de fond un sujet qui sort vraiment dans l’espace public que depuis quelques années, l’abus sexuel de jeunes femmes dans le secteur du cinéma (ici, Michel Blanc est accusé d’avoir abusé sexuellement Josiane Balasko, Charlotte Gainsbourg et Mathilda May, mais il va prouver son innocence).

Parmi les films ultérieurs, on peut citer "Je vous trouve très beau" d’Isabelle Mergault, le premier film de cette dernière (sorti le 11 janvier 2006), où Michel Blanc joue un paysan veuf et râleur en recherche de remplaçante roumaine pour les tâches ménagères et agricoles, avec Medeea Marinescu et Wladimir Yordanoff ; et aussi "Les Souvenirs" de Jean-Paul Rouve (sorti le 14 janvier 2015), une adaptation d’un excellent roman de David Foekinos, où Michel Blanc partage la vedette avec Annie Cordy, Mathieu Spinosi et Chantal Lauby, dans une histoire qui reste fidèle au livre (le scénario est coécrit par l’auteur).

Enfin, j’ai gardé pour la fin (faim) le film de Pierre Schoeller "L’Exercice de l’État" (sorti le 26 octobre 2011) qui m’a beaucoup déçu, malgré son succès commercial et ses critiques élogieuses dans la presse (Michel Blanc doit son unique César à ce film). C’est toujours dur de faire un film sur le fonctionnement de la vie politique actuelle. Au moins, il n’a pas le problème d’une biographie historique (sujette à caution) et reste dans la fiction. Néanmoins, j’ai trouvé très décevant ce film car on voit les différents personnages s’afférer, mais de manière assez désordonnée, le scénario n’apporte aucun élément pour comprendre les enjeux, savoir pourquoi ils agissent, au contraire de l’excellent film (et bande dessinée) "Quai d’Orsay".

En somme, on en met plein aux yeux des spectateurs mais comme s’ils ne devaient rien comprendre, avec des scènes qui pourraient relever du surréalisme sinon de l’antiparlementarisme (la conduite sur une autoroute encore fermée au public, et bien sûr, la fameuse scène de la femme nue engloutie dans un crocodile au pied du bureau du ministre). Michel Blanc joue le rôle du dircab (directeur de cabinet) d’un ministre du gouvernement, aux côtés d’Olivier Gourmet (le ministre), Zabou Breitman et Laurent Stocker. On impose à ce ministre une réforme qu’il réprouve tout autant que son équipe qui l’assiste, mais finalement, il change de ministère et son dircab réintègre son corps d’origine, quittant le pouvoir qui n’en veut plus. Certains personnages joués par Michel Blanc sont tristes. Celui-ci est excellemment interprété par lui, mais, à mon humble avis, est desservi par le scénario. La difficulté est que c’est la rencontre de deux mondes complètement différents, celui du cinéma et celui de la politique, et si, deux ans plus tard, "Quai d’Orsay" a tant marché, c’était parce que le scénariste avait été un membre du cabinet et connaissait personnellement son fonctionnement.

Allez, je finis par cet extrait de "Télémagouilles", excellent sketch des Inconnus qui date de 1990 et qu’on ne pourrait plus écrire de nos jours de peur d’être taxé de raciste…

« L’animateur : Eh bien, Mamadou, je vous donne des noms de personnalités et vous allez me dire s’ils sont blancs ou noirs.
Mamadou : D’accord.
L’animateur : Attention, il faut être rapide : Michel Blanc.
Mamadou : Blanc.
L’animateur : Bravo. Éric Blanc.
Mamadou : Noir.
L’animateur : Gérard Blanc.
Mamadou : Blanc.
L’animateur : Michel Noir.
Mamadou : Blanc.
L’animateur : Attention, il y a un piège : Michael Jackson.
Mamadou : Hum, gris.
L’animateur : Gris, bravo Mamadou ! Formidable réponse de Mamadou ! ».

Rideau !


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Sylvain Rakotoarison (16 avril 2022)
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Michel Blanc.
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Michel Jonasz.
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Philippe Noiret.
Jean Amadou.
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Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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13 avril 2022 3 13 /04 /avril /2022 12:18

« Qu’avez-vous tous à me regarder ainsi ? Est-ce qu’il y a quelque chose d’anormal ? Il n’y a plus rien d’anormal puisque l’anormal est devenu habituel. Ainsi, tout s’arrange ! ».



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Eh non, ce n’est pas Marine Le Pen qui parle car elle n’est plus la paria des médias, au contraire, elle s’est tellement banalisée que son élection à la Présidence de la République s’est immiscée dans le champ des possibles sans même qu’on puisse s’en émouvoir. On pourrait cependant imaginer que le droit d’indignation reste intact. Cette parole, elle est de Bérenger Ier, le roi de la fameuse pièce d’Eugène Ionesco, l’un de mes auteurs fétiches et l’une des meilleures pièces de langue française à mon avis. À sa seconde femme Marie, il poursuit : « Je n’ai pas mal. Pourquoi aurais-je mal ? Si, un tout petit peu. Ce n’est rien. Je n’ai pas besoin d’être soutenu. Pourtant, j’aime que tu me soutiennes. ».

La reine Marguerite (la première femme) : « Sire, on doit vous annoncer que vous allez mourir. ». Le roi : « Mais je le sais, bien sûr. Nous le savons tous. Vous me le rappellerez quand il sera temps. Quelle manie avez-vous, Marguerite, de m’entretenir de choses désagréables dès le lever du soleil. (…) Vous m’ennuyez ! Je mourrai, oui, je mourrai. Dans quarante ans, dans cinquante ans, dans trois cents ans. Plus tard. Quand je voudrai, quand j’aurai le temps, quand je le déciderai. En attendant, occupons-nous des affaires du royaume. (…) Comment se porte le pays ce matin ? ».

La mort, toujours la mort. Le médecin : « Sire, vous allez mourir. Vous n’aurez pas votre petit-déjeuner demain matin. Pas de dîner ce soir non plus. Le cuisinier a éteint le gaz. Il rend son tablier. Il range pour l’éternité les nappes et les serviettes dans le placard. ». Et la réponse du roi : « Qui donc a pu donner des ordres pareils sans mon consentement ? Je me porte bien. Vous vous moquez. Mensonges. (…) Je mourrai quand je voudrai, je suis le roi, c’est moi qui décide ! ». Le médecin : « Vous avez perdu le pouvoir de décider seul, Majesté. ». La reine Marguerite : « Tu ne peux même plus t’empêcher d’être malade. ». Le roi, un peu plus tard : « Je comprends. C’est un complot. Vous voulez que j’abdique ! ».

La pièce est succulente, elle est sur la mort, une improbable mort, car tout vivant se croit immortel, et sur la vie bien sûr. La lecture de cette pièce est tellement d’actualité, tellement ironique aussi sur la vie politique (elle a pourtant été créée le 15 décembre 1962) : « Si j’avais deux autres spécialistes du gouvernement dans le pays, je les remplacerais. ». Le pronom "les" pour ses ministres, partis pêcher dans le ruisseau pour nourrir le peuple.

Mais pourquoi une telle introduction ? Parce que, hélas, celui qui a incarné si bien ce Roi qui se meurt dans plus de 800 représentations, l’acteur Michel Bouquet, monumental comédien, vient effectivement de partir au-delà du « ruisseau [qui] a coulé dans l’abîme avec les berges et les saules qui le bordaient », à l’âge de 96 ans et demi, ce mercredi 13 avril 2022 dans un hôpital parisien.

J’avais eu l’immense joie d’être présent à l’une de ses représentations du Roi se meurt, au Théâtre des Nouveautés, à Paris, il y a neuf ans, il jouait aux côtés de son épouse Juliette Carré. Petite salle, public hypnotisé par ce roi de la comédie qui aurait sans doute voulu mourir sur scène si sa forme, au-delà des 90 ans, ne lui avait pas imposé d’arrêter pour se replier vers la lecture, en particulier de La Fontaine.

Des lectures, d’ailleurs, il en a fait de nombreuses d’écrivains qui lui font sens : Victor Hugo, Céline, Molière, Corneille, Cervantès, Sartre, Shakespeare, Beckett, etc. C’était un amoureux de la langue française et des textes qui ont un sens profond.

On pourrait trouver le titre avec un goût douteux du jeu de mots, mais je trouve au contraire qu’il correspond bien à cette trajectoire de Michel Bouquet qui a occupé une place énorme au théâtre, au cinéma et dans des fictions à la télévision. Je suis triste et ému, et en même temps, je vois le scintillement de son étoile. Il y a une fin à tout, et il le savait, comme tout le monde : « Pour le moment, je vis ma vieillesse dans un état de grande sérénité. Bizarrement, compte tenu de ma tournure d’esprit, la mort ne me fait pas peur. », disait-il modestement le 9 octobre 2014 dans "Valeurs actuelles" (on le rangerait volontiers chez les "anarchistes de droite" mais il a aussi signé une tribune du 4 septembre 2018 dans "Le Monde" pour réagir à la démission de Nicolas Hulot du gouvernement et s’inquiéter des conséquences du bouleversement climatique). Comme le roi Bérenger, il a dû vouloir remiser à plus tard l’échéance, il avait tellement de choses encore à faire, à lire, à proposer.

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Le 13 juillet 2018, le Président de la République Emmanuel Macron l’a décoré au grade de grand-croix de la Légion d’honneur. On fait pire comme anarchiste : il est monté en grade par chaque nouveau locataire de l’Élysée depuis François Mitterrand. En ce sens, il est l’un des représentants de la concorde nationale, le côté peut-être un peu plus intellectuel du symbole incarné par Jean-Pierre Belmondo (qui a fait, lui aussi, beaucoup de théâtre).

Mais ses meilleurs décorations sont évidemment ses spectateurs venus le voir au théâtre ou au cinéma, justifiant les trois Molières (1998 pour "Les Côtelettes", 2005 pour "Le Roi se meurt" et 2014 pour l’ensemble de son œuvre) et les deux Césars (2002 pour "Comment j’ai tué mon père" et 2006 pour "Le Promeneur du Champ-de-Mars", autrement dit, François Mitterrand lui-même).

Amusant d’ailleurs d’avoir interprété le rôle de François Mitterrand (la version en fin de cursus) alors qu’il était le spécialiste du Roi se meurt, j’imaginerais aussi très bien François Mitterrand jouer ce rôle de Bérenger Ier, un brin capricieux, un brin autoritaire, ne comprenant plus pourquoi il ne pouvait plus se faire obéir, refusant la mort comme il a refusé la fatalité lorsqu’il ne pouvait plus rien espérer de la vie politique : « L’empire… A-t-on jamais connu un tel empire : deux soleils, deux lunes, deux voûtes célestes l’éclairent, un autre soleil se lève, un autre encore. Un troisième firmament surgit, jaillit, se déploie ! Tandis qu’un soleil se couche, d’autres se lèvent… À la fois, l’aube et le crépuscule… C’est un domaine qui s’étend par-delà les réservoirs des océans, par-delà les océans qui engloutissent les océans. ».

Bonne nuit monsieur Bouquet, et merci beaucoup des nombreux moments heureux passés en votre compagnie...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 avril 2022)
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Pour aller plus loin :
Le roi ne se meurt pas.
La vitalite du roi Bouquet.
Michel Bouquet.
Patrick Chesnais.
Jean Roucas.
Z.
Michel Sardou.
Michel Jonasz.
Jane Birkin.
Philippe Noiret.
Jean Amadou.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
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Charlie Chaplin.

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https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/bouquet-final-240897

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19 mars 2022 6 19 /03 /mars /2022 03:12

« La caméra, la scène, me distraient, me divertissent au sens de Pascal. Le ronronnement délicat de la caméra numérique qu’on prépare, le rire de ma partenaire, l’angoisse du preneur de son (…), la mystérieuse plénitude ressentie quand une prise est réussie, la satisfaction d’avoir surpris (moi le premier) et surtout l’explosion de rire de huit cents personnes suspendues à vos lèvres, sont un évitement des tentations dépressives qui nous hantent. » (Patrick Chesnais, 23 janvier 2020, éd. L’Archipel).




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L’acteur et comédien Patrick Chesnais fête son 75e anniversaire ce vendredi 18 mars 2022. L’homme est un boulimique de la scène, au théâtre, mais aussi au cinéma et à la télévision. C’est un acteur, souvent de second rôle, que j’apprécie particulièrement par son authenticité et par son côté anti-héros, même si parfois, dans certains rôles, il peut nourrir une certaine mélancolie jusqu’à des "tentations dépressives", comme il a employé cette expression dans son récent livre d’anecdotes "La vie est belle, je me tue à vous le dire" sorti le 23 janvier 2020 aux éd. L’Archipel.

Au théâtre, de ses débuts à 17 ans (il a obtenu le premier prix de la comédie à 21 ans) jusqu’à maintenant, Patrick Chesnais a joué dans près de soixante-dix pièces, dont certaines qu’il a mises en scène lui-même. Cela va du Shakespeare, Molière, Victor Hugo, Anouilh, Tchekov, Wilde, Labiche, Feydeau, etc. à des auteurs plus contemporains, comme Roger Planchon, Jean-Michel Ribes, Marie NDiaye, ou encore Jean-Claude Brisville, en particulier avec cette précieuse pièce qui a apporté à son auteur une reconnaissance tardive, "Le Souper" (créée le 20 septembre 1989 au Théâtre Montparnasse) qui met en scène un dialogue imaginaire entre Talleyrand et Fouché le 6 juillet 1815 après l’échec définitif de Napoléon. La première mise en scène (de Jean-Pierre Miquel) a fait jouer Claude Rich en Talleyrand et Claude Brasseur en Fouché. Patrick Chesnais est Fouché dans la représentation mise en scène par Danie Benoin au Théâtre de la Madeleine en 2015, avec pour interlocuteur un autre succulent acteur, Niels Arestrup qui est Talleyrand. Un comédien reconnu à sa belle valeur par un Molière du comédien en 2009 et deux nominations en 1988 et 1998.

Patrick Chesnais a commencé un peu plus tard sa carrière cinématographique, à l’âge de 27 ans, elle aussi très dense, plus de quatre-vingt-dix films à son actif, parfois des petits rôles, d’autres fois des rôles majeurs, avec, pour ses rôles aussi, une reconnaissance de la profession, à savoir un César du meilleur second rôle en 1989 pour "La Lectrice" de Michel Deville (sorti le 17 août 1988) et deux nominations en 2006 (meilleur acteur) pour "Je ne suis pas là pour être aimée" de Stéphane Brizé (sorti le 12 octobre 2005) et en 2014 (meilleur second rôle) pour "Les Beaux jours" de Marion Vernoux (sorti le 19 juin 2013).

Patrick Chesnais s’est inséré naturellement dans les comédies françaises comme un personnage familier, souvent pas très gâté par la vie ou par lui-même, qu’on retrouve avec plaisir dans "Promotion canapé" de Didier Kaminka (sorti le 10 octobre 1990), dans "Le code a changé" de Danièle Thompson (sorti le 18 février 2009), dans "La liste de mes envies" de Didier Le Pêcheur (sorti le 1er octobre 2014), etc.

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Pour la télévision aussi, il a joué dans une quarantaine de productions, téléfilms ou séries télévisées, en particulier dans des fictions biographiques de la dernière guerre : "Le Grand Charles" de Bernard Stora (diffusé sur France 2 les 27 et 28 mars 2006), où il est le général Henri Giraud, le rival de De Gaulle ; dans "Je vous ai compris" de Serge Moati (diffusé sur France 2 le 2 novembre 2010), il est devenu le personnage principal, De Gaulle lui-même, entre 1958 et 1962 ; enfin, il est carrément Pierre Laval dans "Laval, le collaborateur" de Laurent Heynemann (diffusé sur France 3 le 2 novembre 2021).

Je voudrais m’arrêter sur ce dernier téléfilm, pour tenter une critique différente de celle habituellement constatée dans la presse. Je sais d’abord qu’une fiction politique sur des personnages relativement contemporains, et plus encore sur cette période particulièrement polémique, est une entreprise particulièrement délicate et difficile à mener à bien. Au-delà de la connaissance de l’histoire (on connaît la fin), le risque est de faire soit un roman historique quasi-parodique (on met trop de fiction dans le scénario), soit un docu-fiction éducatif ennuyeux (on ne met pas assez de fiction dans le scénario). L’histoire de Pierre Laval est connue, elle est ici racontée par le bout de la lorgnette, le côté vie privée, c’est un angle choisi, mais je l’ai trouvée très mauvaise, mauvaise l’histoire, mauvaise l’interprétation.

Je m’étais beaucoup intéressé à Pierre Laval car il reste, à mon avis, une énigme dans l’histoire politique récente. Pierre Laval était un homme politique "dominant" l’entre-deux-guerres, toujours présent, influent, mais pas un être exceptionnel comme Poincaré, Clemenceau ou Blum. Plutôt un Herriot, un Daladier. Comment a-t-il bafoué ses propres valeurs pour un simple élan carriériste ? Comment a-t-il pu trahir autant les intérêts de la France dans une entreprise visant à avoir le pouvoir absolu ? Était-ce la certitude absolue que l’Europe se réorganiserait définitivement sous la domination nazie qui l’a fait pencher dans ce côté obscur ? On ne le saura pas vraiment, mais je considère que la biographie de Pierre Laval faite par son gendre René de Chambrun ("Pierre Laval devant l’Histoire", éd. France-Empire, 1983) est probablement la meilleure source de réflexion sur le sujet, qui a certainement peu inspiré l’auteur du scénario (Jacques Kirsner, également le producteur du téléfilm), ce qui est regrettable.

Au lieu d’une recherche d’authenticité historique, on n’a que l’histoire d’un homme presque victime de tout, de Pétain (qui l’a écarté un moment alors qu'il lui devait tout), de l’incompréhension des autres, des nazis et évidemment, à la fin, des Français. On passe à la trappe toutes ses décisions antisémites, et avant, toutes ses magouilles politiciennes, ses manœuvres parlementaires, pour réussir cette fameuse journée du 10 juillet 1940 qui peut s’apparenter à un véritable putsch. Ensuite, on oublie toutes les victimes juives, les rafles, etc. Au pire, on reprend le pseudo-révisionnisme du candidat Éric Zemmour sur le sauvetage de Juifs français, mais là, j’exagère car ce n’est pas dit explicitement et l’implicite est à peine effleuré.

L’interprétation de Patrick Chesnais, que j’adore par ailleurs, est, elle aussi, très décevante, mais peut-être qu’elle n’est que le résultat du scénario et de la réalisation. Un bon acteur est d’abord un acteur bien dirigé. S’il réussit à porter les cravates blanches et à fumer à peu près comme on pourrait l’imaginer de Pierre Laval, cela s’arrête là, car même la silhouette, l’allure, ce n’est pas du tout cela, le personnage n’était pas du tout longiligne, il mesurait 1 mètres 66. Dans son article sur Pierre Laval dans l’ouvrage "Les Hommes de Vichy" publié en 2017, l’historien Jean-Paul Cointet le décrit ainsi : « de taille moyenne, massif, il offre un aspect négligé, voire sale, qu’il doit à la nicotine des deux à trois paquets de Balto qu’il fume » (Jean-Paul Cointet est aussi l’auteur d’une biographie référence sur Laval de 586 pages publiée en 1993 chez Fayard).

Je ne remet pas en cause l’idée qu’un acteur longiligne puisse jouer un personnage historique petit gros, car c’est justement la magie de l’acteur d’incarner son rôle avec ce qu’il est, mais il faut pour autant être plus vraisemblable, et à aucun moment du téléfilm je ne me suis senti en présence de Pierre Laval, de sa complexité, de sa roublardise, de son talent de persuasion, comme Abel Bonnard le dirait après le 10 juillet 1940 : « Je n’aurais jamais imaginé que de l’union d’un maréchal de France et de la République pût naître Pierre Laval. ».

Bref, le côté bonimenteur de Laval ne transparaissait absolument pas chez Patrick Chesnais dont les cheveux ne sont d’ailleurs pas assez ressemblants. Il y a aussi une trop grande différence d’âge : Pierre Laval a été exécuté à 62 ans, en 1940, il avait seulement 57 ans tandis que Pierre Chesnais en avait déjà 74 ans ! Il aurait été plus convaincant en Pétain, et celui du téléfilm (Georges Claisse, ce fut son dernier rôle car il est parti il y a quatre mois) n’a pas plus convaincu.

Et la manière de prononcer le fameux discours où il affirmait vouloir la victoire de l’Allemagne pour éviter celle des forces du bolchevisme en Europe a été plutôt décevante, rien à voir avec les extraits sonores dont les historiens disposent, car Pierre Laval, malgré l’abjection de ses propos qui lui coûta probablement la vie (son exécution par refus de grâce de De Gaulle), faisait vibrer ses auditeurs, par l’émotion qu’il mettait dans son talent oratoire (cette dernière critique peut être réfutée car Pierre Laval a aussi lu le 22 juin 1942 un discours à la radio avec le même ton monocorde que Patrick Chesnais, mais son discours à un meeting me paraît plus représentatif du personnage, celui du 10 juillet 1943 à la salle Wagram il me semble, selon mes recherches).

Bref, non seulement j’ai été très déçu par un acteur que j’aime beaucoup, mais j’ai été étonné de le voir dans cette mauvaise "galère" alors qu’à ma connaissance, il a toujours su jouer dans des films qui n’étaient pas des navets. L’année précédente, Laurent Heynemann avait réalisé un précédent film faisant intervenir Pierre Laval, joué par Philippe Torreton, "Je ne rêve que de vous", sorti le 15 janvier 2020 (mais le film retrace plutôt la vie de Léon Blum sous la Seconde Guerre mondiale).





Je ferme cette parenthèse "lavalienne" et j’explique mon titre : "Amuse-toi mais reste vivant !" C’est une phrase issue d’une chanson des Bee Gees qu’a trouvée Frédéric Beigbeder qui est devenue le slogan de l’association que Patrick Chesnais a créée en avril 2007 pour prévenir les dangers de l’alcool au volant. En effet, Patrick Chesnais a vécu le pire que peut vivre un parent sur cette terre, la mort d’un enfant, son fils Ferdinand en octobre 2006 à l’âge de 20 ans dans un accident de voiture provoqué par l’alcool.

Le chagrin infini de Patrick Chesnais l’a également conduit à publier en septembre 2008 un livre de témoignage pour garder vivante la mémoire de son fils ("Il es où, Ferdinand ? Journal d’un père orphelin", éd. Michel Lafon). Il y exprime sa peine : « On appuie sur le bouton, on filme ses enfants qui grandissent, on les filme en vacances, on les regarde une fois en rentrant, et puis après, on passe à autre chose, et il y a toujours un film qui chasse l’autre. (…) Toute cette vie qui est stoppée net. Net, c’est le mot. ».

Et ses angoisses : « Je crois que maintenant, ce sera toujours l’hiver pour moi. ». Ce deuil terrible : « Tu me manques. Terriblement. De plus en plus. Comme je te le disais, le temps s’allonge depuis le moment où je t’ai vu pour la dernière fois. ».

Parmi les premières victimes, Patrick Chesnais a aussi témoigné de sa maladie, à l’époque, peu de personnes l’avaient encore "attrapée" car c’était en avril et mai 2020, et il n’hésitait pas, comme d’autres, à la traiter de "saloperie" : le covid-19 !

En effet, à "Nice-Matin", il expliquait le 4 mai 2020 : « Du jour au lendemain, il y a eu l’épidémie de coronavirus, on a dû l’arrêter [de jouer une pièce dans un théâtre parisien]. Deux jours après être arrivé dans ma maison de l’île de Ré (…), j’ai senti des frissons, de la fatigue, je ne pouvais plus appuyer sur les pédales [il faisait du vélo]. J’avais de la fièvre. J’ai pensé tout de suite au covid-19. (…) Je savais que c’était ça. Et j’ai été testé positif ! C’est une véritable saloperie ! Je n’ai jamais connu ça de ma vie. Une telle fatigue, une telle lutte… ». Dans le "Journal du dimanche", le 24 mai 2020, il confirmait : « J’avais un mesureur d’oxygène dans le sang. Ce virus est une véritable saloperie qui ne vous lâche plus une fois qu’elle vous a chopé : un jour, vous pensez que c’est terminé, et l’épuisement ressurgit tout à coup ! ».

Mais heureusement, la vie aussi s’accroche bien fermement, et c’est ce que je souhaite à Patrick Chesnais pour ses 75 prochaines années ! Bon anniversaire.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 mars 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Patrick Chesnais.
Jean Roucas.
Z.
Michel Sardou.
Michel Jonasz.
Jane Birkin.
Philippe Noiret.
Jean Amadou.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220318-patrik-chesnais.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/patrick-chesnais-amuse-toi-mais-240181

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/03/14/39388497.html






 

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18 mars 2022 5 18 /03 /mars /2022 03:50

« Il se trouve que je suis le premier mari d’Anne Sinclair. Ce n’est ni ma faute ni la sienne. C’est donc pour nous une histoire de famille, puisque nous avons des enfants ensemble. Pour la première fois de ma vie, je me suis retrouvé impliqué dans une histoire de dimension planétaire. (…) Je ne connais que ce que je lis dans les journaux. Je ne pose pas de questions à DSK. On est très liés, mais je n’ai rien à savoir de sa vie privée. » (Ivan Levaï, le 4 novembre 2011 dans "Sud Ouest").




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Le journaliste Ivan Levaï fête ses 85 ans ce vendredi 18 mars 2022. Né à Budapest peu de temps avant la guerre, réfugié en France puis orphelin, il s’est trouvé dès l’enfance dans une œcuménisme personnel : né juif, baptisé catholique, éduqué dans une école protestante… Il est devenu lui-même instituteur puis professeur de français.

Mais sa passion pour l’information l’a dévié de son rôle pédagogique : dès 1963, il a collaboré au service jeunesse de l’ORTF et a commencé ainsi une très longue carrière de journaliste. Avec José Arthur et d’autres, il animait une émission sur France Inter sur la jeunesse, puis a participé au lancement de la deuxième chaîne de télévision avec une émission, etc. En 1966, il se frotta à la presse écrite en collaborant aussi à "L’Express" à l’époque mythique de Françoise Giroud, chargé de la jeunesse également. Dès la fin des années 1960, il a su montrer son talent de journaliste dans trois modes d’expression totalement différents : radio (sa voix était très reconnaissable et posée), télévision et presse écrite.

Comme Philippe Alexandre, il a appris le journalisme politique aux côtés de grands fauves de la vie politique de l’époque, en particulier aux côtés d’Edgar Faure qui l’avait invité à l’accompagner pour rencontrer Salvador Allende et Augusto Pinochet.

Ses deux principales radios furent France Inter puis Europe 1 qu’il a intégré en 1972 comme chef du service politique, puis comme responsable de la revue de presse jusqu’en 1987. C’était à cette époque que je l’écoutais quand je le pouvais, ses revues de presse quotidiennes étaient très suivies mais elles étaient tardives (vers 8 heurs 30 si je me souviens bien).

À ma connaissance, c’est lui qui a véritablement donné des lettres de noblesse à la revue de presse. C’était un résumé dense important non seulement de l’actualité de la journée précédente, mais de la perception de celle-ci dans la presse, ce qui était un petit peu différent, mais au lieu de n’être qu’une note de service pour information, Ivan Levaï en faisait une exercice de style, même littéraire, agrémenté d’un certain nombre de références et d’allusions qui en apportaient toute sa richesse. Je propose d’ailleurs de lire à la fin de l’article ce qu’en analyse Françoise Claquin.

Parallèlement, il a continué à collaborer à la télévision, en particulier dans une émission de Christine Ockrent sur FR3 vers 1975. Peut-être parce qu’il était considéré comme proche de la gauche, à partir de 1981, il avait aussi des responsabilités de grand conseiller auprès de la présidence de la station de radio, d’abord à Europe 1 (conseiller de Jean-Luc Lagardère puis de Pierre Barret) puis à Radio France aussi. J’y reviens un peu plus loin.

Après deux années auprès de la rédaction des journaux "Le Provençal" et "Le Soir", Ivan Levaï a fait son retour à France Inter en prenant la responsabilité de la revue de presse de 1989 à 1996 tout en étant nommé directeur de l’information de Radio France (le 31 octobre 1996, il a fait sa 1 500e revue de presse sur France Inter). Il a pris ensuite la direction de "La Tribune" puis de 1999 à 2003, il a lancé LCP, la chaîne parlementaire, dont il a été le premier président, tout en assurant la revue de presse de France Musique. Il a repris aussi la direction de "Tribune juive".

Son retour sur France Inter a lieu en 2005 et Ivan Levaï faisait les revues de presse de la station le week-end de 2006 à 2014. Il a quitté son émission en 2014 alors qu’il avait déjà 77 ans ! Ce qu’Ivan Levaï a très mal pris, ne voyant pas le besoin de renouvellement, de rajeunissement et de féminisation de la station dont la directrice lui avait proposé (le 23 juin 2014) d’être « un intellectuel référent sur l’antenne en cas de grand événement », proposition qu’il a rejetée.

Intellectuel, probablement influent, c’est sans doute ce qui le caractérise le mieux de toutes ses années de revue de presse qui ont été écoutées avec attention par les plus grands dirigeants, au point que les éditorialistes de la presse écrite écrivaient aussi dans l’espoir d’être cités par lui ! Ses combats pouvait être amicaux, comme cette pétition qu’il a signée en avril 2002 pour demander l’indulgence de l’administration fiscale envers la romancière François Sagan ruinée qui devait près de 1 million d’euros au fisc pour ses revenus de 1994 : « Françoise Sagan doit de l’argent à l’État, la France lui doit beaucoup plus : le prestige, le talent, un certain goût de la liberté et de la douceur de vivre. ».

Mais ses combats pouvaient être politiques. Ivan Levaï était effectivement ce qu’on appelait un "intellectuel de gauche". En particulier, Ivan Levaï s’était opposé assez subtilement au leader du FN Jean-Marie Le Pen qui l’avait pris violemment à parti dans un meeting au Bourget le 20 octobre 1985 où il avait fustigé quatre journalistes d’une certaine confession, Jean Daniel, Jean-François Kahn, Jean-Pierre Elkabbach et Ivan Levaï.

Voici d’ailleurs la vidéo très intéressante (elle dure près de 20 minutes) d’un face-à-face entre le journaliste et le président du FN, dans l’émission "Défi" diffusée en direct le 16 janvier 1986 sur RTS, où l’on peut voir à quel point Ivan Levaï choisissait ses mots pertinents et les exprimait avec talent (c’est un homme de radio exceptionnel).





Et "l’intellectuel de gauche" a vivement soutenu deux personnalités à la présidentielle : François Mitterrand et Dominique Strauss-Kahn. Le 10 mai 1981, journée de la victoire du premier, il se trouvait dans la chambre d’hôtel du futur Président au Vieux-Morvan, à Château-Chinon, dans la Nièvre, et il aurait contribué à rédiger le premier discours du nouvel élu. Proche de "Dieu", il l’accompagnait les week-ends à Latché dans les Landes, et il le ramenait en voiture devant l’appartement d’Anne Pingeot, à Paris.

Avec Dominique Strauss-Kahn, la passion a aussi déteint sur la politique et Ivan Levaï attendait patiemment de fêter la victoire de l’ancien ministre de l’économie et des finances dans les salons dorés de l’Élysée en mai 2012, trente et un ans plus tard. Pourtant, cela pouvait sembler étonnant.

En effet, la femme d’Ivan Levaï était dans les années 1980 la présentatrice vedette de TF1, Anne Sinclair, qui a reçu un Sept d’Or en 1988 pour l’animation de son émission politique du dimanche soir "Sept sur sept". Mais celle-ci a rencontré un jeune économiste du PS, Dominique Strauss-Kahn. Le couple Levaï-Sinclair s’est séparé en bonne intelligence et Anne Sinclair a épousé Dominique Strauss-Kahn pour le meilleur (et on sait aussi depuis 2011, pour le pire).

Malgré leur divorce, Anne Sinclair et Ivan Levaï sont restés de très bons amis, passant même leurs vacances ensemble, les enfants d’Ivan élevés par Dominique comme un excellent père, Ivan présentant sa nouvelle épouse à Anne, etc. D’habitude, je n’insiste pas beaucoup sur la vie privée des personnalités publiques car cela ne regarde qu’elles même si elles l’affichent en public. Néanmoins, c’était important de l’évoquer ici, en me référençant à un excellent article de Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin publié le 8 octobre 2011 dans "Le Monde" pour comprendre à quel point, comme le titre le dit : « Ivan Levaï [était le] dernier avocat de Dominique Strauss-Kahn ».

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En juin 1997, Ivan Levaï avait fêté dans les salons de Bercy avec le couple Anne Sinclair et Dominique Strauss-Kahn la nomination de ce dernier comme Ministre de l’Économie et des Finances, numéro deux ex aequo du gouvernement de Lionel Jospin avec Martine Aubry, et promis à un bel avenir politique. Ivan Levaï croyait tellement, au début des années 2010, à la victoire présidentielle de Dominique Strauss-Kahn, qu’il comptait écrire cette ascension sous le titre : "La Troisième Victoire de François Mitterrand".

Le 14 mai 2011, lorsque l’affaire du Sofitel a éclaté et DSK jeté en prison, menottes aux mains, Ivan Levaï a été "un peu" excessif, prêt à dire : « Le marquis de Sade, sous Louis XVI, à la Bastille, était mieux traité ! ». Il est allé à l’Élysée le 18 mai 2011 demander au Président Nicolas Sarkozy d’aider le, encore, directeur général du FMI. Nicolas Sarkozy était lui aussi en colère, il avait mis en garde DSK contre ses penchants qui pouvaient être très mal pris aux États-Unis. Nicolas Sarkozy n’était pas un homme de droite pour Ivan Levaï : « Nous nous connaissons depuis longtemps. Il est d’origine hongroise, moi aussi. (…) Je n’imaginais pas un moment que Nicolas puisse se réjouir. ». Dans son livre "Chronique d’une exécution" sorti le 6 octobre 2011 (chez Le Cherche Midi), Ivan Levaï complète : « Il m’assure que tout ce que l’on pouvait faire pour Dominique l’avait été et le serait. ».

Ivan Levaï n’a pas semblé comprendre la gravité morale des agissements de DSK. Il est d’une génération qui a eu du mal à comprendre le futur phénomène MeToo. Il dénonçait même un « maccarthysme sexuel ambiant ». Et de continuer dans l’excès : « Cette histoire va changer la politique, vous n’imaginez pas. Il y aura des tribunaux d’inquisition, ceux de l’opinion. Pour être élu Président, il va falloir obéir à des critères nouveaux. Les qualités qui seront exigées, peu d’hommes les possèdent. » (cité par Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin), sans d’ailleurs imaginer alors qu’une femme pourrait être élue (même si, finalement, c’est ce dont il rêverait).

Il ne croyait pas un instant DSK coupable de viol et a rappelé que si peu de femmes violées déposent plainte (moins de 10%), 10% de plaintes correspondaient aussi à des viols imaginaires. Son argument massue, c’était : « Anne ne resterait pas avec un violeur ! ». Car si elle était mariée à un violeur, alors lui-même se considérerait comme un violeur en tant qu’ancien mari. Bref, la défense de DSK était avant tout une affaire personnelle pour le journaliste qui avait refusé par pudeur toute interview sur le sujet entre mai et septembre 2011.

Dans leur article, les deux journalistes du "Monde" ont raconté une anecdote qu’a vécue Ivan Levaï : « Il déjeunait avec Jean-François Kahn, un autre ami des Strauss-Kahn, chez L’Ami Louis, célèbre bistrot gastronomique du cœur de la capitale. À quelques tables d’eux, Bill Clinton partage un coûteux poulet-frites avec sa fille, Chelsea. Les deux journalistes ne parlent anglais ni l’un ni l’autre, impossible d’aborder l’ex-Président américain. "Mais au moment où ils ont quitté le restaurant, toute la salle s’est levée et a applaudi bruyamment, raconte-t-il radieux. Cet homme, dont ‘Le Monde’ avait publié le rapport du procureur Kenneth Starr, avec tous les détails de sa relation avec la stagiaire Monica Lewinsky !" Un tel épilogue, on le devine, Ivan Levaï (…) en rêverait. ».

Ivan Levaï est tellement connu comme auteur de revues de presse que certaines de ses prestations sont même devenues des sujets d’étude. Ainsi, Françoise Claquin, enseignante à l’Université de Nantes, a publié en 1993 un article sur "La revue de presse : un art du montage" dans la revue "Langage & Société" n°64 (pp. 43-71) où elle explique : « La spécificité de la revue de presse consiste à rapporter les propos d’autrui et, en même temps, à s’affirmer comme voix et comme énonciateur. Le journaliste est constamment tendu entre deux impératifs : faire entendre mille voix et faire entendre (un peu) la sienne. Seule la sienne peut les ordonner mais elle risque sans cesse de les couvrir. (…) I. Levaï, par le phénomène citationnel, se situe par rapport aux éditorialistes dont il rapporte les propos. La citation est l’expression d’une relation discursive à l’autre. L’effet discursif dépend du degré et de la nature de la relation que le chroniqueur de France Inter entretient avec ses confrères de la presse écrite mais il faudrait aussi considérer pleinement les différents paramètres extra-linguistiques, situationnels sous-jacents à toute énonciation. En fait, la relation qui s’instaure établit une dynamique entre un énonciateur et une signature. La signature est une des marques explicites de la prise en charge du discours. Par là même, les assertions constituant le discours sont érigées en jugement individualisés. ».

Pour conclure : « Par le jeu d’échos des citations, I. Levaï assure la maîtrise de l’organisation générale de la revue de presse. Cette mise en scène lui permet de renvoyer les éditorialistes à leurs confrères dans une confrontation fondée sur le critère de l’intérêt. Dans les enchaînements, I. Levaï cherche à homogénéiser son discours. Pour ce faire, il opère un émiettement de la parole d’autrui. La pluralité et la dispersion des citations lui assurent "le dernier mot" ! (…) Il fait un éditorial avec des éditoriaux, avec les mots des autres. Il prend prétexte de ce qu’ont écrit ses confrères pour proposer son propre commentaire sur l’actualité. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 mars 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Ivan Levaï.
Jacqueline Baudrier.
La déplorable attention du journalisme à sa grande dame.
Aider les chrétiens d’Orient.
Philippe Alexandre.
Alain Duhamel.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220318-ivan-levai.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/ivan-levai-ses-celebres-revues-de-240156

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/03/14/39388503.html





 

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15 mars 2022 2 15 /03 /mars /2022 03:58

« Une entreprise pilote exemplaire, je voudrais qu’elle le soit sur le plan humain et social. (…) Essayons de donner une âme à (…) Radio France, en faisant une information (…) complète, quotidienne, et en même temps, en établissant le dialogue. Cette maison, je la connais bien (…). Je sais qu’il y a peu d’entreprises dans notre pays et peut-être dans le monde où il y a tant d’hommes et de femmes qui aiment leur métier avec la passion qu’ils manifestent. » (Jacqueline Baudrier, le 6 janvier 1975).




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Ce mercredi 16 mars 2022 est le centenaire de la naissance de la journaliste Jacqueline Baudrier. J’avais regretté la discrétion des grands médias lors du départ sur la pointe des pieds, le 2 avril 2009, après plusieurs années douloureuses qui l’ont éloignée du monde, de cette grande dame de l’information et de l’audiovisuel public. Son centenaire me donne l’occasion de revenir sur sa trajectoire.

À 28 ans, après ses études de lettres à la Sorbonne, Jacqueline Baudrier a été chargée d’une chronique politique à la RTF (ancêtre de l’ORTF), ce qui était très novateur pour une femme qui a connu ainsi une grande notoriété. À la fois journaliste à la radio (présentatrice des journaux à Paris Inter puis France Inter) et à la télévision (directrice de l’information de la deuxième chaîne de télévision puis de la régie de la première chaîne), elle a passé les années 1960 avec sa très belle voix marquée pour l’histoire. Elle a fait partie des éditorialistes qui sont devenus managers de l’audiovisuel, qui sont deux fonctions très distinctes.

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Bien que gaulliste, elle fut choisie par Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand pour animer le premier débat télévisé d’un second tour de l’élection présidentielle, celui de 1974, aux côtés du chroniqueur Alain Duhamel.

Après la victoire de VGE, ce dernier a voulu réformer rapidement l’audiovisuel public en le libéralisant, en faisant éclater l’ORTF en plusieurs entités, séparant télévision (trois chaînes) et les radios publiques, devenant Radio France, une société qui regroupent France Inter mais aussi France Culture, France Musique et quelques autres radios (dont certaines créées bien plus tard comme France Info et Le Mouv). À l’époque, RFI faisait partie aussi de Radio France, jusqu’à ce qu’on la plaçât sous la responsabilité du Ministère des Affaires étrangères.

Pour réussir son entreprise de libéralisation, Valéry Giscard d’Estaing avait besoin d’une personnalité compétente, incontestable et efficace. Son choix s’est tourné le 1er janvier 1975 vers Jacqueline Baudrier qui est devenue la première présidente de Radio France (deux de ses successeurs ont été aussi des femmes, dont l’actuelle présidente de Radio France, Sibyle Veil).

Le 6 janvier 1975, elle a assisté au lancement de Radio France et l’a commenté en direct.





Fort de ses nombreuses stations et de deux orchestres symphoniques dont la réputation est mondiale, Radio France s’est développée aussi en province, avant, on aurait dit "en régions" mais maintenant, on dirait plutôt "dans les territoires". Ce maillage territorial était l’ultime réforme de Jacqueline Baudrier en 1981.

Ultime, car la vie politique s’en est mêlé. L’arrivée au pouvoir de François Mitterrand a conduit le gouvernement socialo-communiste à la virer, malgré la volonté affichée de ne plus régenter l’audiovisuel public (mais il y a un fossé entre affichage et réalité concrète souvent faite d’hypocrisie).

Jacqueline Baudrier a laissé en juillet 1981 la présidence de Radio France à une autre femme journaliste également de belle réputation, Michèle Cotta, évoquée comme proche de la gauche, tandis qu’on lui a trouvé, le 5 août 1981, un "lot de consolation", ambassadrice de France à l’Unesco. Il faut se rappeler que bien plus tard, Rama Yade a été nommée aussi à ce poste que Jacqueline Baudrier a quitté le 13 avril 1985 pour le céder à Gisèle Halimi qui avait démissionné de son mandat de députée en Isère qu’elle avait gagnée en 1981 après parachutage et une courte campagne (le poste à l’Unesco a été souvent très politisé, on y retrouve aussi Marie-Claude Cabana, Françoise de Panafieu, Catherine Colonna, etc.).

La grande dame de l’information a retrouvé ses compétences d’origine lors du retour de la droite au gouvernement. En effet, de 1986 à 1989, Jacqueline Baudrier fut nommée par le gouvernement de Jacques Chirac membre de la Commission nationale de la communication et les libertés (CNCL), qui faisait suite à la Haute Autorité de l’audiovisuel (dont Michèle Cotta fut l’unique présidente) et qui se transforma après la réélection de François Mitterrand en Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).

Dans le cadre de cette fonction, Jacqueline Baudrier avait été chargée en 1987 d’une mission de la CNCL pour donner un avis éclairé et éventuellement une éventuelle réglementation sur les publicités politiques à la télévision. Elle était très réticente à cette idée (qui n’a toujours pas été autorisée) au nom de l’égalité entre les candidats à une élection. Elle prônait au moins d’interdire la publicité politique négative (contre un candidat ou un parti) ainsi que la publicité politique comparative.

Je recommande ainsi de regarder un reportage du journal d’Antenne 2 de 13 heures du 6 juin 1987, animé par Noël Mamère avec pour invités Jacqueline Baudrier et les conseillers en communication politique Thierry Saussez (qui a à peine vieilli en trente-cinq ans !) et Claude Marti (ancien conseiller de Michel Rocard).





Le malheur professionnel de Jacqueline Baudrier, c’était de ne plus avoir renoué avec son métier de journaliste après 1981. Invité de Jacques Chancel dans l’émission "Radioscopie" diffusée le 6 janvier 1976 sur France Inter, Jacqueline Baudrier a confié : « Je me suis toujours senti bien, dans ce métier. C’est un métier à découvrir, l’audiovisuel. C’était quand même une technique relativement neuve qui apporte beaucoup à ceux qui la pratiquent et, j’espère, à ceux à qui elle est destinée. ».

Jacqueline Baudrier restera comme l’une des grandes voix de l’information à la française à la télévision et à la radio. Elle a été une pionnière de l’audiovisuel public moderne, et ce qu’elle a initié est encore en cours aujourd’hui, au point même que France Inter, la station phare de Radio France, est devenue la première radio de France depuis quelques années, détrônant sa rivale pourtant populaire RTL. Pas étonnant que dans le programme politique de plusieurs candidats à l’élection présidentielle, on souhaite casser cette belle mécanique qui, malgré la suspicion légitime, a réussi à gagner son indépendance éditoriale.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 mars 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jacqueline Baudrier dans "Radioscopie", émission de Jacques Chancel diffusée le 6 janvier 1976 sur France Inter.
Jacqueline Baudrier.
La déplorable attention du journalisme à sa grande dame.
Aider les chrétiens d’Orient.
Philippe Alexandre.
Alain Duhamel.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220316-jacqueline-baudrier.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/jacqueline-baudrier-et-la-240182

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/03/14/39388472.html








 

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1 mars 2022 2 01 /03 /mars /2022 12:09

Présidente de Radio France depuis un an, Jacqueline Baudrier était le 6 janvier 1976 l'invitée de Jacques Chancel dans son émission "Radioscopie" diffusée sur France Inter. Elle a évoqué ses projets, son état d'esprit et son esprit de défi qu'elle a relevé en acceptant de diriger toues les radios de l'audiovisuel public après l'éclatement de l'ORTF. On peut écouter cette émission sur Internet.

Cliquer sur le lien pour télécharger l'émission (fichier .mp3) :
https://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/14328-18.08.2016-ITEMA_21053260-0.mp3

Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220316-jacqueline-baudrier.html

SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-19760106-radioscopie-jacqueline-baudrier.html



 

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31 janvier 2022 1 31 /01 /janvier /2022 03:45

« J’en avais marre de râler tout seul devant ma télé, j’ai décidé de m’engager. » (Jean Roucas, le 15 septembre 2013 à Marseille).




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Si l’engagement peut être accompagné d’humour, généralement, la réciproque est plutôt fausse. L’humour est rarement compatible avec l’engagement politique. C’est ce qu’on a vu avec Dieudonné, qui a un réel talent comique mais qui s’est noyé dans le militantisme extrémiste dont la mauvaise foi, l’idéologie, la provocation ont pris le dessus sur l’humour et la plaisanterie, même si, chez lui, l’autodérision n’a pas totalement disparu. Il est vrai que faire de la politique est une chose sérieuse, les idées peuvent tuer, les non-idées aussi d’ailleurs, et s’accommode mal de la légèreté distrayante de l’humour. C’est la différence avec Pierre Desproges qui, lui, s’est simplement amusé et n’avait pas aucune prétention moralisatrice ou politique.

Pour l’humoriste à la retraite depuis trois ans, Jean Roucas, qui fête son 70e anniversaire ce mardi 1er février 2022, né un jour avant Christiane Taubira, je ne sais rien de son "idéologie" (il n’y a pas que l’idéologie qui motive un engagement politique, il y a aussi des convictions personnelles, des ambitions personnelles, une expérience, une amitié, une famille, une géographie, des intérêts divers et quelconques, etc.), mais il est clair que sa furtive escapade au Front national ne l’a pas aidé dans le déroulement de sa carrière artistique.

Né à Marseille (d’où son pseudonyme qui est le nom d’un quartier de la ville) et portant des petites lunettes rondes qui sont devenues sa marque de fabrique (pour cacher un strabisme, expliqua-t-il un jour), Jean Roucas est surtout connu pour avoir lancé, avec Jean Amadou et Stéphane Collaro, le fameux "Bébête Show". Humoriste et imitateur, il a participé à la première expérience de ce type en France : recréer le monde de la politique avec des personnages fictifs.

Dès 1978, il a travaillé avec Stéphane Collaro dans ses émissions d’humour populaire "grand public", d’abord sur Antenne 2 avec "Collaroshow" de 1978 à 1981, puis sur TF1 avec "Cocoboy" de 1982 à 1984 et "Cocoricocoboy" de 1984 à 1987.

"Le Bébête Show", dont la première diffusion a eu lieu à la rentrée 1982, s’est inscrit dans la longue tradition des chansonniers et était une parodie du célèbre "Muppet Show" de Jim Henson, une émission britannique à forte audience. À l’origine, le Bébête Show était une séquence incluse dans les émissions de Stéphane Collaro, mais quand cette émission s’est arrêtée (pour participer à l’aventure de La Cinq), la séquence d’imitation est finalement revenue en mars 1988 (en pleine campagne présidentielle) comme une émission à part entière, avec un rythme quotidien, en produit d’appel juste avant le journal de 20 heures de TF1 (à l’époque, une grand-messe).

Pour les voix, Jean Roucas et le génial Guy Montagné se partageaient la plupart des imitations. Le cadre était finalement assez proche du kiosque d’Anne-Marie Carrière dans l’émission "C’est pas sérieux". Jean Roucas se retrouvait derrière le comptoir d’un bistrot en forme de kiosque entouré des ses clients, les marionnettes politiques, pour faire la conversation.

Parmi les très nombreuses marionnettes, il y avait (en parodie avec le Muppet Show) François Mitterrand en Kermit la grenouille (Kermitterrand), appelé souvent "Dieu" (le vrai François Mitterrand adorait cette marionnette qui le confortait dans sa position de monarque républicain entouré de flagorneurs), Raymond Barre en Fozzie l’ours (Barzy), Valéry Giscard d’Estaing et Gaston Defferre en les deux vieux grincheux acariâtres du Muppet, Statler et Waldorf (Valy et Gaston), Jacques Chirac en Sam l’aigle (Black Jack) et Georges Marchais en Piggy la cochonne (Marchie).

D’autres personnages n’avaient pas leur équivalent du Muppet, comme Michel Rocard, un corbeau (Rocroa), Jacques Chaban-Delmas, un canard à la voix nasillarde (Bancha), Pierre Bérégovoy, un chien (Béréwawa), Édouard Balladur, un pélican (Ballacan le Pélimou), Charles Pasqua, un morse (Pas-de-quoi), Bernard Tapie, un taureau (Tapie volant), Jack Lang, une chèvre (Lang de Chèvre), Simone Veil, une chouette (Chouette Simone), Laurent Fabius, un écureuil (Fafa), Henri Krasucki, un crabe (Crabe-Zucki), Nicolas Sarkozy, un caniche (Sarcosette), etc.

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À chaque nouvelle actualité, de nouvelles marionnettes arrivaient avec son cortège de calembours. Figurer au Bébête Show était même une marque de notoriété et d’importance pour les personnalités politiques. Une petite exception dans la liberté de ton : au début, Jean-Marie Le Pen était "affublé" d’un casque à pointe prussien, de l’accent allemand et du nom de Frankenpen, sous la forme d’un vampire, et après ses vives protestations (judiciaires), sa marionnette s’est transformée de manière plus consensuelle en Bécassine la bretonne (Pencassine).

Deux exemples parmi d’autres.

Le 7 avril 1988 sur TF1 :
« Kermitterrand : Et je rétablis l’impôt sur les grosses fortunes.
Rocroa : Ha ben ça c’est bête.
Kermitterrand : Je sais, c’est ce que m’ont dit Laurent Fabius et RogerHanin mais après tout, ça développe le tourisme en Suisse. »

Le 28 avril 1988 sur TF1 (entre les deux tours de l’élection présidentielle) :
« Rocroa : Et n’oublie pas, ô luminaire céleste, qu’il a un jeu de jambe redoutable.
Kermitterrand : Hé ben moi aussi.
Rocroa : Mais sans vouloir te vexer, divinité éternelle, il est plus jeune que toi.
Kermitterrand : Ha non ! Tu vas pas t’y mettre toi aussi ! Dieu n’a pas d’âge, il ne me fera pas le coup du père François, c’est moi qui l’ai inventé ! Et puis je suis né à Jarnac. Dieu va lui filer une droite, il va tomber assis, il va comprendre ce que c’est que d’être assis à la droite de Dieu ! »

Jean Roucas est parti de l’émission en juin 1994 et l’émission elle-même a terminé son cycle en juin 1995, une saison plus tard, après des changements trop nombreux pour être soutenue pas un public passé à autre chose. "Le Bébête Show" est mort surtout de la concurrence frontale du "Les Guignols de l’Infos", émission arrivée sur le marché pourtant plus tard, à la rentrée 1988, mais qui était un peu plus subtile. Non seulement cette nouvelle émission était diffusée au même moment que le Bébête Show, juste avant 20 heures (sur Canal+), mais elle avait débauché le marionnettiste d’origine du Bébête Show et se permettait même, dans les années 1990, de se moquer du Bébête Show en faisant une parodie de parodie (Canal+ aimait à l’époque parler de l’audiovisuel, faisant souvent des mises en abyme). Il est vrai que l’humour du Bébête Show était lourdingue et les Guignols de l’Info s’était dégagé de l’inspiration du Muppet Show. L’un était typique des années 1970, l’autre dominait l’esprit bobo des années 1990.

Pendant cette période faste (années 1990), Jean Roucas animait également plusieurs émission de télévision ou de radio, notamment "Cadet Roucas" sur Antenne 2 en 1987-1988 et "Les Roucasseries" sur Europe 1 de 1986 à 1994 (en remplacement de Coluche après sa mort), et aussi sur La Cinq puis TF1. Les Roucasseries, c’est une succession de blagues ringardes et à peine drôles.

Un exemple (éd. Michel Lafon, 1992) :
« C’est un cannibale qui va à la mairie déclarer la naissance de sa petite fille. Alors l’employé lui fait :
– Comment vous voulez l’appeler ?
Il fait :
– Avec un couteau. »

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Si Jean Roucas a raté une carrière au cinéma (apparemment, il aurait été mal conseillé : d’après une rumeur, il aurait refusé un rôle important dans "Subway" de Luc Besson, pour tourner, très mal, un super-navet "Le Gaffeur" de Serge Pénard, dans le rôle du fils de Denise Grey et du curé Jean Lefebvre, avec Claude Gensac et Stéphane Collaro), il a poursuivi une seconde vie artistique de 1995 à 2015 au Théâtre des Deux Ânes à Paris, avec Jacques Mailhot et Jean Amadou, comme comédien dans des spectacles politiques qu’il a coécrits, comme : "Le Juppet-Show", "Le fabuleux destin de monsieur Raffarin", "Villepy et Sarkozin", "Ségolène et les Sept nains", "Pas nique au FMI !", "Flamby le Magnifique", etc.

Et puis, stupeur dans le monde des plaisantins ! du 15 septembre 2013 au 27 octobre 2015, Jean Roucas s’est engagé au Front national aux côtés de Marine Le Pen, comme indiqué au début : « Je suis peut-être vieux jeu mais l’engagement citoyen, ce n’est pas une guignolerie. Le guignol, je le fais sur scène. » (15 septembre 2013 à Marseille).

Cela pourrait paraître étonnant puisqu’il avait fait du père de la candidate d’extrême droite un vampire dans le Bébête Show. Il faisait ainsi dire à Pencassine à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle de 1988, le 1er mai 1988, habillé en Jeanne d’Arc : « J’entends tout plein de voix, 14% de moutons qui votent pour moi, bêêêê bêêê ! Venez mes petits, venez autour de moi, que je vous tonde ».

Révolté par ce ralliement, le journal communiste "L’Humanité", ciblant celui qu’il qualifiait de "has-been", a analysé ainsi le 19 septembre 2013 : « On sait que le déclassement et l’amertume sont des causes du vote FN ! ». Autre son de cloche, Jean-Baptiste Daoulas dans "Slate" a pensé au contraire, le 17 septembre 2013 : « Le ralliement est d’autant plus précieux qu’il s’inscrit harmonieusement dans la rhétorique "popu" du Front. ». Et de citer le professeur de communication politique Arnaud Mercier : « C’est la tradition des chansonniers, d’un humour qui prend pour cible la classe politique dans son ensemble, et qui peut être accusée de populisme et d’encourager le "tous pourris". (…) [Mais] l’influence politique et électorale de Jean Roucas est proche de zéro. ». Cela rappelle qu’il y a dix ans, Marine Le Pen faisait exactement comme Éric Zemmour aujourd’hui, des ralliements de personnalités connues.

Néanmoins, Jean Roucas s’est rapidement « [fait] plus discret, n’ayant pas anticipé le déferlement médiatique qui l’a tiré de sa retraite » (selon "L’Humanité"), et "Slate" a conclu : « Bien loin de ces considérations électorales, Jean Roucas semble un peu dépassé par l’instrumentalisation de son apparition marseillaise. Il l’a fait savoir à l’AFP : "À partir d’aujourd’hui, je refuse de faire la moindre interview, de participer à la moindre émission sur le thème du Front national". ». On pourrait mieux rêver comme soutien politique.

Cet engagement a fermé des portes à l’imitateur dans sa carrière artistique, il s’est posé en opprimé en disant qu’on n’acceptait pas que les artistes soient de droite dans un milieu si à gauche, avec des comparaisons un peu grossières (la subtilité n’a jamais semblé être son atout), et la goutte d’eau qui a fait déborder le vase est un tweet du 29 mars 2015 très insultant à l’égard de François Hollande alors Président de la République (il lui a fait le salut nazi), ce qui entraîna un désaveu de Jacques Mailhot, qui l’a remercié du Théâtre des Deux Ânes, et de Michel Drucker, qui voulait le recruter comme chroniquer.

Cette aventure d’engagement au FN ne semblait pas une provocation (ni narcissique ni politique) pour se victimiser et faire sa pub ou victimiser ce parti et le promouvoir, mais son comportement a montré, disons-le, plutôt de la maladresse, sinon une certaine bêtise, assez peu compréhensible pour un homme d’audiovisuel et de communication, au point que la lucidité l’a finalement conduit à s’éloigner définitivement du FN et de tout engagement politique.

Du reste, Jean Roucas n’a pas été le seul dans ce cas-là ; après un soutien à Nicolas Sarkozy en mai 2007 et à Jean-Luc Mélenchon en avril 2012, l’acteur Franck de Lapersonne s’est engagé derrière Marine Le Pen en février 2017, s’est même présenté (sans succès) aux législatives de juin 2017 dans une circonscription pourtant favorable au FN, avant de se séparer du FN en rejoignant Florian Philippot (il était vice-président de Les Patriotes), puis finalement de le quitter aussi en 2019 pour créer son propre parti. Avec cet engagement chaotique, il a eu beaucoup moins de propositions pour sa carrière artistique.

Jean Roucas, c’est un étrange épilogue politique pour la carrière très contrastée d’un contributeur d'une idée plutôt intéressante, originale et politiquement très novatrice (des caricatures politiques à la télévision et adaptée à la télévision), dont on aurait pu attendre quelques calembours et rires potaches aux derniers soubresauts de l’épopée de l’extrême droite avec le débauchage des amis (et peut-être nièce) de Marine Le Pen par Éric Zemmour.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 janvier 2022)
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Pour aller plus loin :
Jean Roucas.
Jean Bertho.
Thierry Le Luron.
Jean Amadou.
Frédéric Fromet.
Daniel Prévost.
Coluche.
Sim.
Élie Kakou.
Pierre Desproges.
Pierre Dac.

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21 janvier 2022 5 21 /01 /janvier /2022 03:38

« On est une famille humaine, il faut mettre ça dans la tête des jeunes (…). Nous sommes une famille humaine riche de sa diversité, quelles que soient la couleur de peau, l’origine sociale ou la religion. » (Michel Jonasz, le 21 février 2019 sur Europe 1).



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Ce vendredi 21 janvier 2022, le chanteur Michel Jonasz fête son 75e anniversaire (quelques jours avant un collègue). J’adore Michel Jonasz, peut-être par nostalgie, mais il n’y a pas de nostalgie qui tienne avec Michel Jonasz malgré cet âge qui devient canonique, il est toujours en forme, dynamique et son dynamisme est toujours très impressionnant.

Il était encore en concert le 20 novembre 2021 à Marseille, les 4 et 5 décembre 2021 au Palais des Sports de Paris, le 16 décembre 2021 à Lille, le 15 janvier 2022 à Montpellier, etc. et il a un programme chargé d’au moins treize concerts jusqu’à la fin du mois de mai 2022.

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Depuis le début des années 1970, Michel Jonasz attire un public fidèle et toujours renouvelé au fil des générations. Sa voix est très reconnaissante et, poète aux textes travaillés, il apporte aussi une attention particulière à ses musiciens. Ses textes ont parfois des finalités éducatives ou civiques, ils parlent le plus souvent d’amour.

Entre autres activités artistiques, il est aussi compositeur, et il a composé entre autres le générique de l’émission "Zone interdite" sur M6, il est aussi l’auteur de la bande originale du film "Clara et les chics types" de Jacques Monnet (sorti le 14 janvier 1981).

Cinéma ? Michel Jonasz est également un comédien au théâtre et un acteur au cinéma et à la télévision, une seconde carrière qu’il a menée en parallèle surtout à partir du début des années 2000. Et toujours au présent de l’indicatif, puisque sa dernière participation, malgré la crise sanitaire, c’est dans un téléfilm de Frédéric Berthe plutôt bien mené, "À mon tour" diffusé sur France 2 le 5 janvier 2022, dans un remake du film "Le Zizanie" de Claude Zidi (sorti le 16 mars 1978), une comédie mettant en scène une couple, un industriel maire et son épouse qui veut se présenter aux municipales contre lui, avec ici le couple François-Xavier Demaison et Isabelle Gélinas qui remplace le fameux couple Louis de Funès et Annie Girardot (avec une version plutôt pourrie de l’industriel). Aux côtés de François Berléand, père cynique et corrompu (dans le téléfilm) de François-Xavier Demaison qui a fui dans une île paradisiaque, Michel Jonasz joue son contraire, comme père d’Isabelle Gélinas, un papi jovial et militant, probablement communiste, et très sympathique.

Né à Drancy, dans une ville très symbolique pour sa famille, Michel Jonasz est un "réfugié" miraculé… On ne peut pas dire cela vraiment car il est né après la guerre, mais on pourrait dire au fond qu’il a échappé à la "non-naissance" car sa mère, qui s’est mariée le 26 juillet 1941, a échappé de justesse à la déportation et à la Shoah. Ses deux parents étaient d’origine juive hongroise qui, tout jeunes, ont émigré en France, le père en 1925 à 5 ans et la mère en 1933 à 16 ans. Son grand-père paternel vivait à Budapest et était cordonnier, tandis que son grand-père maternel, d’origine polonaise et installé en Hongrie en 1911, ainsi que sa grand-mère maternelle ont péri dans les camps d’extermination, ainsi que d’autres membres de la famille.

Par cette histoire familiale, on peut comprendre que Michel Jonasz est charnellement "sensibilisé" par l’antisémitisme et le négationnisme. En 2017 au Théâtre du Gymnase, à Paris, il a joué dans une pièce écrite et mise en scène par Dominique Coubes, "Les Fantômes de la rue Papillon" où il se retrouve dans le rôle d’un Juif (étoilé) tué dans une rue de Paris.





Au micro d’Anne Roumanoff, Michel Jonasz a d’ailleurs réagi très amèrement le 21 février 2019 sur Europe 1 face à l’augmentation très forte des actes antisémites (+74% en 2018) : « Ma mère a perdu ses parents et quatre de ses frères dans les fours crématoires d’Auschwitz. Donc, quand je vois des tags antisémites sur le portrait de Simone Veil, quand je vois marqué "juden" sur des vitrines ou quand je vois la mémoire d’Ilan Halimi souillée (…), ça me fait un truc. (…) Aujourd’hui, il y a des signes qui nous disent qu’il faut qu’on fasse attention. ». Mais il était également rassuré par la mobilisation du rassemblement contre l’antisémitisme le 19 février 2021 à Paris : « Heureusement, les gens se bougent et se lèvent contre ça ! ».

C’est pour la famille de sa mère que Michel Jonasz a écrit, mis en scène et joué son spectacle "Abraham", du prénom de son grand-père, au théâtre de 2009 à 2011 (un retour au théâtre après trente ans d’absence). Le 27 mars 2021, il expliquait d’ailleurs à "Tribune Juive" : « D’eux, il ne reste rien nulle part. Aucun nom sur un registre, aucun document, le néant absolu. C’est comme s’ils n’avaient jamais existé. Comme s’ils n’avaient jamais été autre chose que cette fumée s’échappant des crématoires. ».

En 2010, le chanteur s’était rendu à Auschwitz avec sa mère (née en 1917) pour « voir l’endroit où sa famille avait été décimée ». Quand il était enfant, il croisait parfois un camarade antisémite : « Je n’ose pas lui avouer que je suis Juif. Je sais que c’est être différent, très particulier. Que ça peut aussi être dangereux, même si au fond de moi j’en éprouve une certaine fierté. Durant mon enfance, j’entends souvent ma mère répéter : "Pourquoi suis-je encore vivante, pourquoi suis-je encore là ?" ». Pour résumer, Michel Jonasz, c’est aussi : « J’ai l’impression d’avoir toujours su ce qui s’était passé. ».

Mais saisissons l’occasion de son 75e anniversaire pour savourer à nouveau ses meilleures chansons, qui ont fait sa réputation et sa qualité… Quinze parmi beaucoup d’autres.



1. "Dites-moi" (1974)






2. "Super nana" (1974)

« Dix-huit grèves de poubelles
Que j’traîne dans l’quartier
Jamais vu plus belle qu’elle
Dans la cité (…)
Elle marche parmi les détritus
On dirait, comme sur les prospectus
Ces filles allongées à l’ombre des cactus ».






3. "Les vacances au bord de la mer" (1975)






4. "Je voulais te dire que je t’attends" (1976)






5. "Joueurs de blues" (1981)






6. "La boîte de jazz" (1984)









7. "Unis vers l’uni" (1985)






8. "La fabuleuse histoire de Mister Swing" (1988)






9. "L’air que l’on respire"

« L’air que l’on respire
C’est le même pour tous
De nos ancêtres du fond des âges
À nos p’tits bambins qui poussent
L’air que l’on partage ».






10. "Le boléro" (2000)

« Et je m’en vais l’âme en peine
Les jours se suivent et s’enchaînent
Comme les accords d’un piano
Vivre sans toi c’est attendre
Écouter le ciel se répandre
En pluie fine sur les carreaux ».






11. "Où vont les rêves ?" (2002)






12. "Tout pour la musique" en duo avec Marc Lavoine (le 7 décembre 2020)






13. "Groove !" (2019)






14. "La maison de retraite"(2019)

« Tu parlais de naufrage
D’un corps qui n’a plus d’âge
Et qui s’en va doucement
De la peur de vieillir et d’avoir à subir
L’impertinence du temps ».






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 janvier 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Michel Sardou.
Michel Jonasz.
Patricia Kaas.
Kim Wilde.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220121-michel-jonasz.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/michel-jonasz-je-mettrai-mon-coeur-238857

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/01/08/39296226.html








 

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16 janvier 2022 7 16 /01 /janvier /2022 03:44

« Je m’étais endormi. La cloche de cette putain d’église m’a réveillé. Les chiens dorment sur les fauteuils, la tête dans leurs couilles. Au chaud. » (Richard Bohringer, 1988, éd. Denoël).



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L’acteur Richard Bohringer fête son 80e anniversaire ce dimanche 16 janvier 2022. Fils d’un officier allemand prisonnier sur le front russe, qu’il n’a pas vu souvent, et d’une Française qui a connu son père pendant la guerre et qui est allée vivre en Allemagne, le futur acteur a été élevé par sa grand-mère maternelle dans la région parisienne. Est-ce à cause de ce contexte de l’enfance, difficile (mais heureux), qu’il a été tout de suite une "sacrée gueule" ?

En tout cas, même jeune, il est une personnalité assez impressionnante, un peu "gueule cassée", comme si la vie l’avait érodé dès la sortie de l’enfance. Cela lui a permis de prendre des rôles assez particuliers, au théâtre puis au cinéma au début des années 1970. Même au début de sa carrière et malgré sa jeunesse, Richard Bohringer n’a jamais été le jeune premier lisse. La vie l’a buriné et c’est ses blessures intérieures qui lui ont permis d’incarner des personnages avec une époustouflante humanité.

Ce côté "gueule cassée" a été racontée par lui-même dans une sorte d’autobiographie (fictive) qui a été très remarquée à sa sortie (pour son histoire mais aussi pour ses qualités littéraires), "C’est beau une ville la nuit", publiée en 1988 chez Denoël, qui évoque une période marquée par la dépression, l’alcool, les voyages, les femmes, etc. avec des mots crus que certains comparent avec Céline pour le style voire Camus pour l’atmosphère. Il en a d’ailleurs réalisé au cinéma l’adaptation (sortie le 8 novembre 2006) en jouant son propre rôle ainsi qu’en confiant le rôle de sa fille à …sa fille Romane Bohringer. De ce livre, il a sorti aussi un album de chansons en 2002 (car au-delà d’être acteur, le roi Richard est aussi écrivain, chanteur, réalisateur, metteur en scène).

Il a joué dans quelques films dans les années 1970 (premier rôle dans "L’Italien des Roses" de Charles Matton, sorti le 16 mai 1973, un rôle déjà près du vide, prêt au suicide), mais sa carrière cinématographique a véritablement "explosé" dans les années 1980 avec beaucoup de films majeurs, il était alors dans la force de l’âge, la quadragénaire. Il a tourné beaucoup avec de grands réalisateurs, ceux cités plus loin et en particulier Jean-Pierre Mocky, Jean-Loup Hubert, Michel Delville, etc.

On peut en effet citer plusieurs films qui ont fait sa notoriété. Ainsi, Richard Bohringer a joué dans sublime "Diva" (sorti le 11 mars 1981), le film très justement récompensé de Jean-Jacques Beineix (qui vient de tirer sa révérence il y a deux jours), avec Dominique Pinon et Gérard Darmon, aussi Gérard Chaillou ; dans "Les Babas-cool" de François Leterrier (sorti le 16 décembre 1981) avec Anémone, Philippe Léotard, Marie-Anne Chazel, Christian Clavier, Catherine Frot, Martin Lamotte, etc. ; dans "L’Addition" de Denis Amar (sorti le 4 avril 1984) avec Richard Berry et Victoria Abril, pour lequel Richard Bohringer a reçu le César du meilleur second rôle en 1985 ; dans "Péril en la demeure" de Michel Deville (sorti le 13 février 1985), avec Michel Piccoli, Nicolas Garcia, Anémone, Christophe Malavoy, dans un rôle inquiétant, celui du tueur à gages un peu désorienté ; dans "Subway" de Luc Besson (sorti le 10 avril 1985) avec Christophe Lambert, Isabelle Adjani, Jean-Hugues Anglade, Michel Galabru, Jean-Pierre Bacri, Jean Bouise, etc. ; dans "Le Grand Chemin" de Jean-Loup Hubert (sorti le 25 mars 1987) avec Anémone, sa femme dans le film, avec Daniel Rialet et Jean-François Dérec pour des petits rôles (les deux principaux acteurs, Anémone et Richard Bohringer, ont eu pour l’occasion chacun le César du meilleur acteur en 1988) ; etc. Souvent, Richard Bohringer interprète des rôles tristes ou effrayants, ce qui lui convient effectivement.

Richard Bohringer a continué à beaucoup tourner dans les années 1990, et notamment dans "Une époque formidable" de Gérard Jugnot (sorti le 19 juin 1991), Gérard Jugnot, Richard Bohringer, Ticky Holgado et Chick Ortega incarnent une sorte de club des bras cassés, aux côtés de Victoria Abril et Roland Blanche ; dans "La Vérité si je mens !" de Thomas Gilou (sorti le 2 mai 1997), où il incarne un patron d’entreprise textile traditionnel, versus Richard Anconina, chômeur et futur patron moderne et malin (avec une distribution très flatteuse pour le film).

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Les relations de Richard Bohringer avec sa fille aînée, Romane, sont très fortes, Romane ayant épousé le même métier, actrice mais aussi réalisatrice. Ainsi, dans "L’Accompagnatrice" de Claude Miller (sorti le 11 novembre 1992), Richard y joue le premier rôle avec Romane et Elena Safonova (et une présence furtive de Claude Rich qui a coécrit le scénario avec le réalisateur et Luc Béraud).

Autre film intéressant, "L’Amour flou" (sorti le 22 août 2018) réalisé par Romane Bohringer et Philippe Rebbot, tous les deux vivant dans le même appartement à Montreuil, mais séparés, avec leurs deux enfants. Ce film de "séparation cohabitante" est basé sur leur expérience réelle, où les réalisateurs jouent leur propre personnage, ainsi que Richard le père de Romane et Lou Bohringer sa jeune sœur (Astrid, la mère de Lou, joue la mère de Romane). On y trouve aussi dans la casting l’actuelle députée FI Clémentine Autain qui joue brièvement son propre rôle (les deux femmes se connaissent bien ; Romane Bohringer a pris la parole au meeting de Clémentine Autain, tête de liste, le 13 juin 2021 pour les élections régionales). Ce film a été nommé pour le César du premier film, et a eu une suite à la télévision avec une série en 2021.

Richard Bohringer a aussi beaucoup tourné pour la télévision, des fictions, et en plus des deux Césars au cinéma, il a été récompensé par un Sept d’or du meilleur comédien en 1997 pour "Un homme en colère" (1997-2002), une série où sont présents en particulier Philippe Magnan, Annie Grégorio et Julien Cafaro.

Richard Bohringer a aussi participé et même animé des émissions de radio et de télévision. Auteur d’une dizaine d’ouvrages dont des pièces de théâtre, une qu’il a mise en scène, il écrit beaucoup pour crier son amour de la vie, au-delà de sa désespérance récurrente et de sa confrontation avec la maladie.

Ainsi dans "C’est beau une ville la nuit" : « Elle porte au coin des yeux le gai du triste, comme étonnée que les oiseaux s’envolent. ». Dans "L’Ultime Conviction du désir" (éd. Flammarion, 2005) : « Mais toi, aime-la, cette vie. Casse-lui la gueule. Bouleverse-toi d’elle. Elle te donnera des ailes. Et tu voleras comme le cormoran argenté. ». Dans "Les Nouveaux Contes de la cité perdue" (éd. Flammarion, 2011) : « L’écriture lui permettait de réinventer un monde meilleur. Réinventer le fracas de l’âme. ». Dans "Quinze Rounds" (éd. Flammarion, 2016) : « Vivre la route. Ne jamais quitter la route. Toujours plus loin, toujours en exil. Ne plus vivre l’idée du temps, n’avoir aucune horloge, que des couchers de soleil à l’horizon qui ne cesse de reculer plus on avance. ». Dans "Traîne pas trop sous la pluie" (éd. Flammarion, 2009) : « La terre tremble et engloutit par centaines des milliers d’humains. Alors il faut faire pousser des fleurs sur sa merde. ». Dans "Bouts lambeaux" (éd. Arthaud, 2008) : « Alors j’ai fracassé la vie. Je voulais le jus. Le jus divin. Celui qui donne des ailes aux mots. C’est trop beau les mots. C’est trop fou. ». Dans "Le Bord intime des rivières" (éd. Denoël, 1994) : « Si le cœur est bien là. Faut se garder. C’est du bon kif d’humain. Dès que c’est coupé, faut en replanter. C’est mon idée. Faut se garder. Faut savoir qu’on est des milliers. Comme des champs de blé. Des milliers à s’aimer. Des milliards à pas le savoir. ».

L’acteur a tellement aimé le Sénégal où il est allé souvent, consacrant un livre à ses voyages, qu’il a même acquis la nationalité sénégalaise en 2002. Enfin, parmi ses engagements, il a souvent soutenu les footballeurs nancéiens de l’ASNL, l’Association sportive Nancy-Lorraine et aux dernières élections présidentielles, il a soutenu François Bayrou en 2007 et Jean-Luc Mélenchon en 2012 et 2017. Bon anniversaire, Richard !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 janvier 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Richard Bohringer.
Serge Gainsbourg.
Jane Birkin.
Philippe Noiret.
Jean Amadou.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220116-richard-bohringer.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/richard-bohringer-coeur-de-lion-238719

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/01/08/39296220.html





 

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