Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
15 juin 2021 2 15 /06 /juin /2021 01:22

« La popularité n’est pas un critère de qualité. » (Claude Brasseur).


_yartiBrasseurClaude02

Cette petite phrase est à la fois vraie et fausse. Vraie parce qu’un bon acteur doit surprendre, sait se mettre dans des rôles pour lesquels on ne l’imaginait pas. Mais c’est la théorie, car la pratique, c’est qu’un acteur populaire devient familier, crédible, vrai, comme un copain, ou un copain de ses parents, ce qui revient un peu au même. C’est effectivement le cas de l’ami Claude Brasseur qui s’est éteint à Paris ce mardi 22 décembre 2020 à l’âge de 84 ans (né le 15 juin 1936).

On ne pourra pas dire que c’était un fils à papa ou un papa de fiston, et pourtant, il était dans une véritable lignée familiale d’acteurs et de comédiens, son père, "l’historique" Pierre Brasseur, son fils Alexandre Brasseur. Quoi de plus normal d’épouser la passion familiale quand on n’a jamais vécu que dans cela étant petit ?

Claude Brasseur a joué au théâtre, au cinéma et pour la télévision. Une longue carrière, de 1955 à 2018. Une centaine de films au cinéma. Deux Césars (en 1977 et en 1980), quelques tentatives de Molières ("juste" des nominations)… et un public qui n’a jamais cessé de l’aimer parce qu’il est resté le copain de service.

Il y a bien sûr ses nombreux rôles au théâtre, on pourra retenir l’excellente pièce de Jean-Claude Brisville mise en scène par Jean-Pierre Miquel, "Le Souper", à l’occasion du Bicentenaire de la Révolution (créée le 20 septembre 1989 au Théâtre Montparnasse à Paris), avec deux personnages principaux : Talleyrand, joué par Claude Rich, et Fouché, joué par Claude Brasseur. Exceptionnel dialogue historique entre les deux hommes d’État situé le 6 juillet 1815, une date charnière de la France postrévolutionnaire. C’est devenu aussi un film, l’adaptation fut réalisée par Édouard Molinaro en 1992 (la pièce fut jouée aussi en 2015 avec Niels Arestrup et Patrick Chesnais).

Mais Claude Brasseur a surtout été connu par le cinéma. Il a d’abord eu des "petits rôles", comme dans "Le Viager" de Pierre Tchernia (sorti le 2 février 1972) où il campait le rôle de l’héritier des Galipeau, devenu petit malfrat avec son complice Jean Richard. Son premier grand rôle fut pour "Les Seins de glace" de Georges Lautner (sorti le 28 août 1974), aux côtés de la divine Mireille Darc et Alain Delon.

Trois séries de films ont cependant établi sa notoriété et sa popularité.

Il y a eu "La Boum" de Claude Pinoteau (sorti le 17 décembre 1980) où Claude Brasseur partage avec Brigitte Fossey la dure vie de parents de l’adolescente Sophie Marceau. Un film culte, qui a propulsé la carrière de la toute jeune Marceau. Ce film a eu une suite "La Boum 2" (sorti le 8 décembre 1982).

_yartiBrasseurClaude01

Dans ces deux films, au-delà du père (et du mari), Claude Brasseur était un bon copain dans une bande de copains. Ce rôle lui allait à merveilles et cela avait fait l’excellence de deux films antérieurs réalisés par Yves Robert, "Un éléphant ça trompe énormément" (sorti le 22 septembre 1976) et sa suite "Nous irons tous au paradis" (sorti le 9 novembre 1977). Il était jusqu’à aujourd’hui le dernier survivant de cette bande de copains impayables : il y a Claude Brasseur, Jean Rochefort, Guy Bedos et Victor Lanoux. Claude Brasseur y est vendeur de voitures …et homosexuel, ce qui, à l’époque, était un thème assez novateur (années 70, celles de l’audace au cinéma).

On retrouve ces quatre compères dans "Le Bal des casse-pieds" toujours d’Yves Robert (sorti le 12 février 1992), dans d’autres situations et aux côtés de Miou-Miou, Jacques Villeret, Jean Carmet, Jean Yanne et Michel Piccoli

Enfin, troisième série de films, peut-être pas de la meilleure qualité mais néanmoins très populaires, qui ont redonné une nouvelle popularité à Claude Brasseur, pour une nouvelle génération d’admirateurs : "Camping" de Fabien Onteniente (trois numéros, sortis les 26 avril 2006, 21 juin 2010 et 29 juin 2016), le troisième "Camping" était son avant-dernière apparition au cinéma. Là, il joue le touriste de camping assez (beaucoup) beauf, Jacky Pic, recordman d’ancienneté, avec la petite troupe de campeurs récurrents : Mylène Demongeot (la femme de Jacky Pic), Franck Dubosc (le dragueur), Mathilde Seigner et Antoine Duléry, etc.

Pour compléter très succinctement le tableau, on peut bien sûr citer l’excellent film de Robin Davis "La guerre des polices" (sorti le 14 novembre 1979) où les commissaires Claude Brasseur et Claude Rich se font la guerre avec une Marlène Jobert entre les deux. Ce film a valu au Claude Brasseur son César du meilleur acteur. Malgré une fin qui est loin du "happy end"…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 décembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Michel Piccoli.
Robert Hossein.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiBrasseurClaude03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210615-claude-brasseur.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/05/31/38994179.html



 

Partager cet article
Repost0
28 mai 2021 5 28 /05 /mai /2021 03:46

« J’apprécie qu’un rôle m’apprenne plus que ce que je lui apporte. » (Isabelle Carré, novembre 2015).


_yartiCarreIsabelle01

L’actrice Isabelle Carré fête son 50e anniversaire ce vendredi 28 mai 2021. Elle est de la même génération que Marina Foïs et elles sont toutes les deux des actrices irremplaçables du cinéma français qu’il faut bien avouer que j’adore ! Isabelle Carré montre une personnalité contrastée : elle a tout le profil d’une véritable star, et "en même temps", elle semble être une femme ordinaire, manquant de confiance en elle, timide, sensible, au sourire gêné, bref, hyperémotive.

J’ai évoqué son émotivité : justement, Isabelle Carré a pensé que son émotivité serait domptée par son futur métier d’actrice, un peu comme le bégaiement de François Bayrou a été dompté par ses métiers demandant une bonne élocution : enseignant et homme politique. Cela montre à la fois courage et volonté.

Isabelle Carré a notamment suivi le cours Florent et l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre. Elle a commencé avec le "Dialogue des Carmélites" de Bernanos au théâtre à Lille et à Paris en 1987 et avec un petit rôle dans une comédie au cinéma, "Romuald et Juliette" de Coline Serreau (sorti le 22 mars 1989), avec Daniel Auteuil et Firmine Richard. Isabelle Carré est douée à la fois au cinéma et au théâtre. Elle a été déjà très largement récompensée pour ses nombreuses prestations ; elle a reçu le César de la meilleure actrice en 2003 (nommée quatre fois par ailleurs) et trois Molières au théâtre en 1999, en 2004 et en 2019.

J’ai découvert Isabelle Carré dans un film touchant, sorte de conte pour enfants, "Le Renard et l’Enfant" de Luc Jacquet (sorti le 28 novembre 2007), le réalisateur du film documentaire "La Marche de l’Empereur". Dans cette histoire qui reprend un des thèmes favoris du "Petit Prince" de Saint-Exupéry (comment apprivoiser un ami ?), elle n’y apparaît pas longtemps, du moins son image, mais sa voix domine tout ce film et montre aussi une autre qualité de l’actrice : sa capacité à lire.

_yartiCarreIsabelle02

Elle a ainsi enregistré de nombreux livres audio (Stefan Zweig, Colette, Boris Vian, etc.) et a fait des séances de lecture publique. Du reste, elle est devenue conteuse et même romancière, avec ses propres textes. Son premier roman "Les Rêveurs" sorti le 10 janvier 2018 (éd. Grasset) a été salué tant par la critique que par les lecteurs (elle a même obtenu le Grand prix RTL-Lire, et d’autres récompenses). Du Festival de Cannes, elle est passée au Salon du Livre de Paris (où elle a fait des lectures publiques). L’an dernier, elle a publié un autre roman "Du côté des Indiens" (éd. Grasset).

Romancière, elle a adopté un peu le look de la prof de français très sage, avec des lunettes très voyantes, mais elle n’a pas pour autant quitter ses rôles au cinéma ou au théâtre. Cela l’a changé de l’apparence de la petit fille timide au sourire un peu crispé qu’elle a pu montrer dans sa déjà longue carrière cinématographique (plus de trente ans).

_yartiCarreIsabelle03

Excellente actrice, elle l’est assurément quand elle est capable d’assurer des rôles très diversifiés, entre la jeune femme séduisante de "Quatre étoiles" de Christian Vincent (sorti le 3 mai 2006), avec José Garcia et Yvonne, la femme de De Gaulle (Lambert Wilson) dans le "De Gaulle" de Gabriel Le Bomin (sorti le 4 mars 2020), la jeune femme malade d’Alzheimer dans "Se souvenir des belles choses" de Zabou Breitman (sorti le 9 janvier 2002) et la capitaine de police dans "Des Vents contraires" de Jalil Lespert (sorti le 14 décembre 2011). Elle est, en outre, la mère d’une lycéenne (Joséphine Japy) dans la comédie dramatique  "Respire" de Mélanie Laurent (sorti le 12 novembre 2014).

Dans "La Femme défendue" de Philippe Harel (sorti le 13 mai 1997), Isabelle Carré a eu l’un de ses premiers grands rôles, où elle ne fait qu’apparaître devant la caméra durant tout le long-métrage, dans un jeu de séduction avec un homme marié (elle a obtenu pour ce film le Prix Romy-Schneider de l’espoir du cinéma français, un prix qui ne pouvait que combler l’admiratrice de Romy Schneider). Elle a fait partie des premiers rôles dans le décousu et loufoque film de Jean-Michel Ribes "Musée haut, musée bas" (sorti le 19 novembre 2008), aux côtés de Pierre Arditi (son mari), Michel Blanc, Gérard Jugnot, Laurent Gamelon, Julie Ferrier, Daniel Prévost, etc. Un autre de ses premiers rôles (elle n’a que 19 ans), ce fut pour "La Reine blanche" de Jean-Louo Hubert (sorti le 8 mai 1991), avec Catherine Deneuve, Richard Bohringer, Bernard Giraudeau et Jean Carmet.

Par ailleurs, Isabelle Carré a joué avec Jacques Villeret, Jacqiues Dufilho, Michel Serrault, Jacques Gamblin, André Dussolier, Suzanne Flon et Gisèle Casadesus dans "Les Enfants du marais" de Jean Becker (sorti le 3 mars 1999) ; avec Denis Podalydès, Karin Viard, Juliette Binoche, Benoît Magimel, Robin Renucci, Patrick Chesnais, Ludivine Sagnier et Michel Robin, dans "Les Enfants du siècle" de Diane Kurys (sorti le 22 septembre 1999) ; avec François Cluzet et Gérard Depardieu (entre autres) dans "Le Hussard sur le toit" de Jean-Paul Rappeneau (sorti le 20 septembre 1995) ; avec Samuel Le Bihan et Audrey Tautou dans "À la folie… pas du tout" de Laetitia Colombani (sorti le 27 mars 2002) ; et avec Valérie Bonneton et Didier Bourdon dans "Garde alternée" d’Alexandra Leclère (sorti le 10 décembre 2017) dans une comédie relativement "machiste". Elle a aussi joué avec Kristin Scott Thomas, Jean-Pierre Bacri et Claude Rich, dans "Cherchez Hortense" de Pascal Bonitzer (sorti le 5 septembre 2012).

Mine de rien, sa carrière est impressionnante de richesse et de diversité, et n’attend que d’être poursuivie pour le plus grand bonheur des cinéphiles. Très bon anniversaire !

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 mai 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Isabelle Carré.
Claude Piéplu.
Michael Lonsdale.
Jean-Pierre Bacri.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiCarreIsabelle04





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210528-isabelle-carre.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/cinquante-etoiles-pour-isabelle-233289

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/05/26/38987354.html








 

Partager cet article
Repost0
24 mai 2021 1 24 /05 /mai /2021 03:12

« Au loin déjà la mer s’est retirée
Mais dans tes yeux entrouverts
Deux petites vagues sont restées
Démons et merveilles
Vents et marées
Deux petites vagues pour me noyer. »
(Jacques Prévert, "Paroles", 1946)



_yartiPiepluClaudeA01

Il y a quinze ans, le 24 mai 2006, un comédien, un acteur que j’adorais, s’est éteint. Claude Piéplu, avec sa bonhomie un peu sentencieuse, sa diction insistante, son humour un peu british, son indignation souriante, venait d’avoir 83 ans (né le 9 mai 1923).

Grand acteur de cinéma (surtout des comédies qui ont fait les délices de la culture française), et encore plus grand acteur de théâtre (son vrai métier), Claude Piéplu était aussi une voix, une voix inimitable qui s’est immortalisée (un peu trop, à son goût) dans la narration de la célèbre série télévisée des Shadoks, de son compère Jacques Rouxel.

Ni cinéma ni Shadok pour cet article mais une rencontre au théâtre. La mémoire d’Internet ou les archives du Web n’ont pas su me renseigner sur la date exacte, mais je pense qu’il s’agissait de l’automne 1997. Alors que je terminais ma journée au bureau sur le coup de 19 heures, 19 heures 30, un collègue m’a informé qu’il y avait Claude Piéplu au Théâtre de Fontainebleau le soir même pour une lecture de Jacques Prévert.

Fontainebleau fêtait Jacques Prévert, qui a même dédié un poème sur le taureau de Rosa Bonheur devant L’Aigle noir de Fontainebleau, un hôtel (« Un peu plus loin tout autour/ Il y a la forêt/ Et un peu plus loin encore/ Joli corps/ Il y a encore la forêt/ Et le malheur/ Et tout à côté le bonheur/ Le bonheur avec les yeux cernés »).

Je pense qu’il s’agissait du 20e anniversaire de sa disparition (en 1977) mais il pouvait aussi s’agir du 100e anniversaire de sa naissance (en 2000), le seul indice, c’est qu’il ne faisait pas encore nuit quand je me suis rendu à ce théâtre municipal qui fait la réputation culturelle de la ville napoléonienne.

Je n’avais pas besoin qu’on me le répétât une seconde fois pour m’y rendre immédiatement. J’adorais Claude Piéplu et le voir, l’écouter sur une scène de théâtre était pour moi comme une magie venue du ciel. Certes, je pouvais toujours réserver une place au théâtre, puisqu’il devait régulièrement jouer, au moins dans des théâtres parisiens, mais réserver reste pour moi une véritable épreuve : généralement, il faut s’y prendre trois voire six mois en avance, et il faut bien avouer que je suis bien incapable de savoir où je serai à ce moment-là, trop lointain. Le principe des réservations est comme une prison du temps, qui empêche la liberté de mouvement.

Alors, ce soir-là, c’était une occasion unique, un émerveillement divin, même si Prévert était plutôt "bouffe-curés" : le théâtre était ouvert, l’entrée était même gratuite (j’aurais pu payer), et, comble d’incroyable, la salle était à peine à moitié remplie. J’ai pu me placer là où je souhaitais. Apparemment, cette représentation avait joui d’une trop faible publicité et personne n’était au courant.

Je crois que l’exercice s’appelait "Poésie sur Paroles". En clair, Claude Piéplu, avec sa verve, lisait des poèmes de Jacques Prévert issus de "Paroles", sorti il y a soixante-quinze ans maintenant. J’ai passé une soirée enchantée. Inoubliable !

Soyons bien clairs, je n’étais pas venu pour Jacques Prévert, mais bien pour Claude Piéplu, et pourtant, l’événement, faisant partie d’autres manifestations, concernait d’abord l’hommage à Jacques Prévert. J’ai même eu une certaine honte, car j’avais "appris" Jacques Prévert à l’école, et ce soir-là, je m’étais rendu compte que je n’avais, depuis, plus jamais rouvert un livre de Jacques Prévert.

C’est le risque de mettre un auteur au programme scolaire, le risque d’attendre très longtemps avant de le redécouvrir avec des yeux d’adulte, avec une maturité intellectuelle ou artistique qui donne une autre approche de l’auteur, beaucoup moins scolaire. Comme j’ai béni ma prof de philosophie de ne pas avoir mis Albert Camus au programme (qui sait ? Peut-être ne l’aurais-je pas découvert avec mes yeux de 20 ans, si en attente de ses mots ?).

Michel Houellebecq, qui déteste Prévert, quelques années après cette soirée (en 2005 chez Flammarion), n’hésitait pas à le couvrir de ridicule : « Jacques Prévert est quelqu’un dont on apprend des poèmes à l’école. Il en ressort qu’il aimait les fleurs, les oiseaux, les quartiers du vieux Paris, etc. L’amour lui paraissait s’épanouir dans une ambiance de liberté ; plus généralement, il était plutôt pour la liberté, portait une casquette et fumait des Gauloises (…). La forme est cohérente avec le fond (…). Si Prévert écrit, c’est qu’il a quelque chose à dire ; c’est tout à son honneur. Malheureusement, ce qu’il a à dire est d’une stupidité sans bornes ; on en a parfois la nausée. (…) Si Jacques Prévert est un mauvais poète, c’est avant tout parce que sa vision du monde est plate, superficielle et fausse. Elle était déjà fausse de son temps ; aujourd’hui, sa nullité apparaît avec éclat, à tel point que l’œuvre entière semble le développement d’un gigantesque cliché. ».

C’est son avis mais pas le mien. Ou alors, c’était peut-être le mien avant la rencontre avec Claude Piéplu à Fontainebleau. Bon, c’est vrai, Houellebecq est un provocateur et rien de mieux que prendre quelques icônes consensuelles et les frotter à la kalachnikov. Peut-être n’avait-il pas eu la chance d’écouter Piéplu dans sa lecture de Prévert ?

Parce qu’elle m’a ouvert d’autres horizons. Le ton exceptionnel m’a apporté une seconde vie à Prévert. J’ai immédiatement retrouvé des mots qui faisaient sens, des expressions, des jeux de mots aussi, légers mais si savoureux, que ce Prévert-là, peut-être celui d’une époque révolue, nostalgique des années 1950, représente sans doute plus le génie français que Houellebecq dont j’apprécie pourtant énormément les romans, plutôt tournés vers le futur, ou plutôt, vers le "no future". C’est sûr, la vision romanesque de Houellebecq n’est pas la même. Les deux sont pourtant nécessaires, même si pas compatibles.

Des exemples ?
"Vous allez voir ce que vous allez voir" :

« Une fille nue nage dans la mer
Un homme barbu marche sur l’eau
Où est la merveille des merveilles
Le miracle annoncé plus haut ? »

"L’inventaire" était bien entendu lu par Claude Piéplu, ce poème qui a donné l’expression du "catalogue à la Prévert" est à la fois très connu mais suffisamment insolite pour qu’on en soit toujours étonné, étonné d’un mot, d’une chose.

J'ai trouvé sur Internet cette description d'Edgar Davidian le 10 novembre 1997 : « Verbe plein d’humour et de tendresse, verbe à la verve franche, brutale, cocasse, satirique et humoristique. Prévert avec son accent populaire, sa générosité sans prétention philosophique (...) auquel Claude Piéplu prête, avec talent, voix et vie. (...) Avec une chaise et une table pour tout décor, avec quelques notes de piano égrenées comme intermède musical entre deux poèmes, Claude Piéplu a réussi la gageure de restituer l’esprit facétieux d’un Prévert idéaliste qui rêve de la joie de vivre pour tous... Et c’est ce rêve peut-être qui donne à ces vers les plus frais et les plus émouvants, un curieux accent de mélancolie... ».

Claude Piéplu aimait la littérature française, il aimait lire et il aimait Prévert. C’est pour cela qu’il s’est prêté au jeu, en dehors de tout commerce, simplement, très simplement, presque honteusement avec des places vides devant lui. D’ailleurs, je ne m’explique toujours pas ce théâtre si vide, était-ce le soir d’un match de football important ? Je ne vois pas autre chose pour rendre déserte l’une des cathédrales de la culture francilienne où officiait l’un de ses grands prêtres.

J’étais allé seul à ce "récital", et le collègue qui m’avait averti n’était finalement pas venu non plus. Peut-être était-il, comme d’autres, à un dîner en ville, ce que Prévert proposa comme "Tentative de description d’un dîner de têtes à Paris-France" :

« Ceux qui pieusement…
Ceux qui copieusement…
Ceux qui tricolorent…
Ceux qui inaugurent…
Ceux qui croient…
Ceux qui croient croire…
Ceux qui croa-croa…
Ceux qui ont des plumes…
Ceux qui grignotent…
Ceux qui andromaquent… »
etc.

Ah… Claude Piéplu, reviens !
Ta voix résonne aux entrailles de la culture française !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 mai 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jacques Prévert.
Claude Piéplu.
Michael Lonsdale.
Jean-Pierre Bacri.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiPiepluClaudeA03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210524-claude-pieplu.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/claude-pieplu-aimait-jacques-233271

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/05/23/38983676.html











 

Partager cet article
Repost0
24 mai 2021 1 24 /05 /mai /2021 01:39

« Ce doux mystique a travaillé avec les plus grands (Bunuel, Welles, Truffaut, Eustache, Spielberg…) sans cesser d’expérimenter, en s’aventurant dans l’avant-garde, en devenant même une sorte de parrain pour la nouvelle garde du cinéma français (Bruno Podalydès, Thierry Jousse, Sophie Fillières, Nicolas Klotz…). Jamais installé, Lonsdale. Toujours, il chemine, lentement, migre à travers les continents et les époques. À la fois pèlerin et mammouth. » (Jacques Morice, "Télérama", 2010).



_yartiLonsdaleMichael03

Quelle tristesse d’apprendre la mort de Michael Lonsdale, ce géant du cinéma et du théâtre, qui s’est éteint dans son sommeil à Paris ce lundi 21 septembre 2020 à l’âge de 89 ans (il est né le 24 mai 1931 à Paris). Selon le journal lyonnais "Le Progrès", le cardinal Philippe Barbarin (ancien archevêque de Lyon) était à ses côtés, à son chevet, la veille de sa mort. D’origine franco-britannique et irlandaise, Michael Lonsdale s’était converti au catholicisme en 1953 et a toujours montré un intérêt très fort pour la religion (ce qui lui a valu le rôle qui lui a donné la consécration de la profession).

C’est un peu commun de dire qu’un acteur dégage une forte présence dans une œuvre, puisque c’est justement le rôle de l’acteur d’être présent et de faire exister par lui une œuvre (théâtrale ou cinématographique). Ce l’est donc pour Michael Lonsdale mais en plus fort encore. Car dans ses plus de cent cinquante films auxquels il a participé, il n’a eu souvent que des rôles mineurs, ou, plus exactement, secondaires, mais sa présence justement n’en faisait plus des rôles mineurs : sa voix très grave, très rassurante, enfin, aussi rassurante qu’un médecin qui cherche à ménager son patient avant de confirmer un méchant diagnostic, était là pour rappeler sa présence. Le comédien chuchotait à ses débuts, parlait à voix trop basse.

Michael Lonsdale a été formé au cours d’art dramatique de Tania Balachova, il y avait Antoine Vitez, Jean-Louis Trintignant, etc. Au théâtre, il a joué dans une soixantaine de pièces de grands auteurs comme Samuel Beckett, Marguerite Duras, Friedrich Dürrenmatt, François Billetdoux, Eugène Ionesco, Georges Perec, Aimé Césaire, etc. Il aimait tellement le théâtre qu’il a créé en 1972 le Théâtre musical des Ulis (subventionné). Mais il n’a pas voulu entrer à la Comédie-Française, il voulait garder son indépendance et éviter les sentiers battus, créer de nouveaux personnages et de nouvelles pièces.

Au cinéma, Michael Lonsdale a joué avec les plus (ou moins) grands réalisateurs (en plus de la liste citée plus haut et ceux cités plus loin, rajoutons notamment Louis Malle, Jean-Pierre Mocky, Gérard Oury, Michel Deville, Yves Robert, René Clément, Gilles Grangier, Marcel Carné, Jean-Luc Godard, Jacques Rivette, Bertrand Blier, Milos Forman, Yves Boisset, Georges Lautner, etc.), dans des types de film très diversifiés, des rôles aussi très divers mais souvent inquiétants, lugubres, mystérieux, voire méchants, ou alors dans des rôles d’autorité (prêtre, policier, ministre, etc.). Aussi dans de nombreuses productions anglophones (puisqu’il était bilingue).

Dans les dernières années de sa vie, il arborait une barbe gris blanc avec des cheveux de même couleur, un peu à la manière de Panoramix ou d’un Père Noël (sans le déguisement), et pourtant, il n’était pas si éloigné, en look, de ses jeunes années. Des cheveux coiffés toujours de la même manière, une bouche très délicate qui laissait échapper l’esprit de finesse là où les yeux quasi-autoritaires imposaient une certaine soumission confortée par la voix. La corpulence aussi complétait l’esprit de terreur dont il pouvait se couvrir en cas de besoin.

_yartiLonsdaleMichael02

Oui, Michael Lonsdale faisait partie du cinéma français des belles années au même titre que de nombreux prodigieux acteurs comme Michel Bouquet, Jean-Pierre Marielle, Michel Aumont, Claude Piéplu, Jean Rochefort, Jean Bouise, Jacques François, Claude Rich, Michel Piccoli, etc. Il lui manqua sans doute quelques premiers rôles dans des grands films, mais cette frustration est très fréquente dans la profession, comme l’a confié Jean Piat pas mécontent d’avoir privilégié le théâtre sur le cinéma.

Dans "Hibernatus" d’Édouard Molinaro (sorti le 10 septembre 1970), Michael Lonsdale est le médecin expert en hibernation. Son ton posé en fait un médecin très crédible, et on aurait même pu l’imaginer sur les plateaux de télévision parler du covid-19 ces derniers mois. Il s’est bien entendu avec Louis de Funès qu’il qualifiait pourtant de "tyran" sur le plateau du tournage : « J’ai compris très vite qu’il fallait toujours improviser, ne pas chercher à caser ses répliques, car lui était incapable de dire une réplique normalement. (…) Moi, je jouais plutôt avec ce qu’il faisait, du coup, on s’est amusé, il était content que je sois à l’aise dans l’impro et m’a félicité. (…) Madame de Funès débarquait souvent sur les plateaux pour demander aux gens, mine de rien, leurs opinions politiques, histoire de vérifier qu’il n’y avait pas trop de communistes. (…) Quand elle m’a posé la question je lui ai répondu que j’étais d’extrême centre. Elle n’a pas compris l’astuce. » ("Les Inrocks" de juillet 2011).





Dans l’excellent film d’Alain Resnais "Stavisky" (sorti 15 mai 1974), retraçant la course folle d’un escroc qui fut l’un des grands scandales politiques de la Troisième République, Michael Lonsdale continue à jouer un médecin aux côtés de Jean-Paul Belmondo et d’Anny Duperey. Tandis qu’il est le méchant milliardaire Hugo Drax dans le James Bond "Moonraker" de Lewis Gilbert (sorti le 26 juin 1979), l’ennemi de Roger Moore.





Avec "Section spéciale" de Costa-Gavras (sorti le 23 avril 1975), le sujet abordé est très grave (la décision d’exécuter arbitrairement cinq innocents sous l’Occupation) et Michael Lonsdale est l’ignoble Ministre de l’Intérieur Pierre Pucheu (pas plus ignoble que le Ministre de la Justice magistralement joué par l’impressionnant Louis Seigner). Les magistrats dans ce film sont nombreux : Pierre Dux, Michel Galabru, Jacques François, Jean Bouise, Claude Piéplu, Jacques Perrin, Julien Guiomar, etc. Même période noire dans "Monsieur Klein" de Joseph Losey (sorti le 22 mai 1976) aux côtés d’Alain Delon et Jeanne Moreau.





Adapté du roman d’Umberto Eco, "Le Nom de la rose" de Jean-Jacques Annaud (sorti le 24 septembre 1986) met en scène Michael Lonsdale dans le rôle de l’abbé, aux côtés d’autres grands acteurs comme Sean Connery.





Dans "Ma vie est un enfer" de Josiane Balasko (sorti le 4 décembre 1991), il joue l’archange Gabriel aux côtés notamment de Daniel Auteuil.





Dans l’étonnant film de James Ivory "Les vestiges du jour" (sorti le 5 novembre 1993), Michael Lonsdale est Dupont d’Ivry et fait au nom de la France de la "diplomatie de château" avec d’autres représentants, britanniques, allemands et américains, alimentant une naïveté allant jusqu’à la surprise d’être face à des interlocuteurs américains et allemands très cyniques, l’idée restant d’éviter la Seconde Guerre mondiale.

L’un des rôles les plus troublants de Michael Lonsdale fut sans doute dans "Nelly et Monsieur Arnaud" de Claude Sautet (sorti le 18 octobre 1995), celui d’un maître chanteur doublé de lâche et "parasite", qui interrompt le duo entre Michel Serrault et Emmanuelle Béart.

_yartiLonsdaleMichael01

En jouant Frère Luc, l’un des moines de Tibhirine qui ont été kidnappés le 20 avril 1996 puis assassinés par des terroristes islamistes algériens, dans le film de Xavier Beauvois "Des hommes des dieux" (sorti le 8 septembre 2010), aux côtés de Lambert Wilson, Michael Lonsdale ne pouvait que s’épanouir dans un rôle qui lui tenait à cœur et qui lui a apporté son unique César (du meilleur acteur de second rôle) le 25 février 2011. Il expliquait en 2010 : « En France, on est étiqueté. Voyez mes rôles d’Église : curé de campagne, moine, prêtre révolutionnaire, évêque, cardinal, pape, j’ai tout fait. Y compris l’archange Gabriel (…). Je m’étais juré d’arrêter. Mais le film de Beauvois, c’était impossible de refuser. » ("Télérama").





Par ailleurs, Michael Lonsdale est aussi un artiste peintre reconnu et l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, dont un hommage à Charles Péguy sorti en 2014 ("Entre ciel et terre", éd. Cerf) : « Son œuvre est pour moi une forme d’apostolat. Le moi sentimental et le moi religieux y sont confondus. Il me touche car il a toute sa vie cherché l’unité intérieure, et que ce fut dans la confusion. Les paradoxes, les contradictions, les contrastes me le rendent encore plus attachant. (…) Son constat de désolation et de choses prdues est impressionnant. Prophétique même. Songez aux passages de "Eve" qui renvoient à la corruption : on ne peut les relire sans convenir de l’incroyable lucidité de Péguy. (…) Péguy aurait aimé Frère Luc à cause de l’espérance. Le Christ a accepté de souffrir la condition la plus horrible sur la terre, tant physiquement que moralement, par solidarité avec le monde des pauvres. Il a tout pris sur lui pour sauver le monde et éradiquer le péché ; c’est magnifique, cette histoire, non ? même s’il savait que la résurrection était au bout. Marie savait tout, elle aussi, mais ne disait rien. Enfin, c’est peut-être moi qui gamberge… » (La République des livres, 24 décembre 2014). Georges Bernanos est aussi un auteur que l’acteur appréciait beaucoup.

Ce modeste tour très parcellaire de Michael Lonsdale donne une petite idée de la très grande richesse et diversité de ses prestations tout au long d’une soixantaine d’années de carrière. Il n’a jamais caché sa foi, ce qui est plutôt rare au cinéma : « J’aime cette parole du Christ : "Si vous n’êtes pas comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume [des Cieux]". Les enfants jouent pour se construire, inventer, imaginer. Le jeu, c’est quelque chose de prodigieux. ». Grand ami de Marguerite Duras, metteur en scène d’un spectacle sur Sœur Emmanuelle, cet homme qui se disait lent mais qui était en fait un calme, serein, était un enfant joueur ; qu’il repose en paix !









Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Luc Bideau.
Bourvil.
Michael Lonsdale.
Claude Chabrol.
Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiLonsdaleMichael04



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210524-michael-lonsdale.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/05/15/38972146.html



 

Partager cet article
Repost0
24 mai 2021 1 24 /05 /mai /2021 01:37

« Il était un homme en colère dans un monde qui lui convenait rarement. Il râlait bien. » (Pierre Arditi, le 18 janvier 2021).



_yartiBacriJeanPierre06

Le râleur au grand cœur. Bougon le Magnifique… On pourra user de tout le panel du vocabulaire français pour évoquer celui qui vient de s’éteindre ce lundi 18 janvier 2021 d’une maladie toujours aussi cruelle, Jean-Pierre Bacri. Il avait l’âge de 69 ans (né le 24 mai 1951), toujours trop jeune pour mourir, une génération, la même, à quelques semaines près, que Marielle de Sarnez, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon pour ne citer qu’eux.

À côté de la tristesse, il y a cet hommage unanime. Et ce n’était peut-être pas si évident que cela. Jean-Pierre Bacri n’était pas parmi les "stars", ou plutôt, ne se prenait pas pour une star (alors que d’autres croient l’être mais ne le sont pas) et lui a toujours su émouvoir ceux qui l’ont vu et apprécié.

Il y a l’image de lui, plus jeune mais finalement "déjà vieux" (c’est terrible le cinéma, en fonction des rôles, il y a des jeunes déjà vieux, c’était le cas de l’épatant Bernard Blier aussi), le râleur, le mauvais caractère, mais finalement, avec le petit sourire pudique qui refuse de se montrer. Un côté très français, presque "gaulois" si cela voulait dire quelque chose seulement par le cliché. Ce n’est pas très étonnant, cet hommage, un anti-héros bien français, qui a un cœur gros comme ça et qui le cache sous des dehors revêches, un peu énervés, agacés, un peu ébouillantés… Une carapace qui permet d’émerveiller ceux qui découvrent l’intérieur.

_yartiBacriJeanPierre05

En somme, Jean-Pierre Bacri a montré des personnages auxquels on pouvait tellement s’identifier qu’il était une autre version du "Français moyen", peut-être la plus lucide, et pourtant, non, il n’était pas le représentant des "franchouillards", mais plutôt, ce terme revient systématiquement, de ces Français râleurs. On râle pour dire non et l’on fait oui. Le dernier exemple flagrant, c’est la vaccination contre le covid-19 : on est contre (on râle contre le vaccin, contre la précipitation) et puis, on râle contre le rythme trop lent de la vaccination (mais que fait le gouvernement ?). Jamais contents. Comme ces internautes voyageurs qui écrivent en commentaires sur Tripadvisor de leur séjour à l’étranger que décidément, dans ces hôtels, il y a trop d’étrangers ou qu’ils ne parlent même pas français !

La "râlerie", c’est un état d’esprit. Il n’est pas coordonné par la raison, il est juste coordonné par l’émotion. Cela fait du bien de râler. Grand sport national en France. On râle, c’est de l’hygiène mentale, quasiment.  L’ego est conforté par la "râlerie". On se rebelle à bon compte. Et l’on passe à autre chose. Il vaut mieux râler que faire la guerre. C’est sûr que les "nice", trop "very nice" américains peuvent agacer lorsqu’on sympathise avec des Américains. Parfois, le trop lisse est l’anti-lisse. La "râlerie", c’est l’aspérité, les petits grains de sel qui assaisonnent la fadeur, les petits grains de sable qui nécessitent un peu de lubrification. C’est sans doute cela que les Français ont apprécié chez Jean-Pierre Bacri, ce droit de râler, soutenu, protégé par un personnage devenu célèbre, et même célèbre pour ses "râleries".

Râler n’empêche pas d’entreprendre, c’est le grand message de Jean-Pierre Bacri. Il a su captiver des millions de spectateurs avec ses scénarios, avec son jeu d’acteur et même, de comédien. Une collaboration inédite au théâtre et au cinéma avec Agnès Jaoui, tant sur les textes, les scénarios, que sur le jeu d’acteur. Que dans la vie privée, aussi, puisqu’ils ont vécu ensemble plusieurs décennies.

_yartiBacriJeanPierre03

En regardant les images les plus récentes de Jean-Pierre Bacri, j’avais un petit pincement au cœur. Il n’était plus ce râleur, ce "jeune" râleur, mais plutôt une personne déjà âgée, burinée par le temps et sans doute déjà la maladie, qui sentait la chaleur humaine, le regard bienveillant, une sorte de bonté qui se dégageait. Comment avoir été "bon" et avoir cette réputation de râleur ? Sans doute, comme je l’ai écrit plus haut, une couverture, une carapace, un voile pudique pour garder au chaud sa chaleur humaine et ses sentiments cachés.

C’est le problème des acteurs et comédiens, le grand public les voit par les filtres déformés de leurs rôles qui, parfois, sont récurrents, tandis que leur vraie personnalité intérieure peut être très différente. Qu’importe, c’est ce qu’ils représentent qui l’emporte sur la réalité personnelle.

Jean-Pierre Bacri, "on l’aime bien" pourraient dire de nombreux compatriotes. C’est celui qui casse le consensus poli des hypocrisies sociales. Il est un acteur qui a fait beaucoup de seconds rôles au point de risquer d’y être cantonné, mais non, il a su aussi trouver les opportunités pour être dans les premiers rôles. Il aurait pu n’avoir que des fades succès d’estime de sa profession, comme souvent pour les non-héros (je pense notamment à Jean Bouise, Jacques François, Michel Robin, à plein d’autres), alors qu’en fait, il a été très encensé par la profession, et notamment pour les deux distinctions phares du cinéma et du théâtre.

_yartiBacriJeanPierre04

En fait, il a tout eu de ce qu’il a fait. Car ce n’était pas évident d’avoir un tel grand chelem, à savoir, être récompensé pour des talents très différents. Plusieurs vies en une seule. Au théâtre, il a été récompensé pour avoir écrit des pièces de théâtre avec le Molière de l’auteur en 1992 pour "Cuisine et Dépendances" (coécrit avec Agnès Jaoui), et il a aussi reçu le Molière du comédien en 2017 pour "Les Femmes savantes". Le théoricien et l’homme pratique, du théâtre. Auteur et acteur.

Au cinéma aussi, il a été récompensé pour ces deux talents très différents. Il a reçu quatre fois le César du meilleur scénario, en 1994 pour "Smoking, no smoking" (avec Agnès Jaoui), en 1997 pour "Un air de famille" (avec Agnès Jaoui et Cédric Klapisch), en 1998 pour "On connaît la chanson" (avec Agnès Jaoui) et en 2001 pour "Le Goût des autres" (avec Agnès Jaoui).

Et il a reçu le César du meilleur acteur dans un second rôle en 1998 pour "On connaît la chanson" (nommé pour la même distinction en 1986 pour "Subway"). Il ne lui a manqué que le César du meilleur acteur (dans un premier rôle) pour lequel il a été nommé six fois ! En 2000 pour "Kennedy et moi", en 2001 pour "Le Goût des autres", en 2004 pour "Les Sentiments", en 2013 pour "Cherchez Hortense", en 2016 pour "La Vie très privée de Monsieur Sim", et en 2018 pour "Le Sens de la fête". À ces (sept) nominations, il faut enfin ajouter une nomination pour un autre César du meilleur scénario, en 2006 pour "Comme une image" (toujours avec Agnès Jaoui).

Tiens, justement, ce film, "La Vie très privée de Monsieur Sim" de Michel Leclerc (sorti le 16 décembre 2015), dans lequel Jean-Pierre Bacri joue Monsieur Sim, aux côtés d’Isabelle Gélinas, Vimala Pons et Félix Moati notamment, fait penser que Jean-Pierre Bacri, bien que plus grand, pouvait faire penser, par sa "gueule" ("Elle est pas belle, ma gueule ?") à …Sim, justement, la version peut-être un peu plus "hargneuse" de Sim. (Bon, cela imagé, à la vie réelle, ce n’était pas la hargne qui guidait Bacri, plutôt le cœur).

_yartiBacriJeanPierre02

Quels sont les meilleurs films de/avec Bacri ? C’est difficile de tous les citer, de citer les comédies succulentes, ces chroniques sociales si vraies, si drôles, souvent accompagnées de Jean-Pierre Darroussin (l’un est râleur, l’autre est dépressif), comme "Cuisine et Dépendances" de Philippe Muyl (sorti le 7 avril 1993), "Un air de famille" de Cédric Klapisch (sorti le 6 novembre 1996), "Le Goût des autres" d’Agnès Jaoui (sorti le 1er mars 2000), "Le Sens de la fête" d’Éric Toledano et Olivier Nakache (sorti le 4 octobre 2017), etc. Son dernier film a été "Photo de famille" de Cécilia Rouaud (sorti le 5 septembre 2018), où il jouait un nouveau patriarche aux côtés de Vanessa Paradis, Camille Cottin, Pierre Deladonchamps (ses enfants dans le film) et Chantal Lauby (son ex-femme dans le film).

Terminer par Molière sur la scène. Jouer "Les Femmes savantes", la dernière pièce qu’il a jouée en 2016 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin à Paris (mise en scène de Catherine Hiegel), c’était une manière moderne de déclarer son amour aux femmes. Il expliquait qu’il y avait encore beaucoup de progrès à faire pour l’égalité entre l’homme et la femme, notamment dans l’égalité salariale.

Jean-Pierre Bacri voyait aussi dans cette pièce (créée le 11 mars 1672 au Palais-Royal) cette critique sociale contre les pédants de Molière, qui reste encore d’actualité selon lui : « Ils habitent la télé, on a l’impression que c’est leur appartement tellement on les voit. Il y a des milliards de Trissontin, de gens qui ont tout compris, qui savent tout mieux que tout le monde. Ce sont surtout les vedettes, les philosophes, les chroniqueurs qui ont la science infuse, contrairement aux autres qui n’ont rien compris. ». "Des milliards" pour seulement 7,8 milliards d’habitants sur la planète, c’est un peu exagéré, certes, mais on a pu le voir avec la pandémie de covid-19. Et puis, on est toujours un peu le Trissontin de quelqu’un, aujourd’hui, à l’époque des réseaux sociaux.

Mais laissons-lui le mot de la fin à propos de son penchant râleur, car pointait derrière le dramaturge et le comédien un grand philosophe : « Pour moi, l’être humain est hyperfaillible et vulnérable. Je trouve ça dégueulasse de faire croire aux gens que le monde est binaire. Les gentils d’un côté, les méchants de l’autre. Ça ne m’intéresse pas. Je cherche des personnages humains. Pour certains, quand on n’est pas en train de sourire tout le temps, on est rabat-joie. Eh bien, soit ! ». En fait, Jean-Pierre Bacri avait de très jolis sourires. Mais la vie a été un peu moins souriante.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 janvier 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiBacriJeanPierre01



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210524-jean-pierre-bacri.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/05/15/38972143.html



 

Partager cet article
Repost0
3 mai 2021 1 03 /05 /mai /2021 03:55

« Le rire, c’est de l’acupuncture. Si vous ne piquez pas au bon endroit, c’est raté. » (Gérard Jugnot, le 8 juin 2000).



_yartiJugnotGerard01

L’acteur et réalisateur français Gérard Jugnot fête son 70e anniversaire ce mardi 4 mai 2021. La plupart de ses amis du Splendid ont eu ou vont aussi avoir cet âge à quelques mois  près, et lorsqu’on regarde la carrière de Gérard Jugnot, on serait tenté de dire qu’il est un véritable monstre sacré du cinéma français. Sans doute pas de la même envergure qu’un autre Gérard, Depardieu, peut-être moins monstre sacré en acteur, mais peut-être plus puisque Gérard Jugnot a pris bien plus de risque en réalisant très tôt des longs-métrages, et même en les produisant.

Jugnot serait synonyme de bon Français rigolard et sympathique (qui tombe parfois dans la râlerie fâcheuse), mais ce serait plus à cause de son physique, surtout lorsqu’il portait la moustache au milieu d’une tête quasi-chauve et une vitalité qui peut faire passer du gentil plaisantin au méchant râleur (voir par exemple "Les Bronzés 3" de Patrice Leconte, sorti le 2 février 2006, qui n’a pas été son meilleur film malgré son succès en salles, ou pire, en collabo dans "Papy fait de la résistance" de Jean-Marie Poiré, sorti le 26 octobre 1983).

En fait, il ne joue pas seulement dans le burlesque, il peut être aussi très crédible dans le dramatique (par exemple, "Les Choristes" de Christophe Barratier, sorti le 17 mars 2004, ou encore, sa petite pépite personnelle : "Monsieur Batignole", sorti le 6 mars 2002). C’est la révélation d’un grand acteur, comme Coluche s’est révélé, hélas trop tardivement, dans "Tchao Pantin". D’autres ont évolué aussi dans le dramatique, par exemple Marina Foïs). Son compère Michel Blanc aussi a fait du dramatique et de la réalisation (du Splendid, Josiane Balasko également).

La carrière de Gérard Jugnit a commencé avec celle du Splendid, c’est-à-dire au début des années 1970. Le succès a été atteint très vite avec "Les Bronzés" (sorti le 22 novembre 1978) et "Les Bronzés font du ski" (sorti le 21 novembre 1979), réalisés par Patrice Leconte, ainsi que des pièces adaptées du café-théâtre, la pièce "culte" adaptée en film "Le Père Noël est une ordure" de Jean-Marie Poiré (sorti le 25 août 1982) et "Papy fait de la résistance". Dès le début des années 1980, ce fut donc la célébrité et surtout, la popularité.

On aime Jugnot justement parce qu’il n’est pas la star, il est le Français "moyen", celui à qui on peut ressembler, parfois avec la lâcheté qu’il doit jouer dans certains films. Il se plaît avec plusieurs casquettes, au cinéma (acteur et réalisateur) mais aussi au théâtre (comédien) où il prend un plaisir fou à rencontrer le public dans des salles parfois "provinciales". Il rencontre aussi son public au cinéma avec ses venues pour des avant-premières.

Parfois, on le voit dans des films moins grand public, où il y a une certaine moralité, pas forcément rose, celle, par exemple, que les inégalités sociales subsistent même après la mort (c’est terrible !), dans "Fantôme avec chauffeur" de Gérard Oury (sorti le 20 mars 1996), avec Philippe Noiret, Jean-Luc Bideau et Charlotte Kady, ou encore, plus récemment, sur les expulsions d’immigrés clandestins, dans "L’extraordinaire voyage du fakir" de Ken Scott (sorti le 30 mai 2018), avec Bérénice Béjo, Dhanush et Ben Miller. Il y a aussi des flops commerciaux, comme "Benoît Brisefer : Les Taxis rouges", adaptation d’une bande dessinée de Peyo, réalisée par Manuel Pradal (sorti le 17 décembre 2014), où Gérard Jugnot joue le rôle du chauffeur de taxi Jules Dussiflard, et Jean Reno celui d’Hector Poilonez, aux côtés d’Évelyne Buyle, Thierry Lhermitte et Hippolyte Girardot.

Tout au long de sa carrière, il aurait eu l’occasion de collectionner les récompenses, mais le cinéma trop populaire fait peur à la profession. Il a été nommé quatre fois aux Césars (en 1988, 1992, 1998, 2005), trois fois aux Molières (en 1998, 1999, 2003), mais il n’a jamais été lauréat… Jusqu’à cette année, in extremis, ce 12 mars 2021, à la 46e cérémonie des Césars (et première en période covid-19, en fait, seconde, mais celle du 28 février 2020 avait été tenue en grande insouciance alors que la pandémie flambait déjà en France ; ce qui flambait l’an dernier, c’étaient aussi les douze nominations pour le film de Roman Polanski en pleine polémique sexuelle).

Donc, lors de cette cérémonie présidée par Marina Foïs à l’Olympia (plus spacieuse que l’habituelle Salle Pleyel), l’Académie des arts et techniques du cinéma a innové en attribuant le premier César anniversaire à l’ensemble de la troupe du Splendid : Gérard Jugnot, Michel Blanc, Thierry Lhermitte, Christian Clavier, Marie-Anne Chazel, Josiane Balasko, aussi Bruno Moynot, pour le quarantième anniversaire de l’ouverture du café-théâtre Le Splendid Saint-Martin : « Avec ce César, nous les remercierons pour toutes ces années de rires, de répliques cultes, de dialogues savoureux. Le Splendid a influencé des générations entières d’artistes au cinéma, au théâtre, à la scène, dans le jeu et dans l’écriture. ». Et Thibault Lucia, des "Inrockuptibles", de conclure, le 15 février 2021, en faisant référence à l’abandon du César du public créé en 2018 : « Récompenser d’un César honorifique l’œuvre jalonnée de succès populaires de la troupe du Splendid prend de fait des allures de contrepoids diplomatique pour parer à tout soupçon d’élitisme. ».

Dans l’un de ses livres (voir plus bas), en 2018, Gérard Jugnot a donné son ressenti par rapport au travail d’équipe de la troupe du Splendid, finalement, le secret d’une réussite collective que bien des managers devraient étudier pour leur entreprise : « Nous nous sommes tant aimés, bien sûr, mais surtout, nous nous sommes tant marrés ! Il y avait un vrai bonheur à jouer ensemble, une connivence dans la connerie, mais avec respect et loyauté. Nous n’étions pas toujours d’accord sur tout, à vrai dire, cependant, nous éprouvions un total plaisir dans la moquerie, le ricanement et la dérision de tout ce qui nous entourait. Si, parfois, il a pu y avoir certaines frustrations ou non-dits, aucun de nous ne chercha à tirer la couverture à soi. ».

Le retour du Splendid avec "Les Bronzés 3", même si le film, en lui-même, est plutôt ennuyeux et sans trop d’intérêt, si ce n’est justement ce retour, après plusieurs décennies où chacun a "vécu sa vie" de manière autonome, est très rare. Il suffit de voir d’autres troupes dont la réunion à nouveau pourrait plaire, mais parfois la vie est ce qu’elle est. Citons quelques troupes qui, en ce qui me concerne, m’avait beaucoup plu : Les Inconnus, bien sûr, les Robins des bois, les Deschiens, aussi ceux qui ont joué dans la série télévisée mémorable "Fais pas ci, fais pas ça !", etc. On peut d’ailleurs comprendre que chaque acteur, sans rien renier à son passé, souhaite s’extirper du boum de lancement, ne plus être étiqueté ainsi, et avoir sa propre trajectoire au cinéma ou au théâtre. Pour "Les Bronzés 3", l’idée ne venait pas de faire un troisième opus, mais de ramener le Splendid dans une aventure d’Astérix (en Hispanie), projet qui a capoté parce que l’un des créateurs d’Astérix, Albert Uderzo, n’avait pas été averti et a finalement rejeté un tel projet.

J’avais évoqué plus haut Gérard Depardieu. Ces deux Gérard se sont croisés plusieurs fois. Gérard Jugnot avait un petit rôle dans "Les Valseuses" quand Gérard Depardieu était au premier rôle, et (entre autres), ils se sont retrouvés trente ans plus tard à la demande du réalisateur Jugnot dans une nouvelle version de "Boudu sauvé des eaux" ("Boudu" sorti le 9 mars 2005) : Gérard Depardieu est Boudu sur le point d’en finir avec la vie, Gérard Jugnot, un marchand d’art ruiné, celui qui le ranime à la vie et Catherine Frot, sa femme. Ce film, assez audacieux, a pu être fait après le double grand succès du comédien Jugnot avec "Les Choristes" et du réalisateur Jugnot avec "Monsieur Batignole" qui semble être le contrepoids de "Papy fait de la résistance" pour le personnage joué par Jugnot.

_yartiJugnotGerard02

L’humour, Gérard Jugnot ne le cultive pas seulement à l’oral, mais aussi à l’écrit. On peut en juger sur quelques "pièces" notamment avec son opus "C’est l’heure des contes" sorti le 4 novembre 2020 chez Flammarion. Quelques exemples…

Bigoudi : « En regardant de plus près, elle s’aperçut que, malheureusement, elle était coiffée comme un dessous-de-bras. ».

Grand méchant loup : « Et le bonhomme de répondre dans un grand sourire : "Je m’appelle Émile Louis. Montez, les enfants !" ».

Pudeur : « Enfin, bref, pour quelqu’un qui tentait de maintenir ses organes reproducteurs cachés sous son peignoir, il semblait très à l’aise. ».

Gazelle : « Elle eut le texte dire "ouf", ce qui ne l’empêcha pas de passer à la casserole, il la rassura avec un rire grassouillet : "Ne t’inquiète pas, c’est une casserole anti-adhésive, on ne s’attache pas". ».

Dans "Le Dictionnaire de ma vie", sorti le 17 octobre 2018 chez Kero, Gérard Jugnot montre un peu de compassion envers la classe politique en général : « Bien sûr, l’ego est surdimensionné et le pouvoir érotise, mais quel métier de chien ! Quel cuir il faut avoir pour supporter les tonnes de critiques et d’injures continuelles ! Et quelle santé ! ».

L’ingouvernabilité du peuple français : « La politique est un sale métier, mais il faut bien que quelqu’un s’en charge. Si vous avez déjà assisté à une réunion de copropriétaires, vous savez que notre pays est difficilement gouvernable. Tout le monde veut une déchetterie, à condition qu’on l’installe loin de chez soi. Chacun désire un lave-vaisselle, un lave-linge, la clim’, le confort électrique, tout en refusant dans le même temps le nucléaire. Comment contenter chacun et son contraire ? ».

Dans ce livre, il y a aussi quelques pépites à savourer lentement.

Les Césars et la caisse enregistreuse : « On peut faire un très bon film sans être le premier du box-office. C’est la force de notre cinéma où il est possible d’être le meilleur sans être forcément le premier, contrairement au cinéma américain, où seul le box-office vous donne raison. ».

Lucidité : « Un certain nombre de films auxquels j’ai participé furent des échecs. Ceux que j’ai réalisés n’ont pas toujours rencontré le succès espéré. Je ne suis pas le seul, aucun de mes camarades ou confrères n’a échappé à cette dure loi du bide. Dans ce métier, on fabrique des prototypes et, à l’exception de quelques suites d’immenses cartons, il n’y a pas de recettes. ».

Couleur transparent : « Avec mon physique passe-partout, je ne passe plus beaucoup inaperçu… Moi, le petit garçon timide qui faisait des clowneries pour qu’on le remarque, je passe ma vie à me faire discret quand je ne suis pas en représentation. (…) J’ai l’impression de vivre dans un village de soixante-six millions d’habitants. Le sentiment de ne pas exister fait place à l’observation de tous les instants. Même si je me suis un peu guéri de cette timidité, c’est assez particulier de ne pas pouvoir se gratter le nez en paix ! ».

"Les Choristes" : « Les gens ont toujours tendance à confondre les acteurs et leurs personnages. Exit le franchouillard, un peu teigneux, lâche et râleur ; place à saint Cément Mathieu. C’est tout juste si les admirateurs ne m’amenaient pas leurs enfants pour les faire bénir ! Ce film m’a permis de repartir, de rebondir. Dans des banlieues dites sensibles, j’ai pu remarquer par la suite que les jeunes connaissaient plus "Les Choristes" que "Les Bronzés". Ils s’étaient reconnus dans ces enfants délaissés qui découvrent le chemin de la liberté grâce à leur professeur, à ses méthodes d’enseignement et à la musique. Le fait d’avoir situé l’action dans un passé révolu fait des "Choristes" une œuvre intemporelle. C’est l’avantage du cinéma d’époque. Toutes les générations peuvent s’y retrouver. ».

Analogies musicales : « L’avantage, dans la comédie, c’est que l’acteur ne se prend pas pour ce qu’il joue. (…) L’acteur est aussi son propre instrument. Même si vous voulez tout jouer, vous le jouerez avec cet instrument : une contrebasse comme pouvait l’être Philippe Noiret ou une flûte comme Fabrice Luchini, un orchestre symphonique que peut être Gérard Depardieu ou un violon comme Sandrine Kiberlain. En débutant, certes, j’aurais aimé être Alain Delon ou Gérard Philippe, pour avoir les plus belles femmes du monde dans mes bras. J’ai très vite compris qu’il me fallait optimiser mes chances dans un autre registre, celui de la comédie. À défaut d’être admiré ou aimé d’emblée, j’ai tenté d’être aimable… ».

Sa devise : « Faire ce que l’on aime et aimer ce que l’on fait. ».

Son plus grand malheur serait : « L’ennui, la routine. Un avenir plat. Et sans amour ni humour. ».

Croiser une personne : « En marchant dans la rue, j’adore regarder une personne que je vais croiser. Ne soyons pas hypocrites, c’est souvent une femme. ».

Son sourire : « Dans la vie, le public ne supporte pas qu’un acteur de comédie n’arbore pas un grand sourire. Je me suis souvent fait engueuler parce que je ne souriais pas aux gens que je croisais. Ils oublient qu’on peut être malade, avoir un chagrin d’amour ou vivre un deuil. J’ai d’ailleurs toujours trouvé étrange qu’on désigne la plupart du temps un acteur de comédie comme le "comique" Machin ou Chose. ».

Son écologisme : « L’odeur du kérosène des tarmacs me transporte autant que les Airbus. ».

Sur Hitler : « Je me passionne (…) pour la grande histoire politique. Étudier l’ascension d’Hitler par les clauses humiliantes du Traité de Versailles en [1919], la crise économique, la peur du bolchevisme. Savoir que ce dictateur était myope comme une taupe et le voir sans lunettes sur quasiment toutes les photos en dit long sur la coquetterie des tyrans ! ».

Sur Sacha Guitry dans "Monsieur Batignole" : « Tout le monde n’avait pas la possibilité de faire carrière à Hollywood ou de vivre de ses rentes. Guitry était déjà une grande vedette avant-guerre, il avait fait de longues tournées en Europe et donc en Allemagne. Beaucoup d’acteurs et de réalisateurs ont d’ailleurs travaillé régulièrement avant 1940 dans des films tournés au sein des immenses studios de Babelsberg en Allemagne. ».

Le rapport avec son travail : « Comprendre les grands principes du monde et leurs détails parfois dérisoires fascine le scénariste ou l’acteur que je suis. ».

Son histoire dans ses histoires : « Souvent, mes personnages perdent l’élan vital et le courage de mener leur propre vie. (…) Je crois que j’ai fait des films de héros qui n’auraient pas dû l’être. Des "anti-héros héroïques" : Monsieur Personne qui devient Monsieur Quelqu’un. C’est un peu à l’instar de ma vie : un homme ordinaire qui a eu la chance de vivre des choses assez extraordinaires. ». Et aussi : « L’héroïsme m’a toujours intrigué. (…) Je crois vraiment que c’est la situation qui fait le héros. C’est la raison pour laquelle, dans mes films, j’ai toujours projeté des personnages ordinaires évoluant dans des situations extraordinaires. Cela me permet de m’identifier et d’essayer d’appréhender ce que j’aurais pu faire, moi, dans une autre vie, un autre contexte. ».

Bon anniversaire, monsieur Jugnot !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 mai 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Gérard Jugnot.
Catherine Frot.
Nicole Garcia.
Jean-François Balmer.
Bertrand Tavernier.
"Quai d’Orsay".
Liz Taylor.
Annie Girardot.
Fernandel.
Simone Signoret.
Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiJugnotGerard03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210504-gerard-jugnot.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/gerard-jugnot-un-homme-ordinaire-232745

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/30/38947411.html






 

Partager cet article
Repost0
1 mai 2021 6 01 /05 /mai /2021 03:56

« Être actrice, ce n’est pas être soi-même, c’est proposer quelque chose ! » (Catherine Frot, le 15 juillet 1999).



_yartiFrotCatherine01

Une actrice que j’apprécie beaucoup pour sa grande capacité à se fondre dans les personnages qu’on lui assigne, Catherine Frot fête son 65e anniversaire ce samedi 1er mai 2021, née soixante-quinze ans après le grand philosophe Pierre Teilhard de Chardin. Comme souvent avec les seuils d’âge, on peut s’étonner que l’actrice arrive déjà à l’âge de la retraite, l’âge d’avant 1981, alors qu’on espère sinon qu’on est persuadé qu’elle a encore beaucoup de rôles à jouer dans l’avenir. Tiens, je la verrais très bien jouer un jour le rôle de Ségolène Royal, avec cette petite émotion dans la voix qui en fait un être si sensible.

Je la voyais en Mademoiselle Jeanne (de chez Gaston), et la voici en Josiane Balasko ou même en Simone Signoret, en version modernisée. Voici une actrice autant qu’une comédienne, qui vit des rôles au cinéma autant qu’au théâtre dès l’âge de 20 ans. Et même dès l’âge de 10 ans si l’on s’en tient à ses souvenirs : très marquée par le clown Achille Zavatta, elle avait décidé d’incarner sa fille, Zavattine, une pure invention, et avec une copine de classe, elle a tenu une année à faire des petites représentations à la récréation, avec des histoires différentes, et chaque fois, déjà, le succès.

Son "heure de gloire" est venue à la fin des années 1990 avec "Un air de famille", une pièce coécrite par Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui, qui fut jouée d’abord au Théâtre de la Renaissance en 1994 dans une mise en scène de Stéphan Meldegg, puis au cinéma dans une adaptation de Cédric Klapisch (sortie le 6 novembre 1996), film qui a eu beaucoup de succès avec des acteurs qu’on retrouv(ait) souvent ensemble, Jean-Pierre Bacri, Wladimir Yordanoff, Jean-Pierre Darroussin, Agnès Jaoui, Catherine Frot, etc.

Le 20 janvier 2021, Catherine Frot, émue, avait plein de reconnaissance pour Jean-Pierre Bacri : « Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri ont inventé une nouvelle façon de raconter les histoires, un héritage si important qu’aujourd’hui encore, des troupes amateurs continuent de monter "Un air de famille". Je garde une admiration profonde pour le travail de ce couple unique, leur invention et leur imagination. Ils ont fait de nous un ensemble, un groupe, une compagnie. Pour moi, Jean-Pierre Bacri représente beaucoup car le rôle qu’il m’a offert a changé le cours de ma vie. Il a fait de moi une actrice populaire. (…) Jean-Pierre est parti bien trop jeune, la soixantaine n’est pas un âge pour mourir. » ("Paris Match", propos recueillis par Margaret Macdonald).

"Heure de gloire" est une expression faussée, car ce n’est pas de la "gloire" et l’heure dure toujours aujourd’hui. Elle a reçu une sorte de coup double avec cette histoire, un Molière de la comédienne dans un second rôle en 1995 et un César de la meilleure actrice dans un second rôle en 1997. Elle a tourné dans des dizaines de films dans les années 2000, puis s’est plus investie au théâtre dans les années 2010, avec notamment cette pièce de Samuel Beckett, "Oh ! les beaux jours" jouée au Théâtre de la Madeleine en 2012 (mise en scène de Marc Paquien).

Par la suite, elle a reçu encore un César de la meilleure actrice en 2016 pour "Marguerite" de Xavier Giannoli (sorti le 28 octobre 2015) et un Molière en 2016 pour la pièce "Fleur de cactus" (au Théâtre Antoine). À en juger par le nombre de nominations qu’elle a eues pour les Césars et les Molières (respectivement dix et cinq), on peut constater que Catherine Frot est une actrice très populaire qui s’insère très aisément dans les fictions françaises, souvent des comédies mais pas seulement, aussi des films dramatiques, des chroniques sociales plus généralement.

Parmi ses partenaires de jeu, metteurs en scène et réalisateurs, on peut citer Michel Piccoli, Peter Brook, Niels Arestrup, Michel Serrault, Anne Consigny au théâtre, Isabelle Huppert, Catherine Deneuve, Jacques Villeret, Albert Dupontel, Gérard Depardieu et Jules Sitruk au cinéma. Peter Brook (qui l’avait engagée pour "La Cerisaie") lui a fait un diagnostic personnel : « Vous jouez si vite, parce que vous devez être constamment attirée par la lenteur ! ». Ce qui l’a fait ralentir.

_yartiFrotCatherine02

À Pierre Murat de "Télérama", le 18 novembre 2015, Catherine Froit évoquait les rôles fréquents qu’elles prenaient au cinéma : « J’aimais l’innocence perpétuelle que [l’actrice italienne Giulietta Masina] opposait aux coups du sort. Il me semble, d‘ailleurs, avoir en moi un peu de son entrain, de sa vitalité, de sa foi en l’homme. Que ce soit dans "Un air de famille", dans "Odette Toulemonde" [d’Éric-Emmanuel Schmitt, sorti le 7 février 2007] et aujourd’hui dans "Marguerite" ou dans "Fleur de cactus", j’incarne des femmes petites qui ont la force de devenir grandes. (…) Avec Yolande [le personnage qu’elle incarnait dans "Un air de famille"], la grande difficulté était de ne pas sombrer dans la niaiserie. (…) J’étais dans le cliché de la bêtise. Et mon but (…) consistait, grâce aux merveilleuses répliques mises à ma disposition, à retourner les spectateurs comme des crêpes. À leur révéler, peu à peu, l’humanité de cette femme. ».

Dans le genre "gourde", Catherine Frot a aussi excellemment joué le rôle de Marlène Masseur, la maîtresse de Thierry Lhermitte, dans "Le dîner de cons" de Francis Veber (sorti le 15 avril 1998), et il ne faut pas oublier un autre grand rôle de Catherine Frot, Pierrette Dumortier dans "La Dilettante" (sorti le 7 juillet 1999), un film de Pascal Thomas qui l’a recrutée aussi pour une trilogie d’Agatha Christie commençant par "Mon petit doigt m’a dit" (sorti le 13 avril 2005), dans le rôle de Prudence Beresford.

Mais très éclectique, elle n’a pas joué toujours ce type de personnage. Par exemple, c’est elle qui a insisté auprès de Philippe de Broca pour qu’elle incarnât la méchante Folcoche dans une adaptation d’un roman d’Hervé Bazin, "Vipère au point" (sorti le 6 octobre 2004) : « Moi, j’avais envie d’être terrible. Jouer un monstre, quel plaisir ! Physiquement, je me suis inspirée de certaines photos de Sarah Bernhardt et j’ai visionné des tas de films muets pour retrouver le jeu expressionniste, exagéré, de certaines comédiennes. ».

Autre rôle curieux, Hortense Laborie, la cuisinière de l’Élysée dans "Les Saveurs du palais" de Christian Vincent (sorti le 19 septembre 2012), avec, dans le rôle de François Mitterrand le très majestueux Jean d’Ormesson.

La dernière pièce jouée par Catherine Frot est "La Carpe et le Lapin", qu’elle a coécrite avec Vincent Dedienne qui joue avec elle, pièce créée le 14 février 2020 au Théâtre d la Porte Saint-Martin qu’ils ont dû interrompre pour cause de pandémie de covid-19. C’était un défi un peu nouveau, et pour Catherine Frot, c’est essentiel : « Se renouveler… Je cherche à chaque fois un certain émerveillement. ». Elle disait aussi à Clara Géliot pour "Femina" le 9 février 2020 trois choses intéressantes. Sa notion de l’amour : « Ce sentiment développe à la fois les capacités de destruction et de sublimation qu’il faut connaître pour comprendre le monde et les autres. (…) L’amour est vaste, il ne s’agit pas seulement de trouver un amoureux, il faut aussi aimer les autres, savoir les écouter, les regarder et même s’en méfier. ». Les prix : « Ils m’ont fait très plaisir. (…) Maintenant que j’ai eu cette chance, je ne cours plus après les récompenses : mon but est de poursuivre mon petit bonhomme de chemin. ». Enfin, une grande liberté : « J’ai encore des désirs, je ne me sens pas vieille (…). Aujourd’hui, je jouis d’un certain confort financier et je me sens plus tranquille avec moi-même. ».

Oui, l’argent ne fait pas le bonheur, mais y contribue quand même. Elle n’est pas à la recherche sans arrêt de l’argent illustrant une vénalité capricieuse, mais elle fait partie des actrices les mieux rémunérées du cinéma français parce qu’elle est parmi les plus populaires (elle a fait plus d’un million d’entrées pour "Marguerite"). Trois jours après avoir reçu son César de la meilleure actrice, Catherine Frot confiait à Maxim Switek le 29 février 2016 sur Europe 1 : « La presse s’en empare souvent. C’est le coté pénible. Je paie énormément d’impôts. Ce n’est pas le truc le plus passionnant de ce métier. Il n’y a pas de fierté à cela, franchement. ». Car maintenant, elle est très "bankable" ; ses prestations dans un film varient entre 700 000 et 1 million d’euros : « J’en demande plus que certains autres bien entendu, parce que je sais que j’en rapporte. Il y a un échange qui est naturel. Mais ce n’est pas ce qui me passionne le plus dans mon métier, je ne joue pas en bourse ! ».

Catherine Frot revient donc de loin, elle dont le père la dévalorisait en la comparant à la carrière d’Isabelle Huppert et même d’Isabelle Adjani qui, dans une audition de "L’École des femmes" en 1973, l’a supplantée à ce concours pour entrer à la Comédie-Française…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Gérard Jugnot.
Catherine Frot.
Nicole Garcia.
Jean-François Balmer.
Bertrand Tavernier.
"Quai d’Orsay".
Liz Taylor.
Annie Girardot.
Fernandel.
Simone Signoret.
Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiFrotCatherine03



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210501-catherine-frot.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/un-air-de-catherine-frot-232744

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/27/38942700.html






 

Partager cet article
Repost0
24 avril 2021 6 24 /04 /avril /2021 03:11

« Nous voulions (…) faire obstacle à l’intrusion en France de la télé-poubelle. (…) Peut-on tout montrer à la télévision ? Comme deux Français sur trois, à TF1, nous répondons non. Une grande chaîne gratuite (…) a des règles éthiques et déontologiques à observer. » (Patrick Le Lay, président de TF1, tribune dans "Le Monde" du 11 mai 2001).



_yartiLoftStory01

Il y a vingt ans, la chaîne de télévision privée M6 a diffusé le premier épisode de la première émission de téléréalité sur une chaîne gratuite française, le 26 avril 2001. Son nom, jouant sur un jeu de mots pas vilain, "Loft Story". Le principe de l’émission : réunir dans un même appartement (avec jardin) une douzaine de jeunes gens (soi-disant) célibataires et …les regarder, ou plutôt, les mater, le mot est plus juste. Toutes les semaines, un participant était éliminé, et à la fin, un jeune homme et une jeune femme étaient proclamés vainqueurs. La dernière émission a été diffusée le 5 juillet 2001.

Dans son principe, il y avait une phase d’élimination qui était tellement peu "convenable" que la production a dû retourner l’idée en retournant la question. En effet, toutes les semaines, les candidats restants déterminaient qui étaient les deux candidats de sexe opposé qu’ils souhaitaient voir sortir du Loft (en somme, l’inverse d’une élection à l’Académie française !). Les deux désignés étaient ensuite départagés par un vote par SMS du public (payant, soit des recettes de 40 MF). Au départ, il s’agissait de voter pour éliminer un candidat, ensuite, comme l’idée du lynchage médiatique était gênante, il s’agissait de voter pour garder un candidat. Un psychologue était dans la boucle, très critiqué par ses confrères de se prêter à ce jeu surtout lucratif et peu respectueux de l’intimité des participants.

Sur la chaîne M6, deux émissions étaient diffusées pendant toute la période : une émission quotidienne avant 20 heures retraçant le résumé de la journée, et une émission hebdomadaire, le jeudi soir, soirée consacrée au Loft, aux éliminations, aux changements de règles le cas échéant, etc. Le prix de la publicité a quadruplé avec le passage de l’émission (275 000 francs les vingt secondes). Au-delà de ces émissions "gratuites", les fanas de l’émission pouvaient s’abonner à une chaîne du bouquet TPS (le canal 27) pour voir en direct, et 24 heures sur 24, la retransmission des vingt-six caméras du Loft (dont trois caméras à infrarouge), avec un très léger différé (pour couper éventuellement des passages inadéquats). Ils étaient 100 000 abonnés (soit 15 MF).

Les émissions diffusées sur M6 étaient présentées par un jeune animateur à l’ascendance prestigieuse, Benjamin Castaldi (31 ans), petit-fils de Simone Signoret (entre autres), aventure qui l’a fait connaître, et le producteur Endemol était représenté par Alexia Laroche-Joubert.

Autour de l’émission, il y a ensuite eu beaucoup de bien de consommations, disques, revues, etc. qui ont permis de rendre cette émission particulièrement rentable (le bénéfice a été évalué à 200 MF). L’une des questions les plus fréquentes portait sur la rémunération des candidats, M6 ne les considérant pas comme des "employés" mais seulement comme des candidats à un jeu télévisé (les montants pouvaient faire quelques envieux !).

"Loft Story" a connu très rapidement un énorme succès d’audience. M6 a détrôné le leader dans ce domaine, TF1. Ainsi, le 10 mai 2001, M6, avec "Loft Story", avait 39,9% de parts de marché en début de soirée, alors que TF1, avec "Julie Lescaut", seulement 32,4%, ciblant le même public.

Très vite, l’émission a pris des allures de plébiscite, ce qui pouvait expliquer la nervosité du patron de la principale chaîne concurrente, TF1, qui, dans une tribune dans le très institutionnel journal "Le Monde" du 11 mai 2001, s’en est pris à la "télévision poubelle" de M6. En fait, TF1 avait eu la proposition de faire cette émission elle-même et avait refusé et les deux chaînes TF1 et M6 s’étaient engagées à ne pas diffuser de telles émissions. M6 a répliqué en disant que TF1 préparait d’autres émissions de téléréalité (ce qui était vrai : "Koh-Lanta" a commencé le 4 août 2001 et "Star Academy" le 20 octobre 2001), mais Patrick Le Lay a insinué dans sa tribune que l’arrivée d’un nouveau actionnaire à M6 avait fait changer sa politique éditoriale, et qu’en tant que président de TPS (ancien bouquet numérique de la télévision par satellite), il avait été dupé par son directeur général issu justement d’un actionnaire de M6.

Était-il crédible dans le rôle du pleureur ? Pas sûr. Patrick Le Lay avait sans doute de belles raisons éthiques et déontologiques pour condamner la diffusion de "Loft Story", mais la réalité, c’était qu’elle prenait des parts de marché à ses propres programmes et qu’il s’en inquiétait pour sa propre chaîne. Il dénonçait aussi la promotion réalisée en sous-main sur Internet, à une époque pourtant encore assez "calme", sans réseaux sociaux pour amplifier les phénomènes de société.

En fait, il venait à la remorque d’un succès incontesté et TF1 rivalisa ensuite avec M6 pour faire ce qu’il appelait la plus lucrative "télé-poubelle" possible. Incontestablement, ce fut un succès d’audience, une audience tellement folle que l’émission est devenue, en elle-même, un phénomène de société, sur lequel ont bossé pléthore de sociologues et autres "étudiologues" ! L’émission a démarré le 26 avril 2001 avec "seulement" 5,2 millions de téléspectateurs (26,1% de parts de marché) et a terminé le 5 juillet 2001 avec 7,3 millions de téléspectateurs (49,6% de parts de marché), avec un pic d’audience à 23 heures 10 de 11,7 millions de téléspectateurs. Le record fut l’émission du 17 mai 2001 avec 7,7 millions de téléspectateurs.

Le téléspectateur type n’était pas le vieux pervers esseulé à la libido inachevée mais la mère de famille, friande de savoir ce que vivent ses adolescents. Le côté voyeur indéniable (il n’y a que cela dans l’émission) n’était pas du voyeurisme coupable et caché mais plutôt de la curiosité familiale pleinement assumée. Inutile de dire que le couplage parents/adolescents a renforcé évidemment la force de ce type d’émission devenu "le" sujet de conversation pendant ces dix semaines de diffusion.

Le pire, dans cette affaire, c’est que si la question était : que s’est-il passé aujourd’hui ? à part les potins du genre : untel est fâché avec unetelle, etc., il ne s’y passait strictement rien ! Au bout de deux minutes, c’était vite ennuyeux à regarder, et surtout, sans intérêt (un débat sur Arte ou France Culture peut être vite ennuyeux, mais des passionnés du sujet peuvent y trouver quand même un intérêt).

Non seulement le téléspectateur s’ennuyait, mais les participants aussi : vous enfermez douze jeunes dans un appartement et ils n’ont rien à faire. On sait bien que lorsqu’un employé n’a aucune tâche à faire, même s’il est payé, il le vit très mal. Cela ronge psychologiquement ; arriver le matin à son bureau sans savoir ce qu’on y ferait, parce que le placard est là, avec même un sentiment de culpabilité car payé à ne rien faire (ce genre de poste est bien sûr de plus en plus rare au fil des plans sociaux, des "plans de sauvegarde de l’emploi").

Résultat, dans le Loft, on y trouvait une sorte d’étonnante obéissance absolue à l’autorité suprême qui était ici la "production" (souvent appelée ainsi comme si c’était l’Être suprême). C’était la production qui décidait de quoi faire de la journée, de quelles activités toutes plus stupides les unes que les autres pour faire passer le temps. Il y avait donc une certaine analogie avec l’armée où chaque soldat doit se conformer aux règles collectives, aussi stupides soient-elles (et en fait, à l’armée, elles sont souvent moins stupides qu’on pourrait le croire). Cela donnait aussi une sorte d’uniformisation comportementale particulièrement angoissante : chacun avec sa petite valise au logo de l’émission qu’il devait arborer s’il était éliminé du jeu.

Ah, l’élimination ! Incroyable de s’opposer à la sélection dans les filières universitaires et d’applaudir ce type d’émission. J’avais évoqué récemment Thomas Pesquet et la sélection ultra difficile pour devenir astronaute, bien plus sévère que pour passer l’ENA ou l’X. Mais pour devenir participant à "Loft Story", il fallait une aussi sévère sélection ! En effet, 13 000 jeunes gens se sont portés candidats pour faire partie des seulement douze participants du jeu. Il a fallu trouver des critères de sélection, mais lesquelles ? Car dans le Loft, on n’y faisait rien, et la compétence pour ne rien faire, le mieux possible, ce n’est pas facile de l’évaluer.

C’est sans doute la différence que voulait montrer Patrick Le Lay : dans "Star Academy", on sélectionnait les meilleurs chanteurs. Il y avait un critère, savoir chanter, cela pouvait être plus ou moins objectif. Dans "Koh-Lanta", il faut savoir se débrouiller dans une île déserte, cela nécessite quelques compétences personnelles (celles des Castors juniors). Mais dans "Loft Story", rien, pas de talent demandé, pas de qualité souhaitée… Ce qui renforçait l’idée que l’objectif de cette émission, c’était effectivement de mater ces jeunes gens, avec des caméras jusque dans leurs douches et leurs lits !

En fait, le critère officiel de sélection des derniers présélectionnés pour participer à l’émission, évalué par des psychanalystes, c’est finalement le même que pour être choisi pour vivre six mois dans la station spatiale internationale (l’ISS) vers laquelle Thomas Pesquet et ses trois coéquipiers ont décollé ce vendredi 23 avril 2021 à 11 heures 49 (heure de Paris) : la capacité à résister à un enfermement de dix semaines…

Petit parallèle : tous les Français, et même, la plupart des habitants de cette planète ont effectué une ou plusieurs fois ce petit test d’enfermement de plusieurs semaines depuis plus d’un an, à cause de la pandémie de covid-19, un test qu’on a appelé confinement. D’une autre manière, on pourrait dire que la famille royale britannique est, elle aussi, enfermée dans une sorte de Loft Windsor géant où sont scrutés tous les faits et gestes des différents membres de la famille. Vivre dans un bocal n’est jamais aisé (dixit mon poisson rouge qui ne supporte pas la rotondité de sa taule).

Oui, l’accompagnement psychologique était une nécessité car aucun des participants, en entrant dans le Loft, ne savait à quel point il allait se transmuter en une sorte de "bête de foire". Car les participants étaient quasiment coupés du monde (mais pas autant que ces spéléologues qui font des expériences sous terre). C’est le principe d’être vu sans voir : on est connu sans connaître ceux qui voient. Cela s’appelle… notoriété, ou célébrité.

La célébrité, elle était d’abord associée à des personnes qui ont fait de belles choses, des exploits, de l’art, des actes courageux, etc. Puis, avec la télévision, les médias en général, la presse, certains ont trouvé le moyen de se rendre célèbres par des actes mauvais, des crimes, etc., même si cette motivation reste assez rare (heureusement). Avec "Loft Story", on devenait célèbre en ne faisant RIEN ! Rien de bien, rien de mal, juste rien ! Vivre comme ses rats de laboratoire qu’on observe méthodiquement. Sous cloche.

_yartiLoftStory03

Ainsi, la phase d’élimination était une montée collective d’adrénaline. D’abord, la désignation de la personne qui devait quitter le Loft, alors qu’il a noué des relations affectives, parfois amoureuses (ou sexuelles, l’épisode de la piscine a été à cet égard très révélateur d’une certaine obscénité de l’émission), engendrait un stress très important. Deux candidats devaient être départagés : les deux avaient donc fait leur valise et attendaient le "verdict" du public (au grand profit de la production qui se rémunérait sur les votes par SMS), et seulement l’un d’eux resterait. Ensuite, la phase des adieux, une phase de pleurs collectifs. Mais ces deux phases étaient prévisibles.

En revanche, la troisième phase n’était pas imaginée, du moins au début, pour les premières "éliminations", dans l’esprit des participants : une fois qu’ils étaient sortis du Loft, ils se sont retrouvés dehors comme des proies à une extrême notoriété. Des trophées de chasse. Oui, extrême notoriété. Quand vous avez 8 millions de gens qui, tous les jours, vous regardent vivre, discuter, vous laver, manger, faire votre lit, etc., vous avez une certaine célébrité, et il faut savoir l’assumer, la gérer. Or, psychologiquement, cela peut être très difficile de ne plus pouvoir faire ses courses sans être reconnu par des admirateurs, ou au contraire, par des gens qui vous détestent pour une raison ou une autre. Les sortants n’imaginaient pas entrer ainsi en pleine lumière du star-system.

Et pourtant, le principe du star-system, cette très forte notoriété était aussi une notoriété très furtive, très brève. Qui se souvient, vingt ans plus tard, des participants du "Loft Story" ? Deux seulement ont vu leur notoriété préservée.

Il y a d’abord Loana, qui fut la grande gagnante de cette émission (et la gagnante de la piscine, pour n’en dire pas plus), mais comment ne pas la décrire comme une "bête de foire", avec des soucis psychologiques tels que ces vingt dernières années ont été une lente chronique de la désespérance, avec de nombreuses tentatives de suicide, et tout dernièrement, le 22 février 2021, une hospitalisation dans un état très grave, proche de la mort par overdose de psychotropes. À l’évidence, Loana, qui s’est tellement transformée, a été plus une victime qu’une gagnante de cette célébrité.

Finalement, seul Steevy, le jeune gars branché et sympa, s’en est bien tiré. Il travaille dans l’audiovisuel, et par sa personnalité plaisante, il a un réel talent, devenu le protégé de Laurent Ruquier. Il a su utiliser à bon escient sa célébrité pour faire aboutir ses projets personnels, tout en ayant les pieds bien sur terre pour structurer ses activités.

_yartiLoftStory02

Et les autres ? Christophe, l’autre gagnant de l’émission ? Il est retombé aussi vite dans l’anonymat (probablement à son grand bonheur comme pour Julie). Kenza, la réfugiée irakienne, reconnaissable car elle avait participé à de très nombreuses émissions télévisées (avant même le Loft), mais sa notoriété est retombée aussi, tout comme celle de Laure qui s’occupe encore de quelques émissions ou revues, mais plutôt confidentielles. Jean-Édouard, qui ne reste qu’associé au mot piscine (non, je n’en dirai pas plus !), ce qui doit être plus une plaie qu’un tremplin (ou alors, un plongeoir). Et Kimy, et Fabrice, et Aziz, et… ? Pour l’anecdote, parmi les candidates qui ont rapidement abandonné, il y avait une certaine Delphine Castex, dont le patronyme est le même que celui du Premier Ministre, mais elle n’a rien à voir avec lui, même si tous les deux sont originaires du Gers.

Quand je dis que leur notoriété est retombée, c’est pour expliquer qu’elle ne les a pas beaucoup aidés, mais cela ne signifie pas qu’elle est inexistante, puisqu’il y a encore des téléspectateurs qui continuent à les reconnaître, et les tabloïds sont toujours preneurs d’infos croustillantes à leur sujet. Ainsi, Delphine Castex, qui n’est pourtant restée que deux semaines dans l’émission (la deuxième à quitter le Loft), elle raconte, vingt ans plus tard : « J’hallucine d’entendre encore : "Tu es Delphine du Loft ?" dans la rue ou au supermarché. Parfois, je dis que je suis son sosie et que je m’appelle Ginette. D’autres fois, je dis la vérité. Cela dépend des moments, si les personnes qui m’interpellent ont l’air un peu lourdes ou pas. ».

Benjamin Castaldi a animé le 8 avril 2021 sur C8 une émission spéciale pour "fêter" ce vingtième anniversaire (émission de narcissisme collectif, si je puis dire !). On pouvait y retrouver quelques rescapés de l’émission, avec quelques rides en plus (eh oui, les jeunes vieillissent, au bout de quelques décennies !), avec des allures d’anciens combattants.

Et finalement, oui, c’étaient des anciens combattants, un peu comme les premiers hommes qui sont allés dans l’Espace ou ceux qui ont marché sur la Lune, ils étaient les premiers cobayes de cette nouvelle version de la production télévisuelle française, celle qui se tourne vers son propre public jusqu’à l’avaler dans ses propres entrailles de programme. Depuis lors, il n’y a plus que cela dans la plupart des programmes de télévision, des émissions où "vous êtes le héros", c’est beaucoup moins cher que de payer un vrai acteur. En somme, des émissions low-cost.

Ces émissions se déclinent en mille domaines : gastronomie, immobilier, décoration, tatouage, chanson, danse, mariage, organisation du mariage, rencontres sur Internet, gîte d’hôtes, vétérinaire, adoption d’animaux, urgences à l’hôpital, excès de vitesse sur autoroute, etc. Et je crois qu’il y en avait même une sur le naturisme qui floutait toutefois les parties intimes (intérêt de l’émission paradoxal, donc, et plutôt limité !).

Mais les émissions que j’essayerai de suivre ces prochaines semaines, ce seront celles qui raconteront la vie dans un Loft bien particulier, à 400 kilomètres de là, mais en haut ! sur l’orbite géostationnaire, dans la station spatiale internationale. Comme lors de son précédent séjour, Thomas Pesquet fera régulièrement quelques émissions à la télévision et à la radio, en particulier sur France Inter, pour raconter sa vie à bord. Et là, incontestablement, ce sera très passionnant, car il ne va pas s’ennuyer, durant ses six prochains mois !…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Loft Story.
Abus d'autorité (1).
Abus d'autorité (2).
Maître Capello.

_yartiLoftStory04




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210426-loft-story.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/loft-story-phenomene-de-societe-ou-232525

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/22/38934107.html











 

Partager cet article
Repost0
22 avril 2021 4 22 /04 /avril /2021 03:03

« Être réalisatrice, c’est courir un marathon. Redevenir actrice, c’est moins stressant. » (Nicole Garcia, le 5 septembre 2002).




_yartiGarciaNicole01

L’actrice et réalisatrice Nicole Garcia fête son 75e anniversaire ce jeudi 22 avril 2021, quatre jours après son collègue Jean-François Balmer (qui, lui, n’a jamais voulu être réalisateur, trop compliqué, pas son truc). Nicole Garcia, je l’ai découverte dans un film particulièrement glauque (néanmoins excellent) de Michel Melville, "Péril en la demeure" (sorti le 13 février 1985). Éblouissante et mystérieuse, elle était au centre des personnages, la femme de Michel Piccoli, la maîtresse de Christophe Malavoy, avec également la fascinante Anémone et l’inquiétant Richard Bohringer (que j’ai découvert aussi à cette occasion). Son visage assez anguleux, son regard profond, sa diction parfaite en ont fait une actrice essentielle du cinéma français.

Cela faisait pourtant déjà une dizaine d’années qu’elle était au cinéma. Nicole Garcia a multiplié les premiers rôles à la fin des années 1970 et durant les années 1980. Elle a même cumulé les nominations aux Césars. Elle a été lauréate une fois (pour "Le Cavaleur" en 1980), et nommée quatorze fois au total, avec des motifs très différents : meilleure actrice dans un second rôle, meilleure actrice, meilleur premier film, meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario original, meilleure adaptation…

Car au-delà d’être actrice au cinéma (dans une soixantaine de films), à la télévision (une trentaine de fictions, dont plusieurs épisodes de "Capitaine Marleau") et comédienne au théâtre (elle a joué dans plus d’une vingtaine de pièces), elle est depuis 1990 une réalisatrice de longs-métrages (neuf à ce jour, le dernier "Amants" a été projeté à la Mostra de Venise le 3 septembre 2020 mais n’a pas encore pu sortir à cause de la pandémie de covid-19). Elle est ainsi la seule artiste à avoir été nommée aux Césars pour sept motifs différents.

L’un des premiers films où elle a tourné fut d’ailleurs pour se faire houspiller par Louis de Funès dans le troisième opus du Gendarme de Saint-Tropez ("Le Gendarme se marie" de Jean Girault, sorti le 30 octobre 1968), le rôle d’une jeune délurée sur son coupé en excès de vitesse qu’on aurait jamais imaginée, une trentaine ou quarantaine d’années plus tard, en réalisatrice talentueuse et respectée par toute la profession. Un peu plus tard, elle a participé au film "Que la fête commence…" de Bertrand Tavernier (sorti le 23 mars 1975), un rôle mineur dans une grande fresque historique avec le sacré trio Philippe Noiret, Jean-Pierre Marielle et Jean Rochefort qu’elle a aimé et avec qui elle a eu un enfant.

_yartiGarciaNicole02

Nicole Garcia est ensuite l’amie d’enfance de Jean-Paul Belmondo dans "Le Corps de mon ennemi" d’Henri Verneuil (sorti le 13 octobre 1976), avec Bernard Blier et Marie-France Pisier ; la femme d’un journaliste torturé en Algérie dans un film très politique, "La Question" de Laurent Heynemann (sorti le 4 mai 1977), film interdit aux moins de 18 ans. Elle prend encore un des principaux rôles dans "Le Cavaleur" de Philippe de Broca (sorti le 17 janvier 1979), autour de Jean Rochefort et Annie Girardot ; un autre premier rôle dans "Mon oncle d’Amérique" d’Alain Resnais (sorti le 21 mai 1980) avec Roger Pierre, Gérard Depardieu, Pierre Arditi, Marie Dubois, etc., un film majeur reprenant les travaux scientifiques du professeur Henri Laborit sur le comportement des animaux et des humains. 

Premier rôle également dans "Les Uns et les Autres" de Claude Lelouch (sorti le 27 mai 1981), une violoniste tombant amoureuse de son chef d’orchestre Robert Hossein, tous les deux ensuite déportés vers les camps d’extermination, avec Geraldine Chaplin, Macha Méril, Évelyne Bouix, Fanny Ardant, Jacques Villeret, etc. Dans "L’Honneur d’un capitaine" de Pierre Schoendoerffer (sorti le 29 décembre 1982), traitant de la guerre d’Algérie et d’un sujet difficile, la responsabilité de certains militaires dans des massacres de populations civiles, elle est la veuve d’un capitaine, Jacques Perrin, accusé à la télévision d’exactions. Elle intente alors un procès en diffamation, est défendue par deux avocats Georges Wilson et Claude Jade. Charles Denner est l’avocat de la défense.

Dans "Garçon !" de Claude Sautet (sorti le 9 novembre 1983), Nicole Garcia est l’amoureuse d’Yves Montand, avec Jacques Villeret (l’ami et collègue d’Yves Montand), Rosy Varte (l’ex-femme d’Yves Montand), Bernard Fresson (le patron), Marie Dubois (la femme de Jacques Villeret), Hubert Deschamps, Clémentine Célarié (la collègue de Nicole Garcia), etc. Possible mise en abîme dans "Le Petite Lili" de Claude Miller (sorti le 2003) où Nicole Garcia est une actrice très connue, Jean-Pierre Marielle son frère, avec Bernard Giraudeau réalisateur, Ludivine Sagnier future femme de précédent, et Julie Depardieu.

Un peu plus tard, Nicole Garcia a tenu quelques rôles moins importants, parfois dans des films un peu décevants. Ainsi, dans "Papa ou Maman 2" de Martin Bourboulon (sorti le 7 décembre 2016), elle joue la mère de Marina Foïs qui est divorcée et qui habite en face de son ancien mari (c’est plus commode pour la garde des enfants), passant son temps à épier les allers et venues de des nouvelles conquêtes féminines.

Comme je l’ai indiqué plus haut, Nicole Garcia est également réalisatrice et ses films, peu nombreux, ont le mérite d’une part, d’aborder des sujets intéressants de manière originale, et d’autre part, elle n’hésite pas, le cas échéant, à faire jouer des acteurs moins connus (parfois leur premier rôle) dont seul le personnage compte (c’est le problème des acteurs trop connus dont certains, grands, sont quand même de ses films). Son modèle ? L’acteur et le réalisateur américain Clint Eastwood, a-t-elle affirmé à Michel Palmiéri le 26 août 2002 pour "Elle".

Dans "Un week-end sur deux" (sorti le 29 août 1990), Nicole Garcia revisite le divorce en mettant Nathalie Baye dans la peau d’une mère qui cherche à reprendre contact avec ses enfants. Dans "Le Fils préféré" (sorti le 21 décembre 1994), Nicole Garcia met en scène une fratrie (Gérard Lanvin, Bernard Giraudeau et Jean-Marc Barr) dans une sinistre affaire d’endettement et d’assurance-vie. Son film "Place Vendôme" (sorti le 7 octobre 1998), évoque le deuil, l’endettement et l’alcoolisme dans une drôle d’histoire avec Catherine Deneuve, Jean-Pierre Bacri, Emmanuelle Seigner, Jacques Dutronc, François Berléand et Bernard Fresson. "Mal de pierres" (sorti le 19 octobre 2016), adaptation d’un roman italien éponyme, qui évoque la quête d’amour, avec Marion Cotillard (« époustouflante » selon "Le Parisien") et Louis Garrel, a été nommé huit fois aux Césars de 2017, sans toutefois en recevoir un seul à la fin.

_yartiGarciaNicole03

Interrogée par Arnaud Laporte sur France Culture le 4 juin 2020 sur la crise sanitaire, Nicole Garcia, qui pensait à l’époque revenir sur les planches (au Théâtre de la Ville) dès novembre 2020 (« je veux croire (…) à la pleine jauge ! »), montrait une certaine inquiétude : « C’est vrai qu’il y a de l’imperfection dans le monde, et que tout était en place pour que cette imperfection continue (…), les enjeux auxquels nous sommes confrontés étaient déjà là : la crise écologique, la réduction du bonheur à la consommation ou les crises géopolitiques. (…) On a joué la partie aussi loin que possible, mais ça, on le savait avant. Je signale l’autre effet délétère du covid, c’est la culpabilité qu’on cherche à nous imposer. ». Sans préciser qui était le "on".

Comment elle a vécu le premier confinement : « J’ai essayé d’entretenir une certaine stabilité, je n’ose pas dire une sagesse, en travaillant une forme d’identité dans toute cette période. (…) Je ne comprends pas tout à fait l’idée du monde d’après. (…) On a l’impression que le brouillard s’est déchiré (…). Quand le confinement a été décrété, je n’ai pas bougé, je suis restée immobile chez moi à Paris, et je ne voulais pas être autrement inquiète que je ne l’étais déjà. (…) Et justement, quand je dis que le brouillard s’est dissipé et qu’on a retrouvé le monde de la culture complètement effondré, qu’il l’est vraiment, et qu’il faut le reconstruire, c’est une raison d’avoir peur ou d’être inquiet. C’est vrai que ces métiers, ces projets et toutes ces représentations à venir sont menacés. ».

Son rapport au temps : « Peut-être que ça a été la seule jouissance dans tout ce qui nous a malmenés : le fait d’avoir un temps à soi, un temps devant soi. Je me levais, je n’avais rien à faire, c’était un vertige, parfois anxiogène, parfois délicieux, mais c’était comme un temps hors de toute fonction. ».

Et d’évoquer le déconfinement de mai 2020, qu’on retrouvera probablement aussi en mai 2021 : « Si je dis malmené, c’est que j’ai rencontré beaucoup de gens qui ont vécu plus difficilement le déconfinement qu’ils n’ont vécu le confinement. J’ai l’impression qu’on nous a jetés dans un nouveau temps, un nouveau rythme. C’est un peu comme dans "Les Temps modernes" de Chaplin, c’est comme si la machine s’emballait et que nous ne puissions fixer le rythme. On nous met effectivement dans des arythmies, un temps arrêté, une vie arrêtée, une vie qui reprend, et je crois que c’est tout ça qui est assez bouleversant en ce moment dans la vie des gens. ».

Et hélas, cela fait plus d’un an que ça dure…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Nicole Garcia.
Jean-François Balmer.
Bertrand Tavernier.
"Quai d’Orsay".
Liz Taylor.
Annie Girardot.
Fernandel.
Simone Signoret.
Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiGarciaNicole04




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210422-nicole-garcia.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/nicole-garcia-respectee-et-232458

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/19/38930015.html





 

Partager cet article
Repost0
18 avril 2021 7 18 /04 /avril /2021 03:00

« Les gens sont très gentils avec moi, j’en suis bien conscient. Je n’en sais pas exactement les raisons. » (Jean-François Balmer, 2015).


_yartiBalmerJeanFrancois01

L’acteur franco-suisse Jean-François Balmer fête son 75e anniversaire ce dimanche 18 avril 2021 (quatre jours avant une grande actrice). Une silhouette majestueuse, les yeux bienveillants, la bouche toujours en sourire, la sympathie et la complicité en bandoulière, il fait partie des acteurs que j’apprécie beaucoup. Il n’est pas tombé dans le star-system, reste un petit artisan de la comédie, même si son CV est impressionnant et pourrait être celui d’un gros industriel : plus de soixante-dix films au cinéma, une cinquantaine à la télévision, aussi une série policière "Le Boulevard du Palais", et une quarantaine de pièces ou de lectures au théâtre.

Suisse originaire de Neuchâtel où il a suivi des études de commerce, il a fait un séjour à Londres pour l’anglais puis a commencé à se consacrer au théâtre en apprenant le métier au conservatoire d’arts dramatique de Genève puis de Paris, ainsi qu’au cours Florent. Fasciné par Jean-Paul Belmondo, il s’est retrouvé au début des années 1970 aux côtés d’Isabelle Adjani, Jacques Weber, Jacques Villeret, Daniel Mesguich et Francis Huster.

Son premier rôle au théâtre fut en 1973 pour "Les Fourberies de Scapin" mises en scène par Jacques Weber, au théâtre de Reims, et au cinéma, la même année, dans le film "R.A.S. " d’Yves Boisset (sorti le 11 août 1973) sur un sujet ultrasensible, la torture pendant la guerre d’Algérie, avec Jacques Weber, Jacques Spiesser, Jacques Villeret, Roland Blanche, Jean-Pierre Castaldi, etc. Pour la plupart de ces acteurs, peu connus avant la sortie du film qui fut un succès, ce fut ce film qui a fait décoller leur carrière au cinéma. Jean-François Balmer a été un second choix pour son personnage puisqu’à l’origine, Yves Boisset avait d’abord songé à Gérard Depardieu, lui non plus pas encore très connu. À la télévision, c’est dès l’année suivante, en 1974, que Jean-François Balmer a démarré dans un petit rôle (celui du cavalier) dans un feuilleton en treize épisodes "Gil Blas de Santillane", réalisé par Jean-Roger Cadet et diffusé du 2 au 25 avril 1974 sur (la future) FR3. Depuis ainsi un demi-siècle, Jean-François Balmer continue à jouer, sur les planches ou pour le grand écran.

Il n’a jamais été réellement récompensé par sa profession, même s’il a été nommé quatre fois aux Césars du meilleur acteur de second rôle et aux Molières du meilleur comédien. En revanche, la France a su reconnaître son mérite, parmi ceux qui, venant de l’étranger, viennent apporter leurs talents et contribuent ainsi au rayonnement culturel de la France, avec une Légion d’honneur et les insignes de commandeur des Arts et des Lettres.

_yartiBalmerJeanFrancois02

Dans la plupart des films, Jean-François Balmer joue des personnages (plus ou moins) secondaires, si souvent qu’il devient un familier du cinéma français, souvent inspecteur de police : un étudiant qui témoigne dans "Peur sur la ville" d’Henri Verneuil (sorti le 9 avril 1975) aux côtés de "sa star" Jean-Paul Belmondo, de Charles Denner et Rosy Varte ; le policier qui piste Yves Montand dans l’excellent film d’Alain Corneau "La Menace" (sorti le 28 septembre 1977), ce qui a valu sa nomination aux Césars ; un autre flic dans "Flic ou Voyou" de Georges Lautner (sorti le 28 mars 1979) avec Jean-Paul Bemondo ; l’un des rôles principaux avec Catherine Deneuve et Philippe Noiret (le mari de celle-ci), dans "L’Africain" de Philippe de Broca (sorti le 2 mars 1983) ; le mari trompé (Charles Bovary) dans le fameux "Madame Bovary" de Claude Chabrol (sorti le 3 avril 1991), avec Isabelle Huppert et Christophe Malavoy ; le chirurgien ami de Philippe Noiret dans "Les Ripoux 3" de Claude Zidi (sorti le 10 décembre 2003) avec Thierry Lhermitte, Lorant Deutsch, Bernadette Lafont et Jean-Luc Bideau ; le gouverneur Cooper dans "Lucky Luke" de James Huth (sorti le 21 octobre 2009), avec Jean Dujardin, Sylvie Testud, Michaël Youn, Daniel Prévost et Alexandra Lamy, etc.

Mais peut-être que la notoriété actuelle de Jean-François Balmer, il la doit surtout à sa participation pendant une vingtaine d’années à la série policière "Boulevard du Palais" diffusée du 26 février 1999 au 28 juin 2017 sur France 2, où  il joue le rôle de l’inspecteur de police (le commandant Rovère) aux côtés de la juge d’instruction jouée par Anne Richard. Cette série a été inspirée d’un roman de Thierry Jonquet ("Les Orpailleurs"). Remarque de l’acteur : « Si le commandant Rovère de la série est devenu si populaire, c’est parce que je l’ai créé comme j’en avais envie. Je changeais les textes et personne n’osait rien me dire, c’était marrant. ».





Jean-François Balmer a joué aussi dans beaucoup de téléfilms. Il est un censeur triste (voir illustration plus haut) dans "Le Censeur du lycée d’Épinal" de Marc Rivière (diffusé le 17 février 1997) avec Patrick Chesnais, Sylvie Joly et Anne Roumanoff ; Sacha Guitry dans "L’Affaire Sacha Guitry" de Fabrice Cazeneuve (diffusé le 24 juillet 2007 sur France 3) ; Malesherbes dans "Chateaubriand" de Pierre Aknine (diffusé le 28 avril 2010 sur France 2) avec Frédéric Diefenthal, Armelle Deutsch, Daniel Mesguich, Aurélia Petit, Annelise Hesme, Anne Richard, etc.

Parmi les téléfilms où Jean-François Balmer tient le premier rôle, une "fresque" historique, "Mort d’un Président" de Pierre Aknine (diffusé le 12 avril 2011 sur France 3), où il joue le rôle de Georges Pompidou, taraudé par la maladie et vaincu par elle alors qu’il était en pleine puissance. C’est le genre de téléfilm difficile à réussir, tant les acteurs peuvent avoir du mal à jouer des personnages politiques  très connus et encore récents (en l’occurrence, Jacques Chirac, Marie-France Garaud, Édouard Balladur, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chaban-Delmas, etc.).





Néanmoins, Balmer est assez crédible en chef d’État. Il avait déjà joué le rôle d’un roi, Louis XVI, au cinéma dans le long film (six heures !) "La Révolution française" de Robert Enrico et Richard Heffron (sorti le 25 octobre 1989). aux côtés de François Cluzet, Jane Seymour, Peter Ustinov, Claudia Cardinale, Michel Duchaussoy, Jean Bouise, Christopher Lee, Dominique Pinon et Michel Galabru. Parmi les rôles qu’il a joués au théâtre, il y a aussi un chef d’État, Henri IV, dans la pièce de Daniel Colas "Henri IV, le bien-aimé", mise en scène par l’auteur, au Théâtre des Mathurins et en tournée en 2010-2012, une pièce qui a été nommée cinq fois aux Molières.

_yartiBalmerJeanFrancois03

C’est d’ailleurs amusant de savoir comment le comédien s’était préparé à cette pièce sur Henri IV : « On lit des bouquins (…). J’ai lu notre camarade François Bayrou, qui a écrit quelque chose d’intéressant sur Navarre. J’aime la période de documentation et de recherche. ». Le personnage : « Son interprétation nécessite un jeu varié et chatoyant. Le fait est qu’on sait ce qu’il a dit et comment il l’a dit. ».





C’est au théâtre qu’il s’éclate sans doute le plus. Parmi d’autres spectacles sur scène, deux lectures, mises en scène par Françoise Petit, son épouse depuis le 12 juin 1987. Celle de "Mon cœur mis à nu" par Baudelaire, au Théâtre du Ranelagh et au Théâtre Hébertot, en 2003-2004 ("Baudelaire dit par Balmer"), et une autre lecture, très différente, en 2012-2013 au Théâtre de l’Œuvre, "Voyage au bout de la nuit" par Céline.





Parmi ses plus récentes représentations, il y a "Le Voyage" en 2017, hommage au poète Pablo Neruda, mis en scène par Françoise Petit, sur fond de musique latino (notamment en représentation le 6 octobre 2017 à Soissons sur la scène du Mail dont son épouse fut la directrice). Hommage à la poésie mais pas poète lui-même pour ce grand lecteur de Baudelaire qui n’hésitait pas à confier : « La poésie et moi, ça fait deux, je crois que je n’y comprends pas grand-chose, elle me fait plutôt fuir. Dans cette pièce, je dis des textes, c’est davantage mon truc ! ».

Dans cet entretien accordé le 2 octobre 2017 à Livio Dell’Isola dans "L’Ardennais", Jean-François Balmer disait clairement qu’il n’était pas question de prendre sa retraite : « C’est inimaginable ! Je suis un débutant et ma carrière est devant moi, j’attends que l’on me propose encore de grands rôles. Je n’arrêterai que quand je serai "mouru" ! ». Alors, bon anniversaire Monsieur Balmer et tous mes vœux pour encore de longs moments de scène !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-François Balmer.
Bertrand Tavernier.
"Quai d’Orsay".
Liz Taylor.
Annie Girardot.
Fernandel.
Simone Signoret.
Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiBalmerJeanFrancois04



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210418-jean-francois-balmer.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/les-petites-pepites-de-l-232414

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/17/38925816.html







 

Partager cet article
Repost0

Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


Pour mettre la page en PDF :
Print


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).