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5 décembre 2020 6 05 /12 /décembre /2020 03:23

« Imagine there’s no heaven [Imagine qu’il n’y ait pas de paradis]
It’s easy if you try [C’est facile si vous essayez]
No hell below us [Pas d’enfer en dessous de nous]
Above us only sky [Au-dessus de nous seulement le ciel] »
("Imagine" de John Lennon et Yoko Ono, sortie le 11 octobre 1971).


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Il y a quarante ans, le lundi 8 décembre 1980, à 22 heures 52, à New York, le célèbre chanteur britannique John Lennon s’est effondré sous les balles d’un déséquilibré. Il est mort une vingtaine de minutes plus tard. Il avait 40 ans, il est né il y a un peu plus de quatre-vingts ans, le 9 octobre 1940, à Liverpool. Sa femme Yoko Ono, artiste plasticienne et également chanteuse, l’a vu mourir devant ses yeux. Pas de funérailles. Juste l’incinération du corps, et un rassemblement gigantesque à Central Park le 14 décembre 1980, des centaines de milliers de personnes, en même temps que d’autres dizaines de milliers un peu partout dans le monde dont Liverpool. Au moins deux fans se sont suicidés à l’annonce de sa mort.

Les circonstances de cet assassinat semblent assez bien connues. Après une courte séparation, puis la naissance de leur fils Sean le 9 octobre 1975, le couple avait arrêté de sortir en public, jusqu’à ces derniers jours où ils avaient décidé de reprendre une vie publique. Après une séance d’enregistrement, John Lennon et Yoko Ono sont rentrés chez eux. Devant leur domicile, John Lennon fut assassiné par un ancien fan déséquilibré et alcoolique dont je ne veux pas mentionner le nom. Ce dernier avait obtenu un autographe de sa victime quelques heures plus tôt mais n’avait pas osé tirer, surpris par la délicatesse et la prévenance du chanteur.

Le 24 août 1981, l’auteur de l’assassinat fut jugé coupable en pleine conscience et condamné à la réclusion à perpétuité avec période de sûreté de vingt ans. Attendant calmement l’arrivée de la police après son crime, il avait plaidé coupable. Il avait rendu responsable le chanteur milliardaire de sa vie misérable. Cet assassinat lui aurait permis d’atteindre la même célébrité que John Lennon et envisageait d’autres cibles, comme Liz Taylor ou Johnny Carson. Il était aussi en colère contre des paroles polémiques contre la religion et était jaloux de son opulence.

L’assassin est toujours en prison à ce jour, tandis que sa période de sûreté est achevée depuis une vingtaine d’années. Toutes ses demandes de liberté conditionnelle ont été rejetées jusqu’à maintenant.

Quant à Yoko Ono, elle a maintenant 87 ans, elle est très affaiblie et sort très peu souvent en public (sa dernière apparition publique remonte au 21 janvier 2017 pour la Marche des femmes à Washington). Elle a fêté son dernier anniversaire en compagnie de son fils Sean et de sa fille Kyoto, une demi-sœur, qu’elle avait eu beaucoup de mal à revoir dans les années 1980. Elle gérait tout le patrimoine de John Lennon depuis le début des années 1970 et elle a annoncé le 11 novembre 2020 que c’était désormais leur fils Sean qui s’en chargeait.

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Dieu vivant ? John Lennon s’est comparé à Jésus-Christ lorsqu’il a dit le 4 mars 1966 à la journaliste Maureen Cleave pour le journal "Evening Standard", avec un brin de provocation : « Le christianisme s’en ira. Il disparaîtra et décroîtra. Je ne veux pas discuter de cela. J’ai raison et l’avenir le prouvera. Aujourd’hui, nous sommes plus populaires que Jésus. Je ne sais pas ce qui disparaîtra en premier, le rock’n’roll ou le christianisme. Jésus était un type bien, mais ses disciples étaient bêtes et ordinaires. Ils ont tout déformé et tout décrédibilisé à mes yeux. ». Ces propos ont suscité une vive polémique dans l’Angleterre anglicane et le Vatican a réagi seulement bien plus tard, par "L’Osservatore Romano" qui a écrit en 2008 : « C’était un jeune Anglais de la classe ouvrière confronté à un problème inattendu. Ses propos ont dépassé sa pensée. ».

John Lennon a une place à part dans la musique internationale : créateur des Beatles avec Paul MacCartney, George Harrison et Ringo Starr, le groupe hyperconnu a joué de 1962 à 1970, composé plus de 200 chansons, vendu à ce jour plus de 2 milliards de disques et CD, un phénomène artistique bien sûr, mais aussi commercial et surtout culturel (on était Beatles ou Rolling Stones).

Après la séparation des Beatles, John Lennon a poursuivi sa carrière en solo et a continué à écrire, composer et interpréter des chansons elles aussi très connues au début des années 1970, aux côtés de Yoko Ono, avec lui depuis 1968 (de sept ans son aînée).

La vente de tous les disques et CD de John Lennon en solo a été estimée autour de 75 millions d’exemplaires. La chanson "Imagine" (à laquelle Yoko Ono a participé) fut l’un des plus grands succès au monde, recevant le 14 juin 2017 le prix de la chanson du siècle. La revue américaine "Rolling Stone" a classé John Lennon parmi les cinq meilleurs chanteurs de tous les temps et la BBC parmi les cent plus grands héros britanniques le 21 août 2002 (aux côtés notamment des reines Victoria et Élisabeth II, Winston Churchill, Lady Di, Isaac Newton, William Shakespeare, Stephen Hawking, David Bowie, Charlie Chaplin, Charles Darwin, J. R. R. Tolkien, Jane Austen, Margaret Thatcher, James Clerk Maxwell et de deux autres membres des Beatles, Paul MacCartney et George Harrison ).

Laissons de côté les Beatles et écoutons quelques-unes des chansons phares de John Lennon qui insufflent toujours une divine nostalgie…



1. "Give Peace a Chance" (sortie le 4 juillet 1969)






2. "Instant Karma! (We All Shine On)" (sortie le 6 février 1970)






3. "Jealous Guy" (sortie le 9 septembre 1971)






4. "Imagine" (sortie le 11 octobre 1971)






5. "War Is Over" (sortie le 1er décembre 1971)






6. "(Juste Like) Starting Over" (sortie le 24 octobre 1980)






7. "Woman" (sortie le 17 novembre 1980)






8. "Watching The Wheels" (sortie le 17 novembre 1980)






9. "Nobody Told Me" (sortie le 6 janvier 1984)






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 décembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
John Lennon.
Kim Wilde.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201208-john-lennon.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/john-lennon-au-dessus-de-lui-229262

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/11/30/38681689.html





 

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3 décembre 2020 4 03 /12 /décembre /2020 03:30

« Jean-Luc Godard n’est pas le seul à filmer comme il respire, mais c’est lui qui respire le mieux. Il est rapide comme Rossellini, malicieux comme Sacha Guitry, musical comme Orson Welles, simple comme Pagnol, blessé comme Nicholas Ray, efficace comme Hitchcock, profond, profond, profond comme Ingmar Bergman et insolent comme personne. » (François Truffaut, "L’Avant-scène" n°70 de mai 1967).


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Le cinéaste franco-suisse Jean-Luc Godard atteint son 90e anniversaire ce jeudi 3 décembre 2020. Il est en quelque sorte le symbole du "nouveau" cinéma français des années 1960 (et même 1950) et l’un des porte-voix de la fameuse "Nouvelle Vague" qui a également entraîné Éric Rohmer, François Truffaut, Jacques Rivette, Claude Chabrol, Alain Resnais, Louis Malle, Agnès Varda, Jacques Demy, Jean Eustache, etc.

J’aurais pu intituler l’article "En attendant Godard" mais cela n’aurait pas été très original (on m’aurait déjà largement devancé sur ce jeu de mot à la Beckett), mais cela aurait signifié quelque chose car après sa période faste des années 1960 (il avait la trentaine), on pouvait peut-être l’attendre pour un nouveau film aussi grand public. Il a préféré plutôt être dans la recherche cinématographique, sans jamais d’ailleurs arrêter sa production puisque son dernier film est sorti il y a deux ans, le 11 mai 2018, avec "Le Livre d’image" qui lui a valu enfin une palme, la Palme d’or spéciale au Festival de Cannes de 2018..

Justement, parlons des récompenses. Jean-Luc Godard en a reçu de toute part, de tous les pays : deux Césars d’honneur en 1987 et 1998 (et deux nominations), un Oscar d’honneur en 2010, un prix spécial en 1962 et deux Lions d’or en 1982 et 1983 à la Mostra de Venise, un prix du jury du Festival de Cannes en 2014 (et la Palme d’or spéciale de 2018), un Ours d’or en 1965 et deux Ours d’argent en 1960 et 1961 à la Berlinale, et de nombreux autres prix comme le Prix Louis-Delluc en 1987. Quant aux décorations, il fait partie de "modestes orgueilleux" qui tentent de les refuser, comme cet insigne de l’Ordre national du Mérite : « Je n’aime pas recevoir d’ordre, et je n’ai aucun mérite. » (1981).

Entre 1961 et 1967, il fut marié à l’actrice Anna Karina (morte il y a un an, le 14 décembre 2019) et, entre 1967 et 1979, à la romancière et actrice Anne Wiazemsky (morte le 5 octobre 2017), petite-fille de François Mauriac.

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Jean-Luc Godard fait ses films en entier, c’est-à-dire non seulement la réalisation mais aussi le scénario, les dialogues, le montage, parfois la coproduction, etc. Souvent, il est récompensé pour l’originalité de ses œuvres. Il a probablement suscité plus de livres sur lui, son œuvre, que lui n’a fait de films ! Il est à lui seul une sorte de Dieu vivant du cinéma français, une Bible, une Pyramide… Son œuvre est à la fois grand public et hyperculturelle dans le sens où il a fait des films qui sortaient de l’ornière classique du grand public. Parfois admiré, parfois détesté, toujours fascinant, il a provoqué de nombreux commentaires sur son œuvre, comme celui de Philip Roth qui trouvait ses films insupportables, sauf "À bout de souffle".

"À bout de souffle", c’est le film qui a fait "décoller" Jean-Luc Godard. Le film fut l’un de ceux qui ont fait la réputation de la "Nouvelle Vague" (avec "Le beau Serge" de Chabrol, "Les quatre cents coups" de Truffaut, etc.). Ce fut son premier long-métrage, sorti le 11 mars 1960. Incroyable histoire (reprise d’un scénario de Truffaut) à l’origine qui aurait pu être "classique" mais mise en scène d’une manière magistrale et avec une injection permanente d’amoralité, servie chaud avec deux acteurs époustouflants, Jean-Paul Belmondo et celle qu’il aime dans le film, Jean Seberg dont l’accent américain à Paris est toujours très séduisant (future femme de Romain Gary, elle est morte dans des conditions mystérieuses à l’âge de 40 ans).








Un autre chef-d’œuvre est sorti le 5 novembre 1965, un road movie franco-italien, "Pierrot le fou" avec Jean-Paul Belmondo et Anna Karina (et la participation furtive de Raymond Devos). À l’origine, les deux principaux rôles auraient dû être confiés à Michel Piccoli et Sylvie Vartan.





Dans plus d’une centaine de films, Jean-Luc Godard a fait jouer beaucoup d’acteurs de haut niveau, après Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg, également Brigitte Bardot, Mireille Darc, Jane Fonda, Michel Piccoli, Jean Yanne, Yves Montand, Jean-Pierre Léaud, Alain Delon, Gérard Depardieu, Nathalie Baye, Isabelle Huppert, bien sûr Anna Karina, etc.





À l’occasion de la programmation sur la chaîne Arte d’une soirée spéciale Godard le mercredi 24 avril 2019 avec la diffusion des films "À bout de souffle" et "Le Livre d’image", la radio France Culture s’est entretenue avec Jean-Luc Godard pour l’émission d’Olivia Gesbert "La grande table culture" diffusée le 15 avril 2019 où il a déclaré : « Je suis un archéologue du cinéma. L’archéologue, c’est plus noble. L’archiviste, il classe, alors que l’archéologue, il sculpte l’histoire. Chez les sculpteurs non plus, il n’y a pas de scénario. ».





Quel avenir pour le cinéma de Godard ? Eh bien, il carbure toujours ! Godard comptait faire un film sur les gilets jaunes. Dans une (autre) interview diffusée le 14 avril 2019 sur RTS (la télévision publique suisse), le réalisateur a effectivement confirmé son souhait de faire « un film qui raconte l’état de ce pays, la France, ou certains aspects de ce pays ».

Depuis la mort d’Agnès Varda le 29 mars 2019, Jean-Luc Godard fait partie des deux derniers survivants de la "Nouvelle Vague", avec Jacques Rozier, de quatre ans son aîné. La marée est en train de se retirer tout doucement.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 décembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201203-jean-luc-godard.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/a-bout-de-godard-229205

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1 décembre 2020 2 01 /12 /décembre /2020 03:27

« Chaque humain dans ma vie est un mystère, même mes intimes. Ça m’évite de m’ennuyer. (…) Je ne sais rien, mais j’en sais assez pour vivre. Ça me garantit de rester modeste et toujours curieux. » (Jean-Louis Servan-Schreiber, 2015).



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Anne Sylvestre vient de disparaître ce lundi 30 novembre 2020. L'horreur : elle avait perdu un petit-fils de 24 ans dans l’attentat du Bataclan. Mais c’est une autre personnalité française que je veux évoquer ce jour. Encore une nouvelle victime du covid-19, parmi le 1,5 million de victimes dans le monde et 53 000 en France : le "patron de presse" Jean-Louis Servan-Schreiber est mort ce samedi 28 novembre 2020 à l’âge de 83 ans (il est né le 31 octobre 1937 à Boulogne-Billancourt) des suites de cette saleté de coronavirus qui continue toujours à circuler (prenez soin de vous et de vos proches !).

"Patron de presse" est un peu connoté et Jean-Louis Servan-Schreiber (JLSS) était d’abord un journaliste et un essayiste, mais c’est peut-être ce qui l’aurait le mieux défini, c’était un peu comme s’il était un alchimiste de la presse, il transformait en or tout ce qu’il touchait. Pas l’or monétaire ou financier, pas celui du profit, l’or intellectuel, celui de l’intérêt des débats, de l’enrichissement des confrontations.

Il faut dire que petit-fils de journalistes, il est né dans une famille de journalistes, une grande famille française très ancrée malgré son origine allemande, très connue. Je ne ferai pas son arbre généalogique mais quelques liens sont importants à tisser quand même. Son père Émile a créé le journal économique "Les Échos" en 1908 avec son oncle Robert (ce dernier marié à la féministe et sénatrice Suzanne Crémieux). Son célèbre frère Jean-Jacques Servan-Schreiber (JJSS), député, a créé "L’Express", le premier magazine moderne en France, avec Françoise Giroud. Sa sœur Christiane Collange (qui vient d’avoir 90 ans il y a un mois, le 29 octobre 2020) est aussi journaliste et essayiste, et a épousé le journaliste Jean Ferniot (leur fils Vincent est également journaliste). Une autre sœur Brigitte Gros était sénatrice-maire de Meulan (dans les Yvelines) et aussi journaliste et écrivaine. Son neveu Didier était un chercheur en psychiatrie et essayiste très médiatique. Un cousin Jean-Claude était député et aussi patron de presse (dont une fille, Fabienne, a épousé le député européen socialiste Henri Weber qui a été victime, lui aussi, du coronavirus, et l’autre, Marie-Claire, journaliste, a épousé Pierre Mendès France). Un neveu, Émile, a épousé Laurence, fille de Régis Debray. Jean-Louis, lui, fut le dernier enfant d’une fratrie de cinq.

Après des études à l’IEP Paris, Jean-Louis Servan-Schreiber a commencé sa carrière de journaliste en 1960 dans le journal familial, "Les Échos", dont il est devenu le directeur de rédaction en 1962. Il a rejoint son frère JJSS en 1964 à "L’Express" pour y appliquer des méthodes américaines de la presse indépendante. C’était l’époque du fameux monsieur X, encourageant une candidature centriste à l’élection présidentielle de 1965 en la personne de Gaston Defferre, soutenue par Pierre Mendès France, la véritable inspiration politique de l’hebdomadaire avec les aspirations décolonisatrices et la veine antigaulliste. "L’Express" a formé des générations de journalistes qui ont essaimé avec d’autres hebdomadaires de même format : "Le Point" (avec Claude Imbert), "Le Nouvel Observateur" (avec Jean Daniel), "Paris Match" (avec Daniel Filipacchi), etc.

Mais, avec son look de jeune bien coiffé, un air de Belmondo, le Bob Kennedy de JJSS (qui serait le JFK), JLSS a voulu voler de ses propres ailes à l’aube de ses 30 ans en fondant avec le journaliste Jean Boissonnat (une « plume chrétienne respectée » selon Sonia Devillers dans sa nécrologie sur France Inter) un magazine économique "L’Expansion" qui fut son véritable "bébé" pendant plus d’un quart de siècle, en en faisant un groupe de presse dynamique et moderne intégrant d’autres titres ("La Lettre de l’Expansion", "La Tribune", "La Vie financière", "L’Entreprise", etc.). Il s’est même lancé dans le rachat de journaux européens pour faire du Groupe Express-Expansion un groupe de presse européenne important, qui a commencé à péricliter financièrement au début des années 1990 et qui fut revendu plusieurs fois jusqu’à Patrick Drahi en 2015 (le mensuel "L’Expansion" s’est arrêté de paraître en février 2017). Pendant tout ce temps, JLSS a parallèlement donné des cours à l’université, publié des essais (une vingtaine) et participé à des chroniques dans l’audiovisuel (en particulier sur France Inter, TF1, etc.).

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Dans "Le Pouvoir d’informer" (éd. Robert Laffont, 1972), JLSS constatait (pourtant bien avant Internet et ses réseaux sociaux) : « Mais de tous les progrès, le plus essentiel et le plus inachevé réside dans la qualité. L’habitude d’écrire et d’enregistrer, la recherche du fait, sa description, sa vérification, la naissance de véritables métiers de l’information ont accru en même temps sa fiabilité et les exigences du public. Il suffit néanmoins de prêter attention aux nouvelles captées en une seule journée pour mesurer la portée limitée de ces efforts. Exagérations, généralisations, simplifications excessives, omissions, mauvaises interprétations, sans insister sur une foule d’erreurs de fait, continuent à déformer les messages diffusés à profusion. Ces inexactitudes et ces contrevérités sont d’autant plus dangereuses que l’intimidante stature des médias laisse les consommateurs de nouvelles supposer que le contenu est à la hauteur du contenant. Aussi les erreurs font-elles plus facilement leur chemin dans des esprits qui n’ont pas, comme ceux de leurs grands-parents, été formés à mettre en doute ce qu’on leur disait. Certes, la grande majorité des informations est exacte dans l’ensemble, alors qu’un siècle auparavant, la grande majorité était à l’inverse erronée. Mais cela ne rend que plus dangereuse la minorité des nouvelles qui demeure fausse et que les lecteurs même rompus à ce métier n’ont pas le moyen de discriminer des autres. ».

Après une expérience réussie avec "La Vie économique", un hebdomadaire marocain qu’il a racheté et dirigé pour le hisser au sommet de la presse marocaine (1994-1997), Jean-Louis Servan-Schreiber a acquis "Psychologies Magazine" en 1997 et en a fait, avec son épouse Perla Danan, un mensuel de référence dans le domaine du bien-être et du développement personnel, deuxième journal féminin après "Marie-Claire", passant d’une diffusion de 75 000 à 350 000 exemplaires (presque quintuplant les ventes). JLSS a élargi la zone géographique et proposé des versions étrangères pour la Russie, la Chine, certains pays européens, etc. Il a revendu "Psychologies Magazine" en 2008.

Dans le bien-être, faire le pitre. Oui, l’enfant doit toujours pouvoir s’exprimer et ce n’est jamais de l’immaturité. Interrogation dans "L’Art du temps" : « Depuis combien de temps ne nous sommes-nous pas roulés par terre avec des animaux ou des enfants ? Savons-nous encore faire la bête, le pitre ou chanter à tue-tête ? Il y aura toujours en nous un gosse qui va nous jouer des tours s’il ne lui est jamais permis de montrer le bout de son nez. ».

Les livres de Jean-Louis Servan-Schreiber insistent souvent sur une manière positive de vivre, ses titres sont d’ailleurs éloquents, comme : "L’Entreprise à visage humain" (éd. Robert Laffont, 1973), "L’Art du temps : le secret des hautes performances" (éd. Fayard, 1983), "Vivre content" (éd. Albin Michel, 2002), "Une vie en plus : la longévité, pour quoi faire ?" (éd. Seuil, 2005), "Trop vite ! Pourquoi nous sommes prisonniers du court terme" (éd. Albin Michel, 2010), "Aimer (quand même) le XXIe siècle" (éd. Albin Michel, 2012) préfacé par Edgar Morin, "C’est la vie" (éd. Albin Michel, 2015), "Fragments de lucidité : comment supporter les choses comme elles sont" (éd. Fayard, 2016), "L’Humanité, apothéose ou apocalypse" (éd. Fayard, 2017), "80 ans, un certain âge : quand chaque journée devient précieuse" (éd. Albin Michel, 2019), "Avec le temps… tout ne s’en va pas" (éd. Albain Michel, 2020)…

Dans "Une vie en plus" (2005), Jean-Louis Servan-Schreiber répondait aux questions de Dominique Simonnet (aux côtés de François de Closets et Joël de Rosnay) et confiait avec sagesse : « L’humilité prend toute son importance avec l’âge. Nous mesurons chaque jour le peu d’importance que nous avons. Il nous faut renoncer à toute velléité de triomphe à l’extérieur. C’est en nous que nous trouvons la gratification, dans le simple enchaînement des jours, dans la conscience de pouvoir encore voir, sentir, respirer, exister… Finalement, c’est la vie elle-même qui est notre cadeau permanent et extraordinairement stimulant. ».

Dans "Pourquoi les riches ont gagné" (éd. Albin Michel, 2014), Jean-Louis Servan-Schreiber constatait : « La progression la plus spectaculaire est celle des plus fortunés. Pour trois raisons : une forte croissance mondiale (sauf en Europe), la révolution numérique qui favorise la multiplication des jeunes millionnaires, la domination croissante des financiers, maîtres du jeu de l’argent et qui en sont les premiers bénéficiaires. Les riches semblent avoir gagné sur tous les tableaux : l’argent, l’influence politique et, fréquemment, le contrôle des médias. On ne voit pas venir ce qui pourrait s’opposer à leur pouvoir. Pour autant, malgré les clichés habituels, les Français ne détestent pas les riches et souvent les admirent. Mais alors que la pauvreté diminue, les inégalités s’accroissent et peuvent déstabiliser nos sociétés. Comment réduire cette fracture devient la question primordiale des vingt ans à venir. ».

Dans "Aimer (quand même) le XXIe siècle" (2012), JLSS assumait sa chance : « Je ne suis pas d’un tempérament pessimiste. Comme ce doit être de naissance, pas de mérite à cela. Encore faut-il que les événements vécus ne contredisent pas trop cette disposition positive. Or ma vie s’est surtout déroulée dans la seconde partie du XXe siècle. Mouvementée, mais tellement moins que la première. ».

Dans "Trop vite !" (2010), JLSS se voulait prémonitoire : « Pour se sauver, notre espèce passablement déboussolée parviendra-t-elle à temps à admettre que le long terme est devenu sa première urgence ? ». Où il disait également : « Ce fameux droit au bonheur individuel n’est-il pas l’ultime recours depuis que les promesses de bonheur collectif se sont évaporées ? ».

Prémonitoire aussi dans "Pourquoi les riches ont gagné" : « Au risque d’être taxé de naïveté et d’irréalisme, je suis persuadé que ce siècle devra accoucher de nouveaux idéaux civilisateurs et humanistes, sous peine de voir le cynisme financier et matérialiste dominant entraîner, au minium une amertume sociale croissante, au pire de nouveaux conflits meurtriers. ».

Son analyse (dans "Trop vite !") était la suivante : « Jamais dans l’histoire nous n’avons disposé d’autant de temps, car nous venons, en un siècle, de presque doubler notre durée de vie et diminuer de moitié notre temps de travail. La "noosphère", beau concept popularisé par Teilhard de Chardin il y a un demi-siècle, n’est plus seulement une idée poétique ou spirituelle. Elle s’est matérialisée et rétrécit l’ensemble de l’humanité par l’interconnexion électronique. Mais pour une majorité d’entre nous, la vitesse reste un bouclier contre le doute. Elle est consubstantielle à l’action et favorise la pensée pratique plutôt que la réflexion abstraite. Le manque de vision à long terme se retrouve jusque dans la vie intime. On se trouve, on se lasse, on se quitte ; c’est devenu si facile avec les sites de rencontres qui ont transformé la vie amoureuse en une série de CDD qui s’enchaînent à l’instar de la vie professionnelle. ».

Dans sa biographie, Sonia Devillers constate sur France Inter, avec un brin de nostalgie : « La mort de Jean-Louis Servan-Schreiber signe la fin d’une époque. Celle des mousquetaires du phénoménal âge d’or de la presse magazine française. ».

Jean-Louis Servan-Schreiber s’était évidemment interrogé sur la mort. Ainsi, dans "C’est la vie !" : « En parodiant Rilke, on pourrait dire : ne pensez votre vie que si vous ne pouvez pas faire autrement. Sinon, vivez, que diable ! Et mourez ensuite. Pour ma part, c’est là que ça coince. L’idée de mourir sans m’être demandé ce que vivre veut dire me semblerait presque inconvenante. La perspective que la symphonie reste inachevée, par inadvertance, que je puisse quitter la scène en laissant les tiroirs en fouillis me met mal à l’aise. Il m’arrive même de penser que ça serait de l’ingratitude, que j’aurais gâché une chance unique d’essayer de donner une réponse à la question ultime. Pourquoi aurais-je vécu ? ». Là haut, maintenant, peut-être le sait-il désormais ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er décembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Jean-Louis Servan-Schreiber.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Alfred Sauvy.
Claude Weill.
Irina Slavina.
Anna Politkovskaïa.
Le Siècle de Jean Daniel selon Desproges, BHL, Raffy, Védrine et Macron.
Claire Bretécher.
Laurent Joffrin.
Pessimiste émerveillé.
Michel Droit.
Olivier Mazerolle.
Alain Duhamel.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201128-jean-louis-servan-schreiber.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/jean-louis-servan-schreiber-229163

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20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 08:24

« Fini, c’est fini, ça va peut-être finir. Les grains s’ajoutent aux grains, un à un, et un jour, soudain, c’est un tas, l’impossible tas. » ("Fin de partie", Samuel Beckett, 1957).


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Une tirade du personnage Clov, dans "Fin de partie" de Samuel Beckett, une pièce qu’il adorait et qu’il avait encore jouée en 2012 au Théâtre Gérard-Philippe à Saint-Denis, mais dans le rôle de Hagg, le vieux père, apportant « une incroyable densité humaine à [son personnage] » selon "Les Échos" de l’époque. Quant au journal "Le Figaro" du jour, il a titré tristement : « Acteur talentueux, qui jouait de sa voix douce et de son apparente timidité dans ses nombreux personnages au théâtre et au cinéma, il nous a quittés à 90 ans des suites du coronavirus. ».

Il venait en effet d’atteindre ses 90 ans la semaine dernière. Le comédien français Michel Robin a été emporté ce mercredi 18 novembre 2020 par la pandémie de covid-19. Les décès quotidiens nombreux, beaucoup trop nombreux, ne sont que de froides statistiques communiquées par une administration rigoureuse. On peut être touché par des proches, par soi-même… ou par des personnages publics, connus sans être forcément stars dans le cas de Michel Robin. On pourra toujours dire qu’il avait 90 ans et qu’il avait vécu, et même bien vécu, une vie souriante et paisible de comédien, mais la vérité, c’est que s’il n’y avait pas eu cette saleté de virus, il aurait été encore là, les yeux toujours très timides, le sourire aux lèvres et l’élégance de la courtoisie, de la prévenance. Esprit et corps tenaient encore la route, jusqu’à l’impasse pandémique.

Michel Robin a souvent joué les "vieux", même lorsqu’il était jeune. Et son allure une peu courbée, voûtée, sa tendresse, en faisait un acteur très apprécié malgré ses rôles souvent accessoires. Certes, il a joué dans beaucoup de films au cinéma (entre autres, "La Chèvre", "Merci pour le chocolat" et "Le fabuleux destin d’Amélie Poulain"), mais il était avant tout un comédien de théâtre, qui a apprécié le théâtre et que le théâtre a apprécié, au point d’être "reçu" ou plutôt "accueilli" (tardivement) sociétaire à la Comédie-Française. C’est d’ailleurs grâce au théâtre qu’il a eu la reconnaissance de son talent avec un Molière en 1990, et aussi la possibilité de jouer des rôles principaux (au lieu de seconds rôles), comme Monsieur Jourdain dans "Le Bourgeois gentilhomme" de Molière en 2000.

Éric Ruf, son ami qui pourrait presque être son petit-fils, administrateur général de la Comédie-Française depuis le 16 juillet 2014, à peine plus jeune que lui comme sociétaire (498e, lui 495e), a annoncé publiquement la triste nouvelle du décès. Michel Robin et Éric Ruf avaient joué ensemble dans plusieurs pièces, notamment dans "Les Trois Sœurs" de Tchekhov ou "Cyrano de Bergerac".

S’en prenant à l’épidémie dans ses souvenirs évoqués pour "Le Figaro" du 19 novembre 2020, Éric Ruf a raconté : « Cette époque nous éprouve cruellement et nous la haïrons de nous priver soudainement des plus fragiles et des meilleurs d’entre nous. Nous avons tous un souvenir précis de Michel, parti il y a dix ans déjà de notre théâtre. De sa tendresse et de son humour dévastateur. De sa dent aussi, carnassière et drôle. Nous comptions énormément pour Michel qui gardait un attachement indéfectible à notre Maison. ».

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Et d’ajouter : « Michel a toujours joué les vieux, très tôt dans sa carrière. Il concédait il y a peu qu’il avait enfin l’âge du rôle et que cela le contrariait. Nous perdons un grand-père, un père de théâtre, un ami, un grand comédien. Toutes nos pensées et notre tristesse accompagnent Amélie, sa fille, et Gaspard, son petit-fils, que Michel adorait. ». Sa fille venait le voir très régulièrement pour lui apporter ses repas en période de (premier) confinement.

Il y a un peu plus d’un an, le 27 mai 2019 au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, à Paris, Michel Robin s’était déplacé pour répondre aux questions de la journaliste Mathilde Serrell (à l’époque de France Culture et maintenant de France Inter), entretien qui vient d’être proposé sur Youtube en son hommage.





Parmi les premiers commentaires, une internaute, qui a eu l’occasion de travailler avec lui, s’est rappelée ainsi : « J’ai eu la chance de partager des moments délicieux avec ce Grand Monsieur (…). Il restait avant et après le spectacle, pour me raconter ses années de théâtre, de vie, avec un humour incroyable. Il était si drôle, surtout quand il téléphonait à sa fille !! J’adorais quand il me parlait de Beckett (…). » (19 novembre 2020).

Le 4 mai 2020, avant le déconfinement, Michel Robin, comme le disait Éric Ruf, acceptait sa vieillesse de cette manière : « J’assume mon âge, même si je ne réalise pas que j’aurai 90 ans. (…) J’ai du mal à me projeter au-delà de 95 ans.  Il me semble que, alors, je serai peut-être quand même vieux. » ("Générations"). Au revoir, grand homme riant et souriant à la vie !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 novembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Le très discret Michel Robin.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201118-michel-robin.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/michel-robin-la-subtilite-vaincue-228818

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19 novembre 2020 4 19 /11 /novembre /2020 12:47

« Les gens se sont mis à me reconnaître dans la rue, c’était incroyable ! (…) Le pouvoir de la télévision est impressionnant. Je la regarde beaucoup, aujourd’hui, je cherche les films, les concerts et les opéras, mais cela n’est pas facile d’échapper aux idioties et à la pub. » (Michel Robin, le 4 mai 2020, "Générations").


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La télévision, accélératrice de notoriété. Ce fut le cas pour la série "Boulevard du Palais", diffusée entre 1999 et 2006. La gloire à 70 ans ! Du moins, auprès des téléspectateurs friands de séries policières…

Décédé le 18 novembre 2020 des suites du covid-19, le comédien Michel Robin a fêté son 90e anniversaire ce vendredi 13 novembre 2020 (qui est par ailleurs un macabre anniversaire). Michel Robin, hélas, est très peu connu du grand public, enfin peu connu de nom, un nom en plus assez commun, probablement attribué à plusieurs homonymes, et pourtant, dès qu’on voit sa photo, on peut assez souvent le reconnaître : « Le public connaît mon visage, malheureusement, pas mon nom. » ("Le Progrès"). C’est la magie des seconds rôles. Certains accompagnent de nombreux films sans faire de vague, mais sans eux, pas de petit sourire, de petite cerise sur le gâteau, de bouée rouge sur un tableau de Turner…

J’adore ses prestations, en peu comme un cueilleur de champignons jaloux de garder secret son coin à champignons. L’impression d’avoir accès à quelques pépites hors des sentiers battus. Et en même temps, il y a des champignons pour tout le monde, l’idée d’une certaine injustice des médias qui n’éclairent que les grandes stars et qui oublient les travailleurs méticuleux qui rendent une production aussi captivante. Michel Robin a des allures de grand-père bienveillant, joyeux, respectueux, tolérant, je n’ose pas dire gentil.

Né à Reims, Michel Robin doit sa vocation de comédien à son frère aîné qui est mort récemment : « Grâce à lui, j’ai commencé le théâtre à 7 ans. On adaptait des farces du Moyen-Âge. » ("Générations"). Le voici en scène chez les scouts, lors des longues soirées autour d’un feu. Refusant de prendre la succession de son père dentiste, il a commencé des études de droit à Bordeaux. Il y avait une compagnie de théâtre amateur et après quelques rôles, on lui a conseillé de "monter à Paris".

Le voici en train de jouer avec Roger Planchon pendant sept ans : « Il m’a tout appris et en même temps, rien appris. Lorsque je suis arrivé à Lyon, j‘étais relativement âgé, 28 ans, en tout cas, plus âgé que lui. Je crois avoir un don pour le théâtre. Le métier d’acteur ne s’apprend pas à l’école, mais sur le tas, en travaillant beaucoup. Il n’y a pas longtemps que je l’ai compris. Roger m’a appris le respect des textes. Mais avec lui, comme avec les autres, j’ai presque toujours été abonné aux petits rôles. » ("Le Progrès " du 7 janvier 2015, propos recueillis par Antonio Mafra). Ce fut durant cette période lyonnaise qu’il a sympathisé avec Jean Bouise et avec bien d’autres.

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Je n’ai pas eu la chance de voir Michel Robin jouer au théâtre mais c’est bien sûr son métier principal, notamment de 1994 à 2011 (à partir de 63 ans !) à la Comédie-Française, dont il est devenu le 495e sociétaire le 1er janvier 1996. Il a d’ailleurs eu la reconnaissance de la profession avec une nomination pour le Molière en 1989 et surtout, consécration, l’attribution d’un autre Molière pour les seconds rôles en 1990 pour "La Traversée de l’hiver", pièce de Yasmina Reza créée le 6 octobre 1989 à Orléans, dans laquelle Michel Robin jouait le rôle d’une personne ennuyeuse et isolée.

Michel Robin a joué dans plus d’une centaine de pièces de théâtre de 1958 à 2015. Autant de pièces, sans compter les presque cent cinquante films, montrent la forme solide et assidue du comédien. À ses débuts, il était donc dans la troupe de Roger Planchon, puis la compagnie Renaud-Barrault (notamment pour "Fin de partie" de Beckett, œuvre qu’il adore). Parmi ses prestations, on peut citer avec vertige les auteurs suivants : Dürrenmatt, Alfred de Musset, Molière, Shakespeare, Alexandre Dumas, Gogol, Brecht, Gorki, Schiller, Remo Forlani, Beckett, Nathalie Sarraute, Sean O’Casey, Ionesco, Ibsen, Boulgakov, Théophile Gautier, Bernanos, Yasmina Reza, Roger Caillois, Thierry Maulnier, Jean Genet, Jean Giraudoux, Tchekhov, Victor Hugo, Alain Decaux et André Castelot, Marivaux, George Bernard Shaw, Pierre-Henri Loÿs, Feydeau, Euripide, Edmond Rostand, Beaumarchais, Alfred Jarry, etc.

La dernière pièce qu’il a jouée en 2014-2015, ce fut "Les méfaits du tabac", de Tchekhov, dans une mise en scène de Denis Podalydès. C’était une pièce qu’il connaissait bien puisqu’il l’avait jouée étudiant à Bordeaux dans le théâtre amateur et qu’il l’a jouée aussi au moment de son audition au Cours Florent.

Parallèlement, en plus de ses quelque quatre-vingt-dix participations dans des productions télévisées, Michel Robin a joué dans une soixantaine de films entre 1966 et 2018. Souvent, ce sont des petits rôles qui donnent une réelle valeur ajoutée au film. Par exemple, il joue le père de la fille enlevée dans "La Chèvre" de Francis Veber (1981), par ailleurs celui qui embauche Gérard Depardieu et Pierre Richard pour aller la rechercher des griffes des ravisseurs. Dans "L’invitation" de Claude Goretta (1973), Michel Robin est le petit employé qui fait un héritage, plongé dans une aventure sociale aux côtés de Jean-Luc Bideau. Il devient un malheureux touriste dans un voyage (dés)organisé aux States d’une compagnie en faillite dans "Restons groupés" de Jean-Paul Salomé (1997).

On peut aussi citer ses apparitions dans "L’Aveu" de Costa-Gavras (1970), "Le mur de l’Atlantique" de Marcel Camus (1970), "Les mariés de l’an II" de Jean-Paul Rappeneau (1971), "L’affaire Dominici" de Claude Bernard-Aubert (1973), "Les aventures de Rabbi Jacob" de Gérard Oury (1973), "Verdict" d’Alain Cayatte (1974), "Le jouet" de Francis Veber (1976), "L’hôtel de la plage" de Michel Lang (1978), "Les petites fugues" d’Yves Yersin (1979), "Le marginal" de Jacques Deray (1983), "Merci pour le chocolat" de Claude Chabrol (2000), "Le fabuleux destin d’Amélie Poulain" de Jean-Pierre Jeunet (2000), "Un long dimanche de fiançailles" de Jean-Pierre Jeunet (2004), etc.

Michel Robin a quitté la scène en 2018. Depuis lors, il réside dans un appartement faisant partie d’une résidence pour personnes âgées dans les Yvelines : « La plupart [des résidents] demeurent un mystère pour moi. Ils ne parlent pas, ne s’intéressent à rien. Je me demande quelle vie ils ont eue ! » ("Générations"). Sa fille vient le voir souvent, et on lui livre des plats cuisinés avec les précautions d’usage en période de pandémie de covid-19.

L’homme est encore un grand séducteur, même s’il reste humble devant l’amour : « Il n’y a pas grand-chose à raconter. J’étais tellement timide, que j’étais le Poulidor de l’amour. J’arrivais toujours deuxième ! » avouait-il au magazine suisse "Générations" le 4 mai 2020, en plein confinement, interrogé par Véronique Châtel. Poulidor qui est mort le jour de son anniversaire l’an dernier. Et d’affirmer son vrai âge : « J’assume mon âge, même si je ne réalise pas que j’aurai 90 ans. J’ai toujours 5 ans d’âge mental. Je préférerais avoir 50 ans, mais j’aime être vivant. Je continue de rêver, d’écouter de la musique (…), surtout la nuit, toutes fenêtres ouvertes. J’ai du mal à me projeter au-delà de 95 ans. Il me semble que, alors, je serai peut-être quand même vieux. ». Hommage à sa jeunesse qui a perduré !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 novembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Alain Delon.
Michel Robin.
Marlène Jobert.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Wladimir Yordanoff.
Jean-Luc Bideau.
Bourvil.
Michael Lonsdale.
Claude Chabrol.
Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 03:24

« Les gens se sont mis à me reconnaître dans la rue, c’était incroyable ! (…) Le pouvoir de la télévision est impressionnant. Je la regarde beaucoup, aujourd’hui, je cherche les films, les concerts et les opéras, mais cela n’est pas facile d’échapper aux idioties et à la pub. » (Michel Robin, le 4 mai 2020, "Générations").


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La télévision, accélératrice de notoriété. Ce fut le cas pour la série "Boulevard du Palais", diffusée entre 1999 et 2006. La gloire à 70 ans ! Du moins, auprès des téléspectateurs friands de séries policières…

Le comédien Michel Robin fête son 90e anniversaire ce vendredi 13 novembre 2020 (qui est par ailleurs un macabre anniversaire). Michel Robin, hélas, est très peu connu du grand public, enfin peu connu de nom, un nom en plus assez commun, probablement attribué à plusieurs homonymes, et pourtant, dès qu’on voit sa photo, on peut assez souvent le reconnaître : « Le public connaît mon visage, malheureusement, pas mon nom. » ("Le Progrès"). C’est la magie des seconds rôles. Certains accompagnent de nombreux films sans faire de vague, mais sans eux, pas de petit sourire, de petite cerise sur le gâteau, de bouée rouge sur un tableau de Turner…

J’adore ses prestations, en peu comme un cueilleur de champignons jaloux de garder secret son coin à champignons. L’impression d’avoir accès à quelques pépites hors des sentiers battus. Et en même temps, il y a des champignons pour tout le monde, l’idée d’une certaine injustice des médias qui n’éclairent que les grandes stars et qui oublient les travailleurs méticuleux qui rendent une production aussi captivante. Michel Robin a des allures de grand-père bienveillant, joyeux, respectueux, tolérant, je n’ose pas dire gentil.

Né à Reims, Michel Robin doit sa vocation de comédien à son frère aîné qui est mort récemment : « Grâce à lui, j’ai commencé le théâtre à 7 ans. On adaptait des farces du Moyen-Âge. » ("Générations"). Le voici en scène chez les scouts, lors des longues soirées autour d’un feu. Refusant de prendre la succession de son père dentiste, il a commencé des études de droit à Bordeaux. Il y avait une compagnie de théâtre amateur et après quelques rôles, on lui a conseillé de "monter à Paris".

Le voici en train de jouer avec Roger Planchon pendant sept ans : « Il m’a tout appris et en même temps, rien appris. Lorsque je suis arrivé à Lyon, j‘étais relativement âgé, 28 ans, en tout cas, plus âgé que lui. Je crois avoir un don pour le théâtre. Le métier d’acteur ne s’apprend pas à l’école, mais sur le tas, en travaillant beaucoup. Il n’y a pas longtemps que je l’ai compris. Roger m’a appris le respect des textes. Mais avec lui, comme avec les autres, j’ai presque toujours été abonné aux petits rôles. » ("Le Progrès" du 7 janvier 2015, propos recueillis par Antonio Mafra). Ce fut durant cette période lyonnaise qu’il a sympathisé avec Jean Bouise et avec bien d’autres.

_yartiRobinMichel02

Je n’ai pas eu la chance de voir Michel Robin jouer au théâtre mais c’est bien sûr son métier principal, notamment de 1994 à 2011 (à partir de 63 ans !) à la Comédie-Française, dont il est devenu le 495e sociétaire le 1er janvier 1996. Il a d’ailleurs eu la reconnaissance de la profession avec une nomination pour le Molière en 1989 et surtout, consécration, l’attribution d’un autre Molière pour les seconds rôles en 1990 pour "La Traversée de l’hiver", pièce de Yasmina Reza créée le 6 octobre 1989 à Orléans, dans laquelle Michel Robin jouait le rôle d’une personne ennuyeuse et isolée.

Michel Robin a joué dans plus d’une centaine de pièces de théâtre de 1958 à 2015. Autant de pièces, sans compter les presque cent cinquante films, montrent la forme solide et assidue du comédien. À ses débuts, il était donc dans la troupe de Roger Planchon, puis la compagnie Renaud-Barrault (notamment pour "Fin de partie" de Beckett, œuvre qu’il adore). Parmi ses prestations, on peut citer avec vertige les auteurs suivants : Dürrenmatt, Alfred de Musset, Molière, Shakespeare, Alexandre Dumas, Gogol, Brecht, Gorki, Schiller, Remo Forlani, Beckett, Nathalie Sarraute, Sean O’Casey, Ionesco, Ibsen, Boulgakov, Théophile Gautier, Bernanos, Yasmina Reza, Roger Caillois, Thierry Maulnier, Jean Genet, Jean Giraudoux, Tchekhov, Victor Hugo, Alain Decaux et André Castelot, Marivaux, George Bernard Shaw, Pierre-Henri Loÿs, Feydeau, Euripide, Edmond Rostand, Beaumarchais, Alfred Jarry, etc.

La dernière pièce qu’il a jouée en 2014-2015, ce fut "Les méfaits du tabac", de Tchekhov, dans une mise en scène de Denis Podalydès. C’était une pièce qu’il connaissait bien puisqu’il l’avait jouée étudiant à Bordeaux dans le théâtre amateur et qu’il l’a jouée aussi au moment de son audition au Cours Florent.

Parallèlement, en plus de ses quelque quatre-vingt-dix participations dans des productions télévisées, Michel Robin a joué dans une soixantaine de films entre 1966 et 2018. Souvent, ce sont des petits rôles qui donnent une réelle valeur ajoutée au film. Par exemple, il joue le père de la fille enlevée dans "La Chèvre" de Francis Veber (1981), par ailleurs celui qui embauche Gérard Depardieu et Pierre Richard pour aller la rechercher des griffes des ravisseurs. Dans "L’invitation" de Claude Goretta (1973), Michel Robin est le petit employé qui fait un héritage, plongé dans une aventure sociale aux côtés de Jean-Luc Bideau. Il devient un malheureux touriste dans un voyage (dés)organisé aux States d’une compagnie en faillite dans "Restons groupés" de Jean-Paul Salomé (1997).

On peut aussi citer ses apparitions dans "L’Aveu" de Costa-Gavras (1970), "Le mur de l’Atlantique" de Marcel Camus (1970), "Les mariés de l’an II" de Jean-Paul Rappeneau (1971), "L’affaire Dominici" de Claude Bernard-Aubert (1973), "Les aventures de Rabbi Jacob" de Gérard Oury (1973), "Verdict" d’Alain Cayatte (1974), "Le jouet" de Francis Veber (1976), "L’hôtel de la plage" de Michel Lang (1978), "Les petites fugues" d’Yves Yersin (1979), "Le marginal" de Jacques Deray (1983), "Merci pour le chocolat" de Claude Chabrol (2000), "Le fabuleux destin d’Amélie Poulain" de Jean-Pierre Jeunet (2000), "Un long dimanche de fiançailles" de Jean-Pierre Jeunet (2004), etc.

Michel Robin a quitté la scène en 2018. Depuis lors, il réside dans un appartement faisant partie d’une résidence pour personnes âgées dans les Yvelines : « La plupart [des résidents] demeurent un mystère pour moi. Ils ne parlent pas, ne s’intéressent à rien. Je me demande quelle vie ils ont eue ! » ("Générations"). Sa fille vient le voir souvent, et on lui livre des plats cuisinés avec les précautions d’usage en période de pandémie de covid-19.

L’homme est encore un grand séducteur, même s’il reste humble devant l’amour : « Il n’y a pas grand-chose à raconter. J’étais tellement timide, que j’étais le Poulidor de l’amour. J’arrivais toujours deuxième ! » avouait-il au magazine suisse "Générations" le 4 mai 2020, en plein confinement, interrogé par Véronique Châtel. Poulidor qui est mort le jour de son anniversaire l’an dernier. Et d’affirmer son vrai âge : « J’assume mon âge, même si je ne réalise pas que j’aurai 90 ans. J’ai toujours 5 ans d’âge mental. Je préférerais avoir 50 ans, mais j’aime être vivant. Je continue de rêver, d’écouter de la musique (…), surtout la nuit, toutes fenêtres ouvertes. J’ai du mal à me projeter au-delà de 95 ans. Il me semble que, alors, je serai peut-être quand même vieux. ». Souhaitons-lui une jeunesse qui perdure !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 novembre 2020)
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Pour aller plus loin :
Alain Delon.
Michel Robin.
Marlène Jobert.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Wladimir Yordanoff.
Jean-Luc Bideau.
Bourvil.
Michael Lonsdale.
Claude Chabrol.
Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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7 novembre 2020 6 07 /11 /novembre /2020 03:16

« Je suis beau. Et il paraît que j’étais très très très très beau. Regarde "Rocco", "Plein Soleil" ! Elles étaient toutes folles de moi, de 18 à 50 ans (…). Les femmes sont devenues ma motivation. Je leur dois tout. Pour elles, j’ai toujours voulu être le plus beau, le plus grand, le plus fort, et le lire dans leurs yeux. » ("Vanity Fair", août 2017).



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Ah, voici que le temps apporte son 85e anniversaire à l’une des plus importantes vedettes du cinéma français depuis la fin de la guerre encore vivantes : Alain Delon est né en effet le 8 novembre 1935 (à Sceaux). Personnalité très forte, caractère en acier trempé, certains ne l’apprécie pas, peut-être parce qu’être star, finalement, sur la durée, ce n’est pas facile à gérer, à vivre. C’est à peu près le seul homme qui, lorsqu’on lui dit "je t’aime", peut dire, tout en gardant toute sa galanterie, "moi aussi" avec le sens : "moi aussi, je m’aime" ! N’est pas goujat qui veut.

Le 16 mai 2019, le Festival de Cannes lui a remis une Palme d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Une sorte de rattrapage depuis 1956. Une palme qui a fait beaucoup couler d’encre à cause de pétitionnaires militantes féministes forcenées qui voulaient interdire au festival la remise d’une telle récompense à un homme (elles sont aussi juges qu’énervées) supposé machiste homophobe (il est contre l’adoption des enfants par les couples homosexuels) et raciste (principalement à cause de son amitié pour Jean-Marie Le Pen, mais il a toujours affirmé qu’il n’a jamais voté pour l’extrême droite, après tout, Laurent Joffrin aussi a bien connu Jean-Marie Le Pen…).

Pierre Lescure (le président du festival) l’a défendu avec force le 14 mai 2019 sur France Inter : « Quand je vois qu’Alain Delon a été le vrai producteur du film "Monsieur Klein", qu’il est allé chercher Joseph Losey qui était un homme plus qu’engagé à gauche, quasiment communiste pour un Britannique à l’époque, et qu’ils ont joué ensemble ce film admirable où Delon exprime un certain nombre de choses très fortes sur les choix politiques et de société, ça va au-delà de l’amitié un peu virile qu’il a pu avoir et afficher avec Jean-Marie Le Pen en son temps. ».

En fait, c’était plutôt Alain Delon qui avait hésité à accepter de la recevoir, cette palme d’honneur qu’il aurait voulu plutôt voir attribuer à ses producteurs et réalisateurs qui ont fait ce qu’il est devenu. Dans "Vanity Fair" d’août 2017, Alain Delon a montré qu’il savait reconnaître ses hommes providentiels : « Je ne savais rien faire. Allégret m’a regardé et m’a dit : "Écoute-moi bien, Alain. Parle comme tu me parles. Regarde comme tu me regardes. Écoute comme tu m’écoutes. Ne joue pas, vis". Ça a tout changé. Si Yves Allégret ne m’avait pas dit ça, je n’aurais pas eu cette carrière. ». Yves Allégret l’a recruté pour son premier long-métrage : "Quand la femme s’en mêle" (sorti le 15 novembre 1957) avec Edwige Feuillère, Jean Servais, Bernard Blier, Pierre Mondy et Jean Lefebvre. Sa plus grande reconnaissance, il l’a dite le 30 septembre 2019 sur LCI, sans modestie : « Je suis, je ne vous l’apprends pas, une star, mais c’est au public que je le dois, c’est eux qui m’ont fait ! ».

Quelques semaines après cette remise à Cannes qu’il considérait comme « un peu un hommage posthume, mais de mon vivant », en juin 2019, Alain Delon a été victime d’un AVC, c’est ce qu’a déclaré son fils Antony le 8 août 2019 : « Mon père a fait un accident cardio-vasculaire et une légère hémorragie cérébrale il y a quelques semaines (…). Toute la famille s’est relayée à son chevet. ». Il est resté trois semaines en soins intensifs à La Pitié-Salpêtrière. Il aurait voulu en finir.

Pendant le premier confinement, Alain Delon ne voulait plus voir personne, ce qui l’a fait régresser dans sa rééducation très longue (en refusant de recevoir son kiné). Mais dernièrement, il y a quelques jours, sa fille Anouchka a démenti toutes les rumeurs sur l’état de son père : Alain Delon se remet de son AVC et il est en convalescence chez lui. Mieux, il continuerait ce projet où il prêterait sa voix pour faire parler De Gaulle.

Partisan du suicide assisté, Alain Delon a prévenu en 2019 : « Maintenant, ce qui est difficile, c’est de partir, parce que je vais partir. ». Déjà le 11 janvier 2018 sur "Paris Match", il avait tout prévu : « Tout est prêt, j’ai ma tombe dans ma chapelle, il y a six places. ». Profondément affecté par la mort de Mireille Darc le 28 août 2017, il a ruminé sur l’évolution de la société : « Je hais cette époque, je la vomis. (…) Tout est faux, tout est faussé. (…) Je sais que je quitterai ce monde sans regrets. ». Dans cet entretien, il n’a pas pu, non plus, s’empêcher de faire le fier pour expliquer son célibat actuel : « Je ne dis pas qu’il n’y a pas de candidates. Il y en a dix, mais aucune pour le moment ne me convient pour finir ma vie. ».

Son compère Jean-Paul Belmondo aussi a dit la même chose sur la société (qui était "mieux-avant"), mais en plus positif, en octobre 2016, après la vague d’attentats : « Jamais je n’aurais pu imaginer, quand je repense à cette France gaie que j’ai connue, que la situation dégénérerait ainsi (…). Quand votre avenir vous inquiète, il est plus difficile de vous réjouir du présent. Mais il faut rester optimiste, profiter de la vie. ».

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Alain Delon aurait pu devenir charcutier (il a passé un CAP de charcuterie à l’âge de 14 ans) mais, grâce à Jean-Claude Brialy (entre autres) qui l’a invité au Festival de Cannes, il a tout de suite subjugué le monde du cinéma à l’âge de 20 ans.

Ce statut de star qu’Alain Delon a atteint à un très jeune âge et très rapidement lui permet de penser et de dire ce qu’il veut, il peut se moquer des réactions. C’est un peu comme Brigitte Bardot, on les aime ou on ne les aime pas, cela ne changera pas leur vie ! Il a réuni dans les salles de cinéma près de 135 millions de spectateurs avec tous les films auxquels il a participé. Qui dit mieux, aujourd’hui ?

Personne ne lui enlèvera sa jeunesse, sa sensibilité de l’époque, une personnalité nuancée, complexe, fragile. Au fil des films, au fil du temps, au fil de la notoriété, Alain Delon est devenu de plus en plus Alain Delon, de plus en plus sa caricature. Peut-être à cause du conseil d’Yves Allégret ? Peut-être la cause des demandes des réalisateurs, des producteurs, des scénaristes ? Il est devenu sa caricature, et finalement, pourquoi s’en départir ?

"Monsieur Klein" (1976) est très sensible, "La Piscine" (1969) est très mystérieuse… Inutile de faire la liste des films qui ont compté pour les Français et dont il fut le personnage central. Ami et rival de Jean-Paul Belmondo, peut-on vraiment dire qu’il a la grosse tête ? C’est difficile à dire, ce qui paraît sûr, c’est qu’il s’est mis une carapace pour se protéger, qui ne le ferait pas, à sa place ? Qu’auriez-vous si vous étiez avec Dalida, Mireille Darc, Romy Schneider, Anne Parillaud, et tant d’autres ?

L’acteur français (et suisse) a accepté quand même de tourner pour la télévision, ce qui n’est pourtant pas le signe d’un orgueil pour sa réputation, lui qui a obtenu un César du meilleur acteur en 1985 (pour "Notre histoire"). Ainsi, il a tourné dans un téléfilm de Louis Choquette "Un mari de trop" (diffusé pour la première fois le 11 octobre 2010 sur TF1) où il campe le vieil avocat richissime refusant de laisser son fils se marier avec la très belle Lorie Pester, jolie mythomane se prétendant fille du bidonnant Jean-Luc Bideau.

Peut-être que comprendre sa personnalité passe par le film "Mélodie en sous-sol" réalisé par Henri Verneuil et sorti le 19 mars 1963. C’était le dernier film du contrat de trois qui liait le réalisateur (et son précieux dialoguiste Michel Audiard et son acteur fétiche Jean Gabin) avec la Metro-Goldwyn-Mayer (MGM), le producteur américain (après "Le Président" et "Un Singe en hiver").

MGM avait prévu l’excellent Jean-Louis Trintignant pour le rôle du jeune truand, mais Alain Delon voulait absolument tenir ce rôle et Henri Verneuil n’y était pas opposé. MGM le refusait car il n’était pas considéré comme assez célèbre (la recette du succès commercial). Certes, Alain Delon venait d’atteindre la notoriété internationale avec "Rocco et ses frères" (Visconti) et "Plein Soleil" (René Clément), mais le public français lui préférait encore Jean-Paul Belmondo qui, justement, était présent dans le deuxième film de la collaboration MGM-Verneuil ("Un Singe en hiver").

L’une des motivations d’Alain Delon de jouer dans "Mélodie en sous-sol", c’était avant tout sa fascination pour Jean Gabin qui l’attirait et qui l’intimidait. Il voulait se rapprocher le plus possible de lui (il guettait son arrivée sur les lieux de tournage). Apparemment, ce fut Henri Verneuil qui trouva la clef pour mettre Alain Delon dans le casting : la MGM accepta qu’il prît le rôle à la condition qu’il jouât gratuitement ! Cachet nul ! Henri Verneuil négocia alors une compensation : qu’Alain Delon puisse avoir les droits de production sur le film dans des pays "exotiques" ou lointains. La MGM n’y voyant aucune malice accepta.

Résultat, Jean Gabin a convenu plus tard qu’Alain Delon avait gagné bien plus d’argent avec ce film que lui-même (dix fois plus). Pour la raison qu’Alain Delon était aussi un homme d’affaires avisé. Ainsi, il avait les droits sur le film pour le Japon, l’Argentine et la Russie (URSS à l’époque). L’acteur s’est alors rendu au Japon, y trouva un distributeur et ce fut un grand succès commercial. Cela explique aussi la grande notoriété d’Alain Delon au Japon. Le principe des stock-options appliqué au cinéma !

Au-delà de l’homme d’affaires avisé (il en a fait d’autres grâce à son argent), il est aussi un amateur d’art beaucoup plus audacieux qu’on pourrait l’imaginer. La fortune encourage l’acquisition d’œuvres artistiques, d’autant plus qu’elles ne sont pas taxables. Ainsi, la collection d’art d’Alain Delon est très précieuse : Dubuffet, Hartung, Soulages, De Staël, Olivier Debré et même Zao Wou-Ki. On a beau critiquer l’acteur (et il est certainement critiquable), ce "répertoire" n’est pas des moins osés et montre qu’il est très capable de s’adapter à l’art contemporain, tout en cultivant le "bon goût".

Je termine par la définition très raffinée qu’a donnée Alain Delon de l’amitié, ce qui peut lui redonner la profondeur d’esprit que certains auraient voulu lui retirer. En effet, le 3 octobre 1996, il lâchait à "Paris Match" : « Un ami ? C’est quelqu’un à qui on peut téléphoner à trois heures du matin en disant qu’on vient de commettre un crime et qui vous répond seulement : "Où est le corps ?" ». Et vous, avez-vous vraiment des amis ?


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Sylvain Rakotoarison (04 novembre 2020)
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Henri Verneuil.
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Jean-Luc Bideau.
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Michael Lonsdale.
Claude Chabrol.
Charles Denner.
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Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
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Brigitte Bardot.
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5 novembre 2020 4 05 /11 /novembre /2020 03:22

« Pour le moment, je vis ma vieillesse dans un état de grande sérénité. Bizarrement, compte tenu de ma tournure d’esprit, la mort ne me fait pas peur. » (Michel Bouquet, "Valeurs actuelles", le 9 octobre 2014).



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Les années passent à une allure folle. C’est vrai que l’année 2020 est peut-être passée un peu moins rapidement en raison de la catastrophe pandémique et de ses conséquences sur le confinement, mais le temps, inexorable, poursuit inlassablement et irrémédiablement sa course effrénée. Voici que l’un de mes acteurs préférés, Michel Bouquet, atteint son 95e anniversaire ce vendredi 6 novembre 2020. 95 ans ! Né quelques semaines avant Michel Piccoli qui, lui, est hélas parti cette année.

Les personnes très âgées impressionnent car elles sont très riches, riches du témoignage d’un temps lointain, passé, trépassé, oublié par les générations suivantes. Michel Bouquet avait 17 ans en 1943. En pleine Occupation ! Il est des jeunesses tragiques. Cela ne veut d’ailleurs pas dire que la jeunesse d’aujourd’hui ne vit pas des événements tragiques, car les confinements, la pandémie de covid-19, la vague durable d’attentats islamistes sont autant de tragédies pour des jeunes en recherche de devenir, d’avenir, d’identité. D’autres "anciens jeunes" ont eu aussi la guerre d’Algérie, ou le sida qui a bouleversé en une sorte de fausse et injuste réaction à la révolution sexuelle consécutive à mai 68.

Il n’est pas un exploit de vivre vieux, c’est plutôt de la chance, peut-être aussi une certaine vigilance dans la manière de vivre, mais il n’y a pas de justice dans ce domaine, des qui-ne-font-pas-attention passent entre les gouttes du destin et des qui-se-surveillent-beaucoup tombent pour pas-de-chance dans un accident, une maladie, etc.

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Ce n’est même pas un exploit d’atteindre le vieil âge avec toute sa tête. Là encore, il n’y a pas de justice. La chance. On peut juste dire maintenant que certains ne deviennent pas séniles, gâteux, mais qu’ils sont devenus malades et que leur maladie atteint le mental, l’esprit au lieu du corps ou en plus du corps. La vie rouillée, les rouages rouillés. Neurones comme muscles, c’est la même chose, c’est la même dégénérescence. Il y en a, c’est du tout ou rien, d’autres, c’est du progressif. Apparemment, Michel Bouquet est passé entre les gouttes. Il a encore le tempérament du jeune acteur. Ou plutôt, il est peut-être même encore plus vivant que durant ses jeunes années.

Car chez certains nonagénaires, il y a des traits de caractère qui s’affirment, comme une certaine bonté, une sérénité qui bonifie les relations, les rend plus chaleureuses, plus compatissantes. Je l’ai même remarqué chez un militaire, un ancien résistant devenu général et qui n’avait rien d’un rigolo : Ministre des Armées de De Gaulle, Premier Ministre de Pompidou, Pierre Messmer s’était métamorphosé pendant sa très grande vieillesse (il est mort au-delà de 90 ans). Il avait le sourire bienveillant. Il n’était plus le militaire mais le grand-père gâteau. Tout le monde ne devient pas Tatie Danielle. Heureusement.

Cette métamorphose est un peu différente à appréhender pour un comédien ou un acteur. Après tout, le métier veut que la personne ne joue qu’un rôle. Un rôle de méchant, de gentil, etc. On dit souvent qu’un bon acteur, c’est justement celui qui est capable de jouer tous les rôles, pas le rôle de lui-même, de son propre caractère. C’est pour cela qu’en sortant des sentiers battus de son propre caractère, le comédien peut (ou pas) se révéler comme un excellent dans ce domaine. Même Coluche pouvait exceller dans un rôle qui n’avait rien de comique. Finis les "maître d’école", "inspecteur La Bavure", Ben-Hur Marcel, "Banzaï" et autres comiques troupiers quand est venu "Tchao Pantin" qui, hélas, a été le seul film de ce type et qui préfigurait un tournant dans une carrière cinématographique beaucoup plus subtile et complexe pour Coluche (hélas…).

Quand on regarde les traits du visage de Michel Bouquet, celui d’une cinquantaine d’années est finalement peu différent de celui d’à peine vingt ans. Il apparaît comme un être lisse, impeccable, rigoureux, un tantinet sévère, plein d’avenir. Le Michel Bouquet nonagénaire (et aussi octogénaire) est beaucoup moins anguleux, beaucoup moins carré et beaucoup plus rond, chaleureux, beaucoup plus gai, vivant, riant, presque avec le comportement presque cabotin qu’on peut retrouver dans "Le Roi se meurt" dont l’auteur Eugène Ionesco voyait le personnage en Michel Bouquet.

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Michel Bouquet, je l’ai adoré en Roi se mourant, mais je l’ai aussi aimé plus jeune dans ses rôles froids, d’homme distant, représentant l’autorité froide, l’ordre mécanique, celle qui écrase tout sur son passage, les choses et les êtres.

Je ne peux m’empêcher de penser à lui quand j’entrevois Javert dans "Les Misérables" (la version sortie le 20 octobre 1982, réalisée par Robert Hossein, un autre nonagénaire, avec Lino Ventura en Jean Valjean et Jean Carmet en Thénardier) ; c’est probablement une erreur car sans doute que le Javert était différent selon Victor Hugo : « En grandissant, il pensa qu’il était en dehors de la société et désespéra d’y entrer à jamais (…). En même temps, il se sentait je ne sais quel fond de rigidité, de régularité et de probité, compliqué d’une inexprimable haine pour cette race de bohêmes dont il était. Il entra dans la police. Il y réussit. À quarante ans, il était inspecteur. Il avait dans sa jeunesse été employé dans les chiourmes du midi. ». Au cinéma, Michel Bouquet n’a pas été le seul Javert, dix-sept acteurs ont joué le rôle, dont Charles Vanel (en 1934), Bernard Blier (en 1958), Bernard Fresson (en 1972), Anthony Perkins (en 1978) et John Malkovich (en 2000) dont la version semble probablement la plus mémorable (aux côtés de Gérard Depardieu et Christian Clavier).

La chaîne Arte a diffusé récemment deux films très réussis de François Truffaut (j’aurais tendance à dire que c’est un pléonasme, tous les films de François Truffaut sont réussis), deux films dans lesquels a joué Michel Bouquet assez jeune : "La mariée était en noir" (sorti le 17 avril 1968), où l’implacable Jeanne Moreau, veuve, se venge en tuant (dans le désordre) Michel Bouquet (Robert Coral), Charles Denner (le peintre Fergus), Michael Lonsdale, Claue Rich, etc., et "La Sirène du Mississipi" (sorti le 18 juin 1969), duo d’amour entre Jean-Paul Belmondo et Catherine Denouve, avec un empêcheur de tourner en rond, le détective privé obtus joué par Michel Bouquet (qui est finalement assassiné, attention spoiler !).

Dans le rôle du mari trompé qui se venge, Michel Bouquet est inquiétant dans "La Femme infidèle" de Claude Chabrol (sorti le 22 janvier 1969) avec une Stéphane Audran (l’épouse) peut-être plus victime que coupable. Toujours cet aspect froidement mécanique qui a fait la perfection des rôles de Michel Bouquet.

Même s’il a joué peu de films depuis ces dernières décennies, il a joué à tout âge, vingt films depuis le début des années 1980 (une moyenne de cinq films par décennies).

Quant à maintenant, Michel Bouquet a tourné son dernier film très récemment, été 2019, "Villa Caprice", réalisé par Bernard Stora, où il joue aux côtés de Niels Arestrup, Irène Jacob, Laurent Stocker, Patrick Bruel, Éva Darlan, etc. Ce film devait sortir dans les salles le 25 novembre 2020 mais sa sortie devrait être reportée pour cause de confinement.

Michel Bouquet, bon anniversaire, et mes souhaits pour de nouveaux films encore !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 novembre 2020)
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Pour aller plus loin :
Le roi ne se meurt pas.
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Marlène Jobert.
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3 novembre 2020 2 03 /11 /novembre /2020 03:38

« Un jour, j’ai récité un poème à mon père. Là, j’ai vu dans ses yeux que ça lui faisait plaisir. Ça a été pour moi un véritable déclencheur. Pour la première fois, j’éprouvais le plaisir d’être reconnue et appréciée. Cela a probablement été l’origine de ma vocation d’actrice. » (Marlène Jobert, "France Dimanche", le 17 décembre 2010).


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L’actrice Marlène Jobert fête ses 80 ans ce mercredi 4 novembre 2020. 80 ans ! Ainsi connu, cet anniversaire choque par l’âge si canonique de celle dont l’image reste synonyme de jeunesse souriante. Sa relative discrétion dans l’espace public depuis une trentaine d’années contribue sans doute à ce "choc" du temps qui passe. Lorsqu’on côtoie tous les jours des proches pendant des décennies, on ne les voit pas vraiment vieillir, car l’avancée du temps est parallèle et simultanée. Lorsqu’on retrouve un ami qu’on n’a pas revu depuis des décennies, le choc peut être rude. Ou pas.

Pour Marlène Jobert, le choc n’est pas rude car elle n’a pas vraiment changé. Elle est d’abord une voix, une voix émue et émouvante, une voix si indispensable. Elle est aussi une beauté, une beauté non exubérante mais réelle, une beauté de timidité. Un joli minois, des taches de rousseur qui lui confèrent (conféraient ?) le petit plus pour tomber définitivement sous son charme, nourri par un sourire irrésistible et le regard associé. Un corps évidemment, qui pourrait être celui d’un sex symbol (désolé pour mon anglicisme), et pourtant, le mental devait être à mille lieues de cette figure du sex symbol.

"Paris Match", qui lui a rendu hommage lors de la sortie de son autobiographie ("Les Baisers du soleil", éd. Plon, 2014), décrit ainsi Marlène Jobert, « l’icône mutine des seventies » : « Aussi rare que discrète, [elle est] l’une des artistes les plus appréciées et les plus respectées de son époque. Gracieuse, douce et faussement candide, cette égérie des seventies a insufflé un vent de fraîcheur dans le milieu du septième art. » (Sarah Louaguef, le 4 novembre 2014).

Elle a joué avec les plus grands acteurs, de Lino Ventura à Jean-Paul Belmondo, en passant par Yves Montand, Gérard Depardieu, Annie Girardot, même avec Charles Bronson. Elle a été dirigée par de grands réalisateurs comme Jean-Luc Godard, Michel Deville, Yves Robert, Louis Malle, Michel Audiard, René Clémeent, Jean-Paul Rappeneau, Philippe de Broca, Claude Chabrol, Maurice Pialat, Remo Forlani, Robert Enrico, Claude Goretta, Yves Boisset, Claude Lelouch, Didier Kaminka, etc.

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Elle a participé à de nombreux grands films, comme "Alexandre le Bienheureux" (1967), "Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages" (1968), "Dernier domicile connu" (1970), "Les Mariés de l’an II" (1971), "Nous ne vieillirons pas ensemble" (1972), "Julie pot de colle" (1977), "Les cigognes n’en font qu’à leur tête" (1989), son dernier film, etc. Les années 1970 furent fastes, la trentaine, elle a ébloui tous les écrans des salles de cinéma de son éclat humain.

Loin du star-system, Marlène Jobert a finalement tourné peu de films, malgré son grand succès, seulement une trentaine, un peu plus d’une quarantaine si l’on compte les téléfilms, et si elle a reçu un César, c’est vraiment du bout des lèvres, sur le tard, en 2007, un César d’honneur, comme si l’on l’enterrait déjà.

S’il fallait n’évoquer qu’un seul film, je sortirais des sentiers battus et je proposerais "L’Amour nu", réalisé par Yannick Bellon et sorti le 7 octobre 1981. Je me souviens l’avoir vu en salle mais je ne sais pas s’il est accessible aujourd’hui. Film confidentiel, il n’a pas dû avoir beaucoup de succès commercial et pourtant, on pouvait y percevoir la Marlène Jobert touchante, émouvante, tout en finesse, tout en délicatesse.

L’histoire est déjà importante. Elle pourrait être aujourd’hui très banale, mais il y a une quarantaine d’années, c’était, à ma connaissance, la première fois que le cinéma s’intéressait pleinement, franchement, à l’un des faits de société les plus terribles : que faire lorsqu’on apprend qu’on a le cancer ? qui plus est, à une époque où le diagnostic valait souvent condamnation. Ce qui, aujourd’hui, est heureusement moins vrai avec les progrès très importants de la médecine en cancérologie.

Marlène Jobert, le personnage principal, joue la jeune femme seule qui apprend qu’elle a un cancer, et rencontre un homme. Cet homme, d’ailleurs, est joué par le rêveur artiste Jean-Michel Folon, à ma connaissance, sa seule participation au cinéma (renseignements pris, il a joué dans trois autres films, dont un de Michel Polac, mais pas un premier rôle comme ici).

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Pourquoi Marlène Jobert a-t-elle arrêté le cinéma ? Probablement à cause de son instinct maternel. Dans une interview qu’elle a accordée aux éditions Charleston en 2014, elle confiait ainsi : « Je suis une mère fusionnelle, je le confesse ! J’ai toujours eu du mal à quitter Eva et Joy [ses filles jumelles, nées le 6 juillet 1980]. Je partais pour les tournages avec des semelles de plomb ! Le jour où j’ai décidé d’arrêter ma carrière d’actrice, ce jour-là, Eva et Joy m’avaient emprisonnée dans leurs petits bras pour m’empêcher de partir… Arrivée en bas de l’immeuble, je suis remontée leur dire que le film que je tournais serait le dernier. Et j’ai tenu parole. ».

Dans cet entretien, elle a ajouté : « Je me suis reconnue aussi dans le personnage de Simone de Beauvoir, en particulier pour cet énorme appétit de liberté. Quand elle arrive à Paris, à 19 ans, dans son appartement, libre comme l’air, et loin du regard maternel qui la surveillait… J’avais l’impression de me revoir, moi à 17 ans, à Dijon, quand toute la famille a accompagné mon père militaire muté à Madagascar [c’était en 1947-1948…]. Et que j’ai respiré enfin, loin des interdits ! C’est alors que ma vie a commencé… ».

Si elle a disparu des radars du cinéma, c’est donc parce que la maman l’a emporté sur l’actrice, et aussi parce qu’elle a fait autre chose, elle s’est consacrée à d’autres activités. Elle a enregistré quelques disques dans les années 1980, avec quelques chansons à succès, comme "Hey, Amore !".





Mais son activité principale depuis plusieurs décennies, c’est conteuse. Cela rejoint les rêves de Folon ! Elle est conteuse pour les enfants. Elle a écrit et lu une vingtaine de livres audio qu’elle a enregistrés, qui ont eu un très grand succès. Elle en a vendu plus de 15 millions d’exemplaires dans le monde !

En 2014, avec son autobiographie (citée plus haut), Marlène Jobert s’est confiée plus que d’habitude, elle qui était d’habitude très réservée, au point de démentir un article assez fumeux qui, non seulement, évoquait une "liaison" avec le Président Valéry Giscard d’Estaing, mais qui avait en plus laissé entendre que ses filles était issues du locataire de l’Élysée !

On lui a également prêté une "liaison" avec Johnny Halliday, ce qui l’a fait réagir le 26 septembre 2018 : « On avait des affinités, on n’avait pas besoin de se parler. J’étais très touchée mais cette amitié n’a pas eu l’occasion de s’épanouir. » (dans "Gala"). C’est vrai que dans ce domaine comme dans les autres, on ne prête qu’aux riches !

Le 13 octobre 2017 sur Europe 1, elle a aussi annoncé que sa fille Eva Green, actrice (connue dans "Miss Peregrine" de Tim Burton), a été, elle aussi, une victime du prédateur sexuel Harvey Weinstein qui a beaucoup insisté pour coucher avec elle : « Elle ne répondait pas (…). Elle était un peu intimidée, ce type avait tellement de pouvoir ! De pouvoir sur tout le cinéma ! Il a dû lui mettre tellement de bâtons dans les roues, car il était vexé  (…). C’était difficile, [elle] a mis du temps à s’en remettre, elle préfère oublier et ne pas en parler aujourd’hui. (…) Il l’a menacée de la détruire professionnellement (…). Car si le gros porc avait été évincé par sa victime, pour se venger, il interdisait [aux réalisateurs] de la choisir. Donc réagir brutalement pour une jeune actrice, c’était aussi se mettre en danger, être rayée des listes (…). À l’époque, j’avais été tellement horrifiée, scandalisée, que je voulais faire quelque chose, mais ma fille m’a dit : "Surtout pas ! Tu ne peux pas savoir tout le mal dont il est capable". ».

Si Marlène Jobert est autant maternelle, autant maman conteuse, c’est sans doute à cause de son enfance. Le 17 décembre 2010 à "France Dimanche", Marlène Jobert a en effet raconté qu’elle avait eu une enfance difficile avec ses parents : « C’est vrai que, gamine, j’ai subi des humiliations qui m’ont fait perdre le capital minimum de confiance en soi pour se sentir bien dans sa peau. Aujourd’hui encore, j’en garde des séquelles. (…) Je me suis peu à peu réconciliée avec la vie. J’ai gagné en sérénité. Mais je doute encore énormément de moi. » (propos recueillis par Daphné de Givry). Et c’est probablement la raison qui a fait qu’elle jouait aussi "vraie", dans une timidité émouvante.

Toujours focalisée sur les enfants, Marlène Jobert ? Oui. Lors du premier confinement, elle avait réussi à convaincre son éditeur (les éditions Glénat) de mettre gratuitement à la disposition des enfants, pendant une durée donnée, quelques-uns de ses livres parlés pour leur permettre de passer le temps tout en se divertissant et en se cultivant (sur le site Idboox). Je ne sais si elle a pu renouveler l’initiative avec ce second confinement, en sachant que les enfants, au contraire du premier, doivent maintenant continuer à aller à l’école.


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Sylvain Rakotoarison (02 novembre 2020)
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26 octobre 2020 1 26 /10 /octobre /2020 03:27

« Dans ce combat, aux implications mondiales, la France a pris la part essentielle. Parce que c’est l’Afrique. Parce que c’est la France. L’histoire nous oblige. Et aussi la veulerie des autres puissances, trop contentes de nous laisser la main. » (Claude Weill, le 15 mai 2019, sur la guerre au Mali contre le djihadisme).


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L’éditorialiste politique Claude Weill fête son 70e anniversaire ce mardi 27 octobre 2020. Né au Puy-en-Velay, il a fait des études de droit à Lyon puis à l’IEP Paris, avant de devenir journaliste. Il tient actuellement une chronique politique dans "Nice-Matin" (et aussi "Var-Matin").

C’est l’occasion de faire un peu sa promotion, d’autant plus que la personnalité n’est pas du genre à faire la star. Claude Weill a une particularité qui est très rare : jusqu’à maintenant, j’ai toujours trouvé toutes ses positions mesurées et pertinentes. Ne pas avoir, sur aucun sujet, une seule dissonance est très rare, en effet, vu la multitude des sujets, leur complexité et les interactions plus ou moins personnelles que peut avoir chacun avec les sujets en question (par exemple, aussi objectif qu’on puisse vouloir être, on réagira d’une manière différente sur la justice selon que l’on a eu ou pas un enfant victime d’un prédateur criminel).

Cette diversité des positions est d’ailleurs un problème plus politique que journalistique. Le journaliste cherche à éclairer ses lecteurs ou auditeurs, mais il n’agit pas, et ne demande pas à agir, il observe et laisser agir. Il peut éclairer d’un côté, de l’autre, de tous côtés. Le responsable politique, qui a l’ambition d’agir, et donc, qui cherche les suffrages de ses contemporains, doit lui aussi avoir une vision claire de la situation avant d’agir.

Mais dans l’offre politique, il est difficile de trouver un candidat (ou candidate !) qui propose exactement la même vision que celle qu’on a de la situation dans tous les domaines : économie de marché/économie planifiée, Europe/pas d’Europe, immigration/pas d’immigration, répressif/préventif, nucléaire/pas nucléaire, lutte contre le réchauffement climat/jmenfoutisme, etc. Et même, de nouveaux clivages sont apparus récemment sur les questions sanitaires dans ce marché de "l’opinion publique" avec l’action et réaction face à la pandémie de covid-19 (et les 52 010 nouveaux cas de contaminations en une seule journée ce dimanche 25 octobre 2020 ne peuvent pas laisser indifférents ni les pouvoirs publics ni les citoyens soucieux de la protection des leurs).

En quelque sorte, il y a autant d’électeurs que de configurations d’opinions sur tous les sujets possibles, des plus anecdotiques aux plus essentiels, et pourtant, il y a quelques invariants, comme la République (la proportion des monarchistes dans la population française est infime), et un certain nombre d’autres sujets sur les valeurs qui unissent le peuple à certaines occasions graves, comme l’assassinat de Samuel Paty, pour le plus récent.

C’est dire qu’un éditorialiste politique qui émet les mêmes avis que moi, soyons ici égocentré, c’est rare et c’est cette remarque que je me suis faite un jour qu’il discourait sur un plateau de télévision, ce qui lui arrive assez souvent, que ce soit sur LCI ou sur France 5. Évidemment, tout le monde se moque de ce que je peux penser, mais ce qui me réjouit, c’est qu’il y a encore un peu de bon sens qui perdure dans ce monde médiatico-internautique de plus en plus fou où des absences de vérité flagrantes sont désormais non seulement monnaies courantes mais bases de raisonnements forcément douteux, forcément foireux, qui massacrent ce que j’avais toujours appris de la logique (cela dit, si cela ne se portait pas sur des sujets graves et si cela n’avait pas de conséquences parfois désastreuses sur les décisions qui sont prises par les électeurs et les pouvoirs publics, je dirais que cela aurait au moins le mérite d’être distrayant).

Que je sois dans une même compréhension que Claude Weill, cela peut paraître dans un premier abord assez normal car il a du bon sens (la chose la mieux partagée du monde !) et surtout, il ne cherche pas à mettre son ego dans ses réflexions (y mettre l’ego, c’est catastrophique lorsqu’on se rend compte qu’on s’est trompé, ce qui est valable pour tout le monde puisque personne n’est infaillible).

Le bon sens, c’est par exemple de ne pas surinterpréter les événements, soit en tordant la réalité pour les coller dans son propre logiciel parfois idéologique ou militant, soit en allant jusqu’à un complotisme plus ou moins conscient (c’est hélas très fréquent de nos jours, même chez des personnes qui seraient en principe à exclure de ce genre d’écart, la vieillesse peut éventuellement être une raison, comme l’ego).

Pour Claude Weill, c’est d’autant plus étonnant que je n’ai non seulement jamais été socialiste mais le socialisme m’a toujours paru être une idéologie en retard sur son temps, par le fait qu’il rend la société binaire alors qu’elle est plus uniforme qu’on ne le croit, plus uniforme et moyenne, "tiède", qu’on ne le croit. La société n’est pas composée d’exploiteurs et d’exploités, il y a tous ceux qui sont ni l’un ni l’autre, il n’y a pas que des riches et des pauvres, il y a un énorme "marais" de classe moyenne, celle d’ailleurs en partie des gilets jaunes, qui est devenue d’autant plus la vache à lait des politiques fiscales et sociales qu’elle est la plus nombreuse. J’ai toujours considéré qu’il fallait partir des personnes humaines pour réfléchir sur comment améliorer le monde et pas sur la société en tant que telle (trop abstraite).

Or, justement, Claude Weill a "sévi" dans le journalisme politique chez les socialistes, d’abord au quotidien "Le Matin de Paris" de 1977 à 1984, puis après une année sur Antenne 2 en 1985, il est entré à l’hebdomadaire de Jean Daniel "Le Nouvel Observateur" jusqu’à en être devenu le directeur de la rédaction de juillet 2011 à juin 2014. Soyons d’ailleurs clairs que j’ai dû certainement avoir des positions politiques différentes dans les choix présidentiels, mais à ma connaissance, comme ce que devraient faire les éditorialistes politiques en général, il n’a jamais fait campagne pour aucun candidat (cela dit, j’ai pu "rater" certaines de ses prises de position).

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Ce qui est intéressant dans les analyses politiques, ce n’est pas leur traduction électorale, puisque l’acte de voter (du reste, comme l’acte d’achat) n’est pas forcément basé sur une logique infaillible, l’intuition peut majoritairement l’emporter (l’idée que ce candidat-là nous mènera le pays au désastre, ou au contraire, au grand soir). C’est donner une vision d’un événement sans forcément le politiser. Et c’est ce que semble faire Claude Weill de la manière, selon moi, la plus pertinente, la plus dépassionnée.

C’était le cas à propos de la polémique sur les masques. Loin d’imaginer que le gouvernement avait bâti une doctrine sur le port du masque en mars 2020 spécialement pour s’adapter à la pénurie et se focaliser sur l’équipement du personnel soignant, Claude Weill pense que la doctrine française était depuis longtemps celle de ne pas faire porter de masque aux personnes non contaminées et non soignantes. Ce qui peut conforter cette idée, c’est qu’au-delà du gouvernement, beaucoup de médecins, qui n’avaient aucune raison de soutenir le gouvernement sur ce sujet (au contraire, ils étaient plutôt à vouloir râler contre cette pénurie), exprimaient cette même doctrine parce qu’ils avaient toujours "appris" cela quand ils étaient étudiants.

videmment, s’exprimer sur beaucoup de sujets dans le temps, ce qui est le métier des éditorialistes, c’est risquer de dire des "bêtises" a posteriori. Par chance pour eux, on ne revient jamais en arrière, pas par charité mais par manque de temps : l’actualité ne recule jamais et un événement chasse l’autre tellement rapidement qu’on revient rarement en arrière.

Ainsi, dans sa chronique du 22 septembre 2020 dans "Nice-Matin", Claude Weill commentait le "mouvement du 14 septembre" des collégiennes et lycéennes pour porter les vêtements qu’elles désirent porter à l’école : « Beau sujet pour les sociologues que cette bataille du crop top, ce haut court laissant apparaître le nombril. », bataille dans laquelle il voyait, entre autres , « la revendication du droit pour les filles de porter ce qu’elles veulent (…) sans être vues comme des objets sexuels. ».

Et il faisait le parallèle avec un professeur des écoles couvert de tatouage, ce qui pouvait choquer ses écoliers : « L’apparence, le message qu’elle envoie font partie du rapport pédagogique. » en insistant sur le fait que l’enseignant, pour les petites classes, est « une référence, un modèle, une figure dans laquelle tous les enfants puissent se reconnaître », ce qui l’amenait à considérer qu’il fallait garder un certain nombre de "codes".

Et surtout, ce qui l’amenait à citer Jules Ferry : « Si un maître s’apprête à faire ou dire quelque chose qui puisse choquer un seul parent, qu’il s’abstienne. ». Évidemment, quelques semaines plus tard, citer une telle parole peut être maladroit sinon choquant dans un contexte très différent, celui de l’assassinat de Samuel Paty…

Dans un autre éditorial, évoquant le 15 mai 2019 à la cérémonie d’hommage national à Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello aux Invalides le 14 mai 2019, deux soldats français tués au cours d’une opération de sauvetage de deux otages français en Afrique, Claude Weill pointait du doigt l’indifférence de "l’opinion publique" dans ce qui pourrait être appelée une "sale" guerre : « Depuis plus de six ans, quelque 4 500 soldats français sont déployés au Sahel, sur un théâtre d’opérations grand comme l’Europe. (…) La violence se métastase. (…) L’Afrique est tout simplement en passe de devenir le principal théâtre de la guerre mondiale contre le djihadisme. Pour la France, le risque d’enlisement réel. ». Un contexte qui est revenu récemment dans les feux de l’actualité avec la libération de Sophie Pétronin.

C’est le rôle d’un analyse politique d’alerter, même s’il faut de la pondération et de la raison, sans forcément de l’allégeance au pouvoir. Parce qu’il y a une chose qu’il sait, et que tous devraient savoir, selon la formule de Talleyrand : « Tout ce qui est excessif est insignifiant. ». C’est en ce sens que ce que dit Claude Weill a peut-être beaucoup plus de signifiant que bien d’autres éditorialistes qui vivent de leur opposition stérile et excessive au pouvoir en place. Et son humilité y contribue probablement. Pour preuve, l’un de ses essais chez Flammarion (1993) a pour titre : "Je ne fais que passer" !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Claude Weill.
Irina Slavina.
Anna Politkovskaïa.
Le Siècle de Jean Daniel selon Desproges, BHL, Raffy, Védrine et Macron.
Claire Bretécher.
Laurent Joffrin.
Pessimiste émerveillé.
Michel Droit.
Olivier Mazerolle.
Alain Duhamel.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201027-claude-weill.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/claude-weill-je-ne-fais-que-passer-228073

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/10/21/38602055.html





 

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