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15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 18:31

« Parle comme s’il n’y avait pas de lendemain pour rattraper ce que tu as dit la veille. » (Henri Verneuil, "Mayrig",  éd. Robert Laffont, 1985).



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Le jeudi 15 octobre 2020, les cinéphiles français célèbrent le centenaire de la naissance du réalisateur Henri Verneuil, né le 15 octobre 1920 dans une ville portuaire, au bord de la mer de Marmara, en Thrace (à Rodosto, Tekirdag en Turquie). Il est mort à Bagnolet le 11 janvier 2002 à l’âge de 81 ans. Sans jamais avoir renié ses origines arméniennes (il est né Achod Malakian), il s’est senti Français et fut même l’un des ambassadeurs du rayonnement culturel de la France par ses œuvres cinématographiques dites "populaires". Selon sa fille Sophie, il disait souvent (lire ci-dessous) : « Arménien je suis, mais plus Français que moi, tu meurs ! ». Et sa fille de préciser le 18 janvier 2002 : « Mon père était un homme de principe, de rigueur et d’honneur. ».

Être né quelques années après le génocide arménien, pourchassé par le gouvernement turc, Henri Verneuil n’a pas dû son nom vraiment au hasard. Le réalisateur Régis Wargnier a expliqué la genèse du nom le 1er février 2012 : « Un homme monte à vive allure les marches d‘un grand escalier rococo. Il est brun, grand, on sent dans son attitude de l’énergie, et en même temps, de la décontraction. Depuis le palier supérieur, deux hommes le regardent approcher. Ils se postent devant lui. "Vous êtes Henri Verneuil ? ". "Ah non, pas du tout", répond l’homme. Il poursuit son chemin et entre dans les bureaux du quotidien "La Marseillaise". Le rédacteur en chef l’entraîne à l’écart : "Achod, il faut que je t’explique. Quand j’ai reçu ton papier hier sur la commémoration du génocide arménien, j’ai pensé que tu ne pouvais pas le signer sous ton vrai nom…". Il se tourne vers son bureau, où trône un calendrier, avec une photo de "Verneuil-sur-Avre", et il ajoute : "pour le prénom, un roi de France, Louis ou Henri, ça fait vrai…". À ce moment, les deux hommes du palier entrent dans les locaux. Achod se dirige vers eux : "Excusez-moi, messieurs, j’étais distrait, mais je suis bien Henri Verneuil…". (…) Quelques mois plus tard, Achod s’en souviendra, le jour où il désirera se trouver un nom pour entrer dans le monde du cinéma. Et il a fait preuve, lors de cette confrontation, de quelques qualités indispensables à un réalisateur : la capacité d’adaptation, le sens de la volte-face, l’art de se contredire. ».

Marqué plus tard par "Lawrence d’Arabie" de David Lean, Henri Verneuil a commencé grâce à Fernandel en adaptant un livre de Marcel Aymé : « Le premier mérite d’Henri Verneuil avec "La table aux crevés", c’est d’avoir fait le film dont il rêvait, sans se laisser dévorer par l’appétit, généreux mais insatiable, de Fernandel, et de donner ainsi une existence et une présence à tous les personnages. » (Régis Wargnier). Beaucoup de films avec Fernandel ont suivi. Henri Verneuil, aidé de très grands (comme Henri Troyat, Joseph Kessel, Robert Merle, Henri Jeanson, etc.) a su raconter de belles histoires à la France des années 1950. Avec un sommet pour "La vache et le prisonnier". Cela lui a apporté la réputation d’un cinéaste "populaire" (boudé par la critique et le milieu intellectuel français) et des contrats avec des producteurs américains. S’est mis en place rapidement le "triumvirat" : Henri Verneuil (réalisation), Michel Audiard (scénario) et Jean Gabin (acteur). On peut aussi rajouter dans certains films Ennio Morricone pour la musique (aussi Maurice Jarre).

Régis Wergnier a raconté les premiers moments, très tendus, de la collaboration entre Henri Verneuil et Jean Gabin (dans "Des gens sans importance") : « Premier jour de tournage : Jean Gabin arrive sur le plateau, où Henri a fait installer vingt-cinq mètres de rail d’un travelling. Jean, sceptique, s’approche : "Je savais pas que j’allais faire un film avec un chef de gare…". Henri Verneuil, froissé, quitte le plateau et monte dans sa loge. Quand il en ressort, manteau sur l’épaule, Gabin l’attend. "Bon, ben je savais pas non plus qu’on pouvait pas plaisanter…". Chacun a pris ses marques : elles leur seront bien utiles pour la suite. ».

Et l’académicien des beaux-arts de rappeler que Jean Gabin était très excellemment dirigé par Henri Verneuil dans trois films devenus des "classiques" : "Le Président" (d’après Georges Simenon), "Un singe en hiver" (d’après Antoine Blondin) et "Mélodie en sous-sol" (d’après John Trinian) : « On dit et redit, écrit aussi, que Jean Gabin faisait du Gabin. Alors, revoyez ces trois films, où l’acteur interprète des personnages très différents, contrastés même. (…) [Des trois personnages de ces trois films], il n’y a aucun point commun, sinon l’acteur Jean Gabin qui les incarne. D’un film à l’autre, il est méconnaissable. Les costumes, les coiffures, les maquillages, les langages créent la différence, mais c’est de l’intérieur e l’acteur que naît la transformation. Ce travail, qui s’accomplit avec le metteur en scène, est indéfinissable, la seule chose que je sais, c’est qu’il y a un lien de rencontre, un territoire, qui est le personnage. Il faut lui donner de la chair, et faire surgir la vie, avec ses palpitations, ses tremblements, ses parfums, sa beauté, sa crudité, sa cruauté aussi. ».

Dans les deux derniers films cités, il y avait aussi Jean-Paul Belmondo et Alain Delon, autres nouvelles stars. Le 6 juillet 1981, voici comment Henri Verneuil voyait ces acteurs : « D’un côté, un pachyderme. Lent. Lourd. Les yeux enfoncés sous des paupières ridées et, dans l’attitude, la force tranquille que confère le poids. Celui du corps. De l’âge. De l’expérience (…) : Gabin. De l’autre, un félin. Un jeune fauve, toutes griffes rentrés, pas un rugissement mais des dents longues et, dans le regard bleu acier, la détermination de ceux qui seront un jour au sommet : Delon. ». Et Bebel : « Mon regret, c’est de ne pas avoir dirigé John Wayne, Clark Gable ou Spencer Tracy, mais j’ai eu la chance de travailler avec Jean-Paul Belmondo, qui, à lui seul, les résume tous. Ce qu’on admet chez Gary Cooper, on ne le reconnaît pas chez Jean-Paul Belmondo. Quand il descend le long d’un filin suspendu à un hélicoptère, il peut jouer Néron lorsqu’il arrive en bas. ».

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Beaucoup de films réalisés par Henri Verneuil sont donc très connus du grand public, devenus des "classiques", certains mettant en scène des stars du cinéma français comme (donc) Fernandel, Jean Gabin, Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, Bernard Blier, Lino Ventura, Yves Montand, Daniel Gélin, Jean-Pierre Marielle, Omar Sharif, François Périer, Pierre Mondy, Charles Denner, Rosy Varte, Jean-François Balmer, etc. et même des stars américaines, notamment Anthony Quinn et Charles Bronson. Ses trente-sept longs-métrages sortis entre 1951 et 1992 (en quarante ans de carrière) ont totalisé, rien qu’en France, plus de 92 millions d’entrées !

Parmi les films que j’ai adorés et qui restent des références, si je voulais n’en citer que cinq, je citerais volontiers en premier "Le Président" bien sûr, en Jean Gabin l’équivalent de Clemenceau, ensuite "I comme Icare", film très politique aussi, reprenant l’assassinat de John Kennedy et intégrant la fameuse expérience de Stanley Milgram, "Peur sur la ville" avec la description du nouveau quartier parisien de Beaugrenelle (et les acrobaties de Belmondo), "La vache et le prisonnier", avec Fernandel (et Marguerite), et "Week-end à Zuydcoote" qui évoque un épisode de la Seconde Guerre mondiale (l’auteur du roman qui l’a inspiré, Robert Merle, avait été fait prisonnier par les Allemands à Dunkerque en juin 1940).

Lorsqu’en 1982, il a présenté "Mille milliards de dollars" (qui ne fut pas un énorme succès commercial), Henri Verneuil a montré ses talents de précurseur et de visionnaire, en dénonçant « les dangers de la mondialisation, propice à l’apparition de sociétés aussi tentaculaires qu’inhumaines, dans lesquelles chacun n’est qu’un pion jetable à volonté, obligé de faire sans cesse du profit pour espérer survivre, au gré, et malgré, des gouvernements qui se succèdent ici et là ».

Consécration pour des cinéastes de cette dimension, Henri Verneuil a reçu en 1996 un César d’honneur pour l’ensemble de son œuvre, mais il faut noter qu’il n’en a jamais reçu pour un film en particulier malgré quelques pépites et chefs-d’œuvre (il fut juste nommé en 1980 pour le César du meilleur scénario pour "I comme Icare", ainsi qu’en 1956, pour l’Oscar du meilleur scénario pour "Le Mouton à cinq pattes").

Il a par ailleurs reçu en 1992 le Prix Jean Leduc de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre (furent aussi récompensés par l’Académie française Jean-Paul Rappeneau en 1993, Yves Robert en 1991, Bertrand Tavernier en 1990, Jean-Jacques Annaud en 1989, Alain Resnais en 1986, Éric Rohmer en 1984, Jean-Loup Dabadie en 1983, Pierre Schöndörffer en 1982, Michel Audiard en 1981, Claude Miller en 1981, François Truffaut en 1980, Joseph Losey en 1979, Pierre Dumayet en 1978, Claude Goretta en 1977, Nicole de Buron en 1976, Claude Lelouch en 1975, Claude Pinoteau en 1974, Claude Sautet en 1973, Jean-Claude Brialy en 1972, etc.).

Consécration ultime, Henri Verneuil fut élu le 29 mars 2000 membre de l’Académie des Beaux-arts, reçu le 6 décembre 2000 : « Je vous remercie sincèrement de ce plaisir supérieur que vous m’offrez : siéger dans votre illustre Compagnie et flâner grâce à vous dans tous ces beaux-arts où vous excellez. Monsieur le secrétaire perpétuel, ai-je besoin de vous dire combien je suis sensible au grand honneur que vous me faites en m’installant personnellement sous cette illustre Coupole. Votre discours de réception sera la dernière page d’une modeste histoire d’intégration. Une intégration à la française. Celle qui permet de garder intacts tous les éléments de sa première culture, la seconde devient alors un enrichissement exceptionnel. Ainsi donc, permettez-moi de vous dire respectueusement, Monsieur le secrétaire perpétuel : Arménien je suis, plus Français que moi, tu meurs ! ».

À l’acte de création, Henri Verneuil a opposé l’intellectualisme dont il a été souvent victime en France : « Tout au long de ces cinquante ans, j’ai assisté aussi à la naissance d’un cinéma qui sacrifie souvent son instinct, son lyrisme et ses jaillissements à quelques satisfactions narcissiques et cérébrales. Applaudis, encouragés par quelques fantoches de l’art, je les ai vus lentement rongés par cette bactérie qu’est l’intellectualisme systématique. En l’absence de talent, on se croyait obligé d’être intelligent. (…) Tous les grands créateurs l’ont dit : l’intelligence en art ne crée pas. Elle se traîne de raisonnements en analyses, de jugements en destructions, elle tableronde, elle colloque, elle séminarise mais elle n’avance pas, elle reste monotone et pédante parce qu’il lui manque le souffle de vie, ce jaillissement de l’inconscient qui va devenir beauté. On réfléchira… après ! ».

Sur le cinéma, Henri Verneuil n’hésitait pas à encenser André Malraux : « Depuis cinquante ans, nous sommes très nombreux avec cette certitude que le cinéma sera populaire ou ne sera pas. L’art cinématographique ne peut attendre que la communication s’établisse entre l’œuvre et le public. La communication immédiate est la première condition de son existence même. La postérité cinéphilique se limite à un tout petit cercle de sympathiques phraséologues qui en perdent leurs râteliers en expliquant aux metteurs en scène ce qu’ils avaient voulu dire il y a trente ans. André Malraux fut peut-être l’intellectuel qui a le mieux compris le cinéma en le définissant par deux mots antinomiques : "Le cinéma est un art et une industrie". Tout est dit ! ».

Dans la conclusion de son hommage à Henri Verneuil, Régis Wargnier, qui lui a succédé à son fauteuil d’académicien, a relevé : « Je me tourne vers vous, chers académiciens, et je vous remercie d’abord d’avoir accueilli Henri Verneuil parmi vous. Cette reconnaissance, c’est vous qui la lui avez apportée. Il en a été très fier, et très bouleversé, je l’ai entendu de ses proches. Vous avez su voir quel homme, et quel créateur il était. Je pense à ces femmes, et à ces hommes, dont la beauté ou le charme sont si évidents, si présents, qu’ils nous subjuguent, et il nous faut alors un peu de temps pour nous rendre compte qu’ils ont aussi de l’esprit. Pour Henri Verneuil, c’est pareil : le succès a caché son talent. Son nom évoque l’action, la comédie, l’aventure, ou encore l’épopée. Mais il a aussi (…) embrassé le vingtième siècle avec ses monstruosités. ».

En terminant sur le film "La vingt-cinquième heure" : « Un monde dans lequel l’homme ne peut plus exercer sa liberté en face d’une société déshumanisée. Il partageait certainement cette vision assombrie de notre condition humaine, c’était la marque indélébile de son enfance, arrachée à sa terre. La suprême élégance d’Henri Verneuil aura été de nous le cacher, en nous offrant des films, et une œuvre, qui clame le contraire : sa foi dans l’amitié, dans l’amour, dans notre humanité. Dans la vie tout simplement. ». Un homme qui cachait bien son jeu …pour le plus grand bonheur des cinéphiles.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Henri Verneuil.
Wladimir Yordanoff.
Jean-Luc Bideau.
Bourvil.
Michael Lonsdale.
Claude Chabrol.
Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/le-cinema-populaire-d-henri-227829

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7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 10:52

« Wladimir Yordanoff était avant tout un grand comédien de théâtre. (…) C’est une voix et une silhouette reconnaissable entre tous qui quittent la scène artistique française. » (Roselyne Bachelot, communiqué du 6 octobre 2020).



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Le comédien français Wladimir Yordanoff est mort ce mardi 6 octobre 2020 "des suites d’une maladie fulgurante" (selon son agence artistique). Seulement 66 ans (né le 28 mars 1954 à Monaco) dont 46 ans au théâtre, au cinéma et à la télévision. Second rôle au visage connu des cinéphiles français, le regard légèrement sévère, il avait un petit air de tendresse à la Pierre Desproges, mâtiné d’un petit côté Christian Clavier en mix avec Lino Ventura (cela fait un drôle de mélange !). On aurait pu croire, avec son nom, qu’il descendait d’une longue lignée aristocratique bulgare (son père, grand violoniste, premier violon solo à l’orchestre national de l’opéra de Monte-Carlo puis à l’Orchestre de Paris, est mort le 4 septembre 2011 à Chatou, près de Paris).

Formé au théâtre par notamment Antoine Vitez, Wladimir Yordanoff a commencé à jouer sur les planches à l’âge de 20 ans dans une pièce de Shakespeare, et cela jusqu’à la fin de sa vie. Près d’une cinquantaine de pièces, avec des metteurs en scène comme Roger Planchon, Claude Santelli, Patrice Chéreau, etc. Il fut récompensé par le Molière du comédien dans un spectacle de théâtre privé en 2016 pour sa prestation dans "Qui a peur de Virginia Woolf ?", pièce d’Edward Albee mise en scène par Alain Françon à l’Odéon-Théâtre de l’Europe à Paris. Sa dernière pièce fut jouée en 2019 au Théâtre Hébertot à Paris, "En garde-à-vue" de John Wainwright, mise en scène de Charles Tordjman.

Wladimir Yordanoff a tellement aimé le théâtre qu’il a publié sa première pièce le 1er septembre 2000 : "Droit de retour, ou, La Part de l’ange", créée le 15 septembre 2000 au Théâtre Hébertot, une histoire en Allemagne de retour dans la maison familiale après expulsion des parents avant la Réunification ou comment récupérer son bien ?

Sa carrière au cinéma a démarré également assez tôt, lorsqu’il avait 28 ans, après quelques rôles à la télévision. Au début, certes, des petits rôles, mais dans de grandes productions à succès : "Danton" d’Andrzej Wajda (sorti le 12 janvier 1983), "Hiver 54, l’abbé Pierre" de Denis Amar (sorti le 1er novembre 1989), etc. En général on verrait plutôt Wladimir Yordanoff comme un beau-père encore dans la vie active, un peu réticent, mais généreux et voulant le bien de sa fille.

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Sa notoriété auprès du grand public a fait un bond avec la sortie, le 6 novembre 1996, du film "Un air de famille" de Cédric Klapisch. Wladimir Yordanoff y joue l’un des principaux rôles aux côtés de Catherine Frot, Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri, Jean-Pierre Darroussin et Claire Maurier. Un rôle qu’il connaissait bien puisqu’il a participé à la création de la pièce de théâtre au même titre, écrite par Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, le 27 septembre 1994 au Théâtre de la Renaissance à Paris (la pièce, mise en scène par Stéphan Meldegg, a eu un grand succès et fut jouée jusqu’au 31 décembre 1995). Le film a repris la même distribution des rôles.

Il s’agit d’une famille qui se réunit autour de la mère dans un troquet, l’aîné, Jean-Pierre Bacri (le dépressif permanent du cinéma français !), qui attend (en vain) sa femme (qui vient de le quitter), le cadet Wladimir Yordanoff qui réussit tout, vie professionnelle (bon job de cadre informatique) et affective (marié à Catherine Frot), et la petite dernière, Agnès Jaoui officiellement célibataire et qui a une liaison cachée avec le serveur du restaurant. Bref, une chronique sociale et une comédie, le style de film dans lequel Wladimir Yordanoff a eu souvent l’occasion de jouer. Il a aussi joué avec les mêmes acteurs (en plus d’Anne Alvaro, Alain Chabat et Gérard Lanvin) dans "Le Goût des autres" d’Agnès Jaoui (sorti le 1er mars 2000).

Dans le film très intimiste "Je vous trouve beau" d’Isabelle Mergault (sorti le 11 janvier 2006), Wladimir Yordanoff joue l’ami de Michel Blanc, un agriculteur qui cherche une femme/employée des champs roumaine (avec Eva Darlan et Valérie Bonneton). Dans "Essaye-moi" de Pierre-François Martin-Laval, également premier rôle (sorti le 15 mars 2006), Wladimir Yordanoff joue le possible futur beau-père bien rangé, le père de Julie Depardieu et le mari d’Isabelle Nanty, face à l’autre père, farfelu, Pierre Richard (aussi avec Marina Foïs et Kad Merad). Dans "Prête-moi ta main" d’Éric Lartigau (sorti le 1er novembre 2006), Wladimir Yordanoff retrouve une grande famille, la mère Bernadette Lafont, le fils Alain Chabat et plein de sœurs dont Charlotte Gainsbourg. Il a le mauvais rôle dans "Enfin veuve" d’Isabelle Mergault (sorti le 16 janvier 2008) puisqu’il joue le mari trompé de Michèle Laroque qui se tue accidentellement, ce qui arrange en principe l’amant Jacques Gamblin (il y a aussi Claire Nadeau, Valérie Mairesse, Eva Darlan, etc.).

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Wladimir Yordanoff a joué dans d’autres films à succès plus récents, en particulier dans "Polisse" de Maïwenn (sorti le 19 octobre 2011), où il est le patron de la brigade de protection des mineurs (aux côtés de Marina Foïs, Karine Viard, Joey Starr, etc.). Dans "Pauline détective" de Marc Fitoussi (sorti le 3 octobre 2012), où il est le directeur de l’hôtel de vacances des deux sœurs Audrey Lamy et Sandrine Kiberlain. Aussi dans "J’accuse" de Roman Polanski (sorti le 13 novembre 2019), où Wladimir Yordanoff joue, aux côtés d’Emmanuelle Seigner et de Jean Dujardin, le rôle du général Auguste Mercier, encore un mauvais rôle puisque cet officier ambitieux, nommé Ministre de la Guerre et futur candidat à l’élection présidetielle, fut le principal accusateur du capitaine Dreyfus en utilisant le fameux faux bordereau.

Enfin, le dernier des trente-cinq films dans lesquels Wladimir Yordanoff a tourné sortira en principe le 3 février 2021, "OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire" de Nicolas Bedos, le troisième film parodique mettant en scène l’espion Jean Dujardin, avec Pierre Niney, le "héros" de "Un homme idéal" de Yann Gozlan (sorti le 18 mars 2015). Il ne pourra hélas pas voir le résultat fini de son tournage, et surtout, il manquera à l’évidence au cinéma français.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 octobre 2020)
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Pour aller plus loin :
Wladimir Yordanoff.
Jean-Luc Bideau.
Bourvil.
Michael Lonsdale.
Claude Chabrol.
Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 03:48

« Vous savez, acteur, ce n’est pas un métier. C’est de la chance, une gueule… Je connais des gens du théâtre qui n’ont jamais fait de carrière au cinéma parce qu’ils n’ont pas de photogénie. À l’inverse, Delon, il est souvent très mauvais mais il a de la photogénie. » (Jean-Luc Bideau, le 5 novembre 2013 dans Streetpress).


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L’acteur Jean-Luc Bideau fête ce jeudi 1er octobre 2020 son 80e anniversaire. Comme souvent pour les acteurs de second rôle, l’homme n’est pas inconnu des cinéphiles et en même temps, il n’a jamais voulu être une star. Acteur avant tout suisse, il a pris la nationalité française en 1991 pour pouvoir être sociétaire de la Comédie-Française.

Jean-Luc Bideau, néanmoins, préfère être acteur à comédien, selon la définition qu’il a donnée le 5 novembre 2013 dans une longue et intéressante interview à Streetpress.com : « Il y a deux types d’acteur : les comédiens et les acteurs. Les acteurs, c’est Depardieu, c’est l’instinct, etc. Les autres, ce sont des comédiens. Ils arrivent trois heures dans la loge avant de jouer, ils étudient le texte à fond, ils font chier les metteurs en scène, qui en savent peut-être moins qu’eux… Moi, ça ne m’intéresse pas. » (Les citations qui suivent proviennent de cette interview sauf indication contraire).

Oui, "on" le connaît, Jean-Luc Bideau, avec sa grande carcasse, sa moustache qui pourrait presque lui faire jouer le rôle du physicien Albert Einstein s’il avait été un peu moins longiligne, son ton rassurant de médecin de campagne (voir plus loin !), ses yeux malicieux… il a tout fait, des films du cinéma (ce qu’il aurait voulu privilégier), les téléfilms, les séries même, parfois "pourries", et bien sûr, des pièces de théâtre. En revanche, il a toujours refusé de faire de la publicité… sauf pour aider son gendre qui a créé son entreprise. Il est loin des paillettes, refuse obstinément le star-system, les camaraderies, les réseaux, et il veut être le bon père de famille assez stable qui ne décompose pas, ni ne recompose sa famille à chaque tournage.

Jean-Luc Bideau dit lui-même qu’il a eu de la chance dans les années 1970 (il avait donc une trentaine d’années) car il a joué dans trois des quatre films suisses qui ont eu un grand succès : "La Salamandre" d’Alain Tanner (sorti le 27 octobre 1971), avec Bulle Ogier et Jacques Denis, "Les Arpenteurs" de Michel Soutter (sorti le 1er novembre 1972), avec Marie Dubois et Jacques Denis, et "L’Invitation" de Claude Goretta (sorti le 13 septembre 1973), avec Michel Robin.

À ceux-là, vous rajoutez le film français "Et la Tendresse ? Bordel !", de Patrick Schulmann (sorti le 28 février 1979), avec Bernard Giraudeau et Roland Giraud, où Jean-Luc Bideau, premier rôle, joue le phallocrate (« Allo Carole ? Tu peux te laver les fesses, j’arrive ! »), et vous avez le Jean-Luc Bideau tel qu’il aurait voulu continuer à être, celui de jeune premier du cinéma francophone.

Je cite trois autres répliques de Jean-Luc Bideau dans ce dernier film cité (écrites par le réalisateur, Patrick Schulmann), car je les trouve délicieuses ou très lucides : « J’aime enlever ces lunettes, pour voir les yeux d’une fille, moi ça me fait le même effet que quand je la déshabille, c’est comme un soutien-gorge, qu’on fait doucement glisser, pour découvrir les seins qu’elle essaie de nous cacher. ». Puis, toujours en alexandrins : « Si votre joli corps ignore tout du plaisir, caressez-vous le soir avant de vous endormir ! ». Enfin, moins frivole : « C’est ça le monde, mon vieux ! Les plus forts qui gagnent, les plus faibles qui s’écrasent et puis les autres qui regardent ! ».

Je rajoute encore le film "Tout feu, tout flamme" de Jean-Paul Rappeneau (sorti le 13 janvier 1982), avec Yves Montand (le père), Isabelle Adjani (la fille polytechnicienne) et Alain Souchon (l’amoureux), où Jean-Luc Bideau joue l’ami véreux prêt à trahir son ami pour de l’argent, qui est un rôle assez classique pour Jean-Luc Bideau qui, malgré un âge plus jeune (dans ce film, il n’avait que 41 ans), prend parfois des rôles secondaires de "vieux" (vieil ami, etc.). "Tout feu, tout flamme" est repassé récemment à la télévision (rediffusé sur France 3 le 24 août 2020).

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Malheureusement pour Jean-Luc Bideau, sa notoriété, il l’a construite autrement et bien sans son accord. Depuis une vingtaine d’années, en effet, quand il marche en ville, on le reconnaît tout de suite, mais pas pour ce qu’il aurait voulu être, seulement pour le rôle qu’il a eu dans la série télévisée "H" diffusée sur Canal+ du 24 octobre 1998 au 20 avril 2002. Soixante et onze micro-épisodes de vingt-deux minutes de "sitcom" qui ont été tournés très rapidement, de manière plutôt bâclée, et qui ont eu un succès fou !

Lui n’est plus un acteur, en ville, mais un grand médecin, un chef de service, le professeur Strauss. Enfin, "grand" est un grand mot, car je suppose qu’aucun médecin ne souhaiterait ressembler à ce personnage qui, mandarin, ne cherche que le confort, peut-être la gloire, l’argent et les divertissements farfelus. Je suis désolé pour lui (même s’il s’en moque) mais je trouve néanmoins que c’est son rôle le plus éblouissant, celui où le ressort comique est le plus élevé.

Certes, à l’origine, la série mettait en valeur trois humoristes, trois petits rigolos, très petits, très modestes (et d’ailleurs, à l’époque peu connus, mais c’est le principe de Canal+, c’était le cas aussi pour les acteurs des Deschiens, dont François Morel et Yolande Moreau, ou des Robins des Bois, dont Marina Foïs, Élise Larnicol, Jean-Paul Rouve et Pierre-François Martin-Laval). Très petits car ils jouent sans se prendre au sérieux, et quand leur personnage cherche à imiter, c’est toujours petit (par exemple, inventeur et auteur de brevet et même directeur d’hôpital !).

J’ai nommé Jamel Debbouze, Éric Judor et Ramzy Bedia, le premier, standardiste, le deuxième, infirmier (celui qui a la meilleure situation) et le troisième, brancardier recyclé en tenancier de bistrot. En plus de ce trio infernal de fous délirants qui se comportaient comme des stars capricieuses, il faut aussi citer Sophie Mounicot (l’infirmière chef), Catherine Benguigui (la médecin encore vierge), Linda Hardy (la jolie fille de Jean-Luc Bideau dans la série, qui éclaire les yeux des joyeux lurons) et Edgar Givry (le directeur de l’hôpital mimant le technocrate amusé).

La série se comporte comme une suite ininterrompue de sketchs plus ou moins drôles, dont certains ont l’air d’être de l’improvisation. Elle se déroule dans un hôpital (parodiant ces séries hospitalières où l’hôpital n’est qu’un cadre à peine exploité, revoir à cet égard le sketch très réussi des Inconnus sur une parodie de ce genre de série), où les préoccupations médicales sont très peu dans les esprits et qui permet d’inviter quelques acteurs stars dans le rôle du malade. Jean-Luc Bideau, dans Streetpress, a expliqué d’ailleurs que ces grands acteurs étaient généralement muets devant la furie tapageuse du trio infernal : « Ils ne comprenaient rien ! Les pauvres ! Les acteurs de boulevard, d’habitude très habiles, face aux trois, ils devenaient incapables ! J’étais sidéré de les voir marmonner "heuuu". Ils n’y arrivaient pas ! ».

Car l’expérience très négative de Jean-Luc Bideau sur "H", elle est double. D’un côté, des tournages qui furent un calvaire pour lui, car la surréactivité du trio était très forte, qui utilisait en plus des termes de "djeunes" qu’il ne comprenait pas, un trio presque clanique dont il était exclu : « Je n’en pouvais plus, c’était insupportable. (…) Le problème, c’était d’être au même niveau d’énergie que les trois. Terrible ! Ils sont terribles, ces gars ! Mais tout le temps, tout le temps ! ».

De l’autre côté, sa femme, beaucoup plus intello, qui préférait voir son mari dans du cinéma d’auteurs (suisses surtout), comme au début de sa carrière, et qui avait honte de le voir dans ce truc loufoque et sans intérêt.

Sa femme, d’origine tchèque, il l’a rencontrée au début de sa carrière, en 1966, à Prague, quand il a remplacé Jean Bouise dans une pièce de théâtre avec Gérard Philippe, et sa future femme attendait la troupe à l’aéroport (avec les passeports, elle a tout de suite vu qu’il était célibataire) : « J’étais comme un héros de Houellebecq. Je voulais passer à l’acte. Mais Marcela était sentimentale ! » ("Le Temps", le 8 février 2019, propos recueillis par Alexandre Demidoff). Au théâtre, Marcela a découvert « un autre Jean-Luc [Bideau], pas cette "grande gueule" qui est son étiquette. Je suis révoltée quand on le réduit à ce cliché. »

Loufoque et sans intérêt peut-être, sans doute pas de la haute culture, mais très populaire, une série truculente dans laquelle la présence du professeur Jean-Luc Bideau s’imposait. À la morale douteuse, il a assuré une figure paternelle aux enfants un peu dissipés que formait le trio, il était leur patron : « L’idée du producteur de me prendre était très bien, par rapport à ces trois autres cinglés. Parce que c’est un autre style, ça faisait une sorte de dichotomie. Et aujourd’hui, ça me sidère, on me dit : "Vous étiez le meilleur" ! (…) J’y suis pour rien si les gens ont retenu mon personnage. (…) Je suis ravi que ça ait été un succès. Le tiroir-caisse marche toujours ! ».

Sa fille, à l’époque du tournage de "H", faisait des études de médecine, mais n’a pas suivi à cette époque ces séquences. Elle est maintenant pédiatre, a installé son cabinet de consultation : « Je suis un peu addict aux médecins. Moi, dès qu’un truc ne va pas, j’y vais ! Comme ma fille est médecin, elle se fout de ma gueule toute l’année ! ». Cela dit, il prend pour modèle des "vieux" acteurs comme Michel Bouquet ou Michel Galabru (qui n’était pas décédé en 2013), car comme eux, il voudrait encore continuer à tourner bien après ses 80 ans. C’est tout ce que je lui souhaite pour son anniversaire, sa présence dans une fiction met toujours du sel et des épices dans l’histoire, à défaut de beurre dans les épinards…


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Sylvain Rakotoarison (27 septembre 2020)
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Charles Denner.
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Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 03:56

« La taca-taca-taca-tac-tactique du gendarme,
C’est d’être toujours là quand on ne l’attend pas.
La taca-taca-taca-tac-tactique du gendarme,
C’est d’être perspicace sous un petit air bonasse. »

("La Tactique du gendarme, paroles de Bourvil
et Lionel Leplat, musique d’Étienne Lorin, 1949)



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Il y a cinquante ans, le 23 septembre 1970, l’acteur vedette du cinéma français Bourvil est mort à Paris après trois années d’une saleté de maladie à un âge qu’on qualifierait aujourd’hui de "pas trop vieux encore", c’est-à-dire à 53 ans (il est né le 27 juillet 1917 en Normandie). Admirateur de Fernandel (on l’a même appelé "Fernandel normand" quand, jeune, il amusait la galerie dans les fêtes familiales en l’imitant, et pendant un court moment, il s’est même fait appeler Andrel), il est devenu un peu comme lui : humoriste, chanteur de music-hall, comédien de théâtre, acteur de cinéma… avec une célébrité proportionnelle aux succès des films dans lesquels il a joué. C’est-à-dire immense.

Car Bourvil, avec Fernandel, Jean Gabin et Louis de Funès, ont véritablement dominé le cinéma français des années 1960, et leurs films ont été accueillis avec un très grand succès populaire, atteignant parfois les huit chiffres, dépassant en effet les 10 millions d’entrées en salle.

On peut facilement se rappeler ses films tellement connus que la télévision continue à les repasser en boucle tous les ans pour les fêtes (on ne sait plus s’ils sont connus parce qu’ils sont rediffusés ou l’inverse). Ses duos avec Louis de Funès (qui ressentait une pointe de jalousie lors des tournages car il se considérait comme la seule vraie star) dans "Le Corniaud" (1965) et "La Grande Vadrouille" (1966), tous les deux de Gérard Oury ; un duo avec Fernandel dans "La Cuisine au beurre" de Gilles Grangier (1963) ; avec Jean-Paul Belmondo dans "Le Cerveau" de Gérard Oury (1969) ; avec Alain Delon et Yves Montand dans "Le Cercle rouge" de Jean-Pierre Melville (1970). Beaucoup de ses films retraçaient la dernière guerre, dont le film qui l’a rendu très célèbre, "La Traversée de Paris" de Claude Autant-Lara (1956), aussi "Le Jour le plus long" (1962), et l’un de ses derniers films, "Le Mur de l’Atlantique" de Marcel Camus (1970), avec Sophie Desmarets et Jean Poiret.

Dans la plupart des films, Bourvil faisait le "profil bas" du Français moyen, plutôt campagnard, un comique paysan, naïf, gentil voire benêt, un peu simplet mais très généreux, au grand cœur, tendre et attachant, et légèrement cabotin sur les bords.

Le contexte, c’étaient les Trente Glorieuses, version haute, c’est-à-dire la version gaullienne, la France qui s’industrialisait, qui sortait des crises politiques incessantes de la Quatrième République, qui sortait du marasme économique, qui retrouvait sa dignité et son indépendance. Cette France-là avait besoin de divertissement, de joie, d’esprit optimiste et positif, la croissance était là, le chômage très faible, la confiance en l’avenir assez grande. De Gaulle, d’ailleurs, plaçait Bourvil en rival dans sa notoriété mondiale (au même titre que Tintin !).

Paradoxalement, le chansonnier Bourvil a engendré deux enfants très "sérieux", un économiste et son aîné, un député socialiste, Dominique Raimbourg qui fut le président de la prestigieuse commission des lois de l’Assemblée Nationale de février 2016 à juin 2017 (pour remplacer Jean-Jacques Urvoas, nommé Ministre de la Justice).

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Aujourd’hui, pourrait-on imaginer qu’un Bourvil moderne soit encore porté par tant d’admiration et de fascination par le peuple ? Probablement pas, notre société, depuis plusieurs décennies, renforcée par l’individualisme égotique des réseaux sociaux, est une civilisation du ricanement et faire de Bourvil une star serait un peu se renier : trop simple, trop simplet, trop simpliste, le Bourvil. La joie de vivre, la franche camaraderie, la main toujours sur le cœur, pas sûr que les valeurs qu’il véhiculait dans une époque d’expansion et de construction soient les mêmes que dans notre époque de doute, de suspicion (et pas seulement de covid-19), de perte de référence, de confusion identitaire et de complotisme, le "on-ne-nous-dit-pas-tout" ajouté au "mais-moi-je-sais-la-vraie-vérité".

Bourvil, comme du reste Fernandel, n’a quasiment pas franchi la décennie des années 1970. Il est donc un représentant d’une France ancienne, celle paradoxalement, dont beaucoup, aujourd’hui, ont la nostalgie. Souvent une nostalgie feinte car lorsqu’on regarde les dates de naissance, on peut s’étonner que justement, cette période n’a pas beaucoup été vécue par les quinquagénaires ou quadragénaires qui voudraient retrouver la France d’avant, alors que, s’il y a une chose dont on peut être sûr, c’est qu’on ne reviendra jamais en arrière. Et donc, il faudrait plutôt construire la France d’après, ce que, avec ses maladresses et ses incohérences parfois, mais aussi avec son énergie et son volontarisme, Emmanuel Macron tente de faire, d’une part, parce qu’il est aux commandes, et d’autre part, parce qu’il veut vraiment adapter la France aux réalités du moment, au monde d’aujourd’hui. Ses adversaires voudraient tellement adapter le monde qui nous entoure à une France qui sentirait la naphtaline.

Oui, j’ai bien écrit "paradoxalement" car je pense que tous ceux qui revendiquent un "souverainisme" vaguement "gaullien" (sans trop se préoccuper de ce qu’était réellement le gaullisme qui n’était que pragmatisme : c’est De Gaulle qui a appliqué le premier en France le Traité de Rome et il avait pourtant toute la latitude d’envoyer ce premier traité de la création européenne dans la fosse commune de l’histoire), ceux qui revendiquent le retour aux années de prospérité économique voire de planification industrielle (dont Emmanuel Macron a repris l’idée pour François Bayrou), ceux-là ne mettraient certainement pas Bourvil dans leur devanture, en étendard de leurs racines. Bourvil, c’est pourtant la France rural, celle de la ruralité voire de la rurbanité, celle aujourd’hui laissée pour compte, cette France périphérique, celle des ronds-points, victime de la désertification des services publics (et commerciaux).

Mais c’est peut-être cela d’être une star universelle, être hors du temps et de l’espace, comme un héros de bande dessinée qui franchit allègrement les dérives du temps et du monde pour se parachever dans une sorte d’œuvre immuable, évidemment ici aidée par de grands réalisateurs.

Et par des airs de chanson qui continuent à trotter en boucle dans la tête plongée dans l’air vicié d’une atmosphère polluée en temps de coronavirus… Vive cette insouciance à jamais disparue !

« Je plongerais tout nu dans l’océan,
Pour te ramener des poissons d’argent,
Avec des coquillages lumineux,
Oui, mais en échange tu sais ce que je veux.
Salade de fruits, jolie, jolie, jolie,
Tu plais à mon père, tu plais à ma mère,
Salade de fruits, jolie, jolie, jolie,
Un jour ou l’autre, il faudra bien qu’on nous marie. »

("Salade de fruits", paroles de Noël Roux,
musique de Noël Roux et Armand Canfora, 1959).


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Sylvain Rakotoarison (22 septembre 2020)
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22 septembre 2020 2 22 /09 /septembre /2020 03:31

« Ce doux mystique a travaillé avec les plus grands (Bunuel, Welles, Truffaut, Eustache, Spielberg…) sans cesser d’expérimenter, en s’aventurant dans l’avant-garde, en devenant même une sorte de parrain pour la nouvelle garde du cinéma français (Bruno Podalydès, Thierry Jousse, Sophie Fillières, Nicolas Klotz…). Jamais installé, Lonsdale. Toujours, il chemine, lentement, migre à travers les continents et les époques. À la fois pèlerin et mammouth. » (Jacques Morice, "Télérama", 2010).



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Quelle tristesse d’apprendre la mort de Michael Lonsdale, ce géant du cinéma et du théâtre, qui s’est éteint dans son sommeil à Paris ce lundi 21 septembre 2020 à l’âge de 89 ans (il est né le 24 mai 1931 à Paris). Selon le journal lyonnais "Le Progrès", le cardinal Philippe Barbarin (ancien archevêque de Lyon) était à ses côtés, à son chevet, la veille de sa mort. D’origine franco-britannique et irlandaise, Michael Lonsdale s’était converti au catholicisme en 1953 et a toujours montré un intérêt très fort pour la religion (ce qui lui a valu le rôle qui lui a donné la consécration de la profession).

C’est un peu commun de dire qu’un acteur dégage une forte présence dans une œuvre, puisque c’est justement le rôle de l’acteur d’être présent et de faire exister par lui une œuvre (théâtrale ou cinématographique). Ce l’est donc pour Michael Lonsdale mais en plus fort encore. Car dans ses plus de cent cinquante films auxquels il a participé, il n’a eu souvent que des rôles mineurs, ou, plus exactement, secondaires, mais sa présence justement n’en faisait plus des rôles mineurs : sa voix très grave, très rassurante, enfin, aussi rassurante qu’un médecin qui cherche à ménager son patient avant de confirmer un méchant diagnostic, était là pour rappeler sa présence. Le comédien chuchotait à ses débuts, parlait à voix trop basse.

Michael Lonsdale a été formé au cours d’art dramatique de Tania Balachova, il y avait Antoine Vitez, Jean-Louis Trintignant, etc. Au théâtre, il a joué dans une soixantaine de pièces de grands auteurs comme Samuel Beckett, Marguerite Duras, Friedrich Dürrenmatt, François Billetdoux, Eugène Ionesco, Georges Perec, Aimé Césaire, etc. Il aimait tellement le théâtre qu’il a créé en 1972 le Théâtre musical des Ulis (subventionné). Mais il n’a pas voulu entrer à la Comédie-Française, il voulait garder son indépendance et éviter les sentiers battus, créer de nouveaux personnages et de nouvelles pièces.

Au cinéma, Michael Lonsdale a joué avec les plus (ou moins) grands réalisateurs (en plus de la liste citée plus haut et ceux cités plus loin, rajoutons notamment Louis Malle, Jean-Pierre Mocky, Gérard Oury, Michel Deville, Yves Robert, René Clément, Gilles Grangier, Marcel Carné, Jean-Luc Godard, Jacques Rivette, Bertrand Blier, Milos Forman, Yves Boisset, Georges Lautner, etc.), dans des types de film très diversifiés, des rôles aussi très divers mais souvent inquiétants, lugubres, mystérieux, voire méchants, ou alors dans des rôles d’autorité (prêtre, policier, ministre, etc.). Aussi dans de nombreuses productions anglophones (puisqu’il était bilingue).

Dans les dernières années de sa vie, il arborait une barbe gris blanc avec des cheveux de même couleur, un peu à la manière de Panoramix ou d’un Père Noël (sans le déguisement), et pourtant, il n’était pas si éloigné, en look, de ses jeunes années. Des cheveux coiffés toujours de la même manière, une bouche très délicate qui laissait échapper l’esprit de finesse là où les yeux quasi-autoritaires imposaient une certaine soumission confortée par la voix. La corpulence aussi complétait l’esprit de terreur dont il pouvait se couvrir en cas de besoin.

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Oui, Michael Lonsdale faisait partie du cinéma français des belles années au même titre que de nombreux prodigieux acteurs comme Michel Bouquet, Jean-Pierre Marielle, Michel Aumont, Claude Piéplu, Jean Rochefort, Jean Bouise, Jacques François, Claude Rich, Michel Piccoli, etc. Il lui manqua sans doute quelques premiers rôles dans des grands films, mais cette frustration est très fréquente dans la profession, comme l’a confié Jean Piat pas mécontent d’avoir privilégié le théâtre sur le cinéma.

Dans "Hibernatus" d’Édouard Molinaro (sorti le 10 septembre 1970), Michael Lonsdale est le médecin expert en hibernation. Son ton posé en fait un médecin très crédible, et on aurait même pu l’imaginer sur les plateaux de télévision parler du covid-19 ces derniers mois. Il s’est bien entendu avec Louis de Funès qu’il qualifiait pourtant de "tyran" sur le plateau du tournage : « J’ai compris très vite qu’il fallait toujours improviser, ne pas chercher à caser ses répliques, car lui était incapable de dire une réplique normalement. (…) Moi, je jouais plutôt avec ce qu’il faisait, du coup, on s’est amusé, il était content que je sois à l’aise dans l’impro et m’a félicité. (…) Madame de Funès débarquait souvent sur les plateaux pour demander aux gens, mine de rien, leurs opinions politiques, histoire de vérifier qu’il n’y avait pas trop de communistes. (…) Quand elle m’a posé la question je lui ai répondu que j’étais d’extrême centre. Elle n’a pas compris l’astuce. » ("Les Inrocks" de juillet 2011).





Dans l’excellent film d’Alain Resnais "Stavisky" (sorti 15 mai 1974), retraçant la course folle d’un escroc qui fut l’un des grands scandales politiques de la Troisième République, Michael Lonsdale continue à jouer un médecin aux côtés de Jean-Paul Belmondo et d’Anny Duperey. Tandis qu’il est le méchant milliardaire Hugo Drax dans le James Bond "Moonraker" de Lewis Gilbert (sorti le 26 juin 1979), l’ennemi de Roger Moore.





Avec "Section spéciale" de Costa-Gavras (sorti le 23 avril 1975), le sujet abordé est très grave (la décision d’exécuter arbitrairement cinq innocents sous l’Occupation) et Michael Lonsdale est l’ignoble Ministre de l’Intérieur Pierre Pucheu (pas plus ignoble que le Ministre de la Justice magistralement joué par l’impressionnant Louis Seigner). Les magistrats dans ce film sont nombreux : Pierre Dux, Michel Galabru, Jacques François, Jean Bouise, Claude Piéplu, Jacques Perrin, Julien Guiomar, etc. Même période noire dans "Monsieur Klein" de Joseph Losey (sorti le 22 mai 1976) aux côtés d’Alain Delon et Jeanne Moreau.





Adapté du roman d’Umberto Eco, "Le Nom de la rose" de Jean-Jacques Annaud (sorti le 24 septembre 1986) met en scène Michael Lonsdale dans le rôle de l’abbé, aux côtés d’autres grands acteurs comme Sean Connery.




Dans "Ma vie est un enfer" de Josiane Balasko (sorti le 4 décembre 1991), il joue l’archange Gabriel aux côtés notamment de Daniel Auteuil.





Dans l’étonnant film de James Ivory "Les vestiges du jour" (sorti le 5 novembre 1993), Michael Lonsdale est Dupont d’Ivry et fait au nom de la France de la "diplomatie de château" avec d’autres représentants, britanniques, allemands et américains, alimentant une naïveté allant jusqu’à la surprise d’être face à des interlocuteurs américains et allemands très cyniques, l’idée restant d’éviter la Seconde Guerre mondiale.

L’un des rôles les plus troublants de Michael Lonsdale fut sans doute dans "Nelly et Monsieur Arnaud" de Claude Sautet (sorti le 18 octobre 1995), celui d’un maître chanteur doublé de lâche et "parasite", qui interrompt le duo entre Michel Serrault et Emmanuelle Béart.

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En jouant Frère Luc, l’un des moines de Tibhirine qui ont été kidnappés le 20 avril 1996 puis assassinés par des terroristes islamistes algériens, dans le film de Xavier Beauvois "Des hommes des dieux" (sorti le 8 septembre 2010), aux côtés de Lambert Wilson, Michael Lonsdale ne pouvait que s’épanouir dans un rôle qui lui tenait à cœur et qui lui a apporté son unique César (du meilleur acteur de second rôle) le 25 février 2011. Il expliquait en 2010 : « En France, on est étiqueté. Voyez mes rôles d’Église : curé de campagne, moine, prêtre révolutionnaire, évêque, cardinal, pape, j’ai tout fait. Y compris l’archange Gabriel (…). Je m’étais juré d’arrêter. Mais le film de Beauvois, c’était impossible de refuser. » ("Télérama").





Par ailleurs, Michael Lonsdale est aussi un artiste peintre reconnu et l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, dont un hommage à Charles Péguy sorti en 2014 ("Entre ciel et terre", éd. Cerf) : « Son œuvre est pour moi une forme d’apostolat. Le moi sentimental et le moi religieux y sont confondus. Il me touche car il a toute sa vie cherché l’unité intérieure, et que ce fut dans la confusion. Les paradoxes, les contradictions, les contrastes me le rendent encore plus attachant. (…) Son constat de désolation et de choses prdues est impressionnant. Prophétique même. Songez aux passages de "Eve" qui renvoient à la corruption : on ne peut les relire sans convenir de l’incroyable lucidité de Péguy. (…) Péguy aurait aimé Frère Luc à cause de l’espérance. Le Christ a accepté de souffrir la condition la plus horrible sur la terre, tant physiquement que moralement, par solidarité avec le monde des pauvres. Il a tout pris sur lui pour sauver le monde et éradiquer le péché ; c’est magnifique, cette histoire, non ? même s’il savait que la résurrection était au bout. Marie savait tout, elle aussi, mais ne disait rien. Enfin, c’est peut-être moi qui gamberge… » (La République des livres, 24 décembre 2014). Georges Bernanos est aussi un auteur que l’acteur appréciait beaucoup.

Ce modeste tour très parcellaire de Michael Lonsdale donne une petite idée de la très grande richesse et diversité de ses prestations tout au long d’une soixantaine d’années de carrière. Il n’a jamais caché sa foi, ce qui est plutôt rare au cinéma : « J’aime cette parole du Christ : "Si vous n’êtes pas comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume [des Cieux]". Les enfants jouent pour se construire, inventer, imaginer. Le jeu, c’est quelque chose de prodigieux. ». Grand ami de Marguerite Duras, metteur en scène d’un spectacle sur Sœur Emmanuelle, cet homme qui se disait lent mais qui était en fait un calme, serein, était un enfant joueur ; qu’il repose en paix !









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17 septembre 2020 4 17 /09 /septembre /2020 03:04

« La brume violette est tout autour de moi
Je ne sais pas si je remonte ou si je m’enfonce
Suis-je heureux ou malheureux ?
Quoi qu’il en soit, cette fille m’a jeté un sort
Aidez-moi, aidez-moi ! »
(Jimi Hendrix, "Purple Haze", 17 mars 1967).



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Les paroles de cette chanson écrites le 17 décembre 1966 ont été inspirées d’une histoire de Philip Jose Farmer : « L’idée venait d’un rêve que j’avais fait, dans lequel je marchais sous la mer. C’était en rapport avec une histoire que j’avais lue dans un magazine de science-fiction. ».

Avoir participé à une petite fête où il avait chanté, le chanteur et guitariste légendaire Jimi Hendrix est mort il y a cinquante ans, dans la nuit du 17 au 18 septembre 1970, dans l’appartement de sa compagne du moment à Londres. Il devait participer à une autre soirée le soir du 18. Il a été retrouvé sans vie le matin par sa compagne et serait mort d’avoir avalé trop de barbiturique et d’alcool. Il venait de terminer une tournée épuisante en Europe, qui avait commencé le 30 août 1970 au Festival de l’île de Wight (un mauvais concert, selon son batteur Mitch Mitchell, par manque de préparation). Le dernier concert a eu lieu le 6 septembre 1970 dans l’île de Fehmarn, à nord-est de Hambourg, au Festival en plein air Love & Peace, et il fut hué parce qu’il avait été absent la vieille à cause d’une pluie torrentielle.

Certains ont même évoqué un assassinat perpétré par son manager qu’il venait de congédier et qui a pu ainsi exploiter tous les droits posthumes du chanteur, manager qui lui-même est mort dans un accident d’avion deux ans et demi plus tard près de Nantes, au cours d’une collision entre deux avions (en pleine grève des aiguilleurs du ciel). La copine de Londres a été retrouvée morte en 1996 après la publication de son livre de témoignage (un suicide selon le mari de celle-ci).

La succession de Jimi Hendrix fut particulièrement compliquée et a fait vivre de nombreux avocats pendant plusieurs décennies, d’autant plus qu’au-delà des seulement quatre albums sortis, Jimi Hendrix avait enregistré en studio de nombreuses chansons qui n’avaient jamais été rendues publiques (parfois, dans un cadre d’études et de recherche). La succession de Johnny Hallyday semble être, en comparaison, assez simple.

À sa mort, Jimi Hendrix avait 27 ans, né le 27 novembre 1942 à Seattle, et il n’avait chanté pour lui-même que quatre ans, notamment dans le cadre du groupe qu’il avait créé, The Jimi Hendrix Experience, pendant les trois premières années. Jimi Hendrix a participé au Festival de Woodstock le 18 août 1969 dans le cadre d’un groupe éphémère (constitué seulement pour ce concert) appelé Gypsys Sun & Rainbows. Dans ce groupe, il y avait en particulier Mitch Mitchell (1947-2008), le batteur, qui a dit bien après la mort de Jimi Hendrix : « En fin de compte, tout ce qu’on peut dire, c’est : "Quel put@in de gâchis". Il était irremplaçable, à la fois comme ami et comme musicien. Il me manque autant aujourd’hui qu’il y a vingt ans. ». Lui-même est mort à Portland le 12 novembre 2008 après une série de concerts en mémoire de Jimi Hendrix.

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Le chanteur sentait qu’il ne ferait pas de vieux os, ne serait-ce que parce qu’il estimait que sa vie serait terminée lorsqu’il ne serait plus capable d’apporter du neuf dans sa musique : « Je suis celui qui doit mourir quand il est temps pour moi de mourir, alors laissez-moi vivre ma vie comme je veux. ». Il a déclaré dans une interview avec Anne Bjorndal publiée le 6 septembre 1970 : « Je ne suis pas sûr que j’atteindrai 28 ans. Je veux dire qu’au moment où musicalement, je sentirai que je n’ai plus rien à donner, je ne serai plus de ce monde. ».

Jimi Hendrix fut parmi les premiers d’une désolante série de plus d’une vingtaine d’artistes morts à l’âge de 27 ans, notamment après Brian Jones, cofondateur des Rolling Stones (le 3 juillet 1969) et avant Janis Joplin (le 4 octobre 1970, quelques jours seulement après les funérailles de Jimi Hendrix le 1er octobre 1970 à Seattle), Jim Morrison, cofondateur des Doors (le 3 juillet 1971), Kurt Cobain, cofondateur de Nirvana (le 5 avril 1994), et même Jean-Michel Basquiat (le 12 août 1968) et Amy Winehouse (le 23 juillet 2011), dans des circonstances de mort parfois non élucidées mais souvent (pas toujours) en rapport avec la consommation de drogues et d’alcool.

S’il était déjà légendaire avant sa mort parce qu’il avait révolutionné, et en tout cas, beaucoup influencé, la musique de la fin des années 1960 et des années 1970 (à titre posthume), Jimi Hendrix est devenu encore "plus légendaire" avec une mort aussi jeune. Issu d’une famille modeste, aîné de cinq enfants et tôt orphelin, il a marqué la musique populaire contemporaine, en particulier la musique avec guitare électrique (il était en plus gaucher) pour ses innovations dont certaines furent reprises dans le jazz (notamment par Miles Davis).

Pour donner un "échantillon" de sa musique, je propose deux morceaux comme cette version de l’hymne américain au cours de son concert à Woodstock le 18 août 1969 qu’il a appelé "The Spar-Spangled Banner" qui fut le point d’orgue du festival. C’était une manière de protester contre la guerre au Vietnam : « Décidons de faire une ultime promenade au milieu du vacarme jusqu’à la mer, pas pour mourir, mais pour y renaître, loin des terres meurtries et déchirées. » (déjà près de 5 millions de vues pour la vidéo sur Youtube et plus de 5 000 commentaires). Serge Gainsbourg a fait la même chose avec l’hymne français.





L’un de ses premiers concerts fut en première partie d’un concert de Johnny Hallyday, le 18 octobre 1966 à l’Olympia, salle parisienne mythique.





Je propose aussi une reprise par le chanteur Sting de "Little Wing".





Jimi Hendrix était à la fois auteur, compositeur et interprète de ses œuvres. Il avait aussi le verbe bien tourné. En voici quelques exemples.

Sur sa vocation : « Mon but est de ne faire qu’un avec la musique. Je viens de consacrer toute ma vie à cet art. ».

Sur son talent : « J’ai été si bien imité que j’ai entendu des gens copier mes erreurs. ».

Sur ses textes : « L’imagination est la clef de mes paroles. Le reste est peint avec un peu de science-fiction. ».

Son art : « Nous voulons que notre son pénètre l’âme du public et cherche à voir s’il peut réveiller quelque chose dans leur esprit… Parce qu’il y a tant de gens endormis. ».

Sa guitare : « La fois où j’ai brûlé ma guitare, c’était comme un sacrifice. Vous sacrifiez les choses que vous aimez. J’aime ma guitare. ».

C’est du sport : « Le rock est tellement amusant. C’est ce dont il s’agit : remplir les cages thoraciques et vider les rotules et les coudes. ».

Sur le blues : « Le blues, c’est facile à jouer, mais difficile à vivre. ».

Sur les rêves : « Que les rêves de ton passé puissent être la réalité de ton avenir. ».

Sur la connaissance : « La connaissance parle, mais la sagesse écoute. ».

Sur la paix : « Lorsque le pouvoir de l’amour vaincra l’amour du pouvoir, le monde connaîtra la paix. ».

Et je termine sur sa mort : « La vie est agréable ! La mort est paisible ! C’est la transition qui pose problème. ».


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Sylvain Rakotoarison (17 septembre 2020)
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Pour aller plus loin :
Jimi Hendrix.
Annie Cordy.
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14 septembre 2020 1 14 /09 /septembre /2020 03:23

« La bêtise est infiniment plus fascinante que l’intelligence, infiniment plus profonde. L’intelligence a des limites, la bêtise n’en a pas. » (Claude Chabrol, 2010). Première partie.


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Le célèbre cinéaste Claude Chabrol est mort il y a dix ans, le 12 septembre 2010, chez lui à Paris, à l’âge de 80 ans (il est né le 24 juin 1930 également à Paris). Faisant partie de la fameuse Nouvelle vague du cinéma français (des réalisateurs initialement critiques de cinéma qui ont fait évoluer la manière de faire du cinéma en France), dans laquelle on peut mettre aussi François Truffaut, Jean-Luc Godard, Éric Rohmer, Jacques Rivette, etc. (il me semble d’ailleurs qu’il a tourné le premier film de cette "vague"), Claude Chabrol a été un homme aux mille et une idées, hyperactif et avec plein d’illuminations.

Un peu à l’allure d’un Alfred Hitchcock à la mode française (la Nouvelle vague vénérait Hitchcock et Chabrol aimait apparaître discrètement dans ses réalisations), Claude Chabrol a imposé un style, le style Chabrol, qui est difficile à définir en seulement quelques lignes. Même si les sujets peuvent être très différents, amenés par des manières diversifiées (parfois, on a dit que Chabrol évoluait vers plus commercial), le spectateur est souvent mal à l’aise en regardant un Chabrol, car au-delà du suspense, il y a un côté glauque et surtout, la "happy end" (désolé pour mon english) n’est pas certaine (même si, pour lui, la "happy end" relève avant tout de l’optimisme).

Et c’est même très difficile de déterminer ses meilleures œuvres, car de sa soixantaine de films (l’homme était très fécond), quasiment tous sont des chefs-d’œuvre ! D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si la plupart des titres de ses œuvres sont archi-connus et à l’occasion, parodiés. Fils de résistant et pour cette raison, séparé de ses parents pour être protégé dans la Creuse, l’enfant Chabrol a été passionné par le cinéma dès le plus jeune âge. Après des études de droit (en même temps que Jean-Marie Le Pen) et de pharmacie (qu’il n’a pas terminées), il se tourna vers la critique de cinéma et publia avec Rohmer en 1957 un livre sur Hitchcock.

Après une donation du père de sa première épouse, Claude Chabrol a eu les capacités financières de créer sa boîte de production. C’était donc un moyen exceptionnel d’avoir une totale indépendance artistique pour réaliser ses premiers films (cette indépendance a lieu généralement après des premiers succès, pas dès le départ), ce qui permettait de faire des "films d’auteur" pas forcément nourris aux normes classiques du succès commercial. Cela a donné naissance notamment à son premier film, "Le Beau Serge".

Chabrol a eu plusieurs femmes dans sa vie (trois épouses) mais probablement que le lien le plus fort fut avec sa deuxième épouse, Stéphane Audran qui fut l’une de ses égéries dans beaucoup de ses films, l’autre égérie étant Isabelle Huppert un peu plus tard (une quinzaine d’années plus tard). Au-delà de ces deux actrices phares du cinéma de Chabrol, les acteurs récurrents de ses films furent notamment Bernadette Lafont, Michel Bouquet, Jean-Pierre Cassel, Jean Yanne, Jean Poiret, Jean-François Balmer, Robin Renucci, Philippe Noiret, Pierre-François Duméniaud, Roger Dumas, etc. Gérard Depardieu n’a tourné pour Chabrol qu’une seule fois, à son dernier film ("Bellamy"). Dans plusieurs films, Claude Zidi a collaboré avec Chabrol comme cadreur.

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Chabrol a légué toutes ses archives à la Cinémathèque française qui a déjà fait des rétrospectives de son œuvre, au même titre que la chaîne Arte. Cette œuvre est riche et dense, parfois étonnante autant que détonante, et fera sans doute parler d’elle encore longtemps dans des études et autres analyses. Chabrol, lui, a été récompensé par de nombreuses instances, dont l’Académie française. Ses films ont eu parfois un "faible" succès commercial (50 000 entrées), d’autres entre 1 et 2 millions d’entrées, mais jamais des très grands succès. Le 4 décembre 2007, Chabrol disait lors d’une rencontre avec son public : « J’aime le polar, c’est comme une bouée de sauvetage pour explorer l’humain. ».

Beaucoup de ses films sont une description sans complaisance de l’époque contemporaine (ou pas contemporaine), parfois avec de l’humour grinçant sous-jacent, l’observation du cynisme ambiant, la morale douteuse, l’insouciance, et, comme je l’ai écrit plus haut, le glauque, le mystère, le flou, l’ambiance malsaine… Bref, lorsqu’on dit qu’on va voir un film de Chabrol, c’est un choix conscient, pas forcément celui de passer une soirée simple et facile, mais peut-être celui d’être dérangé dans ses idées et principes. Claude Chabrol n’est pas si éloigné que cela des romans de Françoise Sagan qui a collaboré une fois avec le cinéaste (pour son "Landru").

Dans une analyse de quelques-uns des derniers films de Chabrol, Mehdi Benallal propose cette lecture : « C’est un secret trop bien gardé : Chabrol a été l’un des rares cinéastes contemporains pour qui la mise en scène est un absolu, mais pour qui l’absolu de la mise en scène, c’est son effacement devant la réalité. Cette ambition folle de faire triompher l’art en faisant disparaître l’artiste est l’un des plus précieux héritages de la Nouvelle vague, qui la tenait des grands classiques. Chabrol a passé le plus clair de son temps (…) à se détacher de l’histoire qu’il racontait pour se rapprocher de la réalité filmée. Et plus Chabrol faisait de films, plus sa mise en scène se sophistiquait, et plus la réalité qu’il décrivait se révélait riche, profonde et neuve. ».

Pour rendre hommage à Claude Chabrol, voici une petite vingtaine d’exemples (dix-huit) de son immense talent, en deux parties, par ordre chronologique, le Chabrol-Audran et dans le prochain article, le Chabrol-Huppert.



1. "Le Beau Serge" sorti le 10 janvier 1959

Avec Gérard Blain le beau Serge, Jean-Claude Brialy son ami, Bernadette Lafont, son ancienne relation, et aussi la participation de Philippe de Broca. À l’époque du tournage, Bernadette Lafont était encore mineure et en couple avec Gérard Blain.









2. "Les Bonnes Femmes" sorti le 22 avril 1960

L’histoire de quatre employées d’un magasin : Bernadette Lafont qui aime bien le flirt et la drague, Clotilde Joano qui rêve du prince charmant, Stéphane Audran qui se voit star du music-hall, et Lucile Saint-Simon qui voudrait se ranger. Avec aussi (dans des petits rôles) Claude Berri et Philippe Castelli. Répertoire général des films : « D’une excellente réalisation technique, ce film cerne avec une lenteur volontaire et pénétrante la psychologie de ces quatre jeunes filles, le néant de leur existence quotidienne, la vanité de leurs distractions, l’échec de leur recherche de l’amour. Suite de tableaux divers très alertement brossés, criants de vérité. » (3e trimestre 1960).






3. "Landru" sorti le 25 janvier 1963

Charles Denner a eu le premier rôle, celui de Landru lui-même, ce qui était un véritable défi avec une transformation plutôt réussie. Charles Denner joue aux côtés de Danielle Darrieux, Michèle Morgan et Stéphane Audran. Avec un scénario de Françoise Sagan et Claude Chabrol.






4. "Les Biches" sorti le 22 mars 1968

Histoire d’une relation très forte entre deux femmes, Stéphane Audran, la riche et oisive parisienne, et Jacqueline Sassard, la jeune bohème, sur fond de bourgeoisie tropézienne, et d’une relation bousculée par l’entrée en scène de l’amant, Jean-Louis Trintignant l’architecte. Le titre est un jeu de mot avec le mot lesbienne en allemand.






5. "La Femme infidèle" sorti le 22 janvier 1969

Le mari Michel Bouquet qui soupçonne que sa femme Stéphane Audran a un amant, Maurice Ronet, qu’il tue. Avec Michel Duchaussoy dans le rôle de l’inspecteur de police. Guillemette Odicino de "Télérama" : « Suspense feutré, cruauté et humour noir en twin-set et flanelle. Le si classique triangle amoureux prend ici d’étranges contours. L’infidélité n’est qu’un remède temporaire au mariage. Le meurtre, lui, en serait le médicament miracle. » (15 janvier 2011).






6. "Que la bête meure" sorti le 5 septembre 1969

Un "thriller" mettant en scène Michel Duchaussoy, le père d’un jeune homme tué par un chauffard et voulant se venger en raison de l’impasse des enquêteurs, Caroline Cellier, une femme que le père rencontre au cours de ses investigations, et Jean Yanne, toujours dans un rôle de personnage insupportable et repoussant, garagiste, amant et père de famille. Initialement, Philippe Noiret devait prendre le rôle de Jean Yanne mais il a finalement refusé. Le titre provient d’un passage de "L’Ecclésiaste", dans l’Ancien Testament : « Car le sort des fils de l’homme et celui de la bête sont pour eux un même sort ; comme meurt l’un, ainsi meurt l’autre, ils ont tous un même souffle, et la supériorité de l’homme sur la bête est nulle ; car tout est vanité. ».









7. "Le Boucher" sorti le 27 février 1970

Une idylle entre Stéphane Audran l’institutrice et Jean Yanne le boucher, naissant au cours d’un mariage, et une histoire de meurtres de jeunes filles assez glauque. Film salué par la critique comme souvent pour les films de Chabrol.






8. "La Rupture" sorti le 26 août 1970

Avec Stéphane Audran, la femme qui veut divorcer, Jean-Claude Drouot le mari violent et toxico, Michel Bouquet le beau-père, aussi Michel Duchaussoy, Jean-Pierre Cassel, Jean Carmet, Annie Cordy, etc.






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Sylvain Rakotoarison (12 septembre 2020)
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Pour aller plus loin :
Claude Chabrol.
Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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9 septembre 2020 3 09 /09 /septembre /2020 03:12

« Mais qu’est-ce qu’elles ont, toutes ces femmes ? Qu’est-ce qu’elles ont de plus que toutes celles que je connais ? Eh bien justement, ce qu’elles ont de plus, c’est qu’elles sont des inconnues. » (Charles Denner alias Bertrand Morane, 1977).



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Réplique savoureuse du personnage donjuanesque moderne du cinéma français à la sauce de François Truffaut, prêt à collectionner toutes les jolies femmes, et il y en a de nombreuses. Le grand acteur français Charles Denner est mort il y a vingt-cinq ans maintenant, le 10 septembre 1995, à l’âge de 69 ans (il est né le 29 mai 1926). Toujours cette saleté de maladie qui l’a bousillé pendant une douzaine d’années. Très connu pour sa voix très grave qui a fait son succès et sa réputation, il n’a pas eu la reconnaissance de la profession qu’il aurait dû avoir, avec seulement deux nominations aux Césars (en 1977 pour le meilleur second rôle et en 1978 pour le meilleur acteur).

Il est né en Pologne et sa famille est arrivée en France quand il avait quatre ans. Résistant à l’âge de 16 ans (avec son grand frère Alfred), engagé volontaire parmi les chasseurs alpins au maquis du Vercors, Charles Denner a été un jeune héros silencieux de la Seconde Guerre mondiale qui a risqué sa vie (il a été blessé lors d’une opération commando) avant de se tourner vers le métier de comédien. Il a commencé au théâtre aux côtés notamment de Jean Vilar, Georges Wilson, André Barsacq, Jean Cocteau, en jouant avec Gérard Philippe, François Périer, Michel Galabru, Jeanne Moreau, Antoine Vitez, Paul Préboist, etc. (de 1946 à 1984).

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Assister à une pièce de théâtre avec Charles Denner a dû être évidemment un privilège peu fréquent qui n’a bénéficié qu’à des personnes d’un certain âge aujourd’hui, mais heureusement, regarder ses films est possible en tout temps et à toute époque. La carrière de Charles Denner au cinéma, qui s’est étalée de 1946 à 1986, a été contrastée, car il a souvent été pris pour des seconds rôles. Certains réalisateurs ont, en revanche, compris son grand potentiel et l’ont hissé dans des premiers rôles, c’est le cas en particulier de François Truffaut, mais aussi de Claude Chabrol, de Costa-Gavras, Claude Berri et de Claude Lelouch.

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Voici, pour s’en souvenir, quelques succulentes interprétations du beau Denner, homme à femmes qu’on peut voir dans dles films de Truffaut mais aussi hommes parfois décalé, psychotique, dans des rôles parfois étonnants.


1. "Landru" de Claude Chabrol (sorti le 25 janvier 1963)

Premier rôle, celui de Landru lui-même, ce qui était un véritable défi avec une transformation plutôt réussie. Charles Denner joue aux côtés de Danielle Darrieux, Michèle Morgan et Stéphane Audran. Avec un scénario de Françoise Sagan et Claude Chabrol.






2. "Compartiments tueurs" de Costa-Gavras (sorti le 17 novembre 1965)

Charles Denner y a un rôle secondaire aux côtés de Pierre Mondy, Catherine Allégret, Jacques Perrin, Simone Signoret, Jean-Louis Trintignant, Michel Piccoli et Yves Montand. D’après un roman de Sébastien Japrisot.x






3. "La mariée était en noir" de François Truffaut (sorti le 17 avril 1968)

Cinq hommes, à savoir Charles Denner (dans le rôle de Fergus, l’artiste), Michael Lonsdale, Claude Rich, Jean-Claude Brialy et Michel Bouquet, face à la mariée, Jeanne Moreau. On retrouve quelques traits du personnage de Charles Denner ("cavaleur") qu’il a repris dans "L’Homme qui aimait les femmes". François Truffaut s’est montré dans ce film l’élève du grand maître du suspens Alfred Hitchcock.






4. "Z" de Costa-Gavras (sorti le 26 février 1969)

Dans ce film très politique qui retrace la dictature des colonels en Grèce, Charles Denner a un rôle secondaire, l’avocat ami du député Yves Montand, avec Jean-Louis Trintignant en petit juge, Bernard Fresson, Irène Papas, Jean Bouise, François Périer, Jacques Perrin, Julien Guyomar, etc.






5. "L’aventure c’est l’aventure" de Claude Lelouch (sorti le 4 mai 1972)

Grand film "culte" où Charles Denner partage les trois rôles principaux avec Jacques Brel et Lino Ventura, trois gangsters qui vivent leurs "aventures" avec aussi leurs deux employés, Aldo Maccione et Charles Gérard (mort il y a un an, le 19 septembre 2019).






6. "L’Héritier" de Philippe Labro (sorti le 22 mars 1973)

Charles Denner est le "bras droit" et l’ami fidèle de "l’héritier" industriel, Jean-Paul Belmondo, face au "nonce" Jean Rochefort, qui a le pouvoir dans le groupe au moment de l’explosion de l’avion du patron. Un "classique" du cinéma français.

 





7. "Peur sur la ville" d’Henri Verneuil (sorti le 9 avril 1975)

Charles Denner est l’inspecteur, et joue aux côtés du commissaire Jean-Paul Belmondo (qui fait un nombre incalculable de cascades dans Paris !). Là encore, un "classique" du cinéma français, avec la belle musique du compositeur Ennio Morricone, qui permet de voir le 15e arrondissement en pleine transformation (et on voit bien aussi la Maison de la Radio).






8. "L’Homme qui aimait les femmes" de François Truffaut (sorti le 27 avril 1977)

Le "chef-d’œuvre" de Charles Denner dans un rôle principal, collectionneur de femmes (Brigitte Fossey, Nathalie Baye, etc.), apportant toute sa sensibilité à l’amour de la femme en général.















9. "Robert et Robert" de Claude Lelouch (sorti le 14 juin 1978)

Avec la musique de Francis Lai, Charles Denner partage les deux premiers rôles avec Jacques Villeret, deux célibataires quadragénaires, l’un maniaque l’autre timide, qui jouent aux côtés de Jean-Claude Brialy, etc.






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Sylvain Rakotoarison (05 septembre 2020)
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Pour aller plus loin :
Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
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Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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6 septembre 2020 7 06 /09 /septembre /2020 03:11

« Ses hymnes à la joie continueront longtemps à nous trotter dans la tête et nous mettre le cœur en fête. (…) Ce mélange de simplicité et de fantaisie (…) lui [avait] le plus sûrement gagné le cœur des Français. Pour beaucoup, elle était comme une amie, une camarade au long cours. Son énergie était contagieuse et roborative. (…) Remède indépassable à la grisaille des jours et des cœurs, certains réclamaient qu’elle soit remboursée par la sécurité sociale car elle savait faire lever des soleils intérieurs partout où elle passait, chez tous ceux qui l’écoutaient. » (L’Élysée, le 4 septembre 2020).



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Après Suzy Delair (le 15 mars 2020) et Zizi Jeanmaire (le 17 juillet 2020), voici une autre grande chanteuse populaire qui vient de s’éteindre, Annie Cordy, ce vendredi 4 septembre 2020 à Vallauris. À l’âge de 92 ans.

Toujours de bonne humeur, le sourire en bandoulière, Annie Cordy a marqué son époque par son talent et son travail : plus de 700 chansons pleines de joie, des dizaines de disques, mais aussi plusieurs milliers de galas et concerts. Chanteuse d’opérette et de music-hall. Elle a commencé à chanter et à jouer dès 16 ans et elle a pris sa retraite à …90 ans ! Il y a deux ans, en effet, sont sortis trois films où elle jouait encore.

Le communiqué présidentiel, qui ne lésine pas avec les clichés, a rappelé : « Au Lido, Annie Cordy montra toutes les facettes de son talent et les feux de la rampe brûlaient pour cette jeune femme qui dansait, chantait, jouait la comédie et amusait la galerie d’un seul élan. Les opérettes, les comédies musicales et les 45 tours s’enchaînaient et son nom s’accrochait souvent en lettres de feu sur le fronton de l’Olympia. ».

Voici trois chansons très célèbres de "Nini la Chance".


"La Bonne du curé" (1974) :





"Tata Yoyo" (1981) :





"Cho Ka Ka o" (1985) :





Mais au-delà de la chanteuse, il y a eu aussi l’actrice, des dizaines de films au cinéma et à la télévision. Des rôles parfois de comédie, parfois plus tragiques. Souvent, elle était un personnage secondaire qui mettait en valeur les acteurs principaux (mais pas toujours) : « Non, Annie Cordy n’est pas seulement la rigolote qui fit chanter toute la France (…) ! Outre une incroyable artiste de scène à l’énergie inépuisable, Annie Cordy est une comédienne hors pair qui a maintes fois prouvé la diversité de ses talents. » (RFI, en septembre 2004). Elle a joué avec de nombreux grands acteurs (comme Louis de Funès, etc.).

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Parmi certains films marquants, on peut citer "Le Chat" de Pierre Granier-Deferre (sorti le 24 avril 1971), où elle s’interpose entre les stars Simone Signoret et Jean Gabin ; "La Vengeance d’une blonde" de Jeannot Szwarc (sorti le 1er décembre 1994), où elle joue la belle-mère parisienne de Christian Clavier ; "Les Souvenirs" de Jean-Paul Rouve (sorti le 14 janvier 2015), film qui reprend un roman de David Foenkinos, où elle est l’héroïne principale, la grand-mère qui disparaît de sa maison de retraite, aux côtés notamment de Mathieu Spinosi, Michel Blanc, Audrey Lamy, Blanche Gardin et Chantal Lauby.


"Les Souvenirs" de Jean-Michel Rouve (14 janvier 2015) :





Dans le roman à l’origine de ce film, on peut y lire, sur les résidents des EHPAD : « Ils tirent jusqu’au bout la pelote de leur autonomie, et ils arrivent dans ces maisons d’assistance au moment où ils peuvent à peine tenir debout. J’ai découvert un monde de visages désincarnés, un monde en forme de transition avec la mort. ». Et un peu plus loin, à l’heure du cimetière : « C’est ainsi ; plus on meurt tard, plus on est seul le jour de ses funérailles. ». Ce jour-là, elle, elle ne sera pas seule.

Bonne vivante, l’esprit léger sans en perdre la gravité, elle était une artiste accomplie. Elle est partie revigorer le cœur de l’amour de sa vie, parti trente et un ans avant elle. « Nous perdons aujourd’hui une énergie irremplaçable. Car elle était la joie de vivre incarnée, l’esprit toujours à la fête. ». Je suis Cordy !


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Sylvain Rakotoarison (05 septembre 2020)
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Pour aller plus loin :
Les 90 ans d'Annie Cordy.
Annie Cordy : au revoir, riante baronne !
Joe Dassin.
Suzy Delair.
Jean Ferrat.
Juliette Gréco.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
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Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
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14 août 2020 5 14 /08 /août /2020 03:14

« Très intelligente et aux multiples talents (...), Maureen était aussi pleine d'esprit, drôle, belle, compatissante, ouverte et volontaire avec l'impétueux caractère des Vikings et l'intenable caractère des Normands avec ce brin d'héroïsme, toutes les qualités que chacun attend d'une jeune Irlandaise » (Gerald Weymes, prêtre irlandais, le 9 novembre 2015).



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L'actrice irlandaise et américaine Maureen O'Hara est née il y a 100 ans, le 17 août 1920, à Dublin. Elle est morte il y a un peu moins de cinq ans, le 24 octobre 2015, aux États-Unis.

Elle fut l'une des grandes stars de Hollywood, qui a commencé notamment dans le rôle d'Esméralda pour une adaptation très réussie de "Notre-Dame de Paris" (de Victor Hugo), intitulée "Quasimodo" (réalisé par William Dieterle et sorti le 29 décembre 1939), aux côtés de l'acteur Charles Laughton (dans le rôle principal) avec qui elle avait joué en Grande-Bretagne (notamment dans "L'Auberge de la Jamaïque" réalisé par Alfred Hitchcock et sorti le 15 mai 1939, un succès malgré la déception de Hitchcock).

La confirmation d'une carrière prometteuse a eu lieu lorsqu'elle fut choisie par le (célèbre) réalisateur John Ford (1894-1973), préférée à Katharine Hepburn et Gene Tierney (née elle aussi en 1920), dans "Qu'elle était verte ma vallée" (sorti le 28 octobre 1941), l'adaptation d'un roman de Richard Llewellyn évoquant la vie quotidienne des mineurs gallois.

J'ai connu Maureen O'Hara... quand j'écris "j'ai connu", je ne l'ai évidemment pas connue personnellement (dommage), mais c'est un peu le rôle des acteurs (et actrices) de s'immiscer dans la vie personnelle des spectateurs, ce qui en font des stars beaucoup plus connues que de grands auteurs un peu trop abstraits ou désincarnés, je l'ai connue (écris-je) quand elle avait 43 ans, ce qui, pour une star de Hollywood, aurait pu être déjà un obstacle pour la poursuite de sa carrière. En fait, pas du tout, car sa "maturité" a révélé une femme de caractère très séduisante, au contraire. En effet, je l'ai découverte dans l'excellent film "Le Grand McLintosk" réalisé par Andrew V. McLaglen et sorti le 13 novembre 1963 (à ne pas confondre évidemment avec le "grand McIntosh"). Dans ce western comique, elle a brillé dans son duo avec John Wayne.

L'histoire, c'est un couple qui se chamaille. Elle, après deux ans d'absence, revient pour demander le divorce et la garde de leur fille Becky. Lui (John Wayne), riche propriétaire admiré de la région, refuse la séparation. Une scène succulente de la fessée. Un esprit de répartie. Bref, avec ce film, on pouvait comprendre que les deux acteurs étaient en grande complicité.

Pas étonnant puisqu'ils ont beaucoup jouée en semble, pendant des années, notamment dans le fameux "Rio Grande" (sorti le 15 novembre 1950) de John Ford, le premier d'une série de duos très réussis (dont "L'Homme tranquille" sorti le 14 septembre 1952).

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Maureen O'Hara fut rapidement l'égérie de John Ford, et, selon Antoine Sire de "Slate", « le réalisateur n'aurait pas détesté en faire aussi sa maîtresse, mais elle se refusa à lui et leur relation devint tumultueuse » (25 octobre 2015). En effet, John Ford, obsédé par elle et particulièrement machiste, aurait confié, à la fin de sa vie, probablement de manière excessive : « L’une des actrices que je déteste le plus est Maureen O’Hara. Tout le monde a cru que j’étais son amant. En fait, je la haïssais et elle me haïssait, mais elle convenait très bien aux rôles. ». Lorsque John Ford est mort, elle exprima ainsi sa tristesse : « Comment décrire quelqu’un que vous admirez et que vous aimez et qui pourtant a des défauts rédhibitoires ? ».

Après sa carrière cinématographique finalement assez courte (et jamais récompensée, aucune nomination aux Oscars), Maureen O'Hara a dirigé la compagnie aérienne créée par son mari Charles F. Blair Jr, un général décédé dans un accident d'avion en 1977.

Depuis 2005, victime d'un AVC, l'ancienne star était accompagnée dans la vie par son petit-fils Conor Beau FitzSimons, fils de sa fille unique. Lors de son enterrement, le 9 novembre 2015, était présente Melinda Munoz, la fille de John Wayne, qui l'a considérée comme sa sœur. La cérémonie s'est terminée avec les notes de la musique du film "L'Homme tranquille". Maureen O'Hara est inhumée au cimetière d'Arlington où repose aussi un certain JFK.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 août 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Maureen O'Hara.
Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200817-maureen-ohara.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/maureen-o-hara-la-rousse-226385

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