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3 janvier 2022 1 03 /01 /janvier /2022 20:57

« Je veux le redire avec beaucoup de force et de conviction : la vaccination est notre plus sûr atout. Elle réduit fortement la transmission, elle divise par dix le nombre des formes graves. (…) J’en appelle aux 5 millions de non-vaccinés. Faites ce geste simple. » (Emmanuel Macron, le 31 décembre 2021).



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Hélas, Igor Bogdanoff est mort à l’âge de 72 ans ce lundi 3 janvier 2022 à l’hôpital Georges-Pompidou de Paris. Son frère jumeau Grichka l’avait précédé de six jours. Alors que Grichka était célibataire, Igor a été marié et a eu des enfants.

Je ne reviendrai pas sur ces deux frères vedettes de la télévision française et de la vulgarisation scientifique. Ils étaient presque devenus, avec la transformation de leur visage, des phénomènes de foire, mais ils n’étaient pas cela, ils étaient des explicateurs de science pour les profanes, des animateurs du savoir et de la science fiction. J’ai déjà exprimé ma réticence sur leur reconnaissance scientifique, qui ne doit être admise que par leurs supposés pairs, c’est-à-dire des mathématiciens (pour Grichka) et des physicien (pour Igor). Mais laissons cela de côté car ils étaient très doués pour mettre en musique la science.

Sur la chaîne C8, le 3 janvier 2022, le professer Enrique Casalino, chef du service des urgences de l’hôpital Bichat, qui ne les connaissait pas personnellement et de ce qu’il a compris, a estimé, ému, que les deux frères avaient commis deux erreurs que beaucoup de ses patients en réanimation ont commises : la première, c’était de ne pas se faire vacciner et la seconde, c’était d’être arrivés à l’hôpital trop tard, beaucoup tard.

En effet, les capacités respiratoires des deux frères étaient déjà très détériorées quand ils ont été pris en charge à l’hôpital, et cela laissait peu d’issues favorables. La notoriété des Bogdanoff fait vendre, même de la manière la plus odieuse. Ainsi, j’ai aperçu sur Internet un titre dans agrégateur d’actualités, provenant de ces revues trashs, celles qu’on voit lorsqu’il y a une grosse une de couverture posée au milieu du trottoir pas loin d’un marchand de presse, avant la disparition d’Igor, qui disait en substance : "Igor n’est pas au courant de la mort de son frère", comme si on lui avait caché l’information. Le sensationnel ne cesse de prendre des parts de marché sur l’information. Effectivement, Igor Bogdanoff était dans le coma, il ne pouvait donc pas savoir ce qu’est devenu son frère.

D’après ce qu’a expliqué Cédric André, l’attaché de presse des frères Bogdanoff, notamment celui qui, pendant une dizaine d’années, les a conduits d’une émission de télévision à l’autre (je ne connais aucun scientifique reconnu qui bénéficie d’un attaché de presse), les deux frères avaient malheureusement refusé de se faire vacciner contre le covid-19, parce qu’ils se sentaient en bonne santé, en grande forme et qu’ils pensaient qu’ils avaient assez de défenses immunitaires pour combattre tout seuls ce mal.

En revanche, ils n’auraient pas été "antivax". Au contraire, puisque leur entourage était vacciné et qu’ils l’avaient même encouragé à se faire vacciner. Il y a un mystère dans ces non-vaccinations, pour des esprits curieux et amateurs d’innovations, d’autant plus avec le vaccin à ARN messager.

L’autre erreur proposée par le professeur Casalino, c’était d’être allés aux urgences beaucoup trop tard. Ils ne s’étaient pas soignés car ils pensaient qu’ils pourraient s’en tirer avec leur seule bonne santé, sans aide médicale ni hospitalière. Là encore, il existe des moyens simples et peu coûteux pour mesurer la saturation en oxygène dans le sang, ce qu’une infirmière met immédiatement sur un doigt lorsqu’on entre aux urgences pour n’importe quelle raison (parce qu’être capable de transmettre l’oxygène dans son sang est d’une urgence vitale). On voit alors si on est proche du seuil fatal.

Il est triste que les deux soient partis ainsi, l’un après l’autre, avec juste un semblant de trop grande assurance sur leur capacité à subir cette s@loperie de coronavirus. Mardi 28 décembre, au-delà de Grichka, j’avais une pensée pour Igor qui luttait encore pour survivre, et hélas, il a suivi son frère dans ce curieux chemin fait d’étoiles interstellaires et de paillettes de célébrité. J’imagine la douleur des proches, comme celle des 124 000 familles endeuillées depuis deux ans par cette pandémie de covid-19, car tous sont égaux face à la maladie.

La mémoire télévisuelle retiendra ces deux frères sympathiques et un peu bluffeurs sur les bords avec les enregistrements de l’INA, et pour que leur notoriété serve encore à titre posthume, qu’ils puissent être les garde-fous de la folie complotiste qui influence encore beaucoup trop certaines personnes qui refusent d'être vaccinées. C’est la véritable arme dont on dispose pour lutter efficacement contre les formes graves, et les formes graves se développent comme une loterie : personne n’est à l’abri, regarder les statistiques est stupide quand on s’occupe d’une seule destinée singulière. Coïncidence, cette disparition a eu lieu le jour même du débat en première lecture à l’Assemblée Nationale du projet de loi instaurant le passe vaccinal pour permettre justement de sauver des vies.

Vaccinez-vous ! Pas parce que le gouvernement vous le demande, mais parce que la situation épidémique est très préoccupante ; plus de 1,1 million de personnes ont été contaminées dans les sept derniers jours, soit 131% de plus que la semaine précédente, et encore une part important de variant delta. Il sera difficile aux personnes non-vaccinées d’y échapper pendant ces quelques semaines terribles du mois de janvier 2022.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 janvier 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Igor Bogdanoff.
Grichka Bogdanoff.
Jean Amadou.
Alain Duhamel.
Le Petit Prince de l’humour vache.
Yves Montand et la crise.
Miss France.
Combien valez-vous ?
Loft Story.
Abus d'autorité (1).
Abus d'autorité (2).
Maître Capello.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220103-igor-bogdanoff.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/igor-bogdanoff-a-rejoint-son-frere-238408

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/01/03/39288845.html











 

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3 janvier 2022 1 03 /01 /janvier /2022 17:41

Six jours après son frère jumeau Grichka, Igor Bogdanoff est mort du covid-19 à l'âge de 72 ans ce lundi 3 janvier 2022, tous les deux avaient été admis au service de réanimation de l'hôpital Georges-Pompidou de Paris le 15 décembre 2021. Ils avaient refusé de se faire vacciner.

Sur Grichka Bogdanoff :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211228-grichka-bogdanoff.html

SR (03 janvier 2022)
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20220103-igor-bogdanoff.html

 

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29 décembre 2021 3 29 /12 /décembre /2021 03:18

« Entouré de l’amour de sa famille et des siens, Grichka Bogdanoff s’est éteint paisiblement, le 28 décembre 2021, pour rejoindre les étoiles. » (AFP par la famille, 28 décembre 2021).



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Une telle information annoncée par la famille est une tragédie : Grichka Bogdanoff est mort ce mardi 28 décembre 2021 à l’âge de 72 ans (il est né le 29 août 1949). Évoquer Grichka sans Igor n’a évidemment aucun sens, ils étaient des jumeaux et leur existence ne comptait jamais l’un sans l’autre.

D’origine russe et autrichienne, Grichka Bogdanoff était l’intello de la fratrie, et aussi le plus jeune (de quelques minutes !), il était diplômé de l’IEP Paris. À la fin des années 2000, j’habitais dans leur quartier à Paris et il m’arrivait de les croiser, souvent discrètement dans une rue, en général seulement l’un d’eux, et j’avoue que je n’étais pas capable de reconnaître l’un de l’autre, d’autant plus qu’il me semblait qu’ils "s’échangeaient" leur coiffure pourtant différente. Je les ai vus aussi quelques fois au Salon du Livre de Paris, et ils faisaient plus l’impression d’être une "attraction" que des auteurs avec leur cortège de lecteurs (le Salon du Livre de Paris est un bon moyen de connaître objectivement la popularité réelle d’un écrivain, en dehors de la mousse médiatique qu’il est capable de semer à tout vent).

Bien entendu, j’ai fait partie de cette génération d’enfants qui a été biberonnée par "Temps X" et si cette émission sur TF1 (entre 1979 et 1987) ne m’a pas donné la passion des sciences (parce que je l’avais déjà, cette passion), elle m’avait intéressé autant qu’intrigué, et à ses débuts, j’essayais de n’en rater aucun numéro. Dans cette émission, les frères recevaient de nombreux invités, notamment le musicien Jean-Michel Jarre, et même Frédéric Beigbeder à 13 ans (déjà féru de télévision). Mais ils avaient commencé déjà avant, en particulier par la sortie d’un premier livre en 1976 préfacé par Roland Barthes.

Mon petit problème avec eux, c’est qu’ils ont voulu sortir de leur cadre. Certes, sortir du cadre, refuser de se laisser enfermer dans des tiroirs, c’est toujours très louable. Ils étaient des vulgarisateurs passionnants, je mets à l’imparfait surtout parce que je ne sais pas s’ils l’étaient encore récemment et c’est difficile de parler d’une fratrie dont il ne reste plus qu’un membre. De très bons producteurs et animateurs de télévision, capables de captiver un public plutôt jeune avec des méthodes de marketing plutôt novatrices et avec l’idée de transmettre leur passion. J’ai été passionné par les sciences en visitant la salle ronde où sont inscrites les décimales du nombre pi au Palais de la Découverte, dans une annexe du Petit Palais, à Paris, mais je conçois tout à fait que certains aient eu le déclic scientifique grâce à "Temps X" et à ses deux créateurs de frères. Dans cette activité de vulgarisateurs, ils proposaient, souvent avant Noël, de très beaux livres avec de belles photos, à offrir. Je trouvais ces ouvrages sans intérêt scientifique et coûteux, mais je n’en étais pas choqué, à chacun son business, et Bogdanoff, c’est d’abord une marque car c’est une notoriété.

La notoriété n’est pas volée (obtenue par "Temps X") et la marque m’indifférait, mais je considérais que leur problème, c’était qu’ils ne se satisfaisaient pas de cela, ils voulaient être reconnus comme de véritables scientifiques. En 1987, avec la privatisation de TF1, "Temps X" a sauté et les Bogdanoff se sont effacés du paysage audiovisuel. Ils avaient un projet très ambitieux, surtout pour des quadragénaires voire quinquagénaires : ils ont suivi tout le cursus pour obtenir un doctorat scientifique. Je le répète, c’était ambitieux et très volontariste, ce n’était pas donné à tout le monde de refaire des études, en particulier de sciences dont les notions sont à la fois compliquées (c’est plus aisé de les appréhender jeune) et barbantes pour la plupart.

Je ne m’étendrais pas là-dessus car beaucoup a déjà été dit et que l’heure n’est pas à la polémique, mais disons simplement que la notoriété télévisuelle des deux frères a eu un impact très fort pour convaincre des scientifiques certainement compétents et méritants mais qui ont probablement trouvé dans cette notoriété un argument d’autorité. Le doctorat est un diplôme de reconnaissance : l’apprenti chercheur est accepté au sein de la communauté scientifique.

J’ai lu les deux thèses (elles sont publiques), celle de Grichka a été obtenue en 1999, un doctorat en mathématiques, et l’autre, Igor, pour un sujet d’étude identique mais d’un point de vue topologique, avec un retard de trois ans pour obtenir le diplôme tant convoité. L’objet d’étude est évidemment passionnant et ambitieux, puisqu’en gros, ils essayaient de savoir ce qu’il s’est passé aux premiers temps du Big Bang, voire avant le Big Bang, et tous les astrophysiciens vous diront qu’étant donné la forte densité de la matière, plus aucune loi connue ne s’y applique.

Les frères Bogdanoff auraient utilisé des équations et des notions mathématiques apparemment mal assimilées, si on en croyait des experts du CNRS, ce qui donne des mémoires de thèse abscons peu compréhensibles pour le profane, c’est normal puisqu’il s’adresse au moins à des docteurs en science, mais aussi incompris des scientifiques confirmés, avec des erreurs factuelles (qui ont été corrigées par la suite), au point que le CNRS a demandé en 2003 à des experts d’évaluer leurs travaux pour en conclure qu’ils n’étaient pas des contributions scientifiques (les frères Bogdanoff ont gagné leur procès en diffamation contre "Marianne" qui avait publié le rapport du CNRS en 2010, mais ont perdu leur procès administratif contre le CNRS sur la légalité de ce rapport).

Pour se convaincre qu’ils ne ressemblent pas à de véritables scientifiques, il suffit de connaître la vie des physiciens qui passent tout leur temps soit dans leurs laboratoires, soit dans les séminaires internationaux rassemblant leurs semblables, mais certainement pas en participant de manière régulière à des émissions comme "Fort Boyard" ou "Touche pas à mon poste". Leur atout, probablement, au-delà de leur grande notoriété, c’est aussi qu’ils inspirent de la sympathie et sont très "proches" de ceux qui les apprécient (j’insiste, on pouvait les rencontrer à chaque Salon du Livre de Paris et ils restaient toute la durée du Salon, ce qui est assez rare pour des auteurs et encore plus pour des scientifiques).

Le troisième sujet de notoriété, après leur bon travail de vulgarisation et leur très incertaine reconnaissance scientifique, sujette à controverses, c’était leur apparence physique qui, petit à petit, s’est transformée. Ils ont refusé d’en donner une explication et je trouve normal de respecter ce mystère, que ce soit d’un accident ou d’une volonté en pleine conscience, ou des deux à la fois, et cela a contribué aussi à leur légende, comme des êtres venus de l’Espace, qui ne vieillissaient pas.

Je m’aperçois en écrivant ces lignes que la pandémie de covid-19 a généralisé un phénomène que les frères Bogdanoff avaient mis en lumière : une excellente communication ne signifie pas une excellence du contenu de la communication. C’est assez banal, surtout dans le champ de la communication politique, mais dans le domaine scientifique, c’est assez inédit et la crise sanitaire a révélé que tous les scientifiques sont d’abord des humains, avec leur faille autant qu’avec leur excellence (on le voit avec la crise sanitaire, des chercheurs de renom peuvent dire n’importe quoi).

Et terminons enfin par un mot de la crise sanitaire. Selon le journal "Le Monde", Grichka et Igor Bogdanoff n’auraient pas été pas vaccinés et auraient contracté le covid-19 au début du mois, les deux auraient été hospitalisés le 15 décembre 2021 au service de réanimation de l’hôpital Georges-Pompidou à Paris, et Grichka en serait mort. La famille n’a pas voulu confirmer ni infirmer, leur représentant a dit dans un tweet le même jour : « La famille ne souhaite pas communiquer au-delà du texte transmis à l’AFP. Le temps est à présent au recueillement pour nous tous. Merci. ».

Oui, il y a un temps pour le recueillement. Mais il y a une urgence pour des centaines de milliers de personnes fragiles qui ne sont pas encore vaccinées alors qu’on est en pleine vague du variant omicron (179 807 nouveaux cas le 28 décembre 2021). Pas la peine d’insister sur l’importance de la vaccination contre le covid-19, en particulier pour les personnes fragiles. Grichka n’est pas la seule personnalité connue et appréciée au monde à quitter celui-ci par cette s@loperie qu’est le covid-19.

Un de ses admirateurs, Frank Tapiro, publicitaire qui a travaillé autant pour François Mitterrand que pour Nicolas Sarkozy, a regretté et s’est étonné que les frères Bogdanoff, pourtant si capables d’anticiper l’évolution des sciences, si fascinés par ses innovations, ne se soient pas fait vacciner alors que le vaccin à ARN messager était une petite pépite extraordinaire de la science moderne. Cela restera un mystère.

Mais en plus de cette disparition tragique de Grichka Bogdanoff, j'ai aussi une pensée à son frère Igor qui lutte encore pour sa survie et qui, dans tous les cas, se retrouvera seul s’il en réchappe. Ouvrez les yeux, les 8% restants de personnes non-vaccinées, le covid-19 n’est pas une grippette ni un rhume, et l’énorme chance, c’est qu’on dispose d’un vaccin efficace et accessible. Profitons-en : protégeons-nous !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 décembre 2021)
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Pour aller plus loin :
Grichka Bogdanoff.
Jean Amadou.
Alain Duhamel.
Le Petit Prince de l’humour vache.
Yves Montand et la crise.
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14 décembre 2021 2 14 /12 /décembre /2021 03:30

« Tout le monde dit que je suis gentille, brave, c’est pas vrai. J’ai passé ma vie à faire des choses uniquement pour qu’on m’aime. » (Jane Birkin).



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Au moins, ça a marché, qu’on l’aime, quand on devient l’égérie d’un pays entier pendant si longtemps ! Eh oui, les années passent, comme on dirait dans un troquet du coin, et la toute jeune fille est devenue une femme un peu plus mûre mais toujours envoûtante et impressionnante. Jane Birkin a 75 ans ce mardi 14 décembre 2021. Pour beaucoup de Français, elle est l’Anglaise qui a choisi la France depuis une cinquantaine d’années et ils s’en réjouissent.

Elle est impressionnante pour son histoire et son talent. Son couple avec Serge Gainsbourg est aussi légendaire que le couple Simone Signoret et Yves Montand. Avec lui, la jeune actrice était aussi une jeune chanteuse. Elle transformait tout en or à l’époque. Gainsbourg aussi. Et un or à odeur de scandale.

La chanson "Je t’aime moi non plus" (le Vatican a trouvée la chanson obscène) mais aussi le film du même nom en 1976 (de Serge Gainsbourg) qui était sexuellement très ambigu, elle a joué l’amoureuse de Brigitte Bardot dans "Don Juan_73" en 1973 (de Roger Vadim)… Elle s’était fait connaître au cinéma anglais pour avoir joué une scène d’une femme entièrement déshabillée de force, ce qui était une première, dans le film "Blow-Up" en 1967 (de Michelangelo Antonioni).

Sur cette lancée, elle est devenue la fille un peu légère, belle et un peu stupide. Mais elle valait plus que cela, et si elle a eu beaucoup de succès dans des comédies françaises dans les années 1970, notamment de Claude Zidi, en duo avec Pierre Richard (on retiendra "La moutarde me monte au nez" en 1974 et "La course à l’échalote" en 1975), elle a eu aussi la chance de rencontrer des réalisateurs qui l’ont regardée autrement que sous l’angle de la légèreté et la beauté, le premier sans doute était Michel Deville pour "Le mouton enragé" en 1974, puis Jacques Doillon, qu’elle a épousé par la suite, lui a confié plusieurs rôles dans des films dits intellectuels (en 1984, le réalisateur l’a fait jouer avec son frère, également acteur, Andrew Birkin, dans "Le Pirate"). Et cela a marché ! Elle n’était plus seulement une "ravissante idiote" mais désormais une égérie du "cinéma d’auteur".

Ce qui est impressionnant, c’est le nombre de réalisateurs et d’acteurs avec qui elle a joué pendant une trentaine d’années dont l’énumération deviendrait un catalogue du cinéma français (et pas seulement français). Le sujet des films peut être aussi parfois étonnant, et c’est cette diversité qui est également impressionnante. Juste un exemple, en 1980, elle joue la maîtresse du peintre Egon Schiele dans un film biographique franco-germano-autrichien consacré à l’artiste.

Même au théâtre, elle a pu jouer entre autres avec Fanny Ardant ou Michel Piccoli. Elle a aussi réalisé et scénarisés deux ou trois films (d’inspiration autobiographique), puis conçu leur adaptation au théâtre… Et cela sans oublier, bien sûr, l’autre branche de son talent, la musique. Initialement interprète, elle s’est mise aussi à écrire ses chansons et a fait de nombreux concerts, accompagnée parfois d’un orchestre symphonique, et son travail de chanteuse a toujours su se compléter avec de nombreuses collaborations, là aussi leur énumération serait un annuaire de la chanson française.

Reconnaissance de la profession, certainement, avec deux Victoires de la musique, une de la meilleure interprète féminine de l’année 1992 et l’autre, une Victoire d’honneur attribuée cette année en hommage à sa carrière. En revanche, le cinéma et le théâtre n’ont fait que la nommer, trois fois pour les Césars (en 1984, en 1986 et en 1992), et une fois pour les Molières (en 1990).

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Elle a eu trois filles, la photographe Kate Barry (1967-2013), et les actrices et chanteuses Charlotte Gainsbourg (qui a eu 50 ans cette année) et Lou Doillon (qui aura 40 ans l’année prochaine). En mars 1991, Jane Birkin a appris en quelques jours d’intervalle la mort de Serge Gainsbourg et celle de son père malade qui, pendant la guerre, aidait la Résistance française en transportant clandestinement des résistants dans son camion, et François Mitterrand aurait même bénéficié d’un de ses convois. Jane Birkin a parcouru son chemin artistique de manière très personnelle. Ses derniers albums sont sortis en 2017 et 2020.

Voici sa chanson mémorable, avec Serge Gainsbourg, qui a fait tant couler d’encre.





Quant au cinéma, je citerai quatre films qui m’ont particulièrement marqué, pas forcément dans le rôle principal.

1. "La Piscine" de Jacques Deray (1969) : Jane Birkin joue la petite fille sage d’un père odieux (Maurice Ronet) qui s’invite chez son ami Alain Delon en présence de la compagne de celui-ci (Romy Schneider). Un jeu à quatre avec d’effroyables conséquences.

2. "Sept morts sur ordonnance" de Jacques Rouffio (sorti le 3 décembre 1975) : Jane Birkin joue l’épouse très bourgeoise d’un chirurgien arrogant Gérard Depardieu amené par son patron de clinique, l’horrible Charles Vanel, vers un destin tragique, histoire parallèle d’un autre chirurgien, Michel Piccoli.

3. "La Belle Noiseuse" de Jacques Rivette (sorti le 4 septembre 1991) : Jane Birkin est la femme d’un grand peintre (Michel Piccoli) qui rencontre la très sensuelle Emmanuelle Béart qui accepte d’être son nouveau modèle pour achever un vieux tableau dont sa femme était le modèle.

4. "Quai d’Orsay" de Bertrand Tavernier (sorti le 6 novembre 2013) : Jane Birkin y fait une brève apparition en tant que Prix Nobel de Littérature (étrangère) reçue par Dominique de Villepin (Thierry Lhermitte) pour un déjeuner au ministère. Un peu étonnée, elle ne peut pas placer un mot, noyée par le bavardage du ministre qui aligne des lieux communs, muni de sa petite fiche de renseignements sur l’illustre et silencieuse écrivaine.

Jane Birkin a fait de nombreuses tournées, encore en 2019, et elle s’est produite en 2021 aux Francofolies de La Rochelle. À la fin de l’été 2021, elle a eu un pépin de santé et elle a mis trois mois à s’en remettre, avec de la chance car sans séquelle. Elle s’est confiée dans l’émission "Laissez-vous tenter" sur RTL le 8 décembre 2021 où elle a raconté son "petit" AVC : « Moi, j’étais avec ma copine qui a trouvé que je parlais bizarrement. Elle a vu tout de suite que quelque chose n’allait pas. ». Elle a ainsi pu être prise en charge immédiatement. Je lui souhaite donc, avant l’heure, et pour un long temps encore, une très bonne santé !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 décembre 2021)
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Pour aller plus loin :
Serge Gainsbourg.
Jane Birkin.
Philippe Noiret.
Jean Amadou.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/bon-anniversaire-jane-birkin-237918

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4 décembre 2021 6 04 /12 /décembre /2021 03:04

« Est-ce que je me préfère aujourd’hui ? (…) Oui, je me préfère aujourd’hui peut-être parce que j’ai un meilleur regard sur moi. (...) Je me fais plus confiance. Donc je suis beaucoup plus sereine. Enfin, en général. » (Patricia Kaas, le 20 novembre 2016 sur France 2).



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Ce dimanche 5 décembre 2021, la chanteuse Patricia Kaas fête son 55e anniversaire. J’aime particulièrement sa voix et ses prestations, une femme sensible, sentimentale, n’ayant pas trop le melon, toujours respectueuse de ses origines modestes.

Cela n’a l’air de rien, les origines géographiques, et pourtant, le petit lien commun avec moi est la Lorraine. Certes, ce n’est pas la même Lorraine, mais c’est quand même la Lorraine qui fait apprendre naturellement l’allemand en première langue vivante dans les écoles. Elle, Patricia, c’est "pire" (si j’ose écrire), puisque, de mère allemande, elle ne parlait pas français petite mais un dialecte allemand, car née et vivant près de la frontière allemande, du côté de Forbach (là où Florian Philippot a tenté sa chance). À ses débuts, son accent allemand à Paris était un handicap dans les milieux culturels. Cela contribuait à son manque de confiance en elle.

Patricia Kaas représentait bien les jeunes femmes de Lorraine, à la silhouette avenante, longiligne, à la voix un peu rude, grave, regard timide et réfléchi, et au sourire glacé du soleil d’hiver (et je peux mettre au présent car 55 ans, c’est encore jeune, bien sûr ! et elle se dit d’ailleurs que son âge sentimental est 37 ans). C’est sa voix grave, puissante, qui a évidemment mené sa vie dès le plus jeune âge, vers les 6 ans. À partir de 8 ans, elle chantait dans certaines occasions, et à partir de 13 ans, elle était déjà au niveau professionnel, chantant tous les samedis soirs dans un cabaret de Sarrebruck (de 1979 à 1986).

Au milieu des années 1980, elle faisait partie de mes coups de cœur (de toute façon, quand on habite les années 1980, on y reste). Sa mère l’avait élevée ainsi que toute sa fratrie : ils étaient une fratrie de sept, elle la dernière, "accident" au départ, mais désiré une fois "en route", probablement avec un peu le privilège de la dernière.

Son père était mineur, c’était un métier difficile, très physique, mais, ceux qui ne sont pas de la région pourraient avoir du mal à comprendre, de la région et de l’époque, car il n’y a plus rien maintenant, le métier de mineur était noble, la chose que voulait un mineur, c’était que son fils le devînt aussi. Patricia Kaas a vécu des moments difficiles, sa mère malade est morte jeune au début de sa carrière musicale et elle a fait sa première tournée avec le deuil en bandoulière. Elle a vécu aussi la mort de son père et d’un frère.

L’ayant découverte par hasard, c’est Gérard Depardieu qui a financé son premier disque au printemps 1985, un 45 tours (c’était du temps du vinyle !), avec sa chanson "Jalouse" qui fut remarquée mais ce ne fut pas un succès.

En revanche, Gérard Depardieu lui a fait découvrir François Bernheim, un producteur de musique, qui lui a proposé d’interpréter une chanson écrite par Didier Barbelivien dont personne ne voulait, quatre l’avaient déjà refusée dont Nicoletta : "Mademoiselle chante le blues" en avril 1987 fut un véritable tube et le démarrage de la belle carrière de Patricia Kaas. Pour elle, la vie parisienne était difficile car elle était la jeune fille de province qui n’avait aucun code de ce milieu et lorsque son premier disque a été un échec, elle en était presque soulagée car elle ne voyait pas comment intégrer une vie sociale aussi différente que la sienne.

Au fil de ses interprétations, Patricia Kaas a travaillé notamment avec François Bernheim, Didier Barbelivien, Michel Legrand, Jean-Jacques Goldman, Renaud, Francis Cabrel, Marc Lavoine, Zazie, Pascal Obispo, Étienne Roda-Gil, etc.

Avec son tube, elle était désormais au Top 50, et même Top 10, elle a fait sa première scène à l’Olympia le jour de ses 21 ans en décembre 1987 et son premier album 33 tours a été produit en novembre 1988. Sa mère, qui est morte en mai 1989, a vécu les premiers succès de sa fille qu’elle avait toujours soutenue dans sa passion.

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À partir de cette époque, elle est devenue la star… la star française, mais aussi la star internationale. Quand dans les années 2000, vous alliez dans un supermarché à Moscou, nécessairement, vous entendiez au moins une chanson de Patricia Kaas dans les haut-parleurs. Les Russes adorent Patricia Kaas et aussi l’une de ces prédécesseures, dans le genre chanteuse des milieux populaires comme elle : Édith Piaf à qui elle a rendu hommage en produisant un disque en novembre 2012, à l’occasion des 50 ans de sa disparition.

Pourquoi les Russes, et plus généralement, les populations de l’Est de l’Europe l’aiment-elles autant ? Peut-être parce qu’elle se disait être une fille de l’Est (mais de la France) ? Ou qu’elle représente une certaine idée du romantisme français, faite de mélancolie, de nostalgie (ce qui est très slave) ? Elle est aussi très appréciée en Asie du Sud-Est.

En trente-cinq ans de carrière de star (elle continue à produire des disques et à faire des tournées), elle a déjà vendu 18 millions d’exemplaires de ses disques et a cumulé de nombreux prix, le premier fut le Prix Charles Cros pour son premier succès en 1987, puis six Victoires de la musique (1988 révélation de l’année, 1989 meilleures ventes à l’étranger, 1991 meilleure interprète féminine et meilleures ventes à l’étranger, 1992 meilleures ventes à l’étranger, 1995 meilleures ventes à l’étranger), et bien d’autres récompenses. Entre autres décorations, elle a reçu la croix d’officier de l’ordre du Mérite de la République fédérale d’Allemagne en 2003 en raison de ses efforts pour favoriser l’amitié franco-allemande. Le 16 mai 2009 à Moscou, elle a aussi représenté la France avec "Et s’il fallait le faire" au concours Eurovision, une prestation qui fut un grand succès mais elle n’a pas remporté le concours (classée 8e sur 25).

Je propose ici les principaux succès du début de carrière de Patricia Kaas ainsi qu’une interview récente (il y a cinq ans) de Patricia Kaas répondant aux questions de Catherine Ceylac à "Thé ou Café" le 20 novembre 2016 sur France 2, elle allait atteindre son 50e anniversaire.



1. "Jalouse"






2. "Mademoiselle chante le blues"






3. "D’Allemagne"






4. "Mon mec à moi"






5. "Quand Jimmy dit"






6. "Les hommes qui passent"






7. "Les mannequins d’osier"






8. "Regarde les riches"






9. "Une dernière semaine à New York"






10. "Vénus des abribus"






11. "Il me dit que je suis belle"






12. Best of






13. Concert à Bâle en 2002






14. "Thé ou café" animé par Catherine Ceylac, le 20 novembre 2016 sur France 2






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 décembre 2021)
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Pour aller plus loin :
Patricia Kaas.
Joséphine Baker.
Thierry Le Luron.
Jean Amadou.
Frédéric Fromet.
Sim.
Georges Brassens.
Yves Montand.
Nicole Croisille.
Philippe Léotard.
Jean-Jacques Goldman.
Marthe Mercadier.
Mylène Farmer.
Louis Armstrong.
Jim Morrison.
Jimmy Somerville.
Ella Fitzgerald.
Serge Gainsbourg.
Fernandel.
Eddie Barclay.
Daniel Balavoine.
Jean Ferrat.
John Lennon.
Kim Wilde.

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23 novembre 2021 2 23 /11 /novembre /2021 03:16

« Je ne pensais pas du tout faire du cinéma. Toute notre génération, je pense que tous… j’entends Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Jean-Paul Belmondo, tout ça… on a eu envie d’être comédiens à travers le cinéma, curieusement. Mais aucun d’entre nous, nous ne pensions faire du cinéma. Aucun. Pour nous, être acteur, c’était être dans une troupe ou ailleurs, et puis, jouer tous les soirs. Et si on gagnait notre vie comme ça, c’était très bien. Et alors, le cinéma est venu, plus ou moins tôt, plus ou moins tard selon les uns les autres, nous demander. » (Philippe Noiret, 2011).




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Une voix inimitable faite pour rassurer. L’acteur français Philippe Noiret est mort il y a quinze ans, le 23 novembre 2006, d’un cancer qui l’a terrassé. Très populaire à 76 ans (il est né le 1er octobre 1930), il laissait derrière lui de nombreux films "cultes" très représentatifs du cinéma français, et plus largement, de la culture française. Ses compères Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle, qui l’appréciaient tant, n’ont pas eu le courage d’assister à son enterrement quatre jours plus tard au cimetière du Montparnasse, inhumé, pour ne pas dire installé, juste en face de Jean Poiret.

Philippe Noiret a commencé plutôt mal son existence. Certes, il est né plutôt dans une "bonne" famille, mais il était "cancre", il n’était pas doué pour les études, et son corps encombrant l’inquiétait. C’est pour produire quelque chose de positif qu’à la fin de son adolescence, il s’est engagé dans une chorale jusqu’à enregistrer un disque et chanter à Saint-Pierre de Rome ! Un de ses professeurs, également prêtre (au collège de Juilly, près de Mitry-Mory, sous la tutelle des oratoriens), lui a trouvé des talents de comédien. Et pourtant, cette éducation catholique n’a pas dû l’encourager à croire si l’on en juge par sa tombe qui ne revêt aucune croix, aucune considération religieuse.

Il a même eu de la chance car il a eu l’occasion de faire une représentation devant Julien Green et Marcel Jouhandeau qui l’ont encouragé dans cette voie. Il a donc pris des cours d’art dramatique où il a rencontre Jean-Pierre Darras avec qui il a fait des spectacles, notamment au début des années 1960 où ils faisaient des sketchs humoristiques sur l’actualité, se moquant de De Gaulle ou de Michel Debré, au pouvoir à l’époque.

Philippe Noiret a démarré au théâtre en 1953 et pendant près d’une dizaine d’années, il faisait partie d’une troupe qui lui a fait rencontrer entre autres Gérard Philippe, Jeanne Moreau, etc. Parallèlement, il faisait des petits rôles au cinéma. Il y a deux sortes d’acteurs : ceux qui ont tout de suite les premiers rôles (comme Alain Delon), et ceux qui sont plus laborieux, dont l’évidence est moins forte et qui, par l’intérêt et l’attention portés dans les films qui les rendent sympathiques, progressent lentement vers les premiers rôles. Philippe Noiret est de cette deuxième catégorie.

À partir de 1955, Philippe Noiret a enchaîné de nombreux films et il a tourné avec les plus grands réalisateurs (Agnès Varda, Louis Malle, Abel Gance, Peter Ustinov, René Clair, Jean Delannoy, Jean-Paul Rappeneau, Jean Decker, Pierre Granier-Deferre, Claude Chabrol, etc.), et les plus grands acteurs (Jean Gabin, Suzanne Flon, Bourvil, Jean Marais, Catherine Deneuve, Jean-Paul Belmondo, etc.). C’est inutile de tous les citer et ce qui est notable, c’est qu’il était tellement sollicité qu’il a abandonné le théâtre au milieu des années 1960 et il l’a repris plus tard, dans la dernière décennie de son existence, quand les rôles au cinéma se faisaient plus rares.

Alors, voici une petite sélection très subjective de la filmographie de Philippe Noiret, que j’ai tentée de mettre par ordre chronologique, plus commode que l’ordre de préférence. Treize rôles majeurs, parmi les nombreux autres.

1. "Alexandre le bienheureux" réalisé par Yves Robert (sorti le 9 février 1968), dans le rôle principal (pour la première fois) avec Marlène Jobert, Françoise Brion, Tsilla Chelton, Pierre Richard (première fois qu’il tourne pour le cinéma et son talent comique est déjà à l’œuvre), Jean Carmet, Paul Le Person et Jean Saudray. C’est un film vraiment important d’un point de vue sociologique qui a été tourné et diffusé avant mai 68 et qui est devenu un peu un modèle, une sorte d’hymne à la paresse et à la candeur, préfigurant la création du Ministère du Temps libre par François Mitterrand. Philippe Noiret joue le rôle d’un agriculteur épuisé qui est sans arrêt pressé par sa femme pour faire tous les travaux de la ferme, et après la mort accidentelle de celle-ci, il décide de se reposer définitivement, au grand dam des villageois. Ceux-là n’ont pas d’argument à faire valoir pour faire reprendre le travail par le "bienheureux" car il fait ce qu’il veut, ils n’ont que des arguments moraux (le travail, c’est la santé ; ça ne se fait pas de ne rien faire) qui n’ont pas prise si ce n’est qu’il donne un mauvais exemple aux autres. L’aspect matériel n’est cependant pas vraiment abordé (seuls, les rentiers peuvent ne rien faire).

2. "L’Étau" réalisé par Alfred Hitchcock (sorti le 19 décembre 1969), film américain d’espionnage où participent plusieurs acteurs français dont Michel Piccoli, Claude Jade, etc. et aussi Philippe Noiret qu’on voit avec une béquille : ce n’était pas prévu dans le scénario mais l’acteur s’était cassé la jambe dans un accident de cheval juste avant de tourner et Hitchcock a attendu qu’il puisse remarcher pour tourner car il tenait à le garder dans la distribution.

3. "L’Horloger de Saint-Paul" réalisé par Bertrand Tavernier (sorti le 16 janvier 1974), adapté d’un roman de Georges Simenon, avec Jean Rochefort et Jacques Denis. Le film, tourné à Lyon, a reçu notamment le Prix Louis-Delluc.

4. "Le Vieux Fusil" réalisé par Robert Enrico (sorti le 20 août 1975), avec Romy Schneider et Jean Bouise, inspiré du massacre d’Oradour-sur-Glane (10 juin 1944). Ce film, que je pense pour adultes, est à mon avis le meilleur de la filmographie de Philippe Noiret et probablement l’un des meilleurs du cinéma français. Tout en subtilité, il raconte le cheminement d’un homme qui ne pense qu’à venger sa femme et son enfant et qui devient aussi salaud et cruel que leurs assassins. La scène du lance-flammes avec miroir interposé est particulièrement émouvante sinon éprouvante. Philippe Noiret pour le rôle principal était un second choix, Robert Enrico s’était d’abord porté sur Lino Ventura qui a décliné l’offre.

5. "Tendre Poulet" réalisé par Philippe de Broca (sorti le 18 janvier 1978), avec Annie Girardot, Hubert Deschamps, Roger Dumas, Paulette Dubost, Guy Marchand, Catherine Alric et Georges Wilson. Un duo savoureux entre Annie Girardot et Philippe Noiret, l’une policière (commissaire), l’autre enseignant aux sentiments anti-police, et avec un mystérieux meurtrier joué par un acteur peu habitué au rôle du tueur. Ce film qui a connu un grand succès a eu une suite avec "On a volé la cuisse de Jupiter" (sorti le 6 février 1980) avec les mêmes acteurs et aussi Francis Perrin.

6. "L’Africain" réalisé par Philippe de Broca (sorti le 2 mars 1983), avec Catherine Deneuve, Jean-François Balmer, Jacques François et Jean Benguigui. Une distribution attrayante pour une histoire invraisemblable : un couple séparé se retrouve par hasard en Afrique (l’une voyageant pour le travail, l’autre établi pour une nouvelle vie), sur fond de trafic d’ivoire (Jean Benguigui le trafiquant).

7. "Fort Saganne" réalisé par Alain Corneau (sorti le 11 mai 1984), avec Gérard Depardieu, Catherine Deneuve, Sophie Marceau, Michel Duchaussoy, Roger Dumas, Robin Renucci, Piere Tornade, Florent Pagny, etc.

8. "Les Ripoux" réalisé par Claude Zidi (sorti le 19 septembre 1984), avec Thierry Lhermitte, Julien Guiomar, Régine, Grace de Capitani et Ticky Holgado. Un vieux flic introduit une jeune recrue dans le métier où quelques arrangements avec la loi sont faits pour son confort et sa tranquillité. Ce film a eu deux suites avec les mêmes acteurs, "Ripoux contre ripoux" (sorti le 7 février 1990) avec aussi Guy Marchand, Jean-Pierre Castaldi, Michel Aumont (qui remplace Julien Guiomar), Line Renaud (qui remplace Régine), Jean Benguigui et Jean-Claude Brialy, et "Ripoux 3" (sorti le 10 décembre 2003) avec Lorant Deutsch, Jean-Luc Bideau (qui remplace Michel Aumont), Chloé Flipo, Bernadette Lafont et Jean-François Balmer.

9. "La Fille de d’Artagnan" réalisé par Bertrand Tavernier (sorti le 24 août 1994) avec Sophie Marceau, Claude Rich, Jean-Luc Bideau, Samy Frey et Charlotte Kady, dans une adaptation fantaisiste du roman d’Alexandre Dumas.

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10. "Les Grands Ducs" réalisé par Patrice Leconte (sorti le 21 février 1996) avec Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Michel Blanc (le producteur), Catherine Jacob et Clotilde Courau. Une histoire très fine, trois comédiens ratés (les trois compères) qui tentent de sauver leur carrière et un producteur véreux qui veut frauder à l’assurance. Ce film a été un échec commercial mais il est celui qui réunit le mieux les trois acteurs fétiches du cinéma français (Jean Rochefort, Philippe Noiret et Jean-Pierre Marielle), la précédente réunion de ce trio a eu lieu vingt-deux ans auparavant dans "Que.la fête commence" de Bertrand Tavernier (sorti le 23 mars 1975) avec Marina Vlady et Nicole Garcia (et Michel Blanc, Christian Clavier et Thierry Lhermitte y jouent des petits rôles).

11. "Fantôme avec chauffeur" réalisé par Gérard Oury (sorti le 20 mars 1996), avec Gérard Jugnot, Jean-Luc Bideau, Charlotte Kady, Sophie Desmarets et Daniel Gélin. Un excellent film qui imagine un patron (Noiret) et son chauffeur (Jugnot) en deux rescapés de la vie et de la mort, ils sont coincés entre les deux, et évidemment, les rôles sociaux ne changent pas, enfin, presque pas.

12. "Les Palmes de monsieur Schutz" réalisé par Claude Pinoteau (sorti le 9 avril 1997), avec Charles Berling et Isabelle Huppert, jouant Pierre et Marie Curie, et Philippe Noiret joue le rôle du directeur de l’école "Physique Chimie" où furent découverts le polonium et le radium. Assez insolite, les physiciens Pierre-Gille de Gennes (ancien directeur de Physique Chimie) et Georges Charpak, tous les deux Prix Nobel, apparaissent furtivement dans le film.

13. "Père et Fils" réalisé par Michel Boujenah (sorti le 20 août 2003) avec Charles Berling, Pascal Elbé et Jacques Boudet. Un père souhaitant revoir ses enfants s’invente une grave maladie.

Monstre sacré du cinéma français, comme on le dit trop souvent pour que cela a encore un sens, Philippe Noiret a été souvent récompensé par la profession et en particulier il a été couronné avec deux Césars du meilleur acteur en 1976 ("Le Vieux Fusil") et en 1990 ("La Vie et rien d’autre"), et a eu trois autres nominations pour cette récompense suprême en 1981 ("Pile ou face"), en 1982 ("Coup de torchon") et en 1985 ("Les Ripoux"). Les acteurs ont cette chance de voir leurs prestations définitivement gravées dans le marbre des temps, si bien qu’on pourra prendre plaisir encore longtemps à entendre cette voix grave et cette silhouette épaisse dominer de son jeu les nombreux films que Philippe Noiret a hantés.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 novembre 2021)
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Pour aller plus loin :
Philippe Noiret.
Jean Amadou.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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14 novembre 2021 7 14 /11 /novembre /2021 03:20

« Plus de 250 filles ont été auditionnées pour le rôle, mais ce n’est que lorsque Shailene est passée devant la caméra que j’ai vraiment vu Hazel pour la première fois. C’était comme un coup de foudre. J’ai hâte que le reste du monde voit ce que j’ai vu. (…) La passion de Shailene pour le roman et son implication pour le personnage étaient évidents. » (John Green sur "Nos Étoiles contraires", le 19 mars 2013).




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L’actrice californienne Shailene Woodley fête son 30e anniversaire ce lundi 15 novembre 2021. Elle a commencé une carrière au cinéma et à la télévision très jeune et a été reconnue à l’âge de 16 ans avec "La vie secrète d’une ado ordinaire", une série télévisée créée par Brenda Hampton (diffusée du 1er juillet 2008 au 3 juin 2013). Elle y jouait une adolescente qui est enceinte, ce qui bouleverse tout l’entourage de la famille.

Elle a ensuite eu des premiers rôles dans des films ou dans des séries télévisées… et si je parle d’elle ici, c’est pour son impressionnante prestation dans "Nos Étoiles contraires" (titre original : "The Fault in our Stars"), un film de Josh Boone inspiré d’un roman de John Green sorti le 16 mai 2014.

J’ai été ébloui tant par le film lui-même que par le jeu de l’actrice. J’ai cru au départ que c’était une sorte de roman à l’eau de rose classique typiquement américain (comme ces téléfilms de Noël qui envahissent les chaînes françaises), mais je me suis rendu compte très vite de la grande richesse du film.

C’est l’histoire d’une adolescente Hazel Grace Lancaster (Shailene Woodley a 22 ans au tournage, dans la fiction, elle en a 16 et cela reste crédible) qui a eu un cancer et qui apprend qu’elle n’est pas sortie d’affaire, elle a des métastases et une épée de Damoclès la menace à tout moment. Sa vie ne tient qu’à un fil. Pour se changer les idées, elle va soutenir des jeunes malades et rencontre un jeune homme appelé Gus qui a eu un cancer des os et à cause de cela, il lui manque une jambe, sans qu’on n’en aperçoive vraiment, lui-même soutenant un autre adolescent aveugle Isaac.

On imagine sans peine qu’il y aura une histoire d’amour entre Hazel et Gus mais justement, comme les deux adolescents sont malades, ils veulent garder leurs relations dans un cadre strictement amical et pas amoureux, pour éviter de faire de la peine à l’autre (ce qui est un peu stupide, car on peut aussi être effondré par la perte d’un ami d’amitié). Dans le film, c’est la fille qui est malade et le garçon qui se montre très fort, dédramatise sur sa propre maladie. Il a un humour à rude épreuve.

Le film est émouvant grâce à une excellente réalisation, mais il est aussi très original. Il donne à voir une autre vision de la maladie et du handicap, qu’une personne n’est en rien réduite à sa maladie ou à son handicap. On est loin des regards fuyants. Les deux héros réussissent à partir pour Amsterdam et la visite de la maison d’Anne Frank est particulièrement émouvante car la jeune fille doit monter plusieurs escaliers, et chaque marche est pour elle une épreuve car elle n’a presque plus de poumon, mais elle y parvient (avec un trophée en haut et les applaudissements des autres visiteurs). Évidemment, le parallèle est assez facile de relativiser son sort en le comparant au sort d’autres adolescents, ici Anne Frank qui a été déportée à peu près au même âge.

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Je ne veux pas dévoiler l’histoire en elle-même, mais il y a eu cet exercice d’amour qui consiste à rédiger l’éloge funèbre du vivant de l’autre, sans savoir lequel des deux lira celui de l’autre. Là est surtout le suspense dramatique.

Au-delà de ces thèmes très prégnants (maladie d’adolescents, leur mort, l’espoir de guérir, la soif de vivre avec des projets affectifs), il y a aussi, en second plan, une histoire intéressante du rôle des écrivains. Un écrivain à succès a publié un livre qui a permis à l’adolescente d’espérer et il est donc considéré presque comme un dieu, du moins, elle l’admire et le fascine. À cela près que le livre s’arrête en plein milieu d’une phrase et qu’elle veut connaître la suite. Mais il n’y a pas de suite car l’écrivain cache lui-même un secret personnel. Et lorsque la rencontre se fait à Amsterdam, ce qui explique le voyage dans cette ville, Hazel tombe de haut sur l’état d’esprit de l’écrivain.

Le film est tout en subtilité et c’est donc une très heureuse surprise, car les thèmes abordés sont très difficiles à traiter. Comme je l’écrivais plus haut, la prestation de Shailene Woodley a été exceptionnelle et elle se sent même intimement impliquée.

Je l’avais vue préalablement dans un autre excellent film, "The Descendants" d’Alexandre Payne (sorti le 16 novembre 2011), inspiré d’un roman de Kaui Hart Hemmings, avec George Clooney dans le premier rôle. Clooney est un avocat dont la femme, pendant tout le film, est dans le coma, entre la vie et la mort, et il est chargé de vendre les terres familiales à Hawaï, qui feraient de très rentables plages touristiques pour les promoteurs. L’avocat retrouve ses deux filles et découvre que sa femme avait un amant. Shailene Woodley joue le rôle de la fille aînée et montre déjà une interprétation fine de son personnage.

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Entre ces deux films, elle a encore joué l’adolescente dans "The Spectacular Now" de James Ponsoldt (sorti le 2 août 2013), inspiré d’un roman de Tim Tharp. Ensuite, elle a pris le premier rôle dans le film "Divergente" de Neil Burger (sorti le 2014) avec deux suites réalisées par Robert Schwentke (sorties le 11 mars 2015 et le 18 mars 2016), inspirés de romans de Veronica Roth. Elle a quitté enfin les rôles d’adolescente dans "Snowden" d’Oliver Stone (sorti le 16 septembre 2016), racontant l’histoire d’Edward Snowden (le film a eu un succès mitigé).

Les rôles de Shailene Woodley sont assez différents et même physiquement, elle se met dans des personnages très diversifiés. Elle a été plusieurs fois nommée ou récompensée dans de nombreux festivals. Profitant de sa notoriété, elle a engagée une action militante assez déterminée en faveur de l’écologie, elle a même été condamnée parce qu’elle s’était opposée au projet d’un pipeline dans le Dakota en 2016, elle a aussi soutenu la candidature de Bernie Sanders aux primaires démocrates.

À 30 ans, Shailene Woodley n’est plus une adolescente et on pourra voir si elle se confirme comme une actrice majeure avec des rôles de mère et de femme plus mûre. Parmi ses rôles les plus récents, elle a partagé l’un des trois premiers rôles dans la série télévisée "Big Little Lies" créée par David Kelley (diffusée du 19 février 2017 au 21 juillet 2019), inspirée d’un roman de Liane Moriarty, aux côtés de Nicole Kidman, dans le rôle d’une mère célibataire d’un écolier qui aurait commis une bêtise.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 novembre 2021)
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Pour aller plus loin :
Shailene Woodley.
Thierry Le Luron.
Noël à la télévision : surenchère de nunucheries américaines.
Charles Bronson.
Fabrice Luchini.
Annie Girardot.
Yves Montand.
Nicole Croisille.
Bernard Tapie.
Marie-Anne Chazel.
Marthe Mercadier.
Jean-Paul Belmondo.
Cédric Klapisch.
Philippe Labro.
Adrian Monk.
Patrick Bouchitey.
Philippe Léotard.
Romain Goupil.
Isabelle Carré.
Claude Piéplu.
Michael Lonsdale.
Jean-Pierre Bacri.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/les-mille-visages-de-shailene-237188

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12 novembre 2021 5 12 /11 /novembre /2021 03:43

« Oui, le pur plaisir de l’existence, qui est extrêmement courte. C’est ce qui m’a toujours poussé, encore aujourd’hui. Malgré les drames. » (Romain Goupil, "Ouest France", le 6 mai 2018).



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Né le même jour que l’ancienne ministre socialiste Marie-Noëlle Lienemann, le réalisateur Romain Goupil a fêté, il y a quatre mois, son 70e anniversaire le lundi 12 juillet 2021. Personnalité entière qui n’hésite pas à dire ce qu’il pense, il est l’un des "héros" (des acteurs) de la révolte étudiante de mai 1968.

Je ne l’ai vraiment "connu" que comme redoutable débatteur à la télévision, assez proche dans la force de conviction, tant sur la forme que sur le fond, de son grand ami Daniel Cohn-Bendit. C’est l’avantage de ne pas être élu, de ne pas être en responsabilité : la liberté, la franchise, la sincérité …et surtout, l’absence de peur de déplaire, surtout quand on sait que, de toute façon, on ne peut pas plaire à tout le monde (mais lorsqu’on fait de la politique, c’est quand même bien de réussir à convaincre la majorité de son électorat). C’est pour cela que Dany n’a jamais voulu être ministre. Et qu’on imagine aussi mal Romain Goupil dans ce rôle-là. Influenceur, conseiller, mais sûrement pas dirigeant politique. Trop besoin de sa liberté.

Son ton passionné laisse cet arrière-goût de révolte qu’il avait dans sa jeunesse, même si depuis quatre ans, il peut (on peut) considérer qu’il est "au pouvoir", en quelque sorte, dans la mesure où il a soutenu la candidature de l’ancien ministre Emmanuel Macron et qu’il le soutient toujours dans ses actions, en particulier dans sa gestion de la crise sanitaire.

Je peux même dire que cela repose un peu de ne pas entendre crier un débatteur à la télévision comme on l’entend depuis dix ans "à la dictature !", comme si c’était un mot mobilisateur dans un pays dont les mêmes critiquent les habitants pour leur supposée soumission et que j’appelle simplement leur raison : le peuple français est un peuple raisonnable et sage (on peut l’observer dans la vaccination) mais sa dignité d’adolescent retardé lui impose de râler (je le fais …si je veux !).

Ces "râleries" populaires (les dernières en date, les gilets jaunes) donnent ainsi de fausses joies et de fausses espérances aux promoteurs du "grand soir", aux révolutionnaires le derrière dans leur confortable fauteuil, ou sur les tribunes de théâtre, s’obsédant dans des "convergences de luttes" qui ne peuvent pas fonctionner dans un monde si consommateur et si individualiste. C’est peut-être cette maturité qui a conduit Romain Goupil, comme plein d’autres camarades "révolutionnaires", à se rapprocher de ce qu’on a appelé les "nouveaux philosophes".

Très insolite, Romain Goupil a été candidat aux élections européennes du 12 juin 1994, en n°17 sur la liste d'intellectuels appelée "L'Europe commence à Sarajevo" pour soutenir le peuple bosniaque contre l'agression serbe. La liste fut annoncée par Bernard-Henri Lévy (n°21) le 15 mai 1994 à "L'Heure de vérité" (sur Antenne 2) et fut menée par Léon Schwartzenberg avec Alain Touraine (n°13), Marina Vlady (n°14), Daniel Rondeau (n°18), Pascal Bruckner (n°19), André Glucksmann (n°22), Michel Polac (n°31), etc. On avait même demandé à Jean-François Deniau d'y participer, ce qui était impossible car il avait disputé la tête de la liste d'union UDF-RPR à Dominique Baudis qui fut choisi. La liste "bosniaque", pourtant créditée jusqu'à 12% par certains instituts de sondages plusieurs semaines avant le scrutin, n'a recueilli que 1,6% des voix.

À l’instar de Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann (qui était un ami très proche), Pascal Bruckner et de plein d’autres "intellectuels", Romain Goupil a soutenu la guerre en Irak par anti-antiaméricanisme (dans deux tribunes au journal "Le Monde" qu’il a cosignées les 3 mars 2003 et 14 avril 2003). En revanche, il est resté opposé aux anti-mai 68 comme Éric Zemmour, Alain Finkielkraut, Michel Onfray, Nicolas Baverez qui croient encore qu’avant, c’était mieux.

Romain Goupil n’est en tout cas pas tendre avec les nostalgiques de mai 68 : « Des espèces de clones totalement absurdes, style Mélenchon, qui défend l’idée que mai 68 était un mai ouvrier, alors qu’il était, en même temps, un mouvement sociétal. (…) Alors que la société a tellement changé. Mais je les comprends un peu, en même temps, ce n’est pas facile de dire qu’on s’est trompés ! » ("Ouest France", voir plus loin).

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Dès l’âge de 14 ans, Romain Goupil était engagé dans la Jeunesse communiste révolutionnaire. Il était trotskiste, anticolonialiste… Ses combats étaient l’Algérie, le Vietnam, Cuba, etc. Ses premiers tracts étaient pour pouvoir avoir les cheveux longs à l’école en 1966. Il n’a cessé de faire du militantisme. En 1967-1968, il était en seconde au lycée Condorcet. L’année précédente, Alain Krivine y était un pion. Le 17 janvier 1968, il a été renvoyé pour activités politiques (il avait organisé une grève le 13 décembre 1967 puis le 11 janvier 1968). Dès janvier 1968, il a été soutenu par des centaines de lycéens. Finalement, le 20 mars 1968, il a été réintégré, mais au lycée Voltaire. Très rapidement, il a fait partie de groupes clandestins pour des opérations ciblées. Mai 1968 a démarré le 22 mars 1968.

C’était dès février 1968 qu’il a connu Daniel Cohn-Bendit, et aussi d’autres étudiants révolutionnaires, Daniel Bensaïd, Henri Weber, Alain Krivine… tous beaucoup plus âgés que lui simple lycéen de seconde.

Avec le recul des décennies, Romain Goupil est heureux d’avoir échoué à l’époque. Dans un entretien à "Ouest France" le 6 mai 2018, il confirmait : « La révolution qu’on voulait ne laissait place à aucune opposition. Le premier qu’on aurait fusillé, c’est Cohn-Bendit. Parce qu’il était anarchiste. Après, on aurait liquidé les maoïstes et tous les autres groupes trotskistes qui n’étaient pas d’accord avec nous. La vraie réussite de mai 68, c’est de nous avoir oubliés. Et ridiculisés, notamment Dany. » (propos recueillis par Carine Janin).

Romain Goupil est devenu un cinéaste réputé lorsqu’il a sorti en 1982 le film documentaire "Mourir à trente ans", qui fut primé au Festival de Cannes par la Caméra d’Or, par un César du meilleur premier film en 1983 et par une nomination aux Oscars. Le récit est autobiographique et reprend des images d’archives de 1968 et des années 1970, et ce film a été motivé par celui qui l’avait représenté et qui avait représenté tous les lycéens à la manifestation du 13 mai 1968 auprès de Daniel Cohn-Bendit, Jacques Sauvageot, Alain Geismar, etc., à savoir Michel Recanati qui s’est suicidé en 1978 à l’âge de 28 ans après la mort par maladie de sa fiancée.

En 1968, Romain Goupil était très jeune et avait la passion de la jeunesse, se reconnaît volontiers à l’époque triomphaliste, sectaire, machiste, sexiste… et encore aujourd’hui, il se qualifie lui-même de bolchevique, péremptoire, agressif, violent, pas très démocratique ! Plus intéressant encore, il fut interviewé par la romancière Marguerite Duras le 10 mars 1968 pour l’émission "Dim Dam Dom" de Daisy de Galard sur la future Antenne 2 sur le thème "Les lycéens ont la parole" (qu’on peut revoir dans la vidéo ci-après).

Pour Romain Goupil, il y avait une part de jeu et d’amusement dans sa démarche de révolutionnaire. Quand il heurtait ses mots, il s’arrêtait et se moquait de lui-même, lors de ses envolées verbales dans des salles remplies de lycéens. Au même âge, à l’époque timide, je mourais de trouille de "réciter" devant une vingtaine de camarades des poésies classiques.





Ses parents étaient aussi des militants, dans le milieu du cinéma. Petit, il fréquentait à la maison des personnalités comme Jacques Higelin, Rufus, Brigitte Fontaine, etc. Sa grand-mère était une comédienne de doublage, son père a été chef opérateur d’une centaine de films.

Romain Goupil n’a pas poursuivi très loin ses études et a travaillé dans le cinéma. Il fut assistant réalisateur auprès de grands réalisateurs, comme Roman Polanski ("Tess"), aussi Jean-Luc Godard ("Sauve qui peut (la vie)"), Andrzej Wajda ("Les Possédés"), aussi Coluche ("Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine"), qu’il a soutenu dans sa candidature à l’élection présidentielle de 1981. Il a réalisé lui-même beaucoup de films documentaires, sur Coluche, sur Jacques Higelin, sur Gustave Courbet, etc.

Au-delà de "Mourir à trente ans", on peut citer une comédie dramatique "À mort la mort !" (sortie le 1er septembre 1999), où il est lui-même l’acteur principal, fait d’humour noir à l’hôpital ou dans les cimetières, et ce dernier film documentaire, coréalisé avec son compère Daniel Cohn-Bendit, "La Traversée" (présenté au Festival de Cannes, hors compétition, le 16 mai 2018 et produit par Georges-Marc Benamou), qui commémore le cinquantenaire de mai 68 en allant sonder la France profonde pour mieux la connaître. C’est une sorte d’état des lieux de la pensée populaire que les deux anciens militants ont proposé, avec la participation du maire de Grenoble Éric Piolle, celui de Béziers Robert Ménard, José Bové, …et même Emmanuel Macron !

Dans la matinale de France Inter, le 14 mai 2018, Romain Goupil a expliqué ainsi l’idée de ce film : « C’est là, l’étonnement du film. C’est qu’on prend les caméras, on va avec Dany, et on découvre une France qui n’est pas celle du début, pas celle de l’a priori, on va voir des gens. Ils sont conscients des problèmes et ils sont quand même toujours en train de discuter d’une solution possible. ».

Mais Romain Goupil s’est-il déshabillé de toutes ses anciennes utopies ? Eh bien, pas du tout : « Nous, notre utopie, c’étaient les États-Unis du monde. On était universaliste et cosmopolite. Je le suis toujours. Mais comme je suis devenu vieux, je vise les États-Unis d’Europe. » ("Ouest France").


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Sylvain Rakotoarison (10 juillet 2021)
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9 novembre 2021 2 09 /11 /novembre /2021 01:24

« Tout ce qu’on peut dire et tout ce qu’on peut faire, en définitive : c’est vous, et vous seul qui trouverez la solution. Il n’y a pas de sauveur suprême, il n’y a pas de super caïd, il n’y a pas de superman. C’est vous ! Prenez-vous par la main, sachez ce que vous voulez, demandez-le, voyons ce qu’on peut faire, et avancez ! Alors, ou on aura la crise, ou on sortira de la crise, et dans les deux cas, on aura ce qu’on mérite. » (Yves Montand, le 22 février 1984 sur Antenne 2).



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Cela fait 100 ans que le chanteur et acteur français Yves Montand est né, le 13 octobre 1921, la génération terrible de ceux qui avaient 20 ans sous l’Occupation. À cette époque, Yves Montand, petit artiste venant d’Italie (sa famille d’origine modeste a fui les fascistes quand il avait 2 ans et s’est exilée à Marseille, d’où l’accent marseillais qu’il pouvait perdre parfois), commençait dans un cabaret marseillais "L’Alcazar". Il a vraiment fait décoller sa carrière artistique en été 1941.

Pendant cinquante ans, Yves Montand a poursuivi ainsi une immense carrière de chanteur d’abord, puis d’acteur (mais il a commencé à peu près en même temps la scène et le cinéma). J’y reviendrai un peu plus loin. Auparavant, je voudrais évoquer le Yves Montand engagé : avec Simone Signoret, ils formaient le couple d’intellectuels engagés par excellence pendant des décennies (ils reposent tous les deux dans la même tombe au Père-Lachaise à Paris). Leur couple (marié en décembre 1951) n’était pas un long fleuve tranquille, surtout avec ce qu’a subi la fille adoptive d’Yves Montand (Catherine Allégret).

Je me suis toujours posé la question de cette volonté de s’engager alors qu’un artiste aurait plutôt besoin d’être consensuel, et l’engagement est rarement fédérateur, surtout à l’époque d’après-guerre du choc des idéologies. Une explication (qui reste à prouver) serait qu’à 20 ans, justement, Yves Montand ne s’est pas engagé alors que beaucoup de sa génération s’étaient engagés dans la Résistance. Lui était (encore) loin de Paris (qu’il aurait gagné en 1944 pour échapper au STO ?), et aurait plutôt continué à chanter (avec succès à partir de 1941), faisant surtout attention que son nom de famille, Livi, ne fût pas considéré comme une déformation d’un nom juif, Lévy (auquel cas il risquait la déportation).

Cette période reste toujours incertaine et si je l’évoque, c’est juste pour poser des questions et moi-même je serais incapable de répondre réellement à la question sur ce que j’aurais fait dans un tel contexte (bien sûr, après coup, c’est toujours facile de dire qu’on choisit le bon le camp, mais en situation, c’était difficile d’avoir une bonne vision des choses, ce qui n’a pas empêché, heureusement, que certains l’aient eue).

Toujours est-il qu’après la guerre, Yves Montand a été séduit temporairement par le stalinisme et par le communisme dont sa famille était issue. Il a fait notamment une tournée mémorable en URSS. Mais la lucidité l’a emporté sur l’aveuglément, et Yves Montand a eu le courage de rejeter cette idéologie mortifère, ce que beaucoup d’intellectuels n’ont pas su ni peut-être osé faire, orgueil aidant (c’est toujours très difficile de reconnaître qu’on a eu tort).

Son engagement pour les droits de l’homme et la démocratie est resté en revanche intact et constant, ce qui a expliqué son soutien au peuple chilien après le coup d’État de Pinochet et la répression sanglante qui a suivi. Du reste, il a joué dans beaucoup de films "engagés" (en particulier de Costa-Gavras, mais pas seulement) qui dénonçaient les atteintes à la démocratie et aux libertés, ainsi que la répression et les crimes de régimes autoritaires (communistes avec "L’Aveu" ou non, comme "Z").

Plus curieux fut son intérêt pour le libéralisme économique dans les années 1980, dans un contexte de politique internationale qui s’y prêtait bien (alors que les années 1970 étaient celles des travaillistes ou sociaux-démocrates). Certains ont pensé qu’Yves Montand aurait voulu être le Reagan français.

Il a en particulier animé une émission politique et économique assez intéressante, le 22 février 1984 sur Antenne 2, intitulée "Vive la crise !", regardée par 20 millions de Français (c’était énorme). Dans cette émission scénarisée par Jean-Claude Guillebaud et Laurent Joffrin, il assurait que la crise économique durable entraînerait un changement profond des mentalités, des risques pour la démocratie (les propos de l’historien Henri Amouroux sur l’année 2014, trente ans plus tard, sont assez frustrants et décevants car l’émission n’a pas osé faire beaucoup d’anticipation). À la fin de l’émission, Yves Montand, qui a pourfendu toutes les recettes miracles et les yaka fokon, insistait sur l’importance de la volonté individuelle et de l’envie d’entreprendre de chacun (en gros : ne vous reposez sur personne d’autres que sur vous !).

J’avais déjà évoqué assez précisément cette émission dans laquelle participaient, entre autres, Alain Minc, Christine Ockrent et Michel Albert. En revanche, l’INA (à ma connaissance) n’avait pas encore mis à disposition du public la totalité de l’émission que je propose donc maintenant ici.





Le journaliste Patrick Cohen a également rediffusé cette émission marquante dans sa série "Rembob’INA" sur la chaîne parlementaire LCP. Cette émission était scénarisée et c’est donc difficile de dire que c’était un documentaire, comme il était difficile de dire qu’Yves Montand était un présentateur, il n’était qu’un "acteur" et il n’était pas d’ailleurs le premier prévu (Bernard Pivot avait initialement refusé de se prêter au jeu).

Quelques mois plus tard, le 18 avril 1985, une autre émission "La guerre en face" était diffusée sur FR3. Du même style et scénarisée avec les mêmes, elle était aussi animée par Yves Montand qui évoquait, à la place de l’économie, la géopolitique et imaginait des nouveaux boat people comme nouvelle vague migratoire (ce qui semblait s’être passé trente ans plus tard avec les réfugiés syriens en Méditerranée). Dans cette seconde émission participait notamment un expert en géopolitique, Pierre Lellouche, devenu plus tard député et ministre.

Peut-être que cette animation d’émissions qui se voulait percutante (mais qui a beaucoup vieilli avec un ton qui gêne beaucoup, car il est prétentieux, il veut faire croire qu’il ouvre les yeux à son auditoire, ce qui est assez condescendant, paternaliste voire présomptueux) a beaucoup joué en faveur d’une hypothèse folle : Yves Montand voudrait être candidat à l’élection présidentielle de 1988.

Je suis à peu près convaincu que même avec l’incertitude de la candidature de François Mitterrand, dans une classe politique encore très traditionnelle bien que bousculée par l’irruption de Jean-Marie Le Pen, avec un trop plein de candidats dans le camp supposé libéral (Raymond Barre et Jacques Chirac rassemblaient plus de 40% des intentions de vote dans les sondages), je suis à peu près convaincu que pour Yves Montand, il n’avait jamais été question de candidature (au contraire de Coluche en 1981).

Néanmoins, il a semblé laisser germer le doute pendant plusieurs années, si bien que la journaliste Anne Sinclair l’a invité dans son émission politique de grande audience "Questions à domicile", devenue pour l’occasion "Montand à domicile", exceptionnellement tenue un samedi au lieu du jeudi, le 12 décembre 1987 sur TF1, dans le grand amphithéâtre de l’École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC) à Cergy-Pontoise, devant sept cents étudiants et professeurs. Sur consigne de la chaîne de télévision privatisée pour faire le plein d’audience pour ses spots publicitaires, Yves Montand a attendu la fin de l’émission pour annoncer qu’il ne serait pas candidat à l’élection présidentielle. Une polémique est née ensuite en raison du cachet de 800 000 francs que l’acteur chanteur avait reçu de TF1, cachet qu’il avait redistribué dans sa presque totalité dans des œuvres caritatives et dans les taxes et impôts.

Ses engagements plus ou moins sincères ne doivent de toute façon pas faire oublier le grand chanteur et le grand acteur (sans César attribué pourtant) qu’Yves Montand a été et restera, puisque les enregistrements lui permettent de rester hors du temps.

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Dans l’acteur (et aussi le chanteur), il y avait parfois le séducteur, le séducteur agaçant, celui sur qui on ne peut pas compter, qui frime, ment, parade, fait le paon, parfois trop, et peut-être même dans la vie réelle quand il a tourné aux États-Unis le film "Le Milliardaire" de George Cukor (sorti le 8 septembre 1960) avec Marilyn Monroe avec qui il a eu une liaison. Ses personnages étaient de ce genre dans des films comme "La Folie des grandeurs" de Gérard Oury (sorti le 8 décembre 1971) avec Louis de Funès et l’impayable Alice Sapritch ; "Le Sauvage" de Jean-Paul Rappeneau (sorti le 1975) avec Catherine Deneuve et Luigi Vannucchi ; "Tout feu tout flamme" de Jean-Paul Rappeneau (sorti le 13 janvier 1982) avec Isabelle Adjani, Alain Souchon et Jean-Luc Bideau.

Yves Montand jouait aussi dans des films "sérieux", engagés, à forte moralité, à dénonciation politique, etc. comme "Z" de Costa-Gavras (sorti le 1969) avec Jean-Louis Trintignant, Charles Denner, Irène Papas, Jean Bouise, Bernard Fresson, Jacques Perrin, Pierre Dux, Julien Guiomar, François Périer, etc., qui reprend l’histoire vraie du régime des colonels en Grèce ; "L’Aveu" de Casta-Gavras (sorti le 29 avril 1970) avec Simone Signoret, Jean Bouise, aussi Michel Robin et Jacques Rispal, etc., qui reprend les procès de Prague ; "I… comme Icare" d’Henri Verneuil (sorti le 19 décembre 1979) avec (entre autres) Roland Blanche, qui raconte une enquête sur l’assassinat politique d’un chef d’État progressiste dans une Amérique latine instable, avec l’excellente scène qui montre l’expérience de Milgram (qui a été tournée dans un amphi de l’ESSEC à Cergy-Pontoise).

Au-delà des films politiques, Yves Montand a tenu des rôles parfois étonnants ou éclatants, comme dans "Le Salaire de la peur" d’Henri-Georges Clouzot (sort le 22 avril 1953) avec Charles Vanel ; "La Menace" d’Alain Corneau (sorti le 28 septembre 1977), avec Marie Dubois, Carole Laure et Jean-François Balmer (excellent "thriller", comme on dit maintenant).

Enfin, disons-le, j’ai peu apprécié le Papet dans la série pourtant à grand succès des Pagnol réalisés par Claude Berri, "Jean de Florette" (sorti le 27 août 1986) et "Manon des sources" (sorti le 19 novembre 1986), avec Gérard Depardieu, Daniel Auteuil, Emmanuelle Béart, Hippolyte Girardot, Ticky Holgado, etc. Peut-être trop cabotin ?

Terminons par le grand chanteur sur deux morceaux que j’apprécie particulièrement, car il redonne l’ambiance d’une société à jamais révolue (et que je n’ai pas connue sinon par des effets miroirs !), celle des années 1950, peut-être compliquées par la reconstruction mais tellement simples quand on connaît les enjeux d’aujourd’hui, en particulier pour les jeunes étudiants en pleine période de covid-19 et de crise économique.


1. "À bicyclette" :






2. "À Paris" :






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 octobre 2021)
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Pour aller plus loin :
Yves Montand et la crise.
Yves Montand.
Nicole Croisille.
Bernard Tapie.
Marie-Anne Chazel.
Marthe Mercadier.
Jean-Paul Belmondo.
Cédric Klapisch.
Philippe Labro.
Adrian Monk.
Patrick Bouchitey.
Philippe Léotard.
Romain Goupil.
Isabelle Carré.
Claude Piéplu.
Michael Lonsdale.
Jean-Pierre Bacri.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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3 novembre 2021 3 03 /11 /novembre /2021 03:58

« Ce que je suis devenu me déçoit. » (Charles Bronson, 1975).



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La rudesse et la pudeur pouvaient s’exprimer au détour d’une phrase : « Dans le milieu où j’ai grandi, je ne pouvais pas me permettre d’afficher la moindre sensibilité. ». Ou d’une autre : « Si vous voyez de la faiblesse chez le héros, vous portez atteinte à son identité. Vous empêchez les gosses d’avoir quelqu’un à admirer. ».

L’acteur américain Charles Bronson est né il y a 100 ans, le 3 novembre 1921. D’origine lituanienne (et très vaguement mongole), l’acteur à la gueule de héros très viril a commencé sa vie avec beaucoup de petits boulots, une mobilisation pendant la guerre comme mitrailleur de bombardier, puis des petits rôles au théâtre. On lui conseilla d’aller à Hollywood, car il pouvait avoir un physique qui intéresserait.

Charles Bronson le dur, le farouche, l’Indien. Il a joué dans des centaines de films pour le cinéma et la télévision, de nombreux westerns et films de guerre. Il a commencé à se faire connaître dans les années 1950 avec des petits rôles, comme ce sourd-muet dans "L'Homme au masque de cire" d'André de Toth (sorti le 10 avril 1953), Charles Bronson apparaît alors avec son vrai nom (Charles Buchinsky) jouant le rôle d'Igor Bronson, jusqu’à ce que Robert Aldrich l’ait découvert : « Ce type a de la gueule ! Et dans ce métier, une gueule vaut mieux qu’un visage. ». Encore pour des seconds rôles, il a alors tourné dans "Branco Apache" (sorti le 22 décembre 1954) et "Vera Cruz" (sorti le 25 décembre 1954) de Robert Aldrich avec Burt Lancaster (pour les deux cités) et Gary Cooper (pour le second film cité), et sa notoriété s’est faite à partir du film de John Sturges "Les Sept Mercenaires" (sorti le 23 octobre 1960) avec Steve MacQueen, James Coburn, Yul Brynner, etc. Le premier grand rôle de Charles Bronson fut dans "L'Aigle solitaire" de Delmer Daves (sorti le 10 novembre 1954), où il est chef indien.

Ses participations étaient plus importantes un peu plus tard : dans "La Grande Évasion" de Johne Sturge (sorti le 4 juillet 1963), il a retrouvé Steve MacQueen, aux côtés de James Coburn et Richard Attenborough. De même, "Les Douze Salopards" de Robert Aldrich (sorti le 15 juin 1967), aux côtés notamment de Lee Marvin et John Cassavetes, reprend le thème de la Seconde Guerre mondiale et du combat contre les nazis. Il a mis une trentaine d’années avant d’être vraiment reconnu par Hollywood comme un acteur majeur. L’Europe l’a mieux apprécié. Plus tôt.

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Car en Europe, Charles Bronson s’est beaucoup "éclaté". D’abord avec Sergio Leone qui a réussi enfin à le persuader de tourner avec lui dans un western spaghetti qui a été un grand succès en Europe (beaucoup moins aux États-Unis) : dans "Il était une fois dans l’Ouest" (sorti le 21 décembre 1968), il était l’homme à l’harmonica (déjà dans "Vera Cruz", il jouait de l’harmonica !), au point de supplanter le "leadership" (naturel) de Henry Fonda (Claudia Cardinale y a joué le personnage clef). Auparavant, Sergio Leone l’avait voulu pour son film "Pour une poignée de dollars" et il a pris Clint Eastswood en plan B.

Ensuite dans "La Cité de la violence" de Sergio Sollima (un film franco-italien sorti le 17 septembre 1970), avec sa deuxième épouse (de 1968 à 1990), l’actrice britannique Jill Ireland (1936-1990) avec qui il a joué dans de nombreux films dans les années 1970 (c’est elle qui l’a convaincu d’accepter de tourner avec Sergio Leone). De ce film ("La Cité de la violence"), il a joué aussi avec l’acteur français Michel Constantin est devenu un de ses grands copains. Le trio Charles Bronson, Jill Ireland et Michel Constantin a récidivé ensemble dans "De la part des copains" de Terence Young (sorti le 18 décembre 1970).

Aussi avec René Clément dans "Le Passager de la pluie" (sorti le 21 janvier 1970), sur un scénario de Sébastien Japrisot, aux côtés de Marlène Jobert et Annie Cordy (Jean Piat y fait aussi une apparition). Dans un autre film avec une participation française, une sorte de western spaghetti, "Soleil rouge" de Terence Young (sorti le 15 septembre 1971), Charles Bronson et Alain Delon (dont c’est le 86e anniversaire ce lundi 8 novembre 2021) ont fait les vedettes. Il avait déjà joué avec Alain Delon dans "Adieu l’ami" de Jean Herman (sorti le 14 août 1968) avec Brigitte Fossey et Bernard Fresson.

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Enfin, on ne peut éviter de citer "Un Justicier dans la ville" de Michael Winner (sorti le 24 juillet 1974), qui a marqué définitivement la réputation de Charles Bronson dans une sorte de course à la justice personnelle, faute d’une justice impartiale, impuissante et inefficace (ce qui, dans les années 1970, avait suscité bien des débats politiques, avant et après ce film, aux États-Unis comme en Europe)… un rôle qu’il a gardé avec quatre autres suites de ce film ! On n'oubliera pas non plus de citer "C'est arrivé entre midi et trois heures" de Frank D. Gilroy (sorti le 13 août 1976), avec Jill Ireland, où Charles Bronson a joué la comédie, ce qui est très rare.

Malade, Charles Bronson s’est éclipsé de la vie d’une mauvaise pneumonie le 30 août 2003, après avoir appris que l’avant-veille, son copain français Michel Constantin avait succombé d’une crise cardiaque à la suite d’un malaise dû à la canicule. Faux dur, vrai tendre, son épique participation au cinéma d’action et de violence aura été associée aux années 1960 et 1970.

À l’occasion du centenaire de l’acteur, la chaîne franco-allemande Arte lui consacre un documentaire français "Charles Bronson, le génie du mâle" réalisé par Jean Lauritano en 2019 : un « portrait tout en muscles en en moustache de l’acteur Charles Bronson, un paradoxe aussi attachant que taiseux, devenu malgré lui l’icône d’une Amérique violente et paranoïaque ».

Le documentaire n’hésite pas d’ailleurs à le relier aux États-Unis d’aujourd’hui, comme « l’icône d’une Amérique machiste, violente et paranoïaque, invoquée par Donald Trump dans ses meetings de campagne » et de poursuivre avec les qualificatifs : « cogneur mélancolique, vedette mondiale boudée à domicile, mineur fils de mineur devenu l’acteur le mieux payé au monde, amoureux fervent abonné aux rôles de solitaires ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 octobre 2021)
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Pour aller plus loin :
"Charles Bronson, le génie du mâle", documentaire de Jean Lauritano (2019).
Charles Bronson.
Fabrice Luchini.
Annie Girardot.
Yves Montand.
Nicole Croisille.
Bernard Tapie.
Marie-Anne Chazel.
Marthe Mercadier.
Jean-Paul Belmondo.
Cédric Klapisch.
Philippe Labro.
Adrian Monk.
Patrick Bouchitey.
Philippe Léotard.
Romain Goupil.
Isabelle Carré.
Claude Piéplu.
Michael Lonsdale.
Jean-Pierre Bacri.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/la-gueule-de-charles-bronson-236678

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