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26 décembre 2020 6 26 /12 /décembre /2020 03:27

« C’est un acteur qui a donné le goût de la liberté à beaucoup d’acteurs et actrices. Partout où il est passé, il a réussi quelque chose : être un homme libre. On ne doit pas oublier cette génération. On ne doit pas oublier à quel point ce métier a besoin de liberté. » (Charles Berling, 18 mai 2020 sur France Inter, évoquant Michel Piccoli).



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L’acteur français Michel Piccoli est mort le 12 mai 2020, il aurait eu 95 ans ce dimanche 27 décembre 2020. Michel Piccoli, par sa longévité (à partir de 1945), par ses nombreuses participations, a eu un parcours étonnant puisqu’il fut à la fois une jeune star du premier rôle et un acteur moins star jouant sur de registres très différents, tant au cinéma qu’au théâtre.

Dans les années 1970 et 1980, Michel Piccoli faisait partie des ces "artistes de gauche" qui avaient soutenu la candidature de François Mitterrand comme "allant de soi". On peut voir l’origine de cet engagement contre les "puissances de l’argent" dans la carrière de son grand-père maternel Charles Expert-Bezançon, sénateur radical et industriel de la peinture accusé d’avoir intoxiqué au plomb ses employés.

Cette longévité artistique s’est traduite par la proximité d’acteurs et de réalisateurs, mais aussi d’artistes (plus généralement) de légende, on peut citer (sans être exhaustif) Juliette Gréco (bien sûr), qu’il a épousée, Brigitte Bardot, Madeleine Renaud, Luis Bunuel, Jean-Pierre Melville, Jean-Luc Godard, Jean Renoir, Costa-Gavras, Hitchcock, Agnès Varda, etc.

Pour rendre hommage à ce grand acteur dont j’ai adoré l’un des tout derniers rôles en 2011, celui d’un (vieux) cardinal élu pape qui renonce à son élection (interprétation d’autant plus remarquable et crédible qu’il était paradoxalement plutôt athée), je reprends ici quelques éléments éparses d’un hommage très soutenu que la radio France Inter avait fait lors de l’annonce de ce décès, le 18 mai 2020 (annonce avec six jours de décalage).

Dans la soirée du 18 mai 2020, en effet, a été rappelée l’excellente interview par Laure Adler du 17 janvier 2009 au Studio Théâtre. Marqué par un frère qu’il n’a pas connu, Michel Piccoli expliquait qu’il concevait la liberté comme un changement permanent de ses modes d’expression (cinéma, télévision, théâtre qu’il préférait) et comme une prise de risques. Notamment au théâtre où il a joué des rôles très différents, ou lu des poèmes, etc. (Courteline, Paul Claudel, Racine, Félicien Marceau, Molière, Tchekhov, Bernard-Marie Koltès, Arthur Schnitzler, Marivaux, Shakespeare, Ibsen, René Char, Sacha Guitry, Thomas Bernhard, etc.). Il a même fait de la scène à Avignon pour Pierre Boulez né quelques mois avant lui. En somme, se remettre toujours en cause pour progresser. Michel Piccoli a aussi prêté sa voix à Chateaubriand dans le film "Le Souper" d’Édouard Molinaro avec Claude Brasseur et Claude Rich.

Interviewé par Vincent Josse le 15 janvier 2009, Michel Piccoli évoquait le trac au théâtre de manière assez simple : « Je n’ai jamais eu peur de monter sur scène. Je monte sur scène depuis l’âge de 9 ans. J’ai extrêmement peur pendant les répétitions. Dès qu’elles sont terminées, quand je suis soi-disant prêt à exécuter, tout va très bien. Le public m’amuse et ne m’angoisse pas. C’est très amusant d’avoir le culot de se retrouver devant dix-sept ou mille spectateurs, oui, vraiment, ça m’amuse ! Être là devant des gens muets et raconter à haute voix une histoire que je crois extraordinaire et les voir fascinés. ».

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Dans l’émission "Hors-Champs" diffusée le 18 décembre 2009 sur France Culture, Michel Piccoli racontait encore sa passion du théâtre et des grands auteurs et metteurs en scène.

Quarante ans plus tôt, il était l’invité de l’émission fameuse de Jacques Chancel "Radioscopie"  du 29 octobre 1968 à l’époque où il jouait le premier rôle dans une adaptation d’un roman de Françoise Sagan, "La Chamade" d’Alain Cavalier (sorti le 30 octobre 1968), avec Catherine Deneuve. Dans cette émission, il a parlé de son lancement au cinéma par un film de Jean-Pierre Melville, puis par un film de Jean-Luc Godard, son réalisateur préféré, aux côtés de Brigitte Bardot ("Le Mépris").

Ces quatre émissions, on peut les retrouver sur Internet grâce à cette mémoire vivante de l’audiovisuel. On peut aussi retrouver cette émission spéciale du journal de 13 heures, animé par Bruno Duvic, le 18 mai 2020 sur France Inter, qui avait rassemblé un certain nombre d’invités pour évoquer la mémoire de Michel Piccoli.

Charles Berling, par exemple, disait : « Au fond, c’est l’homme de tous les contraires, et je crois que la société a besoin de ça, elle a besoin de cette contradiction. ». Il confiait ainsi que ce cardinal élu pape ("Habemus papam"), c’était un film où les assureurs avaient refusé de l’assurer pour le tournage, mais il l’a quand même tourné. Et d’ajouter : « On avait toujours l’impression, quand on le voyait, que ça sortait comme ça. Piccoli, c’est ‘insaisissable. Il va faire ce que doit faire un acteur : c’est-à-dire rentrer dans un univers, servir un univers. ».

Jane Birkin aussi a été très touchée par l’annonce de sa disparition : « Une des personnes les plus formidables dans tous les sens, comme être humain et comme acteur. C’est quelqu’un qui était tellement présent. Travailler avec lui était génial. Il était fantasque dans sa performance, et en même temps, très modeste dans ses rapports avec les autres. En revanche, très exigeant de lui-même. ».

De son côté, le réalisateur Yves Jeuland pouvait témoigner : « Il était à la fois triste et farceur. Sa faculté d’aller dans toutes les directions m’a attiré. Ce qui l’intéressait dans ses choix, c’était la relation qu’il allait avoir avec le réalisateur. Par exemple, c’est un acteur qui n’avait pas d’agent. (…) Plus de soixante-dix ans de théâtre, télévision, cinéma, sa carrière est gigantesque. Pour autant, c’est un acteur qui n’était jamais là où on l’attendait. Il était pudique d’une certaine façon. Et pourtant, il avait aussi ce côté exubérant. C’était aussi un homme de troupe. ».

Critique de cinéma, Laurent Delmas confirmait : « C’est quelqu’un qui a pris des risques. Il n’a jamais coulé dans un moule facile de cinéma à succès. ». Journaliste sur France Inter, Eva Bettan aussi le peignait de cette manière : « Il y a l’image du grand bourgeois par moment, et il la casse le lendemain. ».

Probablement que la réaction la plus touchante est venue de l’actrice Emmanuelle Béart, qui a joué avec le peintre Michel Piccoli dans le très beau (et long) film de Jacques Rivette "La Belle Noiseuse" (sorti le 4 septembre 1991) : elle était le modèle du peintre, et était en scène aussi Jane Birkin, la femme du peintre qui était l’ancien modèle pour un tableau inachevé.

Dans une lettre lue par Augustin Trapenard le 19 mai 2020, Emmanuelle Béart parlait du monstre sacré : « Tes gestes tes regards tes mots, ta voix résonnent comme la beauté du cinéma en plein soleil, toutes générations entremêlées. (…) Loin du bruit et de la fureur, sans mépris, toi, si limpide, au rythme tranquille, au sourire ravageur que traduit ma tendresse de deux grands yeux rieurs. ».

L’ancienne modèle fut modelée : « Michel, tu les aimes, mes fesses ? Pardon de cette indélicatesse, tu as rendez-vous, je ne veux pas te retenir, juste te dire que le combat continue, que ce corps que tu as pétri et pétri et repétri (…) n’oublie rien de ce que tu lui as insufflé. Le combat continue entre l’ombre et la lumière, entre la lucidité et la ferveur. En désaccord avec notre temps, c’était, dis-tu, notre raison d’être. ».

95 ans, c’était l’occasion très modeste d’un retour à ce montre sacré, que son souvenir reste vivant chez les cinéphiles…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 décembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Le mari de Brigitte Bardot.
Michel Piccoli.
Robert Hossein.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201227-michel-piccoli.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/hommage-a-michel-piccoli-1925-2020-229746

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/12/26/38725597.html





 

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26 décembre 2020 6 26 /12 /décembre /2020 01:18

« C’est un autre avenir qu’il faut qu’on réinvente
Sans idole ou modèle, pas à pas, humblement
Sans vérité tracée, sans lendemains qui chantent
Un bonheur inventé définitivement. »
(Jean Ferrat, "Le Bilan", 1980).


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Si l’épidémie de coronavirus SARS-CoV-2 s’était déclenchée il y a dix ans, le chanteur Jean Ferrat, qui est mort à Aubenas le 13 mars 2010 à l’âge de 79 ans de la suite d’une maladie attrapée à l’hôpital (il est né à Vaucresson le 26 décembre 1930), aurait été enterré dans l’intimité familiale. Mais ce ne fut pas le cas. Car le 16 mars 2010 à Antraigues-sur-Volane, il y a eu plus de cinq mille personnes venues lui rendre hommage, à l’instar d’Isabelle Aubret. La foule a même chanté "La Montagne", sa chanson la plus connue.

Auteur, compositeur, interprète, Jean Ferrat faisait partie de ces chanteurs qui faisaient "tout". Il n’a pas composé ni écrit toutes les chansons qu’il a interprétées mais une grande partie. Il était une voix extraordinaire mais aussi une plume de poète exceptionnelle.

Pourquoi ai-je apprécié Jean Ferrat alors qu’on l’a associé en permanence au parti communiste français ? La première réponse est assez simple : si on devait se préoccuper des opinions politiques des artistes pour apprécier leurs œuvres, on ne verrait, lirait, écouterait plus aucune œuvre. Après tout, qu’est-ce qu’un art communiste ? un art libéral ? un art de gauche ? de droite ? du centre ? Cela n’a pas beaucoup de sens. Je reste sur l’idée du mérite républicain individuel : l’art est avant tout personnel, et la personnalité de Jean Ferrat est très attachante, ses œuvres émouvantes.

Au même titre, faut-il détester les excellents livres de Jean-Paul Sartre au style si efficace et subtil alors qu’il s’est trompé systématiquement dans ses combats politiques et qu’on adore également Boris Vian qui tournait en ridicule les fétichistes du sartrisme ? Ou détester les œuvres si éclairantes et vivifiantes de Louis Aragon par anticommunisme forcené ? Bien évidemment non, et d’ailleurs, Jean Ferrat a chanté beaucoup de ses poèmes, les a faits parfois mieux connaître. J’ai même évolué sur l’œuvre magistrale de Céline, dont l’antisémitisme des pamphlets m’incommodait trop pour l’apprécier. Peut-être une idée de la maturité : faire la part des choses. Sans rien oublier pour autant. Encore moins excuser.

La seconde réponse à la question (inutile de continuer ensuite), c’est de dire que Jean Ferrat a toujours été un électron libre. D’ailleurs, il n’a jamais pris sa carte et surtout, il a toujours été lucide sur les manquements du communisme. Et même sur ses horreurs staliniennes. Il est toujours resté fidèle (il a voté Georges Marchais en 1981) mais il l’a toujours été avec des réserves qui lui font honneur, plus honneur en tout cas que Sartre qui acceptait tout des horreurs du communisme sous prétexte qu’il ne fallait pas "désespérer Billancourt". On sait ce qu’il advint de Billancourt : désormais se niche la troisième grande salle de concert moderne de la région parisienne sur l’Île Seguin. Il ne reste plus que la façade d’entrée de Renault. Pas de "bilan globalement positif", pas de soutien à l’invasion de Prague par les chars soviétiques. Fidélité mais lucidité aussi.

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Alors, c’est vrai, Jean Ferrat était bien incapable de débattre comme un homme politique, sur un plateau de télévision à coup d’arguments et de contre-arguments. Mais à sa façon, il diffusait ses idées, souvent généreuses, pacifiques, parfois même écologiques avant l’heure, par le moyen qui était le sien, là où il s’épanouissait, par la chanson. Ces chansons orientées (engagées dit-on) lui ont joué d’ailleurs des tours, puis que dans l’ORTF de pépé, il fut régulièrement censuré, mais le public le suivait, c’était l’essentiel.

L’exemple le plus frappant fut un éditorial de Jean d’Ormesson, à l’époque influent directeur du journal "Le Figaro", qui avait parlé d’un "air de liberté" qui flottait avant la prise de Saïgon par les communistes. Cela avait mis en colère le chanteur qui en a fait une chanson où il a cité le nom de l’éditorialiste qui, par la suite, a apprécié la chanson et était même honoré d’avoir été ainsi immortalisé dans une œuvre musicale.

Les chansons de Jean Ferrat n’étaient pas toujours des manifestes engagés. Elles étaient également sentimentales. Amour, nostalgie, beauté de la nature, espérance… Comme la magie de la technologie permet de préserver au-delà de la mort les enregistrements et que l’Internet permet de les diffuser chez soi, voici, pour lui rendre hommage, dix chansons très connues qui ont placé Jean Ferrat dans la même légende que Charles Trenet, Georges Brassens, Jacques Brel, Léo Ferré, Guy Béart, et quelques autres…

Sans indication particulière, les chansons sont de Jean Ferrat (paroles et composition).


1. "Nuit et brouillard" (décembre 1963)

Grand Prix du disque de la prestigieuse Académie Charles-Cros, cette chanson a fait connaître et apprécier Jean Ferrat du grand public. Elle évoque la Shoah avec des mots très émouvants.


« Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent.

Ils se croyaient des hommes, n’étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe, il ne reste qu’une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été. »






2. "La Montagne" (12 novembre 1964)

La chanson la plus connue de Jean Ferrat qui évoque la nostalgie et le déracinement. Dans "Témoignage chrétien" du 8 mai 1969, il a expliqué : « ["La Montagne"] évoque quelque chose qui touche énormément les gens : l’abandon de la terre natale. (…) Presque tous les Parisiens sont fils ou petit-fils de paysans, alors, il y a un pincement au cœur. ».

« De quoi attendre sans s’en faire
Que l’heure de la retraite sonne
Il faut savoir ce que l’on aime
Et rentrer dans son HLM
Manger du poulet aux hormones.

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver ? »






3. "Que serais-je sans toi ?" (novembre 1964)

Jean Ferrat a repris un poème de Louis Aragon, "Prose du bonheur et d’Elsa" publié dans "Le Roman inachevé" (1956).

« J’ai tout appris de toi sur les choses humaines
Et j’ai vu désormais le monde à ta façon
J’ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines. »






4. "Ma France" (mars 1969)

Il est sûr que la chanson "Ma France" était une chanson très orientée politiquement, mais Jean Vasca (chanteur) ne la considérait pas comme de la propagande : « Les chansons politiques, quand elles ne sont pas réussies, ont l’air de tracts, mais quand elles sont réussies, comme celle-là, elles sont pleines de vérité humaine. ». Elle ne manquait pas de provoquer des polémiques, en honorant Robespierre et les vendeurs de "L’Huma" le dimanche matin, tout en fustigeant Thiers et De Gaulle. Il honorait aussi Victor Hugo, Paul Éluard et Picasso.

« Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd’hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France. »






5. "Camarade" (janvier 1970)

Cette chanson très politisée pourrait être considérée comme anticommuniste à tel point Jean Ferrat a fustigé la fin, par l’arrivée des chars soviétiques le 21 août 1968, du Printemps de Prague, ce "socialisme au visage humain" selon Alexander Dubcek. Le chanteur avait presque honte d’être communiste.

« C’est un nom terrible Camarade
C’est un nom terrible à dire
Quand, le temps d’une mascarade
Il ne fait plus que frémir
Que venez-vous faire Camarade
Que venez-vous faire ici
Ce fut à cinq heures dans Prague
Que le mois d’août s’obscurcit. »






6. "Aimer à perdre la raison" (avril 1971)

Jean Ferrat a chanté le poème de Louis Aragon "La Croix pour l’ombre" de son recueil "Le Fou d’Elsa" (1963).

« Aimer à perdre la raison
Aimer à n’en savoir que dire
À n’avoir que toi d’horizon
Et ne connaître de saisons
Que par la douleur du partir
Aimer à perdre la raison. »






7. "La Femme est l’avenir de l’homme" (novembre 1975)

En reprenant et retournant la formule de Louis Aragon issue de son recueil "Le Fou d’Elsa" : « L’avenir de l’homme est la femme. », Jean Ferrat a contribué à faire de son titre un proverbe désormais très connu.

« Le poète a toujours raison
Qui annonce la floraison
D’autres amours en son royaume
Remets à l’endroit la chanson
Et déclare avec Aragon :
La femme est l’avenir de l’homme ! »






8. "Un Air de liberté" (décembre 1975)

Cité dans cette chanson qui condamnait les guerres coloniales, Jean d’Ormesson avait réussi à en interdire la diffusion dans une émission consacrée à Jean Ferrat par Jacques Chancel le 14 novembre 1975 sur Antenne 2. Néanmoins, il n’a pas réussi à la faire supprimer dans l’album, et plus tard, il a admis avoir finalement apprécié la chanson. Jean Ferrat avait réagi à l’éditorial de l’écrivain, publié dans "Le Figaro" le 2 mai 1975, sur la chute de Saïgon le 30 avril 1975 : « Seulement sur tous les excès et sur toutes les bavures soufflait encore un air de liberté. Une liberté viciée, sans doute, mais une liberté. ».

Jean Ferrat y allait fort car il mettait Jean d’Ormesson dans le même lot que les "autres" : « C’est vous et vos pareils qui en êtes tuteurs » [des guerres coloniale], « Pour vous et vos pareils nous étions la vermine », « Oui vous avez un peu de ce sang sur les mains »

« La terre n’aime pas le sang ni les ordures
Agrippa d’Aubigné le disait en son temps
Votre cause déjà sentait la pourriture
Et c’est ce fumet-là que vous trouvez plaisant.

(…)

Ah monsieur d’Ormesson
Vous osez déclarer
Qu’un air de liberté
Flottait sur Saïgon
Avant que cette ville s’appelle Ville Ho-Chi-Minh
Après trente ans de feu de souffrance et de larmes
Un génocide vain perpétré au Viêt-Nam
Quand le canon se tait vous vous continuez.

Mais regardez-vous donc un matin dans la glace
Patron du Figaro songez à Beaumarchais
Il saute de sa tombe en faisant la grimace
Les maîtres ont encore une âme de valet. »

En fait de génocide, c’est bien au Cambodge qu’il a eu lieu quelques mois plus tard avec Pol Pot






9. "Le Bilan" (1980)

Avec cette chanson, Jean Ferrat a réagi aux propos de Georges Marchais prononcés le 23 avril 1979 pour parler du "bilan globalement positif" de l’Union Soviétique, et a dénoncé les crimes de Staline.

« Ah ! Ils nous en ont fait avaler des couleuvres
De Prague à Budapest, de Sofia à Moscou
Les staliniens zélés qui mettaient tout en œuvre
Pour vous faire signer les aveux les plus fous

(…)

Au nom de l’idéal qui vous faisait combattre
Et qui nous pousse encore à nous battre aujourd’hui

(…)

Mais quand j’entends parler de bilan positif
Je ne peux m’empêcher de penser à quel prix ?
Et ces millions de morts qui forment le passif
C’est à eux qu’il faudrait demander leur avis. »






10. "Les Cerisiers" (novembre 1985)

Avec les paroles de Guy Thomas, parolier qui est mort récemment (le 19 janvier 2020), Jean Ferrat réaffirmait (malgré la chanson précédente) sa fidélité au communisme.

« Bien sûr on me dira que c’est des sottises
Que mon utopie n’est plus de saison
Que d’autres ont chanté le temps des cerises
Mais qu’ils ont depuis changé d’opinion.

Moi si j’ai connu des années funestes
Et mes cerisiers des printemps pourris
Je n’ai pas voulu retourner ma veste
Ni me résigner comme un homme aigri. »





Et dans la dernière strophe des Cérisiers, Jean Ferrat envisager sa fin prochaine :

« Ah qu’il vienne au moins le temps des cerises
Avant de claquer sur mon tambourin
Avant que j’aie dû boucler mes valises
Et qu’on m’ait poussé dans le dernier train. »

Chapeau, l’artiste !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 mars 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean Ferrat.
Juliette Gréco.

_yartiFerratJean04

 

 

https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201226-jean-ferrat.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/12/21/38719352.html



 

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23 décembre 2020 3 23 /12 /décembre /2020 03:49

« La popularité n’est pas un critère de qualité. » (Claude Brasseur).


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Cette petite phrase est à la fois vraie et fausse. Vraie parce qu’un bon acteur doit surprendre, sait se mettre dans des rôles pour lesquels on ne l’imaginait pas. Mais c’est la théorie, car la pratique, c’est qu’un acteur populaire devient familier, crédible, vrai, comme un copain, ou un copain de ses parents, ce qui revient un peu au même. C’est effectivement le cas de l’ami Claude Brasseur qui s’est éteint à Paris ce mardi 22 décembre 2020 à l’âge de 84 ans (né le 15 juin 1936).

On ne pourra pas dire que c’était un fils à papa ou un papa de fiston, et pourtant, il était dans une véritable lignée familiale d’acteurs et de comédiens, son père, "l’historique" Pierre Brasseur, son fils Alexandre Brasseur. Quoi de plus normal d’épouser la passion familiale quand on n’a jamais vécu que dans cela étant petit ?

Claude Brasseur a joué au théâtre, au cinéma et pour la télévision. Une longue carrière, de 1955 à 2018. Une centaine de films au cinéma. Deux Césars (en 1977 et en 1980), quelques tentatives de Molières ("juste" des nominations)… et un public qui n’a jamais cessé de l’aimer parce qu’il est resté le copain de service.

Il y a bien sûr ses nombreux rôles au théâtre, on pourra retenir l’excellente pièce de Jean-Claude Brisville mise en scène par Jean-Pierre Miquel, "Le Souper", à l’occasion du Bicentenaire de la Révolution (créée le 20 septembre 1989 au Théâtre Montparnasse à Paris), avec deux personnages principaux : Talleyrand, joué par Claude Rich, et Fouché, joué par Claude Brasseur. Exceptionnel dialogue historique entre les deux hommes d’État situé le 6 juillet 1815, une date charnière de la France postrévolutionnaire. C’est devenu aussi un film, l’adaptation fut réalisée par Édouard Molinaro en 1992 (la pièce fut jouée aussi en 2015 avec Niels Arestrup et Patrick Chesnais).

Mais Claude Brasseur a surtout été connu par le cinéma. Il a d’abord eu des "petits rôles", comme dans "Le Viager" de Pierre Tchernia (sorti le 2 février 1972) où il campait le rôle de l’héritier des Galipeau, devenu petit malfrat avec son complice Jean Richard. Son premier grand rôle fut pour "Les Seins de glace" de Georges Lautner (sorti le 28 août 1974), aux côtés de la divine Mireille Darc et Alain Delon.

Trois séries de films ont cependant établi sa notoriété et sa popularité.

Il y a eu "La Boum" de Claude Pinoteau (sorti le 17 décembre 1980) où Claude Brasseur partage avec Brigitte Fossey la dure vie de parents de l’adolescente Sophie Marceau. Un film culte, qui a propulsé la carrière de la toute jeune Marceau. Ce film a eu une suite "La Boum 2" (sorti le 8 décembre 1982).

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Dans ces deux films, au-delà du père (et du mari), Claude Brasseur était un bon copain dans une bande de copains. Ce rôle lui allait à merveilles et cela avait fait l’excellence de deux films antérieurs réalisés par Yves Robert, "Un éléphant ça trompe énormément" (sorti le 22 septembre 1976) et sa suite "Nous irons tous au paradis" (sorti le 9 novembre 1977). Il était jusqu’à aujourd’hui le dernier survivant de cette bande de copains impayables : il y a Claude Brasseur, Jean Rochefort, Guy Bedos et Victor Lanoux. Claude Brasseur y est vendeur de voitures …et homosexuel, ce qui, à l’époque, était un thème assez novateur (années 70, celles de l’audace au cinéma).

On retrouve ces quatre compères dans "Le Bal des casse-pieds" toujours d’Yves Robert (sorti le 12 février 1992), dans d’autres situations et aux côtés de Miou-Miou, Jacques Villeret, Jean Carmet, Jean Yanne et Michel Piccoli

Enfin, troisième série de films, peut-être pas de la meilleure qualité mais néanmoins très populaires, qui ont redonné une nouvelle popularité à Claude Brasseur, pour une nouvelle génération d’admirateurs : "Camping" de Fabien Onteniente (trois numéros, sortis les 26 avril 2006, 21 juin 2010 et 29 juin 2016), le troisième "Camping" était son avant-dernière apparition au cinéma. Là, il joue le touriste de camping assez (beaucoup) beauf, Jacky Pic, recordman d’ancienneté, avec la petite troupe de campeurs récurrents : Mylène Demongeot (la femme de Jacky Pic), Franck Dubosc (le dragueur), Mathilde Seigner et Antoine Duléry, etc.

Pour compléter très succinctement le tableau, on peut bien sûr citer l’excellent film de Robin Davis "La guerre des polices" (sorti le 14 novembre 1979) où les commissaires Claude Brasseur et Claude Rich se font la guerre avec une Marlène Jobert entre les deux. Ce film a valu au Claude Brasseur son César du meilleur acteur. Malgré une fin qui est loin du "happy end"…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 décembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Michel Piccoli.
Robert Hossein.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201222-claude-brasseur.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/claude-brasseur-le-heros-malgre-229694

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/12/22/38721211.html




 

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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 21:29

L'artiste Christian Boltanski avait accueilli dans son atelier Vincent Josse pour France Inter le 20 décembre 2020. On peut réécouter cette émission.

Cliquer sur le lien pour télécharger l'émission (fichier .mp3) :
https://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/20904-20.12.2020-ITEMA_22519866-2020F16179S1355.mp3

Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210714-boltanski.html

SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20201220-emission-boltanski.html




 

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12 décembre 2020 6 12 /12 /décembre /2020 04:47

« Il est frappant de voir qu’aujourd’hui, tout le monde ou presque se réclame du gaullisme. Aucune personnalité historique française n’est aussi consensuelle. Cinquante ans après, la personnalité du Général De Gaulle dépasse tous les clivages. Et l’homme du 18 juin symbolise cette unité nationale qui reste un objectif essentiel pour tous les Présidents de la Cinquième République. » (Patrice Duhamel, 2020).



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Le journaliste politique Patrice Duhamel a 75 ans ce samedi 12 décembre 2020. Il est le frère du politologue Alain Duhamel de cinq ans son aîné et le père du journaliste Benjamin Duhamel qu’il a eu avec sa compagne Nathalie Saint-Cricq elle-même journaliste (chef du service politique de France 2 depuis 2012), issue d’une grande famille de journalistes de presse écrite. En revanche, aucun lien de famille avec l’universitaire Olivier Duhamel qui a été également député européen socialiste.

Patrice Duhamel a eu beaucoup de fonctions managériales dans l’audiovisuel français. Il est actuellement éditorialiste notamment sur LCI et, sans vouloir le critiquer, car il a un ton plutôt sympathique et humble, je trouve que la valeur ajoutée de ses prestations est un peu faible de nos jours. Un journaliste n’est pas monsieur tout le monde et lorsqu’on se prête au jeu du commentaire de l’actualité, ce qui nécessite une grande culture générale, politique, économique, sociale, etc., il faut aller au-delà des simples jeux de réflexion sans travail. Il faut préparer ses sujets pour apporter rigueur et compréhension des événements d’actualités.

Le travail se voit toujours, comme celui de Maurice Szafran qui, sur LCI, le soir du 9 décembre 2020, a annoncé ce qu’allait dire Jean Castex le lendemain dans sa conférence de presse très attendue sur les mesures sanitaires mises en œuvre pour la période des fêtes. Il venait de recevoir le sms d’un proche de l’Élysée et sa lecture a été le fruit sans doute d’un grand travail de réseautage pour trouver les bons interlocuteurs, ceux qui savent et qui sont prêts à parler (généralement, comme disait Bernadette Chirac, ceux qui savent ne parlent pas et ceux qui parlent ne savent pas !).

Pour Patrice Duhamel, il semble ne carburer que sur ses lauriers. Bon, il a bien le droit puisqu’il a largement dépassé l’âge de la retraite. Enfin, en France, l’âge de la retraite des journalistes est plus proche des 85 ans que des 65 ans. C’est simple, sur les plateaux, on a l’impression parfois que c’est un EHPAD !!! Allez, je ne donne aucun nom…

Je suis mauvaise langue car Patrice Duhamel travaille vraiment mais hors des plateaux. Par exemple, il a rencontré Valéry Giscard d’Estaing en mai 2020 car il est en train de réaliser un documentaire sur les 100 premiers jours des Présidents de la Cinquième République. Pourquoi 100 jours ? Je me souviens qu’on avait parlé des 100 jours de Mitterrand, des 100 jours de Macron. Sans doute un reste napoléonien. Pourtant, les 100 jours de Napoléon, c’était plutôt à la fin de son pouvoir, pas au début.

Eh oui, Patrice Duhamel qui rencontrait Valéry Giscard d’Estaing. À écouter ou lire les nombreuses réactions après son décès, Valéry Giscard d’Estaing avait rencontré beaucoup de monde en une année. Patrice Duhamel, lui, fut interrogé au téléphone par LCI dès le soir de l’annonce de la mort de VGE, le 2 décembre (encore une journée symbolique pour les Napoléon). Réaction à chaud. Patrice Duhamel pouvait faire valoir son expérience puisqu’il a même dit que le "giscardisme" lui a collé à la peau pendant des décennies.

En effet, Patrice Duhamel a commencé sa carrière de journaliste en 1970 au service économie à la première chaîne de l’ORTF (TF1), et qui était le Ministre de l’Économie de l’époque ? Valéry Giscard d’Estaing. Dans ce genre de travail, l’information souvent arrive des ministères, soit pour des données chiffrées, soit pour avoir une idée des projets du gouvernement. En 1974, Patrice Duhamel a ainsi couvert la campagne présidentielle de VGE, et il s’est retrouvé directeur du service politique de TF1 de 1974 à 1981. Un poste d’autant plus stratégique que l’ORTF a éclaté et les différentes antennes ont pris leur indépendance.

Dans ses "Cahiers secrets", Michelle Cotta évoque par exemple cette interview de Georges Marchais, en pleine invasion soviétique de l’Afghanistan, en direct de Moscou, le 11 janvier 1980 dans le journal de 13 heures sur TF1 : « Patrice Duhamel, qui l’interroge, et Mourousi en sont comme deux ronds de flan. (…) Tant d’années pour montrer un autre visage du communisme ! Tant d’années passées à mettre l’accent sur les divergences entre le PC français et le PC russe ! (…) De l’eurocommunisme, du programme commun, il ne reste rien. Aujourd’hui, on peut parler d’alignement. Même si, avec ce culot d’enfer dont il ne se départit pas, le secrétaire général du PC français lance depuis le Kremlin : "Les alignés, c’est Giscard et son gouvernement !". Voilà un moment de télévision que je n’oublierai jamais. ».

Ce furent Patrice Duhamel et Yves Mourousi qui ont inauguré l’interview traditionnelle du Président de la République à 13 heures le jour de la Fête nationale. C’était le 14 juillet 1978 sur TF1. Patrice Duhamel a expliqué sur LCI le 14 juillet 2020 les motivations du Président Giscard d’Estaing : « Il cherchait un nouveau mode d’expression, vivant, pas une allocution mais une interview à bâtons rompus. Le rituel, c’était de commencer l’entretien par des questions sur la dépense, le défilé, pour justifier que ce soit fait dans la foulée du 14 juillet. Je pense aussi que parler à cette date lui est apparu naturel, et qu’il voulait en faire un moment solennel en nous recevant à l’Élysée. (…) Cet été 1978, il était au zénith : la majorité, divisée entre giscardiens et chiraquiens, venait de gagner les élections législatives alors que la gauche avait beaucoup progressé. Donc, il avait sa majorité, un âge flatteur, tout se passait bien pour lui. ».

En 1980 et 1981, il a aussi animé l’émission politique "Le Grand Débat" (interview longue d’un invité politique) mais l’émission n’a pas duré à cause de l’élection présidentielle et du changement de majorité. En particulier, Patrice Duhamel a posé la fameuse question sur les ministres communistes à François Mitterrand dans "Le Grand Débat" du 31 mars 1981, pendant la campagne présidentielle (comme prévu, François Mitterrand n’a pas voulu répondre clairement, on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses propres dépens).

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Lors de la victoire de la gauche, Patrice Duhamel a sur le nez une étiquette de giscardisme encore plus prononcée que Jean-Pierre Elkabbach. Reconversion temporaire. Il est passé un temps sur RMC comme directeur des programmes puis est revenu à la télévision comme directeur de l’information de La Cinq en 1987, la chaîne française de Silvio Berlusconi voulue par François Mitterrand pour assurer ses arrières après son échec aux élections législatives de 1986.

Encore un changement de majorité et Patrice Duhamel est arrivé en 1993 sur France Inter comme directeur des programmes, puis directeur général de Radio France chargé des antennes. En 1996, il est retourné à la télévision publique comme directeur général de France 3 chargé de l’antenne, puis directeur général de France 2 chargé de l’antenne, jusqu’en 1999 où il a évolué dans la presse écrite comme directeur général adjoint du "Figaro Magazine" avant de revenir à France Télévisions comme directeur général chargé des antennes entre 2005 et 2010.

Comme on le voit, les deux frères sont très différents. Alain Duhamel a toujours fait du contenu, analysé au jour le jour la vie politique, avec le délice du passionné, avec ses propres sources qu’il cultive avec patience. Malgré plusieurs propositions, il a toujours refusé des fonctions managériales (genre directeur d’une chaîne etc.)  et même politiques, au contraire de son frère Patrice Duhamel qui n’a fait que cela à partir des années 1980, c’est-à-dire qu’il a fait moins du contenu que de l’organisation de contenus.

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C’est un bel exemple pour comprendre les deux trajectoires de carrière pour les cadres de haut niveau en général. La trajectoire managériale, traditionnelle, on gravite les échelons de sous-chef à chef, de chef à surchef jusqu’au plus haut niveau, mais les places disponibles sont de plus en plus rares au fil de la progression de carrière. Et l’autre échelle, moins voyante, celle de l’expertise, on peut aussi monter "haut" mais sans charge organisationnelle, aux États-Unis, on peut les appeler les "fellows" et leurs salaires sont sensiblement les mêmes que dans la filière managériale (ce qui ne paraît pas être le cas en France, moins valorisés).

Une question maintenant : son giscardisme supputé est-il bien réel ? À en lire son livre "Les Flingueurs, anthologie des cruautés politiques" (éd. Plon), sorti en 2014 (coécrit avec Jacques Santamaria), Patrice Duhamel ne semble pas faire bénéficier Valéry Giscard d’Estaing d’un traitement de faveur : « Il y a enfin quelques superbes perles. Et notamment celle-ci, à propos de sa défaite de 1981, qu’il qualifiait en privé de "non victoire" : "Aucun roi de France n’aurait été réélu au bout de sept ans". Une manière très giscardienne d’évoquer la campagne et la polémique des derniers mois de son septennat sur la "dérive monarchique". ».

Effectivemnt, Patrice Duhamel a sorti quelques essais sur l’histoire de la Cinquième République, la plupart du temps en collaboration avec le réalisateur et homme de radio Jacques Santamaria avec qui il a coécrit le scénario du téléfilm sur la vie de De Gaulle diffusé les 2 et 9 novembre 2020 (j’y reviendrai peut-être). Ces livres sont néanmoins plutôt décevants, peu de style, beaucoup de clichés, des petites informations connues depuis longtemps, aucune révélation… au contraire des ouvrages de son frère. À chacun son métier.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 décembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Patrice Duhamel.
André Bercoff.
Jean-Louis Servan-Schreiber.
Alfred Sauvy.
Claude Weill.
Irina Slavina.
Anna Politkovskaïa.
Le Siècle de Jean Daniel selon Desproges, BHL, Raffy, Védrine et Macron.
Claire Bretécher.
Laurent Joffrin.
Pessimiste émerveillé.
Michel Droit.
Olivier Mazerolle.
Alain Duhamel.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201212-patrice-duhamel.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/patrice-duhamel-ancien-manager-de-229431

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/12/08/38694727.html









 

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12 décembre 2020 6 12 /12 /décembre /2020 03:42

« Moi, Bercoff, Juif, Arabe, Libanais, né d’un père russe et d’une mère espagnole, je me sens Français et pas du tout bouc émissaire ! » (André Bercoff, 5 mars 2018).



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Ce samedi 12 décembre 2020, l’éditorialiste André Bercoff fête ses 80 ans. Journaliste, éditeur, essayiste, André Bercoff est un peu un touche-à-tout de l’actualité, mais le mot qui le caractérise le mieux est sans doute polémiste. Polémiste car cet homme est irritant, provocateur, il asticote ce besoin de réagir et c’est sans doute aussi le secret de ses succès : succès de ses bouquins qui se sont très bien vendus, succès de ses audiences et cela explique sans doute la raison pour laquelle on le voit encore très fréquemment sur des plateaux de télévision.

Moi, je n’ai rien contre lui, je trouve même son caractère assez attachant, il est cabotin et sait en jouer, c’est une sorte de gros nounours mais, comme les ours, il est parfois mal léché, mal levé, il peut donner des coups de patte qui arrachent la peau… mais quand même ! (ben oui, tout le monde se moque de ce que je pense, mais quand je commence gentiment, c’est pour terminer avec le sentiment inverse).

Mais quand même, donc… Tout ce que j’entends dire de sa bouche me donne souvent la nausée sinon de l’urticaire. L’homme est très intelligent, cela ne fait aucun doute, il a la capacité d’analyse, d’anticipation même, le discernement, la vision d’ensemble, c’est ce qui rend ses propos encore plus nauséeux. Provenant d’un personnage limité, je m’en moquerais, mais ce n’est pas le cas avec lui. Pourquoi donc je pense pratiquement toujours le contraire de ce qu’il dit, surtout en ces temps terribles de crise sanitaire mondiale ?

J’avais expliqué récemment que j’appréciais beaucoup le journaliste Claude Weill car je pourrais approuver tout ce qu’il disait sur tous les sujets. Je suis sûr que ce que j’écris là n’est pas rigoureux et qu’il y a sûrement des sujets pour lesquels nous pourrions nous opposer, mais je ne les connais pas. André Bercoff, c’est tout simplement exactement l’inverse !

André Bercoff est suffisamment intelligent pour ne pas dépasser quelques limites de la bienséance (il n’est pas fou, il vit du "système" médiatique actuel), mais il est suffisamment provocateur pour donner la parole à des personnes "ouvertement complotistes" et se faire le porte-parole de ces personnes "ouvertement complotistes", notamment des médecins qui ont nié la poursuite macabre de la pandémie en France et ailleurs. En octobre 2020, que de dénis sur la possible deuxième vague, et aujourd’hui, qui nierait cette deuxième vague qui a presque fait hélas doubler le nombre de décès dus au covid-19 en France par rapport à la première vague ?

Il est nécessaire, André Bercoff, car il insuffle le doute et le doute n’est jamais inutile. C’est d’ailleurs le principe des complotistes (qu’il n’est pas, j’insiste), il incite à réfléchir, mais c’est souvent du doute de type "Alien Theory" (j’invite ceux qui ne connaissent pas cette émission à aller regarder sur Internet ce que c’est que cette émission qui part d’un postulat totalement imaginé, totalement fantasmé, et qui en déduit plein de choses, comme les Terriens viennent de l’Espace, par exemple, tout est très logique, c’est seulement la première affirmation qui est erronée). En gros, commençant les phrases par "Et si…", on peut aller très loin. Ce n’est pas la technique d’André Bercoff, mais de certains de ses invités à la télévision ou à la radio dont il fait la triste promotion.

Je ne vais pas énumérer, depuis le début de sa carrière, la nature de ses relations avec les médias audiovisuels et la presse écrite, car j’ai presque l’impression qu’il a collaboré avec tout le monde ou que tout le monde se l’est arraché. Il se complaît dans l’écriture d’essais, il a déjà sorti une cinquantaine de bouquins, ce qui est très prolifique même si leur qualité intellectuelle peut être parfois mise en doute, parfois avec des pseudonymes (j’y reviens juste après). Il a écrit un livre avec des identitaires et des responsables de Ripostes laïques ("Apéro saucisson pinard") en 2012, il casse pas mal de personnalités politiques (c’est son droit), aussi parfois la France (c’est dommage), mais il est aussi parfois constructif, encourage aussi d’autres initiatives, semble soutenir Bernard Tapie… Il a coécrit deux livres avec Corinne Lepage en 2005 et 2006 juste avant l’élection présidentielle de 2007 (sous pseudonyme)… Bref, il est l’épice qui pimente un ragoût insipide, il est nécessaire au paysage audiovisuel français, je le répète.

Quand il s’exprime à la télévision, j’apprécie peu sa posture qui est celui de monsieur tout le monde, les mains dans les poches, sans travailler son sujet, en posant des questions un peu démagos sur les bords dont il pourrait trouver très rapidement les réponses s’il les avait un peu cherchées auparavant. En restant dans les questions sans les réponses, alors que souvent les incohérences apparentes (il y en a eu beaucoup dans la gestion de la crise sanitaire) ont des motivations très rationnelles et très raisonnables, car les sujets sont souvent complexes, il montre pour le moins une certaine paresse intellectuelle. Il suffirait pourtant de chercher à comprendre pour ne plus surfer sur cette vague de populisme qui fait certes du buzz mais qui ne construit rien sinon son univers éditorial.

Je me dis seulement que croyant être un aiguillon, un piquant, il fait juste dans le sens du poil de la facilité. Qu’importe, il n’est pas doctrinaire et est capable de changer de position si on est convaincant. C’est un bouilleur d’idées au sens de bouilleur de crus.

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C’est d’ailleurs amusant de revenir à sa jeunesse, à l’époque où il avait une quarantaine d’années. C’était un farceur, parfois ! Revenons à la France de janvier 1983. La France politique, s’entend.

Le contexte national était le suivant : depuis près de deux, un gouvernement socialo-communiste qui est devenu ultra-impopulaire (augmentation des impôts et taxes, effondrement des finances publiques, craintes pour l’avenir de l’enseignement libre, etc.). La perspective des élections municipales de mars 1983 est désastreuse pour les socialistes, risque d’une défaite politique cuisante (elle l’a été), et pour l’opposition préemptée par Jacques Chirac, un moyen de montrer que le retour de la droite serait inéluctable aux élections législatives de mars 1986.

Or, ce fut à cette période qu’est sorti un livre mystérieux dont je me souviens bien du titre : "De la Reconquête", avec pour sous-titre : "Pour vaincre la gauche, il faut se débarrasser de la droite". (éd. Fayard). L’auteur, un certain Caton dont la référence latine n’est évidemment pas passée inaperçue, s’annonce comme un responsable de droite désespéré par la nullité de la droite.

Or, ce bouquin a été écrit par… André Bercoff lui-même, simple plume de gauche dans l’une des machinations les plus tordues diligentées par François Mitterrand depuis l’Élysée. En effet, Jacques Attali, conseil spécial du Président de la République et grand copain d’André Bercoff, lui avait demandé d’écrire ce pamphlet dans cette opération de manipulation politique assez basique. On avait pensé à lui car sous un autre pseudonyme (Philippe de Commines), André Bercoff avait écrit un livre de politique-fiction sur ce qu’aurait été le gouvernement Mitterrand si la gauche avait gagné les élections législatives de mars 1978 ("Les 180 jours de Mitterrand, histoire du premier gouvernement de l’union de la gauche, 3 avril-2 octobre 1978", 1977, éd. Belfond), un livre qui s’est beaucoup vendu.

Ah oui, il faut le dire, André Bercoff avait beaucoup d’amis à gauche, c’était son milieu, son environnement. Aujourd’hui, c’est vrai qu’il dit adorer Donald Trump, il coécrit des livres avec des identaristes, il fraie avec des pseudo-complotistes pas loin d’une certaine extrême droite, mais à l’époque, il était gauchiste comme tous ses collègues des médias !

Je me souviens qu’à l’époque, ce livre était un véritable pavé dans la mare. On avait soupçonné François Léotard, tout jeune secrétaire général du PR, de vouloir prendre la place des "vieux" (autrement dit, de Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac). La manipulation politique fonctionnait très bien, à la manière de l’album d’Astérix "La Zizanie" ! On parlait de la "droite la plus bête du monde", incapable de gagner une élection dans un pays où la droite était sociologiquement majoritaire.

Ce livre était très intéressant d’un point de vue politique car il expliquait (en mettant en garde ses supposés "amis" de droite) que la gauche savait gérer et qu’elle gérerait aussi bien voire mieux que la droite les finances publiques selon l’orthodoxie financière. Deux autres livres sont sortis de Caton, "De la Renaissance", après les élections municipales de 1983, puis "Comment aider Mitterrand à sauver le capitalisme en France", en 1989, après la réélection du Président.

L’arnaque politique était d’autant plus fumeuse que Caton devait quand même faire le service après-vente. Pour limiter les risques d’être découvert, Caton n’est intervenu que dans un seul média (à ma connaissance), dans le journal de 7 heures 30 du matin de Philippe Caloni sur France Inter le 3 février 1983. Comme la voix d’André Bercoff était beaucoup trop reconnaissable (il était déjà connu), on lui a offert la voix d’un jeune inconnu, technocrate de la Cour des Comptes, conseiller énarque à l’Élysée… un certain François Hollande !





François Hollande savait-il à l’époque qu’il aurait une vie politique jusqu’à devenir lui-même Président de la République ? J’en doute car il n’aurait jamais pris le risque de dire "Nous autres gens de droite" qui pourrait être rappelé lors de ses campagnes futures. On voit donc la machination typiquement mitterrandienne d’imposture politique. Quand on écoute François Hollande, d’ailleurs, on se dit qu’il flattait beaucoup les capacités de la gauche à gouverner, cela aurait dû mettre la puce à l’oreille des responsables de droite plongés dans la suspicion mutuelle.

Lorsque François Hollande a été désigné candidat du PS par la primaire ouverte le 16 octobre 2011, ce vieil épisode est naturellement ressorti des oubliettes avec la rude capacité d’archivage d’Internet (merci l’INA). Il me semble que c’est l’éditorialiste Jean-Michel Aphatie qui a soulevé le premier l’info. Dans son (bref) blog (entre octobre 2011 et février 2012), qu’il a effacé par la suite, André Bercoff racontait le 18 octobre 2011 plus précisément cette manipulation, plutôt fier de son opération éditoriale : « Je crois être pas trop mal placé pour en parler, étant l’auteur, en 1983, des deux livres signés sous le pseudonyme de Caton. ».

André Bercoff expliquait ainsi, sollicité par l’Élysée : « Je propose à Attali un pamphlet où un homme de droite, après la défaite de 1981, fait le bilan d’un an et demi de la gauche au pouvoir, et flingue à la kalachnikov la droite qui a permis que cela se fasse. (…) Je l’écris en octobre-novembre 1982. ; le livre sort en janvier 1983. ».

Et là, le polémiste s’interrompait car il voulait insister sur la date du "tournant de la rigueur" : « Une précision à ce propos ; "De la Reconquête" démontre bien que le tournant de la rigueur n’a pas eu lieu en 1983 comme le prétend la quasi-totalité des historiens et des journalistes, mais bien en été 1982, quand Jacques Delors annonce "la pause des réformes". ». Je suis tout à fait d’accord pour dire que le "tournant de la rigueur" date de l’été 1982 et pas du printemps 1983. Mais il se trompait néanmoins en parlant de Jacques Delors. Le Ministre de l’Économie et des finances avait réclamé une "pause des réformes" dès le dimanche 29 novembre 1981, invité dans l’émission "Le Grand Jury" sur RTL mais, comme d’habitude, il n’a pas été écouté par François Mitterrand. En revanche, ce dernier a pris les premières mesures de la rigueur budgétaire après le fastueux sommet du G7 à Versailles du 4 au 6 juin 1982, celui avec un protocole quasi-monarchique (surtout la soirée de clôture du 6 juin 1982).

En effet, je peux citer, dans sa conférence de presse solennelle du 9 juin 1982, François Mitterrand qui a déclaré notamment aux Français : « Je dis simplement que, si l’on veut faire une analyse stricte et honnête, il y a une crise mondiale plus grave, un délabrement plus sérieux, à quoi s’est ajouté le temps (…) qu’il a fallu (…) pour planifier dans notre propre esprit et dans notre action. (…) Alors, ayant rappelé les trois objectifs qui ont inspiré la politique de cette année, ayant fait le compte des obstacles rencontrés, je déclare très simplement que nous entrons dans la deuxième phase de notre action. ». On ne pouvait être plus clair, et c’était le 9 juin 1982 !

Un exemple d’objectif dans le flot présidentiel très dense : « Et l’on ne me fera pas croire qu’il n’est pas possible, après avoir remis vraiment la Sécurité sociale sur ses rails (…), de trouver des économies de l’ordre de 6, 7, 8 milliards par rapport à 800 milliards qui permettront d’atteindre la fin de 1982 sans aucun déficit de la Sécurité sociale. ». Les recherches d’économies dans notre système de santé, notamment hospitalier, ne datent donc pas de dix ou vingt ans, mais bien d’une quarantaine d’années !

Dans son explication du 18 octobre 2011, Caton le moins Ancien poursuivait : « Ce que disait Caton le censeur et le cynique, entre autres, c’est qu’il fallait se débarrasser de ces leaders de droite incapables et que, contrairement aux grands discours mitterrandistes et gouvernementaux, la gauche allait admirablement gérer l’économie de marché, ce qu’elle fit. Le livre devint un best-seller et pendant un an, tout le monde se demandait qui était Caton, devenu l’auberge espagnole des fantasmes politiques de l’époque. ».

Pour lui fournir des données et statistiques afin de rendre crédible le livre, François Hollande et Ségolène Royal, deux conseillers à l’Élysée, furent désignés, ce qui a permis à André Bercoff de connaître très tôt les deux futurs candidats à l’élection présidentielle, en particulier le futur Président Hollande : « Je rencontrai un jeune homme brillant, plein d’humour, que je vis très souvent dans les dix années qui suivirent. (…) Pas question pour moi d’intervenir puisqu’un certain nombre de journalistes connaissaient ma voix. J’ai donc demandé à François Hollande de se faire le porte-parole de Caton, ce qu’il fit avec brio. ». Pourquoi s’en étonner puisque l’opération été téléguidée depuis l’Élysée ?

Juste avant l’élection présidentielle de 2012, André Bercoff avait donc délivré à François Hollande un certificat d’homme de gauche qu’il soutenait : « Je peux évidemment certifier que ni à l’époque, ni a fortiori aujourd’hui, François Hollande ne pouvait être qualifié d’homme de droite. ». À l’évidence, André Bercoff a beaucoup changé depuis une dizaine d’années, mais on le lui pardonnera, car sa connaissance de la politique politicienne et sa passion pour la polémique l’ont rendu (je le répète encore) indispensable au paysage audiovisuel français !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 décembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Patrice Duhamel.
André Bercoff.
Jean-Louis Servan-Schreiber.
Alfred Sauvy.
Claude Weill.
Irina Slavina.
Anna Politkovskaïa.
Le Siècle de Jean Daniel selon Desproges, BHL, Raffy, Védrine et Macron.
Claire Bretécher.
Laurent Joffrin.
Pessimiste émerveillé.
Michel Droit.
Olivier Mazerolle.
Alain Duhamel.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201212-andre-bercoff.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/andre-bercoff-et-l-imposture-229430

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/11/30/38681712.html






 

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11 décembre 2020 5 11 /12 /décembre /2020 03:21

« Je pense qu’on fait du cinéma par cupidité parce que c’est bien mieux payé et par vanité parce que c’est plus prestigieux. Mais le cinéma, c’est de la conserve par rapport au théâtre. » (Jean-Louis Trintignant, "Première" d’octobre 2012).



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90 ans, c’est l’âge que vient d'atteindre le très grand acteur français Jean-Louis Trintignant ce vendredi 11 décembre 2020. J’ai pour Jean-Louis Trintignant une énorme admiration, cette idée confuse qu’il fait partie de la famille, son regard rarement accessible, un visage si familier, si naturel dans le cinéma français : « J’ai une voix et un physique un peu tristes, mais j’aurais adoré faire rire, j’aurais adoré être Coluche. » (11 décembre 2018).

Fils d’un futur résistant (et homme politique de gauche) et d’une future tondue (sauvée par son mari), ce qui devait être assez curieux comme mélange, Jean-Louis Trintignant a eu la passion du théâtre dès l’adolescence et a commencé sa très longue carrière en 1950. D’abord au théâtre, puis au cinéma à partir de 1956 où il est devenu très rapidement une jeune star consacrée par "Et Dieu créa la femme".

Comme Alain Delon, il a multiplié ses participations cinématographiques, à tout âge, donnant la réplique à de très nombreuses actrices de rêve, au cinéma ou, parfois, dans la vraie vie (Brigitte Bardot, Anouk Aimé, Romy Schneider, Catherine Deneuve, Françoise Fabian, Stéphane Audran, Isabelle Huppert, etc.), dirigé par les plus grands réalisateurs (Roger Vadim, Abel Gance, Georges Franju, Rober Hossein, Jacques Demy, Costa-Gavras, René Clément, Claue Lelouch, Claude Chabrol, Éric Rohmer, Yves Boisset, Pierre Granier-Deferre, Michel Deville, Francis Girod, Claude Berri, François Truffaut, André Téchiné, Bertrand Blier, Jacques Audiard, Alain Robbe-Grillet, etc.).

Très récompensé par la profession, l’acteur a reçu un Ours d’argent à la Berlinale (1968), un prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes (1969), une Palme d’or au Festival de Cannes (2012), un César du meilleur acteur (2013), sans oublier quatre nominations pour les Césars et une pour les Molières.

Difficile de résumer une carrière de plus de cent trente films, et pourtant, horreur de l’arbitraire, je propose d’évoquer trois films où Jean-Louis Trintignant a été au sommet de son talent de comédien, à trois âges différents (trentaine, cinquantaine et quatre-vingtaine).

Dans "Z" de Costa-Gavras (sorti le 26 février 1969) qui retrace les conditions de l’arrivée du terrible régime des colonels en Grèce, Jean-Louis Trintignant est le "petit juge" qui a fait vaciller la future dictature, à savoir Khristos Sartzetakis, dans la vraie vie, qui a été élu Président de la République hellénique du 30 mars 1985 au 5 mai 1990. Il mène l’enquête sur l’assassinat d’un député incarné par Yves Montand. Beaucoup de très bons acteurs dans ce film : Irène Papas, la femme d’Yves Montand, Charles Denner et Bernard Fresson, deux avocats amis d’Yves Montand, Jean Bouise, député et ami d’Yves Montand, François Périer le procurer, Julien Guiomar le colonel de gendarmerie, Pierre Dux le général de gendarmerie, Jacques Perrin le journaliste…

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Dans "Le Bon Plaisir" de Francis Girod (sorti le 18 janvier 1984), le sujet reste politique mais est beaucoup plus léger. Jean-Louis Trintignant est le Président de la République, très bourgeois, Michel Serrault son Ministre de l’Intérieur, celui des coups tordus. Une histoire d’enfant adultérin caché qui fait ses études aux États-Unis et le risque que l’information soit connue du grand public juste avant sa possible réélection. Catherine Deneuve est la mère de l’enfant en question, mise sur écoutes téléphoniques, et il y a un jeu pas très clair entre Michel Auclair et Hyppolite Girardot, le vieux journaliste et le jeune journaliste, par qui le scandale va arriver.

Autant dire qu’à l’origine, j’avais cru qu’il s’agissait de la Giscardie. En effet, Jean-Louis Trintignant et Michel Serrault miment à merveilles le couple Valéry Giscard d’Estaing et Michel Poniatowski. On pouvait aussi imaginer François Mitterrand avec Mazarine. Cependant, l’auteure du roman d’origine, Françoise Giroud pensait à un tout autre homme politique, pas moins ambitieux, qui a eu de très hautes responsabilités mais que je me garderai d’indiquer ici ! Wikipédia évoque une précision de Laure Adler dans sa biographie sur Françoise Giroud (éd. Grasset) en ces termes : « cette histoire, qui relaterait plutôt une situation similaire vécue par un ministre du gouvernement de l’époque, restant inconnu à ce jour » (ce que je confirme de source sûre et je m’étonne que son nom n’ait pas encore été révélé, ce ne sera pas par moi dans tous les cas car je suis pour le respect de la vie privée).

Dans "Amour" de Michael Haneke (sorti le 24 octobre 2012), un film très intimiste, Jean-Louis Trintignant joue un vieillard avec sa femme Emmanuelle Riva et leur fille Isabelle Huppert. Un couple de professeurs de musique très cultivés (un ancien élève de la femme… le célèbre jeune pianiste Alexandre Tharaud !), mais la femme a un AVC. Terrible histoire de la dépendance et de l’amour. Ce film, par sa manière d’être tourné et par le sujet très délicat, a été mille fois récompensé en France et à l’étranger, un Oscar, cinq Césars, un Palme d’Or à Cannes, Golden Globes, BAFTA Awards, etc.

Dans ce film "Amour" qui fut tant primé, Jean-Louis Trintignant ne pouvait que féliciter le réalisateur, Michael Haneke avec qui il a participé à d’autres films ultérieurement, comme "Happy End" (sorti le 22 mai 2017). Dans une interview au "Journal du dimanche" du 30 septembre 2017, il expliquait ce qu’était un grand réalisateur en parlant de Michael Haneke : « Je n’ai jamais vu un metteur en scène qui connaît autant toutes les techniques du cinéma. (…) J’aime aussi sa direction d’acteurs, toujours par et pour le film. Sur "Amou", j’avais improvisé. J’étais assez content et, après la prise, je le lui dis : "C’est bien, non ?". Lui me répond : "Oui, je comprends que ça vous plaise, c’est peut-être bien pour le personnage mais pas pour le film". J’ai trouvé cette réponse épatante. Un grand réalisateur n’est pas forcément quelqu’un qui dirige, mais quelqu’un qui sait vous mettre en valeur à votre juste place. (…) J’insiste, c’est un vrai bonheur de tourner avec lui. Si je devais payer pour ça, je le ferais. Il est peut-être le plus grand cinéaste. ».

Dans cette même interview, Jean-Louis Trintignant a d’ailleurs abordé beaucoup de sujets, comme celui de l’amour : « Comme on dit dans le Midi [il est originaire du Vaucluse], c’est un pistachier, c’est-à-dire un cavaleur. Moi, j’ai pu être ça au début, mais voilà longtemps que je ne le suis plus. Je suis, au contraire, une victime des femmes, je dis ça en riant. ». Son projet ? Assurément dit avec cynisme : « Réussir mon suicide peut-être ? Le vieillissement est une suite de problèmes. Le premier est qu’on perd ses amis. Je dois en connaître une cinquantaine qui m’ont touché et qui sont morts. (…) Finalement, j’ai bien fait de rester vivant, j’ai fait des rencontres très intéressantes. ». L’argent : « Comme disait Delphine Seyrig, je pense à gauche et je dépense à droite. (…) Comme Laurent Terzieff, qui disait faire du cinéma pour se payer quarante chèvres, j’ai envisagé d’autres métiers comme berger. Mais je savais que ça n’était pas bien payé. » (propos recueillis par Alexis Campion).

L’acteur ne sortira aucun livre de sa plume, à la rigueur a-t-il répondu à des questions dans un livre entretien, "La Passion tranquille", avec le journaliste André Asséo (2002, éd. Plon) : « Pour faire des livres, il faut vraiment avoir des choses importantes à dire. Ma vie est très agréable. Je préfère la vivre. Au théâtre, j’ai un contact direct avec le public. Je trouve que c’est plus important. ». Quand il a prononcé ces paroles, c’était "avant", c’était le 27 mars 2002 dans "La Dépêche du Midi" (propos recueillis par Annie Hennequin). Un autre livre entretien avec le même journaliste est sorti en 2012 chez Le Cherche-Midi ("Du côté d’Uzès").

Jean-Louis Trintignant est toujours "en activité", au théâtre encore le 22 décembre 2018 au Théâtre de la Porte Saint-Martin où il lisait du Jacques Prévert, Robert Desnos et Boris Vian dans un spectacle musical : « Je vois la fin, qui grouille et qui s’amène avec sa gueule moche (…). Je voudrais pas crever avant d’avoir goûté la saveur de la mort. » (c’est du Vian). C’est sa manière à lui de survivre à sa fille Marie avec qui il avait commencé ce genre de spectacle en 1999 sur scène avec Apollinaire : « Je devrais m’arrêter, mais je ne veux pas. Les moments les plus heureux de ma vie, c’est quand je travaille, quand je fais du théâtre. » ("Première" de septembre 2017).

Et il va fendre l’actualité au cinéma pour un film de Claude Lelouch qui sortira en 2021 (quand les conditions sanitaires le permettront). Et cela, cette activité, malgré de nombreuses blessures dont la principale, effectivement, le chagrin infini depuis dix-sept ans, c’est le meurtre de sa fille Marie à Vilnius, alors que le couple qu’il formait avec Nadine avait déjà perdu un enfant, Pauline, la sœur de Marie, en bas âge.

Sa dernière "blessure", c’est la grave maladie depuis plus de trois ans : « Avant, j’avais peur du cancer. Plus maintenant, j’en ai un (…). Quand je signe des autographes (…), je signe "Jean-Louis Trintignant" et je précise en dessous "à la fin de sa vie". » se confiait-il avec une légère ironie traduite en amertume le 7 septembre 2017 dans "Première". Dans le JDD du 30 septembre 2017, sur sa maladie : « J’y ai tellement pensé que ça m’a libéré quand on m’a dit que j’avais un cancer. (…) Mais allez savoir, je ne vais peut-être pas mourir de ça et vivre encore longtemps ! ». Dans "Nice-Matin", il expliquait en septembre 2019 : « Je ne me bats pas. Je ne fais pas de chimio, même si j’y étais prêt. ».

Le 11 décembre 2018, dans "Le Parisien", il évoquait sa crainte de la mort, ce qui est rare pour un "vieillard", encore plus quand il est un ancien pilote de course automobile : « Je m’étais dit que la maladie était grave, mais qu’on supportait très bien la mort…. Et puis quand on est près de mourir, on s’aperçoit que c’est beaucoup plus dur… Personne n’en est jamais revenu pour dire si c’est bien ou pas. Est-ce que c’est l’enfer après ? Est-ce que c’est comme quand on dort ? Si c’est ça, je signe tout de suite… Mais j’ai peur que ce soit pire que cela… ». Il disait aussi : « Chacun a ses problèmes, on se débat dans son coin, je me suis rendu compte de cela… Enfin, la vie est ainsi faite et c’est déjà une chance d’avoir été invité à y participer… Un ami m’a récemment dit qu’il aurait préféré ne pas vivre. Ça m’a ému parce qu’il était sincère… C’est vrai que c’est un peu difficile à vivre, une vie… (…) Je suis content d’être venu, quand même, cela valait la peine de la vivre, cette vie… » (propos recueillis par Sylvain Merle).

Alors, vœux de santé améliorée pour cet anniversaire qui siffle le début d’une nouvelle décennie. Bon anniversaire, Jean-Louis Trintignant et protégez-vous bien !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 décembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201211-jean-louis-trintignant.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/jean-louis-trintignant-amoureux-229393

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/11/30/38681692.html



 

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8 décembre 2020 2 08 /12 /décembre /2020 09:38

« En France particulièrement, les mots ont plus d’empire que les idées. » (George Sand, 1832).



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En cette période de l’Avent et de Noël, parler du christianisme est toujours délicat.. Non pas à cause du christianisme lui-même dans un pays de traditions chrétiennes. Pourquoi interdire les crèches dans des établissements publics sans interdire les sapins de Noël voire sans supprimer Noël comme jour férié ? S’il fallait être logique, il faudrait l’être jusqu’au bout. Mais parce qu’il est nécessaire d’interrompre la course de l’islam politique et pour ne pas stigmatiser les musulmans qui ont le droit de croire comme les autres, on préfère stigmatiser toutes les religions pour ne pas avoir l’air de stigmatiser l’une d’elles. Mais l’effet peut être désastreux.

Il n’y a qu’en France que ce genre de polémique peut enflammer une population hypersensible à tout ce qui est religieux. La France a un passé lourd de guerres de religion et elles ont réussi à s’éteindre grâce à la loi du 9 décembre 1905 de séparation des Églises et de l’État. Cette laïcité, très spécifique à la France, a trouvé le très fragile équilibre politique et historique pour maintenir un vivre-ensemble compatible avec la foi de chacun, foi, ou non foi. L’importance de l’islam politique vient un peu bouleverser la donne depuis une quinzaine d’années (voire une trentaine d’années), et les attentats islamistes, notamment en rapport avec les caricatures de "Charlie Hebdo" rappellent que ces polémiques peuvent tuer.

La polémique de maintenant, qui a chauffé les esprits lundi 7 décembre 2020, fut de courte durée puisqu’un accord a été trouvé dès le matin de ce mardi 8 décembre 2020 entre L’Œuvre d’Orient et la régie publicitaire de Radio France.

De quoi s’agit-il ? D’un message publicitaire (payant) de L’Œuvre d’Orient sur les antennes de Radio France, en particulier France Inter et France Info, à l’occasion de Noël 2020. Le message est assez clair puisqu’il vise à demander des dons pour des œuvres humanitaires.

Qu’est-ce que L’Œuvre d’Orient ? C’est une association humanitaire catholique française très ancienne, créée le 4 avril 1856, au service des chrétiens d’Orient. Elle finance des projets humanitaires dans vingt-trois pays, en particulier en Irak, en Syrie, en Libye, au Liban et en Arménie, au Haut-Karabagh. C’est 400 000 élèves aidés, 70 volontaires en mission, 1 250 projets par an.

Reconnue d’utilité publique, L’Œuvre d’Orient est dirigée depuis 2010 par Mgr Pascal Gollnisch, un équivalent évêque de l’Église catholique (par ailleurs frère de l’ancien député européen FN Bruno Gollnisch).

Malgré la polémique du jour, on ne pourra pas dire que Mgr Pascal Gollnisch est une cible du gouvernement : le Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian lui a remis le Grand prix du rayonnement français le 6 octobre 2020. Un prix qui récompense, depuis 2009, ceux, des Français, qui contribuent à la bonne réputation de la France. Parmi les lauréats (plusieurs chaque année), on peut citer : Pierre Soulages, Alain Ducasse, le CNRS, Didier Deschamps, Abd Al Malik, Guy Savoy, Thomas Pesquet, Isabelle Huppert, Bernard Arnault, Caire Hédon, Jérôme Clément, Catherine Pégard, Laurent Fabius (en tant que président de la COP21), Éric Ruf, Christian Prudhomme, André Terrail, etc.

Régulièrement, cette ONG propose des appels au don par message publicitaire sur les antennes de Radio France (précisons que la polémique ne porte pas sur France Inter mais Radio France dont la régie publicitaire est commune à toutes les stations du groupe public). C’était le cas pour Noël 2017, 2018 et 2019, le Carême 2020 ainsi qu’un message spécial le 30 septembre 2020 pour lever un fonds d’urgence en faveur des Libanais après la catastrophe à Beyrouth.

C’est L’Œuvre d’Orient qui a publié le 7 décembre 2020 un communiqué pour protester contre un refus de la régie de Radio France pour son message publicitaire de Noël 2020 : « L’association a souhaité diffuser des appels à don, en publicité payante, sur les ondes de Radio France, comme elle le fait depuis plusieurs années en décembre sur France Inter sans rencontrer d’objection. Cette dernière en a refusé le principe (…).L’Œuvre d’Orient ne voit pas en quoi la mention des chrétiens d’Orient et de leur mission humanitaire, au service de tous, serait de nature à choquer les convictions des auditeurs. L’Œuvre d’Orient est fermement attachée à la laïcité républicaine, au respect de toutes les religions, et aussi à la liberté d’expression. L’Œuvre d’Orient n’a pas souhaité de polémique publique et regrette l’impossibilité de dialoguer et de se faire comprendre. Ses appels à la médiatrice sont restés sans réponse. ».

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Le communiqué a été rapidement repris en particulier par le journal chrétien "La Croix" du 7 décembre 2020 ainsi que "Le Figaro" du 7 décembre 2020 qui n’hésite pas à parler de "censure" (il a titré : « France Inter censure une publicité pour les chrétiens d’Orient »).

Le problème ? Radio France a refusé la diffusion d’un message avec le mot "chrétien", ce qui avait de quoi surprendre l’association humanitaire qui, jusque-là, avait toujours intégré ce mot et expression ("chrétien d’Orient") dans ses messages publicitaires.

Pourquoi un tel changement ? Parce que le cadre des messages publicitaires de la radio publique n’est pas d’interdire le mot "chrétien" mais d’éviter de "choquer" les auditeurs (qui sont aussi des contribuables).

Dans un communiqué le 7 décembre 2020, Radio France a en effet précisé : « [Le] cadre [qui s’applique à tous les messages et à tous les annonceurs sur le service public] est posé par les textes en vigueur et le cahier des missions et des charges de Radio France. L’un de ses principes est de tendre vers une publicité neutre sur les questions religieuses, morales ou politiques sur le service public. Le choix du mot "choquer" dans l’article 37 du cahier des missions et des charges de Radio France pris par décret le 13 novembre 1987, qui précise "Les messages publicitaires ne doivent contenir aucun élément de nature à choquer les convictions religieuses, philosophiques ou politiques des auditeurs", n’appartient à Radio France mais aux autorités compétentes. ». Tout est cependant une question d’interprétation et d’application des textes.

La radio publique a alors expliqué : « Radio France veille à ne pas diffuser de publicité faisant référence à une communauté religieuse, philosophique ou politique, quelle qu’elle soit, sur ses antennes. Sensible à l’engagement associatif et soucieuse de le soutenir, Radio France a toutefois donné une réponse positive à L’Œuvre d’Orient en proposant une alternative, consistant à parler de l’Œuvre d’Orient en lieu et place des chrétiens d’Orient dans son message publicitaire. ».

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Et d’évoquer une exception pour un message publicitaire il y deux mois pour une journée spéciale de soutien au Liban à la suite de l’explosion qui a ravagé Beyrouth : « Au regard du caractère très circonstancié de ce message, Radio France avait donné une suite exceptionnellement favorable à cette demande. Les auditeurs des antennes de Radio France, très attentifs au respect du principe de neutralité religieuse, philosophique et politique du service public, avaient alors été nombreux à réagir et à questionner Radio France sur ce choix. ».

Ce serait donc la réaction de ces "nombreux" auditeurs qui aurait fait comprendre que le mot "chrétien" dans le message publicitaire pourrait "choquer". Pourtant, ce "choc" avait été particulièrement discret à l’époque et n’avait pas, à ma connaissance, dépassé l’espace de la médiation de Radio France.

En adoptant cette logique à mon avis particulièrement fragile et imprudente, la radio publique s’est aventurée dans un chemin qui ne peut que favoriser la polémique. Pourquoi ? Parce que finalement, la réaction, cette fois-ci externe et largement médiatisée, d’autres auditeurs, certainement chrétiens, de ce début de semaine montre que ceux-ci ont été, à leur tour, "choqués" de voir le mot "chrétien" considéré comme un mot à ne plus prononcer. Avec cette logique, Radio France devrait donc le remettre dans le message publicitaire …afin de ne plus choquer ces nouveaux auditeurs choqués.

En fait, il y a une part d’hypocrisie à vouloir effacer le mot "chrétien" pour ne mettre que le nom de l’association L’Œuvre d’Orient dans la mesure où cette association est connue pour être une organisation catholique dirigée par un prélat catholique, il n’y a aucun mystère sur le sujet.

Dans le même ordre de logique, faudra-t-il demander de changer de nom au Secours catholique dont l’action humanitaire est indispensable (et pas seulement en venant en aide aux chrétiens, l’aide est toujours pour ceux qui en ont besoin sans distinction de religion, de sexe, d’ethnie, de sexualité, que sais-je encore) ?

Si L’Œuvre d’Orient se focalise dès sa création sur les chrétiens d’Orient, ce n’est pas par "ostracisme religieux" ni par une sorte de "discrimination religieuse", mais principalement parce que depuis une quinzaine d’années (et même depuis cent cinquante ans), les chrétiens d’Orient constituent des minorités particulièrement opprimées, chassées, massacrées dans beaucoup pays d’Orient et qu’aucune organisation nationale des pays en question ne les soutient (au contraire des musulmans).

On peut d’ailleurs se rappeler que l’ancien Premier Ministre François Fillon fut l’une des rares personnalités politiques d’envergure internationale à avoir porté beaucoup d’attention au sort des chrétiens d’Orient lorsque Daech avait pris pied en Syrie et en Irak. Les aider, les soutenir était une nécessité humanitaire de première urgence. On peut comprendre ainsi l’aspect politique et la sortie du "Figaro" qui a pu être tenté de profiter du sujet pour des raisons plus politiques que sémantiques.

Mgr Pascal Gollnisch a réfuté l’argumentation de Radio France ainsi : « Cette manière d’interpréter les textes est irrecevable. Elle transforme la laïcité louable en un athéisme affiché. L’Œuvre d’Orient ne peut accepter cette caricature de laïcité envoyée aux minorités discriminées du Moyen-Orient. ». Selon "Le Figaro", le directeur général de l’association s’est aussi tourné vers les parlementaires qui comptent beaucoup d’amis des chrétiens d’Orient (au moins 47 députés et 117 sénateurs).

Auprès de "La Croix", Mgr Pascal Gollnisch a contesté la position de Radio France : « Cette publicité payante nous a été refusée au motif que la mention "chrétiens d’Orient" pouvait choquer les convictions des auditeurs. Je ne vois pas en quoi cela pourrait être le cas. (…) Le cahier des charges n’interdit pas une référence religieuse, mais ce qui peut choquer des convictions religieuses, ce qui est tout autre chose. Nous ne pouvons pas accepter une telle caricature de notre laïcité. » qu’il assimile à une « atteinte à la liberté d’expression ». Le quotidien chrétien a rappelé aussi dans son article que cette polémique était assez proche de celle provoquée par la RATP qui avait imposé le retrait de la mention "au bénéfice des chrétiens d’Orient" dans une campagne publicitaire en avril 2015.

Après tout, faudrait-il aussi interdire le mot "communiste" pour ne pas choquer les auditeurs, probablement la très large majorité, qui s’estiment être anticommunistes et pour qui communisme rime avec massacre à grande échelle ? Non, évidemment !

Selon "La Croix", cela fait depuis le 26 octobre 2020 que Mgr Pascal Gollnisch était en négociation avec Radio France et le fait de communiquer publiquement le 7 décembre 2020 a pu être ressenti comme une manière de faire pression sur le groupe de la radio publique. Il faut dire que pour sortir de l’impasse, il avait fait appel sans succès à la médiatrice de Radio France qui n’avait pas réagi.

La polémique a donc eu son effet positif puisque la situation semble désormais débloquée ce mardi 8 décembre 2020. En effet, Radio France a publié dans la matinée un communiqué qui semble clore le sujet à la satisfaction de tous : « Après de nouveaux échanges avec l’association L’Œuvre d’Orient et compte tenu de la teneur du message publicitaire actuellement souhaité, appelant à des dons pour une action humanitaire au bénéfice de toutes les populations dans le besoin quelles qu’elles soient et ainsi compatible avec les textes applicables, Radio France est en mesure d’accéder à la demande de l’association d’une campagne sur ses antennes en cette fin d’année. ».

Une version légèrement nuancée du côté de L’Œuvre d’Orient qui a indiqué que « le spot diffusé sera bien celui initialement envisagé par L’Œuvre d’Orient ». Dans un nouveau communiqué, l’association a en effet exprimé sa joie : « Les responsables de Radio France ont décidé le mardi 8 décembre 2020 d’accepter l’annonce publicitaire de L’Œuvre d’Orient, appelant à des dons pour les chrétiens d’Orient et leur mission au service de tous. L’Œuvre d’Orient en prend acte et s’en réjouit. ». Cependant, l’organisation caritative a insisté sur l’importance du caractère laïque de son annonce : « L’Œuvre d’Orient défendra toujours une laïcité du vivre ensemble, inclusive, et sera toujours hostile à une laïcité d’exclusion. Soucieuse du respect mutuel, elle exprime son attachement au service public et continuera à aider les peuples du Moyen-Orient dans leur quête d’une certaine laïcité et de la pleine citoyenneté pour tous. ».

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Beaucoup de bruit pour rien ? Non, pas du tout !

Le choix des mots est important. S’il résout le problème d’aujourd’hui, attention quand même ! Il pourrait faire naître des problèmes ultérieurs. En effet, une association humanitaire qui voudrait soutenir uniquement les personnes non voyantes devra-t-elle aussi proposer son aide aux autres personnes nécessitant un soutien ? Ne s’occuper que des aveugles, serait-ce devenu de la discrimination ? Le "quelles qu’elles soient" (parlant de "populations") pourrait donc être le germe de futurs emm@rdements !…

Heureusement, dans cette polémique, la bonne intelligence l’a emporté sur la démagogie et la facilité, pourtant dans une situation qui paraissait inextricable. Jamais une organisation humanitaire chrétienne n’a refusé d’apporter de l’aide à des non chrétiens, c’est une évidence, c’est la conséquence du message chrétien par excellence, mais il fallait peut-être le rappeler. De son côté, Radio France pourra répondre à ses auditeurs aigris d’entendre le mot "chrétien" sur ses antennes en disant que cette campagne publicitaire a fait l’objet d’une particulière attention.

Cette polémique arrive à un moment où la station phare du groupe Radio France, à savoir France Inter, a dépassé tous les records d’audience. Dans la dernière étude de Médiamétrie portant sur la période septembre et octobre 2020 (avant le reconfinement), non seulement France Inter reste la première radio la plus écoutée de France, mais elle a gagné des auditeurs alors que l’audience de ses concurrentes privées a chuté.

Ainsi, numéro un pour la septième fois consécutive, France Inter n’a jamais été aussi écoutée de son histoire avec 12,5% d’audience, soit 6,8 millions d’auditeurs quotidiens (près de 440 000 supplémentaires par rapport à la même période en 2019) et 13,3% de part d’audience (soit 0,8 point de plus). Première radio matinale pour la vingtième fois consécutive, la matinale de France Inter (7h à 9h) est écoutée par 4,1 millions d’auditeurs (soit 24 000 de plus). Les autres stations du groupe public, elles aussi, s’en sortent plutôt bien et progressent, tant France Info que France Bleu et France Culture. En tout, le groupe Radio France cumule 15,4 millions d’auditeurs quotidiens (soit 1 million de plus qu’en 2019) et 29,3% de part d’audience (soit 2,1 points supplémentaires). On comprend donc que le contenu des messages publicitaires, très rares dans le service public, prenne une importance considérable.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 décembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Aider les chrétiens d’Orient sur France Inter : l’hypersensibilité de la laïcité.
Publiphobie hésitante chez les députés (17 décembre 2008).
Pub à la télé : la révolution silencieuse (2 septembre 2008).
Pierre Desproges, condamné à l’immortalité (sur France Inter).
Michel Houellebecq écrit à France Inter sur le virus sans qualités.
La radio France Inter doit-elle être agréée par un ministère du bon goût ?
Radio France, horizon 2022 : avis de tempête ?
Franck Riester : France Médias ne sera absolument pas l’ORTF.
Sibyle Macron ?
Sibyle Veil nommée présidente de Radio France.
Le projet 2018-2023 de Sibyle Veil pour Radio France (à télécharger).
Le Tribunal des flagrants délires.
Michèle Cotta.
Myung-Whun Chung.
François Mitterrand et l’audiovisuel public.
L’horreur musicale en Corée du Nord.
Mikko Franck.
Le Philharmonique fait l’événement politique.
Concert du 14 juillet 2014.
Le feu d’artifice du 14 juillet 2014.
Mathieu Gallet.
Lorin Maazel (1930-2014).
Pierre Boulez.
Pierre Henry.
Humour présidentiel à la Maison de la Radio.
Les 50 ans de la Maison de la Radio (17 décembre 2013).
Jean-Luc Hees.
Philippe Val.
Jean-Paul Cluzel.
Jacqueline Baudrier.
Stéphane Guillon.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201208-chretiens-orient-france-inter.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/aider-les-chretiens-d-orient-sur-229329

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5 décembre 2020 6 05 /12 /décembre /2020 03:23

« Imagine there’s no heaven [Imagine qu’il n’y ait pas de paradis]
It’s easy if you try [C’est facile si vous essayez]
No hell below us [Pas d’enfer en dessous de nous]
Above us only sky [Au-dessus de nous seulement le ciel] »
("Imagine" de John Lennon et Yoko Ono, sortie le 11 octobre 1971).


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Il y a quarante ans, le lundi 8 décembre 1980, à 22 heures 52, à New York, le célèbre chanteur britannique John Lennon s’est effondré sous les balles d’un déséquilibré. Il est mort une vingtaine de minutes plus tard. Il avait 40 ans, il est né il y a un peu plus de quatre-vingts ans, le 9 octobre 1940, à Liverpool. Sa femme Yoko Ono, artiste plasticienne et également chanteuse, l’a vu mourir devant ses yeux. Pas de funérailles. Juste l’incinération du corps, et un rassemblement gigantesque à Central Park le 14 décembre 1980, des centaines de milliers de personnes, en même temps que d’autres dizaines de milliers un peu partout dans le monde dont Liverpool. Au moins deux fans se sont suicidés à l’annonce de sa mort.

Les circonstances de cet assassinat semblent assez bien connues. Après une courte séparation, puis la naissance de leur fils Sean le 9 octobre 1975, le couple avait arrêté de sortir en public, jusqu’à ces derniers jours où ils avaient décidé de reprendre une vie publique. Après une séance d’enregistrement, John Lennon et Yoko Ono sont rentrés chez eux. Devant leur domicile, John Lennon fut assassiné par un ancien fan déséquilibré et alcoolique dont je ne veux pas mentionner le nom. Ce dernier avait obtenu un autographe de sa victime quelques heures plus tôt mais n’avait pas osé tirer, surpris par la délicatesse et la prévenance du chanteur.

Le 24 août 1981, l’auteur de l’assassinat fut jugé coupable en pleine conscience et condamné à la réclusion à perpétuité avec période de sûreté de vingt ans. Attendant calmement l’arrivée de la police après son crime, il avait plaidé coupable. Il avait rendu responsable le chanteur milliardaire de sa vie misérable. Cet assassinat lui aurait permis d’atteindre la même célébrité que John Lennon et envisageait d’autres cibles, comme Liz Taylor ou Johnny Carson. Il était aussi en colère contre des paroles polémiques contre la religion et était jaloux de son opulence.

L’assassin est toujours en prison à ce jour, tandis que sa période de sûreté est achevée depuis une vingtaine d’années. Toutes ses demandes de liberté conditionnelle ont été rejetées jusqu’à maintenant.

Quant à Yoko Ono, elle a maintenant 87 ans, elle est très affaiblie et sort très peu souvent en public (sa dernière apparition publique remonte au 21 janvier 2017 pour la Marche des femmes à Washington). Elle a fêté son dernier anniversaire en compagnie de son fils Sean et de sa fille Kyoto, une demi-sœur, qu’elle avait eu beaucoup de mal à revoir dans les années 1980. Elle gérait tout le patrimoine de John Lennon depuis le début des années 1970 et elle a annoncé le 11 novembre 2020 que c’était désormais leur fils Sean qui s’en chargeait.

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Dieu vivant ? John Lennon s’est comparé à Jésus-Christ lorsqu’il a dit le 4 mars 1966 à la journaliste Maureen Cleave pour le journal "Evening Standard", avec un brin de provocation : « Le christianisme s’en ira. Il disparaîtra et décroîtra. Je ne veux pas discuter de cela. J’ai raison et l’avenir le prouvera. Aujourd’hui, nous sommes plus populaires que Jésus. Je ne sais pas ce qui disparaîtra en premier, le rock’n’roll ou le christianisme. Jésus était un type bien, mais ses disciples étaient bêtes et ordinaires. Ils ont tout déformé et tout décrédibilisé à mes yeux. ». Ces propos ont suscité une vive polémique dans l’Angleterre anglicane et le Vatican a réagi seulement bien plus tard, par "L’Osservatore Romano" qui a écrit en 2008 : « C’était un jeune Anglais de la classe ouvrière confronté à un problème inattendu. Ses propos ont dépassé sa pensée. ».

John Lennon a une place à part dans la musique internationale : créateur des Beatles avec Paul MacCartney, George Harrison et Ringo Starr, le groupe hyperconnu a joué de 1962 à 1970, composé plus de 200 chansons, vendu à ce jour plus de 2 milliards de disques et CD, un phénomène artistique bien sûr, mais aussi commercial et surtout culturel (on était Beatles ou Rolling Stones).

Après la séparation des Beatles, John Lennon a poursuivi sa carrière en solo et a continué à écrire, composer et interpréter des chansons elles aussi très connues au début des années 1970, aux côtés de Yoko Ono, avec lui depuis 1968 (de sept ans son aînée).

La vente de tous les disques et CD de John Lennon en solo a été estimée autour de 75 millions d’exemplaires. La chanson "Imagine" (à laquelle Yoko Ono a participé) fut l’un des plus grands succès au monde, recevant le 14 juin 2017 le prix de la chanson du siècle. La revue américaine "Rolling Stone" a classé John Lennon parmi les cinq meilleurs chanteurs de tous les temps et la BBC parmi les cent plus grands héros britanniques le 21 août 2002 (aux côtés notamment des reines Victoria et Élisabeth II, Winston Churchill, Lady Di, Isaac Newton, William Shakespeare, Stephen Hawking, David Bowie, Charlie Chaplin, Charles Darwin, J. R. R. Tolkien, Jane Austen, Margaret Thatcher, James Clerk Maxwell et de deux autres membres des Beatles, Paul MacCartney et George Harrison ).

Laissons de côté les Beatles et écoutons quelques-unes des chansons phares de John Lennon qui insufflent toujours une divine nostalgie…



1. "Give Peace a Chance" (sortie le 4 juillet 1969)






2. "Instant Karma! (We All Shine On)" (sortie le 6 février 1970)






3. "Jealous Guy" (sortie le 9 septembre 1971)






4. "Imagine" (sortie le 11 octobre 1971)






5. "War Is Over" (sortie le 1er décembre 1971)






6. "(Juste Like) Starting Over" (sortie le 24 octobre 1980)






7. "Woman" (sortie le 17 novembre 1980)






8. "Watching The Wheels" (sortie le 17 novembre 1980)






9. "Nobody Told Me" (sortie le 6 janvier 1984)






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 décembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
John Lennon.
Kim Wilde.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201208-john-lennon.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/john-lennon-au-dessus-de-lui-229262

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/11/30/38681689.html





 

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3 décembre 2020 4 03 /12 /décembre /2020 03:30

« Jean-Luc Godard n’est pas le seul à filmer comme il respire, mais c’est lui qui respire le mieux. Il est rapide comme Rossellini, malicieux comme Sacha Guitry, musical comme Orson Welles, simple comme Pagnol, blessé comme Nicholas Ray, efficace comme Hitchcock, profond, profond, profond comme Ingmar Bergman et insolent comme personne. » (François Truffaut, "L’Avant-scène" n°70 de mai 1967).


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Le cinéaste franco-suisse Jean-Luc Godard atteint son 90e anniversaire ce jeudi 3 décembre 2020. Il est en quelque sorte le symbole du "nouveau" cinéma français des années 1960 (et même 1950) et l’un des porte-voix de la fameuse "Nouvelle Vague" qui a également entraîné Éric Rohmer, François Truffaut, Jacques Rivette, Claude Chabrol, Alain Resnais, Louis Malle, Agnès Varda, Jacques Demy, Jean Eustache, etc.

J’aurais pu intituler l’article "En attendant Godard" mais cela n’aurait pas été très original (on m’aurait déjà largement devancé sur ce jeu de mot à la Beckett), mais cela aurait signifié quelque chose car après sa période faste des années 1960 (il avait la trentaine), on pouvait peut-être l’attendre pour un nouveau film aussi grand public. Il a préféré plutôt être dans la recherche cinématographique, sans jamais d’ailleurs arrêter sa production puisque son dernier film est sorti il y a deux ans, le 11 mai 2018, avec "Le Livre d’image" qui lui a valu enfin une palme, la Palme d’or spéciale au Festival de Cannes de 2018..

Justement, parlons des récompenses. Jean-Luc Godard en a reçu de toute part, de tous les pays : deux Césars d’honneur en 1987 et 1998 (et deux nominations), un Oscar d’honneur en 2010, un prix spécial en 1962 et deux Lions d’or en 1982 et 1983 à la Mostra de Venise, un prix du jury du Festival de Cannes en 2014 (et la Palme d’or spéciale de 2018), un Ours d’or en 1965 et deux Ours d’argent en 1960 et 1961 à la Berlinale, et de nombreux autres prix comme le Prix Louis-Delluc en 1987. Quant aux décorations, il fait partie de "modestes orgueilleux" qui tentent de les refuser, comme cet insigne de l’Ordre national du Mérite : « Je n’aime pas recevoir d’ordre, et je n’ai aucun mérite. » (1981).

Entre 1961 et 1967, il fut marié à l’actrice Anna Karina (morte il y a un an, le 14 décembre 2019) et, entre 1967 et 1979, à la romancière et actrice Anne Wiazemsky (morte le 5 octobre 2017), petite-fille de François Mauriac.

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Jean-Luc Godard fait ses films en entier, c’est-à-dire non seulement la réalisation mais aussi le scénario, les dialogues, le montage, parfois la coproduction, etc. Souvent, il est récompensé pour l’originalité de ses œuvres. Il a probablement suscité plus de livres sur lui, son œuvre, que lui n’a fait de films ! Il est à lui seul une sorte de Dieu vivant du cinéma français, une Bible, une Pyramide… Son œuvre est à la fois grand public et hyperculturelle dans le sens où il a fait des films qui sortaient de l’ornière classique du grand public. Parfois admiré, parfois détesté, toujours fascinant, il a provoqué de nombreux commentaires sur son œuvre, comme celui de Philip Roth qui trouvait ses films insupportables, sauf "À bout de souffle".

"À bout de souffle", c’est le film qui a fait "décoller" Jean-Luc Godard. Le film fut l’un de ceux qui ont fait la réputation de la "Nouvelle Vague" (avec "Le beau Serge" de Chabrol, "Les quatre cents coups" de Truffaut, etc.). Ce fut son premier long-métrage, sorti le 11 mars 1960. Incroyable histoire (reprise d’un scénario de Truffaut) à l’origine qui aurait pu être "classique" mais mise en scène d’une manière magistrale et avec une injection permanente d’amoralité, servie chaud avec deux acteurs époustouflants, Jean-Paul Belmondo et celle qu’il aime dans le film, Jean Seberg dont l’accent américain à Paris est toujours très séduisant (future femme de Romain Gary, elle est morte dans des conditions mystérieuses à l’âge de 40 ans).








Un autre chef-d’œuvre est sorti le 5 novembre 1965, un road movie franco-italien, "Pierrot le fou" avec Jean-Paul Belmondo et Anna Karina (et la participation furtive de Raymond Devos). À l’origine, les deux principaux rôles auraient dû être confiés à Michel Piccoli et Sylvie Vartan.





Dans plus d’une centaine de films, Jean-Luc Godard a fait jouer beaucoup d’acteurs de haut niveau, après Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg, également Brigitte Bardot, Mireille Darc, Jane Fonda, Michel Piccoli, Jean Yanne, Yves Montand, Jean-Pierre Léaud, Alain Delon, Gérard Depardieu, Nathalie Baye, Isabelle Huppert, bien sûr Anna Karina, etc.





À l’occasion de la programmation sur la chaîne Arte d’une soirée spéciale Godard le mercredi 24 avril 2019 avec la diffusion des films "À bout de souffle" et "Le Livre d’image", la radio France Culture s’est entretenue avec Jean-Luc Godard pour l’émission d’Olivia Gesbert "La grande table culture" diffusée le 15 avril 2019 où il a déclaré : « Je suis un archéologue du cinéma. L’archéologue, c’est plus noble. L’archiviste, il classe, alors que l’archéologue, il sculpte l’histoire. Chez les sculpteurs non plus, il n’y a pas de scénario. ».





Quel avenir pour le cinéma de Godard ? Eh bien, il carbure toujours ! Godard comptait faire un film sur les gilets jaunes. Dans une (autre) interview diffusée le 14 avril 2019 sur RTS (la télévision publique suisse), le réalisateur a effectivement confirmé son souhait de faire « un film qui raconte l’état de ce pays, la France, ou certains aspects de ce pays ».

Depuis la mort d’Agnès Varda le 29 mars 2019, Jean-Luc Godard fait partie des deux derniers survivants de la "Nouvelle Vague", avec Jacques Rozier, de quatre ans son aîné. La marée est en train de se retirer tout doucement.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 décembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201203-jean-luc-godard.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/a-bout-de-godard-229205

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