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14 novembre 2021 7 14 /11 /novembre /2021 03:20

« Plus de 250 filles ont été auditionnées pour le rôle, mais ce n’est que lorsque Shailene est passée devant la caméra que j’ai vraiment vu Hazel pour la première fois. C’était comme un coup de foudre. J’ai hâte que le reste du monde voit ce que j’ai vu. (…) La passion de Shailene pour le roman et son implication pour le personnage étaient évidents. » (John Green sur "Nos Étoiles contraires", le 19 mars 2013).




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L’actrice californienne Shailene Woodley fête son 30e anniversaire ce lundi 15 novembre 2021. Elle a commencé une carrière au cinéma et à la télévision très jeune et a été reconnue à l’âge de 16 ans avec "La vie secrète d’une ado ordinaire", une série télévisée créée par Brenda Hampton (diffusée du 1er juillet 2008 au 3 juin 2013). Elle y jouait une adolescente qui est enceinte, ce qui bouleverse tout l’entourage de la famille.

Elle a ensuite eu des premiers rôles dans des films ou dans des séries télévisées… et si je parle d’elle ici, c’est pour son impressionnante prestation dans "Nos Étoiles contraires" (titre original : "The Fault in our Stars"), un film de Josh Boone inspiré d’un roman de John Green sorti le 16 mai 2014.

J’ai été ébloui tant par le film lui-même que par le jeu de l’actrice. J’ai cru au départ que c’était une sorte de roman à l’eau de rose classique typiquement américain (comme ces téléfilms de Noël qui envahissent les chaînes françaises), mais je me suis rendu compte très vite de la grande richesse du film.

C’est l’histoire d’une adolescente Hazel Grace Lancaster (Shailene Woodley a 22 ans au tournage, dans la fiction, elle en a 16 et cela reste crédible) qui a eu un cancer et qui apprend qu’elle n’est pas sortie d’affaire, elle a des métastases et une épée de Damoclès la menace à tout moment. Sa vie ne tient qu’à un fil. Pour se changer les idées, elle va soutenir des jeunes malades et rencontre un jeune homme appelé Gus qui a eu un cancer des os et à cause de cela, il lui manque une jambe, sans qu’on n’en aperçoive vraiment, lui-même soutenant un autre adolescent aveugle Isaac.

On imagine sans peine qu’il y aura une histoire d’amour entre Hazel et Gus mais justement, comme les deux adolescents sont malades, ils veulent garder leurs relations dans un cadre strictement amical et pas amoureux, pour éviter de faire de la peine à l’autre (ce qui est un peu stupide, car on peut aussi être effondré par la perte d’un ami d’amitié). Dans le film, c’est la fille qui est malade et le garçon qui se montre très fort, dédramatise sur sa propre maladie. Il a un humour à rude épreuve.

Le film est émouvant grâce à une excellente réalisation, mais il est aussi très original. Il donne à voir une autre vision de la maladie et du handicap, qu’une personne n’est en rien réduite à sa maladie ou à son handicap. On est loin des regards fuyants. Les deux héros réussissent à partir pour Amsterdam et la visite de la maison d’Anne Frank est particulièrement émouvante car la jeune fille doit monter plusieurs escaliers, et chaque marche est pour elle une épreuve car elle n’a presque plus de poumon, mais elle y parvient (avec un trophée en haut et les applaudissements des autres visiteurs). Évidemment, le parallèle est assez facile de relativiser son sort en le comparant au sort d’autres adolescents, ici Anne Frank qui a été déportée à peu près au même âge.

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Je ne veux pas dévoiler l’histoire en elle-même, mais il y a eu cet exercice d’amour qui consiste à rédiger l’éloge funèbre du vivant de l’autre, sans savoir lequel des deux lira celui de l’autre. Là est surtout le suspense dramatique.

Au-delà de ces thèmes très prégnants (maladie d’adolescents, leur mort, l’espoir de guérir, la soif de vivre avec des projets affectifs), il y a aussi, en second plan, une histoire intéressante du rôle des écrivains. Un écrivain à succès a publié un livre qui a permis à l’adolescente d’espérer et il est donc considéré presque comme un dieu, du moins, elle l’admire et le fascine. À cela près que le livre s’arrête en plein milieu d’une phrase et qu’elle veut connaître la suite. Mais il n’y a pas de suite car l’écrivain cache lui-même un secret personnel. Et lorsque la rencontre se fait à Amsterdam, ce qui explique le voyage dans cette ville, Hazel tombe de haut sur l’état d’esprit de l’écrivain.

Le film est tout en subtilité et c’est donc une très heureuse surprise, car les thèmes abordés sont très difficiles à traiter. Comme je l’écrivais plus haut, la prestation de Shailene Woodley a été exceptionnelle et elle se sent même intimement impliquée.

Je l’avais vue préalablement dans un autre excellent film, "The Descendants" d’Alexandre Payne (sorti le 16 novembre 2011), inspiré d’un roman de Kaui Hart Hemmings, avec George Clooney dans le premier rôle. Clooney est un avocat dont la femme, pendant tout le film, est dans le coma, entre la vie et la mort, et il est chargé de vendre les terres familiales à Hawaï, qui feraient de très rentables plages touristiques pour les promoteurs. L’avocat retrouve ses deux filles et découvre que sa femme avait un amant. Shailene Woodley joue le rôle de la fille aînée et montre déjà une interprétation fine de son personnage.

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Entre ces deux films, elle a encore joué l’adolescente dans "The Spectacular Now" de James Ponsoldt (sorti le 2 août 2013), inspiré d’un roman de Tim Tharp. Ensuite, elle a pris le premier rôle dans le film "Divergente" de Neil Burger (sorti le 2014) avec deux suites réalisées par Robert Schwentke (sorties le 11 mars 2015 et le 18 mars 2016), inspirés de romans de Veronica Roth. Elle a quitté enfin les rôles d’adolescente dans "Snowden" d’Oliver Stone (sorti le 16 septembre 2016), racontant l’histoire d’Edward Snowden (le film a eu un succès mitigé).

Les rôles de Shailene Woodley sont assez différents et même physiquement, elle se met dans des personnages très diversifiés. Elle a été plusieurs fois nommée ou récompensée dans de nombreux festivals. Profitant de sa notoriété, elle a engagée une action militante assez déterminée en faveur de l’écologie, elle a même été condamnée parce qu’elle s’était opposée au projet d’un pipeline dans le Dakota en 2016, elle a aussi soutenu la candidature de Bernie Sanders aux primaires démocrates.

À 30 ans, Shailene Woodley n’est plus une adolescente et on pourra voir si elle se confirme comme une actrice majeure avec des rôles de mère et de femme plus mûre. Parmi ses rôles les plus récents, elle a partagé l’un des trois premiers rôles dans la série télévisée "Big Little Lies" créée par David Kelley (diffusée du 19 février 2017 au 21 juillet 2019), inspirée d’un roman de Liane Moriarty, aux côtés de Nicole Kidman, dans le rôle d’une mère célibataire d’un écolier qui aurait commis une bêtise.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 novembre 2021)
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Pour aller plus loin :
Shailene Woodley.
Thierry Le Luron.
Noël à la télévision : surenchère de nunucheries américaines.
Charles Bronson.
Fabrice Luchini.
Annie Girardot.
Yves Montand.
Nicole Croisille.
Bernard Tapie.
Marie-Anne Chazel.
Marthe Mercadier.
Jean-Paul Belmondo.
Cédric Klapisch.
Philippe Labro.
Adrian Monk.
Patrick Bouchitey.
Philippe Léotard.
Romain Goupil.
Isabelle Carré.
Claude Piéplu.
Michael Lonsdale.
Jean-Pierre Bacri.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/les-mille-visages-de-shailene-237188

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12 novembre 2021 5 12 /11 /novembre /2021 03:43

« Oui, le pur plaisir de l’existence, qui est extrêmement courte. C’est ce qui m’a toujours poussé, encore aujourd’hui. Malgré les drames. » (Romain Goupil, "Ouest France", le 6 mai 2018).



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Né le même jour que l’ancienne ministre socialiste Marie-Noëlle Lienemann, le réalisateur Romain Goupil a fêté, il y a quatre mois, son 70e anniversaire le lundi 12 juillet 2021. Personnalité entière qui n’hésite pas à dire ce qu’il pense, il est l’un des "héros" (des acteurs) de la révolte étudiante de mai 1968.

Je ne l’ai vraiment "connu" que comme redoutable débatteur à la télévision, assez proche dans la force de conviction, tant sur la forme que sur le fond, de son grand ami Daniel Cohn-Bendit. C’est l’avantage de ne pas être élu, de ne pas être en responsabilité : la liberté, la franchise, la sincérité …et surtout, l’absence de peur de déplaire, surtout quand on sait que, de toute façon, on ne peut pas plaire à tout le monde (mais lorsqu’on fait de la politique, c’est quand même bien de réussir à convaincre la majorité de son électorat). C’est pour cela que Dany n’a jamais voulu être ministre. Et qu’on imagine aussi mal Romain Goupil dans ce rôle-là. Influenceur, conseiller, mais sûrement pas dirigeant politique. Trop besoin de sa liberté.

Son ton passionné laisse cet arrière-goût de révolte qu’il avait dans sa jeunesse, même si depuis quatre ans, il peut (on peut) considérer qu’il est "au pouvoir", en quelque sorte, dans la mesure où il a soutenu la candidature de l’ancien ministre Emmanuel Macron et qu’il le soutient toujours dans ses actions, en particulier dans sa gestion de la crise sanitaire.

Je peux même dire que cela repose un peu de ne pas entendre crier un débatteur à la télévision comme on l’entend depuis dix ans "à la dictature !", comme si c’était un mot mobilisateur dans un pays dont les mêmes critiquent les habitants pour leur supposée soumission et que j’appelle simplement leur raison : le peuple français est un peuple raisonnable et sage (on peut l’observer dans la vaccination) mais sa dignité d’adolescent retardé lui impose de râler (je le fais …si je veux !).

Ces "râleries" populaires (les dernières en date, les gilets jaunes) donnent ainsi de fausses joies et de fausses espérances aux promoteurs du "grand soir", aux révolutionnaires le derrière dans leur confortable fauteuil, ou sur les tribunes de théâtre, s’obsédant dans des "convergences de luttes" qui ne peuvent pas fonctionner dans un monde si consommateur et si individualiste. C’est peut-être cette maturité qui a conduit Romain Goupil, comme plein d’autres camarades "révolutionnaires", à se rapprocher de ce qu’on a appelé les "nouveaux philosophes".

Très insolite, Romain Goupil a été candidat aux élections européennes du 12 juin 1994, en n°17 sur la liste d'intellectuels appelée "L'Europe commence à Sarajevo" pour soutenir le peuple bosniaque contre l'agression serbe. La liste fut annoncée par Bernard-Henri Lévy (n°21) le 15 mai 1994 à "L'Heure de vérité" (sur Antenne 2) et fut menée par Léon Schwartzenberg avec Alain Touraine (n°13), Marina Vlady (n°14), Daniel Rondeau (n°18), Pascal Bruckner (n°19), André Glucksmann (n°22), Michel Polac (n°31), etc. On avait même demandé à Jean-François Deniau d'y participer, ce qui était impossible car il avait disputé la tête de la liste d'union UDF-RPR à Dominique Baudis qui fut choisi. La liste "bosniaque", pourtant créditée jusqu'à 12% par certains instituts de sondages plusieurs semaines avant le scrutin, n'a recueilli que 1,6% des voix.

À l’instar de Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann (qui était un ami très proche), Pascal Bruckner et de plein d’autres "intellectuels", Romain Goupil a soutenu la guerre en Irak par anti-antiaméricanisme (dans deux tribunes au journal "Le Monde" qu’il a cosignées les 3 mars 2003 et 14 avril 2003). En revanche, il est resté opposé aux anti-mai 68 comme Éric Zemmour, Alain Finkielkraut, Michel Onfray, Nicolas Baverez qui croient encore qu’avant, c’était mieux.

Romain Goupil n’est en tout cas pas tendre avec les nostalgiques de mai 68 : « Des espèces de clones totalement absurdes, style Mélenchon, qui défend l’idée que mai 68 était un mai ouvrier, alors qu’il était, en même temps, un mouvement sociétal. (…) Alors que la société a tellement changé. Mais je les comprends un peu, en même temps, ce n’est pas facile de dire qu’on s’est trompés ! » ("Ouest France", voir plus loin).

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Dès l’âge de 14 ans, Romain Goupil était engagé dans la Jeunesse communiste révolutionnaire. Il était trotskiste, anticolonialiste… Ses combats étaient l’Algérie, le Vietnam, Cuba, etc. Ses premiers tracts étaient pour pouvoir avoir les cheveux longs à l’école en 1966. Il n’a cessé de faire du militantisme. En 1967-1968, il était en seconde au lycée Condorcet. L’année précédente, Alain Krivine y était un pion. Le 17 janvier 1968, il a été renvoyé pour activités politiques (il avait organisé une grève le 13 décembre 1967 puis le 11 janvier 1968). Dès janvier 1968, il a été soutenu par des centaines de lycéens. Finalement, le 20 mars 1968, il a été réintégré, mais au lycée Voltaire. Très rapidement, il a fait partie de groupes clandestins pour des opérations ciblées. Mai 1968 a démarré le 22 mars 1968.

C’était dès février 1968 qu’il a connu Daniel Cohn-Bendit, et aussi d’autres étudiants révolutionnaires, Daniel Bensaïd, Henri Weber, Alain Krivine… tous beaucoup plus âgés que lui simple lycéen de seconde.

Avec le recul des décennies, Romain Goupil est heureux d’avoir échoué à l’époque. Dans un entretien à "Ouest France" le 6 mai 2018, il confirmait : « La révolution qu’on voulait ne laissait place à aucune opposition. Le premier qu’on aurait fusillé, c’est Cohn-Bendit. Parce qu’il était anarchiste. Après, on aurait liquidé les maoïstes et tous les autres groupes trotskistes qui n’étaient pas d’accord avec nous. La vraie réussite de mai 68, c’est de nous avoir oubliés. Et ridiculisés, notamment Dany. » (propos recueillis par Carine Janin).

Romain Goupil est devenu un cinéaste réputé lorsqu’il a sorti en 1982 le film documentaire "Mourir à trente ans", qui fut primé au Festival de Cannes par la Caméra d’Or, par un César du meilleur premier film en 1983 et par une nomination aux Oscars. Le récit est autobiographique et reprend des images d’archives de 1968 et des années 1970, et ce film a été motivé par celui qui l’avait représenté et qui avait représenté tous les lycéens à la manifestation du 13 mai 1968 auprès de Daniel Cohn-Bendit, Jacques Sauvageot, Alain Geismar, etc., à savoir Michel Recanati qui s’est suicidé en 1978 à l’âge de 28 ans après la mort par maladie de sa fiancée.

En 1968, Romain Goupil était très jeune et avait la passion de la jeunesse, se reconnaît volontiers à l’époque triomphaliste, sectaire, machiste, sexiste… et encore aujourd’hui, il se qualifie lui-même de bolchevique, péremptoire, agressif, violent, pas très démocratique ! Plus intéressant encore, il fut interviewé par la romancière Marguerite Duras le 10 mars 1968 pour l’émission "Dim Dam Dom" de Daisy de Galard sur la future Antenne 2 sur le thème "Les lycéens ont la parole" (qu’on peut revoir dans la vidéo ci-après).

Pour Romain Goupil, il y avait une part de jeu et d’amusement dans sa démarche de révolutionnaire. Quand il heurtait ses mots, il s’arrêtait et se moquait de lui-même, lors de ses envolées verbales dans des salles remplies de lycéens. Au même âge, à l’époque timide, je mourais de trouille de "réciter" devant une vingtaine de camarades des poésies classiques.





Ses parents étaient aussi des militants, dans le milieu du cinéma. Petit, il fréquentait à la maison des personnalités comme Jacques Higelin, Rufus, Brigitte Fontaine, etc. Sa grand-mère était une comédienne de doublage, son père a été chef opérateur d’une centaine de films.

Romain Goupil n’a pas poursuivi très loin ses études et a travaillé dans le cinéma. Il fut assistant réalisateur auprès de grands réalisateurs, comme Roman Polanski ("Tess"), aussi Jean-Luc Godard ("Sauve qui peut (la vie)"), Andrzej Wajda ("Les Possédés"), aussi Coluche ("Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine"), qu’il a soutenu dans sa candidature à l’élection présidentielle de 1981. Il a réalisé lui-même beaucoup de films documentaires, sur Coluche, sur Jacques Higelin, sur Gustave Courbet, etc.

Au-delà de "Mourir à trente ans", on peut citer une comédie dramatique "À mort la mort !" (sortie le 1er septembre 1999), où il est lui-même l’acteur principal, fait d’humour noir à l’hôpital ou dans les cimetières, et ce dernier film documentaire, coréalisé avec son compère Daniel Cohn-Bendit, "La Traversée" (présenté au Festival de Cannes, hors compétition, le 16 mai 2018 et produit par Georges-Marc Benamou), qui commémore le cinquantenaire de mai 68 en allant sonder la France profonde pour mieux la connaître. C’est une sorte d’état des lieux de la pensée populaire que les deux anciens militants ont proposé, avec la participation du maire de Grenoble Éric Piolle, celui de Béziers Robert Ménard, José Bové, …et même Emmanuel Macron !

Dans la matinale de France Inter, le 14 mai 2018, Romain Goupil a expliqué ainsi l’idée de ce film : « C’est là, l’étonnement du film. C’est qu’on prend les caméras, on va avec Dany, et on découvre une France qui n’est pas celle du début, pas celle de l’a priori, on va voir des gens. Ils sont conscients des problèmes et ils sont quand même toujours en train de discuter d’une solution possible. ».

Mais Romain Goupil s’est-il déshabillé de toutes ses anciennes utopies ? Eh bien, pas du tout : « Nous, notre utopie, c’étaient les États-Unis du monde. On était universaliste et cosmopolite. Je le suis toujours. Mais comme je suis devenu vieux, je vise les États-Unis d’Europe. » ("Ouest France").


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 juillet 2021)
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Pour aller plus loin :
Philippe Léotard.
Romain Goupil.
Isabelle Carré.
Claude Piéplu.
Michael Lonsdale.
Jean-Pierre Bacri.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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9 novembre 2021 2 09 /11 /novembre /2021 01:24

« Tout ce qu’on peut dire et tout ce qu’on peut faire, en définitive : c’est vous, et vous seul qui trouverez la solution. Il n’y a pas de sauveur suprême, il n’y a pas de super caïd, il n’y a pas de superman. C’est vous ! Prenez-vous par la main, sachez ce que vous voulez, demandez-le, voyons ce qu’on peut faire, et avancez ! Alors, ou on aura la crise, ou on sortira de la crise, et dans les deux cas, on aura ce qu’on mérite. » (Yves Montand, le 22 février 1984 sur Antenne 2).



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Cela fait 100 ans que le chanteur et acteur français Yves Montand est né, le 13 octobre 1921, la génération terrible de ceux qui avaient 20 ans sous l’Occupation. À cette époque, Yves Montand, petit artiste venant d’Italie (sa famille d’origine modeste a fui les fascistes quand il avait 2 ans et s’est exilée à Marseille, d’où l’accent marseillais qu’il pouvait perdre parfois), commençait dans un cabaret marseillais "L’Alcazar". Il a vraiment fait décoller sa carrière artistique en été 1941.

Pendant cinquante ans, Yves Montand a poursuivi ainsi une immense carrière de chanteur d’abord, puis d’acteur (mais il a commencé à peu près en même temps la scène et le cinéma). J’y reviendrai un peu plus loin. Auparavant, je voudrais évoquer le Yves Montand engagé : avec Simone Signoret, ils formaient le couple d’intellectuels engagés par excellence pendant des décennies (ils reposent tous les deux dans la même tombe au Père-Lachaise à Paris). Leur couple (marié en décembre 1951) n’était pas un long fleuve tranquille, surtout avec ce qu’a subi la fille adoptive d’Yves Montand (Catherine Allégret).

Je me suis toujours posé la question de cette volonté de s’engager alors qu’un artiste aurait plutôt besoin d’être consensuel, et l’engagement est rarement fédérateur, surtout à l’époque d’après-guerre du choc des idéologies. Une explication (qui reste à prouver) serait qu’à 20 ans, justement, Yves Montand ne s’est pas engagé alors que beaucoup de sa génération s’étaient engagés dans la Résistance. Lui était (encore) loin de Paris (qu’il aurait gagné en 1944 pour échapper au STO ?), et aurait plutôt continué à chanter (avec succès à partir de 1941), faisant surtout attention que son nom de famille, Livi, ne fût pas considéré comme une déformation d’un nom juif, Lévy (auquel cas il risquait la déportation).

Cette période reste toujours incertaine et si je l’évoque, c’est juste pour poser des questions et moi-même je serais incapable de répondre réellement à la question sur ce que j’aurais fait dans un tel contexte (bien sûr, après coup, c’est toujours facile de dire qu’on choisit le bon le camp, mais en situation, c’était difficile d’avoir une bonne vision des choses, ce qui n’a pas empêché, heureusement, que certains l’aient eue).

Toujours est-il qu’après la guerre, Yves Montand a été séduit temporairement par le stalinisme et par le communisme dont sa famille était issue. Il a fait notamment une tournée mémorable en URSS. Mais la lucidité l’a emporté sur l’aveuglément, et Yves Montand a eu le courage de rejeter cette idéologie mortifère, ce que beaucoup d’intellectuels n’ont pas su ni peut-être osé faire, orgueil aidant (c’est toujours très difficile de reconnaître qu’on a eu tort).

Son engagement pour les droits de l’homme et la démocratie est resté en revanche intact et constant, ce qui a expliqué son soutien au peuple chilien après le coup d’État de Pinochet et la répression sanglante qui a suivi. Du reste, il a joué dans beaucoup de films "engagés" (en particulier de Costa-Gavras, mais pas seulement) qui dénonçaient les atteintes à la démocratie et aux libertés, ainsi que la répression et les crimes de régimes autoritaires (communistes avec "L’Aveu" ou non, comme "Z").

Plus curieux fut son intérêt pour le libéralisme économique dans les années 1980, dans un contexte de politique internationale qui s’y prêtait bien (alors que les années 1970 étaient celles des travaillistes ou sociaux-démocrates). Certains ont pensé qu’Yves Montand aurait voulu être le Reagan français.

Il a en particulier animé une émission politique et économique assez intéressante, le 22 février 1984 sur Antenne 2, intitulée "Vive la crise !", regardée par 20 millions de Français (c’était énorme). Dans cette émission scénarisée par Jean-Claude Guillebaud et Laurent Joffrin, il assurait que la crise économique durable entraînerait un changement profond des mentalités, des risques pour la démocratie (les propos de l’historien Henri Amouroux sur l’année 2014, trente ans plus tard, sont assez frustrants et décevants car l’émission n’a pas osé faire beaucoup d’anticipation). À la fin de l’émission, Yves Montand, qui a pourfendu toutes les recettes miracles et les yaka fokon, insistait sur l’importance de la volonté individuelle et de l’envie d’entreprendre de chacun (en gros : ne vous reposez sur personne d’autres que sur vous !).

J’avais déjà évoqué assez précisément cette émission dans laquelle participaient, entre autres, Alain Minc, Christine Ockrent et Michel Albert. En revanche, l’INA (à ma connaissance) n’avait pas encore mis à disposition du public la totalité de l’émission que je propose donc maintenant ici.





Le journaliste Patrick Cohen a également rediffusé cette émission marquante dans sa série "Rembob’INA" sur la chaîne parlementaire LCP. Cette émission était scénarisée et c’est donc difficile de dire que c’était un documentaire, comme il était difficile de dire qu’Yves Montand était un présentateur, il n’était qu’un "acteur" et il n’était pas d’ailleurs le premier prévu (Bernard Pivot avait initialement refusé de se prêter au jeu).

Quelques mois plus tard, le 18 avril 1985, une autre émission "La guerre en face" était diffusée sur FR3. Du même style et scénarisée avec les mêmes, elle était aussi animée par Yves Montand qui évoquait, à la place de l’économie, la géopolitique et imaginait des nouveaux boat people comme nouvelle vague migratoire (ce qui semblait s’être passé trente ans plus tard avec les réfugiés syriens en Méditerranée). Dans cette seconde émission participait notamment un expert en géopolitique, Pierre Lellouche, devenu plus tard député et ministre.

Peut-être que cette animation d’émissions qui se voulait percutante (mais qui a beaucoup vieilli avec un ton qui gêne beaucoup, car il est prétentieux, il veut faire croire qu’il ouvre les yeux à son auditoire, ce qui est assez condescendant, paternaliste voire présomptueux) a beaucoup joué en faveur d’une hypothèse folle : Yves Montand voudrait être candidat à l’élection présidentielle de 1988.

Je suis à peu près convaincu que même avec l’incertitude de la candidature de François Mitterrand, dans une classe politique encore très traditionnelle bien que bousculée par l’irruption de Jean-Marie Le Pen, avec un trop plein de candidats dans le camp supposé libéral (Raymond Barre et Jacques Chirac rassemblaient plus de 40% des intentions de vote dans les sondages), je suis à peu près convaincu que pour Yves Montand, il n’avait jamais été question de candidature (au contraire de Coluche en 1981).

Néanmoins, il a semblé laisser germer le doute pendant plusieurs années, si bien que la journaliste Anne Sinclair l’a invité dans son émission politique de grande audience "Questions à domicile", devenue pour l’occasion "Montand à domicile", exceptionnellement tenue un samedi au lieu du jeudi, le 12 décembre 1987 sur TF1, dans le grand amphithéâtre de l’École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC) à Cergy-Pontoise, devant sept cents étudiants et professeurs. Sur consigne de la chaîne de télévision privatisée pour faire le plein d’audience pour ses spots publicitaires, Yves Montand a attendu la fin de l’émission pour annoncer qu’il ne serait pas candidat à l’élection présidentielle. Une polémique est née ensuite en raison du cachet de 800 000 francs que l’acteur chanteur avait reçu de TF1, cachet qu’il avait redistribué dans sa presque totalité dans des œuvres caritatives et dans les taxes et impôts.

Ses engagements plus ou moins sincères ne doivent de toute façon pas faire oublier le grand chanteur et le grand acteur (sans César attribué pourtant) qu’Yves Montand a été et restera, puisque les enregistrements lui permettent de rester hors du temps.

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Dans l’acteur (et aussi le chanteur), il y avait parfois le séducteur, le séducteur agaçant, celui sur qui on ne peut pas compter, qui frime, ment, parade, fait le paon, parfois trop, et peut-être même dans la vie réelle quand il a tourné aux États-Unis le film "Le Milliardaire" de George Cukor (sorti le 8 septembre 1960) avec Marilyn Monroe avec qui il a eu une liaison. Ses personnages étaient de ce genre dans des films comme "La Folie des grandeurs" de Gérard Oury (sorti le 8 décembre 1971) avec Louis de Funès et l’impayable Alice Sapritch ; "Le Sauvage" de Jean-Paul Rappeneau (sorti le 1975) avec Catherine Deneuve et Luigi Vannucchi ; "Tout feu tout flamme" de Jean-Paul Rappeneau (sorti le 13 janvier 1982) avec Isabelle Adjani, Alain Souchon et Jean-Luc Bideau.

Yves Montand jouait aussi dans des films "sérieux", engagés, à forte moralité, à dénonciation politique, etc. comme "Z" de Costa-Gavras (sorti le 1969) avec Jean-Louis Trintignant, Charles Denner, Irène Papas, Jean Bouise, Bernard Fresson, Jacques Perrin, Pierre Dux, Julien Guiomar, François Périer, etc., qui reprend l’histoire vraie du régime des colonels en Grèce ; "L’Aveu" de Casta-Gavras (sorti le 29 avril 1970) avec Simone Signoret, Jean Bouise, aussi Michel Robin et Jacques Rispal, etc., qui reprend les procès de Prague ; "I… comme Icare" d’Henri Verneuil (sorti le 19 décembre 1979) avec (entre autres) Roland Blanche, qui raconte une enquête sur l’assassinat politique d’un chef d’État progressiste dans une Amérique latine instable, avec l’excellente scène qui montre l’expérience de Milgram (qui a été tournée dans un amphi de l’ESSEC à Cergy-Pontoise).

Au-delà des films politiques, Yves Montand a tenu des rôles parfois étonnants ou éclatants, comme dans "Le Salaire de la peur" d’Henri-Georges Clouzot (sort le 22 avril 1953) avec Charles Vanel ; "La Menace" d’Alain Corneau (sorti le 28 septembre 1977), avec Marie Dubois, Carole Laure et Jean-François Balmer (excellent "thriller", comme on dit maintenant).

Enfin, disons-le, j’ai peu apprécié le Papet dans la série pourtant à grand succès des Pagnol réalisés par Claude Berri, "Jean de Florette" (sorti le 27 août 1986) et "Manon des sources" (sorti le 19 novembre 1986), avec Gérard Depardieu, Daniel Auteuil, Emmanuelle Béart, Hippolyte Girardot, Ticky Holgado, etc. Peut-être trop cabotin ?

Terminons par le grand chanteur sur deux morceaux que j’apprécie particulièrement, car il redonne l’ambiance d’une société à jamais révolue (et que je n’ai pas connue sinon par des effets miroirs !), celle des années 1950, peut-être compliquées par la reconstruction mais tellement simples quand on connaît les enjeux d’aujourd’hui, en particulier pour les jeunes étudiants en pleine période de covid-19 et de crise économique.


1. "À bicyclette" :






2. "À Paris" :






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3 novembre 2021 3 03 /11 /novembre /2021 03:58

« Ce que je suis devenu me déçoit. » (Charles Bronson, 1975).



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La rudesse et la pudeur pouvaient s’exprimer au détour d’une phrase : « Dans le milieu où j’ai grandi, je ne pouvais pas me permettre d’afficher la moindre sensibilité. ». Ou d’une autre : « Si vous voyez de la faiblesse chez le héros, vous portez atteinte à son identité. Vous empêchez les gosses d’avoir quelqu’un à admirer. ».

L’acteur américain Charles Bronson est né il y a 100 ans, le 3 novembre 1921. D’origine lituanienne (et très vaguement mongole), l’acteur à la gueule de héros très viril a commencé sa vie avec beaucoup de petits boulots, une mobilisation pendant la guerre comme mitrailleur de bombardier, puis des petits rôles au théâtre. On lui conseilla d’aller à Hollywood, car il pouvait avoir un physique qui intéresserait.

Charles Bronson le dur, le farouche, l’Indien. Il a joué dans des centaines de films pour le cinéma et la télévision, de nombreux westerns et films de guerre. Il a commencé à se faire connaître dans les années 1950 avec des petits rôles, comme ce sourd-muet dans "L'Homme au masque de cire" d'André de Toth (sorti le 10 avril 1953), Charles Bronson apparaît alors avec son vrai nom (Charles Buchinsky) jouant le rôle d'Igor Bronson, jusqu’à ce que Robert Aldrich l’ait découvert : « Ce type a de la gueule ! Et dans ce métier, une gueule vaut mieux qu’un visage. ». Encore pour des seconds rôles, il a alors tourné dans "Branco Apache" (sorti le 22 décembre 1954) et "Vera Cruz" (sorti le 25 décembre 1954) de Robert Aldrich avec Burt Lancaster (pour les deux cités) et Gary Cooper (pour le second film cité), et sa notoriété s’est faite à partir du film de John Sturges "Les Sept Mercenaires" (sorti le 23 octobre 1960) avec Steve MacQueen, James Coburn, Yul Brynner, etc. Le premier grand rôle de Charles Bronson fut dans "L'Aigle solitaire" de Delmer Daves (sorti le 10 novembre 1954), où il est chef indien.

Ses participations étaient plus importantes un peu plus tard : dans "La Grande Évasion" de Johne Sturge (sorti le 4 juillet 1963), il a retrouvé Steve MacQueen, aux côtés de James Coburn et Richard Attenborough. De même, "Les Douze Salopards" de Robert Aldrich (sorti le 15 juin 1967), aux côtés notamment de Lee Marvin et John Cassavetes, reprend le thème de la Seconde Guerre mondiale et du combat contre les nazis. Il a mis une trentaine d’années avant d’être vraiment reconnu par Hollywood comme un acteur majeur. L’Europe l’a mieux apprécié. Plus tôt.

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Car en Europe, Charles Bronson s’est beaucoup "éclaté". D’abord avec Sergio Leone qui a réussi enfin à le persuader de tourner avec lui dans un western spaghetti qui a été un grand succès en Europe (beaucoup moins aux États-Unis) : dans "Il était une fois dans l’Ouest" (sorti le 21 décembre 1968), il était l’homme à l’harmonica (déjà dans "Vera Cruz", il jouait de l’harmonica !), au point de supplanter le "leadership" (naturel) de Henry Fonda (Claudia Cardinale y a joué le personnage clef). Auparavant, Sergio Leone l’avait voulu pour son film "Pour une poignée de dollars" et il a pris Clint Eastswood en plan B.

Ensuite dans "La Cité de la violence" de Sergio Sollima (un film franco-italien sorti le 17 septembre 1970), avec sa deuxième épouse (de 1968 à 1990), l’actrice britannique Jill Ireland (1936-1990) avec qui il a joué dans de nombreux films dans les années 1970 (c’est elle qui l’a convaincu d’accepter de tourner avec Sergio Leone). De ce film ("La Cité de la violence"), il a joué aussi avec l’acteur français Michel Constantin est devenu un de ses grands copains. Le trio Charles Bronson, Jill Ireland et Michel Constantin a récidivé ensemble dans "De la part des copains" de Terence Young (sorti le 18 décembre 1970).

Aussi avec René Clément dans "Le Passager de la pluie" (sorti le 21 janvier 1970), sur un scénario de Sébastien Japrisot, aux côtés de Marlène Jobert et Annie Cordy (Jean Piat y fait aussi une apparition). Dans un autre film avec une participation française, une sorte de western spaghetti, "Soleil rouge" de Terence Young (sorti le 15 septembre 1971), Charles Bronson et Alain Delon (dont c’est le 86e anniversaire ce lundi 8 novembre 2021) ont fait les vedettes. Il avait déjà joué avec Alain Delon dans "Adieu l’ami" de Jean Herman (sorti le 14 août 1968) avec Brigitte Fossey et Bernard Fresson.

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Enfin, on ne peut éviter de citer "Un Justicier dans la ville" de Michael Winner (sorti le 24 juillet 1974), qui a marqué définitivement la réputation de Charles Bronson dans une sorte de course à la justice personnelle, faute d’une justice impartiale, impuissante et inefficace (ce qui, dans les années 1970, avait suscité bien des débats politiques, avant et après ce film, aux États-Unis comme en Europe)… un rôle qu’il a gardé avec quatre autres suites de ce film ! On n'oubliera pas non plus de citer "C'est arrivé entre midi et trois heures" de Frank D. Gilroy (sorti le 13 août 1976), avec Jill Ireland, où Charles Bronson a joué la comédie, ce qui est très rare.

Malade, Charles Bronson s’est éclipsé de la vie d’une mauvaise pneumonie le 30 août 2003, après avoir appris que l’avant-veille, son copain français Michel Constantin avait succombé d’une crise cardiaque à la suite d’un malaise dû à la canicule. Faux dur, vrai tendre, son épique participation au cinéma d’action et de violence aura été associée aux années 1960 et 1970.

À l’occasion du centenaire de l’acteur, la chaîne franco-allemande Arte lui consacre un documentaire français "Charles Bronson, le génie du mâle" réalisé par Jean Lauritano en 2019 : un « portrait tout en muscles en en moustache de l’acteur Charles Bronson, un paradoxe aussi attachant que taiseux, devenu malgré lui l’icône d’une Amérique violente et paranoïaque ».

Le documentaire n’hésite pas d’ailleurs à le relier aux États-Unis d’aujourd’hui, comme « l’icône d’une Amérique machiste, violente et paranoïaque, invoquée par Donald Trump dans ses meetings de campagne » et de poursuivre avec les qualificatifs : « cogneur mélancolique, vedette mondiale boudée à domicile, mineur fils de mineur devenu l’acteur le mieux payé au monde, amoureux fervent abonné aux rôles de solitaires ».


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"Charles Bronson, le génie du mâle", documentaire de Jean Lauritano (2019).
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31 octobre 2021 7 31 /10 /octobre /2021 03:37

« À mes débuts, j’ai été reçu par un agent très connu qui m’a dit : "Je ne te prends pas et, à mon avis, tu ne réussiras pas, parce que tu n’es pas sexué. Quand tu joues, on ne sait pas si tu es homo ou hétéro". Je suis reparti extrêmement accablé. En fait, pendant vingt ans, tout le monde a cru que j’étais homo : un acteur si maniéré ! Mais j’étais obsédé par les femmes, client des prostituées dès l’âge de quinze ans. J’étais ce que Céline appellerait un "tracassé du périnée", un chercheur. Parallèlement, mes amitiés étaient masculines, et souvent homosexuelles. (…) Je suis comme un poisson dans l’eau avec l’homosexualité. » (Fabrice Luchini, le 22 septembre 2012, "Télérama").



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Être né à la Toussaint, quelle idée ! Mais contrairement à ce qu’on dit, la Toussaint n’est pas la fête des morts (c’est le 2 novembre), mais la fête des Saints. Fabrice Luchini fête son 70e anniversaire ce lundi 1er novembre 2021. Il est ce qu’on peut appeler un autodidacte de la langue française. Il a commencé très tôt sa vie active comme coiffeur, mais adolescent, il était déjà un adorateur de Céline avec un coup de foudre pour "Voyage au bout de la nuit".

C’est assez étrange de le savoir car il est surtout connu pour ses rôles d’intello et d’amoureux de la langue française. Il n’est donc peut-être pas un grand littérateur, mais sa passion pour les belles lettres et les beaux mots en a fait un excellent lecteur, lecteur aussi à voix haute (il lit beaucoup sur scène, au théâtre). On ne peut pas dire qu’il cache bien son jeu car il ne l’a jamais caché et il assume voire en fait sa fierté : pas de diplôme sinon la scène qui se vit et ne s’apprend pas. Peut-être le côté intellectuel lui servait de cache-petite-bourgeoisie ? En tout cas, son jeu d’acteur, un peu laborieux  à ses débuts quand il avait une trentaine d’années, dans les années 1980, a été ensuite multiplié très rapidement des succès.

Dans ses nombreux rôles (le cinéma français se l’est arraché pendant de nombreuses années), Fabrice Luchini a suivi son âge : petit jeune plein d'enthousiasme au début, et à la fin, homme rangé, installé, ayant l’autorité. Du reste un peu comme Claude Rich. C’est un raccourci très rapide évidemment, mais cela signifie avant tout qu’il est un bon acteur.

Et j’ajouterais : il pourrait être un bon acteur. Ce qui le faisait apprécier au début pourrait lasser à la fin. Je m’explique : son côté passionné est extra, les yeux grand ouverts sur le vide, parlant sans forcément regarder son interlocuteur, rêveur, proclamateur, presque mystique voire hystérique, est sa signature, son signe distinctif, son atout, comme les ricanements et les simagrées d’une Louis de Funès ont fait son succès. À la longue, les incantations intellectuelles peuvent être trop prévisibles, trop cabotines.

En tout cas, la "profession", comme on dit, ne l’a pas raté : un César du meilleur acteur dans un second rôle en 1994 (dans "Tout ça pour ça !" de Claude Lelouch, sorti le 9 juin 1993) et dix autres nominations aux Césars, et un Molière d’honneur en 2016 et quatre nominations aux Molières. Comble de l’égoacteur : comme beaucoup de ses collègues, il a joué son propre rôle dans la série (qui veut cela) "Dix pour cent" en 2017, le 10% étant la commission de celui qui gère la carrière d’un acteur (la série raconte la vie d’un cabinet de tels managers).

C’est Philippe Labro qui a donné à Fabrice Luchini sa première chance au cinéma avec "Tout peut arriver" (sorti le 26 novembre 1969). Il a eu quelques rôles dans les années 1970, recruté notamment par Éric Rohmer et Claude Chabrol. Il a eu un peu plus de rôles dans les années 1980, mais à peine plus (il a dû se nourrir en retournant à son métier d’origine, coiffeur), même s’il a joué dans des films assez populaires, comme "P.R.O.F.S" de Patrick Schulmann (sorti le 18 septembre 1985) où il est prof d’arts plastiques, aux côtés de Patrick Bruel (prof de français), Laurent Gamelin (prof de gym) et Christophe Bourseiller (documentaliste) : quatre copains profs et il leur arrive pas mal de choses. Il y a eu aussi, c’est assez étonnant, "Emmanuelle 4" de Francis Leroi (sorti le 15 février 1984), où il est Oswaldo le magicien (rôle mineur) dans la série bien connue des films érotiques avec Sylvia Kristel.

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Tout l’acteur Fabrice Luchini s’est dévoilé comme premier rôle dans "La Discrète" de Christian Vincent (sorti le 21 novembre 1990) où il est un collaborateur parlementaire (au parlementaire invisible car c’est l’été des vacances au Paris vide) qui a une ambition littéraire. L’héroïne Judith Henry lui fait la réplique, un peu manipulée, et Maurice Garrel est son guide et coach, très crédible. Probablement l’un des meilleurs films qu’a tournés Fabrice Luchini à partir duquel sa carrière a décollé. Ce film a reçu trois Césars (notamment attribués à Judith Henry et à Christian Vincent, mais pas à Fabrice Luchini, "seulement" nommé).

Autre film très intéressant, "Riens du tout" de Cédric Klapisch (sorti le 11 novembre 1992) où Fabrice Luchini est bombardé directeur des Grandes Galeries avec l’objectif cynique (mais pas tout de suite compris) de rentabiliser au mieux le magasin pour le valoriser avant une vente inéluctable (on peut aussi remarquer l’interprétation de Jean-Pierre Darroussin). Cela fait un peu l’ambiance "Au bonheur des ogres" de Daniel Pennac dans la série Malaussène.

"Rien sur Robert" de Pascal Bonitzer (sorti le 24 février 1999) donne la mesure d’un rôle d’intellectuel classique chez Fabrice Luchini (il est ici critique cinéma), avec toujours une relation particulière avec les femmes (ici Sandrine Kiberlain et Valentina Cervi). Michel Piccoli, Bernadette Lafont et Denis Podalydès sont aussi de la partie. Claude Lelouch a aussi fait jouer Fabrice Luchini dans "Hommes, femmes : mode d’emploi" (sorti le 28 août 1996), avec Pierre Arditi dans le rôle du médecin et Bernard Tapie, étrange prémonition (?), dans le rôle de l’homme d’affaires véreux atteint d’un grave cancer (Gisèle Casadesus, petite pépite du cinéma français, y joue aussi).

Beaucoup d’autres films comme "Pas de scandale" de Benoît Jacquot (sorti le 20 octobre 1999), le mettent au centre de l’histoire (patron qui a fait un séjour à la Santé pour malversations, avec Isabelle Huppert et Vincent Lindon). Comme "Gemma Bovery" d’Anne Fontaine (sorti le 10 septembre 2014) avec Gemma Arterton ; comme "L’Hermine" de Christian Vincent (sorti le 18 novembre 2015), avec Sidse Babett nudsen et Eva Lallier (Fabrice Luchini est un président de cour d’assises qui se lie un peu trop avec une jurée, liaisons dangereuses pour un procès) ; comme "Alice et le Maire" de Nicolas Pariser (sorti le 18 mai 2019), où Fabrice Luchini est un maire de Lyon sans inspiration qui se retrouve en face d’Anaïs Demoustier, la jeune philosophe Alice chargée de le "restimuler" (intellectuellement).

On peut aussi citer sa participation dans "Paris" de Cédric Klapisch (sorti 20 février 2008) avec Romain Duris, Juliette Binoche, François Cluzet, etc. ; dans "Les Invités de mon père" d’Anne Le Ny (sorti le 31 mars 2010) aux côté de Michel Aumont, Karin Viard et Flore Babled ; dans "Potiche" de François Ozon (sorti le 10 novembre 2010) avec Gérard Depardieu, Catherine Deneuve, Judith Godrèche, etc. ; dans le rôle de Jules César dans "Astérix et Obélix : Au service de Sa Majesté" de Laurent Tirard (sorti le 17 octobre 2012) avec Édouard Bear (Astérix), Gérard Depardieu (Obélix), Michel Duchaussoy (son dernier rôle, Abraracourcix), Guillaume Gallienne (Jolitorax), Dany Boon (le Normand Tetedepiaf) et Gérard Jugnot (le chef pirate Barbe-Rouge).

Dans tous les films déjà cités, Fabrice Luchini a des rôles très diversifiés mais parfois sa personnalité peut l’emporter sur celle de son personnage. Je m’arrête sur l’un de ses derniers films qui m’a désagréablement surpris : "Le Mystère Henri Pick" de Rémi Bezançon (sorti le 2019). J’avais adoré le roman de David Foenkinos (sorti en 2016) pour beaucoup de raisons. C’est vrai qu’il y a toujours une grande appréhension quand l’un de vos livres préférés est adapté au cinéma : il y a la crainte de faire perdre toute la magie de la lecture et parfois, de l’ambiguïté et de l’implicite, mais il y a aussi la curiosité de voir comment le réalisateur s’est débrouillé, et surtout de connaître le casting (la distribution).

Hélas, avec ce film, j’ai été très déçu. Certes, Fabrice Luchini, qui joue le rôle du vieux routard du journalisme, plutôt puant mais qui devient humble après un retour de manivelle, se disait tout à fait adapté à ce rôle et il a raison. Mais en fait, à cause de son rayonnement, le personnage de Fabrice Luchini est devenu le principal personnage alors que je trouve que c’est un personnage secondaire. La plus importante, c’est la fille du fameux Henri Pick joué par Camille Cottin, mais comment Camille Cottin pouvait-elle rivaliser avec Fabrice Luchini ? Il aurait donc plutôt fallu, à mon sens, mettre à la place de Fabrice Luchini un acteur habitué plutôt aux seconds rôles qu’aux premiers (mais ce n’est que mon avis de lecteur déçu).

Au-delà du cinéma, amoureux assidu de la littérature française, Fabrice Luchini s’épanouit au théâtre, pour des pièces (Samuel Beckett, Sacha Guitry, Jules Romains, René de Obaldia, etc.) mais il se délecte aussi par la lecture de grands auteurs comme Victor Hugo, Céline, Baudelaire, La Fontaine, Rimbaud, Nietzsche, Péguy, Philippe Murray, Paul Valéry (dont c'est le cent cinquantième anniversaire de la naissance), Roland Barthes, Molière, etc. Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de le voir sur scène mais j’ai en revanche pu voir et me délecter avec la diffusion d’une des pièces dans laquelle Fabrice Luchini a joué en 1994, aux côtés du regretté Pierre Vaneck et de Pierre Arditi : "Art" de Yasmina Reza (mise en scène de Patrice Kerbrat) qui est une savoureuse réflexion sur l’art contemporain, imposture ou réalité.

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Ce goût et ce don pour la lecture d’œuvres françaises l’ont conduit à rencontrer (entre autres) le Président Emmanuel Macron à Château-Thierry le 17 juin 2021 pour célébrer comme il se doit le grand Jean de La Fontaine aux fables si ancrées dans la conscience française. Bon anniversaire, cher acteur de l’esprit français !


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Sylvain Rakotoarison (30 octobre 2021)
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28 octobre 2021 4 28 /10 /octobre /2021 03:56

« Je ne pense pas être un poète (…). Un poète, ça vole quand même un peu plus haut que moi (…). Je ne suis pas un poète. J’aurais aimé l’être, comme Verlaine ou Tristan Corbière. » (Georges Brassens, 1967).



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Et pourtant, comme je l'indiquais il y a cinq ans, l’Académie française l’a reconnu comme tel, comme un grand poète, au point de lui attribuer son Grand-Prix de la poésie le 8 juin 1967, à l’égal d’Yves Bonnefoy, de Pierre Emmanuel, de Philippe Soupault, de Francis Ponge… Heureusement que sa postérité n’a pas écouté sa modestie. Le choix des mots, le rythme, les rimes. Tiens, dans "Les Copains d’abord" : « Au moindre coup de Trafalgar, c’est l’amitié qui prenait l’quart. C’est elle qui leur montrait le nord. Leur montrait le nord. » avec ce jeu de mot de la gare du Nord. Deux ans plus tard, il était déjà moins affirmatif, plus hésitant : « Moi, je fais des chansons, je ne sais pas si je suis poète. Il est possible que je le sois un petit peu, enfin, je mélange des paroles et de la musique et puis je les chante, ce n’est pas tout à fait pareil quand même… ».

En ce moment, beaucoup de médias (radio, télévision, etc.) célèbrent la mémoire de Georges Brassens, parce que c’est le centenaire de sa naissance (il est né le 22 octobre 1921, quelques jours après Yves Montand) et les quarante ans de sa disparition (il est mort le 29 octobre 1981) par une mort rapide, trop rapide pour lui et pour ceux qui l’appréciaient beaucoup.

Une saleté de maladie qui l’a laissé sur le carreau à un entre-deux-âges (« moi qui balance entre deux âges » dans "Le temps ne fait rien à l’affaire"). C’est vrai, Brassens n’était ni jeune, ni vieux, il n’était pas entre-deux-âges, il était sans âge et c’est peut-être une petite raison aussi de son intemporalité (malgré quelques photos de lui jeune, la moustache quoique pas encore blanche et la pipe ne lui rendent pas sa jeunesse).

La mélodie de la composition a un pouvoir plus important que le texte lui-même, souvent, sinon, comment aimer des œuvres vocales dans des langues qu’on ne connaît pas ? J’ai déjà assisté à une émouvante représentation de "La flûte enchantée" en tchèque, et malgré mon ignorance de la langue, ce fut majestueux. L’émotion n’a jamais de frontières, ni de langue. Elle n’a pas besoin d’être cérébrale. Elle ne l’est jamais, même.

Nul doute que Brassens a marqué son temps en France, sa chanson "Les Copains d’abord" est plus un hymne à la culture française qu’un hymne à l’amitié, à une certaine manière de vivre, peut-être celle qui fut la cible des attentats du 13 novembre 2015 (souvenez-vous : il y a eu floraison de drapeaux français dans les hypermarchés juste après ces attentats).

Plus modestement, il a marqué mon enfance. Impossible de l’entendre sans faire un voyage spatio-temporel, dans un lointain révolu (vers lequel le polémiste Éric Zemmour imagine encore pouvoir revenir, avec la naïveté d’un enfant intelligent). À la maison, nous étions plutôt "musique classique" avec beaucoup de raisons… mais il y avait deux chanteurs "moins classiques" qui venaient parfois enchanter les oreilles : Georges Brassens et Jacques Brel. Alors que pour les bandes sons, je mettais difficilement des visages, avec ces deux poètes, pas de problème, le visage s’imposait aux yeux avant même de les écouter. Marques caractéristiques.

Je ne saurais pas dire si les textes "licencieux", c’est-à-dire, "pour les adultes" (dirais-je par euphémisme), étaient passés aussi bien que les autres, mais il me semble que oui. Par exemple, j’adorais écouter cette histoire érotico-féline où le mauvais goût restait toujours sur la ligne de crête entre la décence et l’humour : « Quand Margot dégrafait son corsage pour donner la gougoutte à son chat… ». Il faut dire qu’un tel amoureux des chats ne pouvait qu’émerveiller les enfants félinophiles.

Toutefois, après cette période lointaine, un membre de la famille en est même venu à détester Brassens car il chantait, c’est vrai, mais il chantait un peu trop souvent à la maison. J’ai eu droit à une seconde chance. La seconde chance, c’est de repasser des plats de l’enfance avec la maturité de l’adulte. J’ai eu le coup avec Jacques Prévert grâce à Claude Piéplu qui était venu "me" voir (en tout cas, qui était venu près de chez moi) pour me montrer toute la richesse de Jacques Prévert qui était resté injustement au rayon des livres pour enfant. Étrangement, "Le Petit Prince" n’avait jamais eu cette place dans mon panthéon personnel, il était pour moi dès sa première lecture, un livre comme la Bible, universel, pour tout âge, pour tout humain. D’une richesse jamais complètement exploitée. Brassens, ce sont des amis qui me l’ont refait écouter avec des titres un peu "osés". Pas la Margot mais "Le Pornographe" par exemple, que je ne connaissais pas enfant. Rien de choquant pour cette époque pourtant plus pudique mais plus violente aussi.

Alors, c’est sûr que Brassens s’est inséré dans ma vie de manière beaucoup trop intime et personnelle pour que je sois neutre, impartial, pour que je le déteste ou que je l’adore. Il est juste une partie de ce que je suis devenu, il m’a construit comme tant d’autres, proches ou lointains, par affection ou par défaut, consciemment ou inconsciemment. Artistes ou parents, auteurs ou amis.

Oui, bien sûr, les artistes ont un pouvoir énorme sur les individus, car ils sont des fabricants d’émotions, et au risque de faire dans le pléonasme, d’émotions sincères. Cela ne fait pas appel à la raison, et s’il y a émotion, c’est parce que les mots, les paroles, les dessins, les peintures, etc. font sens, sens à la mémoire, aux impressions, à des choses qu’on n'a peut-être pas su qualifier, décrire, raconter. Si j’aime une partie de l’art contemporain (pas tout !!), c’est justement parce que l’artiste a appuyé sur une corde sensible, peut-être pas celle qu’il croyait, mais oui, être sensible à une œuvre, c’est avoir une sorte de complicité, d’avoir vu ou compris la même chose, avec des référents très différents : Boltanski, Pierre Henry, etc.

C’est sans doute pour cette raison que Brassens, être solitaire, anarchiste, timide mais talentueux, a su faire le consensus autour de lui. Certainement que peu de personnes l’aimaient pour ses idées (dont, finalement, on ne connaît pas grand-chose), et s’en moqueraient même. Ce n’était pas à la raison qu’il s’adressait mais, comme tout artiste, à l’émotion. Et tant qu’à être un anarchiste, ce que je ne suis pas du tout (euphémisme !), je préfère que l’anarchiste s’exprime avec une guitare (ou un pinceau) plutôt qu’avec le fusil d’un communard ! Je le préfère semant l’émotion et l’amour à semant la haine et la mort. Brassens parlait d’ailleurs autant de l’amour que de la mort, il avait une notion très réfléchie de la vie qui passe et c’est ce qui en faisait autant un philosophe qu’un poète, toute modestie bue.

C’est un peu ce ressort du talent et de l’émotion qui m’ont fait aimer des artistes aux engagements foireux, Jean-Paul Sartre (aux engagements déconcertants), Salvador Dali (au monarchisme cynique sinon mystique), Louis Aragon (à la fidélité étonnante au communisme), et même, c’est d’ailleurs un peu nouveau pour moi, dans une lente maturité, Céline (aux "engagements" que-l’on-sait !). Je m’arrête d’ailleurs deux instants sur Céline dont les pamphlets antisémites m’avaient paru un obstacle infranchissable pour goûter, apprécier son œuvre littéraire dont je n’ai jamais contesté la richesse. Mais un amoureux des animaux, des chats, et même des hérissons, des oiseaux… ? la passion des bêtes, un peu comme Brassens inséparable des chats (d’où la brave Margot).

Certes, on pourra vite atteindre le fameux point Godwin si je m’égare sur ce terrain-là, qu’un amoureux des animaux ne pourrait pas faire de mal à des humains (hélas, l’exemple avec Hitler paraît complètement invalider l’idée), mais au moins, et ce sera d’ailleurs un enjeu, nouvel enjeu pour une élection présidentielle, le bien-être des animaux est devenu une préoccupation de plus en plus importante des gens. Ce sera un thème de campagne que les candidats ne devront pas négliger (le parti animaliste, inconnu de tout le monde, avait réussi à percer, en recueillant 2,2% rien que sur son nom aux élections européennes de mai 2019, devant la liste d’une ancienne ministre socialiste !). Après tout, Gandhi a dit : « On reconnaît le niveau d’évolution d’un peuple à la manière dont il traite ses animaux. ». Nous avons encore du chemin à parcourir et Georges Brassens aurait certainement été horrifié de l'évolution de l'industrie alimentaire à cet égard.

Ce qui est probablement le plus instructif est le grand nombre de reprises des chansons de Brassens. J’avoue ne préférer que l’original, mais son influence culturelle chez les francophones (et même au-delà, avec d’autres langues) est réelle et plutôt rassurante. L’esprit français, c’est l’esprit un peu râleur mais aussi la convivialité, la légèreté, l’humour parfois un peu grivois qui pourrait d’ailleurs tomber sous le coup des professeures de morale, de vertu et d’antisexisme de notre époque.

Chacun des artistes, à sa façon, invite à réfléchir sur le monde ambiant. Pour Brassens, pas besoin d’imaginer ce qu’il dirait aujourd’hui, c’est comme avec De Gaulle, on ne doit JAMAIS faire parler les morts si on veut les respecter. Sinon ce serait assurément les trahir, ce serait bassement les récupérer. Et pas besoin de le faire parler car la plupart de ses chansons sont intemporelles et donc, n’ont pris aucune ride. Brassens est à tout le monde, à tous les amoureux de la langue française (c’était un grand joueur des mots), et personne ne saurait s’ériger en gardien du temple de la Brassensie pour donner des brevets de brassensophilie. C'est le comble de l'artiste aimé après sa mort : il est un boulevard public, pas un petit sentier intime qu'on peut s'approprier.

Chez Brassens, tout est légèreté, même cette supplique pour être enterré sur la plage de Sète. Il avouait bien volontiers le 6 janvier 1969 qu’en fait, il s’en moquait complètement de là où il serait enterré et qu’il avait écrit cette chanson seulement pour se marrer ! Alors, pour se marrer, il aurait pu, sans renier ses convictions qui devaient être solides comme le roc, dire tout et rien sur certains sujets d’actualité, il suffisait sans doute d’une belle rime pour aller d’un côté ou de l’autre. Ou d’une idée à tirer.

En revanche, il ne se marrait pas toujours pour les Copains.
Nous non plus.

« Quand l’un d’entre eux manquait à bord
C’est qu’il était mort.
Oui, mais jamais, au grand jamais
Son trou dans l’eau n’se refermait
Cent ans après, coquin de sort
Il manquait encore. »



1. "Brave Margot" (1953)






2. "Le temps ne fait rien à l'affaire" (novembre 1961)






3. "Les Copains d'abord" (novembre 1964)









4. "Supplique pour être enterré à la plage de Sète" (1966)






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 octobre 2021)
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Pour aller plus loin :
Brassens est né il y a 100 ans.
Georges Brassens.
Yves Montand.
Nicole Croisille.
Philippe Léotard.
Jean-Jacques Goldman.
Marthe Mercadier.
Mylène Farmer.
Louis Armstrong.
Jim Morrison.
Jimmy Somerville.
Ella Fitzgerald.
Serge Gainsbourg.
Fernandel.
Eddie Barclay.
Daniel Balavoine.
Jean Ferrat.
John Lennon.
Kim Wilde.

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25 octobre 2021 1 25 /10 /octobre /2021 01:32

« Je ne sais pas si j’ai manqué au cinéma français, mais à moi, le cinéma français a manqué follement, …éperdument, …douloureusement. Et votre témoignage, votre amour me font penser que peut-être, je dis bien peut-être, je ne suis pas encore tout à fait morte. » (Annie Girardot, le 2 mars 1996 à Paris).



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Déjà vingt-cinq ans au Théâtre des Champs-Élysées, une "séquence émotion" pour la consécration d’une femme hors de l’ordinaire. Et hélas, il y a dix ans, le 28 février 2011, à Paris, l’actrice Annie Girardot est morte des suites de sa grave maladie. Elle avait 79 ans (elle est née le 25 octobre 1931 à Paris) et cela faisait une quinzaine d’années qu’une sale maladie la rongeait, la rongeait de l’intérieur, rongeait ses nerfs, rongeait sa mémoire : « Je cherche ma mémoire, mais ne la trouve plus. J’ai perdu quelques bouts ou bribes de ma mémoire. ». Refusant de s’avouer vaincue, refusant de s’arrêter, elle a continué encore très longtemps à jouer sur scène, acceptant l’oreillette pour compenser sa mémoire défaillante devant une salle médusée et émue.

À voir la foule du tout Paris venue l’honorer une dernière fois à l’église Saint-Roch (l’église des artistes), le 4 mars 2011, on pouvait se rendre compte à quel point Annie Girardot comptait pour la culture en général et pour le cinéma français et italien en particulier (et elle était très appréciée en Russie où elle a joué dans une série policière en 2007). Mais ce n’était pas seulement les artistes et les Jack Lang de substitution qui la pleuraient, beaucoup de Français la pleuraient pour ce qu’elle était, certains aussi pour ce qu’elle n’était plus.

Des dizaines de films, téléfilms, pièces de théâtre… elle l’affirmait elle-même : « Plus d’une centaine de films qui tous ne furent pas des chefs-d’œuvre. Certains ne sont même pas sortis en France, d‘autres, je veux les oublier. J’ai souvent dit "oui" à n’importe quelles conditions. ». Elle a commencé très jeune et son talent fut rapidement reconnu, dès le début des années 1950. Jean Cocteau la voyait en 1956 comme « le plus beau tempérament dramatique de l’après-guerre ». Elle joua avec Jacqueline Maillan, Michel Serrault, Jean Poiret, etc. La Comédie-Française lui a proposé d’être sociétaire, ce qui est une offre prestigieuse (et rassurante pour l’alimentaire) mais elle a démissionné dès 1957, à cause de sa sacro-sainte liberté.

En fait, sa vie a vite bifurqué du théâtre vers le cinéma. Elle a côtoyé toutes les stars des cinémas français et italien des années 1950, 1960, 1970, 1980… C’est impressionnant et cela explique à quel point Annie Girardot était loin d’être seule. Elle a eu de nombreuses récompenses dont trois Césars (en 1977, 1996 et 2002), un Sept d’or (en 1996) et deux Molières (en 2002). Elle présida même la soirée des César du 8 février 1997. Malgré ces multiples reconnaissances, Annie Girardot avait eu le sentiment d’avoir été lâchée, d’avoir été oubliée, abandonnée, et en effet, elle a eu un "trou d’air" en 1980, moins de sollicitations cinématographiques, ce qui l’encouragea à enregistrer des disques et à revenir au théâtre.

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Très étrange trajectoire d’Annie Girardot qui, très jeune, était une très belle star… j’oserais presque dire, comme les autres. Mais ensuite, elle n’a pas voulu poursuivre de ce registre et a préféré les rôles de femmes de caractère, dont la féminité, sans être absente, n’est pas le point essentiel. Femme sans chichi, familière, franche. Les cheveux coupés court (ce qui lui allait très bien), elle ressemblait à ces femmes modernes, entreprenantes, qui n’attendaient rien de leur mari voire ne se mariaient pas, et qui choisissaient leur vie en toute liberté : « Je décide de ma vie puisque personne ne s’en occupe. ».

Dans le jeu intemporel des sept familles, j’aurais envie de la mettre comme l’amie de la mère, aussi familière, aussi directe qu’une mère, peut-être moins maternelle parce que plus "bousculante", plus dérangeante, sorte de tornade pleine de vie qui éclaire et qui nettoie, qui élague et qui purifie, qui secoue et vivifie, comme lorsqu’on plonge son visage dans l’eau froide, sentiment un peu inconfortable mais comme on se sent bien après. Annie Girardot, c’est la femme sur qui l’on peut compter, "leader" sans être dominatrice, qui mène la vie et les cadences et surtout, qui refusent qu’on mène la sienne à sa place.

Dans "Annie Girardot, un destin français" (éd. Michel Lafon), sorti le 25 octobre 2012, où l’on peut lire de nombreux témoignages sur l’actrice, tant de Michel Piccoli, Robert Hossein, Claudia Cardinale, Mireille Darc que de Jane Birkin, Marlène Jobert, Nicole Croisille, Catherine Lara, etc., la fille de la grande dame, Giulia Salvatori écrivait : « Ne garder que le fantastique, l’incroyable, l’irréel, voilà pour moi la vérité. Les rondes enfantines, les confitures de nos grands-mères, la sagesse, la coquerie, pourquoi pas ? La liberté de m’envoler, d’extrapoler… Chercher, inventer encore et toujours le temps qui passe si vite, peur d’oublier quelque chose avant le grand voyage… ».

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Fantastique ? Irréel ? Peut-être. Des très nombreux films qu’elle a tournés, je propose de n’en retenir que neuf comme les neuf vies qu’ont (paraît-il) les chats. Neuf pépites en fait. C’est peu et c’est très arbitraire, mais c’est un choix, pas vraiment personnel parce que ces films sont très connus et ont été très appréciés.

1. Dans le chef-d’œuvre "Rocco et ses frères" de Luchino Visconti (sorti le 6 septembre 1960), longue et exceptionnelle chronique d’une famille italienne, elle est une prostituée que rencontre l’un des frères, le frère criminel, Renato Salvatori (qui fut le père de sa fille dans la vie réelle), et (le talentueux) Alain Delon est l’un des autres frères.

2. Dans "Vivre pour vivre" de Claude Lelouch (sorti le 14 septembre 1967), elle est la femme trompée d’un journaliste, Yves Montand, avec Candice Bergen, Anouk Ferjac et Uta Taeger. La musique est de Francis Lai et Annie Girardot et Nicole Croisille y chantent "Des ronds dans l’eau".

3. Dans "Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais… elle cause !" de Michel Audiard (sorti le 17 avril 1970), elle est au centre du jeu des acteurs, elle est ce qui n’existe pratiquement plus avec les digicodes et autres interphones, la concierge, une concierge très bavarde, celle d’un obsédé sexuel véreux qui travaille dans une banque, Bernard Blier, d’une présentatrice de télévision Mireille Darc et d’un éducateur pour enfants défavorisés Sim. Avec également Jean-Pierre Darras, Jean Le Poulain, Jean Carmet, Robert Dalban, etc., ce film a eu un grand succès. À noter que Michel Audiard (antigaulliste notoire) s’est amusé à faire l’éloge funèbre de De Gaulle (alors encore vivant) : « Les poètes voyaient en lui un grand soldat, les soldats un grand poète. » dit dans la bouche de Jean-Pierre Darras.

4. Le film "Mourir d’amer" d’André Cayatte (sorti le 20 janvier 1971), dont le titre a été repris pour une chanson de Charles Aznavour (qui n’est cependant pas dans la bande originale du film), évoque le drame de Gabrielle Russier, la professeure éprise d’amour pour l’un de ses élèves adolescent, qui a été condamnée puis qui s’est suicidée le 1er septembre 1969. Dans sa conférence de presse du 22 septembre 1969, le Président Georges Pompidou a parlé de cette tragédie de manière "mystérieuse" en citant des vers de Paul Éluard en guise de conclusion. Annie Girardot joue le rôle de l’enseignante (elle fut en une de "L’Express" du 15 février 1971, car le film a eu beaucoup d’échos médiatiques à cause de la polémique qu’il a suscitée). Parmi les autres acteurs, on peut citer Jean Bouise, Jacques Marin, Yves Barsacq, Marthe Villalonga, etc.

5. Dans "Elle cause plus… elle flingue" de Michel Audiard (sorti le 23 août 1972), Annie n’a rien à voir avec la concierge qui a fait le succès du précédent film de Michel Audiard, elle est Rosemonde du Bois de la Faisanderie, la productrice de faux reliques, qui doit être vigilante avec Bernard Blier, le commissaire de police, avec Maurice Biraud, Jean Carmet, Roger Carel, Darry Cowl, Michel Galabru, André Pousse, Daniel Prévost, etc.

6. Dans "Tendre Poulet" de Philippe de Broca (sorti le 18 janvier 1978), Annie Girardot aurait pu faire appeler le film "tendre poulette", puisque le poulet, en l’occurrence, c’est elle, commissaire de police embarquée dans une enquête difficile. Au-delà de l’intrigue policière, il y a une histoire amoureuse avec Philippe Noiret, ancien camarade et prof de grec ancien à la Sorbonne, totalement hors sol. Les autres personnages sont à peine moins fantasques, comme le succulent Hubert Deschamps, le concierge, Roger Dumas, l’inspecteur, Guy Marchand, le commissaire à la morale un peu olé olé, Catherine Alric, la jeune et belle maîtresse, ingénue, Georges Wilson, le mari de cette dernière, médecin et député (assassiné), Paulette Dubost, la mère d’Annie Girardot, etc.

7. Dans "La Zizanie" de Claude Zidi (sorti le 15 mars 1978, en pleines élections législatives !), le film que je trouve peut-être le meilleur d’Annie Girardot, elle est horticultrice, en couple avec Louis de Funès qui est patron (au bord de la faillite) et maire, en pleine commande industrielle et en pleine campagne électorale. Annie Girardot, qui en a marre de vivre avec des machines dans son salon et des vidanges dans sa serre, décide de se présenter contre son mari. Joie du Clochemerle dans la famille, la collaboration entre les deux acteurs fut excellente (Louis de Funès a parlé d’une grande complicité) mais n’a pas eu l’occasion de se renouveler (Louis de Funès malade est parti quelques années plus tard). Parmi les autres acteurs, il y a Julien Guiomar, le médecin, qui devient le chef de l’opposition, Jacques François, le préfet, Maurice Risch, Jean-Jacques Moreau, etc. Au-delà du jeu de dissension théâtrale dans le couple, le fait de vouloir se présenter aux élections, pour une femme, était assez novateur, ce qui avait placé Annie Girardot dans une position beaucoup plus efficace dans la promotion des femmes que les militantes du MLF de l’époque. Autre fait de société important, l’inspiration politique de la liste d’Annie Girardot est écologiste, ce qui est très visionnaire à une époque du tout productivisme…

8. Dans "Les Misérables", la version de Claude Lelouch (sortie le 22 mars 1995), elle joue le rôle de Madame Thénardier (ce qui lui a valu son deuxième César), aux côtés de Jean-Paul Belmondo (Jean Valjean), Philippe Léotard (Monsieur Thénardier), Philippe Khorsand (Javert), Clémentine Célarié (Fantine). Également : Michel Boujenah, Ticky Holgado, Jean Marais, Nicole Croisille, Rufus, Robert Hossein, Micheline Presle, William Leymergie, Antoine Duléry, Darry Cowl, Jacques Gamblin, Sylvie Joly, Pierre Vernier, etc.

9. Dans "Caché" de Michael Haneke (sorti le 5 octobre 2005), l’un de ses derniers films, Annie Girardot est la mère de Daniel Auteuil, un journaliste, victime d’une surveillance malsaine et inquiétante, marié à Juliette Binoche, avec notamment Denis Podalydès et Bernard Le Coq.

Dans "Ma vie contre la tienne, à jeu découvert" (éd. Robert Laffont), sorti le 1er décembre 1993, Annie Girardot se confiait : « Il m’est arrivé très souvent au cours de mon existence de pressentir quelque chose ou d’attendre un événement inattendu, de le flairer, prête à bondir dès qu’il pointe le bout de son nez. C’est cela l’aventure. Tu dois faire abstraction de tout passé, toute attache, rester sur ton propre cordon, ce pourquoi tu es là et pas ailleurs. ». Cette capacité à s’émerveiller et à capter l’instant présent, cette capacité à saisir toutes les occasions de vivre, elle a pu le transmettre à ceux qui l’ont admirée et appréciée…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 février 2021)
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Pour aller plus loin :
Annie Girardot.
Fernandel.
Simone Signoret.
Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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23 octobre 2021 6 23 /10 /octobre /2021 03:13

« Vous savez, les Français sont très très indulgents envers ce genre de procédé. Beaucoup plus indulgents que les Anglo-Saxons par exemple, parce que je pense qu’en France, finalement, entre les gars qui font sauter leurs contraventions, qui baladent leur petite amie dans les voitures de société, qui font des tas de petits trucs comme ça, ils se disent : oh, si j’étais à leur place [à la place des personnalités politiques impliquées dans des affaires judiciaires], peut-être que j’en ferais autant. Et c’est pour ça qu’on a cette indulgence. Et c’est ça qui est formidable chez nous, c’est qu’on n’a pas le puritanisme des Anglo-Saxons. » (Jean Amadou, le 6 janvier 2007 sur France 2).



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Il y a dix ans, le 23 octobre 2011, disparaissait le grand humoriste Jean Amadou à 82 ans (né le 1er octobre 1929 à Lons-le-Saunier). Grand au moins par la taille (1 mètre 96). Il était pour moi un peu le grand-oncle qui venait au déjeuner familial le dimanche, il s’invitait régulièrement à la maison. C’était peut-être même le premier vrai invité par télévision interposée.

En effet, j’ai fait sa connaissance dans l’émission dominicale "C’est pas sérieux" qui était principalement animée par les deux lurons qu’étaient Jean Bertho et Jean Amadou, avec la participation aussi d’Anne-Marie Carrière. Sa voix grave, son sourire un peu timide, ses yeux réfléchis, Jean Amadou était le genre de personne posée, assurée et surtout rassurant, avec lui, on pouvait savoir où on allait. Amoureux de la langue française, il avait pourtant tout l’air d’un gentleman britannique, un peu pince-sans-rire. Mine de rien, mine de rire.

Pour moi, il faisait partie du monde, du moins, de mon monde, je l’avais toujours connu, ce monde, avec lui et sa disparition est de celle qui rappelle que le monde n’est jamais stable, qu’il évolue sans cesse, avec ses départs et aussi ses arrivées fracassantes, passionnantes. Jean Amadou, un meuble dans la vie politique, une institution, une référence.

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Il a toujours été très difficile de dire le métier de Jean Amadou. Certains se contenteraient de dire qu’il était "chansonnier", terme qu’il réfutait et qui ne lui correspondait pas du tout. Il expliquait qu’à l’origine, il était comédien. Sa grande taille et sa voix posée l’avaient fait naviguer vers la carrière de comédien, mais cela ne s’est pas passé très bien au début.

Lyonnais, il était monté à Paris pour faire du théâtre (il voulait aller à la Comédie-Française), mais quand il avait un rôle assez intéressant et assez long, les représentations ne duraient pas longtemps (une trentaine de fois), et quand il avait un très petit rôle, une ou deux répliques, la pièce était représentée pendant tout une année, si bien qu’il est resté longtemps dans sa loge où il écrivait un peu de texte et il est allé les soumettre au Théâtre de Dix-Heures à la fin des années 1950.

C’était le lieu des "chansonniers" les plus réputés, avec Jean Poiret, Michel Serrault, Maurice Horgues, Anne-Marie Carrière, Robert Lamoureux, Henri Tisot, Jacques Mailhot, un peu plus tard Thierry Le Luron, encore plus tard, Franck Dubosc, Élie Semoun, Dieudonné, etc. (le théâtre a été racheté en 1985 par Michel Galabru en 1985 pour promouvoir les jeunes comédiens). Engagé à l’essai pour trois mois, il y est resté quatorze ans !

Et ensuite, sa carrière l’a transformé en "saltimbanque" (il préférait cette qualification) et que j’appellerais humoriste politique, car s’il y a une chose qu’il avait, c’était l’esprit politique et nul doute qu’il aurait pu avoir la carrure des rudes hommes politiques des années 1970. Pour l’occasion de ce triste anniversaire de sa disparition, l’INA propose cette vidéo du dimanche 15 mai 1977 (dans l’émission "C’est pas sérieux") où Jean Amadou expliquait tous les trucs et ficelles des hommes politiques pour ne pas répondre aux questions qui fâchent. C’était un commentaire avisé du débat télévisé mémorable entre François Mitterrand (chef de l’opposition) et Raymond Barre (Premier Ministre) qui s’était tenu trois jours auparavant, le 12 mai 1977. Je ne peux pas techniquement mettre la vidéo ici mais on peut la voir à ce lien.

Ainsi, à partir du milieu des années 1960, Jean Amadou a multiplié pendant toute sa carrière les émissions d’humour politique, avec Maurice Horgues ("Ce soir, on s’égratine") et Philippe Bouvard ("Samedi soir"), qu’il a retrouvé dans les années 2000 ("Les Grosses Têtes" dont il était sociétaire de 2003 à 2010). Puis, déjà citée, dans l’émission "C’est pas sérieux" de 1976 à 1981 sur TF1 (émission qui fut arrêtée avec l’arrivée de la gauche au pouvoir). Jean Amadou a refait surface dès 1983 en cocréant le fameux "Bébette Show" avec Jean Roucas et Stéphane Collaro sur TF1 et il y a participé jusqu’en 1990. À noter d’ailleurs que François Mitterrand lui disait régulièrement qu’il adorait sa marionnette Kermitterrand ! Jean Amadou a participé aussi, de 1973 à 1990, à l’excellente émission d’humour politique animée le dimanche matin par Maurice Horgues sur France Inter, "L’Oreille en coin" aux côtés notamment de Jacques Mailhot, Françoise Morasso, Pierre Sarka, et de l’imitateur Yves Lecoq qui, capable d’imiter 188 voix, a fait le succès de l’émission rivale du Bébette Show, "Les Guignols de l’Info" de 1988 à 2018.

Humoriste politique, Jean Amadou n’a jamais caché ses sympathies pour la droite, et nourrissait une très grande culture de notre histoire politique, en particulier celle de la Troisième et Quatrième Républiques désormais peu connues de mes contemporains. Dans les quinze dernières années de sa vie, Jean Amadou faisait régulièrement une revue de presse politique au Théâtre des Deux-Ânes à Paris avec ses complices Jacques Mailhot et Jean Bertho. Une sorte de one-man-show (ou de several-men-show en fait) où il se faisait plaisir comme il a toujours su s’en épanouir, commenter l’actualité politique avec ses grincements de dents, ses formules chocs et son esprit satirique. Toute sa vie, il a publié des livres (une douzaine d’essais) chez Robert Laffont, où il dévoilait une plume aussi incisive que son verbe (dont "Que quoi je me mêle ?" en 1998 et "Je m’en souviendrai, de ce siècle" en 2000).

Pour faire un petit tour vidéo (ou plutôt audio) de Jean Amadou, je commencerai par ce petit sketch de sa réclamation au percepteur (je n’ai pas la date). Le texte prouve qu’il connaissait parfaitement les institutions, le vote de la loi de finances, la répartition du budget de l’État, etc. D’ailleurs, avec ce qu’il dit, il pourrait être possible de retrouver l’année du sketch.





Ensuite, un sketch avec Anne-Marie Carrière dont l’idée était de faire des interviews truquées en prenant des extraits de bandes-son de la voix réelle du supposé invité, ici Georges Marchais qui parle de ses méthodes amoureuses.





Je propose également un court extrait de l’émission de Laurent Ruquier "On n’est pas couché" du 6 janvier 2007. L’humoriste animateur a invité Jean Amadou pour évoquer la carrière d’Anne-Marie Carrière qui venait de mourir (le 29 décembre 2006). L’extrait est très intéressant car on y écoute aussi Valérie Pécresse et Éric Zemmour (chroniqueur attitré), tous les deux quinze ans plus jeunes (!), ainsi que Michel Polac qui a soldé un vieux compte qu’il avait avec Jean Amadou.





Enfin, voici deux émissions d’environ heure où Jean Amadou racontait sa carrière, sa vie. La première "Mémoire de radio" diffusée le 6 juillet 2003 (interviewée par Emmanuelle Dancourt) et la seconde "VIP" rediffusée par KTO le 7 avril 2012 (après sa mort), mais dont je n’ai pas la date d’enregistrement.









Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 octobre 2021)
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Pour aller plus loin :
Jean Garretto.
Jean Amadou.
Jean Bertho.
Ne nous enlevez pas les Miss France !
Combien valez-vous ?
Loft Story.
Abus d'autorité (1).
Abus d'autorité (2).
Maître Capello.
Piem.
Reiser.
50 ans après Charlie Hebdo.
Éric Zemmour.
Philippe Labro.
Romain Goupil.
Pierre Vidal-Naquet.
Dominique Jamet.
Olivier Duhamel.
Patrice Duhamel.
André Bercoff.
Jean-Louis Servan-Schreiber.
Alfred Sauvy.
Claude Weill.
Irina Slavina.
Anna Politkovskaïa.
Le Siècle de Jean Daniel selon Desproges, BHL, Raffy, Védrine et Macron.
Claire Bretécher.
Laurent Joffrin.
Pessimiste émerveillé.
Michel Droit.
Olivier Mazerolle.
Alain Duhamel.

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22 octobre 2021 5 22 /10 /octobre /2021 01:35

« Quel temps fait-il chez les gentils de l’Au-delà ?
Les musiciens ont-ils enfin trouvé le la ? » ("Le vieux Léon", 1958)


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Guitare, pipe, moustache sans âge, Georges Brassens aurait-il eu le Prix Nobel de Littérature le 13 octobre 2016 à la place de Bob Dylan ? On ne le saura évidemment jamais, car cela le chanteur moustachu est mort il y a trente-cinq ans, le 29 octobre 1981. Cela faisait un an qu’il était gravement malade. Il venait d’atteindre, une semaine auparavant, ses 60 ans. Il était encore jeune, mais avait déjà une trentaine d’années de carrière derrière lui.

Il est né à Sète le 22 octobre 1921 de parents très différents, l’une très catholique et l’autre anticlérical, mais tous les deux adoraient les bonnes chansons. Adolescent, il a découvert Charles Trenet qui est devenu son modèle, tant pour les textes joyeux que pour la mélodie, le rythme. Avec lui, Brassens a chanté trop rarement, dans quelques émissions, en particulier le 12 octobre 1965 et le 21 mars 1966.

Cancre et garnement, capable de rapiner avec sa bande de copains (dirait-on de "sauvageons", aujourd’hui ?), Georges Brassens a eu beaucoup de reconnaissance pour son père qui ne lui a rien dit quand il est allé le chercher  au poste de police pour une affaire de vol : « Je sais qu’un enfant perdu (…) a de la chance quand il a, sans vergogne, un père de ce tonneau-là ! » ("Les quatre bacheliers"). Ce fut un déclic pour Georges : « Il m’a donné une leçon qui m’a aidé à me concevoir moi-même : j’ai alors essayé de conquérir ma propre estime. ».

Poète, incontestablement, il l’a été toute sa vie, comme Jacques Brel, comme Léo Ferré (réunis exceptionnellement tous les trois dans une émission de radio, sur RTL le 6 janvier 1969). Reconnu comme tel par les Immortels qui lui ont attribué le 8 juin 1967 le Grand Prix de la poésie de l’Académie française, aux côtés de grands : Pierre Emmanuel (1963), Robert Sabatier (1969), Jean Tardieu (1972 et 1977), Philippe Soupault (1974), Yves Bonnefoy (1981), qui vient de disparaître le 1er juillet 2016, Francis Ponge (1984), Philippe Jacottet (1992), Alain Duault (2002), Jacques Darras (2006), etc. Mais Georges Brassens ne pensait pas le mériter : « Je ne pense pas être un poète (…). Un poète, ça vole quand même un peu plus haut que moi (…). Je ne suis pas un poète. J’aurais aimé l’être, comme Verlaine ou Tristan Corbière. ».

Pas du tout versé dans le star system. Pas de paillettes, pas d’illuminations, de fioritures, de danseuses. Quand on regarde les vidéos de ses récitals, on le voit transpirant (moins que Jacques Brel), très tendu, parfois très ému, comme si le timide se forçait pour se montrer au public.

Les textes qu’il a écrits étaient pleins de saveurs, plein d’idéalisme, d’humilité, souvent drôles, jonglant avec les mots. Des textes qui se suffisaient à eux-mêmes, au point que la mélodie un peu ronronnante de Georges Brassens était compensée par l’humour et la finesse du verbe. La guerre, la religion, l’amitié, l’amour évidemment, et aussi, beaucoup, la mort, sont parmi les thèmes abordés souvent dans ses chansons.

En bon "Gaulois" (oups ! je mets entre guillemets, "gaulois" au sens d’Astérix et d’Obélix !), il ne crachait pas sur un peu de grivoiserie, plutôt masculine mais sans machisme, avec une grande tendresse, une éternelle tendresse ("Le Petit Larousse" indique d’ailleurs en synonyme de "grivois" …"gaulois" !). Il s’amusait, il aimait vivre.

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Ronronnant, cet homme, qui adorait les chats (entre autres), a notamment écrit et chanté la célèbre chanson "Brave Margot" qui liait chaton et jeune fille, dans l’air désormais connu : « Quand Margot dégrafait son corsage pour donner la gougoutte à son chat, tous les gars, tous les gars du village, étaient là, la la la la la la, étaient là, la lala la la ! ».

Capable de remettre en place les "bien-pensants" (religion, armée, pouvoir, etc.), il rejetait tout jeunisme : « Quand ils sont tout neufs, qu’ils sortent de l’œuf, du cocon, tous les jeunes blancs-becs prennent les vieux mecs pour des c@ns. Quand ils sont devenus des têtes chenues, des grisons, tous les vieux fourneaux prennent les jeunots pour des c@ns. » pour "balancer" (lui "entre deux âges") : « Le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est c@n, on est c@n. Qu’on ait vingt ans, qu’on soit grand-père, quand on est c@n, on est c@n ! » ("Le temps ne fais rien à l’affaire").

L’amitié, c’est sans doute Georges Brassens qui a chanté son plus bel hymne à d’après-guerre (aidé aussi par le cinéma puisque c’était d’abord le générique du film d’Yves Robert sorti le 14 janvier 1965 avec Philippe Noiret, Guy Bedos, Michael Lonsdale, Pierre Mondy, Claude Rich, Jacques Balutin, Claude Piéplu, Hubert Deschamps, Jean Lefebvre, etc.) : « Des bateaux, j’en ai pris beaucoup, mais le seul qui ait tenu le coup, qui n’ai jamais viré de bord, mais viré de bord, naviguait en père peinard sur la grand-mare des canards et s’appelait les Copains d’abord » ("Les copains d’abord", album sorti en novembre 1964),

Parmi ses réflexions, celles qui encourageaient l’originalité et la créativité. Dans "La mauvaise réputation", il parlait même de "corde" : « Ils me la passeront autour du cou. Je ne fais pourtant de tort à personne, en suivant les chemins qui ne mènent pas à Rome. Mais les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux… ».

Son antimilitarisme était très marqué dans cette chanson : « Le jour du Quatorze juillet, je reste dans mon lit douillet. La musique qui marche au pas, cela ne me regarde pas. Je ne fais pourtant de tort à personne en n’écoutant pas le clairon qui sonne. ». Répondant à Bernard Pivot dans l’émission "Apostrophes" sur Antenne 2 le 14 mars 1975, il affirma : « Je suis devenu antimilitariste parce que très jeune, j’ai détesté la discipline. ».

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Cette originalité et ce besoin illimité de liberté lui ont donné plus un fond anarchiste et libertaire qu’un air révolutionnaire (il était antistalinien). Il a même milité à la Fédération anarchiste de 1946 à 1948. Il se méfiait de toutes les idées reçues, même celles des révolutionnaires : « Et la question se pose aux victimes novices : mourir pour des idées, c’est bien beau, mais lesquelles ? Et comme toutes sont entre elles ressemblantes, quand il les voit venir, avec leur gros drapeau, le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau. » ("Mourir pour des idées").

Il demandait donc à y réfléchir : « Jugeant qu’il n’y a pas péril en la demeure, allons vers l’autre monde en flânant en chemin, car, à forcer l’allure, il arrive qu’on meure pour des idées n’ayant plus cours le lendemain. Or, s’il est une chose amère, désolante, en rendant l’âme à Dieu, c’est bien de constater qu’on a fait fausse route, qu’on s’est trompé d’idée. ».

D’où ce refrain également très connu : « Mourons pour des idées, d’accord, mais de mort lente. D’accord, mais de mort lente. ».

Le thème de la mort est revenu dans plusieurs de ses chansons. Regrettant "Les funérailles d’antan", il en a profité pour parler …de sécurité routière : « Maintenant, les corbillards, à tombeau grand ouvert, emportent les trépassés jusqu’au diable vauvert. Les malheureux n’ont même plus le plaisir enfantin de voir leurs héritiers marron marcher dans le crottin. L’autre semaine, des s@lauds, à cent quarante à l’heure, vers un cimetière minable, emportaient un des leurs quand, sur un arbre en bois dur, ils se sont aplatis. On s’aperçut que le mort avait fait des petits. ».

Enfin, pied de nez à la mort, et déclaration d’amour à sa ville natale : « Pauvres rois, pharaons, pauvre Napoléon, pauvres grands disparus gisant au Panthéon, pauvres cendres de conséquence, vous envierez un peu l’éternel estivant qui fait du pédalo sur la vague en rêvant, qui passe sa mort en vacances. » ("Supplique pour être enterré sur une plage de Sète").

Difficile de choisir les nombreuses chansons de Brassens. Comme le Web le permet, en voici une trentaine, dont certaines à faire découvrir, d’autres très célèbres. À chacun d’apprécier…


1. "La Mauvaise Réputation" (1952)






2. "Le Gorille" (1952)






3. "Les amoureux des bancs publics" (1953)






4. "Ballade des dames du temps jadis" de François Villon (1953)






5. "Il n'y a pas d'amour heureux" de Louis Aragon (1953)






6. "Brave Margot" (1953)






7. "Chanson pour l'Auvergnat" (1954)






8. "L'enterrement de Verlaine" de Paul Fort (1955)






9. "Je me suis fait tout petit" (1956)






10. "Les croquants" (1956)






11. "Oncle Archibald" (1957)






12. "Au bois de mon cœur" (1957)






13. "Le pornographe" (1958)






14. "Le vieux Léon" (1958)






15. "À l'ombre du cœur de ma mie" (1958)






16. "Les funérailles d'antan" (1960)






17. "Le mécréant" (1960)






18. "Le temps ne fait rien à l'affaire" (1961)






19. "Les Trompettes de la renommée" (1962)






20. "Jeanne" (1962)






21. "Les Copains d'abord" (1964)






22. "Le mouton de Panurge" (1964)






23. "Supplique pour être enterré à la plage de Sète" (1966)






24. "La Fessée" (1966)






25. "La non-demande en mariage" (1966)






26. "Misogynie à part" (1969)






27. "Fernande" (1972)






28. "La Ballade des gens qui sont nés quelque part" (1972)






29. "Mourir pour des idées" (1972)






30. "Le boulevard du temps qui passe" (1976)






31. "Élégie à un rat de cave" (1979)






32. "Ballade à la lune" d'Alfred de Musset (1979)






33. "La nymphomane" chanté par Jean Bertola (1982)






34. "Chansonnette à celle qui reste pucelle" chanté par Jean Bertola (1982)






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 octobre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Georges Brassens.
Léo Ferré.
Grace Kelly.
Coluche.
Thierry Le Luron.
Pierre Dac.
Christina Grimmie.
Abd Al Malik.
Yves Montand.
Daniel Balavoine.
Édith Piaf.
Jean Cocteau.
Charles Trenet.
Michel Galabru.
Bernard Blier.
Gérard Depardieu.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211022-brassens.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/21/39187128.html




 

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20 octobre 2021 3 20 /10 /octobre /2021 03:31

« J’ai dégrafé ma robe. Oui, je l’ai dégrafée. C’était une robe blanche qui avait appartenu à maman et que j’avais resserrée à la taille. Il m’a regardée longtemps. Il m’a regardée comme si j’étais une vue imprenable. » (Valérie Perrin, "Les oubliés du dimanche", éd. Albin Michel, 2015).



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Une association féministe que je ne nommerai pas a trouvé un nouvel angle d’attaque pour combattre le principe (séculaire) de l’élection de Miss France. Comme les candidates sont toutes obligées de passer un mois et demi pour préparer la fameuse grande soirée de l’élection en direct à la télévision, cette association considère qu’il y a travail dissimulé et donc, par la même occasion, discrimination à l’embauche.

Ce sujet paraît simple et pourtant aborde plusieurs sujets très importants. Je vais essayer de les aborder distinctement. Laissons d’abord de côté nos Miss France et prenons le principe du travail. Souvent par une action en justice puis par jurisprudence, les concurrents des émissions de téléréalité ont pu être considérés comme des travailleurs et par conséquent, non seulement ils ont droit à un salaire, mais aussi à tout ce que le code du travail leur accorde. Peut-être faudrait-il d’ailleurs rédiger une nouvelle convention collective les caractérisant spécifiquement.

On peut imaginer que passer par exemple vingt-quatre heures sur vingt-quatre pendant un ou deux mois dans un loft est un véritable travail, avec des obligations et donc aussi des compensations sous forme d’une rétribution. Pour les Miss France, actuellement, les concurrentes participent au concours bénévolement et ne sont donc pas considérées, pour l’instant du moins, comme des salariées. Personne ne les oblige à participer et les quelques semaines de préparation peuvent être considérées comme du coaching, on pourrait même penser que ce devrait être les concurrentes elles-mêmes qui rémunèrent les coachs et pas l’inverse. Après tout, j’avais été sélectionné dans un concours particulier et j’avais eu droit à quelques heures de coaching auprès d’un cabinet très renommé pour peaufiner ma présentation orale et je connaissais leurs honoraires, qui m’avaient été offerts. Qui est client, qui est fournisseur ?

C’est d’ailleurs le problème récurrent des émissions culturelles. Quand par exemple un auteur ou un artiste fait le service après-vente de son livre ou de son disque ou autre dans les médias, qui paient qui ? On pourrait penser que les éditeurs, producteurs, etc. paient les médias en question qui font la promotion de l’objet culturel. Inversement, on peut penser que les médias qui invitent, au contraire, rémunère l’artiste qu’ils invitent car c’est lui qui fait le contenu de l’émission et sans lui, pas d’émission. En fait, la situation dépend des cas de figure, de la notoriété, de qui fait vendre à qui. Car finalement, c’est le plus gros qui sera rémunéré. Un peu comme l’histoire du producteur agricole et de l’hypermarché qui référencie, ou pas, ses produits.

Pour les Miss France, c’est un peu différent. Les sélections régionales sont des opérations bénévoles. En revanche, l’élection nationale est un grand business, l’émission à la télévision le samedi soir est longue et très suivie, la minute de publicité très chère, beaucoup s’en mettent plein les poches chaque année. Pas les candidates de Miss France qui sont les seuls acteurs de l’émission (avec le public) à être bénévoles.

La requalification du concours en travail est donc toujours possible. On pourra toujours donner des arguments valables pour ou contre cette idée et la décision des juges résultera surtout d’une connaissance très fine du droit qui permettrait de départager ce qui, au premier regard, serait équivalent. C’est l’intérêt des études de droit, tout comme des études (longues) de médecine permettent de réagir (plus efficacement) face à une nouvelle maladie.

Mais les Miss France, ce n’est pas que du travail ou de la représentation de jeunes filles. C’est aussi des valeurs véhiculées depuis un siècle, et ces valeurs seraient mises à mal si tout était requalifié en travail. En effet, le choix des candidates devrait alors se faire exactement dans les mêmes conditions que dans un recrutement ordinaire : l’employeur n’a pas le droit de discriminer les personnes mariées, ou divorcées, voire veuves, ou encore mères de famille, ou ayant un tatouage, ou fumant en public, ou plein de choses qui sont pourtant imposées aux postulantes mais qui relèvent exclusivement de la vie privée. Ne nous leurrons pas, certaines des valeurs en question sont passéistes et décrivent une société qui n’est plus en cours aujourd’hui. Un toilettage des valeurs ne ferait de toute façon pas de mal, surtout si imposé par la justice.

On comprend aisément qu’élire une Miss qui serait mariée n’est pas très logique, et c’était d’ailleurs l’origine des Miss : on élisait pour la meilleure femme possible à marier, et bien sûr (soyons macho !), la beauté physique pourrait primer sur tout le reste. Notons cependant que si la taille requise est imposée (au moins 1 mètre 70), aucun poids n’a semble-t-il été imposé, ce qui laisse la possibilité à celles qui ont une certaine corpulence de participer quand même (la taille ne devrait pas être un motif recevable de discrimination, au contraire du poids). Rappelons que le principe de discriminations liées au contenu d’un emploi est non seulement admis mais souvent nécessaire, je peux citer par exemple la myopie pour être pilote d’avion.

On le voit bien, et j’y viens, l’élection chaque année de Miss France est une opération essentiellement sexiste. Pour preuve, il n’y a pas d’élection de Mister France (et ce n’est pas l’élection présidentielle, les femmes aussi y participent, et à ce jour, deux d’entre elles ont atteint le second tour, en 2007 et en 2017), et si oui, s’il y a une telle émission, je ne la connais pas et donc, il n’y a en tout cas pas d’équivalent médiatique à l’élection de Miss France. Donc, oui, je comprends la colère des féministes qui s’en prennent à Miss France, même si je trouve malheureux de dépenser une telle énergie pour cela alors qu’elle serait sans doute bien mieux utilisée à défendre le droit des femmes en Afghanistan (par exemple).

Je dois avouer une erreur de jeunesse : dans ma petite ville d’une dizaine de milliers d’habitants à une époque beaucoup trop lointaine pour ne pas regretter ma jeunesse, "on" avait créé l’élection d’une miss. Attention, ce n’est pas juste une décision municipale, cela s’intégrait dans le concours départemental et régional (je ne sais plus trop l’architecture). La ville était collée à une très grande ville qui devait déjà avoir sa propre miss (enfin, je n’ai pas vérifié). Le "on", c’était la municipalité avec le comité des fêtes. Insistons : toutes les bonnes âmes ici sont des bénévoles.

J’ai été préposé aux saucisses. C’était un samedi soir, en juin, donc très doux, l’élection se déroulait dans la salle municipale, mais la vente des boissons et sandwichs avait lieu sur le parvis, dehors, avant le début de la soirée. Ne connaissant rien à une telle vente, je m’étais renseigné sur la quantité probable à approvisionner, afin d’acheter chez les grossistes les boissons et l’alimentation nécessaire. Je m’étais même engueulé avec un boulanger à qui j’avais commandé quand même trois cents baguettes et qui m’a fourni des baguettes décongelées rassises et molles à la fois, dont j’avais honte pour mes futurs sandwichs (si vous voulez, je vous refile en privé le nom de la boulangerie). J’avais renoncé aux frites qui nécessitaient de chauffer de l’huile, car il me manquait une personne (pour le buffet buvette, nous étions trois dont un à la caisse et deux aux fourneaux).

Cette soirée s’était très bien déroulée. D’un point de vue buvette, c’était inespéré, mes stocks s’épuisaient et j’ai dû foncer dans une supérette ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre (cela existait encore) pour acheter des centaines de litres de bières, c’est la bière qui coulait comme dans un puits (la police n’était pas loin !). D’un point de vue miss à proprement parler, la soirée aussi avait été un grand succès : environ quatre cents personnes étaient venues, pas des hommes célibataires en peu en manque de maillot de bain, non, plutôt des familles entières, les parents et surtout les enfants, adolescents ou même plus jeunes, qui avaient attendu avec impatience cette soirée.

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J’ai assisté aux présentations de la dizaine de candidates et j’avais plutôt pitié pour elles. Elles s’exprimaient plutôt mal et intellectuellement, c’était plutôt désolant, du genre : que voulez-vous faire quand vous serez plus grande ? Je voudrais être avocate. Et actuellement, où en êtes-vous dans vos études ? Je suis en quatrième technologique. Dans l’assistance, il y avait des jeunes filles beaucoup plus belles et certainement beaucoup plus intelligentes que les candidates, mais elles étaient quand même venues les écouter et les voir. À l’époque, la jeunesse étant sans complaisance, j’ai bien ri dans le sens du "dîner de c@ns". En fait, c’était plutôt malheureux. La misère humaine se juge ainsi, on met en scène soit le très beau soit le laid, histoire de dire qu’il y a pire que soi (c’est le principe des jeux de téléréalité, cela fait remonter très vite l’estime de soi). Mais qu’importe, l’essentiel, c’était de participer, et pour ces adolescentes, il leur a fallu du cran pour se présenter devant une assistance nombreuse et heureusement bienveillante. C’était une excellente expérience de la vie.

La conclusion de cette soirée (où tous les acteurs, je le répète, étaient bénévoles, organisateurs, managers, et candidates), c’est qu’il y avait une gagnante très heureuse, deux dauphines un peu déçues mais heureuses quand même, d’autres candidates complètement déçues mais pas mécontentes d’avoir été stars d’un soir, avec plein de souvenirs, de photos, peut-être de films des parents, et toute une assistance, familiale, qui avait passé un bon moment de divertissement, certaines filles se sont peut-être mises à rêver de devenir candidate l’année suivante. Le maire était content (la participation était convaincante), et les vendeurs de saucisses aussi, il faut bien l’avouer.

Pourquoi ai-je parlé de cette expérience personnelle ? Parce que ce qui se passe au niveau local est de même nature qu’au niveau national, à la différence près qu’on y introduit des "professionnels", donc, des personnes rémunérées (directeurs artistiques, ingénieurs du son, etc.) comme dans n’importe quel spectacle professionnel. Et cette même nature, c’est quoi ? Ces soirées sont des divertissements populaires ! POPULAIRES ! Au même principe que les matchs de football, les soirées de Miss France sont suivies par tout le peuple, y compris des personnes intellectuelles, mais qui parfois aiment bien se détendre.

Cet aspect populaire est même l’essentiel. C’est la raison du business médiatique (comme pour le football), mais c’est aussi la raison de sa pérennité, de sa durée dans le temps. Quand une soirée s’est déroulée une année dans la ville d’une amie, celle-ci a immédiatement réservé une place pour elle et pour sa fille, petite à l’époque, une époque où elle ne rêvait que princesse et fée. Oui, Miss France reste encore dans l’imaginaire non seulement des enfants mais aussi de leur maman (peut-être moins de leur papa ?). C’est ce qui a fait la fortune de Walt Disney, et pourtant, tous les dessins animés pourraient être assommés par la critique, mais il y a un côté populaire inégalable.

Alors, oui, l’élection de Miss France, comme de toutes les miss du monde, c’est un événement sexiste, c’est une manifestation qui n’a rien à voir avec le droit des femmes. Cela ne les avilit pas non plus, personne ne les obligent à postuler, personne n’est humilié même si parfois, cela peut être pitoyable (j’ai vu un jour un extrait de Miss Guadeloupe, je crois, et c’était effectivement pitoyable). Il y a certainement des regards libidineux qui se perdent dans le délire de rêve de celles qui voudraient être reines pendant un quart d’heure. Il y a assurément des votes suscités par des raisons pas très avouables, mais tout le monde a eu sa part de rêve, sa part d’attente, et aussi sa part de déception, mais c’est le lot de tous les concours.

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Finalement, l’action en justice du droit social (les prud’hommes) de l’association féministe aura peut-être l’effet de renforcer la soirée des Miss France. En effet, si cela apportait, en jurisprudence, un meilleur cadre, plus de considération, voire une rémunération à ces candidates (qui souvent sont des étudiantes parfois très intellectuelles, c’est peut-être la différence avec une petite ville), ce serait un mieux. Si elle permettait d’en finir avec des conditions passéistes et irrespectueuses de la liberté individuelle, ce serait un mieux.

Améliorez, cadrez mieux, respectez mieux le sort des candidates à Miss France, oui, mais ne nous enlevez pas un divertissement populaire, familial et bon enfant. Je mets "nous" dans cette "supplique" même si personnellement, cela m’intéresse peu d’y participer, mais c’est comme le football, on a le droit de ne pas vouloir regarder les matchs mais vouloir qu’on puisse les regarder malgré tout.

Car les activités populaires, finalement, elles ne sont pas si nombreuses que cela, et ce sont les liants de la communauté nationale. On n’est jamais ensemble que lorsqu’on vibre avec la même fréquence. Comme le football, l’opération Miss France est une opération juteuse pour certains, mais justement, elle est juteuse parce qu’elle est populaire. C’est une conséquence, jamais une cause. Ce vivre-ensemble, ce principe de communion populaire, ils sont fragiles, ils sont rares, ils sont nécessaires, ils ne sont pas virtuels, ils sont des ouvertures vers d’autres possibles. Il nous faut précieusement les garder avant d’être complètement déstructurés, désincarnés, déshumanisés.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Ne nous enlevez pas les Miss France !
Combien valez-vous ?
Loft Story.
Abus d'autorité (1).
Abus d'autorité (2).
Maître Capello.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211019-miss-france.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/ne-nous-enlevez-pas-les-miss-236630

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/19/39184612.html












 

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