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13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 03:33

« Tout ce qu’on peut dire et tout ce qu’on peut faire, en définitive : c’est vous, et vous seul qui trouverez la solution. Il n’y a pas de sauveur suprême, il n’y a pas de super caïd, il n’y a pas de superman. C’est vous ! Prenez-vous par la main, sachez ce que vous voulez, demandez-le, voyons ce qu’on peut faire, et avancez ! Alors, ou on aura la crise, ou on sortira de la crise, et dans les deux cas, on aura ce qu’on mérite. » (Yves Montand, le 22 février 1984 sur Antenne 2).



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Cela fait 100 ans que le chanteur et acteur français Yves Montand est né, le 13 octobre 1921, la génération terrible de ceux qui avaient 20 ans sous l’Occupation. À cette époque, Yves Montand, petit artiste venant d’Italie (sa famille d’origine modeste a fui les fascistes quand il avait 2 ans et s’est exilée à Marseille, d’où l’accent marseillais qu’il pouvait perdre parfois), commençait dans un cabaret marseillais "L’Alcazar". Il a vraiment fait décoller sa carrière artistique en été 1941.

Pendant cinquante ans, Yves Montand a poursuivi ainsi une immense carrière de chanteur d’abord, puis d’acteur (mais il a commencé à peu près en même temps la scène et le cinéma). J’y reviendrai un peu plus loin. Auparavant, je voudrais évoquer le Yves Montand engagé : avec Simone Signoret, ils formaient le couple d’intellectuels engagés par excellence pendant des décennies (ils reposent tous les deux dans la même tombe au Père-Lachaise à Paris). Leur couple (marié en décembre 1951) n’était pas un long fleuve tranquille, surtout avec ce qu’a subi la fille adoptive d’Yves Montand (Catherine Allégret).

Je me suis toujours posé la question de cette volonté de s’engager alors qu’un artiste aurait plutôt besoin d’être consensuel, et l’engagement est rarement fédérateur, surtout à l’époque d’après-guerre du choc des idéologies. Une explication (qui reste à prouver) serait qu’à 20 ans, justement, Yves Montand ne s’est pas engagé alors que beaucoup de sa génération s’étaient engagés dans la Résistance. Lui était (encore) loin de Paris (qu’il aurait gagné en 1944 pour échapper au STO ?), et aurait plutôt continué à chanter (avec succès à partir de 1941), faisant surtout attention que son nom de famille, Livi, ne fût pas considéré comme une déformation d’un nom juif, Lévy (auquel cas il risquait la déportation).

Cette période reste toujours incertaine et si je l’évoque, c’est juste pour poser des questions et moi-même je serais incapable de répondre réellement à la question sur ce que j’aurais fait dans un tel contexte (bien sûr, après coup, c’est toujours facile de dire qu’on choisit le bon le camp, mais en situation, c’était difficile d’avoir une bonne vision des choses, ce qui n’a pas empêché, heureusement, que certains l’aient eue).

Toujours est-il qu’après la guerre, Yves Montand a été séduit temporairement par le stalinisme et par le communisme dont sa famille était issue. Il a fait notamment une tournée mémorable en URSS. Mais la lucidité l’a emporté sur l’aveuglément, et Yves Montand a eu le courage de rejeter cette idéologie mortifère, ce que beaucoup d’intellectuels n’ont pas su ni peut-être osé faire, orgueil aidant (c’est toujours très difficile de reconnaître qu’on a eu tort).

Son engagement pour les droits de l’homme et la démocratie est resté en revanche intact et constant, ce qui a expliqué son soutien au peuple chilien après le coup d’État de Pinochet et la répression sanglante qui a suivi. Du reste, il a joué dans beaucoup de films "engagés" (en particulier de Costa-Gavras, mais pas seulement) qui dénonçaient les atteintes à la démocratie et aux libertés, ainsi que la répression et les crimes de régimes autoritaires (communistes avec "L’Aveu" ou non, comme "Z").

Plus curieux fut son intérêt pour le libéralisme économique dans les années 1980, dans un contexte de politique internationale qui s’y prêtait bien (alors que les années 1970 étaient celles des travaillistes ou sociaux-démocrates). Certains ont pensé qu’Yves Montand aurait voulu être le Reagan français.

Il a en particulier animé une émission politique et économique assez intéressante, le 22 février 1984 sur Antenne 2, intitulée "Vive la crise !", regardée par 20 millions de Français (c’était énorme). Dans cette émission scénarisée par Jean-Claude Guillebaud et Laurent Joffrin, il assurait que la crise économique durable entraînerait un changement profond des mentalités, des risques pour la démocratie (les propos de l’historien Henri Amouroux sur l’année 2014, trente ans plus tard, sont assez frustrants et décevants car l’émission n’a pas osé faire beaucoup d’anticipation). À la fin de l’émission, Yves Montand, qui a pourfendu toutes les recettes miracles et les yaka fokon, insistait sur l’importance de la volonté individuelle et de l’envie d’entreprendre de chacun (en gros : ne vous reposez sur personne d’autres que sur vous !).

J’avais déjà évoqué assez précisément cette émission dans laquelle participaient, entre autres, Alain Minc, Christine Ockrent et Michel Albert. En revanche, l’INA (à ma connaissance) n’avait pas encore mis à disposition du public la totalité de l’émission que je propose donc maintenant ici.





Le journaliste Patrick Cohen a également rediffusé cette émission marquante dans sa série "Rembob’INA" sur la chaîne parlementaire LCP. Cette émission était scénarisée et c’est donc difficile de dire que c’était un documentaire, comme il était difficile de dire qu’Yves Montand était un présentateur, il n’était qu’un "acteur" et il n’était pas d’ailleurs le premier prévu (Bernard Pivot avait initialement refusé de se prêter au jeu).

Quelques mois plus tard, le 18 avril 1985, une autre émission "La guerre en face" était diffusée sur FR3. Du même style et scénarisée avec les mêmes, elle était aussi animée par Yves Montand qui évoquait, à la place de l’économie, la géopolitique et imaginait des nouveaux boat people comme nouvelle vague migratoire (ce qui semblait s’être passé trente ans plus tard avec les réfugiés syriens en Méditerranée). Dans cette seconde émission participait notamment un expert en géopolitique, Pierre Lellouche, devenu plus tard député et ministre.

Peut-être que cette animation d’émissions qui se voulait percutante (mais qui a beaucoup vieilli avec un ton qui gêne beaucoup, car il est prétentieux, il veut faire croire qu’il ouvre les yeux à son auditoire, ce qui est assez condescendant, paternaliste voire présomptueux) a beaucoup joué en faveur d’une hypothèse folle : Yves Montand voudrait être candidat à l’élection présidentielle de 1988.

Je suis à peu près convaincu que même avec l’incertitude de la candidature de François Mitterrand, dans une classe politique encore très traditionnelle bien que bousculée par l’irruption de Jean-Marie Le Pen, avec un trop plein de candidats dans le camp supposé libéral (Raymond Barre et Jacques Chirac rassemblaient plus de 40% des intentions de vote dans les sondages), je suis à peu près convaincu que pour Yves Montand, il n’avait jamais été question de candidature (au contraire de Coluche en 1981).

Néanmoins, il a semblé laisser germer le doute pendant plusieurs années, si bien que la journaliste Anne Sinclair l’a invité dans son émission politique de grande audience "Questions à domicile", devenue pour l’occasion "Montand à domicile", exceptionnellement tenue un samedi au lieu du jeudi, le 12 décembre 1987 sur TF1, dans le grand amphithéâtre de l’École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC) à Cergy-Pontoise, devant sept cents étudiants et professeurs. Sur consigne de la chaîne de télévision privatisée pour faire le plein d’audience pour ses spots publicitaires, Yves Montand a attendu la fin de l’émission pour annoncer qu’il ne serait pas candidat à l’élection présidentielle. Une polémique est née ensuite en raison du cachet de 800 000 francs que l’acteur chanteur avait reçu de TF1, cachet qu’il avait redistribué dans sa presque totalité dans des œuvres caritatives et dans les taxes et impôts.

Ses engagements plus ou moins sincères ne doivent de toute façon pas faire oublier le grand chanteur et le grand acteur (sans César attribué pourtant) qu’Yves Montand a été et restera, puisque les enregistrements lui permettent de rester hors du temps.

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Dans l’acteur (et aussi le chanteur), il y avait parfois le séducteur, le séducteur agaçant, celui sur qui on ne peut pas compter, qui frime, ment, parade, fait le paon, parfois trop, et peut-être même dans la vie réelle quand il a tourné aux États-Unis le film "Le Milliardaire" de George Cukor (sorti le 8 septembre 1960) avec Marilyn Monroe avec qui il a eu une liaison. Ses personnages étaient de ce genre dans des films comme "La Folie des grandeurs" de Gérard Oury (sorti le 8 décembre 1971) avec Louis de Funès et l’impayable Alice Sapritch ; "Le Sauvage" de Jean-Paul Rappeneau (sorti le 1975) avec Catherine Deneuve et Luigi Vannucchi ; "Tout feu tout flamme" de Jean-Paul Rappeneau (sorti le 13 janvier 1982) avec Isabelle Adjani, Alain Souchon et Jean-Luc Bideau.

Yves Montand jouait aussi dans des films "sérieux", engagés, à forte moralité, à dénonciation politique, etc. comme "Z" de Costa-Gavras (sorti le 1969) avec Jean-Louis Trintignant, Charles Denner, Irène Papas, Jean Bouise, Bernard Fresson, Jacques Perrin, Pierre Dux, Julien Guiomar, François Périer, etc., qui reprend l’histoire vraie du régime des colonels en Grèce ; "L’Aveu" de Casta-Gavras (sorti le 29 avril 1970) avec Simone Signoret, Jean Bouise, aussi Michel Robin et Jacques Rispal, etc., qui reprend les procès de Prague ; "I… comme Icare" d’Henri Verneuil (sorti le 19 décembre 1979) avec (entre autres) Roland Blanche, qui raconte une enquête sur l’assassinat politique d’un chef d’État progressiste dans une Amérique latine instable, avec l’excellente scène qui montre l’expérience de Milgram (qui a été tournée dans un amphi de l’ESSEC à Cergy-Pontoise).

Au-delà des films politiques, Yves Montand a tenu des rôles parfois étonnants ou éclatants, comme dans "Le Salaire de la peur" d’Henri-Georges Clouzot (sort le 22 avril 1953) avec Charles Vanel ; "La Menace" d’Alain Corneau (sorti le 28 septembre 1977), avec Marie Dubois, Carole Laure et Jean-François Balmer (excellent "thriller", comme on dit maintenant).

Enfin, disons-le, j’ai peu apprécié le Papet dans la série pourtant à grand succès des Pagnol réalisés par Claude Berri, "Jean de Florette" (sorti le 27 août 1986) et "Manon des sources" (sorti le 19 novembre 1986), avec Gérard Depardieu, Daniel Auteuil, Emmanuelle Béart, Hippolyte Girardot, Ticky Holgado, etc. Peut-être trop cabotin ?

Terminons par le grand chanteur sur deux morceaux que j’apprécie particulièrement, car il redonne l’ambiance d’une société à jamais révolue (et que je n’ai pas connue sinon par des effets miroirs !), celle des années 1950, peut-être compliquées par la reconstruction mais tellement simples quand on connaît les enjeux d’aujourd’hui, en particulier pour les jeunes étudiants en pleine période de covid-19 et de crise économique.


1. "À bicyclette" :






2. "À Paris" :






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Yves Montand et la crise.
Yves Montand.
Nicole Croisille.
Bernard Tapie.
Marie-Anne Chazel.
Marthe Mercadier.
Jean-Paul Belmondo.
Cédric Klapisch.
Philippe Labro.
Adrian Monk.
Patrick Bouchitey.
Philippe Léotard.
Romain Goupil.
Isabelle Carré.
Claude Piéplu.
Michael Lonsdale.
Jean-Pierre Bacri.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/le-centenaire-d-yves-montand-l-236322

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9 octobre 2021 6 09 /10 /octobre /2021 03:31

« Près de toi le temps paraît si court
Parce que tu es un homme et que tu es gentil
Et tu sais rendre belles nos vies. »
("Une femme avec toi", parole de Vito Pallavicini).



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C’est son 85e anniversaire que Nicole Croisille fête ce samedi 9 octobre 2021. Chanteuse populaire, elle fait partie intégrante de la culture française, celle des années 1960 à 1980, indissociable du cinéma de Claude Lelouch avec "Un homme et une femme" (sorti le 27 mai 1966, elle avait alors 29 ans).

La célère chanson Chabadabada de Pierre Barouh sur une composition de Francis Lai a été interprétée par le duo Nicole Croisille et Pierre Barouh et a même été utilisée en politique pour imaginer les premières listes à parité homme/femme (en 1979) !

Dame Croisille a fait beaucoup de spectacles où son talent était multiforme. Danseuse de l’Opéra de Paris puis de la Comédie-Française, meneuse de revue aux États-Unis, comédienne de comédie musicale, elle a aussi fait des numéros de mime avec Marcel Marceau et a participé à une revue de Joséphine Baker.

Elle était déjà célèbre quand est venu "Un homme et une femme" dont la bande originale fut un très grand succès. Seulement interprète de ce qu’elle chantait, elle dépendait des compositeurs et des paroliers. Elle a chanté plusieurs autres chansons à succès, comme "J’aurais aimé être un artiste". Et aussi d’autres bandes originales de film comme "Les Uns et les Autres" (sorti le 27 mai 1981) et "Qui me dira" dans "Itinéraire d’un enfant gâté" (sorti le 30 novembre 1988).

J’ai appris à connaître Nicole Croisille avec une chanson qui m’est restée très émouvante, parce qu’elle marquait bien son époque (et très légèrement la mienne), "Une femme avec toi" sortie en 1975, une chanson composée par Alfredo Ferrari et écrite par Vito Pallavicini, adaptée par Pierre Delanoë. Elle est la première des chansons diffusées sur cette vidéo de Youtube.





Par la suite, avec les années 1990, Nicole Croisille chantait de moins en moins et jouait de plus en plus, et pas seulement des comédies musicales. Elle a eu quelques rôles à la télévision et au cinéma, comme ce personnage de madame Thénardier dans la version très particulière de Claude Lelouch du film "Les Misérables" (sorti le 22 mars 1995), la version où Jean Valjean est Jean-Paul Belmondo, Thénardier est Rufus ou Philippe Léotard, Javert est Philippe Khorsand et Fantine est Clémentine Célarié, avec d’autres grands acteurs comme Annie Girardot, Micheline Presle, Jean Marais, Robert Hossein, Pierre Vernier, Jacques Gamblin, Ticky Holgado, Sylvie Joly, etc.

Et sa grande activité depuis plusieurs décennies est au théâtre. Des pièces comme "Les Monologues du vagin" d’Ève Ensler et mise en scène d’Isabelle Ratier en 2003 et 2011, etc. Sa dernière prestation était dans une pièce de Sacha Guitry en 2019 au Théâtre de la Michodière aux côtés de Michel Sardou.

Ensuite, l’année 2020 aurait dû être consacrée à une tournée théâtrale en France, intitulée "La Croisille s’amuse", prenant une forme de croisière pour aller naviguer dans toute la vie artistique de Nicole Croisille, ses chansons phares, ses comédies,ses spectacles, etc. mais la pandémie de covid-19 en a décidé autrement. La notice du spectacle précise : « Nicole Croisille marche dans les pas des grandes dames de la chanson française. Une artiste classe, rare et intemporelle. ». Bon anniversaire classe, chère Dame Nicole !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 octobre 2021)
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Pour aller plus loin :
Yves Montand.
Nicole Croisille.
Philippe Léotard.
Jean-Jacques Goldman.
Marthe Mercadier.
Mylène Farmer.
Louis Armstrong.
Jim Morrison.
Jimmy Somerville.
Ella Fitzgerald.
Serge Gainsbourg.
Fernandel.
Eddie Barclay.
Daniel Balavoine.
Jean Ferrat.
John Lennon.
Kim Wilde.

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5 octobre 2021 2 05 /10 /octobre /2021 03:45

« Jean-Jacques Goldman est vraiment nul : l’art de faire le plein avec du vide. » ("L’Événement du Jeudi", le 5 décembre 1985).



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Mots aigres du journaliste Patrice Delbourg qui n’a pas semblé déstabiliser ni le chanteur ni ses "fans" nombreux. Au contraire, le chanteur a recueilli toutes les critiques publiques et les a diffusées en signe d’autodérision. Était-ce la jalousie d’un succès populaire jamais démenti depuis une quarantaine d’années ? Le mépris de certains supposés intellectuels bobo pour des stars populaires, mépris qu’on peut observer aussi au cinéma ? 30 millions de disques vendus. Sans compter les prestations en groupe et les textes interprétés par d’autres (Johnny Hallyday, Céline Dion, Calogero, etc.).

Étrange personnage qu’est le chanteur populaire Jean-Jacques Goldman. Très discret dans le paysage médiatique, il fête ses 70 ans le lundi 11 octobre 2021. Malgré lui, des émissions spéciales à la télévision ou à la radio célèbrent l’anniversaire. Entre autres, France Bleu a diffusé tout l’été une émission sur Goldman. M6 consacre une soirée spéciale au chanteur le 6 octobre 2021, et France 3 également la nuit du 7 au 8 octobre 2021, etc.

On pourrait presque dire : s’il se présentait à l’élection présidentielle, il serait élu haut la main. Mais justement, pas question pour lui de faire de la politique. De l’humanitaire mais pas de la politique. L’homme est fédérateur, pas clivant. Depuis de nombreuses années, il caracole en tête des sondages des "personnalités préférées des Français" réalisés régulièrement par l’IFOP pour le "Journal du dimanche" depuis 1988.

Ces sondages sont évidemment toujours sujets à caution, une méthodologie qui n’ouvre pas vers de nouvelles perspectives de choix. Jacques-Yves Cousteau et l’abbé Pierre furent longtemps en tête, puis Yannick Noah. Jean-Jacques Goldman a été en tête dix fois, pratiquement tout le temps depuis 2013, encore en décembre 2020. Cette dernière fois peut-être parce qu’il a chanté pour soutenir les soignants lors de la première vague de la pandémie de covid-19.

On constate d’ailleurs que parmi les 50 personnalités préférées des Français, il n’y a aujourd’hui plus aucune personnalité politique alors qu’en février 1988, il y en avait quand même douze, pratiquement tous les candidats à l’élection présidentielle !

Cette forte popularité de Jean-Jacques Goldman pourrait s’expliquer par le succès de ses disques mais cela ne suffit pas. On pourrait penser aussi aux "Enfoirés" puisque c’est lui qui a accompagné les Restos du cœur pendant une trentaine d’années dans des "concerts de charité" à la demande de Coluche.

Mais peut-être est-ce justement la discrétion qui le fait tant apprécier ? Il avait même voulu effacer son nom dans les citations du sondage. Une star qui n’a pas la grosse tête. Et qui est peut-être fatiguée.

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En février et mars 2015, une polémique s’était développée autour de sa dernière chanson pour les Enfoirés, "Toute la vie" (sortie le 12 janvier 2015), et il a été traité de "réactionnaire" car la chanson a fait intervenir de jeunes adultes ou des adolescents en dialogue avec des plus vieux.

Finalement, après des désaccords internes, il a quitté les Enfoirés en 2016, confiant notamment : « Je crois qu’il est temps de passer la main. Je n’ai plus la créativité, les idées, la modernité que nécessite une telle émission. ». Lucidité sage. Non, pas la grosse tête, pas ce sentiment d’être irremplaçable. Juste une envie de retourner dans l’anonymat et de fuir une machinerie qui permettait à des stars en perte de vitesse de se redorer avec un vernis humanitaire.

Sa discrétion, il la doit à sa volonté de se consacrer à sa vie de famille, une deuxième chance se dit-il, qu’il a fondée en 2001 (avec trois autres enfants). Ils sont allés s’installer à Marseille puis à Londres en octobre 2016 (paradoxalement en plein début du Brexit). Le but : être tranquilles, car le chanteur n’est pas très connu en Grande-Bretagne.

Journaliste et ami, Fred Hidalgo a expliqué dans "L’Union" le 22 janvier 2017 : « Il lui a fallu plusieurs années pour se rendre compte que cet arrêt était définitif. Parce qu’au départ, il souhaitait simplement prendre de la distance avec la scène. Ce qui l’a vraiment décidé de tout arrêter, c’est son changement de vie. ». S’occuper de sa famille, de ses enfants. Et le retour sur scène, pour lui, c’est de la fatigue, peut-être trop de fatigue.

Quant à Londres, l’ami a précisé : « [Cela] n’a strictement rien à voir avec un éventuel exil fiscal, comme on a pu le lire partout. Jean-Jacques a toujours dit son amour pour la France et sa reconnaissance envers le pays qui a accueilli ses parents. Il continuera donc de payer ses impôts dans l’Hexagone. ».

Au-delà de l’anonymat, Fred Hidalgo a aussi noté une seconde raison, plus politique, de fuir son pays, la peur de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir en France en 2017 (ce qui ne s’est pas produit). Il faut rappeler que le père de Jean-Jacques Goldman, Alter Mojsze, était un Juif polonais communiste né à Lublin qui s’est engagé dans la Résistance française, et sa mère Ruth une Juive allemande.

Né à Paris dans le dix-neuvième arrondissement, Jean-Jacques Goldman est un exemple réussi d’une bonne intégration française, allant jusqu’à représenter par lui-même une partie de la culture populaire française. Le critère national n’a jamais été une caractéristique pertinente lorsqu’on est patriote et qu’on veut le bien de son pays. C’est au contraire l’apport extérieur qui permet d’enrichir une culture qui est  toujours plébiscitée par ses millions de "fans".

Ce n’est pas un hasard s’il est en tête, depuis une vingtaine d’années, des personnalités préférées des Français, aux côtés d’autres Français comme Omar Sy, Yannick Noah et Zinédine Zidane. Éric Zemmour et Marine Le Pen ne se trouvent pas dans le palmarès, au contraire de Thomas Pesquet, Sophie Marceau, Mylène Farmer, Mimie Mathy, Line Renaud, Jean Reno, Michel Cymès, Kylian Mbappé et même Bébel

« Et même si le temps passe
Même s’il est un peu court
(…)
J’irai au bout de mes rêves
Où la raison s’achève
Tout au bout de mes rêves »
(1982).


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Sylvain Rakotoarison (03 octobre 2021)
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Pour aller plus loin :
Jean-Jacques Goldman.
Marthe Mercadier.
Mylène Farmer.
Louis Armstrong.
Jim Morrison.
Jimmy Somerville.
Ella Fitzgerald.
Serge Gainsbourg.
Fernandel.
Eddie Barclay.
Daniel Balavoine.
Jean Ferrat.
John Lennon.
Kim Wilde.

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https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/jean-jacques-goldman-au-bout-de-236261

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19 septembre 2021 7 19 /09 /septembre /2021 03:33

« J’ai une bonne aptitude au bonheur. Et ça, je crois que je l’ai eu en naissant. Je l’avais déjà petite. Ça m’aide beaucoup à surmonter les difficultés. Il y a une façon de voir les choses. Comme un angle de caméra que l’on oriente pour voir les choses positives plutôt que négatives. » (Marie-Anne Chazel, le 25 octobre 2012).


 

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L’actrice Marie-Anne Chazel fête son 70e anniversaire ce dimanche 19 septembre 2021. Elle n’a pas l’air comme ça, car la forme s’entretient : natation, jogging, danse, pilate… tout lui permet d’être "légère" et "dénouée". Déjà en 2012, elle disait : « J’ai toujours 20 ans dans ma tête. Je n’ai pas du tout conscience de l’âge que j’ai. C’est une catastrophe par moments. » (5 décembre 2012).

Elle est très connue mais elle n’est pas une star individuelle, elle fait partie d’une star collective, la fameuse troupe du Splendid. Une bande de copains qui se sont connus au lycée à Neuilly-sur-Seine et qui ont monté au début des années 1970 une troupe théâtrale, et même un théâtre dans un café-théâtre, rue des Lombards puis rue du Faubourg Saint-Martin, avec les encouragements d’un pote, Coluche.

Dans cette "bande", avec Marie-Anne Chazel, il y a Josiane Balasko, Thierry Lhermitte, Michel Blanc, Christian Clavier, Gérard Jugnot et Bruno Moynot. Seuls Michel Blanc, Christian Clavier et Thierry Lhermitte n’ont pas encore franchi le seuil du "septuagénérat", mais tous restent vifs et actifs dans leur sens de l’humour. Marie-Anne Chazel a d’ailleurs été récompensée par la "profession" que de manière collective, avec un César anniversaire attribuée bien tardivement le 12 mars 2021 à l’ensemble de la troupe pour avoir faire rire les Français pendant quarante ans. À cette troupe, se sont joints souvent d’autres comédiens comme Dominique Lavanant, Anémone, Martin Lamotte, etc. La troupe a suivi alors les cours de théâtre de Tsilla Chelton, qui a connu son heure de gloire en jouant l’affreuse Tatie Danielle dans le célèbre film d’Étienne Chatiliez (sorti le 4 avril 1990).

Ainsi, Marie-Anne Chazel a fait partie de beaucoup de films très populaires devenus "cultes" depuis des décennies. La plupart de ces succès étaient d’ailleurs à l’origine des pièces de théâtre jouées avec les mêmes comédiens. Le succès de la troupe a été immédiat tant l’humour a trouvé une nouvelle forme narrative. J’ai toujours adorée Marie-Anne Chazel car elle incarne justement une non-star, une actrice qui ne se prend au sérieux et qui veut juste faire rire.

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En général, dans ces films, elle jouait un personnage pas très valorisant, la jeune fille plutôt très belle mais un peu sotte, l’image un peu sexiste de la "blonde" qui ne se distingue pas forcément par son intelligence. Il faut dire avec son visage, elle avait le physique de l’emploi, avec une bouche toujours souriante mais qui pourrait déboucher sur de la niaiserie, un nez pointu et deux petits yeux de souris.

Pourtant, elle-même ne se trouvait pas très belle, sans doute à cause de sa famille. Dans un entretien dans "Femme actuelle", elle confiait le 25 octobre 2012 : « J’étais très complexée (…). Je me suis sentie très moche pendant longtemps (…). Il faut dire que j’avais une grande sœur qui était très jolie. Donc j’avais l’impression d’être vraiment moins bien qu’elle, même si on ne le lui disait pas plus à elle qu’elle était ravissante. (…) Puis, à un moment, j’ai fini par m’accepter, en me disant que dans le fond, il est des choses chez moi qui sont pas mal. ».

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Parmi ses films à succès, on peut bien sûr citer les plus populaires, les trois films de Patrice Leconte "Les Bronzés" (sorti le 22 novembre 1978) et "Les Bronzés font du ski" (sorti le 21 novembre 1979) ainsi que le troisième opus "Amis pour vie" (sorti le 1er février 2006) où Marie-Anne Chazel est Gigi. Aussi "Le Père Noël est une ordure" de Jean-Marie Poiré (sorti le 25 août 1982), avec Anémone et Jacques François, où elle s’est surpassée en Zézette épouse X. Ces quatre films ont fait le succès durable de la troupe du Splendid.

Pendant longtemps, d’ailleurs, Marie-Anne Chazel était agacée lorsqu’on lui rappelait sans arrêt cette Zézette, comme si elle n’avait pas tourné la page, comme si elle était réduite à ce seul rôle. Et puis, un peu plus tard, elle l’a pris pour un hommage, presque émue de voir que des adolescentes la citent encore comme si elle faisait partie du cinéma français dans ses murs : « Peu d’acteurs peuvent se targuer, comme notre bande, d’avoir marqué autant les esprits. » (25 octobre 2012).



Présente lors de la projection du "Père Noël est une ordure" le 10 décembre 2012 au ciné-club de Vittel (pour le trentenaire du film), Marie-Anne Chazel a expliqué : « C’est ce film qui nous a permis d’entrer dans le cœur du public, et c’est toujours un grand plaisir d’en parler avec des personnes sympas. (…) Nous avons certainement été dans l’air du temps quand nous avons écrit cette pièce. C’est un humour jamais méchant ni agressif qui a trouvé son public et qui a créé des liens entre les gens. Comme une espèce de famille. (…) Les gens se sont liés aux personnages qui ont tous un côté attachant et sont tous très sincères. (…) Zézette m’a fait exister dans une autre catégorie que celui de Gigi (…). Ce personnage fait de candeur, de naïveté avec une grossièreté incroyable m’a beaucoup fait évoluer dans mon métier. Il m’a fait exister aux yeux du public d’une manière incroyable. (…) C’était merveilleux. Même si juste après, cela a été un peu compliqué, car on m’a proposé des sous-Josette » (propos recueillis par Sébastien Colin dans "Vosges Matin" le 5 décembre 2012).

Jean-Marie Poiré a aussi réalisé "Les Visiteurs" (sorti le 27 janvier 1993) et "Les Visiteurs 2 : les couloirs du temps" (sorti le 11 février 1998), avec Christian Clavier et Jean Reno, où elle est Ginette, la clocharde amoureuse de Jacquouille, et elle est revenue aussi dans "Les Visiteurs : La Révolution", toujours de Jean-Marie Poiré (sorti le 5 avril 2016) où elle est l’ascendante du même personnage.

Parmi les autres comédies savoureuses qui sont aussi des chroniques sociales, on peut encore citer "Viens chez moi, j’habite chez une copine" de Patrice Leconte (sorti le 28 janvier 1981), un rôle secondaire aux côtés de Michel Blanc, Bernard Giraudeau, Anémone et Thérèse Liotard, "Les Babas-Cool" de François Leterrier (sorti le 16 décembre 1981), avec Anémone, Christian Clavier et l’époustouflant Philippe Léotard, "La Vie dissolue de Gérard Floque" de Georges Lautner (sorti le 14 janvier 1987), avec Roland Giraud, Clémentine Célarié et Jacqueline Maillan, et "La Vengeance d’une blonde" de Jeannot Szwarc (sorti le 1er décembre 1994), avec Christian Clavier, Clémentine Célarié, Thierry Lhermitte et Annie Cordy (qui joue la mère de Marie-Anne Chazel). Dans ce dernier film, Marie-Anne Chazel est la femme du présentateur vedette du journal télévisé, flouée par les mœurs du milieu de la télévision.

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Depuis le début des années 2000, Marie-Anne Chazel a un peu délaissé le cinéma pour la télévision (entre autres avec la série "Edelweiss" réalisée par Stéphane Kappes et diffusée sur TF1 du 3 janvier 2011 au 2 janvier 2012) et surtout pour le théâtre. La dernière pièce dans laquelle elle joue depuis le 17 septembre 2021 est "La Famille et le Potager" de Bob Martet, mise en scène par Anne Bourgeois au Théâtre des Variétés à Paris, avec Régis Laspalès, pour une « farce tendre, dingue et décalée, au cynisme décapant ». Avec deux représentations notamment ce dimanche 19 septembre 2021.

Dans cette pièce, la mère qu’elle est cache bien "son jeu", puisqu’elle a confié son angoisse à Isabelle Morizet sur Europe 1 le dimanche 5 septembre 2021. Sa fille de 38 ans, qui est aussi celle de Christian Clavier avec qui elle a partagé une trentaine d’années d’existence, est partie au Tibet faire de l’humanitaire, dans des conditions actuelles très difficiles (sanitaires et politiques) : « C’était très difficile à accepter en tant que parents. Mais maintenant, j’ai confiance, je sais qu’elle se débrouille, qu’elle est très adaptée, qu’elle connaît les gens. Elle a tout son réseau d’amis et de soutien là-bas. ». Bon anniversaire !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 septembre 2021)
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Pour aller plus loin :
Marie-Anne Chazel.
Marthe Mercadier.
Jean-Paul Belmondo.
Cédric Klapisch.
Philippe Labro.
Adrian Monk.
Patrick Bouchitey.
Philippe Léotard.
Romain Goupil.
Isabelle Carré.
Claude Piéplu.
Michael Lonsdale.
Jean-Pierre Bacri.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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15 septembre 2021 3 15 /09 /septembre /2021 17:05

« J’ai basé ma vie sur le rire, sur cette magie extraordinaire lorsqu’on entend mille personnes éclater de rire à la même seconde. » (Marthe Mercadier citée par "Le Monde" du 15 septembre 2021).



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Dynamique et courageuse, la comédienne Marthe Mercadier s’est éteinte chez elle à Puteaux ce mercredi 15 septembre 2021 à un mois de es 93 ans (née le 23 octobre 1928). Courageuse, elle l’a été pour avoir combattu en face sa sale maladie, Alzheimer, depuis une dizaine d’années : « C’est très très important d’en parler tranquillement. On ne va pas commencer à pleurer. C’est intéressant. Petit à petit peut-être que je ne verrai plus, que je ne pourrai plus marcher, mais c’est important pour les autres qui continueront à marcher, qui continueront à rire. » (le 24 février 2015 sur Europe 1).

Elle l’a aussi été lorsqu’elle s’est engagée dans la Résistance alors qu’elle n’était qu’adolescente, pas de lutte armée, mais des transmissions de messages. Gros risques pris.

Dynamique, elle l’a toujours été dans ses multiples activités de scène, du théâtre, de la chanson, de la danse, du cinéma. Ce qu’elle adorait par-dessus tout, c’était de jouer la comédie, la comédie de boulevard, activité très rigoureuse mais sans se prendre au sérieux. Elle a suivi le Cours Simon en même temps que Robert Hirsch, Michel Bouquet et Michel Piccoli. Elle a joué avec Pierre Mondy, Jean Poiret, Michel Serrault, Bruno Cremer, Michel Galabru, Louis de Funès, etc. Elle a retransmis sa passion du théâtre à beaucoup de monde et aussi à quelqu’un comme Stéphane Plaza, animateur de télévision et agent immobilier.

Marthe Mercadier était très populaire, et son rôle, entre 1965 et 1971, dans une série télévisée très regardée "Les Saintes chéries", dont certains épisodes ont été rediffusés récemment sur LCP dans l’émission d’archives de Patrick Cohen, "Rembob’INA", l’a rendue encore plus célèbre et appréciée. Dans cette série de trente-neuf épisodes, créée par Nicole de Buron et réalisée principalement par Jean Becker, elle jouait aux côtés de Daniel Gélin et de Micheline Presle (qui a fêté cet été son 99e anniversaire).

Son engagement personnel notamment pour des actions humanitaires s’est aussi décliné quelque temps par sa participation au cabinet de la nouvelle Ministre des droits de la femme Yvette Roudy en septembre 1981.

Il y a trois ans, j’avais évoqué son parcours et les quelques problèmes que l’existence lui avait apportés. Pour lui rendre hommage, voici une pièce qui a connu un grand succès, avec Claude Gensac, "Le Squat" de Jean-Marie Chevret, mise en scène de Jean-Pierre Dravel, produit au Théâtre de la Madeleine en 2000.





Et une autre vidéo, un documentaire sur Marthe Mercadier et sur sa copine de scène (du même âge), aussi énergique et fantaisiste qu’elle, Annie Cordy qui, prenant de l’avance, a arrêté de jouer la comédie il y a un an, le 4 septembre 2020…






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 septembre 2021)
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Pour aller plus loin :
Marthe Mercadier a eu 90 ans.
Marthe Mercadier.
Jean-Paul Belmondo.
Cédric Klapisch.
Philippe Labro.
Adrian Monk.
Patrick Bouchitey.
Philippe Léotard.
Romain Goupil.
Isabelle Carré.
Claude Piéplu.
Michael Lonsdale.
Jean-Pierre Bacri.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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15 septembre 2021 3 15 /09 /septembre /2021 14:57

« Je veux mourir chez moi, dans mon lit, avec ce qui reste de ma famille (…). Je veux absolument être… (…) Je jubilerai jusqu’à 100 ans. C’est vrai, je trouve que c’est une telle récompense, mais il faut avoir souffert, il faut avoir été très malade, très désespéré comme j’ai été, et apprécier à quel point c’est formidable de continuer à vivre avec les handicaps, je sais bien que je vais être de plus en plus fatiguée (…), je le sais, tout ça, mais je trouve ça passionnant, et tant qu’on peut continuer… » (France 2, le 19 mars 2011).


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L'actrice et chanteuse Marthe Mercadier vient de mourir ce mercredi 15 septembre 2021 à l'âge de 92 ans. Les années filent et la petite fille de 5 ans qui fut auditionnée pour danser avec la grande Joséphine Baker a maintenant… 90 ans ! Oui, Marthe Mercadier est née le 23 octobre 1928 à Saint-Ouen et elle a connu très tôt le monde du spectacle, les cabarets, les théâtres, les studios de cinéma, de télévision. Enfant, elle était en situation de handicap grave, ne pouvant plus parler, et même paralysée pendant deux ans à la suite d’une chute. Adolescente pendant la guerre, elle s’est engagée dans la Résistance, ce qui n’était pas évident pour une lycéenne, elle transmettait des messages aux résistants.

Ses débuts réels ont eu lieu après la guerre comme comédienne dans les théâtres de boulevard. Jean Piat n’aimait pas trop la distinction entre les théâtres "de boulevard" et les "vrais" théâtres, les premiers étant supposés populaires et les seconds pour des gens cultivés. Sa première représentation a eu lieu précisément le 8 mai 1945, le jour de la fin de la guerre, et comme elle est revenue sur scène en pensant la pièce finie, ce qui n’était pas le cas, elle a fait rire tout le public et on l’a engagée pour le 15 septembre 1945. Elle avait alors 16 ans ! En 1989, elle a reçu le Molière du meilleur spectacle comique pour "La Présidente" de Jean Poiret mis en scène par Pierre Mondy.

Un exemple d’un rôle au théâtre avec des extraits de la pièce "Le Squat", avec Claude Gensac.





Sa carrière cinématographique composée d’une cinquantaine de films s’est amorcée en 1951 avec "Folie douce" de Jean-Paul Paulin. Devenue à la fin des années 1960 l’héroïne d’une série télévisée ("Les Saintes chéries" aux côtés de Micheline Presle et Daniel Gélin), et à l’époque, elles étaient peu nombreuses, les séries à la télévision, Marthe Mercadier était ce qu’on pouvait appeler une "star", et même, une "star populaire", avec le talent de divertir son public : comédienne de théâtre, actrice de cinéma, de télévision, chanteuse, danseuse de cabaret, etc. Au théâtre, elle a joué avec Michel Galabru, Louis de Funès et, plus tard, avec le petit-fils de ce dernier, Laurent de Funès, au Théâtre du Gymnase.

Marthe Mercadier est donc de la même "famille" artistique qu’une autre nonagénaire, Annie Cordy. Un reportage sur les deux dames (vers 2005), avec la participation de Charles Aznavour.





Elle a eu aussi quelques aventures artistiques, comme la direction du Théâtre du Vieux-Colombier, au début des années 1970, et la production de films et de pièces de théâtre (en particulier un grand succès, le film "Et la tendresse ? B@rdel !" réalisé par Patrick Schulmann et sorti le 28 février 1979, avec Bernard Giraudeau et Jean-Luc Bideau).

Marthe Mercadier a eu beaucoup de petits protégés qu’elle a aidés, comme Stéphane Plaza, le célèbre agent immobilier de la chaîne M6. Véronique, l’unique fille de la grande dame, a expliqué à "Télé Star" le 23 octobre 2016 : « C’était son petit protégé quand il s’est lancé dans la comédie. À l’époque, il était agent immobilier et n’arrêtait pas de courir partout entre ses agences et ses cours d’art dramatique, au conservatoire de Levallois-Perret ou de Neuilly. Maman m’a raconté que, pour lui apprendre le métier, elle l’emmenait voir des pièces de boulevard, comme celles dans lesquelles il triomphe aujourd’hui. ».

La plupart de ses prestations sont des fantaisies personnelles. Marthe Mercadier a arrêté le cinéma en 2002, et la télévision ainsi que le théâtre en 2012. Elle a fait un one-woman show en 2009 dans le Gers et a enregistré une chanson collective avec d’autres "stars", sortie le 15 juin 2013, contre la mucoviscidose. Par ailleurs, elle a voulu participer aux premières émissions "Danse avec les stars" sur TF1, elle a tenu trois semaines, du 12 au 26 février 2011, à l’âge de 82 ans, ce qui en a fait la doyenne des participantes.





Depuis ces dernières participations, Marthe Mercadier est à la retraite. À la retraite "forcée". Elle a pourtant un physique qui tient la route… Sa fille a annoncé en avril 2014 qu’elle était atteinte de la maladie d’Alzheimer depuis quelques années.

Mais elle a eu aussi un autre problème. Marthe Mercadier, qui s’était beaucoup engagée, toute sa vie, dans des actions humanitaires, a dû faire un appel au secours, il y a quatre ans et demi. Le cachet de sa participation à "Danse avec les stars" lui avait permis de vivre pendant un certain temps et de louer un appartement à Neuilly. Mais pas suffisamment.

Le 10 mars 2014, elle craignait d’être expulsée de son appartement où elle vivait avec sa fille (qui fut son attachée de presse depuis toujours) et sa petite-fille de 17 ans à l’époque. Elle l’a dit notamment à Yves Calvi sur RTL le 17 mars 2014. Pourquoi ? Parce qu’elle n’avait plus un sou, ruinée, endettée. À un moment, elle n’aurait vécu que du minimum vieillesse parce qu’elle n’avait jamais cotisé à aucune caisse de retraite pendant sa carrière. La cigale. Son avocate a tenté de faire durer le plus longtemps possible avant l’expulsion.

Après un appel à l’aide le 15 mars 2014 à "France Dimanche", Marthe Mercadier a heureusement reçu beaucoup de réponses, de soutiens (mais très peu de dons contrairement à ce qui était dit à l’époque), pour retrouver un autre appartement. Starlette de la téléréalité ("Secret Story"), Cindy Lopes lui a proposé d’habiter dans l’un de ses appartements parisiens. Elle a aussi reçu une proposition des héritiers de sa grande amie, l’actrice Sophie Desmarets (1922-2012)… place de l’Étoile.

Marthe Mercadier s’indignait ainsi : « Pourquoi n’aurais-je pas le droit de bénéficier d’une amnistie partielle à mon âge, compte tenu de mes services rendus à l’État ? Je suis chevalier de la Légion d’honneur, j’ai combattu aux côtés de l’abbé Pierre. ».

La réponse est toute simple : parce que derrière un loyer impayé, il peut y avoir un particulier, peut-être même un retraité comme elle, qui a économisé toute sa vie pour avoir ce petit capital et qu’il a besoin de son loyer pour vivre.  Parce que derrière une dette fiscale, il y a des contribuables qui sont obligés de payer la note, à la fin.

S’il y a une action sociale à envisager pour elle ou des personnes comme elle qui ont mérité de l’État, cela doit être une action de l’État, de solidarité nationale, une aide sociale accordée à elle, pas spolier un propriétaire bailleur privé pour qui ce loyer peut être vital. Marthe Mercadier avait fait une demande de logement social depuis longtemps jamais honorée jusqu'à récemment.

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Grâce à son avocate, elle a pu retrouver des revenus corrects par des droits d’auteur qui l’attendaient (qui restaient alors bloqués). Sa fille a précisé : « Une bonne partie de sa retraite est saisie par le fisc… Maman a toujours vécu sans filet, elle a brassé énormément d’argent mais elle n’a jamais aimé ça. Elle n’a pas investi dans l’immobilier lorsqu’elle en avait les moyens. Elle a aidé beaucoup de monde et a été pas mal escroquée. Mais attention, je ne pleure pas sur mon sort. Chacun son lot de déboires. Aujourd’hui, on se serre les coudes. » ("Télé Star" le 24 octobre 2014). Parmi les escroqueries, par exemple, elle s’était portée en caution et n’a jamais été remboursée, etc.

Elle ne roule donc pas sur l’or car elle s’est considérablement endettée, mais elle a réussi à trouver un financement à sa vie. Elle habite maintenant dans un logement social toujours dans les Hauts-de-Seine (mais plus à Neuilly) avec deux chambres et vue sur la Seine. Elle est sous la curatelle de sa fille et vit aussi avec deux chats et trois chihuahuas.

Marthe Mercadier a participé à une émission de Jean-Marc Morandini sur Europe 1 le 24 février 2015 consacrée à la maladie d’Alzheimer : « C’est pour les autres, les autres me passionnent. (…) C’est très très important d’en parler tranquillement. On ne va pas commencer à pleurer. C’est intéressant. Petit à petit peut-être que je ne verrai plus, que je ne pourrai plus marcher, mais c’est important pour les autres qui continueront à marcher, qui continueront à rire. ».





Sa fille a cependant décrit une réalité moins agréable : « Vivre la maladie au quotidien, c’est très dur. (…) Il faut gérer cela tout le temps. Elle cache des choses. Il y a plein de choses que je ne retrouve pas. C’est compliqué parce qu’elle tient à ses lunettes, à ses bijoux, au peu de choses qui lui restent. Donc, moi, je planque de mon côté pour qu’elle ait ce qu’il lui faut au moment où elle me le demande. ». Elle a de la chance de vivre avec sa famille car elle ne supporterait pas de vivre dans un EHPAD.

Cette sale maladie s’est insérée dans la vie de la comédienne déjà lors de l’émission "Danse avec les stars" où elle avait du mal à retenir les gestes de chorégraphie. Après une période d’agressivité, elle a eu le diagnostic choc. Son état était stable en 2015 et sa mémoire immédiate avait quasiment disparu. Sinon, elle aurait pu continuer à jouer car elle reste pleine d’énergie. Dans une interview parue dans "France Dimanche" le 24 avril 2015, Marthe Mercadier a expliqué qu’elle avait un traitement pour freiner les troubles de la mémoire et pour réduire son agressivité.

Sur France 2, le 12 février 2016, sa fille a cependant confié que son état se détériorait : « Elle a toujours son énergie, elle est en bonne forme physiquement. Mais c’est vrai qu’elle perd de plus en plus ses repères, qu’elle a des problèmes d’élocution, de suivi de conversation… ça commence à être un peu difficile à ce niveau-là. ».

Hélas, la maladie est telle qu’elle ne peut que se développer. Marthe Mercadier a eu raison d’intervenir publiquement sur sa maladie, pour sensibiliser les personnes "en bonne santé" de ce qui risque d’être un "fléau" dans les prochaines années. Une maladie neurodégénérative, nécessitant un accompagnement permanent, dévoué et patient. Et l’attente, de plus en plus forte, d’une véritable solidarité nationale au même titre que l’assurance-maladie, l’assurance-chômage, les retraites et les accidents du travail : une assurance dépendance qui devrait être le cinquième pilier de la sécurité sociale.

Avant de se savoir malade, Marthe Mercadier a raconté toute sa carrière à Laurent Ruquier le 19 mars 2011 sur France 2.





Pour sa bonne humeur, sa joie de vivre, son dynamisme exceptionnel, que Marthe Mercadier en soit remerciée et puisse fêter cet anniversaire et vivre encore dans les meilleures conditions possibles.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 octobre 2018)
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Pour aller plus loin :
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Charlie Chaplin.
Maurice Chevalier.

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12 septembre 2021 7 12 /09 /septembre /2021 03:19

« Poussée par le vent, je brûle et je m’enrhume
Entre mes dunes, reposent mes infortunes
C’est nue que j’apprends la vertu. »
("Libertine", 1986).


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La chanteuse française (et canadienne) Mylène Farmer fête son 60e anniversaire ce dimanche 12 septembre 2021. C’est l’occasion de rappeler la carrière extraordinaire d’une jeune femme de 22 ans qui a duré maintenant plus de trente-sept ans. Elle ne cesse de cartonner. J’adore ses prestations et surtout, son univers musical, culturel, littéraire. C’est probablement aussi une question de génération.

Depuis 1984, Mylène Farmer a collectionné les succès, avec 21 chansons classées n°1 dans le Top 50 et 37 autres dans le Top 10. Elle est très aimée en Russie et en Europe de l’Est.

On aime ou on n’aime pas Mylène Farmer ? Je ne sais pas si c’est autant caricatural que cela, mais en tout cas, quand on aime, on aime généralement beaucoup, il suffit de voir les nombreux groupes de "fans" qui ont fleuri un peu partout sur le Web à en faire peur.

Ce qui est exceptionnel, c’est que Mylène Farmer, qui a inondé les années 1980 de ses nombreux "tubes", est toujours dans l’actualité, elle continue toujours, après plus d’une génération, presque deux, à faire albums et concerts (enfin, avant la crise sanitaire). Un peu comme Kim Wilde, dans une certaine mesure. Elle a déjà vendu plus de 30 millions d’exemplaires de ses disques et ses spectacles sont très élaborés, ses clips aussi, c’est une productrice, c’est une actrice, et c’est même une cinéphile avertie, ce qui fait qu’on ne s’étonne même pas de la retrouver parmi les membres du jury du 74e Festival de Cannes, celui qui a lieu en ce moment, du 6 au 17 juillet 2021 après deux ans d’absence (pour cause sanitaire), aux côtés notamment de Mélanie Laurent, Mati Diop et Maggie Gyllenhaal.

Les chansons de Mylène Farmer (elle en a écrit beaucoup) sont souvent transgressives, du moins très originales, inattendues, novatrices. Elles peuvent évoquer des idées noires, la dépression, l’enfance, le passé révolu, la mort, etc. mais aussi l’amour, la religion, le sexe, etc. avec beaucoup de références littéraires (et même historiques puisque son premier disque fut dédié à Louis II de Bavière qui s’est suicidé le 13 juin 1886 dans le lac de Starnberg, près de Munich). Elles sont aussi très dynamiques, rythmées, avec une scénographie très étudiée. On a presque l’impression que c’est une grande prêtresse face à une assistance complètement séduite.

La grande notoriété de la chanteuse ne l’empêche pas de nourrir une discrétion rare sur sa vie personnelle, qui surprend dans ce milieu d’artistes. Elle n’a jamais apprécié ce milieu, au point d’avoir renoncé à recevoir d’éventuels prix après sa mauvaise expérience où elle a finalement refusé de recevoir sa Victoire de la Musique en 1988. Elle expliqua le 12 octobre 1989 à Télé Moustique : « J’ai passé des heures en coulisses pour les répétitions de cette soirée. Tout le gratin du show-business était là et ces gens m’ont écœurée. Ils se détestent tous. J’étais triste d’avoir été récompensée et reconnue par ces gens-là. Ce sont les Victoires de l’hypocrisie ! ». Cela ne l’a pas empêché de collaborer avec de nombreux artistes, comme Jean-Louis Aubert, Jean-Paul Gaultier, Khaled, Sting, Ben Harper, Michael Hutchence, Seal, Moby, Line Renaud, etc.

Rien pourtant n’était évident pour elle au début. Son succès ne lui était pas prédestiné. Elle a commencé avec une comptine, "Maman a tort", enregistrée en été 1983. Les paroles et la composition ont été de Jérôme Dahan (qui est mort du cancer il y a une dizaine d’années) et Laurent Boutonnat, son compositeur au long cours, qui a beaucoup collaboré avec elle. Ils pressentaient que ce serait un "tube", ont tenté de la faire chanter par Lio (mais cela ne s’est pas fait). Ils ont cherché une chanteuse par un casting peu prometteur, et finalement, c’est une des amies de Jérôme Dahan qui a fait l’affaire. En fait, elle semblait faite pour être cette chanteuse : Mylène Farmer.

Look très différent de son évolution ultérieure, plus en jeune fille sage et souriante qu’en femme pleine d’exubérance originale et intrigante. Elle est née au Québec et sa famille, plutôt aisée (le père ingénieur), s’est installée en région parisienne quand elle avait une dizaine d’années. Elle a obtenu un prix de chant à 10 ans, a visité des enfants malades à l’hôpital et s’est passionnée pour les animaux (au point de vouloir devenir vétérinaire un moment). Elle a quitté son lycée pour se lancer dans les arts, s’est inscrite au cours Florent et a fait des petits boulots.

Cette chance de chanter un tube, elle l’a saisie sans hésitation. Ils ont d’ailleurs mis beaucoup de temps pour trouver une maison de disques (elle était encore inconnue et c’est à ce moment qu’elle a adopté son nom de scène, en hommage à l’actrice américaine Frances Farmer, qui a vécu un calvaire psychiatrique). Le disque "Maman a tort" a été vendu à 100 000 exemplaires, ce n’était pas énorme, mais cela lui a permis de se faire connaître, et sa présence dans tous les médias pour en faire le service après-vente l’a aussi beaucoup aidée. Après un autre disque sans succès, elle a changé de maison d’édition pour de nouveaux tubes, "Plus grandir" et surtout "Libertine" qui l’a complètement transformée (physiquement) et qui a « révolutionné le monde des clips en France », comme l’explique son site Internet.

Sa carrière était alors lancée.

Parmi ses autres grands succès, "À quoi je sers" (1989) commence ainsi :
« Poussière vivante, je cherche en vain ma voie lactée
Dans ma tourmente, je n’ai trouvé qu’un mausolée
Et je divague
J’ai peur du vide
Je tourne des pages
Mais des pages vides. ».

Avis aux amateurs : Mylène Farmer a annoncé le 22 juin 2021 qu’elle ferait une grande tournée en Europe à partir du 2 juin 2023, de la France à la Russie, dont les billets seront mis en vente à partir du 1er octobre 2021 (en particulier au Stade de France les 30 juin et 1er juillet 2023). On peut espérer que la pandémie de covid-19 sera passée…

Je propose ici les principaux "tubes" de Mylène Farmer dans les années 1980, et dans un second article, je proposerai des chansons plus récentes.


1. "Maman a tort" (sorti en mars 1984)





Et le clip (le moins coûteux de l’histoire des clips) :

 





2. "Plus grandir" (sorti le 25 septembre 1985)






3. "Libertine" (sorti le 25 mars 1986)






4. "Tristana" (sorti le 1er avril 1986)






5. "Sans contrefaçon" (sorti le 16 octobre 1987)






6. "Ainsi soit je" (sorti le 14 mars 1988)






7. "Pourvu qu'elles soient douces" (sorti le 14 mars 1988)






8. "Sans logique" (sorti le 14 mars 1988)






9. "Déshabillez-moi" (sorti le 14 mars 1988)






10. "À quoi je sers" (sorti le 12 août 1989)






11. "Allan" (sorti le 11 décembre 1989)






12. "Désenchantée" (sorti le 18 mars 1991)






13. "Regrets" (sorti le 8 avril 1991)






14. "Je t'aime mélancolie" (sorti le 8 avril 1991)






15. Interview de Mylène Farmer le 14 juin 2009 sur France 2






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 septembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Site officiel de Mylène Farmer.
Mylène Farmer.
Louis Armstrong.
Jim Morrison.
Jimmy Somerville.
Ella Fitzgerald.
Serge Gainsbourg.
Fernandel.
Eddie Barclay.
Daniel Balavoine.
Jean Ferrat.
John Lennon.
Kim Wilde.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210912-mylene-farmer.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/l-univers-fabuleux-de-mylene-234149

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/07/02/39040270.html











 

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6 septembre 2021 1 06 /09 /septembre /2021 17:07

« Prendre des années n’est pas très grave, car chaque âge a ses plaisirs et ses bonheurs. »


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Parole sage d’un vieil homme sage qui a pu être heureux de sa vie. Une vie peut-être plus factice que réelle, mais quels nombreux héros de toutes sortes a-t-il pu jouer au cours de ces plus de soixante dernières années ! Jean-Paul Belmondo, comme on dit d’un comédien qui a adoré jouer au théâtre, a tiré sa révérence ce lundi 6 septembre 2021 à l’âge de 88 ans et demi (il est né le 9 avril 1933).

Inutile de présenter Bébel comme un "monstre sacré" du cinéma français. Ils ne sont plus très nombreux de cette époque ancienne, un âge d’or du cinéma français, dans les années 1960, 1970, 1980… avec les belles voitures reconnaissables qui n’étaient pas encore conçues par les mêmes logiciels de modélisation aérodynamique. Il y a Alain Delon, Jean-Louis Trintignant, peut-être aussi Gérard Depardieu pour une autre génération. Je n’évoque ici que les hommes, il y a aussi les femmes, et avec Jean-Paul Belmondo ont joué de nombreuses actrices.

Belmondo est l’un des visages familiers de la France, l’un des symboles sympathiques de la culture française. Était-il bon acteur ? Bien sûr, il avait des rôles de chef ou au contraire, de petit misérable, mais il était aussi lui, comme l’ont été d’autres acteurs, Louis de Funès, Jean Gabin (sauf au début de sa carrière), Bourvil, Fernandel, etc. Il ne jouait pas un rôle du film, on faisait un film avec Belmondo. Et le succès était là, car l’homme inspire sympathie et identification. Souvent des films d’aventure qui se regardent comme un ado se délecte en lisant une bande dessinée. Et aussi cette caractéristique, très peu de navets alors que d’autres grands s’étaient retrouvés parfois dans des navets (Jean Gabin, Louis de Funès, par exemple).

De très nombreux films peuvent ressortir des mémoires, et bien sûr, avec Jean-Paul Belmondo en héros numéro un. En voici quelques-uns, sans ordre précis sinon d’intérêt personnel. En clair, treize films sur modeste ordonnance… qui ne manqueront pas d’être rediffusés les semaines prochaines.

1. "Le Magnifique" de Philippe de Broca (sorti le 23 novembre 1973), où Belmondo est un écrivain timide et passif mais se vit en agent secret très dynamique et séducteur, avec la très charmante Jacqueline Bisset, sage voisine étudiante ou torride héroïne du roman.

2. "Le Professionnel" de Georges Lautner (sorti le 21 octobre 1981), servi par la très belle musique d’Ennio Morricone, où Belmondo finit mal, en agent têtu qu’on ne peut plus déprogrammer. Avec notamment Robert Hossein et Bernard-Pierre Donnadieu en flics déboussolés.

3. "L’As des as" de Gérard Oury (sorti le 27 octobre 1982), dans une histoire de guerre à la morale sauve. Avec une audace, des scènes qui se déroulent au Nid d’Aigle du dictateur nazi Hitler, en Bavière (il fallait oser !).

4. "Les Tribulations d’un Chinois en Chine" de Philippe de Broca (sorti le 5 novembre 1965), avec Maria Pacôme, Jean Rochefort, Ursula Andress… Une revisite de l’Asie qui fait très "Tintin" (la sexualité en plus).

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5. "Stavisky" d’Alain Resnais (sorti le 15 mai 1974), un excellent film historique qui rappelle un des plus grands scandales d’entre-deux-guerres, avec Belmondo dans le rôle de Stavisky, et un beau casting, Anny Duperey, Michael Lonsdale, François Périer, Claude Rich, Pierre Vernier, etc. et même Gérard Depardieu (tout débutant …comme entrepreneur).

6. "L’Héritier" de Philippe Labro (sorti le 22 mars 1973), avec Belmondo en fils du grand patron décédé accidentellement, qui reprend l’affaire, son chargé de pouvoir Jean Rochefort, son assistant Charles Denner, et aussi Carla Gravina.

7. "Les Mariés de l’an II" de Jean-Paul Rappeneau (sorti le 7 avril 1971), une fresque de la Révolution française avec les mariés, Belmondo et Marlène Jobert (qui est d’un épanouissement ravissant), Michel Auclair, Pierre Brasseur, Sami Frey, Georges Beller, Julien Guiomar, Charles Denner, Laura Antonelli, etc.

8. "Itinéraire d’un enfant gâté" de Claude Lelouch (sorti le 30 novembre 1988), qui a valu le seul César de meilleur acteur de Bébel, souvent boudé par "la profession" (il a refusé ce César, et il a aussi reçu une Palme d’honneur au Festival de Cannes de 2011 pour l’ensemble de sa carrière). Belmondo est un ancien acrobate victime d’un accident qui s’est reconverti en entrepreneur, puis, lassé par la routine, qui se fait passer pour mort pour vivre une nouvelle vie, avec Richard Anconina, ancien employé qui reconnaît le patron, Lio, Daniel Gélin, etc. Son fils Paul joue le héros à l’âge de 20 ans.

9. "Week-end à Zuydcoote" d’Henri Verneuil (sorti le 18 décembre 1964), inspiré d’un roman de Robert Merle. Cela se passe pendant l’évacuation de Dunkerque en juin 1940, avec Jean-Pierre Marielle (le prêtre), François Périer, Pierre Mondy et Marie Dubois.

J’ai gardé trois des quatre derniers films comme des films "mythiques" (sauf le dernier proposé).

10. "Flic ou Voyou" de Georges Lautner (sorti le 28 mars 1979), où Belmondo, commissaire, fait le nettoyage du système niçois avec des méthodes peu orthodoxes, avec Marie Laforêt, Jean-François Balmer, Charles Gérard (un grand copain de Bébel qui est mort il y a deux ans le 19 septembre 2019), Michel Galabru et Philippe Castelli.

11. "Peur sur la ville" d’Henri Verneuil (sorti le 9 avril 1975), où Belmondo est policier, avec la fameuse scène de la prise d’otages dans l’un des hauts immeubles du (alors nouveau) quartier Beaugrenelle (Front de Seine), avec Charles Denner, Jean-François Balmer et Rosy Varte.

12. "À bout de souffle" de Jean-Luc Godard (sorti le 16 mars 1960), avec Jean Seberg, Roger Hanin, etc. Dans ce film, Belmondo a notamment cette réplique : « Si vous n’aimez pas la mer, si vous n’aimez pas la montagne, si vous n’aimez pas la ville… allez vous faire foutre ! ».

13. "Peut-être" de Cédric Klapisch (sorti le 10 novembre 1999), avec cet exploit d’avoir fait jouer Romain Duris comme le père de Jean-Paul Belmondo (dans ce film fantastique, l’un des derniers où a joué Belmondo), avec Jean-Pierre Bacri, Léa Drucker, Hélène Fillières, etc. (et même Jocelyn Quivin).

Au revoir, Bébel...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 septembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Paul Belmondo.
Cédric Klapisch.
Philippe Labro.
Adrian Monk.
Patrick Bouchitey.
Philippe Léotard.
Romain Goupil.
Isabelle Carré.
Claude Piéplu.
Michael Lonsdale.
Jean-Pierre Bacri.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210906-jean-paul-belmondo.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/jean-paul-belmondo-le-magnifique-235606

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3 septembre 2021 5 03 /09 /septembre /2021 03:05

« J’aime à dire que les trois volets sont des films de la génération Erasmus, marquée par la culture du voyage et qui a créé des "citoyens du monde", travaillant aussi à l’étranger. De ce fait, tous les spectateurs qui avaient une vingtaine d’années, en 2002, lors de "L’Auberge espagnole" veulent voir ce que sont devenus leurs héros… » (Cédric Klapisch, "La Dépêche" le 4 décembre 2013).




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Le réalisateur Cédric Klapisch fête son 60e anniversaire ce samedi 4 septembre 2021. Il fait partie de ces cinéastes qui attirent les foules, pas seulement pour voir ses films mais aussi pour le voir lui-même, l’écouter, lui poser des questions. Il est lui-même une star et il fait partie intégrante de ce qu’on pourrait appeler la culture française, même si cette notion reste floue (tout le monde contribue à la culture française, même les djeunes qui ont commencé le langage SMS sur leur vieux téléphones portables il y a une vingtaine et que des plus âgés ont adopté par amusement), d’autant plus floue qu’il est allé dans sa jeunesse étudiante aux États-Unis (à New York) pour compléter son inspiration très franco-française.

Ce qui ressemble à l'acteur Kad Merad a été primé finalement assez peu par les Césars puisque Cédric Klapisch n’en a reçu qu’un seul, pour le scénario du film "Un air de famille" et en commun avec deux autres personnes (très connues), et huit autres nominations, mais ses films ont quand même reçu cinq Césars supplémentaires notamment pour leurs acteurs.

Dès ses premières œuvres, il a décrit la réalité d’une société qui pouvait laisser à désirer. Ses films sont donc souvent très éloquents, et constituent un bon témoignage de la vie contemporaine. Beaucoup de ses films sont savoureux, comme son premier long-métrage "Riens du tout" (sorti le 11 novembre 1992) où Fabrice Luchini joue le rôle du nouveau patron d’un grand magasin parisien (genre La Samaritaine) pour tenter de sauver l’entreprise (à tort quand on sait la fin, qui décrit surtout le cynisme d’un certain capitalisme foncier) en employant de nouvelles méthodes de management (on y retrouve Jean-Pierre Darroussin, et aussi Karin Viard, Zinedine Soualem, etc.).

Autre film devenu "culte" (je n’aime pas trop cette expression même si elle décrit une certaine réalité, Cédric Klapisch est d’ailleurs un auteur "culte" de films "cultes" !), "Le Péril jeune" (sorti le 21 mai 1994), au titre très bien trouvé, décrit une société des jeunes où débutent une nouvelle génération d’acteurs comme Romain Duris et Vincent Elbaz, aussi Élodie Bouchez, Hélène de Fougerolles, etc.

Cédric Klapisch a poursuivi avec d’autres films qui ont attiré l’intérêt pour leur chronique sociale, comme "Chacun cherche son chat" (sorti le 3 avril 1996), avec Garance Clavel (un bel espoir, mais que devient-elle à part des petits rôles ?), Renée Le Calm (qui est morte à 101 ans il y a deux ans), Zinedine Soualem (un des acteurs "fétiches" de Cédric Klapisch avec Romain Duris, Vincent Elbaz et Karin Viard), Olivier Py, etc., "Un air de famille" (sorti le 6 novembre 1996), reprenant une pièce d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, avec ces derniers ainsi que Catherine Frot, Jean-Pierre Darroussin, Claire Maurier, Wladimir Yordanoff, Zindine Soualem, etc., ou alors par le côté gangster de ses personnages comme "Ni pour ni contre (bien au contraire)", au titre provenant d’une boutade de Coluche (sorti le 5 mars 2003), avec Marie Gillain, Vincent Elbaz, Zinedine Soualem, etc.

Le cinéaste a aussi réalisé un film fantastique "Peut-être" (sorti le 10 novembre 1999) où il réussit le tour de force de faire de Jean-Paul Belmondo (66 ans) le fils de Romain Duris (25 ans), aux côtés de Jean-Pierre Bacri, Julie Depardieu, Emmanuelle Devos, etc. dans un scénario qui peut faire penser à "Hibernatus" revu et corrigé par l’époque contemporaine. Aussi d’autres chroniques sociales : "Paris" (sorti le 20 février 2008), avec Juliette Binoche, Fabrice Luchini, Romain Duris, François Cluzet, Albert Dupontel, Karin Viard, Julie Ferrier, Mélanie Laurent, etc. ; "Ma part du gâteau" (sorti le 16 mars 2011), vive critique du capitalisme, avec Karin Viard, Gilles Lellouche et Audrey Lamy ; "Ce qui nous lie" (sorti le 16 mai 2017) avec Ana Girardot, Pio Marmaï et François Civil, aussi Florence Pernel ; "Deux moi" (sorti le 11 septembre 2019) avec Ana Girardot et François Civil, aussi Camille Cottin, François Berléand, Simon Abkarian, Zinedine Soualem, etc.

Au-delà du cinéma, Cédric Klapisch a également collaboré pour une série télévisée, en tant que directeur artistique et producteur associé (et réalisateur parfois), "Dix pour cent", vingt-quatre épisodes diffusés sur France 2 du 14 octobre 2015 au 4 novembre 2020 où l’idée ést de raconter l’histoire d’une agence d’acteurs avec la participation d’un "vrai" acteur dans chaque épisode, capable parfois de faire de l’autodérision sur sa propre réputation (la série a été une grande réussite mais je trouve que c’est un peu trop le milieu fermé d’acteurs qui s’autopromeuvent)

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C’est la fameuse trilogie de Cédric Klapisch (je l’ai gardée pour la faim !) qui l’a fait connaître au-delà des frontières nationales, et pour une raison simple puisque ce sont trois films "internationaux" (d’abord par leur titre, ensuite par leur lieu : Barcelone, Saint-Pétersbourg, New York) : "L’Auberge espagnole" (sorti le 19 juin 2002), avec quatre acteurs "récurrents" présents dans toute la trilogie, Romain Duris, Audrey Toutou, Cécile de France et Kelly Reilly, aussi avec Judith Godrèche ; "Les Poupées russes" (sorti le 15 juin 2005) aussi avec Evguenia Obraztsova ; "Casse-tête chinois" (sorti le 4 décembre 2013) aussi avec Sandrine Holt et Flore Bonaventura.

Ces trois films racontent les tribulations d’une génération qui est née dans les années 1980 et pour qui faire des études à l’étranger est une évidence d’ouverture pour découvrir le monde. Le dernier volet évoque aussi la "crise de la quarantaine", les familles recomposées et même le désir d’enfants par PMA, homoparentalité, etc. qui, à l’époque de la loi sur le mariage pour tous, était en plein dans l’actualité (même si Cédric Klapisch a mûri le scénario pendant une dizaine d’années).

Je fais partie d’une génération qui s’est ouvert au changement. Chacun évidemment évolue à son rythme avec retard ou précocité, mais le sens social est là : avant, on se mariait au village d’à-côté et c’était déjà très nouveau (bon, d’accord, cette phrase est assez caricaturale, mais pas si éloignée de la réalité). Et puis, petit à petit, tout le monde a commencé à aller plus loin, à voyager. Il suffit de connaître le nombre quotidien d’avions qui décollent dans un aéroport international (hors période covid-19) pour s’en rendre compte.

Personnellement, je me souviens très bien qu’enfant, je n’imaginais absolument pas une seule seconde vivre toute ma vie dans une autre agglomération que la grande ville provinciale (lorraine) où j’étais né. Ce n’était même pas en discussion, parce que j’y avais toujours vécu, mon seul environnement humain n’était qu’à ce lieu… Et puis, étudiant, je me suis "nationalisé", pour diverses raisons (et pas forcément pour les études), dans une période où, pour avoir un emploi, il fallait accroître aussi le spectre géographique. Je peux dire que ma génération est nationale et pas régionale, mais c’est loin d’une preuve d’ouverture.

Quand je regarde les générations suivantes, je suis plutôt fasciné. J’aurais pu (déjà) devenir dans une "génération européenne", comme certains de mes amis, ces premiers étudiants bénéficiant d’une bourse Erasmus, le programme européen génial d’échanges étudiants (qui va bien plus loin que les seules limites de l’Union Européenne), et les générations suivantes, elles ne sont pas ouvertes seulement sur l’Europe mais sur le monde, et c’est fascinant. L’Égypte, la Turquie, le Canada, les États-Unis, l’Australie, le Japon, etc. On pourrait croire qu’avec la crise économique, ce n’est pas facile de voyager, que les familles ne roulent généralement pas sur l’or, mais ce sont aussi des générations débrouilles, qui réussissent à financer leurs projets d’une manière ou d’une autre, qui n’attendent rien d’un État ou de collectivités publiques qui meurent de leurs déficits, et qui savent s’éveiller aux saveurs du monde.

Ce mélange de plusieurs nationalités dans son même "chez-moi" que décrit Cédric Klapisch pourrait provoquer la peur des xénophobes repliés, des souverainistes frileux, etc. mais en fait, ceux-là me montrent qu’ils sont à mille lieux de la réalité sociale, car cette réalité sociale, ce sont les jeunes qui la façonneront dans quelques années et pour eux, le problème du nationalisme renfermé sera plié, à quelques jusqu’au-boutistes près.

Pourquoi n’est-ce pas un danger pour la culture française ? Parce qu’on ne peut connaître jamais mieux ses origines que lorsqu’on les quitte. C’est aussi simple que cela. Je me suis senti Lorrain dans le Dauphiné. Et jamais j’ai mieux parlé de la Lorraine, l’ai mieux défendue, promue, que lorsque je n’habitais pas en Lorraine. Le cosmopolitisme, c’est être ambassadeur de ses propres origines, mais pour cela, il faut les connaître, il ne faut pas en avoir peur. Ni honte. Ni même fier.

Le mélange des nationalités est une richesse, on le découvre à la fois par l’universalisme de l’humanité (les valeurs sont les mêmes, même si certaines sont réprimées politiquement), et par la richesse des différences. C’est exactement ce qu’a vécu Cédric Klapisch en faisant un cinéma très français tout en s’inspirant aussi de sa période new-yorkaise.

C’est à lui que je souhaite un bon anniversaire, au peintre d’un cosmopolitisme universel qui ne fait pas fondre les particularités nationales, au contraire, qui les redore, les promeut, les rend plus attractives. Ce sont elles, ces générations Erasmus, qui feront que l’Europe reste encore un espoir bien vivant et prometteur. Sûrement pas les vieux nationalistes aigris qui voudraient être revanchards, mais revanchards de quoi ? de leur vieillesse ? de leur jeunesse dont ils n’ont pas autant profité ? Bon anniversaire, monsieur Klapisch, et bravo pour votre œuvre de salubrité publique !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 août 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le programme Erasmus.
Cédric Klapisch.
Philippe Labro.
Adrian Monk.
Patrick Bouchitey.
Philippe Léotard.
Romain Goupil.
Isabelle Carré.
Claude Piéplu.
Michael Lonsdale.
Jean-Pierre Bacri.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiKlapischCedric03





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210904-cedric-klapisch.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/cedric-klapisch-peintre-de-la-235461

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/08/31/39115483.html











 

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27 août 2021 5 27 /08 /août /2021 03:44

« Il y a des moments dans la vie où une sorte de beauté peut naître de la multiplicité des discordances qui nous assaillent. » (Philippe Labro, "Les Gens", 2009, éd. Gallimard).



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Ce vendredi 27 août 2021, Philippe Labro fête son 85e anniversaire (il est né à Montauban). Il n’est pas vraiment facile de définir les activités de Philippe Labro et parler de touche-à-tout de l’audiovisuel obstrue sa partie littéraire, car il est doué aussi pour l’écrit.

Non seulement il est l’auteur de vingt-deux romans, dont le premier publié à l’âge 24 ans sur l’Amérique (passionné par les États-Unis, il a réussi à obtenir une bourse pour aller visiter les États-Unis quand il était jeune), mais deux d’entre eux ont failli recevoir le Prix Goncourt (car finalistes), en 1988 pour "Un été dans l’Ouest" et en 1990 pour "Le Petit Garçon".

Et probablement que le plus connu est "L’Étudiant étranger" (1986), lauréat du Prix Interallié : « La première fois que l’on tombe amoureux, la première que l’on vous ment, la première fois qu’on fait l’amour, la première qu’on perd une illusion, la première fois qu’on rencontre la beauté et son contraire. Les adultes et l’existence finissent par vous imposer le vieux précepte indispensable pour survire : on efface, et l’on continue. Mais rien n’efface la première fois, pas plus que sur le blanc immaculé d’un drap ne peut tout à fait disparaître la tache de sang d’une vierge qui ne l’est plus. ».

On peut donc présenter Philippe Labro comme un écrivain. À tel titre qu’il a consacré deux ouvrages à des problèmes de santé, une pneumopathie foudroyante avec dix jours en réanimation en 1996, "La Traversée" : « Il faut parler aux malades. (…) N’écoutez pas ceux qui vous disent que le malade (…) ne vous [entend] pas. Il faut parler à ceux dont on croit qu’ils ne sont plus en état de recevoir une parole, parce que, justement, la parole passe. Il suffit qu’elle soit parole d’amour. ». Et une dépression en 2003, "Tomber sept fois, se relever huit" : « Tout fait peine. La voix et le regard sont éteints ? Mais c’est tout votre corps qui l’est, éteint ! ».

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Probablement qu’il serait mieux défini comme d’abord un journaliste, passionné d’actualité. C’est parce qu’il est curieux et qu’il a envie de raconter ce qu’il voit, ce qu’il vit, qu’il est devenu journaliste. Son voyage aux États-Unis fut initiatique puisque cela lui a permis de publier son premier roman sur la vie d’Al Capone en 1960 (aux éditions Gallimard) sur une commande de Pierre Lazareff. Mais c’est dès 1957 qu’il est devenu reporter pour la station de radio Europe 1 et aussi en 1958 pour le mensuel féminin "Marie Claire", recruté par Louis Pauwels. Philippe Labro était alors connu pour son audace et son intérêt pour le cinéma, le théâtre, le Tour de France, etc. Il fut également chargé d’enquêter sur la catastrophe du barrage de Malpasset à Fréjus en 1959.

Après ses deux années de service militaire en Algérie, il fut ensuite reporter à "France-Soir" et a couvert l’assassinat de John F. Kennedy en 1963, lui qui connaissait si bien les États-Unis, au point qu’il a même été auditionné par la commission d’enquête américaine (cela a aussi donné l’ouvrage "On a tiré sur le Président" sorti en 2013 chez Gallimard). Il a multiplié ses engagements pendant cette période (années 1960 et 1970) : coproducteur d’une émission sur la future Antenne 2, chroniqueur au "Journal du dimanche", puis "Paris Match". Il a travaillé aussi pour TF1 et a présenté le journal télévisé de la mi-journée sur Antenne 2 en 1981-1982.

Son intérêt pour le cinéma fut tellement fort qu’il a même été un acteur, comme dans "Le chat et la souris" de Claude Lelouch (sorti le 3 septembre 1975 dans le (petit) rôle de l’amant de Michèle Morgan. On le retrouve aussi chez Jean-Luc Godard dans "Made in USA" (sorti le 23 janvier 1967). Et dans ses productions.

Car surtout, Philippe Labro est le réalisateur de huit long-métrage, dont certains ont eu de grands succès commerciaux : "Sans mobile apparent" (sorti le 15 septembre 1971) avec Jean-Louis Trintignant, Jean-Pierre Marielle, Stéphane Audran et Sacha Distel, "L’Héritier" (sorti le 22 mars 1973) avec Jean-Paul Belmondo, Charles Denner et Jean Rochefort, "L’Alpagueur" (sorti le 17 mars 1976) avec Jean-Paul Belmondo et Bruno Cremer, "La Crime" (sorti le 23 août 1983) avec Claude Brasseur, Jean-Louis Trintignant et Jean-Claude Brialy, et "Rive droite, rive gauche" (sorti le 31 octobre 1984) avec Gérard Depardieu, Nathalie Baye, Carole Bouquet et Bernard Fresson. Ces cinq films, dont il a aussi coécrit le scénario, ont eu chacun entre 1,3 et 2,0 millions d’entrées en salle. Son premier film fut un court-métrage sur Marie Dubois et Françoise Dorléac en 1966.

Au-delà de ses contributions cinématographiques, Philippe Labro a aussi contribué à la chanson française en écrivant certaines chansons d’interprètes célèbres comme Eddy Mitchell, Jane Birkin et surtout Johnny Hallyday (en particulier "Oh ! Ma Jolie Sarah !" en 1971.

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Philippe Labro a été longtemps un homme de radio, et pas seulement dans le contenu (rédacteur en chef en 1979) mais aussi dans le management : directeur des programmes de RTL de 1985 à 2000, il fut nommé en 1992 vice-président de RTL à l’époque où la station de radio était dirigée par Jacques Rigaud.

Aussi homme de télévision, il a participé en 2005 au lancement de la chaîne Direct 8 de Vincent Bolloré, et du journal du groupe "Direct-Matin" dont il a assuré la double vice-présidence (de la télévision et du journal).

En particulier, il a présenté l’émission "Langue de bois s’abstenir" de 2008 à 2021 (dernière émission le 28 mars 2021). Chaque dimanche soir sur Direct 8 puis D8 puis C8, une émission réunissant des éditorialistes pour commenter l’actualité, au concept assez ordinaire. J’ai trouvé que l’émission manquait de rythme et n’apportait pas une réelle valeur ajoutée aux nombreuses autres émissions à la télévision et à la radio où ce concept est régulièrement rodé (par exemple "C dans l’air" sur France 5, les débats contradictoires sur LCI, l’émission du soir sur France Inter, etc.).

L’émission a été supprimée en raison d’une audience trop faible (autour de 0,6% d’audience pour une moyenne mensuelle de la chaîne autour de 3%) et est remplacée depuis le 9 mai 2021 par une émission toujours présentée par Philippe Labro, toujours le dimanche soir, avec des invités commentateurs mais recentrée exclusivement sur l’actualité culturelle qui est l’une de ses valeurs ajoutées (le nom de l’émission est assez platement : "L’essentiel chez Labro").

Un peu comme pour d’autres hommes des médias, comme Jean-Pierre Elkabbach, Alain Duhamel, ou même Philippe Bouvard, Philippe Labro reste trop passionné par ses activités pour vouloir s’arrêter malgré l’âge : bon anniversaire !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 août 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Philippe Labro.
Romain Goupil.
Pierre Vidal-Naquet.
Éric Zemmour.
Dominique Jamet.
Olivier Duhamel.
Patrice Duhamel.
André Bercoff.
Jean-Louis Servan-Schreiber.
Alfred Sauvy.
Claude Weill.
Irina Slavina.
Anna Politkovskaïa.
Le Siècle de Jean Daniel selon Desproges, BHL, Raffy, Védrine et Macron.
Claire Bretécher.
Laurent Joffrin.
Pessimiste émerveillé.
Michel Droit.
Olivier Mazerolle.
Alain Duhamel.

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https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/philippe-labro-touche-a-tout-de-l-235314

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