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25 août 2021 3 25 /08 /août /2021 03:51

« À ses obsèques, tout le monde de la culture française est là, de Michel Piccoli à Nathalie Baye, de Patrice Chéreau à Claude Lelouch. Et leur peine est sincère. Chacun comprend que c’est la mort d’un "clown triste". Plus que la disparition du corps, c’est celle de l’esprit qui me frappe. L’esprit et la culture d’un homme qui lisait Homère dans le texte. Un artiste ne part jamais seul. Il emporte avec lui tout ce qu’il a créé et ceux qui l’ont accompagné. » (François Léotard, le 26 juillet 2017).



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Ce que raconte François Léotard de son grand frère, interrogé par Maryvonne Ollivry pour "Paris Match", sera toujours accompagné d’une certaine dose d’amertume et d’angoisse. C’était il y a vingt ans, le 25 août 2001, Philippe Léotard, l’acteur et aussi, sur le tard, le chanteur, est mort à Paris d’une insuffisance respiratoire après deux mois d’hospitalisation. Il allait avoir 61 ans (né le 28 août 1940 à Nice). C’était beaucoup trop tôt pour partir. C’est toujours trop tôt.

Pour François Léotard, énarque promis aux plus hautes sphères de l’État dans les années 1980, Matignon voire l’Élysée, c’était le dernier signal pour interrompre complètement sa carrière politique qui ne brillait déjà plus beaucoup à la fin des années 1990. Il avait "vengé" leur père, maire de Fréjus (depuis 2014, le maire est RN), injustement accusé d’avoir été responsable d’une terrible catastrophe (la rupture du barrage de Malpasset, le 2 décembre 1959, qui a fait 423 victimes), mais il s’était lassé de tous ces jeux de rôles politiciens, ces batailles d’ego, ces postures dérisoires, face à la vie et à la mort.

Son frère, lui, avait choisi l’émotion, le rire, les larmes, la culture, la liberté : « Tu sais, la victoire et la défaite, c’est pareil : ça se traduit par des larmes. ». Il était capable de jouer un peu tous les rôles, mais celui du paumé ou de l’éclopé de la vie devenait de plus en plus adapté, comme dans "Tchao Pantin" de Claude Berri avec Coluche (sorti le 21 décembre 1983), où il joue le rôle d’un inspecteur de police un peu terre brûlée. C’est ce que disait Claude Nougaro de lui le 16 septembre 1996 : « J’aime les grands brûlés. (…) J’aime les grands acteurs avec un seul rôle, celui de leur vie à tenir, à claquer, à brandir. (…) J’aime (…) ceux qui savent que la seule liberté que nous possédons, c’est de choisir ses barreaux. J’aime les poètes. » (Claude Nougaro a écrit les paroles de certaines chansons qu’il interprétait).

On pouvait comprendre l’homme avec cette phrase écrite en 1992 : « On ne me fera pas envier celui qui a eu raison sans aimer. » ("Pas un jour sans une ligne", éd. Les Belles Lettres). Et en 1997, avec cette forme de désespérance : « À un âge qui n’est plus pour moi la jeunesse, dans une ville qui n’est plus Paris, je n’espère de l’amitié des autres qu’une seule chose : la prochaine fois qu’un homme pleurera seul et nu dans une cave, que ce ne soit pas moi. » ("Clinique de la raison close", éd. Les Belles Lettres).

Ses amis Patrick Dewaere et Coluche avaient déjà pris la tangente : « La vie ment au songe. Mes amis partis, je me moque de moi. » ("Portrait de l’artiste au nez rouge", éd. Les Belles Lettres, 1988). Et lui était toujours au bord du vide, entre justement cette liberté et l’enfer de la dépression et des addictions, alcool et drogues, au bord d’un précipice parfois joyeux. La cocaïne : « Je ne crois pas que j’écrirais sans elle. (…) Elle est honnête, comme une vraie s@lope. Elle fait bander ma tête, pour le prix de mon sang. » (1997). Par provocation, quand son frère était Ministre de la Défense, lui se proclamait ministre de la défonce. Et quand il disait cela, François Léotard n’avait pas honte même si cela pouvait le gêner politiquement. Il admirait trop son frère.

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Une fratrie de sept enfants. Philippe était le troisième, mais le premier garçon, François le suivant, dix-neuf mois plus jeune. Philippe Léotard a étudié au lycée Henri-IV à Paris, il aurait pu être reçu à Normale Sup., il a poursuivi des études de lettres, a donné des cours de français et de philo. Saltimbanque et cultivé, l’air de rien. Grand séducteur, il était capable aussi de laisser filer son imagination et de raconter des histoires avec une force de persuasion inégalable. Ses yeux à peine ouverts, contraints par d’énormes paupières retombantes et des sourcils qui feraient la joie des caricaturistes, et ce sourire qui transperçait toutes les digues.

Il a commencé par faire du théâtre quand il était étudiant, créant en 1964 le Théâtre du Soleil avec notamment Ariane Mnouchkine, puis il s’est embarqué dans l’aventure cinématographique avec Claude Sautet et François Truffaut. Il a trouvé le succès à partir des années 1970, avec "Le chat et la souris" de Claude Lelouch avec Michèle Morgan et Serge Reggiani (sorti le 3 septembre 1975), puis "Le Juge Fayard dit le Shériff" d’Yves Boisset avec Patrick Dewaere (sorti le 12 janvier 1977) qui lui a valu une nomination aux Césars, et la consécration avec le César 1983 du meilleur acteur pour "La Balance" de Bob Swaim avec Nathalie Baye (sorti le 10 novembre 1982). Et bien sûr "Tchao Pantin". Philippe Léotard a tourné dans environ soixante-dix films.

Dans les années 1990, il a changé de direction et s’est surtout consacré à la chanson, interprétant notamment des œuvres de Léo Ferré pour son deuxième album. Sa reconversion fut saluée par la profession avec l’obtention de deux Grand Prix de l’Académie Charles-Cros en 1990 et 1994 pour ses deux premiers albums (il a sorti quatre albums) ainsi que le Grand Prix des poètes de la SACEM en 1997.

Une leçon de vie de Philippe Léotard ? Peut-être celle-ci : « Si chacun avait au moins la force et le courage de ne revendiquer, au moins, que ce droit-là : être soi-même, et n’en laisser personne décider à sa place, nous serions tous moins avares de solidarité, moins chiches de chaleur, moins embarrassés de nos embrassades, nous irions tous, chacun, toujours à la découverte de l’Autre, forcément autre, éternellement autre, comme soi-même, jamais lassés de fouiller l’inépuisable inconnu. » (1997).

Comme je l’ai indiqué plus haut, en avril 1993, au Printemps de Bourges, il provoquait son frère qui venait d’être nommé Ministre de la Défense : « Moi, je pourrais être ministre de la défonce. Chacun son truc, il vendra des missiles et moi des pétards. Pour nous distinguer, ce n’est pas difficile. Lui, c’est Léotard. Moi, c’est Monsieur Léotard. ». François Léotard ne vend toujours pas aujourd’hui des pétards, mais, grâce à son frère, il a arrêté de vendre des missiles.


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Sylvain Rakotoarison (21 août 2021)
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Pour aller plus loin :
François Léotard.
Patrick Bouchitey.
Philippe Léotard.
Romain Goupil.
Isabelle Carré.
Claude Piéplu.
Michael Lonsdale.
Jean-Pierre Bacri.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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10 août 2021 2 10 /08 /août /2021 03:09

« J’ai toujours bossé en artisan. Au départ, l’idée est née à l’occasion de parties de rigolades entre potes, où l’on détournait les voix des acteurs en regardant les films sans le son. Comme j’adorais les images animalières, je me suis mis à donner la parole aux animaux en improvisant chez moi. » (Patrick Bouchitey, le 24 décembre 2005).



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L’acteur (et réalisateur) Patrick Bouchitey fête son 75e anniversaire ce mercredi 11 août 2021. Moi, j’aime bien Patrick Bouchitey, c’est une réflexion un peu commune mais très française, et lui, il est un acteur français comme je les apprécie. Ils ne sont pas des stars, ils font juste leur métier et les spectateurs les savourent ainsi.

Bon, c’est vrai que j’ai eu une rencontre inopinée. J’étais avec une jeune collègue américaine (mais moins jeune que moi !) pour un séminaire à Antibes au mois de juin. Plutôt sympa. On ne peut pas toujours refuser de lier travail et conditions de travail sympathiques. Chaleur, plage mais aussi une grande efficacité dans la connaissance d’un sujet avec toutes les sommités internationales du sujet réunies dans un palais des congrès.

À la fin de la semaine du harassant travail (la plage n’était pas l’activité principale, je précise), retour à Paris par avion. Aéroport de Nice. Celui qu’on voit au loin, dans la Méditerranée. Petit avion, je suppose une cinquantaine de passagers. Le souvenir est déjà diffus, une vingtaine d’années. Petite salle d’embarquement. Carrée. Des chaises le long des quatre murs. Quelques sièges au milieu. J’étais avec ma collègue d’un côté et là, en face, à l’autre mur, j’ai aperçu un homme seul, plutôt bien habillé, dont le visage ne m’était pas inconnu. Il attendait aussi sagement que nous le départ. Il avait un ou deux bagages en cabine. Silencieusement.

Soudain, à grand renfort de musique, des animaux sont venus l’entourer, enlacer ses sacs, grimper dans son dos, jusque dans ses cheveux, et tous parlaient, rigolaient, faisaient la leçon. C’était très bruyant. J’avais l’impression d’être dans une basse-cour. Quand le haut-parleur s’est mis à crépiter, il s’est levé, et toutes les bestioles sont rentrées dans le chapeau du magicien. J’avais compris que j’avais croisé Patrick Bouchitey, plus connu par sa voix que par son visage, mais les deux étaient inséparables. M’étaient en tout cas familier.

Une dizaine d’années auparavant, Patrick Bouchitey avait eu effectivement l’excellente idée de rendre les animaux encore plus vivants que nature dans les documentaires animaliers, en les faisant parler (la série a été diffusée initialement sur Canal Plus à partir du 20 avril 1990). Un énorme succès très mérité, non seulement de notoriété mais aussi commercial (vente de VHS, de DVD, audience sur les sites Internet, etc.).

J’ai eu beaucoup de mal à expliquer à ma collègue américaine quel était exactement le métier de l’enchanteur qui avait jonglé avec tous ces animaux en face de nous (ma collègue était une amoureuse de chats). Alors, si j’avais su piétiner la décennie suivante, je lui aurais montré, tranquillement assis dans cette salle d’embarquement, ces vidéos-ci.





(Pour la petite histoire, la fin du voyage a laissé un arrière-goût d’insolite anxieux, l’avion a survolé Paris en tournant en rond une dizaine de fois et des camions de pompiers avec gyrophares allumés nous attendaient sur la piste.)

La télévision, Patrick Bouchitey la connaît assez bien pour avoir tourné quelques téléfilms intéressants (comme "Vents de colère" de Michael Raeburn), des œuvres historiques (de Josée Dayan, notamment "Le Comte de Monte-Cristo" et "Les Rois maudits") et en apparaissant dans un épisode de quelques séries assez suivies (par exemple : "Capitaine Marleau", "Profilage", "Nos chers voisins", "Scène de ménages", "Section de recherche", Kaamelott", "Camping Paradis", "Madame le Juge", "Les cinq dernières minutes", etc.).

Côté cinéma, Patrick Bouchitey a joué dans une cinquantaine de films, parfois dans les premiers rôles et parfois dans des films dits "cultes". Il sera encore à l’affiche cette année dans "Les Cinq Diables" de Léa Mysius, film dont le tournage a été un peu bousculé par la crise sanitaire.

Patrick Bouchitey s’est révélé comme un acteur majeur aux côtés de l’inimitable Patrick Dewaere dans "La meilleure façon de marcher", premier long-métrage de Claude Miller (sorti le 3 mars 1976). Patrick Dewaere et Patrick Bouchitey sont deux moniteurs de colonie de vacances, le second aussi le fils du directeur, Claude Piéplu. L’un opprime l’autre, sur fond de tendances faussement homosexuelles.

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On peut le voir aussi dans "Le plein de super" d’Alain Cavalier (sorti le 7 avril 1976), avec notamment Nathalie Baye et Étienne Chicot (un acteur que j’ai appris à apprécier, mort il y a juste trois ans) et, un peu plus tard, dans "La vie est un long fleuve tranquille" d’Étienne Chatiliez (sorti le 3 février 1988) où il jouait le rôle mémorable du curé (avec sa chanson "Jésus revient").

Patrick Bouchitey a continué avec Étienne Chatiliez dans des rôles plutôt mineurs dans "Tatie Danielle" (sorti le 4 avril 1990), "Le bonheur est dans le pré" (sorti le 6 décembre 1995), "Tanguy" (sorti le 21 novembre 2001) et "L’Oncle Charles" (sorti le 21 mars 2012) où il est le voisin d’Alexandra Lamy.

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On peut le voir aussi dans "Que les gros salaires lèvent le doigt !" de Denys Granier-Deferre (sorti le 3 novembre 1982) avec Michel Piccoli, Jean Poiret, Daniel Auteuil, Marie Laforêt, Florence Pernel, etc. ; dans "Mortelle randonnée" de Claude Miller (sorti le 9 mars 1983) avec Michel Serrault, Isabelle Adjani, Stéphane Audran, Guy Marchand, Macha Méril et Sami Frey ; dans "La tête en friche" de Jean Becker (sorti le 2 juin 2010) avec Gisèle Casadesus, Gérard Depardieu, Maurane, Claire Maurier, François-Xavier Demaison et Jean-François Stévenin.

Patrick Bouchitey a réalisé un film inspiré de nouvelles de Charles Bukowski, "Lune froide", coproduit par Luc Besson (sorti le 22 mai 1991), où il a joué aux côtés de Jean-François Stévenin (mort récemment, le 27 juillet dernier), l’un des deux principaux rôles, ceux de marginaux désabusés de la vie. Un film noir et blanc à l’atmosphère très spéciale (honorant la musique de Jimi Hendrix), où jouaient aussi Jean-Pierre Bisson, Roland Blanche, Jean-Pierre Castaldi et Jackie Berroyer.

L’autre film réalisé par Patrick Bouchitey, également coproduit par Luc Besson, c’est "L’imposture" (sorti le 25 mai 2005), où il a également le premier rôle, celui d’un écrivain raté (ou plutôt inexistant) qui rencontre son manuscrit tant espéré… écrit par une de ses étudiantes (jouée par Isabelle Renauld). Un film où l’on rencontre, entre autres, Jackie Berroyer, Étienne Chicot, Michel Field et Paula Jacques.

L’autre jour, j’ai appris que tous les animaux de la forêt, des steppes, de tous les documentaires de la BBC et même les pangolins chinois allaient souhaiter un bon anniversaire à cet acteur très sensible et très humoristique qui a contribué au génie français.


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Sylvain Rakotoarison (08 août 2021)
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Pour aller plus loin :
Patrick Bouchitey.
Philippe Léotard.
Romain Goupil.
Isabelle Carré.
Claude Piéplu.
Michael Lonsdale.
Jean-Pierre Bacri.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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5 juillet 2021 1 05 /07 /juillet /2021 03:34

« Je vois les ciels bleus et de blancs nuages
D’éclatants jours bénis, de sombres nuits sacrés
Et je pense en moi-même : Quel monde merveilleux ! »
("What a wonderful world", 1960).


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Le musicien de jazz internationalement réputé Louis Armstrong est mort il y a cinquante ans, le 6 juillet 1971, à New York, d’une crise cardiaque (en plein sommeil). Il avait une santé assez fragile et il n’allait avoir que 70 ans quelques jours plus tard (il est né le 4 août 1901 à La Nouvelle-Orléans).

C’est peu utile de présenter vraiment Louis Armstrong tant il représente par lui-même le jazz et la musique positive, avec une trompette en guise de voix qui a pris ses lettres de noblesse grâce au talent de Louis Armstrong. En fait, il a de moins en moins joué lui-même de la trompette et de plus en plus chanté car l’instrument lui détruisait les lèvres.

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Certes, Louis Armstrong n’était pas qu’un jazzman, il était un homme de scène, au charisme fou et surtout, un homme qu’on dit généreux et que je dirais surtout positif, qui respirait la joie de vivre et qui voyait beaucoup plus le verre à moitié plein que le verre à moitié vide.

Son "tube" qui est connu de tout le monde, parce qu’il a fait le tour du monde, pourrait être considéré comme naïf ou bisounours mais justement, non, il respire une tendresse, ou mieux, une philosophie de vie qu’il a toujours voulu bienveillante.










Ce qui est extraordinaire, c’est que c’est un "monstre" de la musique du XXe siècle et qu’il doit encore être reconnu comme tel. Intéressants à lire, les milliers de commentaires sur ses vidéos. Il y a quelques mois, un internaute s’est risqué à écrire : « Louis Armstrong isn’t dead, he’s just in another wonderful world. » [Il n’est pas mort, il est seulement dans un autre monde merveilleux]. Un autre : « Every time I lose faith in humanity I listen to this and a lil of it comes back. » [Chaque fois que je perds foi en l’humanité, je l’écoute et elle me revient un peu].

Louis Armstrong s’est produit de 1919 à sa mort, soit plus d’une cinquantaine d’années. On lui a reproché de ne pas s’être beaucoup battu pour les droits civiques aux États-Unis et pourtant, cela semble bien le contraire, il a énormément aidé financièrement des personnalités comme Martin Luther King, et on disait même qu’il était si généreux que la moitié de ses droits a été consacrée à des dons et œuvres pour diverses causes.

Dans le cadre de Nice Jazz Festival le 28 février 1948, il a découvert Suzy Delair chanter "C’est si bon". Il fut fasciné et a repris une version américaine de la chanson qu’il a enregistrée le 26 juin 1950. Ce fut rapidement un grand succès. Plus exactement, Louis Armstrong a écouté Suzy Delair à une répétition au Casino de Monte-Carlo. Le chef d’orchestre de celle-ci lui a fait remarquer qu’elle manquait de peps et, en colère, elle a claqué la porte et n’a jamais repris cette chanson qui fut interprétée plus tard notamment par Jean Marco, Lucien Jeunesse, Yves Montand, Eddy Mitchell, Tino Rossi, Eddie Constantine, Sophie Darel, Arielle Dombasle, Thomas Dutronc, Iggy Pop et Diana Krall, Sacha Distel, Ray Ventura, Roch Voisine, Maurice André, Mireille Mathieu, et dans la version américaine, Dolores Gray, Dean Martin, Barbara Streisand, etc. (et aussi Joséphine Baker, Marlene Dietrich, etc.).










C’était Henri Betti, le pianiste de Maurice Chevalier, qui a composé cette chanson en juillet 1947, assez rapidement (en quelques heures). Maurice Chevalier fut incapable d’y associer des paroles et proposa au parolier André Hornez de s’y coller et ce dernier imagina de faire interpréter la chanson par Suzy Delair après la bonne expérience dans un film d’Henri-Georges Clouzot ("Quai des Orfèvres", sorti le 3 octobre 1947). En effet, sur une composition de Francis Lopez (compositeur d’opérettes) et des paroles d’André Hornez, Suzy Delair est devenue une star en chantant "Avec son tralala" et "Danse avec moi". Mais celle-ci, trop irascible, lâcha l’affaire après une répétition médiocre.

La chanson la plus célèbre interprétée par Louis Armstrong fut "Hello, Dolly !", enregistrée le 9 mai 1964 (chanson qui fut interprétée aussi par Barbara Stresand, Annie Cordy, etc.).










Renommé pour ses improvisations, il était un boulimique des enregistrements, des tournées, etc. Pendant des dizaines d’années, Louis Armstrong, qui avait un petit orchestre et faisait de très nombreuses tournées, produisait environ trois cents concerts en moyenne chaque année. Il a aussi beaucoup collaboré avec d’autres artistes, en particulier avec la diva Ella Fitzgerald.






Voici, en guise de modeste hommage, un petit aperçu d’autres morceaux choisis de l’irremplaçable Louis Armstrong…






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Sylvain Rakotoarison (03 juillet 2021)
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Pour aller plus loin :
Louis Armstrong.
Jim Morrison.
Jimmy Somerville.
Ella Fitzgerald.
Serge Gainsbourg.
Fernandel.
Eddie Barclay.
Daniel Balavoine.
Jean Ferrat.
John Lennon.
Kim Wilde.

_yartiArmstrongLouis04




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3 juillet 2021 6 03 /07 /juillet /2021 03:19

« Les gens craignent plus la mort que la souffrance. Or, la vie est souffrance. La mort nous en délivre. N’est-elle pas alors notre meilleure alliée ? » (Jim Morrison).


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Philosophie ou sophisme ? Le chanteur américain Jim Morrison est mort il y a exactement cinquante ans, le 3 juillet 1971, à l’âge de 27 ans (il est né le 8 décembre 1943 à Melbourne). Il venait de "s’exiler" en France quelques mois auparavant pour rejoindre sa compagne. Paris n’était hélas pour lui qu’une longue suite de cuites et beuveries.

Les circonstances de sa mort, à Paris, restent encore aujourd’hui assez mystérieuses, probablement d’une overdose qu’il avait d’ailleurs imaginée : « Dans la vie, j’ai eu le choix entre l’amour, la drogue et la mort. J’ai choisi les deux premières et c’est la troisième qui m’a choisi. ». L’une des raisons du mystère, c’est sans doute qu’il a absorbé de l’héroïne dont il n’était pas un consommateur habituel, et cette drogue était fournie par le fils à papa d’une famille très respectée à Paris, par ailleurs compagnon de la chanteuse Marianne Faithfull. Il fallait à tout prix éviter une enquête policière qui aurait soulevé un scandale et même un incident diplomatique entre la France et les États-Unis. Officiellement, Jim Morrison serait mort d’une "crise cardiaque due à l’alcool, mort naturelle".

Certains ont parlé aussi de suicide, d’autres pensent même, à l’instar de certains fans illuminés d’Elvis Presley, qu’il serait toujours vivant et qu’il se serait extirpé du monde médiatique pour pouvoir avoir une vie tranquille. On peut s’étonner d’ailleurs que ces imaginations délirantes ne prolifèrent pas vraiment malgré l’écho que pourraient en donner désormais les réseaux sociaux et autres nouvelles technologies de la communication.

En tout cas, un cercueil dans lequel repose (en principe) Jim Morrison est enterré pas loin d’Oscar Wilde, son écrivain préféré, au Père-Lachaise selon ses vœux, à l’initiative d’une de ses amies, Agnès Varda, et sa tombe est parmi les plus décorées et fréquentées du cimetière. Une inscription en lettres grecques a été gravée que reprend mon titre ici. On a dû construire des barrières afin d’éviter la dégradation du lieu, car cet endroit était l’occasion de rassemblements nocturnes alcoolisés qui laissaient derrière eux des détritus et autres immondices.

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En mourant à 27 ans, Jim Morrison a suivi dans la macabre légende d’autres jeunes chanteurs qui, au même âge, par leur mode de vie complètement déséquilibré, ont aussi mis leur santé et leur vie en danger, en particulier Brian Jones (mort exactement deux ans avant Jim Morrison qui lui a consacré un poème), Jimi Hendrix et Janis Joplin. Il avait d’ailleurs inquiété ses amis lorsqu’il buvait (et se saoulait) en leur disant, prophétique : « Vous êtes en train de boire avec le numéro quatre ! ».

Jim Morrison, révolté, poète maudit, était surtout descendu dans l’enfer des drogues et de l’alcool, et a eu souvent des démêlés avec la police (notamment lors du concert le 1er mars 1969 à Miami), mais peut-être parce qu’il attirait des foules, peut-être parce qu’il correspondait comme un porte-parole d’une certaine jeunesse, celle de mai 68, on était indulgent avec lui, le génie étant toujours classé hors de la norme. Il était désespéré, provoquant, voire agressif, en tout cas transgressif, sur les addictions, la sexualité, etc. On a dit de lui qu’il était un poète et un philosophe, sans aucun doute un poète et un philosophe écorché : « L’extension logique de l’ego, c’est Dieu ! ».

À la suite de sa rencontre avec l’organiste exceptionnel Ray Manzarek, Jim Morrison a fondé le fameux groupe The Doors en 1965 (il avait 21 ans) avec le batteur John Densmore et le guitariste Bobby Krieger. The Doors a trouvé très vite son public avec "Light My Fire". Le groupe a connu un grand succès populaire mais pas autant que les deux groupes historiques du moment, The Pink Floyd et The Rolling  Stones.


1. "Light My Fire"






Deux ans plus tard, en 1967, le groupe a sorti son premier album, "The End" qui a connu aussi le succès et qui fut pris, bien plus tard, pour la bande originale du film "Apocalypse Now".


2. "The End"






Voici par ailleurs deux autres morceaux du groupe, un concert (diffusé sur Arte) lors de  l’apothéose du mouvement hippie (Ray Manzarek a dit par la suite : « Nous avons joué avec une furie contrôlée et Jim était en pleine forme vocale. »), un documentaire (aussi diffusé sur Arte) et un autre documentaire sur les derniers jours du chanteur à Paris.


3. "Riders On The Storm"






4. "Break On Through"






5. "Live At The Isle Of Wight Festival" (concert dans la nuit du 29 au 30 août 1970)






6. Documentaire Arte : "The Doors : When You’re Strange"






7. Autre documentaire : "Les derniers jours de Jim Morrison" (2006)






Parmi les dizaines de milliers de commentaires des vidéos sur Youtube, on peut lire cette réaction, écrite récemment, le 27 juin 2021, d’une internaute, Sandra, qui exprime, tant de temps après la mort de Jim Morrison, son admiration toujours intacte, de cette manière : « 50 ans plus tard, on a beau avoir écouté les Doors des milliers et des milliers de fois, on reste scotchés par la beauté, le lyrisme, la modernité, la poésie, l’avant-gardisme, c’est un classique qui s’écoute religieusement, bref, on le savait dès la première écoute, que nous serions marqués à jamais, merci les gars <3 ».


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Sylvain Rakotoarison (03 juillet 2021)
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Pour aller plus loin :
Louis Armstrong.
Jim Morrison.
Jimmy Somerville.
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Serge Gainsbourg.
Fernandel.
Eddie Barclay.
Daniel Balavoine.
Jean Ferrat.
John Lennon.
Kim Wilde.

_yartiMorrisonJim03





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22 juin 2021 2 22 /06 /juin /2021 03:39

« L’intérieur de mon âme désormais est à toi (…)
Alors le bonheur est à nous pour toujours
Je te suivrai jusqu’à la fin des temps
Je serai le sang qui coule dans tes veines
Je parcourrai avec toi jusqu’au bout du chemin
Tu seras mon tout, mon monde
Tu es, tu es, tu es, tu es, oh mec,
Tu es mon monde ! »



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Celui qui chante ces paroles d’amour "You Are My World" (en anglais évidemment), c’est Jimmy Somerville qui fête son 60e anniversaire ce mardi 22 juin 2021. Déjà 60 ans ! alors que le chanteur qui se lâchait ici était un p’tit jeune dandy, au look d’un Tintin au sourire un peu naïf et assumant, revendiquant même son homosexualité, ce qui, en 1985, n’était pas une chose très facile.

Cette sorte d’adolescent à la houppette qui se tortillait et dansait comme s’il avait envie d’aller aux toilettes a une voix extraordinaire qui lui permet d’utiliser plusieurs registres, chanter même du Gershwin ou du Gainsbourg.

En 1985, le chanteur anglais a créé avec Richard Coles un groupe qu’ils ont appelé "The Communards", en souvenir bien sûr de la Commune de Paris, un copain leur avait montré le mur des Fédérés au Père-Lachaise à Paris (un massacre qui a eu lieu il y a cent cinquante ans et un mois). Jimmy Somerville n’hésite pas non plus à revendiquer son "socialisme" et à se dire "rouge".

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Ce n’est pas du tout mon cas mais cela n’empêche pas que j’adore les premières chansons des Communards. Je me rends même compte que j’ai dû les écouter dès leur sortie, et au-delà de leur qualité, elles représentent aussi une part de mon contexte de vie de l’époque, comme c’est le cas pour de nombreux "tubes", et donc font place à une certaine nostalgie.

Le groupe n’a pas duré très longtemps, seulement de 1985 à 1988 avec deux albums seulement ("Communards" et "Red"). Chacun a repris sa liberté, Jimmy Somerville a repris une carrière en solo. Le premier tube des Communards, la chanson mise en avant ici, "You Are My World" est sortie le 12 octobre 1985. Quand je prends conscience de cette date, je suis terrifié à l’idée que j’ai vraiment dû l’écouter à sa sortie (merci Internet), à quelques jours près (dans mon esprit, c’était au début d’octobre 1985 !).


1. "You Are My World" (12 octobre 1985)






Très curieusement, le succès fut très mitigé au Royaume-Uni. En revanche, elle a bien pris en France et plus généralement en Europe. Ce sera le cas aussi les autres chansons. Les Communards ont eu un grand succès lors de leur passage à l’Olympia le 28 avril 1986, mais les salles étaient à moitié vides lors de leur tournée en Grande-Bretagne le mois suivant. Ce n’est qu’avec "Don’t Leave Me This Way", sorti le 2 août 1986, que le groupe a enfin trouvé le succès et son public dans son pays d’origine. Les Communards ont fait une nouvelle tournée en Europe en 1987 qui s’est terminé par six soirées à très grand succès à l’Olympia de Paris.


2. "Don’t Leave Me This Way" (2 août 1986)






L’engagement militant s’est aussi traduit à la suite d’un drame, avec la mort des suites du sida, le 11 février 1987, de l’ami qui avait fait découvrir à Jimmy Somerville et Richard Coles le mur des Fédérés, à savoir Mark Ashton, qui n’avait que 26 ans, militant des droits des homosexuels (LGBT) et membre du parti communiste britannique. Son militantisme a contribué à une prise de conscience au sein du parti travailliste. Cela a donné la chanson "For a Friend" sortie le 17 octobre 1987.


3. "For a Friend" (17 octobre 1987)






Intéressant aussi, le groupe voulait promouvoir l’émancipation des femmes et Jimmy Somerville, Richard Coles ainsi que Sarah-Jane Morris qui les a rejoints en décembre 1985, ont recruté pour leurs concerts une dizaines de musiciennes (femmes) afin de promouvoir les femmes dans ce milieu de la musique particulièrement machiste à l’époque et montrer que les femmes étaient aussi compétentes que les hommes dans ce domaine.

Au-delà des premières vidéos, je propose ici d’autres vidéos des tubes des Communards ainsi que deux concerts en "live" de 1986 (à Hanovre et à Turin), plus une série plus générale des œuvres de Jimmy Somerville avant, pendant et après les Communards.


4. "Disenchanted" (24 mai 1986)






5. "So Cold The Night" (2 août 1986)






6. "Tomorrow" (12 septembre 1987)






7. "Never Can Say Goodbye" (17 octobre 1987)






8. "There’s More To Love" (17 octobre 1987)






9. Concert à Hanovre le 2 octobre 1986






10. Concert à Turin en 1986






11. Rétrospective Jimmy Somerville






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 juin 2021)
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Pour aller plus loin :
Jimmy Somerville.
Ella Fitzgerald.
Serge Gainsbourg.
Fernandel.
Eddie Barclay.
Daniel Balavoine.
Jean Ferrat.
John Lennon.
Kim Wilde.

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15 juin 2021 2 15 /06 /juin /2021 03:08

« En toute chose inutile, il faut être divin ou ne pas s’en mêler. » (Paul Valéry, 1930).



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La divine diva américaine Ella Fitzgerald est morte il y a exactement vingt-cinq ans, le 15 juin 1996 à Los Angeles après avoir vécu ses dernières années très diminuée, aveugle et amputée des deux jambes. Elle avait 79 ans (née le 25 avril 1917). Elle était avant tout une voix exceptionnelle qui a fait résonner la planète entière, et aussi une joie de vivre, une détermination incroyables. L’amour incarné dans une femme.

Durant sa soixantaine d’années de carrière, elle a enregistré plus de soixante et onze disques. Elle a eu à la fois un énorme succès populaire, un succès durable, car elle a touché de nombreuses générations d’auditeurs, et donc un succès commercial, elle a vendu plus d’une quarantaine de millions d’exemplaires de ses disques, et aussi un succès critique, elle a reçu notamment quatorze Grammy Awards dont le dernier, en 1967, fut pour l’ensemble de son œuvre.

Elle a par ailleurs reçu de nombreuses reconnaissances comme une étoile au Hollywood Walk of Fame en 1960, une autre au National Women’s Hall of Fame en 1995, également deux prestigieuses médailles remises par les Présidents Ronald Reagan en 1987 et George H. W. Bush en 1992, etc. Elle est même un astéroïde, (découvert en 1979) et le thème d’une très belle chanson d’un de ses grands admirateurs français Michel Berger, chantée par France Gall (sortie le 24 août 1987, du vivant de la chanteuse : "Ella, elle l’a").

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Mais pourquoi écrire sur une chanteuse ? Il vaut mieux l’écouter, c’est plus efficace pour la découvrir ou la redécouvrir. Je voudrais rendre hommage à Ella Fitzgerald avec trois chansons que j’adore beaucoup. La première que je propose ici est une chanson de et avec Louis Armstrong : "Basin Street Blues". La deuxième : "Starlit Hour". La troisième : "Chewing Gum".

Sur le Web, j’en ai trouvé de belles versions, elles sont pérennes (c’est-à-dire que les ayants droit ont accepté leur diffusion) et par voie de conséquence, je regrette la présence de publicité en introduction (je regrette mais comprends).













Et pour avoir une vision d’ensemble plus large de l’œuvre vocale d’Ella Fitzgerald, je propose quatre recueils de chansons, parfois, là aussi, avec de regrettables publicités dont il ne faut pas négliger l’aspect positif : sans cela, sans ce modèle économique, pas de diffusion gratuite à tous et pas de joie à réécouter cette majestueuse chanteuse qui transcende allègrement les unités de temps et de lieu.
















Allez, je n’ai pas résisté, je termine sur cette chanson de Michel Berger chantée par France Gall qui a eu un très beau succès populaire (disque d’argent, Victoire de la musique, etc.) : « C’est comme une gaieté, comme un sourire, quelque chose dans la voix qui paraît nous dire "Viens !" ». Ce succès impressionnant se reflète aussi sur cette vidéo montrant aussi beaucoup d’images d’Ella Fitzgerald, issue d’une chaîne Youtube avec plus de 74,3 millions de vues depuis le 28 juin 2012 et 12 260 commentaires !






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Sylvain Rakotoarison (12 juin 2021)
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15 juin 2021 2 15 /06 /juin /2021 01:22

« La popularité n’est pas un critère de qualité. » (Claude Brasseur).


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Cette petite phrase est à la fois vraie et fausse. Vraie parce qu’un bon acteur doit surprendre, sait se mettre dans des rôles pour lesquels on ne l’imaginait pas. Mais c’est la théorie, car la pratique, c’est qu’un acteur populaire devient familier, crédible, vrai, comme un copain, ou un copain de ses parents, ce qui revient un peu au même. C’est effectivement le cas de l’ami Claude Brasseur qui s’est éteint à Paris ce mardi 22 décembre 2020 à l’âge de 84 ans (né le 15 juin 1936).

On ne pourra pas dire que c’était un fils à papa ou un papa de fiston, et pourtant, il était dans une véritable lignée familiale d’acteurs et de comédiens, son père, "l’historique" Pierre Brasseur, son fils Alexandre Brasseur. Quoi de plus normal d’épouser la passion familiale quand on n’a jamais vécu que dans cela étant petit ?

Claude Brasseur a joué au théâtre, au cinéma et pour la télévision. Une longue carrière, de 1955 à 2018. Une centaine de films au cinéma. Deux Césars (en 1977 et en 1980), quelques tentatives de Molières ("juste" des nominations)… et un public qui n’a jamais cessé de l’aimer parce qu’il est resté le copain de service.

Il y a bien sûr ses nombreux rôles au théâtre, on pourra retenir l’excellente pièce de Jean-Claude Brisville mise en scène par Jean-Pierre Miquel, "Le Souper", à l’occasion du Bicentenaire de la Révolution (créée le 20 septembre 1989 au Théâtre Montparnasse à Paris), avec deux personnages principaux : Talleyrand, joué par Claude Rich, et Fouché, joué par Claude Brasseur. Exceptionnel dialogue historique entre les deux hommes d’État situé le 6 juillet 1815, une date charnière de la France postrévolutionnaire. C’est devenu aussi un film, l’adaptation fut réalisée par Édouard Molinaro en 1992 (la pièce fut jouée aussi en 2015 avec Niels Arestrup et Patrick Chesnais).

Mais Claude Brasseur a surtout été connu par le cinéma. Il a d’abord eu des "petits rôles", comme dans "Le Viager" de Pierre Tchernia (sorti le 2 février 1972) où il campait le rôle de l’héritier des Galipeau, devenu petit malfrat avec son complice Jean Richard. Son premier grand rôle fut pour "Les Seins de glace" de Georges Lautner (sorti le 28 août 1974), aux côtés de la divine Mireille Darc et Alain Delon.

Trois séries de films ont cependant établi sa notoriété et sa popularité.

Il y a eu "La Boum" de Claude Pinoteau (sorti le 17 décembre 1980) où Claude Brasseur partage avec Brigitte Fossey la dure vie de parents de l’adolescente Sophie Marceau. Un film culte, qui a propulsé la carrière de la toute jeune Marceau. Ce film a eu une suite "La Boum 2" (sorti le 8 décembre 1982).

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Dans ces deux films, au-delà du père (et du mari), Claude Brasseur était un bon copain dans une bande de copains. Ce rôle lui allait à merveilles et cela avait fait l’excellence de deux films antérieurs réalisés par Yves Robert, "Un éléphant ça trompe énormément" (sorti le 22 septembre 1976) et sa suite "Nous irons tous au paradis" (sorti le 9 novembre 1977). Il était jusqu’à aujourd’hui le dernier survivant de cette bande de copains impayables : il y a Claude Brasseur, Jean Rochefort, Guy Bedos et Victor Lanoux. Claude Brasseur y est vendeur de voitures …et homosexuel, ce qui, à l’époque, était un thème assez novateur (années 70, celles de l’audace au cinéma).

On retrouve ces quatre compères dans "Le Bal des casse-pieds" toujours d’Yves Robert (sorti le 12 février 1992), dans d’autres situations et aux côtés de Miou-Miou, Jacques Villeret, Jean Carmet, Jean Yanne et Michel Piccoli

Enfin, troisième série de films, peut-être pas de la meilleure qualité mais néanmoins très populaires, qui ont redonné une nouvelle popularité à Claude Brasseur, pour une nouvelle génération d’admirateurs : "Camping" de Fabien Onteniente (trois numéros, sortis les 26 avril 2006, 21 juin 2010 et 29 juin 2016), le troisième "Camping" était son avant-dernière apparition au cinéma. Là, il joue le touriste de camping assez (beaucoup) beauf, Jacky Pic, recordman d’ancienneté, avec la petite troupe de campeurs récurrents : Mylène Demongeot (la femme de Jacky Pic), Franck Dubosc (le dragueur), Mathilde Seigner et Antoine Duléry, etc.

Pour compléter très succinctement le tableau, on peut bien sûr citer l’excellent film de Robin Davis "La guerre des polices" (sorti le 14 novembre 1979) où les commissaires Claude Brasseur et Claude Rich se font la guerre avec une Marlène Jobert entre les deux. Ce film a valu au Claude Brasseur son César du meilleur acteur. Malgré une fin qui est loin du "happy end"…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 décembre 2020)
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Pour aller plus loin :
Michel Piccoli.
Robert Hossein.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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28 mai 2021 5 28 /05 /mai /2021 03:46

« J’apprécie qu’un rôle m’apprenne plus que ce que je lui apporte. » (Isabelle Carré, novembre 2015).


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L’actrice Isabelle Carré fête son 50e anniversaire ce vendredi 28 mai 2021. Elle est de la même génération que Marina Foïs et elles sont toutes les deux des actrices irremplaçables du cinéma français qu’il faut bien avouer que j’adore ! Isabelle Carré montre une personnalité contrastée : elle a tout le profil d’une véritable star, et "en même temps", elle semble être une femme ordinaire, manquant de confiance en elle, timide, sensible, au sourire gêné, bref, hyperémotive.

J’ai évoqué son émotivité : justement, Isabelle Carré a pensé que son émotivité serait domptée par son futur métier d’actrice, un peu comme le bégaiement de François Bayrou a été dompté par ses métiers demandant une bonne élocution : enseignant et homme politique. Cela montre à la fois courage et volonté.

Isabelle Carré a notamment suivi le cours Florent et l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre. Elle a commencé avec le "Dialogue des Carmélites" de Bernanos au théâtre à Lille et à Paris en 1987 et avec un petit rôle dans une comédie au cinéma, "Romuald et Juliette" de Coline Serreau (sorti le 22 mars 1989), avec Daniel Auteuil et Firmine Richard. Isabelle Carré est douée à la fois au cinéma et au théâtre. Elle a été déjà très largement récompensée pour ses nombreuses prestations ; elle a reçu le César de la meilleure actrice en 2003 (nommée quatre fois par ailleurs) et trois Molières au théâtre en 1999, en 2004 et en 2019.

J’ai découvert Isabelle Carré dans un film touchant, sorte de conte pour enfants, "Le Renard et l’Enfant" de Luc Jacquet (sorti le 28 novembre 2007), le réalisateur du film documentaire "La Marche de l’Empereur". Dans cette histoire qui reprend un des thèmes favoris du "Petit Prince" de Saint-Exupéry (comment apprivoiser un ami ?), elle n’y apparaît pas longtemps, du moins son image, mais sa voix domine tout ce film et montre aussi une autre qualité de l’actrice : sa capacité à lire.

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Elle a ainsi enregistré de nombreux livres audio (Stefan Zweig, Colette, Boris Vian, etc.) et a fait des séances de lecture publique. Du reste, elle est devenue conteuse et même romancière, avec ses propres textes. Son premier roman "Les Rêveurs" sorti le 10 janvier 2018 (éd. Grasset) a été salué tant par la critique que par les lecteurs (elle a même obtenu le Grand prix RTL-Lire, et d’autres récompenses). Du Festival de Cannes, elle est passée au Salon du Livre de Paris (où elle a fait des lectures publiques). L’an dernier, elle a publié un autre roman "Du côté des Indiens" (éd. Grasset).

Romancière, elle a adopté un peu le look de la prof de français très sage, avec des lunettes très voyantes, mais elle n’a pas pour autant quitter ses rôles au cinéma ou au théâtre. Cela l’a changé de l’apparence de la petit fille timide au sourire un peu crispé qu’elle a pu montrer dans sa déjà longue carrière cinématographique (plus de trente ans).

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Excellente actrice, elle l’est assurément quand elle est capable d’assurer des rôles très diversifiés, entre la jeune femme séduisante de "Quatre étoiles" de Christian Vincent (sorti le 3 mai 2006), avec José Garcia et Yvonne, la femme de De Gaulle (Lambert Wilson) dans le "De Gaulle" de Gabriel Le Bomin (sorti le 4 mars 2020), la jeune femme malade d’Alzheimer dans "Se souvenir des belles choses" de Zabou Breitman (sorti le 9 janvier 2002) et la capitaine de police dans "Des Vents contraires" de Jalil Lespert (sorti le 14 décembre 2011). Elle est, en outre, la mère d’une lycéenne (Joséphine Japy) dans la comédie dramatique  "Respire" de Mélanie Laurent (sorti le 12 novembre 2014).

Dans "La Femme défendue" de Philippe Harel (sorti le 13 mai 1997), Isabelle Carré a eu l’un de ses premiers grands rôles, où elle ne fait qu’apparaître devant la caméra durant tout le long-métrage, dans un jeu de séduction avec un homme marié (elle a obtenu pour ce film le Prix Romy-Schneider de l’espoir du cinéma français, un prix qui ne pouvait que combler l’admiratrice de Romy Schneider). Elle a fait partie des premiers rôles dans le décousu et loufoque film de Jean-Michel Ribes "Musée haut, musée bas" (sorti le 19 novembre 2008), aux côtés de Pierre Arditi (son mari), Michel Blanc, Gérard Jugnot, Laurent Gamelon, Julie Ferrier, Daniel Prévost, etc. Un autre de ses premiers rôles (elle n’a que 19 ans), ce fut pour "La Reine blanche" de Jean-Louo Hubert (sorti le 8 mai 1991), avec Catherine Deneuve, Richard Bohringer, Bernard Giraudeau et Jean Carmet.

Par ailleurs, Isabelle Carré a joué avec Jacques Villeret, Jacqiues Dufilho, Michel Serrault, Jacques Gamblin, André Dussolier, Suzanne Flon et Gisèle Casadesus dans "Les Enfants du marais" de Jean Becker (sorti le 3 mars 1999) ; avec Denis Podalydès, Karin Viard, Juliette Binoche, Benoît Magimel, Robin Renucci, Patrick Chesnais, Ludivine Sagnier et Michel Robin, dans "Les Enfants du siècle" de Diane Kurys (sorti le 22 septembre 1999) ; avec François Cluzet et Gérard Depardieu (entre autres) dans "Le Hussard sur le toit" de Jean-Paul Rappeneau (sorti le 20 septembre 1995) ; avec Samuel Le Bihan et Audrey Tautou dans "À la folie… pas du tout" de Laetitia Colombani (sorti le 27 mars 2002) ; et avec Valérie Bonneton et Didier Bourdon dans "Garde alternée" d’Alexandra Leclère (sorti le 10 décembre 2017) dans une comédie relativement "machiste". Elle a aussi joué avec Kristin Scott Thomas, Jean-Pierre Bacri et Claude Rich, dans "Cherchez Hortense" de Pascal Bonitzer (sorti le 5 septembre 2012).

Mine de rien, sa carrière est impressionnante de richesse et de diversité, et n’attend que d’être poursuivie pour le plus grand bonheur des cinéphiles. Très bon anniversaire !

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Sylvain Rakotoarison (24 mai 2021)
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Pour aller plus loin :
Isabelle Carré.
Claude Piéplu.
Michael Lonsdale.
Jean-Pierre Bacri.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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24 mai 2021 1 24 /05 /mai /2021 03:12

« Au loin déjà la mer s’est retirée
Mais dans tes yeux entrouverts
Deux petites vagues sont restées
Démons et merveilles
Vents et marées
Deux petites vagues pour me noyer. »
(Jacques Prévert, "Paroles", 1946)



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Il y a quinze ans, le 24 mai 2006, un comédien, un acteur que j’adorais, s’est éteint. Claude Piéplu, avec sa bonhomie un peu sentencieuse, sa diction insistante, son humour un peu british, son indignation souriante, venait d’avoir 83 ans (né le 9 mai 1923).

Grand acteur de cinéma (surtout des comédies qui ont fait les délices de la culture française), et encore plus grand acteur de théâtre (son vrai métier), Claude Piéplu était aussi une voix, une voix inimitable qui s’est immortalisée (un peu trop, à son goût) dans la narration de la célèbre série télévisée des Shadoks, de son compère Jacques Rouxel.

Ni cinéma ni Shadok pour cet article mais une rencontre au théâtre. La mémoire d’Internet ou les archives du Web n’ont pas su me renseigner sur la date exacte, mais je pense qu’il s’agissait de l’automne 1997. Alors que je terminais ma journée au bureau sur le coup de 19 heures, 19 heures 30, un collègue m’a informé qu’il y avait Claude Piéplu au Théâtre de Fontainebleau le soir même pour une lecture de Jacques Prévert.

Fontainebleau fêtait Jacques Prévert, qui a même dédié un poème sur le taureau de Rosa Bonheur devant L’Aigle noir de Fontainebleau, un hôtel (« Un peu plus loin tout autour/ Il y a la forêt/ Et un peu plus loin encore/ Joli corps/ Il y a encore la forêt/ Et le malheur/ Et tout à côté le bonheur/ Le bonheur avec les yeux cernés »).

Je pense qu’il s’agissait du 20e anniversaire de sa disparition (en 1977) mais il pouvait aussi s’agir du 100e anniversaire de sa naissance (en 2000), le seul indice, c’est qu’il ne faisait pas encore nuit quand je me suis rendu à ce théâtre municipal qui fait la réputation culturelle de la ville napoléonienne.

Je n’avais pas besoin qu’on me le répétât une seconde fois pour m’y rendre immédiatement. J’adorais Claude Piéplu et le voir, l’écouter sur une scène de théâtre était pour moi comme une magie venue du ciel. Certes, je pouvais toujours réserver une place au théâtre, puisqu’il devait régulièrement jouer, au moins dans des théâtres parisiens, mais réserver reste pour moi une véritable épreuve : généralement, il faut s’y prendre trois voire six mois en avance, et il faut bien avouer que je suis bien incapable de savoir où je serai à ce moment-là, trop lointain. Le principe des réservations est comme une prison du temps, qui empêche la liberté de mouvement.

Alors, ce soir-là, c’était une occasion unique, un émerveillement divin, même si Prévert était plutôt "bouffe-curés" : le théâtre était ouvert, l’entrée était même gratuite (j’aurais pu payer), et, comble d’incroyable, la salle était à peine à moitié remplie. J’ai pu me placer là où je souhaitais. Apparemment, cette représentation avait joui d’une trop faible publicité et personne n’était au courant.

Je crois que l’exercice s’appelait "Poésie sur Paroles". En clair, Claude Piéplu, avec sa verve, lisait des poèmes de Jacques Prévert issus de "Paroles", sorti il y a soixante-quinze ans maintenant. J’ai passé une soirée enchantée. Inoubliable !

Soyons bien clairs, je n’étais pas venu pour Jacques Prévert, mais bien pour Claude Piéplu, et pourtant, l’événement, faisant partie d’autres manifestations, concernait d’abord l’hommage à Jacques Prévert. J’ai même eu une certaine honte, car j’avais "appris" Jacques Prévert à l’école, et ce soir-là, je m’étais rendu compte que je n’avais, depuis, plus jamais rouvert un livre de Jacques Prévert.

C’est le risque de mettre un auteur au programme scolaire, le risque d’attendre très longtemps avant de le redécouvrir avec des yeux d’adulte, avec une maturité intellectuelle ou artistique qui donne une autre approche de l’auteur, beaucoup moins scolaire. Comme j’ai béni ma prof de philosophie de ne pas avoir mis Albert Camus au programme (qui sait ? Peut-être ne l’aurais-je pas découvert avec mes yeux de 20 ans, si en attente de ses mots ?).

Michel Houellebecq, qui déteste Prévert, quelques années après cette soirée (en 2005 chez Flammarion), n’hésitait pas à le couvrir de ridicule : « Jacques Prévert est quelqu’un dont on apprend des poèmes à l’école. Il en ressort qu’il aimait les fleurs, les oiseaux, les quartiers du vieux Paris, etc. L’amour lui paraissait s’épanouir dans une ambiance de liberté ; plus généralement, il était plutôt pour la liberté, portait une casquette et fumait des Gauloises (…). La forme est cohérente avec le fond (…). Si Prévert écrit, c’est qu’il a quelque chose à dire ; c’est tout à son honneur. Malheureusement, ce qu’il a à dire est d’une stupidité sans bornes ; on en a parfois la nausée. (…) Si Jacques Prévert est un mauvais poète, c’est avant tout parce que sa vision du monde est plate, superficielle et fausse. Elle était déjà fausse de son temps ; aujourd’hui, sa nullité apparaît avec éclat, à tel point que l’œuvre entière semble le développement d’un gigantesque cliché. ».

C’est son avis mais pas le mien. Ou alors, c’était peut-être le mien avant la rencontre avec Claude Piéplu à Fontainebleau. Bon, c’est vrai, Houellebecq est un provocateur et rien de mieux que prendre quelques icônes consensuelles et les frotter à la kalachnikov. Peut-être n’avait-il pas eu la chance d’écouter Piéplu dans sa lecture de Prévert ?

Parce qu’elle m’a ouvert d’autres horizons. Le ton exceptionnel m’a apporté une seconde vie à Prévert. J’ai immédiatement retrouvé des mots qui faisaient sens, des expressions, des jeux de mots aussi, légers mais si savoureux, que ce Prévert-là, peut-être celui d’une époque révolue, nostalgique des années 1950, représente sans doute plus le génie français que Houellebecq dont j’apprécie pourtant énormément les romans, plutôt tournés vers le futur, ou plutôt, vers le "no future". C’est sûr, la vision romanesque de Houellebecq n’est pas la même. Les deux sont pourtant nécessaires, même si pas compatibles.

Des exemples ?
"Vous allez voir ce que vous allez voir" :

« Une fille nue nage dans la mer
Un homme barbu marche sur l’eau
Où est la merveille des merveilles
Le miracle annoncé plus haut ? »

"L’inventaire" était bien entendu lu par Claude Piéplu, ce poème qui a donné l’expression du "catalogue à la Prévert" est à la fois très connu mais suffisamment insolite pour qu’on en soit toujours étonné, étonné d’un mot, d’une chose.

J'ai trouvé sur Internet cette description d'Edgar Davidian le 10 novembre 1997 : « Verbe plein d’humour et de tendresse, verbe à la verve franche, brutale, cocasse, satirique et humoristique. Prévert avec son accent populaire, sa générosité sans prétention philosophique (...) auquel Claude Piéplu prête, avec talent, voix et vie. (...) Avec une chaise et une table pour tout décor, avec quelques notes de piano égrenées comme intermède musical entre deux poèmes, Claude Piéplu a réussi la gageure de restituer l’esprit facétieux d’un Prévert idéaliste qui rêve de la joie de vivre pour tous... Et c’est ce rêve peut-être qui donne à ces vers les plus frais et les plus émouvants, un curieux accent de mélancolie... ».

Claude Piéplu aimait la littérature française, il aimait lire et il aimait Prévert. C’est pour cela qu’il s’est prêté au jeu, en dehors de tout commerce, simplement, très simplement, presque honteusement avec des places vides devant lui. D’ailleurs, je ne m’explique toujours pas ce théâtre si vide, était-ce le soir d’un match de football important ? Je ne vois pas autre chose pour rendre déserte l’une des cathédrales de la culture francilienne où officiait l’un de ses grands prêtres.

J’étais allé seul à ce "récital", et le collègue qui m’avait averti n’était finalement pas venu non plus. Peut-être était-il, comme d’autres, à un dîner en ville, ce que Prévert proposa comme "Tentative de description d’un dîner de têtes à Paris-France" :

« Ceux qui pieusement…
Ceux qui copieusement…
Ceux qui tricolorent…
Ceux qui inaugurent…
Ceux qui croient…
Ceux qui croient croire…
Ceux qui croa-croa…
Ceux qui ont des plumes…
Ceux qui grignotent…
Ceux qui andromaquent… »
etc.

Ah… Claude Piéplu, reviens !
Ta voix résonne aux entrailles de la culture française !


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Sylvain Rakotoarison (23 mai 2021)
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Pour aller plus loin :
Jacques Prévert.
Claude Piéplu.
Michael Lonsdale.
Jean-Pierre Bacri.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
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24 mai 2021 1 24 /05 /mai /2021 01:39

« Ce doux mystique a travaillé avec les plus grands (Bunuel, Welles, Truffaut, Eustache, Spielberg…) sans cesser d’expérimenter, en s’aventurant dans l’avant-garde, en devenant même une sorte de parrain pour la nouvelle garde du cinéma français (Bruno Podalydès, Thierry Jousse, Sophie Fillières, Nicolas Klotz…). Jamais installé, Lonsdale. Toujours, il chemine, lentement, migre à travers les continents et les époques. À la fois pèlerin et mammouth. » (Jacques Morice, "Télérama", 2010).



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Quelle tristesse d’apprendre la mort de Michael Lonsdale, ce géant du cinéma et du théâtre, qui s’est éteint dans son sommeil à Paris ce lundi 21 septembre 2020 à l’âge de 89 ans (il est né le 24 mai 1931 à Paris). Selon le journal lyonnais "Le Progrès", le cardinal Philippe Barbarin (ancien archevêque de Lyon) était à ses côtés, à son chevet, la veille de sa mort. D’origine franco-britannique et irlandaise, Michael Lonsdale s’était converti au catholicisme en 1953 et a toujours montré un intérêt très fort pour la religion (ce qui lui a valu le rôle qui lui a donné la consécration de la profession).

C’est un peu commun de dire qu’un acteur dégage une forte présence dans une œuvre, puisque c’est justement le rôle de l’acteur d’être présent et de faire exister par lui une œuvre (théâtrale ou cinématographique). Ce l’est donc pour Michael Lonsdale mais en plus fort encore. Car dans ses plus de cent cinquante films auxquels il a participé, il n’a eu souvent que des rôles mineurs, ou, plus exactement, secondaires, mais sa présence justement n’en faisait plus des rôles mineurs : sa voix très grave, très rassurante, enfin, aussi rassurante qu’un médecin qui cherche à ménager son patient avant de confirmer un méchant diagnostic, était là pour rappeler sa présence. Le comédien chuchotait à ses débuts, parlait à voix trop basse.

Michael Lonsdale a été formé au cours d’art dramatique de Tania Balachova, il y avait Antoine Vitez, Jean-Louis Trintignant, etc. Au théâtre, il a joué dans une soixantaine de pièces de grands auteurs comme Samuel Beckett, Marguerite Duras, Friedrich Dürrenmatt, François Billetdoux, Eugène Ionesco, Georges Perec, Aimé Césaire, etc. Il aimait tellement le théâtre qu’il a créé en 1972 le Théâtre musical des Ulis (subventionné). Mais il n’a pas voulu entrer à la Comédie-Française, il voulait garder son indépendance et éviter les sentiers battus, créer de nouveaux personnages et de nouvelles pièces.

Au cinéma, Michael Lonsdale a joué avec les plus (ou moins) grands réalisateurs (en plus de la liste citée plus haut et ceux cités plus loin, rajoutons notamment Louis Malle, Jean-Pierre Mocky, Gérard Oury, Michel Deville, Yves Robert, René Clément, Gilles Grangier, Marcel Carné, Jean-Luc Godard, Jacques Rivette, Bertrand Blier, Milos Forman, Yves Boisset, Georges Lautner, etc.), dans des types de film très diversifiés, des rôles aussi très divers mais souvent inquiétants, lugubres, mystérieux, voire méchants, ou alors dans des rôles d’autorité (prêtre, policier, ministre, etc.). Aussi dans de nombreuses productions anglophones (puisqu’il était bilingue).

Dans les dernières années de sa vie, il arborait une barbe gris blanc avec des cheveux de même couleur, un peu à la manière de Panoramix ou d’un Père Noël (sans le déguisement), et pourtant, il n’était pas si éloigné, en look, de ses jeunes années. Des cheveux coiffés toujours de la même manière, une bouche très délicate qui laissait échapper l’esprit de finesse là où les yeux quasi-autoritaires imposaient une certaine soumission confortée par la voix. La corpulence aussi complétait l’esprit de terreur dont il pouvait se couvrir en cas de besoin.

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Oui, Michael Lonsdale faisait partie du cinéma français des belles années au même titre que de nombreux prodigieux acteurs comme Michel Bouquet, Jean-Pierre Marielle, Michel Aumont, Claude Piéplu, Jean Rochefort, Jean Bouise, Jacques François, Claude Rich, Michel Piccoli, etc. Il lui manqua sans doute quelques premiers rôles dans des grands films, mais cette frustration est très fréquente dans la profession, comme l’a confié Jean Piat pas mécontent d’avoir privilégié le théâtre sur le cinéma.

Dans "Hibernatus" d’Édouard Molinaro (sorti le 10 septembre 1970), Michael Lonsdale est le médecin expert en hibernation. Son ton posé en fait un médecin très crédible, et on aurait même pu l’imaginer sur les plateaux de télévision parler du covid-19 ces derniers mois. Il s’est bien entendu avec Louis de Funès qu’il qualifiait pourtant de "tyran" sur le plateau du tournage : « J’ai compris très vite qu’il fallait toujours improviser, ne pas chercher à caser ses répliques, car lui était incapable de dire une réplique normalement. (…) Moi, je jouais plutôt avec ce qu’il faisait, du coup, on s’est amusé, il était content que je sois à l’aise dans l’impro et m’a félicité. (…) Madame de Funès débarquait souvent sur les plateaux pour demander aux gens, mine de rien, leurs opinions politiques, histoire de vérifier qu’il n’y avait pas trop de communistes. (…) Quand elle m’a posé la question je lui ai répondu que j’étais d’extrême centre. Elle n’a pas compris l’astuce. » ("Les Inrocks" de juillet 2011).





Dans l’excellent film d’Alain Resnais "Stavisky" (sorti 15 mai 1974), retraçant la course folle d’un escroc qui fut l’un des grands scandales politiques de la Troisième République, Michael Lonsdale continue à jouer un médecin aux côtés de Jean-Paul Belmondo et d’Anny Duperey. Tandis qu’il est le méchant milliardaire Hugo Drax dans le James Bond "Moonraker" de Lewis Gilbert (sorti le 26 juin 1979), l’ennemi de Roger Moore.





Avec "Section spéciale" de Costa-Gavras (sorti le 23 avril 1975), le sujet abordé est très grave (la décision d’exécuter arbitrairement cinq innocents sous l’Occupation) et Michael Lonsdale est l’ignoble Ministre de l’Intérieur Pierre Pucheu (pas plus ignoble que le Ministre de la Justice magistralement joué par l’impressionnant Louis Seigner). Les magistrats dans ce film sont nombreux : Pierre Dux, Michel Galabru, Jacques François, Jean Bouise, Claude Piéplu, Jacques Perrin, Julien Guiomar, etc. Même période noire dans "Monsieur Klein" de Joseph Losey (sorti le 22 mai 1976) aux côtés d’Alain Delon et Jeanne Moreau.





Adapté du roman d’Umberto Eco, "Le Nom de la rose" de Jean-Jacques Annaud (sorti le 24 septembre 1986) met en scène Michael Lonsdale dans le rôle de l’abbé, aux côtés d’autres grands acteurs comme Sean Connery.





Dans "Ma vie est un enfer" de Josiane Balasko (sorti le 4 décembre 1991), il joue l’archange Gabriel aux côtés notamment de Daniel Auteuil.





Dans l’étonnant film de James Ivory "Les vestiges du jour" (sorti le 5 novembre 1993), Michael Lonsdale est Dupont d’Ivry et fait au nom de la France de la "diplomatie de château" avec d’autres représentants, britanniques, allemands et américains, alimentant une naïveté allant jusqu’à la surprise d’être face à des interlocuteurs américains et allemands très cyniques, l’idée restant d’éviter la Seconde Guerre mondiale.

L’un des rôles les plus troublants de Michael Lonsdale fut sans doute dans "Nelly et Monsieur Arnaud" de Claude Sautet (sorti le 18 octobre 1995), celui d’un maître chanteur doublé de lâche et "parasite", qui interrompt le duo entre Michel Serrault et Emmanuelle Béart.

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En jouant Frère Luc, l’un des moines de Tibhirine qui ont été kidnappés le 20 avril 1996 puis assassinés par des terroristes islamistes algériens, dans le film de Xavier Beauvois "Des hommes des dieux" (sorti le 8 septembre 2010), aux côtés de Lambert Wilson, Michael Lonsdale ne pouvait que s’épanouir dans un rôle qui lui tenait à cœur et qui lui a apporté son unique César (du meilleur acteur de second rôle) le 25 février 2011. Il expliquait en 2010 : « En France, on est étiqueté. Voyez mes rôles d’Église : curé de campagne, moine, prêtre révolutionnaire, évêque, cardinal, pape, j’ai tout fait. Y compris l’archange Gabriel (…). Je m’étais juré d’arrêter. Mais le film de Beauvois, c’était impossible de refuser. » ("Télérama").





Par ailleurs, Michael Lonsdale est aussi un artiste peintre reconnu et l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, dont un hommage à Charles Péguy sorti en 2014 ("Entre ciel et terre", éd. Cerf) : « Son œuvre est pour moi une forme d’apostolat. Le moi sentimental et le moi religieux y sont confondus. Il me touche car il a toute sa vie cherché l’unité intérieure, et que ce fut dans la confusion. Les paradoxes, les contradictions, les contrastes me le rendent encore plus attachant. (…) Son constat de désolation et de choses prdues est impressionnant. Prophétique même. Songez aux passages de "Eve" qui renvoient à la corruption : on ne peut les relire sans convenir de l’incroyable lucidité de Péguy. (…) Péguy aurait aimé Frère Luc à cause de l’espérance. Le Christ a accepté de souffrir la condition la plus horrible sur la terre, tant physiquement que moralement, par solidarité avec le monde des pauvres. Il a tout pris sur lui pour sauver le monde et éradiquer le péché ; c’est magnifique, cette histoire, non ? même s’il savait que la résurrection était au bout. Marie savait tout, elle aussi, mais ne disait rien. Enfin, c’est peut-être moi qui gamberge… » (La République des livres, 24 décembre 2014). Georges Bernanos est aussi un auteur que l’acteur appréciait beaucoup.

Ce modeste tour très parcellaire de Michael Lonsdale donne une petite idée de la très grande richesse et diversité de ses prestations tout au long d’une soixantaine d’années de carrière. Il n’a jamais caché sa foi, ce qui est plutôt rare au cinéma : « J’aime cette parole du Christ : "Si vous n’êtes pas comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume [des Cieux]". Les enfants jouent pour se construire, inventer, imaginer. Le jeu, c’est quelque chose de prodigieux. ». Grand ami de Marguerite Duras, metteur en scène d’un spectacle sur Sœur Emmanuelle, cet homme qui se disait lent mais qui était en fait un calme, serein, était un enfant joueur ; qu’il repose en paix !









Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Luc Bideau.
Bourvil.
Michael Lonsdale.
Claude Chabrol.
Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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