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20 janvier 2021 3 20 /01 /janvier /2021 03:54

« Plus le temps passait et plus son physique se faisait "balzacien", apte à créer des types très précis de bourgeois français, souvent patelins et parfois inexorables, sous un visage rose impeccablement rasé de notaire de province. Sa diction extrêmement circonspecte témoignait des vertus de la "vieille"  école qui fut la sienne, passant aussi bien par Firmin Gémier, qui lui fournit en 1923 l’un de ses premiers rôles, que par Copeau, Dullin, Jouvet et Baty qui le façonnèrent. » ("L’Humanité" le 21 janvier 1991).




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Comment partir dans la lumière. Il y a trente ans, le dimanche 20 janvier 1991 dans la matinée, un cruel incendie a endeuillé une grande famille du théâtre et du cinéma. Louis Seigner aurait été victime de sa pipe mal éteinte qui a enflammé son appartement du quinzième arrondissement de Paris. Sa femme Marie a été sauvée de justesse par leur fille Françoise. Il avait 87 ans (né le 23 juin 1903 pas loin de Bourgoin-Jallieu, à Saint-Chef), mais il aurait pu pousser un peu plus loin sans cet accident.

Fou de cinéma (à l’époque, il était muet), Louis Seigner a pris des cours de théâtre à Lyon puis à Paris. Louis Seigner fut une sorte de statue du commandeur, Molière revenu sur terre : il a multiplié les records depuis qu’il a commencé en 1920. Son métier, comédien, c’est-à-dire, acteur sur scène, au théâtre. Il a enchaîné plus de 300 rôles et parfois, il a joué plus de 650 fois son rôle dans "Le Bourgeois Gentilhomme", faisant même un triomphe en URSS lors de sa tournée en 1954. Il a aussi le record pour "Le Malade imaginaire" et "Tartuffe" (400 représentations). Après seize ans pensionnaire de l’Odéon, il fut engagé en 1939 au "Français" grâce à son rôle du roi dans "Le Cid", puis il fut confirmé comme le 407e sociétaire de la Comédie-Française de 1943 à 1971 (doyen à partir de 1960), et son exceptionnelle carrière a fait l’objet d’une grande soirée d‘adieux et d’hommage le 25 avril 1974.

Mais Louis Seigner n’était pas seulement un "théâtreux" : il jouait la comédie aussi au cinéma et à la télévision. Là encore, il a flirté avec les records avec une participation à plus de 150 films. Avant la télévision, il y a eu la radio, il a commencé dès 1930 à proposer du théâtre radiophonique aux côtés de Claude Dauphin et Jean Nohain. Comment avoir autant donné dans une seule vie ? Grand mystère.

D’autant plus qu’il a donné aussi au cinéma et au théâtre par sa descendance. Trois générations. Comme les Vasseur, comme les Casadesus, comme tant d’autres. Parmi ses trois enfants, une comédienne Françoise (1928-2008), elle aussi qui fut sociétaire à la Comédie-Française. Et deux petites-filles qui sont devenues des stars. Filles de Jean-Louis (1941-2020), il y a Emmanuelle Seigner, connue pour ses rôles auprès de Roman Polanski, et Mathilde Seigner, un caractère, une passion, éclatante au cinéma (et pas seulement dans la série "Camping" dont elle a regretté la trop grande notoriété).

Louis Seigner tenait des rôles de grande autorité, peut-être autant morale qu’opérationnelle, parfois débonnaire, parfois sévère. Un personnage qui inspirait confiance, un prêtre, un cardinal, un juge, un notable en général, éventuellement un médecin, un ministre, un banquier, un officier, un enseignant. On l’imaginait bien en pape (rôle qu’il a joué par exemple en 1970 dans "Malatesta" de Montherlant), pape rassurant et bon comme l’était par exemple Jean XXIII.

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Une petite anecdote qui pourrait décevoir les gaullophiles enthousiastes : l’art de la scène, ce n’est jamais inné et cela s’apprend. Pour la campagne présidentielle de décembre 1965, la première au suffrage universel direct, il s’agissait de s’exprimer à tous les Français. De Gaulle a donc demandé l’aide de Louis Seigner, selon le journal "Le Monde" cité par le chroniqueur Éric Delvaux dans son émission "Le cabinet de curiosités" diffusée le 29 avril 2017 sur France Inter (pour évoquer la préparation des candidats à l’élection présidentielles pour les séances de "propagande" à la télévision). En effet, il avait demandé au grand comédien de lui apprendre l’art d’être bonhomme ! Et à l’évidence, le professeur a été très efficace. Louis Seigner a aussi enseigné l’art dramatique à Jacques Perrin et Jacques Villeret, dans le cadre de ses onze ans d’enseignement au Conservatoire d’art dramatique.

Son dernier rôle fut l’évêque de Digne (Monseigneur Bienvenu Myriel), au cinéma, dans la version de Robert Hossein de l’œuvre de Victor Hugo "Les Misérables", adaptation sortie le 20 octobre 1982 (avec Lino Ventura, Michel Bouquet et Jean Carmet). Sa fille Françoise jouait le rôle de la femme de Thénardier. Louis Seigner avait déjà joué avec Robert Hossein, dans un de ses grands spectacles, adapté de Dostoïevski, "Crime et Châtiment" en 1975 (au Théâtre de Paris après une tournée, à Reims notamment).

Difficile de citer ses films et téléfilms.

Au cinéma, Louis Seigner a joué dans de nombreuses productions, parfois très célèbres, des rôles plus ou moins essentiels qui ont toujours rajouté de l’intérêt au film. Citons très arbitrairement le directeur de la prison dans "L’Ennemi public numéro un" d’Henri Verneuil (sorti le 2 décembre 1953) avec Fernandel, Zsa-Zsa Gabor et Nicole Maurey, l’inspecteur de police dans "Détournement de mineures" de Walter Kapps (sorti le 9 décembre 1959), le directeur de l’école dans "Les Frangines" de Jean Gourguet (sorti le 10 février 1960) avec Dora Doll, Françoise Vatel et Richard Bohringer, le directeur de la police dans "Le Pacha" de Georges Lautner (sorti le 14 mars 1968) avec Jean Gabin, André Pousse et Robert Dalban, le ministre de la justice dans "Section spéciale" de Costa-Gavras (sorti le 23 avril 1975) avec Michael Lonsdale, Pierre Dux, Jacques François, Claude Piéplu, Jacques Perrin, Michel Galabru, Julien Guiomar, Jean Bouise, Yves Robert, Romain Bouteille, Bruno Cremer, etc., le père d’Alain Delon dans "Monsieur Klein" de Joseph Losey (sorti le 22 mai 1976) avec Michael Lonsdale, Jean Bouise, Michel Aumont, Jeanne Moreau, Suzanne Flon, etc.

À télévision, je ne retiendrais qu’un seul rôle de Louis Seigner qui a été très remarquable, celui du banquier Spinello Tolomei dans l’excellente adaptation du roman de Maurice Druon "Les Rois maudits" par Maurice Jullian, réalisée par Claude Barma (diffusée 21 décembre 1972 au 24 janvier 1973 sur Antenne 2), avec Jean Piat, Jean Desailly, Hélène Duc et Jean-Luc Moreau.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 janvier 2021)
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Pour aller plus loin :
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/la-legende-louis-seigner-230323

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19 janvier 2021 2 19 /01 /janvier /2021 03:02

« Il était un homme en colère dans un monde qui lui convenait rarement. Il râlait bien. » (Pierre Arditi, le 18 janvier 2021).



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Le râleur au grand cœur. Bougon le Magnifique… On pourra user de tout le panel du vocabulaire français pour évoquer celui qui vient de s’éteindre ce lundi 18 janvier 2021 d’une maladie toujours aussi cruelle, Jean-Pierre Bacri. Il avait l’âge de 69 ans (né le 24 mai 1951), toujours trop jeune pour mourir, une génération, la même, à quelques semaines près, que Marielle de Sarnez, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon pour ne citer qu’eux.

À côté de la tristesse, il y a cet hommage unanime. Et ce n’était peut-être pas si évident que cela. Jean-Pierre Bacri n’était pas parmi les "stars", ou plutôt, ne se prenait pas pour une star (alors que d’autres croient l’être mais ne le sont pas) et lui a toujours su émouvoir ceux qui l’ont vu et apprécié.

Il y a l’image de lui, plus jeune mais finalement "déjà vieux" (c’est terrible le cinéma, en fonction des rôles, il y a des jeunes déjà vieux, c’était le cas de l’épatant Bernard Blier aussi), le râleur, le mauvais caractère, mais finalement, avec le petit sourire pudique qui refuse de se montrer. Un côté très français, presque "gaulois" si cela voulait dire quelque chose seulement par le cliché. Ce n’est pas très étonnant, cet hommage, un anti-héros bien français, qui a un cœur gros comme ça et qui le cache sous des dehors revêches, un peu énervés, agacés, un peu ébouillantés… Une carapace qui permet d’émerveiller ceux qui découvrent l’intérieur.

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En somme, Jean-Pierre Bacri a montré des personnages auxquels on pouvait tellement s’identifier qu’il était une autre version du "Français moyen", peut-être la plus lucide, et pourtant, non, il n’était pas le représentant des "franchouillards", mais plutôt, ce terme revient systématiquement, de ces Français râleurs. On râle pour dire non et l’on fait oui. Le dernier exemple flagrant, c’est la vaccination contre le covid-19 : on est contre (on râle contre le vaccin, contre la précipitation) et puis, on râle contre le rythme trop lent de la vaccination (mais que fait le gouvernement ?). Jamais contents. Comme ces internautes voyageurs qui écrivent en commentaires sur Tripadvisor de leur séjour à l’étranger que décidément, dans ces hôtels, il y a trop d’étrangers ou qu’ils ne parlent même pas français !

La "râlerie", c’est un état d’esprit. Il n’est pas coordonné par la raison, il est juste coordonné par l’émotion. Cela fait du bien de râler. Grand sport national en France. On râle, c’est de l’hygiène mentale, quasiment.  L’ego est conforté par la "râlerie". On se rebelle à bon compte. Et l’on passe à autre chose. Il vaut mieux râler que faire la guerre. C’est sûr que les "nice", trop "very nice" américains peuvent agacer lorsqu’on sympathise avec des Américains. Parfois, le trop lisse est l’anti-lisse. La "râlerie", c’est l’aspérité, les petits grains de sel qui assaisonnent la fadeur, les petits grains de sable qui nécessitent un peu de lubrification. C’est sans doute cela que les Français ont apprécié chez Jean-Pierre Bacri, ce droit de râler, soutenu, protégé par un personnage devenu célèbre, et même célèbre pour ses "râleries".

Râler n’empêche pas d’entreprendre, c’est le grand message de Jean-Pierre Bacri. Il a su captiver des millions de spectateurs avec ses scénarios, avec son jeu d’acteur et même, de comédien. Une collaboration inédite au théâtre et au cinéma avec Agnès Jaoui, tant sur les textes, les scénarios, que sur le jeu d’acteur. Que dans la vie privée, aussi, puisqu’ils ont vécu ensemble plusieurs décennies.

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En regardant les images les plus récentes de Jean-Pierre Bacri, j’avais un petit pincement au cœur. Il n’était plus ce râleur, ce "jeune" râleur, mais plutôt une personne déjà âgée, burinée par le temps et sans doute déjà la maladie, qui sentait la chaleur humaine, le regard bienveillant, une sorte de bonté qui se dégageait. Comment avoir été "bon" et avoir cette réputation de râleur ? Sans doute, comme je l’ai écrit plus haut, une couverture, une carapace, un voile pudique pour garder au chaud sa chaleur humaine et ses sentiments cachés.

C’est le problème des acteurs et comédiens, le grand public les voit par les filtres déformés de leurs rôles qui, parfois, sont récurrents, tandis que leur vraie personnalité intérieure peut être très différente. Qu’importe, c’est ce qu’ils représentent qui l’emporte sur la réalité personnelle.

Jean-Pierre Bacri, "on l’aime bien" pourraient dire de nombreux compatriotes. C’est celui qui casse le consensus poli des hypocrisies sociales. Il est un acteur qui a fait beaucoup de seconds rôles au point de risquer d’y être cantonné, mais non, il a su aussi trouver les opportunités pour être dans les premiers rôles. Il aurait pu n’avoir que des fades succès d’estime de sa profession, comme souvent pour les non-héros (je pense notamment à Jean Bouise, Jacques François, Michel Robin, à plein d’autres), alors qu’en fait, il a été très encensé par la profession, et notamment pour les deux distinctions phares du cinéma et du théâtre.

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En fait, il a tout eu de ce qu’il a fait. Car ce n’était pas évident d’avoir un tel grand chelem, à savoir, être récompensé pour des talents très différents. Plusieurs vies en une seule. Au théâtre, il a été récompensé pour avoir écrit des pièces de théâtre avec le Molière de l’auteur en 1992 pour "Cuisine et Dépendances" (coécrit avec Agnès Jaoui), et il a aussi reçu le Molière du comédien en 2017 pour "Les Femmes savantes". Le théoricien et l’homme pratique, du théâtre. Auteur et acteur.

Au cinéma aussi, il a été récompensé pour ces deux talents très différents. Il a reçu quatre fois le César du meilleur scénario, en 1994 pour "Smoking, no smoking" (avec Agnès Jaoui), en 1997 pour "Un air de famille" (avec Agnès Jaoui et Cédric Klapisch), en 1998 pour "On connaît la chanson" (avec Agnès Jaoui) et en 2001 pour "Le Goût des autres" (avec Agnès Jaoui).

Et il a reçu le César du meilleur acteur dans un second rôle en 1998 pour "On connaît la chanson" (nommé pour la même distinction en 1986 pour "Subway"). Il ne lui a manqué que le César du meilleur acteur (dans un premier rôle) pour lequel il a été nommé six fois ! En 2000 pour "Kennedy et moi", en 2001 pour "Le Goût des autres", en 2004 pour "Les Sentiments", en 2013 pour "Cherchez Hortense", en 2016 pour "La Vie très privée de Monsieur Sim", et en 2018 pour "Le Sens de la fête". À ces (sept) nominations, il faut enfin ajouter une nomination pour un autre César du meilleur scénario, en 2006 pour "Comme une image" (toujours avec Agnès Jaoui).

Tiens, justement, ce film, "La Vie très privée de Monsieur Sim" de Michel Leclerc (sorti le 16 décembre 2015), dans lequel Jean-Pierre Bacri joue Monsieur Sim, aux côtés d’Isabelle Gélinas, Vimala Pons et Félix Moati notamment, fait penser que Jean-Pierre Bacri, bien que plus grand, pouvait faire penser, par sa "gueule" ("Elle est pas belle, ma gueule ?") à …Sim, justement, la version peut-être un peu plus "hargneuse" de Sim. (Bon, cela imagé, à la vie réelle, ce n’était pas la hargne qui guidait Bacri, plutôt le cœur).

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Quels sont les meilleurs films de/avec Bacri ? C’est difficile de tous les citer, de citer les comédies succulentes, ces chroniques sociales si vraies, si drôles, souvent accompagnées de Jean-Pierre Darroussin (l’un est râleur, l’autre est dépressif), comme "Cuisine et Dépendances" de Philippe Muyl (sorti le 7 avril 1993), "Un air de famille" de Cédric Klapisch (sorti le 6 novembre 1996), "Le Goût des autres" d’Agnès Jaoui (sorti le 1er mars 2000), "Le Sens de la fête" d’Éric Toledano et Olivier Nakache (sorti le 4 octobre 2017), etc. Son dernier film a été "Photo de famille" de Cécilia Rouaud (sorti le 5 septembre 2018), où il jouait un nouveau patriarche aux côtés de Vanessa Paradis, Camille Cottin, Pierre Deladonchamps (ses enfants dans le film) et Chantal Lauby (son ex-femme dans le film).

Terminer par Molière sur la scène. Jouer "Les Femmes savantes", la dernière pièce qu’il a jouée en 2016 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin à Paris (mise en scène de Catherine Hiegel), c’était une manière moderne de déclarer son amour aux femmes. Il expliquait qu’il y avait encore beaucoup de progrès à faire pour l’égalité entre l’homme et la femme, notamment dans l’égalité salariale.

Jean-Pierre Bacri voyait aussi dans cette pièce (créée le 11 mars 1672 au Palais-Royal) cette critique sociale contre les pédants de Molière, qui reste encore d’actualité selon lui : « Ils habitent la télé, on a l’impression que c’est leur appartement tellement on les voit. Il y a des milliards de Trissontin, de gens qui ont tout compris, qui savent tout mieux que tout le monde. Ce sont surtout les vedettes, les philosophes, les chroniqueurs qui ont la science infuse, contrairement aux autres qui n’ont rien compris. ». "Des milliards" pour seulement 7,8 milliards d’habitants sur la planète, c’est un peu exagéré, certes, mais on a pu le voir avec la pandémie de covid-19. Et puis, on est toujours un peu le Trissontin de quelqu’un, aujourd’hui, à l’époque des réseaux sociaux.

Mais laissons-lui le mot de la fin à propos de son penchant râleur, car pointait derrière le dramaturge et le comédien un grand philosophe : « Pour moi, l’être humain est hyperfaillible et vulnérable. Je trouve ça dégueulasse de faire croire aux gens que le monde est binaire. Les gentils d’un côté, les méchants de l’autre. Ça ne m’intéresse pas. Je cherche des personnages humains. Pour certains, quand on n’est pas en train de sourire tout le temps, on est rabat-joie. Eh bien, soit ! ». En fait, Jean-Pierre Bacri avait de très jolis sourires. Mais la vie a été un peu moins souriante.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 janvier 2021)
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Pour aller plus loin :
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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10 janvier 2021 7 10 /01 /janvier /2021 01:04

« De quelque façon que vous envisagiez votre rôle dans la vie, tout ce que vous pouvez faire, c’est de le jouer aussi bien que possible. » (Brian Wilson Aldiss, 1964).


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Cela fait un siècle, le 9 septembre 1919, qu’est né à Paris un acteur qui semble désormais oublié, Jacques Marin. L’occasion de retrouver quelques-unes de ses traces dans la culture française (et sur l’Internet).

L’expression "Français moyen" ne veut pas dire grand-chose. Elle est une tournure, sinon une posture, qui ne se base que sur l’apparence, et sur la projection que celle-ci évoque dans une sorte de "mémoire collective", mais "mémoire collective", tout comme "opinion publique", ne veulent pas dire grand-chose non plus.

La France est diversité et unité, à l’image de la belle devise de l’Union Européenne (Unis dans la diversité). Il n’y a donc pas un visage plus "français" qu’un autre, surtout dans un pays qui est présent quasiment sur tous les continents. On le voit aussi pour incarner la République française, les bustes de Marianne dans les mairies ont pour modèles des femmes très différentes, on peut juste supposer que probablement toutes ces femmes se rejoignent dans la beauté, une beauté diversifiée.

Pourquoi ai-je voulu évoquer ce concept de "Français moyen" ? Parce que aussi contestable que puisse être ce concept, il est incontestable néanmoins que Jacques Marin a personnifié avec excellence cette figure du "Français moyen" dans le cinéma français telle que l’on pouvait l’imaginer dans les années 1950, 1960 et 1970.

On n’a pas le choix de la tête qu’on a, et pourtant, Jacques Marin avait tout pour se fondre dans la grande foule française. Des yeux avec des paupières un peu refermées pouvant trahir un petite lâcheté, une petite pointe de regard hagard pouvant faire imaginer l’absorption de vin, la petite moustache franchouillarde au possible… C’est une grosse caricature, évidemment, mais un bon comédien utilise son apparence pour se fondre dans un scénario de film. D’autres l’ont fait extraordinairement, comme Louis de Funès, Bernard Blier, etc. …et même Sim. Le ressort comique procède de la caricature.

Dans l’aspect "Français moyen", il y a un concept ultérieur (illustré par Cabu) du "beauf". C’est le physique idéal de l’image qu’ont eue les cinéastes du "collabo" sous l’Occupation nazie. Une sorte de Pierre Laval en plus doux, en moins politisé. Jacques Marin a joué ainsi l’épicier collabo dans "Mais où est don cpassée la septième compagnie ?" de Robert Lamoureux en 1973. Dans le même registre, on aurait pu imaginer Jacques Marin jouer le rôle de Robert Bidochon dans la célèbre bande dessinée de Christian Binet, avec son béret basque et ses moustaches.

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Concrètement Jacques Marin, quiconque connaît le cinéma français des premières décennies de la Cinquième République ne peut ignorer qui il était. On ne peut que le reconnaître dans les centaines de rôles qu’il a joués. Des seconds voire des troisièmes rôles, souvent transparents, souvent sans intérêt dans l’histoire, mais qui sont indispensables à la bonne tenue de l’ensemble. D’autres ont montré à quel point leur apport était succulent, je pense notamment à Robert Dalban et à Jean Bouise, mais il y en a des dizaines qui, modestement, ont apporté cette valeur ajoutée d’humanité à certains films.

Probablement que le rôle récurrent le plus joué par Jacques Marin fut celui de commissaire de police. Avec son chapeau, sa moustache, son cigare, son imperméable, il donnait l’allure des policiers des années 1950, à l’époque d’avant le taser, d’avant le flash-ball, etc.

La boulimie de travail de Jacques Marin était impressionnante. Il a commencé à jouer en 1946 et travailla avec de nombreux grands réalisateurs et comédiens. Jean Gabin fut l’un de ses grands amis. Il était également un excellent anglophone par son épouse, si bien qu’il a joué également dans de nombreux films américains en anglais, aux côtés de grands acteurs américains (et actrices : Audrey Hepburn par exemple).

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Jacques Marin a également joué dans de nombreux téléfilms pour la télévision et dans de très nombreuses pièces de théâtre, certaines retransmises en direct à la télévision (dans l’émission "Au Théâtre ce soir").

Mais Jacques Marin n’était pas qu’une image, il était aussi une voix, car paradoxalement, son anglophonie l’a amené à faire de très nombreux doublages en français de films et de dessins animés américains, peut-être que le plus connu de ses doublages est la voix du shérif de Nottingham dans le dessin animé "Robin des Bois" sorti en 1973.

Il a arrêté sa carrière cinématographique au début des années 1990, et il est mort à l’âge de 81 ans à Cannes, le 10 janvier 2001, à l’hôpital, il avait choisi de vivre sur la Côte d’Azur pour sa retraite. Dix-huit ans plus tard, son souvenir s’efface peu à peu dans les esprits, et c’est dommage.

Voici donc quelques exemples où Jacques Marin est apparu dans sa carrière dont des sketchs qu’on pourra juger largement dépassés de nos jours (technologiquement et sociologiquement).


1. Sketch du téléphone avec notamment Jean Lefebvre.






2. Sketch du médecin.






3. Cinéma : "Les bons vivants" de Gilles Grangier et Georges Lautner (1965).






4. Théâtre : "Sacrés fantômes" avec notamment Odette Laure (7 mai 1976).






5. Ovni audiovisuel : "Cinematon" de Gérard Courant (1994).






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 septembre 2019)
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Pour aller plus loin :
Jacques Marin.
Sim.
Michel Aumont.
Claude Zidi.
Pierre Richard.
Lino Ventura.
Line Renaud.
Jean Lefebvre.
John Wayne.
Kirk Douglas.
Élie Kakou.
Jean Bouise.
Pierre Desproges.
Anémone.
Gérard Oury.
Zizi Jeanmaire.
Jean-Pierre Marielle.
"Les Éternels".
Jacques Rouxel.
François Berléand.
Niels Arestrup.
"Acting".
"Quai d’Orsay".
Michel Legrand.
Gérard Depardieu.
Maria Pacôme.
Ennio Morricone.
Francis Lai.
Bernadette Lafont.
Pauline Lafont.
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Charlie Chaplin.
Maurice Chevalier.

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29 décembre 2020 2 29 /12 /décembre /2020 03:34

« Je ne monte pas de grands spectacles pour faire du tintamarre, mais pour qu’en chacun de nous, résonne l’espérance. » (Robert Hossein, 2001).


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Quoi de plus pittoresque que de naître entre Noël et le Nouvel An ? Robert Hossein fait partie de ces êtres-là (qui n’y peuvent rien !) qui découvrent le monde au début d’un autre ; il fête en effet son 93e anniversaire ce mercredi 30 décembre 2020. Robert Hossein est associé souvent au cinéma et au théâtre, et c’est avec raison, il a une carrière magistralement dense sur ces deux secteurs artistiques, d’autant plus dense qu’il a été à la fois metteur en scène ou réalisateur et aussi comédien ou acteur.

À ce titre, il a côtoyé les plus grands dans des dizaines de productions. C’est assez impressionnant.

Au théâtre, il a mis en scène des dizaines de pièces, parfois ses propres pièces : il en a écrit quatre dont une avec son ami Frédéric Dard. Au fait, pourquoi avec Frédéric Dard ? Voici ce qu’en dit Robert Hossein : « De retour à la vie civile, j’ai été accueilli par mon ami Frédéric Dard. Accueilli, recueilli, adopté, choyé, entouré par cet homme exceptionnel et son épouse, qui m’ont installé chez eux, dans une grande chambre peuplée de livres et baignée de lumière (…). Ils m’ont aimé comme leur troisième enfant. ». Frédéric Dard n’avait pourtant que… sept ans de plus que Robert Hossein.

Les dernières pièces qu’il a mises en scène sont "Huis clos" (de Jean-Paul Sartre) en 2002 et deux autres sur des affaires judiciaires en 2010, "L’Affaire Seznec" (d’Éric Rognard et Olga Vincent) et "Dominici : un procès impitoyable" (de Marc Fayet).  Il a aussi joué dans des dizaines de pièces, parfois les mêmes que celles qu’il a mises en scène. Cela lui a valu un Molière d’honneur en 1995.

Au cinéma, par exemple, il a joué le personnage principal (un prêtre amoureux) avec Claude Jade, Claude Piéplu, Louis Seigner et Pierre Mondy, dans "Prêtres interdits" de Denys de La Patellière (sorti le 22 novembre 1973), ou encore le commissaire Rosen aux côtés de Jean-Paul Belmondo, Bernard-Pierre Donnadieu (un acteur que j’apprécie beaucoup, mort il y a dix ans), Jean Desailly, etc. dans "Le Professionnel" de Georges Lautner (sorti le 21 octobre 1981).

On peut citer bien sûr son personnage de Joffrey de Peyrac, tenant la réplique à Michèle Mercier (Angélique), dans quatre des cinq films de la célèbre série "Angélique, Marquise des Anges" de Bernard Borderie (le premier est sorti le 8 décembre 1964, il est absent du deuxième de la série). Ou encore l’un des nombreux personnages dans "Vénus Beauté (Institut)" de Tonie Marshall (sorti le 3 février 1999), ou le premier rôle dans "Les Uns et les Autres" de Claude Lelouch (sorti le 27 mai 1981), enfin, je cite encore, de manière très incomplète, son rôle aux côtés de Jane Birkin et Brigitte Bardot dans "Don Juan 73 ou si Don Juan était une femme" de son ami Roger Vadim (sorti le 22 février 1973), une histoire de l’amour multiple et plus ou moins libre des années 70.

Parmi les films que Robert Hossein a réalisés, on peut citer sa version du livre de Victor Hugo qui a été parmi les plus adaptés au cinéma, "Les Misérables", sorti le 20 octobre 1982 avec pour principaux acteurs Lino Ventura (Jean Valjean), Michel Bouquet (Javert), Jean Carmet  (Thénardier) et Évelyne Bouix (Fantine). Le scénario de ce film a été fait par Robert Hossein lui-même et aussi par Alain Decaux, un de ses compères, auteurs de ses grands spectacles historiques.

Car depuis 1975, Robert Hossein est surtout connu pour ses grandes fresques historiques ou religieuses avec une sorte d’obsession : faire participer le public. Et ces spectacles sont très impressionnants. D’abord, parce qu’il prend souvent des sujets connus qui disent quelque chose, même vaguement, à tout le monde. Ensuite, parce que cela se passe dans d’immenses salles, remplies de public et les comédiens, parfois, s’invitent dans l’assistance.

Les thèmes ? Jésus-Christ (plusieurs spectacles, j’ai eu la chance d’assister à "Un homme nommé Jésus" dans les années 1980, très impressionnant), Marie, Jean-Paul II, mais aussi des thèmes historiques comme Jules César, Danton et Robespierre, Marie-Antoinette, De Gaulle (coécrit par Alain Decaux et Alain Peyrefitte), Napoléon, Ben-Hur, etc. Il a aussi repris des scénarios de films ou des adaptations de livres pour ses spectacles : "Le Cuirassé Potemkine", "Notre-Dame de Paris", "Les Misérables", "L’Affaire du courrier de Lyon", "Angélique, Marquise des Anges", "On achève bien les chevaux", etc.

Ces spectacles, qui mélangent l’art du théâtre, du cinéma, et plus généralement, de la scène, c’est la marque de fabrique de Robert Hossein qui n’a pas eu peur de voir grand. Dans les sujets traités, le principal est évidemment la religion et probablement que cela vient de sa propre identité. Il a publié une petite vingtaine d’ouvrages dont certains expliquent son origine, sa foi en Dieu, etc. En 2007, il a publié ainsi "N’ayez pas peur… de croire" chez Lattès, reprenant la fameuse expression qui a inauguré le pontificat de Jean-Paul II, expression que son spectacle a reprise comme titre de sa fresque sur la vie du saint pape.

Et son origine est assez complexe : le père de Robert Hossein fut un compositeur d’origine à la fois azérie et iranienne, sa mère fut une comédienne russe et juive, née en Moldavie. Lui-même s’est converti au catholicisme, d’ailleurs assez tardivement dans une démarche très personnelle. Il a d’ailleurs été reçu par le pape François au Vatican il y a presque cinq ans. Il s’est marié plusieurs fois et a eu plusieurs enfants, dont un rabbin à Strasbourg, il a aussi été dans les années 1960 le gendre de la journaliste Françoise Giroud, tout cela pour expliquer une vie complexe, très riche, faite de mille références, qui rend la personnalité de Robert Hossein difficilement cernable : « Il est essentiel de savoir d’où l’on vient, faute de savoir où l’on va ! ».

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Pour avoir une petite idée de personnalité de Robert Hossein, je propose ici quelques phrases venues de lui.

Sa foi : « Je suis un marginal mystique, méfiant de naissance. Tout ce que l’on peut dire de moi, c’est que je suis croyant. Et désespéré. ».

Sa foi (suite) : « Nul besoin d’être cultivé pour être inspiré ! Il faut seulement être à l’écoute de l’invisible. ».

Sa foi (suite 2) : « De toute façon, comme je le répète volontiers, je crois tellement en Dieu… qu’il finira bien par exister ! ».

Son humanisme : « Tout homme est une histoire sacrée, je le jure ! ».

Son monde : « J’ai toujours vécu dans une sorte d’univers parallèle, sinon dans un état second, recréant le monde autour de moi, me le réappropriant sans cesse. Je ne m’y suis jamais adapté, c’est plutôt lui qui s’est fait à moi, grâce au prisme de mon imagination. ».

Sa nostalgie : « Le passé, c’est un souvenir. Si vous vivez dans le passé, vous êtes foutu. Il faut espérer dans l’avenir, mais je trimballe une éternelle nostalgie de la vie… ».

Solitude : « Le livre qui m’a le plus bouleversé, c’est "Le Désert des Tartares" de Buzzati, parce qu’il fait état de cet isolement qui nous caractérise. ».

Les derniers seront les premiers : « Au Ciel, c’est la conscription. De grandes figures masquées tirent des numéros. Selon le chiffre, elles descendent un immense escalier qui les conduit sur Terre. Le hasard veut que les uns deviennent banquier, roi, artiste. Les autres, célébrité, commerçant, indicateur. Le dernier, qui a  eu du mal à se présenter, tire le mauvais numéro : "mendiant". On le roue de coups et on le jette au bas des marches. Tandis que tout le monde danse, boit, se gave, le mendiant, lui, mendie. Au-dessus de sa misère, ses congénères s’épuisent en sabbats, bals, égoïsmes, et la vie passe… Le crépuscule tombe : la mort, avec sa faux, appelle les élus. Ils renoncent tous à quitter la Terre. Seul, le mendiant gravit l’escalier, tel un prince. ».

Addiction pécuniaire : « Les biens matériels aveuglent, étouffent, submergent l’essentiel, on devient dépendant du fric comme de la drogue ou de l’alcool. La liberté n’a rien à voir avec cet insidieux phénomène d’addiction. ».

Compassion des dirigeants : « Peut-être faudrait-il faire passer à nos chefs politiques un examen qui évaluerait leur aptitude à la compassion et à la bonté… » (je précise que cette phrase a été écrite en 2002, afin de ne pas en faire une interprétation hasardeuse).

Ne pas être victime : « Pour réussir sa vie et être libre, il est nécessaire de renoncer à être une victime pour prendre soin des autres, tous ceux dont le cri est une alarme… Courage ! ».

Bref, bon anniversaire, Robert Hossein !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 décembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Michel Piccoli.
Robert Hossein.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201230-robert-hossein.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/robert-hossein-n-a-pas-peur-de-229812

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26 décembre 2020 6 26 /12 /décembre /2020 03:27

« C’est un acteur qui a donné le goût de la liberté à beaucoup d’acteurs et actrices. Partout où il est passé, il a réussi quelque chose : être un homme libre. On ne doit pas oublier cette génération. On ne doit pas oublier à quel point ce métier a besoin de liberté. » (Charles Berling, 18 mai 2020 sur France Inter, évoquant Michel Piccoli).



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L’acteur français Michel Piccoli est mort le 12 mai 2020, il aurait eu 95 ans ce dimanche 27 décembre 2020. Michel Piccoli, par sa longévité (à partir de 1945), par ses nombreuses participations, a eu un parcours étonnant puisqu’il fut à la fois une jeune star du premier rôle et un acteur moins star jouant sur de registres très différents, tant au cinéma qu’au théâtre.

Dans les années 1970 et 1980, Michel Piccoli faisait partie des ces "artistes de gauche" qui avaient soutenu la candidature de François Mitterrand comme "allant de soi". On peut voir l’origine de cet engagement contre les "puissances de l’argent" dans la carrière de son grand-père maternel Charles Expert-Bezançon, sénateur radical et industriel de la peinture accusé d’avoir intoxiqué au plomb ses employés.

Cette longévité artistique s’est traduite par la proximité d’acteurs et de réalisateurs, mais aussi d’artistes (plus généralement) de légende, on peut citer (sans être exhaustif) Juliette Gréco (bien sûr), qu’il a épousée, Brigitte Bardot, Madeleine Renaud, Luis Bunuel, Jean-Pierre Melville, Jean-Luc Godard, Jean Renoir, Costa-Gavras, Hitchcock, Agnès Varda, etc.

Pour rendre hommage à ce grand acteur dont j’ai adoré l’un des tout derniers rôles en 2011, celui d’un (vieux) cardinal élu pape qui renonce à son élection (interprétation d’autant plus remarquable et crédible qu’il était paradoxalement plutôt athée), je reprends ici quelques éléments éparses d’un hommage très soutenu que la radio France Inter avait fait lors de l’annonce de ce décès, le 18 mai 2020 (annonce avec six jours de décalage).

Dans la soirée du 18 mai 2020, en effet, a été rappelée l’excellente interview par Laure Adler du 17 janvier 2009 au Studio Théâtre. Marqué par un frère qu’il n’a pas connu, Michel Piccoli expliquait qu’il concevait la liberté comme un changement permanent de ses modes d’expression (cinéma, télévision, théâtre qu’il préférait) et comme une prise de risques. Notamment au théâtre où il a joué des rôles très différents, ou lu des poèmes, etc. (Courteline, Paul Claudel, Racine, Félicien Marceau, Molière, Tchekhov, Bernard-Marie Koltès, Arthur Schnitzler, Marivaux, Shakespeare, Ibsen, René Char, Sacha Guitry, Thomas Bernhard, etc.). Il a même fait de la scène à Avignon pour Pierre Boulez né quelques mois avant lui. En somme, se remettre toujours en cause pour progresser. Michel Piccoli a aussi prêté sa voix à Chateaubriand dans le film "Le Souper" d’Édouard Molinaro avec Claude Brasseur et Claude Rich.

Interviewé par Vincent Josse le 15 janvier 2009, Michel Piccoli évoquait le trac au théâtre de manière assez simple : « Je n’ai jamais eu peur de monter sur scène. Je monte sur scène depuis l’âge de 9 ans. J’ai extrêmement peur pendant les répétitions. Dès qu’elles sont terminées, quand je suis soi-disant prêt à exécuter, tout va très bien. Le public m’amuse et ne m’angoisse pas. C’est très amusant d’avoir le culot de se retrouver devant dix-sept ou mille spectateurs, oui, vraiment, ça m’amuse ! Être là devant des gens muets et raconter à haute voix une histoire que je crois extraordinaire et les voir fascinés. ».

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Dans l’émission "Hors-Champs" diffusée le 18 décembre 2009 sur France Culture, Michel Piccoli racontait encore sa passion du théâtre et des grands auteurs et metteurs en scène.

Quarante ans plus tôt, il était l’invité de l’émission fameuse de Jacques Chancel "Radioscopie"  du 29 octobre 1968 à l’époque où il jouait le premier rôle dans une adaptation d’un roman de Françoise Sagan, "La Chamade" d’Alain Cavalier (sorti le 30 octobre 1968), avec Catherine Deneuve. Dans cette émission, il a parlé de son lancement au cinéma par un film de Jean-Pierre Melville, puis par un film de Jean-Luc Godard, son réalisateur préféré, aux côtés de Brigitte Bardot ("Le Mépris").

Ces quatre émissions, on peut les retrouver sur Internet grâce à cette mémoire vivante de l’audiovisuel. On peut aussi retrouver cette émission spéciale du journal de 13 heures, animé par Bruno Duvic, le 18 mai 2020 sur France Inter, qui avait rassemblé un certain nombre d’invités pour évoquer la mémoire de Michel Piccoli.

Charles Berling, par exemple, disait : « Au fond, c’est l’homme de tous les contraires, et je crois que la société a besoin de ça, elle a besoin de cette contradiction. ». Il confiait ainsi que ce cardinal élu pape ("Habemus papam"), c’était un film où les assureurs avaient refusé de l’assurer pour le tournage, mais il l’a quand même tourné. Et d’ajouter : « On avait toujours l’impression, quand on le voyait, que ça sortait comme ça. Piccoli, c’est ‘insaisissable. Il va faire ce que doit faire un acteur : c’est-à-dire rentrer dans un univers, servir un univers. ».

Jane Birkin aussi a été très touchée par l’annonce de sa disparition : « Une des personnes les plus formidables dans tous les sens, comme être humain et comme acteur. C’est quelqu’un qui était tellement présent. Travailler avec lui était génial. Il était fantasque dans sa performance, et en même temps, très modeste dans ses rapports avec les autres. En revanche, très exigeant de lui-même. ».

De son côté, le réalisateur Yves Jeuland pouvait témoigner : « Il était à la fois triste et farceur. Sa faculté d’aller dans toutes les directions m’a attiré. Ce qui l’intéressait dans ses choix, c’était la relation qu’il allait avoir avec le réalisateur. Par exemple, c’est un acteur qui n’avait pas d’agent. (…) Plus de soixante-dix ans de théâtre, télévision, cinéma, sa carrière est gigantesque. Pour autant, c’est un acteur qui n’était jamais là où on l’attendait. Il était pudique d’une certaine façon. Et pourtant, il avait aussi ce côté exubérant. C’était aussi un homme de troupe. ».

Critique de cinéma, Laurent Delmas confirmait : « C’est quelqu’un qui a pris des risques. Il n’a jamais coulé dans un moule facile de cinéma à succès. ». Journaliste sur France Inter, Eva Bettan aussi le peignait de cette manière : « Il y a l’image du grand bourgeois par moment, et il la casse le lendemain. ».

Probablement que la réaction la plus touchante est venue de l’actrice Emmanuelle Béart, qui a joué avec le peintre Michel Piccoli dans le très beau (et long) film de Jacques Rivette "La Belle Noiseuse" (sorti le 4 septembre 1991) : elle était le modèle du peintre, et était en scène aussi Jane Birkin, la femme du peintre qui était l’ancien modèle pour un tableau inachevé.

Dans une lettre lue par Augustin Trapenard le 19 mai 2020, Emmanuelle Béart parlait du monstre sacré : « Tes gestes tes regards tes mots, ta voix résonnent comme la beauté du cinéma en plein soleil, toutes générations entremêlées. (…) Loin du bruit et de la fureur, sans mépris, toi, si limpide, au rythme tranquille, au sourire ravageur que traduit ma tendresse de deux grands yeux rieurs. ».

L’ancienne modèle fut modelée : « Michel, tu les aimes, mes fesses ? Pardon de cette indélicatesse, tu as rendez-vous, je ne veux pas te retenir, juste te dire que le combat continue, que ce corps que tu as pétri et pétri et repétri (…) n’oublie rien de ce que tu lui as insufflé. Le combat continue entre l’ombre et la lumière, entre la lucidité et la ferveur. En désaccord avec notre temps, c’était, dis-tu, notre raison d’être. ».

95 ans, c’était l’occasion très modeste d’un retour à ce montre sacré, que son souvenir reste vivant chez les cinéphiles…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 décembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Le mari de Brigitte Bardot.
Michel Piccoli.
Robert Hossein.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiPiccoliMichelC03



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26 décembre 2020 6 26 /12 /décembre /2020 01:18

« C’est un autre avenir qu’il faut qu’on réinvente
Sans idole ou modèle, pas à pas, humblement
Sans vérité tracée, sans lendemains qui chantent
Un bonheur inventé définitivement. »
(Jean Ferrat, "Le Bilan", 1980).


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Si l’épidémie de coronavirus SARS-CoV-2 s’était déclenchée il y a dix ans, le chanteur Jean Ferrat, qui est mort à Aubenas le 13 mars 2010 à l’âge de 79 ans de la suite d’une maladie attrapée à l’hôpital (il est né à Vaucresson le 26 décembre 1930), aurait été enterré dans l’intimité familiale. Mais ce ne fut pas le cas. Car le 16 mars 2010 à Antraigues-sur-Volane, il y a eu plus de cinq mille personnes venues lui rendre hommage, à l’instar d’Isabelle Aubret. La foule a même chanté "La Montagne", sa chanson la plus connue.

Auteur, compositeur, interprète, Jean Ferrat faisait partie de ces chanteurs qui faisaient "tout". Il n’a pas composé ni écrit toutes les chansons qu’il a interprétées mais une grande partie. Il était une voix extraordinaire mais aussi une plume de poète exceptionnelle.

Pourquoi ai-je apprécié Jean Ferrat alors qu’on l’a associé en permanence au parti communiste français ? La première réponse est assez simple : si on devait se préoccuper des opinions politiques des artistes pour apprécier leurs œuvres, on ne verrait, lirait, écouterait plus aucune œuvre. Après tout, qu’est-ce qu’un art communiste ? un art libéral ? un art de gauche ? de droite ? du centre ? Cela n’a pas beaucoup de sens. Je reste sur l’idée du mérite républicain individuel : l’art est avant tout personnel, et la personnalité de Jean Ferrat est très attachante, ses œuvres émouvantes.

Au même titre, faut-il détester les excellents livres de Jean-Paul Sartre au style si efficace et subtil alors qu’il s’est trompé systématiquement dans ses combats politiques et qu’on adore également Boris Vian qui tournait en ridicule les fétichistes du sartrisme ? Ou détester les œuvres si éclairantes et vivifiantes de Louis Aragon par anticommunisme forcené ? Bien évidemment non, et d’ailleurs, Jean Ferrat a chanté beaucoup de ses poèmes, les a faits parfois mieux connaître. J’ai même évolué sur l’œuvre magistrale de Céline, dont l’antisémitisme des pamphlets m’incommodait trop pour l’apprécier. Peut-être une idée de la maturité : faire la part des choses. Sans rien oublier pour autant. Encore moins excuser.

La seconde réponse à la question (inutile de continuer ensuite), c’est de dire que Jean Ferrat a toujours été un électron libre. D’ailleurs, il n’a jamais pris sa carte et surtout, il a toujours été lucide sur les manquements du communisme. Et même sur ses horreurs staliniennes. Il est toujours resté fidèle (il a voté Georges Marchais en 1981) mais il l’a toujours été avec des réserves qui lui font honneur, plus honneur en tout cas que Sartre qui acceptait tout des horreurs du communisme sous prétexte qu’il ne fallait pas "désespérer Billancourt". On sait ce qu’il advint de Billancourt : désormais se niche la troisième grande salle de concert moderne de la région parisienne sur l’Île Seguin. Il ne reste plus que la façade d’entrée de Renault. Pas de "bilan globalement positif", pas de soutien à l’invasion de Prague par les chars soviétiques. Fidélité mais lucidité aussi.

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Alors, c’est vrai, Jean Ferrat était bien incapable de débattre comme un homme politique, sur un plateau de télévision à coup d’arguments et de contre-arguments. Mais à sa façon, il diffusait ses idées, souvent généreuses, pacifiques, parfois même écologiques avant l’heure, par le moyen qui était le sien, là où il s’épanouissait, par la chanson. Ces chansons orientées (engagées dit-on) lui ont joué d’ailleurs des tours, puis que dans l’ORTF de pépé, il fut régulièrement censuré, mais le public le suivait, c’était l’essentiel.

L’exemple le plus frappant fut un éditorial de Jean d’Ormesson, à l’époque influent directeur du journal "Le Figaro", qui avait parlé d’un "air de liberté" qui flottait avant la prise de Saïgon par les communistes. Cela avait mis en colère le chanteur qui en a fait une chanson où il a cité le nom de l’éditorialiste qui, par la suite, a apprécié la chanson et était même honoré d’avoir été ainsi immortalisé dans une œuvre musicale.

Les chansons de Jean Ferrat n’étaient pas toujours des manifestes engagés. Elles étaient également sentimentales. Amour, nostalgie, beauté de la nature, espérance… Comme la magie de la technologie permet de préserver au-delà de la mort les enregistrements et que l’Internet permet de les diffuser chez soi, voici, pour lui rendre hommage, dix chansons très connues qui ont placé Jean Ferrat dans la même légende que Charles Trenet, Georges Brassens, Jacques Brel, Léo Ferré, Guy Béart, et quelques autres…

Sans indication particulière, les chansons sont de Jean Ferrat (paroles et composition).


1. "Nuit et brouillard" (décembre 1963)

Grand Prix du disque de la prestigieuse Académie Charles-Cros, cette chanson a fait connaître et apprécier Jean Ferrat du grand public. Elle évoque la Shoah avec des mots très émouvants.


« Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent.

Ils se croyaient des hommes, n’étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe, il ne reste qu’une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été. »






2. "La Montagne" (12 novembre 1964)

La chanson la plus connue de Jean Ferrat qui évoque la nostalgie et le déracinement. Dans "Témoignage chrétien" du 8 mai 1969, il a expliqué : « ["La Montagne"] évoque quelque chose qui touche énormément les gens : l’abandon de la terre natale. (…) Presque tous les Parisiens sont fils ou petit-fils de paysans, alors, il y a un pincement au cœur. ».

« De quoi attendre sans s’en faire
Que l’heure de la retraite sonne
Il faut savoir ce que l’on aime
Et rentrer dans son HLM
Manger du poulet aux hormones.

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver ? »






3. "Que serais-je sans toi ?" (novembre 1964)

Jean Ferrat a repris un poème de Louis Aragon, "Prose du bonheur et d’Elsa" publié dans "Le Roman inachevé" (1956).

« J’ai tout appris de toi sur les choses humaines
Et j’ai vu désormais le monde à ta façon
J’ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines. »






4. "Ma France" (mars 1969)

Il est sûr que la chanson "Ma France" était une chanson très orientée politiquement, mais Jean Vasca (chanteur) ne la considérait pas comme de la propagande : « Les chansons politiques, quand elles ne sont pas réussies, ont l’air de tracts, mais quand elles sont réussies, comme celle-là, elles sont pleines de vérité humaine. ». Elle ne manquait pas de provoquer des polémiques, en honorant Robespierre et les vendeurs de "L’Huma" le dimanche matin, tout en fustigeant Thiers et De Gaulle. Il honorait aussi Victor Hugo, Paul Éluard et Picasso.

« Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd’hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France. »






5. "Camarade" (janvier 1970)

Cette chanson très politisée pourrait être considérée comme anticommuniste à tel point Jean Ferrat a fustigé la fin, par l’arrivée des chars soviétiques le 21 août 1968, du Printemps de Prague, ce "socialisme au visage humain" selon Alexander Dubcek. Le chanteur avait presque honte d’être communiste.

« C’est un nom terrible Camarade
C’est un nom terrible à dire
Quand, le temps d’une mascarade
Il ne fait plus que frémir
Que venez-vous faire Camarade
Que venez-vous faire ici
Ce fut à cinq heures dans Prague
Que le mois d’août s’obscurcit. »






6. "Aimer à perdre la raison" (avril 1971)

Jean Ferrat a chanté le poème de Louis Aragon "La Croix pour l’ombre" de son recueil "Le Fou d’Elsa" (1963).

« Aimer à perdre la raison
Aimer à n’en savoir que dire
À n’avoir que toi d’horizon
Et ne connaître de saisons
Que par la douleur du partir
Aimer à perdre la raison. »






7. "La Femme est l’avenir de l’homme" (novembre 1975)

En reprenant et retournant la formule de Louis Aragon issue de son recueil "Le Fou d’Elsa" : « L’avenir de l’homme est la femme. », Jean Ferrat a contribué à faire de son titre un proverbe désormais très connu.

« Le poète a toujours raison
Qui annonce la floraison
D’autres amours en son royaume
Remets à l’endroit la chanson
Et déclare avec Aragon :
La femme est l’avenir de l’homme ! »






8. "Un Air de liberté" (décembre 1975)

Cité dans cette chanson qui condamnait les guerres coloniales, Jean d’Ormesson avait réussi à en interdire la diffusion dans une émission consacrée à Jean Ferrat par Jacques Chancel le 14 novembre 1975 sur Antenne 2. Néanmoins, il n’a pas réussi à la faire supprimer dans l’album, et plus tard, il a admis avoir finalement apprécié la chanson. Jean Ferrat avait réagi à l’éditorial de l’écrivain, publié dans "Le Figaro" le 2 mai 1975, sur la chute de Saïgon le 30 avril 1975 : « Seulement sur tous les excès et sur toutes les bavures soufflait encore un air de liberté. Une liberté viciée, sans doute, mais une liberté. ».

Jean Ferrat y allait fort car il mettait Jean d’Ormesson dans le même lot que les "autres" : « C’est vous et vos pareils qui en êtes tuteurs » [des guerres coloniale], « Pour vous et vos pareils nous étions la vermine », « Oui vous avez un peu de ce sang sur les mains »

« La terre n’aime pas le sang ni les ordures
Agrippa d’Aubigné le disait en son temps
Votre cause déjà sentait la pourriture
Et c’est ce fumet-là que vous trouvez plaisant.

(…)

Ah monsieur d’Ormesson
Vous osez déclarer
Qu’un air de liberté
Flottait sur Saïgon
Avant que cette ville s’appelle Ville Ho-Chi-Minh
Après trente ans de feu de souffrance et de larmes
Un génocide vain perpétré au Viêt-Nam
Quand le canon se tait vous vous continuez.

Mais regardez-vous donc un matin dans la glace
Patron du Figaro songez à Beaumarchais
Il saute de sa tombe en faisant la grimace
Les maîtres ont encore une âme de valet. »

En fait de génocide, c’est bien au Cambodge qu’il a eu lieu quelques mois plus tard avec Pol Pot






9. "Le Bilan" (1980)

Avec cette chanson, Jean Ferrat a réagi aux propos de Georges Marchais prononcés le 23 avril 1979 pour parler du "bilan globalement positif" de l’Union Soviétique, et a dénoncé les crimes de Staline.

« Ah ! Ils nous en ont fait avaler des couleuvres
De Prague à Budapest, de Sofia à Moscou
Les staliniens zélés qui mettaient tout en œuvre
Pour vous faire signer les aveux les plus fous

(…)

Au nom de l’idéal qui vous faisait combattre
Et qui nous pousse encore à nous battre aujourd’hui

(…)

Mais quand j’entends parler de bilan positif
Je ne peux m’empêcher de penser à quel prix ?
Et ces millions de morts qui forment le passif
C’est à eux qu’il faudrait demander leur avis. »






10. "Les Cerisiers" (novembre 1985)

Avec les paroles de Guy Thomas, parolier qui est mort récemment (le 19 janvier 2020), Jean Ferrat réaffirmait (malgré la chanson précédente) sa fidélité au communisme.

« Bien sûr on me dira que c’est des sottises
Que mon utopie n’est plus de saison
Que d’autres ont chanté le temps des cerises
Mais qu’ils ont depuis changé d’opinion.

Moi si j’ai connu des années funestes
Et mes cerisiers des printemps pourris
Je n’ai pas voulu retourner ma veste
Ni me résigner comme un homme aigri. »





Et dans la dernière strophe des Cérisiers, Jean Ferrat envisager sa fin prochaine :

« Ah qu’il vienne au moins le temps des cerises
Avant de claquer sur mon tambourin
Avant que j’aie dû boucler mes valises
Et qu’on m’ait poussé dans le dernier train. »

Chapeau, l’artiste !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 mars 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean Ferrat.
Juliette Gréco.

_yartiFerratJean04

 

 

https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201226-jean-ferrat.html

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23 décembre 2020 3 23 /12 /décembre /2020 03:49

« La popularité n’est pas un critère de qualité. » (Claude Brasseur).


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Cette petite phrase est à la fois vraie et fausse. Vraie parce qu’un bon acteur doit surprendre, sait se mettre dans des rôles pour lesquels on ne l’imaginait pas. Mais c’est la théorie, car la pratique, c’est qu’un acteur populaire devient familier, crédible, vrai, comme un copain, ou un copain de ses parents, ce qui revient un peu au même. C’est effectivement le cas de l’ami Claude Brasseur qui s’est éteint à Paris ce mardi 22 décembre 2020 à l’âge de 84 ans (né le 15 juin 1936).

On ne pourra pas dire que c’était un fils à papa ou un papa de fiston, et pourtant, il était dans une véritable lignée familiale d’acteurs et de comédiens, son père, "l’historique" Pierre Brasseur, son fils Alexandre Brasseur. Quoi de plus normal d’épouser la passion familiale quand on n’a jamais vécu que dans cela étant petit ?

Claude Brasseur a joué au théâtre, au cinéma et pour la télévision. Une longue carrière, de 1955 à 2018. Une centaine de films au cinéma. Deux Césars (en 1977 et en 1980), quelques tentatives de Molières ("juste" des nominations)… et un public qui n’a jamais cessé de l’aimer parce qu’il est resté le copain de service.

Il y a bien sûr ses nombreux rôles au théâtre, on pourra retenir l’excellente pièce de Jean-Claude Brisville mise en scène par Jean-Pierre Miquel, "Le Souper", à l’occasion du Bicentenaire de la Révolution (créée le 20 septembre 1989 au Théâtre Montparnasse à Paris), avec deux personnages principaux : Talleyrand, joué par Claude Rich, et Fouché, joué par Claude Brasseur. Exceptionnel dialogue historique entre les deux hommes d’État situé le 6 juillet 1815, une date charnière de la France postrévolutionnaire. C’est devenu aussi un film, l’adaptation fut réalisée par Édouard Molinaro en 1992 (la pièce fut jouée aussi en 2015 avec Niels Arestrup et Patrick Chesnais).

Mais Claude Brasseur a surtout été connu par le cinéma. Il a d’abord eu des "petits rôles", comme dans "Le Viager" de Pierre Tchernia (sorti le 2 février 1972) où il campait le rôle de l’héritier des Galipeau, devenu petit malfrat avec son complice Jean Richard. Son premier grand rôle fut pour "Les Seins de glace" de Georges Lautner (sorti le 28 août 1974), aux côtés de la divine Mireille Darc et Alain Delon.

Trois séries de films ont cependant établi sa notoriété et sa popularité.

Il y a eu "La Boum" de Claude Pinoteau (sorti le 17 décembre 1980) où Claude Brasseur partage avec Brigitte Fossey la dure vie de parents de l’adolescente Sophie Marceau. Un film culte, qui a propulsé la carrière de la toute jeune Marceau. Ce film a eu une suite "La Boum 2" (sorti le 8 décembre 1982).

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Dans ces deux films, au-delà du père (et du mari), Claude Brasseur était un bon copain dans une bande de copains. Ce rôle lui allait à merveilles et cela avait fait l’excellence de deux films antérieurs réalisés par Yves Robert, "Un éléphant ça trompe énormément" (sorti le 22 septembre 1976) et sa suite "Nous irons tous au paradis" (sorti le 9 novembre 1977). Il était jusqu’à aujourd’hui le dernier survivant de cette bande de copains impayables : il y a Claude Brasseur, Jean Rochefort, Guy Bedos et Victor Lanoux. Claude Brasseur y est vendeur de voitures …et homosexuel, ce qui, à l’époque, était un thème assez novateur (années 70, celles de l’audace au cinéma).

On retrouve ces quatre compères dans "Le Bal des casse-pieds" toujours d’Yves Robert (sorti le 12 février 1992), dans d’autres situations et aux côtés de Miou-Miou, Jacques Villeret, Jean Carmet, Jean Yanne et Michel Piccoli

Enfin, troisième série de films, peut-être pas de la meilleure qualité mais néanmoins très populaires, qui ont redonné une nouvelle popularité à Claude Brasseur, pour une nouvelle génération d’admirateurs : "Camping" de Fabien Onteniente (trois numéros, sortis les 26 avril 2006, 21 juin 2010 et 29 juin 2016), le troisième "Camping" était son avant-dernière apparition au cinéma. Là, il joue le touriste de camping assez (beaucoup) beauf, Jacky Pic, recordman d’ancienneté, avec la petite troupe de campeurs récurrents : Mylène Demongeot (la femme de Jacky Pic), Franck Dubosc (le dragueur), Mathilde Seigner et Antoine Duléry, etc.

Pour compléter très succinctement le tableau, on peut bien sûr citer l’excellent film de Robin Davis "La guerre des polices" (sorti le 14 novembre 1979) où les commissaires Claude Brasseur et Claude Rich se font la guerre avec une Marlène Jobert entre les deux. Ce film a valu au Claude Brasseur son César du meilleur acteur. Malgré une fin qui est loin du "happy end"…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 décembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Michel Piccoli.
Robert Hossein.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201222-claude-brasseur.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/claude-brasseur-le-heros-malgre-229694

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/12/22/38721211.html




 

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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 21:29

L'artiste Christian Boltanski avait accueilli dans son atelier Vincent Josse pour France Inter le 20 décembre 2020. On peut réécouter cette émission.

Cliquer sur le lien pour télécharger l'émission (fichier .mp3) :
https://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/20904-20.12.2020-ITEMA_22519866-2020F16179S1355.mp3

Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210714-boltanski.html

SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20201220-emission-boltanski.html




 

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12 décembre 2020 6 12 /12 /décembre /2020 04:47

« Il est frappant de voir qu’aujourd’hui, tout le monde ou presque se réclame du gaullisme. Aucune personnalité historique française n’est aussi consensuelle. Cinquante ans après, la personnalité du Général De Gaulle dépasse tous les clivages. Et l’homme du 18 juin symbolise cette unité nationale qui reste un objectif essentiel pour tous les Présidents de la Cinquième République. » (Patrice Duhamel, 2020).



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Le journaliste politique Patrice Duhamel a 75 ans ce samedi 12 décembre 2020. Il est le frère du politologue Alain Duhamel de cinq ans son aîné et le père du journaliste Benjamin Duhamel qu’il a eu avec sa compagne Nathalie Saint-Cricq elle-même journaliste (chef du service politique de France 2 depuis 2012), issue d’une grande famille de journalistes de presse écrite. En revanche, aucun lien de famille avec l’universitaire Olivier Duhamel qui a été également député européen socialiste.

Patrice Duhamel a eu beaucoup de fonctions managériales dans l’audiovisuel français. Il est actuellement éditorialiste notamment sur LCI et, sans vouloir le critiquer, car il a un ton plutôt sympathique et humble, je trouve que la valeur ajoutée de ses prestations est un peu faible de nos jours. Un journaliste n’est pas monsieur tout le monde et lorsqu’on se prête au jeu du commentaire de l’actualité, ce qui nécessite une grande culture générale, politique, économique, sociale, etc., il faut aller au-delà des simples jeux de réflexion sans travail. Il faut préparer ses sujets pour apporter rigueur et compréhension des événements d’actualités.

Le travail se voit toujours, comme celui de Maurice Szafran qui, sur LCI, le soir du 9 décembre 2020, a annoncé ce qu’allait dire Jean Castex le lendemain dans sa conférence de presse très attendue sur les mesures sanitaires mises en œuvre pour la période des fêtes. Il venait de recevoir le sms d’un proche de l’Élysée et sa lecture a été le fruit sans doute d’un grand travail de réseautage pour trouver les bons interlocuteurs, ceux qui savent et qui sont prêts à parler (généralement, comme disait Bernadette Chirac, ceux qui savent ne parlent pas et ceux qui parlent ne savent pas !).

Pour Patrice Duhamel, il semble ne carburer que sur ses lauriers. Bon, il a bien le droit puisqu’il a largement dépassé l’âge de la retraite. Enfin, en France, l’âge de la retraite des journalistes est plus proche des 85 ans que des 65 ans. C’est simple, sur les plateaux, on a l’impression parfois que c’est un EHPAD !!! Allez, je ne donne aucun nom…

Je suis mauvaise langue car Patrice Duhamel travaille vraiment mais hors des plateaux. Par exemple, il a rencontré Valéry Giscard d’Estaing en mai 2020 car il est en train de réaliser un documentaire sur les 100 premiers jours des Présidents de la Cinquième République. Pourquoi 100 jours ? Je me souviens qu’on avait parlé des 100 jours de Mitterrand, des 100 jours de Macron. Sans doute un reste napoléonien. Pourtant, les 100 jours de Napoléon, c’était plutôt à la fin de son pouvoir, pas au début.

Eh oui, Patrice Duhamel qui rencontrait Valéry Giscard d’Estaing. À écouter ou lire les nombreuses réactions après son décès, Valéry Giscard d’Estaing avait rencontré beaucoup de monde en une année. Patrice Duhamel, lui, fut interrogé au téléphone par LCI dès le soir de l’annonce de la mort de VGE, le 2 décembre (encore une journée symbolique pour les Napoléon). Réaction à chaud. Patrice Duhamel pouvait faire valoir son expérience puisqu’il a même dit que le "giscardisme" lui a collé à la peau pendant des décennies.

En effet, Patrice Duhamel a commencé sa carrière de journaliste en 1970 au service économie à la première chaîne de l’ORTF (TF1), et qui était le Ministre de l’Économie de l’époque ? Valéry Giscard d’Estaing. Dans ce genre de travail, l’information souvent arrive des ministères, soit pour des données chiffrées, soit pour avoir une idée des projets du gouvernement. En 1974, Patrice Duhamel a ainsi couvert la campagne présidentielle de VGE, et il s’est retrouvé directeur du service politique de TF1 de 1974 à 1981. Un poste d’autant plus stratégique que l’ORTF a éclaté et les différentes antennes ont pris leur indépendance.

Dans ses "Cahiers secrets", Michelle Cotta évoque par exemple cette interview de Georges Marchais, en pleine invasion soviétique de l’Afghanistan, en direct de Moscou, le 11 janvier 1980 dans le journal de 13 heures sur TF1 : « Patrice Duhamel, qui l’interroge, et Mourousi en sont comme deux ronds de flan. (…) Tant d’années pour montrer un autre visage du communisme ! Tant d’années passées à mettre l’accent sur les divergences entre le PC français et le PC russe ! (…) De l’eurocommunisme, du programme commun, il ne reste rien. Aujourd’hui, on peut parler d’alignement. Même si, avec ce culot d’enfer dont il ne se départit pas, le secrétaire général du PC français lance depuis le Kremlin : "Les alignés, c’est Giscard et son gouvernement !". Voilà un moment de télévision que je n’oublierai jamais. ».

Ce furent Patrice Duhamel et Yves Mourousi qui ont inauguré l’interview traditionnelle du Président de la République à 13 heures le jour de la Fête nationale. C’était le 14 juillet 1978 sur TF1. Patrice Duhamel a expliqué sur LCI le 14 juillet 2020 les motivations du Président Giscard d’Estaing : « Il cherchait un nouveau mode d’expression, vivant, pas une allocution mais une interview à bâtons rompus. Le rituel, c’était de commencer l’entretien par des questions sur la dépense, le défilé, pour justifier que ce soit fait dans la foulée du 14 juillet. Je pense aussi que parler à cette date lui est apparu naturel, et qu’il voulait en faire un moment solennel en nous recevant à l’Élysée. (…) Cet été 1978, il était au zénith : la majorité, divisée entre giscardiens et chiraquiens, venait de gagner les élections législatives alors que la gauche avait beaucoup progressé. Donc, il avait sa majorité, un âge flatteur, tout se passait bien pour lui. ».

En 1980 et 1981, il a aussi animé l’émission politique "Le Grand Débat" (interview longue d’un invité politique) mais l’émission n’a pas duré à cause de l’élection présidentielle et du changement de majorité. En particulier, Patrice Duhamel a posé la fameuse question sur les ministres communistes à François Mitterrand dans "Le Grand Débat" du 31 mars 1981, pendant la campagne présidentielle (comme prévu, François Mitterrand n’a pas voulu répondre clairement, on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses propres dépens).

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Lors de la victoire de la gauche, Patrice Duhamel a sur le nez une étiquette de giscardisme encore plus prononcée que Jean-Pierre Elkabbach. Reconversion temporaire. Il est passé un temps sur RMC comme directeur des programmes puis est revenu à la télévision comme directeur de l’information de La Cinq en 1987, la chaîne française de Silvio Berlusconi voulue par François Mitterrand pour assurer ses arrières après son échec aux élections législatives de 1986.

Encore un changement de majorité et Patrice Duhamel est arrivé en 1993 sur France Inter comme directeur des programmes, puis directeur général de Radio France chargé des antennes. En 1996, il est retourné à la télévision publique comme directeur général de France 3 chargé de l’antenne, puis directeur général de France 2 chargé de l’antenne, jusqu’en 1999 où il a évolué dans la presse écrite comme directeur général adjoint du "Figaro Magazine" avant de revenir à France Télévisions comme directeur général chargé des antennes entre 2005 et 2010.

Comme on le voit, les deux frères sont très différents. Alain Duhamel a toujours fait du contenu, analysé au jour le jour la vie politique, avec le délice du passionné, avec ses propres sources qu’il cultive avec patience. Malgré plusieurs propositions, il a toujours refusé des fonctions managériales (genre directeur d’une chaîne etc.)  et même politiques, au contraire de son frère Patrice Duhamel qui n’a fait que cela à partir des années 1980, c’est-à-dire qu’il a fait moins du contenu que de l’organisation de contenus.

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C’est un bel exemple pour comprendre les deux trajectoires de carrière pour les cadres de haut niveau en général. La trajectoire managériale, traditionnelle, on gravite les échelons de sous-chef à chef, de chef à surchef jusqu’au plus haut niveau, mais les places disponibles sont de plus en plus rares au fil de la progression de carrière. Et l’autre échelle, moins voyante, celle de l’expertise, on peut aussi monter "haut" mais sans charge organisationnelle, aux États-Unis, on peut les appeler les "fellows" et leurs salaires sont sensiblement les mêmes que dans la filière managériale (ce qui ne paraît pas être le cas en France, moins valorisés).

Une question maintenant : son giscardisme supputé est-il bien réel ? À en lire son livre "Les Flingueurs, anthologie des cruautés politiques" (éd. Plon), sorti en 2014 (coécrit avec Jacques Santamaria), Patrice Duhamel ne semble pas faire bénéficier Valéry Giscard d’Estaing d’un traitement de faveur : « Il y a enfin quelques superbes perles. Et notamment celle-ci, à propos de sa défaite de 1981, qu’il qualifiait en privé de "non victoire" : "Aucun roi de France n’aurait été réélu au bout de sept ans". Une manière très giscardienne d’évoquer la campagne et la polémique des derniers mois de son septennat sur la "dérive monarchique". ».

Effectivemnt, Patrice Duhamel a sorti quelques essais sur l’histoire de la Cinquième République, la plupart du temps en collaboration avec le réalisateur et homme de radio Jacques Santamaria avec qui il a coécrit le scénario du téléfilm sur la vie de De Gaulle diffusé les 2 et 9 novembre 2020 (j’y reviendrai peut-être). Ces livres sont néanmoins plutôt décevants, peu de style, beaucoup de clichés, des petites informations connues depuis longtemps, aucune révélation… au contraire des ouvrages de son frère. À chacun son métier.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 décembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Patrice Duhamel.
André Bercoff.
Jean-Louis Servan-Schreiber.
Alfred Sauvy.
Claude Weill.
Irina Slavina.
Anna Politkovskaïa.
Le Siècle de Jean Daniel selon Desproges, BHL, Raffy, Védrine et Macron.
Claire Bretécher.
Laurent Joffrin.
Pessimiste émerveillé.
Michel Droit.
Olivier Mazerolle.
Alain Duhamel.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201212-patrice-duhamel.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/patrice-duhamel-ancien-manager-de-229431

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/12/08/38694727.html









 

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12 décembre 2020 6 12 /12 /décembre /2020 03:42

« Moi, Bercoff, Juif, Arabe, Libanais, né d’un père russe et d’une mère espagnole, je me sens Français et pas du tout bouc émissaire ! » (André Bercoff, 5 mars 2018).



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Ce samedi 12 décembre 2020, l’éditorialiste André Bercoff fête ses 80 ans. Journaliste, éditeur, essayiste, André Bercoff est un peu un touche-à-tout de l’actualité, mais le mot qui le caractérise le mieux est sans doute polémiste. Polémiste car cet homme est irritant, provocateur, il asticote ce besoin de réagir et c’est sans doute aussi le secret de ses succès : succès de ses bouquins qui se sont très bien vendus, succès de ses audiences et cela explique sans doute la raison pour laquelle on le voit encore très fréquemment sur des plateaux de télévision.

Moi, je n’ai rien contre lui, je trouve même son caractère assez attachant, il est cabotin et sait en jouer, c’est une sorte de gros nounours mais, comme les ours, il est parfois mal léché, mal levé, il peut donner des coups de patte qui arrachent la peau… mais quand même ! (ben oui, tout le monde se moque de ce que je pense, mais quand je commence gentiment, c’est pour terminer avec le sentiment inverse).

Mais quand même, donc… Tout ce que j’entends dire de sa bouche me donne souvent la nausée sinon de l’urticaire. L’homme est très intelligent, cela ne fait aucun doute, il a la capacité d’analyse, d’anticipation même, le discernement, la vision d’ensemble, c’est ce qui rend ses propos encore plus nauséeux. Provenant d’un personnage limité, je m’en moquerais, mais ce n’est pas le cas avec lui. Pourquoi donc je pense pratiquement toujours le contraire de ce qu’il dit, surtout en ces temps terribles de crise sanitaire mondiale ?

J’avais expliqué récemment que j’appréciais beaucoup le journaliste Claude Weill car je pourrais approuver tout ce qu’il disait sur tous les sujets. Je suis sûr que ce que j’écris là n’est pas rigoureux et qu’il y a sûrement des sujets pour lesquels nous pourrions nous opposer, mais je ne les connais pas. André Bercoff, c’est tout simplement exactement l’inverse !

André Bercoff est suffisamment intelligent pour ne pas dépasser quelques limites de la bienséance (il n’est pas fou, il vit du "système" médiatique actuel), mais il est suffisamment provocateur pour donner la parole à des personnes "ouvertement complotistes" et se faire le porte-parole de ces personnes "ouvertement complotistes", notamment des médecins qui ont nié la poursuite macabre de la pandémie en France et ailleurs. En octobre 2020, que de dénis sur la possible deuxième vague, et aujourd’hui, qui nierait cette deuxième vague qui a presque fait hélas doubler le nombre de décès dus au covid-19 en France par rapport à la première vague ?

Il est nécessaire, André Bercoff, car il insuffle le doute et le doute n’est jamais inutile. C’est d’ailleurs le principe des complotistes (qu’il n’est pas, j’insiste), il incite à réfléchir, mais c’est souvent du doute de type "Alien Theory" (j’invite ceux qui ne connaissent pas cette émission à aller regarder sur Internet ce que c’est que cette émission qui part d’un postulat totalement imaginé, totalement fantasmé, et qui en déduit plein de choses, comme les Terriens viennent de l’Espace, par exemple, tout est très logique, c’est seulement la première affirmation qui est erronée). En gros, commençant les phrases par "Et si…", on peut aller très loin. Ce n’est pas la technique d’André Bercoff, mais de certains de ses invités à la télévision ou à la radio dont il fait la triste promotion.

Je ne vais pas énumérer, depuis le début de sa carrière, la nature de ses relations avec les médias audiovisuels et la presse écrite, car j’ai presque l’impression qu’il a collaboré avec tout le monde ou que tout le monde se l’est arraché. Il se complaît dans l’écriture d’essais, il a déjà sorti une cinquantaine de bouquins, ce qui est très prolifique même si leur qualité intellectuelle peut être parfois mise en doute, parfois avec des pseudonymes (j’y reviens juste après). Il a écrit un livre avec des identitaires et des responsables de Ripostes laïques ("Apéro saucisson pinard") en 2012, il casse pas mal de personnalités politiques (c’est son droit), aussi parfois la France (c’est dommage), mais il est aussi parfois constructif, encourage aussi d’autres initiatives, semble soutenir Bernard Tapie… Il a coécrit deux livres avec Corinne Lepage en 2005 et 2006 juste avant l’élection présidentielle de 2007 (sous pseudonyme)… Bref, il est l’épice qui pimente un ragoût insipide, il est nécessaire au paysage audiovisuel français, je le répète.

Quand il s’exprime à la télévision, j’apprécie peu sa posture qui est celui de monsieur tout le monde, les mains dans les poches, sans travailler son sujet, en posant des questions un peu démagos sur les bords dont il pourrait trouver très rapidement les réponses s’il les avait un peu cherchées auparavant. En restant dans les questions sans les réponses, alors que souvent les incohérences apparentes (il y en a eu beaucoup dans la gestion de la crise sanitaire) ont des motivations très rationnelles et très raisonnables, car les sujets sont souvent complexes, il montre pour le moins une certaine paresse intellectuelle. Il suffirait pourtant de chercher à comprendre pour ne plus surfer sur cette vague de populisme qui fait certes du buzz mais qui ne construit rien sinon son univers éditorial.

Je me dis seulement que croyant être un aiguillon, un piquant, il fait juste dans le sens du poil de la facilité. Qu’importe, il n’est pas doctrinaire et est capable de changer de position si on est convaincant. C’est un bouilleur d’idées au sens de bouilleur de crus.

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C’est d’ailleurs amusant de revenir à sa jeunesse, à l’époque où il avait une quarantaine d’années. C’était un farceur, parfois ! Revenons à la France de janvier 1983. La France politique, s’entend.

Le contexte national était le suivant : depuis près de deux, un gouvernement socialo-communiste qui est devenu ultra-impopulaire (augmentation des impôts et taxes, effondrement des finances publiques, craintes pour l’avenir de l’enseignement libre, etc.). La perspective des élections municipales de mars 1983 est désastreuse pour les socialistes, risque d’une défaite politique cuisante (elle l’a été), et pour l’opposition préemptée par Jacques Chirac, un moyen de montrer que le retour de la droite serait inéluctable aux élections législatives de mars 1986.

Or, ce fut à cette période qu’est sorti un livre mystérieux dont je me souviens bien du titre : "De la Reconquête", avec pour sous-titre : "Pour vaincre la gauche, il faut se débarrasser de la droite". (éd. Fayard). L’auteur, un certain Caton dont la référence latine n’est évidemment pas passée inaperçue, s’annonce comme un responsable de droite désespéré par la nullité de la droite.

Or, ce bouquin a été écrit par… André Bercoff lui-même, simple plume de gauche dans l’une des machinations les plus tordues diligentées par François Mitterrand depuis l’Élysée. En effet, Jacques Attali, conseil spécial du Président de la République et grand copain d’André Bercoff, lui avait demandé d’écrire ce pamphlet dans cette opération de manipulation politique assez basique. On avait pensé à lui car sous un autre pseudonyme (Philippe de Commines), André Bercoff avait écrit un livre de politique-fiction sur ce qu’aurait été le gouvernement Mitterrand si la gauche avait gagné les élections législatives de mars 1978 ("Les 180 jours de Mitterrand, histoire du premier gouvernement de l’union de la gauche, 3 avril-2 octobre 1978", 1977, éd. Belfond), un livre qui s’est beaucoup vendu.

Ah oui, il faut le dire, André Bercoff avait beaucoup d’amis à gauche, c’était son milieu, son environnement. Aujourd’hui, c’est vrai qu’il dit adorer Donald Trump, il coécrit des livres avec des identaristes, il fraie avec des pseudo-complotistes pas loin d’une certaine extrême droite, mais à l’époque, il était gauchiste comme tous ses collègues des médias !

Je me souviens qu’à l’époque, ce livre était un véritable pavé dans la mare. On avait soupçonné François Léotard, tout jeune secrétaire général du PR, de vouloir prendre la place des "vieux" (autrement dit, de Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac). La manipulation politique fonctionnait très bien, à la manière de l’album d’Astérix "La Zizanie" ! On parlait de la "droite la plus bête du monde", incapable de gagner une élection dans un pays où la droite était sociologiquement majoritaire.

Ce livre était très intéressant d’un point de vue politique car il expliquait (en mettant en garde ses supposés "amis" de droite) que la gauche savait gérer et qu’elle gérerait aussi bien voire mieux que la droite les finances publiques selon l’orthodoxie financière. Deux autres livres sont sortis de Caton, "De la Renaissance", après les élections municipales de 1983, puis "Comment aider Mitterrand à sauver le capitalisme en France", en 1989, après la réélection du Président.

L’arnaque politique était d’autant plus fumeuse que Caton devait quand même faire le service après-vente. Pour limiter les risques d’être découvert, Caton n’est intervenu que dans un seul média (à ma connaissance), dans le journal de 7 heures 30 du matin de Philippe Caloni sur France Inter le 3 février 1983. Comme la voix d’André Bercoff était beaucoup trop reconnaissable (il était déjà connu), on lui a offert la voix d’un jeune inconnu, technocrate de la Cour des Comptes, conseiller énarque à l’Élysée… un certain François Hollande !





François Hollande savait-il à l’époque qu’il aurait une vie politique jusqu’à devenir lui-même Président de la République ? J’en doute car il n’aurait jamais pris le risque de dire "Nous autres gens de droite" qui pourrait être rappelé lors de ses campagnes futures. On voit donc la machination typiquement mitterrandienne d’imposture politique. Quand on écoute François Hollande, d’ailleurs, on se dit qu’il flattait beaucoup les capacités de la gauche à gouverner, cela aurait dû mettre la puce à l’oreille des responsables de droite plongés dans la suspicion mutuelle.

Lorsque François Hollande a été désigné candidat du PS par la primaire ouverte le 16 octobre 2011, ce vieil épisode est naturellement ressorti des oubliettes avec la rude capacité d’archivage d’Internet (merci l’INA). Il me semble que c’est l’éditorialiste Jean-Michel Aphatie qui a soulevé le premier l’info. Dans son (bref) blog (entre octobre 2011 et février 2012), qu’il a effacé par la suite, André Bercoff racontait le 18 octobre 2011 plus précisément cette manipulation, plutôt fier de son opération éditoriale : « Je crois être pas trop mal placé pour en parler, étant l’auteur, en 1983, des deux livres signés sous le pseudonyme de Caton. ».

André Bercoff expliquait ainsi, sollicité par l’Élysée : « Je propose à Attali un pamphlet où un homme de droite, après la défaite de 1981, fait le bilan d’un an et demi de la gauche au pouvoir, et flingue à la kalachnikov la droite qui a permis que cela se fasse. (…) Je l’écris en octobre-novembre 1982. ; le livre sort en janvier 1983. ».

Et là, le polémiste s’interrompait car il voulait insister sur la date du "tournant de la rigueur" : « Une précision à ce propos ; "De la Reconquête" démontre bien que le tournant de la rigueur n’a pas eu lieu en 1983 comme le prétend la quasi-totalité des historiens et des journalistes, mais bien en été 1982, quand Jacques Delors annonce "la pause des réformes". ». Je suis tout à fait d’accord pour dire que le "tournant de la rigueur" date de l’été 1982 et pas du printemps 1983. Mais il se trompait néanmoins en parlant de Jacques Delors. Le Ministre de l’Économie et des finances avait réclamé une "pause des réformes" dès le dimanche 29 novembre 1981, invité dans l’émission "Le Grand Jury" sur RTL mais, comme d’habitude, il n’a pas été écouté par François Mitterrand. En revanche, ce dernier a pris les premières mesures de la rigueur budgétaire après le fastueux sommet du G7 à Versailles du 4 au 6 juin 1982, celui avec un protocole quasi-monarchique (surtout la soirée de clôture du 6 juin 1982).

En effet, je peux citer, dans sa conférence de presse solennelle du 9 juin 1982, François Mitterrand qui a déclaré notamment aux Français : « Je dis simplement que, si l’on veut faire une analyse stricte et honnête, il y a une crise mondiale plus grave, un délabrement plus sérieux, à quoi s’est ajouté le temps (…) qu’il a fallu (…) pour planifier dans notre propre esprit et dans notre action. (…) Alors, ayant rappelé les trois objectifs qui ont inspiré la politique de cette année, ayant fait le compte des obstacles rencontrés, je déclare très simplement que nous entrons dans la deuxième phase de notre action. ». On ne pouvait être plus clair, et c’était le 9 juin 1982 !

Un exemple d’objectif dans le flot présidentiel très dense : « Et l’on ne me fera pas croire qu’il n’est pas possible, après avoir remis vraiment la Sécurité sociale sur ses rails (…), de trouver des économies de l’ordre de 6, 7, 8 milliards par rapport à 800 milliards qui permettront d’atteindre la fin de 1982 sans aucun déficit de la Sécurité sociale. ». Les recherches d’économies dans notre système de santé, notamment hospitalier, ne datent donc pas de dix ou vingt ans, mais bien d’une quarantaine d’années !

Dans son explication du 18 octobre 2011, Caton le moins Ancien poursuivait : « Ce que disait Caton le censeur et le cynique, entre autres, c’est qu’il fallait se débarrasser de ces leaders de droite incapables et que, contrairement aux grands discours mitterrandistes et gouvernementaux, la gauche allait admirablement gérer l’économie de marché, ce qu’elle fit. Le livre devint un best-seller et pendant un an, tout le monde se demandait qui était Caton, devenu l’auberge espagnole des fantasmes politiques de l’époque. ».

Pour lui fournir des données et statistiques afin de rendre crédible le livre, François Hollande et Ségolène Royal, deux conseillers à l’Élysée, furent désignés, ce qui a permis à André Bercoff de connaître très tôt les deux futurs candidats à l’élection présidentielle, en particulier le futur Président Hollande : « Je rencontrai un jeune homme brillant, plein d’humour, que je vis très souvent dans les dix années qui suivirent. (…) Pas question pour moi d’intervenir puisqu’un certain nombre de journalistes connaissaient ma voix. J’ai donc demandé à François Hollande de se faire le porte-parole de Caton, ce qu’il fit avec brio. ». Pourquoi s’en étonner puisque l’opération été téléguidée depuis l’Élysée ?

Juste avant l’élection présidentielle de 2012, André Bercoff avait donc délivré à François Hollande un certificat d’homme de gauche qu’il soutenait : « Je peux évidemment certifier que ni à l’époque, ni a fortiori aujourd’hui, François Hollande ne pouvait être qualifié d’homme de droite. ». À l’évidence, André Bercoff a beaucoup changé depuis une dizaine d’années, mais on le lui pardonnera, car sa connaissance de la politique politicienne et sa passion pour la polémique l’ont rendu (je le répète encore) indispensable au paysage audiovisuel français !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 décembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Patrice Duhamel.
André Bercoff.
Jean-Louis Servan-Schreiber.
Alfred Sauvy.
Claude Weill.
Irina Slavina.
Anna Politkovskaïa.
Le Siècle de Jean Daniel selon Desproges, BHL, Raffy, Védrine et Macron.
Claire Bretécher.
Laurent Joffrin.
Pessimiste émerveillé.
Michel Droit.
Olivier Mazerolle.
Alain Duhamel.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201212-andre-bercoff.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/andre-bercoff-et-l-imposture-229430

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/11/30/38681712.html






 

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