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24 mai 2021 1 24 /05 /mai /2021 01:37

« Il était un homme en colère dans un monde qui lui convenait rarement. Il râlait bien. » (Pierre Arditi, le 18 janvier 2021).



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Le râleur au grand cœur. Bougon le Magnifique… On pourra user de tout le panel du vocabulaire français pour évoquer celui qui vient de s’éteindre ce lundi 18 janvier 2021 d’une maladie toujours aussi cruelle, Jean-Pierre Bacri. Il avait l’âge de 69 ans (né le 24 mai 1951), toujours trop jeune pour mourir, une génération, la même, à quelques semaines près, que Marielle de Sarnez, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon pour ne citer qu’eux.

À côté de la tristesse, il y a cet hommage unanime. Et ce n’était peut-être pas si évident que cela. Jean-Pierre Bacri n’était pas parmi les "stars", ou plutôt, ne se prenait pas pour une star (alors que d’autres croient l’être mais ne le sont pas) et lui a toujours su émouvoir ceux qui l’ont vu et apprécié.

Il y a l’image de lui, plus jeune mais finalement "déjà vieux" (c’est terrible le cinéma, en fonction des rôles, il y a des jeunes déjà vieux, c’était le cas de l’épatant Bernard Blier aussi), le râleur, le mauvais caractère, mais finalement, avec le petit sourire pudique qui refuse de se montrer. Un côté très français, presque "gaulois" si cela voulait dire quelque chose seulement par le cliché. Ce n’est pas très étonnant, cet hommage, un anti-héros bien français, qui a un cœur gros comme ça et qui le cache sous des dehors revêches, un peu énervés, agacés, un peu ébouillantés… Une carapace qui permet d’émerveiller ceux qui découvrent l’intérieur.

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En somme, Jean-Pierre Bacri a montré des personnages auxquels on pouvait tellement s’identifier qu’il était une autre version du "Français moyen", peut-être la plus lucide, et pourtant, non, il n’était pas le représentant des "franchouillards", mais plutôt, ce terme revient systématiquement, de ces Français râleurs. On râle pour dire non et l’on fait oui. Le dernier exemple flagrant, c’est la vaccination contre le covid-19 : on est contre (on râle contre le vaccin, contre la précipitation) et puis, on râle contre le rythme trop lent de la vaccination (mais que fait le gouvernement ?). Jamais contents. Comme ces internautes voyageurs qui écrivent en commentaires sur Tripadvisor de leur séjour à l’étranger que décidément, dans ces hôtels, il y a trop d’étrangers ou qu’ils ne parlent même pas français !

La "râlerie", c’est un état d’esprit. Il n’est pas coordonné par la raison, il est juste coordonné par l’émotion. Cela fait du bien de râler. Grand sport national en France. On râle, c’est de l’hygiène mentale, quasiment.  L’ego est conforté par la "râlerie". On se rebelle à bon compte. Et l’on passe à autre chose. Il vaut mieux râler que faire la guerre. C’est sûr que les "nice", trop "very nice" américains peuvent agacer lorsqu’on sympathise avec des Américains. Parfois, le trop lisse est l’anti-lisse. La "râlerie", c’est l’aspérité, les petits grains de sel qui assaisonnent la fadeur, les petits grains de sable qui nécessitent un peu de lubrification. C’est sans doute cela que les Français ont apprécié chez Jean-Pierre Bacri, ce droit de râler, soutenu, protégé par un personnage devenu célèbre, et même célèbre pour ses "râleries".

Râler n’empêche pas d’entreprendre, c’est le grand message de Jean-Pierre Bacri. Il a su captiver des millions de spectateurs avec ses scénarios, avec son jeu d’acteur et même, de comédien. Une collaboration inédite au théâtre et au cinéma avec Agnès Jaoui, tant sur les textes, les scénarios, que sur le jeu d’acteur. Que dans la vie privée, aussi, puisqu’ils ont vécu ensemble plusieurs décennies.

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En regardant les images les plus récentes de Jean-Pierre Bacri, j’avais un petit pincement au cœur. Il n’était plus ce râleur, ce "jeune" râleur, mais plutôt une personne déjà âgée, burinée par le temps et sans doute déjà la maladie, qui sentait la chaleur humaine, le regard bienveillant, une sorte de bonté qui se dégageait. Comment avoir été "bon" et avoir cette réputation de râleur ? Sans doute, comme je l’ai écrit plus haut, une couverture, une carapace, un voile pudique pour garder au chaud sa chaleur humaine et ses sentiments cachés.

C’est le problème des acteurs et comédiens, le grand public les voit par les filtres déformés de leurs rôles qui, parfois, sont récurrents, tandis que leur vraie personnalité intérieure peut être très différente. Qu’importe, c’est ce qu’ils représentent qui l’emporte sur la réalité personnelle.

Jean-Pierre Bacri, "on l’aime bien" pourraient dire de nombreux compatriotes. C’est celui qui casse le consensus poli des hypocrisies sociales. Il est un acteur qui a fait beaucoup de seconds rôles au point de risquer d’y être cantonné, mais non, il a su aussi trouver les opportunités pour être dans les premiers rôles. Il aurait pu n’avoir que des fades succès d’estime de sa profession, comme souvent pour les non-héros (je pense notamment à Jean Bouise, Jacques François, Michel Robin, à plein d’autres), alors qu’en fait, il a été très encensé par la profession, et notamment pour les deux distinctions phares du cinéma et du théâtre.

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En fait, il a tout eu de ce qu’il a fait. Car ce n’était pas évident d’avoir un tel grand chelem, à savoir, être récompensé pour des talents très différents. Plusieurs vies en une seule. Au théâtre, il a été récompensé pour avoir écrit des pièces de théâtre avec le Molière de l’auteur en 1992 pour "Cuisine et Dépendances" (coécrit avec Agnès Jaoui), et il a aussi reçu le Molière du comédien en 2017 pour "Les Femmes savantes". Le théoricien et l’homme pratique, du théâtre. Auteur et acteur.

Au cinéma aussi, il a été récompensé pour ces deux talents très différents. Il a reçu quatre fois le César du meilleur scénario, en 1994 pour "Smoking, no smoking" (avec Agnès Jaoui), en 1997 pour "Un air de famille" (avec Agnès Jaoui et Cédric Klapisch), en 1998 pour "On connaît la chanson" (avec Agnès Jaoui) et en 2001 pour "Le Goût des autres" (avec Agnès Jaoui).

Et il a reçu le César du meilleur acteur dans un second rôle en 1998 pour "On connaît la chanson" (nommé pour la même distinction en 1986 pour "Subway"). Il ne lui a manqué que le César du meilleur acteur (dans un premier rôle) pour lequel il a été nommé six fois ! En 2000 pour "Kennedy et moi", en 2001 pour "Le Goût des autres", en 2004 pour "Les Sentiments", en 2013 pour "Cherchez Hortense", en 2016 pour "La Vie très privée de Monsieur Sim", et en 2018 pour "Le Sens de la fête". À ces (sept) nominations, il faut enfin ajouter une nomination pour un autre César du meilleur scénario, en 2006 pour "Comme une image" (toujours avec Agnès Jaoui).

Tiens, justement, ce film, "La Vie très privée de Monsieur Sim" de Michel Leclerc (sorti le 16 décembre 2015), dans lequel Jean-Pierre Bacri joue Monsieur Sim, aux côtés d’Isabelle Gélinas, Vimala Pons et Félix Moati notamment, fait penser que Jean-Pierre Bacri, bien que plus grand, pouvait faire penser, par sa "gueule" ("Elle est pas belle, ma gueule ?") à …Sim, justement, la version peut-être un peu plus "hargneuse" de Sim. (Bon, cela imagé, à la vie réelle, ce n’était pas la hargne qui guidait Bacri, plutôt le cœur).

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Quels sont les meilleurs films de/avec Bacri ? C’est difficile de tous les citer, de citer les comédies succulentes, ces chroniques sociales si vraies, si drôles, souvent accompagnées de Jean-Pierre Darroussin (l’un est râleur, l’autre est dépressif), comme "Cuisine et Dépendances" de Philippe Muyl (sorti le 7 avril 1993), "Un air de famille" de Cédric Klapisch (sorti le 6 novembre 1996), "Le Goût des autres" d’Agnès Jaoui (sorti le 1er mars 2000), "Le Sens de la fête" d’Éric Toledano et Olivier Nakache (sorti le 4 octobre 2017), etc. Son dernier film a été "Photo de famille" de Cécilia Rouaud (sorti le 5 septembre 2018), où il jouait un nouveau patriarche aux côtés de Vanessa Paradis, Camille Cottin, Pierre Deladonchamps (ses enfants dans le film) et Chantal Lauby (son ex-femme dans le film).

Terminer par Molière sur la scène. Jouer "Les Femmes savantes", la dernière pièce qu’il a jouée en 2016 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin à Paris (mise en scène de Catherine Hiegel), c’était une manière moderne de déclarer son amour aux femmes. Il expliquait qu’il y avait encore beaucoup de progrès à faire pour l’égalité entre l’homme et la femme, notamment dans l’égalité salariale.

Jean-Pierre Bacri voyait aussi dans cette pièce (créée le 11 mars 1672 au Palais-Royal) cette critique sociale contre les pédants de Molière, qui reste encore d’actualité selon lui : « Ils habitent la télé, on a l’impression que c’est leur appartement tellement on les voit. Il y a des milliards de Trissontin, de gens qui ont tout compris, qui savent tout mieux que tout le monde. Ce sont surtout les vedettes, les philosophes, les chroniqueurs qui ont la science infuse, contrairement aux autres qui n’ont rien compris. ». "Des milliards" pour seulement 7,8 milliards d’habitants sur la planète, c’est un peu exagéré, certes, mais on a pu le voir avec la pandémie de covid-19. Et puis, on est toujours un peu le Trissontin de quelqu’un, aujourd’hui, à l’époque des réseaux sociaux.

Mais laissons-lui le mot de la fin à propos de son penchant râleur, car pointait derrière le dramaturge et le comédien un grand philosophe : « Pour moi, l’être humain est hyperfaillible et vulnérable. Je trouve ça dégueulasse de faire croire aux gens que le monde est binaire. Les gentils d’un côté, les méchants de l’autre. Ça ne m’intéresse pas. Je cherche des personnages humains. Pour certains, quand on n’est pas en train de sourire tout le temps, on est rabat-joie. Eh bien, soit ! ». En fait, Jean-Pierre Bacri avait de très jolis sourires. Mais la vie a été un peu moins souriante.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 janvier 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210524-jean-pierre-bacri.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/05/15/38972143.html



 

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3 mai 2021 1 03 /05 /mai /2021 03:55

« Le rire, c’est de l’acupuncture. Si vous ne piquez pas au bon endroit, c’est raté. » (Gérard Jugnot, le 8 juin 2000).



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L’acteur et réalisateur français Gérard Jugnot fête son 70e anniversaire ce mardi 4 mai 2021. La plupart de ses amis du Splendid ont eu ou vont aussi avoir cet âge à quelques mois  près, et lorsqu’on regarde la carrière de Gérard Jugnot, on serait tenté de dire qu’il est un véritable monstre sacré du cinéma français. Sans doute pas de la même envergure qu’un autre Gérard, Depardieu, peut-être moins monstre sacré en acteur, mais peut-être plus puisque Gérard Jugnot a pris bien plus de risque en réalisant très tôt des longs-métrages, et même en les produisant.

Jugnot serait synonyme de bon Français rigolard et sympathique (qui tombe parfois dans la râlerie fâcheuse), mais ce serait plus à cause de son physique, surtout lorsqu’il portait la moustache au milieu d’une tête quasi-chauve et une vitalité qui peut faire passer du gentil plaisantin au méchant râleur (voir par exemple "Les Bronzés 3" de Patrice Leconte, sorti le 2 février 2006, qui n’a pas été son meilleur film malgré son succès en salles, ou pire, en collabo dans "Papy fait de la résistance" de Jean-Marie Poiré, sorti le 26 octobre 1983).

En fait, il ne joue pas seulement dans le burlesque, il peut être aussi très crédible dans le dramatique (par exemple, "Les Choristes" de Christophe Barratier, sorti le 17 mars 2004, ou encore, sa petite pépite personnelle : "Monsieur Batignole", sorti le 6 mars 2002). C’est la révélation d’un grand acteur, comme Coluche s’est révélé, hélas trop tardivement, dans "Tchao Pantin". D’autres ont évolué aussi dans le dramatique, par exemple Marina Foïs). Son compère Michel Blanc aussi a fait du dramatique et de la réalisation (du Splendid, Josiane Balasko également).

La carrière de Gérard Jugnit a commencé avec celle du Splendid, c’est-à-dire au début des années 1970. Le succès a été atteint très vite avec "Les Bronzés" (sorti le 22 novembre 1978) et "Les Bronzés font du ski" (sorti le 21 novembre 1979), réalisés par Patrice Leconte, ainsi que des pièces adaptées du café-théâtre, la pièce "culte" adaptée en film "Le Père Noël est une ordure" de Jean-Marie Poiré (sorti le 25 août 1982) et "Papy fait de la résistance". Dès le début des années 1980, ce fut donc la célébrité et surtout, la popularité.

On aime Jugnot justement parce qu’il n’est pas la star, il est le Français "moyen", celui à qui on peut ressembler, parfois avec la lâcheté qu’il doit jouer dans certains films. Il se plaît avec plusieurs casquettes, au cinéma (acteur et réalisateur) mais aussi au théâtre (comédien) où il prend un plaisir fou à rencontrer le public dans des salles parfois "provinciales". Il rencontre aussi son public au cinéma avec ses venues pour des avant-premières.

Parfois, on le voit dans des films moins grand public, où il y a une certaine moralité, pas forcément rose, celle, par exemple, que les inégalités sociales subsistent même après la mort (c’est terrible !), dans "Fantôme avec chauffeur" de Gérard Oury (sorti le 20 mars 1996), avec Philippe Noiret, Jean-Luc Bideau et Charlotte Kady, ou encore, plus récemment, sur les expulsions d’immigrés clandestins, dans "L’extraordinaire voyage du fakir" de Ken Scott (sorti le 30 mai 2018), avec Bérénice Béjo, Dhanush et Ben Miller. Il y a aussi des flops commerciaux, comme "Benoît Brisefer : Les Taxis rouges", adaptation d’une bande dessinée de Peyo, réalisée par Manuel Pradal (sorti le 17 décembre 2014), où Gérard Jugnot joue le rôle du chauffeur de taxi Jules Dussiflard, et Jean Reno celui d’Hector Poilonez, aux côtés d’Évelyne Buyle, Thierry Lhermitte et Hippolyte Girardot.

Tout au long de sa carrière, il aurait eu l’occasion de collectionner les récompenses, mais le cinéma trop populaire fait peur à la profession. Il a été nommé quatre fois aux Césars (en 1988, 1992, 1998, 2005), trois fois aux Molières (en 1998, 1999, 2003), mais il n’a jamais été lauréat… Jusqu’à cette année, in extremis, ce 12 mars 2021, à la 46e cérémonie des Césars (et première en période covid-19, en fait, seconde, mais celle du 28 février 2020 avait été tenue en grande insouciance alors que la pandémie flambait déjà en France ; ce qui flambait l’an dernier, c’étaient aussi les douze nominations pour le film de Roman Polanski en pleine polémique sexuelle).

Donc, lors de cette cérémonie présidée par Marina Foïs à l’Olympia (plus spacieuse que l’habituelle Salle Pleyel), l’Académie des arts et techniques du cinéma a innové en attribuant le premier César anniversaire à l’ensemble de la troupe du Splendid : Gérard Jugnot, Michel Blanc, Thierry Lhermitte, Christian Clavier, Marie-Anne Chazel, Josiane Balasko, aussi Bruno Moynot, pour le quarantième anniversaire de l’ouverture du café-théâtre Le Splendid Saint-Martin : « Avec ce César, nous les remercierons pour toutes ces années de rires, de répliques cultes, de dialogues savoureux. Le Splendid a influencé des générations entières d’artistes au cinéma, au théâtre, à la scène, dans le jeu et dans l’écriture. ». Et Thibault Lucia, des "Inrockuptibles", de conclure, le 15 février 2021, en faisant référence à l’abandon du César du public créé en 2018 : « Récompenser d’un César honorifique l’œuvre jalonnée de succès populaires de la troupe du Splendid prend de fait des allures de contrepoids diplomatique pour parer à tout soupçon d’élitisme. ».

Dans l’un de ses livres (voir plus bas), en 2018, Gérard Jugnot a donné son ressenti par rapport au travail d’équipe de la troupe du Splendid, finalement, le secret d’une réussite collective que bien des managers devraient étudier pour leur entreprise : « Nous nous sommes tant aimés, bien sûr, mais surtout, nous nous sommes tant marrés ! Il y avait un vrai bonheur à jouer ensemble, une connivence dans la connerie, mais avec respect et loyauté. Nous n’étions pas toujours d’accord sur tout, à vrai dire, cependant, nous éprouvions un total plaisir dans la moquerie, le ricanement et la dérision de tout ce qui nous entourait. Si, parfois, il a pu y avoir certaines frustrations ou non-dits, aucun de nous ne chercha à tirer la couverture à soi. ».

Le retour du Splendid avec "Les Bronzés 3", même si le film, en lui-même, est plutôt ennuyeux et sans trop d’intérêt, si ce n’est justement ce retour, après plusieurs décennies où chacun a "vécu sa vie" de manière autonome, est très rare. Il suffit de voir d’autres troupes dont la réunion à nouveau pourrait plaire, mais parfois la vie est ce qu’elle est. Citons quelques troupes qui, en ce qui me concerne, m’avait beaucoup plu : Les Inconnus, bien sûr, les Robins des bois, les Deschiens, aussi ceux qui ont joué dans la série télévisée mémorable "Fais pas ci, fais pas ça !", etc. On peut d’ailleurs comprendre que chaque acteur, sans rien renier à son passé, souhaite s’extirper du boum de lancement, ne plus être étiqueté ainsi, et avoir sa propre trajectoire au cinéma ou au théâtre. Pour "Les Bronzés 3", l’idée ne venait pas de faire un troisième opus, mais de ramener le Splendid dans une aventure d’Astérix (en Hispanie), projet qui a capoté parce que l’un des créateurs d’Astérix, Albert Uderzo, n’avait pas été averti et a finalement rejeté un tel projet.

J’avais évoqué plus haut Gérard Depardieu. Ces deux Gérard se sont croisés plusieurs fois. Gérard Jugnot avait un petit rôle dans "Les Valseuses" quand Gérard Depardieu était au premier rôle, et (entre autres), ils se sont retrouvés trente ans plus tard à la demande du réalisateur Jugnot dans une nouvelle version de "Boudu sauvé des eaux" ("Boudu" sorti le 9 mars 2005) : Gérard Depardieu est Boudu sur le point d’en finir avec la vie, Gérard Jugnot, un marchand d’art ruiné, celui qui le ranime à la vie et Catherine Frot, sa femme. Ce film, assez audacieux, a pu être fait après le double grand succès du comédien Jugnot avec "Les Choristes" et du réalisateur Jugnot avec "Monsieur Batignole" qui semble être le contrepoids de "Papy fait de la résistance" pour le personnage joué par Jugnot.

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L’humour, Gérard Jugnot ne le cultive pas seulement à l’oral, mais aussi à l’écrit. On peut en juger sur quelques "pièces" notamment avec son opus "C’est l’heure des contes" sorti le 4 novembre 2020 chez Flammarion. Quelques exemples…

Bigoudi : « En regardant de plus près, elle s’aperçut que, malheureusement, elle était coiffée comme un dessous-de-bras. ».

Grand méchant loup : « Et le bonhomme de répondre dans un grand sourire : "Je m’appelle Émile Louis. Montez, les enfants !" ».

Pudeur : « Enfin, bref, pour quelqu’un qui tentait de maintenir ses organes reproducteurs cachés sous son peignoir, il semblait très à l’aise. ».

Gazelle : « Elle eut le texte dire "ouf", ce qui ne l’empêcha pas de passer à la casserole, il la rassura avec un rire grassouillet : "Ne t’inquiète pas, c’est une casserole anti-adhésive, on ne s’attache pas". ».

Dans "Le Dictionnaire de ma vie", sorti le 17 octobre 2018 chez Kero, Gérard Jugnot montre un peu de compassion envers la classe politique en général : « Bien sûr, l’ego est surdimensionné et le pouvoir érotise, mais quel métier de chien ! Quel cuir il faut avoir pour supporter les tonnes de critiques et d’injures continuelles ! Et quelle santé ! ».

L’ingouvernabilité du peuple français : « La politique est un sale métier, mais il faut bien que quelqu’un s’en charge. Si vous avez déjà assisté à une réunion de copropriétaires, vous savez que notre pays est difficilement gouvernable. Tout le monde veut une déchetterie, à condition qu’on l’installe loin de chez soi. Chacun désire un lave-vaisselle, un lave-linge, la clim’, le confort électrique, tout en refusant dans le même temps le nucléaire. Comment contenter chacun et son contraire ? ».

Dans ce livre, il y a aussi quelques pépites à savourer lentement.

Les Césars et la caisse enregistreuse : « On peut faire un très bon film sans être le premier du box-office. C’est la force de notre cinéma où il est possible d’être le meilleur sans être forcément le premier, contrairement au cinéma américain, où seul le box-office vous donne raison. ».

Lucidité : « Un certain nombre de films auxquels j’ai participé furent des échecs. Ceux que j’ai réalisés n’ont pas toujours rencontré le succès espéré. Je ne suis pas le seul, aucun de mes camarades ou confrères n’a échappé à cette dure loi du bide. Dans ce métier, on fabrique des prototypes et, à l’exception de quelques suites d’immenses cartons, il n’y a pas de recettes. ».

Couleur transparent : « Avec mon physique passe-partout, je ne passe plus beaucoup inaperçu… Moi, le petit garçon timide qui faisait des clowneries pour qu’on le remarque, je passe ma vie à me faire discret quand je ne suis pas en représentation. (…) J’ai l’impression de vivre dans un village de soixante-six millions d’habitants. Le sentiment de ne pas exister fait place à l’observation de tous les instants. Même si je me suis un peu guéri de cette timidité, c’est assez particulier de ne pas pouvoir se gratter le nez en paix ! ».

"Les Choristes" : « Les gens ont toujours tendance à confondre les acteurs et leurs personnages. Exit le franchouillard, un peu teigneux, lâche et râleur ; place à saint Cément Mathieu. C’est tout juste si les admirateurs ne m’amenaient pas leurs enfants pour les faire bénir ! Ce film m’a permis de repartir, de rebondir. Dans des banlieues dites sensibles, j’ai pu remarquer par la suite que les jeunes connaissaient plus "Les Choristes" que "Les Bronzés". Ils s’étaient reconnus dans ces enfants délaissés qui découvrent le chemin de la liberté grâce à leur professeur, à ses méthodes d’enseignement et à la musique. Le fait d’avoir situé l’action dans un passé révolu fait des "Choristes" une œuvre intemporelle. C’est l’avantage du cinéma d’époque. Toutes les générations peuvent s’y retrouver. ».

Analogies musicales : « L’avantage, dans la comédie, c’est que l’acteur ne se prend pas pour ce qu’il joue. (…) L’acteur est aussi son propre instrument. Même si vous voulez tout jouer, vous le jouerez avec cet instrument : une contrebasse comme pouvait l’être Philippe Noiret ou une flûte comme Fabrice Luchini, un orchestre symphonique que peut être Gérard Depardieu ou un violon comme Sandrine Kiberlain. En débutant, certes, j’aurais aimé être Alain Delon ou Gérard Philippe, pour avoir les plus belles femmes du monde dans mes bras. J’ai très vite compris qu’il me fallait optimiser mes chances dans un autre registre, celui de la comédie. À défaut d’être admiré ou aimé d’emblée, j’ai tenté d’être aimable… ».

Sa devise : « Faire ce que l’on aime et aimer ce que l’on fait. ».

Son plus grand malheur serait : « L’ennui, la routine. Un avenir plat. Et sans amour ni humour. ».

Croiser une personne : « En marchant dans la rue, j’adore regarder une personne que je vais croiser. Ne soyons pas hypocrites, c’est souvent une femme. ».

Son sourire : « Dans la vie, le public ne supporte pas qu’un acteur de comédie n’arbore pas un grand sourire. Je me suis souvent fait engueuler parce que je ne souriais pas aux gens que je croisais. Ils oublient qu’on peut être malade, avoir un chagrin d’amour ou vivre un deuil. J’ai d’ailleurs toujours trouvé étrange qu’on désigne la plupart du temps un acteur de comédie comme le "comique" Machin ou Chose. ».

Son écologisme : « L’odeur du kérosène des tarmacs me transporte autant que les Airbus. ».

Sur Hitler : « Je me passionne (…) pour la grande histoire politique. Étudier l’ascension d’Hitler par les clauses humiliantes du Traité de Versailles en [1919], la crise économique, la peur du bolchevisme. Savoir que ce dictateur était myope comme une taupe et le voir sans lunettes sur quasiment toutes les photos en dit long sur la coquetterie des tyrans ! ».

Sur Sacha Guitry dans "Monsieur Batignole" : « Tout le monde n’avait pas la possibilité de faire carrière à Hollywood ou de vivre de ses rentes. Guitry était déjà une grande vedette avant-guerre, il avait fait de longues tournées en Europe et donc en Allemagne. Beaucoup d’acteurs et de réalisateurs ont d’ailleurs travaillé régulièrement avant 1940 dans des films tournés au sein des immenses studios de Babelsberg en Allemagne. ».

Le rapport avec son travail : « Comprendre les grands principes du monde et leurs détails parfois dérisoires fascine le scénariste ou l’acteur que je suis. ».

Son histoire dans ses histoires : « Souvent, mes personnages perdent l’élan vital et le courage de mener leur propre vie. (…) Je crois que j’ai fait des films de héros qui n’auraient pas dû l’être. Des "anti-héros héroïques" : Monsieur Personne qui devient Monsieur Quelqu’un. C’est un peu à l’instar de ma vie : un homme ordinaire qui a eu la chance de vivre des choses assez extraordinaires. ». Et aussi : « L’héroïsme m’a toujours intrigué. (…) Je crois vraiment que c’est la situation qui fait le héros. C’est la raison pour laquelle, dans mes films, j’ai toujours projeté des personnages ordinaires évoluant dans des situations extraordinaires. Cela me permet de m’identifier et d’essayer d’appréhender ce que j’aurais pu faire, moi, dans une autre vie, un autre contexte. ».

Bon anniversaire, monsieur Jugnot !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 mai 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Gérard Jugnot.
Catherine Frot.
Nicole Garcia.
Jean-François Balmer.
Bertrand Tavernier.
"Quai d’Orsay".
Liz Taylor.
Annie Girardot.
Fernandel.
Simone Signoret.
Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210504-gerard-jugnot.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/gerard-jugnot-un-homme-ordinaire-232745

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/30/38947411.html






 

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1 mai 2021 6 01 /05 /mai /2021 03:56

« Être actrice, ce n’est pas être soi-même, c’est proposer quelque chose ! » (Catherine Frot, le 15 juillet 1999).



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Une actrice que j’apprécie beaucoup pour sa grande capacité à se fondre dans les personnages qu’on lui assigne, Catherine Frot fête son 65e anniversaire ce samedi 1er mai 2021, née soixante-quinze ans après le grand philosophe Pierre Teilhard de Chardin. Comme souvent avec les seuils d’âge, on peut s’étonner que l’actrice arrive déjà à l’âge de la retraite, l’âge d’avant 1981, alors qu’on espère sinon qu’on est persuadé qu’elle a encore beaucoup de rôles à jouer dans l’avenir. Tiens, je la verrais très bien jouer un jour le rôle de Ségolène Royal, avec cette petite émotion dans la voix qui en fait un être si sensible.

Je la voyais en Mademoiselle Jeanne (de chez Gaston), et la voici en Josiane Balasko ou même en Simone Signoret, en version modernisée. Voici une actrice autant qu’une comédienne, qui vit des rôles au cinéma autant qu’au théâtre dès l’âge de 20 ans. Et même dès l’âge de 10 ans si l’on s’en tient à ses souvenirs : très marquée par le clown Achille Zavatta, elle avait décidé d’incarner sa fille, Zavattine, une pure invention, et avec une copine de classe, elle a tenu une année à faire des petites représentations à la récréation, avec des histoires différentes, et chaque fois, déjà, le succès.

Son "heure de gloire" est venue à la fin des années 1990 avec "Un air de famille", une pièce coécrite par Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui, qui fut jouée d’abord au Théâtre de la Renaissance en 1994 dans une mise en scène de Stéphan Meldegg, puis au cinéma dans une adaptation de Cédric Klapisch (sortie le 6 novembre 1996), film qui a eu beaucoup de succès avec des acteurs qu’on retrouv(ait) souvent ensemble, Jean-Pierre Bacri, Wladimir Yordanoff, Jean-Pierre Darroussin, Agnès Jaoui, Catherine Frot, etc.

Le 20 janvier 2021, Catherine Frot, émue, avait plein de reconnaissance pour Jean-Pierre Bacri : « Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri ont inventé une nouvelle façon de raconter les histoires, un héritage si important qu’aujourd’hui encore, des troupes amateurs continuent de monter "Un air de famille". Je garde une admiration profonde pour le travail de ce couple unique, leur invention et leur imagination. Ils ont fait de nous un ensemble, un groupe, une compagnie. Pour moi, Jean-Pierre Bacri représente beaucoup car le rôle qu’il m’a offert a changé le cours de ma vie. Il a fait de moi une actrice populaire. (…) Jean-Pierre est parti bien trop jeune, la soixantaine n’est pas un âge pour mourir. » ("Paris Match", propos recueillis par Margaret Macdonald).

"Heure de gloire" est une expression faussée, car ce n’est pas de la "gloire" et l’heure dure toujours aujourd’hui. Elle a reçu une sorte de coup double avec cette histoire, un Molière de la comédienne dans un second rôle en 1995 et un César de la meilleure actrice dans un second rôle en 1997. Elle a tourné dans des dizaines de films dans les années 2000, puis s’est plus investie au théâtre dans les années 2010, avec notamment cette pièce de Samuel Beckett, "Oh ! les beaux jours" jouée au Théâtre de la Madeleine en 2012 (mise en scène de Marc Paquien).

Par la suite, elle a reçu encore un César de la meilleure actrice en 2016 pour "Marguerite" de Xavier Giannoli (sorti le 28 octobre 2015) et un Molière en 2016 pour la pièce "Fleur de cactus" (au Théâtre Antoine). À en juger par le nombre de nominations qu’elle a eues pour les Césars et les Molières (respectivement dix et cinq), on peut constater que Catherine Frot est une actrice très populaire qui s’insère très aisément dans les fictions françaises, souvent des comédies mais pas seulement, aussi des films dramatiques, des chroniques sociales plus généralement.

Parmi ses partenaires de jeu, metteurs en scène et réalisateurs, on peut citer Michel Piccoli, Peter Brook, Niels Arestrup, Michel Serrault, Anne Consigny au théâtre, Isabelle Huppert, Catherine Deneuve, Jacques Villeret, Albert Dupontel, Gérard Depardieu et Jules Sitruk au cinéma. Peter Brook (qui l’avait engagée pour "La Cerisaie") lui a fait un diagnostic personnel : « Vous jouez si vite, parce que vous devez être constamment attirée par la lenteur ! ». Ce qui l’a fait ralentir.

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À Pierre Murat de "Télérama", le 18 novembre 2015, Catherine Froit évoquait les rôles fréquents qu’elles prenaient au cinéma : « J’aimais l’innocence perpétuelle que [l’actrice italienne Giulietta Masina] opposait aux coups du sort. Il me semble, d‘ailleurs, avoir en moi un peu de son entrain, de sa vitalité, de sa foi en l’homme. Que ce soit dans "Un air de famille", dans "Odette Toulemonde" [d’Éric-Emmanuel Schmitt, sorti le 7 février 2007] et aujourd’hui dans "Marguerite" ou dans "Fleur de cactus", j’incarne des femmes petites qui ont la force de devenir grandes. (…) Avec Yolande [le personnage qu’elle incarnait dans "Un air de famille"], la grande difficulté était de ne pas sombrer dans la niaiserie. (…) J’étais dans le cliché de la bêtise. Et mon but (…) consistait, grâce aux merveilleuses répliques mises à ma disposition, à retourner les spectateurs comme des crêpes. À leur révéler, peu à peu, l’humanité de cette femme. ».

Dans le genre "gourde", Catherine Frot a aussi excellemment joué le rôle de Marlène Masseur, la maîtresse de Thierry Lhermitte, dans "Le dîner de cons" de Francis Veber (sorti le 15 avril 1998), et il ne faut pas oublier un autre grand rôle de Catherine Frot, Pierrette Dumortier dans "La Dilettante" (sorti le 7 juillet 1999), un film de Pascal Thomas qui l’a recrutée aussi pour une trilogie d’Agatha Christie commençant par "Mon petit doigt m’a dit" (sorti le 13 avril 2005), dans le rôle de Prudence Beresford.

Mais très éclectique, elle n’a pas joué toujours ce type de personnage. Par exemple, c’est elle qui a insisté auprès de Philippe de Broca pour qu’elle incarnât la méchante Folcoche dans une adaptation d’un roman d’Hervé Bazin, "Vipère au point" (sorti le 6 octobre 2004) : « Moi, j’avais envie d’être terrible. Jouer un monstre, quel plaisir ! Physiquement, je me suis inspirée de certaines photos de Sarah Bernhardt et j’ai visionné des tas de films muets pour retrouver le jeu expressionniste, exagéré, de certaines comédiennes. ».

Autre rôle curieux, Hortense Laborie, la cuisinière de l’Élysée dans "Les Saveurs du palais" de Christian Vincent (sorti le 19 septembre 2012), avec, dans le rôle de François Mitterrand le très majestueux Jean d’Ormesson.

La dernière pièce jouée par Catherine Frot est "La Carpe et le Lapin", qu’elle a coécrite avec Vincent Dedienne qui joue avec elle, pièce créée le 14 février 2020 au Théâtre d la Porte Saint-Martin qu’ils ont dû interrompre pour cause de pandémie de covid-19. C’était un défi un peu nouveau, et pour Catherine Frot, c’est essentiel : « Se renouveler… Je cherche à chaque fois un certain émerveillement. ». Elle disait aussi à Clara Géliot pour "Femina" le 9 février 2020 trois choses intéressantes. Sa notion de l’amour : « Ce sentiment développe à la fois les capacités de destruction et de sublimation qu’il faut connaître pour comprendre le monde et les autres. (…) L’amour est vaste, il ne s’agit pas seulement de trouver un amoureux, il faut aussi aimer les autres, savoir les écouter, les regarder et même s’en méfier. ». Les prix : « Ils m’ont fait très plaisir. (…) Maintenant que j’ai eu cette chance, je ne cours plus après les récompenses : mon but est de poursuivre mon petit bonhomme de chemin. ». Enfin, une grande liberté : « J’ai encore des désirs, je ne me sens pas vieille (…). Aujourd’hui, je jouis d’un certain confort financier et je me sens plus tranquille avec moi-même. ».

Oui, l’argent ne fait pas le bonheur, mais y contribue quand même. Elle n’est pas à la recherche sans arrêt de l’argent illustrant une vénalité capricieuse, mais elle fait partie des actrices les mieux rémunérées du cinéma français parce qu’elle est parmi les plus populaires (elle a fait plus d’un million d’entrées pour "Marguerite"). Trois jours après avoir reçu son César de la meilleure actrice, Catherine Frot confiait à Maxim Switek le 29 février 2016 sur Europe 1 : « La presse s’en empare souvent. C’est le coté pénible. Je paie énormément d’impôts. Ce n’est pas le truc le plus passionnant de ce métier. Il n’y a pas de fierté à cela, franchement. ». Car maintenant, elle est très "bankable" ; ses prestations dans un film varient entre 700 000 et 1 million d’euros : « J’en demande plus que certains autres bien entendu, parce que je sais que j’en rapporte. Il y a un échange qui est naturel. Mais ce n’est pas ce qui me passionne le plus dans mon métier, je ne joue pas en bourse ! ».

Catherine Frot revient donc de loin, elle dont le père la dévalorisait en la comparant à la carrière d’Isabelle Huppert et même d’Isabelle Adjani qui, dans une audition de "L’École des femmes" en 1973, l’a supplantée à ce concours pour entrer à la Comédie-Française…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Gérard Jugnot.
Catherine Frot.
Nicole Garcia.
Jean-François Balmer.
Bertrand Tavernier.
"Quai d’Orsay".
Liz Taylor.
Annie Girardot.
Fernandel.
Simone Signoret.
Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210501-catherine-frot.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/un-air-de-catherine-frot-232744

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/27/38942700.html






 

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24 avril 2021 6 24 /04 /avril /2021 03:11

« Nous voulions (…) faire obstacle à l’intrusion en France de la télé-poubelle. (…) Peut-on tout montrer à la télévision ? Comme deux Français sur trois, à TF1, nous répondons non. Une grande chaîne gratuite (…) a des règles éthiques et déontologiques à observer. » (Patrick Le Lay, président de TF1, tribune dans "Le Monde" du 11 mai 2001).



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Il y a vingt ans, la chaîne de télévision privée M6 a diffusé le premier épisode de la première émission de téléréalité sur une chaîne gratuite française, le 26 avril 2001. Son nom, jouant sur un jeu de mots pas vilain, "Loft Story". Le principe de l’émission : réunir dans un même appartement (avec jardin) une douzaine de jeunes gens (soi-disant) célibataires et …les regarder, ou plutôt, les mater, le mot est plus juste. Toutes les semaines, un participant était éliminé, et à la fin, un jeune homme et une jeune femme étaient proclamés vainqueurs. La dernière émission a été diffusée le 5 juillet 2001.

Dans son principe, il y avait une phase d’élimination qui était tellement peu "convenable" que la production a dû retourner l’idée en retournant la question. En effet, toutes les semaines, les candidats restants déterminaient qui étaient les deux candidats de sexe opposé qu’ils souhaitaient voir sortir du Loft (en somme, l’inverse d’une élection à l’Académie française !). Les deux désignés étaient ensuite départagés par un vote par SMS du public (payant, soit des recettes de 40 MF). Au départ, il s’agissait de voter pour éliminer un candidat, ensuite, comme l’idée du lynchage médiatique était gênante, il s’agissait de voter pour garder un candidat. Un psychologue était dans la boucle, très critiqué par ses confrères de se prêter à ce jeu surtout lucratif et peu respectueux de l’intimité des participants.

Sur la chaîne M6, deux émissions étaient diffusées pendant toute la période : une émission quotidienne avant 20 heures retraçant le résumé de la journée, et une émission hebdomadaire, le jeudi soir, soirée consacrée au Loft, aux éliminations, aux changements de règles le cas échéant, etc. Le prix de la publicité a quadruplé avec le passage de l’émission (275 000 francs les vingt secondes). Au-delà de ces émissions "gratuites", les fanas de l’émission pouvaient s’abonner à une chaîne du bouquet TPS (le canal 27) pour voir en direct, et 24 heures sur 24, la retransmission des vingt-six caméras du Loft (dont trois caméras à infrarouge), avec un très léger différé (pour couper éventuellement des passages inadéquats). Ils étaient 100 000 abonnés (soit 15 MF).

Les émissions diffusées sur M6 étaient présentées par un jeune animateur à l’ascendance prestigieuse, Benjamin Castaldi (31 ans), petit-fils de Simone Signoret (entre autres), aventure qui l’a fait connaître, et le producteur Endemol était représenté par Alexia Laroche-Joubert.

Autour de l’émission, il y a ensuite eu beaucoup de bien de consommations, disques, revues, etc. qui ont permis de rendre cette émission particulièrement rentable (le bénéfice a été évalué à 200 MF). L’une des questions les plus fréquentes portait sur la rémunération des candidats, M6 ne les considérant pas comme des "employés" mais seulement comme des candidats à un jeu télévisé (les montants pouvaient faire quelques envieux !).

"Loft Story" a connu très rapidement un énorme succès d’audience. M6 a détrôné le leader dans ce domaine, TF1. Ainsi, le 10 mai 2001, M6, avec "Loft Story", avait 39,9% de parts de marché en début de soirée, alors que TF1, avec "Julie Lescaut", seulement 32,4%, ciblant le même public.

Très vite, l’émission a pris des allures de plébiscite, ce qui pouvait expliquer la nervosité du patron de la principale chaîne concurrente, TF1, qui, dans une tribune dans le très institutionnel journal "Le Monde" du 11 mai 2001, s’en est pris à la "télévision poubelle" de M6. En fait, TF1 avait eu la proposition de faire cette émission elle-même et avait refusé et les deux chaînes TF1 et M6 s’étaient engagées à ne pas diffuser de telles émissions. M6 a répliqué en disant que TF1 préparait d’autres émissions de téléréalité (ce qui était vrai : "Koh-Lanta" a commencé le 4 août 2001 et "Star Academy" le 20 octobre 2001), mais Patrick Le Lay a insinué dans sa tribune que l’arrivée d’un nouveau actionnaire à M6 avait fait changer sa politique éditoriale, et qu’en tant que président de TPS (ancien bouquet numérique de la télévision par satellite), il avait été dupé par son directeur général issu justement d’un actionnaire de M6.

Était-il crédible dans le rôle du pleureur ? Pas sûr. Patrick Le Lay avait sans doute de belles raisons éthiques et déontologiques pour condamner la diffusion de "Loft Story", mais la réalité, c’était qu’elle prenait des parts de marché à ses propres programmes et qu’il s’en inquiétait pour sa propre chaîne. Il dénonçait aussi la promotion réalisée en sous-main sur Internet, à une époque pourtant encore assez "calme", sans réseaux sociaux pour amplifier les phénomènes de société.

En fait, il venait à la remorque d’un succès incontesté et TF1 rivalisa ensuite avec M6 pour faire ce qu’il appelait la plus lucrative "télé-poubelle" possible. Incontestablement, ce fut un succès d’audience, une audience tellement folle que l’émission est devenue, en elle-même, un phénomène de société, sur lequel ont bossé pléthore de sociologues et autres "étudiologues" ! L’émission a démarré le 26 avril 2001 avec "seulement" 5,2 millions de téléspectateurs (26,1% de parts de marché) et a terminé le 5 juillet 2001 avec 7,3 millions de téléspectateurs (49,6% de parts de marché), avec un pic d’audience à 23 heures 10 de 11,7 millions de téléspectateurs. Le record fut l’émission du 17 mai 2001 avec 7,7 millions de téléspectateurs.

Le téléspectateur type n’était pas le vieux pervers esseulé à la libido inachevée mais la mère de famille, friande de savoir ce que vivent ses adolescents. Le côté voyeur indéniable (il n’y a que cela dans l’émission) n’était pas du voyeurisme coupable et caché mais plutôt de la curiosité familiale pleinement assumée. Inutile de dire que le couplage parents/adolescents a renforcé évidemment la force de ce type d’émission devenu "le" sujet de conversation pendant ces dix semaines de diffusion.

Le pire, dans cette affaire, c’est que si la question était : que s’est-il passé aujourd’hui ? à part les potins du genre : untel est fâché avec unetelle, etc., il ne s’y passait strictement rien ! Au bout de deux minutes, c’était vite ennuyeux à regarder, et surtout, sans intérêt (un débat sur Arte ou France Culture peut être vite ennuyeux, mais des passionnés du sujet peuvent y trouver quand même un intérêt).

Non seulement le téléspectateur s’ennuyait, mais les participants aussi : vous enfermez douze jeunes dans un appartement et ils n’ont rien à faire. On sait bien que lorsqu’un employé n’a aucune tâche à faire, même s’il est payé, il le vit très mal. Cela ronge psychologiquement ; arriver le matin à son bureau sans savoir ce qu’on y ferait, parce que le placard est là, avec même un sentiment de culpabilité car payé à ne rien faire (ce genre de poste est bien sûr de plus en plus rare au fil des plans sociaux, des "plans de sauvegarde de l’emploi").

Résultat, dans le Loft, on y trouvait une sorte d’étonnante obéissance absolue à l’autorité suprême qui était ici la "production" (souvent appelée ainsi comme si c’était l’Être suprême). C’était la production qui décidait de quoi faire de la journée, de quelles activités toutes plus stupides les unes que les autres pour faire passer le temps. Il y avait donc une certaine analogie avec l’armée où chaque soldat doit se conformer aux règles collectives, aussi stupides soient-elles (et en fait, à l’armée, elles sont souvent moins stupides qu’on pourrait le croire). Cela donnait aussi une sorte d’uniformisation comportementale particulièrement angoissante : chacun avec sa petite valise au logo de l’émission qu’il devait arborer s’il était éliminé du jeu.

Ah, l’élimination ! Incroyable de s’opposer à la sélection dans les filières universitaires et d’applaudir ce type d’émission. J’avais évoqué récemment Thomas Pesquet et la sélection ultra difficile pour devenir astronaute, bien plus sévère que pour passer l’ENA ou l’X. Mais pour devenir participant à "Loft Story", il fallait une aussi sévère sélection ! En effet, 13 000 jeunes gens se sont portés candidats pour faire partie des seulement douze participants du jeu. Il a fallu trouver des critères de sélection, mais lesquelles ? Car dans le Loft, on n’y faisait rien, et la compétence pour ne rien faire, le mieux possible, ce n’est pas facile de l’évaluer.

C’est sans doute la différence que voulait montrer Patrick Le Lay : dans "Star Academy", on sélectionnait les meilleurs chanteurs. Il y avait un critère, savoir chanter, cela pouvait être plus ou moins objectif. Dans "Koh-Lanta", il faut savoir se débrouiller dans une île déserte, cela nécessite quelques compétences personnelles (celles des Castors juniors). Mais dans "Loft Story", rien, pas de talent demandé, pas de qualité souhaitée… Ce qui renforçait l’idée que l’objectif de cette émission, c’était effectivement de mater ces jeunes gens, avec des caméras jusque dans leurs douches et leurs lits !

En fait, le critère officiel de sélection des derniers présélectionnés pour participer à l’émission, évalué par des psychanalystes, c’est finalement le même que pour être choisi pour vivre six mois dans la station spatiale internationale (l’ISS) vers laquelle Thomas Pesquet et ses trois coéquipiers ont décollé ce vendredi 23 avril 2021 à 11 heures 49 (heure de Paris) : la capacité à résister à un enfermement de dix semaines…

Petit parallèle : tous les Français, et même, la plupart des habitants de cette planète ont effectué une ou plusieurs fois ce petit test d’enfermement de plusieurs semaines depuis plus d’un an, à cause de la pandémie de covid-19, un test qu’on a appelé confinement. D’une autre manière, on pourrait dire que la famille royale britannique est, elle aussi, enfermée dans une sorte de Loft Windsor géant où sont scrutés tous les faits et gestes des différents membres de la famille. Vivre dans un bocal n’est jamais aisé (dixit mon poisson rouge qui ne supporte pas la rotondité de sa taule).

Oui, l’accompagnement psychologique était une nécessité car aucun des participants, en entrant dans le Loft, ne savait à quel point il allait se transmuter en une sorte de "bête de foire". Car les participants étaient quasiment coupés du monde (mais pas autant que ces spéléologues qui font des expériences sous terre). C’est le principe d’être vu sans voir : on est connu sans connaître ceux qui voient. Cela s’appelle… notoriété, ou célébrité.

La célébrité, elle était d’abord associée à des personnes qui ont fait de belles choses, des exploits, de l’art, des actes courageux, etc. Puis, avec la télévision, les médias en général, la presse, certains ont trouvé le moyen de se rendre célèbres par des actes mauvais, des crimes, etc., même si cette motivation reste assez rare (heureusement). Avec "Loft Story", on devenait célèbre en ne faisant RIEN ! Rien de bien, rien de mal, juste rien ! Vivre comme ses rats de laboratoire qu’on observe méthodiquement. Sous cloche.

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Ainsi, la phase d’élimination était une montée collective d’adrénaline. D’abord, la désignation de la personne qui devait quitter le Loft, alors qu’il a noué des relations affectives, parfois amoureuses (ou sexuelles, l’épisode de la piscine a été à cet égard très révélateur d’une certaine obscénité de l’émission), engendrait un stress très important. Deux candidats devaient être départagés : les deux avaient donc fait leur valise et attendaient le "verdict" du public (au grand profit de la production qui se rémunérait sur les votes par SMS), et seulement l’un d’eux resterait. Ensuite, la phase des adieux, une phase de pleurs collectifs. Mais ces deux phases étaient prévisibles.

En revanche, la troisième phase n’était pas imaginée, du moins au début, pour les premières "éliminations", dans l’esprit des participants : une fois qu’ils étaient sortis du Loft, ils se sont retrouvés dehors comme des proies à une extrême notoriété. Des trophées de chasse. Oui, extrême notoriété. Quand vous avez 8 millions de gens qui, tous les jours, vous regardent vivre, discuter, vous laver, manger, faire votre lit, etc., vous avez une certaine célébrité, et il faut savoir l’assumer, la gérer. Or, psychologiquement, cela peut être très difficile de ne plus pouvoir faire ses courses sans être reconnu par des admirateurs, ou au contraire, par des gens qui vous détestent pour une raison ou une autre. Les sortants n’imaginaient pas entrer ainsi en pleine lumière du star-system.

Et pourtant, le principe du star-system, cette très forte notoriété était aussi une notoriété très furtive, très brève. Qui se souvient, vingt ans plus tard, des participants du "Loft Story" ? Deux seulement ont vu leur notoriété préservée.

Il y a d’abord Loana, qui fut la grande gagnante de cette émission (et la gagnante de la piscine, pour n’en dire pas plus), mais comment ne pas la décrire comme une "bête de foire", avec des soucis psychologiques tels que ces vingt dernières années ont été une lente chronique de la désespérance, avec de nombreuses tentatives de suicide, et tout dernièrement, le 22 février 2021, une hospitalisation dans un état très grave, proche de la mort par overdose de psychotropes. À l’évidence, Loana, qui s’est tellement transformée, a été plus une victime qu’une gagnante de cette célébrité.

Finalement, seul Steevy, le jeune gars branché et sympa, s’en est bien tiré. Il travaille dans l’audiovisuel, et par sa personnalité plaisante, il a un réel talent, devenu le protégé de Laurent Ruquier. Il a su utiliser à bon escient sa célébrité pour faire aboutir ses projets personnels, tout en ayant les pieds bien sur terre pour structurer ses activités.

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Et les autres ? Christophe, l’autre gagnant de l’émission ? Il est retombé aussi vite dans l’anonymat (probablement à son grand bonheur comme pour Julie). Kenza, la réfugiée irakienne, reconnaissable car elle avait participé à de très nombreuses émissions télévisées (avant même le Loft), mais sa notoriété est retombée aussi, tout comme celle de Laure qui s’occupe encore de quelques émissions ou revues, mais plutôt confidentielles. Jean-Édouard, qui ne reste qu’associé au mot piscine (non, je n’en dirai pas plus !), ce qui doit être plus une plaie qu’un tremplin (ou alors, un plongeoir). Et Kimy, et Fabrice, et Aziz, et… ? Pour l’anecdote, parmi les candidates qui ont rapidement abandonné, il y avait une certaine Delphine Castex, dont le patronyme est le même que celui du Premier Ministre, mais elle n’a rien à voir avec lui, même si tous les deux sont originaires du Gers.

Quand je dis que leur notoriété est retombée, c’est pour expliquer qu’elle ne les a pas beaucoup aidés, mais cela ne signifie pas qu’elle est inexistante, puisqu’il y a encore des téléspectateurs qui continuent à les reconnaître, et les tabloïds sont toujours preneurs d’infos croustillantes à leur sujet. Ainsi, Delphine Castex, qui n’est pourtant restée que deux semaines dans l’émission (la deuxième à quitter le Loft), elle raconte, vingt ans plus tard : « J’hallucine d’entendre encore : "Tu es Delphine du Loft ?" dans la rue ou au supermarché. Parfois, je dis que je suis son sosie et que je m’appelle Ginette. D’autres fois, je dis la vérité. Cela dépend des moments, si les personnes qui m’interpellent ont l’air un peu lourdes ou pas. ».

Benjamin Castaldi a animé le 8 avril 2021 sur C8 une émission spéciale pour "fêter" ce vingtième anniversaire (émission de narcissisme collectif, si je puis dire !). On pouvait y retrouver quelques rescapés de l’émission, avec quelques rides en plus (eh oui, les jeunes vieillissent, au bout de quelques décennies !), avec des allures d’anciens combattants.

Et finalement, oui, c’étaient des anciens combattants, un peu comme les premiers hommes qui sont allés dans l’Espace ou ceux qui ont marché sur la Lune, ils étaient les premiers cobayes de cette nouvelle version de la production télévisuelle française, celle qui se tourne vers son propre public jusqu’à l’avaler dans ses propres entrailles de programme. Depuis lors, il n’y a plus que cela dans la plupart des programmes de télévision, des émissions où "vous êtes le héros", c’est beaucoup moins cher que de payer un vrai acteur. En somme, des émissions low-cost.

Ces émissions se déclinent en mille domaines : gastronomie, immobilier, décoration, tatouage, chanson, danse, mariage, organisation du mariage, rencontres sur Internet, gîte d’hôtes, vétérinaire, adoption d’animaux, urgences à l’hôpital, excès de vitesse sur autoroute, etc. Et je crois qu’il y en avait même une sur le naturisme qui floutait toutefois les parties intimes (intérêt de l’émission paradoxal, donc, et plutôt limité !).

Mais les émissions que j’essayerai de suivre ces prochaines semaines, ce seront celles qui raconteront la vie dans un Loft bien particulier, à 400 kilomètres de là, mais en haut ! sur l’orbite géostationnaire, dans la station spatiale internationale. Comme lors de son précédent séjour, Thomas Pesquet fera régulièrement quelques émissions à la télévision et à la radio, en particulier sur France Inter, pour raconter sa vie à bord. Et là, incontestablement, ce sera très passionnant, car il ne va pas s’ennuyer, durant ses six prochains mois !…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Loft Story.
Abus d'autorité (1).
Abus d'autorité (2).
Maître Capello.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210426-loft-story.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/loft-story-phenomene-de-societe-ou-232525

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/22/38934107.html











 

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22 avril 2021 4 22 /04 /avril /2021 03:03

« Être réalisatrice, c’est courir un marathon. Redevenir actrice, c’est moins stressant. » (Nicole Garcia, le 5 septembre 2002).




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L’actrice et réalisatrice Nicole Garcia fête son 75e anniversaire ce jeudi 22 avril 2021, quatre jours après son collègue Jean-François Balmer (qui, lui, n’a jamais voulu être réalisateur, trop compliqué, pas son truc). Nicole Garcia, je l’ai découverte dans un film particulièrement glauque (néanmoins excellent) de Michel Melville, "Péril en la demeure" (sorti le 13 février 1985). Éblouissante et mystérieuse, elle était au centre des personnages, la femme de Michel Piccoli, la maîtresse de Christophe Malavoy, avec également la fascinante Anémone et l’inquiétant Richard Bohringer (que j’ai découvert aussi à cette occasion). Son visage assez anguleux, son regard profond, sa diction parfaite en ont fait une actrice essentielle du cinéma français.

Cela faisait pourtant déjà une dizaine d’années qu’elle était au cinéma. Nicole Garcia a multiplié les premiers rôles à la fin des années 1970 et durant les années 1980. Elle a même cumulé les nominations aux Césars. Elle a été lauréate une fois (pour "Le Cavaleur" en 1980), et nommée quatorze fois au total, avec des motifs très différents : meilleure actrice dans un second rôle, meilleure actrice, meilleur premier film, meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario original, meilleure adaptation…

Car au-delà d’être actrice au cinéma (dans une soixantaine de films), à la télévision (une trentaine de fictions, dont plusieurs épisodes de "Capitaine Marleau") et comédienne au théâtre (elle a joué dans plus d’une vingtaine de pièces), elle est depuis 1990 une réalisatrice de longs-métrages (neuf à ce jour, le dernier "Amants" a été projeté à la Mostra de Venise le 3 septembre 2020 mais n’a pas encore pu sortir à cause de la pandémie de covid-19). Elle est ainsi la seule artiste à avoir été nommée aux Césars pour sept motifs différents.

L’un des premiers films où elle a tourné fut d’ailleurs pour se faire houspiller par Louis de Funès dans le troisième opus du Gendarme de Saint-Tropez ("Le Gendarme se marie" de Jean Girault, sorti le 30 octobre 1968), le rôle d’une jeune délurée sur son coupé en excès de vitesse qu’on aurait jamais imaginée, une trentaine ou quarantaine d’années plus tard, en réalisatrice talentueuse et respectée par toute la profession. Un peu plus tard, elle a participé au film "Que la fête commence…" de Bertrand Tavernier (sorti le 23 mars 1975), un rôle mineur dans une grande fresque historique avec le sacré trio Philippe Noiret, Jean-Pierre Marielle et Jean Rochefort qu’elle a aimé et avec qui elle a eu un enfant.

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Nicole Garcia est ensuite l’amie d’enfance de Jean-Paul Belmondo dans "Le Corps de mon ennemi" d’Henri Verneuil (sorti le 13 octobre 1976), avec Bernard Blier et Marie-France Pisier ; la femme d’un journaliste torturé en Algérie dans un film très politique, "La Question" de Laurent Heynemann (sorti le 4 mai 1977), film interdit aux moins de 18 ans. Elle prend encore un des principaux rôles dans "Le Cavaleur" de Philippe de Broca (sorti le 17 janvier 1979), autour de Jean Rochefort et Annie Girardot ; un autre premier rôle dans "Mon oncle d’Amérique" d’Alain Resnais (sorti le 21 mai 1980) avec Roger Pierre, Gérard Depardieu, Pierre Arditi, Marie Dubois, etc., un film majeur reprenant les travaux scientifiques du professeur Henri Laborit sur le comportement des animaux et des humains. 

Premier rôle également dans "Les Uns et les Autres" de Claude Lelouch (sorti le 27 mai 1981), une violoniste tombant amoureuse de son chef d’orchestre Robert Hossein, tous les deux ensuite déportés vers les camps d’extermination, avec Geraldine Chaplin, Macha Méril, Évelyne Bouix, Fanny Ardant, Jacques Villeret, etc. Dans "L’Honneur d’un capitaine" de Pierre Schoendoerffer (sorti le 29 décembre 1982), traitant de la guerre d’Algérie et d’un sujet difficile, la responsabilité de certains militaires dans des massacres de populations civiles, elle est la veuve d’un capitaine, Jacques Perrin, accusé à la télévision d’exactions. Elle intente alors un procès en diffamation, est défendue par deux avocats Georges Wilson et Claude Jade. Charles Denner est l’avocat de la défense.

Dans "Garçon !" de Claude Sautet (sorti le 9 novembre 1983), Nicole Garcia est l’amoureuse d’Yves Montand, avec Jacques Villeret (l’ami et collègue d’Yves Montand), Rosy Varte (l’ex-femme d’Yves Montand), Bernard Fresson (le patron), Marie Dubois (la femme de Jacques Villeret), Hubert Deschamps, Clémentine Célarié (la collègue de Nicole Garcia), etc. Possible mise en abîme dans "Le Petite Lili" de Claude Miller (sorti le 2003) où Nicole Garcia est une actrice très connue, Jean-Pierre Marielle son frère, avec Bernard Giraudeau réalisateur, Ludivine Sagnier future femme de précédent, et Julie Depardieu.

Un peu plus tard, Nicole Garcia a tenu quelques rôles moins importants, parfois dans des films un peu décevants. Ainsi, dans "Papa ou Maman 2" de Martin Bourboulon (sorti le 7 décembre 2016), elle joue la mère de Marina Foïs qui est divorcée et qui habite en face de son ancien mari (c’est plus commode pour la garde des enfants), passant son temps à épier les allers et venues de des nouvelles conquêtes féminines.

Comme je l’ai indiqué plus haut, Nicole Garcia est également réalisatrice et ses films, peu nombreux, ont le mérite d’une part, d’aborder des sujets intéressants de manière originale, et d’autre part, elle n’hésite pas, le cas échéant, à faire jouer des acteurs moins connus (parfois leur premier rôle) dont seul le personnage compte (c’est le problème des acteurs trop connus dont certains, grands, sont quand même de ses films). Son modèle ? L’acteur et le réalisateur américain Clint Eastwood, a-t-elle affirmé à Michel Palmiéri le 26 août 2002 pour "Elle".

Dans "Un week-end sur deux" (sorti le 29 août 1990), Nicole Garcia revisite le divorce en mettant Nathalie Baye dans la peau d’une mère qui cherche à reprendre contact avec ses enfants. Dans "Le Fils préféré" (sorti le 21 décembre 1994), Nicole Garcia met en scène une fratrie (Gérard Lanvin, Bernard Giraudeau et Jean-Marc Barr) dans une sinistre affaire d’endettement et d’assurance-vie. Son film "Place Vendôme" (sorti le 7 octobre 1998), évoque le deuil, l’endettement et l’alcoolisme dans une drôle d’histoire avec Catherine Deneuve, Jean-Pierre Bacri, Emmanuelle Seigner, Jacques Dutronc, François Berléand et Bernard Fresson. "Mal de pierres" (sorti le 19 octobre 2016), adaptation d’un roman italien éponyme, qui évoque la quête d’amour, avec Marion Cotillard (« époustouflante » selon "Le Parisien") et Louis Garrel, a été nommé huit fois aux Césars de 2017, sans toutefois en recevoir un seul à la fin.

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Interrogée par Arnaud Laporte sur France Culture le 4 juin 2020 sur la crise sanitaire, Nicole Garcia, qui pensait à l’époque revenir sur les planches (au Théâtre de la Ville) dès novembre 2020 (« je veux croire (…) à la pleine jauge ! »), montrait une certaine inquiétude : « C’est vrai qu’il y a de l’imperfection dans le monde, et que tout était en place pour que cette imperfection continue (…), les enjeux auxquels nous sommes confrontés étaient déjà là : la crise écologique, la réduction du bonheur à la consommation ou les crises géopolitiques. (…) On a joué la partie aussi loin que possible, mais ça, on le savait avant. Je signale l’autre effet délétère du covid, c’est la culpabilité qu’on cherche à nous imposer. ». Sans préciser qui était le "on".

Comment elle a vécu le premier confinement : « J’ai essayé d’entretenir une certaine stabilité, je n’ose pas dire une sagesse, en travaillant une forme d’identité dans toute cette période. (…) Je ne comprends pas tout à fait l’idée du monde d’après. (…) On a l’impression que le brouillard s’est déchiré (…). Quand le confinement a été décrété, je n’ai pas bougé, je suis restée immobile chez moi à Paris, et je ne voulais pas être autrement inquiète que je ne l’étais déjà. (…) Et justement, quand je dis que le brouillard s’est dissipé et qu’on a retrouvé le monde de la culture complètement effondré, qu’il l’est vraiment, et qu’il faut le reconstruire, c’est une raison d’avoir peur ou d’être inquiet. C’est vrai que ces métiers, ces projets et toutes ces représentations à venir sont menacés. ».

Son rapport au temps : « Peut-être que ça a été la seule jouissance dans tout ce qui nous a malmenés : le fait d’avoir un temps à soi, un temps devant soi. Je me levais, je n’avais rien à faire, c’était un vertige, parfois anxiogène, parfois délicieux, mais c’était comme un temps hors de toute fonction. ».

Et d’évoquer le déconfinement de mai 2020, qu’on retrouvera probablement aussi en mai 2021 : « Si je dis malmené, c’est que j’ai rencontré beaucoup de gens qui ont vécu plus difficilement le déconfinement qu’ils n’ont vécu le confinement. J’ai l’impression qu’on nous a jetés dans un nouveau temps, un nouveau rythme. C’est un peu comme dans "Les Temps modernes" de Chaplin, c’est comme si la machine s’emballait et que nous ne puissions fixer le rythme. On nous met effectivement dans des arythmies, un temps arrêté, une vie arrêtée, une vie qui reprend, et je crois que c’est tout ça qui est assez bouleversant en ce moment dans la vie des gens. ».

Et hélas, cela fait plus d’un an que ça dure…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Nicole Garcia.
Jean-François Balmer.
Bertrand Tavernier.
"Quai d’Orsay".
Liz Taylor.
Annie Girardot.
Fernandel.
Simone Signoret.
Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/19/38930015.html





 

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18 avril 2021 7 18 /04 /avril /2021 03:00

« Les gens sont très gentils avec moi, j’en suis bien conscient. Je n’en sais pas exactement les raisons. » (Jean-François Balmer, 2015).


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L’acteur franco-suisse Jean-François Balmer fête son 75e anniversaire ce dimanche 18 avril 2021 (quatre jours avant une grande actrice). Une silhouette majestueuse, les yeux bienveillants, la bouche toujours en sourire, la sympathie et la complicité en bandoulière, il fait partie des acteurs que j’apprécie beaucoup. Il n’est pas tombé dans le star-system, reste un petit artisan de la comédie, même si son CV est impressionnant et pourrait être celui d’un gros industriel : plus de soixante-dix films au cinéma, une cinquantaine à la télévision, aussi une série policière "Le Boulevard du Palais", et une quarantaine de pièces ou de lectures au théâtre.

Suisse originaire de Neuchâtel où il a suivi des études de commerce, il a fait un séjour à Londres pour l’anglais puis a commencé à se consacrer au théâtre en apprenant le métier au conservatoire d’arts dramatique de Genève puis de Paris, ainsi qu’au cours Florent. Fasciné par Jean-Paul Belmondo, il s’est retrouvé au début des années 1970 aux côtés d’Isabelle Adjani, Jacques Weber, Jacques Villeret, Daniel Mesguich et Francis Huster.

Son premier rôle au théâtre fut en 1973 pour "Les Fourberies de Scapin" mises en scène par Jacques Weber, au théâtre de Reims, et au cinéma, la même année, dans le film "R.A.S. " d’Yves Boisset (sorti le 11 août 1973) sur un sujet ultrasensible, la torture pendant la guerre d’Algérie, avec Jacques Weber, Jacques Spiesser, Jacques Villeret, Roland Blanche, Jean-Pierre Castaldi, etc. Pour la plupart de ces acteurs, peu connus avant la sortie du film qui fut un succès, ce fut ce film qui a fait décoller leur carrière au cinéma. Jean-François Balmer a été un second choix pour son personnage puisqu’à l’origine, Yves Boisset avait d’abord songé à Gérard Depardieu, lui non plus pas encore très connu. À la télévision, c’est dès l’année suivante, en 1974, que Jean-François Balmer a démarré dans un petit rôle (celui du cavalier) dans un feuilleton en treize épisodes "Gil Blas de Santillane", réalisé par Jean-Roger Cadet et diffusé du 2 au 25 avril 1974 sur (la future) FR3. Depuis ainsi un demi-siècle, Jean-François Balmer continue à jouer, sur les planches ou pour le grand écran.

Il n’a jamais été réellement récompensé par sa profession, même s’il a été nommé quatre fois aux Césars du meilleur acteur de second rôle et aux Molières du meilleur comédien. En revanche, la France a su reconnaître son mérite, parmi ceux qui, venant de l’étranger, viennent apporter leurs talents et contribuent ainsi au rayonnement culturel de la France, avec une Légion d’honneur et les insignes de commandeur des Arts et des Lettres.

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Dans la plupart des films, Jean-François Balmer joue des personnages (plus ou moins) secondaires, si souvent qu’il devient un familier du cinéma français, souvent inspecteur de police : un étudiant qui témoigne dans "Peur sur la ville" d’Henri Verneuil (sorti le 9 avril 1975) aux côtés de "sa star" Jean-Paul Belmondo, de Charles Denner et Rosy Varte ; le policier qui piste Yves Montand dans l’excellent film d’Alain Corneau "La Menace" (sorti le 28 septembre 1977), ce qui a valu sa nomination aux Césars ; un autre flic dans "Flic ou Voyou" de Georges Lautner (sorti le 28 mars 1979) avec Jean-Paul Bemondo ; l’un des rôles principaux avec Catherine Deneuve et Philippe Noiret (le mari de celle-ci), dans "L’Africain" de Philippe de Broca (sorti le 2 mars 1983) ; le mari trompé (Charles Bovary) dans le fameux "Madame Bovary" de Claude Chabrol (sorti le 3 avril 1991), avec Isabelle Huppert et Christophe Malavoy ; le chirurgien ami de Philippe Noiret dans "Les Ripoux 3" de Claude Zidi (sorti le 10 décembre 2003) avec Thierry Lhermitte, Lorant Deutsch, Bernadette Lafont et Jean-Luc Bideau ; le gouverneur Cooper dans "Lucky Luke" de James Huth (sorti le 21 octobre 2009), avec Jean Dujardin, Sylvie Testud, Michaël Youn, Daniel Prévost et Alexandra Lamy, etc.

Mais peut-être que la notoriété actuelle de Jean-François Balmer, il la doit surtout à sa participation pendant une vingtaine d’années à la série policière "Boulevard du Palais" diffusée du 26 février 1999 au 28 juin 2017 sur France 2, où  il joue le rôle de l’inspecteur de police (le commandant Rovère) aux côtés de la juge d’instruction jouée par Anne Richard. Cette série a été inspirée d’un roman de Thierry Jonquet ("Les Orpailleurs"). Remarque de l’acteur : « Si le commandant Rovère de la série est devenu si populaire, c’est parce que je l’ai créé comme j’en avais envie. Je changeais les textes et personne n’osait rien me dire, c’était marrant. ».





Jean-François Balmer a joué aussi dans beaucoup de téléfilms. Il est un censeur triste (voir illustration plus haut) dans "Le Censeur du lycée d’Épinal" de Marc Rivière (diffusé le 17 février 1997) avec Patrick Chesnais, Sylvie Joly et Anne Roumanoff ; Sacha Guitry dans "L’Affaire Sacha Guitry" de Fabrice Cazeneuve (diffusé le 24 juillet 2007 sur France 3) ; Malesherbes dans "Chateaubriand" de Pierre Aknine (diffusé le 28 avril 2010 sur France 2) avec Frédéric Diefenthal, Armelle Deutsch, Daniel Mesguich, Aurélia Petit, Annelise Hesme, Anne Richard, etc.

Parmi les téléfilms où Jean-François Balmer tient le premier rôle, une "fresque" historique, "Mort d’un Président" de Pierre Aknine (diffusé le 12 avril 2011 sur France 3), où il joue le rôle de Georges Pompidou, taraudé par la maladie et vaincu par elle alors qu’il était en pleine puissance. C’est le genre de téléfilm difficile à réussir, tant les acteurs peuvent avoir du mal à jouer des personnages politiques  très connus et encore récents (en l’occurrence, Jacques Chirac, Marie-France Garaud, Édouard Balladur, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chaban-Delmas, etc.).





Néanmoins, Balmer est assez crédible en chef d’État. Il avait déjà joué le rôle d’un roi, Louis XVI, au cinéma dans le long film (six heures !) "La Révolution française" de Robert Enrico et Richard Heffron (sorti le 25 octobre 1989). aux côtés de François Cluzet, Jane Seymour, Peter Ustinov, Claudia Cardinale, Michel Duchaussoy, Jean Bouise, Christopher Lee, Dominique Pinon et Michel Galabru. Parmi les rôles qu’il a joués au théâtre, il y a aussi un chef d’État, Henri IV, dans la pièce de Daniel Colas "Henri IV, le bien-aimé", mise en scène par l’auteur, au Théâtre des Mathurins et en tournée en 2010-2012, une pièce qui a été nommée cinq fois aux Molières.

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C’est d’ailleurs amusant de savoir comment le comédien s’était préparé à cette pièce sur Henri IV : « On lit des bouquins (…). J’ai lu notre camarade François Bayrou, qui a écrit quelque chose d’intéressant sur Navarre. J’aime la période de documentation et de recherche. ». Le personnage : « Son interprétation nécessite un jeu varié et chatoyant. Le fait est qu’on sait ce qu’il a dit et comment il l’a dit. ».





C’est au théâtre qu’il s’éclate sans doute le plus. Parmi d’autres spectacles sur scène, deux lectures, mises en scène par Françoise Petit, son épouse depuis le 12 juin 1987. Celle de "Mon cœur mis à nu" par Baudelaire, au Théâtre du Ranelagh et au Théâtre Hébertot, en 2003-2004 ("Baudelaire dit par Balmer"), et une autre lecture, très différente, en 2012-2013 au Théâtre de l’Œuvre, "Voyage au bout de la nuit" par Céline.





Parmi ses plus récentes représentations, il y a "Le Voyage" en 2017, hommage au poète Pablo Neruda, mis en scène par Françoise Petit, sur fond de musique latino (notamment en représentation le 6 octobre 2017 à Soissons sur la scène du Mail dont son épouse fut la directrice). Hommage à la poésie mais pas poète lui-même pour ce grand lecteur de Baudelaire qui n’hésitait pas à confier : « La poésie et moi, ça fait deux, je crois que je n’y comprends pas grand-chose, elle me fait plutôt fuir. Dans cette pièce, je dis des textes, c’est davantage mon truc ! ».

Dans cet entretien accordé le 2 octobre 2017 à Livio Dell’Isola dans "L’Ardennais", Jean-François Balmer disait clairement qu’il n’était pas question de prendre sa retraite : « C’est inimaginable ! Je suis un débutant et ma carrière est devant moi, j’attends que l’on me propose encore de grands rôles. Je n’arrêterai que quand je serai "mouru" ! ». Alors, bon anniversaire Monsieur Balmer et tous mes vœux pour encore de longs moments de scène !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 avril 2021)
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Pour aller plus loin :
Jean-François Balmer.
Bertrand Tavernier.
"Quai d’Orsay".
Liz Taylor.
Annie Girardot.
Fernandel.
Simone Signoret.
Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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27 mars 2021 6 27 /03 /mars /2021 03:18

« Avec "Quai d’Orsay", on est dans une réalité moderne, contemporaine, celle d’un cabinet ministériel (…), c’est aussi une sphère dont j’ignorais tout, c’est-à-dire le travail quotidien de la diplomatie. Or, ce qui déclenche toujours mon désir de cinéma, c’est l’exploration de mondes, d’époques, de milieux qui me sont inconnus. » (Bertrand Tavernier, propos rapportés par le site Allocine.fr).




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Lyonnais, président de l’Institut Lumière, cinéaste, critique et cinéphile de légende, Bertrand Tavernier est mort ce jeudi 25 mars 2021 à Sainte-Maxime où il habitait, un mois avant ses 80 ans (il est né le 25 avril 1941 à Lyon).

Bébé, il habitait au-dessus de chez monsieur Louis Aragon et madame Elsa Triolet Jeune collaborateur de Jean-Luc Godard, Jean-Pierre Melville et Stanley Kubrick, passionné par le cinéma américain, Bertrand Tavernier fut scénariste, réalisateur et producteur. Il a réalisé une trentaine de films en cinquante ans, souvent de style très diversifié (drame, polar, fresque historique, comédie, etc.).

Il s’est fait connaître avec "L’Horloger de Saint-Paul" (sorti le 16 janvier 1974, avec Jean Rochefort, Jacques Denis) où Philippe Noiret, un acteur fétiche, a eu le premier rôle comme dans plusieurs autres de ses films, comme "Que la fête commence" (sorti le 23 mars 1975, avec Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Marina Vlady, Nicole Garcia, Michel Blanc), "Le Juge et l’Assassin" (sorti le 10 mars 1976, avec Isabelle Huppert, Michel Galabru, Jean-Claude Brialy, René Faure, Yves Robert), "Coup de torchon" (sorti le 4 novembre 1981, avec Jean-Pierre Marielle, Isabelle Huppert, Stéphane Audran, Eddy Mitchell, Guy Marchand, Gérard Hernandez), "Le Vie et rien d’autre" (sorti le 6 septembre 1989 avec Sabine Azéma) et "La Fille de d’Artagnan" (sorti le 24 août 1994, avec Sophie Marceau, Claude Rich, Jean-Luc Bideau, Sami Frey, Charlotte Kady).

Il fut récompensé par cinq Césars pour "Que la fête commence" (1976), "Le Juge et l’Assassin" (1977), "Un dimanche à la campagne" (sorti le 11 avril 1984, avec Louis Ducreux, Michel Aumont et Sabine Azéma), et "Capitaine Conan" (sorti le 16 octobre 1996, avec Philippe Torreton, Samuel Le Bihan, Bernard Le Coq, Catherine Rich, François Berléand, Claude Rich, André Falcon). Il a eu un Ours d’or (à la Berlinale) pour "L’Appât" (sorti le 8 mars 1995, avec Marie Gillain, Olivier Sitruk, Bruno Putzulu, Richard Berry, Clotilde Courau, Philippe Torreton, François Berléand), et deux Lions d’or (à la Mostra de Venise) pour "Autour de minuit" (sorti le 24 septembre 1986 avec Dexter Gordon et François Cluzet) et pour l’ensemble de son œuvre (2015).

Il fut par ailleurs nommé vingt fois pour d’autres Césars et une fois pour un Oscar, notamment pour "La Mort en direct" (sorti le 11 janvier 1980, avec Romy Schneider), "L.627" (sorti le 9 septembre 1992, avec Charlotte Kady, Didier Bezace, Jean-Paul Comart, Philippe Torreton, Nils Tavernier), "La Princesse de Montpensier" (sorti le 3 novembre 2010, avec Mélanie Thierry, Gaspard Ulliel, Grégoire Leprince-Ringuet, Raphaël Personnaz, Lambert Wilson, Michel Vuillermoz, Philippe Magnan, Judith Chemia, Florence Thomassin). Pour les Césars, il faudrait les compter par dizaines si on prenait en compte tous les Césars qu’ont obtenus ses films. Au-delà de ces récompenses prestigieuses, Bertrand Tavernier fut honoré de bien d’autres prix et gratifications qui montrent qu’il a été reconnu très largement dans son milieu professionnel et au niveau international.

Pour compléter le tableau, on pourrait encore citer "Une semaine de vacances" (sorti le 2 juin 1980, avec Nathalie Baye, Gérard Lanvin, Philippe Léotard, Michel Galabru, Philippe Noiret), "Daddy nostalgie" (sorti le 5 septembre 1990, avec Jane Birkin, Odette Laure, Charlotte Kady et Dirk Bogarde), "Ça commence aujourd’hui" (sorti le 12 mars 1999, avec Philippe Torreton, Maria Pitarresi, Emmanuelle Becot), "Laisser-passer" (sorti le 9 janvier 2002, avec Jacques Gamblin, Denis Podalydès, Charlotte Kady, Marie Desgranges, Marie Gillain), "Holy Lola" (sorti le 24 septembre 2004, avec Isabelle Carré, Jacques Gamblin, Bruno Putzulu, Lara Guirao), et aussi "Dans la brume électrique" (sorti le 15 avril 2009), qui est une production franco-américaine. Il a aussi réalisé un court-métrage en hommage à Aung San Suu Kyi (Prix Nobel) dans le cadre du film collectif "Contre l’oubli" (sorti le 11 décembre 1991).

Pour lui rendre hommage, je souhaite plutôt revenir sur un de ses derniers films (sinon le dernier), excellent film, "Quai d’Orsay" (sorti le 6 novembre 2013). J’ai apprécié ce film mais au départ, j’avais eu beaucoup d’appréhension.

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C’est l’adaptation d’une bande dessinée très fine de Christophe Blain et Abel Lanzac, sortie en deux tomes en 2010 et 2011 chez Dargaud. On sait généralement que c’est très difficile de passer d’une bande dessinée à un film car le dessin donne déjà une grande idée des personnages, mais il manque surtout leur voix. Et au-delà de cette généralité du passage d’une bande dessinée à un film (certains ont réussi, par exemple pour Astérix, ce qui n’était pas évident), l’histoire elle-même retrace des faits réels dans la vie politique, ce qui signifie que le réalisateur du film avait déjà deux "modèles", la bande dessinée et la réalité (connue de tous), et il devait donc innover pour que cela aille bien dans la forme cinématographique, sans trop coller aux "modèles", mais sans trop s’en éloigner non plus. Bref, une ligne de crête, tracée également par un choix des acteurs très judicieux.

Christophe Blain est un dessinateur de bandes dessinées, les traits sont à la fois mal finis et leur mouvement très réaliste, son style est assez personnel et sert excellemment bien l’histoire à raconter. Abel Lanzac, au contraire, est un novice dans le milieu de la bande dessinée. Il a apporté le grain à moudre, l’histoire telle qu’on ne la verra jamais vu du grand public. Pendant longtemps, c’était un pseudonyme gardé jalousement secret, mais maintenant qu’il s’est laissé définitivement tomber du côté des artistes (il a réalisé son premier film en 2019 qui a été nommé pour le César du meilleur film en 2020), sa révélation n’a plus beaucoup de conséquence : il s’agit d’un (jeune) diplomate, Antonin Baudry, brillant surdiplômé (X-Ponts et normalien par la voie littéraire !), qui a été recruté comme conseiller langage du Ministre des Affaires étrangères qui n’est autre qu’un parodie de Dominique de Villepin.

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Le titre aurait pu reprendre celui du film "Le Discours d’un roi" de Tom Hoffer (sorti le 24 décembre 2010) puisque tout l’enjeu du film réside dans la rédaction du fameux discours de Dominique de Villepin prononcé le 14 février 2003 devant le Conseil de Sécurité de l’ONU contre la guerre en Irak (celui de la "vieille Europe"). C’est en tout cas le fil directeur et le prétexte pour faire la chronique de la vie quotidienne d’un cabinet ministériel important de la République, son faste mais aussi ses restrictions budgétaires (le conseiller doit se contenter d’un bureau précaire entre la photocopie et le bureau de la secrétaire). Une chronique sociale vue de l’intérieur, puisque, grâce au scénariste de la bande dessinée, on sent bien que c’est du vécu. Du reste, les deux auteurs de la BD ont contribué au scénario du film avec le réalisateur lui-même.

Pour cette mission impossible, Bertrand Tavernier a montré son savoir-faire et son talent de cinéaste. Et en premier, le choix des acteurs. En choisissant Thierry Lhermitte pour le rôle du ministre, le réalisateur prenait un certain risque ; j’avais même quelques inquiétudes avant d’aller le voir. Certes, Thierry Lhermitte est un très bon acteur, et en plus, il a l’âge, la capacité d’autorité (il joue souvent des rôles CSP++), mais sa personnalité très forte, sa célébrité également, aurait pu nuire à son personnage, car à l’évidence, quand il s’agit d’un acteur, la question reste toujours : qui s’efface derrière qui ? l’acteur derrière le personnage, ou l’inverse ? Le résultat est un grand succès : Thierry Lhermitte correspond pleinement au personnage décrit dans la bande dessinée.

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La mission était de ne pas tomber dans la caricature. Dans des propos rapportés par le site Allocine.fr, Bertrand Tavernier exultait : « Dès les premières lectures, il [Thierry Lhermitte] m’a proposé une idée originale, qui lui permettait de s’approprier le personnage : doubler chaque propos par un geste extravagant, censé l’illustrer. (…) C’est d’autant plus jubilatoire que, ces dernières semaines, Thierry a tenu beaucoup de rôle sérieux, au cinéma comme au théâtre. Là, j’avais l’impression de réactiver le Lhermitte délirant des années Splendid, la maturité en plus. ».

Mais l’alchimie n’aurait jamais eu lieu sans le choix de deux autres acteurs essentiels. D’abord Niels Arestrup en "dircab" (directeur de cabinet) du ministre, un poste crucial qui navigue entre les ministres (et même l’Élysée) et qui coordonne l’action des conseillers du cabinet. Ces conseillers sont d’ailleurs des fortes personnalités qui veulent avoir leur "bout de gras" dans toute action, quitte à faire des coups bas (Julie Gayet, la dircab adjointe, utilise ainsi son charme pour planter des couteaux dans le dos). Le choix de Niels Arestrup est même génial, il est exactement le personnage de la bande dessinée, au point qu’on se demande si le dessinateur ne s’est pas inspiré de l’acteur pour concevoir son personnage. Cela lui a valu le César du meilleur second rôle. Pourtant, sa voix, son ton lénifiant n’étaient pas du tout naturel, chez lui, il a dû s’entraîner, se mettre dans la peau de …l’ambassadeur Pierre Vimont, la véritable identité du dircab.

Enfin, le choix du héros, du personnage principal, le novice conseiller langage, le candide, la petite souris qui découvre le monde fascinant des ministères et de la diplomatie française, ce personnage est incarné par Raphaël Personnaz, avec aussi la même justesse. J’ai découvert l’acteur la même année, quelques jours auparavant, avec un autre rôle, lui aussi très délicat à incarner, puisqu’il a été le Benjamin Mallaussène bouc-émissaire des célèbres romans de Daniel Pennac, dont le premier tome a été adapté au cinéma par Nicolas Bary dans "Au bonheur des ogres" (sorti le 16 octobre 2013, avec Bérénice Bejo, Mélanie Bernier, Emir Kusturica, Thierry Neuvic, Guillaume de Tonquédec).

Plus généralement, tous les autres acteurs, surtout ceux qui incarnent les conseillers, sont également excellents, ne s’écartant pas de l’esprit de l’œuvre d’origine, tout comme la très charmante Jane Birkin prenant le rôle de la Prix Nobel de Littérature étrangère qui ne peut pas en placer une dans un dejeuner avec un ministre qui, dans un monologue permanent, lui recrache ses notes biographiques sur elle.

Le personnage de Thierry Lhermitte est à la foi agaçant dans ses obsessions et fascinant dans sa vision de la politique et du monde en général, même si parfois, il peut en conclure qu’on est à la veille de la troisième guerre mondiale.

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À l’évidence, Bertrand Tavernier a su "manœuvrer" tous ces excellents acteurs pour en faire une sauce commune et collective malgré les fortes personnalités. C’est, je crois, l’illustration d’un bon metteur en scène : ne pas laisser les acteurs en roue libre et les diriger d’une main ferme pour atteindre l’esprit général du récit. Sans forcément non plus imposer la terreur sur le plateau.

Le film se permet un petit clin d’œil anachronique et complètement absent de la bande dessinée : furtivement, on voit l’actuel Ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance Bruno Le Maire en député de la majorité félicitant "le ministre" de son intervention dans l’hémicycle. Pourquoi un tel clin d’œil ? Parce que dans la description de la vie du cabinet, il manque un personnage qui surplombait tous les autres conseillers : Bruno Le Maire, diplomate, qui devint ensuite le dircab de Dominique de Villepin à Matignon avant de se lancer dans la vie politique en juin 2007 (où il fut élu député de l’Eure puis candidat à l’élection présidentielle avant de rejoindre Emmanuel Macron).

Pourquoi fut-ce Bertrand Tavernier qui a réalisé ce film ? Il ne connaissait pas la bande dessinée, et quand un de ses amis lui a fait lire, il a été subjugué et dès le lendemain, il a commencé les négociations pour en acheter les droits d’adaptation. Les deux auteurs de la bande dessinée avaient reçu trois demandes d’adaptation, dont une pour faire une série. À l’origine, Antonin Baudry ne voulait pas d’adaptation cinématographique pour garder la saveur de l’œuvre originale, mais il fut finalement convaincu par Bertrand Tavernier que cela serait un plus et pas un moins. Les trois (les deux auteurs et le réalisateur) se sont alors retrouvés à New York où Antonin Baudry était en poste pour rédiger ensemble le scénario. Bertrand en était ravi car il aimait changer de cadre pour penser à un autre film.

La différence avec la BD est surtout dans le personnage de Marina (jouée par Anaïs Demoustier), la fiancée du personnage principal (le jeune conseiller langage), qui est plus étoffé dans le film afin de permettre de reprendre l’imaginaire du conseiller (très difficile à traduire au cinéma).

Dans son apprentissage au cinéma, assistant de Jean-Pierre Melville, Bertrand Tavernier a appris en contre-modèle à éviter « le climat de dureté, de terreur, d’humiliation que [Melville] imposait au plateau ». Si bien qu’au contraire, avec Bertrand Tavernier, il devait régner un climat de convivialité et de détente, ce qu’a confirmé Christophe Blain : « Quand Tavernier tourne, il déconne tout le temps, il fait des blagues, il chante… ».

Avec "Quai d’Orsay", Bertrand Tavernier a montré son grand art du cinéma, et, à l’inverse de Gilles Renault par sa critique dans "Libération" le 5 novembre 2013, je trouve ce film nettement plus intéressant et meilleur que le très fade film de Pierre Schoeller, "L’Exercice de l’État" (sorti le 26 octobre 2011), qui ne donne aucun enjeu et aucune perspective de fond de ce qu’est le pouvoir. Au contraire de "Quai d’Orsay" qui est, selon les mots de Sandy Gillet dans "Écran large" du 5 novembre 2013 : « drôle, brillant, intelligent et d’une rare justesse ».

En hommage à Bertrand Tavernier, le film "Quai d’Orsay" sera rediffusé sur la chaîne France 2 le dimanche 28 mars 2021 à partir de 21 heures. Il sera suivi de "L.627" à 23 heures. Dans la même soirée, la chaîne C8 diffusera "L’Horloger de Saint-Paul" à 21 heures. Le lendemain, lundi 29 mars 2021, France 5 programmera "Coup de torchon" à 20 heures 50, prévu bien avant la disparition du réalisateur.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


(Les deux illustrations sont tirées de la bande dessinée "Quai d’Orsay", aux éditions Dargaud).


Pour aller plus loin :
Bertrand Tavernier.
"Quai d’Orsay".
Liz Taylor.
Annie Girardot.
Fernandel.
Simone Signoret.
Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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25 mars 2021 4 25 /03 /mars /2021 05:22

« Passé la quarantaine, allez, mettez, quarante-cinq ans, vous avez deux solutions : ou vous vous accrochez aux rôles qui font genre trente-cinq, trente-six ans, ou bien vous faites comme tout le monde et acceptez aimablement que quarante-cinq ans, ce soit plutôt sur la route des quarante-six que sur celle des quarante-quatre. » (Simone Signoret, 1975).



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L’actrice Simone Signoret est née il y a 100 ans, le 25 mars 1921. Ce centenaire ne semble pas beaucoup célébré, à part la chaîne Arte qui a proposé un excellent documentaire (voir plus loin), ainsi que quelques films avec elle. Dans mon titre, je n’ai pas voulu faire de jeu de mots en pensant à celui avec qui elle avait formé l’un des couples les plus célèbres du cinéma français, Yves Montand, mais plutôt au sens propre, elle était l’actrice de son propre temps, c’est-à-dire, de son propre âge et c’était, pour l’ancienne star qu’elle a été, tant en France qu’aux États-Unis (elle parlait dans un anglais parfait), très rare, très original.

Pourquoi il y a cet air de si grande familiarité avec Simone Signoret ? Sa voix, son regard, son ton. Une grand-mère… ou plutôt, une tante, ou une grand-tante dans le jeu des sept familles. Quelqu’un à l’esprit critique, à la crue lucidité, réaliste. Peut-être s’identifie-t-on trop facilement avec la victime ? Mais Simone Signoret n’a jamais été victime, elle ne s’est jamais laissé faire, ni laissé aller, enfin, si un peu, la vie l’a amenée à souffrir, mais elle a fait de sa vie ce qu’elle a voulu, une femme de caractère, une femme qui regardait droit même s’il y a eu des descentes vertigineuses dans les dédales de la noirceur.

Elle décrivait l’amour de sa vie ainsi : « Montand, il est formidable dans les grandes circonstances. S’il y a le feu, c’est lui qui trouve l’eau ; et si vous perdez votre sang, il saura vous faire un garrot. Il est l’homme des grandes occasions. Disons que dans les petites occasions, il lui arrive d’être un peu difficile, pour ne pas dire pénible. ».

Simone Signoret et Yves Montand se sont installés aux États-Unis pour une série de tournages (en 1959-1960). Ils fréquentaient notamment Arthur Miller et son épouse, Marilyn Monroe. Cette dernière, éprise d’Yves Montand, l’imposa comme partenaire dans le film "Le Milliardaire". Une relation s’est nouée entre Yves Montand et Marilyn Monroe mais Simone Signoret ne lui en a jamais voulu : « Le secret du bonheur en amour, ce n’est pas d’être aveugle, mais de savoir fermer les yeux quand il le faut. ».

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Une petite anecdote qui a été terrible pour Simone Signoret… à titre posthume (certes, elle s’en moque). La célébrité n’écarte pas ce genre de chose. Il y a une vingtaine d’années, j’ai assisté à la présentation des activités d’une star up. Je connaissais un peu les personnes en question, qui avaient démarré un projet passionnant. Mais j’ai eu mal pour Simone Signoret car la présentation, sans complaisance pour elle, a commencé en montrant une série de photographies d’elle au fil de ses âges.

Et là, la date qui tue. Car peut-être plus chez une femme que chez un homme (mais je dis cela en risquant d’être sexiste, ce que je réfute), une personne vieillit généralement très rapidement. Certains gardent un visage encore d’ado à 50 ans, d’autres sont vieux dès leurs 30 ans (surtout s’ils sont crâne d’œuf, mais ils n’y peuvent rien). Mais la transformation de la maturité est généralement assez rapide.

En montrant ces photos, le conférencier proposait de déterminer l’âge à partir duquel la célèbre actrice avait vieilli… d’un coup. Ce n’était pas très difficile car chez elle, hélas, c’est passé rapidement. L’âge dont je me souviens (mais mes souvenirs peuvent me jouer un tour), c’était 39 ans. 39 ans, c’est jeune, mais lorsqu’on fume, boit, prend des médicaments, etc., cela peut user plus rapidement. Cela se voit sur le visage, le regard. Elle n’était pas star, princesse, elle était la femme réelle, dans ses rôles.

Ces photos avaient pour but d’introduire la mission de l’entreprise, qui se proposait d’analyser des millions de données médicales récoltées depuis une trentaine d’années, pour définir des recommandations de vie quotidienne pour ne pas vieillir trop vite et préserver sa santé.

Simone Signoret a commencé comme une star mais heureusement, elle n’avait pas l’esprit des stars, des jeunes stars qui ne comprennent plus pourquoi elles vieillissent. Simone Signoret a accepté de vieillir, ou plutôt, car on ne voit que la face publique, elle a accepté de continuer à jouer malgré la vieillesse qui s’est éprise d’elle.

Par une sorte de destin joueur, Simone Signoret est née à Wiesbaden, en Allemagne, dans la zone occupée par la France à cette époque, où son père travaillait comme interprète (il fut après la guerre envoyer à Nuremberg pour "couvrir" le fameux procès).

Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a eu quelque temps pour professeure d’histoire à Vannes une certaine… Lucie Aubrac. Le père de Simone Signoret s’était engagé dans la Résistance dès juillet 1940, et elle, l’aînée, elle aidait sa mère à faire vivre la famille. Après un bref moment secrétaire d’un collaborateur notoire (parce que père d’une de ses amies), elle a commencé en 1942 à faire de la figuration au cinéma… puis en 1943, ce fut la rencontre d’Yves Allégret, puis en 1949, celle d’Yves Montand.

Dans son autobiographie publiée en 1975, Simone SIgnoret constatait : « Hitler est vraiment entré dans ma vie avec l’arrivée massive de petites Juives allemandes au cours secondaire. Quand les gens disent : "On ne savait pas ce qui se passait en Allemagne", je me demande comment ils ont fait, je ne sais pas quels yeux et quelles oreilles ils se sont bouchés ! À la maison débarquaient périodiquement des Juifs allemands. ».

C’est parce qu’elle a accepté son temps, son âge qu’elle est devenue une plus grande actrice qu’une simple "star". Dans l’excellent documentaire de Michèle Dominici ("Simone Signoret, figure libre"), on l’entend expliquer qu’on la comparait souvent à Jean Gabin. Pourquoi à un homme et pas à une femme ? Parce qu’il n’y avait pas de femme star qui acceptait de jouer des rôles de femmes mûres. Or, c’est ce qu’elle a fait dès le début de la quarantaine : « Si vous voulez vous accrocher aux personnages qui ont ému, fasciné, enchanté, ou bouleversé d’anciens adolescents aux fronts déjà un peu dégarnis qui vous assènent des "Ah la la, qu’est-ce que j’ai pu être amoureux de vous quand j’étais au lycée…", à vous de jouer… Mais jouer quoi ? Ils ne vont pas chez les chirurgiens esthétiques. Nous, nous pouvons y aller. Je ne crois pas que c’est le moment où nous choisissons d’y aller ou de n’y pas aller qui est déterminant pour les fameux cadeaux surplus-miracles que j’évoqués plus haut. Je n’y suis pas allée. Je n’y suis pas allée parce que je n’ai jamais été une star (…). Je n’ai (…) jamais eu le souci de perpétuer une image qui est souvent l’équivalent de la belle chanson qui fixe à jamais une période de la jeunesse. » (1975).

Au fil du temps, elle a pu ainsi interpréter des personnages plus profonds, plus intéressants, loin de ce star-system artificiel : « C’est très difficile d’être une star. Et c’est très difficile d’être une star à laquelle on reconnaît de moins en moins de talent, uniquement parce qu’elle est devenue une star. Alors, sans ce talent initial, elle ne serait pas devenue star. Et c’est très difficile de rester star. Et ça doit être terrible de cesser de l’être. » (1975).

Entre autres récompenses, elle a eu l’Oscar de la meilleure actrice en 1960 et le César de la meilleure actrice en 1978. Elle a laissé de très nombreux et excellents films, et n’en retenir que quelques-uns est forcément arbitraire, réducteur et injuste.

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Si elle a accédé à la notoriété avec "Casque d’or" de Jacques Becker (sorti le 12 mars 1952) aux côtés de Serge Reggiani et Claude Dauphin, et une adaptation d’un roman d’Émile Zola, "Thérèse Raquin" de Marcel Carné (sorti le 6 novembre 1953), je trouve que son meilleur film est sans aucun doute "Les Diaboliques" d’Henri-Georges Clouzot (sorti le 29 janvier 1955).

Ce film que j’éviterai de raconter car sa fin peut être inattendue (« Ne soyez pas diaboliques. Ne détruisez pas l’intérêt que pourraient prendre vos amis à ce film. Ne leur racontez pas ce que vous avez vu ! » était indiqué au générique de fin), fait un jeu à trois dans un pensionnat scolaire : le directeur Paul Meurisse, avec sa femme Véra Clouzot (la femme du réalisateur), professeure d’anglais et malade, et l’éclatante Simone Signoret, professeure de latin et en liaison amoureuse (notoire) avec le directeur.

Simone Signoret domine le film du début à la fin, avec d’autres personnages secondaires très intéressants. En particulier Charles Vanel, qui joue le rôle du commissaire fouineur à l’apparence négligée, futur modèle pour le personnage du lieutenant Columbo, Michel Serrault, un autre prof, et on peut même y voir, dans de très petits rôles, Robert Dalban, Jean Lefebvre et Johnny Hallyday (un enfant du pensionnat).

S’il ne fallait citer que deux films, je prendrais, avec "Les Diaboliques", un film plus "mature", un formidable duo avec Jean Gabin, "Le Chat" de Pierre Granier-Deferre (sorti le 24 avril 1971), une adaptation d’un roman de George Simenon, film très pessimiste sur l’amour vieillissant entre deux p’tits vieux haineux qui s’accrochent à leur maison destinée à être rasée pour faire place nette au futur quartier de La Défense. Il faut rajouter un troisième personnage, la patronne de l’hôtel, Annie Cordy, confidente de monsieur. Au-delà de cette confrontation entre deux "monuments" du cinéma français, il y a un incroyable témoignage de ces années de construction des années 1970, bien avant la crise et les chocs pétroliers.

S’il fallait en inclure trois autres, je rajouterais une adaptation d’un grand roman de Joseph Kessel, "L’Armée des ombres" de Jean-Pierre Melville (sorti le 12 septembre 1969), qui est un magnifique (et tragique) hommage aux résistants. Les principaux acteurs, autour de Simone Signoret, sont Lino Ventura, Paul Meurisse et Jean-Pierre Cassel (Serge Reggiani y tient un moindre rôle).

Avant-dernier choix, très politique, une adaptation d’un roman d’Artur London, "L’Aveu" de Costa-Gavras (sorti le 29 avril 1970), avec Yves Montand (aussi Jean Bouise, Michel Robin, etc.) dans une condamnation claire des procès staliniens (rappelons que le couple Signoret-Montand avait été communiste et était allé en URSS pour y parader).

Enfin, le cinquième et dernier film que je propose, lui aussi très connu, une adaptation d’un roman de Georges Simenon, "La Veuve Couderc" de Pierre Granier-Deferre (sorti le 13 octobre 1971), avec Alain Delon, également Boby Lapointe et Jean-Pierre Castaldi.

Malade, Simone Signoret est morte à 64 ans le 30 septembre 1985. Yves Montand l’a rejointe dans sa tombe du Père-Lachaise quelques années plus tard. Le documentaire "Simone Signoret, figure libre" est rediffusé sur Arte le samedi 27 mars 2021 à 03 heures 55 et le dimanche 28 mars 2021 à 06 heures 55. Ou encore sur le site Internet de la chaîne de télévision.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Simone Signoret, figure libre", documentaire de Michèle Dominici, 2020.
Liz Taylor.
Annie Girardot.
Fernandel.
Simone Signoret.
Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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23 mars 2021 2 23 /03 /mars /2021 03:45

« Dans la vie, il n’y a pas que l’argent. Il y a aussi les fourrures et les bijoux. » (Liz Taylor).


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La célèbre Liz Taylor est partie il y a dix ans, le 23 mars 2011, à Los Angeles, en Californie, d'une attaque cardiaque à 79 ans (née le 27 février 1932 à Londres). Toujours en retard, elle a même été en retard à son enterrement le lendemain de sa disparition ! Il paraît qu’Elizabeth Taylor était l’une des plus grandes actrices de tous les temps. Sans doute. À ses débuts, sans aucun doute. La jeune femme, belle, lisse, sûre d’elle qu’elle incarnait au cinéma était remarquable.

Somptueuse, elle l’était au sommet sa gloire, en reine Cléopâtre, dans "Cléopâtre" de Rouben Mamoulian puis Joseph Mankiewicz (sorti le 12 juin 1963), avec Richard Burton dans le rôle de Marc Antoine. C’était à l’époque où elle était l’actrice la mieux payée d’Hollywood et ses liaisons avec Richard Burton défraya la chronique au point d’avoir mis en danger le tournage de ce très long-métrage (248 minutes !). Cette passion explosive, étalée dans les journaux, fit scandale (car les deux tourtereaux étaient déjà mariés).

Pour l’anecdote, c’est à la suite de ce film, qui fut un gouffre financier, que les compères Goscinny et Uderzo (qui est mort il y a juste un an) ont sorti l’album de bande dessinée "Astérix et Cléopâtre" (prépublié dans "Pilote" du 5 décembre 1963 au 24 septembre 1964), se moquant ainsi de la superproduction hollywoodienne : « 14 litres d’encre de Chine, 30 pinceaux, 62 crayons à mine grasse, 1 crayon à mine dure, 27 gammes à effacer, 38 kilos de papier, 16 rubans de machine à écrire, 2 machines à écrire, 67 litres de bière ont été nécessaires à la réalisation de cette aventure. » !

Elizabeth Taylor a, par ailleurs, reçu trois Oscars, notamment l’Oscar de la meilleure actrice en 1961 pour "La Vénus au vison" de Daniel Mann (sorti le 4 novembre 1960), alors qu’elle souffrait d’une pneumonie très sévère et qu’elle avait déjà échoué trois fois aux Oscars pour des films plus importants, et en 1967 pour "Qui a peur de Virginia Woolf ?" de Mike Nichols (sorti le 22 juin 1966) avec (toujours) Robert Burton.

Mais cette s’arrête là, à mon avis. Je veux dire, à ce moment très bref de sa jeunesse. Une destinée un peu comme celle d’Alain Delon, qui, à ses débuts, exprimait également la fraîcheur, la spontanéité, en résumé, la sensibilité.

Son quatrième et cinquième mari (sur huit), Robert Burton, se souvenait ainsi de leur première rencontre : « Elle était incontestablement splendide. Je n’ai pas d’autre mot pour décrire cette combinaison de plénitude, de frugalité, d’abondance, de minceur. Elle était somptueuse. Elle était d’une grande générosité. ». Mais cela ne l’a pas empêché de lâcher, en divorcé et goujat : « [L’appellation] de la plus belle femme au monde est un non-sens. Elle a… un double menton, une poitrine volumineuse, est plutôt courte sur pattes… ».

Peut-être était-ce le raccourci d’une vie de star malheureuse ? Elle est devenue ensuite comme Alain Delon : prisonnière complaisante de son image. De sa caricature.

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Et après, elle a "sombré" comme Brigitte Bardot. Avec une cause à défendre, pas celle des animaux (elle aimait trop les fourrures), mais un combat humanitaire. La lutte contre le sida : « Je regardais toutes les actualités sur cette nouvelle maladie et je me demandais pourquoi personne ne faisait rien. Et ensuite, je me suis rendu compte que j’étais comme eux. Je ne faisais rien pour aider. ». Liz Taylor avait été terriblement affectée par la mort de son complice au cinéma Rock Hudson le 2 octobre 1985. C’était la première fois qu’une personnalité célèbre avait annoncé qu’elle avait le sida. Ce combat-là était tout à fait louable. C’était l’époque où le sida était peste, où le sida était fléau de Dieu, où le sida était punition divine. C’était l’époque où un personnage public osa parler de sidaïques et voulait créer des sidatoriums… Heureusement, "on" n’a pas eu cela avec le covid-19. À cause du trop grand nombre de victimes.

En fait, elle n’était pas du tout comme Brigitte Bardot car elle a continué. Au cours de sa carrière, Liz Taylor a en effet multiplié ses rôles, parfois dans des séries télévisées. Elle n’était plus la jeune et belle femme de ses débuts mais faudrait-il pour autant arrêter son métier parce que l’âge avancerait ? Simone Signoret n’a pas arrêté non plus. Ni Annie Girardot. C’est tout à leur honneur.

Cependant, Dame Elizabeth n’avait plus la grâce d’antan et pointait dans son allure une certaine vulgarité avec des coiffures assez excentriques. Celle qui avait sacré en 1989 son ami Michael Jackson en vrai roi de la pop, du rock et de la soul, a été aussi récompensées de nombreuses décorations, comme commandeure des Arts et des Lettres (insignes remises par le ministre Jack Lang). Elle a fait partie aussi de la sinistre liste des victimes potentielles de l’assassin de John Lennon en raison de sa célébrité.

Pour moi, elle restera, avant tout, la femme féline qui a ébloui de son rayonnement le film "La Chatte sur le toit brûlant" de Richard Brooks (sorti le 18 septembre 1958) avec Paul Newman, une adaptation d’une pièce de Tennessee Williams. Elle n’avait que 26 ans au tournage, qui a failli ne pas être achevé en raison de l’immense tristesse qu’elle a eue à la mort accidentelle de son troisième mari. Elizabeth Taylor a joué le rôle principal aussi dans une autre adaptation de Tennessee Williams, "Soudain l’été dernier" de Joseph Mankiewicz (sorti le 22 décembre 1959), film dont elle partagea la vedette avec Katharine Hepburn et Montgomery Clift. Sa notice sur Wikipédia indique que pour ces deux films : « Elle y exprime une sensualité animale rarement aussi bien exploitée. ». Jospeh Mankiewicz parlait d’un "talent de primitif" pour décrire l’interprétation exceptionnelle de Liz Taylor.

C’est cette animal-là qui perdurera dans la mémoire collective du cinéma américain.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 mars 2021)
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Pour aller plus loin :
Liz Taylor.
Annie Girardot.
Fernandel.
Simone Signoret.
Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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20 mars 2021 6 20 /03 /mars /2021 03:10

« On parle de la "tendresse" d’une mère, mais de la "tendreté" d’une viande. » ("Le petit livre du français sans fauttes", 2001, éd. Presses du Châtelet).



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Il faisait déjà ringard et désuet, anachronique, sorti d’un autre monde. Conservateur de la langue française, le fameux Maître Capello (de son vrai nom Jacques Capelovici) est mort il y a dix ans, le 20 mars 2011, à l’âge de 88 ans (il est né le 19 décembre 1922 à Paris). Il fallait une certaine dose de confiance en soi pour vouloir se faire appeler "maître" (sans être avocat ni peintre ni écrivain ni…), mais l’appellation n’était pas usurpée et lui convenait parfaitement.

Déjà comme professeur d’anglais au lycée Lakanal à Sceaux pendant une trentaine d’années (il était agrégé d’anglais, mais aussi certifié en allemand, diplômé en italien et en vieux scandinave), il avait eu cette réputation telle qu’on l’appelait maître. La rigueur, la précision, la conscience du travail bien fait. Avec ce recul dans le temps, on peut imaginer que Maître Capello est loin des modèles d’aujourd’hui où négligence et tolérance sont bien plus fréquentes que pointillisme dans la pédagogie.

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Maître Capello était peut-être une créature bizarre sortie du XIXe siècle, à l’époque des cours de morale. Son visage, même jeune, avait de quoi inquiéter les adolescents (puis les téléspectateurs), avec ses sourcils très fournis et une gueule qui fut caricaturée en crapaud. J’aurais plutôt pensé au caméléon, avec sa langue longue et bien pendue.

Dans l’imaginaire populaire, Maître Capello était une sorte d’être de sang-froid et de distance émotionnelle qui apportait le juste mot, la bonne définition. En fait, comme tout homme, il avait ses émotions et dans son lycée, ses colères étaient également légendaires, au point que les élèves espéraient "mettre un terme au Maître"… Car une autre face de ce maître en langue, ce sont les calembours et jeux de mots dont il était très friand, il aimait jouer avec les mots et même transmettait à diverses occasions quelques palindromes sophistiqués dont celui-ci, très connu grâce à lui : Éric, notre valet, alla te laver ton ciré… et d’ajouter (car cela ne suffisait, même si la valeur d’un palindrome se mesure à sa longueur) qu’on pouvait remplacer Éric par Luc si on préférait !

Les jeux de mots en ont fait un très grand cruciverbiste, auteur de mots croisés et de mots fléchés (qu’il a faits "venir" en France), il a fourni plusieurs périodiques dont le "populaire" programme de télévision "Télé 7 Jours" pendant une trentaine d’années, encore à près de 80 ans !

J’ai évoqué l’imaginaire populaire et c’est étonnant qu’un prof d’anglais, spécialiste des langues étrangères, fût ce gardien sourcilleux de la langue française, rejetant tant les attaques du globish et les attaques des simplificateurs patentés de l’orthographe. Mais l’imaginaire populaire, encore bien vivant aujourd’hui malgré sa disparition et l’oubli de ce qui a fait sa notoriété, car il est devenu une sorte de synonyme de personnage cultivé et rigoriste, il l’a obtenu grâce à sa participation à un jeu télévisé qui a eu beaucoup de succès.

En effet, qui, enfants ou jeunes adultes de l’époque, n’a pas apprécié, au moins une fois, de regarder "Les Jeux de 20 heures" sur FR3 (la future France 3) ? À cette époque très lointaine, où la couleur était exceptionnelle dans les appartements ou les maisons, il n’y avait que trois chaînes de télévision, et à 20 heures, les deux premières chaînes, TF1 et Antenne 2, rivalisaient déjà avec un journal télévisé. Ceux qui voulaient s’extraire des informations souvent déprimantes (mais qui ne voulaient pas quitter la télévision, car heureusement, il y a d’autres joies que télévisuelles), ils avaient ainsi la possibilité de zapper sur cette émission de télévision très populaire.

"Les Jeux de 20 heures" était de ces émissions de jeu qui tentaient de niveler par la haut (aujourd’hui, le nivellement par le bas n’est pas seulement un constat mais c’est une volonté, on doit pouvoir mieux utiliser le "temps de cerveau disponible"). Cela signifiait qu’on apprenait, tout en jouant (le sens du verbe latin ludo). En plateau, deux animateurs, Maurice Favières, le maître de cérémonie, et Maître Capello, dans sa tour d’ivoire intellectuelle, arbitre qui précisait, aiguisait, définissait les mots, les phrases, la culture…

Principe simple : questions de culture générale provenant des invités, certains célèbres, invités parfois récurrents (en vrac, Daniel Prévost, Sim, Dick Rivers, Micheline Dax, Anne-Marie Carrière, Roger Carel, Jean Bertho, Gérard Hernandez, Robert Castel, etc.), mais je pense que le succès véritable provenait de l’antenne délocalisée avec les vraies gens, car l’émission avait une antenne locale mouvante (on n’était pas sur FR3 impunément), animée par Jean-Pierre Descombes, qui permettait à l’homme ordinaire (ou la femme ordinaire) de participer à l’émission. L’émission a été diffusée pendant dix ans, du 22 mars 1976 (il y a quarante-cinq ans exactement) au 23 janvier 1987 tous les jours de la semaine de 20 heures à 20 heures 30.

La première émission a été mise en ligne par l’INA (Institut national de l’audiovisuel). À l’époque, Maître Capello n’était pas "si vieux que ça", il avait 53 ans.





On peut s’étonner que Maître Capello fût autant adulé en son temps, un homme austère (bien qu’ayant beaucoup d’humour), sorte de rabat-joie de la bienséance linguistique, à l’œil pétillant et très impressionnant, bref, un anti-héros des années 1970, mais il faut bien se rappeler que c’était la décennie où les Français ont élu à l’Élysée un crâne d’œuf fortiche en finances publiques et surdiplômé, c’était une époque formidable qui récompensait les forts en thème et pas les cancres.

Parmi les mots ou expressions sortant régulièrement de la bouche de Maître Capello, il y avait le fameux nourrain, qui était le cochon tirelire dans lequel il mettait des pièces de monnaie (le nourrain est à l’origine un porcelet sevré qu’on nourrit, le mot vient de nourrir), et cette expression "remettre une pièce dans le nourrain" vient de cette émission. Une autre expression récurrente chez Maître Capello fut "de bon aloi" dont j’invite les lecteurs à rechercher la signification dans les dictionnaires …ou sur des sites Internet.

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Quand Maître Capello a tiré sa révérence, en 2011, le smartphone avait déjà largement envahi les mœurs communicantes des gens et plusieurs dessinateurs l’ont alors représenté quitter sans regret ce monde du langage sms et des fautes d’orthographe. Espérons qu’à sa suite, d’autres sachent veiller avec la même rigueur à la précieuse richesse de notre belle langue française, et aussi avec le même esprit joueur, si ce n’est avec le même écho médiatique…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Maître Capello.
Jean Bertho.
Piem.
Olivier Mazerolle.
Alain Duhamel.
Marc Ferro.
Michèle Cotta.
Philippe Alexandre.
Henri Amouroux.
Noël Copin.
Françoise Dolto.
Philippe Bouvard.
Menie Grégoire.
Évelyne Pagès.
Jean Garretto.
Jacques Chapus.
Henri Marque.
Arthur.
François de Closets.
Pierre Desgraupes.
Philippe Gildas.
Pierre Bellemare.
Jacques Antoine.
Bernard Pivot.
Michel Polac.
Alain Decaux.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210320-maitre-capello.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/maitre-capello-et-sa-grammaire-231743

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/03/18/38873608.html








 

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