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14 août 2019 3 14 /08 /août /2019 03:40

« Je ne suis pas un homme de texte. Je m’intéresse plus aux sentiments, à l’émotion du moment qu’aux mots. Donc, je peux dire n’importe quel mot. Pour moi, ce qui compte, c’est la sincérité avec laquelle je le dis. (…) Je peux dire "carburateur" alors que cela n’a aucun rapport avec ce que je dois dire. Je ne m’en aperçois pas. » (Pierre Richard, le 16 décembre 2006 sur France 2).


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L’acteur Pierre Richard fête son 85e anniversaire ce vendredi 16 août 2019 (il est né à Valenciennes). Comment peut-on être si original avec un nom si commun ? Pierre Richard est une sorte de compromis entre Louis de Funès, version soumise et distraite, et Jacques Tati, version cinéma parlant. Comme ce dernier, il a réalisé quelques films, mais c’est surtout comme acteur qu’il est éclatant.

Il est le petit-fils du patron d’une usine dans le Nord : « C’est vous dire que je n’ai pas tellement suivi son chemin. ». Sa famille n’était pas très heureuse quand il a choisi la comédie : « J’étais fâché pendant quinze ans, jusqu’au moment où j’ai fait mon premier film. ». Il est un acteur assez particulier et original dans le cinéma français. Parce qu’il a sa manière très personnelle de jouer. Tout en sensibilité, tout en émotion.

Ses duos sont irrésistibles : avec Mireille Darc, avec Jane Birkin, mais aussi avec des hommes, avec Jean Carmet, avec Pierre Palmade, et surtout, avec Gérard Depardieu. Jetant au fond d’une oubliette le concept du clown triste, Pierre Richard invente le clown distrait.

Enfin, le clown distrait seulement dans la première de sa carrière. Il n’était déjà plus très jeune, il a brillé dans ces rôles dans les années 1970 et 1980, il avait déjà la quarantaine, voire la cinquantaine déjà. Gesticulateur, avec ses grandes jambes, une stature qui s’impose sans en imposer, du mime parfois, un peu à la Charlie Chaplin. Tout en silence.

Forcément que le public l’aime : timide, modeste, distrait, maladroit, malchanceux, il a tout pour plaire, tout pour réaliser ce phénomène d’identification, aucune arrogance, aucune suffisance, de la gentillesse à revendre et un cœur immense. S’il faut résumer, je choisis deux films : "Le Grand Blond avec une chaussure noire" et "La Chèvre". Mireille Darc et Gérard Depardieu. Sans compter tous les autres acteurs succulents (Bernard Blier, Jean Rochefort, Paul Le Person et Jean Carmet pour le premier, Michel Robin et Corynne Charby pour le second, pour les deux, une apparition de Robert Dalban).

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Dans la seconde partie de sa carrière, il est l’acteur "vieux". Je l’ai découvert avec un téléfilm en Robinson Crusoé. Il n’a pas changé dans le comportement (il reste toujours un grand enfant rêveur) mais son apparence a transmuté. Le voici en vieillard, avec une barbe blanche, comme l’avait laissé pousser aussi l’ami Jean-Pierre Marielle. Ses yeux sont toujours aussi brillants et farceurs, son sourire irrésistible, mais il apparaît "vieux".

Mais pourquoi donc ces acteurs laissent-ils pousser leur barbe blanche ? Tout le monde ne peut pas rivaliser avec le Père Noël. Et pour Pierre Richard, cela peut lui faire le look d’un vieil anarchiste de droite solitaire et désabusé de la vie, ce que le sourire scintillant, heureusement, dément immédiatement.

Je propose ici sept occasions où Pierre Richard a été, selon moi, extraordinaire. Bien sûr, c’est un choix personnel, donc subjectif et arbitraire, mais ce sont des films ou prestations que j’ai adorés et qui tiennent grâce à l’aura de Pierre Richard.


1. "Le Grand Blond avec une chaussure noire" (sorti le 6 décembre 1972)

Ce film réalisé par Yves Robert (avec une collaboration avec Francis Veber pour le scénario) est un film "culte". Un faux agent pour rendre confuse une situation déjà confuse. Avec une suite, "Le retour du Grand Blond" (1974).






2. "La course à l’échalote" (sorti le 8 octobre 1975)

Réalisé par Claude Zidi, le film reprend les mêmes ficelles comiques que "La moutarde me monte au nez". Pierre Richard joue avec une Jane Birkin pleine de charme et un commissaire perplexe, Michel Aumont.






3. "Le coup du parapluie" (sorti le 8 octobre 1980)

Un film comique réalisé par Gérard Oury, qui met en scène Pierre Richard, acteur de pacotille devant singer un tueur à gages, avec un vrai tueur à gages, avec Valérie Mairesse, et aussi Gérard Jugnot, Dominique Lavanant, Robert Dalban, etc.









4. "La Chèvre" (sorti le 9 décembre 1981)

Film réalisé par Francis Veber, parmi les plus réussis de Pierre Richard, avec un humour subtil très rafraîchissant. Le duo Pierre Richard et Gérard Depardieu fonctionne à merveille (le rêveur maladroit et le réaliste sérieux) et a donné "Les Compères" (1983) et "Les Fugitifs" (1986), toujours de Francis Veber. Pour l’anecdote, il faut savoir que le duo initialement pressenti était très différent, Jacques Villeret pour le rôle de Pierre Richard et Lino Ventura pour celui de Gérard Depardieu.









5. "Robinson Crusoé" (diffusé le 22 décembre 2003 sur France 2)

Ce téléfilm réalisé par Thierrry Chabert reprend le livre très célèbre de Daniel Defoe (qui fut le livre fétiche de Michel Déon). Pierre Richard apparaît ici dans un rôle inédit pour lui.






6. "Pierre et fils" (créée le 21 septembre 2006 au Théâtre des Variétés à Paris)

Dans une pièce de théâtre mise en scène par Christophe Duthuron et écrite par Pierre Palmade et Christophe Duthuron, le duo Pierre Palmade et Pierre Richard fonctionne, lui aussi, très bien. L’effet comique est garanti par l’inversion des rôles : Pierre Richard, le père, est l’homme enfant, clochard irresponsable et rêveur, tandis que Pierre Palmade, le fils, est l’homme adulte, patron d’un supermarché, rationnel et sérieux. C’est Isabelle Mergault qui a trouvé le titre. La pièce se structure sous forme de dix sketchs, un peu comme les pièces avec le duo Pierre Palmade et Michèle Laroque.

Voici deux répliques savoureuses de Pierre Richard. La première : « In vino veritas, in Bordeaux veritas, in whisky whiskas, bien entendu ! ». La seconde : « Tu n’as pas eu de père, alors tu n’as pas eu de repère ! ».









7. "King Guillaume" (sorti le 28 janvier 2009)

Réalisé par Pierre-François Martin-Laval, le film fait apparaître une île bretonne au milieu de nulle part dont Pierre-François Martin-Laval, petit banlieusard, conducteur de petit train, marié à Florence Foresti, joueuse de tuba, devient le roi. Dans cette île vit toute une communauté assez étrange, Pierre Richard, Isabelle Nanty (Pamela !), Omar Sy, et aussi Rufus.






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 août 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Claude Zidi.
Pierre Richard.
Lino Ventura.
Line Renaud.
Jean Lefebvre.
John Wayne.
Kirk Douglas.
Élie Kakou.
Jean Bouise.
Pierre Desproges.
Anémone.
Gérard Oury.
Zizi Jeanmaire.
Jean-Pierre Marielle.
"Les Éternels".
Jacques Rouxel.
François Berléand.
Niels Arestrup.
"Acting".
"Quai d’Orsay".
Michel Legrand.
Gérard Depardieu.
Maria Pacôme.
Ennio Morricone.
Francis Lai.
Bernadette Lafont.
Pauline Lafont.
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Charlie Chaplin.
Maurice Chevalier.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190816-pierre-richard.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/pierre-richard-le-clown-distrait-217065

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/08/01/37535297.html


 

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13 août 2019 2 13 /08 /août /2019 03:23

« À l’époque où je faisais mon émission, l’homme était souvent un peu… une brute, et la femme, pas du tout informée. ».


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La journaliste Menie Grégoire est née il y a 100 ans, le 15 août 1919 à Cholet et elle est morte le lendemain de son 95e anniversaire, le 16 août 2014, à Tours. Elle fut à elle seule une "institution" de la radio française, en ouvrant ses auditeurs sur les enjeux intimes, familiaux, conjugaux et sexuels. "Menie" sans accent pour éviter son vrai prénom Marie qu’elle jugeait trop religieux, mais par erreur, son émission de radio s’appelait "Allo Ménie" avec un accent.

Elle a animé effectivement pendant une quinzaine d’années, de mars 1967 à juin 1982, une célèbre émission sur RTL où les auditeurs, chaque après-midi, pouvaient lui poser des questions en tout anonymat sur leurs problèmes de couple ou de sexualité. Elle a fait des émissions spéciales dont une a été mémorable en raison de l’irruption, sur la scène, de militants homosexuels venus protester contre la tonalité qu’ils jugeaient homophobe de l’émission, le 10 mars 1971 à la Salle Pleyel (l’émission était diffusée en direct).

Dans son blog, le 14 novembre 2017, Christophe Guitton se rappelait : « La cuisine baigne dans le soleil du début d’après-midi. Ma mère repasse le linge en écoutant la radio. (…) 15 heures, la "Petite Musique de Nuit" retentit dans la pièce. Maman, emprunte de solennité, augmente de volume. Les premières mesures de Mozart s’estompent au profit d’une voix suave et bienveillante (…). Le corps immobile, ma mère attentive stoppe son activité. Une première auditrice pose sa question après un bref témoignage poignant parois terrifiant comme souvent. (…) Je percevais au travers de la voix de Menie Grégoire un apaisement, une réponse à bien des désespoirs. ». Le 28 novembre 2014, cet autre témoignage, d’une ancienne auditrice : « Son émission a aidé beaucoup de femmes mais n’a pas résolu leur mal de vivre, elle leur a donné une écoute et un peu d’espoir. Merci Menie. ».

Le grand succès populaire de son émission de radio (plus de deux millions d’auditrices tous les jours), qui l’a rendue célèbre, a fait qu’elle a reçu 100 000 lettres dont elle a publié quelques-unes en mai 2007 dans un livre (chez Calmann-Lévy). Le sujet était important, la sexualité, et très rarement ou jamais abordé dans les médias audiovisuels de cette époque, malgré la crise de mai 1968. Elle était formée à la psychanalyse et a libéré ainsi la parole des femmes qui pouvaient aborder des sujets encore tabous : l’inceste, l’homosexualité, la contraception, l’avortement, l’éducation sexuelle, etc.

Isabelle Duranton, dans "Notre Temps", expliquait le 18 août 2014, dans sa nécrologie : « À la radio, la voix de l’animatrice fait des miracles. Car [elle] sait orienter, consoler, rassurer, écouter. (…) [Elle] aborde tous les sujets avec mesure et tact, accompagnée d’un médecin. ».

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Ayant une formation en histoire de l’art, Menie Grégoire a aussi animé des émissions de télévision sur FR3 en 1984, sur France Bleu, et a publié des chroniques régulières dans "Marie-Claire" de 1980 à 1986 puis dans "France-Soir" de 1986 à 1999. Par ailleurs, elle a publié une trentaine de livres entre 1964 et 2014, souvent des romans historiques, dont le premier est un essai intitulé : "Le métier de femme" (chez Plon), qui fut rapidement un best-seller, ce qui a donné l’idée au directeur de RTL, Jean Farran, de la recruter (c’est dans ces moments-là qu’on voit que l’intuition est l’une des meilleures compétences des décideurs).

Le 3 mars 2015 à 9 heures sur France Culture, l’émission "La Fabrique de l’Histoire" fut consacrée à un portrait de Menie Grégoire par Delphine Saltel, réalisé par Véronique Samouiloff. Delphine Saltel a expliqué : « Tout ce qui ne pouvait pas se dire sans honte dans cette France corsetée se retrouve entendu. ». Laurence Le Saux, présentant ce portrait pour "Télérama" le 2 mars 2015, a décrit ainsi l’animatrice : « Fouillant toujours plus loin l’intime, retournant les pudeurs, poussant la parole. Persuadée qu’il fallait donner des mots à ceux qui ne les trouvaient pas. ». Cette dernière phrase était aussi l’un des objectifs de travail du prêtre théologien et psychanalyste Maurice Bellet (et probablement de toute personne cherchant à écouter ceux qui sont en détresse).

Dans ce documentaire radiophonique sur France Culture ("Allo Menie, confidences sur les ondes"), on peut ainsi entendre la réponse faite par Menie Grégoire à une jeune fille à propos de sa première expérience sexuelle : « Simplement, vous avez peur et ne savez rien, comme la majorité des jeunes femmes en 1968. Je vais vous dire ce que vos mères auraient dû vous dire : on n’est pas frigide parce qu’on ne ressent rien la première fois ! Toutes les femmes sont faites pour l’amour, mais il faut un minimum de connaissances de la façon dont on est fait soi, et dont l’autre est fait. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 août 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Menie Grégoire.
Philippe Gildas.
Pierre Bellemare.
Jacques Antoine.
Bernard Pivot.
Michel Polac.
Alain Decaux.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190815-menie-gregoire.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/menie-gregoire-et-le-sexe-a-la-217064

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/08/01/37535316.html


 

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11 août 2019 7 11 /08 /août /2019 01:18

« Deux routes s’offraient à moi, et là, j’ai suivi celle où on n’allait pas, et j’ai compris toute la différence. » (Robert Frost, "The Road Not Taken", 1916).



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Carpe diem, quam minimum credula postero ! Exaltation de l’individualisme (choisir sa voie), promotion de l’épicurisme par ce vers d’Horace (jouir du temps présent), en clair, faire de sa vie une vie riche et intense, unique et trépidante. Bref, comme disait le philosophe Henry David Thoreau, « sucer toute la moelle secrète de la vie » ("Walden ou la vie dans les bois", 1854). C’est un peu ce genre de message que cherche à faire passer le film américain de Peter Weir, "Le Cercle des Poètes disparus" ("Dead Poets Society" aux États-Unis), sorti dans les salles en France il y a trente ans, le 17 janvier 1990 (sorti aux États-Unis le 9 juin 1989). Avec une musique de Maurice Jarre.

Inutile de dire que ce film est devenu un "film culte", une expression qu’on met généralement à toutes les sauces et souvent galvaudée, mais ici, elle garde son sens. Ce fut un véritable phénomène de société. Sortir des sentiers battus, s’épanouir, vivre libre, rejeter le conformisme ambiant. Opération rentable pour les producteurs puisque, à partir d’un budget de près de 16 millions et demi de dollars, les recettes ont été de 236 millions de dollars dans le monde (dont 96 millions de dollars rien qu’aux États-Unis), ces informations pour donner la mesure du grand succès commercial du film.

Ce film pourrait être considéré comme un peu léger, tant l’exaltation ressortie aujourd’hui pourrait être un peu périmée, un peu surannée. Il y a même des scènes que j’appellerais "culturellement violentes" et intellectuellement scandaleuse, comme lorsque le professeur de littérature arrache les pages d’un manuel scolaire. Certes, au nom de la liberté de création, il n’apprécie pas le formalisme d’écriture de la poésie qui y est traité (moins non plus) mais faut-il pour cela détruire l’œuvre d’un autre auteur ? Comme si les autodafés ne faisaient pas référence à d’autres faits nauséeux dans l’histoire récente ?

On peut donc évidemment maugréer et mépriser ce succès comme la plupart des succès cinématographiques, le sentiment d’être embarqué dans une sorte de manipulation géante avec dose de moraline et stock de mouchoirs en papier.

Mais imaginez-vous à l’âge de ces personnages, étudiant d’une vingtaine d’années, quand vous avez regardé pour la première fois ce film. Vous étiez plutôt heureux de regarder un film sur le sujet, sur les étudiants, sur les études en général, ils sont plutôt rares et il y a un phénomène naturel d’identification. Chaque étudiant du film a son caractère, vous pouvez choisir celui qui vous est le plus proche.

L’institution est très rigide, c’est une école à la discipline très stricte et à la réputation excellente (l’une étant la conséquence de l’autre, ou la cause). Il y a l’étudiant timide (Todd Anderson joué par Ethan Hawke), il y a au contraire celui qui est leader, sûr de lui, qui découvre l’amour et le théâtre (Neil Perry joué par Robert Sean Leonard). Et puis évidemment, il y a le professeur de littérature, John Keating, admirablement interprété par Robin Williams.

Peut-être d’ailleurs ne le connaissiez-vous pas auparavant, cet acteur ? Vous aviez peut-être "raté" sa prestation mémorable dans "Good Morning, Vietnam" (sorti en France le 7 septembre 1988) et c’était encore trop tôt pour regarder "Madame Doubtfire" (sorti en France le 9 février 1994) ou encore "Jumanji" (sorti en France le 14 février 1996).

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Robin Williams a été l’étincelle de ce film, éblouissante, irradiant les autres (jeunes) acteurs et le public, mais malgré sa nomination, il n’a pas été récompensé par un Oscar (le film a eu l’Oscar 1990 du meilleur scénario écrit par Tom Schulman et le César 1991 du meilleur film étranger en France). Il a eu un Oscar (du meilleur oscar dans un second rôle) en 1998 pour "Will Hunting". L’acteur pourtant synonyme de vie dans son rôle de Keating s’est suicidé il y a cinq ans, le 11 août 2014 à son domicile californien, plongé dans une grande dépression.

Ce n’était pas ce suicide qui vous a ému en regardant "Le Cercle des Poètes disparus", mais celui de Neil Perry qui voulait faire du théâtre et qui était trop impressionné par son père pour le lui avouer ou plutôt, pour le justifier, car son père tient absolument à ce qu’il fasse des études de médecine à Harvard. John Keating, ancien membre influent d’une ancienne organisation secrète, va conduire ses élèves ébahis à faire renaître cet ancien Cercle des Poètes disparus avec tous les rites d’une société secrète, réunions la nuit (contre le règlement de l’école), lectures de poèmes, etc.

Les méthodes pédagogiques de John Keating ont évidemment été peu comprises de ses collègues et surtout, de son directeur, M. Nolan, joué par l’acteur Norman Lloyd qui est sans doute l’acteur américain le plus âgé du monde puisqu’il est toujours vivant alors qu’il est né le 8 novembre 1914 (il vient d’avoir 105 ans), deux ans plus âgé que Kirk Douglas (Norman Lloyd a réalisé quelques épisodes de la série de son ami Alfred Hitchcock).

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Ce directeur renvoie l’enseignant original considéré comme le responsable indirect de la mort de Neil Perry, qui, en lui insufflant le vent de la liberté, s’est trouvé partagé entre l’obéissance et le respect dus à son père et l’envie et le besoin de suivre sa voie personnelle. Ce renvoi est possible à cause de lettre de dénonciation de ses élèves. À ce moment de l’histoire, on a un nœud de trahison ou fidélité, qui est quasiment le clivage entre collaboration et résistance.

Vous comprenez vite que, étudiant comme Neil Perry et Todd Anderson, si, quelques mois avant d’avoir regardé ce film pour la première fois, vous aviez vécu un deuil particulièrement traumatisant d’un camarade de promo, forcément, vous seriez alors peut-être très ému par ces quelques minutes de sentimentalisme à la fin du film. Vous revivriez alors votre cauchemar collectif en direct devant un écran géant, les gouttes de larmes glissant sur les joues. Tout serait remonté. Tristesse, sentiment d’injustice, d’impuissance et de colère.

C’est ce choc géant, cet écart entre cette vie à cent à l’heure, dans l’exaltation intellectuelle et collective, et même physique, et ce point de non-retour, cette irréversibilité, ce "aut cesar, aut nihil" si suicidaire dans les jeunes esprits. C’est ce fossé du retour au réel, entre grande illusion et brutal mur des réalités qui se confond au mur des lamentations, qui tétanise le cœur. Vous en viendriez peut-être jusqu’à vous dire que finalement, rentrer dans le rang, faire ce qu’on vous demande, gentiment, sagement, sans se poser de question, rester dans le conformisme confortable d’une vie déjà toute tracée par d’autres, vos parents, vos professeurs, vos amis, serait le moindre mal, moindre mal que le nihilisme total, angoissant et surtout, inutile. En clair, la tombe.

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Et si vous vous étiez identifié à Todd Anderson, vous en ressortiriez renforcé, de cette séance de cinéma si prégnante, avec plus d’audace et de courage à affronter la vie, et prêt à vous hisser les pieds sur la table pour crier "Ô Capitaine ! Mon Capitaine !", les jambes certes un peu tremblotantes.

Cette devise du Cercle, à l’origine, est le titre d’un poème de Walt Whitman pour rendre hommage à Lincoln après son assassinat en 1865 :

« Ô Capitaine ! Mon Capitaine ! Notre effroyable voyage est terminé.
Le vaisseau a franchi tous les caps, la récompense recherchée est gagnée.
Le port est proche, j’entends les cloches, la foule qui exulte,
Pendant que les yeux suivent la quille franche, le vaisseau lugubre et audacieux.
Mais ô cœur ! cœur ! cœur !
Ô les gouttes rouges qui saignent
Sur le pont où gît mon Capitaine,
Étendu, froid et sans vie. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 janvier 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Le Cercle des Poètes disparus".
Robin Williams.
Suzy Delair.
Michel Piccoli.
Gérard Oury.
Pierre Arditi.
"J’accuse" de Roman Polanski.
Roman Polanski.
Adèle Haenel.
Michel Bouquet.
Daniel Prévost.
Coluche.
Sim.
Marie Dubois.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/01/16/37946245.html


 

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25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 03:46

« Tous mes tournages ont été relativement joyeux. L’ambiance d’un film souvent, c’est le metteur en scène du film qui l’installe. S’il est tendu, ben, tout le monde va être tendu. S’il est décontracté, cela décontracte un peu tout le monde, à moins de tomber sur quelqu’un... Enfin, j’ai quand même tourné avec énormément de comédiens, cela s’est toujours très bien passé. C’est une question de personnalité du metteur en scène. Et moi, je n’aime pas les conflits, j’aime bien détendre l’atmosphère, j’aime bien résoudre les problèmes (…). J’essaie de trouver la solution sur le tournage, et de respecter la durée… les huit heures , je n’aime pas les heures sup., de respecter la durée prévue pour le tournage, et le budget. » (Claude Zidi).


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C’est ce jeudi 25 juillet 2019 que le réalisateur Claude Zidi fête son 85e anniversaire. Un vieillard, lui qui est si connu pour avoir tourné des films d’humour potache, pas toujours très intellectuels (c’est le moins qu’on puisse dire) mais qui, avec les films de Gérard Oury, Georges Lautner, Jean Girault, Francis Veber, Jean-Marie Poiré et quelques autres, forment ce qu’on pourrait appeler la comédie française des années 1970-1980, style qui a fait épanouir de très nombreux acteurs comiques. Claude Zidi a généralement fait le scénario des films qu’il a tournés.

Même s’il a reçu deux Césars pour son film "Les Ripoux" en 1985, Claude Zidi n’a jamais été trop aimé de la critique. Son œuvre n’est pas du cinéma d’art et d’essai, c’est vrai, et l’idée n’est pas (trop) de réfléchir sur un sujet d’actualité (encore que certains films, voir plus loin, posent de manière assez précoce des problématiques qui sont aujourd’hui des enjeux majeurs), mais son cinéma est populaire car il répond à la première définition du divertissement : passer du bon temps, se détendre, sans prétention mais avec l’exigence du travail bien fait, ce qui est toujours le cas avec Claude Zidi avec des scénarios bien ciselés, des dialogues souvent percutants, des acteurs excellemment choisis et enfin, un public qui ne lui a jamais fait défaut.

Claude Zidi a débuté dans la profession dans des postes sans trop d’importance (photographie, cadrage) mais il a démarré assez fort dans la réalisation avec des longs-métrages qui ont eu tout de suite du succès. Cela a commencé avec la série de films des Charlots (avec Gérard Rinaldi), cela s’est poursuivi aussi avec les Sous-doués (avec Daniel Auteuil) et son œuvre a terminé avec la série des "Ripoux" (avec Philippe Noiret et Thierry Lhermitte). Claude Zidi a "employé" de nombreux comiques français, qu’il est difficile de tous citer, mais citons quand même Pierre Richard, Louis de Funès et Coluche, comme trio de tête.

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Et s’il fallait ne choisir que trois films chez Claude Zidi, je crois que, pour moi, ce sont trois films qui, au-delà de la comédie bien faite, apportent aussi quelques éléments intéressants dans la réflexion sociale. Pour moi, ces trois films sont des pépites, des chefs-d’œuvre, si l’on peut appeler chefs-d’œuvre des œuvres à destination de divertissement.

Le premier de ces films, c’est "L’Aile ou la Cuisse", sorti le 27 octobre 1976 (Claude Zidi était assisté de Jean-Jacques Beineix), avec Louis de Funès, Coluche, Julien Guiomar et l’indispensable Claude Gensac. Le thème est la gastronomie française, ce qui est un thème qui va bien avec la franchouillardise des comédies françaises, à cela près qu’il faut lui ajouter la qualité des produits vendus par l’industrie agro-alimentaire, et là, c’est un signe initiateur de l’attention à porter à la qualité de la nourriture. La scène probablement la plus forte est lorsque Louis de Funès et Coluche (père et fils dans l’entreprise de l’équivalent du Guide Michelin) découvrent dans l’usine du méchant Julien Guiomar la manière dont il fabrique ses poulets resynthétisés. Cette image a marqué durablement l’industrie agro-alimentaire au point que même si un fournisseur délivre des produits sains, il sera toujours entaché de ce péché originel (le soupçon d’une nourriture chimique, à défaut d’être "moléculaire").

Le deuxième film de mon trio de tête, c’est "La Zizanie", sorti le 16 mars 1978 (en pleines élections législatives dont les sondages donnaient gagnante la gauche du programme commun) qui, mine de rien, évoque un sujet pourtant pas très à la mode à l’époque, à savoir la qualité de l’environnement et plus généralement, le clivage entre l’industrie et l’écologie (la candidature présidentielle de René Dumont était déjà passée par là, en 1974). Dans les premiers rôles, un duo inédit et très réussi entre Louis de Funès et Annie Girardot, un couple dans le film. Louis de Funès, toujours aussi excentrique, est le patron paternaliste d’une entreprise et en même temps, le maire de la ville, tandis que Annie Girardot, sa femme, a bien du mal à faire pousser son potager dès lors que le mari décide d’installer une annexe de son usine dans son salon, déversant son eau polluée dans le jardin. Julien Guiomar fait aussi partie de la distribution, ainsi que le si sympathique Jacques François. Le débat politique résume assez bien le clivage droite/gauche. Louis de Funès : « Mon programme en trois points. Premièrement, le plein emploi. Deuxièmement, le plein emploi. Et troisièmement, le plein emploi. ». Annie Giradot : « L’heure est venue de concilier croissance économique et bien-être de la population. ».

Enfin, le troisième film est aussi une autre pépite, c’est "Association de malfaiteurs", sorti le 11 février 1987, avec François Cluzet, Christophe Malavoy ainsi que la belle Claire Nebout qui n’hésite pas à dévoiler sa nudité. Il y a aussi deux acteurs de second rôle que j’adore, hélas disparus depuis longtemps, Jean-Pierre Bisson et Hubert Deschamps. Contrairement aux deux précédents films cités qui furent mis en musique par Vladimir Cosma de manière un peu trop insistante, la musique a été confiée ici à Francis Lai dont le rythme plus lent laisse entendre une pointe de romantisme ou de nostalgie, loin du burlesque un peu trop bruyant. Histoire d’anciens élèves de HEC, typique de la décennie 1980 consacrée au "fric" comme valeur suprême, le film se regarde comme une série de sketchs plus ou moins excellents. J’en décris trois. Le premier est au tout début du film. L’un des héros fonce comme un bolide avec sa Porsche sur l’autoroute et se fait prendre par un radar, amende, retrait de permis, mais le conducteur est aux anges : en dépassant le record d’excès de vitesse, il bénéficie d’une couverture médiatique et les ventes de son entreprise ont fait encore un bond ! Autre scène : le camarade loser croit avoir gagné au loto alors que ce sont ses amis qui ont truqué la séquence vidéo (à l’époque, il y avait déjà des logiciels performants). Résultat, il engage la mercerie de maman pour investir dans un plan foireux (proposé par son camarade véreux Jean-Pierre Buisson). Enfin tonton Hubert Deschamps, qui aime bien reluquer les belles fesses de la demoiselle du neveu qu’il abrite, voit sa tortue grandir à vue d’œil… Terminons sur ce film avec une anecdote : l’une des actrices, jouant le rôle de la commissaire de police, Véronique Genest, a si bien réussi sa prestation qu’elle fut engagée pour être la fameuse Julie Lescaut dans la série policière récurrente (1992-2014), vue jusqu’à 12 millions de téléspectateurs sur TF1, ce qui lui a valu trois Sept d’or.

Je finis par un petit aperçu des films de Claude Zidi, avec une sélection qui est, bien évidemment, très personnelle et arbitraire, de l’offre disponible sur le Web.


1. "Les Fous du stade" (sorti le 22 septembre 1972)

Typique ambiance des années 1970, on retrouve un peu une ambiance "calme" de Jacques Tati avec des farces et des gags nombreux et parfois juste des descriptions sociales. Ce film est une petite pépite sociologique servie par une bonne bande d’acteurs, ainsi que par l’actrice Martine Kelly.






2. "Le Grand Bazar" (sorti le 6 septembre 1973)

Autre épisode des Charlots (qui ont tourné aussi notammet avec Jean Girault), ce film évoque l’opposition entre le petit commerce de proximité, représenté par le bourru Michel Galabru, et la grande distribution représentée par le cynique Michel Serrault, directeur du supermarché Euromarché (marque qui existait à l’époque). C’était l’époque de la loi Royer qui limitait le développement des grandes surfaces.






3. "La moutarde me monte au nez" (sorti le 8 octobre 1974)

Reprenant un scénario initialement prévu pour Alain Delon et Brigitte Bardot, Claude Zidi a mis en scène Pierre Richard, professeur maladroit et distrait, le succulent Claude Piéplu, son père et également maire de la ville, ainsi que la star Jane Birkin. Henri Guybet, un acteur de second rôle que j’apprécie beaucoup malgré un grand nombre de navets à son actif, joue le rôle d’un paparazzi, également neveu de Julien Guiomar, le rival municipal de Claude Piéplu. Le tout est une farce qu’on pourrait imaginer dans un théâtre de boulevard.









4. "L’Aile ou la Cuisse" (sorti le 27 octobre 1976)

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5. "La Zizanie" (sorti le 16 mars 1978)

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6. "Les Sous-doués en vacances" (sorti le 10 mars 1982)

Reprise de l’ambiance potache des Charlots une décennie plus tard, avec Daniel Auteuil et la très belle Grace de Capitani et sa copine Charlotte de Turckheim. Le risque en regardant ce film est d’entendre trotter encore longtemps dans sa tête l’horrible chanson chantée par Guy Marchand, artiste (et séducteur) professionnel, qui a conçu ce merveilleux jeu de l’amour, le Love Computer, une sorte de Meetic ou Match avant l’heure !





Parmi les gags récurrents, il y a celui loufoque mené par le pince-sans-rire Hubert Deschamps, assez hilarant, dans son rôle de chirurgien chef de service assez méprisant et incompétent (on retrouve Hubert Deschamps dans "Association de malfaiteurs" avec l’histoire de la tortue qui grandit).






7. "Les Ripoux" (sorti le 19 septembre 1984)

Film très connu qui a valu à Claude Zidi la reconnaissance de la profession, et probablement détesté les policiers car il laisse entendre qu’ils sont tous corrompus, "Les Ripoux" est une histoire de transmission d’un vieux policier (Philippe Noiret) à un nouveau (Thierry Lhermitte) de ses méthodes disons particulières pour mener la grande vie. Dans le casting, il y a aussi Julien Guiomar, Grace de Capitani, Régine, Ticky Holgado, etc.






8. "Association de malfaiteur" (sorti le 11 février 1987)

Lire plus haut.









9. "Ripoux contre ripoux" (sorti le 7 février 1990)

C’est le deuxième film de la série de trois des Ripoux. Les deux ripoux Philippe Noiret et Thierry Lhermitte sont piégés et remplacés par Guy Marchand et Jean-Pierre Castaldi. Parmi les autres acteurs, il faut citer Line Renaud (remplaçant Régine dans le premier épisode), Grace de Capitani, Michel Aumont (remplaçant Julien Guiomar dans le premier épisode), Jean Benguigui et Jean-Claude Brialy.






10. "Astérix et Obélix contre César" (sorti le 3 février 1999)

Grosse production qui reprend la célèbre bande dessinée de René Goscinny et Albert Uderzo, ce film a été un grand succès notamment par la participation de nombreux acteurs. Christian Clavier joue Astérix (mais je ne le trouve pas vraiment convaincant), Gérard Depardieu Obélix (excellent, je ne l’aurais jamais imaginé ainsi), Michel Galabru le chef Abraracourcix (très convaincant), Claude Piéplu le druide Panoramix (moins convaincant), Pierre Palmade le barde Assurancetourix, Ariel Dombasle la femme d’Agecanichou, Sim Agecanonix (excellent), Marianne Sägebrecht Bonemine (excellente), Robert Benigni le semeur de zizanie Tullius Detritus, Jean-Pierre Castaldi un centurion romain (bien vu), etc. Rappelons d’ailleurs que dans certains albums de la bande dessinée d’origine, Uderzo avait croqué quelques acteurs au fil des épisodes (notamment dans "Astérix chez les Belges"), ce qui fait que le casting pouvait ensuite être imaginé grâce à ces personnages aux interprètes déjà identifiés. Le film n’a pas laissé un souvenir impérissable, peut-être même parce qu’il a été beaucoup trop fidèle à la bande dessinée.






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 juillet 2019)
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Pour aller plus loin :
Claude Zidi.
Pierre Richard.
Lino Ventura.
Line Renaud.
Jean Lefebvre.
John Wayne.
Kirk Douglas.
Élie Kakou.
Jean Bouise.
Pierre Desproges.
Anémone.
Gérard Oury.
Zizi Jeanmaire.
Jean-Pierre Marielle.
"Les Éternels".
Jacques Rouxel.
François Berléand.
Niels Arestrup.
"Acting".
"Quai d’Orsay".
Michel Legrand.
Gérard Depardieu.
Maria Pacôme.
Ennio Morricone.
Francis Lai.
Bernadette Lafont.
Pauline Lafont.
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Charlie Chaplin.
Maurice Chevalier.

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14 juillet 2019 7 14 /07 /juillet /2019 01:24

« Quand on me parle d'un personnage à interpréter, je sais d'une façon immédiate si je peux le faire, si ça me convient ou si ça ne va pas. »


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Danielle Darrieux vient de s'éteindre à 100 ans. Dans "Marie-Octobre" (réalisé par Julien Duvivier et sorti le 24 avril 1959), elle avait joué avec Lino Ventura. Parmi les acteurs français qui incarnent le mieux "l'esprit français", je citerais justement Lino Ventura, arrivé d'Italie (Angiolino précisément, pour comprendre cet étrange prénom qui pourrait remplacer un parquet). Il est mort soudainement à Saint-Cloud il y a trente ans, le 22 octobre 1987 à l'âge de 68 ans (il est né le 14 juillet 1919 à Parme).

S'il y avait un trait qui collait à la peau de l'acteur, comme l'élégance pour Jean Rochefort, c'était bien la tendresse. Une tendresse parfois un peu brutale mais toujours sincère. Un peu comme le cliché des Français, bagarreurs et copains en même temps, comme dans Astérix. Ce n'est donc pas étonnant de retrouver Lino Ventura dans le patrimoine national des Français, aux côtés des autres grands acteurs français des années 1960 à 1980. Il trônait parmi les acteurs les plus appréciés, les plus populaires. Un film avec lui, c'était le succès assuré ; il a joué dans de nombreux films  à grand succès qui ont totalisé 130 millions d'entrées !

Immigré italien dont le père a disparu, il est arrivé dans la banlieue parisienne le 7 juin 1927. Sa mère étant sans ressources, il n'alla pas à l'école et a fait de petits boulots pour assurer la survie du foyer. Parallèlement, poussé par des copains de son quartier, il commença à s'entraîner à la lutte gréco-romaine à l'âge de 16 ans. Il a épousé très jeune, à l'âge de 22 ans (le 8 janvier 1942), sa femme qu'il a rencontrée dans un de ses petits boulots. Parce qu'il avait gardé la nationalité italienne, il a été mobilisé dans l'armée italienne mais l'a désertée en juillet 1943 pour regagner Paris. Le couple resta caché jusqu'à la fin de la guerre.

Après la guerre et pendant un peu moins d'une dizaine d'années, Lino Ventura est devenu catcheur professionnel et a atteint en février 1950 le titre de champion d'Europe des poids moyens. De mauvaises blessures l'ont empêché de poursuivre cette carrière sportive qui évolua dans le rôle d'entraîneur.

Il fut présenté au réalisateur Jacques Becker qui cherchait un acteur italien avec une certaine carrure à opposer à Jean Gabin (finalement choisi après le refus de Daniel Gélin). Avec "Touchez pas au grisbi" (sorti le 17 mars 1954), qui a été vu par 4,7 millions de spectateurs, Lino Ventura fut alors propulsé star du cinéma (alors qu'il n'avait suivi aucun cours d'art dramatique) et domina par sa personnalité et son naturel le cinéma français pendant plus d'une trentaine d'années dans environ soixante-quinze films.

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Lino Ventura a joué comme "méchants" ou "policier" dans de nombreux films, parfois dans des rôles d'énervé (comme dans "L'emm@rdeur" avec Jacques Brel). Généralement, fort en gueule, cassant, sévère, mais capable de dévoiler une certaine tendresse, notamment auprès d'enfants dont il a la responsabilité, que ce fût sa nièce (dont le petit ami, joué par Claude Rich, était le fils du vice-président du Fonds monétaire international !) dans "Les Tontons flingueurs" ou sa fille (Isabelle Adjani) dans "La gifle".

Parmi les réalisateurs avec qui il a travaillé, on peut évoquer Jacques Becker, Gilles Grangier, Julien Duvivier, Jean Delannoy, Louis Malle, Édouard Molinaro, Claude Sautet, Denys de La Patellière, Henri Verneuil, Georges Lautner, Robert Enrico, Pierre Granier-Deferre, Jacques Deray, Jean-Pierre Melville, José Giovanni, Terence Young, Claude Pinoteau, Claude Lelouch, Francesco Rosi, Claude Miller, Yves Boisset, Pierre Tchernia, etc.

L'un de ses meilleurs films fut sans doute "Garde à vue" (réalisé par Claude Miller et sorti le 22 septembre 1981) où il jouait le rôle d'un policier, dans l'enquête du meurtre d'un enfant, venu interroger un notable avocat la veille de Noël qu'il considérait comme un vieux pervers (joué par l'excellent Michel Serrault). Il a également joué le rôle du général Carlo Alberto Dalla Chiesa peu après l'assassinat de ce dernier par la mafia, dans un film de Giuseppe Ferrara ("Cent jours à Palerme").

Lino Ventura n'a jamais reçu de récompense de la profession, il a juste été nommé pour le César du meilleur acteur pour "Les Misérables" le 26 février 1983, mais il présida la deuxième cérémonie des Césars le 19 février 1977 pour remplacer Jean Gabin qui venait de mourir, et fut honoré après sa mort brutale le 12 mars 1988 à la treizième cérémonie des Césars.

Comme il a eu du succès très rapidement, Lino Ventura pouvait se permettre de refuser des offres de rôle qu'il pensait ne pas correspondre à sa personnalité. Ainsi, il a refusé des premiers rôles dans de grands films comme "Apocalypse now", "Rencontre du Troisième type", "La chèvre" (initialement en duo avec Jacques Villeret au lieu de Pierre Richard) et "Le viex fusil", terrible film mené finalement par Philippe Noiret.

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D'un naturel réservé et pudique, il refusait également toute scène de nudité, au contraire de nombreux de ses collègues. Il voulait aussi mettre à l'abri sa propre famille du star system. Avec sa femme, il a eu en effet quatre enfants dont une fille qui fut en situation de handicap dès la naissance (à cause d'un accident cérébral). Ce fut la première motivation de la création de l'association Perce-Neige par le couple Ventura le 6 décembre 1965 qui essayait de rattraper le manque de structures d'accueil pour les enfants en situation de handicap. Cette association a poursuivi son action bien après la mort de Lino Ventura et est à l'origine d'une quarantaine d'établissements en France. Cette action sociale autant que la popularité de l'acteur ont encouragé les mairies à baptiser de nombreuses structures (des salles des fêtes, des médiathèques, etc.) du nom de Lino Ventura.

Voici quelques extraits de plusieurs de ses grands films.


1. "Touchez pas au grisbi" sorti le 17 mars 1954 (Jacques Becker).






2. "Les Tontons flingueurs" sorti le 4 octobre 1963 (Georges Lautner).






3. "Ne nous fâchons pas" sorti le 20 avril 1966 (Georges Lautner).










4. "La Gifle" sorti le 23 octobre 1974 (Claude Pinoteau).






5. "Garde à vue" sorti le 22 septembre 1981 (Claude Miller).






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 octobre 2017)
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Pour aller plus loin :
Danielle Darrieux.
Lino Ventura.
Jean Rochefort.
Gisèle Casadesus.
Gisèle Casadesus a 100 ans !
Le cinéma parlant.
Jacques-Yves Cousteau.
Peter Falk.
"Big Eyes" de Tim Burton.
Mireille Darc.
Fadwa Suleiman.
Claude Rich.
Francis Veber.
Mimie Mathy.
Victor Lanoux.
Robert Dalban.
Acting.
Disparition de Zsa Zsa Gabor, Michèle Morgan, Claude Gensac, Carrie Fisher et Debbie Reynolds (dessin).
Kirk Douglas.
Jean Gabin.
Michel Aumont.
Grace Kelly.
Alice Sapritch.
Thierry Le Luron
Pierre Dac.
Coluche.
Charles Trenet.
Georges Brassens.
Léo Ferré.
Christina Grimmie.
Abd Al Malik.
Daniel Balavoine.
Édith Piaf.
Jean Cocteau.
Yves Montand.
Gérard Depardieu.
Michel Galabru.
Bernard Blier.

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9 juillet 2019 2 09 /07 /juillet /2019 03:08

« J’ai tellement de navets dans ma carrière que je pourrais en faire un potager. ».


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Quel dommage qu’il n’a pas eu la rencontre magique avec un réalisateur qui aurait donné la mesure de sa richesse de comédien ! L’acteur Jean Lefebvre est mort il y a quinze ans le 9 juillet 2004 à Marrakech. Il avait 84 ans, il est né il y a presque cent ans, le 3 octobre 1919 à Valenciennes. Jean Lefebvre était un comédien populaire qui fut très apprécié mais au cinéma, il a toujours tourné des rôles de comiques pas très sophistiqués. Coluche a eu son "Tchao Pantin", tournant qui aurait pu être d’une grande carrière dramatique. Jean Lefebvre a été un peu emprisonné par ce qu’il appelait son physique, celui d’un chien battu, avec « un visage en lame de couteau et les yeux qui tombent ».

Qui peut détester Jean Lefebvre ? Son air sympathique le rend tout de suite attachant. Ses yeux complices en font un jeune oncle un peu farceur, ou un cousin plus âgé prêt à vous entraîner, vous enfant bien sûr, dans les aventures les moins autorisées. Son attitude toujours de soumis et de benêt lui donne le contraire de l’arrogance. On l’aime car on sent qu’on ne serait pas infériorisé avec lui. Bourvil aussi faisait un peu le soumis rigolo, mais il avait une note parfois un peu plus dramatique que n’a jamais eue Jean Lefebvre dans les films qu’on lui donnait à jouer.

Jean Lefebvre, acteur populaire, son nom faisait donc vendre. Il s’est retrouvé dans des premiers rôles dans des navets nombreux. Michel Galabru aussi acceptait le principe alimentaire du navet. Même Jean Rochefort l’a admis pour financer sa passion des chevaux. Jean Lefebvre, lui, était fou de jeux. Il devait rembourser ses dettes de jeux. Il n’était pas le seul à se fourvoyer dans les casinos…

Jean Lefebvre, un nom commun destiné à devenir celui d’une voix d’opéra. Mais il fut repéré et recruté pour faire partie des Branquignols dans les années 1950 où il a rejoint Micheline Dax, Jean Carmet, Francis Blanche, Jacques Legras, Jean Richard, Darry Cowl, etc. Cette petite bande des Branquignols avait l’habitude d’aller dans les casinos.

L’excellente biographie du site Nanarland explique : « Jean Lefebvre fut une véritable vedette populaire, d’abord éternel second couteau aux côtés des stars de l’époque (Ventura, Gabin, Delon, De Funès…), puis enfin, tête d’affiche dans des productions diverses et variées, avec nettement moins de succès tant Lefebvre, second rôle très convaincant, n’avait clairement pas les épaules pour faire tenir un film sur ses seules prestations. Surtout quand lesdites prestations étaient essentiellement motivées, non pas par le potentiel ou la qualité du scénario, mais par la nécessité de rembourser ses dettes de jeu. ».

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On ne peut quand même pas dire qu’il a gâché sa carrière cinématographique, car il a joué dans plus de cent trente films, dont les vingt plus populaires ont totalisé plus de cinquante-trois millions d’entrées ! C’est dire que Jean Lefebvre était forcément connu par le grand public qui appréciait sa sympathique bonhomie. Il a joué dans des films qui ont marqué le cinéma français.

Son film le plus emblématique est évidemment "Les Tontons flingueurs" avec la scène si connue de la cuisine (Il n’y a pas que de la pomme), où Jean Lefebvre et Bernard Blier, les tristes frères Volfoni, cherchent à éliminer le nouveau parrain, Lino Ventura. Scène où se mêlent également d’autres acteurs pépites du cinéma français, Claude Rich, Francis Blanche et Robert Dalban. Cette collaboration avec Bernard Blier a donné quelques autres films comiques dans la même veine, sans prétention mais toujours savoureux par le jeu d’acteurs (les scénarios sont généralement assez pauvres).

Autres séries très connues, celle de la Septième Compagnie (de Robert Lamoureux), avec Pierre Mondy, Gérard Jugnot, Henri Guybet, Aldo Maccione, etc., et aussi celle du Gendarme de Saint-Tropez (de Jean Girault), en dents de scie pour Jean Lefebvre qui n’était pas content, et le faisait savoir, dans le rôle de faire-valoir de Louis de Funès.

Heureusement, Jean Lefebvre a montré tout son talent au théâtre. Avec neuf cents représentations, il a consacré la fin de sa carrière exclusivement au théâtre, n’hésitant pas, à 82 ans, de jouer encore devant un public acquis qu’il savait honorer, notamment à la fin des pièces, mais pas seulement : « Quand j’ai un trou de mémoire, je demande au public de m’aider. Il adore ça. Il a l’impression d’être de connivence avec moi. ».

Dans cette interview au journal "Le Parisien" du 31 janvier 2002 (propos recueillis par Bruno Courtois), Jean Lefebvre avouait : « On imagine que les comiques font les andouilles toute la journée. Moi, franchement, je ne suis pas drôle chez moi. Le clown, c’est plutôt ma femme. ».

Je propose ici pour lui rendre très modestement hommage quelques-unes de ses pièces de théâtre, ainsi que la scène si célèbre des Tontons flingueurs et un film au Québec. Le moteur de Jean Lefebvre ? « Ce qui me fait avancer, c’est la paresse. Chez moi, je suis capable de ne rien faire pendant des heures. J’adore dormir, me reposer, me laisser vivre. Je garde toute mon énergie pour la scène. ». La scène, donc…


1. "Les Tontons flingueurs" de Georges Lautner (1963)









2. "Quand c’est parti, c’est parti !" de Denis Héroux (1973)






3. "Pauvre France !" (1981)






4. "Le Bluffeur" (1984)






5. "Les Jumeaux" (1991)






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 juillet 2019)
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Pour aller plus loin :
Jean Lefebvre.
John Wayne.
Kirk Douglas.
Élie Kakou.
Jean Bouise.
Pierre Desproges.
Anémone.
Gérard Oury.
Zizi Jeanmaire.
Jean-Pierre Marielle.
"Les Éternels".
Jacques Rouxel.
François Berléand.
Niels Arestrup.
"Acting".
"Quai d’Orsay".
Michel Legrand.
Gérard Depardieu.
Maria Pacôme.
Ennio Morricone.
Francis Lai.
Bernadette Lafont.
Pauline Lafont.
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Charlie Chaplin.
Maurice Chevalier.

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6 juillet 2019 6 06 /07 /juillet /2019 01:26

« Il est de tous les films engagés, héros discret, comparse débonnaire ou salaud opaque, dessinant, au fil des seconds rôles fort peu secondaires, une sorte de portrait mouvant du Français, période Formica et impers couleur mastic. Avec une préférence pour les notables discrets, les huiles de province dubitatives, les M. Presque-tout-le-monde, tous unis par la capacité d’incarnation de leur interprète, son humanité vibrante. » (Cécile Mury, "Télérama", le 3 mai 2019).


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L’acteur Jean Bouise est né il y a 90 ans, le 3 juin 1929, quelques jours après Peter Higgs. C’était un acteur que j’ai adoré alors qu’il n’était pas la star, sans doute trop réservé pour scintiller dans un monde artificiel. En y réfléchissant bien, c’était bien ce que la journaliste Cécile Mury a appelé "son humanité vibrante" qui m’a touché le plus et je n’ai pas dû être le seul à être touché parmi ceux qui sont friands du cinéma français des années 1960, 1970 et 1980. C’était dans ce regard, très profond, chaleureux, qui se pressentait derrière ses lunettes de rond-de-cuir discret. C’était le regard qui scintillait, pas sa carrière (il a joué parfois pour pas grand-chose parce qu’il y croyait).

Dans son article Cécile Mury ajoutait aussi « sa silhouette mélancolique, son ironie finaude, son jeu minimaliste, tout en subtilité ». Le 3 mai 2019, un film documentaire a été diffusé sur le personnage sur Ciné+ Classic : "Jean Bouise, un héros très discret".

Pour moi, Bouise est associé à blouse, la blouse blanche du médecin. Il n’a pas dû être souvent dans le rôle du médecin, à part un film où il est directeur de clinique (je crois) dans "Un papillon sur l’épaule" de Jacques Deray (sorti le 3 mai 1978), et un autre film où il est un "vieux médecin fou", "Le Dernier Combat" de Luc Besson (sorti le 6 avril 1983). Pas le médecin en tant que tel mais la figure de l’autorité, une autorité calme, sereine, naturelle, assurée, confiante. Drôle de second rôle qui était si attachant, si agréable, à l’instar d’un Robert Dalban, d’un Claude Piéplu, d’un Charles Denner, et même d’un Bernard Fresson et d’un Julien Guiomar.

Démarrer comme ingénieur chimiste et bifurquer immédiatement dans le théâtre à Lyon auprès de Roger Planchon à peine son diplôme en poche à Rouen. Plus d’une soixantaine de pièces jouées entre 1951 (il avait 22 ans) et  1989, du Shakespeare, du Molière, du Tchékhov, du Char, du Labiche, du Dumas, du Marivaux, du Brecht, du Gogol, etc. Inévitablement, le cinéma allait venir à lui. Plus de cent vingt films au cinéma et à la télévision à partir de 1963, donc, plutôt tardivement (la trentaine bien entamée), mais avec les plus grands réalisateurs (notamment Costa-Gavras, Claude Sautet, Luc Besson), et aux côtés des plus grands acteurs. Il était le beau faire-valoir des stars du cinéma français d’une époque révolue.

Lui aurait-il manqué un rôle génial, un premier rôle princier, celui qui l’aurait hissé au firmament du cinéma français, avec un film tournant autour de lui ? Sans doute que ce n’était pas ce qu’il attendait. Si Gérard Depardieu est un industriel du cinéma, Jean Bouise, lui, était un petit artisan, au travail consciencieux. Et contrairement à ce qui arrive généralement aux "seconds rôles" permanents, Jean Bouise a été récompensé par sa profession, avec un César du meilleur acteur dans un second rôle en 1980 avec "Coup de tête" de Jean-Jacques Annaud (sorti le 14 février 1979), après avoir été nommé pour la même récompense en 1976 avec "Le Vieux Fusil" de Robert Enrico (sorti le 20 août 1975), un film très violent et même choquant, traumatisant, dont la présence de Jean Bouise calme, apaise la violence, par son humanité et par son amitié (Lino Ventura avait refusé le rôle qu’a repris Philippe Noiret à cause de cette extrême violence).

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Impliqué dans beaucoup de films engagés (il a même tourné à Cuba en 1962), Jean Bouise s’est fait connaître au cinéma paradoxalement avec un rôle peu évident après coup, le rôle du Capitaine Haddock dans "Tintin et les oranges bleues" de Philippe Condroyer (sorti le 18 décembre 1964) aux côtés de Jean-Pierre Talbot qui n’a pas eu la carrière qu’on aurait pu imaginer après le rôle de Tintin. C’était la preuve que Jean Bouise était un "authentique" comédien, c’est-à-dire, dont la personnalité s’effaçait derrière son rôle qui pouvait prendre des formes très diversifiées : commissaire de police voire ministre de la défense dans "Le retour du Grand Blond" d’Yves Robert (sorti le 18 décembre 1974), négociant d’art, procureur, chef de station de métro, patron d’entreprise et de club de football ("Coup de tête"), député mais surtout ami dans l’excellent "Z" de Costa-Gavras (sorti le 26 février 1969), etc.

Jean Bouise a-t-il aidé beaucoup la profession (les cinéastes) en faisant la promotion des jeunes talents ? Probablement beaucoup. Dans son livre qui explique la genèse de son premier long-métrage ("Le Dernier Combat"), le réalisateur Luc Besson, encore inconnu de la profession car il n’avait alors réalisé qu’un seul court-métrage ("L’Avant-dernier" sorti en 1981), a expliqué à quel point Jean Bouise l’avait aidé. En effet, pour l’un de ses personnages clefs, il avait pensé à lui, mais son agence (très importante) refusa la collaboration. En tant que (futur) réalisateur, il ne présentait pas assez de garantie.

Luc Besson a cependant réussi à le contacter en dehors de son agence : « On a appris que Jean n’était même pas au courant du projet. Il est venu avec Isabelle Sadoyan, sa femme, à un rendez-vous fixé dans un café. Je lui ai raconté notre histoire, fait lire le scénario de vingt pages, et il m’a dit oui avec enthousiasme ! C’était quand même gonflé de sa part ! Longtemps après, il m’a raconté : "C’est vrai, tu étais tout jeune, mais on sentait que tu n’étais pas là pour faire le malin, pour briller, tu étais vraiment là pour ton film, tu y croyais, tu l’avais en toi !". (…) Après cette rencontre, c’est Jean Bouise qui s’est battu contre [son agence] pour négocier son cachet, en demandant qu’on n’assomme pas ces jeunes sans le sou avec les exigences habituelles : il a fait ça cent fois dans sa vie. Les gens de sa profession ne savent pas combien ils doivent à cet homme-là. Il a aidé, encouragé, épaulé tous ceux qu’il a croisés. (…) C’était un être formidable. » (janvier 1992).

Son épouse était aussi une comédienne, Isabelle Sadoyan (1928-2017), qui a joué dans de nombreux films, téléfilms et au théâtre. Elle a joué notamment aux côtés de François Berléand, Florence Pernel et Caroline Anglade dans un téléfilm, "La Clef des champs" de Bertrand Van Effenterre (diffusé le 7 juin 2014) qui a été rediffusé très récemment sur la chaîne Chérie 25 (son rôle était d’être la mère de François Berléand).

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Lorsque j’ai appris la mort prématurée de Jean Bouise, il y a presque trente ans, le 6 juillet 1989 à Lyon (d’une saleté de maladie), Mikhaïl Gorbatchev, à la tête de l’URSS, était en visite officielle à Paris (il terminait un voyage de deux jours dans la capitale française avant de se rendre à Strasbourg). Cela n’a pas grand-chose à voir, si ce n’est que lorsque l’actualité est dense, les actualités périphériques passent souvent à la trappe. Tel un héros secondaire, Jean Bouise est parti donc très discrètement à l’âge de 60 ans. Un âge beaucoup trop jeune pour partir, avec cette réflexion rétrospective effrayante : finalement, Jean Bouise, qui avait souvent des rôles de "vieux" a presque toujours été (assez) "jeune" dans ses films.

Son dernier film, Jean Bouise ne l’a jamais vu monté. Il s’agit de "Nikita" de Luc Bessoin (sorti le 21 février 1990) qui lui a été dédié. Comme "Le Vieux Fusil", "Nikita" est un film très violent.

Il n’y a pas beaucoup de passages succulents de Jean Bouise disponibles sur Internet, à part quelques bandes-annonces. J’ai relevé ainsi quelques vidéos correspondant à ses meilleurs films, en guise de très modeste hommage.


1. "Tintin et les oranges bleues" (1964)






2. "Le Retour du Grand Blond" (1974)






3. "Dupont Lajoie" (1975)






4. "Le Vieux Fusil" (1975)






5. "Coup de tête" (1979)






6. "Subway" (1985)






7. "Un héros très discret" (2019)






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 mai 2019)
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Pour aller plus loin :
Jean Bouise.
Pierre Desproges.
Anémone.
Gérard Oury.
Zizi Jeanmaire.
Jean-Pierre Marielle.
"Les Éternels".
Jacques Rouxel.
François Berléand.
Niels Arestrup.
"Acting".
"Quai d’Orsay".
Michel Legrand.
Gérard Depardieu.
Maria Pacôme.
Ennio Morricone.
Francis Lai.
Bernadette Lafont.
Pauline Lafont.
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Charlie Chaplin.
Maurice Chevalier.

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10 juin 2019 1 10 /06 /juin /2019 03:10

« République. C’est un nom qui sonne bien, cela veut dire qu’on peut vivre libre, dire ce que l’on veut, aller et venir où l’on veut, boire et prendre une cuite si cela vous chante. Il y a des mots qui font de l’effet. République est un de ces mots, qui me donne des picotements dans les yeux, un serrement de gorge comme quand on voit son premier-né commencer à marcher, quand la barbe le pousse à s’enhardir et à prendre le rasoir de son père. Ces mots-là, quand on les prononce, cela vous réchauffe le cœur. République est un de ces mots. » (John Wayne dans "Alamo", 24 octobre 1960).



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Il est parti il y a quarante ans, le 11 juin 1979, à Los Angeles, emporté à 72 ans par une sale maladie, probablement venue de ce qu’il fumait six paquets par jour. Celui qui a prononcé cette apologie de la République, c’est John Wayne, à la fois acteur et réalisateur du film "Alamo" qui retrace les derniers moments de David Crockett dans son combat pour l’indépendance de la République du Texas contre les Mexicains. C’était pour le cinéma mais cela correspondait aussi à un sentiment très profond chez l’homme qui se sentait patriote au sens viril du terme : l’amour des États-Unis, pour celui qui incarnait le mieux l’Amérique de la conquête de l’Ouest, cela se traduisait nécessairement par un engagement au Parti républicain.

John Wayne, la star du cinéma américain. Sa carrière a été longue, cinquante ans, il a commencé en 1926, il n’avait même pas 20 ans (il est né le 26 mai 1907) et il est mort quasiment les bottes aux pieds (son dernier film est sorti en 1976, mais il était malade depuis près d’une dizaine d’années). Parmi ses réalisateurs fétiches, John Ford (qui a cru en lui) et Howard Hawks. Une vraie star internationale malgré son unique Oscar du meilleur acteur (obtenu en 1970 pour "Cent dollars pour un shérif" de Henry Hathaway) et ses deux autres nominations (en 1950 pour "Iwo Jima" et en 1961 pour "Alamo").

Quand j’étais gosse, c’était le seul acteur américain dont je connaissais le nom sans me tromper. Le cow-boy était reconnaissable : pas seulement son visage, pas seulement sa silhouette, mais son allure, ses positions, tout du héros "frimeur". On est loin des westerns spaghettis de Serge Leone avec la musique d’Ennio Morricone. Là, c’est du sérieux, on ne plaisante pas. Les bandits, les Indiens, etc. Les films du mardi soir sur FR3, c’était Tarzan ou western. J’évitais d’en louper un.

Aujourd’hui, un western, généralement, cela m’ennuie, et je me demande bien pourquoi ce changement : pourquoi j’en étais friand dans une période de la vie qui s’appelle l’apprentissage et pourquoi cela m’ennuie ensuite. Peut-être parce qu’avant d’apprendre la subtilité, il faut apprendre le basique ? Je ne dis pas cela pour dévaluer les films où a joué John Wayne, parce que justement, il a excellé dans le genre, et il n’y a pas à faire d’intellectualisme : même Raymond Barre adorait ce genre cinématographique.

John Wayne incarnait excellemment la virilité. Faut-il ajouter : la virilité américaine ? Je ne sais pas. Ce que j’imagine, c’est qu’aujourd’hui, il n’aurait plus sa place. Il se ferait détruire par toutes les ligues qui rejettent, probablement avec raison sur le fond (moins sur la forme), le machisme, le sexisme, et plus généralement, la suprématie du héros américain sur le monde.

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Il faut revoir un film comme "Le Grand MacLintock" d’Andrew V. MacLaglen (sorti le 13 novembre 1963). En acteurs principaux, il y a John Wayne et la (encore) très belle Maureen O’Hara (1920-2015) qui fut souvent sa compagne au cinéma (depuis "Rio Grande"). Les scènes machistes sont nombreuses, jusqu’à la fessée que donne John Wayne à Maureen O’Hara, mais heureusement, il ne fallait y voir qu’une parodie (tout n’était donc pas sérieux avec John Wayne) où un couple qui veut divorcer se chamaille en public avec des effets comiques que n'auraient pas reniés Bourvil ni Louis de Funès. Gare à ceux qui prendraient tout cela au premier degré !

John Wayne aimait bien participer à de belles histoires américaines, bien rangées, bien ordonnées, bien moralisatrices et aussi, bien engagées. Ainsi, parmi les rares films qu’il a réalisés (avec "Alamo"), il y a cet ovni, même dans le cinéma américain, "Les Bérets verts" coréalisé avec Ray Kellogg (sorti le 4 juin 1968) où il justifie l’engagement américain au Vietnam. Cela a provoqué des polémiques avec les mouvements pacifistes aux États-Unis. Il a joué dans beaucoup de grandes fresques historiques qui contiennent, pour la plupart, beaucoup d’erreurs factuelles, toujours dans le but d’embellir la contribution des États-Unis. L’exemple le plus flagrant est sans doute "Le Jour le plus long" (sorti le 25 septembre 1962), dont la lecture du script avait tellement mis en colère De Gaulle qu’il a failli interdire le tournage sur les plages normandes.

Cet engagement au sein du Parti républicain avait même encouragé sa direction à lui proposer d’être son candidat aux élections présidentielles de 1968, les considérant comme probablement battues après le succès de Bob Kennedy aux primaires démocrates. Ce n’était pas une proposition à la légère puisque ce fut le candidat républicain qui fut élu à la Maison-blanche, c’est-à-dire Richard Nixon. John Wayne était cependant un homme raisonnable et il se disait que les citoyens américains n’éliraient jamais un acteur de cinéma, aussi connu et populaire fût-il.

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C’était sans compter avec Ronald Reagan. John Wayne n’a pas eu le temps de connaître le succès électoral de son collègue d’Hollywood, mais il le soutenait déjà lors de précédentes primaires républicaines (et Ronald Reagan n’était pas un perdreau en politique, il avait été élu gouverneur de Californie). John Wayne aurait-il été un grand Président des États-Unis, ou du moins, un bon Président des États-Unis ? C’est l’inconnue totale.

Savoir réciter un bon texte, y mettre son cœur pour convaincre le spectateur qu’il est sincère et spontané, oui. Mais quel texte ? Un bon acteur est rarement un bon scénariste. L’expérience de Ronald Reagan montre qu’il a su redonner confiance au peuple américain après une série d’humiliations diplomatiques dont la pire fut la prise d’otages à Téhéran lors de la révolution iranienne. Ronald Reagan avait su s’entourer de personnalités aux compétences indiscutables.

Après tout, même un mauvais animateur de téléréalité peut maintenant se faire élire à la Maison-blanche. Et le "comble", c’est que Donald Trump, qui démarre sa campagne électorale le 18 juin 2019 en Floride, a de grandes chances d’être réélu en novembre 2020. Tout compte fait, John Wayne aurait probablement tenu le rôle correctement. Comme un vrai cow-boy qui "en a". Mais sans les excès de langage et de tweets.

Les parlementaires américains ont en tout cas  su reconnaître la contribution de John Wayne au prestige des États-Unis puisque le jour de son dernier anniversaire, le 26 mai 1979, le Congrès américain lui a décerné la Médaille d’or du Congrès (qui est la récompense la plus honorable), pour la première fois attribuée à un acteur (et suivie seulement une fois par la gratification de Frank Sinatra le 14 mai 1997). Faute de mandat présidentiel, il nous reste les très nombreux films de John Wayne, de qualité inégale, dont je propose ici quelques vidéos…


1. "La Chevauchée fantastique" (1939)






2. "La Rivière rouge" (1948)






3. "Rio Bravo" (1959)






4. "L’Homme qui tua Liberty Valance" (1962)






5. "Le Jour le plus long" (1962)






6. "Le Grand MacLintock" (1963)






7. "El Dorado" (1966)






8. "Rio Lobo" (1970)






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 juin 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
John Wayne.
Kirk Douglas.
Élie Kakou.
Jean Bouise.
Pierre Desproges.
Anémone.
Gérard Oury.
Zizi Jeanmaire.
Jean-Pierre Marielle.
"Les Éternels".
Jacques Rouxel.
François Berléand.
Niels Arestrup.
"Acting".
"Quai d’Orsay".
Michel Legrand.
Gérard Depardieu.
Maria Pacôme.
Ennio Morricone.
Francis Lai.
Bernadette Lafont.
Pauline Lafont.
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Charlie Chaplin.
Maurice Chevalier.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190611-john-wayne.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/john-wayne-la-legende-de-l-ouest-215754

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3 juin 2019 1 03 /06 /juin /2019 03:29

« Il est de tous les films engagés, héros discret, comparse débonnaire ou salaud opaque, dessinant, au fil des seconds rôles fort peu secondaires, une sorte de portrait mouvant du Français, période Formica et impers couleur mastic. Avec une préférence pour les notables discrets, les huiles de province dubitatives, les M. Presque-tout-le-monde, tous unis par la capacité d’incarnation de leur interprète, son humanité vibrante. » (Cécile Mury, "Télérama", le 3 mai 2019).


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L’acteur Jean Bouise est né il y a 90 ans, le 3 juin 1929, quelques jours après Peter Higgs. C’était un acteur que j’ai adoré alors qu’il n’était pas la star, sans doute trop réservé pour scintiller dans un monde artificiel. En y réfléchissant bien, c’était bien ce que la journaliste Cécile Mury a appelé "son humanité vibrante" qui m’a touché le plus et je n’ai pas dû être le seul à être touché parmi ceux qui sont friands du cinéma français des années 1960, 1970 et 1980. C’était dans ce regard, très profond, chaleureux, qui se pressentait derrière ses lunettes de rond-de-cuir discret. C’était le regard qui scintillait, pas sa carrière (il a joué parfois pour pas grand-chose parce qu’il y croyait).

Dans son article Cécile Mury ajoutait aussi « sa silhouette mélancolique, son ironie finaude, son jeu minimaliste, tout en subtilité ». Le 3 mai 2019, un film documentaire a été diffusé sur le personnage sur Ciné+ Classic : "Jean Bouise, un héros très discret".

Pour moi, Bouise est associé à blouse, la blouse blanche du médecin. Il n’a pas dû être souvent dans le rôle du médecin, à part un film où il est directeur de clinique (je crois) dans "Un papillon sur l’épaule" de Jacques Deray (sorti le 3 mai 1978), et un autre film où il est un "vieux médecin fou", "Le Dernier Combat" de Luc Besson (sorti le 6 avril 1983). Pas le médecin en tant que tel mais la figure de l’autorité, une autorité calme, sereine, naturelle, assurée, confiante. Drôle de second rôle qui était si attachant, si agréable, à l’instar d’un Robert Dalban, d’un Claude Piéplu, d’un Charles Denner, et même d’un Bernard Fresson et d’un Julien Guiomar.

Démarrer comme ingénieur chimiste et bifurquer immédiatement dans le théâtre à Lyon auprès de Roger Planchon à peine son diplôme en poche à Rouen. Plus d’une soixantaine de pièces jouées entre 1951 (il avait 22 ans) et  1989, du Shakespeare, du Molière, du Tchékhov, du Char, du Labiche, du Dumas, du Marivaux, du Brecht, du Gogol, etc. Inévitablement, le cinéma allait venir à lui. Plus de cent vingt films au cinéma et à la télévision à partir de 1963, donc, plutôt tardivement (la trentaine bien entamée), mais avec les plus grands réalisateurs (notamment Costa-Gavras, Claude Sautet, Luc Besson), et aux côtés des plus grands acteurs. Il était le beau faire-valoir des stars du cinéma français d’une époque révolue.

Lui aurait-il manqué un rôle génial, un premier rôle princier, celui qui l’aurait hissé au firmament du cinéma français, avec un film tournant autour de lui ? Sans doute que ce n’était pas ce qu’il attendait. Si Gérard Depardieu est un industriel du cinéma, Jean Bouise, lui, était un petit artisan, au travail consciencieux. Et contrairement à ce qui arrive généralement aux "seconds rôles" permanents, Jean Bouise a été récompensé par sa profession, avec un César du meilleur acteur dans un second rôle en 1980 avec "Coup de tête" de Jean-Jacques Annaud (sorti le 14 février 1979), après avoir été nommé pour la même récompense en 1976 avec "Le Vieux Fusil" de Robert Enrico (sorti le 20 août 1975), un film très violent et même choquant, traumatisant, dont la présence de Jean Bouise calme, apaise la violence, par son humanité et par son amitié (Lino Ventura avait refusé le rôle qu’a repris Philippe Noiret à cause de cette extrême violence).

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Impliqué dans beaucoup de films engagés (il a même tourné à Cuba en 1962), Jean Bouise s’est fait connaître au cinéma paradoxalement avec un rôle peu évident après coup, le rôle du Capitaine Haddock dans "Tintin et les oranges bleues" de Philippe Condroyer (sorti le 18 décembre 1964) aux côtés de Jean-Pierre Talbot qui n’a pas eu la carrière qu’on aurait pu imaginer après le rôle de Tintin. C’était la preuve que Jean Bouise était un "authentique" comédien, c’est-à-dire, dont la personnalité s’effaçait derrière son rôle qui pouvait prendre des formes très diversifiées : commissaire de police voire ministre de la défense dans "Le retour du Grand Blond" d’Yves Robert (sorti le 18 décembre 1974), négociant d’art, procureur, chef de station de métro, patron d’entreprise et de club de football ("Coup de tête"), député mais surtout ami dans l’excellent "Z" de Costa-Gavras (sorti le 26 février 1969), etc.

Jean Bouise a-t-il aidé beaucoup la profession (les cinéastes) en faisant la promotion des jeunes talents ? Probablement beaucoup. Dans son livre qui explique la genèse de son premier long-métrage ("Le Dernier Combat"), le réalisateur Luc Besson, encore inconnu de la profession car il n’avait alors réalisé qu’un seul court-métrage ("L’Avant-dernier" sorti en 1981), a expliqué à quel point Jean Bouise l’avait aidé. En effet, pour l’un de ses personnages clefs, il avait pensé à lui, mais son agence (très importante) refusa la collaboration. En tant que (futur) réalisateur, il ne présentait pas assez de garantie.

Luc Besson a cependant réussi à le contacter en dehors de son agence : « On a appris que Jean n’était même pas au courant du projet. Il est venu avec Isabelle Sadoyan, sa femme, à un rendez-vous fixé dans un café. Je lui ai raconté notre histoire, fait lire le scénario de vingt pages, et il m’a dit oui avec enthousiasme ! C’était quand même gonflé de sa part ! Longtemps après, il m’a raconté : "C’est vrai, tu étais tout jeune, mais on sentait que tu n’étais pas là pour faire le malin, pour briller, tu étais vraiment là pour ton film, tu y croyais, tu l’avais en toi !". (…) Après cette rencontre, c’est Jean Bouise qui s’est battu contre [son agence] pour négocier son cachet, en demandant qu’on n’assomme pas ces jeunes sans le sou avec les exigences habituelles : il a fait ça cent fois dans sa vie. Les gens de sa profession ne savent pas combien ils doivent à cet homme-là. Il a aidé, encouragé, épaulé tous ceux qu’il a croisés. (…) C’était un être formidable. » (janvier 1992).

Son épouse était aussi une comédienne, Isabelle Sadoyan (1928-2017), qui a joué dans de nombreux films, téléfilms et au théâtre. Elle a joué notamment aux côtés de François Berléand, Florence Pernel et Caroline Anglade dans un téléfilm, "La Clef des champs" de Bertrand Van Effenterre (diffusé le 7 juin 2014) qui a été rediffusé très récemment sur la chaîne Chérie 25 (son rôle était d’être la mère de François Berléand).

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Lorsque j’ai appris la mort prématurée de Jean Bouise, il y a presque trente ans, le 6 juillet 1989 à Lyon (d’une saleté de maladie), Mikhaïl Gorbatchev, à la tête de l’URSS, était en visite officielle à Paris (il terminait un voyage de deux jours dans la capitale française avant de se rendre à Strasbourg). Cela n’a pas grand-chose à voir, si ce n’est que lorsque l’actualité est dense, les actualités périphériques passent souvent à la trappe. Tel un héros secondaire, Jean Bouise est parti donc très discrètement à l’âge de 60 ans. Un âge beaucoup trop jeune pour partir, avec cette réflexion rétrospective effrayante : finalement, Jean Bouise, qui avait souvent des rôles de "vieux" a presque toujours été (assez) "jeune" dans ses films.

Son dernier film, Jean Bouise ne l’a jamais vu monté. Il s’agit de "Nikita" de Luc Bessoin (sorti le 21 février 1990) qui lui a été dédié. Comme "Le Vieux Fusil", "Nikita" est un film très violent.

Il n’y a pas beaucoup de passages succulents de Jean Bouise disponibles sur Internet, à part quelques bandes-annonces. J’ai relevé ainsi quelques vidéos correspondant à ses meilleurs films, en guise de très modeste hommage.


1. "Tintin et les oranges bleues" (1964)






2. "Le Retour du Grand Blond" (1974)






3. "Dupont Lajoie" (1975)






4. "Le Vieux Fusil" (1975)






5. "Coup de tête" (1979)






6. "Subway" (1985)






7. "Un héros très discret" (2019)






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 mai 2019)
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Pour aller plus loin :
Jean Bouise.
Pierre Desproges.
Anémone.
Gérard Oury.
Zizi Jeanmaire.
Jean-Pierre Marielle.
"Les Éternels".
Jacques Rouxel.
François Berléand.
Niels Arestrup.
"Acting".
"Quai d’Orsay".
Michel Legrand.
Gérard Depardieu.
Maria Pacôme.
Ennio Morricone.
Francis Lai.
Bernadette Lafont.
Pauline Lafont.
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Charlie Chaplin.
Maurice Chevalier.

_yartiBouiseJean03



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190603-jean-bouise.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/jean-bouise-et-son-humanite-215573

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26 mai 2019 7 26 /05 /mai /2019 14:18

D'une durée de 00:55:58, l'émission "Questions politiques" a été animée par : Ali Baddou. Michel Serres, philosophe, était l'invité de "Questions Politiques" ce dimanche 26 mai 2019. Une émission présentée par Ali Baddou avec Carine Bécard (France Inter), Françoise Fressoz (Le Monde) et Jeff Wittenberg (France Télévisions).

Cliquer sur le lien pour télécharger le podcast (fichier .mp3) :
http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/16170-26.05.2019-ITEMA_22071650-0.mp3

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190601-michel-serres.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190526-emission-michel-serres.html

 

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