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30 mai 2022 1 30 /05 /mai /2022 03:46

« Ces accusations relatent des actes ou des gestes qui me sont tout simplement impossibles à raison de mon handicap. J’ai toujours été discret sur ce handicap, sur les contraintes qu’il m’impose, sur la façon dont il limite mes mouvements et mes gestes du quotidien. Je suis contraint aujourd’hui de préciser que, dans ma situation, l’acte sexuel ne peut survenir qu’avec l’assistance et la bienveillance de ma partenaire. Qu’il ne m’est nullement possible d’imposer telle ou telle pratique, tel ou tel geste. Que sans le consentement et la participation pleine et entière de l’autre, rien n’est possible. » (Damien Abad, le 22 mai 2022 sur Facebook).




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Je voudrais revenir sur la polémique concernant Damien Abad, le nouveau Ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées. Dès le lendemain de l’annonce de sa nomination ont "refleuri" deux accusations de viols et d’agressions sexuelles sur deux femmes, accusations catégoriquement rejetées par l’intéressé.

Lorsqu’on ne connaît pas l’affaire, l’observateur candide se retrouve dans ce dilemme d’une parole contre une autre. Quitte à accuser un innocent, Jean-Luc Mélenchon a alors annoncé le 22 mai 2022 sur LCI qu’il choisissait de croire les femmes plutôt que l’accusé. Il y a un malaise général dans ce genre de situation : soit on croit les accusatrices et alors on balaie la présomption d’innocence d’un revers de main (ce qu’a fait allègrement le chef de la NUPES), soit on croit la personne accusée qui récuse ces accusations, et alors on est conspué au nom même de la cause des femmes agressées ou violées.

Pourtant, il ne s’agit pas de simples accusations : être accusé d’un viol, c’est être accusé d’un crime, ce n’est pas rien. Dans ce domaine (que ce soit pour un crime ou un délit d’ailleurs), ni des journalistes, ni des responsables politiques ne sont habilités à dire qui dit la vérité et qui ment. Seul, le juge peut faire la part du vrai et du faux, peut-être avec des erreurs mais hors de toute pression médiatique et certainement mieux que ceux qui ne sont pas des juges.

Imaginer que certaines femmes accusatrices puissent dire un mensonge est-il plus pénible qu’imaginer un homme politique qui est exposé depuis une dizaine d’années soit un violeur ? L’un et l’autre sont possibles. L’idée d’affabulatrice (des plaignantes) est malheureusement possible, même si ce n’est pas certain. Et l’idée d’un ministre violeur est également plausible, même si ce n’est pas certain non plus.

L’affaire d’Outreau a montré que des enfants pouvaient être affabulateurs, et cela ne retire rien de l’importance de la parole des enfants ni, sur le cas d’Outreau, de la réalité qu’il y a bien eu des viols, mais parmi les personnes accusées à tort et aujourd’hui blanchies, l’une s’est suicidée et d’autres sont traumatisées à vie. Il faut donc être très prudent. Dans ce même contexte, on peut aussi rappeler la rumeur qu’avait subie Dominique Baudis, personnage public de grande importance qu’on avait accusé des pires horreurs à Toulouse (et bien entendu, lavé de tout soupçon).

Damien Abad compte sans doute ses soutiens politiques. De ses anciens amis de LR, il ne peut compter sur aucune clémence, et ses nouveaux amis de la Macronie le connaissent encore assez peu. Comme je l’avais indiqué précédemment, Damien Abad était à l’origine centriste, plus exactement issu du Nouveau centre dont il a fondé la branche Jeunes, puis il fut poussé par Hervé Morin à se faire élire député européen sur la liste de la majorité présidentielle en 2009. Damien Abad a négocié un premier virage politique en 2012 en rejoignant l’UMP pour se faire élire député de l’Ain en 2012. Cette ingratitude a agacé les centristes qui avaient pourtant misé sur lui. Damien Abad comprenait néanmoins que face à la gauche et face à l’extrême droite, seule l’UMP pourrait faire le poids, selon lui.

La trahison en politique est-elle justifiée ? Ou est-elle, déjà ? Car Damien Abad a raison de penser que la politique que propose le Président Emmanuel Macron est peu éloignée de celle préconisée par LR, à l’exception de ses extrémistes, et "aller à la soupe" ne répond donc pas seulement à une logique carriériste, mais aussi à une logique politique, "prendre ses responsabilités", une démarche engagée aussi par beaucoup d’anciens LR : Éric Woerth, Jean-Pierre Raffarin, Christian Estrosi, Hubert Falco, Renaud Muselier, Franck Riester, Roseline Bachelot, Catherine Vautrin, Christophe Béchu, Gérald Darmanin, Sébastien Lecornu, Bruno Le Maire, Jean Castex, Édouard Philippe, etc.

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Du reste, les informations publiées par Mediapart ont une source et lorsqu’il est dit "chez LR, on savait", la source ne fait pas vraiment de mystère, c’est certainement LR qui a lâché le morceau. C’est souvent le cas dans les "affaires", ce sont les proches du même parti qui informent avec malveillance, tout simplement parce que ce sont les seules à connaître l’information (au début de la Présidence de Jacques Chirac, Alain Juppé, qui venait d’être nommé à Matignon, s’est retrouvé personnellement accusé dans l’affaire des appartements de la ville de Paris, une information d’origine balladurienne, dirons-nous par euphémisme !).

La seule chose qui soit positive dans cette mousse médiatique, c’est qu’on n’a pas ménagé Damien Abad en raison de son handicap. Il est considéré comme tout autre responsable politique et ce droit à l’indifférence du handicap est un élément important d’insertion des personnes en situation de handicap dans la société, à savoir, quand on considère qu’il y a des raisons pour cela, savoir fustiger une personne indépendamment de son état. Ne plus en faire des victimes mais des citoyens à part entière. Damien Abad y a réussi au-delà de toute espérance !

Tout dans les mots de vocabulaire employés concourt à condamner Damien Abad, ne serait-ce qu’en qualifiant ses deux accusatrices de "victimes" : si elles sont victimes, alors, évidemment, Damien Abad est coupable et est un salaud. Mais voilà, la seule plainte qui a été déposée a été classée sans suite après avoir interrogé celui qui à l’époque n’était que député de l’Ain. Ce n’est pas lui qui a classé sans suite, c’est la justice, le procureur de la République, qui a jugé qu’avec les informations dont il avait à disposition, il n’y avait pas lieu d’en faire un procès. Ces femmes, jusqu’à nouvel ordre, ne sont donc pas des "victimes" mais des "plaignantes" qui est un terme neutre qui ne préjuge pas de la culpabilité ni de l’innocence de Damien Abad.

Il est important d’observer la réaction des personnes accusée dans ce genre d’affaire. Par exemple, je ne suis pas juge, mais la réaction du politologue Olivier Duhamel, ainsi que la réaction de député écologiste parisien Denis Baupin, pour des faits différents mais qui ont trait à des agressions sexuelles (d’ordre très différent), ont semblé confirmer leur réalité. Loin de récuser les faits, ils se sont fait tout petits et ont démissionné de leurs responsabilités professionnelles ou politiques.

D’autres personnes accusées, au contraire, ont catégoriquement rejeté les accusations. C’est le cas de Damien Abad, mais aussi de Nicolas Hulot, de Patrick Poivre d’Arvor, de Richard Berry, etc. La fille de Richard Berry, Coline, qui avait accusé son père et déposé plainte pour "inceste, viols, agressions sexuelles et corruption de mineur" le 25 janvier 2021, a même été condamnée pour diffamation le 14 avril 2022 parce qu’elle avait accusée de complicité la compagne de son père à l’époque Jeane Manson.

Probablement que la responsable politique la plus vindicative est l’ancienne candidate écologiste Sandrine Rousseau, qui a été parmi les accusatrices dans l’affaire Baupin et qui avait quitté son parti EELV entre 2017 et 2020. Invitée de la matinale de LCI le 24 mai 2022, Sandrine Rousseau n’a laissé aucune chance à Damien Abad et prenait des airs de Robespierre, celui qui envoyait à la guillotine le moindre "suspect".

En effet, elle a parlé des rumeurs comme arguments ! C’est invraisemblable de prendre ses informations dans les poubelles. Dominique Baudis a aussi été accusé par des rumeurs de provenance nauséabonde. Et ces rumeurs, quelles étaient-elles ? Chez LR, on savait que Damien Abad était un "dragueur lourd". C’est le vrai problème du mouvement MeeToo, celui de mélanger les graves atteintes à la personne que sont par exemple des viols (ce sont des crimes) avec de simples faits de drague lourde (qui est du registre de l’agacement, même pas du harcèlement). Mélanger crime, délit et drague, c’est une position totalitaire typiquement robespierriste.

Sandrine Rousseau a brandi le "principe de précaution" pour renvoyer Damien Abad du gouvernement. Elle a proposé qu’on prenne six mois pour vérifier si les accusations sont fondées ou pas, pendant ce temps, Damien Abad n’est plus membre du gouvernement et en cas de disculpation, il reviendrait au gouvernement. C’est presque naïf (faussement naïf) d’imaginer cela, alors qu’un ministère, il faut un titulaire, sinon, pas la peine de le nommer, cela ne peut pas attendre. Ce que Sandrine Rousseau exige, c’est que Damien Abad soit sacrifié sur la seule foi des rumeurs. En outre, la justice est déjà passée par là, elle a déjà considéré qu’il n’y avait pas lieu de poursuivre.

La militante écolomélenchoniste qui est candidate NUPES aux législatives aurait plutôt dû brandir la seule chose qui vaille dans un État de droit pour les affaires judiciaires : la présomption d’innocence. Mais c’est trop tentant quand l’accusé est du bord opposé, car cela ferait un coupable idéal.

Enfin, pour se convaincre qu’elle avait raison, Sandrine Rousseau a évoqué les cas de PPDA et de Nicolas Hulot comme si ces derniers avaient été déjà condamnés par la justice. Là encore, je ne sais rien de la culpabilité ou de l’innocence de ces deux personnalités, probablement qu’elles ont joui pendant longtemps d’un statut de star audiovisuelle intouchable qui pouvait les encourager à la drague lourde, mais à ce jour, ni l’un ni l’autre n’ont fait l’objet d’une reconnaissance, par la justice, d’un début de culpabilité et encore moins de condamnation, ce qui rend l’argumentation de Sandrine Rousseau pour le moins fragile. Au contraire, le journaliste a même déposé plainte pour diffamation contre les plaignantes. (Je le répète et j’insiste lourdement : n’étant pas juge, je ne sais rien sur eux et ils peuvent être aussi bien coupables qu’innocents que le principe de présomption d’innocence n’en changera pas, il reste le fondement essentiel de l’État de droit).

L’exemplarité que demande le statut de membre du gouvernement est nécessaire et bienvenue dans une société qui a peu confiance à sa classe politique. Mais la moindre accusation ne peut pas suffire à mettre entre parenthèses une carrière politique qui a fait beaucoup de jaloux. Au-delà de l’honneur d’un homme qui laisse beaucoup de monde indifférent, il s’agit de l’honneur de la politique et surtout de l’honneur de la justice. Celle-ci doit être intraitable, mais avec les seuls coupables. Les autres, qu’ils retrouvent leur respectabilité, qu’on les aime ou qu’on les déteste.

Damien Abad sait bien que ça va tanguer pour lui ces prochaines semaines. Il a pour l’instant le soutien de l’Élysée et de Matignon car ils ne peuvent pas se déjuger quelques jours après sa nomination. Mais sa candidature dans sa circonscription de l’Ain va être difficile, concurrencée par un candidat LR. Il ne jouira probablement d’aucun soutien national de la majorité pendant la campagne électorale. Son éventuelle réélection ne signifiera d’ailleurs pas qu’il est innocent (ce n’est pas la conception d’une justice populaire qui convient dans un État de droit) mais qu’il aura convaincu ses électeurs de son innocence. S’il sort intact de ce passage difficile d’ici à la fin du mois de juin 2022, alors il aura montré le cuir des grands politiques.

Toutefois, le secret espoir des grands chefs de la majorité pourrait être tout autre : que Damien Abad ne se fasse pas réélire, qu’il quitte alors le gouvernement pour cette raison (règle imposée par Élisabeth Borne à ses ministres candidats, elle-même est candidate)… ce qui permettrait de fermer cette page de polémiques superfétatoires en douceur, sans risquer qu’elle ne se rouvre quelques mois ou années plus tard.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Damien Abad : peut-on confondre dragueur lourd et violeur ?
Soutien à Damien Abad.
Élysée 2022 (53) : la composition sans beaucoup de surprises du premier gouvernement d’Élisabeth Borne.
Composition du gouvernement Élisabeth Borne I du 20 mai 2022 (liste officielle).
Élysée 2022 (52) : Élisabeth Borne succède à Jean Castex à Matignon.
Nadine Morano.
De Gaulle, l’Europe et le volapük intégré.
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (48) : qui sera le prochain Premier Ministre d’Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (47) : la victoire historique d’Emmanuel Macron.
Bernard Pons.
Élysée 2022 (45) : le naufrage du parti Les Républicains.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220524-damien-abad.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/damien-abad-peut-on-confondre-241811

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/05/25/39491983.html








 

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23 mai 2022 1 23 /05 /mai /2022 03:06

« Mediapart rapporte des accusations de violences sexuelles à mon encontre par deux femmes pour des faits allégués survenus respectivement en 2011 et 2010. (…) Je conteste avec la plus grande force ces accusations de violences sexuelles. Je conteste avoir exercé quelque forme de contrainte que ce soit sur aucune femme. Je conteste enfin tout abus de pouvoir lié aux fonctions que j’ai occupées. Les relations sexuelles que j’ai pu avoir tout au long de ma vie ont toujours été mutuellement consenties. » (Damien Abad, le 22 mai 2022).




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Président du groupe Les Républicains à l’Assemblée Nationale du 6 novembre 2019 au 19 mai 2022, Damien Abad a été nommé le vendredi 20 mai 2022 membre du premier gouvernement dirigé par Élisabeth Borne comme Ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées. Précisons que c’est un ministère plein et que dans l’ordre protocolaire, il est à la onzième place, devant notamment la Culture, l’Agriculture, la Fonction publique, etc. C’est la seule "prise de guerre" de ce second quinquennat parmi les élus LR.

Dès le lendemain de sa nomination, Mediapart a fait état de deux accusations de viols et violences sexuelles de la part de femmes. La Première Ministre Élisabeth Borne n’était pas au courant et Damien Abad a rejeté catégoriquement ces accusations.

Avant d’en parler, revenons à la trajectoire politique de Damien Abad. À 42 ans, il a déjà "grimpé" très haut dans la vie politique en quelques années. C’est typiquement une personnalité que j’apprécie pour sa rigueur et son travail. Né à Nîmes, IEP Bordeaux et Paris, il a raté plusieurs fois le concours de l’ENA. Membre de l’UDF, il était collaborateur du groupe UDF à l’Assemblée Nationale, puis du groupe du Nouveau centre dont il a créé et présidé la formation des jeunes.

Élu municipal de la majorité à Vauvert dans le Gard en mars 2008 (jusqu’en 2010), il a rapidement été repéré comme un jeune espoir centriste : poussé par Hervé Morin (le président de NC) pour le mettre à une place éligible, Damien Abad a été élu à 29 ans député européen en juin 2009 (jusqu’en 2012), l’un des plus jeunes de l’histoire.

Non seulement il est entré tôt sur la scène nationale, mais il s’est implanté localement dans l’Ain après une tentative dans les Yvelines puis dans le Gard. Tête de liste régional UMP et alliés dans l’Ain, il a été élu conseiller régional de Rhône-Alpes en mars 2010 (jusqu’en 2015), puis, en juin 2012, Damien Abad est élu député de l’Ain sous l’étiquette UMP à 32 ans, avec 56,4% des voix, réélu en juin 2017 avec 67,0% des voix, un succès personnel malgré l’échec de LR à l’élection présidentielle de 2017. En mars 2015, il s’est fait élire conseiller départemental et dans la lancée, président du conseil départemental de l’Ain jusqu’en juillet 2017 où il a dû démissionner en raison de la loi contre le cumul des mandats, préférant son mandat parlementaire.

Parallèlement, il a apporté son soutien à Bruno Le Maire à la primaire LR de 2016, puis a soutenu jusqu’au bout le candidat François Fillon à l’élection présidentielle de 2017, a parrainé la candidature de Laurent Wauquiez à l’élection de président de LR en décembre 2017 et est devenu vice-président de LR de décembre 2017 à octobre 2019.

Enfin, sa consécration nationale a eu lieu le 6 novembre 2019 en se faisant élire président du groupe LR à l’Assemblée Nationale, le deuxième groupe à l’Assemblée, premier de l’opposition, fort d’une centaine de députés, pour remplacer Christian Jacob élu président de LR. Il n’était pas le favori et a été élu par 64 voix contre 37 à Olivier Marleix, le favori. À ce poste, Damien Abad était donc l’une des têtes de l’opposition contre les gouvernements du premier quinquennat du Président Emmanuel Macron. Soutenant activement la candidature de Xavier Bertrand au congrès LR, puis celle de Valérie Pécresse, la candidate désignée à l’élection présidentielle de 2017, il a clairement appelé à voter pour Emmanuel Macron lors du second tour.

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Personnellement, je me réjouis de le voir entrer au gouvernement, mais je regrette qu’il soit affecté aux "Personnes handicapées", car il a beaucoup plus d’envergure que d’être "la personne handicapée de service". Néanmoins, son ministère est très important et répond à une forte attente, cette grande loi sur l’autonomie, le financement de l’autonomie. Sa nomination redonne donc grand espoir à ceux qui attendent une telle loi depuis au moins 2011, promise par Nicolas Sarkozy.

Pourquoi ai-je parlé de "la personne handicapée de service" ? Parce que, alors que je ne l’ai pas encore évoqué, Damien Abad est effectivement une personne en situation de handicap. Cela se voit aisément dans ses prestations télévisées, une difficulté à marcher et des membres supérieurs qui ont des défauts d’articulation (il a depuis la naissance une maladie appelée arthrogrypose). Je ne l’aurais pas évoqué si lui-même n’avait pas dû l’évoquer ce week-end. En effet, même s’il a été mis en avant souvent à cause de son handicap, Damien Abad lui-même a toujours refusé de l’étaler sur la place publique, refusant toute pitié, toute victimisation voire toute instrumentalisation, et voulant être jugé comme les autres sur ses actes, sur ses engagements, sur ses convictions.

Très étrangement, deux accusations pour agression sexuelle contre Damien Abad sont sorties le 21 mai 2022, juste après sa nomination ministérielle, alors que les faits allégués auraient eu lieu en 2010 et en 2011. À l’évidence, ces accusations semblent provenir d'une manipulation politicienne.

Elles peuvent être fondées, c’est possible, mais ce n’est pas à moi ni aux médias d’en juger. On ne peut pas écraser la présomption d’innocence aussi allègrement que Sandrine Rousseau, tant qu’une condamnation n’a pas eu lieu. Ce serait aujourd’hui beaucoup trop facile de briser les carrières des rares personnalités politiques qui ont quelque chose à dire par des accusations dont rien ne prouve la réalité (c’est parole contre parole). Ce serait faire injure aux femmes réellement agressées ou violées, et surtout à cette cause de les inciter enfin à parler, que de considérer que toute accusation vaut condamnation.

Sur Facebook le 22 mai 2022, Damien Abad a donc dû employer un argument massue, peut-être que ces deux femmes ne s’en étaient pas aperçues : « Ces accusations relatent des actes ou des gestes qui me sont tout simplement impossibles à raison de mon handicap. J’ai toujours été discret sur ce handicap, sur les contraintes qu’il m’impose, sur la façon dont il limite mes mouvements et mes gestes du quotidien. Je suis contraint aujourd’hui de préciser que, dans ma situation, l’acte sexuel ne peut survenir qu’avec l’assistance et la bienveillance de ma partenaire. Qu’il ne m’est nullement possible d’imposer telle ou telle pratique, tel ou tel geste. Que sans le consentement et la participation pleine et entière de l’autre, rien n’est possible. Quant aux propos rapportés qui insinuent que j’aurais pu droguer puis transporter, déshabiller et violer une femme inconsciente, ils sont tout simplement inconcevables et abjects. ».

Une plainte avait été déposée en 2017 sur des faits allégués survenus en 2011. Damien Abad avait alors été interrogé au cours d’une enquête du parquet de Paris qui avait classé l’affaire sans suite le 5 décembre 2017. Cependant, la femme en question aurait saisi le 13 mai 2022 "l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles" (je ne sais pas ce qu’est exactement cet organisme qui semble plus être une association qu’une institution) qui aurait transmis le signalement au procureur de la République, à LR et à LREM. Pourquoi avoir attendu le 13 mai 2022 alors que cela daterait de 2011 ? Et pourquoi le signaler au parquet de Paris en 2022 alors qu’il avait classé cette accusation sans suite en 2017 ? Mystère et boule de gomme.

Alors, oui, dans le cas très particulier de Damien Abad, son handicap s’ajoute à la présomption d’innocence et tant qu’une condamnation n’a pas eu lieu, je considérerai Damien Abad innocent et hors de cause. Cela rappelle d’ailleurs qu’une accusation abusive peut être considérée comme une dénonciation calomnieuse.

Soutien à Damien Abad, soutien à son action future dans ce grand ministère spécialement conçu pour faire de l’autonomie et l’accompagnement de la dépendance l’une des très grandes priorités du quinquennat qui commence, loin de toute manœuvre politicienne.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Damien Abad.
Élysée 2022 (53) : la composition sans beaucoup de surprises du premier gouvernement d’Élisabeth Borne.
Composition du gouvernement Élisabeth Borne I du 20 mai 2022 (liste officielle).
Élysée 2022 (52) : Élisabeth Borne succède à Jean Castex à Matignon.
Nadine Morano.
De Gaulle, l’Europe et le volapük intégré.
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (48) : qui sera le prochain Premier Ministre d’Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (47) : la victoire historique d’Emmanuel Macron.
Bernard Pons.
Élysée 2022 (45) : le naufrage du parti Les Républicains.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

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14 mai 2022 6 14 /05 /mai /2022 03:14

« À défaut d’études supérieures, je me suis inspiré de ce que je connaissais le mieux : un long apprentissage de la nature, de la montagne, de leurs gardiens que sont les paysans, les bûcherons, les moniteurs de ski, les guides… Puis les voyages qui m’ont conduit sur tous les continents, au prix de risques parfois déraisonnables. Et surtout, la patiente observation d’une faune exposée à tous les dangers et toujours plus menacée par les activités humaines. À l’image du renard du Vercors. » (Jean Faure, novembre 2021).




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Le titre n’est pas très original car il reprend en partie le titre de sa récente autobiographie sortie en novembre 2021 chez Glénat. Il est triste car il annonce la triste nouvelle : l’ancien sénateur centriste Jean Faure est mort le vendredi 13 mai 2022 à l’âge de 85 ans (il est né le 14 janvier 1937 à Autrans).

J’avais eu l’occasion de fréquenter Jean Faure en Isère pendant les années 1990, il était le président du Centre des démocrates sociaux (CDS) de l’Isère tandis que j’étais président des Jeunes démocrates sociaux (JDS) de l’Isère, une formation centriste incluse dans l’UDF et alliée au RPR au niveau national. Ce n’était pas commode car l’allié RPR était très encombrant et très médiatique, puisqu’il s’agissait du jeune maire de Grenoble Alain Carignon qui a fait deux mandats à la mairie et quatre mandats comme président du conseil général de l’Isère, à partir de 1985 (jusqu’en 1998), ravissant le siège au puissant Président de l’Assemblée Nationale, le mitterrandien Louis Mermaz.

À cette triste nouvelle, Alain Carignon a naturellement évoqué son « long compagnonnage politique et amical entamé en 1984 » en soulignant l’homme de terroir et l’homme d’action : « Il était avant tout le produit et le représentant d’une histoire, d’un territoire, ce Vercors sublime, et comme élu, un homme qui cumulait dans l’action une finesse aux nuances infinies avec une ténacité qui ne lâchait rien. Il avait les pieds bien dans la terre du plateau et des rêves dans la tête. (…) Il a mené au Sénat, auquel son tempérament de conciliateur correspondait parfaitement, une très brillante carrière. Avec Jean Faure, l’Isère démontre qu’elle peut apporter au pays le meilleur d’elle-même. ». De son côté, Nathalie Béranger, conseillère régionale et conseillère municipale LR de Grenoble, présidente d’Alpexpo, l’a ainsi décrit : « L’air de rien mais au courant de tout, Jean était un homme humble et vrai. "Quand on parle trop, on finit par se contredire", m’avait-il dit un jour avec un air malicieux. ».

La première chose qui frappait lorsqu’on croisait Jean Faure, c’était son profil d’honnête homme. On lui aurait donné le bon dieu sans confession. Mais comme il le revendiquait lui-même, il était un renard, malin voire malicieux. En tout cas, très habile politique, très tacticien. Cette figure d’enfant de chœur, il l’a probablement eue de manière innée, dans son package de naissance, avec son origine paysanne, ses débuts comme moniteur de ski. Car on ne peut dissocier la trajectoire politique de la trajectoire géographique : Jean Faure était un enfant d’Autrans, village de neige et de ski, au cœur du Vercors, dans ce territoire si lointain de la très urbaine et technologique Grenoble.

Je me souviens avoir discuté avec lui vers 1995 du télétravail. Pour lui, c’était une disposition indispensable pour permettre aux habitants du Vercors de ne pas quitter la montagne tout en ayant un emploi. À l’époque, Internet était à ses débuts (ses tout premiers débuts), rien n’était câblé (encore moins dans les montagnes), pas de smartphone, pas de connexion… mais cette idée de dématérialisation du travail qui lui était chère tout en ne se faisant aucune illusion sur le plan national, la lourdeur du code du travail étant ce qu’il est. C’est d’ailleurs étonnant qu’il a fallu une pandémie d’ordre donc mondial, plus de 6,3 millions de décès enregistrés, probablement le double voire le triple en réalité, pour qu’enfin, le télétravail se conçoive sérieusement, autrement que de manière anecdotique. Il me semble (mais je n’en suis pas sûr) qu’il avait rédigé un rapport sénatorial sur le sujet.

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Ah oui, un rapport sénatorial, car Jean Faure, s’il fallait résumer sa vie, a été le sénateur-maire d’Autrans. Certes, il faudrait bien séparer les mandats, les locaux et le national, mais tous ses mandats étaient à la fois locaux et nationaux : maire d’Autrans de mars 1983 à mars 2008 (vingt-cinq ans), sénateur élu trois fois de septembre 1983 à septembre 2011 (vingt-huit ans !), d’abord dans le groupe de l’Union centriste (UC) puis à l’UMP (à partir de 2002). Pourquoi a-t-il rallié l’UMP alors qu’il n’en avait politiquement pas besoin ? Le besoin d’une unité de l’opposition départementale qui avait perdu (et pour longtemps) la mairie de Grenoble et la présidence du conseil général de l’Isère ?

Car Jean Faure avait aussi un autre mandat très important qui le reliait à Alain Carignon, c’était conseiller général de Villard-de-Lans de 1979 à 2004 et surtout, vice-président du conseil général de l’Isère de 1985 à 1992, auprès d’un président qui était à la fois maire de Grenoble et même ministre (Alain Carignon). Il fut par ailleurs conseiller régional de Rhône-Alpes de mars 1983 à mars 1986, à l’époque pas élu au suffrage universel direct.

Jean Faure était un expert en tourisme montagnard : il a été engagé très tôt tant dans le syndicalisme agricole que dans le tourisme en montagne, directeur du village olympique à l’époque des Jeux olympiques de 1968 à Grenoble. Il y avait beaucoup d’équipements construits dans le Vercors, en particulier le fameux tremplin de Saint-Nizier-du-Moucherotte, au pied des Trois Pucelles, tremplin qui a très mal vieilli. La commune d’Autrans a accueilli les épreuves olympiques de ski nordique et de biathlon. Jean Faure a contribué, en tant qu’élu mais aussi qu’en tant que professionnel, à créer le Parc naturel régional du Vercors.

Le mandat qui lui était le plus cher, c’était évidemment le Sénat. Jean Faure tenait avant tout à ce rôle de sénateur qu’il a su pleinement remplir. À l’époque, il y avait deux types de sénateurs : les actifs et les retraités pour qui c’était plus un privilège qu’une fonction (heureusement, ce second type devient très rare). Jean Faure fut un actif, très actif. Il faut dire qu’il était encore relativement jeune : en septembre 1983, il n’avait que 46 ans, et il s’est plu autant au travail de fond qu’aux honneurs.

Il a multiplié les rapports d’information, et c’est lui qui me donna à lire mon premier rapport sénatorial (je crois qu’il s’agissait du rapport d’information n°285 du 9 mai 1990 sur l’évolution économique de la Tchécoslovaquie, de la Pologne et de la Hongrie). À l’époque, il faut insister, il n’y avait pas Internet, ce n’était pas en kilooctets de fichiers .pdf qu’un rapport se mesurait mais bien en kilogrammes de papier. Il était à la commission des Affaires étrangères (et de la défense et des forces armées pour être exact), et il se plaisait à faire des voyages d’études, jamais pour l’agrément mais pour comprendre les relations internationales et parfaire sa culture des autres nations. Il était fier d’être aussi le président du groupe parlementaire d’amitié France-Madagascar, il est allé souvent à Madagascar et était très honoré (très ému) de pouvoir assister à une de ces cérémonies de retournement des morts (un ou deux ans après le décès d’un proche). Il était très apprécié à Madagascar.

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Il faut bien dire aussi que le poste dont il était le plus fier était celui de premier vice-président du Sénat, assez longtemps, puisque de 1992 à 2001. Il l’a obtenu lors de l’élection du centriste René Monory à la Présidence du Sénat, il a gardé cette première vice-présidence lors de l’élection de Christian Poncelet en 1998. Il me racontait souvent sa fierté d’être reçu à l’Élysée lorsque le Président Jacques Chirac recevait officiellement le Sénat. Jean Faure était alors placé selon l’ordre protocolaire à droite du Président de la République, lui, le petit moniteur de ski qui n’avait pas beaucoup de diplôme, avait réussi à faire toute sa place, et toute sa respectabilité dans la grande République des énarques et des surdiplômés. Il fut ensuite, de 2001 à 2008, questeur, qui est un poste stratégique au Sénat.

Tourisme, montagne, neige était donc l’un de ses sujets de prédilection mais bien loin d’être l’unique puisque les relations internationales l’ont beaucoup préoccupé, aussi l’Europe, car qui dit centriste dit forcément européen.

À la fin de sa carrière politique, il a été accusé de viols et d’agressions sexuelles sur une jeune fille mineure, une accusation extrêmement grave, ce qui lui a valu de voir son immunité parlementaire levée en 2003 et d’être traduit devant les assises de Paris le 1er juillet 2009 au cours d’un procès à huis clos qui s’est terminé le 4 juillet 2009 par un acquittement à l’issue de cinq heures et demie de délibérations. L’avocat général avait réclamé une peine de six à huit ans d’emprisonnement, ne croyant guère aux dénégations de l’accusé et parlant d’une « part d’ombre dans sa personnalité » alors que le sénateur avait toujours réfuté catégoriquement les accusations.

C’est aussi à cette époque, en fait, un peu auparavant, en 2001, que Jean Faure, qui fut happé par un service militaire de deux ans en Algérie à l’âge de 20 ans, a sorti ses "Carnets d’Algérie 1957-1959" sous le titre "Au pays de la soif et de la peur" (éd. Flammarion), ce qu’il a vu et vécu en Algérie pendant cette sale guerre et qu’il n’avait encore jamais raconté ni en senti le besoin.

En novembre 2021, Jean Faure était encore à Paris pour abandonner la présidence de l’Amicale du Sénat qu’il a assurée pendant une dizaine d’années. Gérard Larcher, le Président du Sénat, était présent pour l’honorer. Depuis quelques jours, c’est toute la France qui l’honore et en particulier, le Dauphiné, l’Isère, le Vercors et Autrans. Je conseille de regarder le documentaire qui lui est consacré, réalisé en 2019 par Lucile Dailly.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 mai 2022)
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Pour aller plus loin :
Jean Faure.
Jean-Louis Bourlanges.
François Bayrou.
Joseph Fontanet.
Marc Sangnier.
Bernard Stasi.
Jean-Louis Borloo.
André Rossinot.
Laurent Hénart.
Hervé Morin.
Olivier Stirn.
Marielle de Sarnez.

 







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24 avril 2022 7 24 /04 /avril /2022 20:47

« Je sais que nombre de nos compatriotes ont voté ce jour pour moi, non pour soutenir les idées que je porte, mais pour faire barrage à celles de l’extrême droite. Je veux ici les remercier et leur dire que j’ai conscience que leur vote m’oblige pour les années à venir. (…) Je ne suis plus le candidat d’un camp, mais le Président de toutes et de tous. (…) Nous avons tant à faire ! (…) Nul ne sera laissé au bord du chemin. (…) Cette ère nouvelle ne sera pas la continuité du quinquennat qui s’achève. » (Emmanuel Macron, le 24 avril 2022 à Paris).



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Ouf ! Soulagement et joie en France mais aussi en Europe à l’annonce des résultats du second tour de l’élection présidentielle de ce dimanche 24 avril 2022. La réélection du Président sortant Emmanuel Macron est historique à plus d’un titre (du reste, celle de son adversaire l’aurait été aussi). En effet, c’est la première fois dans l’histoire de notre République qu’un Président de la République est réélu au suffrage universel direct hors périodes de cohabitation, c’est-à-dire hors responsabilité du gouvernement sortant. Effectivement, François Mitterrand et Jacques Chirac ont été réélus, mais en tant que chef de l’opposition, il n’avait pas à défendre un bilan gouvernemental, et De Gaulle a été certes réélu mais il n’avait pas été élu au suffrage universel direct, l’élection de 1965 était sa première (et unique) consécration par l'onction du peuple à titre personnel (les référendums étant sur un sujet déterminé).

Ce mandat qui commence aura bien de problèmes, bien des enjeux, bien des responsabilités, mais il faut aussi savoir goûter à sa juste valeur cette victoire historique. D’après le Ministère de l’Intérieur, Emmanuel Macron a obtenu 18,8 millions de voix, soit 58,5% des suffrages exprimés, tandis que son opposante Marine Le Pen 13,3 millions de voix, soit 41,5%. C’est donc une large victoire du Président sortant, surtout si l’on prend aussi en fonction du nombre des votants : 53,5% des votants, soit plus de la majorité absolue des électeurs qui se sont déplacés. Sa légitimité populaire ne peut pas être mise en doute, pas plus qu’en 2017, même par ceux de ses opposants qui considèrent qu’une élection est légitime seulement si elle les fait élire (ce qui donne une définition très étrange de la démocratie).

Je m’en réjouis naturellement, soulagé et heureux que les Français aient choisi la poursuite de la modernité et de l’ouverture contre le repli sur soi et la haine, mais cela reste tout de même un résultat alarmant face à l’extrême droite.

Au second tour d’une présidentielle, le parti d’extrême droite est passé de 5,5 millions d’électeurs en 2002 à 10,6 millions en 2017 et 13,3 millions en 2022. Le plafond de verre a très largement explosé, depuis longtemps d’ailleurs, le seuil de 40% des exprimés a été franchi par Marine Le Pen. Celle-ci, comme prévu et comme l’ont fait avant elle de nombreuses personnalités politiques, celle qui avait affirmé qu’elle renoncerait à la vie politique en cas d’échec en 2022 a changé de position et a annoncé la poursuite de son engagement politique. Il est vrai que la perspective de 2027 est plutôt dégagée pour elle, car Emmanuel Macron ne pourra plus se représenter et son supposé héritier politique aura forcément moins de génie politique et surtout moins d’expérience de campagne présidentielle que lui, et il reste peu de survivants parmi les partis gouvernementaux d’avant Macron, LR et le PS. Mais c’est trop tôt pour y songer quand on sait tous les bouleversements et les crises qu’il y a eus entre 2017 et 2022.

Emmanuel Macron a perdu un peu moins de 2 millions d’électeurs, ce qui, après l’usure de cinq ans de mandat, est finalement assez faible. En nombre de voix, il est en cinquième position dans l’histoire des présidentielles, derrière Jacques Chirac avec 25,5 millions de voix en 2002, lui-même avec 20,7 millions en 2017, Nicolas Sarkozy avec 19,0 millions de voix en 2007 et François Hollande avec 18,0 millions en 2012, ce qui est un score quasiment identique.

Lors de sa venue à France Inter dans la matinale du vendredi 22 avril 2022, Emmanuel Macron comptait sur 58,5% des voix, ce qui donne une approche assez pertinente de son analyse électorale. Valéry Giscard d’Estaing aussi avait approché assez bien son résultat de 1974 en comptant sur 51% des voix.

Si l’on regarde par rapport aux électeurs inscrits, avec 38,5% des inscrits, Emmanuel Macron a une légitimité équivalente à celle de François Hollande qui avait obtenu 39,1% des inscrits. Le procès en illégitimité ne devrait jamais avoir lieu, sinon par des mauvais joueurs de réflexe typiquement trumpiste qui refusent le principe de la démocratie. C’est d’ailleurs, là aussi, une grande émotion d’avoir eu la possibilité de choisir en toute liberté, sans pression, par vote secret et sincère, le Président de la République de son pays, quand on regarde un certain nombre de pays à l’étranger dont les peuples n’ont pas cette chance.

Emmanuel Macron revient de loin. Il y a exactement un an, en avril 2021, en plein dans la troisième vague pandémique, qui aurait misé qu’il allait être réélu avec presque trois électeurs sur cinq ? C’est sa capacité à gérer les crises, à s’adapter aux fluctuations géantes de notre monde actuel qui lui a apporté le soutien nécessaire. C’était le candidat de la raison, face aux pulsions, face aux passions, face aux émotions parfois les plus négatives du peuple français.

Cette victoire historique n’empêchera pas une analyse détaillée du scrutin, une France éclatée en deux, celle des personnes âgées et celle des actifs inquiets, celle des urbains et celle des ruraux, celle des diplômés et celle des sans diplôme, etc. Emmanuel Macron l’a bien compris quand il est venu au Champ-de-Mars à Paris, derrière la Tour Eiffel mais aussi en face du Trocadéro, ce dimanche soir. Sa phrase la plus importante est sans nul doute : « Nul ne sera laissé au bord du chemin. ». Cela ressemble à un vœu pieux et le challenge du nouveau quinquennat, c’est que cela devienne réalité (il n’est pas le premier à avoir émis un tel vœu).

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Malgré le large écart entre les deux candidats du second tour, il ne faut pas se bercer d’illusions : ce second tour a été un choc de deux haines, une détestation quasi-idéologique contre le candidat du réel, et un refus de l’extrême droite au pouvoir. À l’étranger, personne ne comprend vraiment cette détestation contre la personnalité d’Emmanuel Macron. Elle est forte et aurait pu l’emporter sur le rejet de l’extrême droite dès lors qu’il n’y a plus de front républicain.

Je crois qu’on peut considérer qu’il y a un front républicain quand il y a plus de participation au second tour qu’au premier tour lorsque le candidat de l’extrême droite est présent au second tour. C’était le cas en 2002 (20,3% d’abstention au second tour, bien moins que les 28,4% du premier tour), mais pas en 2017 (25,4% au second tour, plus que les 22,2% du premier tour), ni en 2022 (28,0% au second tour, plus que les 26,3% du premier tour).

Dans mon bureau de vote, qui a voté à 75,5% pour Emmanuel Macron, j’ai pu voir qu’il y avait des électeurs qui n’étaient pas venus voter au premier tour voter au second tour, mais aussi l’inverse, qui ont voté au premier tour et ne sont pas venus voter au second tour. Cela dit, il faut se méfier des interprétations trop rapides car les vacances scolaires (dans cette commune) ont commencé à Pâques et le premier tour n’était pas en période de vacance au contraire du second tour situé au milieu des vacances (même s’il reste la possibilité des procurations).

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On va évidemment scruter les premiers gestes du Président réélu. Sa présence au Champ-de-Mars a été accompagnée (de sa femme et d’enfants) au lieu d’être seule au Louvre qui symbolisait terriblement l’exercice solitaire du pouvoir, pour reprendre une expression giscardienne. En 2017, il avait aussi voulu fêter sa victoire au pied de la Tour Eiffel, mais la maire de Paris, Anne Hidalgo, le lui avait refusé pour d’obscures raisons techniques. Son repos ensuite à la Lanterne à Versailles doit moins porter sur la symbolique que ce besoin de souffler après une campagne épuisante et avant un nouveau mandat qui se révélera sans doute aussi sportif.

Il s’agit de ne pas aller trop vite et de bien choisir les mesures du nouveau quinquennat. Il y a deux enjeux : commencer un nouveau mandat présidentiel mais terminer une législature. Car tous les esprits sont désormais à la préparation des élections législatives des 12 et 19 juin 2022.

Pour Emmanuel Macron, la nomination d’un nouveau gouvernement est donc le premier enjeu de cette nouvelle ère : il devra être celui qui mènera la majorité présidentielle aux législatives tout en étant suffisamment consensuel pour représenter l’ensemble de son électorat du second tour. Une attention que n’avait pas eue Jacques Chirac en 2002 et qui a été une erreur que la France paie peut-être encore aujourd’hui par cette colère quasiment permanente ressentie par une partie des Français depuis 2002. Là est le travail présidentiel à venir : « Je sais que pour nombre de nos compatriotes qui ont choisi l’extrême droite, la colère et les désaccords qui les ont conduits à voter pour ce projet doivent aussi trouver une réponse. C’est ma responsabilité et celle de ceux qui m’entourent. ».

Bravo l’artiste !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 avril 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (47) : la victoire historique d’Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron réélu Président de la République le 24 avril 2022.
Discours du Président Macron le 24 avril 2022 au Champ-de-Mars à Paris (vidéo).
Interview d’Emmanuel Macron le 22 avril 2022 sur France Inter.
Résultats du second tour de l’élection présidentielle du 24 avril 2022 (Ministère de l’Intérieur).
Rien n’est joué !
Duel Emmanuel Macron vs Marine Le Pen du second tour du 20 avril 2022.
Emmanuel Macron, le candidat de la puissance française et européenne.
Avec Marine Le Pen, l’État de droit en peine.
La révolution verte du candidat Emmanuel Macron.
Discours d’Emmanuel Macron au Pharo à Marseille le 16 avril 2022 (vidéo et texte intégral).
Discours d’Emmanuel Macron à la Porte de Versailles de Paris La Défense le soir du 10 avril 2022 (vidéo et texte intégral).
Discours d’Emmanuel Macron à Arena de Paris La Défense le 2 avril 2022 (vidéo et texte intégral).
Marine Le Pen : ne nous trompons pas de colère !
Tout sauf Macron : pourquoi tant de haine ?
Élysée 2022 (45) : le naufrage du parti Les Républicains.
Élysée 2022 (44) : la consécration du mélenchonisme électoral.
Élysée 2022 (43) : le sursaut républicain !
Résultats du premier tour de l’élection présidentielle du 10 avril 2022 (Ministère de l’Intérieur).
Gestion de la crise du covid : la France au tableau d’honneur !
Emmanuel Macron et son rapport à l’imprévisible.
13 raisons de voter pour Emmanuel Macron : pouvoir d’achat, santé, école, écologie…
Projet du candidat Emmanuel Macron pour 2022 (à télécharger).
Élysée 2022 (42) : Emmanuel Macron en danger !
Élysée 2022 (41) : Emmanuel Macron descend dans l’arène.
Élysée 2022 (37) : Emmanuel Macron n’est pas (encore) réélu !
Élysée 2022 (36) : pour qui votera Nicolas Sarkozy au premier tour ?
Élysée 2022 (35) : le projet présidentiel du candidat Emmanuel Macron.
Élysée 2022 (33) : Emmanuel Macron à 30% ?
Élysée 2022 (32) : Emmanuel Macron candidat !
Élysée 2022 (29) : Emmanuel Macron sera-t-il candidat un jour ?
Enfin, une vision européenne !

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17 octobre 2021 7 17 /10 /octobre /2021 03:45

« Je suis frappé par le fait que tout Président pense à sa réélection, qui aujourd’hui domine toute les manœuvres et guide les réformes. Il faudrait envisager de revenir à un septennat non reconductible. » (Jean-Pierre Fourcade, le 10 mai 2015 sur CNews).




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L’ancien ministre giscardien Jean-Pierre Fourcade fête son 92e anniversaire ce lundi 18 octobre 2021. À la fois très politique et "professionnel" (ou "société civile", à la définition assez floue ; à l’origine, tout responsable politique vient de la "société civile" puisque nous sommes en République !), Jean-Pierre Fourcade a eu la responsabilité d’être le premier grand argentier de celui qui se considérait comme le grand argentier permanent de la France, ce qui n’était pas une succession facile (à l’époque rue de Rivoli). À ce ministère, il a eu le privilège de succéder à un "grand", Valéry Giscard d’Estaing, et son successeur fut également un "grand" de la vie politique française, Raymond Barre.

Après des études à l’IEP de Bordeaux et à l’ENA qui l’ont fait intégrer dans le corps des inspecteurs des finances, Jean-Pierre Fourcade fut nommé directeur général de la banque CIC (Crédit industriel et commercial). Parallèlement, Jean-Pierre Fourcade était engagé dans la vie politique au début des années 1970 avec l’étiquette des républicains indépendants (RI, puis PR) : il fut élu maire de Saint-Cloud de mars 1971 à avril 1992 et conseiller général des Hauts-de-Seine d’octobre 1973 à avril 1989 (touché par le cumul des mandats, déjà sénateur-maire et conseiller régional). Son épouse fut élue et réélue à sa succession sur le canton de Saint-Cloud de mai 1989 à mars 2011 où elle fut vice-présidente du conseil général des Hauts-de-Seine.

Jean-Pierre Fourcade fut nommé Ministre de l’Économie et des Finances par Valéry Giscard d’Estaing nouvellement élu dans le premier gouvernement de Jacques Chirac du 28 mai 1974 au 27 août 1976. Il disposait de plusieurs atouts pour y être nommé : giscardien, énarque, inspecteur des finances, et élu politique important dans l’agglomération de Paris. Au cours de son mandat de ministre, il a pris des mesures pour juguler l’inflation engendrée par le premier choc pétrolier (plan Fourcade en juin 1974) et pour aider les entreprises en facilitant le remboursement de la TVA.

Après la démission de Jacques Chirac et l’arrivée de Raymond Barre à Matignon, ce dernier s’est octroyé également l’Économie et les Finances (il avait été présenté par VGE comme le "meilleur économiste de France", auteur du fameux manuel d’économie politique dans la collection Thémis de nombreuses générations d’étudiants). Jean-Pierre Fourcade est cependant resté au gouvernement du 27 août 1976 au 26 septembre 1977 comme Ministre de l’Équipement, rajoutant le 30 mars 1977 à son portefeuille l’Aménagement du territoire lors du remaniement consécutif aux élections municipales de mars 1977 (qui furent un échec pour la majorité).

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Profitant des élections sénatoriales dans les Hauts-de-Seine, Jean-Pierre Fourcade a quitté le gouvernement pour commencer une (très) longue carrière de sénateur, élu en septembre 1977 et réélu sans discontinuité en septembre 1986, septembre 1995 et septembre 2004, jusqu’en septembre 2011 (trente-quatre ans de mandat parlementaire !).

Au Sénat, il est devenu une figure très respectée et travailleuse, sur divers sujets principalement économiques et sociaux, il fut notamment président de la commission des affaires sociales du Sénat pendant quinze ans, de septembre 1983 à septembre 1998. Il a beaucoup travaillé sur le fonctionnement des hôpitaux. Après s’être inscrit au groupe RI (républicains indépendants, d’abord appelé Union des républicains et indépendants UREI) où s’étaient regroupés les sénateurs giscardiens (une cinquantaine), il a quitté ce groupe pour adhérer, d’octobre 1998 à décembre 2002, au groupe un peu fourre-tout RDSE, rassemblement principalement des sénateurs de centre droit et de centre gauche, avant de rejoindre le groupe UMP le 11 décembre 2002 après la création de ce nouveau parti. Comme élu francilien, il fut aussi le rapporteur au Sénat du projet de loi sur le Grand Paris en janvier 2010.

Renforçant son implantation dans la région parisienne, il fut élu conseiller régional d’Île-de-France de 1982 à 1995, devenant d’abord vice-président, de1982 à 1986, puis premier vice-président du conseil régional d’Île-de-France de 1986 à 1995. Après avoir démissionné de son mandat de conseiller général en 1989 et de maire de Saint-Cloud en 1992, il s’est présenté aux élections municipales de juin 1995 à Boulogne-Billancourt où il fut élu en battant le maire RPR sortant Paul Graziani (sénateur et ancien président du conseil général des Hauts-de-Seine), le successeur du maire "historique" Georges Gorse. Jean-Pierre Fourcade resta maire de Boulogne-Billancourt de juin 1995 à mars 2007, ainsi que président de la communauté d’agglomération du Val-de-Seine (dans une union intercommunale avec Sèvres) de 2004 à 2008 (il resta conseiller communautaire de 2008 à 2010, puis conseiller communautaire d’une autre communauté, la communauté d’agglomération, devenue par la suite l’actuel Établissement public territorial Grand Paris Seine Ouest de 2010 à 2014).

Préparant sa succession (et s’approchant des 80 ans), Jean-Pierre Fourcade a démissionné de son mandat de maire de Boulogne-Billancourt le 7 mars 2007, s’est fait élire deuxième adjoint chargé des finances et des anciens terrains de Renault, et a "intronisé" son successeur Pierre-Mathieu Duhamel, élu maire le 17 mars 2007 par la majorité municipale, dans la perspective des prochaines élections municipales en mars 2008. Mais cela ne s’est pas passé comme prévu.

Pierre-Mathieu Duhamel, énarque, fut un conseiller du Ministre des Finances Édouard Balladur en 1987-1988, puis le directeur adjoint de cabinet du maire de Paris Jacques Chirac en 1991-1992, puis le directeur adjoint de cabinet du Premier Ministre Alain Juppé en 1995-1996, et a eu une prestigieuse carrière de haut fonctionnaire (il est actuellement ambassadeur de France en Norvège, depuis février 2019). En mars 1995, Pierre-Mathieu Duhamel fut élu au conseil municipal de Boulogne-Billancourt sur la liste RPR de Paul Graziani, maire sortant battu, et donc, il fut un élu d’opposition, mais a rejoint le nouveau maire et fut réélu au conseil municipal en mars 2001 sur la liste de Jean-Pierre Fourcade qui en a fait son adjoint aux affaires scolaires et à la culture.

Comme on peut s’en rendre compte, l’arrivée de Jean-Pierre Fourcade à Boulogne-Billancourt a mis en lumière une rivalité déjà ancienne entre le RPR (Graziani) et l’UDF (Fourcade). Et pourtant, la suite, caractérisée par la réunion d’une partie de ces deux partis en UMP, a montré que cette rivalité pouvait "s’interchanger". En effet, le soutien de Jean-Pierre Fourcade à Pierre-Mathieu Duhamel aux municipales de mars 2008 fut contrarié par l’investiture de l’UMP accordée à son ancien premier adjoint (de juin 1995 à mars 2001), Pierre-Christophe Baguet, issu de l’UDF et soutien précoce de la candidature de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007. N’ayant pas eu l’investiture de l’UMP, Pierre-Mathieu Duhamel a renoncé à se présenter en mars 2008, et Jean-Pierre Fourcade a finalement repris le flambeau et s’est présenté pour porter l’équipe municipale sortante, sans succès puisqu’il a été battu par Pierre-Christophe Baguet au second tour le 16 mars 2008. Jean-Pierre Fourcade resta donc élu d’opposition au conseil municipal et au conseil communautaire.

Aux élections législatives de juin 2012, Jean-Pierre Fourcade, qui n’était plus sénateur, a repris une petite "revanche" sur les instances de l’UMP : lui et aussi Pierre-Mathieu Duhamel ont soutenu la candidature UMP dissidente de Thierry Solère à Boulogne-Billancourt dans l’ancienne circonscription de Georges Gorse dont le député sortant était Pierre-Christophe Baguet. L’UMP avait réussi à convaincre ce dernier (devenu maire) de laisser sa circonscription pour donner une terre d’atterrissage au Ministre de l’Intérieur et éminence grise de Nicolas Sarkozy, à savoir Claude Guéant. Il faut donc imaginer que cette candidature dissidente ne devait pas être appréciée de tout le monde à l’UMP !

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Thierry Solère, conseiller général de Boulogne-Billancourt depuis mars 2004 et premier adjoint au maire de Boulogne-Billancourt de mars 2008 à mai 2011, avait été le quatorzième adjoint de Jean-Pierre en mars 2001. Thierry Solère, qui a quitté la majorité municipale à cause de l’aménagement de l’île Séguin, a été élu au second tour député des Hauts-de-Seine avec 334 voix d’avance sur Claude Guéant. Exclu par l’UMP à cause de sa dissidence, il a été réintégré dès son élection. Thierry Solère fut même la tête de liste en Hauts-de-Seine des listes menées par Valérie Pécresse aux élections régionales de décembre 2015. Il a soutenu la candidature de Bruno Le Maire à la primaire LR de novembre 2016 (qu’il avait été chargé d’organiser pour le compte de LR), puis, après sa réélection en juin 2017, a rejoint le Président Emmanuel Macron.

Entre-temps, Pierre-Mathieu Duhamel a tenté de retrouver son mandat de maire de Boulogne-Billancourt en mars 2014, soutenu par Jean-Pierre Fourcade et Thierry Solère, mais Pierre-Christophe Baguet, très bien implanté (ancien et futur conseiller général), fut réélu (et a été de nouveau réélu en 2020) à la mairie de Boulogne-Billancourt.

Comme on le voit, Jean-Pierre Fourcade a fait un peu de rab de politique à cause de ses manœuvres boulonnaises, diversement réussies. Indépendant, il l’a toujours été et a montré qu’il savait s’opposer à des responsables nationaux (en particulier à Nicolas Sarkozy).

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Pour tourner la page de son action politique, Jean-Pierre Fourcade a publié en 2015 un livre de souvenirs et d’expérience à partir desquels il souhaitait présenter quelques réformes. Parmi elles, j’ai relevé trois propositions. La première est le septennat unique, qui n’a jamais existé. Je pense que c’est un leurre de proposer un mandat unique alors qu’il est normal que l’élu puisse demander s’il a bien ou mal agi et d’avoir le "quitus" du peuple comme c’est le cas pour un chef d’entreprise en fin d’exercice (je suis favorable au principe du septennat, mais je pense qu’il sera très difficile d’y revenir car le temps politique s’est considérablement accéléré). La deuxième proposition est un serpent de mer et une boîte de Pandore qu’on devra bien ouvrir un jour ou l’autre : réduire le mille-feuilles territorial, il y a trop de niveaux d’élus pour que ce soit compréhensible pour tous : municipal, communautaire (intercommunalité), départemental, régional, national (parlementaire), européen…

Enfin, la troisième proposition me paraît sympathique et original mais pas forcément très efficace et réaliste : Jean-Pierre Fourcade a proposé d’instituer une semaine du respect mutuel dans chaque commune pour que le maire ainsi que les représentants des religions dans la commune aillent rencontrer les habitants dans les écoles, collèges, lycées, dans les EHPAD, partout montrer qu’on peut vivre ensemble en bonne intelligence. Il a fait cette proposition à la suite des attentats contre "Charlie Hebdo" et la fameuse manifestation de communion républicaine du 11 janvier 2015. Mais là encore, c’est très théorique, ne serait-ce parce qu’il n’y a déjà plus assez de prêtre pour avoir un représentant catholique dans chaque commune, et que dire de ceux qui ne sont pas croyants, la grande majorité des habitants, faut-il les représenter aussi dans ce vivre-ensemble ? Et comment ? Cela part d’une bonne intention mais sa mise en œuvre concrète créera plus de problèmes qu’il n’en résoudra.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Pierre Fourcade.
Jean de Broglie.
Christian Bonnet.
Gilles de Robien.
La France est-elle un pays libéral ?
Benjamin Constant.
Alain Madelin.
Les douze rénovateurs de 1989.
Michel d’Ornano.
Gérard Longuet.
Jacques Douffiagues.
Jean François-Poncet.
Claude Goasguen.
Jean-François Deniau.
René Haby.
Charles Millon.
Pascal Clément.
Claude Malhuret.
Pierre-Christian Taittinger.
Yann Piat.
François Léotard.
Valéry Giscard d'Estaing.
Antoine Pinay.
Joseph Laniel.

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https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-pierre-fourcade-entre-grandes-236560

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12 octobre 2021 2 12 /10 /octobre /2021 03:09

« Soucieux avant tout de l’intérêt général, nous croyons au dépassement des clivages artificiels et au rassemblement de toutes les bonnes volontés au service du pays, dans le respect des différences et des sensibilités. » (Manifeste du nouveau parti Horizons, le 9 octobre 2021).



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L’ancien Premier Ministre Édouard Philippe réussira-t-il à recomposer le paysage politique après que celui-ci s’est décomposé depuis une vingtaine d’années ? Rien n’est sûr, si ce n’est qu’une fois encore, les courants politiques ne peuvent se créer sans s’incarner en une personnalité majeure de la vie politique française.

Je date le début de la décomposition du paysage politique français non pas en 2017 avec l’élection du Président Emmanuel Macron à l’issue d’un second tour où aucun des deux grands partis de gouvernement (LR et le PS) n’était présent, mais en 2002, quand l’un des deux grands partis de gouvernement n’était pas présent au second tour (le PS).

En effet, juste après le premier tour du 21 avril 2002, Jacques Chirac, Président sortant et candidat, et son très proche Alain Juppé ont décidé de profiter de l’état de sidération déclenché par la présence de Jean-Marie Le Pen pour phagocyter l’UDF dans le RPR par la création de l’UMP. L’opération a mollement réussi puisque les élus UDF ne les ont pas tous suivis et il est resté une UDF résiduelle dirigée par François Bayrou.

Jusque-là, la droite et le centre se composaient de deux grands partis, le RPR (qui n’a rien à voir avec l’image nostalgo-dépressive du polémiste Éric Zemmour) et l’UDF, l’un d’origine gaulliste (mais déjà à l’époque, certains supposés "gardiens du temple" gaullistes considéraient que le RPR n’avait plus rien de gaulliste mais était avant tout chiraquien), et l’autre d’origine centriste avec trois grandes tendances historiques, les démocrates-chrétiens (MRP, Centre démocrate, CDP, CDS), les libéraux (ou indépendants : CNIP, RI, PR, DL) et les radicaux (ce grand et vieux parti radical et radical socialiste qui avait refusé l’union avec les communistes en 1972).

Ce regroupement avait un intérêt pour Jacques Chirac, celui de contrôler toute la majorité. Mais ce n’était pas l’intérêt de cette coalition pour le long terme, d’autant plus qu’elle avait déjà eu affaire à des partis vaguement dissidents (MPF de Philippe de Villiers, RPF de Charles Pasqua, etc.). Au lieu de ratisser large sur tout l’éventail de la droite dure au centre gauche, l’UMP n’a fait que garder un noyau dur en mécontentant toutes les autres sensibilités.

La situation du centre droit était donc devenue délicate : en 2007 avec la bonne tenue de la candidature de François Bayrou, l’UDF a éclaté en deux partis, le Nouveau centre (qui est resté dans une alliance traditionnelle avec la droite) et le MoDem de François Bayrou qui est allé jusqu’à voter pour François Hollande en 2012 (inefficacement puisque ce dernier a refusé tout signe d’ouverture, au point qu’il n’a même pas pu se représenter en 2017). En 2012, l’UDI fondé par Jean-Louis Borloo a cru pouvoir rassembler à nouveau tous les centristes mais Hervé Morin a créé la division en 2014 en ressortant de ce parti avec Les Centristes pour prendre son indépendance (plus proche de LR). Depuis 2017, de nombreux partis se sont créés à la lisière du centre droit et de la majorité présidentielle, ce qui est particulièrement compliqué à comprendre pour les électeurs. La vocation du nouveau parti créé par Édouard Philippe est de rassembler toutes ces chapelles (ce qui est peu réaliste) et surtout, de faire naître une nouvelle génération de personnes engagées en politique.

L’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée sur sa gauche a évidemment fait exploser le PS (on ne sait même pas si le PS va maintenir une candidature à l’élection présidentielle de 2022), mais en gouvernant plus sur sa droite, en nommant à Matignon et dans de grands ministères (Économie et Finances, Intérieur) des personnalités issues de LR, Emmanuel Macron a également fait exploser LR.

Seul, le MoDem a bénéficié de cette majorité centrale et François Bayrou imaginait rassembler l’ensemble de la majorité (LREM, MoDem, partis périphériques issus de LR ou d’ailleurs) dans un grand parti démocrate à la française, permettant à LREM de s’associer à un véritable courant politique historique.

La démarche d’Édouard Philippe a donc contrecarré ce grand rassemblement démocrate. N’ayant pas honte de le dire, ce sera un parti et pas un club de réflexion, l’ancien Premier Ministre ne prépare pas l’élection présidentielle de 2027 (ce serait ridicule d’affirmer cela quand l’élection présidentielle n’est même pas encore survenue et que l’on sait que chaque élection présidentielle bouleverse considérablement le paysage politique).

L’objectif d’Édouard Philippe, c’est de structurer le centre droit favorable à Emmanuel Macron (le soutien au Président sortant pour 2022 est un élément essentiel) dans une optique d’en faire un véritable parti organisé et pas un mouvement plus ou moins personnelle et temporaire. L’idée est donc d’être un partenaire loyal et déterminé de la majorité présidentielle actuelle mais aussi de pouvoir accueillir les anciens ou actuels membres de LR un peu en déshérence, en gros, les sans parti fixe.

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C’était donc avec cette démarche que Édouard Philippe a créé le samedi 9 octobre 2021, devant une assistance d’environ 3 000 personnes, dans sa ville du Havre, ce nouveau parti baptisé Horizons, Horizons au pluriel. Et avant de définir des hommes et des places, le maire du Havre a voulu d’abord définir les idées, les valeurs, ce qui va être le fondement idéologique de ce nouveau parti. Quatre enjeux, dix valeurs, et dix combats.

Tout d’abord, quatre enjeux principaux ont été définis, ce qu’il a appelé "vertiges" : la démographie, l’environnement, la géopolitique et la technologie. La première réflexion, c’est qu’est utilisé un vocabulaire pas forcément ordinaire pour donner ces enjeux politiques, à part l’environnement (ou l’écologie), passage obligé pour regarder l’avenir en face.

À ma connaissance, la dernière fois que la démographie a été évoquée politiquement était en mai 2021, quand François Bayrou, Haut-Commissaire au Plan, a rappelé son importance capitale dans le maintien de notre modèle social. Sans forte natalité ou croissance démographique, pas de modèle social français pérenne (c’est une simple question numérique : s’il y a plus de retraités que d’actifs, il n’y aura plus de pension de retraite décente, idem pour l’assurance-maladie).

Dans cet enjeu démographique, il y a évidemment l’immigration et cela correspond à l’un des combats énumérés, très équilibré : « Nous combattons les naïfs et les populistes de l’immigration qui estiment que la France est en situation d’accueillir toute la misère du monde ou, à l’inverse, font croire que le pays peut vivre en autarcie derrière des frontières étanches. ». On notera l’expression provenant de l’ancien Premier Ministre Michel Rocard de manière plus ou moins assumée.

L’environnement est un enjeu évidemment majeur mais peu original, même si la précampagne présidentielle semble peu se faire sur ce sujet (le pouvoir d’achat et l’immigration sembleraient des thèmes où il y aurait le plus d’attente de la part des électeurs). On retrouve ce thème dans les valeurs : « Nous défendons une ambition écologique pour la France, fondée sur les notions de progrès, de sobriété et de durabilité. ». En particulier, le nouveau parti proposera une politique de décarbonation de notre économie, la préservation de la biodiversité et un investissement massif dans les énergies et l’agriculture. C’est d’ailleurs intéressant de coupler les deux, car ce sont les deux grands domaines durablement impactés par la transformation écologique.

J’insiste encore une fois : les mots de vocabulaire sont renouvelés, l’expression réfléchie et rigoureuse (Édouard Philippe a toujours tenu, même à l’oral et à l’improviste, à employer les bons mots, le plus rigoureusement possible, ce qui évite aussi de "galvauder" certains mots ou expressions). Ainsi, cela permet d’exprimer des idées, des valeurs et des combats de manière particulièrement précise et rigoureuse.

Comme pour le troisième enjeu, la géopolitique. Il répond à ceux qui ont peur d’une perte de souveraineté ou d’indépendance nationales. On y retrouve, comme pour le quatrième enjeu (la technologie) la première valeur : « Nous avons pour ambition de construire une stratégie globale pour la France afin d’assurer sa compétitivité, sa prospérité et sa puissance sur le long terme. ». Mais aussi : « l’indépendance nationale dans un monde dangereux et instable, où la France doit conserver les moyens de rester maîtresse de son destin ». Et bien sûr : « Nous défendons le projet européen comme la voie de la prospérité et de la souveraineté de la France. Mais nous portons l’exigence d’une Europe plus respectueuse du principe de subsidiarité, de l’intérêt collectif des Européens et des choix fondamentaux du peuple français. ».

Le dernier enjeu, la technologie rappelle la France nation technologique, très à l’unisson d’Emmanuel Macron, avec l’objectif de préparer la France aux enjeux scientifiques et technologiques de demain (par exemple, éviter de renouveler l’incapacité à développer rapidement un vaccin comme l’a hélas montré l’Institut Pasteur).

Dans le manifeste du nouveau parti, il y a donc énumérés dix points positifs, des propositions constructives ("Nous défendons"), mais aussi, au risque de se définir par défaut, d’être négatif, dix points négatifs, ce que n’est pas ce parti ("Nous combattons"). J’en ai déjà cité quelques-uns plus haut.

De ces fondamentaux, il en ressort un courant politique à la fois centriste (décentralisateur, pour la justice sociale, voulant l’équilibre de comptes publics, etc.), très républicain (soutenant fermement la laïcité, l’ordre « meilleure garantie de la liberté et de la prospérité du pays » et un humanisme républicain, notamment pour l’éducation « objectif prioritaire de l’effort national ») et aussi libéral : « Nous défendons la liberté comme valeur cardinale de la République. ».

Cette foi au progrès tant social et technique s’exprime ainsi : « Nous croyons que la science et l’esprit des Lumières doivent éclairer toutes les politiques publiques et servir de fondement au débat démocratique. ». Et s’exprime aussi ainsi : « Nous croyons que la solidarité nationale est une chance et une nécessité, dont la contrepartie est la revalorisation du travail et du mérite comme piliers d’une société prospère et digne. ».

Dans les "combats", certains sont moins intellectuels et plus vagues, mais permettent de se situer dans l’échiquier politique. Au centre droit : « Nos combattons les extrêmes de tous bords qui dressent les Français les uns contre les autres en agitant les peurs et les mensonges. ». Parmi les pédagogues : « Nous combattons les démagogues qui abaissent la controverse démocratique à un jeu d’invectives et bannissent la raison et la mesure du débat public. ». Et encore plus pédagogues ainsi : « Nous combattons les fossoyeurs de l’universalisme républicain qui enferment l’individu dans des identités réductrices et sèment les ferments de la division et de l’inégalité. ». On voit tout de suite à qui cette phrase s’adresse.

Horizons combat aussi des lubies d’extrême gauche : la décroissance « ruineuse pour la pays et impuissante à répondre à l’urgence climatique », l’esprit de défaite, de repentance et de honte « qui méprise la grandeur du récit national et conduit à nier la possibilité d’une culture et d’une histoire communes, qui font la fierté française ».

Enfin, face à tous les démagogues qui voudraient casser nos institutions héritées du Général De Gaulle, le parti d’Édouard Philippe se place en défenseur intransigeant de la Constitution de la Cinquième République : « Nous défendons la démocratie représentative dans le cadre des institutions de la Ve République qui permettent à chaque citoyen de faire valoir son opinion tout en garantissant la force de gouverner du pouvoir exécutif. ».

Parmi les objectifs du nouveau parti Horizons, il y a aussi implicitement la volonté de rassembler ceux des adhérents de LR qui n’y retrouvent plus ses petits, écartelé qu’est cet ancien parti gouvernemental, entre les sirènes des extrémismes et le constat qu’Emmanuel Macron serait finalement son meilleur représentant.

Cette "nouvelle offre politique" va devoir être claire sur sa loyauté avec Emmanuel Macron, même si des représentants de LREM, du MoDem, de l’UDI, d’Agir (parlementaires issus de LR) et de la France audacieuse (créée par Christian Estrosi, maires et élus locaux issus de LR), étaient présents au Havre. Prendre ses marques : avec cette initiative audacieuse, Édouard Philippe a franchi le Rubicon, tout en voulant prendre une part active à la réélection d’Emmanuel Macron que son ancien Premier Ministre ne considère pas comme acquise. La suite prévue, c’est l’organisation d’un grand congrès fondateur en décembre 2021, peu avant la lancée de la campagne présidentielle …et de la Présidence française de l’Union Européenne.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Manifeste du nouveau parti Horizons (texte intégral).
De nouveaux Horizons avec les sans parti fixe du centre droit.
Édouard Philippe.
Le destin national d'Édouard Philippe.
Emmanuel Macron.
Jean Castex.
François Bayrou.
Jean-Louis Borloo.
Que va faire Édouard Philippe ?
Le grand atout d’Emmanuel Macron.
Antoine Rufenacht.
Alain Juppé.
5 ans d’En Marche.
Cédric Villani.
Alexandre Benalla.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211009-horizons.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/de-nouveaux-horizons-avec-les-sans-236418

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/10/39171685.html








 

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22 juin 2021 2 22 /06 /juin /2021 02:25

« Un cœur viril et courageux trouve jusque dans les revers de la Fortune de quoi ancrer son espérance. » (Guillaume d’Orange).




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Le Président Emmanuel Macron joue au jeu qui perd gagne. Enfin, il ne joue pas, mais il peut bénéficier du jeu. Ce jeu oxymore est quasi-biblique : ce sont les derniers qui seront les premiers, ou encore, dans les Béatitudes, heureux les simples d’esprit, etc.

L’une des analyses électorales communément admises, c’est que le parti présidentiel LREM et le RN ont mordu la poussière, l’un parce qu’il ne représente qu’un électeur sur dix (de ceux qui ont exprimé leur suffrage), ce qui fait une base courte pour un gouvernement, et l’autre parce que l’idée d’une conquête du pouvoir passant d’abord par les régions semble assez mal en point (mais attendons le second tour qui peut encore promettre quelques surprises). La stratégie de normalisation de Marine Le Pen ne paraît pas très efficace, car en devenant un "parti comme les autres", le RN perd son atout populiste, celui de rassembler les mécontents. Le RN est devenu, par excellence, un parti du système. Et cela depuis au moins trente-sept ans.

Quant à Emmanuel Macron, il savait depuis le début que, comme les élections municipales, les élections régionales et départementales ne lui seraient pas favorables. Il a d’ailleurs tout fait pour cela puisque LREM n’a pas la structure d’un parti organisé et bien implanté localement et seules, quelques personnalités s’y retrouvent par leur action locale de longue haleine. Il n’avait d’ailleurs aucun intérêt de repousser les élections régionales trop loin, sauf pour cause sanitaire, car l’été va passer, puis l’hiver, et au printemps 2022, ces élections seront largement oubliées par les électeurs, non qu’ils aient la mémoire d’un poisson rouge (avec Internet, c’est plus difficile), mais parce qu’il y aura bien d’autres sujets politiques qui vont faire surface d’ici à huit mois.

Néanmoins, certains députés LREM ont peur du verdict des prochaines élections législatives l’année prochaine : même en cas de réélection d’Emmanuel Macron, il lui sera peut-être difficile de retrouver une majorité absolue à l’Assemblée Nationale si on reprend les résultats locaux du 20 juin 2021. Mais c’est oublier que ce n’est pas le même scrutin et qu’il y a peu de chance pour que les électeurs qui ont élu un Président ne se mobilisent pas pour lui donner une majorité absolue. C’est ne rien comprendre aux institutions actuelles, et par la même occasion, pour la plupart d’entre eux (députés LREM), c’est ne rien comprendre des raisons qui les ont fait élire en juin 2017.

Parmi le flot des commentaires issus de ce premier tour des élections régionales du 20 juin 2021, il y a eu une analyse qui m’a paru fort pertinente. Elle a été proposée par l’éditorialiste Claude Weill le 22 juin 2021 sur LCI.

Il admet que LREM a perdu les élections régionales, mais que cela fait le jeu politique d’Emmanuel Macron. Soyons bien clairs à ce propos : Emmanuel Macron n’a jamais fait éclater le paysage politique en 2017, le paysage politique a éclaté tout seul et c’est Emmanuel Macron qui a récupéré quelques morceaux, il est juste le bénéficiaire, pas l’auteur (c’est toujours le biais d’une enquête policière : à qui profite le crime ?).

En effet, avec les résultats du premier tour des régionales, la situation peut évoluer à l’avantage d’Emmanuel Macron.

Du côté du RN, manifestement, Marine Le Pen n’a pas réussi à convaincre qu’il était un parti de gouvernement ni de gestion d’exécutifs. Dès le lendemain du premier tour, l’éditorialiste Éric Zemmour a envoyé ses flèches contre la présidente du RN et trouve dans le médiocre score du RN une raison supplémentaire de franchir le Rubicon, se présenter lui-même à l’élection présidentielle. Déjà un sondage (à froid) annonçait 13% d’intentions de vote au premier tour (mais méfions-nous des sondages). Sa candidature ferait éclater le camp nationaliste et ferait nécessairement le jeu d’Emmanuel Macron.

Du côté du LR, on pourrait croire que ces élections vont avantager cet ancien grand parti de gouvernement avec des scores très flatteurs de certains de ses leaders dont trois ont approché voire dépassé les 40% : Xavier Bertrand, Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez. Oui mais non. En cas de réélection de ces trois personnalités dimanche prochain, LR va passer du stade de trop vide au stade de trop plein ! En effet, il aurait été plus utile, dans une stratégie présidentielle, qu’un gagne et les deux autres se plantent, le gagnant étant alors indiscutablement le "leader" pour 2022. Avec trois grandes réélections, cela va réintroduire de fortes tensions et divisions au sein de LREM, chacun des trois cités étant qualifié pour représenter le centre droit à la prochaine élection présidentielle.

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Claude Weill n’a pas poussé le raisonnement plus loin mais on peut aussi en rajouter avec la gauche. La résurrection du clivage LR/gauche, avec une vieille gauche idéologique, pas la gauche sociale-démocrate, mais celle qui a fait peur pendant vingt-trois ans entre 1958 et 1981, a tout pour plaire à Emmanuel Macron. Le mélange hétérogène entre écologistes, socialistes et extrémistes avec des positions divergentes sur de nombreux sujets de société très clivants ne va pas aider la gauche à s’unir à l’élection présidentielle. Au contraire, la démonstration sera probablement faite qu’il y a bien deux gauches irréconciliables et désunies.

Emmanuel Macron semble d’ailleurs bénéficier du fort courant de sympathie pour le mouvement écologiste qui est aussi un mouvement anticapitaliste et qui englue la gauche traditionnelle. Cela peut devenir un chiffon rouge pour électeurs (et les maires écologistes des grandes villes participent involontairement à ce phénomène).

Il reste enfin le mauvais score de son parti LREM. Emmanuel Macron ne comptait pas sur lui et sait que c’est son nom, son action, son expérience présidentielle qui feront ses atouts dans la nouvelle bataille présidentielle. Les anciens Présidents de la République encore en vie (ils ne sont plus que deux) peuvent s’étrangler en voyant la cote de popularité de l’actuel Président dix mois avant le second tour de l’élection présidentielle : à 40%, il surpasse largement ses prédécesseurs Nicolas Sarkozy et surtout François Hollande.

Bref, oui, il y aura des surprises d’ici à l’élection présidentielle, parce qu’il y en a toujours eu, mais elles ne seront peut-être pas au détriment d’Emmanuel Macron qui a bien compris que l’essentiel, aujourd’hui, c’est de réussir le déconfinement, la vaccination et la reprise économique et tout faire pour que le variant delta ne nous empoisonne pas la vie l’automne prochain. C’est sur cela qu’il sera jugé en 2022. Et sur rien d’autre.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 juin 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Régionales 2021 (6) : Emmanuel Macron et le qui perd gagne.
Régionales 2021 (5) : vous avez dit front républicain ?
Suppression des professions de foi lors des élections (28 septembre 2016).
Régionales 2021 (4) : l’abstention, c’est grave, docteur ?
Régionales 2021 (3) : le premier tour, déconfiture ?
Régionales et départementales 2021 (2) : les enjeux.
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Les Républicains et la tentation populiste.
Rapport de Jean-Louis Debré du 13 novembre 2020 (à télécharger).
Avis du Conseil scientifique sur la tenue des élections du 29 mars 2021 (à télécharger).
Régionales et départementales 2021 (1) : à propos de leurs dates et de l’âge du capitaine.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Municipales 2020 (4) : bientôt, la fin d’un suspense.
Municipales 2020 (3) : et le second tour arriva…
Municipales 2020 (2) : le coronavirus s’invite dans la campagne.
Municipales 2020 (1) : retour vers l’ancien monde ?
Régionales 2015 : sursaut ou sursis ?
Les enjeux du second tour des régionales de 2015.
Le premier tour des régionales du 6 décembre 2015.
Les enjeux des élections régionales de décembre 2015.
Les départementales 2015 au second tour.
Les départementales 2015 avant le second tour.
Départementales 2015 : le pire n'est jamais sûr.
Les 4 enjeux nationaux des élections départementales de mars 2015.
La réforme territoriale.
La réforme des scrutins locaux du 17 mai 2013.
Le référendum alsacien.
Le vote par anticipation.
Le vote proportionnel.
Le vote obligatoire.
Le vote électronique.
Vive la Cinquième République !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210624-macron.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/06/25/39030048.html


 

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25 mai 2021 2 25 /05 /mai /2021 01:30

« L’un des enjeux des décennies à venir sera la préservation de notre modèle social ou son abandon. Si on souhaite le préserver, il faudra éviter une partition entre les générations. » (Note de François Bayrou du 17 mai 2021).



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Le président du MoDem et maire de Pau, François Bayrou fête son 70e anniversaire ce mardi 25 mai 2021. En guise de cadeau d’anniversaire qu’il a voulu offrir aux Français, il a lancé un nouveau pavé dans la mare. En effet, il a publié le lundi 17 mai 2021 une nouvelle note de prospective. On ne peut pas dire qu’il usurpe ses fonctions (bénévoles, précisons-le bien) de Haut-Commissaire au Plan, avec un rythme très soutenu de notes, environ une tous les deux mois. Une nouvelle note qui n’hésite pas à créer la polémique en demandant notamment… une (petite) augmentation de l’immigration. Avec cela, il reste dans les valeurs démocrates-chrétiennes de son aîné Bernard Stasi, pour qui l’immigration pouvait être une chance pour la France et l’Europe.

Heureusement qu’il y a eu Emmanuel Macron en 2017. Sans ce dernier, François Bayrou, parce qu’il était programmé pour cela, aurait été candidat à l’élection présidentielle en 2017, encore en 2022 et ainsi de suite et il se serait vite épuisé sans apporter grand-chose au débat national. Il a un alter ego, très éloigné politiquement de lui mais pas si éloigné sur le plan de la trajectoire personnelle : électron libre en perpétuelle candidature présidentielle, qui aime s’écouter parler, Jean-Luc Mélenchon s’épuise encore aujourd’hui à croire au grand soir.

Heureusement, donc, la victoire d’Emmanuel Macron de 2017 a été avant tout la victoire intellectuelle de François Bayrou qui, depuis 2002, a prôné l’existence d’une position centrale qui ne soit ni de droite ni de gauche. Traduction qui a l’air anecdotique mais qui est une grande révolution dans les esprits politiques, pour les élections municipales de 2020, le Ministère de l’Intérieur a multiplié les "étiquettes" des listes : en plus des "divers droite", des "divers gauche" et des "divers" (tout court), il y a eu des "divers centre".

Comme la candidature centrale (je n’ose écrire centriste) est préemptée par Emmanuel Macron, il reste à François Bayrou, depuis 2017, à diffuser ses idées, et surtout, à travailler, enquêter, se documenter grâce à la toute-puissance de l’État (à laquelle il n’avait pas eu accès auparavant car ne faisant pas partie des grands corps de l’État) et à proposer des solutions aux grands problèmes de notre temps.

Certes, on pourra toujours dire qu’une note, moins rigoureuse, moins fouillée, moins précise qu’un rapport, aura quand même la destinée d’un rapport, c’est-à-dire à empiler après un petit service après-vente pendant une semaine dans les médias. Je pense au contraire que ces notes vont être précieuses pour les gouvernements à venir, qu’elles vont même être stratégiques car François Bayrou n’hésite pas à fouiller des sujets qui fâchent, qui font mal, qui blessent. Le nucléaire en a été un exemple ; cette semaine, le modèle social français est un autre exemple. Sa note du 17 mai 2021 a pour titre : "Démographie : La clé pour préserver notre modèle social" (qu’on peut télécharger et lire ici).

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Tentons de présenter correctement le raisonnement très logique de François Bayrou sur ce sujet crucial. Le modèle social français repose sur la solidarité entre les générations : la génération n+1 finance la retraite de la génération n. Mais ce schéma n’est possible que s’il y a beaucoup plus de personnes dans la population active que parmi les retraités. Or, cela nécessite une chose simple : qu’il y ait suffisamment de jeunes pour "supporter", dans le sens anglais de "soutenir" les générations anciennes.

Bien sûr, il ne suffit pas d’être dans la population active pour pouvoir répartir la richesse, encore faut-il avoir un emploi, avoir une rémunération d’une manière ou d’une autre. Le fort taux de chômage met autant à mal la solidarité par répartition que le vieillissement de la population. La note précise que c’est une exception parmi les nations. La plupart des nations ont adopté des systèmes par capitalisation et épargne : chacun épargne pour ses frais futurs (maladie, chômage, retraite) et le vieillissement de la population n’a pas d’incidence directe sur les pensions et la couverture sociale (toutefois, il y a une proportion de la population qui n’a pas de couverture sociale, même en cas de démographie ascendante).

En revanche, le système français par répartition est très sensible aux fluctuations démographiques : « C’est donc une réalité à laquelle nous ne pouvons pas échapper : l’équilibre du système se trouve extrêmement dépendant de l’importance de la population active, du rapport numérique entre actifs et inactifs, que ces derniers soient dans leur enfance, en formation, malades, handicapés, chômeurs ou à la retraite, comme il se trouve absolument dépendant des ressources collectives de la nation, donc de la capacité et de la performance de l’économie sur laquelle repose le financement de ce système social. ». Remarquons toutefois que la note fait une erreur en excluant les chômeurs et les personnes en situation de handicap de la population active, ces derniers restent des actifs, même les personnes malades ou en formation, mais ne sont pas toujours contributrices de recettes (fiscales ou sociales).

La note rappelle aussi que la plupart des pays européens ont une démographie à la baisse, au contraire de la France qui, jusqu’à il y a deux ans, continuait à maintenir une certaine vitalité démographique au point que les projections laissaient entendre pour 2050 ou 2060 que la France serait la première puissance démographique de l’Europe. Le lecteur attentif restera indulgent vis-à-vis de François Bayrou lorsqu’il écrit en 2021 : « dans les années 2050 à 2060, c’est-à-dire à l’horizon d’à peine un quart de siècle », car l’ancien Ministre de l’Éducation nationale n’a jamais été ami avec les chiffres.

François Bayrou reste lucide sur la possibilité d’intégrer de nombreux immigrés pour revitaliser la démographie nationale. Il cite l’exemple de l’Allemagne qui a accueilli dans les années 2010 un million d’immigrés originaires des Balkans (il me semblait que c’étaient plutôt des Syriens et des Irakiens) par besoin de main d’œuvre, ce qui est très différent pour un pays comme la France « souffrant d’un important chômage chronique ». Mais il n’en reste pas moins ceci : « Il y a dans le dynamisme démographique d’un pays la conséquence, et sans doute aussi la source d’un optimisme national. ».

Dans cette note, le Haut-Commissaire au Plan observe que la vitalité démographique de la France s’essouffle depuis deux ans. En 2019, il a manqué 50 000 naissances pour assurer le renouvellement des générations. Le taux de fécondité est de 1,86 en 2019 alors qu’il faudrait qu’il soit de 2,1 pour un renouvellement. En vingt ans, l’âge moyen de la mère à la naissance de son premier enfant est passé de 29 ans à 31 ans (« plus l’âge de procréation est précoce, plus le taux de fécondité est élevé »). La pandémie de covid-19, au contraire des premières intuitions (le confinement aurait eu pour effet un mini-baby-boom), a renforcé cette tendance à la baisse de la natalité. En janvier 2021, il y a eu 13% de naissances en moins qu’en janvier 2020.

Par ailleurs, la France va devenir un pays vieillissant : les plus de 65 ans vont représenter un quart de la population en 2040 et certaines projections les font monter jusqu’à 34% de la population en 2070. L’âge médian pourrait passer de 42 ans en 2020 à 46 ans en 2050. Comparativement, la France vieillit cependant moins vite que les autres pays européens et son taux de centenaires est le plus élevé d’Europe (32,6 pour 100 000 habitants).

Ce vieillissement est préoccupant car il remet en cause l’équilibre de notre système des retraites et il a aussi des conséquences sur des millions de personnes qui doivent accompagner cette population vieillissante (il y a actuellement 4 millions d’aidants informels).

Renforcer l’équilibre entre les générations, c’est donc une nécessité pour notre modèle social : « Pour cela, et comme pour toutes les nations, il n’existe que deux voies : avoir plus d’enfants ou accueillir des personnes d’autres pays. La France devra jouer des deux leviers dans des proportions raisonnables qui garantissent le maintien de la cohésion nationale. ».

L’apport migratoire « doit être accepté et acceptable ». Nul doute que cette question est ultrasensible depuis des décennies en France : « [Elle] est sérieuse et difficile à aborder parce qu’elle mêle des problèmes réels, des fantasmes puissants, des arrière-pensées politiques. ». Au sens de l’ONU, une personne immigrée est une personne née dans un autre pays que celui où elle vit : ils sont une ultraminorité, 260 millions de personnes dans le monde, soit 3,4% de la population mondiale.

Selon cette même définition, il y a en France 12,3% de population immigrée actuellement, soit sensiblement la même proportion dans les autres pays européens. Avec la définition française (une personne immigrée est une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France), ce taux est de 9,9% (ne sont donc plus comptées les personnes nées françaises à l’étranger et vivant en France).

La note soulève aussi une idée reçue : « Contrairement à une idée reçue ou véhiculée, l’immigration n’est pas la cause de notre relative dynamique démographique. ». En effet, les immigrés ne contribuent qu’à 0,1 point au total de l’indice de fécondité (1,86) : « On constate un alignement progressif des populations immigrées dans leur comportement, en termes de fécondité. ».

François Bayrou cite notamment le démographe François Héran, professeur au Collège de France et ancien directeur de l’Ined, qui disait le 4 octobre 2019 à Ivanne Trippenbach de "L’Opinion" : « Une erreur fondamentale est de figer ces écarts de fécondité sur le long terme. On obtient alors une croissance exponentielle de la population immigrée. C’est comme si l’on prophétisait à la fin du siècle la domination démographique de la Guyane sur la métropole, au motif que les Guyanaises ont 3,8 enfants en moyenne. D’où vient l’erreur ? Les amateurs de projection oublient d’introduire dans le calcul une tendance observée de longue date : la convergence des comportements de fécondité entre immigrées et natives au fil du temps. (…) En figeant le réel, [ces projections statiques] produisent un résultat irréel. Une minorité n’envahit pas la majorité sur la base de sa natalité. ». Exit la théorie foireuse du "grand remplacement".

C’est pourquoi, malgré son effet d’annonce, l’immigration ne peut être « la solution au ralentissement de notre démographie ». Cette partie est inscrite en gras : « Il faut accepter que [l’immigration] y prenne sa part mais celle-ci ne sera acceptée que si parallèlement, les conditions sont réunies pour maintenir une ambition démographique dans notre pays. Faire un autre choix serait prendre le risque de déséquilibrer notre société en proie à des questionnements, parfois exprimés violemment, quant à son identité et à son avenir. ».

L’autre volet de la redynamisation démographique du pays, c’est le soutien à la natalité par une politique familiale volontaire : congés parentaux, prestations familiales, accompagnement de la petite enfance…

La note précise : « Avoir un enfant ne doit pas être un fardeau. Cela ne doit pas signifier sacrifier sa vie personnelle et professionnelle et tout ce qui favorise l’articulation entre la vie familiale et la vie professionnelle contribue à la hausse de la fécondité. ». Un pays comme l’Italie s’est rendu compte de cette nécessité de revenir à une politique nataliste après la forte mortalité due au covid-19.

Donc, ce que préconise vraiment François Bayrou est moins une politique d’apport migratoire qu’une véritable politique nataliste basée sur quatre piliers : la globalité (dans tous ses aspects, un seul levier est inefficace) ; la cohérence (les mesures doivent avoir pour objet exclusif le soutien à la natalité, et la lutte contre les inégalités sociales doivent faire l’objet d’autres mesures) ; la continuité (les mesures ne doivent pas être supprimées pour réajuster des déséquilibres financiers conjoncturels) ; enfin, la lisibilité (simplifier, clarifier, communiquer sur les dispositifs dont on peut bénéficier en faisant un enfant).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 mai 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Bayrou a 70 ans.
Note de synthèse du 17 mai 2021 du haut-commissaire au Plan sur la relance de la démographie (à télécharger).
François Bayrou et la préservation du modèle sociale français.
Note de synthèse du 23 mars 2021 du haut-commissaire au Plan sur le programme nucléaire français (à télécharger).
François Bayrou relance le programme nucléaire français.
François Bayrou et l'obsession de la proportionnelle.
Marielle de Sarnez.
François Bayrou sera-t-il le Jean Monnet du XXIsiècle ?
Vive la Cinquième République !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210525-bayrou.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/05/21/38980071.html





 

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10 avril 2021 6 10 /04 /avril /2021 03:29

« Sa démarche est intéressante, elle est giscardienne comme je le fus moi-même ; j’aurais donc pu le soutenir d’autant qu’il est Amiénois. Mais il n’a rien fait pour sa vile. » (Gilles de Robien, le 19 avril 2017).



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Ce jugement sur Emmanuel Macron est incomplet et il faut écouter la suite, sans complaisance : « Et surtout, il a insulté la France en la qualifiant de criminelle contre l’humanité pour ce qu’elle a fait en Algérie. Il ramène ainsi la France au rang de l’Allemagne nazie ce qui est inacceptable. En outre, il estime qu’il n’y a pas de culture française, mais des cultures en France. Il défend ainsi le communautarisme, une France où les villes seraient morcelées en quartiers d’étrangers. C’est exactement le contraire de l’intégration républicaine. ». Il faut relativiser ces propos définitifs, car ils étaient avant tout des propos de campagne qui amplifient les moindres maladresses des adversaires : le premier tour de l’élection présidentielle avait lieu le 23 avril 2017 et il ne soutenait pas le candidat d’En Marche.

L’ancien ministre centriste Gilles de Robien fête ses 80 ans ce samedi 10 avril 2021. Connu pour avoir été député-maire d’Amiens, l’homme qui s’est engagé dans la vie politique entraîné par la campagne présidentielle de Valéry Giscard d’Estaing en 1974, a milité au sein des républicains indépendants puis du Parti républicain (PR), composante de l’UDF. Entre 2002 et 2007, il fut l’unique ministre UDF du Président Jacques Chirac avec qui il avait noués des liens amicaux anciens. VGE, Chirac, UDF et Amiens, voilà les principaux ingrédients de la recette De Robien. À cela, on peut ajouter ses thèmes d’action et de prédilection : Travail, Transport, Logement et Éducation nationale.

Après un baccalauréat de philosophie au lycée Hoche de Versailles et des études de droits, il travailla comme agent d’assurance à 24 ans. Son engagement politique fut giscardien en 1974 (il avait alors 33 ans) et il est rapidement devenu le patron de la fédération de la Somme du PR. Terre de mission pour le centre droit (Amiens était alors communiste), Gilles de Robien s’est présenté sans succès aux législatives de 1978 et de 1981 et aux élections municipales de 1983 où il fut battu par le maire sortant René Lamps, ancien résistant et député communiste, élu depuis 1971 (Maxime Gremetz a succédé à René Lamps dans sa circonscription aux législatives de 1978).

Il faut, je pense, s’arrêter sur ses échecs électoraux aux législatives car cela donne aussi une indication sur une tendance très nette de l’évolution de l’électorat dit de gauche, acquis au principe de l’union de la gauche. Pendant toute la décennie 1970, les électeurs communistes étaient plus nombreux que les électeurs socialistes dans cette terre industrielle. Et c’est à partir de la victoire de François Mitterrand en 1981 que la tendance s’est inversée au profit des socialistes.

Candidat à la première circonscription de la Somme (Amiens) en mars 1978, celle de René Lamps qui ne s’est pas représenté, Gilles de Robien, alors jeune candidat inconnu, a fait un très bon score au premier tour sous l’étiquette UDF (parti de VGE nouvellement réé) avec 34,4% des voix. Au second tour, il a échoué avec 47,3% face au candidat communiste Maxime Gremetz, de la même génération (37 ans). À titre de comparaison au premier tour, en mars 1973, les deux candidats UDR et divers droite totalisaient 37,9% tandis que Gilles de Robien et le candidat RPR ont fait en mars 1978 un peu plus, 41,8%, mais le candidat le plus fort en 1973, un divers droite, l’ancien maire d’Amiens (de 1944 à 1953 et de 1959 à 1971), Maurice Vast, ancien résistant, n’avait obtenu que 22,8% alors que Gilles de Robien a eu 10 points de plus.

En 1959, Maurice Vast, qui était alors SFIO, avait rompu avec les socialistes et s’était rapproché du centre droit et de l’UNR. Réélu en 1965, il s’est fait balayer en 1971 par la liste d’union de la gauche menée par René Lamps, qui l’avait vaincu à toutes les législatives entre 1962 à 1973 (René Lamps lui-même avait été battu par Maurice Vast aux municipales à Amiens en 1959 et en 1965).

En juin 1981, Gilles de Robien fut renvoyé en troisième position au premier tour, avec seulement 26,2%, dépassé par le candidat socialiste arrivé en tête avec 34,8% et par le député sortant Maxime Gremetz 28,6% qui s’est désisté au second tour selon les accords entre PS et PCF (Gilles de Robien, qui s’était qualifié pour le second tour, a échoué à 39,4% face au seul candidat socialiste). Maxime Gremetz ne retrouva son siège de député qu’en mars 1993 au second tour avec 50,3% face à un autre candidat UDF, battant avec 20,1% dès le premier tour le député sortant PS qui s’est effondré à 13,7%.

Aux municipales à Amiens en mars 1983, Gilles de Robien a été sur la liste UDF-RPR qui a obtenu 43,8% au premier tour et qui fut battue au second tour avec 48,0% (face à la liste de René Lamps). En vertu de la nouvelle loi électorale permettant aux minorités d’être représentées au conseil municipal, Gilles de Robien fut élu conseiller municipal d’opposition d’Amiens. Il resta conseiller municipal jusqu’en mars 2008.

Pourquoi ai-je autant détaillé ces résultats électoraux ? Pour expliquer que Gilles de Robien était loin d’être un héritier en politique et plutôt un conquérant dans des terres électorales hostiles, ce qui lui a donné beaucoup de respectabilité vis-à-vis des instances nationales. Avant d’avoir gagné une élection, il fut donc considéré comme un candidat à fort potentiel et fut élu député de la Somme en mars 1986 grâce au scrutin proportionnel. Il fut sans arrêt réélu jusqu’en juin 2007 où il ne s’est pas représenté.

À partir de juin 1988, Gilles de Robien ne s’est pas représenté à la première circonscription (trop à gauche) mais à la deuxième circonscription de la Somme, circonscription de tradition gaulliste mais gagnée par le PS en 1981, où il a pu se faire élire en juin 1988 au second tour (42,6% au premier tour et 52,6% au second tour), en mars 1993 presque dès le premier tour (49,9% au premier tour et 76,1% au second tour), en juin 1997 au second tour (41,4% au premier tour et 55,0% au second tour), enfin en juin 2002 dès le premier tour (50,3%). En juin 2007, il ne s’est pas représenté mais son suppléant, Olivier Jardé (NC), qui l’avait remplacé de 2002 à 2007, a été élu avec 45,7% au premier tour et 52,8% au second tour, mais ce dernier fut battu par Barbara Pompili (EELV-PS) en juin 2012 avec un écart de moins de 700 voix (Olivier Jardé a eu 35,5% au premier tour et 49,2% au second tour, Barbara Pompili 34,1% et 50,8%).

En juin 2017, cette circonscription s’est macronisée : Barbara Pompili (investie par LREM) a obtenu 40,7% au premier tour. En deuxième place, le candidat FI avec 14,3%, puis Olivier Jardé (NC) qui s’est effondré à 12,5%, le candidat FN à 11,0%, Hubert de Jenlis, candidat de l’UDI-LR soutenu par Gilles de Robien à 10,1% et le candidat PS à 5,7%. Au second tour, Barbara Pomili a triomphé avec 61,9%. Gilles d Robien avait soutenu l’éventualité de la candidature d’Hubert de Jenlis aux élections municipales de 2014.

De 1986 à 2002, Gilles de Robien a donc été député de la Somme et a fait un travail très assidu, profitant de ce mandat parlementaire pour faire avancer ses idées. Il fut notamment vice-président de l’Assemblée Nationale d’avril 1993 à juin 1995 et de juin 1997 à septembre 1998.

Bien que dit "de centre droit", il a pris des positions favorables, en novembre 1999, au vote des étrangers aux élections municipales (ce qui me paraît contraire à la Constitution étant donné que les élus municipaux participent à l’élection des sénateurs), mais aussi et surtout, en 1995, à la réduction du temps de travail, mesure généralement préemptée par une gauche sans repère et sans programme. Il a d’ailleurs réussi à faire adopter la loi n°96-502 du 11 juin 1996 tendant à favoriser l’emploi par l’aménagement et la réduction conventionnels du temps de travail (dite loi Robien), qui encourageait la diminution du temps de travail pour soit éviter des licenciements soit faire de nouvelles embauches. Cette loi est donc le précurseur de la loi sur la réduction de temps de travail défendue par Martine Aubry un an plus tard après la victoire de la gauche en juin 1997 (Gilles de Robien, maire "voisin" de Martine Aubry, maire de Lille, avait soutenu en 1993 l’initiative de cette dernière en faveur de la fondation Agir contre l’exclusion).

1996, ce fut une période "faste" pour le parlementaire Gilles de Robien (il fut même désigné "Parlementaire de l’année 1996"). Il a présidé l’important groupe UDF à l’Assemblée Nationale (215 membres sur 577) du 18 mai 1995 au 12 juin 1997, prenant la succession de Charles Millon nommé ministre. En fait, Gilles de Robien aurait pu être nommé Ministre du Travail en 1995, mais cela ne s’est pas fait. Une fois retourné dans l’opposition, François Bayrou, futur président de l’UDF, lui a succédé à la tête du groupe UDF.

Bien que membre du PR/DL (Démocratie libérale, la suite du PR), Gilles de Robien s’est éloigné de son collègue Alain Madelin qui avait fermé les yeux avec les alliances tacites des présidents de conseil régional sortants PR avec le FN aux élections régionales de mars 1998 (en particulier Charles Millon, Jacques Blanc, Jean-Pierre Soisson, qui ont été exclus du groupe UDF). Gilles de Robien s’est présenté contre Alain Madelin le 24 juin 1997 pour devenir le premier président de Démocratie libérale, il a obtenu 37,3% face à Alain Madelin élu avec 59,9%. DL a quitté l’UDF le 16 mai 1998.

À l’instar de François Léotard, Gérard Longuet, Jean-Pierre Fourcade, Alain Lamassoure, Bernard Lehideux, Rudy Salles, Claude Gaillard, François Sauvadet, Bruno Joncour, André Soulier et Patrick Mignola (l’actuel président du groupe MoDem à l’Assemblée Nationale), le 17 août 1998, Gilles de Robien a cofondé le PRIL (Pôle républicain indépendant et libéral), l’antenne DL restée au sein de l’UDF. Le député-maire d’Amiens a même déchiré sa carte du DL en direct à la télévision, le 14 août 1998 dans le journal de 13 heures sur France 3, pour s’opposer à l’adhésion de Jacques Blanc à DL : « DL commet une faute morale ! ».

Je reviendrai sur l’action nationale de Gilles de Robien, mais intéressons-nous maintenant à son implantation locale. Gilles de Robien est connu pour avoir été longtemps maire d’Amiens, élu à trois reprises, et il fut aussi le président d’Amiens Métropole (communauté d’agglomération) de 1994 à 2008.

Tête de la liste de l’opposition unie aux municipales de mars 1989, Gilles de Robien a joui de la désunion de la gauche, puisque le maire sortant René Lamps fut concurrencé par une liste socialiste. Au premier tour, la liste UDF-RPR a fait 41,0%, largement en tête devant la liste communiste 27,7% et la liste socialiste 18,5%. Avec une liste divers droite ayant obtenu 8,0%, la victoire de Gilles de Robien était probable au second tour, qu’il a effectivement eue avec 55,9%. Gilles de Robien fut réélu en juin 1995 dès le premier tour avec 57,0%, puis en mars 2001 également dès le premier tour avec 52,1%. Gilles de Robien fut ainsi maire d’Amiens du 24 mars 1989 au 27 juin 2002 et du 29 mars 2007 au 21 mars 2008 (il fut maire adjoint de 2002 à 2007 en raison de ses responsabilités ministérielles).

Aux municipales de mars 2008, Gilles de Robien fut battu par la gauche : sa liste NC-UMP a obtenu 38,9% au premier tour en ballottage défavorable (tandis que la liste PS a eu 41,4%) et en raison d’un mauvais report des voix de la candidate du MoDem (5,8%), la liste de la municipalité sortante a été largement battue avec 43,8% contre 56,2% à la liste d’union de la gauche. Gilles de Robien, élu conseiller municipal d’opposition, a démissionné rapidement.

Aux municipales de mars 2014, celle qui avait été maire pendant qu’il exerçait ses fonctions ministérielles, Brigitte Fouré (menant une liste d’union UDI-UMP-MoDem) fut élue au second tour avec 50,4% dans une triangulaire en battant la liste de gauche (33,8%). Elle avait obtenu 44,8% au premier tour. Menant une nouvelle liste d’union UDI-LR-LREM-MoDem-Agir, Brigitte Fouré a été réélue aux municipales de 2020 au second tour avec 45,8% dans une triangulaire (aussi en tête au premier tour avec 29,9%). Depuis 2014, Brigitte Fouré (UDI) et Alain Gest (UMP puis LR) se partagent les responsabilités, l’une maire et l’autre président de l’agglomération, une séparation des deux fonctions que contestait Gilles de Robien au nom de l’efficacité.

Sur trois mandats, pendant dix-neuf ans (1989 à 2008), Gilles de Robien était donc à la tête d’Amiens ou y avait une influence prépondérante. Il a été très souvent encensé dans sa gestion de la ville, ses réélections dès le premier tour pouvaient d’ailleurs l’attester : ville la plus sportive, Marianne d’Or, meilleur maire, parmi les villes les mieux gérées de France, Amiens et son maire n’ont cessé de collectionner les trophées prestigieux pour les maires.

Gilles de Robien, alors ministre important du gouvernement, a également tenté de "conserver" la région Picardie en mars 2004. Il avait été élu conseiller régional de mars 1992 à mars 1998 et en 2004, il fut la tête de liste UDF-UMP. Le conseil régional était alors présidé par Charles Baur (depuis 1986 et entre 1976 et 1978), qui était parvenu à se faire réélire en 1998 grâce à une bienveillance tacite avec le FN (ce qui l’a fait exclure de l’UDF). Dans les listes menées par Gilles de Robien, on peut citer Caroline Cayeux et Élodie Gossuin dans l’Oise, Brigitte Fouré dans la Somme et Aude Vandorme dans l’Aisne. Arrivées en tête du premier tour avec 32,3%, ces listes ont néanmoins été battues au second tour avec 35,8% en raison d’une triangulaire et du ralliement des listes communistes de Maxime Gremetz aux listes socialistes qui ont obtenu 45,6% (et les listes du FN 18,7%). Élu conseiller régional, Gilles de Robien a démissionné quelques semaines plus tard.

Parallèlement, l’activité nationale de Gilles de Robien était intense. Le 16 juin 1998, Gilles de Robien a tenté de retrouver la présidence du groupe UDF à l’Assemblée Nationale. Au premier tour, il est arrivé en deuxième position avec 19 voix derrière Philippe Douste-Blazy 27 voix (15 voix à François Sauvadet et 8 autres à deux autres candidats) et fut battu au second tour avec 30 voix par Philippe Douste-Blazy 39 voix.

Gilles de Robien est resté fidèle à l’UDF, le nouveau président de celle-ci (élu le 16 septembre 1998), François Bayrou, en a fait l’un de ses plus proches alliés au sein de l’appareil UDF. Un congrès de l’UDF a eu lieu le 1er décembre 2001 à Amiens pour rendre officielle la candidature de François Bayrou à l’élection présidentielle. Ce dernier nomma Gilles de Robien son directeur de campagne.

La création de l’UMP et le choc de la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour ont bouleversé le paysage politique. Une grande partie des parlementaires de l’UDF a rejoint l’UMP. Gilles de Robien n’a pas été de ceux-là mais néanmoins, il a accepté d’être ministre de Jacques Chirac qui venait d’être réélu.

Tandis que François Bayrou et plus généralement, l’UDF ont adopté une attitude de quasi-opposition entre 2002 et 2007, l’UDF était paradoxalement présente dans les gouvernements de Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin par l’intermédiaire de Gilles de Robien nommé Ministre de l’Équipement, des Transports, du Logement, du Tourisme et de la Mer du 7 mai 2002 au 31 mai 2005 (aussi de l’Aménagement du territoire à partir du 31 mars 2004), puis Ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche du 31 mai 2005 au 15 mai 2007.

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Dans son premier ministère très technique (Logement, Transports, etc.), Gille de Robien a laissé une nouvelle fois son nom à une loi importante, la loi n°2003-590 du 2 juillet 2003 urbanisme et habitat, qui a encouragé les investissements dans le logement locatif (avec le "dispositif Robien" reprenant d’autres dispositifs fiscalement incitatifs). Elle a imposé aussi des remises aux normes des ascenseurs dans les immeubles (mesure prise à la suite de plusieurs accidents mortels dont un à Amiens). Il a fait aussi adopter une loi pour sécuriser les piscines de particuliers et réduire le nombre de noyades dans ces piscines.

Par ailleurs, il a abandonné le projet du gouvernement de Lionel Jospin de construire un troisième aéroport parisien dans la Somme (près de Chaulnes). Il a créé une "liste bleue" pour déconseiller certaines compagnies aériennes peu scrupuleuses de la sécurité de leurs passagers. Conformément à la volonté présidentielle exprimée le 14 juillet 2002, il a installé les premiers milliers de radars automatiques pour faire respecter les limitations de vitesse (avec un bilan très positif de sécurité routière, plus de 10 000 vies ont été sauvées en cinq ans). Répondant aux questions de Françoise Vaysse et Jean-Michel Gradt, Gilles de Robien a déclaré dans "Le Moniteur" du 17 décembre 2004 : « La sécurité routière est (…) une vraie réussite du gouvernement. En deux ans et demi, nous sommes passés de 8 000 à 5 000 morts par an. Mais, au-delà des chiffres, il est très satisfaisant de voir à quel point la culture des Français se modifie sur cette question au profit d’une conduite apaisée et respectueuse des règles. ».

Dans son second ministère (Éducation nationale), Gilles de Robien a signé l’arrêté du 24 mars 2006 modifiant l’arrêté du 25 janvier 2002 fixant les programmes d’enseignement de l’école primaire qui a promu la méthode syllabique d’acquisition de la lecture et du langage : « Au début du cours préparatoire (…), un entraînement systématique à la relation entre graphèmes et phonèmes doit être assuré afin de permettre à l’élève de déchiffrer, de relier le mot écrit à son image auditive et à sa signification possible. Il est indispensable de développer le plus vite possible l’automatisation de la reconnaissance de l’image orthographique des mots. Cet apprentissage exige de conjuguer lecture et écriture (…). ».

En application de la loi n°2005-102 du 11 février 2005 "pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées", Gilles de Robien a pris le 31 août 2005 des mesures pour scolariser les enfants en situation de handicap.

La fidélité de Gilles de Robien à l’UDF n’a pas réussi à soutenir la contradiction avec la stratégie autonomiste de François Bayrou qui l’a suspendu le 14 juin 2005 de ses responsabilités à l’UDF (son maintien comme ministre UDF était contesté par la plupart des militants de l’UDF). Après un nouveau soutien à la candidature de François Bayrou à l’élection présidentielle de 2007 au Conseil national de l’UDF du 10 juin 2006, Gilles de Robien a finalement soutenu le 1er avril 2007 la candidature de Nicolas Sarkozy.

Toutefois, Nicolas Sarkozy n’a pas reconduit Gilles de Robien au gouvernement et lui-même ne s’est pas représenté aux législatives de juin 2007. Il n’a pas non plus réussi à se faire réélire maire d’Amiens en mars 2008 et s’est retiré de la vie politique locale. Peut-être les électeurs ont-ils regretté son éloignement d’Amiens ?

En effet, Gilles de Robien fut nommé par Nicolas Sarkozy ambassadeur chargé de promouvoir la cohésion sociale du 5 octobre 2007 au 5 janvier 2015, ainsi que délégué de la France au conseil d’administration de l’Organisation internationale du travail (OIT) du 1er août 2007 au 31 décembre 2014 (confirmé à ce poste par François Hollande le 27 juin 2014). À ce titre, il présida la 99e conférence internationale du travail en juin 2010. Il fut le candidat de la France pour occuper la fonction de directeur général de l’OIT, mais il a échoué au sixième tour le 28 mai 2012, avec 4 voix de retard, au profit d’un syndicaliste britannique. Il "se contenta" alors de présider le conseil d’administration de l’OIT du 15 juin 2012 au 21 juin 2013.

Lors de la primaire LR de novembre 2016, Gilles de Robien a soutenu la candidature de François Fillon et a continué à le soutenir pendant la campagne présidentielle de 2017 malgré son "affaire". Quelques jours avant le premier tour, le 19 avril 2017, il déclara : « Je trouve disproportionnées les attaques dont il fait l’objet. On lui doit la présomption d’innocence. Surtout, il a le courage de dénoncer les menaces qui pèsent sur la France, notamment le radicalisme extrême, et de vouloir réaliser les réformes nécessaires au redressement de notre pays. ».

Sur recommandation de Gilles de Robien, une première avenue Valéry Giscard d’Estaing a été inaugurée à Amiens le 2 février 2021 en présence de la maire Brigitte Fouré, du président de l’agglomération Alain Gest, du président du conseil régional des Hauts-de-France Xavier Bertrand et de l’ancien député et fils de l’ancien Président Louis Giscard d’Estaing. En quelque sorte, Giscard fut l’alpha et l’oméga de la dense carrière politique de Gilles de Robien…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Philippe Douste-Blazy.
Gilles de Robien.
Alain Madelin.
Jean-Louis Borloo.
François Bayrou.
Olivier Stirn.
Marielle de Sarnez.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210410-gilles-de-robien.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/gilles-de-robien-vge-chirac-l-udf-232191

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/07/38908640.html








 

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7 avril 2021 3 07 /04 /avril /2021 03:01

« Je n’ai pas, en l’état, toute l’énergie nécessaire pour remplir complètement mes responsabilités (…). J’ai donc décidé de mettre un terme à mes fonctions et mandats. » (Jean-Louis Borloo, le 6 avril 2014).




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Quand j’ai lu la teneur de cette lettre où il démissionnait complètement de la vie politique, j’ai eu très peur. Des frissons. Sa santé vacillait et les rumeurs les plus folles laissaient comprendre le pire absolu. Alors, quelle joie, exactement sept ans plus tard, quelle merveilleuse joie de pouvoir lui souhaiter un joyeux anniversaire ! Jean-Louis Borloo fête en effet son 70e anniversaire ce mercredi 7 avril 2021. Mine de rien, il fait partie de ceux qui ont été ministres parmi les plus longs de la République…

Comment évoquer Jean-Louis Borloo si ce n’est ouvrir tous les tiroirs en même temps d’une vie si riche qu’il y a plusieurs Borloo en un. Son look un peu négligé pouvait servir de repoussoir, mais l’esprit brouillon aide à la liberté de créer, d’imaginer. Distrait ? Simple. Je me rappelle une minute extraordinaire : je l’écoutais dans un meeting lors d’une université d’été, il me semble, et soudain, son téléphone se mit à sonner (ou quelqu’un est venu lui apporter un petit papier, j’ai un doute avec les dates). Il s’est alors interrompu et a lu le papier (ou écouté son combiné). Grand silence. Des larmes et un sourire ont alors envahi son visage. Il venait de devenir, pour une nouvelle fois, père. Joie simple mais efficace. Son discours ? Il ne l’a jamais repris !

Toutes les portes s’ouvrent chez lui. Une attention particulière à l’humain. Un touche-à-tout dans sa vie professionnelle qui l’a conduit autant au football qu’à la politique. Un vrai acteur. Un créateur. Pas un théoricien, mais un homme de terrain, un homme du concret, simple, finalement, même s’il est beaucoup plus intellectuel qu’il ne le montre. Marié à la Reine Zabo de l’audiovisuel public. Scout fasciné par la Chine de Mao.

Des études déjà touche-à-tout : certes, avocat, mais aussi MBA à HEC, et encore des études d’histoire, de philosophie, d’économie, de finances. Une incroyable volonté de s’ouvrir. Pas scientifique mais bossant avec des ingénieurs qu’il a recrutés. La trentaine à peine effleurée, le voici un avocat d’affaires parmi les plus rémunérés du monde, selon "Forbes" ! Il a enseigné à HEC l’analyse financière. Spécialisé dans les entreprises en difficulté, les transmissions, fusions, acquisitions. Parmi ses clients, une célèbre grande gueule qui a récemment fait parler d’elle, à Pâques, bien involontairement : Bernard Tapie.

Très vite, les succès se sont enchaînés. En 1986, il fut appelé pour sauver le club de football de Valenciennes, en faillite, ce qu’il fit. Valenciennes était alors une ville en perdition. Chômage à 40% (de mémoire, ordre de grandeur). Le virus de la politique fut inoculé : le voici menant une liste apolitique aux élections municipales de Valenciennes en mars 1989, et il a gagné au second tour avec 76%. Toujours réélu. Jean-Louis Borloo fut donc maire de Valenciennes de mars 1989 à juin 2002, puis élu premier adjoint ou simple conseiller municipal jusqu’en mars 2014 (il ne voulait pas cumuler avec ses fonctions ministérielles).

Grâce à Jean-Louis Borloo et à ses mandats ultérieurs (européens et nationaux), le Valentinois a bénéficié tant des aides européennes que d’une réindustrialisation (implantation de l’usine de Toyota en 1999 dans l’agglomération de Valenciennes). En juin 1989, il a étonné tous les centristes lorsque fut révélée la composition de la liste centriste de Simone Veil aux élections européennes : son numéro deux était cet inconnu de la classe politique, Jean-Louis Borloo, tandis que les candidatures se bousculaient, après l’épisode des Rénovateurs. Comme en juin 1984, les élections européennes de juin 1989 ont été l’occasion de mettre en piste dans la vie politique nationale de jeunes maires plein d’avenir. C’était le cas pour Jean-Louis Borloo qui fut ensuite élu député (national) du Nord de mars 1993 à sa démission, en avril 2014, réélu sans discontinuer pendant cette vingtaine d’années.

Centriste Jean-Louis Borloo ? Assurément… mais avant tout, atypique. Il encouragea la création de Génération Écologie par Brice Lalonde et Noël Mamère (avec Haroun Tazieff) au début des années 1990. Il se présenta aux élections régionales du Nord-Pas-de-Calais le 22 mars 1992 en menant une liste centriste écologiste. Les résultats furent très confus en l’absence de majorité. Cinq grandes forces se partageaient le conseil régional : sur 113 sièges, la gauche menée par un ministre important, Michel Delebarre, avait 42 sièges ; l’alliance UDF-RPR menée par Jacques Legendre 26 sièges ; le FN mené par Carl Lang 15 sièges ; les listes de Jean-Louis Borloo 14 sièges ; Les Verts 8 sièges et Génération Écologie 6 sièges (et 2 sièges pour Chasse pêche nature et traditions). Aucune majorité absolue. Après deux tours d’un duel entre candidat PS et candidat RPR à la présidence du conseil régional, Jacques Legendre a eu l’idée de s’effacer derrière Jean-Louis Borloo qui pouvait attirer vers lui les élus écologistes. Michel Delebarre a alors été le plus malin en s’effaçant aussi derrière Marie-Christine Blandin, élue Vert, qui a ramené à elle toute la gauche et tous les élus écologistes et fut couronnée présidente de région (la première femme et la première écologiste).

À cette époque, Jean-Louis Borloo a montré un talent politique exceptionnel, faisant bouger les lignes politiques, renversant le jeu politique classique. Il a tenté une seconde fois de conquérir le conseil régional le 15 mars 1998, il est arrivé en deuxième position, devant les listes UDF-RPR "officielles", faisant en tout 35 sièges, tandis que la gauche en a obtenu 42 (comme dans le conseil régional sortant), le FN 18 sièges, Les Verts 9, LO 7 et CPNT 2. Jean-Louis Borloo fut ainsi, par sa performance électorale, belle mais insuffisante, le champion du centre droit, battu par la gauche.

Les expériences locales ou régionales de Jean-Louis Borloo ne pouvaient que déboucher sur des responsabilités nationales. Pendant longtemps, il a été jaloux de son indépendance politique, au point de siéger entre 1993 à 1997 dans le groupe parlementaire présidé par Jean Royer rassemblant administrativement les "non inscrits" (constituer un groupe apporte davantage de moyens pour exercer le mandat de député). À partir de juin 1997, toutefois, Jean-Louis Borloo s’est engagé au sein de l’UDF, avec l’étiquette Force démocrate (qui a succédé au CDS en 1995). Parti qui lui ressemblait le plus : démocrate-chrétien avec des aspirations sociales. Jusqu’en 2002, il fut l’un des piliers de la Nouvelle UDF et en 2001, le porte-parole du candidat François Bayrou à l’élection présidentielle de 2002.

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"Récupéré" par le Président Jacques Chirac, le mot est fort ("récupéré") mais c’était un peu le sentiment de l’époque, car ce fut un véritable divorce avec François Bayrou. Ce dernier avait démarré une stratégie autonomiste qui allait aboutir à l’élection de l’électron libre Emmanuel Macron en 2017, alors qu’au contraire, l’électron libre Jean-Louis Borloo "se rangeait". Le "oui" à un poste ministériel, tout à fait compréhensible pour un homme d’action, l’a fait quitter l’UDF pour rejoindre l’UMP et (en 2003), le Parti radical qui était un parti satellite de l’UMP.

A commencé alors une longue carrière ministérielle sous la Présidence de Jacques Chirac puis de Nicolas Sarkozy, les deux séduits par la personnalité de Jean-Louis Borloo. Il fut ainsi nommé Ministre délégué à la Ville et à la Rénovation urbaine du 7 mai 2002 au 31 mars 2004, puis Ministre de l’Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale du 31 mars 2004 au 18 mai 2007, puis Ministre de l’Économie, des Finances et de l’Emploi du 17 mai 2007 au 19 juin 2007, enfin, Ministre d’État, Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire du 19 juin 2007 au 13 novembre 2010 (de l’Énergie à partir du 18 mars 2008, de la Mer à partir du 23 juin 2009).

Parmi ses actions ministérielles, Jean-Louis Borloo a fait adopter la loi n°200-710 du 1er août 2003 d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine (plus connue sous le nom de loi Borloo), qui a apporté un budget massif pour rénover les logements dans les quartiers délaissés. Le plan de cohésion sociale présenté le 30 juin 2004 ainsi que la loi n°2005-32 du 18 janvier 2005 de programmation pour la cohésion sociale ont permis de faire redescendre le chômage de 10% à 7,7%. Ces actions l’ont rendu très populaire dans l’électorat.

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En 2007, son soutien à la candidature de Nicolas Sarkozy lui a assuré son maintien au gouvernement. D’abord à l’Économie et aux Finances, mais sa maladresse de parler de TVA sociale entre les deux tours des élections législatives de juin 2007 ont fait perdre à la majorité plusieurs dizaines de sièges et il fut donc "exfiltré" de Bercy comme le fut, en 1995, Alain Madelin. Ce poste va mal aux bouillonnements d’idées. Il fut recyclé comme numéro deux du gouvernement de François Fillon à l’Écologie, avec titre de Ministre d’État, et c’est à partir de lui que l’Écologie est devenue (parfois) une attribution ministérielle très politique. Il remplaçait Alain Juppé qui, ayant échoué dans sa circonscription bordelaise, devait quitter le gouvernement parce que désavoué par les électeurs.

Le bilan de Jean-Louis Borloo de trois ans et demi au Ministère de l’Écologie est probablement plus dense que celui de tous ses successeurs pour la plupart étiquetés écologistes. Il a en particulier organisé le Grenelle de l’Environnement en 2007, aboutissant à deux grandes lois de programmation (loi n°2009-967 du 3 août 2009 et loi n°2010-788 du 12 juillet 2010) qui ont le but de répondre à l’urgence écologique.

Le discours très sécuritaire de Nicolas Sarkozy le 30 juillet 2010 à Grenoble a refroidi les ardeurs des centristes à rester au gouvernement. Pourtant, pendant presque six mois à cette époque, les rumeurs disaient que Jean-Louis Borloo serait nommé à Matignon. Conseillé par Édouard Balladur, François Fillon s’est accroché et a eu finalement gain de cause, ce qui amena Jean-Louis Borloo à refuser de rester au gouvernement. Très attaché à lui, Nicolas Sarkozy lui aurait proposé d’aller aux Affaires étrangères, à la Justice ou encore de rester à l’Écologie.

Présidant le Parti radical à partir de 2005, Jean-Louis Borloo a fait quitter ce parti de l’UMP en avril 2011 mais il n’a pas franchi le Rubicon et très tôt, le 2 octobre 2011, il a renoncé à se présenter à l’élection présidentielle, son espace politique étant réduit entre Nicolas Sarkozy et François Bayrou. Le 22 octobre 2012, Jean-Louis Borloo a cofondé l’Union des démocrates et indépendants (UDI) dont il a pris la présidence, sous la bienveillance de Simone Veil, de Pierre Méhaignerie et de Valéry Giscard d’Estaing, et même des proches de François Bayrou. Le 5 novembre 2013, une alliance entre UDI et MoDem fut signée par Jean-Louis Borloo et François Bayrou pour présenter des listes communes aux élections européennes de mai 2014. Pour la première fois, les deux hommes, au lieu de rivaliser, ont ajouté leurs forces.

Son retrait brutal de la vie politique l’a dirigé vers une nouvelle vie après son lent rétablissement. Il s’est alors investi dans le continent africain, considérant qu’il était absolument indispensable que l’Afrique, le continent de l’avenir, avec une forte natalité, puisse avoir au moins l’eau courante et l’électricité courante. Il a mis en place des projets concrets ainsi qu’une fondation pour les financer. Par ailleurs, de décembre 2016 à mai 2020, Jean-Louis Borloo a été nommé membre du conseil d’administration de l’entreprise chinoise Huawei Technologies France, refusant toutefois d’en prendre la présidence qu’on lui avait offerte en juillet 2019.

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Le 30 avril 2017, Jean-Louis Borloo a soutenu très activement la candidature d’Emmanuel Macron (rappelons qu’un différent personnel séparait Jean-Louis Borloo de son ancien Premier Ministre François Fillon, candidat en 2017), et il fut missionné le 14 novembre 2017 par le nouveau (jeune) Président pour présenter un plan pour la politique de la ville mais son rapport, présenté le 26 avril 2018, ne fut pas suivi d’action.

J’ai mis en titre "boîte à occasions perdues" parce que Jean-Louis Borloo n’a pas su aller jusqu’au bout d’une démarche politique nationale, à savoir, une candidature à l’élection présidentielle ou la pérennisation d’une formation politique centriste. Lui était fédérateur et a presque su réunifier un centre lessivé sinon disloqué par trois élections présidentielles 2002 (UMP), 2007 (MoDem) et 2012 (victoire de l’opposition). Après son départ et avec l’arrivée d’Emmanuel Macron dans le paysage politique, qui a créé ex nihilo une formation centriste issue de nulle part, jamais les centristes n’ont été aussi divisés qu’en ce moment. On regrettera donc que le pouvoir actuel n’a pas su "utiliser" mieux et plus respectueusement la grande énergie créative de Jean-Louis Borloo. Bon anniversaire et bonne santé !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapport Borloo remis le 26 avril 2018 sur le développement des quartiers en France (à télécharger).
Jean-Louis Borloo.
Vers un rassemblement des centristes.
François Bayrou.
Olivier Stirn.
Marielle de Sarnez.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210407-borloo.html




http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/04/38901526.html






 

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