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26 juillet 2022 2 26 /07 /juillet /2022 05:12

« Le jour du dépassement mondial, c’est aujourd’hui. Le jour du dépassement pour la France, c’est le 5 mai. Et il ne faudrait pas qu’en communiquant sur le 28 juillet, on se dise : on a finalement que 156 jours de dépassement. Si on vivait tous comme des Français, à l’échelle mondiale, le jour du dépassement serait le 5 mai, je le redis, et il nous faudrait 2,9 planètes. » (Christophe Béchu, le 28 juillet 2022 sur LCI).




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Ce jeudi 28 juillet 2022 est le jour du dépassement de la Terre. C’est un jour de l’année calculé par une ONG américaine, le Global Footprint Network, à partir duquel on a fini de consommer l’ensemble des ressources que la planète est capable de regénérer pendant une année. En quelque sorte, en tant que rentiers de la planète, c’est le jour de l’année à partir duquel on ne vit plus des intérêts (ou des dividendes) mais carrément du capital (qui se réduit donc).

On pourra toujours discuter de la manière de calculer cette date, c’est le rapport entre la biocapacité (capacité de production biologique de la Terre) et l’empreinte écologique de l’humanité. Il y a certainement d’autres méthodes de calcul et, je le répète, ici, tout est discutable dans les détails, mais dans la tendance, cela signifie, et intuitivement, on peut l’imaginer, qu’on dilapide le capital planétaire sans lui permettre de "respirer". C’est une manière de communiquer, on pourrait aussi dire que l’humanité aurait besoin d’environ 1,7 planète comme la Terre pour vivre sans dilapider les ressources naturelles. En d’autres termes, nous, humains, vivons au-dessus de nos moyens. Mais nous le savions déjà.

Notons que cette notion n’a rien à voir avec le bouleversement climatique, enfin, presque rien, puisque la pollution censée engendrer ce bouleversement compte quand même dans la part de dilapidation de la planète. Entre autres effets, les réserves minières en chute libre et la biodiversité en danger.

Ce qui est plus intéressant, car donner cette date de manière brutale n’a pas beaucoup d’intérêt sinon de nourrir l’anxiété déjà bien entretenue des populations sur le devenir de la planète, c’est d’en connaître l’évolution.

La perfection serait que cette date soit le 31 décembre 2022, c’est-à-dire, que pendant toute l’année 2022, l’humanité n’ait dépensé comme ressources planétaires que celles que la planète est capable de reproduire par elle-même, naturellement. Mais le second principe de thermodynamique interdit en fait cette perfection (l’entropie est toujours strictement positive dans la réalité). En 1971, il y a plus de cinquante ans, cette date était le 25 décembre (et en apprenant cela, l’anxiété redouble d’intensité).

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Avec la rationalisation de l’industrie et de l’agriculture, la globalisation des échanges et plus généralement de l’économie, un accroissement de la consommation mondiale (qui, insistons là-dessus, a amélioré les conditions de vie de la plupart des Terriens et qui a fait augmenter leur espérance de vie), cette date n’a jamais cessé (en tendance lourde) de reculer jusqu’à ce 28 juillet 2022. J’indique pour les tendances, car de manière ponctuelle, il peut y avoir quelques exceptions vertueuses, en particulier lors des deux chocs pétroliers (1973 et 1979), la crise financière de 2008 et bien sûr, la crise sanitaire du covid-19 (passage du 29 juillet en 2019 au 22 août en 2020). Les vertus pour les uns (moins de pollution) sont des vices pour les autres (paupérisation, chômage, etc.).

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En 2022, on a eu une toute petite amélioration par rapport à 2021 (30 juillet) en raison de la crise du pétrole et du gaz. Globalement, la plupart des pays savent qu’il faut faire un effort pour préserver la planète, mais cette prise de conscience est rarement suivie d’effets efficaces rapidement. En continuant ainsi, le jour de dépassement serait le 28 juin en 2030.

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Bien entendu, il y a aussi une grande disparité selon les pays. Ainsi, pour prendre deux extrêmes, en 2018, le jour du dépassement était le 9 février pour le Qatar et le 16 décembre pour le Maroc, le 20 décembre pour le Vietnam. On peut aussi, comme je l’ai indiqué plus haut, donner l’information en nombre de Terres qu’il faudrait si toute l’humanité vivait comme le pays donné (il suffit de faire une règle de 3) : pour l’Australie et les États-Unis, il faudrait cinq planètes Terre, tandis que l’Inde ne nécessiterait que 0,6 planète (il n’y aurait donc pas de jour de dépassement). Le problème, c’est que 86% de la population mondiale vit dans des pays qui ont besoin de plus d’une planète. Parmi les pays les plus polluants, on peut citer : la Russie, les États-Unis, le Canada, l’Australie.

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Et la France dans tout cela ? Le jour du dépassement était bien plus tôt que le 28 juillet, le 5 mai 2022 (en 1961, c’était le 30 septembre). Cela signifie qu’il faudrait 2,9 planètes Terre pour pouvoir regénérer les ressources naturelles. Il faut cependant se méfier des chiffres. Si tous les pays se comportaient comme la France, il faudrait certes 2,9 planètes Terre, certes, mais la France n’utilise que 1,8 fois plus que ce que la biocapacité de la France peut lui fournir.

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La France se situe dans la moyenne des pays du même genre, un peu au-dessus du Royaume-Uni, du Japon, de l’Italie et de l’Espagne, un peu en dessous de l’Allemagne, de la Suisse, etc. En 2018, on considérait que la France avait cumulé une dette écologique de 33 ans depuis 1961.

Autre évidence : la France ne représente pas grand-chose par rapport à l’ensemble des autres pays du monde. Par conséquent, si la France seule fait un effort, il n’y aura pas un énorme progrès écologique. C’est donc bien un effort mondial concerté qui est nécessaire, et c’est l’objet des COP.

Depuis 2017, le jour de dépassement s’est stabilisé au 5 mai en France et ne pourrait pas s’améliorer mieux que de quelques jours avec les mesures déjà prises antérieurement. Il faut donc impulser de nouveaux comportements. C’état ainsi l’objet de la présence de Christophe Béchu à la matinale de LCI du 28 juillet 2022.

Christophe Béchu est devenu l’une des figures montantes de la vie politique (il a été longtemps un jeune espoir). Secrétaire général de Horizons, le parti de l’ancien Premier Ministre Édouard Philippe, depuis le 9 octobre 2021, il est depuis le 4 juillet 2022 l’important Ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, succédant à Amélie de Montchalin battue aux dernières législatives, après avoir été nommé Ministre délégué chargé des Collectivités territoriales le 20 mai 2022.

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À 48 ans, Christophe Béchu, avocat de formation, engagé longtemps à l’UMP, est un vieux routier de la vie politique. Conseiller municipal à 21 ans, adjoint et conseiller général à 24 ans, il a été élu à 29 ans le plus jeune président du conseil général (de Maine-et-Loire) de 2004 à 2014. Malgré le soutien de l’ancien maire socialiste Jean Monnier et un accord avec le MoDem, Christophe Béchu a échoué de peu à conquérir la mairie d’Angers en mars 2008 face au maire socialiste sortant. Élu député européen en 2009, conseiller régional des Pays de la Loire de 2010 à 2011, sénateur de 2011 à 2017, il a finalement été élu maire d’Angers en 2014, réélu en 2020, fonction qu’il vient d’abandonner au profit de son ministère. Il a soutenu Alain Juppé à la primaire LR de 2016. S’il n’est pas forcément spécialiste de l’écologie, il connaît parfaitement les problématiques des collectivités territoriales.

Sur LCI, Christophe Béchu s’est montré alarmiste sur le chemin à parcourir, et a affirmé : « Les ONG vous disent : si on prend un certain nombre de mesures fortes, on peut reprendre un mois, à l’échelle de notre pays. ».

Et ces mesures nombreuses, lesquelles sont-elles ? C’est de faire 700 000 rénovations thermiques urbaines par an, c’est de diminuer la part de l’automobile dans les transports, d’augmenter la part des véhicules électriques, augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique, de limiter l’étalement urbain, faire 25% de terres bio, de réduire de moitié l’utilisation des pesticides, de manger moins de viande, etc. : « Quand vous mettez tout ça bout à bout (…), on est capable de gagner trente-cinq jours. ».

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Christophe Béchu a rappelé aussi que l’engagement international de la France, ce n’est pas seulement de limiter le déficit à 3% (engagement européen), mais aussi de suivre la trajectoire carbone qui demande de réduire de 55% en 2050 les émissions de carbone par rapport à 1990 : « Le sujet de ce jour du dépassement, c’est qu’il a une vertu énorme : c’est cette capacité pédagogique à faire prendre conscience aux gens de l’importance des efforts collectifs que nous avons à faire. Ce qui nous manque, aujourd’hui, malgré les décisions qui ont été prises, c’est une cohérence dans une trajectoire qui permette d’expliquer aux Français que les choix que nous faisons, que les réorientations que nous décidons, que les décisions politiques que nous prenons, elles visent à diminuer le réchauffement climatique, à reculer le jour du dépassement et à faire en sorte qu’on puisse préserver une planète qui soit davantage viable. ».

Le ministre a conclu sur la nécessaire unité des Français pour adhérer à ces mesures de salubrité planétaire : « Il faut faire attention à ne pas être dans un discours d’ayatollah dans lequel, au motif qu’on a des enjeux monstrueux autour de la transition écologique, on en finirait par considérer que la fin du monde justifierait de ne pas se préoccuper totalement de la fin du mois. Parce que la vérité, c’est que pour enclencher cette transition écologique (…), il faut que tous les Français soient en capacité aussi d’enclencher cela. (…) Toute la difficulté, c’est comment on accompagne les Français les plus fragiles, les plus modestes pour ne pas avoir des explosions de budget qui provoquent aussi des explosions sociales, sans dévier d’une trajectoire dans laquelle nous devons sortir des énergies fossiles. (…) Plus on opposera les deux, plus on risquera de faire de la transition écologique un champ de bataille dans un pays qui a besoin d’apaisement et qui a besoin d’unité surtout sur ce sujet. (…) Il ne faut pas une écologie d’invectives, il ne faut pas une écologie de slogans, il faut une écologie de solutions et d’actions. C’est la raison pour laquelle je suis là. ».

Ceux qui fustigeaient Christophe Béchu parce que son CV ne comportait aucune action écologique particulière vont pouvoir se rendre compte que, la limitation du cumul des mandats aidant, l’ancien maire d’Angers est totalement à fond dans la réalisation de ses objectifs de transition écologique. Sa charge mentale est à 100% sur ce sujet, et il semble avoir la capacité à convaincre les Français que c’est le meilleur chemin à prendre pour préserver l’avenir. Il restera aussi à convaincre un Parlement un peu éclaté et très pollué par des postures politiciennes.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 juillet 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
28 juillet 2022 : jour du dépassement de la Terre.
Christophe Béchu.
Climatisation : faut-il sanctionner les portes ouvertes ?
Agnès Pannier-Runacher.
Essence : le chèque de 100 euros.
La relance du programme nucléaire.
Heure d’hiver : le dernier changement ?
La preuve par la canicule ?
La COP26.
L’industrie de l’énergie en France.
Le scandale de Volkswagen.







https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220728-christophe-bechu.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/07/28/39574358.html






 

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21 juillet 2022 4 21 /07 /juillet /2022 05:42

« Une République de l’engagement, celle qui s’adresse à toutes les petites filles de notre pays. C’est donc avec beaucoup d’émotion que je prends la parole après vous, sous l’œil bienveillant de la première femme élue à la Présidence de l’Assemblée Nationale. Ce sont encore deux femmes qui me succéderont à cette tribune. Quel symbole au regard de l’histoire de France et des combats qui nous ont précédés, au regard du mépris et des quolibets qu’ont dû, ici, supporter tant de femmes parlementaires et ministres ! » (Aurore Bergé, le 6 juillet 2022 dans l’hémicycle).




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Et de poursuivre : « Le temps des femmes est venu et c’est historique. Le temps des femmes est venu et il durera. Soyez assurés que nous saurons user de nos nouvelles responsabilités avec bienveillance, mais surtout avec pugnacité. Ce qui nous intéresse, ce n’est pas être les premières, mais de nous inscrire dans le temps long. (…) Nous sommes collectivement dépositaires d’un héritage, la Constitution de la Cinquième République ; moi-même comme l’ensemble des députés de mon groupe y restons fidèles. Fidèles à celui qui l’a inspirée : le Général De Gaulle. Fidèles à ceux qui l’ont fait évoluer : Jacques Chirac, Lionel Jospin, Nicolas Sarkozy. Fidèles au subtil équilibre des pouvoirs prévu par notre texte fondamental : un Président légitime, un gouvernement qui a les moyens d’agir, une Assemblée Nationale ayant la capacité de légiférer en toute liberté. Voilà le cadre commun : non pas le blocage ni l’idée bien peu républicaine que les résultats des élections peuvent être contestés dans la rue, mais cette Cinquième République qui nous fait, qui nous tient et que, dans cette majorité présidentielle, nous voulons faire vivre. ».

Cette femme qui s’adressait ainsi à la Première Ministre Élisabeth Borne, première oratrice dans le débat qui a suivi la déclaration de politique générale du gouvernement le mercredi 6 juillet 2022, c’est Aurore Bergé, députée de Rambouillet, qui, à 35 ans, a obtenu son bâton de maréchal.

Connue pour son ambition dévorante, réélue aux législatives de juin 2022 avec 63,3% face à un candidat de la Nupes, Aurore Bergé a en effet été élue le 22 juin 2022, dès le premier tour, présidente du groupe Renaissance (ex-LREM), avec 88 voix sur 153 (57,5%) contre Guillaume Vuilletet, Rémy Rebeyrotte et Stella Dupont. C’était une première dans l’histoire de la République et dans l’histoire du Parlement, puisqu’il n’y avait encore jamais eu de femme élue à la présidence du premier groupe de l’Assemblée, groupe majoritaire (ici composé de 172 membres et apparentés). Un ministre confiait au journal "Le Parisien" : « Elle tient sa revanche, c’est mérité ! ». Aurore Bergé avait fait une campagne active auprès des députés LREM pour ce scrutin.

Aurore Bergé, élue pour son premier mandat parlementaire en juin 2017 avec 64,8% contre le député sortant Jean-Frédéric Poisson, investi par LR, avait déjà cherché à conquérir la présidence du groupe LREM. Le 9 septembre 2020, elle avait déstabilisé l’ancien Ministre de l’Intérieur Christophe Castaner en le mettant en ballottage, avec 81 voix sur 269 (30,1%) face à Christophe Castaner (35,1%), François de Rugy (21,9%) qui a soutenu Aurore Bergé au second tour et Coralie Dubost (9,7%). Toutefois, Aurore Bergé avait dû s’incliner le lendemain au second tour avec seulement 45,3% mais elle n’avait que 25 voix de retard sur celui qui aurait dû être incontesté. En juin 2022, la situation était un peu différente puisque Christophe Castaner avait été battu aux législatives.

Comme elle l’indiquait en introduction à son discours du 6 juillet 2022, Aurore Bergé n’est pas la seule présidente femme de groupe, car les trois groupes les plus importants de cette législature sont effectivement présidés par une femme : avec Renaissance, les groupes RN et FI sont également présidés par une femme, respectivement Marine Le Pen et Mathilde Panot.

La majorité présidentielle s’est ainsi dotée d’un trio de choc qui va être stratégique pour les cinq prochaines années : Élisabeth Borne, Première Ministre et chef de la majorité, Yaël Braun-Pivet au perchoir et Aurore Bergé, l’exécutante, chef opérationnelle des députés de la majorité.

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Pour Aurore Bergé, c’est l’étape logique dans une carrière qu’elle veut prometteuse. En effet, "animal politique" et grande communicante, elle s’est engagée dans la vie politique très tôt au sein de l’UMP, dès 2002 (elle avait 16 ans) pour répondre à la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Étudiante à l’UNI, elle a travaillé auprès de Roselyne Bachelot députée européenne, qu’elle a retrouvée un peu plus tard ministre et, aux côtés de l’ancien ministre Pierre Moscovici, témoin de son mariage avec un futur député socialiste. Elle, UMP considérée comme à l’aile gauche pour son libéralisme sociétal, a tenté de gravir les échelons électifs.

À la succession du maire historique de Versailles (où elle a vécu) Étienne Pinte, aux élections municipales de mars 2008, Aurore Bergé n’a pas été élue car elle était sur la mauvaise liste, la liste UMP officielle tandis que la liste DVD menée par François de Mazières a gagné la bataille. Elle n’est pas élue non plus aux élections régionales sur la liste de Valérie Pécresse en mars 2010 car trop éloignée des places éligibles.

On s’est beaucoup moqué d’Aurore Bergé sur ses soutiens successifs au sein de l’UMP. Ainsi, en 2007, elle a soutenu Nicolas Sarkozy, éblouie par le dynamisme du futur Président de la République. Elle a été proche de Valérie Pécresse et de Pierre Bédier en raison de son ancrage local : Pierre Bédier était le président du conseil général des Yvelines dans ces années-là (entre 2005 et 2009 et depuis 2014), Valérie Pécresse était présidente de la fédération UMP des Yvelines et était la députée de son lieu d’ancrage. En automne 2012, face à Jean-Pierre Copé (pourtant proche de Pierre Bédier), Aurore Bergé a soutenu François Fillon dans la conquête de la présidence de l’UMP. Néanmoins, en 2013, elle a défendu Nadine Morano et Jean-François Copé, ainsi que Nicolas Sarkozy.

Encouragée par Valérie Pécresse, elle s’est présentée aux élections municipales de Magny-les-Hameaux en mars 2014 (elle s’y est installée l’année précédente) pour mener la liste UMP-UDI, mais a échoué face au maire socialiste sortant (proche de Benoît Hamon) avec seulement 41,8%. Elle fut toutefois élue conseillère municipale et aussi conseillère de l’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines. Elle tenta une place éligible sur la liste UMP de la région Île-de-France aux élections européennes de mai 2014 mais n’y est pas parvenue à cause de sa position en faveur du mariage pour tous.

En automne 2014, elle a apporté son soutien à Nicolas Sarkozy à la présidence de l’UMP face à …Bruno Le Maire, tandis qu’en 2016, proche de l’ancien Premier Ministre Alain Juppé, elle a soutenu… Nathalie Kosciusko-Morizet à la primaire LR de novembre 2016, NKM qu’elle avait aussi activement soutenue aux élections municipales à Paris en mars 2014. Après la victoire à la primaire de François Fillon, elle l’a soutenu …avant de finalement quitter LR et de rejoindre LREM le 14 février 2017 pour soutenir Emmanuel Macron et en devenir l’une de ses porte-parole officieuses (et très médiatiques).

Après la victoire d’Emmanuel Macron, elle fut logiquement investie aux élections législatives, mais pas dans sa circonscription "naturelle", la 2e des Yvelines, celle de Valérie Pécresse (Jean-Noël Barrot, actuel ministre, y allait être élu député LREM), plutôt dans la 10e des Yvelines, celle de Rambouillet, le fief de Gérard Larcher et aussi l’ancienne circonscription de Christine Boutin. Elle fut alors soutenue par Emmanuel Macron, Nicolas Hulot, Alain Juppé et Erik Orsenna.

En mars 2020, elle a tenté de ravir la municipalité de Rambouillet dans une liste LREM où elle était en 4e place, mais la liste menée par son suppléant s’est retrouvée seulement en troisième position au second tour avec 16,1% et n’a obtenu que trois élus. En revanche, elle a été élue conseillère régionale de l’Île-de-France en juin 2021 en tant que tête de la liste LREM des Yvelines.

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Son credo se résume en quatre mots : libérale, progressiste, féministe et européenne. Depuis cinq ans comme députée, Aurore Bergé n’est pas restée inerte et a beaucoup communiqué, s’est engagée sur beaucoup de sujets, était présente dans de nombreux médias et débats, au point d’agacer même ses camarades de la majorité qui la considèrent comme faisant partie de l’aile droite de LREM (après avoir fait partie de l’aile gauche de LR !).

Ses prises de position claires ont clivé : sur la laïcité (interdiction des voiles pour les parents accompagnateurs de sorties scolaires), sur la PMA, sur l’allongement du délai pour l’IVG, etc. Elle a beaucoup travaillé aussi sur l’audiovisuel public au point de présenter le 4 octobre 2018 quarante propositions pour une nouvelle régulation de l’audiovisuel (dans le cadre de ses travaux au sein de la commission des affaires culturelles et de l’éducation et d’une mission sur la révision de la loi du 30 septembre 1986 dont elle était la rapporteure). Le 17 février 2020, elle a présenté soixante propositions pour promouvoir une politique d’émancipation artistique et culturelle.

Présidente du groupe d’amitié France-Israël depuis mai 2019, Aurore Bergé était régulièrement pressentie comme future membre du gouvernement à chaque remaniement, en particulier en juillet 2020, lors de la formation du gouvernement de Jean Castex, beaucoup de rumeurs indiquaient qu’elle serait nommée secrétaire d’État auprès de Roselyne Bachelot chargée de la réforme de l’audiovisuel, mais la Ministre de la Culture aurait écarté sa nomination.

Ce n’est que partie remise : présidente du groupe politique le plus important d’une Assemblée qui n’a pas de majorité absolue, son poids parlementaire a été considérablement renforcé et son importance politique est désormais du même ordre que celle de celle de Jean-François Copé entre juin 2007 et novembre 2010. D’autant plus qu’en supervisant l’ensemble de la majorité présidentielle, elle ne devient plus la cliveuse mais la rassembleuse.

Aurore Bergé a terminé son discours du 6 juillet 2022 par la ligne directrice de ce que sera le comportement des députés Renaissance : « Nous serons loyaux et fidèles au Président de la République et au projet qui nous a conduits ou reconduits ici. Certains nous diront soumis, mais cela ne nous empêchera pas de réaffirmer notre loyauté et notre fidélité, loin des caricatures. Nous sommes libres de mener nos combats politiques en faveur de nouvelles conquêtes sociales pour les Français. On nous dira affranchis, mais cela ne nous empêchera pas d’engager des actions, ni de faire des propositions, fidèles en cela au mandat que les Français nous ont confié. Nous l’avons déjà fait, sans jamais sombrer dans la démagogie, mais en croyant résolument au rassemblement et au dépassement politique. Les membres du groupe que j’ai désormais l’honneur de présider emprunteront ce chemin de crête, "en même temps" du temps parlementaire, déterminés et sereins. J’en sais l’exigence et la complexité, j’en sais surtout la nécessité, pour que les Français nous jugent utiles, pour eux et pour leurs enfants. Je le répète, ils ont choisi d’élire une Président fort et une Assemblée forte. (…) En 1967, le Président De Gaulle déclarait : "Un jour viendra, sans doute, où notre Constitution avec tout ce qu’elle implique sera devenue comme notre seconde nature". Il nous appartient désormais, par nos sens des responsabilités, par la pratique de notre mandat, de lui donner raison. Car cela correspond à nos convictions et, surtout, au verdict des urnes. ».

Dans cette configuration sans majorité absolue où les négociations pour trouver un compromis pour avancer sur des textes essentiels, la présence massive des femmes dans le jeu parlementaire est sans aucun doute bienvenue et un atout pour les prochaines années qui s’avèrent délicates. Et Aurore Bergé n’aura pas la dernière place dans cet édifice subtil.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 juillet 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Braun.
Jean-Louis Bourlanges.
Jean-Yves Le Drian.
Richard Ferrand.
Aurore Bergé.
Emmanuel Macron.
Yaël Braun-Pivet.
Élisabeth Borne.
François Bayrou.
Édouard Philippe.
Jean Castex.
Bruno Le Maire.
Pap Ndiaye.
Damien Abad.
Gabriel Attal.
Agnès Buzyn.
Olivier Véran.
Anne-Christine Lang.
Roselyne Bachelot.
Éric Dupond-Moretti.
Barbara Pompili.
Gérald Darmanin.
Laurent Hénart.
Jean-Louis Borloo.
Marielle de Sarnez.
Jean-Michel Blanquer.
Amélie de Montchalin.
Brigitte Macron.
Romain Goupil.
Daniel Cohn-Bendit.
Jean-Paul Delevoye.
Christophe Castaner.
Gérard Collomb.
Nicolas Hulot.
Benjamin Griveaux.
Thierry Breton.
Franck Riester.
Didier Guillaume.
Nicole Bricq.
Sylvie Goulard.
Nathalie Loiseau.
Patrick Strzoda.
Sarah El Haïry.
Olivia Grégoire.
Brune Poirson.
Christelle Dubos.
Claude Malhuret.
Christian Estrosi.
Renaud Muselier.
François de Rugy.
5 ans d’En Marche.
Marisol Touraine.
Cédric Villani.
Alexandre Benalla.
Robert Hue.
Jacques Delors.
Dominique de Villepin.
François Léotard.
Bertrand Delanoë.
Manuel Valls.
Jean-Pierre Chevènement.
Jean-Pierre Raffarin.
Éric Woerth.
Nicolas Sarkozy.
Le projet présidentiel 2022 du candidat Emmanuel Macron.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220622-aurore-berge.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/aurore-berge-sera-t-elle-un-jour-242777

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/06/30/39539247.html






 

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1 juillet 2022 5 01 /07 /juillet /2022 05:54

« Ces pensées formaient comme un brouillard dans son intelligence peu propre à la méditation, et il restait debout, cherchant à y voir clair. En ce moment apparut dans la rue une figure pour laquelle il éprouvait une violente antipathie (…). Tout le monde a fait de ces rêves pleins d’événements qui représentent une vie entière, et où revient souvent un être fantastique chargé de mauvaises commissions, le traître de la pièce. » (Balzac, "César Birotteau", 1837).




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En l’occurrence, cet "être fantastique chargé de mauvaises commissions" était Mélanie Thomin, enseignante de français de 38 ans, élue le 19 juin 2022 députée Nupes-PS de la 6e circonscription du Finistère, celle de Jean-Yves Cozan et de Kofi Yamgnane. Avec 50,9% des voix, elle a battu le député sortant Richard Ferrand qui fête son 60e anniversaire ce vendredi 1er juillet 2022.

Pour Richard Ferrand, c’est un peu l’histoire de César Birotteau en politique. Il n’est plus rien alors qu’il y a à peine un mois, il était le quatrième personnage de l’État, l’un des dirigeants suprêmes de la coalition majoritaire Ensemble et responsable du parti macroniste LREM. Symbole des premiers grognards du Président Emmanuel Macron, Richard Ferrand représentait trop le quinquennat précédent pour ne pas mobiliser ses adversaires dans une circonscription qui a souvent donné des résultats très serrés entre un candidat de centre droit et un candidat de centre gauche.

Pas breton mais aveyronnais (il est né à Rodez et y a passé une partie de son enfance), Richard Ferrand a adhéré au PS en 1980, attiré par François Mitterrand. À l’origine journaliste puis conseiller en communication, il fait partie de ces personnes complètement dédiées à la vie politique, apparatchik. Collaborateur du ministre Kofi Yamgnane (aux Affaires sociales) en 1991, il l’a suivi sur les terres bretonnes après son passage au gouvernement. L’ancien ministre lui a alors trouvé un job, directeur général des Mutuelles de Bretagne en 1998.

Parallèlement, Richard Ferrand s’est fait élire conseiller général du Finistère de mars 1998 à mars 2011 (Christian Traodec lui a succédé, également vainqueur de la mairie de Carhaix-Plouguer face à lui en mars 2001 et mars 2008) et conseiller régional de Bretagne de mars 2010 à juin 2021 (où il fut battu). Au conseil régional, il n’a jamais vraiment eu de courant qui passait avec le président, Jean-Yves Le Drian. Richard Ferrand était aussi vice-président du conseil général et président du groupe PS au conseil régional.

Pendant toutes ces années de militantisme et de socialisme bretonnant, Richard Ferrand s’est plutôt positionné à l’aile gauche du PS, soutenant la candidature à l’élection présidentielle de l’ancien Président de l’Assemblée Nationale Henri Emmanuelli, puis celle de François Hollande en 2007 (pas candidat), enfin celle de Martine Aubry en 2012. Si les personnes soutenues n’ont jamais été candidates à l’élection concernée, elles étaient toutes premier secrétaire du PS au moment de la campagne (c’est ainsi que justifiait Richard Ferrand a posteriori son positionnement, le légitimisme et pas l’aile gauche). Cependant, pendant le quinquennat de François Hollande, Richard Ferrand était considéré comme un député "frondeur" jusqu’en octobre 2014.

Entre-temps, effectivement, après une infructueuse tentative en juin 2007 (où il avait échoué avec 49,8% des voix), Richard Ferrand a réussi à se faire élire député PS du Finistère en juin 2012 avec 58,4% des voix. Le Premier Ministre de l’époque Manuel Valls l’a nommé en mission auprès du Ministre de l’Économie Emmanuel Macron du 3 octobre 2014 au 4 novembre 2014, afin de préparer la réforme des professions réglementées (ce fut la loi Macron ou loi n°2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques dont il fut le rapporteur général). Les arrière-pensées de Manuel Valls étaient de "mouiller" les frondeurs du PS afin d’avoir le soutien de tout le groupe socialiste. Mal lui en a pris, car c’est par ce travail commun avec Emmanuel Macron qu’il est devenu l’un des rares parlementaires (avec Christophe Castaner) à avoir soutenu le futur Président de la République.

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En effet, dès octobre 2016, Richard Ferrand a apporté son soutien à la candidature d’Emmanuel Macron, et fut bombardé secrétaire général d’En Marche (futur LREM). Après la victoire d’Emmanuel Macron à l’Élysée, il fut nommé Ministre de la Cohésion des territoires dans le premier gouvernement d’Édouard Philippe. S’il fut réélu député en juin 2017 avec 56,5% malgré la présence d’un candidat soutenu par le PS, il n’a pas fait partie du second gouvernement d’Édouard Philippe (comme François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard), à cause d’une mise en cause personnelle dans une affaire judiciaire. Pourtant, pendant toute la campagne présidentielle, Richard Ferrand ne s’était pas privé de charger le concurrent François Fillon sur l’honnêteté et la probité.

À la demande d’Emmanuel Macron, Richard Ferrand fut élu président du groupe LREM à l’Assemblée Nationale le 25 juin 2017, un groupe pléthorique de 308 députés (il a eu 306 voix), souvent novices en politique et qui ne se connaissaient pas. Richard Ferrand leur a servi de "guide" pour leurs premiers pas au Palais-Bourbon. Peu présent dans les travaux parlementaires, il était le rapporteur général de la réforme des institutions avec Yaël Braun-Pivet, présidente de la commission des lois.

Profitant de la démission du ministre Nicolas Hulot, Richard Ferrand est parvenu à conquérir ce qu’il convoitait le 12 septembre 2018 : la Présidence de l’Assemblée Nationale. Pour remplacer le ministre démissionnaire, Emmanuel Macron a opportunément nommé François de Rugy, libérant ainsi le perchoir. Son élection a été très laborieuse. Il a d’abord subi une primaire au sein du seul groupe LREM où il affrontait Barbara Pompili (proche de François de Rugy), Cendra Motin (députée de l’Isère proche d’Édouard Philippe) et Philippe Folliot (proche de Jean Arthuis). Yaël Braun-Pivet avait tenté de se présenter mais elle a subi certaines pressions "amicales" pour y renoncer.

Mécontents de ne pas avoir été associés à cette primaire, les députés du MoDem ont présenté la candidature de leur président, Marc Fesneau, qui a obtenu un score bien plus important que celui de son groupe politique, 86 voix, dont des dizaines du groupe LREM (ce bon score l’a conduit à bientôt être nommé au gouvernement). Ce 12 septembre 2018, Richard Ferrand a évité de justesse le second tour en recueillant seulement 254 voix sur 484 suffrages exprimés (et 505 votants, dont 21 blancs ou nuls), ce qui était fort peu (à seulement 10 voix de la majorité absolue). Annie Genevard (LR) a obtenu 95 voix, l’ancienne ministre Ericka Bareigts (PS) 31 voix et Mathilde Panot (FI) 17 voix.

Dans son discours à la suite de son élection au perchoir, le nouveau Président a déclaré : « Notre institution est sacrée, et je veillerai de toute mon énergie à sa vigueur comme au respect qu’elle appelle, sans lesquels notre République serait mise à mal. Nos débats sont souvent passionnés, et nos comportements, généreux d’enthousiasme, disons-le ainsi. Veillons ensemble à ce que les passions légitimes qui nous animent ne dégradent pas l’idée que nos compatriotes peuvent se faire de nous collectivement. Veillons à ce que la pertinence soit toujours mieux entendue que la seule impertinence. ». Apparemment, ce message n’a pas été entendu, puisqu’il y a eu plus d’abstention aux élections législatives suivantes qu’aux précédentes, après ses trois ans et demi de Présidence de l’Assemblée.

Pendant ces trois ans et demi, ce fut l’apogée de la carrière politique de Richard Ferrand : jamais il n’a eu autant d’influence sur la vie politique nationale, avec une oreille attentive du Président de la République. Mais peu apprécié par la classe politique, contesté pour son affaire judiciaire qui l’a empêché de revenir au gouvernement (mais pas d’aller au perchoir). Il fut battu aux élections régionales de juin 2021 puis fut battu aux élections législatives de juin 2022 : à ses 60 ans, le voici sans aucun mandat électif. En quelque sorte, Jean-Luc Mélenchon a décidé pour lui : la retraite à 60 ans !


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Sylvain Rakotoarison (28 juin 2022)
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Pour aller plus loin :
Jean-Yves Le Drian.
Richard Ferrand.
Aurore Bergé.
Emmanuel Macron.
Yaël Braun-Pivet.
Élisabeth Borne.
François Bayrou.
Édouard Philippe.
Jean Castex.
Bruno Le Maire.
Pap Ndiaye.
Damien Abad.
Gabriel Attal.
Agnès Buzyn.
Olivier Véran.
Anne-Christine Lang.
Roselyne Bachelot.
Éric Dupond-Moretti.
Barbara Pompili.
Gérald Darmanin.
Laurent Hénart.
Jean-Louis Borloo.
Marielle de Sarnez.
Jean-Michel Blanquer.
Amélie de Montchalin.
Brigitte Macron.
Romain Goupil.
Daniel Cohn-Bendit.
Jean-Paul Delevoye.
Christophe Castaner.
Gérard Collomb.
Nicolas Hulot.
Benjamin Griveaux.
Thierry Breton.
Franck Riester.
Didier Guillaume.
Nicole Bricq.
Sylvie Goulard.
Nathalie Loiseau.
Patrick Strzoda.
Sarah El Haïry.
Olivia Grégoire.
Brune Poirson.
Christelle Dubos.
Claude Malhuret.
Christian Estrosi.
Renaud Muselier.
François de Rugy.
5 ans d’En Marche.
Marisol Touraine.
Cédric Villani.
Alexandre Benalla.
Robert Hue.
Jacques Delors.
Dominique de Villepin.
François Léotard.
Bertrand Delanoë.
Manuel Valls.
Jean-Pierre Chevènement.
Jean-Pierre Raffarin.
Éric Woerth.
Nicolas Sarkozy.
Le projet présidentiel 2022 du candidat Emmanuel Macron.

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30 juin 2022 4 30 /06 /juin /2022 04:21

« Fidèle à sa méthode faite de discrétion et d’efficacité, Le Drian a travaillé ses dossiers, évitant les rodomontades à la Kouchner ou les initiatives malencontreuses d’un Ayrault n’aboutissant à rien (..). Il est vrai que face à l’inexpérience de Macron, Le Drian bénéficiait déjà d’un solide réseau tant à Washington qu’auprès des généraux en Algérie, des chefs d’État en Afrique noire et dans les pays du Golfe. » (Hubert Coudurier, "Le Télégramme" du 30 décembre 2017).



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L’ancien ministre Jean-Yves Le Drian fête son 75e anniversaire ce jeudi 30 juin 2022. Il n’est pas si "ancien" que cela puisque, malgré l’âge avancé (avec lui, c’est la retraite à 75 ans), il vient juste de quitter son ministère le 20 mai 2022 avec la formation du nouveau gouvernement.

Pendant dix ans, bénéficiant d’une remarquable popularité, Jean-Yves Le Drian a été parmi les premiers-ministrables récurrents de la vie politique. Militant socialiste depuis 1974, il a quitté le PS pour rejoindre LREM en 2018. Malgré une grande amitié pour François Hollande, il s’est éloigné de lui pour s’investir au service du candidat Emmanuel Macron à partir du 23 mars 2017 après avoir soutenu Manuel Valls au sein du PS en 2017 (et Ségolène Royal en 2007). Il est l’un des derniers grands dinosaures de la politique de "l’ancien monde", celui où l’on était un seigneur féodal dans son fief breton, et parfois, un cumulard (dans le temps et en même temps).

En fait, Jean-Yves Le Drian s'était rapproché d'Emmanuel Macron dès l'automne 2016, furieux contre son ami Président de la publication du livre "Un Président ne devrait pas dire ça" de Gérard Davet et Fabrice Lhomme où les deux journalistes ont reproduit des documents secret défense révélés par François Hollande. Prudent, il était resté dans la loyauté avec le PS en soutenant Manuel Valls, mais son cabinet avait déjà pris des contacts avec Emmanuel Macron ...et aussi avec François Fillon. Pendant la campagne en 2017, Emmanuel Macron lui a promis qu'il resterait au Ministère de la Défense où il jouissait d'une grande autonomie et de nombreux réseaux, mais finalement, au moment de la formation du gouvernement, il le nomma au Quai d’Orsay dont il ne connaissait rien, dans le cadre d'une reprise en main présidentielle de ces deux ministères (très autonomes sous François Hollande, confiés à Jean-Yves Le Drian et Laurent Fabius).

Breton, il l’est depuis toujours : né à Lorient, Jean-Yves Le Drian a passé son agrégation d’histoire en 1971 à Rennes, et côtoyait d’autres étudiants, Bernard Poignant, futur maire de Quimper, et Jean-Michel Gaillard. Tous les trois furent subjugués par François Mitterrand et ont adhéré au PS. À 29 ans, Jean-Yves Le Drian a obtenu son premier mandat, celui d’adjoint au maire de Lorient en mars 1977. Mais ce fut surtout l’année suivante qu’il a pris son envol électif en se faisant élire député du Morbihan à 30 ans en mars 1978 : le député socialiste sortant ne se représentait pas et il a su éviter une candidature d’un socialiste résistant maire d’une commune de la circonscription. Il était soutenu par Pierre Mauroy et aussi Haroun Tazieff.

Dans les années 1980 au PS, dans le cadre du club Témoin, Jean-Yves Le Drian s’est retrouvé avec Jean-Michel Gaillard, Jean-Pierre Mignard, François Hollande et Ségolène Royal dans les transcourants du parti (refusant de jouer le jeu des motions). Dans la seconde moitié de cette décennie, c’était déjà François Hollande, proche de Jacques Delors, qui cherchait à faire la synthèse européenne et social-démocrate de l’ensemble des courants. Jean-Yves Le Drian fut surnommé le "saumon rose" parce qu’il remontait les courants du PS. Le 22 août 1985, Jean-Yves Le Drian et François Hollande ont inauguré les premières rencontres avec Jacques Delors à Lorient, qui est revenu chaque année jusqu’en 1996. Jacques Delors était alors Président de la Commission Européenne.

Sa carrière est alors celle d’un élu national et local classique pour cette époque : député de 1978 à 2007 sauf entre 1993 et 1997 où il a été battu, maire de Lorient de juillet 1981 à mars 1998 (conseiller municipal de 1977 à 2004), il a été aussi élu président de la structure intercommunale de Lorient (district puis communauté d’agglomération) de 1990 à 2004. Investi aussi pour la région Bretagne, il fut le très influent président du conseil régional de Bretagne de mars 2004 à juin 2017, sauf de 2012 à 2015 (car ministre), et conseiller régional de mars 1998 à juin 2021.

Sur la scène nationale, Jean-Yves Le Drian a gagné en importance plus tardivement. Après une courte expérience ministérielle dans le gouvernement de la première femme Première Ministre Édith Cresson, du 18 mai 1991 au 2 avril 1992 comme Secrétaire d’État à la Mer (auprès de Paul Quilès), il a voulu attendre l’élection de son ami François Hollande à la Présidence de la République pour obtenir l’un des ministères clefs et celui-ci sur une longue durée. "Voulu", car Jean-Yves Le Drian, plus social-démocrate que socialiste, était la figure cible de la politique d’ouverture du Président Nicolas Sarkozy : ainsi ce dernier lui a proposé, à trois reprises, la Défense, en mai 2007, en juin 2007 puis en mai 2009, et à chaque fois, par fidélité à son camp, il a refusé.

Finalement, ses refus ne l’ont pas empêché d’avoir une brillante carrière ministérielle. En effet, il a été ministre important pendant deux quinquennats sans discontinuité : Ministre de la Défense du 16 mai 2012 au 10 mai 2017 dans les gouvernements de Jean-Marc Ayrault, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, il fut ensuite nommé par Emmanuel Macron Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères du 17 mai 2017 au 20 mai 2022, dans les gouvernements de l'ex-député LR Édouard Philippe et de Jean Castex (où il était alors le numéro deux du gouvernement avec des attributions élargies), ayant peu à peu une ressemblance avec son lointain prédécesseur Claude Cheysson. Peu de responsables politiques peuvent afficher une telle longévité dans des postes ministériels cruciaux, d’autant plus qu’à la Défense, il y a dû organiser l’intervention militaire française au Mali et au Sahel, et au Quai d'Orsay, il a dû gérer la guerre en Ukraine.

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Parmi ses réussites à la Défense, si on peut parler de réussite pour cela, Jean-Yves Le Drian a obtenu beaucoup de commandes pour notre industrie militaire : la vente d’armes est passée de 4,6 à 20 milliards d’euros entre 2012 et 2016. Aux Affaires étrangères, il a bénéficié d’une baisse de la diplomatie américaine à cause de l’arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump.

Et comme il n’y a pas de petites victoires, Jean-Yves Le Drian s’est réjoui le 21 mai 2022, en quittant son ministère pour le transmettre à Catherine Colonna, que le Premier Ministre australien Scott Morrison a perdu les élections fédérales australiennes du même jour au profit de son adversaire travailliste : « La défaite du Premier Ministre me convient bien (…). Les actes posés au moment où ils ont été posés étaient d’une brutalité et d’un cynisme, et je serais même tenté de dire d’une incompétence notoire. (…) J’espère que nous pourrons renouer avec l’Australie un dialogue franc et constructif dans l’avenir. ». Il évoquait la rupture du contrat de vente avec la France pour 50 milliards d’euros.

Au cours d’un message vidéo diffusé le 18 novembre 2020 aux Rencontres Campus France 2020 (rencontre virtuelles à cause du covid-19), Jean-Yves Le Drian a redit l’importance des relations internationales dans les universités et la recherche : « Les échanges scientifiques et universitaires sont (…) un levier essentiel de notre politique d’influence, ainsi qu’un instrument très précieux au service de notre politique de développement. Car, sans les mille visages qui apportent un peu de la diversité du monde dans leurs amphithéâtres, nos universités ne seraient pas tout à fait les mêmes ! Et, sans les mille liens humains et intellectuels tissés par les étudiants étrangers venus étudier dans notre pays, c’est la France, au yeux du monde, qui ne serait pas tout à fait la même ! ».

Il a aussi souligné l’importance de la coopération européenne : « Les universités et les liens qui les unissent sont, depuis plus de cinq siècles, au cœur de la construction culturelle, morale et, bien sûr, scientifique de notre Europe. La crise, qui complique les échanges avec les autres continents, doit nous permettre de redécouvrir et réinvestir pleinement cette évidence de l’Europe académique. ». Depuis 2020, son ministère était également chargé du rayonnement de la France, de son attractivité internationale et du commerce extérieur.

Et Jean-Yves Le Drian  a vu aussi l’essentiel pour l’avenir : « De toute évidence, les étudiants sont notre futur du devenir même de ce modèle européen que nous avons en partage avec nos partenaires des 27. Modèle qui, à mes yeux, est à la fois la clef de notre unité et notre meilleure boussole dans la mondialisation. ».


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Sylvain Rakotoarison (28 juin 2022)
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Pour aller plus loin :
Premier-ministrable.
Jean-Yves Le Drian.
Richard Ferrand.
Aurore Bergé.
Emmanuel Macron.
Yaël Braun-Pivet.
Élisabeth Borne.
François Bayrou.
Édouard Philippe.
Jean Castex.
Bruno Le Maire.
Pap Ndiaye.
Damien Abad.
Gabriel Attal.
Agnès Buzyn.
Olivier Véran.
Anne-Christine Lang.
Roselyne Bachelot.
Éric Dupond-Moretti.
Barbara Pompili.
Gérald Darmanin.
Laurent Hénart.
Jean-Louis Borloo.
Marielle de Sarnez.
Jean-Michel Blanquer.
Amélie de Montchalin.
Brigitte Macron.
Romain Goupil.
Daniel Cohn-Bendit.
Jean-Paul Delevoye.
Christophe Castaner.
Gérard Collomb.
Nicolas Hulot.
Benjamin Griveaux.
Thierry Breton.
Franck Riester.
Didier Guillaume.
Nicole Bricq.
Sylvie Goulard.
Nathalie Loiseau.
Patrick Strzoda.
Sarah El Haïry.
Olivia Grégoire.
Brune Poirson.
Christelle Dubos.
Claude Malhuret.
Christian Estrosi.
Renaud Muselier.
François de Rugy.
5 ans d’En Marche.
Marisol Touraine.
Cédric Villani.
Alexandre Benalla.
Robert Hue.
Jacques Delors.
Dominique de Villepin.
François Léotard.
Bertrand Delanoë.
Manuel Valls.
Jean-Pierre Chevènement.
Jean-Pierre Raffarin.
Éric Woerth.
Nicolas Sarkozy.
Le projet présidentiel 2022 du candidat Emmanuel Macron.

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30 mai 2022 1 30 /05 /mai /2022 03:46

« Ces accusations relatent des actes ou des gestes qui me sont tout simplement impossibles à raison de mon handicap. J’ai toujours été discret sur ce handicap, sur les contraintes qu’il m’impose, sur la façon dont il limite mes mouvements et mes gestes du quotidien. Je suis contraint aujourd’hui de préciser que, dans ma situation, l’acte sexuel ne peut survenir qu’avec l’assistance et la bienveillance de ma partenaire. Qu’il ne m’est nullement possible d’imposer telle ou telle pratique, tel ou tel geste. Que sans le consentement et la participation pleine et entière de l’autre, rien n’est possible. » (Damien Abad, le 22 mai 2022 sur Facebook).




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Je voudrais revenir sur la polémique concernant Damien Abad, le nouveau Ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées. Dès le lendemain de l’annonce de sa nomination ont "refleuri" deux accusations de viols et d’agressions sexuelles sur deux femmes, accusations catégoriquement rejetées par l’intéressé.

Lorsqu’on ne connaît pas l’affaire, l’observateur candide se retrouve dans ce dilemme d’une parole contre une autre. Quitte à accuser un innocent, Jean-Luc Mélenchon a alors annoncé le 22 mai 2022 sur LCI qu’il choisissait de croire les femmes plutôt que l’accusé. Il y a un malaise général dans ce genre de situation : soit on croit les accusatrices et alors on balaie la présomption d’innocence d’un revers de main (ce qu’a fait allègrement le chef de la NUPES), soit on croit la personne accusée qui récuse ces accusations, et alors on est conspué au nom même de la cause des femmes agressées ou violées.

Pourtant, il ne s’agit pas de simples accusations : être accusé d’un viol, c’est être accusé d’un crime, ce n’est pas rien. Dans ce domaine (que ce soit pour un crime ou un délit d’ailleurs), ni des journalistes, ni des responsables politiques ne sont habilités à dire qui dit la vérité et qui ment. Seul, le juge peut faire la part du vrai et du faux, peut-être avec des erreurs mais hors de toute pression médiatique et certainement mieux que ceux qui ne sont pas des juges.

Imaginer que certaines femmes accusatrices puissent dire un mensonge est-il plus pénible qu’imaginer un homme politique qui est exposé depuis une dizaine d’années soit un violeur ? L’un et l’autre sont possibles. L’idée d’affabulatrice (des plaignantes) est malheureusement possible, même si ce n’est pas certain. Et l’idée d’un ministre violeur est également plausible, même si ce n’est pas certain non plus.

L’affaire d’Outreau a montré que des enfants pouvaient être affabulateurs, et cela ne retire rien de l’importance de la parole des enfants ni, sur le cas d’Outreau, de la réalité qu’il y a bien eu des viols, mais parmi les personnes accusées à tort et aujourd’hui blanchies, l’une s’est suicidée et d’autres sont traumatisées à vie. Il faut donc être très prudent. Dans ce même contexte, on peut aussi rappeler la rumeur qu’avait subie Dominique Baudis, personnage public de grande importance qu’on avait accusé des pires horreurs à Toulouse (et bien entendu, lavé de tout soupçon).

Damien Abad compte sans doute ses soutiens politiques. De ses anciens amis de LR, il ne peut compter sur aucune clémence, et ses nouveaux amis de la Macronie le connaissent encore assez peu. Comme je l’avais indiqué précédemment, Damien Abad était à l’origine centriste, plus exactement issu du Nouveau centre dont il a fondé la branche Jeunes, puis il fut poussé par Hervé Morin à se faire élire député européen sur la liste de la majorité présidentielle en 2009. Damien Abad a négocié un premier virage politique en 2012 en rejoignant l’UMP pour se faire élire député de l’Ain en 2012. Cette ingratitude a agacé les centristes qui avaient pourtant misé sur lui. Damien Abad comprenait néanmoins que face à la gauche et face à l’extrême droite, seule l’UMP pourrait faire le poids, selon lui.

La trahison en politique est-elle justifiée ? Ou est-elle, déjà ? Car Damien Abad a raison de penser que la politique que propose le Président Emmanuel Macron est peu éloignée de celle préconisée par LR, à l’exception de ses extrémistes, et "aller à la soupe" ne répond donc pas seulement à une logique carriériste, mais aussi à une logique politique, "prendre ses responsabilités", une démarche engagée aussi par beaucoup d’anciens LR : Éric Woerth, Jean-Pierre Raffarin, Christian Estrosi, Hubert Falco, Renaud Muselier, Franck Riester, Roseline Bachelot, Catherine Vautrin, Christophe Béchu, Gérald Darmanin, Sébastien Lecornu, Bruno Le Maire, Jean Castex, Édouard Philippe, etc.

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Du reste, les informations publiées par Mediapart ont une source et lorsqu’il est dit "chez LR, on savait", la source ne fait pas vraiment de mystère, c’est certainement LR qui a lâché le morceau. C’est souvent le cas dans les "affaires", ce sont les proches du même parti qui informent avec malveillance, tout simplement parce que ce sont les seules à connaître l’information (au début de la Présidence de Jacques Chirac, Alain Juppé, qui venait d’être nommé à Matignon, s’est retrouvé personnellement accusé dans l’affaire des appartements de la ville de Paris, une information d’origine balladurienne, dirons-nous par euphémisme !).

La seule chose qui soit positive dans cette mousse médiatique, c’est qu’on n’a pas ménagé Damien Abad en raison de son handicap. Il est considéré comme tout autre responsable politique et ce droit à l’indifférence du handicap est un élément important d’insertion des personnes en situation de handicap dans la société, à savoir, quand on considère qu’il y a des raisons pour cela, savoir fustiger une personne indépendamment de son état. Ne plus en faire des victimes mais des citoyens à part entière. Damien Abad y a réussi au-delà de toute espérance !

Tout dans les mots de vocabulaire employés concourt à condamner Damien Abad, ne serait-ce qu’en qualifiant ses deux accusatrices de "victimes" : si elles sont victimes, alors, évidemment, Damien Abad est coupable et est un salaud. Mais voilà, la seule plainte qui a été déposée a été classée sans suite après avoir interrogé celui qui à l’époque n’était que député de l’Ain. Ce n’est pas lui qui a classé sans suite, c’est la justice, le procureur de la République, qui a jugé qu’avec les informations dont il avait à disposition, il n’y avait pas lieu d’en faire un procès. Ces femmes, jusqu’à nouvel ordre, ne sont donc pas des "victimes" mais des "plaignantes" qui est un terme neutre qui ne préjuge pas de la culpabilité ni de l’innocence de Damien Abad.

Il est important d’observer la réaction des personnes accusée dans ce genre d’affaire. Par exemple, je ne suis pas juge, mais la réaction du politologue Olivier Duhamel, ainsi que la réaction de député écologiste parisien Denis Baupin, pour des faits différents mais qui ont trait à des agressions sexuelles (d’ordre très différent), ont semblé confirmer leur réalité. Loin de récuser les faits, ils se sont fait tout petits et ont démissionné de leurs responsabilités professionnelles ou politiques.

D’autres personnes accusées, au contraire, ont catégoriquement rejeté les accusations. C’est le cas de Damien Abad, mais aussi de Nicolas Hulot, de Patrick Poivre d’Arvor, de Richard Berry, etc. La fille de Richard Berry, Coline, qui avait accusé son père et déposé plainte pour "inceste, viols, agressions sexuelles et corruption de mineur" le 25 janvier 2021, a même été condamnée pour diffamation le 14 avril 2022 parce qu’elle avait accusée de complicité la compagne de son père à l’époque Jeane Manson.

Probablement que la responsable politique la plus vindicative est l’ancienne candidate écologiste Sandrine Rousseau, qui a été parmi les accusatrices dans l’affaire Baupin et qui avait quitté son parti EELV entre 2017 et 2020. Invitée de la matinale de LCI le 24 mai 2022, Sandrine Rousseau n’a laissé aucune chance à Damien Abad et prenait des airs de Robespierre, celui qui envoyait à la guillotine le moindre "suspect".

En effet, elle a parlé des rumeurs comme arguments ! C’est invraisemblable de prendre ses informations dans les poubelles. Dominique Baudis a aussi été accusé par des rumeurs de provenance nauséabonde. Et ces rumeurs, quelles étaient-elles ? Chez LR, on savait que Damien Abad était un "dragueur lourd". C’est le vrai problème du mouvement MeeToo, celui de mélanger les graves atteintes à la personne que sont par exemple des viols (ce sont des crimes) avec de simples faits de drague lourde (qui est du registre de l’agacement, même pas du harcèlement). Mélanger crime, délit et drague, c’est une position totalitaire typiquement robespierriste.

Sandrine Rousseau a brandi le "principe de précaution" pour renvoyer Damien Abad du gouvernement. Elle a proposé qu’on prenne six mois pour vérifier si les accusations sont fondées ou pas, pendant ce temps, Damien Abad n’est plus membre du gouvernement et en cas de disculpation, il reviendrait au gouvernement. C’est presque naïf (faussement naïf) d’imaginer cela, alors qu’un ministère, il faut un titulaire, sinon, pas la peine de le nommer, cela ne peut pas attendre. Ce que Sandrine Rousseau exige, c’est que Damien Abad soit sacrifié sur la seule foi des rumeurs. En outre, la justice est déjà passée par là, elle a déjà considéré qu’il n’y avait pas lieu de poursuivre.

La militante écolomélenchoniste qui est candidate NUPES aux législatives aurait plutôt dû brandir la seule chose qui vaille dans un État de droit pour les affaires judiciaires : la présomption d’innocence. Mais c’est trop tentant quand l’accusé est du bord opposé, car cela ferait un coupable idéal.

Enfin, pour se convaincre qu’elle avait raison, Sandrine Rousseau a évoqué les cas de PPDA et de Nicolas Hulot comme si ces derniers avaient été déjà condamnés par la justice. Là encore, je ne sais rien de la culpabilité ou de l’innocence de ces deux personnalités, probablement qu’elles ont joui pendant longtemps d’un statut de star audiovisuelle intouchable qui pouvait les encourager à la drague lourde, mais à ce jour, ni l’un ni l’autre n’ont fait l’objet d’une reconnaissance, par la justice, d’un début de culpabilité et encore moins de condamnation, ce qui rend l’argumentation de Sandrine Rousseau pour le moins fragile. Au contraire, le journaliste a même déposé plainte pour diffamation contre les plaignantes. (Je le répète et j’insiste lourdement : n’étant pas juge, je ne sais rien sur eux et ils peuvent être aussi bien coupables qu’innocents que le principe de présomption d’innocence n’en changera pas, il reste le fondement essentiel de l’État de droit).

L’exemplarité que demande le statut de membre du gouvernement est nécessaire et bienvenue dans une société qui a peu confiance à sa classe politique. Mais la moindre accusation ne peut pas suffire à mettre entre parenthèses une carrière politique qui a fait beaucoup de jaloux. Au-delà de l’honneur d’un homme qui laisse beaucoup de monde indifférent, il s’agit de l’honneur de la politique et surtout de l’honneur de la justice. Celle-ci doit être intraitable, mais avec les seuls coupables. Les autres, qu’ils retrouvent leur respectabilité, qu’on les aime ou qu’on les déteste.

Damien Abad sait bien que ça va tanguer pour lui ces prochaines semaines. Il a pour l’instant le soutien de l’Élysée et de Matignon car ils ne peuvent pas se déjuger quelques jours après sa nomination. Mais sa candidature dans sa circonscription de l’Ain va être difficile, concurrencée par un candidat LR. Il ne jouira probablement d’aucun soutien national de la majorité pendant la campagne électorale. Son éventuelle réélection ne signifiera d’ailleurs pas qu’il est innocent (ce n’est pas la conception d’une justice populaire qui convient dans un État de droit) mais qu’il aura convaincu ses électeurs de son innocence. S’il sort intact de ce passage difficile d’ici à la fin du mois de juin 2022, alors il aura montré le cuir des grands politiques.

Toutefois, le secret espoir des grands chefs de la majorité pourrait être tout autre : que Damien Abad ne se fasse pas réélire, qu’il quitte alors le gouvernement pour cette raison (règle imposée par Élisabeth Borne à ses ministres candidats, elle-même est candidate)… ce qui permettrait de fermer cette page de polémiques superfétatoires en douceur, sans risquer qu’elle ne se rouvre quelques mois ou années plus tard.


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Sylvain Rakotoarison (26 mai 2022)
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Pour aller plus loin :
Damien Abad : peut-on confondre dragueur lourd et violeur ?
Soutien à Damien Abad.
Élysée 2022 (53) : la composition sans beaucoup de surprises du premier gouvernement d’Élisabeth Borne.
Composition du gouvernement Élisabeth Borne I du 20 mai 2022 (liste officielle).
Élysée 2022 (52) : Élisabeth Borne succède à Jean Castex à Matignon.
Nadine Morano.
De Gaulle, l’Europe et le volapük intégré.
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (48) : qui sera le prochain Premier Ministre d’Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (47) : la victoire historique d’Emmanuel Macron.
Bernard Pons.
Élysée 2022 (45) : le naufrage du parti Les Républicains.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220524-damien-abad.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/damien-abad-peut-on-confondre-241811

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/05/25/39491983.html








 

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23 mai 2022 1 23 /05 /mai /2022 03:06

« Mediapart rapporte des accusations de violences sexuelles à mon encontre par deux femmes pour des faits allégués survenus respectivement en 2011 et 2010. (…) Je conteste avec la plus grande force ces accusations de violences sexuelles. Je conteste avoir exercé quelque forme de contrainte que ce soit sur aucune femme. Je conteste enfin tout abus de pouvoir lié aux fonctions que j’ai occupées. Les relations sexuelles que j’ai pu avoir tout au long de ma vie ont toujours été mutuellement consenties. » (Damien Abad, le 22 mai 2022).




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Président du groupe Les Républicains à l’Assemblée Nationale du 6 novembre 2019 au 19 mai 2022, Damien Abad a été nommé le vendredi 20 mai 2022 membre du premier gouvernement dirigé par Élisabeth Borne comme Ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées. Précisons que c’est un ministère plein et que dans l’ordre protocolaire, il est à la onzième place, devant notamment la Culture, l’Agriculture, la Fonction publique, etc. C’est la seule "prise de guerre" de ce second quinquennat parmi les élus LR.

Dès le lendemain de sa nomination, Mediapart a fait état de deux accusations de viols et violences sexuelles de la part de femmes. La Première Ministre Élisabeth Borne n’était pas au courant et Damien Abad a rejeté catégoriquement ces accusations.

Avant d’en parler, revenons à la trajectoire politique de Damien Abad. À 42 ans, il a déjà "grimpé" très haut dans la vie politique en quelques années. C’est typiquement une personnalité que j’apprécie pour sa rigueur et son travail. Né à Nîmes, IEP Bordeaux et Paris, il a raté plusieurs fois le concours de l’ENA. Membre de l’UDF, il était collaborateur du groupe UDF à l’Assemblée Nationale, puis du groupe du Nouveau centre dont il a créé et présidé la formation des jeunes.

Élu municipal de la majorité à Vauvert dans le Gard en mars 2008 (jusqu’en 2010), il a rapidement été repéré comme un jeune espoir centriste : poussé par Hervé Morin (le président de NC) pour le mettre à une place éligible, Damien Abad a été élu à 29 ans député européen en juin 2009 (jusqu’en 2012), l’un des plus jeunes de l’histoire.

Non seulement il est entré tôt sur la scène nationale, mais il s’est implanté localement dans l’Ain après une tentative dans les Yvelines puis dans le Gard. Tête de liste régional UMP et alliés dans l’Ain, il a été élu conseiller régional de Rhône-Alpes en mars 2010 (jusqu’en 2015), puis, en juin 2012, Damien Abad est élu député de l’Ain sous l’étiquette UMP à 32 ans, avec 56,4% des voix, réélu en juin 2017 avec 67,0% des voix, un succès personnel malgré l’échec de LR à l’élection présidentielle de 2017. En mars 2015, il s’est fait élire conseiller départemental et dans la lancée, président du conseil départemental de l’Ain jusqu’en juillet 2017 où il a dû démissionner en raison de la loi contre le cumul des mandats, préférant son mandat parlementaire.

Parallèlement, il a apporté son soutien à Bruno Le Maire à la primaire LR de 2016, puis a soutenu jusqu’au bout le candidat François Fillon à l’élection présidentielle de 2017, a parrainé la candidature de Laurent Wauquiez à l’élection de président de LR en décembre 2017 et est devenu vice-président de LR de décembre 2017 à octobre 2019.

Enfin, sa consécration nationale a eu lieu le 6 novembre 2019 en se faisant élire président du groupe LR à l’Assemblée Nationale, le deuxième groupe à l’Assemblée, premier de l’opposition, fort d’une centaine de députés, pour remplacer Christian Jacob élu président de LR. Il n’était pas le favori et a été élu par 64 voix contre 37 à Olivier Marleix, le favori. À ce poste, Damien Abad était donc l’une des têtes de l’opposition contre les gouvernements du premier quinquennat du Président Emmanuel Macron. Soutenant activement la candidature de Xavier Bertrand au congrès LR, puis celle de Valérie Pécresse, la candidate désignée à l’élection présidentielle de 2017, il a clairement appelé à voter pour Emmanuel Macron lors du second tour.

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Personnellement, je me réjouis de le voir entrer au gouvernement, mais je regrette qu’il soit affecté aux "Personnes handicapées", car il a beaucoup plus d’envergure que d’être "la personne handicapée de service". Néanmoins, son ministère est très important et répond à une forte attente, cette grande loi sur l’autonomie, le financement de l’autonomie. Sa nomination redonne donc grand espoir à ceux qui attendent une telle loi depuis au moins 2011, promise par Nicolas Sarkozy.

Pourquoi ai-je parlé de "la personne handicapée de service" ? Parce que, alors que je ne l’ai pas encore évoqué, Damien Abad est effectivement une personne en situation de handicap. Cela se voit aisément dans ses prestations télévisées, une difficulté à marcher et des membres supérieurs qui ont des défauts d’articulation (il a depuis la naissance une maladie appelée arthrogrypose). Je ne l’aurais pas évoqué si lui-même n’avait pas dû l’évoquer ce week-end. En effet, même s’il a été mis en avant souvent à cause de son handicap, Damien Abad lui-même a toujours refusé de l’étaler sur la place publique, refusant toute pitié, toute victimisation voire toute instrumentalisation, et voulant être jugé comme les autres sur ses actes, sur ses engagements, sur ses convictions.

Très étrangement, deux accusations pour agression sexuelle contre Damien Abad sont sorties le 21 mai 2022, juste après sa nomination ministérielle, alors que les faits allégués auraient eu lieu en 2010 et en 2011. À l’évidence, ces accusations semblent provenir d'une manipulation politicienne.

Elles peuvent être fondées, c’est possible, mais ce n’est pas à moi ni aux médias d’en juger. On ne peut pas écraser la présomption d’innocence aussi allègrement que Sandrine Rousseau, tant qu’une condamnation n’a pas eu lieu. Ce serait aujourd’hui beaucoup trop facile de briser les carrières des rares personnalités politiques qui ont quelque chose à dire par des accusations dont rien ne prouve la réalité (c’est parole contre parole). Ce serait faire injure aux femmes réellement agressées ou violées, et surtout à cette cause de les inciter enfin à parler, que de considérer que toute accusation vaut condamnation.

Sur Facebook le 22 mai 2022, Damien Abad a donc dû employer un argument massue, peut-être que ces deux femmes ne s’en étaient pas aperçues : « Ces accusations relatent des actes ou des gestes qui me sont tout simplement impossibles à raison de mon handicap. J’ai toujours été discret sur ce handicap, sur les contraintes qu’il m’impose, sur la façon dont il limite mes mouvements et mes gestes du quotidien. Je suis contraint aujourd’hui de préciser que, dans ma situation, l’acte sexuel ne peut survenir qu’avec l’assistance et la bienveillance de ma partenaire. Qu’il ne m’est nullement possible d’imposer telle ou telle pratique, tel ou tel geste. Que sans le consentement et la participation pleine et entière de l’autre, rien n’est possible. Quant aux propos rapportés qui insinuent que j’aurais pu droguer puis transporter, déshabiller et violer une femme inconsciente, ils sont tout simplement inconcevables et abjects. ».

Une plainte avait été déposée en 2017 sur des faits allégués survenus en 2011. Damien Abad avait alors été interrogé au cours d’une enquête du parquet de Paris qui avait classé l’affaire sans suite le 5 décembre 2017. Cependant, la femme en question aurait saisi le 13 mai 2022 "l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles" (je ne sais pas ce qu’est exactement cet organisme qui semble plus être une association qu’une institution) qui aurait transmis le signalement au procureur de la République, à LR et à LREM. Pourquoi avoir attendu le 13 mai 2022 alors que cela daterait de 2011 ? Et pourquoi le signaler au parquet de Paris en 2022 alors qu’il avait classé cette accusation sans suite en 2017 ? Mystère et boule de gomme.

Alors, oui, dans le cas très particulier de Damien Abad, son handicap s’ajoute à la présomption d’innocence et tant qu’une condamnation n’a pas eu lieu, je considérerai Damien Abad innocent et hors de cause. Cela rappelle d’ailleurs qu’une accusation abusive peut être considérée comme une dénonciation calomnieuse.

Soutien à Damien Abad, soutien à son action future dans ce grand ministère spécialement conçu pour faire de l’autonomie et l’accompagnement de la dépendance l’une des très grandes priorités du quinquennat qui commence, loin de toute manœuvre politicienne.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Damien Abad.
Élysée 2022 (53) : la composition sans beaucoup de surprises du premier gouvernement d’Élisabeth Borne.
Composition du gouvernement Élisabeth Borne I du 20 mai 2022 (liste officielle).
Élysée 2022 (52) : Élisabeth Borne succède à Jean Castex à Matignon.
Nadine Morano.
De Gaulle, l’Europe et le volapük intégré.
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (48) : qui sera le prochain Premier Ministre d’Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (47) : la victoire historique d’Emmanuel Macron.
Bernard Pons.
Élysée 2022 (45) : le naufrage du parti Les Républicains.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

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14 mai 2022 6 14 /05 /mai /2022 03:14

« À défaut d’études supérieures, je me suis inspiré de ce que je connaissais le mieux : un long apprentissage de la nature, de la montagne, de leurs gardiens que sont les paysans, les bûcherons, les moniteurs de ski, les guides… Puis les voyages qui m’ont conduit sur tous les continents, au prix de risques parfois déraisonnables. Et surtout, la patiente observation d’une faune exposée à tous les dangers et toujours plus menacée par les activités humaines. À l’image du renard du Vercors. » (Jean Faure, novembre 2021).




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Le titre n’est pas très original car il reprend en partie le titre de sa récente autobiographie sortie en novembre 2021 chez Glénat. Il est triste car il annonce la triste nouvelle : l’ancien sénateur centriste Jean Faure est mort le vendredi 13 mai 2022 à l’âge de 85 ans (il est né le 14 janvier 1937 à Autrans).

J’avais eu l’occasion de fréquenter Jean Faure en Isère pendant les années 1990, il était le président du Centre des démocrates sociaux (CDS) de l’Isère tandis que j’étais président des Jeunes démocrates sociaux (JDS) de l’Isère, une formation centriste incluse dans l’UDF et alliée au RPR au niveau national. Ce n’était pas commode car l’allié RPR était très encombrant et très médiatique, puisqu’il s’agissait du jeune maire de Grenoble Alain Carignon qui a fait deux mandats à la mairie et quatre mandats comme président du conseil général de l’Isère, à partir de 1985 (jusqu’en 1998), ravissant le siège au puissant Président de l’Assemblée Nationale, le mitterrandien Louis Mermaz.

À cette triste nouvelle, Alain Carignon a naturellement évoqué son « long compagnonnage politique et amical entamé en 1984 » en soulignant l’homme de terroir et l’homme d’action : « Il était avant tout le produit et le représentant d’une histoire, d’un territoire, ce Vercors sublime, et comme élu, un homme qui cumulait dans l’action une finesse aux nuances infinies avec une ténacité qui ne lâchait rien. Il avait les pieds bien dans la terre du plateau et des rêves dans la tête. (…) Il a mené au Sénat, auquel son tempérament de conciliateur correspondait parfaitement, une très brillante carrière. Avec Jean Faure, l’Isère démontre qu’elle peut apporter au pays le meilleur d’elle-même. ». De son côté, Nathalie Béranger, conseillère régionale et conseillère municipale LR de Grenoble, présidente d’Alpexpo, l’a ainsi décrit : « L’air de rien mais au courant de tout, Jean était un homme humble et vrai. "Quand on parle trop, on finit par se contredire", m’avait-il dit un jour avec un air malicieux. ».

La première chose qui frappait lorsqu’on croisait Jean Faure, c’était son profil d’honnête homme. On lui aurait donné le bon dieu sans confession. Mais comme il le revendiquait lui-même, il était un renard, malin voire malicieux. En tout cas, très habile politique, très tacticien. Cette figure d’enfant de chœur, il l’a probablement eue de manière innée, dans son package de naissance, avec son origine paysanne, ses débuts comme moniteur de ski. Car on ne peut dissocier la trajectoire politique de la trajectoire géographique : Jean Faure était un enfant d’Autrans, village de neige et de ski, au cœur du Vercors, dans ce territoire si lointain de la très urbaine et technologique Grenoble.

Je me souviens avoir discuté avec lui vers 1995 du télétravail. Pour lui, c’était une disposition indispensable pour permettre aux habitants du Vercors de ne pas quitter la montagne tout en ayant un emploi. À l’époque, Internet était à ses débuts (ses tout premiers débuts), rien n’était câblé (encore moins dans les montagnes), pas de smartphone, pas de connexion… mais cette idée de dématérialisation du travail qui lui était chère tout en ne se faisant aucune illusion sur le plan national, la lourdeur du code du travail étant ce qu’il est. C’est d’ailleurs étonnant qu’il a fallu une pandémie d’ordre donc mondial, plus de 6,3 millions de décès enregistrés, probablement le double voire le triple en réalité, pour qu’enfin, le télétravail se conçoive sérieusement, autrement que de manière anecdotique. Il me semble (mais je n’en suis pas sûr) qu’il avait rédigé un rapport sénatorial sur le sujet.

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Ah oui, un rapport sénatorial, car Jean Faure, s’il fallait résumer sa vie, a été le sénateur-maire d’Autrans. Certes, il faudrait bien séparer les mandats, les locaux et le national, mais tous ses mandats étaient à la fois locaux et nationaux : maire d’Autrans de mars 1983 à mars 2008 (vingt-cinq ans), sénateur élu trois fois de septembre 1983 à septembre 2011 (vingt-huit ans !), d’abord dans le groupe de l’Union centriste (UC) puis à l’UMP (à partir de 2002). Pourquoi a-t-il rallié l’UMP alors qu’il n’en avait politiquement pas besoin ? Le besoin d’une unité de l’opposition départementale qui avait perdu (et pour longtemps) la mairie de Grenoble et la présidence du conseil général de l’Isère ?

Car Jean Faure avait aussi un autre mandat très important qui le reliait à Alain Carignon, c’était conseiller général de Villard-de-Lans de 1979 à 2004 et surtout, vice-président du conseil général de l’Isère de 1985 à 1992, auprès d’un président qui était à la fois maire de Grenoble et même ministre (Alain Carignon). Il fut par ailleurs conseiller régional de Rhône-Alpes de mars 1983 à mars 1986, à l’époque pas élu au suffrage universel direct.

Jean Faure était un expert en tourisme montagnard : il a été engagé très tôt tant dans le syndicalisme agricole que dans le tourisme en montagne, directeur du village olympique à l’époque des Jeux olympiques de 1968 à Grenoble. Il y avait beaucoup d’équipements construits dans le Vercors, en particulier le fameux tremplin de Saint-Nizier-du-Moucherotte, au pied des Trois Pucelles, tremplin qui a très mal vieilli. La commune d’Autrans a accueilli les épreuves olympiques de ski nordique et de biathlon. Jean Faure a contribué, en tant qu’élu mais aussi qu’en tant que professionnel, à créer le Parc naturel régional du Vercors.

Le mandat qui lui était le plus cher, c’était évidemment le Sénat. Jean Faure tenait avant tout à ce rôle de sénateur qu’il a su pleinement remplir. À l’époque, il y avait deux types de sénateurs : les actifs et les retraités pour qui c’était plus un privilège qu’une fonction (heureusement, ce second type devient très rare). Jean Faure fut un actif, très actif. Il faut dire qu’il était encore relativement jeune : en septembre 1983, il n’avait que 46 ans, et il s’est plu autant au travail de fond qu’aux honneurs.

Il a multiplié les rapports d’information, et c’est lui qui me donna à lire mon premier rapport sénatorial (je crois qu’il s’agissait du rapport d’information n°285 du 9 mai 1990 sur l’évolution économique de la Tchécoslovaquie, de la Pologne et de la Hongrie). À l’époque, il faut insister, il n’y avait pas Internet, ce n’était pas en kilooctets de fichiers .pdf qu’un rapport se mesurait mais bien en kilogrammes de papier. Il était à la commission des Affaires étrangères (et de la défense et des forces armées pour être exact), et il se plaisait à faire des voyages d’études, jamais pour l’agrément mais pour comprendre les relations internationales et parfaire sa culture des autres nations. Il était fier d’être aussi le président du groupe parlementaire d’amitié France-Madagascar, il est allé souvent à Madagascar et était très honoré (très ému) de pouvoir assister à une de ces cérémonies de retournement des morts (un ou deux ans après le décès d’un proche). Il était très apprécié à Madagascar.

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Il faut bien dire aussi que le poste dont il était le plus fier était celui de premier vice-président du Sénat, assez longtemps, puisque de 1992 à 2001. Il l’a obtenu lors de l’élection du centriste René Monory à la Présidence du Sénat, il a gardé cette première vice-présidence lors de l’élection de Christian Poncelet en 1998. Il me racontait souvent sa fierté d’être reçu à l’Élysée lorsque le Président Jacques Chirac recevait officiellement le Sénat. Jean Faure était alors placé selon l’ordre protocolaire à droite du Président de la République, lui, le petit moniteur de ski qui n’avait pas beaucoup de diplôme, avait réussi à faire toute sa place, et toute sa respectabilité dans la grande République des énarques et des surdiplômés. Il fut ensuite, de 2001 à 2008, questeur, qui est un poste stratégique au Sénat.

Tourisme, montagne, neige était donc l’un de ses sujets de prédilection mais bien loin d’être l’unique puisque les relations internationales l’ont beaucoup préoccupé, aussi l’Europe, car qui dit centriste dit forcément européen.

À la fin de sa carrière politique, il a été accusé de viols et d’agressions sexuelles sur une jeune fille mineure, une accusation extrêmement grave, ce qui lui a valu de voir son immunité parlementaire levée en 2003 et d’être traduit devant les assises de Paris le 1er juillet 2009 au cours d’un procès à huis clos qui s’est terminé le 4 juillet 2009 par un acquittement à l’issue de cinq heures et demie de délibérations. L’avocat général avait réclamé une peine de six à huit ans d’emprisonnement, ne croyant guère aux dénégations de l’accusé et parlant d’une « part d’ombre dans sa personnalité » alors que le sénateur avait toujours réfuté catégoriquement les accusations.

C’est aussi à cette époque, en fait, un peu auparavant, en 2001, que Jean Faure, qui fut happé par un service militaire de deux ans en Algérie à l’âge de 20 ans, a sorti ses "Carnets d’Algérie 1957-1959" sous le titre "Au pays de la soif et de la peur" (éd. Flammarion), ce qu’il a vu et vécu en Algérie pendant cette sale guerre et qu’il n’avait encore jamais raconté ni en senti le besoin.

En novembre 2021, Jean Faure était encore à Paris pour abandonner la présidence de l’Amicale du Sénat qu’il a assurée pendant une dizaine d’années. Gérard Larcher, le Président du Sénat, était présent pour l’honorer. Depuis quelques jours, c’est toute la France qui l’honore et en particulier, le Dauphiné, l’Isère, le Vercors et Autrans. Je conseille de regarder le documentaire qui lui est consacré, réalisé en 2019 par Lucile Dailly.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean Faure.
Jean-Louis Bourlanges.
François Bayrou.
Joseph Fontanet.
Marc Sangnier.
Bernard Stasi.
Jean-Louis Borloo.
André Rossinot.
Laurent Hénart.
Hervé Morin.
Olivier Stirn.
Marielle de Sarnez.

 







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24 avril 2022 7 24 /04 /avril /2022 20:47

« Je sais que nombre de nos compatriotes ont voté ce jour pour moi, non pour soutenir les idées que je porte, mais pour faire barrage à celles de l’extrême droite. Je veux ici les remercier et leur dire que j’ai conscience que leur vote m’oblige pour les années à venir. (…) Je ne suis plus le candidat d’un camp, mais le Président de toutes et de tous. (…) Nous avons tant à faire ! (…) Nul ne sera laissé au bord du chemin. (…) Cette ère nouvelle ne sera pas la continuité du quinquennat qui s’achève. » (Emmanuel Macron, le 24 avril 2022 à Paris).



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Ouf ! Soulagement et joie en France mais aussi en Europe à l’annonce des résultats du second tour de l’élection présidentielle de ce dimanche 24 avril 2022. La réélection du Président sortant Emmanuel Macron est historique à plus d’un titre (du reste, celle de son adversaire l’aurait été aussi). En effet, c’est la première fois dans l’histoire de notre République qu’un Président de la République est réélu au suffrage universel direct hors périodes de cohabitation, c’est-à-dire hors responsabilité du gouvernement sortant. Effectivement, François Mitterrand et Jacques Chirac ont été réélus, mais en tant que chef de l’opposition, il n’avait pas à défendre un bilan gouvernemental, et De Gaulle a été certes réélu mais il n’avait pas été élu au suffrage universel direct, l’élection de 1965 était sa première (et unique) consécration par l'onction du peuple à titre personnel (les référendums étant sur un sujet déterminé).

Ce mandat qui commence aura bien de problèmes, bien des enjeux, bien des responsabilités, mais il faut aussi savoir goûter à sa juste valeur cette victoire historique. D’après le Ministère de l’Intérieur, Emmanuel Macron a obtenu 18,8 millions de voix, soit 58,5% des suffrages exprimés, tandis que son opposante Marine Le Pen 13,3 millions de voix, soit 41,5%. C’est donc une large victoire du Président sortant, surtout si l’on prend aussi en fonction du nombre des votants : 53,5% des votants, soit plus de la majorité absolue des électeurs qui se sont déplacés. Sa légitimité populaire ne peut pas être mise en doute, pas plus qu’en 2017, même par ceux de ses opposants qui considèrent qu’une élection est légitime seulement si elle les fait élire (ce qui donne une définition très étrange de la démocratie).

Je m’en réjouis naturellement, soulagé et heureux que les Français aient choisi la poursuite de la modernité et de l’ouverture contre le repli sur soi et la haine, mais cela reste tout de même un résultat alarmant face à l’extrême droite.

Au second tour d’une présidentielle, le parti d’extrême droite est passé de 5,5 millions d’électeurs en 2002 à 10,6 millions en 2017 et 13,3 millions en 2022. Le plafond de verre a très largement explosé, depuis longtemps d’ailleurs, le seuil de 40% des exprimés a été franchi par Marine Le Pen. Celle-ci, comme prévu et comme l’ont fait avant elle de nombreuses personnalités politiques, celle qui avait affirmé qu’elle renoncerait à la vie politique en cas d’échec en 2022 a changé de position et a annoncé la poursuite de son engagement politique. Il est vrai que la perspective de 2027 est plutôt dégagée pour elle, car Emmanuel Macron ne pourra plus se représenter et son supposé héritier politique aura forcément moins de génie politique et surtout moins d’expérience de campagne présidentielle que lui, et il reste peu de survivants parmi les partis gouvernementaux d’avant Macron, LR et le PS. Mais c’est trop tôt pour y songer quand on sait tous les bouleversements et les crises qu’il y a eus entre 2017 et 2022.

Emmanuel Macron a perdu un peu moins de 2 millions d’électeurs, ce qui, après l’usure de cinq ans de mandat, est finalement assez faible. En nombre de voix, il est en cinquième position dans l’histoire des présidentielles, derrière Jacques Chirac avec 25,5 millions de voix en 2002, lui-même avec 20,7 millions en 2017, Nicolas Sarkozy avec 19,0 millions de voix en 2007 et François Hollande avec 18,0 millions en 2012, ce qui est un score quasiment identique.

Lors de sa venue à France Inter dans la matinale du vendredi 22 avril 2022, Emmanuel Macron comptait sur 58,5% des voix, ce qui donne une approche assez pertinente de son analyse électorale. Valéry Giscard d’Estaing aussi avait approché assez bien son résultat de 1974 en comptant sur 51% des voix.

Si l’on regarde par rapport aux électeurs inscrits, avec 38,5% des inscrits, Emmanuel Macron a une légitimité équivalente à celle de François Hollande qui avait obtenu 39,1% des inscrits. Le procès en illégitimité ne devrait jamais avoir lieu, sinon par des mauvais joueurs de réflexe typiquement trumpiste qui refusent le principe de la démocratie. C’est d’ailleurs, là aussi, une grande émotion d’avoir eu la possibilité de choisir en toute liberté, sans pression, par vote secret et sincère, le Président de la République de son pays, quand on regarde un certain nombre de pays à l’étranger dont les peuples n’ont pas cette chance.

Emmanuel Macron revient de loin. Il y a exactement un an, en avril 2021, en plein dans la troisième vague pandémique, qui aurait misé qu’il allait être réélu avec presque trois électeurs sur cinq ? C’est sa capacité à gérer les crises, à s’adapter aux fluctuations géantes de notre monde actuel qui lui a apporté le soutien nécessaire. C’était le candidat de la raison, face aux pulsions, face aux passions, face aux émotions parfois les plus négatives du peuple français.

Cette victoire historique n’empêchera pas une analyse détaillée du scrutin, une France éclatée en deux, celle des personnes âgées et celle des actifs inquiets, celle des urbains et celle des ruraux, celle des diplômés et celle des sans diplôme, etc. Emmanuel Macron l’a bien compris quand il est venu au Champ-de-Mars à Paris, derrière la Tour Eiffel mais aussi en face du Trocadéro, ce dimanche soir. Sa phrase la plus importante est sans nul doute : « Nul ne sera laissé au bord du chemin. ». Cela ressemble à un vœu pieux et le challenge du nouveau quinquennat, c’est que cela devienne réalité (il n’est pas le premier à avoir émis un tel vœu).

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Malgré le large écart entre les deux candidats du second tour, il ne faut pas se bercer d’illusions : ce second tour a été un choc de deux haines, une détestation quasi-idéologique contre le candidat du réel, et un refus de l’extrême droite au pouvoir. À l’étranger, personne ne comprend vraiment cette détestation contre la personnalité d’Emmanuel Macron. Elle est forte et aurait pu l’emporter sur le rejet de l’extrême droite dès lors qu’il n’y a plus de front républicain.

Je crois qu’on peut considérer qu’il y a un front républicain quand il y a plus de participation au second tour qu’au premier tour lorsque le candidat de l’extrême droite est présent au second tour. C’était le cas en 2002 (20,3% d’abstention au second tour, bien moins que les 28,4% du premier tour), mais pas en 2017 (25,4% au second tour, plus que les 22,2% du premier tour), ni en 2022 (28,0% au second tour, plus que les 26,3% du premier tour).

Dans mon bureau de vote, qui a voté à 75,5% pour Emmanuel Macron, j’ai pu voir qu’il y avait des électeurs qui n’étaient pas venus voter au premier tour voter au second tour, mais aussi l’inverse, qui ont voté au premier tour et ne sont pas venus voter au second tour. Cela dit, il faut se méfier des interprétations trop rapides car les vacances scolaires (dans cette commune) ont commencé à Pâques et le premier tour n’était pas en période de vacance au contraire du second tour situé au milieu des vacances (même s’il reste la possibilité des procurations).

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On va évidemment scruter les premiers gestes du Président réélu. Sa présence au Champ-de-Mars a été accompagnée (de sa femme et d’enfants) au lieu d’être seule au Louvre qui symbolisait terriblement l’exercice solitaire du pouvoir, pour reprendre une expression giscardienne. En 2017, il avait aussi voulu fêter sa victoire au pied de la Tour Eiffel, mais la maire de Paris, Anne Hidalgo, le lui avait refusé pour d’obscures raisons techniques. Son repos ensuite à la Lanterne à Versailles doit moins porter sur la symbolique que ce besoin de souffler après une campagne épuisante et avant un nouveau mandat qui se révélera sans doute aussi sportif.

Il s’agit de ne pas aller trop vite et de bien choisir les mesures du nouveau quinquennat. Il y a deux enjeux : commencer un nouveau mandat présidentiel mais terminer une législature. Car tous les esprits sont désormais à la préparation des élections législatives des 12 et 19 juin 2022.

Pour Emmanuel Macron, la nomination d’un nouveau gouvernement est donc le premier enjeu de cette nouvelle ère : il devra être celui qui mènera la majorité présidentielle aux législatives tout en étant suffisamment consensuel pour représenter l’ensemble de son électorat du second tour. Une attention que n’avait pas eue Jacques Chirac en 2002 et qui a été une erreur que la France paie peut-être encore aujourd’hui par cette colère quasiment permanente ressentie par une partie des Français depuis 2002. Là est le travail présidentiel à venir : « Je sais que pour nombre de nos compatriotes qui ont choisi l’extrême droite, la colère et les désaccords qui les ont conduits à voter pour ce projet doivent aussi trouver une réponse. C’est ma responsabilité et celle de ceux qui m’entourent. ».

Bravo l’artiste !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 avril 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (47) : la victoire historique d’Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron réélu Président de la République le 24 avril 2022.
Discours du Président Macron le 24 avril 2022 au Champ-de-Mars à Paris (vidéo).
Interview d’Emmanuel Macron le 22 avril 2022 sur France Inter.
Résultats du second tour de l’élection présidentielle du 24 avril 2022 (Ministère de l’Intérieur).
Rien n’est joué !
Duel Emmanuel Macron vs Marine Le Pen du second tour du 20 avril 2022.
Emmanuel Macron, le candidat de la puissance française et européenne.
Avec Marine Le Pen, l’État de droit en peine.
La révolution verte du candidat Emmanuel Macron.
Discours d’Emmanuel Macron au Pharo à Marseille le 16 avril 2022 (vidéo et texte intégral).
Discours d’Emmanuel Macron à la Porte de Versailles de Paris La Défense le soir du 10 avril 2022 (vidéo et texte intégral).
Discours d’Emmanuel Macron à Arena de Paris La Défense le 2 avril 2022 (vidéo et texte intégral).
Marine Le Pen : ne nous trompons pas de colère !
Tout sauf Macron : pourquoi tant de haine ?
Élysée 2022 (45) : le naufrage du parti Les Républicains.
Élysée 2022 (44) : la consécration du mélenchonisme électoral.
Élysée 2022 (43) : le sursaut républicain !
Résultats du premier tour de l’élection présidentielle du 10 avril 2022 (Ministère de l’Intérieur).
Gestion de la crise du covid : la France au tableau d’honneur !
Emmanuel Macron et son rapport à l’imprévisible.
13 raisons de voter pour Emmanuel Macron : pouvoir d’achat, santé, école, écologie…
Projet du candidat Emmanuel Macron pour 2022 (à télécharger).
Élysée 2022 (42) : Emmanuel Macron en danger !
Élysée 2022 (41) : Emmanuel Macron descend dans l’arène.
Élysée 2022 (37) : Emmanuel Macron n’est pas (encore) réélu !
Élysée 2022 (36) : pour qui votera Nicolas Sarkozy au premier tour ?
Élysée 2022 (35) : le projet présidentiel du candidat Emmanuel Macron.
Élysée 2022 (33) : Emmanuel Macron à 30% ?
Élysée 2022 (32) : Emmanuel Macron candidat !
Élysée 2022 (29) : Emmanuel Macron sera-t-il candidat un jour ?
Enfin, une vision européenne !

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http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/04/25/39450316.html



 

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17 octobre 2021 7 17 /10 /octobre /2021 03:45

« Je suis frappé par le fait que tout Président pense à sa réélection, qui aujourd’hui domine toute les manœuvres et guide les réformes. Il faudrait envisager de revenir à un septennat non reconductible. » (Jean-Pierre Fourcade, le 10 mai 2015 sur CNews).




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L’ancien ministre giscardien Jean-Pierre Fourcade fête son 92e anniversaire ce lundi 18 octobre 2021. À la fois très politique et "professionnel" (ou "société civile", à la définition assez floue ; à l’origine, tout responsable politique vient de la "société civile" puisque nous sommes en République !), Jean-Pierre Fourcade a eu la responsabilité d’être le premier grand argentier de celui qui se considérait comme le grand argentier permanent de la France, ce qui n’était pas une succession facile (à l’époque rue de Rivoli). À ce ministère, il a eu le privilège de succéder à un "grand", Valéry Giscard d’Estaing, et son successeur fut également un "grand" de la vie politique française, Raymond Barre.

Après des études à l’IEP de Bordeaux et à l’ENA qui l’ont fait intégrer dans le corps des inspecteurs des finances, Jean-Pierre Fourcade fut nommé directeur général de la banque CIC (Crédit industriel et commercial). Parallèlement, Jean-Pierre Fourcade était engagé dans la vie politique au début des années 1970 avec l’étiquette des républicains indépendants (RI, puis PR) : il fut élu maire de Saint-Cloud de mars 1971 à avril 1992 et conseiller général des Hauts-de-Seine d’octobre 1973 à avril 1989 (touché par le cumul des mandats, déjà sénateur-maire et conseiller régional). Son épouse fut élue et réélue à sa succession sur le canton de Saint-Cloud de mai 1989 à mars 2011 où elle fut vice-présidente du conseil général des Hauts-de-Seine.

Jean-Pierre Fourcade fut nommé Ministre de l’Économie et des Finances par Valéry Giscard d’Estaing nouvellement élu dans le premier gouvernement de Jacques Chirac du 28 mai 1974 au 27 août 1976. Il disposait de plusieurs atouts pour y être nommé : giscardien, énarque, inspecteur des finances, et élu politique important dans l’agglomération de Paris. Au cours de son mandat de ministre, il a pris des mesures pour juguler l’inflation engendrée par le premier choc pétrolier (plan Fourcade en juin 1974) et pour aider les entreprises en facilitant le remboursement de la TVA.

Après la démission de Jacques Chirac et l’arrivée de Raymond Barre à Matignon, ce dernier s’est octroyé également l’Économie et les Finances (il avait été présenté par VGE comme le "meilleur économiste de France", auteur du fameux manuel d’économie politique dans la collection Thémis de nombreuses générations d’étudiants). Jean-Pierre Fourcade est cependant resté au gouvernement du 27 août 1976 au 26 septembre 1977 comme Ministre de l’Équipement, rajoutant le 30 mars 1977 à son portefeuille l’Aménagement du territoire lors du remaniement consécutif aux élections municipales de mars 1977 (qui furent un échec pour la majorité).

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Profitant des élections sénatoriales dans les Hauts-de-Seine, Jean-Pierre Fourcade a quitté le gouvernement pour commencer une (très) longue carrière de sénateur, élu en septembre 1977 et réélu sans discontinuité en septembre 1986, septembre 1995 et septembre 2004, jusqu’en septembre 2011 (trente-quatre ans de mandat parlementaire !).

Au Sénat, il est devenu une figure très respectée et travailleuse, sur divers sujets principalement économiques et sociaux, il fut notamment président de la commission des affaires sociales du Sénat pendant quinze ans, de septembre 1983 à septembre 1998. Il a beaucoup travaillé sur le fonctionnement des hôpitaux. Après s’être inscrit au groupe RI (républicains indépendants, d’abord appelé Union des républicains et indépendants UREI) où s’étaient regroupés les sénateurs giscardiens (une cinquantaine), il a quitté ce groupe pour adhérer, d’octobre 1998 à décembre 2002, au groupe un peu fourre-tout RDSE, rassemblement principalement des sénateurs de centre droit et de centre gauche, avant de rejoindre le groupe UMP le 11 décembre 2002 après la création de ce nouveau parti. Comme élu francilien, il fut aussi le rapporteur au Sénat du projet de loi sur le Grand Paris en janvier 2010.

Renforçant son implantation dans la région parisienne, il fut élu conseiller régional d’Île-de-France de 1982 à 1995, devenant d’abord vice-président, de1982 à 1986, puis premier vice-président du conseil régional d’Île-de-France de 1986 à 1995. Après avoir démissionné de son mandat de conseiller général en 1989 et de maire de Saint-Cloud en 1992, il s’est présenté aux élections municipales de juin 1995 à Boulogne-Billancourt où il fut élu en battant le maire RPR sortant Paul Graziani (sénateur et ancien président du conseil général des Hauts-de-Seine), le successeur du maire "historique" Georges Gorse. Jean-Pierre Fourcade resta maire de Boulogne-Billancourt de juin 1995 à mars 2007, ainsi que président de la communauté d’agglomération du Val-de-Seine (dans une union intercommunale avec Sèvres) de 2004 à 2008 (il resta conseiller communautaire de 2008 à 2010, puis conseiller communautaire d’une autre communauté, la communauté d’agglomération, devenue par la suite l’actuel Établissement public territorial Grand Paris Seine Ouest de 2010 à 2014).

Préparant sa succession (et s’approchant des 80 ans), Jean-Pierre Fourcade a démissionné de son mandat de maire de Boulogne-Billancourt le 7 mars 2007, s’est fait élire deuxième adjoint chargé des finances et des anciens terrains de Renault, et a "intronisé" son successeur Pierre-Mathieu Duhamel, élu maire le 17 mars 2007 par la majorité municipale, dans la perspective des prochaines élections municipales en mars 2008. Mais cela ne s’est pas passé comme prévu.

Pierre-Mathieu Duhamel, énarque, fut un conseiller du Ministre des Finances Édouard Balladur en 1987-1988, puis le directeur adjoint de cabinet du maire de Paris Jacques Chirac en 1991-1992, puis le directeur adjoint de cabinet du Premier Ministre Alain Juppé en 1995-1996, et a eu une prestigieuse carrière de haut fonctionnaire (il est actuellement ambassadeur de France en Norvège, depuis février 2019). En mars 1995, Pierre-Mathieu Duhamel fut élu au conseil municipal de Boulogne-Billancourt sur la liste RPR de Paul Graziani, maire sortant battu, et donc, il fut un élu d’opposition, mais a rejoint le nouveau maire et fut réélu au conseil municipal en mars 2001 sur la liste de Jean-Pierre Fourcade qui en a fait son adjoint aux affaires scolaires et à la culture.

Comme on peut s’en rendre compte, l’arrivée de Jean-Pierre Fourcade à Boulogne-Billancourt a mis en lumière une rivalité déjà ancienne entre le RPR (Graziani) et l’UDF (Fourcade). Et pourtant, la suite, caractérisée par la réunion d’une partie de ces deux partis en UMP, a montré que cette rivalité pouvait "s’interchanger". En effet, le soutien de Jean-Pierre Fourcade à Pierre-Mathieu Duhamel aux municipales de mars 2008 fut contrarié par l’investiture de l’UMP accordée à son ancien premier adjoint (de juin 1995 à mars 2001), Pierre-Christophe Baguet, issu de l’UDF et soutien précoce de la candidature de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007. N’ayant pas eu l’investiture de l’UMP, Pierre-Mathieu Duhamel a renoncé à se présenter en mars 2008, et Jean-Pierre Fourcade a finalement repris le flambeau et s’est présenté pour porter l’équipe municipale sortante, sans succès puisqu’il a été battu par Pierre-Christophe Baguet au second tour le 16 mars 2008. Jean-Pierre Fourcade resta donc élu d’opposition au conseil municipal et au conseil communautaire.

Aux élections législatives de juin 2012, Jean-Pierre Fourcade, qui n’était plus sénateur, a repris une petite "revanche" sur les instances de l’UMP : lui et aussi Pierre-Mathieu Duhamel ont soutenu la candidature UMP dissidente de Thierry Solère à Boulogne-Billancourt dans l’ancienne circonscription de Georges Gorse dont le député sortant était Pierre-Christophe Baguet. L’UMP avait réussi à convaincre ce dernier (devenu maire) de laisser sa circonscription pour donner une terre d’atterrissage au Ministre de l’Intérieur et éminence grise de Nicolas Sarkozy, à savoir Claude Guéant. Il faut donc imaginer que cette candidature dissidente ne devait pas être appréciée de tout le monde à l’UMP !

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Thierry Solère, conseiller général de Boulogne-Billancourt depuis mars 2004 et premier adjoint au maire de Boulogne-Billancourt de mars 2008 à mai 2011, avait été le quatorzième adjoint de Jean-Pierre en mars 2001. Thierry Solère, qui a quitté la majorité municipale à cause de l’aménagement de l’île Séguin, a été élu au second tour député des Hauts-de-Seine avec 334 voix d’avance sur Claude Guéant. Exclu par l’UMP à cause de sa dissidence, il a été réintégré dès son élection. Thierry Solère fut même la tête de liste en Hauts-de-Seine des listes menées par Valérie Pécresse aux élections régionales de décembre 2015. Il a soutenu la candidature de Bruno Le Maire à la primaire LR de novembre 2016 (qu’il avait été chargé d’organiser pour le compte de LR), puis, après sa réélection en juin 2017, a rejoint le Président Emmanuel Macron.

Entre-temps, Pierre-Mathieu Duhamel a tenté de retrouver son mandat de maire de Boulogne-Billancourt en mars 2014, soutenu par Jean-Pierre Fourcade et Thierry Solère, mais Pierre-Christophe Baguet, très bien implanté (ancien et futur conseiller général), fut réélu (et a été de nouveau réélu en 2020) à la mairie de Boulogne-Billancourt.

Comme on le voit, Jean-Pierre Fourcade a fait un peu de rab de politique à cause de ses manœuvres boulonnaises, diversement réussies. Indépendant, il l’a toujours été et a montré qu’il savait s’opposer à des responsables nationaux (en particulier à Nicolas Sarkozy).

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Pour tourner la page de son action politique, Jean-Pierre Fourcade a publié en 2015 un livre de souvenirs et d’expérience à partir desquels il souhaitait présenter quelques réformes. Parmi elles, j’ai relevé trois propositions. La première est le septennat unique, qui n’a jamais existé. Je pense que c’est un leurre de proposer un mandat unique alors qu’il est normal que l’élu puisse demander s’il a bien ou mal agi et d’avoir le "quitus" du peuple comme c’est le cas pour un chef d’entreprise en fin d’exercice (je suis favorable au principe du septennat, mais je pense qu’il sera très difficile d’y revenir car le temps politique s’est considérablement accéléré). La deuxième proposition est un serpent de mer et une boîte de Pandore qu’on devra bien ouvrir un jour ou l’autre : réduire le mille-feuilles territorial, il y a trop de niveaux d’élus pour que ce soit compréhensible pour tous : municipal, communautaire (intercommunalité), départemental, régional, national (parlementaire), européen…

Enfin, la troisième proposition me paraît sympathique et original mais pas forcément très efficace et réaliste : Jean-Pierre Fourcade a proposé d’instituer une semaine du respect mutuel dans chaque commune pour que le maire ainsi que les représentants des religions dans la commune aillent rencontrer les habitants dans les écoles, collèges, lycées, dans les EHPAD, partout montrer qu’on peut vivre ensemble en bonne intelligence. Il a fait cette proposition à la suite des attentats contre "Charlie Hebdo" et la fameuse manifestation de communion républicaine du 11 janvier 2015. Mais là encore, c’est très théorique, ne serait-ce parce qu’il n’y a déjà plus assez de prêtre pour avoir un représentant catholique dans chaque commune, et que dire de ceux qui ne sont pas croyants, la grande majorité des habitants, faut-il les représenter aussi dans ce vivre-ensemble ? Et comment ? Cela part d’une bonne intention mais sa mise en œuvre concrète créera plus de problèmes qu’il n’en résoudra.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Pierre Fourcade.
Jean de Broglie.
Christian Bonnet.
Gilles de Robien.
La France est-elle un pays libéral ?
Benjamin Constant.
Alain Madelin.
Les douze rénovateurs de 1989.
Michel d’Ornano.
Gérard Longuet.
Jacques Douffiagues.
Jean François-Poncet.
Claude Goasguen.
Jean-François Deniau.
René Haby.
Charles Millon.
Pascal Clément.
Claude Malhuret.
Pierre-Christian Taittinger.
Yann Piat.
François Léotard.
Valéry Giscard d'Estaing.
Antoine Pinay.
Joseph Laniel.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211018-jean-pierre-fourcade.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-pierre-fourcade-entre-grandes-236560

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/16/39180316.html












 

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12 octobre 2021 2 12 /10 /octobre /2021 03:09

« Soucieux avant tout de l’intérêt général, nous croyons au dépassement des clivages artificiels et au rassemblement de toutes les bonnes volontés au service du pays, dans le respect des différences et des sensibilités. » (Manifeste du nouveau parti Horizons, le 9 octobre 2021).



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L’ancien Premier Ministre Édouard Philippe réussira-t-il à recomposer le paysage politique après que celui-ci s’est décomposé depuis une vingtaine d’années ? Rien n’est sûr, si ce n’est qu’une fois encore, les courants politiques ne peuvent se créer sans s’incarner en une personnalité majeure de la vie politique française.

Je date le début de la décomposition du paysage politique français non pas en 2017 avec l’élection du Président Emmanuel Macron à l’issue d’un second tour où aucun des deux grands partis de gouvernement (LR et le PS) n’était présent, mais en 2002, quand l’un des deux grands partis de gouvernement n’était pas présent au second tour (le PS).

En effet, juste après le premier tour du 21 avril 2002, Jacques Chirac, Président sortant et candidat, et son très proche Alain Juppé ont décidé de profiter de l’état de sidération déclenché par la présence de Jean-Marie Le Pen pour phagocyter l’UDF dans le RPR par la création de l’UMP. L’opération a mollement réussi puisque les élus UDF ne les ont pas tous suivis et il est resté une UDF résiduelle dirigée par François Bayrou.

Jusque-là, la droite et le centre se composaient de deux grands partis, le RPR (qui n’a rien à voir avec l’image nostalgo-dépressive du polémiste Éric Zemmour) et l’UDF, l’un d’origine gaulliste (mais déjà à l’époque, certains supposés "gardiens du temple" gaullistes considéraient que le RPR n’avait plus rien de gaulliste mais était avant tout chiraquien), et l’autre d’origine centriste avec trois grandes tendances historiques, les démocrates-chrétiens (MRP, Centre démocrate, CDP, CDS), les libéraux (ou indépendants : CNIP, RI, PR, DL) et les radicaux (ce grand et vieux parti radical et radical socialiste qui avait refusé l’union avec les communistes en 1972).

Ce regroupement avait un intérêt pour Jacques Chirac, celui de contrôler toute la majorité. Mais ce n’était pas l’intérêt de cette coalition pour le long terme, d’autant plus qu’elle avait déjà eu affaire à des partis vaguement dissidents (MPF de Philippe de Villiers, RPF de Charles Pasqua, etc.). Au lieu de ratisser large sur tout l’éventail de la droite dure au centre gauche, l’UMP n’a fait que garder un noyau dur en mécontentant toutes les autres sensibilités.

La situation du centre droit était donc devenue délicate : en 2007 avec la bonne tenue de la candidature de François Bayrou, l’UDF a éclaté en deux partis, le Nouveau centre (qui est resté dans une alliance traditionnelle avec la droite) et le MoDem de François Bayrou qui est allé jusqu’à voter pour François Hollande en 2012 (inefficacement puisque ce dernier a refusé tout signe d’ouverture, au point qu’il n’a même pas pu se représenter en 2017). En 2012, l’UDI fondé par Jean-Louis Borloo a cru pouvoir rassembler à nouveau tous les centristes mais Hervé Morin a créé la division en 2014 en ressortant de ce parti avec Les Centristes pour prendre son indépendance (plus proche de LR). Depuis 2017, de nombreux partis se sont créés à la lisière du centre droit et de la majorité présidentielle, ce qui est particulièrement compliqué à comprendre pour les électeurs. La vocation du nouveau parti créé par Édouard Philippe est de rassembler toutes ces chapelles (ce qui est peu réaliste) et surtout, de faire naître une nouvelle génération de personnes engagées en politique.

L’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée sur sa gauche a évidemment fait exploser le PS (on ne sait même pas si le PS va maintenir une candidature à l’élection présidentielle de 2022), mais en gouvernant plus sur sa droite, en nommant à Matignon et dans de grands ministères (Économie et Finances, Intérieur) des personnalités issues de LR, Emmanuel Macron a également fait exploser LR.

Seul, le MoDem a bénéficié de cette majorité centrale et François Bayrou imaginait rassembler l’ensemble de la majorité (LREM, MoDem, partis périphériques issus de LR ou d’ailleurs) dans un grand parti démocrate à la française, permettant à LREM de s’associer à un véritable courant politique historique.

La démarche d’Édouard Philippe a donc contrecarré ce grand rassemblement démocrate. N’ayant pas honte de le dire, ce sera un parti et pas un club de réflexion, l’ancien Premier Ministre ne prépare pas l’élection présidentielle de 2027 (ce serait ridicule d’affirmer cela quand l’élection présidentielle n’est même pas encore survenue et que l’on sait que chaque élection présidentielle bouleverse considérablement le paysage politique).

L’objectif d’Édouard Philippe, c’est de structurer le centre droit favorable à Emmanuel Macron (le soutien au Président sortant pour 2022 est un élément essentiel) dans une optique d’en faire un véritable parti organisé et pas un mouvement plus ou moins personnelle et temporaire. L’idée est donc d’être un partenaire loyal et déterminé de la majorité présidentielle actuelle mais aussi de pouvoir accueillir les anciens ou actuels membres de LR un peu en déshérence, en gros, les sans parti fixe.

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C’était donc avec cette démarche que Édouard Philippe a créé le samedi 9 octobre 2021, devant une assistance d’environ 3 000 personnes, dans sa ville du Havre, ce nouveau parti baptisé Horizons, Horizons au pluriel. Et avant de définir des hommes et des places, le maire du Havre a voulu d’abord définir les idées, les valeurs, ce qui va être le fondement idéologique de ce nouveau parti. Quatre enjeux, dix valeurs, et dix combats.

Tout d’abord, quatre enjeux principaux ont été définis, ce qu’il a appelé "vertiges" : la démographie, l’environnement, la géopolitique et la technologie. La première réflexion, c’est qu’est utilisé un vocabulaire pas forcément ordinaire pour donner ces enjeux politiques, à part l’environnement (ou l’écologie), passage obligé pour regarder l’avenir en face.

À ma connaissance, la dernière fois que la démographie a été évoquée politiquement était en mai 2021, quand François Bayrou, Haut-Commissaire au Plan, a rappelé son importance capitale dans le maintien de notre modèle social. Sans forte natalité ou croissance démographique, pas de modèle social français pérenne (c’est une simple question numérique : s’il y a plus de retraités que d’actifs, il n’y aura plus de pension de retraite décente, idem pour l’assurance-maladie).

Dans cet enjeu démographique, il y a évidemment l’immigration et cela correspond à l’un des combats énumérés, très équilibré : « Nous combattons les naïfs et les populistes de l’immigration qui estiment que la France est en situation d’accueillir toute la misère du monde ou, à l’inverse, font croire que le pays peut vivre en autarcie derrière des frontières étanches. ». On notera l’expression provenant de l’ancien Premier Ministre Michel Rocard de manière plus ou moins assumée.

L’environnement est un enjeu évidemment majeur mais peu original, même si la précampagne présidentielle semble peu se faire sur ce sujet (le pouvoir d’achat et l’immigration sembleraient des thèmes où il y aurait le plus d’attente de la part des électeurs). On retrouve ce thème dans les valeurs : « Nous défendons une ambition écologique pour la France, fondée sur les notions de progrès, de sobriété et de durabilité. ». En particulier, le nouveau parti proposera une politique de décarbonation de notre économie, la préservation de la biodiversité et un investissement massif dans les énergies et l’agriculture. C’est d’ailleurs intéressant de coupler les deux, car ce sont les deux grands domaines durablement impactés par la transformation écologique.

J’insiste encore une fois : les mots de vocabulaire sont renouvelés, l’expression réfléchie et rigoureuse (Édouard Philippe a toujours tenu, même à l’oral et à l’improviste, à employer les bons mots, le plus rigoureusement possible, ce qui évite aussi de "galvauder" certains mots ou expressions). Ainsi, cela permet d’exprimer des idées, des valeurs et des combats de manière particulièrement précise et rigoureuse.

Comme pour le troisième enjeu, la géopolitique. Il répond à ceux qui ont peur d’une perte de souveraineté ou d’indépendance nationales. On y retrouve, comme pour le quatrième enjeu (la technologie) la première valeur : « Nous avons pour ambition de construire une stratégie globale pour la France afin d’assurer sa compétitivité, sa prospérité et sa puissance sur le long terme. ». Mais aussi : « l’indépendance nationale dans un monde dangereux et instable, où la France doit conserver les moyens de rester maîtresse de son destin ». Et bien sûr : « Nous défendons le projet européen comme la voie de la prospérité et de la souveraineté de la France. Mais nous portons l’exigence d’une Europe plus respectueuse du principe de subsidiarité, de l’intérêt collectif des Européens et des choix fondamentaux du peuple français. ».

Le dernier enjeu, la technologie rappelle la France nation technologique, très à l’unisson d’Emmanuel Macron, avec l’objectif de préparer la France aux enjeux scientifiques et technologiques de demain (par exemple, éviter de renouveler l’incapacité à développer rapidement un vaccin comme l’a hélas montré l’Institut Pasteur).

Dans le manifeste du nouveau parti, il y a donc énumérés dix points positifs, des propositions constructives ("Nous défendons"), mais aussi, au risque de se définir par défaut, d’être négatif, dix points négatifs, ce que n’est pas ce parti ("Nous combattons"). J’en ai déjà cité quelques-uns plus haut.

De ces fondamentaux, il en ressort un courant politique à la fois centriste (décentralisateur, pour la justice sociale, voulant l’équilibre de comptes publics, etc.), très républicain (soutenant fermement la laïcité, l’ordre « meilleure garantie de la liberté et de la prospérité du pays » et un humanisme républicain, notamment pour l’éducation « objectif prioritaire de l’effort national ») et aussi libéral : « Nous défendons la liberté comme valeur cardinale de la République. ».

Cette foi au progrès tant social et technique s’exprime ainsi : « Nous croyons que la science et l’esprit des Lumières doivent éclairer toutes les politiques publiques et servir de fondement au débat démocratique. ». Et s’exprime aussi ainsi : « Nous croyons que la solidarité nationale est une chance et une nécessité, dont la contrepartie est la revalorisation du travail et du mérite comme piliers d’une société prospère et digne. ».

Dans les "combats", certains sont moins intellectuels et plus vagues, mais permettent de se situer dans l’échiquier politique. Au centre droit : « Nos combattons les extrêmes de tous bords qui dressent les Français les uns contre les autres en agitant les peurs et les mensonges. ». Parmi les pédagogues : « Nous combattons les démagogues qui abaissent la controverse démocratique à un jeu d’invectives et bannissent la raison et la mesure du débat public. ». Et encore plus pédagogues ainsi : « Nous combattons les fossoyeurs de l’universalisme républicain qui enferment l’individu dans des identités réductrices et sèment les ferments de la division et de l’inégalité. ». On voit tout de suite à qui cette phrase s’adresse.

Horizons combat aussi des lubies d’extrême gauche : la décroissance « ruineuse pour la pays et impuissante à répondre à l’urgence climatique », l’esprit de défaite, de repentance et de honte « qui méprise la grandeur du récit national et conduit à nier la possibilité d’une culture et d’une histoire communes, qui font la fierté française ».

Enfin, face à tous les démagogues qui voudraient casser nos institutions héritées du Général De Gaulle, le parti d’Édouard Philippe se place en défenseur intransigeant de la Constitution de la Cinquième République : « Nous défendons la démocratie représentative dans le cadre des institutions de la Ve République qui permettent à chaque citoyen de faire valoir son opinion tout en garantissant la force de gouverner du pouvoir exécutif. ».

Parmi les objectifs du nouveau parti Horizons, il y a aussi implicitement la volonté de rassembler ceux des adhérents de LR qui n’y retrouvent plus ses petits, écartelé qu’est cet ancien parti gouvernemental, entre les sirènes des extrémismes et le constat qu’Emmanuel Macron serait finalement son meilleur représentant.

Cette "nouvelle offre politique" va devoir être claire sur sa loyauté avec Emmanuel Macron, même si des représentants de LREM, du MoDem, de l’UDI, d’Agir (parlementaires issus de LR) et de la France audacieuse (créée par Christian Estrosi, maires et élus locaux issus de LR), étaient présents au Havre. Prendre ses marques : avec cette initiative audacieuse, Édouard Philippe a franchi le Rubicon, tout en voulant prendre une part active à la réélection d’Emmanuel Macron que son ancien Premier Ministre ne considère pas comme acquise. La suite prévue, c’est l’organisation d’un grand congrès fondateur en décembre 2021, peu avant la lancée de la campagne présidentielle …et de la Présidence française de l’Union Européenne.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Manifeste du nouveau parti Horizons (texte intégral).
De nouveaux Horizons avec les sans parti fixe du centre droit.
Édouard Philippe.
Le destin national d'Édouard Philippe.
Emmanuel Macron.
Jean Castex.
François Bayrou.
Jean-Louis Borloo.
Que va faire Édouard Philippe ?
Le grand atout d’Emmanuel Macron.
Antoine Rufenacht.
Alain Juppé.
5 ans d’En Marche.
Cédric Villani.
Alexandre Benalla.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211009-horizons.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/de-nouveaux-horizons-avec-les-sans-236418

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/10/39171685.html








 

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