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22 juin 2021 2 22 /06 /juin /2021 02:25

« Un cœur viril et courageux trouve jusque dans les revers de la Fortune de quoi ancrer son espérance. » (Guillaume d’Orange).




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Le Président Emmanuel Macron joue au jeu qui perd gagne. Enfin, il ne joue pas, mais il peut bénéficier du jeu. Ce jeu oxymore est quasi-biblique : ce sont les derniers qui seront les premiers, ou encore, dans les Béatitudes, heureux les simples d’esprit, etc.

L’une des analyses électorales communément admises, c’est que le parti présidentiel LREM et le RN ont mordu la poussière, l’un parce qu’il ne représente qu’un électeur sur dix (de ceux qui ont exprimé leur suffrage), ce qui fait une base courte pour un gouvernement, et l’autre parce que l’idée d’une conquête du pouvoir passant d’abord par les régions semble assez mal en point (mais attendons le second tour qui peut encore promettre quelques surprises). La stratégie de normalisation de Marine Le Pen ne paraît pas très efficace, car en devenant un "parti comme les autres", le RN perd son atout populiste, celui de rassembler les mécontents. Le RN est devenu, par excellence, un parti du système. Et cela depuis au moins trente-sept ans.

Quant à Emmanuel Macron, il savait depuis le début que, comme les élections municipales, les élections régionales et départementales ne lui seraient pas favorables. Il a d’ailleurs tout fait pour cela puisque LREM n’a pas la structure d’un parti organisé et bien implanté localement et seules, quelques personnalités s’y retrouvent par leur action locale de longue haleine. Il n’avait d’ailleurs aucun intérêt de repousser les élections régionales trop loin, sauf pour cause sanitaire, car l’été va passer, puis l’hiver, et au printemps 2022, ces élections seront largement oubliées par les électeurs, non qu’ils aient la mémoire d’un poisson rouge (avec Internet, c’est plus difficile), mais parce qu’il y aura bien d’autres sujets politiques qui vont faire surface d’ici à huit mois.

Néanmoins, certains députés LREM ont peur du verdict des prochaines élections législatives l’année prochaine : même en cas de réélection d’Emmanuel Macron, il lui sera peut-être difficile de retrouver une majorité absolue à l’Assemblée Nationale si on reprend les résultats locaux du 20 juin 2021. Mais c’est oublier que ce n’est pas le même scrutin et qu’il y a peu de chance pour que les électeurs qui ont élu un Président ne se mobilisent pas pour lui donner une majorité absolue. C’est ne rien comprendre aux institutions actuelles, et par la même occasion, pour la plupart d’entre eux (députés LREM), c’est ne rien comprendre des raisons qui les ont fait élire en juin 2017.

Parmi le flot des commentaires issus de ce premier tour des élections régionales du 20 juin 2021, il y a eu une analyse qui m’a paru fort pertinente. Elle a été proposée par l’éditorialiste Claude Weill le 22 juin 2021 sur LCI.

Il admet que LREM a perdu les élections régionales, mais que cela fait le jeu politique d’Emmanuel Macron. Soyons bien clairs à ce propos : Emmanuel Macron n’a jamais fait éclater le paysage politique en 2017, le paysage politique a éclaté tout seul et c’est Emmanuel Macron qui a récupéré quelques morceaux, il est juste le bénéficiaire, pas l’auteur (c’est toujours le biais d’une enquête policière : à qui profite le crime ?).

En effet, avec les résultats du premier tour des régionales, la situation peut évoluer à l’avantage d’Emmanuel Macron.

Du côté du RN, manifestement, Marine Le Pen n’a pas réussi à convaincre qu’il était un parti de gouvernement ni de gestion d’exécutifs. Dès le lendemain du premier tour, l’éditorialiste Éric Zemmour a envoyé ses flèches contre la présidente du RN et trouve dans le médiocre score du RN une raison supplémentaire de franchir le Rubicon, se présenter lui-même à l’élection présidentielle. Déjà un sondage (à froid) annonçait 13% d’intentions de vote au premier tour (mais méfions-nous des sondages). Sa candidature ferait éclater le camp nationaliste et ferait nécessairement le jeu d’Emmanuel Macron.

Du côté du LR, on pourrait croire que ces élections vont avantager cet ancien grand parti de gouvernement avec des scores très flatteurs de certains de ses leaders dont trois ont approché voire dépassé les 40% : Xavier Bertrand, Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez. Oui mais non. En cas de réélection de ces trois personnalités dimanche prochain, LR va passer du stade de trop vide au stade de trop plein ! En effet, il aurait été plus utile, dans une stratégie présidentielle, qu’un gagne et les deux autres se plantent, le gagnant étant alors indiscutablement le "leader" pour 2022. Avec trois grandes réélections, cela va réintroduire de fortes tensions et divisions au sein de LREM, chacun des trois cités étant qualifié pour représenter le centre droit à la prochaine élection présidentielle.

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Claude Weill n’a pas poussé le raisonnement plus loin mais on peut aussi en rajouter avec la gauche. La résurrection du clivage LR/gauche, avec une vieille gauche idéologique, pas la gauche sociale-démocrate, mais celle qui a fait peur pendant vingt-trois ans entre 1958 et 1981, a tout pour plaire à Emmanuel Macron. Le mélange hétérogène entre écologistes, socialistes et extrémistes avec des positions divergentes sur de nombreux sujets de société très clivants ne va pas aider la gauche à s’unir à l’élection présidentielle. Au contraire, la démonstration sera probablement faite qu’il y a bien deux gauches irréconciliables et désunies.

Emmanuel Macron semble d’ailleurs bénéficier du fort courant de sympathie pour le mouvement écologiste qui est aussi un mouvement anticapitaliste et qui englue la gauche traditionnelle. Cela peut devenir un chiffon rouge pour électeurs (et les maires écologistes des grandes villes participent involontairement à ce phénomène).

Il reste enfin le mauvais score de son parti LREM. Emmanuel Macron ne comptait pas sur lui et sait que c’est son nom, son action, son expérience présidentielle qui feront ses atouts dans la nouvelle bataille présidentielle. Les anciens Présidents de la République encore en vie (ils ne sont plus que deux) peuvent s’étrangler en voyant la cote de popularité de l’actuel Président dix mois avant le second tour de l’élection présidentielle : à 40%, il surpasse largement ses prédécesseurs Nicolas Sarkozy et surtout François Hollande.

Bref, oui, il y aura des surprises d’ici à l’élection présidentielle, parce qu’il y en a toujours eu, mais elles ne seront peut-être pas au détriment d’Emmanuel Macron qui a bien compris que l’essentiel, aujourd’hui, c’est de réussir le déconfinement, la vaccination et la reprise économique et tout faire pour que le variant delta ne nous empoisonne pas la vie l’automne prochain. C’est sur cela qu’il sera jugé en 2022. Et sur rien d’autre.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 juin 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Régionales 2021 (6) : Emmanuel Macron et le qui perd gagne.
Régionales 2021 (5) : vous avez dit front républicain ?
Suppression des professions de foi lors des élections (28 septembre 2016).
Régionales 2021 (4) : l’abstention, c’est grave, docteur ?
Régionales 2021 (3) : le premier tour, déconfiture ?
Régionales et départementales 2021 (2) : les enjeux.
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Les Républicains et la tentation populiste.
Rapport de Jean-Louis Debré du 13 novembre 2020 (à télécharger).
Avis du Conseil scientifique sur la tenue des élections du 29 mars 2021 (à télécharger).
Régionales et départementales 2021 (1) : à propos de leurs dates et de l’âge du capitaine.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Municipales 2020 (4) : bientôt, la fin d’un suspense.
Municipales 2020 (3) : et le second tour arriva…
Municipales 2020 (2) : le coronavirus s’invite dans la campagne.
Municipales 2020 (1) : retour vers l’ancien monde ?
Régionales 2015 : sursaut ou sursis ?
Les enjeux du second tour des régionales de 2015.
Le premier tour des régionales du 6 décembre 2015.
Les enjeux des élections régionales de décembre 2015.
Les départementales 2015 au second tour.
Les départementales 2015 avant le second tour.
Départementales 2015 : le pire n'est jamais sûr.
Les 4 enjeux nationaux des élections départementales de mars 2015.
La réforme territoriale.
La réforme des scrutins locaux du 17 mai 2013.
Le référendum alsacien.
Le vote par anticipation.
Le vote proportionnel.
Le vote obligatoire.
Le vote électronique.
Vive la Cinquième République !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210624-macron.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/06/25/39030048.html


 

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25 mai 2021 2 25 /05 /mai /2021 01:30

« L’un des enjeux des décennies à venir sera la préservation de notre modèle social ou son abandon. Si on souhaite le préserver, il faudra éviter une partition entre les générations. » (Note de François Bayrou du 17 mai 2021).



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Le président du MoDem et maire de Pau, François Bayrou fête son 70e anniversaire ce mardi 25 mai 2021. En guise de cadeau d’anniversaire qu’il a voulu offrir aux Français, il a lancé un nouveau pavé dans la mare. En effet, il a publié le lundi 17 mai 2021 une nouvelle note de prospective. On ne peut pas dire qu’il usurpe ses fonctions (bénévoles, précisons-le bien) de Haut-Commissaire au Plan, avec un rythme très soutenu de notes, environ une tous les deux mois. Une nouvelle note qui n’hésite pas à créer la polémique en demandant notamment… une (petite) augmentation de l’immigration. Avec cela, il reste dans les valeurs démocrates-chrétiennes de son aîné Bernard Stasi, pour qui l’immigration pouvait être une chance pour la France et l’Europe.

Heureusement qu’il y a eu Emmanuel Macron en 2017. Sans ce dernier, François Bayrou, parce qu’il était programmé pour cela, aurait été candidat à l’élection présidentielle en 2017, encore en 2022 et ainsi de suite et il se serait vite épuisé sans apporter grand-chose au débat national. Il a un alter ego, très éloigné politiquement de lui mais pas si éloigné sur le plan de la trajectoire personnelle : électron libre en perpétuelle candidature présidentielle, qui aime s’écouter parler, Jean-Luc Mélenchon s’épuise encore aujourd’hui à croire au grand soir.

Heureusement, donc, la victoire d’Emmanuel Macron de 2017 a été avant tout la victoire intellectuelle de François Bayrou qui, depuis 2002, a prôné l’existence d’une position centrale qui ne soit ni de droite ni de gauche. Traduction qui a l’air anecdotique mais qui est une grande révolution dans les esprits politiques, pour les élections municipales de 2020, le Ministère de l’Intérieur a multiplié les "étiquettes" des listes : en plus des "divers droite", des "divers gauche" et des "divers" (tout court), il y a eu des "divers centre".

Comme la candidature centrale (je n’ose écrire centriste) est préemptée par Emmanuel Macron, il reste à François Bayrou, depuis 2017, à diffuser ses idées, et surtout, à travailler, enquêter, se documenter grâce à la toute-puissance de l’État (à laquelle il n’avait pas eu accès auparavant car ne faisant pas partie des grands corps de l’État) et à proposer des solutions aux grands problèmes de notre temps.

Certes, on pourra toujours dire qu’une note, moins rigoureuse, moins fouillée, moins précise qu’un rapport, aura quand même la destinée d’un rapport, c’est-à-dire à empiler après un petit service après-vente pendant une semaine dans les médias. Je pense au contraire que ces notes vont être précieuses pour les gouvernements à venir, qu’elles vont même être stratégiques car François Bayrou n’hésite pas à fouiller des sujets qui fâchent, qui font mal, qui blessent. Le nucléaire en a été un exemple ; cette semaine, le modèle social français est un autre exemple. Sa note du 17 mai 2021 a pour titre : "Démographie : La clé pour préserver notre modèle social" (qu’on peut télécharger et lire ici).

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Tentons de présenter correctement le raisonnement très logique de François Bayrou sur ce sujet crucial. Le modèle social français repose sur la solidarité entre les générations : la génération n+1 finance la retraite de la génération n. Mais ce schéma n’est possible que s’il y a beaucoup plus de personnes dans la population active que parmi les retraités. Or, cela nécessite une chose simple : qu’il y ait suffisamment de jeunes pour "supporter", dans le sens anglais de "soutenir" les générations anciennes.

Bien sûr, il ne suffit pas d’être dans la population active pour pouvoir répartir la richesse, encore faut-il avoir un emploi, avoir une rémunération d’une manière ou d’une autre. Le fort taux de chômage met autant à mal la solidarité par répartition que le vieillissement de la population. La note précise que c’est une exception parmi les nations. La plupart des nations ont adopté des systèmes par capitalisation et épargne : chacun épargne pour ses frais futurs (maladie, chômage, retraite) et le vieillissement de la population n’a pas d’incidence directe sur les pensions et la couverture sociale (toutefois, il y a une proportion de la population qui n’a pas de couverture sociale, même en cas de démographie ascendante).

En revanche, le système français par répartition est très sensible aux fluctuations démographiques : « C’est donc une réalité à laquelle nous ne pouvons pas échapper : l’équilibre du système se trouve extrêmement dépendant de l’importance de la population active, du rapport numérique entre actifs et inactifs, que ces derniers soient dans leur enfance, en formation, malades, handicapés, chômeurs ou à la retraite, comme il se trouve absolument dépendant des ressources collectives de la nation, donc de la capacité et de la performance de l’économie sur laquelle repose le financement de ce système social. ». Remarquons toutefois que la note fait une erreur en excluant les chômeurs et les personnes en situation de handicap de la population active, ces derniers restent des actifs, même les personnes malades ou en formation, mais ne sont pas toujours contributrices de recettes (fiscales ou sociales).

La note rappelle aussi que la plupart des pays européens ont une démographie à la baisse, au contraire de la France qui, jusqu’à il y a deux ans, continuait à maintenir une certaine vitalité démographique au point que les projections laissaient entendre pour 2050 ou 2060 que la France serait la première puissance démographique de l’Europe. Le lecteur attentif restera indulgent vis-à-vis de François Bayrou lorsqu’il écrit en 2021 : « dans les années 2050 à 2060, c’est-à-dire à l’horizon d’à peine un quart de siècle », car l’ancien Ministre de l’Éducation nationale n’a jamais été ami avec les chiffres.

François Bayrou reste lucide sur la possibilité d’intégrer de nombreux immigrés pour revitaliser la démographie nationale. Il cite l’exemple de l’Allemagne qui a accueilli dans les années 2010 un million d’immigrés originaires des Balkans (il me semblait que c’étaient plutôt des Syriens et des Irakiens) par besoin de main d’œuvre, ce qui est très différent pour un pays comme la France « souffrant d’un important chômage chronique ». Mais il n’en reste pas moins ceci : « Il y a dans le dynamisme démographique d’un pays la conséquence, et sans doute aussi la source d’un optimisme national. ».

Dans cette note, le Haut-Commissaire au Plan observe que la vitalité démographique de la France s’essouffle depuis deux ans. En 2019, il a manqué 50 000 naissances pour assurer le renouvellement des générations. Le taux de fécondité est de 1,86 en 2019 alors qu’il faudrait qu’il soit de 2,1 pour un renouvellement. En vingt ans, l’âge moyen de la mère à la naissance de son premier enfant est passé de 29 ans à 31 ans (« plus l’âge de procréation est précoce, plus le taux de fécondité est élevé »). La pandémie de covid-19, au contraire des premières intuitions (le confinement aurait eu pour effet un mini-baby-boom), a renforcé cette tendance à la baisse de la natalité. En janvier 2021, il y a eu 13% de naissances en moins qu’en janvier 2020.

Par ailleurs, la France va devenir un pays vieillissant : les plus de 65 ans vont représenter un quart de la population en 2040 et certaines projections les font monter jusqu’à 34% de la population en 2070. L’âge médian pourrait passer de 42 ans en 2020 à 46 ans en 2050. Comparativement, la France vieillit cependant moins vite que les autres pays européens et son taux de centenaires est le plus élevé d’Europe (32,6 pour 100 000 habitants).

Ce vieillissement est préoccupant car il remet en cause l’équilibre de notre système des retraites et il a aussi des conséquences sur des millions de personnes qui doivent accompagner cette population vieillissante (il y a actuellement 4 millions d’aidants informels).

Renforcer l’équilibre entre les générations, c’est donc une nécessité pour notre modèle social : « Pour cela, et comme pour toutes les nations, il n’existe que deux voies : avoir plus d’enfants ou accueillir des personnes d’autres pays. La France devra jouer des deux leviers dans des proportions raisonnables qui garantissent le maintien de la cohésion nationale. ».

L’apport migratoire « doit être accepté et acceptable ». Nul doute que cette question est ultrasensible depuis des décennies en France : « [Elle] est sérieuse et difficile à aborder parce qu’elle mêle des problèmes réels, des fantasmes puissants, des arrière-pensées politiques. ». Au sens de l’ONU, une personne immigrée est une personne née dans un autre pays que celui où elle vit : ils sont une ultraminorité, 260 millions de personnes dans le monde, soit 3,4% de la population mondiale.

Selon cette même définition, il y a en France 12,3% de population immigrée actuellement, soit sensiblement la même proportion dans les autres pays européens. Avec la définition française (une personne immigrée est une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France), ce taux est de 9,9% (ne sont donc plus comptées les personnes nées françaises à l’étranger et vivant en France).

La note soulève aussi une idée reçue : « Contrairement à une idée reçue ou véhiculée, l’immigration n’est pas la cause de notre relative dynamique démographique. ». En effet, les immigrés ne contribuent qu’à 0,1 point au total de l’indice de fécondité (1,86) : « On constate un alignement progressif des populations immigrées dans leur comportement, en termes de fécondité. ».

François Bayrou cite notamment le démographe François Héran, professeur au Collège de France et ancien directeur de l’Ined, qui disait le 4 octobre 2019 à Ivanne Trippenbach de "L’Opinion" : « Une erreur fondamentale est de figer ces écarts de fécondité sur le long terme. On obtient alors une croissance exponentielle de la population immigrée. C’est comme si l’on prophétisait à la fin du siècle la domination démographique de la Guyane sur la métropole, au motif que les Guyanaises ont 3,8 enfants en moyenne. D’où vient l’erreur ? Les amateurs de projection oublient d’introduire dans le calcul une tendance observée de longue date : la convergence des comportements de fécondité entre immigrées et natives au fil du temps. (…) En figeant le réel, [ces projections statiques] produisent un résultat irréel. Une minorité n’envahit pas la majorité sur la base de sa natalité. ». Exit la théorie foireuse du "grand remplacement".

C’est pourquoi, malgré son effet d’annonce, l’immigration ne peut être « la solution au ralentissement de notre démographie ». Cette partie est inscrite en gras : « Il faut accepter que [l’immigration] y prenne sa part mais celle-ci ne sera acceptée que si parallèlement, les conditions sont réunies pour maintenir une ambition démographique dans notre pays. Faire un autre choix serait prendre le risque de déséquilibrer notre société en proie à des questionnements, parfois exprimés violemment, quant à son identité et à son avenir. ».

L’autre volet de la redynamisation démographique du pays, c’est le soutien à la natalité par une politique familiale volontaire : congés parentaux, prestations familiales, accompagnement de la petite enfance…

La note précise : « Avoir un enfant ne doit pas être un fardeau. Cela ne doit pas signifier sacrifier sa vie personnelle et professionnelle et tout ce qui favorise l’articulation entre la vie familiale et la vie professionnelle contribue à la hausse de la fécondité. ». Un pays comme l’Italie s’est rendu compte de cette nécessité de revenir à une politique nataliste après la forte mortalité due au covid-19.

Donc, ce que préconise vraiment François Bayrou est moins une politique d’apport migratoire qu’une véritable politique nataliste basée sur quatre piliers : la globalité (dans tous ses aspects, un seul levier est inefficace) ; la cohérence (les mesures doivent avoir pour objet exclusif le soutien à la natalité, et la lutte contre les inégalités sociales doivent faire l’objet d’autres mesures) ; la continuité (les mesures ne doivent pas être supprimées pour réajuster des déséquilibres financiers conjoncturels) ; enfin, la lisibilité (simplifier, clarifier, communiquer sur les dispositifs dont on peut bénéficier en faisant un enfant).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 mai 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Bayrou a 70 ans.
Note de synthèse du 17 mai 2021 du haut-commissaire au Plan sur la relance de la démographie (à télécharger).
François Bayrou et la préservation du modèle sociale français.
Note de synthèse du 23 mars 2021 du haut-commissaire au Plan sur le programme nucléaire français (à télécharger).
François Bayrou relance le programme nucléaire français.
François Bayrou et l'obsession de la proportionnelle.
Marielle de Sarnez.
François Bayrou sera-t-il le Jean Monnet du XXIsiècle ?
Vive la Cinquième République !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210525-bayrou.html

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10 avril 2021 6 10 /04 /avril /2021 03:29

« Sa démarche est intéressante, elle est giscardienne comme je le fus moi-même ; j’aurais donc pu le soutenir d’autant qu’il est Amiénois. Mais il n’a rien fait pour sa vile. » (Gilles de Robien, le 19 avril 2017).



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Ce jugement sur Emmanuel Macron est incomplet et il faut écouter la suite, sans complaisance : « Et surtout, il a insulté la France en la qualifiant de criminelle contre l’humanité pour ce qu’elle a fait en Algérie. Il ramène ainsi la France au rang de l’Allemagne nazie ce qui est inacceptable. En outre, il estime qu’il n’y a pas de culture française, mais des cultures en France. Il défend ainsi le communautarisme, une France où les villes seraient morcelées en quartiers d’étrangers. C’est exactement le contraire de l’intégration républicaine. ». Il faut relativiser ces propos définitifs, car ils étaient avant tout des propos de campagne qui amplifient les moindres maladresses des adversaires : le premier tour de l’élection présidentielle avait lieu le 23 avril 2017 et il ne soutenait pas le candidat d’En Marche.

L’ancien ministre centriste Gilles de Robien fête ses 80 ans ce samedi 10 avril 2021. Connu pour avoir été député-maire d’Amiens, l’homme qui s’est engagé dans la vie politique entraîné par la campagne présidentielle de Valéry Giscard d’Estaing en 1974, a milité au sein des républicains indépendants puis du Parti républicain (PR), composante de l’UDF. Entre 2002 et 2007, il fut l’unique ministre UDF du Président Jacques Chirac avec qui il avait noués des liens amicaux anciens. VGE, Chirac, UDF et Amiens, voilà les principaux ingrédients de la recette De Robien. À cela, on peut ajouter ses thèmes d’action et de prédilection : Travail, Transport, Logement et Éducation nationale.

Après un baccalauréat de philosophie au lycée Hoche de Versailles et des études de droits, il travailla comme agent d’assurance à 24 ans. Son engagement politique fut giscardien en 1974 (il avait alors 33 ans) et il est rapidement devenu le patron de la fédération de la Somme du PR. Terre de mission pour le centre droit (Amiens était alors communiste), Gilles de Robien s’est présenté sans succès aux législatives de 1978 et de 1981 et aux élections municipales de 1983 où il fut battu par le maire sortant René Lamps, ancien résistant et député communiste, élu depuis 1971 (Maxime Gremetz a succédé à René Lamps dans sa circonscription aux législatives de 1978).

Il faut, je pense, s’arrêter sur ses échecs électoraux aux législatives car cela donne aussi une indication sur une tendance très nette de l’évolution de l’électorat dit de gauche, acquis au principe de l’union de la gauche. Pendant toute la décennie 1970, les électeurs communistes étaient plus nombreux que les électeurs socialistes dans cette terre industrielle. Et c’est à partir de la victoire de François Mitterrand en 1981 que la tendance s’est inversée au profit des socialistes.

Candidat à la première circonscription de la Somme (Amiens) en mars 1978, celle de René Lamps qui ne s’est pas représenté, Gilles de Robien, alors jeune candidat inconnu, a fait un très bon score au premier tour sous l’étiquette UDF (parti de VGE nouvellement réé) avec 34,4% des voix. Au second tour, il a échoué avec 47,3% face au candidat communiste Maxime Gremetz, de la même génération (37 ans). À titre de comparaison au premier tour, en mars 1973, les deux candidats UDR et divers droite totalisaient 37,9% tandis que Gilles de Robien et le candidat RPR ont fait en mars 1978 un peu plus, 41,8%, mais le candidat le plus fort en 1973, un divers droite, l’ancien maire d’Amiens (de 1944 à 1953 et de 1959 à 1971), Maurice Vast, ancien résistant, n’avait obtenu que 22,8% alors que Gilles de Robien a eu 10 points de plus.

En 1959, Maurice Vast, qui était alors SFIO, avait rompu avec les socialistes et s’était rapproché du centre droit et de l’UNR. Réélu en 1965, il s’est fait balayer en 1971 par la liste d’union de la gauche menée par René Lamps, qui l’avait vaincu à toutes les législatives entre 1962 à 1973 (René Lamps lui-même avait été battu par Maurice Vast aux municipales à Amiens en 1959 et en 1965).

En juin 1981, Gilles de Robien fut renvoyé en troisième position au premier tour, avec seulement 26,2%, dépassé par le candidat socialiste arrivé en tête avec 34,8% et par le député sortant Maxime Gremetz 28,6% qui s’est désisté au second tour selon les accords entre PS et PCF (Gilles de Robien, qui s’était qualifié pour le second tour, a échoué à 39,4% face au seul candidat socialiste). Maxime Gremetz ne retrouva son siège de député qu’en mars 1993 au second tour avec 50,3% face à un autre candidat UDF, battant avec 20,1% dès le premier tour le député sortant PS qui s’est effondré à 13,7%.

Aux municipales à Amiens en mars 1983, Gilles de Robien a été sur la liste UDF-RPR qui a obtenu 43,8% au premier tour et qui fut battue au second tour avec 48,0% (face à la liste de René Lamps). En vertu de la nouvelle loi électorale permettant aux minorités d’être représentées au conseil municipal, Gilles de Robien fut élu conseiller municipal d’opposition d’Amiens. Il resta conseiller municipal jusqu’en mars 2008.

Pourquoi ai-je autant détaillé ces résultats électoraux ? Pour expliquer que Gilles de Robien était loin d’être un héritier en politique et plutôt un conquérant dans des terres électorales hostiles, ce qui lui a donné beaucoup de respectabilité vis-à-vis des instances nationales. Avant d’avoir gagné une élection, il fut donc considéré comme un candidat à fort potentiel et fut élu député de la Somme en mars 1986 grâce au scrutin proportionnel. Il fut sans arrêt réélu jusqu’en juin 2007 où il ne s’est pas représenté.

À partir de juin 1988, Gilles de Robien ne s’est pas représenté à la première circonscription (trop à gauche) mais à la deuxième circonscription de la Somme, circonscription de tradition gaulliste mais gagnée par le PS en 1981, où il a pu se faire élire en juin 1988 au second tour (42,6% au premier tour et 52,6% au second tour), en mars 1993 presque dès le premier tour (49,9% au premier tour et 76,1% au second tour), en juin 1997 au second tour (41,4% au premier tour et 55,0% au second tour), enfin en juin 2002 dès le premier tour (50,3%). En juin 2007, il ne s’est pas représenté mais son suppléant, Olivier Jardé (NC), qui l’avait remplacé de 2002 à 2007, a été élu avec 45,7% au premier tour et 52,8% au second tour, mais ce dernier fut battu par Barbara Pompili (EELV-PS) en juin 2012 avec un écart de moins de 700 voix (Olivier Jardé a eu 35,5% au premier tour et 49,2% au second tour, Barbara Pompili 34,1% et 50,8%).

En juin 2017, cette circonscription s’est macronisée : Barbara Pompili (investie par LREM) a obtenu 40,7% au premier tour. En deuxième place, le candidat FI avec 14,3%, puis Olivier Jardé (NC) qui s’est effondré à 12,5%, le candidat FN à 11,0%, Hubert de Jenlis, candidat de l’UDI-LR soutenu par Gilles de Robien à 10,1% et le candidat PS à 5,7%. Au second tour, Barbara Pomili a triomphé avec 61,9%. Gilles d Robien avait soutenu l’éventualité de la candidature d’Hubert de Jenlis aux élections municipales de 2014.

De 1986 à 2002, Gilles de Robien a donc été député de la Somme et a fait un travail très assidu, profitant de ce mandat parlementaire pour faire avancer ses idées. Il fut notamment vice-président de l’Assemblée Nationale d’avril 1993 à juin 1995 et de juin 1997 à septembre 1998.

Bien que dit "de centre droit", il a pris des positions favorables, en novembre 1999, au vote des étrangers aux élections municipales (ce qui me paraît contraire à la Constitution étant donné que les élus municipaux participent à l’élection des sénateurs), mais aussi et surtout, en 1995, à la réduction du temps de travail, mesure généralement préemptée par une gauche sans repère et sans programme. Il a d’ailleurs réussi à faire adopter la loi n°96-502 du 11 juin 1996 tendant à favoriser l’emploi par l’aménagement et la réduction conventionnels du temps de travail (dite loi Robien), qui encourageait la diminution du temps de travail pour soit éviter des licenciements soit faire de nouvelles embauches. Cette loi est donc le précurseur de la loi sur la réduction de temps de travail défendue par Martine Aubry un an plus tard après la victoire de la gauche en juin 1997 (Gilles de Robien, maire "voisin" de Martine Aubry, maire de Lille, avait soutenu en 1993 l’initiative de cette dernière en faveur de la fondation Agir contre l’exclusion).

1996, ce fut une période "faste" pour le parlementaire Gilles de Robien (il fut même désigné "Parlementaire de l’année 1996"). Il a présidé l’important groupe UDF à l’Assemblée Nationale (215 membres sur 577) du 18 mai 1995 au 12 juin 1997, prenant la succession de Charles Millon nommé ministre. En fait, Gilles de Robien aurait pu être nommé Ministre du Travail en 1995, mais cela ne s’est pas fait. Une fois retourné dans l’opposition, François Bayrou, futur président de l’UDF, lui a succédé à la tête du groupe UDF.

Bien que membre du PR/DL (Démocratie libérale, la suite du PR), Gilles de Robien s’est éloigné de son collègue Alain Madelin qui avait fermé les yeux avec les alliances tacites des présidents de conseil régional sortants PR avec le FN aux élections régionales de mars 1998 (en particulier Charles Millon, Jacques Blanc, Jean-Pierre Soisson, qui ont été exclus du groupe UDF). Gilles de Robien s’est présenté contre Alain Madelin le 24 juin 1997 pour devenir le premier président de Démocratie libérale, il a obtenu 37,3% face à Alain Madelin élu avec 59,9%. DL a quitté l’UDF le 16 mai 1998.

À l’instar de François Léotard, Gérard Longuet, Jean-Pierre Fourcade, Alain Lamassoure, Bernard Lehideux, Rudy Salles, Claude Gaillard, François Sauvadet, Bruno Joncour, André Soulier et Patrick Mignola (l’actuel président du groupe MoDem à l’Assemblée Nationale), le 17 août 1998, Gilles de Robien a cofondé le PRIL (Pôle républicain indépendant et libéral), l’antenne DL restée au sein de l’UDF. Le député-maire d’Amiens a même déchiré sa carte du DL en direct à la télévision, le 14 août 1998 dans le journal de 13 heures sur France 3, pour s’opposer à l’adhésion de Jacques Blanc à DL : « DL commet une faute morale ! ».

Je reviendrai sur l’action nationale de Gilles de Robien, mais intéressons-nous maintenant à son implantation locale. Gilles de Robien est connu pour avoir été longtemps maire d’Amiens, élu à trois reprises, et il fut aussi le président d’Amiens Métropole (communauté d’agglomération) de 1994 à 2008.

Tête de la liste de l’opposition unie aux municipales de mars 1989, Gilles de Robien a joui de la désunion de la gauche, puisque le maire sortant René Lamps fut concurrencé par une liste socialiste. Au premier tour, la liste UDF-RPR a fait 41,0%, largement en tête devant la liste communiste 27,7% et la liste socialiste 18,5%. Avec une liste divers droite ayant obtenu 8,0%, la victoire de Gilles de Robien était probable au second tour, qu’il a effectivement eue avec 55,9%. Gilles de Robien fut réélu en juin 1995 dès le premier tour avec 57,0%, puis en mars 2001 également dès le premier tour avec 52,1%. Gilles de Robien fut ainsi maire d’Amiens du 24 mars 1989 au 27 juin 2002 et du 29 mars 2007 au 21 mars 2008 (il fut maire adjoint de 2002 à 2007 en raison de ses responsabilités ministérielles).

Aux municipales de mars 2008, Gilles de Robien fut battu par la gauche : sa liste NC-UMP a obtenu 38,9% au premier tour en ballottage défavorable (tandis que la liste PS a eu 41,4%) et en raison d’un mauvais report des voix de la candidate du MoDem (5,8%), la liste de la municipalité sortante a été largement battue avec 43,8% contre 56,2% à la liste d’union de la gauche. Gilles de Robien, élu conseiller municipal d’opposition, a démissionné rapidement.

Aux municipales de mars 2014, celle qui avait été maire pendant qu’il exerçait ses fonctions ministérielles, Brigitte Fouré (menant une liste d’union UDI-UMP-MoDem) fut élue au second tour avec 50,4% dans une triangulaire en battant la liste de gauche (33,8%). Elle avait obtenu 44,8% au premier tour. Menant une nouvelle liste d’union UDI-LR-LREM-MoDem-Agir, Brigitte Fouré a été réélue aux municipales de 2020 au second tour avec 45,8% dans une triangulaire (aussi en tête au premier tour avec 29,9%). Depuis 2014, Brigitte Fouré (UDI) et Alain Gest (UMP puis LR) se partagent les responsabilités, l’une maire et l’autre président de l’agglomération, une séparation des deux fonctions que contestait Gilles de Robien au nom de l’efficacité.

Sur trois mandats, pendant dix-neuf ans (1989 à 2008), Gilles de Robien était donc à la tête d’Amiens ou y avait une influence prépondérante. Il a été très souvent encensé dans sa gestion de la ville, ses réélections dès le premier tour pouvaient d’ailleurs l’attester : ville la plus sportive, Marianne d’Or, meilleur maire, parmi les villes les mieux gérées de France, Amiens et son maire n’ont cessé de collectionner les trophées prestigieux pour les maires.

Gilles de Robien, alors ministre important du gouvernement, a également tenté de "conserver" la région Picardie en mars 2004. Il avait été élu conseiller régional de mars 1992 à mars 1998 et en 2004, il fut la tête de liste UDF-UMP. Le conseil régional était alors présidé par Charles Baur (depuis 1986 et entre 1976 et 1978), qui était parvenu à se faire réélire en 1998 grâce à une bienveillance tacite avec le FN (ce qui l’a fait exclure de l’UDF). Dans les listes menées par Gilles de Robien, on peut citer Caroline Cayeux et Élodie Gossuin dans l’Oise, Brigitte Fouré dans la Somme et Aude Vandorme dans l’Aisne. Arrivées en tête du premier tour avec 32,3%, ces listes ont néanmoins été battues au second tour avec 35,8% en raison d’une triangulaire et du ralliement des listes communistes de Maxime Gremetz aux listes socialistes qui ont obtenu 45,6% (et les listes du FN 18,7%). Élu conseiller régional, Gilles de Robien a démissionné quelques semaines plus tard.

Parallèlement, l’activité nationale de Gilles de Robien était intense. Le 16 juin 1998, Gilles de Robien a tenté de retrouver la présidence du groupe UDF à l’Assemblée Nationale. Au premier tour, il est arrivé en deuxième position avec 19 voix derrière Philippe Douste-Blazy 27 voix (15 voix à François Sauvadet et 8 autres à deux autres candidats) et fut battu au second tour avec 30 voix par Philippe Douste-Blazy 39 voix.

Gilles de Robien est resté fidèle à l’UDF, le nouveau président de celle-ci (élu le 16 septembre 1998), François Bayrou, en a fait l’un de ses plus proches alliés au sein de l’appareil UDF. Un congrès de l’UDF a eu lieu le 1er décembre 2001 à Amiens pour rendre officielle la candidature de François Bayrou à l’élection présidentielle. Ce dernier nomma Gilles de Robien son directeur de campagne.

La création de l’UMP et le choc de la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour ont bouleversé le paysage politique. Une grande partie des parlementaires de l’UDF a rejoint l’UMP. Gilles de Robien n’a pas été de ceux-là mais néanmoins, il a accepté d’être ministre de Jacques Chirac qui venait d’être réélu.

Tandis que François Bayrou et plus généralement, l’UDF ont adopté une attitude de quasi-opposition entre 2002 et 2007, l’UDF était paradoxalement présente dans les gouvernements de Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin par l’intermédiaire de Gilles de Robien nommé Ministre de l’Équipement, des Transports, du Logement, du Tourisme et de la Mer du 7 mai 2002 au 31 mai 2005 (aussi de l’Aménagement du territoire à partir du 31 mars 2004), puis Ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche du 31 mai 2005 au 15 mai 2007.

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Dans son premier ministère très technique (Logement, Transports, etc.), Gille de Robien a laissé une nouvelle fois son nom à une loi importante, la loi n°2003-590 du 2 juillet 2003 urbanisme et habitat, qui a encouragé les investissements dans le logement locatif (avec le "dispositif Robien" reprenant d’autres dispositifs fiscalement incitatifs). Elle a imposé aussi des remises aux normes des ascenseurs dans les immeubles (mesure prise à la suite de plusieurs accidents mortels dont un à Amiens). Il a fait aussi adopter une loi pour sécuriser les piscines de particuliers et réduire le nombre de noyades dans ces piscines.

Par ailleurs, il a abandonné le projet du gouvernement de Lionel Jospin de construire un troisième aéroport parisien dans la Somme (près de Chaulnes). Il a créé une "liste bleue" pour déconseiller certaines compagnies aériennes peu scrupuleuses de la sécurité de leurs passagers. Conformément à la volonté présidentielle exprimée le 14 juillet 2002, il a installé les premiers milliers de radars automatiques pour faire respecter les limitations de vitesse (avec un bilan très positif de sécurité routière, plus de 10 000 vies ont été sauvées en cinq ans). Répondant aux questions de Françoise Vaysse et Jean-Michel Gradt, Gilles de Robien a déclaré dans "Le Moniteur" du 17 décembre 2004 : « La sécurité routière est (…) une vraie réussite du gouvernement. En deux ans et demi, nous sommes passés de 8 000 à 5 000 morts par an. Mais, au-delà des chiffres, il est très satisfaisant de voir à quel point la culture des Français se modifie sur cette question au profit d’une conduite apaisée et respectueuse des règles. ».

Dans son second ministère (Éducation nationale), Gilles de Robien a signé l’arrêté du 24 mars 2006 modifiant l’arrêté du 25 janvier 2002 fixant les programmes d’enseignement de l’école primaire qui a promu la méthode syllabique d’acquisition de la lecture et du langage : « Au début du cours préparatoire (…), un entraînement systématique à la relation entre graphèmes et phonèmes doit être assuré afin de permettre à l’élève de déchiffrer, de relier le mot écrit à son image auditive et à sa signification possible. Il est indispensable de développer le plus vite possible l’automatisation de la reconnaissance de l’image orthographique des mots. Cet apprentissage exige de conjuguer lecture et écriture (…). ».

En application de la loi n°2005-102 du 11 février 2005 "pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées", Gilles de Robien a pris le 31 août 2005 des mesures pour scolariser les enfants en situation de handicap.

La fidélité de Gilles de Robien à l’UDF n’a pas réussi à soutenir la contradiction avec la stratégie autonomiste de François Bayrou qui l’a suspendu le 14 juin 2005 de ses responsabilités à l’UDF (son maintien comme ministre UDF était contesté par la plupart des militants de l’UDF). Après un nouveau soutien à la candidature de François Bayrou à l’élection présidentielle de 2007 au Conseil national de l’UDF du 10 juin 2006, Gilles de Robien a finalement soutenu le 1er avril 2007 la candidature de Nicolas Sarkozy.

Toutefois, Nicolas Sarkozy n’a pas reconduit Gilles de Robien au gouvernement et lui-même ne s’est pas représenté aux législatives de juin 2007. Il n’a pas non plus réussi à se faire réélire maire d’Amiens en mars 2008 et s’est retiré de la vie politique locale. Peut-être les électeurs ont-ils regretté son éloignement d’Amiens ?

En effet, Gilles de Robien fut nommé par Nicolas Sarkozy ambassadeur chargé de promouvoir la cohésion sociale du 5 octobre 2007 au 5 janvier 2015, ainsi que délégué de la France au conseil d’administration de l’Organisation internationale du travail (OIT) du 1er août 2007 au 31 décembre 2014 (confirmé à ce poste par François Hollande le 27 juin 2014). À ce titre, il présida la 99e conférence internationale du travail en juin 2010. Il fut le candidat de la France pour occuper la fonction de directeur général de l’OIT, mais il a échoué au sixième tour le 28 mai 2012, avec 4 voix de retard, au profit d’un syndicaliste britannique. Il "se contenta" alors de présider le conseil d’administration de l’OIT du 15 juin 2012 au 21 juin 2013.

Lors de la primaire LR de novembre 2016, Gilles de Robien a soutenu la candidature de François Fillon et a continué à le soutenir pendant la campagne présidentielle de 2017 malgré son "affaire". Quelques jours avant le premier tour, le 19 avril 2017, il déclara : « Je trouve disproportionnées les attaques dont il fait l’objet. On lui doit la présomption d’innocence. Surtout, il a le courage de dénoncer les menaces qui pèsent sur la France, notamment le radicalisme extrême, et de vouloir réaliser les réformes nécessaires au redressement de notre pays. ».

Sur recommandation de Gilles de Robien, une première avenue Valéry Giscard d’Estaing a été inaugurée à Amiens le 2 février 2021 en présence de la maire Brigitte Fouré, du président de l’agglomération Alain Gest, du président du conseil régional des Hauts-de-France Xavier Bertrand et de l’ancien député et fils de l’ancien Président Louis Giscard d’Estaing. En quelque sorte, Giscard fut l’alpha et l’oméga de la dense carrière politique de Gilles de Robien…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Philippe Douste-Blazy.
Gilles de Robien.
Alain Madelin.
Jean-Louis Borloo.
François Bayrou.
Olivier Stirn.
Marielle de Sarnez.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210410-gilles-de-robien.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/gilles-de-robien-vge-chirac-l-udf-232191

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/07/38908640.html








 

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7 avril 2021 3 07 /04 /avril /2021 03:01

« Je n’ai pas, en l’état, toute l’énergie nécessaire pour remplir complètement mes responsabilités (…). J’ai donc décidé de mettre un terme à mes fonctions et mandats. » (Jean-Louis Borloo, le 6 avril 2014).




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Quand j’ai lu la teneur de cette lettre où il démissionnait complètement de la vie politique, j’ai eu très peur. Des frissons. Sa santé vacillait et les rumeurs les plus folles laissaient comprendre le pire absolu. Alors, quelle joie, exactement sept ans plus tard, quelle merveilleuse joie de pouvoir lui souhaiter un joyeux anniversaire ! Jean-Louis Borloo fête en effet son 70e anniversaire ce mercredi 7 avril 2021. Mine de rien, il fait partie de ceux qui ont été ministres parmi les plus longs de la République…

Comment évoquer Jean-Louis Borloo si ce n’est ouvrir tous les tiroirs en même temps d’une vie si riche qu’il y a plusieurs Borloo en un. Son look un peu négligé pouvait servir de repoussoir, mais l’esprit brouillon aide à la liberté de créer, d’imaginer. Distrait ? Simple. Je me rappelle une minute extraordinaire : je l’écoutais dans un meeting lors d’une université d’été, il me semble, et soudain, son téléphone se mit à sonner (ou quelqu’un est venu lui apporter un petit papier, j’ai un doute avec les dates). Il s’est alors interrompu et a lu le papier (ou écouté son combiné). Grand silence. Des larmes et un sourire ont alors envahi son visage. Il venait de devenir, pour une nouvelle fois, père. Joie simple mais efficace. Son discours ? Il ne l’a jamais repris !

Toutes les portes s’ouvrent chez lui. Une attention particulière à l’humain. Un touche-à-tout dans sa vie professionnelle qui l’a conduit autant au football qu’à la politique. Un vrai acteur. Un créateur. Pas un théoricien, mais un homme de terrain, un homme du concret, simple, finalement, même s’il est beaucoup plus intellectuel qu’il ne le montre. Marié à la Reine Zabo de l’audiovisuel public. Scout fasciné par la Chine de Mao.

Des études déjà touche-à-tout : certes, avocat, mais aussi MBA à HEC, et encore des études d’histoire, de philosophie, d’économie, de finances. Une incroyable volonté de s’ouvrir. Pas scientifique mais bossant avec des ingénieurs qu’il a recrutés. La trentaine à peine effleurée, le voici un avocat d’affaires parmi les plus rémunérés du monde, selon "Forbes" ! Il a enseigné à HEC l’analyse financière. Spécialisé dans les entreprises en difficulté, les transmissions, fusions, acquisitions. Parmi ses clients, une célèbre grande gueule qui a récemment fait parler d’elle, à Pâques, bien involontairement : Bernard Tapie.

Très vite, les succès se sont enchaînés. En 1986, il fut appelé pour sauver le club de football de Valenciennes, en faillite, ce qu’il fit. Valenciennes était alors une ville en perdition. Chômage à 40% (de mémoire, ordre de grandeur). Le virus de la politique fut inoculé : le voici menant une liste apolitique aux élections municipales de Valenciennes en mars 1989, et il a gagné au second tour avec 76%. Toujours réélu. Jean-Louis Borloo fut donc maire de Valenciennes de mars 1989 à juin 2002, puis élu premier adjoint ou simple conseiller municipal jusqu’en mars 2014 (il ne voulait pas cumuler avec ses fonctions ministérielles).

Grâce à Jean-Louis Borloo et à ses mandats ultérieurs (européens et nationaux), le Valentinois a bénéficié tant des aides européennes que d’une réindustrialisation (implantation de l’usine de Toyota en 1999 dans l’agglomération de Valenciennes). En juin 1989, il a étonné tous les centristes lorsque fut révélée la composition de la liste centriste de Simone Veil aux élections européennes : son numéro deux était cet inconnu de la classe politique, Jean-Louis Borloo, tandis que les candidatures se bousculaient, après l’épisode des Rénovateurs. Comme en juin 1984, les élections européennes de juin 1989 ont été l’occasion de mettre en piste dans la vie politique nationale de jeunes maires plein d’avenir. C’était le cas pour Jean-Louis Borloo qui fut ensuite élu député (national) du Nord de mars 1993 à sa démission, en avril 2014, réélu sans discontinuer pendant cette vingtaine d’années.

Centriste Jean-Louis Borloo ? Assurément… mais avant tout, atypique. Il encouragea la création de Génération Écologie par Brice Lalonde et Noël Mamère (avec Haroun Tazieff) au début des années 1990. Il se présenta aux élections régionales du Nord-Pas-de-Calais le 22 mars 1992 en menant une liste centriste écologiste. Les résultats furent très confus en l’absence de majorité. Cinq grandes forces se partageaient le conseil régional : sur 113 sièges, la gauche menée par un ministre important, Michel Delebarre, avait 42 sièges ; l’alliance UDF-RPR menée par Jacques Legendre 26 sièges ; le FN mené par Carl Lang 15 sièges ; les listes de Jean-Louis Borloo 14 sièges ; Les Verts 8 sièges et Génération Écologie 6 sièges (et 2 sièges pour Chasse pêche nature et traditions). Aucune majorité absolue. Après deux tours d’un duel entre candidat PS et candidat RPR à la présidence du conseil régional, Jacques Legendre a eu l’idée de s’effacer derrière Jean-Louis Borloo qui pouvait attirer vers lui les élus écologistes. Michel Delebarre a alors été le plus malin en s’effaçant aussi derrière Marie-Christine Blandin, élue Vert, qui a ramené à elle toute la gauche et tous les élus écologistes et fut couronnée présidente de région (la première femme et la première écologiste).

À cette époque, Jean-Louis Borloo a montré un talent politique exceptionnel, faisant bouger les lignes politiques, renversant le jeu politique classique. Il a tenté une seconde fois de conquérir le conseil régional le 15 mars 1998, il est arrivé en deuxième position, devant les listes UDF-RPR "officielles", faisant en tout 35 sièges, tandis que la gauche en a obtenu 42 (comme dans le conseil régional sortant), le FN 18 sièges, Les Verts 9, LO 7 et CPNT 2. Jean-Louis Borloo fut ainsi, par sa performance électorale, belle mais insuffisante, le champion du centre droit, battu par la gauche.

Les expériences locales ou régionales de Jean-Louis Borloo ne pouvaient que déboucher sur des responsabilités nationales. Pendant longtemps, il a été jaloux de son indépendance politique, au point de siéger entre 1993 à 1997 dans le groupe parlementaire présidé par Jean Royer rassemblant administrativement les "non inscrits" (constituer un groupe apporte davantage de moyens pour exercer le mandat de député). À partir de juin 1997, toutefois, Jean-Louis Borloo s’est engagé au sein de l’UDF, avec l’étiquette Force démocrate (qui a succédé au CDS en 1995). Parti qui lui ressemblait le plus : démocrate-chrétien avec des aspirations sociales. Jusqu’en 2002, il fut l’un des piliers de la Nouvelle UDF et en 2001, le porte-parole du candidat François Bayrou à l’élection présidentielle de 2002.

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"Récupéré" par le Président Jacques Chirac, le mot est fort ("récupéré") mais c’était un peu le sentiment de l’époque, car ce fut un véritable divorce avec François Bayrou. Ce dernier avait démarré une stratégie autonomiste qui allait aboutir à l’élection de l’électron libre Emmanuel Macron en 2017, alors qu’au contraire, l’électron libre Jean-Louis Borloo "se rangeait". Le "oui" à un poste ministériel, tout à fait compréhensible pour un homme d’action, l’a fait quitter l’UDF pour rejoindre l’UMP et (en 2003), le Parti radical qui était un parti satellite de l’UMP.

A commencé alors une longue carrière ministérielle sous la Présidence de Jacques Chirac puis de Nicolas Sarkozy, les deux séduits par la personnalité de Jean-Louis Borloo. Il fut ainsi nommé Ministre délégué à la Ville et à la Rénovation urbaine du 7 mai 2002 au 31 mars 2004, puis Ministre de l’Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale du 31 mars 2004 au 18 mai 2007, puis Ministre de l’Économie, des Finances et de l’Emploi du 17 mai 2007 au 19 juin 2007, enfin, Ministre d’État, Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire du 19 juin 2007 au 13 novembre 2010 (de l’Énergie à partir du 18 mars 2008, de la Mer à partir du 23 juin 2009).

Parmi ses actions ministérielles, Jean-Louis Borloo a fait adopter la loi n°200-710 du 1er août 2003 d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine (plus connue sous le nom de loi Borloo), qui a apporté un budget massif pour rénover les logements dans les quartiers délaissés. Le plan de cohésion sociale présenté le 30 juin 2004 ainsi que la loi n°2005-32 du 18 janvier 2005 de programmation pour la cohésion sociale ont permis de faire redescendre le chômage de 10% à 7,7%. Ces actions l’ont rendu très populaire dans l’électorat.

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En 2007, son soutien à la candidature de Nicolas Sarkozy lui a assuré son maintien au gouvernement. D’abord à l’Économie et aux Finances, mais sa maladresse de parler de TVA sociale entre les deux tours des élections législatives de juin 2007 ont fait perdre à la majorité plusieurs dizaines de sièges et il fut donc "exfiltré" de Bercy comme le fut, en 1995, Alain Madelin. Ce poste va mal aux bouillonnements d’idées. Il fut recyclé comme numéro deux du gouvernement de François Fillon à l’Écologie, avec titre de Ministre d’État, et c’est à partir de lui que l’Écologie est devenue (parfois) une attribution ministérielle très politique. Il remplaçait Alain Juppé qui, ayant échoué dans sa circonscription bordelaise, devait quitter le gouvernement parce que désavoué par les électeurs.

Le bilan de Jean-Louis Borloo de trois ans et demi au Ministère de l’Écologie est probablement plus dense que celui de tous ses successeurs pour la plupart étiquetés écologistes. Il a en particulier organisé le Grenelle de l’Environnement en 2007, aboutissant à deux grandes lois de programmation (loi n°2009-967 du 3 août 2009 et loi n°2010-788 du 12 juillet 2010) qui ont le but de répondre à l’urgence écologique.

Le discours très sécuritaire de Nicolas Sarkozy le 30 juillet 2010 à Grenoble a refroidi les ardeurs des centristes à rester au gouvernement. Pourtant, pendant presque six mois à cette époque, les rumeurs disaient que Jean-Louis Borloo serait nommé à Matignon. Conseillé par Édouard Balladur, François Fillon s’est accroché et a eu finalement gain de cause, ce qui amena Jean-Louis Borloo à refuser de rester au gouvernement. Très attaché à lui, Nicolas Sarkozy lui aurait proposé d’aller aux Affaires étrangères, à la Justice ou encore de rester à l’Écologie.

Présidant le Parti radical à partir de 2005, Jean-Louis Borloo a fait quitter ce parti de l’UMP en avril 2011 mais il n’a pas franchi le Rubicon et très tôt, le 2 octobre 2011, il a renoncé à se présenter à l’élection présidentielle, son espace politique étant réduit entre Nicolas Sarkozy et François Bayrou. Le 22 octobre 2012, Jean-Louis Borloo a cofondé l’Union des démocrates et indépendants (UDI) dont il a pris la présidence, sous la bienveillance de Simone Veil, de Pierre Méhaignerie et de Valéry Giscard d’Estaing, et même des proches de François Bayrou. Le 5 novembre 2013, une alliance entre UDI et MoDem fut signée par Jean-Louis Borloo et François Bayrou pour présenter des listes communes aux élections européennes de mai 2014. Pour la première fois, les deux hommes, au lieu de rivaliser, ont ajouté leurs forces.

Son retrait brutal de la vie politique l’a dirigé vers une nouvelle vie après son lent rétablissement. Il s’est alors investi dans le continent africain, considérant qu’il était absolument indispensable que l’Afrique, le continent de l’avenir, avec une forte natalité, puisse avoir au moins l’eau courante et l’électricité courante. Il a mis en place des projets concrets ainsi qu’une fondation pour les financer. Par ailleurs, de décembre 2016 à mai 2020, Jean-Louis Borloo a été nommé membre du conseil d’administration de l’entreprise chinoise Huawei Technologies France, refusant toutefois d’en prendre la présidence qu’on lui avait offerte en juillet 2019.

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Le 30 avril 2017, Jean-Louis Borloo a soutenu très activement la candidature d’Emmanuel Macron (rappelons qu’un différent personnel séparait Jean-Louis Borloo de son ancien Premier Ministre François Fillon, candidat en 2017), et il fut missionné le 14 novembre 2017 par le nouveau (jeune) Président pour présenter un plan pour la politique de la ville mais son rapport, présenté le 26 avril 2018, ne fut pas suivi d’action.

J’ai mis en titre "boîte à occasions perdues" parce que Jean-Louis Borloo n’a pas su aller jusqu’au bout d’une démarche politique nationale, à savoir, une candidature à l’élection présidentielle ou la pérennisation d’une formation politique centriste. Lui était fédérateur et a presque su réunifier un centre lessivé sinon disloqué par trois élections présidentielles 2002 (UMP), 2007 (MoDem) et 2012 (victoire de l’opposition). Après son départ et avec l’arrivée d’Emmanuel Macron dans le paysage politique, qui a créé ex nihilo une formation centriste issue de nulle part, jamais les centristes n’ont été aussi divisés qu’en ce moment. On regrettera donc que le pouvoir actuel n’a pas su "utiliser" mieux et plus respectueusement la grande énergie créative de Jean-Louis Borloo. Bon anniversaire et bonne santé !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapport Borloo remis le 26 avril 2018 sur le développement des quartiers en France (à télécharger).
Jean-Louis Borloo.
Vers un rassemblement des centristes.
François Bayrou.
Olivier Stirn.
Marielle de Sarnez.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210407-borloo.html




http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/04/38901526.html






 

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24 mars 2021 3 24 /03 /mars /2021 08:31

« On peut avoir des espoirs, des rêves, mais il vaut mieux ne pas avoir d’illusions. » (François Bayrou, le 24 mars 2021 sur LCI).




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L’air de rien, François Bayrou a fait une annonce essentielle lors de son entretien avec Jean-Michel Aphatie, à la matinale de LCI ce mercredi 24 mars 2021 (qu’on peut réécouter ici).

On ne présente plus François Bayrou, actuel maire de Pau (réélu en 2020) et président du MoDem, homme politique majeur qui a été trois fois candidat à l’élection présidentielle (dont une fois à plus de 18% des voix en 2007). Mais sa véritable casquette, à cette occasion, est peut-être moins connue : haut-commissaire au Plan. Fonction créée par le décret n°2020-1101 du 1er septembre 2020, François Bayrou a été nommé à ce poste bénévole (ce que précise bien le décret) le 3 septembre 2020 par le Président Emmanuel Macron et le Premier Ministre Jean Castex.

À ce titre, il est « chargé d’animer et de coordonner les travaux de planification et de réflexion prospective conduits pour le compte de l’État et d’éclairer les choix des pouvoirs publics au regard des enjeux démographiques, économiques, sociaux, environnementaux, sanitaires, technologiques et culturels ». Ses quelques collaborateurs sont directement rattachés aux effectifs du Premier Ministre. En clair, il ne coûte pas grand-chose aux contribuables.

Autant dire que c’est une fonction qui a son influence. Cela aurait été un haut fonctionnaire inconnu, ses avis auraient pu passer inaperçus, mais comme c’est un responsable politique de premier plan qui est à ce poste, ses avis seront beaucoup plus médiatisés. De plus, cette fonction fait sens pour François Bayrou puisque l’un des leitmotivs de sa campagne présidentielle de 2012 était de vouloir anticiper et faire de la prospective industrielle à long terme, comme l’avait fait l’Allemagne de Schröder il y a plus de vingt ans.

Le mardi 23 mars 2021, François Bayrou a donc remis au Premier Ministre une note de synthèse sur la perspective de la production d’électricité dans les années à venir, avec un titre particulièrement clair : "Électricité, un devoir de lucidité". Il a été par ailleurs auditionné le matin du 24 mars 2021 par la commission du développement durable de l’Assemblée Nationale.

Le document est sans concession sur les politiques publiques depuis plusieurs décennies : « Tout se passe comme si des objectifs ambitieux et moralement fondés avaient été recherchés avec optimisme et une certaine insouciance, sans que personne parmi les citoyens ait été averti des contraintes certaines, des efforts considérables à fournir et des risques encourus. Or, l’occultation des contraintes, naturelles, physiques, scientifiques, budgétaires ne peut conduire, lorsque notre pays sera devant l’obstacle, qu’à un rejet brutal des objectifs mêmes qui sont publiquement recherchés. ».

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Dans cette note, François Bayrou annonce que la France ne pourra pas se passer du nucléaire avant longtemps. Sur LCI, il a rejeté l’idéalisme de la Ministre de la Transition écologique Barbara Pompili qui imaginait en juillet 2020 un avenir avec 100% des énergies renouvelables.

Tout en lui enseignant une leçon de réalisme, François Bayrou a adressé implicitement à l’ancienne sous-ministre écologiste de François Hollande un cours de prospective : « Ce dont il faut prendre conscience, c’est que l’électricité en France par des centrales nucléaires, c’est la condition même pour qu’on puisse avoir des énergies renouvelables. ».

Dit comme cela, cela pourrait paraître paradoxal, mais il faut quand même rappeler que les deux énergies renouvelables, le photovoltaïque et l’éolien, ne peuvent pas être produites en permanence (la France n’est pas dans une zone où le soleil brille tout le temps, ni où le vent est permanent). Par conséquent, pour avoir la continuité de production de l’électricité, il faut d’autres sources : « Si on n’avait pas le nucléaire, on serait obligé d’avoir des centrales thermiques au pétrole ou au gaz, et on augmenterait nos rejets de gaz à effet de serre. ».

L’autre constat de François Bayrou, c’est que le parc nucléaire français (56 réacteurs, le deuxième du monde) a été construit sur une très courte période. Cela signifie que dans une période très courte, ces réacteurs vont devoir être fermés et remplacés d’une manière ou d’une autre. C’est "l’effet falaise" (qui est valable même en prolongeant la durée de vie des réacteurs jusqu’à 50 ou 60 ans). Ainsi, 14 réacteurs vont devoir fermer d’ici à 2035, date normalement prévue pour réduire la production d’électricité par le nucléaire à seulement 50%.

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Sa conclusion est alors évidente : il faut reconstruire des réacteurs nucléaires si on ne veut pas se retrouver en pénurie d’électricité dans les prochaines décennies. Pour lui, cette décision de relancer le programme nucléaire français est très politique et devra être prise d’ici à deux ans, c’est-à-dire qu’elle pourra être prise après l’élection présidentielle de 2022 et la campagne électorale pourra être l’occasion de remettre le nucléaire en débat. Cela tombe bien, car le gouvernement, courageux mais pas téméraire en cette période où les écologistes sont à la mode, n’avait aucune intention ni envie de prendre une telle décision avant l’élection présidentielle.

La conclusion de la note est une chausse-trape démocratique : « Seul l’impératif démocratique d’un débat honnête, lucide et partagé avec les citoyens, porté par les élus de la Nation mais associant l’ensemble des composantes de la société, permettra de formuler une volonté crédible et d’arrêter un plan réaliste. ».

Je me suis procuré cette note de 37 pages qui explique que les engagements de la France en matière de rejets de gaz à effet de serre (objectifs climatiques de neutralité carbone) sont tels que la part de l’électricité dans la consommation totale d’énergie en France, qui est de 25% actuellement, montera à 50% en 2050. Malgré les efforts pour consommer moins d’énergie (isolation des bâtiments, etc.), cela ne compensera pas cette augmentation drastique des besoins, parallèlement à la mise en arrêt de la plupart des centrales nucléaires du parc actuel (qui ont démarré entre 1980 et 1990).

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La note précise effectivement : « Tous les scénarios s’accordent sur une augmentation massive de la part d’électricité dans le mix énergétique. ». Ainsi, la consommation d’électricité en France devrait grimper de 473 TWh en 2019 (on ne prend pas 2020 en référence, avec 460 TWh, en baisse à cause de la crise sanitaire), à 630, voire 700 TWh en 2050, selon les scénarios. En 2019, 71% de la production électrique était d’origine nucléaire, 67% en 2020 (à cause de la crise sanitaire et de l’arrêt des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim, les 22 février 2020 et 29 juin 2020).

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Or la loi climat de 2019 impose la part de l’électricité d’origine nucléaire à 50% en 2035 et 36% la part en énergies renouvelables : « Cela signifie une amputation d’ici [à] 2035 de notre capacité de production électronucléaire de l’ordre de 30% et une augmentation probable de la part d’électricité d’origine fossile au-delà des 8% actuels. ».

D’où la quadrature du cercle : « Augmentation massive de la consommation d’un côté, diminution massive de nos capacités de production de l’autre, le simple rapprochement de ces deux orientations montre qu’il existe un gouffre entre l’évolution annoncée de notre consommation électrique et celle de notre production. Il est inéluctable que nous allons droit à des difficultés considérables et même à une impasse, nous empêchant techniquement de remplir en même temps les objectifs que nous prétendons solennellement avoir fixés ! ».

Le rapport pointe aussi des éléments de calendrier : « Il y a d’autant plus urgence à engager un débat éclairé que 49 réacteurs sur les 56 en fonctionnement actuellement ont été mis en service il y a 30 ans ou plus, que l’estimation de leur durée de vie moyenne est de l’ordre de 45 ans et qu’il faut au moins 10 ans pour terminer une nouvelle installation électronucléaire à partir de la décision de la construire. Ainsi, le maintien de la capacité de notre parc nucléaire appellerait le lancement de deux nouveaux chantiers par an chaque année sur une période de 20 années. Une telle discussion, éthiquement et civiquement responsable, est pourtant cruciale pour définir une programmation d’investissements cohérente avec les objectifs de production attendus. ».

Est-il possible à brève échéance de produire massivement de l’électricité d’origine renouvelable ? La réponse est sans appel : « Pour obtenir une augmentation massive de la production d’électricité renouvelable, une des principales difficultés résiderait dans l’artificialisation de grandes surfaces foncières par des unités de production photovoltaïques et l’altération des paysages par des éoliennes à terre ou en mer. La réponse à ce défi est-elle facile ? Probablement non. Est-il possible de construire les réseaux de transports et de distribution d’électricité qu’exige cette production renouvelable sans de très lourds investissements et sans empiéter sur des surfaces naturelles ? La réponse est certainement non. ».

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En soutenant ainsi la filière nucléaire, François Bayrou est fidèle à ses convictions depuis longtemps. Ainsi, pendant la compagne présidentielle de 2002 (il n’avait pas franchi le premier tour), il a déclaré le 28 avril 2002, évoquant l’immobilisme du gouvernement de Lionel Jospin : « Il faut revoir les positions officielles qui condamnent l’énergie nucléaire […] qui est la seule production d’énergie qui supprime les rejets dans l’atmosphère. ».

Cela ne l’a cependant pas empêché, un an et demi plus tard, de ferrailler contre la Ministre de l’Industrie Nicole Fontaine, qui était issue du même parti que lui, mais qui avait rejoint l’UMP. Par l’intermédiaire d’un député UDF proche de François Bayrou, Jean Dionis du Séjour, l’UDF a en effet attaqué le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin sur la décision de construire un prototype de réacteur EPR (réacteur à eau pressurisée) lors d’une question le 19 novembre 2003 : « En prenant une telle position, le gouvernement a pris le risque de raviver le clivage archaïque qui existe entre le lobby pro-nucléaire et les associations antinucléaires. ».

À l’évidence, quelles qu’auront été les décisions des gouvernements successifs, ce clivage n’a aucune raison de s’éteindre dans la perspective de la transition écologique où la lucidité commande de voir que le nucléaire est le meilleur allié pour combattre les rejets en CO2.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Bayrou relance le programme nucléaire français.
Note de synthèse du 23 mars 2021 du haut-commissaire au Plan sur le programme nucléaire français (à télécharger).
Interview de François Bayrou le 24 mars 2021 sur LCI (à télécharger).
François Bayrou.
Le débat rayonnant sur le nucléaire.
François Hollande coincé entre Jean-Pierre Chevènement et Eva Joly sur le nucléaire.
Andrei Sakharov.
Incompréhensions américaines : le nucléaire iranien.
Au cœur de la tragédie einsteinienne.
Marie Curie.
La Corée du Nord selon Guy Delisle.
Fukushima, dix ans après.
Le syndrome de Hiroshima.
Tchernobyl (1986).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210324-bayrou.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/03/24/38884031.html








 

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14 février 2021 7 14 /02 /février /2021 03:09

« Lorsque je lui confirme mon intention de rétablir au plus vite le scrutin majoritaire, François Mitterrand me précise qu’il n’entend pas s’y opposer, tout en feignant de s’étonner de ma précipitation : "Pourquoi êtes-vous si pressé ?" me demande-t-il. Je lui réponds qu’il s’agit d’un engagement pris devant les Français : "Si on ne le fait pas maintenant, on ne le fera jamais…". » (Jacques Chirac).



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Dans ce court extrait du premier tome des mémoires de l’ancien Président de la République ("Chaque pas doit être un but", éd. NiL, 2009), Jacques Chirac a évoqué son entretien à l’Élysée le 18 mars 1986, deux jours après sa victoire aux élections législatives, avec le Président François Mitterrand avec qui il s’apprêtait à "cohabiter". Et parmi les réformes urgentes, le rétablissement du scrutin majoritaire. François Mitterrand avait modifié le mode de scrutin au dernier moment, moins d’un an avant ces élections, pour des raisons politiciennes d’obscurs boutiquiers, afin d’empêcher l’opposition de reconquérir la majorité (ce fut un échec). Jacques Chirac, au-delà du temps très incertain de la première cohabitation, ne voulait pas attendre pour revenir au scrutin majoritaire, par simple morale : on ne change pas la règle du jeu au dernier moment.

C’est pourtant ce que ne semble pas avoir encore compris François Bayrou, maire de Pau, président du MoDem et Haut commissaire au Plan. On ne modifie pas la règle du jeu au dernier moment. Je ne peux pas dire que François Bayrou fait partie des personnalités politiques les moins responsables, je l’ai soutenu à trois reprises aux élections présidentielles et je ne le regrette pas. Cependant, son obsession du scrutin proportionnel me paraît particulièrement mal venue en ces temps de crise sanitaire qui s’accompagne de crise économique et sociale. Comme si la France pouvait se permettre de polariser pour ne pas dire de polluer le débat public sur le mode de scrutin !

C’est d’autant plus extravagant que le parti de François Bayrou n’aurait jamais pu atteindre en juin 2017 un groupe parlementaire aussi nombreux sans le scrutin majoritaire.

Je sais que le Bayrou-bashing est un sport national, c’est souvent le cas d’ailleurs des personnalités populaires, une sorte de jalousie diffuse, et encore récemment, les reproches qu’on pourrait faire à François Bayrou sont souvent infondés. Par exemple, on lui a reproché d’avoir été dans un aéroport sans porter de masque. Critique mal venue et hors contexte, de très mauvais goût aussi, puisqu’il prenait l’avion pour l’enterrement de sa près proche camarade politique Marielle de Sarnez. Il attendait dans la salle d’embarquement. Il en a profité pour prendre un café, ce qui se fait a priori sans masque, et la photographie a été prise juste avant qu’il ne remît son masque.

La critique fondée, c’est d’être hors sol quand il réclame la proportionnelle. Ce fut d’ailleurs l’un des points de divergence que j’ai avec lui depuis des décennies, et je pourrais même généraliser, que j’ai en général avec les centristes dans lesquels pourtant je me reconnais, mais pas sur le plan des institutions. François Bayrou l’a confirmé lorsqu’il a été l’invité de la matinale de France Inter le mardi 26 janvier 2021, il l’a répété encore dans l’émission "Grand Jury" sur LCI RTL "Le Figaro" du dimanche 7 février 2021 : François Bayrou veut la proportionnelle !

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La semaine suivante (14 février 2021), dans la même émission du "Grand Jury", le Ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti a redit deux arguments sur le sujet : ce n’était pas un hasard si De Gaulle avait adopté le scrutin majoritaire en 1958 (c’est en fait un petit peu plus compliqué que cela, Michel Debré avait voulu un scrutin majoritaire à un tour, comme au Royaume-Uni, et les parlementaires de la commission chargée des institutions l’ont "retoqué"avec deux tours pour réduire les effets de la logique majoritaire) et il a proposé de regarder ce qui se passait actuellement en Israël et en Italie, j’ajouterai aussi en Allemagne voire en Espagne.

Ce que dit Éric Dupond-Moretti est du bon sens lorsqu’il dit qu’il ne faut pas réduire le pouvoir de l’exécutif en ces temps incertains de pandémie de covid-19. Comment pourrait-on imaginer la France d’aujourd’hui avec une assemblée de type Quatrième République, avec la durée d’un gouvernement qui ne dépasserait pas les quelques mois, à un moment crucial où tous les repères se sont effondrés sur eux-mêmes ? Les Français auraient-ils la mémoire si courte qu’ils auraient oublié les causes de l’effondrement de 1958 ?

On a critiqué l’économie française, on a critiqué l’administration, on a critiqué l’éducation, on a critiqué beaucoup de choses dans la France d’aujourd’hui, mais s’il y a bien une chose qui a fonctionné en France depuis plus de soixante ans, ce qui nous a d’ailleurs sauvés de crises encore plus effroyables, c’est que les institutions de la Cinquième République sont efficaces, qu’elles ont tenu le coup même quand le navire tanguait, que c’est probablement la chose excellente qu’il faut préserver au mieux dans ce qu’est la France. Vouloir les changer aujourd’hui, c’est un peu comme saborder le navire en pleine tempête.

Alors, rappelons à quoi sert une chambre législative : elle sert à faire la loi et à contrôler le gouvernement. Elle ne sert pas à faire ce que le Président Emmanuel Macron voulait faire avec le grand débat, des sortes d’assemblées citoyennes bien jolies, bien propres, mais qui n’aboutissent à rien. Ce n’est pas un panel mais une confrontation politique qui doit avoir lieu. Pour faire la loi, il faut une majorité, c’est le principe de la démocratie, on peut le regretter (le nombre n’est effectivement pas un critère de vérité), mais c’est un principe qui n’a, jusqu’à maintenant, pas eu de concurrence soutenable.

Alors, non, il ne faut pas modifier le scrutin des élections législatives aujourd’hui. Pour de nombreuses raisons.

Les circonstances ? Comme si on n’avait que cela à faire avec 400 à 500 décès dus au covid-19 chaque jour, un troisième confinement programmé pour le mois de mars, des variants qui voudraient nous aiguiller vers le scénario du pire cauchemar alors que les vaccins allaient enfin esquisser le bout du tunnel, sans compter la récession, le chômage, la pauvreté, les suicides qui augmentent… Pendant ce temps, pour simple convenance personnelle d’un groupe parlementaire qui, finalement, n’est pas si indispensable que cela, on veut modifier la règle du jeu qui n’aura évidemment aucune conséquence sur tous les problèmes que je viens d’énumérer. Imagine-t-on Clemenceau changer le mode de scrutin en pleine guerre ? Il y a des rendez-vous de l’histoire qui sont loupés, apparemment. (Pour info, Clemenceau a modifié le mode de scrutin, mais le 12 juillet 1919, après la fin de la guerre, et en plus pour mettre la proportionnele !).

Autre circonstance, évoquée aussi dans l’extrait proposé des mémoires de Jacques Chirac (« engagement pris devant les Français »), qu’a rappelée opportunément François Bayrou, la proportionnelle serait un engagement du Président de la République pendant la campagne présidentielle. Si on devait prendre toutes les promesses, faudrait-il toutes les appliquer ? La réforme des retraites par points par exemple ? Pourtant, elle était aussi un engagement du Président de la République.

En fait, je sais que ce n’est pas politiquement correct d’écrire cela, mais je déteste qu’on ne s’en tienne qu’aux promesses préélectorales et jamais je n’ai voté en fonction des promesses ou non promesses. Cela demanderait sans doute un plus long développement, mais quand j’élis une personne pour occuper la Présidence de la République, je vote pour justement une personne et pas pour des promesses. Pourquoi ? Parce que personne n’est en connaissance de l’avenir. En 2017, personne n’était capable de dire que nous serions plongés en pleine pandémie trois ans plus tard. Les événements vont si vite dans tous les domaines qu’un programme proposé à un temps t n’a plus aucune pertinence deux ou trois ans plus tard. Que dire du mariage pour tous, engagement du candidat François Hollande qui a été élu simplement par défaut pour rejeter Nicolas Sarkozy ? Qui pourrait dire qu’on vote pour chacun des engagements d’un candidat lorsqu’on vote pour lui ? Heureusement que non, sinon, tout le monde serait abstentionniste.

Comme lorsqu’une entreprise recrute des nouveaux salariés, je vote pour une personne, pour sa personnalité, pour son caractère, pour sa capacité à réagir face à l’urgence, face à la surprise, face à l’adversité, sa capacité à négocier avec nos partenaires, etc. Heureusement qu’Emmanuel Macron est aux commandes, un homme jeune, dynamique et qui connaît les rouages de l’administration. Imaginons un incompétent un peu fatigué à cette fonction alors que tout est à réinventer ! On critique la gestion de la crise, on critique, on critique, mais les sondages de râleurs montrent aussi que, aussi critiquable qu’il soit, et il l’est sur bien des points, évidemment, selon les sondés depuis un an, aucune personnalité n’aurait été capable de faire mieux ! On ne vote donc pas pour un programme mais pour une personne, un caractère, une motivation, une aptitude, une intuition.

Mais revenons au fond, car la proportionnelle, c’est une Arlésienne, on la met dans la conversation comme si c’était l’alpha et l’oméga d’une meilleure prise en compte du peuple. Pourtant, ce ne sont pas les institutions, ni les règles du jeu qui sont importantes en politique. Ce sont les acteurs, les personnes qui les occupent, qui les appliquent. La preuve, c’est que, dans l’histoire du monde, des personnes se sont distinguées par leur aura, leur charisme, leur compétence, leur courage, leur intelligence, leur capacité à faire l’histoire en tout lieu et tout temps, avec des institutions très différentes, avec des règles très différentes, des cultures et des environnements très différents. Ce sont les hommes qui façonnent l’histoire, pas les structures. Ce que je viens d’écrire est évidemment discutable et pourrait valoir une réflexion plus développée qu’ici. Ce que je veux simplement dire ici, c’est que l’âme humaine transcende les institutions.

Mais déjà, au risque de décevoir, prenons comme postulat que la démocratie dans un pays de 67 millions de personnes ne peut se concevoir que comme une démocratie représentative et pas une démocratie directe réservée au mieux aux petits pays.

Et admettons que la représentativité démocratique de ses représentants, quelles qu’en soient les règles, sera toujours sujette à caution.

Faut-il qu’il y ait une représentativité des sexes ? Évidemment, scandale de n’avoir que des hommes dans une assemblée délibérative. Faut-il une représentativité socioprofessionnelle ? Ce serait pas mal, oui. Des ouvriers, pas seulement des profs et des avocats. Faut-il une représentativité ethnique ? Alors là, déjà, ça va mal aller, définition, discrimination, et au bout du bout, racisme d’État même positif. Une représentativité de la sexualité ? C’est-à-dire que l’assemblée soit aussi conforme que la population dans ses modes de sexualité ? Pas sûr que la sexualité des candidats doive s’afficher, pas sûr qu’un député vote en fonction de sa sexualité (sauf, évidemment, sur des sujets qui abordent ce domaine, mais ce domaine ne devrait rester que du ressort de l’intime, pas du législatif). Représentativité des âges ? Oui, ce serait pas mal non plus, mais l’âge des artères ou de l’esprit ? Bref, et c’est sans doute les biais dans les sondages, avoir une représentativité est toujours très relatif. On pourra toujours la critiquer. C’est bien pour cela que la Convention citoyenne pour le climat choisie comme on sélectionne un échantillon d’institut de sondage ne peut pas être une règle démocratique.

Au contraire, je considère que la démocratie doit aller bien plus loin qu’une simple représentativité : l’élu représente toute la population, pas seulement ses électeurs, pas seulement son groupe de clientèle. L’élection est un sacre et le représentant devient l’égal de toute la population, qu’importe ses caractéristiques, un homme peut protéger les droits des femmes, un hétérosexuel peut voter pour le mariage pour tous, un avocat défendre les intérêts des ouvriers, etc.

Mais je ne veux pas éluder les arguments qui seraient prétendument en faveur de l’instauration de la proportionnelle pour élire les députés.

Une petite question toute simple : connaissez-vous vos députés européens ? Je dis "vos" dans un sens très général : la liste étant nationale, "j’ai" 79 députés européens français. En connaissez-vous au moins un, ou deux ? Vous ont-ils rendu compte de leurs activités depuis deux ans ?

S’ils sont très peu connus de leurs électeurs, les députés européens, c’est en raison de la manière de les désigner. En effet, le scrutin proportionnel, loin de les rapprocher du peuple, éloigne les candidats et les élus du peuple et les rapproche surtout des états-majors de partis politiques. Avec ce scrutin, ce qui compte, ce n’est pas le mérite personnel, la capacité du candidat à convaincre voire séduire ses électeurs (sauf en cas de vote préférentiel), mais sa capacité à convaincre le parti politique de le mettre à une place suffisamment élevée pour qu’il puisse être élu, quel que soit le désir des électeurs. L’incertitude de l’élection concerne alors seulement les candidats situés sur la liste en deçà de la position dite éligible en fonction de la bonne ou mauvaise performance de la liste elle-même, c’est-à-dire du parti. L’élection devient impersonnelle alors que les fonctions doivent s’incarner par des personnes.

Les candidats à la proportionnelle sont des candidats hors sol qui n’ont pas besoin d’être appréciés du peuple, il suffit d’être appréciés de leur parti. Cela réduit en fait les capacités de renouvellement, un candidat indépendant n’aura plus aucune chance, avec la proportionnelle, car il ne sera pas dans la capacité de présenter des listes (ou alors, ce sera très artificiel, comme les listes de Nicolas Dupont-Aignan aux élections européennes).

C’est un scrutin qui, par la nature parcellaire actuelle du paysage politique, empêche toute clarté dans la construction d’une future majorité gouvernementale. Cela aboutit soit à l’immobilisme (absence de gouvernement ou crises institutionnelles multiples), soit à une sorte de "dictature" de la minorité.

Par essence, effectivement, la proportionnelle, contrairement à ce qu’on martèle, est un scrutin antidémocratique. La preuve par l’étranger où la proportionnelle est la règle.

Israël ? Depuis quelques années, les Israéliens ont dû voter déjà trois fois, bientôt quatre fois, sans pour autant être capables de dégager une coalition majoritaire. Résultat pendant ce temps : un gouvernement minoritaire, en attendant mieux.

L’Allemagne ? On parle de la très grande stabilité des gouvernements allemands, et c’est vrai. Mais ils ont bénéficié généralement d’une alliance entre un grand parti de gouvernement (SPD ou CDU-CSU) et un petit parti pivot de gouvernement (Verts, FDP, etc.). Or, le caractère très éclaté du paysage politique ne suffit plus. Si Angela Merkel a "duré" si longtemps (plus de quinze ans), c’est que trois fois sur quatre mandats, elle dirige un gouvernement de grande coalition, à savoir, de rassemblement des deux grands partis de gouvernement a priori adversaires, si bien qu’aucune politique claire et construite ne peut être menée puisque ce n’est que ménagement de la chèvre et du chou (il est là, le "centrisme mou", pas dans le centrisme conquérant et quasi bonapartiste d’Emmanuel Macron).

L’Italie ? C’est sans doute le pire exemple, car dans la même législature, depuis moins de trois ans, les Italiens auront tout eu : un gouvernement de coalition entre le Mouvement 5 étoiles (M5E) de Luigi Di Maio et la Ligue (Lega) de Matteo Salvini, lui-même nommé Ministre de l’Intérieur, c’est-à-dire un gouvernement d’union de la carpe et du lapin, avec un extrémiste à l’Intérieur et un modéré à la tête d’un gouvernement de tonalité antieuropéenne. Puis, une coalition de centre gauche proeuropéenne, avec le M5E (OVNI difficilement identifiable) et un parti démocrate qui était de l’ancienne majorité et qui avait été très copieusement désavoué par les électeurs. Et encore une troisième formule, très simple, on réunit tout le monde (Forza Italia de Silvio Berlusconi, Italia Viva de Matteo Renzi, Lega de Matteo Salvini, M5E de Luigi Di Maio, le parti démocrate) et l’on chapeaute le tout par l’ancien président de la Banque centrale européenne. Était-ce ce que voulaient les électeurs dans la même législature ? J’en doute !

Je passe aussi avec l’Espagne qui a connu un changement de Premier Ministre et de coalition sans élections (qui n’ont fait que confirmer, très vaguement, ce changement), et beaucoup d’autres parlements locaux qui sont souvent bloqués pour faire de grandes réformes. Les Français peuvent être fiers d’avoir leurs institutions qui leur permettent d’avoir un gouvernement fort capable d’aller clairement dans la voie voulue par la majorité des électeurs (c’est-à-dire par le plus grand nombre des électeurs).

En termes de représentativité, le scrutin majoritaire actuel est largement satisfaisant. En effet, les élections législatives de juin 2017 n’ont oublié aucune force politique parmi les élus. Contrairement à ce qu’on disait longtemps, le FN a su gagner des sièges malgré le scrutin majoritaire et je ne doute pas que si ce parti gagnait l’élection présidentielle, il saurait gagner également les élections législatives. La démonstration d’Emmanuel Macron est d’ailleurs assez claire : qui pouvait sérieusement imaginer qu’une fois élu, il n’aurait pas obtenu de majorité pour gouverner ? De même, bien qu’ultraminoritaire, France insoumise a su gagner des sièges également au scrutin majoritaire et même former un groupe politique.

Du reste, ce scrutin de 2017 a fait ses preuves sur le renouvellement : un parti tout récent, venu de nulle part, ayant juste un an d’ancienneté, a su conquérir la majorité des sièges, ce qui signifie que l’avenir n’est jamais bloqué avec le scrutin majoritaire au contraire du scrutin proportionnel qui favorise les grands partis déjà bien établis.

Effectivement, peut-on imaginer que, par exemple, l’UPR de François Asselineau puisse avoir des sièges avec le scrutin proportionnel ? La réponse est non et la raison est toute simple : il suffit de regarder son score aux dernières élections européennes de mai 2019 qui étaient à la proportionnelle intégrale nationale. Avec 265 469 électeurs (1,17% des suffrages exprimés), il ne faut pas trop espérer représenter quelque chose. Au contraire, l’UPR aurait sa chance avec le scrutin majoritaire car l’un de ses candidats pourrait quand même réussir à convaincre les électeurs d’une circonscription (100 ou 200 000 personnes), en tout cas, aurait plus de chance de remporter un siège au scrutin majoritaire qu’avec la proportionnelle. Les très petits partis n’ont aucune chance avec la proportionnelle.

La proportionnelle éliminera également tous les candidats farfelus, indépendants, étonnants, discordants, qui, pourtant, pourraient séduire localement des électeurs. La proportionnelle est la règle de l’uniformité. Enfin, le scrutin majoritaire n’empêche pas la représentativité de la population. En effet, la loi actuelle propose de revoir régulièrement le découpage électoral en fonction de la démographie et a réduit les écarts de représentation de la population d’une circonscription à l’autre. Écarts qui ne seraient pas supprimés avec par exemple une proportionnelle intégrale dans le cadre départemental car il existe des départements très peu peuplés.

Certes, l’argument principal pour le maintien du scrutin majoritaire, c’est le besoin, heureusement reconnu par tous les partis, de dégager une majorité parlementaire. C’est la raison pour laquelle ceux qui proposent le scrutin proportionnel ne propose qu’une "dose" de proportionnelle, comme si un mode de scrutin était une recette de cuisine avec différents ingrédients (cela donne une idée de la considération qu’on se fait des institutions).

C’est le cas de la proposition de loi n°3865 que Patrick Mignola, président du groupe MoDem à l’Assemblée Nationale, a déposée le 9 février 2021 sur le bureau du Président de l’Assemblée Nationale. Renvoyée à la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, cette proposition de loi fait référence ouvertement aux travaux de Terra Nova du 19 mars 2018.

J’ai pris connaissance de ces travaux et ils me paraissent remplis de biais historiques, institutionnels et politiques. Ils se basent sur des hypothèses totalement abstraites et je comprends bien que la proportionnelle agite les esprits des constitutionnalistes parce que cela nécessite un peu de réflexion intellectuelle, mais ils oublient des conditions de réalisme politique. En fait, Terra Nova propose des solutions totalement illisibles, compliquées, avec des calculs "additifs", "compensatoires" et "correctifs". Bientôt, pour être électeur, il va falloir passer l’agrégation de sciences politiques si ce n’est un doctorat de mathématiques !

Dans leurs hypothèses, dans le schéma où il y a le moins de proportionnelle, à savoir 25% des sièges, les travaux de Terra Nova reconnaissent que le parti majoritaire, LREM, n’aurait pas obtenu de majorité absolue à l’Assemblée Nationale en juin 2017, avec seulement 184 sièges sur 400. Dans le pire des cas (50% des sièges à la proportionnelle), LREM n’aurait obtenu que 151 sièges sur 400. Pas de quoi gouverner ! Bonjour la paralysie.

Si la proposition de loi de Patrick Mignola y fait référence, elle ne s’inspire cependant pas de ces travaux, heureusement. Elle évoque l’abstention comme conséquence du mode de scrutin, ce qui un contresens assez important : l’abstention tient au fait que ceux qui n’ont pas voté pour celui qui a été élu à l’élection présidentielle n’ont pas considéré comme souhaitable de voter contre lui aux législatives pour qu’il n’ait pas de majorité parlementaire. La concomitance des deux scrutins est la cause prépondérante de la forte abstention, la mobilisation électorale s’est faite exclusivement autour du scrutin présidentiel. Si le mode de scrutin était la cause de l’abstention, il y en aurait eu beaucoup moins aux élections européennes de mai 2019 qui étaient à la proportionnelle intégrale dans le cadre national (on ne peut pas faire plus proportionnel).

La proposition de loi, qui comporte quatre articles, souhaiterait instaurer deux scrutins en un : pour les départements avec moins de douze circonscriptions, le maintien du scrutin majoritaire à deux tours par circonscription, pour les départements de douze circonscriptions ou plus, le passage au scrutin proportionnel à la plus forte moyenne sans panachage ni vote préférentiel dans le cadre du département. Cela correspondrait à 22,5% des sièges pourvus à la proportionnelle.

Cette proposition pourrait sans doute ravir le MoDem et d’autres partis de moyenne catégorie comme EELV et le RN, mais ne permettrait pas à un petit parti d’avoir des sièges (pour un département avec 12 députés, il faut obtenir au moins 10% voire plus pour avoir un siège). En outre, la faible dose ne soulagerait pas les mécontents qui considéreraient qu’il n’y aurait toujours pas plus de représentativité, mais elle risquerait cependant d’empêcher la constitution de majorité gouvernementale stable. Bref, cette proposition de loi ne répondrait à aucun des objectifs parfois contradictoires qu’un mode de scrutin est censé fixer.

De plus, cette proposition créerait deux types de députés, des députés élus à la proportionnelle et des députés élus au scrutin majoritaire. Certes, cela existe déjà avec les sénateurs, à cela près que les députés ont le dernier mot dans le processus législatif, et sont élus par le peuple en entier, pas les grands électeurs, ce qui est un peu différent donc en termes d’équité entre les électeurs. On imaginerait facilement que les états-majors des grands partis réserveraient les premières places de leurs listes dans les grandes agglomérations pour leurs apparatchiks sans se soucier s’ils plairaient à leurs propres électeurs.

La proportionnelle tout comme plus généralement les institutions n’ont rien à voir avec le discrédit qui peut toucher la classe politique. Ce sont les personnes qui sont en cause, pas les structures. Depuis 2017, la classe politique s’est considérablement renouvelée (et rajeunie, et féminisée), de jeunes talents nouvellement élus ont pu se faire entendre depuis près de quatre ans au sein des principaux partis (LREM, LR, UDI, FI, RN), à l’exception peut-être du PS laminé aux dernières élections. C’est la pertinence de leurs discours qui fera que l’abstention s’aggravera ou pas. Le capacité à mobiliser, à redynamiser, à restaurer la grandeur du pays. Le mode de scrutin n’y est pour rien. En revanche, le mode de scrutin a une importance stratégique dans la constitution de majorité gouvernementale efficace et stable. Qu’on ne nous retire pas ce dispositif de scrutin majoritaire si nécessaire au peuple français laissé par De Gaulle !…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 février 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La proportionnelle en 2021 ?
François Bayrou.
Marielle de Sarnez.
François Bayrou sera-t-il le Jean Monnet du XXIsiècle ?
Le scrutin proportionnel.
Vive la Cinquième République !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210216-proportionnelle.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/02/16/38820186.html




 

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29 août 2020 6 29 /08 /août /2020 03:27

« En un mot, les États-Unis d’Europe. C’est là le but, c’est là le port. » (Victor Hugo, le 29 août 1876).



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Il y a deux ans, le samedi 1er septembre 2018 s’est éteint l’ancien député centriste Jean Seitlinger, à Rohrbach-lès-Bitche, dont il fut le maire pendant vingt-quatre ans. Il avait 93 ans (né le 16 novembre 1924 à Saint-Louis-lès-Bitche). Pour un Mosellan dont la langue maternelle était l’allemand (et donc bilingue dès l’enfance), né à dix-sept kilomètres de la frontière allemande à vol d’oiseau et onze mois exactement avant les Accords de Locarno qui scellaient l’amitié franco-allemande, Jean Seitlinger a consacré naturellement sa vie publique à promouvoir l’idée européenne après avoir lui-même combattu à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

C’est dans ce cadre européen que j’ai eu la grande chance de le rencontrer plusieurs fois au début des années 1990, alors qu’il était encore député et adhérent du CDS. J’étais venu en voisin centriste (de Meurthe-et-Moselle). J’avais notamment visité avec lui le Centre d’études européennes de Scy-Chazelles, ville mosellane où a habité le père de l’Europe Robert Schuman(1886-1963) et là où il est enterré.

Issu d’une famille modeste dans une commune ouvrière, il fit ses études à Sarreguemines puis à Paris en lettres (licence) et en droit jusqu’au doctorat. À 18 ans (en 1943), il a rejoint le maquis des Glières en Haute-Savoie et s’est engagé volontaire en 1944-1945. Entre 1945 et 1949, il assura de l’enseignement, notamment en Autriche, et fut à cette occasion un délégué syndical de la CFTC : comme beaucoup de Mosellans de son époque, il était avant tout démocrate-chrétien.

Devenu avocat de Moselle en 1950, Jean Seitlinger sympathisa rapidement avec Robert Schuman dans les années 1950, figure forte de la vie politique locale. Lors de la dissolution soudaine de la Chambre des députés par Edgar Faure, Robert Schuman lui proposa d’être candidat sur sa liste (c’était un scrutin proportionnel avec apparentements), si bien que le 2 février 1956, Jean Seitlinger fut élu député centriste à l’âge de 31 ans, avec 91 637 voix (leur liste a obtenu quatre sièges). Ce fut le début d’une longue carrière politique, tant locale, nationale qu’européenne.

Jean Seitlinger fut élu et réélu député de Moselle (à partir de 1958 et sauf en 1986, dans la circonscription de Sarreguemines) de février 1956 à octobre 1962 (battu par le candidat gaulliste en 1962, 1967 et 1968), puis de mars 1973 à avril 1997 (d’abord MRP, puis CDP, enfin UDF-CDS). Il fut souvent membre de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée Nationale. Également conseiller général de Rohrbach-lès-Bitche de 1958 à 1964 et de 1976 à 1994, maire de Rohrbach-lès-Bitche de mars 1977 à mars 2001 (son petit-fils Vincent est l’actuel maire de la commune, réélu en mars 2020 avec 72,1% des voix), enfin, député européen de juin 1979 à juin 1984 sur la liste centriste et proeuropéenne de Simone Veil, cumulant avec sa fonction de parlementaire national. Il fut également conseiller régional de Lorraine.

Ce type de carrière, cumulant de multiples mandats sur une longue période (quarante-cinq ans) était très ordinaire en France parmi ses contemporains. En tant que parlementaire, il fut aussi membre de l’Assemblée consultative du Conseil de l’Europe (qui n’est pas la même institution que l’Union Européenne), dont il fut le vice-président de la délégation française (1993 à 1997). En tant que parlementaire, il fut membre de la direction nationale du MRP, puis du CDS, ainsi que secrétaire général fondateur du Parti populaire européen (PPE), le parti des démocrates-chrétiens européens, de 1979 à 1982.

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Fondateur et, pendant longtemps, membre dirigeant de la Fondation Robert-Schuman (un think tank proeuropéen), Jean Seitlinger a rencontré de nombreuses personnalités européennes, même lorsqu’il était en retraite. Comme ce 30 septembre 2003 où il a reçu dans les locaux de l’Université Robert-Schuman de Strasbourg le Premier Ministre roumain Adrian Nastase ainsi que le Ministre roumain des Affaires étrangères Mircea Geoana à l’occasion de la parution de la traduction roumaine du livre "Pour l’Europe" de Robert Schuman (préfacée par Adrian Nastase).

Parmi ses premières contributions parlementaires, Jean Seitlinger fut l’auteur d’une loi proposant une rente pour les enfants conçus et nés après l’accident de leur père (proposition de loi déposée le 19 juillet 1957). Comme il était un spécialiste des affaires européennes, Jacques Chirac avait prévu de le nommer Ministre délégué aux Affaires européennes dans son gouvernement le 20 mars 1986 lors de la première cohabitation.

Mais des parlementaires RPR l’en dissuadèrent (car Jean Seitlinger avait été un très proche de Robert Schuman) si bien qu’avec plusieurs mois de retard, le 19 août 1986, Jacques Chirac a finalement nommé à ce poste Bernard Bosson (1948-2017), jeune maire d’Annecy et Secrétaire d’État aux Collectivités locales. Onze ans plus tard, Jean Seitlinger a eu cependant "affaire" avec Jacques Chirac lorsque celui-ci fut Président de la République et organisa le deuxième Sommet des chefs d’État et de gouvernement du Conseil de l’Europe les 10 et 11 septembre 1997 à Strasbourg.

Je termine par des mots de Jean Seitlinger qui montraient que, s’il étudiait beaucoup les dossiers internationaux et réfléchissait dans une dimension européenne, il n’en était pas moins un élu local bien implanté et qui savait promouvoir le terroir. La citation qui suit date d’avril 1987 lorsque Jean Seitlinger était encore le député-maire de Rohrbach-lès-Bitche et qu’il était présent lors du congrès des arboriculteurs. Elle a été publiée par Serge Haehnel, qui fut président du syndicat des arboriculteurs de Rohrbach-lès-Bitche entre avril 2007 et avril 2010, dans son blog sur le verger.

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En voici la teneur : « Chaque fois que nous nous rencontrons, lors de vos congrès, nous en arrivons, bien sûr, à discuter du problème des bouilleurs de cru. La presse en fait largement état dans ses comptes-rendus, si bien que d’aucuns s’imaginent que distiller est votre seul but ! Croire cela n’est que méconnaissance totale de votre art. ».

Et de remercier les arboriculteurs de sa commune pour tous les bienfaits qu’ils accomplissaient : « Pour tous ces arbres que vous plantez et élevez avec amour dans nos campagnes et nos cités, merci ! Pour cet écrin de fleurs qu’à la saison nouvelle vous mettez autour de nos villages, merci ! Pour les cerises que, gamins, nous allions chaparder pour en faire des boucles d’oreilles aux filles, merci ! Pour l’ombre bienfaisante dispensée par vos vertes frondaisons, à la saison chaude, merci ! Pour les beaux fruits qu’à l’automne vous mettez sur nos tables, merci ! Pour les bonnes tartes aux mirabelles et aux quetsches que nous dévorions de préférence encore chaudes, merci ! Pour les noix que nous grignotons au long des soirées d’hiver, merci ! Pour toute cette écologie que vous pratiquez depuis toujours, sans faire grand tintamarre, merci ! Et alors, pourquoi pas… Pour le petit schnaps, à la fin des bons repas de fêtes de famille, merci ! ». Un élu qui remercie autant ses électeurs producteurs, c’était au moins une marque de reconnaissance qui fait peut-être un peu défaut maintenant…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 août 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean Seitlinger.
Le CDS.
Simone Veil.
Nicole Fontaine.
Henry Jean-Baptiste.
Loïc Bouvard.
Bernard Bosson.
Bernard Stasi.
Dominique Baudis.
Jacques Barrot.
Adrien Zeller.
Alain Poher.
Jean Lecanuet.
René Monory.
Raymond Barre.
Charles Choné.
Bernard Bosson.
La construction européenne.
Marie-Jeanne Bleuzet-Julbin.
Olivier Lejeune.
Roger Mari.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200901-jean-seitlinger.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-seitlinger-le-fils-spirituel-207356

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/01/01/36674894.html



 

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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 02:34

« L’équipe est au complet. Avec eux, et pour vous, chacun des 600 prochains jours devra être utile au pays et à la hauteur de ses défis. C’est au plus près des Français que nous leur trouverons des solutions : nous irons à votre rencontre, partout sur le territoire. » (Jean Castex, Twitter le 26 juillet 2020).



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On aurait voulu la faire plus discrète, on n’aurait pas pu : le dimanche soir, en fin juillet, en plein été, dans la torpeur du soleil qui se couche. La nomination des onze secrétaire d’État a eu lieu ce dimanche 26 juillet 2020. Elle était attendue depuis la nomination du gouvernement de Jean Castex le 6 juillet 2020. Pourquoi autant de temps entre les deux ? On a dit que Jean Castex voulait attendre son vote de confiance pour être sûr que tous les députés de la majorité la votent et leur laisser l’improbable espoir d’une nomination au gouvernement.

La nouvelle équipe se réunira au complet à l’Élysée au prochain conseil des ministres du 29 juillet 2020 à 10 heures, avec les distances de sécurité. Seuls, ensuite, les ministres pleins assisteront à tous les conseils des ministres, et les "sous-ministres" n’y participeront que lorsqu’ils auront une communication à y faire. Gouvernement pléthorique plus que resserré : avec seize ministres, quatorze ministres délégués et douze secrétaires d’État, il y a donc quarante-trois membres du gouvernement, ce qui est beaucoup, frôlant le record du gouvernement de Michel Rocard. Point positif (à mon sens), pour la première fois de l’histoire politique, il y a un peu plus de femmes que d’hommes dans le gouvernement français.

On peut lire le décret présidentiel ici pour avoir le détail de la totalité des nouveaux membres du gouvernement. Six nouveaux membres du gouvernement ont été nommés le 26 juillet 2020, cinq députés et un membre du cabinet présidentiel. Quant à ceux qui sortent, ils sont seulement quatre secrétaires d’État (dont Sibeth Ndiaye, chargée maintenant à LREM de dénicher de nouveaux talents pour l’avenir…).

Je propose ici de saluer l’arrivée de deux nouvelles secrétaires d’État, Sarah El Haïry et Olivia Grégoire, deux jeunes députées énergiques et combattives, et je regrette le départ de deux secrétaires d’État sortantes du gouvernement précédent dirigé par Édouard Philippe, qui n’avaient pas démérité, à savoir Brune Poirson et Christelle Dubos.


Brune Poirson (37 ans)

À 37 ans, Brune Poirson a déjà un long parcours tant dans la vie professionnelle que dans la vie politique. Née à Washington et franco-américaine, diplômée notamment de l’IEP d’Aix-en-Provence et de Harvard, elle a eu l’occasion de travailler à l’étranger à de nombreuses reprises, et s’est intéressée au développement durable. Elle a participé notamment à des projets en Inde et à Boston. Soutenant la campagne présidentielle du futur Président Emmanuel Macron, elle fut recommandée par Hubert Védrine auprès de Jean-Paul Delevoye pour obtenir l’investiture LREM aux élections législatives.

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Élue députée du Vaucluse d’où sa famille est originaire le 18 juin 2017 (dans la circonscription de Marion Maréchal, elle a battu un candidat du FN avec 50,7% des voix), elle fut nommée dans la foulée, le 21 juin 2017, Secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire jusqu’au 3 juillet 2020, auprès des ministres Nicolas Hulot, François de Rugy puis Élisabeth Borne, plus particulièrement chargée de la biodiversité, de la mer et des océans, ainsi que de la plupart des projets européens.

Dans ses fonctions ministérielles, Brune Poirson s’est particulièrement préoccupée du projet de loi contre le gaspillage, qui est devenue la loi n°2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire. Cette loi a pour objectif de réduire l’obsolescence des biens de consommation, prolonger la vie des produits, réduire les emballages, pour protéger le consommateur et responsabiliser le producteur, améliorer le tri des déchets et leur recyclage. Un titre est consacré à la lutte contre les dépôts sauvages.

Elle a fait partie des membres du gouvernement qui ont souvent bataillé au Parlement, faisant preuve de combativité et de sens politique. Pour exemple, elle n’a pas hésité à polémiquer en répondant à deux questions d’opposants pour tourner en ridicule ses contradicteurs qui l’empêchaient de répondre. C’était une belle révélation du gouvernement, avec Julien Denormandie (aujourd’hui Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation), elle fait de la politique, arrive à suivre son fil malgré le brouhaha, etc.

Lors de la séance à l’Assemblée Nationale du 12 juin 2018, présidée par François de Rugy, elle déclarait effectivement, pantalon rose et veste noire : « Nous entendons donc trouver des solutions compatibles avec les règles du commerce mondial ! »

Puis elle s’est interrompue, sous les applaudissements des députés de la majorité et sous les huées des députés LR. Pas intimidée, elle ajouta : « Vous savez, mesdames et messieurs les députés de droite, je suis mère d’une petite fille de trois ans : sincèrement, vos réactions sont du même niveau que les siennes. C’est la réalité, vraiment ! Je doute, d’ailleurs, que vos électeurs soient très contents de vous voir vous comporter ainsi, désolée de le dire. Bref ! ». Remarque qui n’a fait qu’exacerber l’agitation des députés. Le champ parlementaire est un jeu de rôle et Bruce Poirson a su s’intégrer dans ce théâtre si particulier.

Un moment pressentie pour mener la liste LREM aux élections municipales à Avignon, Bruce Poirson fut élue vice-présidente de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement (ANUE) le 20 mars 2019 pour un mandat de deux ans. Exclue du nouveau gouvernement, elle retrouvera son siège de députée au mois d’août 2020.


Christelle Dubos (44 ans)

Spécialiste des affaires sociales à l’échelon communal et intercommunal, Christelle Dubos, à 44 ans, quitte le gouvernement après avoir été nommée Secrétaire d’État aux Solidarités et à la Santé du 16 octobre 2018 au 3 juillet 2020, auprès des ministres Agnès Buzyn puis Olivier Véran, chargée plus particulièrement des politiques sociales et familiales. De centre gauche, Christelle Dubos fut élue adjointe au maire de Sadirac, une commune de 4 000 habitants en Gironde, chargée des affaires sociales, du logement et des solidarités, de mars 2014 à juillet 2017.

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Rejoignant la campagne d’Emmanuel Macron, elle fut investie par LREM et élue députée de Gironde le 18 juin 2017 avec 56,7% face à un candidat FI. À l’Assemblée Nationale, elle consacra son action au logement, à la cohésion des territoires et à l’insertion professionnelle. Elle a corapporté la loi n°2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l’aménagement et du numérique (dite loi ELAN), sur les parties logement et mixité sociale.

Au gouvernement, Christelle Dubos a été chargée d’organiser la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté proposée par Emmanuel Macron le 13 septembre 2018. Elle a aussi travaillé sur le service public de versement des pensions alimentaires en incluant les CAF comme intermédiaires entre conjoints, et a étudié la mise en place d’une refonte de toutes les aides sociales et d’un revenu universel d’activité. Elle a également mis en place de deux plans d’urgence d’aide alimentaire, un de 39 millions d’euros puis un autre de 55 millions d’euros pour soutenir les associations en pleine crise sanitaire.

Certains ont reproché sa trop grande rareté médiatique pendant la pandémie de covid-19, en particulier son absence de décision concernant les EHPAD qui relevaient de ses attributions, probable explication de son éviction du nouveau gouvernement.


Sarah El Haïry (31 ans)

Au contraire de Christelle Dubos, elle est très présente dans les médias. Beaucoup de gens ont pu voir Sarah El Haïry et sa combativité dans de nombreux débats télévisés, n’hésitant pas, sur les plateaux, non seulement à défendre la politique du gouvernement mais aussi, en même temps, à donner franchement ses points de vue, montrant ainsi une femme de caractère et une femme qui a une vision politique.

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C’est probablement l’une des meilleures nominations dans ce nouveau gouvernement. Nommée à 31 ans, le 26 juillet 2020, Secrétaire d’État auprès de Jean-Michel Blanquer, chargée de la Jeunesse et de l’Engagement, Sarah El Haïry est montée très vite en responsabilité au sein du MoDem à Nantes où elle a été élue conseillère municipale le 28 juin 2020 (elle avait été numéro deux de la liste MoDem en mars 2014, mais ne fut pas élue à l’époque ; elle fut opposée à la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes).

D’origine franco-marocaine, née à Romorantin-Lanthenay, ayant passé une partie de son enfance à Metz et à Casablanca, elle a fait ses études à Nantes puis a eu une expérience internationale, notamment au Canada. Représentante du MoDem, elle participa à la liste de Bruno Retailleau (sénateur LR) aux élections régionales de décembre 2015 pour les Pays de la Loire, et fut désignée présidente du MoDem de Loire-Atlantique à partir février 2016 (porte-parole nationale à partir de février 2018).

Investie par le MoDem et soutenue par LREM, Sarah El Haïry fut élue députée de Nantes le 18 juin 2017 avec 61,0% des voix contre le député socialiste sortant. Membre de la commission des finances, elle a rendu un rapport le 9 juin 220 au Premier Ministre Édouard Philippe sur la philanthropie à encourager en France.


Olivia Grégoire (41 ans)

Licence d’histoire à Nanterre, IEP Paris (communication) et master en marketing à l’ESSEC pour Olivia Grégoire qui a commencé sa carrière professionnelle dans une agence de publicité puis dans un grand groupe privé avant de créer son propre cabinet de consultante.

Proche des idées libérales d’Alain Madelin, Olivia Grégoire a travaillé dans les cabinets du Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin entre 2002 et 2005 puis du Ministre de la Santé Xavier Bertrand e 2005 à 2007. Responsable des questions de santé pendant la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron, elle fut investie par LREM et fut élue députée dans la douzième circonscription de Paris, battant le 18 juin 2017 le député LR sortant Philippe Goujon avec 56,4% des voix.

Une fois élue députée, Olivia Grégoire a été très active, tant dans son travail de parlementaire (vice-présidente de la commission des finances, présidente de la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi Pacte), que dans son influence politique au sein du groupe LREM dont elle fut la porte-parole. Elle a soutenu en septembre 2018 la candidature de Gilles Le Gendre à la présidence du groupe LREM, pour remplacer Richard Ferrand élu au perchoir, et elle aurait pu lui succéder en septembre 2020 si elle n’avait pas été nommée au gouvernement.

Elle a été aussi engagée pleinement dans la bataille des municipales à Paris, comme responsable de communication de Benjamin Griveaux qui a cependant été amené à démissionner quelques semaines avant les élections.

N’hésitant pas à nourrir la polémique, Olivia Grégoire était l’une des rares membres du groupe LREM à savoir ce qu’être député de la majorité, à savoir batailler contre l’opposition, répondre aux arguments, les combattre au besoin, multiplier les interventions dans les médias pour porter la parole gouvernementale. Bref, être un "second couteau" capable de soutenir le gouvernement lorsqu’il y a la tempête.

Nommée à 41 ans, le 26 juillet 2020, Secrétaire d’État auprès de Bruno Le Maire, chargée de l’Économie sociale, solidaire et responsable, Olivia Grégoire a obtenu de façon méritée un strapontin ministériel sur un sujet qui lui tenait à cœur. Elle fait partie, avec Amélie de Montchalin, des "révélations" des députés LREM.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 juillet 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Secrétaires d’État du gouvernement Castex : des nouveaux et des partants.
Nomination des secrétaires d’État du gouvernement Castex I.
Gérald Darmanin, cible des hypocrisies ambiantes.
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 16 juillet 2020 au Sénat (texte intégral).
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 15 juillet 2020 à l’Assemblée Nationale (texte intégral).
La déclaration de politique générale de Jean Castex le 15 juillet 2020.
Interview du Président Emmanuel Macron le 14 juillet 2020 par Léa Salamé et Gilles Bouleau (retranscription intégrale).
Emmanuel Macron face aux passions tristes.
Gérald Darmanin, l'enfant terrible de la Macronie.
Composition du gouvernement Castex I.
Le gouvernement Castex I nommé le 6 juillet 2020.
Jean Castex, le Premier Ministre du déconfinement d’Emmanuel Macron.
Discours du Président Emmanuel Macron devant la Convention citoyenne pour le climat le 29 juin 2020 à l’Élysée (texte intégral).
Après-covid-19 : écologie citoyenne, retraites, PMA, assurance-chômage ?
Édouard Philippe, le grand atout d’Emmanuel Macron.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Convention citoyenne pour le climat : le danger du tirage au sort.
Les vrais patriotes français sont fiers de leur pays, la France !
Le Sénat vote le principe de la PMA pour toutes.
Retraites : Discours de la non-méthode.
La réforme de l’assurance-chômage.
Emmanuel Macron explique sa transition écologique.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200726-olivia-gregoire.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/07/28/38453061.html




 

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12 juillet 2020 7 12 /07 /juillet /2020 02:31

« L’équipe est au complet. Avec eux, et pour vous, chacun des 600 prochains jours devra être utile au pays et à la hauteur de ses défis. C’est au plus près des Français que nous leur trouverons des solutions : nous irons à votre rencontre, partout sur le territoire. » (Jean Castex, Twitter le 26 juillet 2020).



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On aurait voulu la faire plus discrète, on n’aurait pas pu : le dimanche soir, en fin juillet, en plein été, dans la torpeur du soleil qui se couche. La nomination des onze secrétaire d’État a eu lieu ce dimanche 26 juillet 2020. Elle était attendue depuis la nomination du gouvernement de Jean Castex le 6 juillet 2020. Pourquoi autant de temps entre les deux ? On a dit que Jean Castex voulait attendre son vote de confiance pour être sûr que tous les députés de la majorité la votent et leur laisser l’improbable espoir d’une nomination au gouvernement.

La nouvelle équipe se réunira au complet à l’Élysée au prochain conseil des ministres du 29 juillet 2020 à 10 heures, avec les distances de sécurité. Seuls, ensuite, les ministres pleins assisteront à tous les conseils des ministres, et les "sous-ministres" n’y participeront que lorsqu’ils auront une communication à y faire. Gouvernement pléthorique plus que resserré : avec seize ministres, quatorze ministres délégués et douze secrétaires d’État, il y a donc quarante-trois membres du gouvernement, ce qui est beaucoup, frôlant le record du gouvernement de Michel Rocard. Point positif (à mon sens), pour la première fois de l’histoire politique, il y a un peu plus de femmes que d’hommes dans le gouvernement français.

On peut lire le décret présidentiel ici pour avoir le détail de la totalité des nouveaux membres du gouvernement. Six nouveaux membres du gouvernement ont été nommés le 26 juillet 2020, cinq députés et un membre du cabinet présidentiel. Quant à ceux qui sortent, ils sont seulement quatre secrétaires d’État (dont Sibeth Ndiaye, chargée maintenant à LREM de dénicher de nouveaux talents pour l’avenir…).

Je propose ici de saluer l’arrivée de deux nouvelles secrétaires d’État, Sarah El Haïry et Olivia Grégoire, deux jeunes députées énergiques et combattives, et je regrette le départ de deux secrétaires d’État sortantes du gouvernement précédent dirigé par Édouard Philippe, qui n’avaient pas démérité, à savoir Brune Poirson et Christelle Dubos.


Brune Poirson (37 ans)

À 37 ans, Brune Poirson a déjà un long parcours tant dans la vie professionnelle que dans la vie politique. Née à Washington et franco-américaine, diplômée notamment de l’IEP d’Aix-en-Provence et de Harvard, elle a eu l’occasion de travailler à l’étranger à de nombreuses reprises, et s’est intéressée au développement durable. Elle a participé notamment à des projets en Inde et à Boston. Soutenant la campagne présidentielle du futur Président Emmanuel Macron, elle fut recommandée par Hubert Védrine auprès de Jean-Paul Delevoye pour obtenir l’investiture LREM aux élections législatives.

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Élue députée du Vaucluse d’où sa famille est originaire le 18 juin 2017 (dans la circonscription de Marion Maréchal, elle a battu un candidat du FN avec 50,7% des voix), elle fut nommée dans la foulée, le 21 juin 2017, Secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire jusqu’au 3 juillet 2020, auprès des ministres Nicolas Hulot, François de Rugy puis Élisabeth Borne, plus particulièrement chargée de la biodiversité, de la mer et des océans, ainsi que de la plupart des projets européens.

Dans ses fonctions ministérielles, Brune Poirson s’est particulièrement préoccupée du projet de loi contre le gaspillage, qui est devenue la loi n°2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire. Cette loi a pour objectif de réduire l’obsolescence des biens de consommation, prolonger la vie des produits, réduire les emballages, pour protéger le consommateur et responsabiliser le producteur, améliorer le tri des déchets et leur recyclage. Un titre est consacré à la lutte contre les dépôts sauvages.

Elle a fait partie des membres du gouvernement qui ont souvent bataillé au Parlement, faisant preuve de combativité et de sens politique. Pour exemple, elle n’a pas hésité à polémiquer en répondant à deux questions d’opposants pour tourner en ridicule ses contradicteurs qui l’empêchaient de répondre. C’était une belle révélation du gouvernement, avec Julien Denormandie (aujourd’hui Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation), elle fait de la politique, arrive à suivre son fil malgré le brouhaha, etc.

Lors de la séance à l’Assemblée Nationale du 12 juin 2018, présidée par François de Rugy, elle déclarait effectivement, pantalon rose et veste noire : « Nous entendons donc trouver des solutions compatibles avec les règles du commerce mondial ! »

Puis elle s’est interrompue, sous les applaudissements des députés de la majorité et sous les huées des députés LR. Pas intimidée, elle ajouta : « Vous savez, mesdames et messieurs les députés de droite, je suis mère d’une petite fille de trois ans : sincèrement, vos réactions sont du même niveau que les siennes. C’est la réalité, vraiment ! Je doute, d’ailleurs, que vos électeurs soient très contents de vous voir vous comporter ainsi, désolée de le dire. Bref ! ». Remarque qui n’a fait qu’exacerber l’agitation des députés. Le champ parlementaire est un jeu de rôle et Bruce Poirson a su s’intégrer dans ce théâtre si particulier.

Un moment pressentie pour mener la liste LREM aux élections municipales à Avignon, Bruce Poirson fut élue vice-présidente de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement (ANUE) le 20 mars 2019 pour un mandat de deux ans. Exclue du nouveau gouvernement, elle retrouvera son siège de députée au mois d’août 2020.


Christelle Dubos (44 ans)

Spécialiste des affaires sociales à l’échelon communal et intercommunal, Christelle Dubos, à 44 ans, quitte le gouvernement après avoir été nommée Secrétaire d’État aux Solidarités et à la Santé du 16 octobre 2018 au 3 juillet 2020, auprès des ministres Agnès Buzyn puis Olivier Véran, chargée plus particulièrement des politiques sociales et familiales. De centre gauche, Christelle Dubos fut élue adjointe au maire de Sadirac, une commune de 4 000 habitants en Gironde, chargée des affaires sociales, du logement et des solidarités, de mars 2014 à juillet 2017.

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Rejoignant la campagne d’Emmanuel Macron, elle fut investie par LREM et élue députée de Gironde le 18 juin 2017 avec 56,7% face à un candidat FI. À l’Assemblée Nationale, elle consacra son action au logement, à la cohésion des territoires et à l’insertion professionnelle. Elle a corapporté la loi n°2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l’aménagement et du numérique (dite loi ELAN), sur les parties logement et mixité sociale.

Au gouvernement, Christelle Dubos a été chargée d’organiser la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté proposée par Emmanuel Macron le 13 septembre 2018. Elle a aussi travaillé sur le service public de versement des pensions alimentaires en incluant les CAF comme intermédiaires entre conjoints, et a étudié la mise en place d’une refonte de toutes les aides sociales et d’un revenu universel d’activité. Elle a également mis en place de deux plans d’urgence d’aide alimentaire, un de 39 millions d’euros puis un autre de 55 millions d’euros pour soutenir les associations en pleine crise sanitaire.

Certains ont reproché sa trop grande rareté médiatique pendant la pandémie de covid-19, en particulier son absence de décision concernant les EHPAD qui relevaient de ses attributions, probable explication de son éviction du nouveau gouvernement.


Sarah El Haïry (31 ans)

Au contraire de Christelle Dubos, elle est très présente dans les médias. Beaucoup de gens ont pu voir Sarah El Haïry et sa combativité dans de nombreux débats télévisés, n’hésitant pas, sur les plateaux, non seulement à défendre la politique du gouvernement mais aussi, en même temps, à donner franchement ses points de vue, montrant ainsi une femme de caractère et une femme qui a une vision politique.

C’est probablement l’une des meilleures nominations dans ce nouveau gouvernement. Nommée à 31 ans, le 26 juillet 2020, Secrétaire d’État auprès de Jean-Michel Blanquer, chargée de la Jeunesse et de l’Engagement, Sarah El Haïry est montée très vite en responsabilité au sein du MoDem à Nantes où elle a été élue conseillère municipale le 28 juin 2020 (elle avait été numéro deux de la liste MoDem en mars 2014, mais ne fut pas élue à l’époque ; elle fut opposée à la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes).

D’origine franco-marocaine, née à Romorantin-Lanthenay, ayant passé une partie de son enfance à Metz et à Casablanca, elle a fait ses études à Nantes puis a eu une expérience internationale, notamment au Canada. Représentante du MoDem, elle participa à la liste de Bruno Retailleau (sénateur LR) aux élections régionales de décembre 2015 pour les Pays de la Loire, et fut désignée présidente du MoDem de Loire-Atlantique à partir février 2016 (porte-parole nationale à partir de février 2018).

Investie par le MoDem et soutenue par LREM, Sarah El Haïry fut élue députée de Nantes le 18 juin 2017 avec 61,0% des voix contre le député socialiste sortant. Membre de la commission des finances, elle a rendu un rapport le 9 juin 220 au Premier Ministre Édouard Philippe sur la philanthropie à encourager en France.


Olivia Grégoire (41 ans)

Licence d’histoire à Nanterre, IEP Paris (communication) et master en marketing à l’ESSEC pour Olivia Grégoire qui a commencé sa carrière professionnelle dans une agence de publicité puis dans un grand groupe privé avant de créer son propre cabinet de consultante.

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Proche des idées libérales d’Alain Madelin, Olivia Grégoire a travaillé dans les cabinets du Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin entre 2002 et 2005 puis du Ministre de la Santé Xavier Bertrand e 2005 à 2007. Responsable des questions de santé pendant la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron, elle fut investie par LREM et fut élue députée dans la douzième circonscription de Paris, battant le 18 juin 2017 le député LR sortant Philippe Goujon avec 56,4% des voix.

Une fois élue députée, Olivia Grégoire a été très active, tant dans son travail de parlementaire (vice-présidente de la commission des finances, présidente de la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi Pacte), que dans son influence politique au sein du groupe LREM dont elle fut la porte-parole. Elle a soutenu en septembre 2018 la candidature de Gilles Le Gendre à la présidence du groupe LREM, pour remplacer Richard Ferrand élu au perchoir, et elle aurait pu lui succéder en septembre 2020 si elle n’avait pas été nommée au gouvernement.

Elle a été aussi engagée pleinement dans la bataille des municipales à Paris, comme responsable de communication de Benjamin Griveaux qui a cependant été amené à démissionner quelques semaines avant les élections.

N’hésitant pas à nourrir la polémique, Olivia Grégoire était l’une des rares membres du groupe LREM à savoir ce qu’être député de la majorité, à savoir batailler contre l’opposition, répondre aux arguments, les combattre au besoin, multiplier les interventions dans les médias pour porter la parole gouvernementale. Bref, être un "second couteau" capable de soutenir le gouvernement lorsqu’il y a la tempête.

Nommée à 41 ans, le 26 juillet 2020, Secrétaire d’État auprès de Bruno Le Maire, chargée de l’Économie sociale, solidaire et responsable, Olivia Grégoire a obtenu de façon méritée un strapontin ministériel sur un sujet qui lui tenait à cœur. Elle fait partie, avec Amélie de Montchalin, des "révélations" des députés LREM.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 juillet 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Secrétaires d’État du gouvernement Castex : des nouveaux et des partants.
Nomination des secrétaires d’État du gouvernement Castex I.
Gérald Darmanin, cible des hypocrisies ambiantes.
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 16 juillet 2020 au Sénat (texte intégral).
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 15 juillet 2020 à l’Assemblée Nationale (texte intégral).
La déclaration de politique générale de Jean Castex le 15 juillet 2020.
Interview du Président Emmanuel Macron le 14 juillet 2020 par Léa Salamé et Gilles Bouleau (retranscription intégrale).
Emmanuel Macron face aux passions tristes.
Gérald Darmanin, l'enfant terrible de la Macronie.
Composition du gouvernement Castex I.
Le gouvernement Castex I nommé le 6 juillet 2020.
Jean Castex, le Premier Ministre du déconfinement d’Emmanuel Macron.
Discours du Président Emmanuel Macron devant la Convention citoyenne pour le climat le 29 juin 2020 à l’Élysée (texte intégral).
Après-covid-19 : écologie citoyenne, retraites, PMA, assurance-chômage ?
Édouard Philippe, le grand atout d’Emmanuel Macron.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Convention citoyenne pour le climat : le danger du tirage au sort.
Les vrais patriotes français sont fiers de leur pays, la France !
Le Sénat vote le principe de la PMA pour toutes.
Retraites : Discours de la non-méthode.
La réforme de l’assurance-chômage.
Emmanuel Macron explique sa transition écologique.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200726-sarah-el-hairy.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/07/28/38453064.html




 

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11 juillet 2020 6 11 /07 /juillet /2020 03:44

« Le Président de la République et le Premier Ministre m’ont fait confiance (…) pour continuer à rétablir la sécurité des Français, accompagner bien entendu le travail des services publics par l’intermédiaire du corps préfectoral, rendre respect et écoute à nos forces de l’ordre, mais également lutter contre ce que le Président de la République a qualifié de "séparatiste" dans un récent discours. Oui, l’islam politique est un ennemi mortel pour la République. Oui, il faut combattre toute forme de communautarisme. » (Gérald Darmanin, le 8 juillet 2020 au Sénat).



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Darmanin n’est pas sarkozyste ; il est darmaniste. Voici une cristallisation qui s’opère. C’est toujours un moment difficile à évaluer, on ne s’en rend compte qu’a posteriori, avec un peu de recul, mais pourquoi suis-je tenté dès maintenant de dire que ce moment un peu magique dans l’imaginaire français où une "simple" personnalité politique se transforme en homme d’État (ou femme d’État, bien sûr) est arrivé pour Gérald Darmanin, nommé Ministre de l’Intérieur le 6 juillet 2020.

On n’imaginait d’ailleurs pas que cette nomination fût autre chose que l’un des points cruciaux de ce changement de gouvernement. Nommé à ce poste stratégique à seulement l’âge de 37 ans (Nicolas Sarkozy avait 47 ans au même moment), Gérald Darmanin ne pouvait pas ne pas prévoir qu’il allait devenir la cible de jaloux, d’aigris, de misérables, et de groupes de pression. Plus on est en lumière, plus on est exposé. Il devait s’y attendre, mais n’oublions jamais qu’un de ses illustres prédécesseurs est mort de campagne de diffamation, Roger Salengro. Le cuir n’a jamais qu’une épaisseur, et celle-ci peut ne pas être suffisante face aux attaques.

À l’évidence, Gérald Darmanin est le plus efficace et le plus redoutable animal politique du gouvernement de Jean Castex. À l’Intérieur, il a remplacé Christophe Castaner, un politique également, mais incapable de faire le job, même s’il n’avait pas démérité dans la gestion de la crise sanitaire. Christophe Castaner n’a jamais eu le sens politique pour ce ministère, on l’imagine plus facilement en ministre des loisirs, voire du temps libre, comme cela avait été créé en 1981 ! Son concept de "soupçon avéré" a dû achever son crédit auprès du Président Emmanuel Macron qui ne pouvait plus garder comme unique critère la fidélité au Président de la République.

D’ailleurs, notons que tous les grognards du premier cercle ont dû quitter le gouvernement d’une manière ou d’une autre : Richard Ferrand, Gérard Collomb, Benjamin Griveaux, Christophe Castaner, et l’on pourrait même y citer François Bayrou même si son "statut" auprès d’Emmanuel Macron est très spécifique.

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Gérald Darmanin, à l’évidence, est un homme pressé et il l’a toujours été. Militant au RPR dès 1988, puis à l’UMP, diplômé de l’IEP de Lille en 2007, il a gravi tous les échelons, à la fois comme apprenti apparatchik et futur élu sur le terrain. Proche de Jacques Toubon, puis de Christian Vanneste dont il a récupéré la circonscription après l’exclusion de ce dernier, Gérald Darmanin a également travaillé pour David Douillet dont il fut le directeur de cabinet au ministère des sports, et aussi pour Xavier Bertrand au siège national de l’UMP lors que ce dernier était secrétaire général de l’UMP. On ne s’étonnera donc pas de le retrouver quelques années plus tard, en janvier 2016, comme vice-président du conseil régional des Hauts-de-France chargé des transports, sous la présidence …de Xavier Bertrand.

Gérald Darmanin a bénéficié, dans son parcours électoral, de l’éviction du député Christian Vanneste qui avait prononcé des propos qui avaient choqué. Élu conseiller municipal d’opposition à Tourcoing en mars 2008, il est devenu rapidement le chef de l’opposition. En mars 2010, grâce à la proportionnelle, il est élu conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais avant le regroupement avec la région Picardie. Il avait alors 27 ans. Deux ans plus tard, il est élu député du Nord, à 30 ans, donc, mandat qu’il ne garda que six ans, préférant ses mandats locaux.

Car le principal mandat qu’il a décroché, ce fut celui de maire de Tourcoing, l’une des grandes villes de l’agglomération lilloise (et il a été élu aussi vice-président de la Métropole de Lille). Sa victoire de mars 2014 l’a hissé parmi les grands élus de l’UMP qui comptent. Gérald Darmanin a soutenu François Fillon dans la bataille interne de la présidence de l’UMP en novembre 2012, puis Nicolas Sarkozy en décembre 2014, ainsi que Nicolas Sarkozy lors de la primaire LR de novembre 2016. Ce dernier le nomma secrétaire général adjoint de l’UMP/LR chargé des élections en 2015. Il n’y resta pas très longtemps, car Gérald Darmanin préférait se consacrer à ses mandats territoriaux.

Lorsqu’Emmanuel Macron a formé le nouveau gouvernement avec son premier Premier Ministre Édouard Philippe, Gérald Darmanin fut sans aucun doute sa plus belle "prise de guerre" : au contraire d’Édouard Philippe, proche d’Alain Juppé, lui-même suffisamment modéré pour être macron-compatible depuis longtemps, au contraire de Bruno Le Maire dont l’ambition démesurée primant sur les conviction laissait prévoir de divins retournements, Gérald Darmanin était considéré comme un représentant de la droite "dure" (proche de Christian Vanneste).

Mais le 17 mai 2017, à seulement 34 ans, pouvait-il vraiment résister à cet appétissant Ministère de l’Action et des Comptes publics, qui a notamment pour responsabilité la fonction publique et le stratégique budget, alors que LR était KO et surtout, sans leader incontestable pour longtemps ?

Quand il a pris cette responsabilité très importante dans l’appareil de l’État, Gérald Darmanin avait confié qu’il n’y connaissait rien mais les bulldozers politiques sont comme cela, ils foncent et ne s’occupent pas des détails, ils apprennent sur le tas.

Or, à son poste, Gérald Darmanin a peut-être réalisé la plus grande réforme du quinquennat, celle dont on parlera encore dans vingt voire cinquante ans, une réforme initiée par la gauche, pour de mauvaises raisons (des comptes d’apothicaires dans un obscur congrès socialiste), j’ai parlé évidemment de la retenue de l’impôt sur le revenu à la source. Alors que la France est l’un des pays au taux de perception parmi les plus élevés, il a réussi encore à améliorer la performance.

Réélu maire de Tourcoing dès le premier tour, en mars 2020, il était donné plutôt à la tête d’un grand ministère des affaires sociales, en d’autres termes, il aurait été chargé de refaire la réforme des retraites. Mais son nom pour place Beauvau circulait déjà dès l’automne 2018 lors du remplacement (très long) de Gérard Collomb (Jean Castex était alors le candidat d’Édouard Philippe).

Gérald Darmanin à l’Intérieur, c’est évidemment une responsabilité régalienne à laquelle il rêvait depuis longtemps. Il est désormais dans la cour des grands, c’est donc normal qu’il se retrouve attaqué et contesté. La vie politique est toujours comme cela, même si ici, cela me paraît plus qu’injustifié (j’y reviens plus loin).

Pourquoi Gérald Darmanin voulait-il autant le Ministère de l’Intérieur ? Parce qu’il a développé des convictions dans le domaine de l’esprit républicain, de l’immigration et de l’intégration. De mauvaises langues, dans leur perfidie probablement d’extrême droite, ont rappelé "opportunément" que le second prénom du nouveau ministre était d’origine algérienne. Et alors ? Il n’en a jamais eu honte, puisque c’était le prénom de son grand-père harki.

Au Sénat, le 8 juillet 2020, il l’a d’ailleurs rappelé : « Mon grand-père priait Allah et portait l’uniforme de la République. Bien des tirailleurs algériens et des supplétifs ont défendu les valeurs de la République tout en priant conformément à leur religion. (…) Mon premier prénom est Gérald, mon deuxième prénom est Moussa. Je suis très fier de l’assimilation française, fier aussi, grâce au Président de la République et à ceux qui m’ont accompagné, d’être ministre de la République ! ».

C’était une véritable déclaration d’amour à la République française. À l’évidence, cet esprit républicain, Gérald Darmanin est en mesure de l’incarner, au contraire de Christophe Castaner et même de Gérard Collomb. En ce sens, il est proche de Nicolas Sarkozy, mais aussi de Manuel Valls, puisque ces deux prédécesseurs ont aussi des origines étrangères.

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Depuis sa nomination à l’Intérieur, Gérald Darmanin se voit contester particulièrement par des groupes féministes extrémistes qui ne représentent personne et qui le traitent de "violeur", ce qui est de la diffamation simple et nette. Encore ce vendredi 10 juillet 2020, lors de son déplacement à Dijon aux côtés de Jean Castex, Gérald Darmanin a eu droit à un comité d’accueil peu agréable.

On reproche à Gérald Darmanin d’avoir violé une femme en 2009, à l’époque où il travaillait à la direction nationale de l’UMP. Cette femme voulait profiter que l’UMP fût au pouvoir pour avoir une aide voire du favoritisme pour sa propre histoire (elle a été condamnée car elle a escroqué son compagnon). Pour cette affaire (accusation de viol, harcèlement sexuel et abus de confiance), le ministre a bénéficié d’un non-lieu le 30 août 2018, non suivi d’un appel, même si le 9 juin 2020, la cour d’appel de Paris a fait repartir la procédure. Une autre affaire (accusation d’abus de faiblesse) a été classée sans suite le 16 mai 2018.

Dans cette histoire, il y a le fond et la forme.

Passons d’abord au fond : le ministre a-t-il violé une femme ? Si c’était le cas, ce serait scandaleux, évidemment et il devrait démissionner. Mais est-ce vraiment le cas ? Je ne suis pas juge mais je constate deux choses. D’une part, c’est parole contre parole. Le ministre dit que la relation était consentie, la femme qu’elle était forcée. J’ignore qui a raison, qui a tort, en revanche, à l’évidence, il y a des personnes plus crédibles que d’autres, surtout lorsqu’on a déjà été condamné pour extorsion de fond, chantage sur un ancien compagnon. D’autre part, le non-lieu d’il y a deux ans donne un signe non définitif mais cependant sensible de la reconnaissance de l’innocence du ministre. Je n’ai pas connaissance de beaucoup de "vrais" violeurs qui bénéficient, dans une procédure, d’un non-lieu. En général, la justice cherche à les arrêter quand c’est patent.

La forme rend les manifestations des lobbies extrêmes féministes encore plus odieuses. En effet, le ministre, comme tout justiciable, est présumé innocent. Mais dans son cas, il est encore plus en position d’innocent, puisqu’il n’est même pas mis en examen. Je rappelle que la charge de la preuve est à l’accusation : il faut démontrer que le prévenu soit coupable, pas qu’il soit innocent.

L’ancien ministre socialiste Jean-Marie Le Guen, qui n’est pas soupçonnable d’être politiquement proche de Gérald Darmanin, était le 10 juillet 2020 révolté par l’activisme contestataire contre le nouveau Ministre de l’Intérieur, en allant loin puisqu’il a comparé cette situation à l’affaire Calas dans laquelle Voltaire avait milité (malheureusement, il n’a obtenu qu’une réhabilitation posthume).

Ces manifestations spontanées seulement aujourd’hui sont des manipulations d’autant plus stupides que si Gérald Darmanin était vraiment un violeur, ce serait tout autant scandaleux s’il était resté Ministre des Comptes publics. Rappelons aussi que la police judiciaire est supervisée par le Ministre de la Justice et pas par le Ministre de l’Intérieur, c’est le juge qui décide, pas la police, des suites d’une enquête. C’est la base de notre État de droit. Souvenons-nous aussi un cas intéressant, à l’époque de la deuxième cohabitation (gouvernement d’Édouard Balladur), où le Ministre de la Justice Pierre Méhaignerie avait initié une instruction judiciaire contre le CDS, qui était son propre parti qu’il présidait alors ! Personne n’avait alors jugé cette situation comme un conflit d’intérêt !

L’argumentation de ces groupuscules activistes a de quoi faire frémir : toute parole accusatrice est suffisante pour faire condamner, du moins au tribunal médiatique, une personne, avant même un procès, avant même une mise en examen. Cela en dit long sur l’état de débilité profonde dans certaines couches de la société actuelle.

Le pire est même celui-ci : à force d’actions incohérentes et manipulatoires mettant en péril les principes élémentaires de notre État de droit (la justice se fait dans un tribunal, pas dans la rue), ces ligues féministes qui prétendent protéger les femmes de prédateurs sexuels sont très contreproductives dans la défense de leur cause et polluent et freinent les initiatives nécessaires pour éviter à l’avenir le renouvellement de violences et de viols qu’il faut évidemment combattre et réprimer avec la plus grande fermeté.

Tant que sa culpabilité n’est pas définitivement prouvée, je soutiendrai entièrement le ministre Gérald Darmanin, personnalité exceptionnelle et d’envergure, car je le crois capable d’être un excellent Ministre de l’Intérieur, celui qui réussira, au-delà d’un constat lucide et sans concession de la situation, à retrouver la concorde entre les Français autour des valeurs fortes de la République. Je lui souhaite pour l’instant bonne chance, car il va en avoir besoin…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 juillet 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Gérald Darmanin.
Composition du gouvernement Castex I.
Le gouvernement Castex I nommé le 6 juillet 2020.
Jean Castex, le Premier Ministre du déconfinement d’Emmanuel Macron.
Discours du Président Emmanuel Macron devant la Convention citoyenne pour le climat le 29 juin 2020 à l’Élysée (texte intégral).
Après-covid-19 : écologie citoyenne, retraites, PMA, assurance-chômage ?
Édouard Philippe, le grand atout d’Emmanuel Macron.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
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Les vrais patriotes français sont fiers de leur pays, la France !
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Retraites : Discours de la non-méthode.
La réforme de l’assurance-chômage.
Emmanuel Macron explique sa transition écologique.

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https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/gerald-darmanin-l-enfant-terrible-225679

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