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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 05:52

« Nous abordons un sujet qui a fait couler beaucoup d'encre, la transparence financière de la vie politique, et à propos duquel la plupart des grandes démocraties ont essayé, avec plus ou moins de succès, de trouver des solutions appropriées. (...) Le parti radical et le mouvement réformateur (...) ont, dès 1970, attiré l'attention sur cet aspect essentiel de l'organisation de la vie politique, lié à sa moralisation, soutenant à la fois l'obligation de transparence des recettes et des dépenses des partis et des candidats et la nécessaire déclaration de la situation patrimoniale de ceux qui aspirent à gérer les affaires de la nation. Il s'agit non pas de défiance, comme quelques-uns l'ont dit ou le craignent, mais d'une règle démocratique à laquelle chacun doit se soumettre, en la ressentant non comme une contrainte, mais comme un honneur. (...) Je crois qu'il sera sage, ces textes étant votés, de considérer que le travail n'est pas terminé pour autant, de réfléchir à nouveau sur tous les aspects de la transparence de la vie publique qui demeurent dans l'ombre, de parler aux Français un langage de vérité sans trop se soucier des sondages qui montrent une réticence de ceux-ci à parler du financement de la vie publique, de définir une fois pour toutes, et en termes clairs, les rapports entre l'élu et la nation. Ce sera sans doute l'une des tâches, parmi beaucoup d'autres, des prochains gouvernements de la République. » (Michel Durafour, le 11 février 1988 au Sénat).


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Les radicaux s'apprêtent à se réunifier. Divisés structurellement depuis 1972 et le programme commun de la gauche, entre ceux qui l'ont accepté, minoritaires, sous l'égide de Robert Fabre et Maurice Faure, partis créer le Mouvement des radicaux de gauche (MRG) devenu le Parti radical de gauche (PRG), et ceux qui refusaient l'alliance avec les communistes, sous la houlette médiatique de JJSS à la tête, pendant quelques années, du Parti radical valoisien (PRV), les deux courants radicaux représentant le parti le plus ancien de la République ont estimé, après l'élection du Président Emmanuel Macron, que leurs divisions étaient devenues anachroniques. Après un week-end organisé les 16 et 17 septembre 2017 à Montpellier par le PRG (les "Journées d'été du radicalisme et du progressisme"), le PRV devrait organiser un congrès radical de refondation les 9 et 10 décembre 2017.

Ils seraient bien inspirés de choisir Saint-Étienne comme lieu de cette réunification, ville symbole d'un ancien ministre symbole des radicaux des deux rives. Michel Durafour, son ancien maire, grand ami de Simone Veil, vient de mourir à 97 ans le jeudi 27 juillet 2017 à Saint-Étienne après six mois d'hospitalisation. Il est né le 11 avril 1920, aussi à Saint-Étienne. Il aurait dû certainement se réjouir de l'élection d'Emmanuel Macron à la Présidence de la République, second centriste à entrer à l'Élysée et premier à véritablement tenter de casser le clivage droite/gauche.

Michel Durafour fut le fils de l'avocat Antoine Durafour (1876-1932), maire de Saint-Étienne du 27 juillet 1930 au 25 avril 1932, président du conseil général de la Loire de 1921 à 1931, député de mai 1910 à avril 1932 et Ministre du Travail, de l'Hygiène, de l'Assistance et de la Prévoyance sociales du 17 juin 1925 au 19 juillet 1926, sous les gouvernements de Paul Painlevé et Aristide Briand. Antoine Durafour fut l'auteur de plusieurs lois sociales comme celle des "5 sous des Poilus" durant la Première Guerre mondiale, les premières assurances sociales et la limitation à huit heures de travail par jour pour les mineurs. Michel Durafour fut par la suite, comme son père, maire de Saint-Étienne et Ministre du Travail.

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Après de brillantes études à Science Po Paris en 1941, Michel Durafour s'est engagé dans l'action politique après la guerre, d'abord au sein de l'UDSR (Union démocratique et socialiste de la Résistance, petit parti centriste charnière dont fut membres François Mitterrand, Eugène Claudius-Petit et René Pleven), puis à partir de 1948, au sein du Parti radical. Élu adjoint au maire de Saint-Étienne d'octobre 1947 à décembre 1964, il fut élu maire de Saint-Étienne le 21 décembre 1964 pour la succession du maire Alexandre de Fraissinette (1902-1964), ancien déporté de Buchenwald, mort onze jours auparavant et maire gaulliste (RPF) puis indépendant (CNIP) depuis le 25 octobre 1947. Michel Durafour fut réélu maire le 21 mars 1965 et le 27 mars 1971.

À Saint-Étienne, Michel Durafour porta attention notamment au développement culturel. Il fut également élu conseiller général de la Loire de 1949 à 1955 et de 1967 à 1979. En 1965, il vit sa carrière politique, comme maire de grande ville, s'ouvrir sur le plan national : il fut élu d'abord sénateur de septembre 1965 à avril 1967, puis député de mars 1967 à mai 1981, dans la circonscription de l'ancien maire et prédécesseur Alexandre de Fraissinette (occupée par le suppléant de ce dernier Bernard Muller entre 1964 et 1967). Il siégea, de 1967 à 1973, dans le groupe centriste nommé Progrès et Démocratie moderne (PDM). Par ailleurs, il fut élu conseiller régional de Rhône-Alpes de 1974 à 1997, et même président du conseil régional de Rhône-Alpes de 1980 à 1981.

Entre mars 1973 et mai 1974, Michel Durafour présida le groupe parlementaire des Réformateurs à l'Assemblée Nationale : les Réformateurs furent un début de rassemblement des centristes, future UDF, union entre les centristes de Jean Lecanuet (les centristes non pompidoliens) et les radicaux de JJSS. Ce fut à ce titre qu'il fut nommé au gouvernement de Jacques Chirac lors de l'élection de Valéry Giscard d'Estaing à la Présidence de la République, Ministre du Travail du 28 mai 1974 au 25 août 1976. Sous les gouvernements de Raymond Barre, il fut nommé Ministre délégué auprès de Raymond Barre, chargé de l'Économie, des Finances et du Budget du 27 août 1976 au 29 mars 1977. Un poste stratégique puisque Raymond Barre cumulait à la fois Matignon et Rivoli (ex-Bercy). Dans ce cadre, il baissa la TVA de 2,5% en janvier 1977 pour freiner l'inflation et encouragea fiscalement les entreprises faisant des économies d'énergie pour réduire les importations de pétrole.

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Si entre 1973 et 1977, Michel Durafour est devenu l'un des ténors du radicalisme, son étoile palit dès les élections municipales de mars 1977 et il allait vivre une dizaine d'années de perte d'influence politique tant nationale que locale. Après douze ans de mandat, emporté par une vague favorable à la gauche, Michel Durafour fut en effet battu à la mairie de Saint-Étienne par le communiste Jacques Sanguedolce (1919-2010), à la tête d'une liste d'union de la gauche. Il ne fut donc pas renouvelé au sein du nouveau gouvernement, et retrouva son mandat de député en mars 1978. Membre du groupe UDF, il présida alors la commission de la production et des échanges (industrie et commerce) de la chambre basse. En juin 1981, Michel Durafour fut battu également par un candidat communiste, Paul Chomat, lors des élections législatives anticipées. Il ne retrouva un siège de parlementaire qu'aux élections sénatoriales de septembre 1983 pour un (second) court mandat de sénateur (jusqu'en mai 1988).

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L'une de ses dernières interventions en tant que parlementaire a eu lieu le 11 février 1988 lors de la discussion au Sénat du projet de loi organique relatif à la transparence financière de la vie politique [n° 227 (87-88)]. Comme on le voit, les projets de moralisation de la vie politique ne sont pas nouveaux, cela fait trente ans qu'il y en a ! Michel Durafour était favorable à l'obligation de déclaration de la situation patrimoniale des candidats, mais opposé à la déductabilité fiscale des dons faits aux candidats : « Accepter la déductibilité des dons prévus à l'article L.O. 163-3 du code électoral revient à faire payer par un tiers, non consentant, une partie du don, ce qui est tout à fait extraordinaire au niveau de la conception. Chacun sait en effet que le budget est constitué par une masse globale, a priori invariable ou, du moins, peu variable, et que toute déduction fiscale consentie à une catégorie revient à surimposer le reste des contribuables ou à augmenter l'impasse budgétaire. ».

Barriste (l'élection présidentielle du printemps 1988 se rapprochait), il a rappelé, au cours de ce même débat parlementaire, que Raymond Barre, alors Premier Ministre, avait déposé dès 1979 un projet de loi sur le financement public de la vie politique qui ne fut jamais mis à l'ordre du jour au Parlement, car personne dans la classe politique n'en voulait : « Je constate que le seul gouvernement à avoir déposé avant ce jour un projet de loi sur le financement public des partis politiques a été celui de Monsieur Raymond Barre, le 24 septembre 1979. Ce texte, malheureusement, n'a jamais été discuté. Député à cette époque-là et membre de la conférence des présidents de l'Assemblée Nationale, je l'avais vivement regretté, cela en raison de réactions hostiles fusant d'un peu partout. Mais l'ancien Premier Ministre connaît le risque qu'il y a à avoir raison trop tôt. ».

Michel Durafour profita de ses échecs électoraux pour devenir professeur des universités à Paris-Dauphine, à la Sorbonne et à Lyon-III, et surtout pour continuer l'écriture de nombreux romans policiers, historiques, d'aventure ou d'espionnage (plus d'une vingtaine sous différents pseudonymes), activité qu'il a toujours menée en parallèle depuis les années 1950 (il fut même récompensé d'un prix en 1963).

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Très habile à surprendre son monde, le Président François Mitterrand a choisi, après sa réélection, Michel Durafour, ancien de l'UDSR, parmi d'autres personnalités d'ouverture (notamment Bruno Durieux, Lionel Stoléru, Jean-Marie Rausch, Jacques Pelletier et Jean-Pierre Soisson) pour tenter d'élargir sa majorité vers sa droite. Michel Durafour fut ainsi nommé Ministre de la Fonction publique et des Réformes administratives dans les gouvernements de Michel Rocard du 13 mai 1988 au 15 mai 1991, avec le rang de Ministre d'État à partir du 22 février 1989. Dans ces fonctions, il a réussi à faire signer un accord qui réformait la grille de la fonction publique le 9 février 1990 avec cinq syndicats importants.

Faut-il rappeler un incident très médiatisé qui plaça à l'époque Michel Durafour bien involontairement au centre d'une polémique bien pitoyable ? Parce qu'il avait considéré le Front national comme son principal ennemi politique, Michel Durafour fut victime des diatribes de Jean-Marie Le Pen le 2 septembre 1988 lors de l'université d'été du FN au Cap d'Agde avec un humour particulièrement odieux et honteux pour les victimes de la Shoah : « Monsieur Durafour et Dumoulin, obscur ministre de l'ouverture, dans laquelle il a d'ailleurs immédiatement disparu, a déclaré : "Nous devons nous allier, aux élections municipales, y compris avec le parti communiste, car le PC, lui, perd des forces tandis que l'extrême droite ne cesse d'en gagner". Monsieur Durafour-crématoire, merci de cet aveu ! ». Cette "injure publique envers un ministre" coûta au chef du FN le 7 décembre 1993 la condamnation définitive à 10 000 francs d'amende et fut la cause du départ du FN de quelques cadres importants comme l'unique députée FN Yann Piat (assassinée le 25 février 1994) et les anciens députés François Bachelot et Pascal Arrighi. Tous les trois avaient jugé ce calembour plus que douteux.

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Après son "expérience socialiste", Michel Durafour fut nommé Conseiller d'État "en service extraordinaire" de 1992 à 1996, sorte de placard doré pour anciens ministres quand ce n'est pas une carrière administrative. En 2007, il apporta son soutien à la candidature de Ségolène Royal. Son enterrement a été célébré le 1er août 2017 à la cathédrale de Saint-Étienne par le nouvel évêque de Saint-Étienne, Mgr Sylvain Bataille (depuis le 18 mai 2016), en présence en particulier du maire actuel de Saint-Étienne Gaël Perdriau (LR), de son prédécesseur socialiste Maurice Vincent (actuellement sénateur LREM) et du député socialiste Régis Juanico (ex-frondiste sous François Hollande).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 août 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Michel Durafour.
JJSS.
Maurice Faure.
Robert Fabre.
Raymond Barre.
Jean Lecanuet.
Laurent Hénart.
Jean-Michel Baylet.
Simone Veil.
La famille centriste.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170727-michel-durafour.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/michel-durafour-l-homme-de-la-195654

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/08/07/35553541.html


 

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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 05:49

« Françoise Giroud me l’avait décrite comme une sorte de déesse grecque, Minerve au port altier et aux yeux vert émeraude. Elle m’intimide beaucoup, mais c’est surtout sa façon de parler, simple, sans esbroufe, parfois sans construction, qui m’intéresse. Cette femme ne parle pas comme les autres leaders politiques. (…) Cette femme est rassurante. On me dit qu’elle a parfois mauvais caractère et que ses collaborateurs sont soumis à dure épreuve. » (Michèle Cotta, le 13 novembre 1974, à propos de Simone Veil dans ses "Cahiers secrets de la Ve République"). Seconde partie.



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Simone Veil aurait eu 90 ans ce 13 juillet 2017. Retour sur une vie à facettes multiples. Après avoir évoqué ses premiers pas dans la vie publique, la voici très appréciée des Français et reconnue internationalement. Elle faisait partie de ce centrisme de conviction, un roc à l’horizon bien établi, le contraire du caractère mou.

Si sa famille naturelle était le Centre des démocrates sociaux (le seul parti qui l’a soutenue aux élections européennes de juin 1989), Simone Veil n’a cependant jamais adhéré à aucun parti politique et a toujours refusé l’esprit partisan. Elle était prête à donner raison à des responsables de l’autre bord politique si elle pensait qu’ils avaient raison, refusant le jeu des postures, stérile et orgueilleux.

Sa position politique était basée sur les vrais clivages, pas sur des clivages artificiels : « À gauche pour certaines questions, à droite pour d’autres. Ce qui est important, c’est le clivage entre, d’une part, la liberté et le pluralisme, et, d’autre part, le totalitarisme. » ("L’heure de vérité", Antenne 2, vers 1984).

Refusant toute faiblesse face à l’extrême droite, elle ne manquait pas de courage quand, le 7 juin 1984, des militants FN sont venus troubler l’un de ses derniers rassemblements de campagne : « Vous ne me faites pas peur. Par peur du tout ! J’ai survécu à bien pire que vous. Vous êtes des SS aux petites pieds… Vous êtes ridicules, allez vous coucher ! ».

Elle a quitté le gouvernement pour tenter l’aventure européenne, même si, auparavant, elle avait montré un intérêt à la (nouvelle) mairie de Paris en mars 1977 (Valéry Giscard d’Estaing avait déjà son propre candidat, Michel d’Ornano).


5. Simone Veil et l’Europe

L’Europe : « J’y pensais constamment en déportation. Et je ne comprenais pas qu’on n’ait pas tiré la leçon des horreurs de 14-18. ».

Il y a sans doute eu plus de courage à avoir voulu la réconciliation franco-allemande après la guerre qu’à avoir réussi à faire adopter la loi sur l’IVG. C’était pourtant logique : la paix ne sera définitivement acquise que lorsque les peuples seront unis. Par ailleurs, le nazisme n’était pas allemand mais idéologique et aurait pu se développer dans un autre pays. En poste à Wiesbaden puis à Stuttgart (pour préparer l’ENA), Antoine Veil a même fait déménager la famille en Allemagne au début des années 1950.

C’était donc pour Simone Veil un grand honneur que le choix de Valéry Giscard d’Estaing de lui proposer la tête de la liste UDF aux premières élections européennes au suffrage universel direct, des élections voulues par le Président français et par le Chancelier allemand Helmut Schmidt.

Non seulement sa liste a fait le meilleur score le 10 juin 1979, avec 27,6% (devant la liste de François Mitterrand) mais Simone Veil a été élue dans la foulée Présidente du Parlement Européen du 17 juillet 1979 au 18 janvier 1982 (elle a succédé à l’ancien Premier Ministre italien Emilio Colombo). Pendant ce mandat, elle fut reçue dans les capitales européennes comme un chef d’État. Son directeur de cabinet Enrico Vinci a raconté : « Le monde découvrait soudain l’existence politique d’une Europe dont la démarche n’avait paru alors que strictement économique. » ("Le Monde"). Après la défiance des députés européens RPR, elle a renoncé à rester candidate à sa succession le 18 janvier 1982 au troisième tour pour éviter l’élection d’un socialiste (ce fut le socialiste qui fut pourtant élu, malgré son désistement). Elle présida la commission des affaires juridiques jusqu’à la fin de son premier mandat (entre 1982 et 1984).

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Tête de liste de l’opposition unie UDF-RPR, Simone Veil fut réélue le 17 juin 1984 avec le score magistral de 43,0% des voix, loin devant la liste de Lionel Jospin (plus du double en voix et en sièges). En revanche, sa dernière aventure électorale fut pleine d’amertume puisque le 18 juin 1989, tête d’une liste centriste …contre la liste menée par Valéry Giscard d’Estaing, elle n’a obtenue que 8,4% des voix, en cinquième position derrière les listes menées par VGE, Laurent Fabius, Jean-Marie Le Pen et Antoine Waechter. Du 24 juillet 1984 au 23 juillet 1989, elle fut présidente du groupe des libéraux et démocrates au Parlement Européen. Après l’échec de 1989, Valéry Giscard d’Estaing fut heureux de lui prendre la présidence du groupe des libéraux et démocrates.

La réalité électorale montre que lorsqu’elle ne combattait pas seule sur le terrain politique, elle gagnait beaucoup de voix (alliance avec Valéry Giscard d’Estaing en 1979, avec Jacques Chirac en 1984), mais lorsqu’elle était seule, il lui manquait beaucoup de réserves de voix, malgré sa grande popularité.

Par ailleurs, elle a reçu en 1981 à Aix-la-Chapelle le prestigieux Prix Charlemagne, qui récompense les personnalités marquantes qui ont œuvré pour la construction européenne (parmi les lauréats : Alcide De Gasperi en 1952, Jean Monnet en 1953, Konrad Adenauer en 1954, Winston Churchill en 1955, Paul-Henri Spaak en 1957, Robert Schuman en 1958, George Marshall en 1959, Edward Health en 1963, Antonio Segni en 1964, Roy Jenkins en 1972, Leo Tindemans en 1976, Walter Scheel en 1977, Constantin Karamanlis en 1978, Emilio Colombo en 1979, Juan Carlos Ier en 1982, Karl Carstens en 1984, Henry Kissinger en 1987, François Mitterrand et Helmut Kohl en 1988, Frère Roger en 1989, Gyula Horn en 1990, Vaclav Havel en 1991, Jacques Delors en 1992, Felipe Gonzalez en 1993, Franz Vranitzky en 1995, Roman Herzog en 1997, Bronislaw Geremek en 1998, Tony Blair en 1999, Bill Clinton en 2000, Valéry Giscard d’Estaing en 2003, Jean-Paul II en 2004, Carlo Ciampi en 2005, Jean-Claude Juncker en 2006, Javier Solana en 2007, Angela Merkel en 2008, Donald Tusk en 2010, Jean-Claude Trichet en 2011, Wolfgang Schäuble en 2012, Herman Van Rompuy en 2014, Martin Schulz en 2015, le pape François en 2016).


6. Simone Veil et sa popularité

Simone Veil fut longtemps l’une des personnalités (politiques ou publiques) les plus aimées par les Français pendant longtemps. Dès 1978, elle était devenue premier-ministrable, sous Valéry Giscard d’Estaing pour remplacer Raymond Barre ou encore sous François Mitterrand dans le cadre d’une cohabitation. Le Premier Ministre Michel Rocard a voulu la nommer dans son gouvernement en 1988 mais François Mitterrand s’y opposa (ce dernier n'a jamais cherché à la séduire).

Ce fut sans doute grâce à cette grande popularité qu’elle a été appelée par le Premier Ministre Édouard Balladur pour siéger, presque vingt ans plus tard, dans son gouvernement, comme "numéro deux", avec le titre de Ministre d’État, Ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville du 30 mars 1993 au 11 mai 1995, lors de la deuxième cohabitation. Elle avait été réticente à accepter une nouvelle aventure ministérielle mais ses enfants lui ont dit : « À quoi ça sert ta popularité ? Tu la gardes comme ces gens qui ont un magot, et se font enterrer avec… ».

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Édouard Balladur avait composé son gouvernement selon le principe contraire à la composition des gouvernements d’Édouard Philippe, en intronisant les principaux chefs ou leaders de partis qui composaient la majorité : Charles Pasqua (RPR) à l’Intérieur, Pierre Méhaignerie (CDS) à la Justice, François Léotard (PR) ) la Défense, Alain Juppé (RPR) aux Affaires étrangères et François Bayrou (CDS) à l’Éducation nationale, Nicolas Sarkozy (RPR) au Budget, François Fillon (RPR) à la Recherche, etc.


7. Simone Veil et son ancrage institutionnel

Simone Veil a quitté le gouvernement après l’élection de Jacques Chirac à la Présidence de la République. Elle avait alors 67 ans. À partir de cette période, elle fut surtout honorée dans des missions d’honorable sage de la République dans plusieurs institutions.

Après 1995, elle s’impliqua personnellement en faveur de la paix dans les Balkans alors que la guerre y sévissait. En 1997, elle fut nommée présidente du Haut Conseil à l’intégration. Puis, elle fut nommée membre du Conseil Constitutionnel du 8 mars 1998 au 5 mars 2007 par le Président du Sénat René Monory. Le 8 mars 2004, lors de la fin du mandat du Président du Conseil Constitutionnel Yves Guéna (qui avait succédé à Roland Dumas, démissionnaire pour des raisons judiciaires), il avait été question que Simone Veil lui succédât (finalement, Pierre Mazeaud fut nommé).

Simone Veil fut aussi nommée le 11 janvier 2008 par le Président Nicolas Sarkozy à la tête du Comité de réflexion sur le préambule de la Constitution (décret du 9 avril 2008) visant à prévoir un nouveau principe constitutionnel, celui de diversité. Le rapport qu’elle a rendu le 19 décembre 2008 propose au contraire de ne rien modifier dans la Constitution.

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Enfin, sollicitée par François Jacob et Maurice Druon, Simone Veil fut élue le 20 nombre 2008 membre de l’Académie française pour succéder à Pierre Messmer et a été reçue par Jean d’Ormesson le 18 mars 2010.


Panthonisée ?

Parce que beaucoup de Français ont admiré Simone Veil, hors de l’esprit de clan, hors de toute arrière-pensée politicienne, et bien avant sa disparition évidemment, elle avait déjà façonné sa propre légende. Son caractère (qu’elle avait "mauvais") pouvait rassurer sur sa réalité humaine : une personne n’est jamais tout exceptionnelle, elle a toujours ses faces d’ombre. Son fils Jean expliquait le 5 juillet 2017 que la vie vécue à Auschwitz lui avait apporté, définitivement, une gravité dans le cœur qu’on pouvait ressentir en la côtoyant : aucune familiarité et toujours une certaine distance humaine, qui n’était pas contraire à une marque d’attention, mais qui était comme un réflexe. Elle était toujours "à côté", à côté du jeu politique, à côté des sourires hypocrites à paillettes, à côté des modes médiatiques qui voulaient qu’une personnalité politique aille se mettre en pyjama (selon l’expression de De Gaulle) dans les émissions de variétés les plus abêtissantes.

Elle était un roc, une structure, un fil, à la fois un cheminement et un but. Elle n’a jamais vraiment représenté les Français, si ce n’est trois fois en tête de listes aux élections européennes (en juin 1979, juin 1984 et juin 1989) dans un mode de scrutin qui ne laissait aucune incertitude sur son élection ou sa réélection.

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Elle avait pourtant toutes les qualités pour être élue la première femme Présidente de la République. Car elle n’aurait pas été d’abord femme, mais avant tout la représentante de ce courant démocrate, libéral, social, européen que voulaient voir émerger son époux Antoine Veil, mais aussi, une des personnalités qu’elle détestait pourtant, François Bayrou, et qu’a réussi à faire gagner en 2017 l’actuel Président Emmanuel Macron. Pour cela, il aurait fallu qu’elle "se salît les mains", qu’elle décidât de faire de la "politique politicienne" pendant une vingtaine d‘années au moins, qu’elle conquît un parti politique et qu’elle menât des troupes jusqu’à la victoire élyséenne, et cela pouvait avoir, à ses yeux, un aspect dérisoire et ridicule.

Elle se trompait certainement quand elle disait que les Français n’auraient pas été encore prêts pour une femme à l’Élysée, c’était surtout qu’elle n’était pas prête à faire beaucoup de concessions à ses convictions sur l’autel de ses ambitions. Aujourd’hui, la République française reconnaît à sa juste valeur l’une de ses grandes figures et si le Panthéon reste, lui aussi, du domaine du dérisoire, s’il permet de faire connaître sa trajectoire exceptionnelle au fil des générations, ce sera toujours un avantage sur le néant…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 juillet 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"La femme préférée des Français" par Annick Cojean et Agathe Logeart ("Le Monde" du 22 juin 1993).
Simone Veil, un destin français.
L’hommage de la République à Simone Veil.
Discours d’Emmanuel Macron en hommage à Simone Veil le 5 juillet 2017 aux Invalides (texte intégral).
Discours de Jean Veil et Pierre-François en hommage à leur mère Simone Veil le 5 juillet 2017 aux Invalides (texte intégral).
Simone Veil, une Européenne inclassable.
Simone Veil académicienne.
Discours de réception de Simone Veil à l’Académie française (18 mars 2010).
Discrimination : rien à changer.
Rapport du Comité Veil du 19 décembre 2008 (à télécharger).
Antoine Veil.
Bernard Stasi.
Bernard Stasi et Antoine Veil.
Denise Vernay.
Ne pas confondre avec Simone Weil.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170713-simone-veil-2.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-sept-vies-de-simone-veil-2-2-195019

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/08/05/35471020.html

 

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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 05:41

« L’échec de la tentative de rénovation idéologique engagée au milieu des années 1980 par les jeunes dirigeants du PR montre combien la droite française s’est avérée largement imperméable à un libéralisme par trop étranger à la tradition nationale dominante, "statocentrée" ou "statophile". » (Jérôme Perrier, historien, 2015).


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L’ancien ministre François Léotard a été mis en examen le 18 juillet 2017 dans l’affaire Karachi. Saisie le 26 juin 2014, la commission d’instruction de la Cour de justice de la République (qui juge les ministres) avait également mis en examen, dans la même affaire, l’ancien Premier Ministre Édouard Balladur. D’autres personnes ont été mises en examen dans cette affaire, comme Ziad Takiedddine (un intermédiaire, dont Jean-François Copé fut un ami), Nicolas Bazire (ancien directeur de cabinet du Premier Ministre) et Renaud Donnadieu de Vabres (ancien directeur de cabinet du Ministre de la Défense, qui, plus tard, fut nommé Ministre de la Culture, mis en examen le 15 décembre 2011).

Rappelons qui est François Léotard. Il a eu 75 ans le 26 mars 2017. Il fut l’un des hommes politiques majeurs dans les années 1980. Il faisait partie de ces "jeunes espoirs" de la droite et du centre qui ont été "étouffés" par la génération antérieure. D’ailleurs, cette génération fut sacrifiée alors qu’il y avait des personnalités politiques remarquables, notamment Alain Juppé, Philippe Séguin, Laurent Fabius, François Léotard, Jacques Toubon, Dominique Baudis, Bernard Bosson, Dominique Strauss-Kahn, etc. en raison du maintien aux responsabilités des Jacques Chirac, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Lionel Jospin, Michel Rocard, etc.

Trois éléments pourraient qualifier la personnalité de François Léotard : il fut une "grosse tête", avec de brillantes études (il est diplômé de l’ENA, de la même promotion que Laurent Fabius, Élisabeth Huppert, Gérard Longuet, Didier Maus, Jean Picq, Philippe Jaffré, Michel Cicurel, Yvan Blot et Daniel Bouton) ; il fut un "animal politique" redoutable et précoce, tout en étant un "héritier" par son père qu’il voulait "venger" ; enfin, il a toujours été un homme qui doute, épris de philosophie, de réflexions profondes, de pensées sur la mort, etc. (il avait commencé son existence avec des études de séminariste, à l’abbaye bénédictine de la Pierre-qui-vire dans le Morvan, qu’il a quittée en cours de route), et il fut effondré par la mort de son grand frère, l’acteur et chanteur Philippe Léotard, le 25 août 2001, au point de considérer dérisoires ses velléités politiciennes.

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En quelques sortes, il avait, au début des années 1980, un peu le même profil de renouvellement de la classe politique que l’actuel Président de la République Emmanuel Macron. Avec quelques différences. L’action politique de François Léotard, loin d’être solitaire, s’était toujours faite collectivement, en "bande" (la fameuse "bande à Léo" regroupait derrière lui Alain Madelin, Gérard Longuet …et Philippe de Villiers qui a pris rapidement son indépendance). Quant à la grande ambition politique de François Léotard, elle s’est envolée un peu comme celle de Michel Rocard. Confrontée à l’écume des jours.

L’une des principales motivations de s’engager dans la vie politique fut la réputation de son père André Léotard (1907-1975), haut fonctionnaire et conseiller référendaire à la Cour des Comptes, qui fut élu maire de Fréjus de 1959 à 1971 et conseiller général du Var de 1961 à 1967. Or, le 2 décembre 1959 (François Léotard était adolescent), quelque mois après la prise de fonctions comme maire, une catastrophe (à la suite de très fortes pluies, rupture du barrage de Malpasset, cinq ans après la fin de sa construction) a engendré 423 morts. André Léotard fut injustement mis en cause.

À l’ENA, François Léotard était plutôt à gauche et il a probablement voté François Mitterrand en 1974. Corse par sa mère, il avait même milité plus jeune au sein du PSU pour s’opposer à la guerre d’Algérie. Entre 1973 et 1976, il commença sa carrière de haut fonctionnaire dans des préfectures. En 1976, il intégra le cabinet ministériel de Michel Poniatowski, Ministre d’État, Ministre de l’Intérieur et l’un des hommes-clefs du Président Valéry Giscard d’Estaing.

François Léotard s’engagea dans vie politique lorsqu’il se fit élire maire de Fréjus le 25 mars 1977. Il y resta vingt ans, jusqu’au 8 août 1997, date de sa démission. Prenant l’étiquette PR (Parti républicain), le parti des giscardiens, il se fit élire l’année suivante député du Var en mars 1978 et le resta jusqu’au 26 décembre 2001, date aussi de sa démission, avec une interruption du 2 juillet 1992 à mars 1993 (pour démission) et lors de ses périodes ministérielles. Pendant une vingtaine d’années, il fut donc député-maire de Fréjus et personnalité politique de dimension nationale.

Il fut également élu conseiller général du Var de 1979 à 1988 et conseiller régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur de 1998 à 2004. Aux élections régionales de mars 1998, il fut en effet candidat à la présidence du conseil régional à la suite de Jean-Claude Gaudin (touché par le cumul des mandats et élu maire de Marseille en juin 1995). Il avait pour adversaire Jean-Marie Le Pen avec qui il a fermement refusé de s’allier et le socialiste Michel Vauzelle, ancien Ministre de la Justice et ancien collaborateur de François Mitterrand à l’Élysée, qui a finalement gagné.

Sur le plan national, réélu député en juin 1981, François Léotard est devenu très rapidement incontournable, faisant partie de ces "jeunes loups" de l’opposition après l’arrivée du gouvernement socialo-communiste au pouvoir. Ces "jeunes loups" avaient déjà l’ancienneté d’un mandat, et ils étaient la force militante et parlementaire de l’opposition, avec François d’Aubert, Charles Millon, Philippe Séguin, Jacques Toubon, Alain Madelin, Jacques Douffiagues (député-maire d’Orléans mais battu aux législatives en 1981), etc.

En septembre 1982, François Léotard fut élu secrétaire général du Parti républicain (le parti de Valéry Giscard d’EStaing qui venait de perdre l’élection présidentielle de 1981), face à Charles Millon. Il dirigea le Parti républicain de septembre 1982 à 1990 et de 1995 à juin 1997 (à partir de 1988, son titre est devenu président du PR). Avec Alain Madelin, Gérard Longuet, et d’autres, François Léotard a promu, pour la première fois dans l’histoire des courants politiques, une politique libérale reprise en particulier par le RPR de Jacques Chirac. C’était l’époque de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher. Au-delà de leur ambition personnelle, ces nouveaux dirigeants politiques voulaient "dégiscardiser" le PR et le "libéraliser".

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En effet, François Léotard, loin de vouloir poursuivre le "libéralisme avancé" de l’épopée giscardienne qui était un "libéralisme étatique", prôna un libéralisme anti-étatique, tourné contre le dirigisme économique de l’État.

L’historien Jérôme Perrier a évoqué en 2015 cette épopée du léotardisme des années 1980 : « Si l’ont peut faire remonter les prémices de la "bande à Léo" (l’expression apparaît en 1985) à la fin des années 1970, nous nous focaliserons sur les années allant de l’accession de François Léotard à la tête du PR (à l’automne 1982) jusqu’à son renoncement à se présenter à l’élection présidentielle de 1988, soit une période atypique pour la droite française, dans la mesure où l’échec de l’expérience socialiste de 1981 combiné avec l’exemple des expériences Thatcher et Reagan, ont alors rendu légitime dans le débat politique français l’affirmation d’un libéralisme décomplexé. De ce point de vue, le pari des jeunes quadras du PR n’était pas totalement incongru, et il n’a certainement jamais eu autant de chances de réussir, au moins partiellement, qu’à ce moment précis. De fait, à l’issue de cette décennie, le libéralisme (y compris dans des versions infiniment plus modérées que celle défendue au milieu des années 1980 par les amis de François Léotard) redevient un objet de controverse, puisque bon nombre d’acteurs politiques de droite l’accusent d’être responsable de l’échec de 1988. Rien ne souligne mieux la spécificité de la décennie 1980 que le fait qu’après la réélection de François Mitterrand (et la victoire ô combien symbolique du "ni ni"), plus aucune force poiitique majeure et plus aucun homme politique aspirant aux plus hautes fonctions n’affichera ouvertement l’étendard libéral, à l’exception d’Alain Madelin en 2002, avec le résultat que l’on sait [3,9% des suffrages exprimés]. ».

L’élection de François Léotard à la tête du PR a tourné la page des notables giscardiens (Xavier Chinaud, Michel Poniatowski, Christian Bonnet, etc.). Avec un management approprié, François Léotard se réservait la communication médiatique tandis que Gérard Longuet (trésorier) était chargé de l’administration interne du parti et Alain Madelin (délégué général) du fond idéologique. Une véritable machine électorale se créait avec l’attirance d’une nouvelle force militante.

En mars 1985, François Léotard a fait une véritable profession de foi libérale : « Le parti que je représente est l’héritier de la plus vieille famille libérale française. Le courant des "indépendants" trouve ses racines chez Benjamin Constant, chez Toqueville, chez Bastiat, chez Hayek, chez Popper. (…) Nous récusons l’étiquette de "libéralisme avancé", "ouvert", ou "social". Nous souhaitons ne pas ajouter un adjectif au terme de libéralisme. (…) Entre madame Thatcher et messieurs Kohl et Reagan, si les moyens et les résultats sont différents, il y a en commun l’esprit d’une certaine vision libérale du monde. Il m’est donc bien égal que l’on me qualifie de libéral "ultra". » (cité par Jérôme Perrier).

Les références intellectuelles de la "bande à Léo" furent effectivement Frédéric Bastiat, Karl Popper, Friedrich von Hayek et Ludwig von Mises (dès le conseil national du PR le 22 octobre 1983 à Pontoise, François Léotard parlait avec enthousiasme des « mille fleurs de la pensée libérale que nous voyons éclore autour de nous »).

Chaque intervention de François Léotard dans une émission politique faisait un tabac, notamment ses passages à "L’Heure de Vérité" sur Antenne 2. En octobre 1984, le baromètre Sofres-"Le Figaro Magazine" a montré une soudaine progression de la popularité de François Léotard et quelques mois plus tard, "L’Express" considérait que 1985 serait "l’année Léotard" pour l’opposition UDF-RPR. En été 1985, il dépassa carrément en bonnes opinions ses deux aînés Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac : en quelques années, il est entré dans la cour des grands.

Le 10 avril 1985, les deux partis d’opposition UDF et RPR ont conclu un accord politique qui fut inspiré du libéralisme prôné par François Léotard. La Convention libérale qui a suivi les 8 et 9 juin 1985 a permis de réunir les trois ténors de l’opposition Raymond Barre, Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac dans une allégorie au libéralisme qui se concrétisa dans le programme politique très anti-dirigiste publié le 16 janvier 1986 ("Plateforme pour gouverner ensemble") dans la perspective des élections législatives du 16 mars 1986.

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Yvan Blot, qui fut son camarade de promo à l’ENA, collaborateur de Jacques Toubon, alors secrétaire général du RPR, mettait en garde ses interlocuteurs le 21 juin 1985 : « Ce serait une erreur de le sous-estimer. Ce n’est pas un nouveau JJSS. C’est le premier giscardien à avoir pris le tournant reaganien. » ("L’Express").

Et pourtant, il a commis quelques erreurs. La première fut de ne pas avoir mené une liste UDF aux élections européennes de juin 1984, laissant Simone Veil conduire une liste d’union UDF-RPR. Cela lui aurait permis d’avoir une première candidature de stature nationale (il avait hésité de se lancer). L’autre erreur, c’était qu’il devenait le chef d’une chapelle dans la grande cathédrale de l’opposition.

Après la victoire du 16 mars 1986 et la première cohabitation, il fut nommé Ministre de la Culture et de la Communication du 20 mars 1986 au 10 mai 1988. En fait, il avait demandé le Ministère de la Défense mais ni Jacques Chirac ni François Mitterrand ne le voulaient à ce poste régalien. L’une de ses premières décisions ministérielles fut de conserver les colonnes de Buren, considérant que leur retrait coûterait plus cher à l’État que leur maintien.

En début juin 1987, une séquence digne du Vaudeville a eu lieu. Dans une interview à l’hebdomadaire "Le Point" du 1er juin 1987, François Léotard a affronté le Premier Ministre Jacques Chirac en évoquant les « moines soldats du RPR » et leur « goût du pouvoir sans partage », et en considérant qu’à l’élection présidentielle de 1988, deux seules options étaient envisageables pour le PR : « soit le soutien à Raymond Barre, soit le soutien à François Léotard ». Il s’est alors vu infliger un recadrage "dramatique" du chef du gouvernement qui lui demanda soit de rester loyal et solidaire soit de quitter le gouvernement. Après deux ou trois jours de dramatisation, François Léotard annonça qu’il rentra dans le rang et avala son chapeau. À partir de ce moment, il perdit la crédibilité politique de celui qui aurait pu être un "chef" et qui n’aurait jamais été qu’un "sous-chef".

En effet, l’élection présidentielle de 1988 étant "encombrée" par les candidatures de Raymond Barre et de Jacques Chirac, François Léotard renonça en septembre 1987 à se présenter et apporta un soutien très mou à Raymond Barre. Mollesse qui lui fut reprochée par la suite, notamment par le coordinateur des mouvements barristes, Charles Millon, président du groupe UDF à l’Assemblée Nationale, qui était régulièrement son rival dans les élections internes. Le 25 septembre 1989, François Léotard a par exemple échoué à devenir président du groupe UDF au second tour avec seulement 41 voix contre 45 voix en faveur de Charles Millon soutenu par les députés barristes et les députés giscardiens.

Si François Léotard a raté le train des "Rénovateurs" du printemps 1989, il a pris celui des "Néo-rénovateurs" quelques mois après l’échec des premiers : le 5 mars 1990, François Léotard a en effet créé "Force Unie", un mouvement avec Michèle Barzach, Jean-Michel Dubernard, Michel Noir, Gérard Longuet, Alain Carignon, Pierre-André Wiltzer, Claude Malhuret, Jean-Louis Bourlanges et Patrick Devedjian. Initiative sans lendemain.

En tant que chef de parti, François Léotard fut partie prenante de la deuxième cohabitation dans le gouvernement d’Édouard Balladur. Il fut nommé Ministre d’État, Ministre de la Défense du 30 mars 1993 au 11 mai 1995.

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C’est dans ce cadre qu’il est mis en cause actuellement dans l’affaire Karachi.. Cette affaire provient de l’attentat, qui a tué, le 8 mai 2002 à Karachi, 14 personnes dont 11 employés français de la Direction des constructions navales, dans l’explosion d’un bus par un kamikaze. Écouté le 24 novembre 2009 par une mission parlementaire dirigée par Bernard Cazeneuve, François Léotard estimait que l’attentat aurait probablement été la conséquence de la vengeance de personnes n’ayant pas touché leur part de commissions occultes.

François Léotard a soutenu la candidature d’Édouard Balladur à l’élection présidentielle de 1995, et après la défaite de ce dernier, François Léotard reprit la présidence de l’UDF du 31 mars 1996 au 16 septembre 1998. Après son échec aux élections régionales, allié au sein de l’UDF avec François Bayrou face à Alain Madelin, il laissa cette présidence de l’UDF à François Bayrou.

Il quitta progressivement la vie politique, en raison de quelques affaires politico-financières, d’une santé fragile (triple pontage coronarien) et surtout de la mort de son frère Philippe le 25 août 2001 qui l’encouragea à démissionner de son mandat de député le 26 décembre 2001 (année où il fut également le représentant de l’Union Européenne en Macédoine).

François Léotard ne fit qu’un très bref retour politique en 2008. Après avoir soutenu la candidature de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007, il fut particulièrement déçu par le début de ce quinquennat et publia dès le 12 mars 2008 un livre plein d’amertume et d’inquiétude : "Ca va mal finir !" (éd. Grasset).

Lancé sans doute trop rapidement, dans une période politique où les "vieux" avaient encore verrouillé la vie politique, François Léotard a "vieilli" très vite, voire beaucoup plus vite que celui qui fut son partenaire, son allié (en 1986), son adversaire (en 1993) et son aîné, Jacques Chirac.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 juillet 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Léotard.
Jacques Chirac.
Cohabitation.
Édouard Balladur.
François Bayrou.
Nicolas Sarkozy.
Emmanuel Macron.
La France est-elle un pays libéral ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170326-francois-leotard.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-leotard-ou-la-posture-195468

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/07/31/35515347.html

 

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13 juillet 2017 4 13 /07 /juillet /2017 03:38

« Françoise Giroud me l’avait décrite comme une sorte de déesse grecque, Minerve au port altier et aux yeux vert émeraude. Elle m’intimide beaucoup, mais c’est surtout sa façon de parler, simple, sans esbroufe, parfois sans construction, qui m’intéresse. Cette femme ne parle pas comme les autres leaders politiques. (…) Cette femme est rassurante. On me dit qu’elle a parfois mauvais caractère et que ses collaborateurs sont soumis à dure épreuve. » (Michèle Cotta, le 13 novembre 1974, à propos de Simone Veil dans ses "Cahiers secrets de la Ve République"). Première partie.



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L’ancienne ministre Simone Veil s’est éteinte il y a quelques jours, a même été honorée par la République aux Invalides, bientôt au Panthéon, et elle est née il y a exactement 90 ans ce jeudi 13 juillet 2017. Ceux qui rechignent à lire ou écouter louer cette grande dame le font surtout par esprit anticonformiste, plus que pour ce qu’elle a représenté réellement. Ce 90e anniversaire est donc l’occasion, pour moi, de revenir sur son parcours personnel et politique, fait tant d’une tragédie irréversible que d’une inébranlable foi en l’avenir.


1. Simone Veil et la Shoah

Ce fut l’expérience dramatique qui a influencé toute son existence. Le 30 mars 1944, au lendemain de son baccalauréat (elle n’a appris qu’elle était reçue qu’à la fin de la guerre), elle est sortie en ville le soir, contre toute prudence. Elle s’est fait arrêter par les SS avec le jeune homme qui l’accompagnait et qui a été relâché. Malheureusement, ce dernier fut suivi et le reste de la famille fut également arrêté. Après une étape au camp de Drancy le 13 avril 1944, les femmes se retrouvèrent à Auschwitz-Birkenau le soir du 15 avril 1944. Elle a soutenu qu’elle avait 18 ans pour éviter le four crématoire à l’arrivée. Quand sa sœur et elle furent libérées le 13 avril 1945, sa mère était morte épuisée quelques semaines plus tôt car il leur a fallu partir en janvier 1945 et marcher vers le camp de Bergen-Belsen. Son père et son frère avaient péri en Estonie, mais elle ne l’a su qu’en 1978 grâce aux recherches de Serge Klarsfeld.

La terreur sur Terre : « Seule Simone, protégée peut-être par sa beauté, avait eu le privilège de garder ses cheveux longs. Elle raconte les rires hystériques, les larmes, l’abjection de soi-même. On les avait déshabillées, tatouées. On leur avait donné des haillons et mises en rang. La chef du camp avait demandé si parmi ces femmes avilies, numérotées, se trouvaient des danseuses. Une jeune fille avait levé la main, et dit qu’elle était "petit rat à l’Opéra de Paris". "La chef lui a dit : danse !, se souvient Marceline [Loridan-Ivens]. Et elle a dansé, dans ses haillons, dans un silence de mort. Et nous avons pleuré". » ("Le Monde" du 22 juin 1993).

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Après être retournée à Auschwitz le 22 décembre 2004 avec cinq de ses petits-enfants, présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah (de 2001 à 2007), elle a refait le déplacement pour y célébrer le soixantième anniversaire de la libération du camp le 27 janvier 2005 : « Le cœur serré par l’émotion, c’est à vous tous, ici rassemblés, que je m’adresse. Il y a soixante ans, les barrières électrifiées d’Auschwitz-Birkenau tombaient, et le monde découvrait avec stupeur le plus grand charnier de tous les temps. Plus d’un million et demi d’être humains avaient été assassinés : le plus grand nombre d’entre eux gazés dès leur arrivée, simplement parce qu’ils étaient nés juifs. (…) Venus de tous les continents, croyants et non croyants, nous appartenons tous à la même planète, à la communauté des hommes. Nous devons être vigilants, et la défendre non seulement contre les forces de la nature qui la menacent, mais encore davantage contre la folie des hommes. Nous, les derniers survivants, nous avons le droit, et même le devoir, de vous mettre en garde et de vous demander que le "plus jamais ça" de nos camarades devienne réalité. ».

Ce fut très difficile, pour elle, de témoigner à la libération des camps : « Quand nous sommes revenus, nous nous sommes heurtées à l’incrédulité ou à une curiosité presque sadique. (…) On a peur que les gens ne soient pas assez attentifs, et peur de ne pas le supporter. On a raison, même maintenant, ils ne peuvent pas entendre. » ("Le Monde" du 22 juin 1993). Elle parla publiquement des camps et de la déportation de sa famille dans un documentaire télévisé diffusé sur TF1 le 22 septembre 1976.


2. Simone Veil et sa famille

Elle a perdu ses parents et son frère dans les camps d’extermination. À la fois épouse et mère, Simone Veil était très attachée à sa famille. Son mari Antoine, fils d’un industriel lorrain, qu’elle a rencontré en octobre 1945 comme condisciple à Science Po, puis qu’elle a épousé à 19 ans le 26 octobre 1946, a joué un rôle politique essentiel dans son action publique.

Antoine Veil, qui avait commencé sa carrière de haut fonctionnaire comme collaborateur parlementaire de l’ancien Ministre de la Justice démocrate-chrétien Pierre-Henri Teitgen, aurait rêvé d’être ministre mais il s’effaça derrière son épouse, car, selon une belle-fille : « Il est tellement orgueilleux d’elle… ».

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Malgré ses activités très soutenues, Simone Veil n’a jamais voulu rater un déjeuner familial le samedi : « Elle dit toujours qu’il faut laisser l’enfance aux enfants. Elle a une tendresse immense pour cette période de la vie. Peut-être parce qu’elle-même en a été dépossédée de façon brutale. ».


3. Simone Veil et la justice

Après une licence de droit et l’IEP Paris, Simone Veil a voulu devenir avocate mais Antoine avait beaucoup de réticence (dans le cadre d’un schéma sexiste de la famille). Finalement, elle est devenue magistrate. Elle fut reçue au concours de la magistrature en 1956 après deux ans de stage au parquet, et fut affectée à la direction de l’administration pénitentiaire. Elle profitait de déplacements pour ses vacances pour visiter les prisons qui étaient sur le chemin.

Le Ministre de la Justice Edmond Michelet lui demanda d’inspecter les prisons à Alger pendant la guerre d’Algérie. Elle a sauvé ainsi de nombreuses femmes prisonnières algériennes, qui avaient subi des viols et des tortures, et d’autres prisonniers, dont la condamnation à mort avait été "suspendue" par De Gaulle mais qui risquaient d’être assassinés par l’OAS, en les transférant en France.

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En 1964, le Ministre de la Justice Jean Foyer l’a nommée à la direction des affaires civiles, ce qui lui donnait un peu plus de temps personnel, et Simone Veil s’est occupée avec beaucoup d’enthousiasme et de rigueur d’adoption, d’exclus, etc. Jean Foyer, René Pleven et Georges Pompidou l’ont vite remarquée. Jean Foyer aurait voulu la nommer au Conseil d’État mais elle était trop jeune. En 1969, elle fut membre du cabinet du Ministre de la Justice René Pleven comme conseillère technique. En 1970, sur recommandation de Pierre Juillet que les époux Veil connaissaient depuis 1948, elle fut nommée secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature, première femme nommée à ce poste très important dans la hiérarchie judiciaire. Parallèlement, elle représenta la chancellerie dans différents organismes dont l’ORTF en 1971.

Elle était si "connue" dans le tout-Paris au début des années 1970 que lorsque le magazine féminin "Marie-Claire", en février 1973, a voulu imaginer un gouvernement composé uniquement de femmes, on avait pensé à Simone Veil pour la mettre comme…Premier Ministre (avec des ministres comme Marie-France Garaud, Ménie Grégoire, Gilberte Beaux, etc.).


4. Simone Veil hors de l’esprit partisan

Après avoir voté pour Jean Lecanuet à l’élection présidentielle du 5 décembre 1965 et pour Jacques Chaban-Delmas du 5 mai 1974 (probablement François Mitterrand au second tour le 19 mai 1974), Simone Veil fut recommandée au nouveau Premier Ministre Jacques Chirac par Marie-France Garaud, pour occuper le Ministère de la Santé. Au départ, Valéry Giscard d’Estaing ne voulait pas d’elle et avait réservé le portefeuille à une élue lorraine proche de JJSS.

La célébrité de Simone Veil est donc venue principalement de sa nomination comme Ministre de la Santé, du 28 mai 1974 au 4 juillet 1979, par le Président Valéry Giscard d’Estaing. Elle aurait préféré le Ministère de la Justice et dès juin 1974, l’Élysée l’a chargée en plus d’une mission très sensible : faire adopter la loi qui autorise l’IVG (loi n°75-17 du 17 janvier 1975).

Lors de sa conférence de presse du 13 novembre 1974, elle résuma la philosophie de cette loi : « L’interruption volontaire de grossesse est un ultime recours. Ce n’est pas une règle morale, mais une solution plus humaine à celles qui vivent ce drame dans l’angoisse et la solitude. ». Quand elle l’a présentée devant les députés, le 26 novembre 1974, elle précisa : « Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issues. Mais comment le tolérer sans qu’il perde ce caractère d’exception, sans que la société paraisse l’encourager ? Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme (…) : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame. C’est pourquoi le projet qui vous est présenté tient compte de la situation de fait existante, s’il admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour le contrôler et, autant que possible, en dissuader la femme. ».

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Elle a donc été naturellement le symbole d’un certain féminisme mais je pense que c’était avant tout le symbole d’un combat hors des clivages politiques traditionnels. À l’époque d’un raidissement des relations entre Est et Ouest, à l’extérieur, et du programme commun de la gauche à l’intérieur, qui empêchait les socialistes et le centre gauche de soutenir des initiatives de centre droit, ce fut un exploit de dépasser les clivages traditionnels : car la majorité parlementaire dominée par l’UDR était plutôt hostile à ce projet de loi et ce dernier n’a pu être adopté qu’avec le soutien des députés de l’opposition de gauche !

Au Ministère de la Santé, elle ne s’est pas contentée de la loi sur l’IVG : elle a fait progresser la lutte contre le tabagisme, a légiféré sur les dons d’organes, a réformé les études de médecine, a cherché à humaniser les hôpitaux, etc.

Dans le prochain article, j’évoquerai Simone Veil l’Européenne.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 juillet 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"La femme préférée des Français" par Annick Cojean et Agathe Logeart ("Le Monde" du 22 juin 1993).
Simone Veil, un destin français.
L’hommage de la République à Simone Veil.
Discours d’Emmanuel Macron en hommage à Simone Veil le 5 juillet 2017 aux Invalides (texte intégral).
Discours de Jean Veil et Pierre-François en hommage à leur mère Simone Veil le 5 juillet 2017 aux Invalides (texte intégral).
Simone Veil, une Européenne inclassable.
Simone Veil académicienne.
Discours de réception de Simone Veil à l’Académie française (18 mars 2010).
Discrimination : rien à changer.
Rapport du Comité Veil du 19 décembre 2008 (à télécharger).
Antoine Veil.
Bernard Stasi.
Bernard Stasi et Antoine Veil.
Denise Vernay.
Ne pas confondre avec Simone Weil.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170713-simone-veil.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-sept-vies-de-simone-veil-1-2-195018

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/07/13/35451561.html


 

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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 05:35

« C’est la France et l’Europe tout entière qui sont là témoignant de vos combats. Et au moment où vous nous quittez, je vous prie, Madame, de recevoir l’immense remerciement du peuple français à l’un de ses enfants tant aimés, dont l’exemple, lui, ne nous quittera pas. C’est pourquoi j’ai décidé, en accord avec la famille, que Simone Veil reposerait avec son époux au Panthéon. » (Emmanuel Macron, le 5 juillet 2017 aux Invalides, à Paris).


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Pierre-François Veil, le troisième fils de Simone Veil, a raconté avec émotion que le dernier mot de sa mère avant de mourir fut "merci" (« prononcé faiblement mais si distinctement, avant de retrouver papa pour toujours »). C’était bien normal qu’en réponse, les Français, par la voix de son premier représentant, l’ait remerciée à leur tour, pour avoir consacré sa vie à faire progresser la paix après tant de douleurs.

Après un début de polémique sur la panthéonisation, le Président Emmanuel Macron a su trouver le moyen d’apaiser tout le monde : il était hors de question de séparer dans la mort les époux Antoine et Simone Veil, tant ils étaient unis pendant soixante-sept ans. Antoine Veil a rencontré Simone Jacob en octobre 1945, juste après la guerre, ils se sont mariés quelques mois plus tard et jamais l’un ne pouvait "fonctionner" sans l’autre.

Le politique, l’intellectuel même, c’était Antoine Veil. Devant sa femme, ce qu’elle a fait, ce qu’elle est devenue aux yeux des Français, il avait à la fois de l’admiration mais aussi, sans doute, une petite amertume pour ne pas dire un peu de jalousie (le mot est sans doute trop fort), car c’était lui qui s’imaginait faire de la politique, c’était lui qui s’imaginait ministre après avoir côtoyé quelques cabinets. Il s’est effacé dès lors que Simone Veil avait été choisie ministre par Valéry Giscard d’Estaing.

Initiateur du Club Vauban qui est un réseau de centre gauche pour permettre le dialogue politique malgré le clivage gauche/droite (qui faisait "cohabiter" Bernard Stasi, Michel Rocard, etc.), Antoine Veil aurait pu être l’inspirateur d’Emmanuel Macron dans sa volonté de rassembler les Français et de droite et de gauche.

C’est donc sans doute juste qu’il soit, lui aussi, honoré au Panthéon, et pas seulement comme "mari de". D’ailleurs, quand les journalistes lui disaient : vous êtes le mari de Simone Veil, il rectifiait immédiatement : non, elle est la femme d’Antoine Veil. Il sera quand même le premier homme à entrer au Panthéon parce qu’il est le mari de sa femme.

Rappelons-nous qui était la première femme à être entrée au Panthéon : Sophie Berthelot, qui n’a pas laissé un souvenir impérissable pour la simple raison qu’elle était la femme du fameux chimiste Marcellin Berthelot et comme ils sont morts à quelques minutes d’intervalle le 18 mars 1907, et que Sophie Berthelot avait assisté son mari au cours de ses nombreux travaux de recherche, la République l’a donc aussi honorée « en hommage à sa vertu conjugale ».

Aristide Briand l’a ainsi saluée : « Madame Berthelot avait toutes les qualités rares qui permettent à une femme belle, gracieuse, douce, aimable et cultivée d’être associée aux préoccupations, aux rêves et aux travaux d’un homme de génie. Elle vécut avec Berthelot dans une communauté de sentiments et de pensées qui les groupa en un couple parfait où n’auraient tressailli qu’un même cœur et brillé qu’un seul esprit. ». Une parole qui pourrait aussi caractériser les époux Veil, même si la République a su être, bien plus tard, un peu moins "machiste" (la femme est belle, l’homme travaille) en honorant trois autres femmes, Marie Curie, accompagnée elle aussi de son mari Pierre Curie, Geneviève Anthonioz-De Gaulle et Germaine Tillion.

En attendant le Panthéon, la République a rendu un hommage national à Simone Veil ce mercredi 5 juillet 2017 à 10 heures dans la cour d’honneur des Invalides à Paris, en présence de la famille, du Président de la République Emmanuel Macron, du Premier Ministre Édouard Philippe, du Président du Sénat Gérard Larcher, du Président de l’Assemblée Nationale François de Rugy, des membres du gouvernement (dont Gérard Collomb), des anciens Présidents de la République Nicolas Sarkozy et François Hollande, des anciens Premiers Ministres Manuel Valls, Édith Cresson, Dominique de Villepin, Lionel Jospin, Bernard Cazeneuve, François Fillon, Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé, des Premiers Ministres européens Xavier Bettel (Luxembourg), Charles Michel (Belgique), Boïko Borissov (Bulgarie), de la maire de Paris Anne Hidalgo, de la présidente du conseil régional d’Île-de-France Valérie Pécresse, des anciens ministres Dominique Strauss-Kahn, Nathalie Kosciusko-Morizet, Rachida Dati, Ségolène Royal, Marisol Touraine, François Baroin, Robert Badinter, Jean-Louis Borloo, Michèle Alliot-Marie, Renaud Donnadieu de Vavres, Roselyne Bachelot, Arnaud Montebourg, et aussi des académiciens et d'autres personnalités comme Marceline Loridan-Ivens, Alain Delon, etc.

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Deux anciens Présidents de la République pour qui Simone Veil comptait beaucoup, Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac, étaient absents en raison de leur santé (ils étaient absents aussi à l’hommage rendu à Helmut Kohl à Strasbourg le 1er juillet 2017). Jacques Chirac fut représenté par sa femme Bernadette et sa fille Claude. Marine Le Pen fut également absente…

Le cercueil recouvert d’un drapeau tricolore et porté par les gardes républicaines est arrivée dans la cour d’honneur à partir du péristyle de la cathédrale Saint-Louis des Invalides au son de la "Marche funèbre" de Chopin. Les deux fils de Simone Veil et le Président de la République ont ensuite prononcé des discours d’hommage, avant l’inhumation aux côtés d’Antoine Veil au cimetière du Montparnasse par le grand-rabbin Haïm Korsia. Bien qu’elle ne fût pas croyante, Simone Veil a voulu que le kaddish fût prononcé à cette occasion.

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Le discours des deux enfants de Simone Veil furent très émouvants et pleins de pudeur.

Jean Veil (69 ans), qui fut l’avocat de Jacques Chirac, de Dominique Strauss-Kahn et de Jérôme Cahuzac, et qui a présidé le club "Le Siècle" de 2014 à 2016, a rappelé ce qui a marqué à vie sa mère, Auschwitz : «  Avant l’âge de 10 ans, je connaissais le nom d’Auschwitz. ». Jean Veil a raconté qu’un jour, enfant, il était rentré de l’école, effondre en pleurs, en demandant à sa mère s’ils étaient des protestants. Il venait d’apprendre le massacre de la Saint-Barthélemy. Elle lui a dit : non, mais… et lui a raconté Auschwitz. Plusieurs fois, le fils lui a demandé pourquoi il n’avait pas de grands-parents et elle lui a répondu toujours avec plus de détails. Elle est d’ailleurs revenue sur les lieux de l’horreur pour montrer l’abominable à ses enfants, leur faire voir.

En reprenant les mots de son père, il a décrit sa mère ainsi : « Maman, ta beauté se doublait d’une extrême réserve de comportement (…). Tes yeux pers dans un visage éclairé reflétaient le vécu d’une tragédie indélébile. ».

Jean Veil a en effet expliqué que cette tragédie faisait qu’elle s’était éloignée de toute familiarité et de toute promiscuité, et son mari Antoine était même agacé quand, se promenant dans la rue, sa femme se faisait aborder par des passants admiratifs qui se permettaient de l’appeler "Simone".

Jean Veil a également rappelé le caractère très orageux de sa mère dont les colères étaient célèbres (comme celles de Philippe Séguin) : « Je te pardonne d’avoir versé sur ma tête l’eau de la carafe alors que nous étions à table, sous prétexte de propos que tu jugeais misogynes. ».

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Pierre-François Veil (63 ans), avocat aussi, a aussi rendu un émouvant hommage à sa mère : « Nous avions fini par te croire vraiment immortelle. Finalement, le temps est venu pour toi aussi de te retirer avec ton calme, ta douceur et ta politesse, presque sur la pointe des pieds. ». Et il a ajouté : « Cet hommage est ton ultime victoire sur les camps. ».

Immortelle, elle l’avait été effectivement par son élection à l’Académie française, qu’elle avait prise avec beaucoup d’humilité le 18 mars 2010 : « N’ayant moi-même aucune prétention littéraire, tout en considérant que la langue française demeure le pilier majeur de notre identité, je demeure surprise et émerveillée que vous m’ayez conviée à partager votre combat. ».

L'académicien Jean d’Ormesson lui avait donné l’explication de cet accueil : « Vous avez des convictions, mais elles ne sont jamais partisanes. Vous les défendez avec force. Mais vous êtes loyale envers vos adversaires, comme vous êtes loyale envers vos amis. Vous êtes un modèle d’indépendance. Plus d’une fois, vous trouvez le courage de vous opposer à ceux qui vous sont proches et de prendre, parce que vous pensez qu’ils n’ont pas toujours tort, le parti de ceux qui sont plus éloignés de vous. C’est aussi pour cette raison que les Français vous aiment. ». Une description très …macronienne de l’engagement politique.

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Revenons à l’hommage aux Invalides. Emmanuel Macron a pris ensuite la parole, lui dont c’était le premier hommage aux Invalides (on se souvient que François Hollande en a fait des dizaines et s’était transformé en une sorte de prêtre ennuyeux officiant pour les enterrements). Emmanuel Macron a eu des mots justes, lui aussi beaucoup de réserve, de subtilité (ne cherchant pas à faire de la récupération politique comme son prédécesseur direct).

Il a rappelé les tragédies qu’a vécues Simone Veil, et pas seulement à Auschwitz : « Jamais nous ne pourrons mesurer les souffrances, si profondes, si violentes, de celles qui brisent une âme, qu’il s’agisse de la noire expérience des camps de la mort où moururent sa mère bien-aimée Yvonne, son père André, son frère Jean : plus tard du décès accidentel de sa sœur Madeleine, compagne de déportation, et de son neveu Luc : de la mort trop précoce de son fils Claude-Nicolas ; enfin, de la disparition d’Antoine, si présent aujourd’hui dans nos pensées, dans notre cœur, Antoine l’indispensable, Antoine toujours bouillonnant d’idées et d’histoires, si gai et au fond si solide. ». Et il faut rajouter aussi sa sœur Denise.

Elle avait la marque de la grandeur : « À ce mystère d’existence, de caractère, à ce mystère qui défie la raison commune et nous inspire tant de respect et de fascination, nous donnons en France un nom, bien ancré dans notre génie national. Ce nom, c’est la grandeur. Cette grandeur est celle des combats qu’elle livra les uns après les autres, parfois les uns en même temps que les autres, car ce ne furent ni plus ni moins que les combats du siècle. ».

Parmi ces combats, l’Europe : « Un de ses proches m’a fait cette confidence : jamais il n’entendit Simone Veil prononcer sur l’Allemagne et les Allemands la moindre parole amère ou blessante. Elle aima l’Europe, elle la défendit toujours. Dans les moments où le pays pouvait douter, ou d’autres la critiquaient, elle était là. Parce qu’elle savait qu’au cœur de ce rêve européen, il y a avant tout ce rêve de paix et de liberté pour lequel elle s’est tant battue. ».

Emmanuel Macron n’a pas oublié la haine qu’elle pouvait (encore) inspirer, notamment des rangs de l’extrême droite : « Le salaire de son courage, ce fut souvent la haine venimeuse des uns, les injures exécrables des autres. De cela, elle fut blessée, mais jamais abattue. Elle tenait tête, car elle savait la solitude des pionniers, le sort cruel qu’on réserve à ceux qui bousculent l’ordre établi et dérangent l’assoupissement général. La victoire était à ce prix, car la victoire, en vérité, n’avait pas de prix. ».

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Et de se poser la question : « Mais d’où lui venait cette force ? (…) Je crois, pour ma part, que le secret s’en trouve dans son expérience si précoce et si radicale de l’arbitraire et du Mal. De cela, elle tira presque aussitôt une morale de vie inaltérable. La souffrance ne donne qu’un droit : celui de défendre le droit de l’autre. Tel était son absolu, né de sa douleur intime ineffaçable : aider, protéger l’autre, en particulier les plus faibles. (…) Elle eut souvent la dent dure avec les plus puissants. Mais elle fut toujours tendre avec les faibles. ».

Emmanuel Macron a aussi insisté sur la permanence de ses combats : « Les combats de Simone Veil ne sont pas des victoires acquises pour toujours, ce qui les a fait naître ressurgit sans cesse, ici ou ailleurs, aujourd’hui malheureusement dans trop d’endroits en Europe et au cœur de nos sociétés. Intolérance, sectarisme, haine fanatique ou doctrinaire, extrémisme avançant sous le masque d’un populisme débonnaire, compromissions de toutes sortes avec ce qui piétine notre humanité restent des braises ardentes prêtes à rallumer les pires embrasements. ».

Et enfin sur son humanité : « La détermination inexorable de Simone Veil à faire prévaloir en tout l’humain, est ici notre cap. Son humanité, du reste, n’était pas réservée à la sphère publique. Elle irriguait son intimité à l’égard de son époux, de ses fils, de ses petits-enfants  et arrière-petits-enfants. ».

La France des territoires n'a pas attendu sa mort pour honorer de son nom des dizaines d'écoles, de collèges, de lycées, d'hôpitaux, de facultés de médecine, de médiathèques, de rues, de boulevards, et même une promotion de l'ENA (2006).

On pourra toujours critiquer la vanité qu’un État a de vouloir absolument gratifier certains de ces citoyens par des honneurs très arbitraires, comme l’est le transfert au Panthéon, surtout décidé si rapidement, cette autre forme de béatification (honneurs aux Invalides) et de canonisation (panthéonisation). Mais s’il devait y avoir une personnalité contemporaine à honorer en France, ce serait bien elle. Merci à elle et à sa vigueur d’avoir su contribuer à maintenir ou à replacer la République français dans sa transcendance historique et philosophique.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 juillet 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Simone Veil, un destin français.
L’hommage de la République à Simone Veil.
Discours d’Emmanuel Macron en hommage à Simone Veil le 5 juillet 2017 aux Invalides (texte intégral).
Discours de Jean Veil et Pierre-François en hommage à leur mère Simone Veil le 5 juillet 2017 aux Invalides (texte intégral).
Simone Veil, une Européenne inclassable.
Simone Veil académicienne.
Discours de réception de Simone Veil à l’Académie française (18 mars 2010).
Discrimination : rien à changer.
Rapport du Comité Veil du 19 décembre 2008 (à télécharger).
Antoine Veil.
Bernard Stasi.
Bernard Stasi et Antoine Veil.
Denise Vernay.
Ne pas confondre avec Simone Weil.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170705-simone-veil.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/simone-veil-entre-dans-la-legende-194830

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/07/06/35451538.html


 

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 12:19

(verbatim)


Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170705-simone-veil.html


Discours du Président Emmanuel Macron en hommage à Simone Veil le 5 juillet 2017 aux Invalides à Paris

Cher Jean, cher Pierre-François, chers membres de la famille VEIL,

Messieurs les présidents,
Mesdames et messieurs les chefs de gouvernement,
Mesdames et messieurs en vos grades et qualités,

Votre nombre, vos qualités, votre présence, la présence de tant et tant de nos concitoyens qui sont là parmi nous, sont les témoignages vivants de l’importance de cet instant.

Au moment de rendre à Simone VEIL l’hommage de la nation, après les témoignages si puissants et poignants de ses deux fils, suspendons un instant le fil obligé des discours officiels et contemplons cette vie ? car elle ne cesse décidément de nous étonner.

Jamais nous n’en pourrons mesurer les souffrances ? si profondes, si violentes, de celles qui brisent une âme - qu’il s’agisse de la noire expérience des camps de la mort où moururent sa mère bien-aimée Yvonne, son père André, son frère Jean ; plus tard du décès accidentel de sa sœur Madeleine, compagne de déportation, et de son neveu Luc : de la mort trop précoce de son fils Claude-Nicolas ; enfin de la disparition d’Antoine, si présent aujourd'hui dans nos pensées, dans notre cœur, Antoine l’indispensable, Antoine toujours bouillonnant d’idées et d’histoires, si gai et au fond si solide.

Mais jamais non plus de cette vie nous pourrons peser exactement l’invincible ardeur, l’élan profond vers ce qui est juste et bien, et l’énergie inlassable à le faire triompher. Oui, cette vie de femme offre à notre regard des abîmes dont elle aurait dû ne pas revenir et des victoires éclatantes qu’aucune autre qu’elle n’aurait su remporter.

A ce mystère d’existence, de caractère, à ce mystère qui défie la raison commune et nous inspire tant de respect et de fascination, nous donnons en France un nom, bien ancré dans notre génie national. Ce nom c’est la grandeur. Cette grandeur est celle des combats qu’elle livra les uns après les autres, parfois les uns en même temps que les autres car ce ne furent ni plus ni moins que les combats du siècle.

Son engagement pour transférer en France sous statut de réfugiées politiques ces femmes qui subissaient dans les geôles françaises en Algérie le viol, la faim, les coups, fut d’une lucidité implacable, généreuse, qui aujourd'hui encore nous stupéfie. Sa bataille pour que cessent les conditions sordides et meurtrières dans lesquelles se déroulaient les avortements, mais aussi contre l’hypocrisie sociale qui les favorisaient fait partie pleinement de l’histoire de notre modernité.

Son combat pour l’Europe ne datait pas de son élection comme députée au Parlement européen, puis comme première Présidente de celui-ci. Il remontait plus loin, dans l’intimité même de son existence. Il datait de 1945. Les plaies de la déportation n’étaient pas refermées mais cela ne l’empêchait pas de vouloir renouer avec l’Allemagne.

Un de ses proches m’a fait cette confidence : jamais il n’entendit Simone VEIL prononcer sur l’Allemagne et les Allemands la moindre parole amère ou blessante. Elle aima l’Europe, elle la défendit toujours. Dans les moments où le pays pouvait douter, ou d’autres la critiquait, elle était là. Parce qu’elle savait qu’au cœur de ce rêve européen, il y avait avant tout ce rêve de paix et de liberté pour lequel elle s’est tant battue.

Elle ne fit pourtant pas de l’oubli et encore moins du pardon aux bourreaux la condition de cette réconciliation. Bien au contraire. Parce qu’elle tenait que la mémoire est là pour que l’inconcevable ne se reproduise pas, et non pour amoindrir l’horreur. Je vois ici, dans cette cour, tant et tant de compagnons de ses combats menés durant tant d’années alors que trop nombreux étaient ceux qui étaient prêts à ne rien dire. Comme présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, elle observa cette ligne d’une exigence totale. Ne rien céder à l’oubli, redonner corps à toute trace, redonner des visages et des noms et réconcilier.

D’autres combats – ils sont si nombreux – nous reviennent à l’esprit comme celui pour la ratification de la déclaration universelle des droits de l’homme à la tribune des Nations Unies, celui de la protection sociale, ses combats de ministre aux côtés de Valéry GISCARD D'ESTAING, Jacques CHIRAC, François MITTERRAND et Edouard BALLADUR, celui des droits de l’homme en Yougoslavie et partout, toujours, sa lutte pour les femmes, son engagement contre le racisme, contre l’antisémitisme. Les temps, hélas, lui fournirent bien des raisons de s’engager avec force.

Mais il y a plus encore. Ces combats, elle les mena bien souvent avant que la société et les mœurs ne les aient faits leurs, avant que la majorité ne les ait adoptés. Elle eut raison bien souvent avant l’opinion commune et souvent contre elle. Simone VEIL fut cet éclaireur de la République qui monte seul à l’assaut de Bastille réputées imprenables et qui, pourtant, les prend, pour ensuite nous les offrir en partage, à nous qui n’avions pas cru que cela serait possible, ou qui par indifférence parfois avions permis que le scandale prospère.

Aujourd’hui, la République s’enorgueillit d’avoir livré ces combats. Mais avons-nous toujours été justes avec cette Juste ? Le salaire de son courage, ce fut souvent la haine venimeuse des uns, les injures exécrables des autres. De cela elle fut blessée, mais jamais abattue. Elle tenait tête, car elle savait la solitude des pionniers, le sort cruel qu’on réserve à ceux qui bousculent l’ordre établi et dérangent l’assoupissement général. La victoire était à ce prix car la victoire, en vérité, n’avait pas de prix.

La liberté aussi était à ce prix et Simone VEIL l’avait résolument choisie. Elle sut se tenir aux marges, dans cette insoumission intraitable et vigilante qui, lorsqu’elle se met en action, obtient les plus belles conquêtes et change ce qui se croyait établi pour toujours. Mais d’où lui venait cette force, cette volonté toujours de se battre pour des causes justes ? Quelle fut cette boussole intérieure qui toujours lui indiquait le chemin vrai ? Comment se fait-il que jamais elle ne se trompa de combat ?

A cela, chacun apportera sa réponse selon ce qu’il eut à connaître d’elle. Je crois, pour ma part, que le secret s’en trouve dans son expérience si précoce et si radicale de l’arbitraire et du Mal.

De cela, elle tira presque aussitôt une morale de vie inaltérable. La souffrance ne donne qu’un droit : celui de défendre le droit de l’autre. Tel était son absolu, né de sa douleur intime ineffaçable : aider, protéger l’autre, en particulier les plus faibles.

Nous le savons elle eut souvent la dent dure avec les plus puissants. Mais elle fut toujours tendre avec les faibles. Elle ne défendit pas les femmes parce qu’elles étaient femmes, mais parce qu’elles étaient humiliées par la puissance des hommes.

Combien il reste à faire à cet égard comme à tant d’autres ! Comme nous avons encore besoin de cette capacité de colère et d’action qui jusqu’au bout l’animèrent !

Car, ne nous y trompons pas, les combats de Simone VEIL ne sont pas des victoires acquises pour toujours, ce qui les a fait naitre ressurgit sans cesse, ici ou ailleurs, aujourd’hui malheureusement dans trop d’endroits en Europe et au cœur de nos sociétés.

Intolérance, sectarisme, haine fanatique ou doctrinaire, extrémismes avançant sous le masque d’un populisme débonnaire, compromissions de toutes sortes avec ce qui piétine notre humanité restent des braises ardentes prêtes à rallumer les pires embrasements.

La détermination inexorable de Simone VEIL à faire prévaloir en tout l’humain, est ici notre cap.

Son humanité, du reste, n’était pas réservée à la sphère publique. Elle irriguait son intimité à l’égard de son époux, de ses fils, de ses petits-enfants et arrière-petits-enfants.

Aux lettres si nombreuses qu’elle recevait où des correspondants lointains exprimaient leur détresse ou leur solitude, elle répondait avec attention. Parfois, dit-on, cela irritait un peu Antoine. Elle employait pour cela une langue française de grande élégance que nourrissait sa vive passion pour la littérature française, ce goût inculqué dès l’enfance par son père. Il eût été si fier de voir sa fille accueillie à l’Académie Française.

Lorsqu’une vie se consacre à la justice, et singulièrement à la justice pour les plus faibles, les plus exposés, les plus humiliés ; lorsque cette vie est nourrie par une bienveillance sans partage à l’égard de cette humanité dont pourtant elle a vu la face la plus hideuse ; et lorsque cette vie choisit de se construire sous l’égide de la République, c’est la France qui en est grandie.

Vous avez, Madame, prodigué à notre vieille Nation des dons qui l’ont faite meilleure et plus belle. Vous avez jeté dans nos vies cette lumière qui était en vous et que rien ni personne n’a pu jamais vous ôter. Les Français l’ont su, l’ont compris. Votre grandeur fit la nôtre.

Aussi, ce n’est pas seulement l’hommage de la Nation qu’en ce jour endeuillé nous vous présentons. C’est la France et l’Europe tout entière qui sont là témoignant de vos combats.

Et au moment où vous nous quittez, je vous prie, Madame, de recevoir l’immense remerciement du peuple français à l’un de ses enfants tant aimés, dont l’exemple, lui, ne nous quittera jamais.

C’est pourquoi j’ai décidé, en accord avec sa famille, que Simone VEIL reposerait avec son époux au Panthéon.

Emmanuel Macron, à Paris le 5 juillet 2017

Source : elysee.fr

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170705-discours-macron-veil.html



 

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1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 02:54

« Votre sourire nous manquera. » (Valéry Giscard d’Estaing, le 4 juillet 1979).


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Comme de nombreux compatriotes, j’ai ressenti beaucoup d’émotion en fin de matinée lorsque la nouvelle a été diffusée. Simone Veil s’est éteinte ce vendredi 30 juin 2017 à Paris. Elle allait atteindre ses 90 ans le 13 juillet prochain. Très affaiblie depuis quelques années, elle avait quitté la "scène publique" en 2013, année doublement terrible de la disparition de son mari Antoine Veil (le 12 avril 2013) et de sa sœur Denise (le 6 mars 2013).

Je suis surpris et ému par le concert de louanges de la classe politique, de toute la classe politique, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, pour cette dame exceptionnelle qui n’a jamais vraiment fait de la politique mais a toujours poussé ses valeurs à leur réalité politique. Je n’exclus pas l’hypocrisie pour une femme toujours très populaire dans le cœur des Français, mais c’est justement réservé aux personnes exceptionnelles, de vouloir s’en approprier une part, quelles qu’en soient les motivations, et chez Simone Veil, il y a eu tellement de facettes qu’elle peut en effet faire converger bien des trajectoires.

Elle était une femme pas très "commode", capable de grosses colères, et très impressionnante. Elle était très populaire, très aimée des Français, mais la classe politique la craignait ou la méprisait. C’était la "bête noire" des militants du FN, au même titre que Bernard Stasi (un de ses grands amis) ou encore (aujourd’hui), Nathalie Kosciusko-Morizet.

Parmi les personnalités politiques qui ont marqué son parcours, Valéry Giscard d’Estaing, bien sûr, qui voulait nommer au gouvernement en 1974 des femmes de la "société civile", plutôt jeunes, pour féminiser la vie politique particulièrement machiste à l’époque (d’autres femmes ont été nommées comme Monique Pelletier et Françoise Giroud), Jacques Chirac qui l’a toujours soutenue pour la loi sur l’IVG alors qu’il était réticent sur le sujet, Raymond Barre qui voyait en elle une femme forte sur les principes et sur les valeurs, comme lui, Michel Rocard, dont elle était une amie très proche, Édouard Balladur, qui a su la faire revenir au pouvoir en 1993 comme numéro deux du gouvernement (Ministre d’État), Nicolas Sarkozy, qui, malgré ses propos parfois extrémistes, a toujours su la faire rire, et enfin Jean d’Ormesson, qui l’a accueillie à l’Académie française, elle qui n’a jamais eu de prétention littéraire, mais c’était le cas aussi du commandant Cousteau et de bien d’autres, l’Académie française a toujours voulu coopter des personnalités riches en talents et en valeurs.

Revenons rapidement sur Nicolas Sarkozy car cela pouvait surprendre. Si Simone Veil a soutenu dès le premier tour de l’élection présidentielle du 22 avril 2007 la candidature de Nicolas Sarkozy, c’était à la fois par adhésion à la personnalité du candidat et par rejet de la candidature de François Bayrou qu’elle détestait depuis son échec électoral du 18 juin 1989. Elle s’en est expliqué le 8 mars 2007 : « Nicolas est gentil. Il peut être brutal dans son expression, mais les gens ont tort de douter de son humanité. C’est un ami fidèle. Pour moi, c’est important. Quand on choisit un Président, on a envie de quelqu’un qui ait ces qualités-là. Ce n’est pas toujours le cas. ». Lors de l’investiture de Nicolas Sarkozy le 16 mai 2007, elle fut invitée au Palais de l’Élysée et reçut les honneurs un peu comme Pierre Mendès France le 21 mai 1981, Pierre Mauroy le 15 mai 2012 ou encore Daniel Cordier le 14 mai 2017.

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J’ai eu la chance de rencontrer Simone Veil de temps en temps lors de rencontres "centristes". Je l’ai vue pour la première fois le 29 août 1988 à Loctudy, au sud de Quimper, dans le Finistère. Éric Azière, président des Jeunes démocrates sociaux, l’a accueillie en lui demandant de mener une liste centriste aux élections européennes du 18 juin 1989, juste après l’échec de Raymond Barre à l’élection présidentielle de 1988 et bien avant la "séquence" des Rénovateurs avec Philippe Séguin, Michel Noir, François Bayrou, Dominique Baudis, Bernard Bosson, François Fillon et six autres jeunes loups de l’opposition de l’époque. Elle mena la liste centriste, mais face à elle, il y a eu une liste menée par Valéry Giscard d’Estaing, Alain Juppé et François Léotard. Ce fut un échec pour elle, même si elle a pu faire élire quelques députés comme Jean-Louis Borloo, Adrien Zeller, Nicole Fontaine, Philippe Douste-Blazy et Jean-Louis Bourlanges. La dernière fois que je l’ai vue, c’était le 21 octobre 2012, à Paris, lors que la fondation de l’UDI. Elle était accompagnée de son mari Antoine et fut ovationnée très longtemps par la salle. C’était l’une de leurs dernières apparitions publiques.

Car Simone Veil, sans esprit partisan (à ma connaissance, elle n’a jamais été adhérente d’aucun parti), était très proche des centristes. Sur LCI le 30 juin 2017, Jean-Marie Cavada expliquait qu’elle était typiquement du centre droit avec une inspiration de centre gauche, en d’autres termes, elle était d’esprit "rhénan", libéral pour favoriser la prospérité économique mais social aussi redistribuer les richesses et assurer la solidarité avec les plus fragiles.

À l’origine, dans le couple, c’était le mari qui était le plus politique. Haut fonctionnaire, Antoine Veil avait créé le club Vauban qui était une émanation du centre gauche (essentiellement proche de Pierre Mendès France). Antoine Veil a finalement renoncé à toute vie politique dès lors que sa femme a été choisie par Valéry Giscard d’Estaing pour entrer au gouvernement.

Par l’entremise d’Antoine Veil, un cercle de très proches amis envisageait l’avenir politique avec les mêmes valeurs. Il y avait Simone Veil mais aussi Bernard Stasi, Robert Badinter, et surtout Michel Rocard qui était au pouvoir (à Matignon) de mai 1988 à mai 1991. Beaucoup de centristes ont été tentés de le rejoindre (certains ont même franchi le pas comme Bruno Durieux et Jean-Marie Rausch) mais c’était la création de l’UDC (l’Union du centre) comme groupe à l’Assemblée Nationale, indépendant de l’UDF et susceptible d’apporter une majorité d’idée aux gouvernements de Michel Rocard, l’un des moments forts de la recomposition voulue par ce think tank politique.

Je pense qu’il ne faut pas réduire Simone Veil à sa fameuse loi sur l’IVG. Ce n’était pas son véritable combat, c’était celui de Valéry Giscard d’Estaing même si elle l’a adopté avec enthousiasme et conviction pour plus de solidarité et d’humanité, entre femmes, entre les personnes. Comme Robert Badinter n’apprécie pas d’être réduit à l’abolition de la peine de mort, même si ce fut, pour lui, l’une de ses plus grandes fiertés. D’ailleurs, il ne faut pas imaginer Simone Veil faisant des surenchères dans le domaine sociétale. Au contraire, le 13 janvier 2013, Simone et Antoine Veil ont participé à la "Manif pour tous" à Paris.

Le combat de Simone Veil, c’était d’abord et avant tout l’Europe. La construction européenne pour la paix. La construction européenne pour la dignité humaine. Elle a fait partie des rescapés des camps d’extermination. Elle n’avait que 16 ans et arrivée à Auschwitz-Birkenau, elle aurait dû aller immédiatement dans un four crématoire si elle n’avait pas réussi à se faire passer pour une dame de plus de 18 ans. Elle en a réchappé, comme deux sœurs (dont une, plus tard, est morte jeune d’un accident de voiture), mais sa mère, son père et son frère ne sont jamais revenus des camps d’extermination. Simone Veil expliquait qu’elle était morte un peu là-bas, dans ces camps, elle y a laissé une partie de son âme, et l’autre partie, bien vivante, voulait vivre et propager cette vie et la paix, la dignité qui doivent l’accompagner.

Jean d’Ormesson raconta sa terrible adolescence le 18 mars 2010 : « Le 15 avril 1944, en pleine nuit, sous les cris des SS, les aboiements des chiens, les projecteurs aveuglants, vous débarquez sur la rampe d’accès du camp d’Auschwitz-Birkenau. Vous entrez en enfer. Vous avez 16 ans, de longs cheveux noirs, des yeux verts et vous êtes belle. (…) Vous vous retrouvez (…) dans ma bonne file (…). La nuit même de votre arrivée au camp, les kapos vous font mettre en rang et un numéro indélébile vous est tatoué sur le bras. Il remplace l’identité que vous avez perdue, chaque femme est enregistrée sous son seul numéro (…). Vous appartenez désormais, avec des millions d’autres, au monde anonyme des déportés. (…) Votre crime est d’être née dans la famille honorable et très digne qu’était la vôtre. Dans l’abîme où vous êtes tombées, dans ce cauchemar devenu réalité, il faut s’obstiner à survire. Survivre (…) est une tâche presque impossible. Le monstrueux prend des formes quotidiennes. À l’intérieur de l’industrie du massacre, les barèmes s’établissent (…). Dans ce monde de la terreur et de l’humiliation, fait pour détruire tout sentiment humain et dont le spectre ne cesse de hanter notre temps, la charité vit encore. ».

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Et de décrire aussi la libération des camps : « Les Anglais sont épouvantés du spectacle qu’ils découvrent dans les camps : des monceaux de cadavres empilés les uns sur les autres et que des squelettes vivants précipitent dans des fosses. Vous êtes accablée par la mort de votre mère et par la santé de votre sœur, qui n’a plus que la peau sur les os, qui est rongée de furoncles et qui, à son tour, a attrapé le typhus. (…) Votre famille est détruite. Vous entendez des gens s’étonner : "Tiens ! elles sont revenues ? C’est bien la preuve que ce n’était pas si terrible…". Le désespoir vous prend. En m’adressant à vous, Madame, en cette circonstance un peu solennelle, je pense avec émotion à tous ceux et à toutes celles qui ont connu l’horreur des camps de concentration et d’extermination. Leur souvenir à tous entre ici avec vous. Beaucoup ont péri comme votre père et votre mère. Ceux qui ont survécu ont éprouvé des souffrances que je me sens à peine le droit d’évoquer. (…) Il paraît, Madame, que vous avez un caractère très difficile. (…) Je pense bien. On ne sort pas de la Shoah avec le sourire aux lèvres. (…) Permettez-moi de vous le dire avec simplicité : pour quelqu’un qui a traversé vivante le feu de l’enfer et qui a été bien obligée de perdre beaucoup de ses illusions, vous me paraissez assez peu cynique, très tendre et même enjouée et très gaie. Ce qui vous a sauvé du désespoir, c’est le courage, l’intelligence, la force de caractère et d’âme. Et c’est l’amour : il succède à la haine.  » (18 mars 2010).

Avec son mari affecté à un consulat, Simone Veil a habité quelques années après la guerre …en Allemagne, à Stuttgart, ce qui montrait déjà la grande capacité de résilience malgré l’épreuve subie. Elle s’est étonnée de l’indifférence de son témoignage sur la Shoah et quelques décennies plus tard, elle avait protesté contre la première diffusion à la télévision du film "Le chagrin et la pitié" en 1971, qui est trop partial, selon elle.

Alors, Simone Veil fut un roc malgré la sensibilité naturelle qu’elle pouvait avoir. Quand, dans les années 1980, elle se faisait chahuter dans des meetings par des militants d’extrême droite, elle les nommait (devant eux) des "SS aux petits pieds" et leur a dit qu’elle a vaincu des bien plus barbares qu’eux ! Même dans la discussion parlementaire très âpre pour faire adopter la loi sur l’IVG, elle a eu à affronter un député (pourtant centriste) qui fut particulièrement odieux en comparant l’IVG à une pratique nazie (ce député, qui était très appréciable par ailleurs, ne connaissait pas l’adolescence de la ministre et quand il l’a apprise, il s’est confondu auprès d’elle en excuses sincères).

Elle aura marqué les femmes, bien sûr, pour cette loi qui lui a apporté la notoriété et surtout, la réputation de femme courageuse et endurante. Elle a quitté le gouvernement pour intégrer le nouveau Parlement Européen, l’une des grandes réformes de Valéry Giscard d’Estaing et du Chancelier allemand Helmut Schmidt, l’élection directement par les peuples européens des députés européens pour les représenter (avant, c’était une délégation de députés nationaux de chaque pays membre qui occupait cette fonction représentative). Et le symbole fut fort d’être élue la première Présidente du Parlement Européen démocratique.

Après son élection à l’Académie française le 20 novembre 2008 au fauteuil de Pierre Messmer, Maurice Schumann, Paul Claudel, Pierre Loti et Jean Racine, ce fut Jacques Chirac (ancien Président de la République) qui lui a remis au Sénat son épée où furent inscrits un numéro (78 651), son matricule à Auschwitz, et deux devises, la française : "liberté, égalité, fraternité" et l’européenne : "unis dans la diversité". Elle fut reçue à l’Académie par Jean d’Ormesson le 18 mars 2010 en présence de trois Présidents de la République (protecteurs de l’Académie), Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing. La République a su honorer l’une de ses enfants les plus honorables.

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Jamais une femme politique ne fut autant populaire aussi durablement pendant des décennies. Au milieu des années 1980, elle aurait pu très naturellement proposer sa candidature à l’élection présidentielle. Elle aurait certes chamboulé toutes les ambitions présidentielles …masculines déjà bien trop nombreuses, mais elle aurait eu des chances non négligeables d’être élue. Elle n’a jamais voulu tenter une telle aventure, parce qu’elle se disait que les Français n’étaient pas prêts à élire une femme Présidente de la République. Je pense que c’était une mauvaise raison, je pense plutôt qu’elle n’a jamais voulu se plier aux obligations d’un futur candidat à l’élection présidentielle, c’est-à-dire conquérir un grand parti de gouvernement et refuser toute nuance, toute subtilité, pour emporter les militants à sa cause et ensuite, avec leur aide, les électeurs.

D’ailleurs, elle n’avait pas d’implantation politique, elle n’est allée devant le suffrage (national) que trois fois, en juin 1979 (soutenue par Valéry Giscard d’Estaing), en juin 1984 (soutenue par Jacques Chirac) et en juin 1989 (seule avec les centristes). Seule, elle ne dépassait pas les 10%, en grande alliance, elle a pu atteindre 43%, un score très enviable aujourd’hui ?

Ce n’est pas peu dire que l’élection du Président Emmanuel Macron était l’un des rêves du couple Veil, celui de réunir le centre gauche et le centre droit dans un désir d’agir selon la raison et les valeurs et pas selon des idéologies et des dogmes, un horizon que n’a pas pu voir Antoine Veil, parti trop vite, et que Simone Veil a vu de très loin, parce que sa santé défaillante l’empêchait de s’intéresser à la vie politique de ces dernières années.

Je reviendrai certainement sur sa trajectoire politique hors du commun et au-delà de la grande émotion à la nouvelle de sa disparition, je suis très ému de m’apercevoir que Simone Veil fait consensus encore après sa mort. Que cette grande unité nationale qui entoure cette forte émotion nationale devant l’une des personnalités politiques les plus marquantes de ce dernier demi-siècle puisse encourager la nécessaire transformation de la classe politique qui s’opère depuis quelques semaines. Certains réclament déjà sa panthéonisation, mais laissons-la reposer en paix. Aux Invalides ce mercredi 5 juillet 2017 dans l’après-midi, ce sera toute la France qui viendra s’incliner devant Simone Veil. Mes sincères condoléances à la famille et aux proches.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Simone Veil, une Européenne inclassable.
Simone Veil académicienne.
Discours de réception de Simone Veil à l’Académie française (18 mars 2010).
Discrimination : rien à changer.
Rapport du Comité Veil du 19 décembre 2008 (à télécharger).
Antoine Veil.
Bernard Stasi.
Bernard Stasi et Antoine Veil.
Denise Vernay.
Ne pas confondre avec Simone Weil.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170630-simone-veil.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/simone-veil-une-europeenne-194641

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/07/01/35435476.html


 

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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 05:43

« François Bayrou est un berger qui a trop longtemps vécu avec des moutons. » (Jean-Louis Bourlanges, "Le Monde" du 7 décembre 2009).


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Il ne sera resté que trente-cinq jours Ministre d’État, Ministre de la Justice, du Président Emmanuel Macron. François Bayrou n’a pas beaucoup de chance : il a attendu vingt ans pour capitaliser son indépendance politique, il a refusé de grands ministères, peut-être Matignon, entre 2002 et 2012, et au moment où ses idées, ses valeurs, ont conquis les plus hautes sphères de la République, au moment où il est parvenu, enfin, à créer un groupe MoDem avec 42 députés élus sous étiquette MoDem, sans alliance ni à droite ni à gauche (mais en alliance avec LREM), il doit quitter le pouvoir, à 66 ans.

Dans la famille centriste, François Bayrou a une caractéristique. Il agace souvent, il se met à dos beaucoup de monde, par sa démarche personnelle, par son aptitude à se retrouver seul politiquement, mais quand il parle, il y a un sentiment qui se dégage, la familiarité de sa voix, cette idée diffuse qu’il fait partie de la famille quand même, qu’on est dans du connu, dans l’entre-nous quand même. Une sorte d’oncle qui est un peu original, qui va dans des sentiers nouveaux, qui s’aventure dans du hors-piste.

Caliméro était d’abord considéré pour beaucoup comme un "loser". On parlait de la dégringolade de l’UDF qui avait atteint 215 députés en mars 1993, mais on oublie de rappeler que la création de l’UMP avait phagocyté quasiment tous les parlementaires de l’UDF et sans lui, il n’y aurait même plus eu d’UDF en 2002 ! Il avait obtenu près de 19% des voix le 22 avril 2007, mais il n’avait pas su les garder. Il avait tout perdu en quelques semaines, refusant toute alliance aux élections législatives. À l’époque (en juin 2007, il y a dix ans), il avait réussi à se faire réélire, ainsi que Jean Lassalle (qui l’a quitté après les élections régionales de décembre 2015, au point d’être lui-même candidat à l’élection présidentielle de 2017).

Le 13 mai 2008, dans des chroniques polémistes, le journaliste Bruno Roger-Petit, sous une plume anonyme, faisait ainsi parler François Mitterrand à propos du Béarnais : « En six mois, il a tout perdu. L’élection présidentielle, les élections législatives, son parti, ses élus, ses amis, ses fidélités… Il ne lui reste rien, hormis son parti croupion avec ce nom ridicule, le MoDem, Marielle de Sarnez, sa fidèle collaboratrice (autant dire un boulet qu’il s’est attaché au pied et qu’il va traîner longtemps), et sa persévérance. » ("François Mitterrand 2008, il revient" chez Ramsay).

Marielle de Sarnez, à 66 ans, n’a certainement jamais été un "boulet" pour François Bayrou. Au contraire, sans elle, il ne serait plus rien aujourd’hui. C’est grâce à cette indéfectible fidélité qu’il a su trouver les ressources pour durer dans un environnement politique très hostile et très isolé. Elle aussi, on lui a proposé des ponts d’or ministériels pour quitter François Bayrou. Les liens de la loyauté coûtent une fortune.

Sa fidélité est tellement solide que son destin politique s’est associé à celui du président du MoDem au point d’écourter son aventure ministérielle de la même manière : trente-cinq jours de Ministre déléguée (auprès de Jean-Yves Le Drian) chargée des Affaires européennes, l’un de ses projets clefs dans son engagement politique depuis le début des années 1970 et l’épopée giscardienne.

Voici ce que Marielle de Sarnez a déclaré le 24 juin 2017 pour exprimer sa tristesse d’avoir dû quitter le gouvernement : « Le 17 mai, j’ai été nommée au gouvernement et je l’ai accepté avec bonheur. Cette proposition m’avait été faite à deux reprises entre 2002 et 2007. Je l’avais refusée, ne me sentant pas en cohérence avec le projet présidentiel qui était alors incarné. Cette fois-ci, c’était différent. Je me sentais partie prenante de l’action à mener, si proche de l’inspiration qui guidait les pas du nouveau Président, reconnaissante de sa confiance, et heureuse d’agir à ses côtés pour réconcilier les Français avec l’idéal européen. Ces dernières semaines auraient dû être les plus belles de ma vie politique. Elles ont été les plus tristes. Pour (...) tous ceux qui n’avaient jamais imaginé (...) qu’un tel déferlement de malveillance puisse même exister. Je me suis sentie meurtrie, abîmée. (...) Et ces jours ont été bien tristes aussi pour François Bayrou. Toute une vie consacrée à élever toujours le débat, à croire au meilleur des hommes et au meilleur de la démocratie, fracassée d’un seul coup. Mais j’ai confiance. Cet incroyable emballement médiatique finira par laisser place au discernement. » (Facebook).

Finalement, Marielle de Sarnez, élue députée de Paris le 18 juin 2017, a choisi le 25 juin 2017 de ne pas présider le groupe MoDem à l’Assemblée Nationale alors que le 24 juin 2017, Richard Ferrand a été élu président du groupe des 308 députés LREM.

Eh oui, Monsieur Propre de la politique française a été victime d’un rafraîchissement judiciaire. François Bayrou a dû quitter Place Vendôme pour la même raison qu’il y est entré : pour des raisons de moralisation de la vie politique. Le Schtroumpf à lunettes centriste avait pourtant porté très haut cette exigence de la probité et de l’honnêteté en politique. Il avait définitivement renoncé à soutenir la candidature de François Fillon à partir du moment où ce dernier était "enlisé" dans les affaires fin janvier 2017. Quand il a rejoint la candidature d’Emmanuel Macron le 22 février 2017, il avait mis comme condition la mise en œuvre rapide d’une loi sur la moralisation de la vie politique (Emmanuel Macron lui a immédiatement dit "tope-là !").

Deux jours après sa nomination comme Garde des Sceaux, on apprenait qu’il serait convoqué le 10 janvier 2019 dans un procès pour lequel il était déjà mis en examen pour une obscure affaire de diffamation. Rien à voir avec la probité, mais déjà, cela ne faisait plus très sérieux d’imposer la règle de renvoyer les ministres mis en examen et que le Ministre de la Justice lui-même était déjà mis en examen. Pas plus sérieux, en tout cas, que de proclamer sur TF1 le 26 janvier 2017 que si l’on était mis en examen, naturellement on renoncerait à sa candidature à l’élection présidentielle, et que finalement, le 1er mars 2017, on déciderait malgré tout de s’obstiner à rester candidat, en dépit d’une mise en examen programmée.

Politiquement, ce n’est pas cette affaire de diffamation qui l’a handicapé, mais l’affaire dite des assistants parlementaires du MoDem au Parlement Européen, pour laquelle une enquête préliminaire a été ouverte le 22 mars 2017 (et rendue publique par "Le Parisien" du 30 mai 2017). Autant dire que, comme pour Richard Ferrand, comme pour le FN, François Bayrou a pris le même type de défense que François Fillon pendant la campagne présidentielle. Refusant de se dire "coupable" (la justice "tranchera", évidemment) et accusant ses détracteurs et ses accusateurs.

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J’aurais aimé entendre François Bayrou parler ainsi, comme lors de sa conférence de presse le 21 juin 2017, dans les locaux mêmes du MoDem, au 133 bis rue de l’Université, dans le 7e arrondissement de Paris, lorsque François Fillon se sentait injustement accusé par les médias et ses opposants politiques. À cette époque-là (pas si ancienne, quelques mois), François Bayrou faisait partie des accusateurs.

J’aurais toujours une petite fascination pour le responsable politique capable de sortir le très beau et délicieux mot "sycophante" que j’avais adoré apprendre lors de mes cours de grec il y a maintenant longtemps (à une époque où l’on n’interdisait pas aux collégiens de se cultiver et d’apprendre les langues anciennes). Sycophante, cela veut dire exactement "délateur de voleurs de figues", sens qu’on élargit un peu exagérément par délateur ou dénonciateur.

Certes, je l’ai trouvé exagérément maladroit en mettant sur le même plan les dénonciations sous le régime de Pétain et cette dénonciation politico-financière. Mais j’ai trouvé néanmoins que François Bayrou avait mis le doigt sur un élément majeur : comment peut-on chuter par de simples dénonciateurs qui ont un conflit d’intérêt dans l’affaire, puisque ceux qui ont dénoncé l’affaire qui le concerne sont soit en conflit direct avec son parti (judiciaire), soit des opposants politiques ? J’aurais aimé, je le répète, l’entendre dire cela il y a trois mois, avant l’élection présidentielle, à l’époque où François Fillon se sentait injustement accusé de manque de probité alors que, pour se distinguer, il avait axé sa campagne de la primaire LR sur la probité (contre Alain Juppé, ancien condamné, et Nicolas Sarkozy, mis en examen).

On ne peut pourtant pas douter de la bonne foi de François Bayrou, c’est sans doute cela sa tragédie personnelle. Déjà le 25 février 2012 à la Maison de la Chimie à Paris, lors de la précédente campagne présidentielle, François Bayrou avait proposé une loi de moralisation de la vie politique en imaginant de la soumettre au référendum en même temps que le premier tour des élections législatives consécutives. Un projet de loi qu’il a finalement présenté au cours de sa conférence de presse du 1er juin 2017 et qu’il a fait adopter au conseil des ministres du 14 juin 2017.

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Ce fut donc principalement cette motivation qui l’a encouragé à renoncer au gouvernement : « On devinait bien que le débat au parlement allait être détourné de son sens. Or c’est une loi à laquelle je tiens beaucoup, à laquelle j’ai beaucoup donné. Je donne plus de prix au but à atteindre qu’à mon rôle personnel. J’en ai donc tiré les conclusions. Je choisis la liberté de jugement et la liberté de parole. Je choisis de préserver la loi de moralisation. » (21 juin 2017).

Pourquoi a-t-il parlé de "liberté de parole" ? Parce qu’il a été épinglé par le responsable de l’investigation à Radio France qui avait dénoncé sa pression téléphonique (appel du 9 juin 2017), ce qui avait abouti à un "recadrage" du Premier Ministre Édouard Philippe invité de la matinale de France Info le 13 juin 2017, suivi d’une déclaration de François Bayrou à l’occasion d’un déplacement à Lens où il avait persisté et signé en se montrant incontrôlable : je parlerai si j’ai des choses à dire ! Une confusion des genres, entre le citoyen, le président du MoDem, le maire de Pau et le Ministre de la Justice, qu’il avait déjà entretenue lorsqu’il avait apporté son soutien à Marielle de Sarnez quelques jours auparavant, le 30 mai 2017 (son titre sur Twitter ayant changé, passant de Ministre de la Justice à maire de Pau !).

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Le lendemain, le 14 juin 2017, la plupart des journaux titraient donc sur le "couac Bayrou" et le "problème Bayrou", problème pour Emmanuel Macron. François Bayrou était alors décrit comme convaincu qu’il n’était pas un ministre comme les autres et que les règles de confidentialité, d’exemplarité et de solidarité ne devaient pas forcément s’appliquer à lui, comme s’il se considérait un ministre intouchable, en tant que faiseur de roi. La réalité, ce serait plutôt que François Bayrou commencerait à devenir encombrant pour Emmanuel Macron, d’autant plus qu’une large majorité des militants LREM étaient favorables à une "exfiltration" de François Bayrou du gouvernement (dans un sondage Elabe du 22 juin 2017, près de 70% des sondés auraient applaudi le départ de François Bayrou et de Marielle de Sarnez).

Résultat, ce fut la Ministre de la Défense Sylvie Goulard, LREM ex-MoDem (qui fut députée européenne du MoDem et donc également touchée par l’affaire) qui amorça le retrait de ses deux autres collègues du gouvernement, en annonçant le 20 juin 2017 qu’elle quittait le gouvernement pour se défendre de sa bonne foi, sans démentir les faits reprochés.

Le 21 juin 2017, François Bayrou a plaidé néanmoins son innocence : « Nous n’avons jamais eu d’emplois fictifs. Pour le prouver, j’ai une absolue confiance en la justice. Mon nom n’a jamais été cité dans cette enquête, et pour cause. Mais je n’ai aucun doute que j’étais, de ces dénonciations, la véritable cible, dans le but de décrédibiliser la personne qui portait la loi. Il y a un certain nombre de forces pour qui ce serait un obstacle. ». Pour lui, ce serait donc la théorie du complot qui dominerait, alors que la défense par la théorie de complot avait complètement discrédité François Fillon en mars dernier. La leçon n’a pas été comprise.

Enfin, François Bayrou a réaffirmé son soutien à Emmanuel Macron qui est, selon lui « à la hauteur de la fonction », ce qui s’est traduit le 21 juin 2017 par la nomination de deux nouveaux ministres du MoDem, Jacqueline Gourault (auprès de Gérard Collomb) et Geneviève Darrieussecq (auprès de Florence Parly) : « Nous serons porteurs de stabilité, des capteurs des mouvements et des attentes de notre société . (…) Je serai à côté du Président de la République pour l’aider et pour le soutenir, fidèle à une entente politique et personnelle à laquelle j’attache du prix. Au fond, cette décision est une décision pour servir. Servir une certaine idée désintéressée de la politique. » (21 juin 2017).

Face à l’attente de vingt ans entre son départ du Ministère de l’Éducation nationale (avec l’arrivée du gouvernement de Lionel Jospin) et sa nomination dans le premier gouvernement d’Édouard Philippe, François Bayrou a voulu "rassurer" les journalistes en disant qu’il ne mettrait certainement pas encore vingt ans de plus avant de retrouver un nouveau ministère, laissant entendre qu’il pourrait de nouveau se retrouver au sein du gouvernement lorsque la justice l’aura innocenté.

Mais dans ce cas, Emmanuel Macron en aurait-il alors encore vraiment envie, sinon besoin ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Bayrou sycophanté.
François Bayrou, ex-futur Premier Ministre…
Édouard Macron II : bientôt la fin de l’indétermination quantique.
Les Langoliers.
La Ve République.
Loi de moralisation de la vie politique (1er juin 2017).
Emmanuel Macron et la fierté nouvelle d’être Français ?
Richard Ferrand, comme les autres ?
Édouard Macron : d’abord l’Europe !
François Bayrou se macronise.
Déclaration à la presse de François Bayrou le 22 février 2017 à Paris (texte intégral).
Réponse d’Emmanuel Macron à François Bayrou le 22 février 2017 (texte intégral).
Un billet plein d’amertume…
Emmanuel Macron est-il de gauche ?
Comptes à débours.
Bayrou et Delors, l’acte manqué (décembre 1994).
Résolution française.
Et si… ?
L’élection en début janvier 2017.
Un rude adversaire.
L'élu du 7 mai 2017 ?
Pataquès chez les centristes.
Chevalier du vivre ensemble.
Fais-moi peur !
Le vrai clivage.
Soutien à Alain Juppé.
Bayrou et Delors, l’acte manqué.
La clairvoyance de François Bayrou.
La proportionnelle aux législatives ?
Changement de paradigme.
Mathématiques militantes.
2017, tout est possible…
Bayrou et l'affaire Merah.
Le soldat Bayrou à sauver.
Pourquoi Bayrou ?
Bayrou a refusé des valises pleines de billets.
Moralisation de la vie politique (25 juin 2012).
Bayrou 2007.
L’homme de Gourette.

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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 20:27

« J’aimais Bernard Bosson fraternellement. Un lien forgé dans le feu des combats, et dans les longues soirées de jeunesse. Nous sommes tristes. » (François Bayrou, le 16 mai 2017).



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Tous ceux qui ont connu la fougue, la jeunesse, le dynamisme, la convivialité et le sens du contact de l’ancien ministre centriste Bernard Bosson n’ont pu qu’avoir un pincement au cœur en apprenant sa mort à 69 ans, le samedi 13 mai 2017 dans la soirée, dans un hôpital à Lyon, à la suite d’une douloureuse maladie. Ses obsèques ont eu lieu très discrètement le 15 mai 2017 avant l’annonce publique de sa disparition.

Bernard Bosson était l’un des trois B de la "nouvelle génération" du centre en France à la fin des années 1980, avec Dominique Baudis et François Bayrou qui en est le dernier survivant. Ils avaient remplacé petit à petit une autre "bande des trois", Jacques Barrot, Bernard Stasi et Pierre Méhaignerie. Les deux premiers sont aussi partis récemment, tandis que Pierre Méhaignerie a pris sa retraite parlementaire en 2012 avec quelques regrets d’avoir rejoint l’UMP en 2002.

Bernard Bosson, avocat, n’était pas un énarque, mais il faisait partie de ces jeunes loups conquérants de l’opposition, opposition à François Mitterrand, trentenaires, pleins d’ambition et de conviction des années 1980. Et cette reconquête de l’électorat avait commencé par les grandes villes en mars 1983 : Bernard Bosson à Annecy, Dominique Baudis à Toulouse, Alain Carignon à Grenoble, Michel Noir à Lyon (seulement en 1989), Philippe Séguin à Épinal, etc. Une nouvelle génération qui s’est présentée aux élections européennes de juin 1984 (quand elle n’était pas déjà au Palais-Bourbon) puis aux élections législatives de mars 1986.

Bernard Bosson, comme Dominique Baudis du reste, a été le "fils de son père", à savoir Charles Bosson (1908-2001), ancien parlementaire (1946 à 1948 et 1958 à 1986) et ancien maire d’Annecy (1954 à 1975). Dès 1986, il est entré au gouvernement et fut au sommet de son influence nationale lorsqu’un autre Édouard était Premier Ministre, Édouard Balladur.

La carrière politique de Bernard Bosson était assez brillante mais il lui manquait d’être un véritable leader du centre en France, qu’il a tenté de devenir en décembre 1994. Son échec au sein du CDS, celui d’Édouard Balladur à l’élection présidentielle de 1995, son propre échec aux élections législatives de juin 2007 (battu par l’actuel député LR Lionel Tardy) ont réduit à peu de chose l’investissement d’une douzaine d’années de suractivité dans les instances nationales de la droite et du centre.

Sa ville d’Annecy (où il est né le 25 février 1948) fut l’une de ses joies d’élu dans l’action : conseiller municipal dès le 13 mars 1977, il fut maire d’Annecy du 14 mars 1983 au 5 janvier 2007 (il resta au conseil municipal jusqu’à sa mort), conseiller général d’Annecy centre du 18 mars 1979 au 7 octobre 1988, conseiller régional de Rhône-Alpes du 17 mars 1986 au 6 avril 1992 et député de Haute-Savoie du 16 mars 1986 au 19 juin 2007 (sauf pendant les périodes ministérielles).

Il a eu très rapidement des responsabilités nationales : il fut nommé à 38 ans membre du gouvernement de Jacques Chirac, lors de la première cohabitation, d’abord aux Collectivités locales du 20 mars 1986 au 19 août 1986 (auprès de Charles Pasqua), puis aux Affaires européennes du 19 août 1986 au 10 mai 1988. Il retourna au gouvernement lors de la deuxième cohabitation, avec Édouard Balladur, au poste stratégique de Ministre de l’Équipement, des Transports et du Tourisme du 30 mars 1993 au 11 mai 1995.

Soucieux de la compétitivité des grandes entreprises françaises, il déclara par exemple le 27 octobre 1993, à l’Assemblée Nationale, alors que la compagnie Air France était en grande difficulté financière : « Ne rien faire pour Air France serait, demain comme hier, condamner à terme cette compagnie. N’ayez aucune illusion : il n’y aura pas de place, dans l’Europe du XXIe siècle, pour toutes les compagnies nationales existantes. Or, tout le monde voit aujourd’hui quels sont les pavillons qui gagnent de l’argent : British Airways qui se redresse à une vitesse accélérée ou Lufthansa. Le problème est de savoir si les 50 000 salariés du groupe auront ou non un emploi demain et si notre pavillon continuera de voler ou non. ».

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J’ai eu la chance d’avoir rencontré Bernard Bosson à de nombreuses reprises au début de ces années 1990 par la proximité régionale, à Annecy ou à Lyon, et aussi dans des rencontres nationales. Je m’arrêterai ici à son parcours politique national.

Bernard Bosson fut rapidement apprécié par Charles Pasqua, Ministre de l’Intérieur et son ministre de tutelle en 1986, ce qui a conduit à une promotion rapide au rang de ministre délégué chargé d’un sujet qui ne pouvait que lui tenir à cœur, les Affaires européennes.

Partisan passionné de la construction européenne, Bernard Bosson avait beaucoup réfléchi sur l’avenir de l’Europe juste après la chute du mur de Berlin. Il convenait de la nécessité d’intégrer tous les pays d’Europe centrale et orientale mais avait souhaité une profonde réforme des institutions européennes avant l’élargissement car il voyait le risque de paralysie. Il réfléchissait également à la manière d’engager de nouvelles politiques communes, après l’adoption de l’euro par référendum, en imaginant une Europe par cercles concentriques, où chaque État membre déciderait de son niveau d’implication collective. En ce sens, il avait une vision très forte de l’Europe. Cela associé à la volonté de décentralisation étaient les deux sujets par excellence des centristes français.

C’est pour cette raison qu’il avait vocation à incarner ce centre si difficile à appréhender. Emmanuel Macron est en train peut-être de réaliser une véritable recomposition du paysage politique. Parce qu’il est élu, il a déjà en partie réussi. L’avenir dira ce qu’il en restera. Mais les velléités de recomposition politiques ne datent pas d’Emmanuel Macron. Elles datent déjà de Valéry Giscard d’Estaing en mars 1978, qui aurait souhaité une majorité UDF-PS pour s’affranchir des tirs à l’artillerie lourde des bataillons de RPR à l’Assemblée Nationale, mais le PS ne pouvait succomber aux sirènes giscardiennes en raison de la politique d’union de la gauche PS-PCF voulue par François Mitterrand. Michel Rocard aurait été probablement beaucoup plus favorable à cette réunion des modérés au sein d’un même gouvernement.

Une nouvelle tentative de recomposition fut initiée au printemps 1989, après les élections municipales de mars 1989 et dans l’optique des élections européennes de juin 1989. C’étaient les douze Rénovateurs. Bernard Bosson en faisait partie. Douze jeunes députés, six de l’UDF, six du RPR, à l’initiative de Michel Noir, Philippe Séguin, François Bayrou et Dominique Baudis, voulaient casser le clivage entre Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac. Mais les ambitions individuelles et les visions des uns et des autres n’étaient pas homogènes et l’initiative n’a pas été poursuivie au-delà de l’unique grand rassemblement à Lyon le 24 juin 1989. L’enjeu, c’était, après l’échec de Raymond Barre et de Jacques Chirac en 1988, de promouvoir un profond renouvellement de l’opposition (le refrain d’Emmanuel Macron : nouveaux visages et nouveaux usages). Il n’a pas eu lieu, faute de combattant, et parce que ceux qui dirigeaient le RPR, Alain Juppé (secrétaire général) et Nicolas Sarkozy (secrétaire général adjoint) préféraient miser sur le contrôle de l’appareil du RPR.

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Je me souviens qu’en début avril 1989 à Narbonne, chacun des "3 B" (Bayrou, Baudis, Bosson) avait fait part de sa vision de l’organisation future de l’opposition de l’époque. Bernard Bosson, qui chuintait un peu comme un giscardien, était alors favorable à une formation unique de l’opposition favorable à la décentralisation et à la construction européenne. C’était avant le Traité de Maastricht et à un moment où Jacques Chirac hésitait encore sur sa vision de l’Europe.

La révolution de salon des rénovateurs a accouché d’une souris en juin 1989 : une liste autonome soutenue par les seuls centristes et menée par Simone Veil (dans la liste, éligible, un certain Jean-Louis Borloo), qui s’est retrouvée face à une liste menée par Valéry Giscard d’Estaing et Alain Juppé, ce qui n’avait pas beaucoup de sens politique. L’échec de Simone Veil (8,4% alors que cinq ans auparavant, elle avait réuni 43,0%) a été le point de départ d’une détestation de l’ancienne et future ministre contre François Bayrou qui avait dirigé sa campagne.

Dès lors, chaque "rénovateur" a repris sa liberté : Michel Noir et Alain Carignon se sont carbonisés avec les affaires judiciaires, Charles Millon s’est enferré dans une alliance avec l’extrême droite en Rhône-Alpes, François Fillon, le plus jeune et le plus prudent, a savamment progressé jusqu’à devenir l'un des Premiers Ministres les plus longs de la République et même à se retrouver aux portes de l’Élysée cette année. Philippe de Villiers a pris très vite son indépendance pour s’opposer à la construction européenne. Philippe Séguin fut le mal aimé de Jacques Chirac et s’est lui aussi, par manque de composition, brûlé les ailes jusqu’à renoncer à diriger le RPR, ou à prendre la tête des municipales à Paris. Étienne Pinte n’est pas sorti de son anonymat, François d’Aubert a intégré quelques ministères, Michel Barnier a poursuivi une prudente carrière ministérielle et européenne. Dominique Baudis et Bernard Bosson ont cherché à conquérir l’appareil du CDS. François Bayrou, lui, s’est investi auprès de Valéry Giscard d’Estaing en devenant secrétaire général de l’UDF, confédération centriste qu’a présidée l’ancien Président de 1988 à 1995.

Au début des années 1990, il était convenu par les centristes qu’il fallait renouveler la direction et impliquer les "jeunes quadra" (ils n’étaient plus trentenaires). Cela devait avoir lieu au congrès d’Angoulême en octobre 1991. Pierre Méhaignerie, le président du CDS (depuis 1982), qui avait remarquablement négocié les investitures UDF-RPR aux élections législatives (à l’époque, entre 1988 et 1993, l’UDF faisait jeu égal avec le RPR au Parlement), avait finalement obtenu un sursis, et comme on ne "tuait" personne dans la famille démocrate-chrétienne, la direction ne fut renouvelée qu’à moitié : Dominique Baudis, très populaire, au lieu de conquérir la présidence, devenait un "président exécutif" sans beaucoup de force, laissant à Pierre Méhaignerie la présidence (qu’il cumulait avec la présidence du groupe centriste à l’Assemblée Nationale), et Bernard Bosson a pris le secrétariat général à Jacques Barrot. Il n’y a eu aucune bataille interne, comme cela avait été le cas en 1982 dans la lutte entre Bernard Stasi et Pierre Méhaignerie pour la succession de Jean Lecanuet. La bataille interne a été reportée à avril 1994, à Rouen, puis, pour ne pas perturber la campagne des élections européennes de juin 1994 (Dominique Baudis était la tête de liste UDF-RPR), encore reportée à décembre 1994 à Vincennes.

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Pendant ce temps, Bernard Bosson, en manager fébrile, s’était entièrement investi dans les fédérations départementales et était de ceux qui connaissaient le mieux la réalité humaine de ce parti. Cela ne faisait aucun doute qu’il se présenterait à la présidence du CDS et qu’il y serait élu haut la main, avec ou sans concurrent.

C’était sans compter sur l’ambition d’un autre. En été 1994, la situation présidentielle était assez claire : l’UDF n’aurait aucun candidat crédible à l’élection présidentielle de 1995 et s’était déjà jeté à fonds perdus derrière la candidature d’Édouard Balladur, Premier Ministre très populaire, tandis que Jacques Chirac, abandonné même par ses plus proches au RPR, montrait sa détermination à être lui aussi candidat.

Parmi les plus balladuriens des centristes se trouvait Bernard Bosson, ministre clef, qui considérait qu’Édouard Balladur était beaucoup plus européen que Jacques Chirac et qu’il fallait gagner avec lui plutôt que se compter au premier tour. Mais d’autres considéraient qu’il ne fallait absolument pas renouveler cette vacuité de candidature centriste de 1995 : il fallait donc préparer un véritable candidat sur le long terme.

François Bayrou, lui aussi, était balladurien, mais un peu plus prudent. Il décida, lui aussi, de postuler pour la présidence du CDS et grâce à un travail systématique au sein des fédérations, il a finalement réussi à se faire élire président du CDS en décembre 1994, le même jour que la renonciation de Jacques Delors. L’ambition de François Bayrou ne s’est pas arrêtée au CDS : il fut ensuite président de l’UDF avec l’aide de François Léotard (contre Alain Madelin) et son seul but était déjà l’élection présidentielle…. suivante.

Revenons à Jacques Delors, justement, car il avait le profil quasi-identique d’Emmanuel Macron. Très aimé des centristes (de droite) pour sa foi en l’Europe et son réalisme économique, il l’était beaucoup moins de ses amis socialistes de l’aile gauche. Jacques Delors, qui avait 69 ans, jouissait d’une popularité très élevée, au point même de dépasser parfois Édouard Balladur dans les intentions de vote. Le projet politique de Jacques Delors aurait été de réunir le centre gauche et le centre droit, exactement cette politique de La République En Marche. Mais Jacques Delors n’était pas un rigolus comme Emmanuel Macron, il était un tristus, et il ne concevait pas qu’une telle initiative puisse aboutir au succès, ne comprenant pas la logique institutionnelle qui veut qu’une majorité parlementaire se clive selon l’élection présidentielle.

Interrogé par la journaliste Michèle Cotta, qui ne comprenait pas son balladurisme, Bernard Bosson lui a expliqué le 12 octobre 1994 ceci : « Soyons clairs. Je suis un ami de Delors, sans doute le plus proche qu’il ait au CDS. Mais il est candidat de l’autre camp. Je ne suis pas de ceux qui choisiront l’autre camp. Donc, je serai son adversaire, derrière Balladur si Balladur est candidat. ».

Michèle Cotta avait aussi interrogé le même jour Jacques Barrot sur ce sujet, et voici ce qu’elle a retenu de la conversation : « Et si Delors gagne ? "On verra bien. Ce sera une nouvelle cohabitation". Il [Jacques Barrot] songe déjà que, de toute façon, si Delors est élu, il sera possible, pour les centristes, de se rattraper aux branches, avec l’un d’eux, si besoin est, à Matignon. "L’atout véritable de Delors, aux yeux des centristes, me dit-il encore, c’est véritablement l’Europe et sa proximité avec Helmut Kohl. Pour les centristes, la chrétienté et l’Europe, oui, ce sont bien des cartes maîtresses". Si j’ai bien compris, les centristes voteront Balladur au premier tour, et ils espéreront en la victoire de Delors. Je crains fort que, pour Jacques Delors, cet engagement-là ne soit pas suffisant. » (12 octobre 1994).

Bien plus tard, François Bayrou, qui avait la même position, a admis regretter de ne pas avoir saisi l’occasion de cette petite fenêtre de recomposition politique.

Je finis cet hommage par une anecdote décrite encore par Michèle Cotta lors d’un conseil des ministres, le jour anniversaire de François Mitterrand qui le présidait, le 26 octobre 1994. L’automne 1994 était très difficile pour le Président, sa maladie le faisait beaucoup souffrir et René Monory, Président du Sénat, avait même déjà pris ses  dispositions pour assurer l’intérim. François Mitterrand a eu un malaise en pleine séance : « Alain Lamassoure, qui remplaçait Juppé, en déplacement, faisait une interminable communication sur la politique internationale. Tout à son sujet, il est le seul à n’avoir rien vu. Michel Barnier m’a raconté que Mitterrand, comme transpercé par la douleur, s’est replié sur lui-même, le souffle coupé. Puis il a sorti de sa poche un cachet qu’il a mis dans sa bouche sans dire un mot. Mais il a eu alors un second malaise : Bernard Bosson qui présentait à son tour une communication, l’a achevée en deux minutes. Au bout de quelques minutes supplémentaires au cours desquelles l’assistance est restée littéralement pétrifiée, Mitterrand est sorti de sa prostration. (…) Pasqua l’a réconforté de quelques mots. Le conseil a alors repris, les ministres achevant à vive, très vive allure leurs travaux. Tout le monde en est sorti bouleversé. ».

Bernard Bosson avait refusé la voie de François Bayrou du centre autonome mais solitaire en 2002 en appelant à voter Jacques Chirac. En 2007, il a soutenu la candidature de François Bayrou au premier tour mais a regretté l’attitude de ce dernier pour le second tour. Il s’est présenté aux législatives sous l’étiquette du Nouveau centre mais a été battu par un candidat divers droite, Lionel Tardy, devenu UMP puis LR, qui était soutenu par son ancien suppléant en 1993 devenu sénateur, Pierre Hérisson. En été 2011, voyant la tournure très droitière du quinquennat de Nicolas Sarkozy, il s’est engagé, pour la campagne présidentielle de 2012, derrière François Bayrou (comme Philippe Douste-Blazy). Comme une sorte de retour au bercail centriste.

Bernard Bosson s’est éclipsé en plein milieu d’une recomposition centriste très incertaine mais en cours de réalisation. Son engagement manquait déjà, l’homme manquera encore plus. Pensée émue à ses proches.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Bernard Bosson.
Les Rénovateurs de 1989.
Le CDS.
François Bayrou.
Bernard Stasi.
Jacques Barrot.
Dominique Baudis.
Jean Lecanuet.
René Monory.
Simone Veil.
Valéry Giscard d’Estaing.
François Mitterrand.
Jacques Chirac.
Édouard Balladur.
Charles Pasqua.
Emmanuel Macron.

_yartiBossonBernardA05



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170513-bernard-bosson.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/bernard-bosson-figure-exaltee-du-193237

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/05/16/35294385.html



 

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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 13:00

Je viens d'apprendre avec beaucoup d'émotion et de tristesse la mort de Bernard Bosson, qui fut longtemps député-maire d'Annecy, centriste (secrétaire général du CDS entre 1991 et 1994) et ministre de 1986 à 1988 et de 1993 à 1995. J'avais eu l'honneur de l'avoir côtoyé souvent dans les années 1990 pour des raisons de proximité régionales (et nationales). Il est mort d'une longue maladie à Lyon le 13 mai 2017 et a été inhumé le 15 mai 2017 à Annecy dans la plus grande discrétion. Qu'il repose en paix.

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170513-bernard-bosson.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170516-bernard-bosson.html
 

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