Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 20:27

« J’aimais Bernard Bosson fraternellement. Un lien forgé dans le feu des combats, et dans les longues soirées de jeunesse. Nous sommes tristes. » (François Bayrou, le 16 mai 2017).



_yartiBossonBernardA01

Tous ceux qui ont connu la fougue, la jeunesse, le dynamisme, la convivialité et le sens du contact de l’ancien ministre centriste Bernard Bosson n’ont pu qu’avoir un pincement au cœur en apprenant sa mort à 69 ans, le samedi 13 mai 2017 dans la soirée, dans un hôpital à Lyon, à la suite d’une douloureuse maladie. Ses obsèques ont eu lieu très discrètement le 15 mai 2017 avant l’annonce publique de sa disparition.

Bernard Bosson était l’un des trois B de la "nouvelle génération" du centre en France à la fin des années 1980, avec Dominique Baudis et François Bayrou qui en est le dernier survivant. Ils avaient remplacé petit à petit une autre "bande des trois", Jacques Barrot, Bernard Stasi et Pierre Méhaignerie. Les deux premiers sont aussi partis récemment, tandis que Pierre Méhaignerie a pris sa retraite parlementaire en 2012 avec quelques regrets d’avoir rejoint l’UMP en 2002.

Bernard Bosson, avocat, n’était pas un énarque, mais il faisait partie de ces jeunes loups conquérants de l’opposition, opposition à François Mitterrand, trentenaires, pleins d’ambition et de conviction des années 1980. Et cette reconquête de l’électorat avait commencé par les grandes villes en mars 1983 : Bernard Bosson à Annecy, Dominique Baudis à Toulouse, Alain Carignon à Grenoble, Michel Noir à Lyon (seulement en 1989), Philippe Séguin à Épinal, etc. Une nouvelle génération qui s’est présentée aux élections européennes de juin 1984 (quand elle n’était pas déjà au Palais-Bourbon) puis aux élections législatives de mars 1986.

Bernard Bosson, comme Dominique Baudis du reste, a été le "fils de son père", à savoir Charles Bosson (1908-2001), ancien parlementaire (1946 à 1948 et 1958 à 1986) et ancien maire d’Annecy (1954 à 1975). Dès 1986, il est entré au gouvernement et fut au sommet de son influence nationale lorsqu’un autre Édouard était Premier Ministre, Édouard Balladur.

La carrière politique de Bernard Bosson était assez brillante mais il lui manquait d’être un véritable leader du centre en France, qu’il a tenté de devenir en décembre 1994. Son échec au sein du CDS, celui d’Édouard Balladur à l’élection présidentielle de 1995, son propre échec aux élections législatives de juin 2007 (battu par l’actuel député LR Lionel Tardy) ont réduit à peu de chose l’investissement d’une douzaine d’années de suractivité dans les instances nationales de la droite et du centre.

Sa ville d’Annecy (où il est né le 25 février 1948) fut l’une de ses joies d’élu dans l’action : conseiller municipal dès le 13 mars 1977, il fut maire d’Annecy du 14 mars 1983 au 5 janvier 2007 (il resta au conseil municipal jusqu’à sa mort), conseiller général d’Annecy centre du 18 mars 1979 au 7 octobre 1988, conseiller régional de Rhône-Alpes du 17 mars 1986 au 6 avril 1992 et député de Haute-Savoie du 16 mars 1986 au 19 juin 2007 (sauf pendant les périodes ministérielles).

Il a eu très rapidement des responsabilités nationales : il fut nommé à 38 ans membre du gouvernement de Jacques Chirac, lors de la première cohabitation, d’abord aux Collectivités locales du 20 mars 1986 au 19 août 1986 (auprès de Charles Pasqua), puis aux Affaires européennes du 19 août 1986 au 10 mai 1988. Il retourna au gouvernement lors de la deuxième cohabitation, avec Édouard Balladur, au poste stratégique de Ministre de l’Équipement, des Transports et du Tourisme du 30 mars 1993 au 11 mai 1995.

Soucieux de la compétitivité des grandes entreprises françaises, il déclara par exemple le 27 octobre 1993, à l’Assemblée Nationale, alors que la compagnie Air France était en grande difficulté financière : « Ne rien faire pour Air France serait, demain comme hier, condamner à terme cette compagnie. N’ayez aucune illusion : il n’y aura pas de place, dans l’Europe du XXIe siècle, pour toutes les compagnies nationales existantes. Or, tout le monde voit aujourd’hui quels sont les pavillons qui gagnent de l’argent : British Airways qui se redresse à une vitesse accélérée ou Lufthansa. Le problème est de savoir si les 50 000 salariés du groupe auront ou non un emploi demain et si notre pavillon continuera de voler ou non. ».

_yartiBossonBernardA02

J’ai eu la chance d’avoir rencontré Bernard Bosson à de nombreuses reprises au début de ces années 1990 par la proximité régionale, à Annecy ou à Lyon, et aussi dans des rencontres nationales. Je m’arrêterai ici à son parcours politique national.

Bernard Bosson fut rapidement apprécié par Charles Pasqua, Ministre de l’Intérieur et son ministre de tutelle en 1986, ce qui a conduit à une promotion rapide au rang de ministre délégué chargé d’un sujet qui ne pouvait que lui tenir à cœur, les Affaires européennes.

Partisan passionné de la construction européenne, Bernard Bosson avait beaucoup réfléchi sur l’avenir de l’Europe juste après la chute du mur de Berlin. Il convenait de la nécessité d’intégrer tous les pays d’Europe centrale et orientale mais avait souhaité une profonde réforme des institutions européennes avant l’élargissement car il voyait le risque de paralysie. Il réfléchissait également à la manière d’engager de nouvelles politiques communes, après l’adoption de l’euro par référendum, en imaginant une Europe par cercles concentriques, où chaque État membre déciderait de son niveau d’implication collective. En ce sens, il avait une vision très forte de l’Europe. Cela associé à la volonté de décentralisation étaient les deux sujets par excellence des centristes français.

C’est pour cette raison qu’il avait vocation à incarner ce centre si difficile à appréhender. Emmanuel Macron est en train peut-être de réaliser une véritable recomposition du paysage politique. Parce qu’il est élu, il a déjà en partie réussi. L’avenir dira ce qu’il en restera. Mais les velléités de recomposition politiques ne datent pas d’Emmanuel Macron. Elles datent déjà de Valéry Giscard d’Estaing en mars 1978, qui aurait souhaité une majorité UDF-PS pour s’affranchir des tirs à l’artillerie lourde des bataillons de RPR à l’Assemblée Nationale, mais le PS ne pouvait succomber aux sirènes giscardiennes en raison de la politique d’union de la gauche PS-PCF voulue par François Mitterrand. Michel Rocard aurait été probablement beaucoup plus favorable à cette réunion des modérés au sein d’un même gouvernement.

Une nouvelle tentative de recomposition fut initiée au printemps 1989, après les élections municipales de mars 1989 et dans l’optique des élections européennes de juin 1989. C’étaient les douze Rénovateurs. Bernard Bosson en faisait partie. Douze jeunes députés, six de l’UDF, six du RPR, à l’initiative de Michel Noir, Philippe Séguin, François Bayrou et Dominique Baudis, voulaient casser le clivage entre Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac. Mais les ambitions individuelles et les visions des uns et des autres n’étaient pas homogènes et l’initiative n’a pas été poursuivie au-delà de l’unique grand rassemblement à Lyon le 24 juin 1989. L’enjeu, c’était, après l’échec de Raymond Barre et de Jacques Chirac en 1988, de promouvoir un profond renouvellement de l’opposition (le refrain d’Emmanuel Macron : nouveaux visages et nouveaux usages). Il n’a pas eu lieu, faute de combattant, et parce que ceux qui dirigeaient le RPR, Alain Juppé (secrétaire général) et Nicolas Sarkozy (secrétaire général adjoint) préféraient miser sur le contrôle de l’appareil du RPR.

_yartiBossonBernardA03

Je me souviens qu’en début avril 1989 à Narbonne, chacun des "3 B" (Bayrou, Baudis, Bosson) avait fait part de sa vision de l’organisation future de l’opposition de l’époque. Bernard Bosson, qui chuintait un peu comme un giscardien, était alors favorable à une formation unique de l’opposition favorable à la décentralisation et à la construction européenne. C’était avant le Traité de Maastricht et à un moment où Jacques Chirac hésitait encore sur sa vision de l’Europe.

La révolution de salon des rénovateurs a accouché d’une souris en juin 1989 : une liste autonome soutenue par les seuls centristes et menée par Simone Veil (dans la liste, éligible, un certain Jean-Louis Borloo), qui s’est retrouvée face à une liste menée par Valéry Giscard d’Estaing et Alain Juppé, ce qui n’avait pas beaucoup de sens politique. L’échec de Simone Veil (8,4% alors que cinq ans auparavant, elle avait réuni 43,0%) a été le point de départ d’une détestation de l’ancienne et future ministre contre François Bayrou qui avait dirigé sa campagne.

Dès lors, chaque "rénovateur" a repris sa liberté : Michel Noir et Alain Carignon se sont carbonisés avec les affaires judiciaires, Charles Millon s’est enferré dans une alliance avec l’extrême droite en Rhône-Alpes, François Fillon, le plus jeune et le plus prudent, a savamment progressé jusqu’à devenir l'un des Premiers Ministres les plus longs de la République et même à se retrouver aux portes de l’Élysée cette année. Philippe de Villiers a pris très vite son indépendance pour s’opposer à la construction européenne. Philippe Séguin fut le mal aimé de Jacques Chirac et s’est lui aussi, par manque de composition, brûlé les ailes jusqu’à renoncer à diriger le RPR, ou à prendre la tête des municipales à Paris. Étienne Pinte n’est pas sorti de son anonymat, François d’Aubert a intégré quelques ministères, Michel Barnier a poursuivi une prudente carrière ministérielle et européenne. Dominique Baudis et Bernard Bosson ont cherché à conquérir l’appareil du CDS. François Bayrou, lui, s’est investi auprès de Valéry Giscard d’Estaing en devenant secrétaire général de l’UDF, confédération centriste qu’a présidée l’ancien Président de 1988 à 1995.

Au début des années 1990, il était convenu par les centristes qu’il fallait renouveler la direction et impliquer les "jeunes quadra" (ils n’étaient plus trentenaires). Cela devait avoir lieu au congrès d’Angoulême en octobre 1991. Pierre Méhaignerie, le président du CDS (depuis 1982), qui avait remarquablement négocié les investitures UDF-RPR aux élections législatives (à l’époque, entre 1988 et 1993, l’UDF faisait jeu égal avec le RPR au Parlement), avait finalement obtenu un sursis, et comme on ne "tuait" personne dans la famille démocrate-chrétienne, la direction ne fut renouvelée qu’à moitié : Dominique Baudis, très populaire, au lieu de conquérir la présidence, devenait un "président exécutif" sans beaucoup de force, laissant à Pierre Méhaignerie la présidence (qu’il cumulait avec la présidence du groupe centriste à l’Assemblée Nationale), et Bernard Bosson a pris le secrétariat général à Jacques Barrot. Il n’y a eu aucune bataille interne, comme cela avait été le cas en 1982 dans la lutte entre Bernard Stasi et Pierre Méhaignerie pour la succession de Jean Lecanuet. La bataille interne a été reportée à avril 1994, à Rouen, puis, pour ne pas perturber la campagne des élections européennes de juin 1994 (Dominique Baudis était la tête de liste UDF-RPR), encore reportée à décembre 1994 à Vincennes.

_yartiBossonBernardA04

Pendant ce temps, Bernard Bosson, en manager fébrile, s’était entièrement investi dans les fédérations départementales et était de ceux qui connaissaient le mieux la réalité humaine de ce parti. Cela ne faisait aucun doute qu’il se présenterait à la présidence du CDS et qu’il y serait élu haut la main, avec ou sans concurrent.

C’était sans compter sur l’ambition d’un autre. En été 1994, la situation présidentielle était assez claire : l’UDF n’aurait aucun candidat crédible à l’élection présidentielle de 1995 et s’était déjà jeté à fonds perdus derrière la candidature d’Édouard Balladur, Premier Ministre très populaire, tandis que Jacques Chirac, abandonné même par ses plus proches au RPR, montrait sa détermination à être lui aussi candidat.

Parmi les plus balladuriens des centristes se trouvait Bernard Bosson, ministre clef, qui considérait qu’Édouard Balladur était beaucoup plus européen que Jacques Chirac et qu’il fallait gagner avec lui plutôt que se compter au premier tour. Mais d’autres considéraient qu’il ne fallait absolument pas renouveler cette vacuité de candidature centriste de 1995 : il fallait donc préparer un véritable candidat sur le long terme.

François Bayrou, lui aussi, était balladurien, mais un peu plus prudent. Il décida, lui aussi, de postuler pour la présidence du CDS et grâce à un travail systématique au sein des fédérations, il a finalement réussi à se faire élire président du CDS en décembre 1994, le même jour que la renonciation de Jacques Delors. L’ambition de François Bayrou ne s’est pas arrêtée au CDS : il fut ensuite président de l’UDF avec l’aide de François Léotard (contre Alain Madelin) et son seul but était déjà l’élection présidentielle…. suivante.

Revenons à Jacques Delors, justement, car il avait le profil quasi-identique d’Emmanuel Macron. Très aimé des centristes (de droite) pour sa foi en l’Europe et son réalisme économique, il l’était beaucoup moins de ses amis socialistes de l’aile gauche. Jacques Delors, qui avait 69 ans, jouissait d’une popularité très élevée, au point même de dépasser parfois Édouard Balladur dans les intentions de vote. Le projet politique de Jacques Delors aurait été de réunir le centre gauche et le centre droit, exactement cette politique de La République En Marche. Mais Jacques Delors n’était pas un rigolus comme Emmanuel Macron, il était un tristus, et il ne concevait pas qu’une telle initiative puisse aboutir au succès, ne comprenant pas la logique institutionnelle qui veut qu’une majorité parlementaire se clive selon l’élection présidentielle.

Interrogé par la journaliste Michèle Cotta, qui ne comprenait pas son balladurisme, Bernard Bosson lui a expliqué le 12 octobre 1994 ceci : « Soyons clairs. Je suis un ami de Delors, sans doute le plus proche qu’il ait au CDS. Mais il est candidat de l’autre camp. Je ne suis pas de ceux qui choisiront l’autre camp. Donc, je serai son adversaire, derrière Balladur si Balladur est candidat. ».

Michèle Cotta avait aussi interrogé le même jour Jacques Barrot sur ce sujet, et voici ce qu’elle a retenu de la conversation : « Et si Delors gagne ? "On verra bien. Ce sera une nouvelle cohabitation". Il [Jacques Barrot] songe déjà que, de toute façon, si Delors est élu, il sera possible, pour les centristes, de se rattraper aux branches, avec l’un d’eux, si besoin est, à Matignon. "L’atout véritable de Delors, aux yeux des centristes, me dit-il encore, c’est véritablement l’Europe et sa proximité avec Helmut Kohl. Pour les centristes, la chrétienté et l’Europe, oui, ce sont bien des cartes maîtresses". Si j’ai bien compris, les centristes voteront Balladur au premier tour, et ils espéreront en la victoire de Delors. Je crains fort que, pour Jacques Delors, cet engagement-là ne soit pas suffisant. » (12 octobre 1994).

Bien plus tard, François Bayrou, qui avait la même position, a admis regretter de ne pas avoir saisi l’occasion de cette petite fenêtre de recomposition politique.

Je finis cet hommage par une anecdote décrite encore par Michèle Cotta lors d’un conseil des ministres, le jour anniversaire de François Mitterrand qui le présidait, le 26 octobre 1994. L’automne 1994 était très difficile pour le Président, sa maladie le faisait beaucoup souffrir et René Monory, Président du Sénat, avait même déjà pris ses  dispositions pour assurer l’intérim. François Mitterrand a eu un malaise en pleine séance : « Alain Lamassoure, qui remplaçait Juppé, en déplacement, faisait une interminable communication sur la politique internationale. Tout à son sujet, il est le seul à n’avoir rien vu. Michel Barnier m’a raconté que Mitterrand, comme transpercé par la douleur, s’est replié sur lui-même, le souffle coupé. Puis il a sorti de sa poche un cachet qu’il a mis dans sa bouche sans dire un mot. Mais il a eu alors un second malaise : Bernard Bosson qui présentait à son tour une communication, l’a achevée en deux minutes. Au bout de quelques minutes supplémentaires au cours desquelles l’assistance est restée littéralement pétrifiée, Mitterrand est sorti de sa prostration. (…) Pasqua l’a réconforté de quelques mots. Le conseil a alors repris, les ministres achevant à vive, très vive allure leurs travaux. Tout le monde en est sorti bouleversé. ».

Bernard Bosson avait refusé la voie de François Bayrou du centre autonome mais solitaire en 2002 en appelant à voter Jacques Chirac. En 2007, il a soutenu la candidature de François Bayrou au premier tour mais a regretté l’attitude de ce dernier pour le second tour. Il s’est présenté aux législatives sous l’étiquette du Nouveau centre mais a été battu par un candidat divers droite, Lionel Tardy, devenu UMP puis LR, qui était soutenu par son ancien suppléant en 1993 devenu sénateur, Pierre Hérisson. En été 2011, voyant la tournure très droitière du quinquennat de Nicolas Sarkozy, il s’est engagé, pour la campagne présidentielle de 2012, derrière François Bayrou (comme Philippe Douste-Blazy). Comme une sorte de retour au bercail centriste.

Bernard Bosson s’est éclipsé en plein milieu d’une recomposition centriste très incertaine mais en cours de réalisation. Son engagement manquait déjà, l’homme manquera encore plus. Pensée émue à ses proches.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Bernard Bosson.
Les Rénovateurs de 1989.
Le CDS.
François Bayrou.
Bernard Stasi.
Jacques Barrot.
Dominique Baudis.
Jean Lecanuet.
René Monory.
Simone Veil.
Valéry Giscard d’Estaing.
François Mitterrand.
Jacques Chirac.
Édouard Balladur.
Charles Pasqua.
Emmanuel Macron.

_yartiBossonBernardA05



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170513-bernard-bosson.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/bernard-bosson-figure-exaltee-du-193237

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/05/16/35294385.html



 

Repost 0
16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 13:00

Je viens d'apprendre avec beaucoup d'émotion et de tristesse la mort de Bernard Bosson, qui fut longtemps député-maire d'Annecy, centriste (secrétaire général du CDS entre 1991 et 1994) et ministre de 1986 à 1988 et de 1993 à 1995. J'avais eu l'honneur de l'avoir côtoyé souvent dans les années 1990 pour des raisons de proximité régionales (et nationales). Il est mort d'une longue maladie à Lyon le 13 mai 2017 et a été inhumé le 15 mai 2017 à Annecy dans la plus grande discrétion. Qu'il repose en paix.

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170513-bernard-bosson.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170516-bernard-bosson.html
 

Repost 0
24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 06:13

« À la fois diplomate et baroudeur, ministre et marin, militaire et romancier, émissaire secret et négociateur habile, homme public flamboyant et ardent Européen, mémorialiste et grand officier de la Légion d’honneur, Jean-François Deniau a tout fait, il a vécu plus que les sept vies qu’il se donnait. » (Pierre-Jean Rémy, le 25 janvier 2007 à Paris). Sur Jean-François Deniau, première partie.


_yartiDeniauJF06

En 1994, Jean-François Deniau avait publié chez Plon le premier tome de son autobiographie "Mémoire de sept vies". Il venait d’être élu à l’Académie française et a écrit près d’une trentaine de livres. Sept vies, et peut-être même plus, d’après son collègue diplomate écrivain Pierre-Jean Rémy, car son existence, à l’évidence, fut d’une richesse exceptionnelle, un peu touche-à-tout. J’en évoquerai sept angles, pas forcément ceux qu’il avait proposés. Il est mort à Paris il y a exactement dix ans, le 24 janvier 2007, à l’âge de 78 ans, d’une vilaine maladie. Une existence tellement diversifiée pour ce haut fonctionnaire, diplomate, homme politique, écrivain, conteur, académicien, passionné de voile, qu’en 2015, la douane française a donné son nom à l’un de ses patrouilleurs.

Fils d’un polytechnicien, petit frère d’un polytechnicien, député, ministre, Jean-François Deniau est né le 31 octobre 1928 à Paris. Il fut très tôt orphelin de père et avec sa mère, il avait appris la liberté et la responsabilité : sa mère ne lui a jamais donné aucun ordre mais il devait assumer tous ses choix. Après de brillantes études de sociologie, d’ethnologie et d’économie politique, il fut diplômé de Science Po Paris et docteur en droit. Il fut trop jeune pour la Résistance mais s’engagea en Indochine en 1949 où il a rejoint son frère Xavier Deniau.

Ce fut dans ces conditions difficiles qu’il prépara le concours de l’ENA (il passa seul l’écrit du concours d’entrée à l’ENA à Saigon en pleine nuit, en même temps que les candidats de la Métropole) et y fut admis en 1950. Il passa son stage d’étudiant dans la prestigieuse ambassade de France en Allemagne, à Bonn et fut accueilli par des personnalités éminentes qui sont devenues ses amis : le très réputé ambassadeur André François-Poncet, Alain Peyrefitte et Claude Cheysson. Il y rencontra aussi Louis de Guiringaud, Jean Sauvagnargues, Jean François-Poncet (le fils d’André) et Jean d’Ormesson (les trois premiers furent nommés par la suite Ministre des Affaires étrangères). Au lieu des trois à six mois habituels, Jean-François Deniau a demandé à rester un an pour son stage, afin de parfaire sa langue allemande.

Un jour, Jean-François Deniau est entré dans le bureau de son patron à Bonn, André François-Poncet, qui était en train d’essayer son costume d’académicien. Il venait d’être élu à l’Académie française le 15 mai 1952 et il a confié à son stagiaire qu’il devait préparer le discours le plus difficile de sa carrière, pour sa réception prévue le 22 janvier 1953 : la coutume voulait que le nouveau reçu fasse l’éloge de son prédécesseur, or celui-ci, élu le 20 juin 1929 mais radié de la noble assemblée en 1945, était …le maréchal Philippe Pétain ! André François-Poncet expliqua : « Je viens de faire le plus facile, je viens de gagner Verdun ! ». L’historien Robert Aron, lui aussi, élu le 7 mars 1974 académicien, a écrit dans son "Histoire de l’épuration" (éd. Fayard) : « Ce discours fut un modèle de méthode historique. Pour la première fois sans doute depuis la Libération, il était tracé publiquement un portrait impartial du maréchal Pétain. En 1953, c’était encore une entreprise difficile et un acte courageux. » (1975).


1. Le diplomate européen

Bien que devenu inspecteur des finances, Jean-François Deniau fit sa carrière de haut fonctionnaire dans la diplomatie. En fait, il ne voulait pas être dans le corps du Quai d’Orsay car il trouvait que l’avancement y était beaucoup trop lent. Comme l’avait fait Maurice Couve de Murville, il avait opté pour l’inspection des finances pour devenir plus rapidement ambassadeur (étant très bien placé à la sortie de l’ENA, Jean-François Deniau pouvait se permettre de choisir). Il a donc eu trois ans de mission d’inspection et la méthode qu’il a acquise lui a donné pour règle de ne jamais juger de quelque chose sans avoir l’explication de la partie adverse.

Personne ne voulait s’expatrier en Belgique. En 1956, Jean-François Deniau fut nommé chargé de mission au secrétariat général du comité interministériel auprès du Président du Conseil à Bruxelles, travaillant avec Maurice Faure et Alain Peyrefitte, et devenant l’interlocuteur quotidien de Jean Monnet et Paul-Henri Spaak. Ainsi, il fut le rédacteur du préambule du Traité de Rome, le texte fondateur de l’Union Européenne signé le 25 mars 1957. Il continua sa carrière au sein de la Commission Européenne comme directeur, puis directeur général chargé de négocier avec la Royaume-Uni son entrée au Marché commun. Mais De Gaulle a rompu les négociations et sa mission s’achevait donc.

Après une disgrâce de six mois sans poste ni traitement (c’était mal vu pour sa carrière de partir déserter à Bruxelles), à 35 ans, Jean-François Deniau fut nommé ambassadeur de la France en Afrique de 1963 à 1966. Maurice Couve de Murville, le Ministre des Affaires étrangères, lui avait proposé la Mauritanie ou le Tchad ; ce fut la Mauritanie : « Vous êtes chef civil et militaire, mais aussi pilote d’avion et d’hélicoptère. Vous faites vous-même des évacuations sanitaires. Vous transportez des ministres sur le terrain, où ils sont censés venir arbitrer un conflit tribal. D’ailleurs, il arrive que vos passagers s’en remettent à vous pour l’arbitrage, préférant rester dans la carlingue. » (Alain Peyrefitte, le 10 décembre 1992). Son choix de l’inspection des finances a donc été pertinent puisqu’il a atteint le poste d’ambassadeur dix ans avant ses camarades qui avaient choisi le Quai d’Orsay.

De retour de Mauritanie, craignant de ne plus avoir de poste une nouvelle fois, malgré les services rendus (il a rempli beaucoup de missions secrètes pour le gouvernement à cette époque), Alain Peyrefitte, Ministre de la Recherche scientifique, le nomma pour quelques mois délégué interministériel chargé du procédé Secam de la télévision en couleurs, considéré par De Gaulle comme un « symbole de libération par rapport à la domination [américaine] ».

Il fut ensuite commissaire européen puis ministre sauf pendant dix-huit mois. Le "trou" entre janvier 1976 et septembre 1977, c’était parce qu’il fut nommé ambassadeur de France en Espagne, le premier depuis la mort de Franco et l’accession au trône du roi Juan Carlos Ier qui avait demandé cette faveur à Valéry Giscard d’Estaing, celle de nommer Jean-François Deniau à ce poste, car ils s’étaient connus précédemment et étaient de bons amis qui aimaient la voile.

_yartiDeniauJF02

Dans ses mémoires, Jean-François Deniau a ainsi raconté : « Pour présenter mes lettres de créance au roi en janvier 1976, je suis en grand uniforme, parements brodés d’or, bicorne à plumes blanches, épée, et la ceinture symbole du pouvoir. Je suis devant le roi, je tends mes lettres de créance de la main droite, mon bicorne à plume sous le bras gauche, comme le veut la règle. Et le roi dit à mi-voix : "Tu aurais cru qu’un jour, on se retrouverait tous les deux costumés comme ça ?" » (1997).

Son ami Jean d’Ormesson s’est souvenu, le 7 décembre 1992 à Paris, de ce qu’il lui avait dit à l’ambassade de France à Madrid : « Mon pauvre Jeannot, regarde, j’ai tout raté, j’ai perdu ma vie ! ». Jean-François Deniau a bien dû l’admettre : « Mes défauts de caractère (…) sont entre autres de ne jamais être vraiment satisfait de ce que je fais, et d’essayer d’en faire un tout petit peu plus. » (7 décembre 1992).

L’Europe a été l’une des affaires de sa vie. Jean-François Deniau voyait dans la construction européenne le projet positif pour promouvoir les libertés et les droits de l’Homme. Comme député européen, il avait d’ailleurs été à l’origine de la création du prix Andrei Sakharov pour la liberté de l’esprit" au cours d’un débat au Parlement Européen de Strasbourg le 26 juillet 1984 : « Reprenant une idée qu’avaient d’ailleurs déjà exprimée deux de mes collègues italiens, messieurs Gawronski et Bettiza, je souhaite personnellement que nous saisissions cette occasion pour créer un prix du Parlement Européen qui s’appellerait le Prix européen du Parlement Européen Andrei Sakharov. Ce prix, nous le décernerons chaque année sur des thèmes qui correspondent précisément au combat d’Andrei Sakharov. ».

Jean-François Deniau fut alors désigné le 19 décembre 1984 rapporteur d’une mission pour préciser cette proposition, dont le rapport fut présenté le 12 décembre 1985. Le prix fut adopté en séance plénière le 13 décembre 1985 par 94 voix contre 31 et 15 abstentions. Parmi les lauréats de ce prix, on peut citer Nelson Mandela (1988), premier lauréat, Alexander Dubcek (1989), Aung San Suu Kyi (1990), Ibrahim Rugova (1998), Kofi Annan (2003), etc.

Le 12 décembre 1978, ce fut Jean-François Deniau qui présenta le programme de l’UDF pour les premières élections européennes de juin 1979 (il était le quatrième de la liste UDF qui fut menée par Simone Veil, Jean Lecanuet et Edgar Faure). Voulant se différencier de Jacques Chirac, il a déclaré : « Le génie de l’Europe, c’est sa diversité et son pluralisme. ». Et surtout, que l’Europe n’était « ni satellite du monde soviétique, ni annexe du monde américain ».

Sur l’Europe, Jean-François Deniau était cependant parfois désabusé et était même favorable à repousser le référendum sur le Traité de Maastricht qu’il voyait mal engagé. Déjà en 1977, il avait publié un essai sur l’Europe, "L’Europe interdite", éd. Le Seuil) et la journaliste Michèle Cotta avait noté le 13 mai 1994 : « Un jour, il y a près de vingt ans, Jean-François Deniau, qui venait de publier un essai sur l’Europe, plaisantait de lui-même en se flattant de n’en avoir vendu aucun exemplaire. Il exagérait, certes, mais à peine. "L’Europe, m’avait-il dit, ça emm@rde tout le monde !" ».


2. Le ministre

Jean-François Deniau a pris sa première fonction politique comme commissaire européen du 7 juillet 1967 au 5 janvier 1973, chargé d’abord du Commerce extérieur puis le 1er juillet 1970 des Relations extérieures et enfin le 22 mars 1972, de l’Élargissement et de l’aide au développement. Raymond Barre était à l’époque très influent à Bruxelles comme Vice-Président de la Commission Européenne.

À ce titre, Jean-François Deniau fut chargé des négociations pour l’adhésion du Royaume-Uni, de l’Irlande et du Danemark à la future Union Européenne (le Brexit a dû le faire retourner dans la tombe) ainsi que des négociations pour aboutir aux Accords de Lomé (coopération commerciale entre l’Europe et l’Afrique).signés le 28 février 1975. Il connaissait très bien tous les dirigeants africains ainsi que la mécanique européenne.

_yartiDeniauJF03

Alors que son frère Xavier venait de quitter le gouvernement dirigé par Pierre Messmer, Jean-François Deniau, lui, y entra comme Secrétaire d’État chargé de la Coopération (auprès de Michel Jobert) du 2 avril 1973 au 27 février 1974, puis comme Secrétaire d’État chargé de l’Agriculture du 27 février 1974 au 27 mai 1974, dans le dernier gouvernement de Pierre Messmer (auprès de Raymond Marcellin) pour aller « courir le marathon agricole » à Bruxelles.

Il n’a pas été "gardé" lors de l’élection de Valéry Giscard d’Estaing et après quelques mois, a quand même réintégré son poste ministériel de l’Agriculture dans le premier gouvernement de Jacques Chirac seulement du 31 janvier 1975 au 12 janvier 1976 (auprès de Christian Bonnet), toujours comme négociateur à Bruxelles.

Après l’ambassade à Madrid, il retrouva un poste ministériel dans le deuxième gouvernement de Raymond Barre après la démission de Pierre-Christian Taittinger, en retrouvant son Secrétariat d’État chargé des Affaires étrangères du 26 septembre 1977 au 31 mars 1978 (auprès de Louis de Guiringaud). Enfin, dans le troisième gouvernement de Raymond Barre, il fut nommé Ministre du Commerce extérieur du 3 avril 1978 au 2 octobre 1980, puis Ministre délégué auprès du Premier Ministre chargé des Réformes administratives, du 2 octobre 1980 jusqu’à sa démission le 4 mars 1981 pour se consacrer pleinement à la campagne présidentielle.

Dans ses cahiers, Michèle Cotta s’est souvenue d’une conversation avec Jean-François Deniau le 8 juillet 1975 : « Il est tout à fait décontracté, car, paraît-il, Giscard lui a dit récemment qu’il ne serait pas Ministre des Affaires étrangères à l’occasion du prochaine remaniement. Il parle du renouveau des classes sociales en URSS et raconte cette anecdote survenue après un spectacle du Bolchoï, à Moscou, auquel il avait assisté. Les spectateurs arrivent avec leur chapka et leurs chaussures de neige au théâtre. À l’entrée, ils laissent l’un après l’autre chapeau et chaussures au vestiaire. Après le spectacle, catastrophe, parce qu’ils quittent tous la salle en même temps : ils doivent se mettre en rang et attendre trois quarts d’heure pour qu’on leur restitue leurs précieux accessoires… sauf quelques-uns d’entre eux qui ont loué des jumelles de spectacle. Ceux-là, traités à part, brandissent leurs jumelles de location comme des sauf-conduits, passent devant tout le monde, rechaussés et recoiffés les premiers. Le problème, ce n’est pas que les jumelles coûtent cher : leur location ne coûte que quelques kopecks. Mais seules les huiles de l’intelligentsia en louent, seuls ceux qui peuvent prétendre au symbole de la paire de jumelles ! ».

Devant ses amis académiciens, Jean-François Deniau a confié le 21 octobre 2003 : « Il m’est arrivé de faire applaudir par des gouvernements résolument marxistes et révolutionnaires une citation du vicomte de Bonald, qui n’avait pas une réputation particulièrement progressiste : "Pour bien gouverner en ce monde, il faut voir les hommes comme ils sont et les choses comme elles devraient être". ». Et pas l’inverse ! Le philosophe Louis de Bonald (1754-1840) fut l’un des porte-parole des légitimistes et est considéré aujourd’hui comme l’un des fondateurs de la sociologie.


Après avoir évoqué le diplomate et le ministre, j’aborderai dans le prochain article l’élu local et national pendant une vingtaine d’années.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 janvier 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-François Deniau.
Jean d’Ormesson.
Alain Peyrefitte.
Pierre-Jean Rémy.
Jean François-Poncet.
Claude Cheysson.
Valéry Giscard d’Estaing.
Pierre Messmer.
Jacques Chirac.
Raymond Barre.
Maurice Faure.
L’URSS.
L’Afghanistan.
Andrei Sakharov.
Xavier Deniau.
Edgar Faure.
Jean Lecanuet.
Michèle Cotta.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Françoise Giroud.
Simone Veil.
Monique Pelletier.
Quai d’Orsay.

_yartiDeniauJF04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170124-jean-francois-deniau.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-francois-deniau-l-engage-188909

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/01/23/34843670.html

 

Repost 0
23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 04:34

« Robert Fabre apparaît véritablement sur le devant de la scène politique [à la] suite [d’une] scission (celle du Parti radical en 1971) et qu’il en sort à l’occasion d’une rupture (celle de l’union de la gauche en 1978). (…) Après avoir refusé en 1971 la "dérive droitière" du Parti radical nouvellement conquis par Jean-Jacques Servan-Schreiber, il refuse en 1978 la "dérive collectiviste" que tente d’imposer à la gauche unie le Parti communiste de Georges Marchais, entre temps il est celui qui aura inscrit le radicalisme dans la gauche française. » (Samuel Deguara, 11 juin 2016).


_yartiFabreRobert01

Il n’y a qu’une seule femme parmi les sept candidats à la primaire socialiste dont la liste a été officialisée le 17 décembre 2016. Il s’agit de Sylvia Pinel (39 ans), députée et ancienne ministre sous François Hollande (2012-2016), qui est depuis le 17 février 2016 la présidente du Parti radical de gauche, succédant à Jean-Michel Baylet nommé ministre, une succession confirmée par un vote interne le 3 septembre 2016.

Ce petit parti fut le résultat d’une scission de l’ancien grand Parti radical de la IIIe République, celui de Georges Clemenceau, de Joseph Caillaux, d’Édouard Herriot, de Pierre Mendès France, etc. Ce parti se divisa profondément lors de la politique d’union de la gauche. La tendance minoritaire, menée par Maurice Faure, quitta les instances officielles de ce parti radical pour créer un nouveau parti radical qui prit de nombreuses appellations (comme le MRG, Mouvement des radicaux de gauche) et qui se stabilisa en PRG, Parti radical de gauche, appellation que je conserverai pour plus de facilité malgré son "anachronisme".

Car je propose ici de présenter très succinctement la figure historique de Robert Fabre, le fondateur en quelque sorte de ce nouveau mouvement politique, qui est mort il y a exactement dix ans, le 23 décembre 2006 et il venait d’avoir 91 ans deux jours auparavant.

Coïncidence d’ailleurs, Robert Fabre est mort quelques semaines seulement après un autre "radical historique", Jean-Jacques Servan-Schreiber, qui fut le versant "de droite" des radicaux de l’époque.


Un notable de province

Né le 21 décembre 1915 à Villefranche-de-Rouergue, dans l’Aveyron, Robert Fabre fut avant tout un notable de province, pharmacien après des études à Toulouse, fils et petit-fils de pharmaciens : la pharmacie Fabre était très connue dans la région.

Petit-fils de Marcellin Fabre qui fut aussi maire de Villefranche-de-Rouergue de 1886 à 1889 et de 1892 à 1904, Robert Fabre fut maire de Villefranche-de-Rouergue pendant trente ans, de 1953 à 1983 (ce fut le député et pharmacien Jean Rigal qui lui succéda à la mairie, mis en avant par lui), conseiller général de 1955 à 1979, également vice-président du conseil régional de Midi-Pyrénées.

Ce fut à presque 47 ans que sa vie politique prit une tournure nationale en se faisant élire député en novembre 1962 et il fut réélu sans discontinuité jusqu’en septembre 1980. Il avait refusé de se porter candidat aux élections législatives de novembre 1958 contre Paul Ramadier, député SFIO sortant et maire de Decazeville, ancien Président du Conseil du 22 janvier 1947 au 19 novembre 1947, qu’il respectait beaucoup (Paul Ramadier fut battu). Et Robert Fabre a été battu le 26 avril 1959 aux élections sénatoriales (ce fut son seul échec électoral).


La gauche de l'union

Élu local qui ne fut jamais ministre, très bien implanté dans son Aveyron, Robert Fabre fut un personnage clef pour François Mitterrand dans la stratégie de ce dernier pour prendre le pouvoir par l’union de la gauche. Après avoir conquis le Parti socialiste au congrès d’Épinay-sur-Seine le 13 juin 1971, il voulait conquérir la "gauche" (donc essentiellement le PCF) avant de conquérir l’Élysée. Mais un face-à-face avec Georges Marchais, redoutable secrétaire général du Parti communiste français, fort de la belle performance présidentielle de Jacques Duclos, aurait rendu François Mitterrand trop transparent avec ses arrière-pensées. En soutenant une alliance à trois, avec un troisième parti, il pouvait tenter de démontrer sa sincérité par cette démarche collective.

Si le Parti radical fut historiquement toujours un allié des socialistes, à l’époque de la SFIO, déjà sous Édouard Herriot lors du Cartel des gauches, et bien sûr aussi sous le Front populaire de Léon Blum, il fut en revanche profondément anticommuniste.

Or, l’idée de François Mitterrand de rassembler toutes les gauches, y compris les communistes, était très difficile à mettre en œuvre en raison de cette ligne de fracture au sein de cette gauche. Cette idée de François Mitterrand était la conséquence directe d’une analyse qui s’est avérée pertinente sur la bipolarisation de la vie politique clivée par le second tour de l’élection présidentielle au suffrage universel direct. Dans son esprit, sans cette union de la gauche, il serait impossible d’être élu Président de la République "par la gauche".


Divisions radicales

La ligne de fracture s’est esquissée également au sein des radicaux. Maurice Faure, qui présidait le Parti radical, était un proche ami de François Mitterrand à l’époque de la IVe République et avait accepté l’organisation, au sein du Parti radical, du Groupe d’études et d’action radical-socialiste (GEARS) fondé le 17 novembre 1971, peu après le congrès d’Épinay, qui rassemblait les radicaux opposés à la stratégie de Jean-Jacques Servan-Schreiber préférant une alliance centriste à une union de la gauche.

L’idée de JJSS, c’était de créer un mouvement des réformateurs composé de deux pôles, les radicaux et les démocrates-chrétiens du Centre démocrate de Jean Lecanuet (dont l’origine était le MRP) pour faire pression sur le mouvement gaulliste d’une part, et sur les républicains indépendants de Valéry Giscard d’Estaing d’autre part (ce fut finalement l’idée d’origine de l’UDF en mars 1978).

Dans les faits, JJSS s’est avant tout montré très hostile aux socialistes, au point que lorsqu’il s’est fait élire député de Nancy, il a dû être non-inscrit, alors secrétaire général du Parti radical, tandis que Maurice Faure, président du Parti radical, fut apparenté au groupe socialiste à l’Assemblée Nationale (de nombreux socialistes étaient prêts à démissionner en cas d’intégration de JJSS dans leur groupe socialiste). Cela donnait une idée de la division des radicaux où les deux premiers dirigeants avaient des inscriptions politiques différentes dans leur travail parlementaire !

Les radicaux du GEARS, au contraire de JJSS, craignaient de perdre leur autonomie dans une stratégie centriste. On peut aussi ajouter qu’il y avait une rivalité traditionnelle entre les "centristes" du Centre démocrate, considérés comme des "démocrates-chrétiens" et les radicaux qui, historiquement, furent les promoteurs de la laïcité et pour beaucoup, étaient des "anticléricaux".

Parmi les membres du GEARS, il y avait Maurice Faure, Robert Fabre, qui en prit la présidence, François Loncle, le secrétaire (il fut ensuite ministre sous François Mitterrand), Michel Crépeau (maire de La Rochelle qui fut candidat du MRG à l’élection présidentielle du 26 avril 1981, également futur ministre), Henri Caillavet, François Luchaire (constitutionnaliste) et Michel Durafour (qui fut ministre sous Valéry Giscard d’Estaing et sous François Mitterrand).


Programme commun de la gauche

Le 12 juillet 1972, au salon de l’Aiglon de l’hôtel Continental, ce fut la présentation officielle à la presse du "programme commun de la gauche" (signé le 27 juin 1972). Trois personnes représentèrent pendant plusieurs années cette stratégie : François Mitterrand (PS), Georges Marchais (PCF) et Robert Fabre (MRG). Dès le 19 juillet 1972, les "radicaux de gauche" furent exclus du Parti radical. Ils créèrent ainsi le Mouvement de la Gauche radicale-socialiste le 4 octobre 1972 qui est devenu Mouvement des radicaux de gauche le 2 décembre 1973. Son président fut Robert Fabre.

_yartiFabreRobert04

S’amusant à composer un gouvernement qui serait dirigé par François Mitterrand dans le cas d’une victoire de l’union de la gauche aux élections législatives de mars 1973, Maurice Faure (jouant avec la journaliste Michèle Cotta le 18 janvier 1973) voyait Robert Fabre à l’Intérieur, Guy Mollet à la Justice, Gaston Defferre aux Finances, Roland Leroy à l’Éducation nationale, Pierre Mauroy à la Défense et imaginait en secrétaires d’État Jean-Pierre Chevènement, Pierre Joxe et Claude Estier. À part Robert Fabre, Roland Leroy et Claude Estier, tous les autres cités ici furent ministres sous François Mitterrand.

L’intérêt d’être à trois, François Mitterrand l’a saisi très vite en faisant semblant de "présider" les conférences de presse à trois (Mitterrand, Marchais, Fabre), en animant le groupe, donnant la parole à ses deux compères, leur demandant leur avis, etc., ce qui lui donnait rapidement un ascendant et un style présidentiel sur Georges Marchais. Le 22 janvier 1973, Michèle Cotta a remarqué dans son journal : « Contrairement au duo Lecanuet-Servan-Schreiber, ils n’ont pas le moins du monde l’air de souffrir du voisinage l’un de l’autre. ». Aux élections législatives de mars 1973, Robert Fabre a réussi à faire élire 13 députés radicaux de gauche.

Lors d’une autre de ces conférences de presse, le 21 janvier 1974, Michèle Cotta a noté : « Robert Fabre, qui porte toujours beau, quoique, dans ces réunions, il n’apparaisse jamais que comme une sorte de figurant. ». L’échec de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1974 fut en fait un succès politique pour ce dernier : candidat unique de la gauche qui a failli gagner face à Valéry Giscard d’Estaing à quelques centaines de milliers de voix près, il a pu prouver que sa stratégie d’union était la bonne dans le cadre de ces institutions.

Malgré l’union de la gauche, Robert Fabre a vu d’un œil bienveillant l’élection de Valéry Giscard d’Estaing à la Présidence de la République qui allait (vainement) chercher une troisième voie de gouvernement, entre socialisme et libéralisme. La démission du MRG du sénateur Henri Caillavet pour rejoindre les giscardiens a convaincu Robert Fabre de la nécessité de dialoguer. Ce fut donc un véritable scandale lorsque, le 30 septembre 1975, Robert Fabre se rendit à l’Élysée, à sa demande, pour s’entretenir avec Valéry Giscard d’Estaing.


La rupture

Six mois avant les élections législatives de mars 1978, nouvelle échéance pour faire gagner l’union de la gauche, ce fut la rupture sur la réactualisation du programme commun qui avait été rédigé il y a cinq ans déjà.

Dans la nuit du 22 au 23 septembre 1977, après plusieurs jours de négociations éreintantes, le constat d’échec fut formalisé. François Mitterrand : « Votre conception des nationalisations s’intègre dans une conception de la société future qui n’est pas la nôtre. Constatons que nous ne parlons pas de la même chose. ». Georges Marchais : « On ne pourra continuer d’avancer que si nous ne reculons pas. Vous reculez sans arrêt ! ».

Étrangement, l’image de cette rupture fut donnée par le "figurant" Robert Fabre qui, dès le début des négociations, le 14 septembre 1977, poussa un véritable "coup de gueule". Faisant la une des journaux, on l’a vu ainsi bousculer Georges Marchais et prendre son micro en direct du journal de 20 heures, en lui disant : « Laisse-moi passer, c’est moi qui parle le premier ! ». L’idée était d’annoncer lui-même l’échec des négociations sur la réactualisation du programme commun.

_yartiFabreRobert03

À la fin de l’après-midi, Robert Fabre avait claqué la porte des négociations. Michèle Cotta a décrit la scène : « D’emblée, l’impasse semble totale : entre les communistes qui proposent la nationalisation d’un nombre impressionnant de filiales, les socialistes qui répètent : "Tout le programme commun, mais rien que le programme commun", et les radicaux qui ne cessent de penser aux PME, il n’y a pas de voie de conciliation. Du coup, Robert Fabre demande une interruption de séance : les radicaux veulent interrompre ce sommet. Ils décident de le quitter avec fracas dans le but, spectaculaire, non de rompre définitivement, mais d’appeler tous les partenaires à la réflexion. ».


L’après-rupture

L’après-rupture du programme commun de la gauche fut difficile à assumer pour les radicaux de gauche en vue des investitures aux élections législatives de mars 1978 car cela nécessitait de se remettre totalement à la bonne volonté de François Mitterrand.

Michèle Cotta, qui a rencontré le 9 novembre 1977 Robert Fabre (« cheveux grisonnants et accent chantant de l’Aveyron ») en a fait état : « Robert Fabre (…) me parle de sa position, plus inconfortable qu’il n’en paraît : il est à la droite de la gauche, et à la gauche du centre. Il croyait qu’il lui serait facile de conclure des accords électoraux avec le PS. Il a dû au contraire batailler ferme pour tenter d’obtenir les coudées franches dans 34 circonscriptions, avec 34 candidats radicaux soutenus dès le premier tour par les socialistes, donc en position d’être élus. ».

Pendant cette période, les giscardiens n’ont pas cessé de faire des appels du pied aux radicaux de gauche pour rejoindre Valéry Giscard d’Estaing. Jean François-Poncet, alors Secrétaire Général de l’Élysée, est venu ainsi proposer ses services le 15 septembre 1977 à Maurice Faure : « Si les radicaux ont des problèmes électoraux, nous pouvons les résoudre ! ».

Le 9 novembre 1977, Robert Fabre aussi imagina la possibilité de se rallier aux giscardiens, pour la rejeter aussitôt : « Les ouvertures ont été multiples. Si j’avais voulu négocier avec la majorité, je l’aurais fait. Je n’ai pas voulu jouer les Brousse. ». [Pierre Brousse fut un sénateur radical rallié nommé ensuite Ministre du Commerce et de l’Artisanat du 29 août 1976 au 29 mars 1977].

Michèle Cotta de conclure ainsi dans ses carnets : « À 61 ans, voilà donc ce petit pharmacien de Villefranche-de-Rouergue devenu une sorte de sage de la gauche. Avec une espérance : celle de faire du parti radical de gauche la formation d’appoint d’une éventuelle nouvelle majorité de gauche l’année prochaine. ».

Aux élections législatives de mars 1978, 10 députés radicaux de gauche furent finalement élus (dont Maurice Faure, Michel Crépeau, Robert Fabre, Jean-Michel Baylet et François Abadie).

Au soir du second tour, le 19 mars 1978, qui fut un échec pour la gauche, depuis sa mairie de Villefranche-de-Rouergue, Robert Fabre formalisa la mort de l’union de la gauche, comme un huissier désireux de retrouver sa liberté. Le 14 mai 1978, il quitta la présidence du MRG au congrès de Paris (Michel Crépeau lui succéda).

Robert Fabre voulait également fédérer autour de lui des "gaullistes de gauche" comme Jean Charbonnel, ce qui n’était pas du goût des socialistes. La rupture entre lui et les socialistes a eu lieu finalement en septembre 1978 quand Valéry Giscard d’Estaing lui a proposé une mission parlementaire sur l’emploi qu’il l’a acceptée. Exclu du Mouvement des radicaux de gauche, Robert Fabre fut alors député non-inscrit jusqu’à sa démission en septembre 1980 et créa la Fédération de la démocratie radicale.


Des responsabilités institutionnelles

Démissionner du Palais-Bourbon ? En effet, Robert Fabre fut nommé le 19 septembre 1980 par le Président Valéry Giscard d’Estaing dans la fonction très arbitrale de Médiateur de la République, une responsabilité inaugurée par Antoine Pinay le 30 janvier 1973 et, plus tard, après Robert Fabre, par Jacques Pelletier, Bernard Stasi, Jean-Paul Delevoye et intégrée dans une nouvelle fonction, "Défenseur des droits" inaugurée par Dominique Baudis et assumée aujourd’hui par Jacques Toubon.

Normalement, Robert Fabre aurait dû achever son mandat de six ans en septembre 1986. Mais très soucieux de récompenser ses amis, François Mitterrand, par l’intermédiaire de Louis Mermaz, Président de l’Assemblée Nationale, l’a fait nommer membre du Conseil Constitutionnel, où il siégea du 4 mars 1986 au 4 mars 1995 : « Cette dernière nomination doit s’interpréter comme un signal politique adressé par le Président Mitterrand pour dire qu’il lui était reconnaissant pour les années passées ensemble dans le combat de l’union de la gauche (…). Cette nomination aura valeur de réhabilitation. » (Samuel Deguara).

D’ailleurs, dans ce cadre de ses fidélités, François Mitterrand avait également nommé Médiateur de la République pour lui succéder Paul Legatte, son ancien compère de la Convention des institutions républicaines, que Robert Fabre a justement remplacé au Conseil Constitutionnel (Paul Legatte avait été nommé par Louis Mermaz le 11 mai 1983 à la mort d’Achille Peretti).

Comme on le voit, Robert Fabre a renoncé à toute action politique le jour où il a préféré les placards dorés de la République. Les radicaux de gauche lui en ont voulu d’avoir accepté la "décrispation" giscardienne à la poursuite de l’union de la gauche. François Mitterrand, non, car la présence de Robert Fabre l’avait beaucoup aidé entre 1971 et 1978.

Samuel Deguara a analysé le positionnement impossible de Robert Fabre à la fin des années 1970 et au début des années 1980 ainsi : « Il a souvent été reproché (…) à Robert Fabre de ne pas avoir su attendre : si son radicalisme ne l’avait pas poussé dès 1975 à ouvrir le dialogue avec Giscard d’Estaing et s’il n’avait pas annoncé son retrait de l’union de la gauche, n’aurait-il pas alors figuré en bonne place parmi les ministres du premier gouvernement de la gauche sous la Ve République ? ».


Hommage des radicaux de gauche

Même si les radicaux de gauche ont su le "réhabiliter" de son vivant, en le faisant président d’honneur de leur mouvement, il est quand même assez amusant de voir aujourd’hui les dirigeants des radicaux de gauche "récupérer" la figure de Robert Fabre à leur avantage. Ainsi, Jean-Michel Baylet a souvent déclaré qu’il avait eu deux pères en politique, Maurice Faure et Robert Fabre, en oubliant qu’il a eu une (vraie) mère, Évelyne Baylet, patronne de "La Dépêche du Midi" !

Quant à l’actuelle présidente du PRG, candidate à la primaire socialiste, Sylvia Pinel, "pouline" de Jean-Michel Baylet mais aussi nièce d’un sénateur du Tarn-et-Garonne (Pierre Tajan), elle n’a pas hésité, pour célébrer le centenaire de Robert Fabre, à venir à Villefranche-de-Rouergue le 11 juin 2016 et à rappeler que sa grand-mère lui avait offert le livre de Robert Fabre "Quelques baies de genièvre" (éd. Jean-Claude Lattès, 1976) dédicacé par l’auteur, lorsqu’elle a été élue, elle-même, députée en juin 2007 (à l’âge de 29 ans).

Sylvia Pinel a interprété ainsi la décision de Robert Fabre de s’engager dans l’union de la gauche : « Ce choix était audacieux dans le contexte de l’époque et au vu de la position centriste des radicaux, de s’unir aux socialistes et encore plus, bien sûr, aux communistes. Mais il l’a fait. Il l’a fait dans l’intérêt du radicalisme. Il l’a fait dans l’intérêt de la gauche. Il l‘a fait dans l’intérêt de la France. Il savait que la gauche devait s’unir pour avoir une chance d’exercer le pouvoir dans cette Ve République qu’il n’aimait guère. Mais c’est aussi un vrai radical, indépendant qui veut que son parti soit respecté, entendu et considéré pour les valeurs qu’il porte et pour les propositions qu’il formule. » (11 juin 2016).

Et de résumer ainsi la trajectoire politique : « Robert Fabre a su moderniser de manière audacieuse et pragmatique le radicalisme pour en faire le parti de la raison et de la liberté. » (11 juin 2016).


Sans héritage politique…

Aujourd’hui, que reste-t-il de l’action nationale de Robert Fabre ? Comme celle de Jean-Jacques Servan-Schreiber dans l’autre versant, c’est-à-dire, pas grand chose.

Car l’union de la gauche ne signifie aujourd’hui plus grand chose non plus. Ses anciens alliés socialistes sont très divisés (et le resteront), tant de manière externe (Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon) que de manière interne (primaire socialiste).

Samuel Deguara, secrétaire général du groupe RDSE au Sénat, est l’auteur d’une biographie sur Robert Fabre (éd. L’Harmattan) en 2003. Il a décrit la difficulté d’être radical dans un système bipolaire : « Sa profonde culture radicale et humaniste du dialogue, de l’indépendance et du pragmatisme l’amènera à rencontrer et à s’associer à des hommes politiques "classés" aussi bien à droite qu’à gauche. Or, dans une configuration politique où le manichéisme du clivage gauche/droite domine bien plus fortement encore qu’aujourd’hui, il n’échappera pas aux accusations de "trahison" et de "ralliement". ».

Il a synthétisé la vraie préoccupation de Robert Fabre : « Le "malaise radical" va alors s’exprimer avec force : comment exister dans un système dualiste où le radicalisme se situe des deux côtés de la fracture ? (…) L’originalité de Robert Fabre résidera dans une attitude politique de plus en plus en décalage avec les usages politiques du moment, dans la mesure où il tentera, fidèle en cela à ses convictions, de s’extraire de la bipolarisation pour exprimer au maximum son radicalisme : pourquoi s’opposer systématiquement sous prétexte qu’on appartient dans l’opposition ? ».

Nul doute qu’aujourd’hui, la traduction du radicalisme selon Robert Fabre se situerait dans les traces d’un ancien ministre… Emmanuel Macron, comme l’ont déjà rejoint les parlementaires PRG Philippe Esnol, Jacques Mézard et Alain Tourret, même si la plupart des élus du PRG ont décidé de soutenir Sylvia Pinel dans le cadre de la primaire socialiste.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 décembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Robert Fabre.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Maurice Faure.
Georges Marchais.
François Mitterrand.
Valéry Giscard d’Estaing.
Jean-Michel Baylet.
Jean Lecanuet.
Françoise Giroud.
Jean Charbonnel.
Jean François-Poncet.



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161223-robert-fabre.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/robert-fabre-le-troisieme-homme-187672

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/12/23/34705607.html


 

Repost 0
24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 06:33

« La plupart du temps, les politiques réagissent au détriment de la réflexion, ce qui est amplifié par le caractère immédiat et instantané de l’information. Or, une société ne peut pas être ballottée entre l’émotion du lundi et celle du mercredi. » (Jean-Christophe Lagarde, le 14 août 2016).


_yartiLagardeJCD01

La rentrée politique de l’UDI, le parti centriste, a lieu ce samedi 24 septembre 2016 à Issy-les-Moulineaux. C’est l’occasion de reprendre quelques prises de position de son président, Jean-Christophe Lagarde, durant l’été. Après la vision très intégrée de l’Europe, voici quelques autres sujets d’actualité.


La réponse aux attentats terroristes

Dans son intervention à l’Assemblée Nationale du 20 juillet 2016, au cours de la discussion de la prolongation de l’état d’urgence, Jean-Christophe Lagarde a toujours voulu soutenir l’action régalienne de l’État : « Les échecs économiques et sociaux de votre gouvernement sont nombreux, mais il n’est pas nécessaire de nous déchirer lorsque l’essentiel de ce qui fait notre pays, de ce qui fait notre fierté d’être français, est en jeu. En temps de guerre, la France et les Français ont besoin (…) de cohésion nationale afin que nous poursuivions tous le même objectif, même quand débat il y a, même quand celui-ci est nécessaire, notamment lorsque des failles peuvent être révélées et doivent être corrigées. ».

Annonçant que le groupe UDI voterait la prolongation de l’état d’urgence, il a posé une réserve de taille : « La prolongation ad vitam aeternam d’un état d’urgence ne peut pas nous satisfaire. L’état de droit doit combattre le terrorisme et la barbarie. Certes, je comprends que cet acte de prolongation de l’état d’urgence puisse être un symbole à défaut d’être efficace. Et je sais que les symboles sont importants en démocratie. Mais ils restent symboliques. Or nous avons besoin de bien plus pour gagner cette guerre d’un genre nouveau. ».

_yartiLagardeJCD03

Il a reproché au Président François Hollande de ne pas dire quelle est la stratégie de la France pour combattre le terrorisme islamiste. Jean-Christophe Lagarde, en revanche, a donné ses réponses aux trois questions qui angoissent les Français. Qui est l’ennemi ? Daech, qui s’est organisé sur les ruines de l’Irak après la guerre voulue par les Américains mais refusée par le Président Jacques Chirac. Pourquoi la France est-elle en guerre contre Daech ? Parce qu’il vaut mieux « les combattre maintenant pour ne pas avoir à le faire plus tard alors qu’ils seraient plus fort » d’autant plus que ces terroristes ont un but de domination du monde. Enfin, la troisième question, pourquoi la France est-elle plus visée que d’autres pays ? Pour Jean-Christophe Lagarde, c’est parce que la France représente tout ce qui insupporte ces fanatiques : « La vision universaliste, laïque et humaniste de la nation française est insupportable parce qu’elle est l’antithèse de leur idéologie nihiliste. ».

Ce sont ces trois réponses que le chef de l’État aurait dû dire clairement aux Français : « C’est à lui, et à lui seul, qu’appartient cette responsabilité. Il est temps qu’il s’en saisisse avant que nos ennemis n’atteignent leurs objectifs en créant chez nous cette guerre civile dont ils rêvent. ».

Il a insisté aussi sur la condition du succès de la lutte contre le terrorisme : « La contrainte que cela nous impose, c’est de ne pas vivre comme si nous étions dans un pays en paix alors que nous disons tous que nous sommes en guerre. Et cela doit être compris par les Français pour pouvoir être supporté. La France mène une guerre. Elle ne peut pas continuer à subir des attaques et à les banaliser (…). Les Français (…) savent qu’il n’y a pas de baguette magique. Notre pays se sent dépassé alors que les Français, j’en suis sûr, sont prêts à se surpasser et capables de le faire pour peu que leurs chefs les y invitent. ».

Même idée développée le 14 août 2016 dans une interview à "Atlantico" : « On ne peut pas gagner une guerre quand la population n’est pas mobilisée, ce que permettrait cette garde nationale en vue de la sécurisation du territoire et de la population, et surtout, quand celle-ci n’est même pas consciente de cet état de guerre dans lequel nous nous trouvons actuellement. On a voulu faire croire qu’après un attentat (…), les choses allaient revenir à la normale ; or, ce n’est pas le cas : la guerre que nous devons livrer sera longue, et personne, gouvernement et opposition, ne doit avoir peur de dire qu’il y aura d’autres attentats que nous ne parviendrons pas à éviter. La faculté de résilience que nous devons développer dans l’esprit des Français réside en cela. Dans la mesure où Daech ne peut pas nous envahir militairement, ni nous soumettre, son objectif est de provoquer une guerre civile en France. ».

Voulant éviter toute récupération, Jean-Christophe Lagarde a mis en garde ses collègues : « Je ne suis pas sûr que ce contexte [d’attentats] bénéficie à qui que ce soit. Il y a davantage d’intelligence dans l’esprit des Français que ses "élites" politiques ne le croient (…). Je pense que les Français ont reçu avec méfiance les  déclarations d’autosatisfaction du gouvernement et un certain nombre de critiques incongrues formulées par l’opposition. ».


Profiter des attentats pour remettre les frontières ?

De même, les fausses solutions proposées sont légions : « Le rétablissement des frontières n’aurait pas permis l’évitement des derniers attentats. Je tiens à rappeler que la France a connu des attentats en 1982, 1986 et 1995 à l’époque où les frontières étaient en place. À cela s’ajoute le fait que les terroristes d’alors venaient de l’étranger. Ils ont quand même traversé des frontières. Aujourd’hui, on nous dit que le problème va être résolu grâce à la remise en place des douaniers aux frontières françaises alors que les auteurs des derniers attentats ont grandi et vivaient en France. De qui se moque-t-on ? ».

La réponse au contraire serait dans une intégration européenne plus affirmée de la coopération policière et judiciaire : « Pour être efficace contre le terrorisme et le grand banditisme, nous avons besoin d’une police fédérale et d’un parquet fédéral, ce qu’on n’ose pas dire aux Français. Aux États-Unis, quand vous passez d’un État à l’autre, le FBI continue à vous poursuivre, alors que lorsque vous passez de la France à la Belgique, on peut ne pas savoir que vous êtes recherché dans l’État voisin, comme cela a été le cas de Salah Abdesslam. ».


Nos vrais problèmes ne sont pas européens mais franco-français…

La perspective de l’élection présidentielle de 2017 avec la même configuration qu’en 2012 a de quoi déprimer le président de l’UDI : « Le système économique, politique et social de la France est périmé. Il a été créé pour un pays qui n’existe plus : une France repliée sur elle-même, faisant peu d’échanges avec l’extérieur, où l’État était le principal détenteur du capital de grandes industries, le principal investisseur, etc. ».

_yartiLagardeJCD02

Il s’en est pris aux discours populistes et europhobes de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon : « Ce qui ne va pas en France n’a rien à voir avec l’Europe. Prenons l’exemple de l’emploi : cela n’a aucun rapport. On le voit bien puisque la plupart des autres États européens sont parvenus à recréer des emplois contrairement à la France. De même pour le logement ou l’Éducation nationale qui sont des problèmes franco-français. Il faut répondre à cette question : comment se fait-il que nos voisins, qui ont le même cadre européen et qui évoluent comme nous dans un monde globalisé, y arrivent alors que nous n’y arrivons pas ? ».

Et il s’en est pris aussi à ceux qui cherchent à courent derrière les idées du Front national : « Ceux qui voudront imiter le FN en seront pour leurs frais parce que ce parti n’apporte pas de solutions. (…) Les Français ont besoin de solutions et ce n’est pas en imitant l’absence de solutions du FN qu’on peut y parvenir. ».


Emmanuel Macron, centro-compatible

Beaucoup de leaders centristes, dont Jean-Christophe Lagarde, Laurent Hénart, Jean Arthuis et Jean-Marie Bockel, ainsi qu’un ancien ministre UMP, Renaud Dutreil, voient des convergences politiques avec l’ancien Ministre de l’Économie Emmanuel Macron. Critiqué dans cette position par Hervé Morin, Jean-Christophe Lagarde a rappelé que le 18 mars 2016, son rival normand était à l'époque sur la même ligne : « Au soir du premier tour de la présidentielle, celui qui sera face à Marine Le Pen, ce qui est la probabilité la plus forte, aura la responsabilité historique de faire émerger cette force politique centrale regroupant tous les "modernes" dans un même parti politique, afin de mener les réformes indispensables à la modernisation du pays. Ce rassemblement, qui irait de Valls à Sarkozy ou de Macron à Juppé, rassemble en fait près de 60% des Français. C’est d’ailleurs le rêve originel des centristes ! L’émergence du FN permet paradoxalement cette recomposition politique que n’ont pas su faire François Mitterrand en 1988, ni Jacques Chirac en 2002, ni Nicolas Sarkozy en 2007. » ("Le Monde").

_yartiLagardeJCD05

Sur Europe 1 le 3 septembre 2016, Jean-Christophe Lagarde a expliqué : « Et du jour où [Emmanuel Macron] tire les conclusions de son désaccord avec le Président de la République, tous ces gens-là se mettent à lui vomir dessus, à expliquer qu’il est pis-que-pendre. (…) Nous sommes le centre droit, nous pouvons nous parler. Comment peut-on appeler, comme François Bayrou, comme Hervé Morin et quelques autres, à la recomposition de la vie politique française, et quand quelqu’un marque sa rupture avec François Hollande, après son échec économique et social, dire : "vous, on ne veut pas vous parler" ? Cette vision de la vie politique où des gens qui peuvent avoir des idées communes auraient l’interdiction de se parler, je la refuse. Nous refusons cette façon de faire, de façon très collective. Que marginalement cela en froisse un ou deux, cela n’a pas grande importance. ».


Adapter la France à la situation réelle

Pour Jean-Christophe Lagarde, le problème n’est pas européen mais français : « Je veux rappeler que nous sommes le seul pays qui est en panne alors que toute l’Europe a redémarré. Si nous voulons transformer la France et la préparer au monde d’aujourd’hui, on a besoin d’une majorité politique large, et sans doute aussi d’un changement d’acteurs. (…) Tout le monde est obsédé par le fait de savoir qui sera le prochain Président de la République. Je suis obsédé par une chose : (…) comment gouverner la France ? (…) Nous avons besoin d’un projet parce que le modèle économique et social français est périmé. Il ne correspond plus au monde d’aujourd’hui. Ce ne sont pas les objectifs de mérite républicain et de cohésion sociale qui sont périmés, ce sont les moyens d’y parvenir qui ne fonctionnent plus. ».

Ces déclarations d’avant précampagne illustrent assez étonnamment qu’il pourrait y avoir une véritable convergence de vues entre l’UDI et Emmanuel Macron : l’un pourrait apporter la structure, les élus, l’implantation qui font défaut à l’autre, et l’autre… le candidat connu et reconnu qui manque tant à la confédération centriste.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 septembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’été 2016 de Jean-Christophe Lagarde.
Emmanuel Macron.
Le discours sur l’état de l’Union de Jean-Claude Juncker du 14 septembre 2016.
L’Europe, c’est la paix.
Patriotisme.
Intervention de Bruno Le Maire sur le Brexit le 28 juin 2016.
Le Brexit en débat chez les députés français.
Verbatim intégral du débat parlementaire sur le Brexit (le 28 juin 2016).
Tribune de Jean-Christophe Lagarde (24 juin 2016).
L’Europe n’est pas un marché.
Nouveaux leaders.
Remaniement ministériel du 29 juin 2011.
Peuple et populismes.
Le Brexit.
Jean-Claude Juncker, premier Président de la Commission Européenne issu des urnes.
La France des Bisounours à l’assaut de l’Europe.
L’Europe, c’est la paix.
Le Traité de Maastricht.
Le Traité constitutionnel européen (TCE).
Le Traité de Lisbonne et la démocratie.
Le référendum alsacien.
Nuit Debout.
Démocratie participative.
Vote électronique.
Monde multipolaire.

_yartiLagardeJCD04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160922-jean-christophe-lagarde.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-ete-de-jean-christophe-lagarde-184897

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/09/26/34354955.html

 

Repost 0
21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 06:14

« Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom., il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez, on dit : C’est lui ? Vous croyez ? Il ne faut rien exagérer ! Et puis un jour, on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l’expulser. » (Françoise Giroud).


_yartiGiroudFrancoise01

La grande journaliste Françoise Giroud est née il y a exactement 100 ans, le 21 septembre 1916 à Lausanne, en Suisse. Elle fut le modèle de la femme moderne, féministe pas par théorie mais par action. Avec Jean-Jacques Servan-Schreiber, elle forma un couple politique particulier qui fut au Parti radical un peu ce que furent ou sont encore François Hollande et Ségolène Royal au Parti socialiste.

D’origine turque et russe, athée d’origine juive par sa mère mais convertie au catholicisme pendant la guerre, Françoise Giroud perdit son père à l’âge de 10 ans. À cause de la précarité financière, elle arrêta les études à 14 ans pour travailler comme sténo-dactylo dans une librairie parisienne. Son père, qui avait engendré deux filles, regretta que la dernière ne fût pas un garçon. Cela a contribué à rendre Françoise Giroud combative et volontaire.

Très vite, elle trouva du travail de scripte dans le milieu du cinéma. Elle collabora dès l’âge de 16 ans avec les plus grands réalisateurs, comme Marc Allégret, Jean Renoir, Jacques Becker, Gilles Grangier et Jules Dassin. Elle aida à rédiger puis rédigea elle-même le scénario de certains films, ce qui lui fit comprendre qu’elle était douée en écriture. Elle travailla ainsi sur trente-quatre films entre 1932 et 1991. Dans les années 1940, elle composa aussi plusieurs chansons pour notamment Tino Rossi et Danielle Darrieux.

_yartiGiroudFrancoise02

De fait, Françoise Giroud est devenue journaliste, chroniqueuse et écrivaine, ce qu’elle fut la majeure partie de son existence. Elle participa à la Résistance et fut arrêtée par la Gestapo en mars 1944, internée à la prison de Fresnes pendant trois mois. Sa sœur aînée, également résistante, fut déportée à Ravensbrück et est morte à son retour de déportation en mai 1945.

Après avoir écrit dans "Paris-Soir" pendant la guerre, elle fut choisie pour diriger la rédaction du nouveau magazine "Ellle" de 1945 à 1953. Ses articles ont eu une grande influence sur de nombreuses lectrices à qui elle conseillait de se battre avec leur féminité pour faire entendre leur voix auprès des hommes.


"L’Express"

La rencontre avec JJSS (Jean-Jacques Servan-Schreiber) fut pour elle le départ d’engagements tant éditoriaux qu’intellectuels. Eux deux fondèrent le magazine "L’Express", le premier hebdomadaire français d’actualités, dont le premier numéro sortit le 16 mai 1953. Entre 1953 et 1971, elle en fut la directrice de la rédaction puis, de 1971 à 1974, la directrice de publication tout en présidant le groupe Express-Union (de 1970 à 1974).

Au cours de ces années à "L’Express" qui a accueilli de nombreuses plumes de premier plan, comme François Mauriac (qui venait d’avoir le Prix Nobel de Littérature en 1952), proche de Pierre Mendès France, favorable à un centre gauche sage et pas partisan, Françoise Giroud a pu exprimer ses idées en faveur de l’indépendance de l’Algérie. La séparation affective voulue par JJSS l’a plongée dans une grave dépression et l’a amenée à faire une tentative de suicide en 1960 qui heureusement échoua.

_yartiGiroudFrancoise05

Michèle Cotta, que Françoise Giroud avait recrutée en 1965 comme jeune journaliste politique, a raconté dans ses "Cahiers secrets" : « La vraie patronne, pour tout le journal, c’est elle. Pour moi, n’en parlons pas : je pense qu’il n’y en aura jamais d’autre. (…) Jean-Jacques Servan-Schreiber ne lui a pas fait suffisamment confiance. Il la croit sans autorité, alors qu’elle a la seule forme d’autorité qui soit : celle du professionnalisme et du talent. Je pense que pour elle, c’est devenu, à la longue, insupportable. ».

Françoise Giroud a quitté ses responsabilités éditoriales en entrant au gouvernement en 1974. Lorsqu’elle a quitté le gouvernement en 1977, Raymond Aron lui refusa son retour dans la rédaction. Entre temps, JJSS avait revendu "L’Express" à Jimmy Goldsmith pour financer ses campagnes électorales. JJSS sortit ruiné de son aventure politique de la décennie 1970…


L’engagement politique

Comme JJSS qui a commencé une carrière politique très brillante au début des années 1970, Françoise Giroud n’hésita pas non plus à goûter au jeu politique, mais directement par la grande porte, sans élection.

Ce fut Valéry Giscard d’Estaing, adepte tant de la "décrispation" que de la nécessité de donner aux femmes des responsabilités gouvernementales, qui alla la chercher pour former le gouvernement. Au même titre que Simone Veil et Monique Pelletier, Françoise Giroud fut nommée ministre sans avoir été parlementaire.

Françoise Giroud avait pourtant soutenu la candidature de François Mitterrand en 1974 et le fit à nouveau en 1981. En effet, lors du comité directeur du Parti radical du 14 mai 1974 à Paris, JJSS prit position en faveur de la candidature de VGE (70 voix) tandis que Françoise Giroud a soutenu celle de François Mitterrand (18 voix).

_yartiGiroudFrancoise10

Sa nomination n’enchantait donc guère le Premier Ministre Jacques Chirac qui, dans un premier temps, fin mai 1974, ne lui proposa qu’une "délégation générale à la Condition féminine" : « Vous serez à l’abri des vicissitudes politiques. C’est beaucoup mieux pour vous. Vous savez, un secrétariat d’État, ce n’est pas grand chose, c’est tout juste une secrétaire et une serviette. ». Déçue, elle refusa en sachant que Jacques Chirac allait avoir un entretien avec Valéry Giscard d’Estaing qui, pensait-elle, allait la soutenir. Mais VGE l’a sacrifiée, n’insistant pas auprès de son Premier Ministre réticent.

Jacques Chirac confia le 14 juin 1975 à Michèle Cotta, travaillant toujours à "L’Express" : « Jean-Jacques Servan-Schreiber, l’UDR l’avait accepté parce que tout le monde s’y attendait. Françoise et Jean-Jacques, c’était trop : c’était "L’Express" au gouvernement ! » ("Cahiers secrets").

JJSS, effectivement, fut nommé Ministre des Réformes (le poste actuel de Jean-Vincent Placé !) le 27 mai 1974. Mais une conférence de presse à Nancy pour protester contre la reprise des essais nucléaires a mis un terme immédiatement à sa très brève carrière ministérielle : il fut limogé le 9 juin 1974, probablement piégé par Jacques Chirac.

Finalement, Françoise Giroud fut reçue par Valéry Giscard d’Estaing à l’Élysée le 14 juillet 1974. Elle fut nommée Secrétaire d’État auprès du Premier Ministre chargée de la Condition féminine (la première à occuper un tel poste) du 16 juillet 1974 au 24 août 1976 dans le premier gouvernement de Jacques Chirac. Elle fut ensuite nommée Secrétaire d’État à la Culture du 24 août 1976 au 30 mars 1977 dans le premier gouvernement de Raymond Barre.

_yartiGiroudFrancoise03

Son projet de loi qui présentait cent mesures pour les femmes fut discuté au conseil des ministres du 26 mai 1976 et quatre-vingts mesures y furent adoptées. Valéry Giscard d’Estaing lui reprocha alors de parler de "compagnons" pour les femmes non mariées : « Madame, les femmes françaises n’ont pas de compagnons, elles ont des maris ! » (Michèle Cotta, le 31 mai 1976, qui a conclu sa note ainsi : « Inouï ! Et ses maîtresses à lui, qu’est-ce qu’elles ont ? »).

Membre du gouvernement, Françoise Giroud s’est exprimé devant les adhérents de son Parti radical lors du 73e congrès, le 25 janvier 1975 au Novotel de la Porte de Bagnolet, à Paris : « Son discours est bon, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’elle n’a rien à faire ici : au reste, elle ne fait pas de politique, elle fait un excellent topo sur la condition féminine à ces gros sénateurs radicaux qui sont plus antiféministes que quiconque. » (Michèle Cotta). Il est vrai que ce furent les sénateurs radicaux qui firent capoter le projet de Léon Blum d’accorder le droit de vote aux femmes en 1936…

Lors du 74e congrès du Parti radical le 30 novembre 1975 à Lyon, poussée par JJSS (contesté au précédent congrès) à qui elle n’avait pas osé refuser la veille, Françoise Giroud se présenta à la présidence du Parti radical et échoua (comme prévu) face à Gabriel Péronnet (1919-1991), également ministre. Ce dernier était capable de prononcer « un discours plat et ronronnant qu’il fait en tonitruant, à grands coups de phrases martelées, en fixant son œil rond sur la salle » (Michèle Cotta, le 25 janvier 1975).

_yartiGiroudFrancoise04

Candidate aux élections municipales du 13 mars 1977 dans le 15e arrondissement de Paris à la demande de Michel d’Ornano (le candidat giscardien à la mairie de Paris), elle a dû renoncer finalement à sa candidature et à son poste ministériel à la suite d’une cabale contre elle (on remettait en cause, à tort, sa participation dans la Résistance). Elle fut néanmoins candidate plus tard sur la liste du Parti radical menée par Jean-Jacques Servan-Schreiber aux premières élections européennes du 7 juin 1979. Ce fut une catastrophe électorale (la liste n’a recueilli que 1,8% des suffrages) et la fin de l’aventure politique pour les deux journalistes emblématiques.

Vice-présidente du Parti radical présidé par JJSS, Françoise Giroud fut désignée le 23 mars 1978 vice-présidente fondatrice de l’UDF (aux côtés de Jean-Pierre Soisson et Jean-Pierre Fourcade) sous la présidence de Jean Lecanuet. L’UDF, sigle trouvé par JJSS, a réussi à réunir centristes, radicaux et républicains indépendants là où le Mouvement des réformateurs avait échoué quelques années plus tôt.

Après sa brève carrière politique, Françoise Giroud a repris sa carrière de journaliste et d’écrivaine, collaborant avec le "Journal du dimanche" puis avec "Le Nouvel Observateur".

À la fin d’une représentation à l’Opéra-Comique, le 16 janvier 2003, Françoise Giroud fit une chute dans les escaliers et tomba sur la tête. Le lendemain soir, après une journée de travail normale, elle plongea dans le coma et quelques jours plus tard, elle est morte des suites sans s’être réveillée, de ce traumatisme crânien, à l’hôpital américain de Neuilly-sur-Seine le matin du 19 janvier 2003, à 86 ans.


Des essais et des romans politiques

Au cours de plus d’un demi-siècle d’écriture, elle a rédigé beaucoup de chroniques sur le cinéma (qu’elle connaissait bien) et sur la télévision, et a même fait partie du jury du Prix Femina en 1992. Elle a publié trente-quatre ouvrages, parfois des essais ou portraits, mais aussi des romans, etc.

Parmi ses livres, j’en retiendrai ici deux.

_yartiGiroudFrancoise08

Le premier, "La Comédie du pouvoir" (éd. Fayard), publié le 22 novembre 1977, retrace son expérience exceptionnelle au sein du gouvernement : « Du lieu même où se joue la comédie du pouvoir, ministre pendant trois ans, j’en ai vécu les scènes, côtoyé les interprètes, entendu les répliques. Cette situation m’a enseigné que, si bien informé que l’on soit, cette comédie est impénétrable à qui n’y a, pour sa part, participé. ».

Dans cet excellent poste d’observation (le rêve de tout journaliste politique), Françoise Giroud a évoqué à Michèle Cotta la lutte fratricide entre Valéry Giscard d’Estaing et son Premier Ministre Jacques Chirac dans ces termes : « C’est inouï, ce gouvernement ! Même une teinturerie ne marcherait pas dans ces conditions, avec un directeur et un sous-directeur aussi opposés ! » (10 mai 1976).

Le second, "Le Bon Plaisir" (éd. Mazarine), publié le 12 janvier 1983, décrit un Président de la République en exercice obsédé par sa réélection et qui demande à son Ministre de l’Intérieur d’éviter un scandale qui viendrait de l’annonce d’un enfant "adultérin" qu’il aurait eu avec une ancienne maîtresse. Françoise Giroud a assuré qu’il ne s’agissait pas de François Mitterrand et de sa fille Mazarine (et j’ai eu de bonnes raisons de croire qu’elle était sincère en disant cela).

_yartiGiroudFrancoise09

L’adaptation cinématographique réalisée par Francis Girod (le film est sorti le 18 janvier 1984 avec Catherine Deneuve dans le rôle de la maîtresse) apportait au Président (joué par le mystérieux Jean-Louis Trintignant) et au Ministre de l’Intérieur (joué par l’audacieux Michel Serrault) une ambiance plutôt giscardienne (avec Michel Poniatowski en compagnon des basses œuvres), même si, là aussi, Valéry Giscard d’Estaing n’avait pas plus inspiré son ancienne ministre. Laure Adler, dans sa biographie sur Françoise Giroud publiée le 19 janvier 2011 chez Grasset, évoquait, de son côté, un ministre en exercice de l’époque…


La véritable égalité entre les sexes au sein du pouvoir…

S’il fallait ne retenir qu’une seule citation de cette femme de lettres énergique, ce serait certainement celle-ci, très subtile mais très vraie : « La femme sera vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente. » (Françoise Giroud).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 septembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Françoise Giroud.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Monique Pelletier.
Simone Veil.
Valéry Giscard d’Estaing.
Pierre Mendès France.
Jacques Chirac.
Raymond Barre.
Maurice Faure.
Jean Lecanuet.
Gaston Defferre.

_yartiGiroudFrancoise06



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160921-francoise-giroud.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francoise-giroud-la-femme-entiere-184809

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/09/21/34346465.html


 

Repost 0
25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 06:39

« Si le mot bonheur a un sens, je peux me flatter de l’avoir compris mieux que les autres. J’avais tout : un mari brillant qui m’aimait, sept enfants merveilleux, un travail passionnant. On était en 1978 : je venais d’être nommée ministre. Pouvait-il rien m’arriver ? Le bonheur ? La chance ? Le hasard ? Qu’on appelle cela comme on voudra. Mais trop de bonheur, peut-être, trop de chance, trop de hasard. Le jour de Noël de cette année-là, notre vie a basculé. Jean-Marc, mon mari, victime d’une thrombose de la carotide, a sombré dans un coma profond qui l’a conduit aux portes de la mort. Quand, enfin, il s’est réveillé, je l’ai regardé sans comprendre. Rien ne me rappelait l’homme que j’aimais, sinon la certitude que c’était ainsi qu’il était désormais : vivant, oui, mais paralysé, hémiplégique et aphasique. Nous avons dû, l’un et l’autre, reconstruire nos vies. Elles ont, l’une et l’autre, trouvé un nouveau sens, pris une nouvelle direction, au-delà de la ligne brisée. » (Monique Pelletier, "La Libre brisée", 5 octobre 1995).



_yartiPelletierMonique01

Je tiens à rendre hommage à une grande dame peu connue maintenant mais qui a tenu un rôle important il y a une quarantaine d’années. Monique Pelletier fête ses 90 ans ce lundi 25 juillet 2016, un anniversaire que j’accompagne de mes vœux les plus sincères de bonne santé.

Monique Pelletier fait partie de ces femmes qui ont été nommées au gouvernement par le bon vouloir présidentiel, sans avoir suivi la longue route du métier politique dont la nomination ministérielle constitue alors la consécration. C’est Valérie Giscard d’Estaing qui commença ce genre de nominations avec Alice Saunier-Seïté, Simone Veil, Françoise Giroud et Monique Pelletier, même si historiquement, pour être exact, on pourrait remonter à Léon Blum qui nomma le 4 juin 1936 dans son gouvernement la physicienne Irène Joliot-Curie alors que les femmes n'avaient pas encore le droit de vote.

Mais tous ses successeurs, sans exception, ont fait de même. Quelques exemples qui me viennent à l’esprit : Nicole Questiaux nommée par François Mitterrand ; Christine Albanel et Claudie Haigneré nommées par Jacques Chirac ; Rachida Dati, Rama Yade et Jeannette Bougrab nommées par Nicolas Sarkozy ; Audrey Azoulay et Fleur Pellerin nommées par François Hollande. Je ne parle pas évidemment des femmes qui ont consacré toute leur vie à la politique, comme Delphine Batho par exemple, qui existent en dehors du Président qui les a rendues ministres.

_yartiPelletierMonique04

À l’époque de Valéry Giscard d’Estaing, d’ailleurs, le machisme étant encore tellement répandu dans le milieu politique que ce "fait du prince" avait l’allure d’une véritable ouverture vers la "vraie" société (je n’emploie pas l’expression "société civile" qui laisserait entendre que le milieu politique serait soit militaire soit cléricale). Ce type de nominations peut d’ailleurs aussi se faire avec des hommes qui n’ont pas de légitimité politique personnelle à l’origine, comme c’est le cas avec Emmanuel Macron, mais aussi avec Georges Pompidou, Raymond Barre, Frédéric Mitterrand, etc.


Juriste

Avant d’être ministre, Monique Pelletier, avocate au barreau de Paris juste après la Seconde Guerre mondiale, a voulu travailler comme juge au tribunal pour enfants de Nanterre, ce qui lui permettait d’élever ses nombreux enfants, et elle s’est impliquée dans l’engagement des femmes au sein du parti centriste CDP (Centre Démocratie et Progrès) qui fut le mouvement des centristes qui ont rejoint Georges Pompidou en 1969, puis elle a adhéré au parti républicain (le parti giscardien). Dans ce cadre, elle a eu un mandat municipal à Neuilly-sur-Seine à partir de 1971.

Comme juge s’occupant notamment des adolescents, Monique Pelletier avait une connaissance très bonne des problèmes de drogue et aucune étude sérieuse n’avait été encore réalisée sur cet enjeu pourtant important. Elle fut donc chargée d’une mission par le Président Valéry Giscard d’Estaing sur la toxicomanie mais son rapport (qui est encore une référence aujourd’hui) fut peu apprécié par la majorité de l’époque, même si elle a gardé le soutien présidentiel, car elle recommandait de porter beaucoup attention aux toxicomanes pour les désintoxiquer.


Ministre des femmes

C’est le 3 avril 1978 que Monique Pelletier fut connue du grand public par sa nomination dans le troisième gouvernement de Raymond Barre comme Secrétaire d’État auprès du Ministre de la Justice Alain Peyrefitte, vieux routard de la politique. Elle fut ensuite nommée, directement auprès du Premier Ministre, Ministre déléguée à la Condition féminine le 11 septembre 1978 et le resta jusqu’au 4 mars 1981, date de sa démission pour se consacrer totalement à la campagne présidentielle en faveur du candidat Valéry Giscard d’Estaing (elle était son porte-parole).

_yartiPelletierMonique02

Ses trois années au gouvernement, Monique Pelletier les a marquées par deux lois importantes, l’une, la loi n°79-1204 du 31 décembre 1979, pour reconduire la loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse (rendant définitives les dispositions de la loi n°75-17 du 17 janvier 1975 qui n’a été adoptée qu’à titre expérimental pour une durée de cinq ans), et l’autre, la loi n°80-1041 du 23 décembre 1980 (c’est très récent) pour considérer que le viol est un crime. Elle aurait voulu faire avancer la législation pour renforcer les capacités des femmes à s’engager aux élections, notamment avec le principe de parité qui fut adopté seulement vingt années plus tard.

Après l’échec de Valéry Giscard d’Estaing le 10 mai 1981, elle a elle-même échoué aux élections législatives de juin 1981 dans la première circonscription d’Eure-et-Loir. Elle a alors quitté la vie politique et est redevenue avocate.

Monique Pelletier a fait un court retour dans la vie politique en acceptant sa nomination par le Président Jacques Chirac comme membre du Conseil Constitutionnel le 28 mars 2000. Elle prenait la "lourde" succession de Roland Dumas, Président en titre de cette noble instance et démissionnaire pour des raisons judiciaires (Yves Guéna assurant la succession de la Présidence). Elle a ainsi seulement terminé ce mandat jusqu’au 8 mai 2004.

Comme on le voit, Monique Pelletier n’a jamais été une militante estampillée féministe mais sans paillettes ni trompettes, elle a fait considérablement progresser la cause des femmes durant les années 1970.

Et plus généralement, elle a fait progresser le regard que le monde politique pouvait porter sur les enjeux de société. Au-delà du viol, qu’elle a contribué à criminaliser (on peine à croire qu’il a fallu attendre 1980 pour que le viol fût reconnu comme un crime), elle a beaucoup travaillé sur la drogue (par sa profession de juriste), elle a fait aussi beaucoup de propositions pour réformer la justice et le système carcéral particulièrement inhumain.


Dépendance et handicap

En outre, parce qu’elle a été touchée de plein fouet, elle a été très sensibilisée aux problèmes de dépendance et de handicap alors que la France a un énorme retard pour mieux intégrer dans la société les personnes en situation de grand handicap.

Ce ne fut que le 5 octobre 1995, lors de la publication de son livre de témoignage "La Ligne brisée" (éd. Flammarion), que Monique Pelletier raconta son parcours de combattante comme accompagnante de son mari qui, victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC) le 25 décembre 1978, était tombé en situation de grand handicap. Ce combat a bouleversé sa vie (leur vie) alors qu’elle était ministre. Combat personnel mais aussi public puisqu’elle a beaucoup agi pour humaniser les hôpitaux, pour mieux accompagner la fin de vie, dénoncer les dérives de l’euthanasie, etc. Elle reste encore présidente d’honneur du Conseil national Handicap dont la mission est de modifier le regard et le comportement des personnes valides envers celles qui ne le sont pas ou plus.


« Honte à moi de mon silence ! »

Son plus récent combat concerne le harcèlement sexuel sur les femmes en politique. Il a fallu attendre le scandale le 9 mai 2016 d’un député écologiste, grand "prédateur" sexuel au sein de son parti, cinq ans pourtant après l’affaire Dominique Strauss-Kahn, pour que les langues se déliassent. Le lendemain, effectivement, Monique Pelletier a reconnu, avec le sentiment de honte, avoir été victime, elle-même, d’un prédateur sexuel en 1979.

_yartiPelletierMonique03

Après un tweet très succinct : « Les victimes parlent. Enfin, bravo ! Ministre des femmes en 1979, j’ai été agressée par un sénateur. Honte à moi de mon silence ! » (10 mai 2016), elle a expliqué dans "Le Journal du dimanche" qu’elle devait défendre la loi de reconduction de la loi Veil devant les sénateurs. Elle a rendu alors, comme le voulait la tradition, une visite de courtoisie au président de séance, et ce dernier l’a brutalisée très bestialement sur un coin de cheminée, à son bureau : « Je ne pouvais pas bouger, et c’était un baiser complet. ». Certes, elle a pu reprendre le dessus : « Je lui dis : mais qu’est-ce qui vous arrive, vous êtes malade ? Je lui ai exprimé que c’était scandaleux, qu’on ne se jetait pas comme ça sur les gens. Il était tout rouge et avait la queue basse, je peux vous le dire ! » (10 mai 2016).

Pourtant, à la sortie du bureau sénatorial, elle n’a rien révélé. Elle savait qu’en en parlant sur le moment même, on lui aurait retiré la défense d’une loi à laquelle elle tenait : « Si j’avais parlé, on aurait remis la séance, car on aurait dit que dans l’état où j’étais, je n’étais pas en état de soutenir le débat. Et je connais quelqu’un qui se serait précipité pour prendre ma place ! ».

Aujourd’hui, le délai de prescription est dépassé depuis très longtemps et elle n’avait aucune preuve à l’époque, alors qu’avec les nouvelles technologies, le moindre sms peut maintenant faire preuve de harcèlement : « Je suis de celles qui considèrent que c’est très grave. ».


Une octogénaire plantait…

Un article du journal "Le Figaro" du 20 décembre 2011 explique que Monique Pelletier, inlassable travailleuse, devait être inspirée de la fable de La Fontaine "Le Vieillard et les Trois Jeunes Hommes" qui commence ainsi : « Un octogénaire plantait. Passe encor de bâtir ; mais planter à cet âge ! disaient trois Jouvenceaux, enfants du voisinage. », tant elle reste encore active dans ses combats.

_yartiPelletierMonique06

Et la fable poursuit ainsi : « Je vous prie, quel fruit de ce labeur pouvez-vous recueillir ? (…) À quoi bon charger votre vie des soins d’un avenir qui n’est pas fait pour vous ? Ne songez désormais qu’à vos erreurs passées, quittez le long espoir et les vastes pensées. »

Maintenant, la voici nonagénaire.
Qu’elle prenne bien soin d’elle !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 juillet 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Valéry Giscard d’Estaing.
Jacques Chirac.
Raymond Barre.
Alain Peyrefitte.
Dépendances.
Situation de grand handicap.

_yartiPelletierMonique05



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160725-monique-pelletier.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/monique-pelletier-humaniste-et-183065

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/07/25/34103691.html




 

Repost 0
25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 06:29

« Notre temps n’est pas celui de la quiétude et de l’insouciance. Il ne doit pas non plus être celui du cynisme ou du défaitisme. Nous devons nous confronter aux défis qui sont les nôtres sans rien céder à la peur et nous devons le faire en sachant qui nous sommes et d’où nous venons. » (Emmanuel Macron, à Orléans le 8 mai 2016).


_yartiMacronD01

Depuis qu’il a lancé son mouvement "En Marche" le 6 avril 2016 à Amiens, un peu à la manière de Barack Obama, c’est-à-dire avec un modèle participatif sur Internet comme lors de la campagne des présidentielles américaines de 2008, le Ministre de l’Économie Emmanuel Macron ne cesse de faire la une des journaux sur tous ses faits et gestes. Il revendique aujourd'hui 50 000 adhésions à son mouvement mais, on se rappelle aussi au printemps 2007 la frénésie des dizaines de milliers d'adhésions au MoDem sur Internet à la suite de l'élection présidentielle qui avait placé François Bayrou en troisième position. Dernier épisode médiatique marquant, le jeudi 19 mai 2016 avec son appel aux dons pour financer sa campagne de communication.


Torpille contre le PS ?

En concurrence directe avec le Premier Ministre Manuel Valls (la principale victime du macronisme, finalement) qui peine à se faire entendre alors que les deux hommes ont le même cœur de cible, le social-libéralisme, Emmanuel Macron est parvenu jusqu’à maintenant à conserver la confiance du Président de la République François Hollande (qui l’a encore confirmée le 17 mai 2016 sur Europe 1) alors qu’il le défie directement dans la compétition présidentielle. Pourtant, des personnalités, comme Robert Badinter le 12 avril 2016, avaient estimé que l’animation d’un mouvement politique était peu compatible avec les fonctions gouvernementales (ce qu’avait rappelé aussi Alain Juppé).

François Hollande est cependant trop fin connaisseur de l’histoire politique pour croire un instant que la vague de sympathie dont jouit son ancien collaborateur (secrétaire général adjoint de l’Élysée) dans les sondages puisse se transformer en seulement quelques mois en votes sonnants et trébuchants dans les urnes.

_yartiMacronB04

Les chouchous des sondages sont souvent susceptibles de s’assembler. Ainsi, le 11 avril 2016 sur LCI, Nicolas Hulot, soutenu par Daniel Cohn-Bendit (dans l’émission "On n’est pas couché" le 26 mars 2016) mais qui a une très faible crédibilité politique (sa campagne pour la primaire de EELV en juin 2011 fut un désastre en communication politique), a annoncé son intérêt pour la démarche d’Emmanuel Macron : « Il ne m’a pas échappé qu’on avait des convergences. Évidemment, on a commencé à discuter mais il faut aller au-delà. Parce qu’il faut écouter la société civile, que la division gauche droite ne doit pas être une condition au dialogue. ». Il avait cependant refusé de le rejoindre le 4 février 2016 au sein du gouvernement en boudant un super-ministère de l’Écologie que François Hollande lui avait spécialement réservé (et tant pis pour Ségolène Royal !).

Cependant, un "ticket Macron-Hulot" irait, dans son principe, à l’encontre des principes élémentaires de la Ve République puisqu’on élit une seule personne à l’élection présidentielle et pas deux. Gaston Defferre, en "ticket" avec Pierre Mendès France avait payé très cher cette erreur de conception le 1er juin 1969.

Depuis un mois et demi, les soutiens politiques arrivent au compte-gouttes : après le maire PS de Besançon Jean-Louis Fousseret ("L’Est Républicain" du 25 avril 2016) et la présidente PS du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, Marie-Guite Dufay (le 26 avril 2016), « extrêmement intéressée par la démarche », le sénateur-maire PS de Lyon, Gérard Collomb, a déclaré sur BFM-TV le 18 mai 2016 son adhésion au macronisme politique : « Je crois que les choses vont se faire naturellement. Si au mois de décembre, François Hollande est toujours dans les sondages autour de 14/15%, et que Emmanuel Macron est toujours aux alentours de 28/30%, évidemment qu’à un moment donné, il sera le candidat. Cela se fera naturellement. » (à ma connaissance, il n’y a eu aucun sondage attribuant 28% à Emmanuel Macron en intentions de vote au premier tour ! L’IFOP fin avril 2016 lui attribuait environ 20%).

_yartiMacronD02

Selon le sénateur socialiste François Patriat, macroniste ("La Tribune" du 3 mai 2016), dix-sept sénateurs PS seraient intéressés par le mouvement d’Emmanuel Macron, dont l’ancienne ministre Nicole Bricq (qui n’a pas été conviée à la réunion de Stéphane Le Foll "Hé ho la gauche !" du 25 avril 2016). Parmi les députés socialistes, on peut citer aussi Pascal Terrasse, Richard Ferrand et l’ancien député Olivier Véran (le suppléant de l’ancienne ministre Geneviève Fioraso à Grenoble).

Emmanuel Macron, qui est également soutenu par Ségolène Royal qui avait tenté la même expérience cybernétique en 2006 avec ses "Désirs d’avenir", a même reçu un encouragement inattendu le 19 avril 2016 de la part de l’ancien Ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis : « Je l’aime beaucoup. (…) [Il est] le seul ministre français de l’administration de François Hollande qui semblait comprendre ce qui était en jeu au sein de la zone euro. (…) C’est quelqu’un d’honnête (…). C’est quelqu’un que je respecte. Je crois que c’est mutuel. » ("L’Opinion").


La fin de la préemption lepénienne de Jeanne d’Arc

Au-delà de ces ralliements qui, signalons-le, ne concernent que des élus socialistes désespérés par l’effondrement de leur "champion" dans les sondages, Emmanuel Macron tente de jalonner son parcours du combattant. Et l’étape la plus récente l’a amené à Orléans, sur l’invitation du député-maire LR Olivier Carré, aux fêtes johanniques, dans la ville de la "vivante énigme", selon l’expression de l’historien Jules Michelet qui a revisité Jeanne d’Arc à l'aune républicaine.



Jeanne d’Arc était l’une des héroïnes de l’histoire de France ranimée par la IIIe République avec Vercingétorix notamment pour créer un nouveau roman national. Elle a été préemptée pendant plus d’une trentaine d’années par Jean-Marie Le Pen qui d’ailleurs la célébrait avec une semaine d’avance pour faire concurrence aux manifestations syndicales du 1er mai et surtout, le cas échéant, organiser un grand rassemblement entre les deux tours d’une élection présidentielle lorsqu’elle avait lieu. Pour la première fois, d’ailleurs, Marine Le Pen a interdit cette année à son parti (le FN) de participer à une telle célébration, au point de demander l’exclusion de ceux qui avaient suivi Jean-Marie Le Pen ce 1er mai 2016 (en particulier Bruno Gollnisch).

Cette préemption ne provenait d’ailleurs pas de la récupération du FN mais de tous les autres partis ou responsables politiques qui n’osaient plus célébrer Jeanne d’Arc de peur d’être associés au FN. Emmanuel Macron a donc rompu avec cette préemption en n’hésitant pas à faire sa déclaration d’amour (à télécharger ici) à la Pucelle d’Orléans : « Nul ne peut l’enfermer ; tant l’ont pourtant convoquée ou récupérée. Ils l’ont trahie en ne la méritant pas. Ils l’ont trahie en la confisquant au profit de la division nationale. Manipulation des uns, mais aussi faiblesse des autres, car Jeanne d’Arc (…), [c’est] notre histoire commune. ».

Et de rappeler que les légendes servent le présent et pas le passé : « Les grandes figures de l’histoire ne nous parlent pas. Elles n’ont jamais cherché à nous envoyer un message. Nous seuls les faisons parler, nous seuls construisons leur légende et nous nous appuyons sur elles pour mieux nous comprendre. Il n’y a pas non plus d’hommes ou de femmes providentiels ; je n’y crois pas. Il n’y a que l’énergie du peuple et le courage de celles et ceux qui se jettent dans l’action. ».

Plus tard, il est revenu à ce sujet : « On ne peut rien réussir seul, (…) il ne suffit ni d’être aimé des gens ni de les aimer, mais (…) il faut leur faire confiance, croire dans les initiatives individuelles, dans le courage, dans le risque pris, dans notre jeunesse, dans chacun d’entre nous car l’énergie française, cette énergie de tous, c’est celle qui permet le sursaut aux moments les plus sombres. ». Un discours très "langue de bois" car quelle personnalité politique dirait le contraire ?

Le chroniqueur littéraire Marin de Viry a commenté le 11 mai 2016 : « Et d’ailleurs Emmanuel Macron a une expression intéressante, quand il dit que les grandes figures de l’histoire ne nous parlent pas, c’est nous qui leur parlons. Manière de dire que Jeanne est plastique, qu’elle peut incarner l’unité de la France en régime républicain et laïque. Malheureusement, non. Elle incarne la trilogie : la France, le Roi, et Dieu. Elle a déjà été brûlée, il est inutile de l’écarteler rétrospectivement en la faisant agnostique et républicaine. La République la célèbre parce qu’elle ne peut pas ne pas la célébrer. Mais elle sait qu’elle célèbre en même temps le roi et la religion. ».


Macron, nouvelle Jeanne d’Arc ?

Un peu cousu de fil blanc. Il n’a pas fait cette déclaration d’Orléans de manière très fine et subtile puisque, entre les lignes, il était difficile de ne pas deviner que ce qu’il disait de Jeanne d’Arc était en fait une sorte d’autodescriptif à usage autopromotionnel…  Il l’a fait aussi en associant le 8 mai au 9 mai, la fête de l’Europe : « En Europe comme en France, la tentation de céder aux facilités contemporaines, le risque de dislocation sont là. La Grande-Bretagne pourrait décider de quitter l’Europe alors que toute son histoire l’y inscrit, parce que d’aucuns seraient prêts à oublier la construction inédite de paix et de liberté qu’est notre continent. ».

Ainsi, l’histoire de Jeanne d’Arc se confondrait un peu avec celle de… Emmanuel Macron : « Au commencement, (…) elle se fond dans la multitude, dans cette masse d’anonymes (…). Mais elle sent déjà en elle, dès l’enfance, une liberté qui sommeille, un désir irrépressible de justice. Elle sait qu’elle n’est pas née pour vivre, mais pour tenter l’impossible. Comme une flèche, sa trajectoire est nette. Jeanne fend le système. ».

_yartiMacronB07

C’était si lisible qu’Emmanuel Macron a même parlé de sa nomination à l’Élysée puis au gouvernement : « Jeanne est bergère, mais elle se fraie un chemin jusqu’au roi. (…) Jeanne n’est personne, mais elle porte sur ses épaules la volonté de progrès et de justice de tout un peuple. ».

Et aussi de son éventuelle candidature à l’élection présidentielle de 2017 : « Elle était un rêve fou, elle s’impose comme une évidence. ». Cela fait résonance aux propos de Gérard Collomb : « Cela se fera naturellement. » (18 mai 2016) !

Analogie gaullienne aussi : « Jeanne libère Orléans. Le 8 mai, le siège est levé et la ville est délivrée. Le 8 mai 1945, comme en écho, le pays sera libéré du joug de l’occupant, parce que le Général De Gaulle et quelques-uns avaient tôt cru que l’énergie du peuple valait mieux que la défaite et la soumission. ».

Comparaison avec Jeanne d’Arc, comparaison avec De Gaulle, c’est devenu alors très clair chez Emmanuel Macron : « Cette même énergie, je la sens, là, parmi vous, aujourd’hui. ».


Réconcilier les Français

Emmanuel Macron rassembleur : « Jeanne naît dans une France déchirée, coupée en deux (…). Elle a su rassembler la France pour la défendre dans un mouvement que rien n’imposait (…). Elle a rassemblé des soldats de toutes origines et alors même que la France n’y croyait pas, se divisait contre elle-même, Jeanne a eu l’intuition de son unité, de son rassemblement. ».

_yartiMacronD03

Si la ficelle était un peu grosse, Emmanuel Macron n’en a pas pour autant moins raison dans sa volonté d’en finir avec des clivages artificiels : « La France réussira si elle parvient à réconcilier les France, celle qui aime le cours du monde et celle qui le craint, celle qui croit en elle et celle qui doute. Il ne s’agit pas de forger une unité factice qui nierait nos différences. Mais une réconciliation qui trace un chemin qui nous est commun pour que la France continue d’embrasser son destin. ».

Cet objectif aurait dû être celui de tous les Présidents de la République, garants des institutions. Valéry Giscard d’Estaing voulait, durant son premier septennat, l’atteindre mais s’est retrouvé pris en tenaille entre un RPR avide de pouvoir et un PS trop occupé dans son union de la gauche. François Mitterrand et Nicolas Sarkozy n’ont jamais voulu cette réconciliation malgré les tentatives de débauchages individuels auxquelles ils ont procédé en 1988 et en 2007. Jacques Chirac, réélu le 5 mai 2002 avec plus de 82%, a raté l’occasion historique de réaliser cette unité nationale. Quant à François Hollande, il n’a jamais que raisonné en voulant seulement faire la synthèse au sein de son parti socialiste divisé et déchiré qui ne représente pas la France.

_yartiMacronC03

Après De Gaulle, cet objectif a été porté par d’autres avant Emmanuel Macron. Outre Valéry Giscard d’Estaing, on pourrait évidemment citer Pierre Mendès France, Raymond Barre, Jacques Delors, Michel Rocard, François Bayrou, Jean-Pierre Raffarin et peut-être même, si l’on en croit son début de campagne, Alain Juppé. C’est la condition minimale pour le redressement de la France, la faire se réconcilier avec elle-même et Emmanuel Macron l’a très bien compris.


S’inscrire dans l’histoire…

Reprenant à son compte l’héritage de Victor Hugo, Léon Gambetta, Jean Jaurès, Charles Péguy et Jean Zay, Emmanuel Macron s’est voulu le défenseur de l’esprit républicain : « Notre République ne commence pas avec la République ; elle commence bien avant ; elle s’ancre dans cette histoire millénaire avec laquelle nous devons savoir renouer (…). [Jeanne d’Arc] contribue à forger cette identité française. (…) Ce n’est pas non plus une identité fixe ou fermée car elle s’accomplit dans la France, elle s’accomplit dans l’Europe. (…) C’est un projet fou, au fond, forgé sur une culture et recherchant l’universel, exigeant et généreux. (…) Ne jamais subir, peser sur le destin du monde, c’est ce qui fait que les Français sont eux-mêmes et que la France restera elle-même. ».

L’histoire des élections présidentielles et les mécanismes qui les sous-tendent, en particulier sur la nécessité de financer une campagne électorale coûteuse, et donc la nécessité d’avoir à son service un grand parti fort, organisé, structuré, dévoué et combatif, laissent très peu de chance à Emmanuel Macron de réussir son obamisation en 2017. Tout comme Ségolène Royal, ancienne "petite" secrétaire d’État, n’était pas parvenue à atteindre le graal de toute carrière politique qui se respecte… mais la France bouge peut-être beaucoup plus qu’on ne le croit ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 mai 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours d’Emmanuel Macron le 8 mai 2016 à Orléans (à télécharger).
La vivante énigme d’Emmanuel Macron.
Le saut de l'ange.
La Charte de En Marche (à télécharger).
Emmanuel Macron à "Des paroles et des actes" (12 mars 2015).
La loi Macron.
François Hollande.
Manuel Valls.
Alain Juppé.
François Bayrou.
Le Centre aujourd’hui.
Casser le clivage gauche/droite.
Paul Ricœur.
La France est-elle un pays libéral ?

_yartiMacronD04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160412-macron-D.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-et-sa-vivante-181150

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/05/25/33654815.html


 

Repost 0
11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 06:12

« À chaque fois que notre pays a traversé une période de peur et de doute, la condition pour sortir de cette situation fut la même : rebattre largement les cartes. » (Emmanuel Macron). Première partie.



_yartiMacronB01

Le Ministre de l’Économie Emmanuel Macron a franchi le Rubicon en annonçant le mercredi 6 avril 2016 à Amiens, sa ville natale, la création de son propre mouvement politique, "En Marche".

L’idée affichée n’est pas d’être candidat à l’élection présidentielle mais d’initier une démarche qui se veut hors du clivage classique gauche/droite pour redresser la France qui a beaucoup d’atout dans la compétition économique mondiale : « Je ne veux pas me positionner dans la campagne présidentielle. Nous sommes à treize mois du premier tour, il est trop tôt. Nous verrons d’ici quelques mois si nous avons réussi à structurer une offre politiques nouvelle. C’est notre défi. » ("Journal du dimanche" le 10 avril 2016). Pour l’instant, en quelques jours, il aurait réussi à convaincre quelques milliers de Français à venir le rejoindre. Invité du journal télévisé de 20 heures ce dimanche 10 avril 2016, Emmanuel Macron a revendiqué 13 000 adhésions.

Le nom du mouvement ne paraît certes pas très original, selon Alain Juppé : « En Marche, ça ne pêche pas par une excès d’imagination, je n’imagine pas un mouvement qui soit à l’arrêt. » (8 avril 2916). Amusant commentaire de celui qui s’affirmait il y a  vingt ans "droit dans ses bottes" et pour qui "en marche" semblerait pourtant la suite logique !


Un ministre hyperpopulaire

Si la vidéo en "direct live" (lors de son discours d’Amiens) n’a même pas été suivie par 8 000 internautes, Emmanuel Macron bénéficie pourtant d’une popularité hors du commun. Certes, il n’est plus si jeune qu’il n’en paraît. À 38 ans, beaucoup de personnalités politiques étaient déjà arrivées à des responsabilités bien plus importantes que les siennes. Par exemple, Laurent Fabius, à cet âge, était déjà Premier Ministre. Mais des sondages auraient de quoi rendre fou n’importe quel ministre. Mais son discours est nouveau, il n’est pas alambiqué, ne cherche pas à jouer, à contourner, à tournoyer autour des réalités. Il parle clairement, simplement, sans chercher à tromper, à induire en erreur, et cela plaît. Il ne prend pas les gens pour des imbéciles. Il les respecte.

_yartiMacronB03

En effet, si l’on en juge par exemple avec le sondage réalisé par Odoxa pour "Le Parisien" publié le 16 janvier 2016, Emmanuel Macron serait le meilleur représentant de la gauche à la prochaine élection présidentielle. Au premier tour, il battrait Nicolas Sarkozy pour la qualification au second tour face à Marine Le Pen (22% contre 18%), seule hypothèse du sondage où un candidat issu du PS pourrait prétendre au second tour. Et au second tour, il battrait Marine Le Pen avec 65% contre 35% et il battrait Nicolas Sarkozy avec 64% contre 36%. François Hollande ferait des scores nettement inférieurs et ne gagnerait un second tour que face à Marine Le Pen mais en aucun cas face à un candidat LR quel qu’il soit.

Par ailleurs, ce sondage a placé Emmanuel Macron parmi les deux seules personnalités dont les bonnes opinions l’emporteraient sur les mauvais opinions, avec 53% de bonnes opinions (contre 45% de mauvaises opinions), dépassé seulement par Alain Juppé qui graviterait au sommet avec 57% de bonnes opinions (contre 41% de mauvaises opinions). Les deux suivants, Manuel Valls et François Bayrou, resteraient encore parmi les plus appréciés (respectivement avec 48% et 43% de bonnes opinions) mais recueilleraient néanmoins plus de mauvaises opinions que de bonnes.

_yartiMacronC08

Il faut évidemment toujours se méfier des sondages, et Alain Juppé devrait être le premier à rester prudent, car la popularité n’a jamais fait gagner un candidat à l’élection présidentielle, François Bayrou, Édouard Balladur, Raymond Barre mais aussi Jacques Delors, Michel Rocard, Lionel Jospin et même Dominique Strauss-Kahn, dans une moindre mesure, l’ont appris à leurs dépens.

Mais pour quelqu’un qui, quoique énarque, n’est pas entré en politique par la porte classique de l’élection, cela peut donner des ailes évidemment. Il faut dire qu’il a une manière de parler qui casse les langues de bois et les éléments de langage archaïques au point de lui donner de vrais atours d’authenticité.


Une vidéo critiquable

Pour appuyer sa démarche, il a présenté une vidéo où le message est : Il n’est pas possible d’empêcher l’évolution économique actuelle du monde (qu’on le regrette ou qu’on l’approuve). Les Français ont beaucoup d’atouts. Imaginons ensemble les solutions d’avenir qui ne passent que par de nouvelles méthodes, par de nouvelles idées. Et la suite subliminale du message, ce serait bien sûr : et suivez-moi dans une aventure présidentielle, même si aujourd’hui, Emmanuel Macron ne veut pas y penser, et il a raison car il n’a aujourd’hui aucun relais ni aucun financement pour mener à bien une campagne présidentielle qui a toujours nécessité jusqu’à maintenant le professionnalisme de vieux routards de la politique.



Malheureusement, le clip d’Emmanuel Macron a été immédiatement passé au crible de l’émission "Le Petit Journal" le 7 avril 2016 sur Canal Plus qui a montré que les images utilisées proviendraient de films étrangers, ce qui signifierait que des très nombreuses personnes visibles dans le clip, aucune ne serait… française ! Elles seraient américaines, autrichiennes, anglaises…

Le journaliste Renaud Revel, dans "L’Express", a ainsi parlé de « flagrant délit de bidonnage » : « L’imposture pourrait faire hurler de rire. Mais elle laisse plutôt pantois. (…) Captations de bouts de vidéos glanés sur des chaînes étrangères, copiés-collés d’images pillées "à l’arrache" sur des sites américains, bricolage de plans sur palettes graphiques… (…) Se pose la question du sérieux de celui qui dit vouloir rénover notre vite politique. » (8 avril 2016).

_yartiMacronB02

Au-delà de la maladresse du petit film, ce qui manque surtout au stade de la naissance de son mouvement, c’est d’un certain nombre de propositions concrètes pour la nation. Mais comment pourraient-ils les formuler alors qu’il se trouve au cœur du gouvernement de la France ?


Quelques principes généraux

Pour le moment, ne sont exposés que quelques valeurs, ou quelques principes directeurs, mais ils sont définis avec quelques idées assez ordinaires et vagues et avec quelques valeurs très générales : « l’attachement au travail, au progrès et au risque, une égale passion pour la liberté et la justice, un attachement européen profond et exigeant, une croyance inébranlable dans l’énergie de notre pays, pour lui redonner confiance. ».

Dans sa charte des valeurs (consultable ici), Emmanuel Macron émet ce postulat intéressant : « Nous préférons l’innovation à tous les conservatismes. Nous refusons de penser qu’il n’y a de salut que dans un retour vers le passé et pensons au contraire que l’avenir de la France nécessite de renouer avec l’idée de progrès. ».

Sa profession de foi européenne reste quand même assez floue : « Nous croyons que le destin de l’Europe et celui de la France sont indissociables : renouer avec le rêve européen est la condition de notre réussite politique et économique dans la mondialisation. ».

_yartiMacronB04

Il insiste aussi sur des règles de savoir-vivre de moins en moins répandues sur Internet : « Nous sommes attachés à ce que chacun (…) respecte les lois de la République, ainsi que les règles élémentaires de la courtoisie, du respect d’autrui, de l’honnêteté et de la probité. Nous condamnons de manière générale tous les actes et tous les propos qui jugeraient une personne pour ce qu’elle est. ».

On n’imagine pas un mouvement politique se créer sans une base intellectuelle ou philosophique, sans quelques grandes références. Pour l’instant, c’est la "nouvelle société" de Jacques Chaban-Delmas qui a servi de guide pour Emmanuel Macron alors qu’il n’était pas encore né à cette époque ! Même sur l’Europe, aucune proposition n’a encore été faite. Ce vide philosophique est dommageable pour une personne qui a travaillé auprès du grand philosophe Paul Ricœur.


Le changement dans la pratique de l’engagement

L’idée est peut-être de ratisser large. Certes, Emmanuel Macron a appelé autant des élus LR que PS à venir le rejoindre. Pour l’instant, ce sont plutôt du milieu économique que les premiers soutiens sont arrivés avec le grand chef très télévisuel Thierry Marx ou le fondateur de Meetic Marc Simoncini. À part quelques députés socialistes dont le nombre ne dépasse pas celui des doigts d’une seule main, le risque est que ce mouvement ne soit qu’un rassemblement de célébrités médiatiques.

_yartiMacronC02

C’est le thème du changement (qui n’a rien de nouveau dans l’histoire politique) qui est décliné chez Emmanuel Macron : « L’heure n’est (…) plus aux compromis et aux demi-mesures car, comme nous le savons tous, c’est le système tout entier qui doit changer. Nous voulons le faire évoluer dans le respect d’une vision collective claire et assumée, nourrie par le débat d’idées. ».

Le leitmotiv d’Emmanuel Macron me paraît très sain : « Partir du réel pour apporter des réponses neuves ». Ainsi, il évoque une certaine paralysie intellectuelle : « Ce sont (…) les comportements de corporatisme et de défiance qui, en tentant d’empêcher ou de ralentir la course du monde, brident l’innovation, la créativité et la confiance en l’avenir, et donnent le sentiment que nous subissons la mondialisation. ». Pour ensuite constater : « Nos débats politiques font trop souvent abstraction du réel. (…) Les réponses du passé ne sont plus adaptées : la mondialisation, la révolution numérique, le désordre mondial, le péril climatique ont tout changé. ».

_yartiMacronB09

Parmi les propositions de rénover l’engagement politique, Emmanuel Macron propose une mesure de bon sens mais qu’il reste à prouver dans la pratique : « En Marche s’engage à ne soutenir aucune revendication corporatiste contraire à l’intérêt général, et à rendre publique la liste des consultations que notre collectif aura jugées utiles de mener afin de ne céder à aucune forme de lobbying. ». Dans la charte, il est dit à peu près la même chose : « Nous croyons en l’intérêt général : la politique, telle qu’elle nous anime, doit transcender les intérêts particuliers et se dresser contre les corporatismes qui sclérosent notre pays. ».


Dans un prochain article, je reviendrai sur la volonté d’Emmanuel Macron de faire voler en éclat le clivage traditionnel gauche/droite ainsi que sur les réactions plutôt hostiles de la classe politique.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 avril 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La Charte de En Marche (à télécharger).
Emmanuel Macron à "Des paroles et des actes" (12 mars 2015).
La loi Macron.
François Hollande.
Manuel Valls.
Alain Juppé.
François Bayrou.
Le Centre aujourd’hui.
Casser le clivage gauche/droite.
Paul Ricœur.
La France est-elle un pays libéral ?

_yartiMacronB08



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160406-macron.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-le-saut-de-l-ange-179814

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/04/11/33637961.html



 

 

Repost 0
11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 06:04

Définitions du Petit Larousse : « discours confus, inintelligible ; situation embrouillée, confuse ».


_yartiUDI2016A01

Il y a exactement cinq ans, c’était le tsunami qui a terriblement secoué les installations nucléaires de Fukushima, au Japon. Est-ce un tsunami de même type qui va frapper la mouvance centriste dans quelques jours ?

Le dimanche 20 mars 2016 de 10 heures à 17 heures au Palais des Congrès de Versailles se tiendra le congrès de l’Union des démocrates et indépendants (UDI) pour décider clairement la stratégie des centristes en vue l’élection présidentielle de 2017. Un vote électronique des 23 000 adhérents est prévu la semaine prochaine précédant le congrès, mais déjà, les différents responsables ont pris position et ne semblent pas se préoccuper d’adopter une stratégie collective très lisible.

C’est un véritable problème de quadrature du cercle auquel se livre l’UDI en ce moment. Après le retrait politique de Jean-Louis Borloo, aucun leader de l’UDI n’a réussi à émerger véritablement dans la notoriété médiatique nécessaire à une candidature, et les rares simulations dans les sondages donneraient de scores si bas qu’il paraîtrait peu pertinent de se brûler les ailes en se consumant si vite.

Car il y a, en résumé, trois stratégies possibles : ou l’UDI participe à la primaire des Républicains, ou elle n’y participe pas et présente un candidat au premier tour de l’élection présidentielle, ou encore elle ne participe ni à la primaire ni au premier tour de l’élection présidentielle et elle soutient un candidat issu d’une autre formation politique qu’elle-même.

_yartiUDI2016A02

Dans les trois cas, la réponse est peu satisfaisante. Car si l’UDI a réussi à se doter d’un collège de nombreux élus, en particulier de maires, conseillers départementaux et conseillers régionaux nombreux en 2014 et 2015, grâce à une union sans faille, et dès le premier tour, avec l’UMP puis LR, il lui manque incontestablement une audience nationale tant dans la différenciation que dans le positionnement politique.

Prenons le problème à l’envers et arrivons à la conclusion : dans tous les cas, l’UDI souhaiterait participer à une coalition gouvernementale avec Les Républicains pour gouverner la France à partir de mai 2017 et redresser l’économie nationale et l’emploi. Or, l’UDI souhaiterait y participer en position de force, c’est-à-dire avec un groupe parlementaire sans lequel Les Républicains ne pourraient avoir de majorité absolue à l’Assemblée Nationale.

À cet objectif s’ajoutent trois autres considérations : les ambitions individuelles de certains, la menace de la qualification au second tour de la candidature de Marine Le Pen qui devrait renforcer dès le premier tour la logique du "vote utile" et aussi, le positionnement de François Bayrou, seul candidat centriste aujourd’hui crédible.


François Bayrou

François Bayrou, qui préside le MoDem, une formation désertée par les élus et même par les militants, et qui n’est plus qu’une coquille vide, ne trouve même pas de un soutien auprès de son (quasiment) unique député Jean Lassalle qui n’y croit plus : « Il s’est mis dans une situation que les Français ont du mal à accepter, celle du "J’irai si untel n’y va pas". (…) L’élection présidentielle est la rencontre d’un homme ou d’une femme avec le peuple français qui s’est proclamé souverain. » ("La semaine du Pays basque").

En effet, il n’a jamais été caché que François Bayrou soutient la candidature de son voisin d’Aquitaine Alain Juppé, mais en refusant le principe de la primaire des Républicains, si bien qu’en cas de choix à la primaire d’un candidat comme Nicolas Sarkozy, François Bayrou serait amené à se présenter une quatrième fois à la magistrature suprême.


Cacophonie des composantes centristes

Marchant sur des œufs, Jean-Christophe Lagarde, le président de l’UDI depuis le 13 novembre 2014, voulait négocier au mieux avec Nicolas Sarkozy la participation de l’UDI à la primaire des Républicains (ils se seraient rencontrés le 27 janvier 2016) sous condition d’investitures massives aux élections législatives (il demandait entre un quart et un tiers du total des circonscriptions). Autres conditions : « un socle programmatique commun » et « une totale indépendance avec le FN ».

Comme il n'a eu aucune réponse de la pat des Républicains, Jean-Christophe Lagarde a annoncé ce 8 mars 2016 dans "Paris Match" que l'UDI ne participerait pas à la primaire LR sans pour autant dire s'il y aurait ou pas un candidat à l'élection présidentielle de 2017 : « Il n’y a eu ni négociations ni même rencontre. Mandaté par la direction de l’UDI, j’ai adressé en janvier à Nicolas Sarkoz une lettre officielle dans laquelle je fixais les conditions d’un accord préalable à notre participation à la primaire. Je n’ai jamais eu de réponse. Ni de lui ni de personne. Les divisions internes chez Les Républicains sont trop fortes. Que ce soit Sarkozy ou les candidats à ce jour déclarés (Juppé, Fillon, Le Maire…), aucun ne semble en mesure d’avoir une ligne claire avec le centre. Ils sont trop préoccupés par leurs ambitions, leurs aigreurs et leurs rancunes pour se mettre d’accord. Tous disent qu’ils veulent travailler avec nous, mais ce ne sont que des mots. Ou alors ils veulent attendre le résultat de la primaire, ce qui est trop tard. Dans ces conditions, la primaire de la droite aura lieu sans nous. » (8 mars 2016).

_yartiUDI2016A05

Mais ce refus de participer à la primaire LR va se heurter à la décision de deux composantes au sein de l'UDI : d'une part, de l'Alliance centriste et d'aute part, du Nouveau centre.

Ayant quitté le Sénat pour le Parlement Européen, l’ancien Ministre des Finances Jean Arthuis, président de l’Alliance centriste, a déjà annoncé le 27 février 2016 sur Twitter sa candidature à la primaire des Républicains pour porter un projet centriste. Il réjouit ainsi les responsables LR (notamment Thierry Solère) qui peuvent qualifier leur primaire de "primaire de la droite et du centre".

Rival permanent de Jean-Christophe Lagarde depuis une dizaine d’années, Hervé Morin a réuni son Nouveau centre à Vendôme le 6 mars 2016 et a déjà annoncé qu’il fallait participer à la primaire des Républicains en incitant Jean-Louis Borloo à revenir en politique. Hervé Morin, comme les autres candidats centristes des dernières élections régionales, sont en fin de compte pour que l’UDI intègre carrément Les Républicains.

L’une des composantes sur laquelle Jean-Christophe Lagarde peut s’appuyer à l’UDI, le Parti radical, présidé par le maire de Nancy Laurent Hénart, souhaite une candidature UDI au premier tour de l’élection présidentielle afin de montrer son indépendance et son autonomie vis-à-vis des Républicains : « Il faut garantir le pluralisme parlementaire, qu’on ait à l’Assemblée comme au Sénat un groupe UDI incontournable sans lequel la majorité n’est pas possible. » ("L’Opinion" du 8 mars 2016).

Enfin, depuis le 13 septembre 2015, nourrissant l’amertume d’avoir été rejeté aux élections internes de l’UDI, l’ancien sous-ministre sarkozo-sarkozyste Yves Jégo a jeté son dévolu sur Bruno Le Maire, qui s’est déclaré candidat à la primaire à Vesoul le 23 février 2016, l’imaginant le meilleur moteur pour sa carrière future (en ne sachant pas que Nathalie Kosciusko-Morizet, qui est sans doute la responsable LR la plus proche du centre, vient de déclarer sa candidature ce 8 mars 2016). Yves Jégo a notamment expliqué : « Faute d’unité et de confiance entre ses principaux dirigeants, le parti végète et n’incarne rien de singulier (…) . L’absence de dialogue stratégique avec le MoDem et la dilution systématique de nos forces (…) dans le parti de Nicolas Sarkozy a terni notre image vis-à-vis de ceux qui espéraient un centre plus indépendant et ne supportent plus l’ultra-droitisation d’une partie de nos alliés. » (7 mars 2016). Étranges propos "autonomistes" qui concluent paradoxalement avec le soutien inconditionnel à Bruno Le Maire (LR) qui n’avait pas hésité à "droitiser" largement son discours lors de la campagne pour la présidence de l’UMP en automne 2014.

Et cela sans compter bien sûr sur Rama Yade qui, aigrie de ne pas avoir été choisie pour succéder à Jean-Louis Borloo à la présidence du Parti radical, n’a cessé d’initier des actions judiciaires et médiatiques contre ce parti qui, finalement, s’est décidé à l’exclure le 29 octobre 2015 (mais Hervé Morin serait d'aillers prêt à la repêcher).


Le risque du Front national

Le risque n’est moins que le FN soit présent du second tour que le candidat LR en soit absent. Or, la présence d’un candidat centriste handicaperait nécessairement le candidat LR, quel qu’il soit, dans sa tentative d’être qualifié au second tour.

Rappelons en effet que rien actuellement n’assure cette présence au second tour, ni celle du candidat LR ni celle de la candidate du FN ni enfin celle du candidat socialiste. Dans certains sondages, Alain Juppé arriverait même en tête du premier tour, et dans d’autres, François Hollande ferait jeu égal avec Nicolas Sarkozy derrière Marine Le Pen. Les sondages avant une campagne électorale n’ont certes pas beaucoup de sens, ne serait-ce que parce qu’il y a encore beaucoup d’inconnues sur la réalité des candidatures.


Pourquoi une candidature UDI ?

La problématique centriste est la suivante :

1. À l’heure actuelle, toute candidature centriste est vouée à l’échec tant à la primaire qu’à l’élection elle-même.

2. Une candidature de témoignage permet néanmoins, d’une part, de porter un projet spécifique (centriste, à savoir démocrate, social et européen). L’absence de candidat UDI à l’élection présidentielle signerait selon Laurent Hénart sa disparition du paysage politique : « Si on veut exister entre le PS et Les Républicains, non seulement il va falloir faire grandir l’UDI, mais en plus, il va falloir trouver la capacité à s’entendre avec le MoDem pour rassembler tous les progressistes sociaux européens. À un moment donné, si on ne veut pas être broyé par la montée du populisme, il faut à tout prix que l’on soit capable de se développer, d’ajuster nos différences politiques et de nous unir. » (8 mars 2016).

Ce que dit aussi Jean-Christophe Lagarde : « Nous avons une valeur ajoutée dans le débat.  À l’heure où tout le monde parle de défaire l’Europe, nous disons qu’il faut la parfaire, la fédérer davantage. Nous disons également qu’il faut libérer l’énergie française de son carcan d’impôts, de taxes et de règlements. Nous allons écrire un nouveau modèle français. » (8 mars 2016).

3. La candidature de témoignage permet, d’autre part, de mettre sur orbite un candidat centriste pour les prochaines années.

Ce dernier point est important : à part Martine Aubry qui a refusé tous les postes que François Hollande lui aurait proposés (notamment l’Éducation et les Affaires étrangères), tous les participants à la primaire socialiste d’octobre 2011 ont non seulement été bien servis dans les gouvernements mais ils ont structuré la génération suivante : Manuel Valls et Arnaud Montebourg sont les deux seuls leaders de leur génération au PS, et Ségolène Royal et Jean-Michel Baylet ont profité des retombées de l’élection de François Hollande. Ceux qui n’ont pas pris le train primaire sont arrivés sur des voies de garage : Pierre Moscovici, Benoît Hamon, Bertrand Delanoë, etc.

Ce n’est pas pour rien que cela se bouscule au portillon à la primaire chez Les Républicains, avec Bruno Le Maire, Jean-François Copé et Nathalie Kosciusko-Morizet qui souhaitent devenir incontournables pour les dix prochaines années. Xavier Bertrand, François Baroin et Laurent Wauquiez seront probablement victimes de leur absence de la primaire.

Une candidature centriste, autre que celle de François Bayrou, aurait des fortes probabilités de ne recueillir qu’un nombre très ridicule de voix. Elle ne pourrait s’envisager que dans le lancement d’une véritable stratégie présidentielle sur une décennie, comme c’était le cas pour François Bayrou lorsqu’il s’était présenté pour la première fois en 2002 (on lui prédisait autour de 3% et il avait finalement obtenu 6,8% ; cinq ans plus tard, il avait atteint 18,6%).

Dans cette perspective, le candidat qui serait le plus prometteur serait Jean-Christophe Lagarde, parce que le député-maire de Drancy est le plus neuf, le plus ambitieux et parmi les plus jeunes.

4. A contrario, l’absence de candidature UDI à l’élection présidentielle ferait de la formation centriste un ectoplasme inconsistant bon à prendre des postes sans forcément apporter quelque chose d’un point de vue programmatique.


Vers une reconstruction des centres ?

C’est aussi ce que dessinait entre les lignes Laurent Hénart : l’enjeu est moins l’échéance présidentielle de 2017 elle-même que les conditions d’un rassemblement de tous les centristes à l’issue de cette élection présidentielle.

Lors de l’élection présidentielle de 2002, l’UDF avait explosé avec la création de l’UMP et des centaines d’élus UDF (notamment les radicaux) avaient rejoint l’UMP sans comprendre que l’UMP ne pourrait être qu’un remake du RPR.

Les rares survivants de l’UDF s’étaient alors divisés lors de l’élection présidentielle suivante de 2007, car des centristes comme André Santini avaient soutenu dès le premier tour la candidature de Nicolas Sarkozy. L’échec de François Bayrou, malgré ses près de sept millions électeurs du premier tour, avait fini par faire exploser définitivement l’UDF en un Nouveau centre sans âme (la plupart des parlementaires UDF qui avaient besoin d’un soutien de l’UMP aux élections législatives) et le MoDem, un parti purement bayrouiste.

_yartiUDI2016A03

L’échec de la stratégie de centre gauche de François Bayrou a abouti, après l’élection présidentielle de 2012, à une double reconstruction du centre : d’une part, le 22 octobre 2012, la création de l’UDI regroupant le Parti radical (les centristes de l’UMP), le Nouveau centre et d’autres groupuscules moins connus, et certains responsables du MoDem ; d’autre part, l’année suivante, le 5 novembre 2013, un accord électoral entre l’UDI et le MoDem (dit "L’Alternative") pour adopter une stratégie commune à toutes les élections.

"L’Alternative".est morte née dans la mesure où le retrait de Jean-Louis Borloo cinq mois plus tard et la haine que beaucoup d’adhérents de l’UDI nourrissent vis-à-vis de la personne de François Bayrou (coupable d’avoir soutenu François Hollande au second tour en 2012) ont été deux soucis insurmontables malgré le succès des listes communes aux élections européennes du 25 mai 2014.

Aujourd'hui, Jean-Christophe Lagarde veut préserver l'indépendance du centre dans le cadre d'une alliance avec Les Républicains : « Pour une coalition, il faut être deux. Aujourd’hui chez Les Républicains, ou hier à l’UMP ou au RPR, ils ont tous toujours le même logiciel caporaliste. En clair, c’est : "Nous décidons, vous exécutez". Mais l’union entre deux familles politiques, ça ne marche pas comme ça. J’ai adhéré à l’UDF lorsque j’avais 20 ans. Pendant quinze ans, j’ai assisté à des guerres intestines de petits chefs centristes toujours prêts à servir l’UMP par ambition. Cela a trop longtemps réduit le centre au silence. L’UDI, née il y a trois ans et demi de la volonté de Jean-Louis Borloo de refaire l’unité, ne sera la subordonnée de personne. (...) Je fais remarquer que lorsque la droite et le centre sont unis, nous gagnons. (...) À l’inverse, lorsque nous sommes divisés, nous perdons. Si l’opposition veut devenir, demain, majorité, Les Républicains doivent adopter la culture de la coalition, et certains centristes sortir de la soumission. » (8 mars 2016).


L’objectif 2017 est moins électoral que politique

Les dirigeants centristes doivent donc mettre tout en œuvre pour rassembler les deux composantes du centre à l’issue de l’élection présidentielle de 2017 voire rassembler toute cette majorité centrale progressiste sociale démocrate et européenne qui rejette la démagogie du repli sur soi et qui préfère l’optimisme du volontarisme d’une France forte de ses atouts dans une Europe forte de son histoire à des postures archaïques tant de droite (l’aile droite des Républicains) que de gauche (les frondeurs, la gauche de la gauche, etc.), des postures aussi contreproductives électoralement qu’inefficaces politiquement.

Ce rassemblement est donc bien entendu voué à accueillir en son sein (à l’instar de Jean-Marie Bockel) des socialistes modernes comme Emmanuel Macron qui ne sont pas reconnus comme un des leurs par leurs propres camarades du PS… Bref, tous ceux qui pensent que le génie français n’est pas fini et qu’il peut encore influencer durablement le monde contemporain devraient faire partie de cette majorité centrale capable tant de voter des réformes de bon sens pour favoriser l’emploi que de redonner un horizon politique à une nation en proie au doute et à l’expectative.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 mars 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Un débat Jean-Christophe Lagarde vs Marine Le Pen ?
Jean-Christophe Lagarde.
Programme de l’UDI.
Rapport de forces pour 2017.
Tout est possible en 2017…
Mathématiques militantes.
Le nouveau paradigme.
Piège républicain.
L’UDI en piste pour la rénovation (18 octobre 2014).
L’après-Borloo (1).
L’après-Borloo (2).
Jean-Louis Borloo.
François Bayrou.
L’alliance UDI-MoDem.
La création de l’UDI.
La famille centriste.
Les listes centristes aux européennes de 2014.
Résultats des européennes de 2014.
Hervé Morin.
Le Nouveau centre.
Laurent Hénart.
Yves Jégo.
Jean Arthuis.
Rama Yade.
Les radicaux de gauche.

_yartiUDI2016A04


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160307-UDI-centristes.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2017-pataques-chez-les-178640

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/03/11/33477960.html
 

Repost 0

Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


Pour mettre la page en PDF :
Print






Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).