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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 07:35

Les centristes du MoDem et de l'UDI lancent leurs listes aux européennes le 7 avril 2014 à Paris 19e et le 10 avril 2014 à Bordeaux : « L’horizon européen est le seul choix de souveraineté. ».
Jean Arthuis : « L’Europe est la dernière chance pour la France ! ».


yartiLesEuropens2014A05Après les élections municipales, les partis préparent les élections européennes. Ces élections désigneront, en France, 74 députés européens le 25 mai 2014 (à l’enjeu nouveau, celui du choix du prochain Président de la Commission Européenne). La plupart des candidats ont déjà été choisis et investis.

Le mode de scrutin des élections européennes n’ayant pas été réformé (à part l’augmentation de deux sièges pour la région Île-de-France à la suite de la ratification du Traité de Lisbonne, qui passe de 13 à 15 sièges, parallèlement à l’augmentation du corps électoral de cette région des 1,6 millions de Français de l’étranger), chaque député sera issu d’une liste dans huit grandes régions : l’Île-de-France (15 sièges), le Sud-Est (13), le Sud-Ouest (10), le Nord-Ouest (10), l’Est (9), l’Ouest (9), le Massif central-Centre (5) et l’Outremer (3). Pour avoir des élus, il faudra avoir au moins 5%, et la répartition se fait ensuite à la proportionnelle à la plus forte moyenne.

J’ai porté une attention toute particulière aux listes de "L’Alternative" appelées "Les Européens". Sur la forme, je regrette les deux appellations ("L’Alternative" ne définit pas une option mais un choix entre deux options, et "Les Européens" est un terme trop générique qui détourne son sens originel vers un sens trop catégoriel) mais elles correspondent sans doute aux seules formations, en France, qui défendent pleinement, sans hésitation démagogique, la construction européenne.

Je rappelle que "L’Alternative" est un logo qui rassemble, de façon informelle mais réelle, les deux partis centristes qui s’étaient retrouvés le 5 novembre 2013 à Paris : l’Union des démocrates et indépendants (UDI) de Jean-Louis Borloo et le MoDem de François Bayrou. Le lancement de la campagne européenne des centristes aurait dû intervenir le 9 février 2014 à Aubervilliers mais l’hospitalisation d’urgence de Jean-Louis Borloo le 27 janvier 2014 en raison d'une pneumonie aiguë l’a reporté au lundi 7 avril 2014 à Paris 19e et au jeudi 10 avril 2014 à Bordeaux, la ville d'Alain Juppé.

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Le nouveau président du PPE (Parti populaire européen qui rassemble les partis de centre droit en Europe) Joseph Daul, député européen français sortant (UMP), s’était d’ailleurs félicité le 5 novembre 2013 de cette réunion du centre entre l’UDI et le MoDem : « Un rassemblement des partis centristes est une bonne nouvelle pour faire vivre le débat démocratique à l’heure de la montée des populismes et de l’euroscepticisme. » et il émettait ainsi le souhait que les députés centristes qui seraient élus en 2014 rejoignent le groupe du PPE (que Joseph Daul préside encore pour quelques semaines) afin de le renforcer face au groupe des socialistes européens.

À l’origine, les centristes français étaient membres du PPE au contraire du RPR, mais en 2002, François Bayrou a fait quitter l’UDF du PPE lors de la création de l’UMP, qui, de son côté, avait intégré le PPE, jugé devenu trop à droite, et avait rejoint les démocrates et libéraux européens (ADLE). Toutefois, contrairement aux espoirs de Joseph Daul, il y aurait plus de chance pour que les députés centristes élus en 2014 restent au groupe de l’ADLE pour soutenir la candidature de Guy Verhoftstadt à la Présidence de la Commission Européenne. Jusqu’à maintenant, les députés européens UDI élus en 2009 (sur des listes UMP) étaient inscrits au groupe PPE et ceux du MoDem à l’ADLE.

Voici donc un petit tour de France (métropolitaine) des premiers candidats de ces listes "Les Européens" qui ont été rendus publics le 6 mars 2014 ainsi que leurs principaux concurrents.

J’ai indiqué, pour simple information, le pourcentage de suffrages qu’il faudrait pour qu’une liste obtienne au moins un siège. Cela reprend essentiellement les résultats du 7 juin 2009 mais dépend surtout du nombre de suffrages portés sur les listes ayant obtenu plus de 5% des voix. En d’autres termes, plus il y a une déperdition des voix sur des listes qui auront moins de 5% moins haute sera la barre pour obtenir des élus des listes ayant obtenu plus de 5%. Concernant les listes concurrentes, celles du Front de gauche ne sont pas encore finalisées (à ma connaissance) et leur indication est donc sous réserve de confirmation.

Comme dans chaque parti, la composition des listes n’a pas été facile. Il fallait équilibrer entre UDI et MoDem, entre sortants et renouvellement, entre homme et femme (la loi oblige la parité), en sachant que chaque liste ne peut tabler que sur un ou deux candidats susceptibles d’être élus (voire trois dans certaines grandes circonscriptions).

Le point le plus délicat a été le choix de la tête de liste en Île-de-France entre Marielle de Sarnez, députée sortante qui a beaucoup travaillé les dossiers européens à Strasbourg et proche de François Bayrou, et Rama Yade, ancienne ministre et conseillère régionale. En raison de la parité, celle qui n’a pas été choisie aurait été reléguée en troisième place si elle était restée sur la liste.


L’Île-de-France (15 sièges)

Pour avoir au moins un élu, il faudrait environ 5,5%.

La liste centriste est composée de :

1. Marielle de Sarnez, députée européenne sortante MoDem. Membre de deux commissions au Parlement Européen (affaires étrangères et commerce international), elle est spécialiste des échanges entre l’Europe et la Chine, de la protection des mineurs sur Internet et d’Erasmus.

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2. Jean-Marie Cavada, député européen sortant issu des listes UMP-NC et président du Mouvement européen pour la France. Journaliste et ancien président de Radio France, il a présidé la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures au Parlement Européen.

3. Chantal Jouanno, sénatrice UDI de Paris et ancienne ministre. Championne de karaté, elle est spécialiste de l’environnement et des sports.

Parmi les listes concurrentes, il y a une liste menée par Corinne Lepage, députée européenne sortante, celle d’EELV menée par Pascal Durand et Eva Joly, députée européenne sortante, celle du Front de gauche menée par Patrick Le Hyaric, député européen sortant, et (peut-être) Clémentine Autain, celle de Debout la République (mouvement de Nicolas Dupont-Aignan) menée par le journaliste Dominique Jamet, celle du PS menée par Harlem Désir, député européen sortant, et Pervenche Berès, députée européenne sortante, celle de l’UMP menée par Alain Lamassoure, député européen sortant et ancien ministre, et Rachida Dati, députée européenne sortante et ancienne ministre, une liste menée par Christine Boutin, ancienne ministre, et une liste menée par François Asselineau, ancien collaborateur de Charles Pasqua.


Le Sud-Est (13 sièges)

Pour avoir au moins un élu, il faudrait environ 6%.

La liste centriste est composée de :

1. Sylvie Goulard, députée européenne sortante MoDem. Ancienne présidente du Mouvement européen en France et ancienne conseillère de Romano Prodi, elle est spécialiste de la gouvernance dans la zone euro et de l’extrême pauvreté en Europe.

2. Thierry Cornillet, ancien député européen et maire de Montélimar, UDI. Spécialiste de l’action humanitaire en Europe, il fut l’un des rédacteurs de la Chartre des droits fondamentaux de l’Union Européenne.

3. Élodie Humeau, secrétaire générale du réseau des Maisons de la francophonie. Adjointe UDI à un maire d’arrondissement à Lyon, elle a été assistante parlementaire au Parlement Européen.

Parmi les listes concurrentes, il y a la liste d’EELV menée par Michèle Rivasi, députée européenne sortante, la liste du FN menée par Jean-Marie Le Pen, député européen sortant et conseiller régional, Marie-Christine Arnautu, Bruno Gollnisch, député européen sortant et conseiller régional, et Mireille d’Ornano, conseillère régionale, celle du PS menée par Vincent Peillon, ministre, et celle de l’UMP menée par Renaud Muselier, ancien ministre, et Françoise Grossetête, députée européenne sortante.


Le Sud-Ouest (10 sièges)

Pour avoir au moins un élu, il faudrait environ 8%.

La liste centriste est composée de :

1. Robert Rochefort, député européen sortant MoDem et ancien directeur du Credoc. Spécialiste du marché intérieur et de la protection des consommateurs, il a une grand connaissance des PME en Europe.

2. Muriel Boulmier. Implantée UDI à Agen, elle est spécialiste de l’adaptation de l’habitat face au défi de l’évolution démographique.

3. Jean Iglesis, avocat UDI et ancien rugbyman. Conseillant notamment le comité européen d’entreprise d’Airbus, il est spécialiste de la participation et de l’intéressement des salariés.

Parmi les listes concurrentes, il y a une liste menée par Marie-Jeanne Husset, ancienne directrice du magazine "60 millions de consommateurs", celle du Front de gauche menée par Jean-Luc Mélenchon, député européen et ancien ministre, celle d’EELV menée par José Bové, député européen sortant, celle du FN menée par Louis Aliot, celle du PS menée par Virginie Rozière (PRG), celle de l’UMP menée par Michèle Alliot-Marie, ancien ministre, ainsi qu’une liste menée par un ancien député européen FN, Jean-Claude Martinez.


Le Nord-Ouest (10 sièges)

Pour avoir au moins un élu, il faudrait environ 7%.

La liste centriste est composée de :

1. Dominique Riquet, député européen sortant issu des listes UMP-NC. Chirurgien et ancien maire de Valenciennes, il est spécialiste du mécanisme de financement des infrastructures et du fonds européen d’ajustement à la mondialisation.

2. Carole Ulmer, directrice du think tank "Confrontations Europe". Elle est spécialiste du marché intérieur, des affaires sociales et du budget européen.

3. Jean-Christophe Loric, conseiller général MoDem de la Somme. Chef d’entreprise, il est spécialiste de l’innovation et de la culture d’entreprise.

Parmi les listes concurrentes, il y a la liste du FN menée par Marine Le Pen, députée européenne sortante et conseillère régionale, celle de l’UMP menée par Jérôme Lavrilleux, conseiller général de Saint-Quentin et proche de Jean-François Copé, et Tokia Saïfi, députée européenne sortante et ancienne ministre, et celle du PS menée par Gilles Pargneaux, député européen sortant et adjoint au maire de Lille.


L’Est (9 sièges)

Pour avoir au moins un élu, il faudrait environ 7,5%.

La liste centriste est composée de :

1. Nathalie Griesbeck, députée sortante du MoDem et conseillère générale de Metz. Maître de conférence en droit public, colonel de réserve, elle est spécialiste de la protection des mineurs. Elle était en deuxième place (déjà sortante) en 2009 sur la liste menée le journaliste Jean-François Kahn.

2. Quentin Dickinson, journaliste et correspondant permanent de Radio France à Bruxelles. Il fait partie de ces personnes qui cherchent à sensibiliser les responsables économiques et sociaux nationaux du rôle essentiel des institutions européennes.

3. Michèle Striffler, députée européenne sortante issue des listes UMP-NC. Conseillère municipale de Mulhouse chargée des affaires européennes, elle est spécialiste de l’aide humanitaire.

Parmi les listes concurrentes, il y a la liste du FN menée par Florian Philippot, la liste du PS menée par Édouard Martin, syndicaliste CDFT à Florange, et Catherine Trautmann, députée européenne sortante et ancienne ministre, celle du Front de gauche qui pourrait être menée par Liêm Hoang-Ngoc, député européen PS sortant qui n'avait pas été reconduit sur les listes du PS malgré sa présence très active au Parlement Européen, et celle de l’UMP menée par Nadine Morano, conseillère régionale et ancienne ministre, et Arnaud Danjean, député européen sortant.


L’Ouest (9 sièges)

Pour avoir au moins un élu, il faudrait environ 8,5%.

La liste centriste est composée de :

1. Jean Arthuis, sénateur UDI de la Mayenne et ancien Ministre de l’Économie et des Finances lors de la préparation à la monnaie unique. Sa présence en tête de liste est un signe assez fort de changement d’état d’esprit.

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Selon Jean Arthuis, le pouvoir politique doit s’établir au niveau européen pour qu’il soit efficace, d’où son engagement dans ces élections alors qu’il est sénateur depuis …1983 : « J’ai trouvé [au Sénat] des conditions de travail optimales pour légiférer sereinement et exercer sans complaisance à l’égard des gouvernements successifs nos prérogatives d’évaluation des politiques publiques et de contrôle des administrations. J’avoue que l’inertie face aux réformes nécessaires et la résignation devant les déficits et l’endettement publics, l’aveuglement vis-à-vis des défis de la mondialisation m’ont souvent révolté. Au surplus, depuis septembre 2011, le Sénat est entré dans la léthargie, clonant maladroitement les joutes rituelles et stériles du fait majoritaire alors que notre pays se marginalise et s’enfonce dans le chômage. Bref, j’ai acquis la conviction que le pouvoir, la souveraineté, exercés à l’échelon national, deviennent illusoires. À l’heure de la mondialisation, seule l’Europe nous donne les moyens de la puissance et de la confiance. (…) Je milite pour une Europe des citoyens, moins distante et technocratique, moins tatillonne et normative, apte à réconcilier les consommateurs et les producteurs. Si je souhaite m’investir au Parlement Européen, c’est parce que je crois que l’Europe est la dernière chance pour la France ! » (7 mars 2014).

2. Laurence Maillart-Méhaignerie, chef d’entreprise rennaise, UDI. Ancienne responsable des affaires européennes au conseil régional de Bretagne, elle est aussi la fille d’un grand élu et ancien ministre breton.

3. Stephen Boucher, directeur à la Fondation européenne du climat, UDI. Il a conseillé le gouvernement belge pour les affaires européennes et a enseigné à Science Po.

Parmi les listes concurrentes, il y a la liste d’EELV menée par Yannick Jadot, député européen sortant, la liste du PS menée par Isabelle Thomas, députée européenne sortante, et Emmanuel Maurel, conseiller régional (d’Île-de-France !), et celle de l’UMP menée par Alain Cadec, député européen sortant.


Le Massif central-Centre (5 sièges)

Pour avoir au moins un élu, il faudrait environ 13%.

La liste centriste est composée de :

1. Sophie Auconie, députée européenne sortante issue des listes UMP-NC. Conseillère municipale de Tours, elle est spécialiste de la sécurité alimentaire et gouverneur au Conseil mondial de l’eau.

2. Hervé Prononce, agriculture et maire UDI de Le Cendre (Puy-de-Dôme).

3. Nadine Rivet, conseillère municipale MoDem de Limoges. Elle est responsable du fonds européen pour les entreprises dans le Limousin.

Parmi les listes concurrentes, il y a la liste du PS menée par Jean-Paul Denanot, président du conseil régional du Limousin, et celle de l’UMP menée par Brice Hortefeux, député européen sortant et ancien ministre.


L’horizon européen est le seul choix de souveraineté

Face aux nombreux discours qui réclament l’isolement de la France, le message de ces listes favorables à la construction européenne est devenu à la fois rare et original.

Leur profession de foi est d’ailleurs très combative : « Engagés dans le combat européen, nous savons toutes les difficultés que l’Europe traverse et que vivent nos concitoyens. Cependant, pour nous "Les Européens", l’Europe est une chance. C’est un modèle de civilisation unique au monde, une opportunité de mieux-être social sans pareil, et un espace précieux de paix et de liberté. » et elle conclut sur l’essentiel : « "Les Européens" sont les seuls à incarner, sans ambiguïté et dans la clarté, le destin européen de la France, car pour nous, l’horizon européen est le seul choix de souveraineté. ».

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Jean Arthuis, qui sera l’un des principaux acteurs de cette campagne, insiste également sur ce point de la souveraineté : « Au moment où les chantres de l’euroscepticisme, voire de l’europhobie, donnent de la voix, il est de notre devoir de nous engager avec force dans le débat. Bouc émissaire commode de nos déconvenues, l’Europe dysfonctionne du fait de nos chefs d’État ou de gouvernement. Abandonner l’euro conduirait au chaos économique et social. Qu’il s’agisse de création d’emplois, notamment pour les jeunes, de sécurité et de diplomatie, de contrôle des flux migratoires, de lutte contre la fraude et les paradis fiscaux, de transition énergétique, de gouvernance des océans, de régulation de la finance, de protection de nos intérêts vitaux, de lutte contre la grande criminalité, de politique monétaire au service du dynamisme économique et du progrès social ou d’aide au développement, la France ne peut agir seule. L’Union Européenne a besoin d’intégration politique. Son pilotage nécessite une évolution de ses institutions pour renforcer leur légitimité démocratique. ».

Car ce sera bien la mission ambitieuse de tous ces candidats : convaincre les Français que sans dimension européenne, la France n’est plus en capacité de faire entendre sa voix dans un monde globalisé et rassemblé en de grands ensembles humains comme les États-Unis, la Chine, l’Inde, la Russie, le Brésil, etc. La voix de la France ne pourra se faire entendre qu’en passant par l’Europe.

C’est un constat réaliste, et surtout, constructif, tourné vers l’avenir, qui sort des réflexes nostalgiques et des regrets d’une France qui serait, seule, le phare du monde mais qui, si elle l’a jamais été, ne l’est assurément plus aujourd’hui.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (4 avril 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
LesEuropeens.eu
Listes centristes de L’Alternative aux européennes 2014 (à télécharger).
Innovation européenne.
L’Alternative.
La famille centriste.
Guy Verhofstadt.
Le budget européen 2014-2020.
Euroscepticisme.
Le syndrome anti-européen.
Pas de nouveau mode de scrutin aux élections européennes, dommage.
L’Europe des Vingt-huit.
La construction européenne.
L’Union Européenne, c’est la paix.

yartiLesEuropens2014A08
 

 

  http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/europeennes-2014-les-centristes-en-150198

 

 

 

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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 09:32

Le nom des têtes des listes UDI-Modem/L'Alternative a été publié le jeudi 6 mars 2014.


Cliquer sur le lien pour télécharger les noms (fichier .pdf) :

http://mouvementdemocrate.fr/media/PDF/Dossier_de_presse_pr__sentation_equipe_def_2_.pdf


SR

 

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7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 07:25

« Je ne suis pas fait pour être le roi à Paris, mais un grand féodal de province. » (13 mai 1970).


yartiFaureMaurice07C’est à 5 heures et demi du matin que Maurice Faure s’est éteint à 92 ans, dans son sommeil, comme un "bon vivant", ce jeudi 6 mars 2014 chez lui, rue des Cadourques, à Cahors. Maurice Faure, très imposant physiquement, n’aura que quelques mots dans les actualités nationales et pourtant, ce fut un acteur important de la vie politique française. Il a eu pourtant deux défauts majeurs : ne pas avoir d’ambition personnelle et être né à une mauvaise époque.

En effet, comme d’autres personnalités politiques, Maurice Faure a été balayé par la Ve République.

Pas électoralement, car il y a fait une très brillante carrière d’élu radical dans le Lot : élu député de 1951 à 1983 (dont la présidence du groupe des radicaux à l’Assemblée Nationale de 1962 à 1967 et la présidence de la commission des affaires étrangères de 1981 à 1983) puis sénateur de 1983 à 1988, maire de Prayssac de 1953 à 1965, puis maire de Cahors de 1965 à 1989, président du conseil général du Lot de 1971 à 1994 (représentant le canton de Montcuq de 1964 à 1994), vice-président du conseil régional de Midi-Pyrénées également, on ne peut pas dire que la République l’a rejeté.

Non, ce serait plutôt lui qui a balayé la Ve République et sa logique folle de bipolarisation induite par l’élection présidentielle au suffrage universel direct.

Car si Maurice Faure a eu une carrière politique plus que correcte, il n’a pas été l’acteur exceptionnel qu’il aurait pu être s’il avait accepté cette logique de la bipolarisation et le corollaire, cette logique d’ambition personnelle, qui aurait pu le porter au plus haut niveau de l’État, Matignon voire l’Élysée.


Jeune élu plein d’avenir

Né le 2 janvier 1922 en Dordogne, après une agrégation d’histoire et un doctorat en droit, Maurice Faure, ancien résistant, est devenu très rapidement un jeune loup montant de la IVe République. Après un passage dans des cabinets ministériels (chez Yvon Delbos et Maurice Bourgès-Maunoury), Maurice Faure s’est fait en effet élire député à l’âge de 29 ans. À partir de cet engagement, il a conquis de nombreux mandats locaux, comme je l’ai indiqué plus haut (à l’époque, il n’y avait aucune limitation du cumul).

À l’âge de 34 ans, Maurice Faure s’est retrouvé nommé dans le gouvernement de Guy Mollet, comme Secrétaire d’État aux Affaires étrangères du 1er février 1956 au 14 mai 1958, gardant ces responsabilités dans les gouvernements de Maurice Bourgès-Maunoury et de Félix Gaillard (lui-même à peine plus âgé que Maurice Faure, de deux ans).

Une période historique pour l’homme convaincu de la nécessité de la construction européenne : en effet, jusqu’à jeudi, il fut le dernier signataire encore vivant du Traité de Rome créant ce qui est devenu l’Union Européenne, le 25 mars 1957, aux côtés du ministre dont il dépendait, Christian Pineau. C’est d’ailleurs à peu près le seul "fait d’armes" que les médias retiendront de lui dans les dépêches. Il fut pour l’occasion nommé président du comité d’honneur pour le cinquantenaire du Traité de Rome en mars 2007.

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Ces deux années au Quai d’Orsay furent sans doute les années qu’il a préférées dans sa vie politique, un domaine qu’il voulait retrouver en prenant la présidence de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée Nationale après la victoire de François Mitterrand dont il était un grand ami, indépendant, souvent écouté mais dont les conseils ont rarement été suivis.

Le 14 mai 1958, il resta au gouvernement dirigé très furtivement par Pierre Pflimlin. Il fut pendant trois jours (jusqu’au 17 mai 1958) Ministre de l’Intérieur puis (cédant la place à Jules Moch) jusqu’au 1er juin 1958, Ministre des Institutions européennes. Le retour de De Gaulle l’écarta du pouvoir pendant vingt-trois ans.


Un positionnement centriste impossible sous la République gaullienne

S’il se sentait à gauche, il était pourtant contre toute idée de front populaire, rejetant l’alliance avec les communistes et espérant la formation d’une union allant du centre droit aux socialistes (tout ce qu’il y avait entre le gaullisme et le communisme, ce qu’a repris plus tard François Bayrou en parlant d’un rassemblement d’Édouard Balladur à Jacques Delors). Une idée qui ne pouvait pas aboutir en raison de la ténacité de Guy Mollet, patron de la SFIO, et de l’ambition débordante, dévorante, de François Mitterrand, convaincu que pour s’opposer au pouvoir gaulliste, il fallait se positionner à gauche toute.

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Maurice Faure soutenait ainsi en 1964 l’idée d’une "grande fédération" rassemblant radicaux, socialistes et démocrates-chrétiens, que souhaitaient mettre en place Gaston Defferre et Jean-Jacques Servan-Schreiber à l’occasion de l’élection présidentielle de décembre 1965. Finalement, Gaston Defferre a renoncé à se présenter le 25 juin 1965 après l’échec de cette idée.

Le 9 septembre 1965, le même jour qu’une allocution de De Gaulle, voyant le terrain libre, François Mitterrand a donc annoncé sa propre candidature à l’élection présidentielle.

La veille, il avait obtenu l’appui du vieux rival de Guy Mollet à la SFIO, Daniel Mayer, sur le point de se présenter aussi. Et le matin même, il est allé voir Maurice Faure, à son bureau de président du parti radical, qui était, lui aussi, sur le point de se présenter pour avoir une candidature centriste à cette élection, mais il fut lâché par Guy Mollet la veille aussi. Face à la détermination de François Mitterrand, Maurice Faure renonça en lui lançant : « Que voulez-vous que je fasse ? Je ne vais pas me présenter avec un programme européen sans l’appui des socialistes ! Je vais faire deux millions de voix, et je discréditerai l’idée d’Europe. Bon, allez-y, faites-le, votre front populaire ! » (selon Michèle Cotta qui a entretenu pendant plusieurs décennies des échanges très conviviaux et fructueux avec Maurice Faure, et dont je donnerai quelques autres éléments par la suite de l’article).

Finalement, le centre a eu un candidat avec Jean Lecanuet déclaré le 19 octobre 1965. Michèle Cotta expliquait alors : « Maurice Faure (…) aurait voulu présenter sa candidature. Mais la tâche lui a brutalement paru harassante, au-dessus de ses forces. D’autant qu’il était alors sentimentalement occupé à Cahors (…), ce qui semble l’avoir freiné. D’un côté, il estime qu’il aurait été le meilleur candidat au centre ; de l’autre, un engagement actif et personnel dans une campagne lui fait peur. Résultat : il est de très mauvaise humeur depuis des semaines. ».

Maurice Faure avait confié à Michèle Cotta le 13 mai 1970 la raison de sa renonciation : « Je ne suis pas fait pour être le roi à Paris, mais un grand féodal de province. Je ne suis pas un intellectuel, un penseur ; je suis un gestionnaire. ».


Maurice Faure et Jacques Chirac

Les cahiers secrets de Michèle Cotta regorgent de richesse. En n’allant pas jusqu’au bout de sa logique politique en 1965, Maurice Faure s’est donné une réputation de dilettante, préférant la tranquillité au pouvoir. Le 13 mai 1970, voici ce qu’il disait d’un jeune ambitieux, Jacques Chirac : « Je le regardais, l’autre jour, à la Coder [Commission de développement économique régional de Midi-Pyrénées qu’il présidait], et je me disais : c’est tout moi il y a dix ans ! » (ils avaient justement dix ans d’écart).

Et le 26 mai 1970, après une rencontre avec Jacques Chirac, Michèle Cotta notait : « [Jacques Chirac] raconte, drôlement, que tout son problème, dans la vie, a été de canaliser sa paresse. À la Cour des Comptes, après l’ENA, il faisait d’interminables parties de bataille navale avec son "copain" Alain Chevalier. Au fond, la Corrèze et cette course aux suffrages, c’est un moyen (…) d’orienter son "farniente" naturel vers une agitation plus vertueuse. ». Dilettantisme d’un côté, paresse de l’autre.

Michèle Cotta revenait à la charge le 6 février 1988 : « Maurice Faure a toujours eu pour Jacques Chirac une sorte d’admiration, sinon de sympathie. Pourquoi ? Pour des raisons totalement contradictoires, il me semble, mais néanmoins explicables. Avant tout, il me paraît très sensible à la détermination dont Jacques Chirac a fait preuve depuis quinze ans. Normal : lui qui en a tant manqué, de détermination, sait la reconnaître et l’apprécier à sa juste valeur chez les autres ! Et puis, c’est l’élu local qu’il respecte : sur ces terres radicales, Chirac apparaît parfois plus radical que les radicaux. ».


Du centre vers la gauche

Maurice Faure a donc soutenu Jean Lecanuet au premier tour parce qu’il voulait un centre fort face au gaullisme et face à un candidat soutenu par les communistes. Il a ainsi participé au meeting de Jean Lecanuet au Palais des Sports le 30 novembre 1965 qui a rassemblé bien plus de monde que prévu. La mayonnaise Lecanuet a pris.

Le très beau score de Jean Lecanuet (15,6%) encouragea ce dernier à transformer le MRP en Centre démocrate, tandis que Maurice Faure, qui avait donc raté son rendez-vous avec l’histoire, s’est progressivement rapproché de François Mitterrand et de la gauche socialiste jusqu’à entrer en février 1968 au bureau politique de la "petite fédération", la FGDS (Fédération de la gauche démocratique et socialiste) regroupant la SFIO, les radicaux et quelques autres groupements mitterrandistes.

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Le gaulliste démocrate-chrétien Jean Charbonnel, qui vient, lui aussi, de disparaître le 20 février 2014, racontait que Maurice Faure aurait été prêt à rejoindre la majorité gaulliste derrière de figures progressistes comme Jacques Chaban-Delmas, mais Georges Pompidou lui avait collé en 1967, dans sa circonscription de Cahors, un candidat gaulliste de grande qualité, lui aussi agrégé, Jean-Pierre Dannaud, un jeune "mousquetaire pompidolien" (au même titre que Jacques Chirac) qui avait promis en décembre 1966 de conquérir les citadelles de gauche au sud de la Loire, ce qui plaça Maurice Faure mécaniquement dans l’opposition alors qu’au premier tour, le 6 mars 1967, il avait refusé le soutien de la FGDS mais son score s’était effondré. Pour le second tour, dès le 8 mars 1967, il a finalement accepté la logique de l’union de la gauche et les communistes se sont désistés en sa faveur.

Refusant de rompre avec les centristes, à l'instar de Félix Gaillard (radical) et de Max Lejeune (social-démocrate, dont l'héritier fut André Santini), Maurice Faure ne vota pas le 18 mai 1967 la motion de censure contre le gouvernement de Georges Pompidou qu’avaient déposée François Mitterrand, Guy Mollet, Waldeck Rochet (communiste), René Billières (radical) et Étienne Fajon (communiste).

L’amitié entre Maurice Faure et François Mitterrand date de l’automne 1967 (le mot était rare chez François Mitterrand) après le désaccord à l’occasion des élections législatives de 1967. L’anecdote a été racontée par les deux protagonistes de la même manière. Au cours d’une rencontre, Maurice Faure a confié à François Mitterrand : « J’ai déc-nné, mais finalement, vous m’avez assez bien rattrapé entre les deux tours. » et François Mitterrand de lui répondre : « Il nous est arrivé à tous de déc-nner un jour. L’important est de s’en apercevoir à temps. ».

Après la démission de De Gaulle et dans la perspective de l’élection présidentielle de 1969, Guy Mollet voulait tout faire pour éviter une candidature unique de la gauche qui aurait fait le jeu de François Mitterrand et voulait pousser la candidature du socialiste Christian Pineau, ancien Ministre des Affaires étrangères, qui a failli être Président du Conseil sous la IVe République et qui avait quitté l’avant-scène politique depuis 1958. Il avait l’avantage d’être très européen et détesté par les communistes qui n’auraient jamais pu le soutenir. Gaston Defferre, lui aussi défavorable à une candidature unique, a pris cependant Guy Mollet de vitesse en annonçant sa propre candidature le 29 avril 1969, encouragé en particulier par Maurice Faure qui voyait dans cette candidature la revanche de 1965. Gaston Defferre n’a finalement obtenu que 5,0% au premier tour le 1er juin 1969 (devant Michel Rocard mais derrière le communiste Jacques Duclos et le centriste Alain Poher).

Plus observateur qu’acteur de la vie politique nationale, souvent très avisé, embarrassé par la présence très imposante de Jean-Jacques Servan-Schreiber à la tête du parti radical dans les années 1970, Maurice Faure a donc pris, sans trop y croire mais par simple choix logique, le "train" de la gauche menée par François Mitterrand jusqu’à la victoire historique du 10 mai 1981.

Il avait même tenté en vain de dissuader ses camarades du Mouvement des radicaux de gauche (MRG), en congrès le 1er mars 1981, de présenter à l’élection présidentielle leur président : « Michel Crépeau croit sa candidature nécessaire. Ce que je crois, c’est qu’il se trompe sur ce point précis. Je pense le contraire. ». Les quatre cinquièmes des délégués du MRG ne l’avaient pourtant pas suivi : c’était l’une des rares fois où Maurice Faure, en général refusant le conflit, s’était opposé à une assemblée très majoritairement hostile.


Le retour furtif au pouvoir

Deux jours après sa victoire historique, François Mitterrand, le 12 mai 1981, a réuni ses proches pour penser au futur gouvernement qui ne serait que de transition dans l’attente des élections législatives. Il souhaita la présence des radicaux de gauche et pensa naturellement à nommer Maurice Faure, vingt-trois ans après, au gouvernement. Mais Maurice Faure (qui avait 59 ans) n’était pas vraiment d’accord : « Je ne veux pas de ministère politique ; ce serait la fin de ma tranquillité. J’aimerais la Construction ou l’Équipement. Je ne suis pas fait pour penser. À la rigueur, un ministère technique… ». Le 23 mai 1981, Maurice Faure fut nommé par François Mitterrand Ministre de la Justice dans le premier gouvernement de Pierre Mauroy, succédant à Alain Peyrefitte.

Au conseil des ministres du 5 juin 1981, Maurice Faure a dû se justifier auprès du Président de la République au sujet de certaines de ses actions et de quelques nominations qu’il devait faire. Ce stress l’épuisait et le tourmentait ; il ne supportait pas l’idée, imposée par François Mitterrand, de présenter une loi d’amnistie.

Michèle Cotta remarquait ainsi : « Maurice Faure se demande s’il n’aurait pas été bien avisé de refuser la Chancellerie et de viser la présidence de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée Nationale. Le Ministère de la Justice exige une présence constante. Il pensait qu’il aurait encore un peu de liberté, qu’il ne serait pas obligé d’avaler dossier sur dossier, ni dérangé la nuit parce qu’un condamné s’est échappé. Comme il est consciencieux, il a du remords à l’idée qu’il ne sera pas à la hauteur de la tâche qui l’attend, non pas sur le plan intellectuel, bien sûr, mais par son excès de scrupules. Il s’aperçoit en outre que sa vie va se trouver désormais complètement sous contrôle, sans la moindre possibilité d’aller flâner dans la campagne lotoise ! ».

Le 23 juin 1981, à l’issue des élections législatives, Maurice Faure renonça au gouvernement et s’installa à la présidence de la commission des affaires étrangères qu’il convoitait tant. Robert Badinter lui succéda et devint l’homme de l’abolition de la peine de mort.

Cette désertion ministérielle ne l’empêcha pas de continuer à voir l’entourage présidentiel, notamment André Rousselet, le directeur de cabinet de François Mitterrand, comme cette réunion, le 30 mars 1982, pour tenter de créer un centre gauche dans le but de contrebalancer le poids des communistes, et de lui trouver un leader, Edgar Faure étant trop vieux et Bernard Stasi étant jugé un peu trop léger pour eux (c'était avant le congrès du Centre des démocrates sociaux qui vit Pierre Méhaignerie gagner face à Bernard Stasi pour la succession de Jean Lecanuet).

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Régulièrement, François Mitterrand consultait Maurice Faure pendant ses deux septennats, soit sur la politique extérieure, soit sur la stratégie politique à adopter face aux communistes ou à l’opposition, ou encore face à l’opinion publique, l’invitant très souvent dans ses voyages à l’étranger, au point par exemple de continuer leur conversation seuls au Kremlin pendant une heure lors d’une visite officielle en Union Soviétique en juin 1984, ou alors en s’invitant chez lui, comme en fin septembre 1986, quelques jours à Saint-Cirq-la-Popie, petit village du Lot aux ruelles pittoresques mais trempées par la pluie.

En décembre 1985, si Maurice Faure prédisait une défaite des socialistes aux élections législatives du 16 mars 1986, il ne croyait pas du tout à la possibilité d’une cohabitation durable entre François Mitterrand et Jacques Chirac et imaginait très rapidement une élection présidentielle anticipée. Sur ce point, il s’était trompé et il avait même conseillé François Mitterrand d’organiser en 1986 un référendum pour instituer le quinquennat, démissionner au bout de ses cinq années de mandat et se représenter dans la foulée, jouant quitte ou double. Le Président, bien plus maître du temps, avait au contraire toutes les raisons de laisser durer le plus longtemps les choses (d’autant plus qu’il se battait déjà contre la maladie).

Après la réélection de François Mitterrand, Michel Rocard nomma Maurice Faure le 12 mai 1988 Ministre d’État, Ministre de l’Équipement et du Logement dans son premier gouvernement, poste qu’il confirma après les élections législatives. Mais Maurice Faure ne semblait pas très heureux de redevenir ministre. Il réussit à démissionner le 22 février 1989 grâce à une occasion, celle d’être nommé par François Mitterrand membre du Conseil Constitutionnel pour neuf ans, jusqu’au 1er mars 1998, ce qui fut sa dernière fonction officielle dans la République (il y retrouva Robert Badinter, Daniel Mayer et le radical Robert Fabre, l'un des artisans de l'union de la gauche).


Quel homme étrange !

Pour finir, encore une impression que Michèle Cotta écrivait le 3 novembre 1989 au sujet de Maurice Faure : « Quel homme étrange, ce Maurice Faure ! On pourrait croire qu’il aime les honneurs auxquels il a été habitué très jeune : or voici qu’il a abandonné de nouveau un poste de ministre (…). Il lui a fallu un mois, en 1981, pour renoncer à diriger la Chancellerie ; il lui a suffi de moins d’un an pour laisser tomber l’Équipement. Paresse ou simple goût de la vie ? Il est incontestablement plus heureux en Dordogne ou dans le Lot qu’à Paris. Politiquement, il est radical : ni trop à gauche, ni à droite. Il ne se voit pas d’avenir politique, et d’ailleurs, c’est définitif : il n’en veut pas. Quel dommage ! Quelle carrière il aurait pu faire s’il avait eu la moindre ambition ! D’un autre côté, c’est cette absence d’ambition qui le rend tel qu’il est : lucide, surtout à l’égard de lui-même, intelligent et drôle. Son humour n’est jamais méchant : n’attendant rien des hommes et doutant de tous, il se fait à tout, accepte le pire et le meilleur avec indulgence. Une interrogation : pourquoi Mitterrand, dont il a par deux fois abandonné le bateau, ne lui en veut-il pas ? Réponse : "Il a depuis longtemps accepté ma liberté vis-à-vis de lui. Il ne la comprend pas, mais respecte mon choix". ».

En d’autres termes, Maurice Faure n’a été qu’un leader virtuel, qui en avait la carrure mais qui n’a jamais été poussé à ses limites en raison d’une certaine philosophie de la vie. Il aurait pu être Jean Lecanuet, jeune candidat centriste à l’élection présidentielle en 1965 ; il aurait pu être un ministre écouté de Jacques Chaban-Delmas et pourquoi pas, Premier Ministre ; il aurait pu être Robert Badinter, l’homme de l’abolition de la peine de mort ; il aurait pu être roi de Paris, il n’a été que roitelet de province, pour son bonheur d’hédoniste.

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Maurice Faure aimait citer l’un des hommes de la IVe République, Paul Ramadier : « La politique, ce n’est ni la morale, ni la logique, c’est une dynamique irrationnelle. ». Maurice Faure aura été cet homme irrationnel qui a laissé filer toutes les occasions de devenir un acteur majeur de la vie politique, trop soucieux de sa tranquillité. Michèle Cotta le définissait en effet (le 12 janvier 1986) comme un « analyste politique brillant lorsqu’il ne s’agit pas de sa carrière personnelle » !

Les obsèques de Maurice Faure et l’hommage solennel auront lieu le lundi 10 mars 2014 à 10 heures en la cathédrale Saint-Étienne de Cahors. Sont notamment attendus ses deux fils, Philippe Faure, ancien ambassadeur, et Patrick Faure, ancien président de Renault Sport, ainsi que le Président de la République François Hollande. Il sera inhumé dans l’intimité familiale à Saint-Pierre-de-Chiniac, en Dordogne.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (7 mars 2014)
http://www.rakotoarison.eu

La plupart des citations proviennent des trois tomes des "Cahiers secrets de la Ve République" de Michèle Cotta (éd. Fayard).

Pour aller plus loin :
Crise de 1958.
La famille centriste.
Guy Mollet.
Jean Lecanuet.
Edgar Faure.
François Mitterrand.
De Gaulle.
Georges Pompidou.
Jacques Chaban-Delmas.
Pierre Mauroy.
Daniel Mayer.
Alain Poher.
Michel Rocard.
Jean Charbonnel.
Jacques Chirac.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Alain Peyrefitte.
Robert Badinter.
Bernard Stasi.
Les ambitieux en politique.

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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/maurice-faure-radical-dilettante-148999

 

 

 

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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 10:09

Né le 22 janvier 1922 à Azerat, en Dordogne, ancien résistant, Maurice Faure était agrégé d'histoire et docteur en droit, enseignant à l'IEP de Toulouse. Après un passage en 1947 au cabinet des ministres Yvon Delbos et Maurice Bourgès-Maunoury, il s'engagea dans la vie politique en se faisant élire député radical en 1951 et se fait réélire sans discontinuité jusqu'à son élection au Sénat en 1983 où il siégea jusqu'en 1988 où il fut nommé pour la dernière fois au gouvernement. Député européen de 1979 à 1981, il fut maire de Prayssac de 1953 à 1965 puis de Cahors de 1965 à 1989. Il présida aussi le conseil général du Lot de 1971 à 1994 en représentant le canton de Montcuq.

Ses responsabilités nationales furent importantes. Au gouvernement, il fut l'un des signataires français du Traité de Rome le 25 mars 1957 aux côtés de son ministre de tutelle Christian Pineau. Il présida le parti radical de 1961 à 1965 (où il a soutenu la candidature présidentielle de Jean Lecanuet) et de 1969 à 1971.

Ses responsabilités ministérielles furent souvent de courte durée :
Secrétaire d'État aux Affaires étrangères du gouvernement Guy Mollet (du 1er février 1956 au 13 juin 1957)
Secrétaire d'État aux Affaires étrangères du gouvernement Maurice Bourgès-Maunoury (du 17 juin au 6 novembre 1957)
Secrétaire d'État aux Affaires étrangères du gouvernement Félix Gaillard (du 11 novembre 1957 au 14 mai 1958)
Ministre de l'Intérieur du gouvernement Pierre Pflimlin (du 14 au 17 mai 1958)
Ministre des Institutions européennes du gouvernement Pierre Pflimlin (du 17 mai au 1er juin 1958)
Garde des Sceaux, ministre de la justice du gouvernement Pierre Mauroy (1) (du 22 mai au 23 juin 1981)
Ministre d'État, ministre de l'Equipement et du Logement du gouvernement Michel Rocard (1) (du 12 mai au 28 juin 1988)
Ministre d'État, ministre de l'Equipement et du Logement du gouvernement Michel Rocard (2) (du 28 juin 1988 au 22 février 1989)

Il finit sa carrière politique comme membre du Conseil Constitutionnel du 1er mars 1989 au 1er mars 1998.

SR

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 11:51

Né le 14 août 1929 à Istanbul, Jean-Marie Caro a étonné en battant largement le député sortant aux élections législatives de 1973 dans le Bas-Rhin. Il fut réélu député en continu jusqu'en 1993. Il fut également élu conseiller général de Villé en 1973. Malgré son implication très forte dans le travail parlementaire, il fut battu aux cantonales de 1992 puis aux législatives de 1993 car il n'était pas assez présent sur le terrain, un peu comme Bernard Stasi (UDF) à Epernay la même année.

Il fut président du conseil de l'Union de l'Europe Occidentale (UEO) de 1984 à 1987.

Européen convaincu, il fut profondément attristé par l'échec du référendum du 29 mai 2005 et l'a exprimé auprès des sénateurs français.

SR


« Monsieur le Président, c'est un geste important pour moi de m'exprimer devant la famille de l'UEO, qui représente une des périodes les plus chaleureuses et des plus actives de ma vie politique. Vous nous demandez de faire le point sur les cinquante ans écoulés. La tâche est difficile. L'UEO s'en est remarquablement chargée avec son ouvrage. Les discours que nous avons entendus nous ont permis de nous souvenir de la longue période qui sépare sa fondation de son anniversaire.
En tant que Français, au-delà de mon militantisme européen qui ne défaille pas, je vous ferai part de ma tristesse qui marque le message que je voudrais adresser à notre Assemblée et, par-delà, au peuple que nous représentons.
Tristesse, qui a été évoquée, en rapprochant les dates du 30 août 1954 et du 29 mai 2005 où, en tant que Français, je vois des actes répétés de blocage, c'est le moins que je puisse dire, de l'avancée pour laquelle nous avons tous travaillé d'un même cœur. Ce sentiment vient non pas du fait de nous sentir - et de me sentir - incapables de progresser, car nous en avons les moyens, mais de penser à notre jeunesse à laquelle le Français a ôté le pouvoir d'espérer et de croire en son avenir.
Nous vivons une période de désenchantement. On cherche les responsables. C'est un jeu courant auquel je ne me livrerai pas. Je forme le vœu que de notre jeunesse, qui est désemparée comme nous pouvons l'être également, se lève un chant d'espoir sous forme d'un nouveau projet, comme ceux qui ont enthousiasmé les Européens au début de cette période cinquantenaire et qui ont permis d'ajouter tant d'annexes au Traité constitutionnel.
Tâchons de trouver avec notre jeunesse un nouveau projet. Ne recollons pas des morceaux mais faisons du neuf en pensant à l'avenir de nos pays. » (Sénat, 2005)

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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 07:21

Le contrat de "mariage" entre l’UDI et le MoDem vient d’être signé par leurs deux présidents. Il instaure une coopération politique d’un nouveau mode, équilibré et sans arrière-pensée dans le but de sortir des schémas politiques habituels et d’avancer des idées nouvelles : « Nous croyons qu’ensemble, en raison de nos expériences et de nos parcours, nous pouvons porter ce renouveau. ».


yartiUdemB01Ceux qui pensent que le rassemblement des centristes n’est qu’un énième épisode dans les relations tumultueuses entre Jean-Louis Borloo et François Bayrou se trompent énormément. Rien ne dit d’ailleurs que l’un des deux sera candidat à l’élection présidentielle de 2017, mais depuis mardi, il est sûr qu’ils ne le seront pas tous les deux en même temps.

Les deux hommes auront 66 ans et savent que leur vie n’est plus forcément devant eux. En revanche, l’union de l’UDI et du MoDem est un acte fondateur historique surtout pour les générations suivantes, un acte qui va apporter une nouvelle offre politique, que les deux leaders ont appelée "l’alternative" malgré son imperfection sémantique (soulignée par l’agrégé de lettres François Bayrou), pour en finir avec le mot "alternance" qui ne réussit pas à sortir la France de son impasse morale et sociale.


Les faits

C’est dimanche 3 novembre 2013 dans l’après-midi que François Bayrou, président du MoDem, et Jean-Louis Borloo, président de l’UDI, ont annoncé simultanément sur Twitter leur conférence de presse commune à la Maison de la Chimie à Paris ce mardi 5 novembre 2013. La date était déjà connue à l’avance et a donc été confirmée par ce moyen.

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Dans la salle se pressaient une foule de photographes mais aussi la plupart des parlementaires et autres leaders de l’UDI et du MoDem. On pouvait ainsi distinguer (entre autres) Chantal Jouanno, André Rossinot, Jean-Christophe Lagarde, Yves Jégo, Hervé Morin, Marielle de Sarnez, Jean-Luc Bennahmias, Jean Arthuis, etc.  mais François Sauvadet (dénonçant l’alliance municipale du MoDem avec le PS à Dijon), Hervé Maurey (sénateur centriste) ainsi que Jean-Christophe Fromantin ont été absents pour s’opposer à ce rapprochement.

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Après un quart d’heure de retard, les deux leaders centristes sont arrivés vers dix-sept heures trente, et sont apparus derrière deux pupitres, un peu comme dans une rencontre entre deux chefs d’État.

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Aucun formalisme n’a vraiment eu lieu dans cette conférence de presse de trois quarts d’heure, dont un quart d’heure de questions, pas de texte lu, pas de monologue, au contraire, Jean-Louis Borloo et François Bayrou ont montré qu’ils savaient travailler en équipe de manière équitable, sans que l’un prenne le dessus sur l’autre, ce qui est assez rare en politique pour le remarquer, en particulier dans la prise de parole puisque chacun s’alternait pendant cinq minutes environ pour s’exprimer sur divers points du contenu de cette alliance.


D’accord sur tout

D’abord, pourquoi cette réunion de l’UDI et du MoDem ? Parce que les deux partis pensent la même chose sur tous les sujets de fond. Ce ne fut que le positionnement politique qui les avait séparés, mais maintenant que François Bayrou (dont le vote pour François Hollande en 2012 a laissé cependant amers encore certains élus) est résolument dans l’opposition, plus rien ne les opposerait.

Sauf peut-être une rivalité personnelle : c’est sur ce point qu’ils ont le plus convaincu. Aucun des deux n’avait vraiment intérêt à s’engager auprès de l’autre… si ce n’est l’intérêt national et la gravité des enjeux qui préoccupent le peuple aujourd’hui. Quand François Bayrou parlait d’esprit de sécession, Jean-Louis Borloo notait que les gens s’en prenait maintenant beaucoup à des boucs émissaires (riches, Allemands, immigrés, etc.).


La situation du pays est grave

C’est la raison aussi de cette union ; la situation grave nécessite d’offrir aux Français une "alternative" qui ne soit plus dans le clivage PS vs UMP qui ne satisfait plus personne, ce qui rend les extrémismes séduisants comme réceptacles du mécontentement populaire.

Ce sera sans doute la grande ambition de cette union qui, au-delà des élections municipales et européennes, scelle une alliance électorale aussi pour les autres élections, et en particulier l’élection présidentielle (« Notre candidate ou notre candidat à l’élection présidentielle sera désigné€ en commun par une procédure démocratique. »).


Organisation de l’alternative

En pratique, aucune structure juridique n’a été créée, afin sans doute d’éviter la nomination d’un président qui aurait cassé le principe de parité entre les deux partis. François Bayrou a même fait remarquer que Jean-Louis Borloo et lui-même avaient une popularité sensiblement identique (comme chez BVA le 28 octobre 2013), ce qui facilitait les choses pour préserver la complète égalité entre eux.

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Donc, ce sera juste un organe de coordination politique qui se réunira régulièrement, rassemblant le comité exécutif de l’UDI et l’équipe dirigeante du MoDem, ainsi qu’un bureau exécutif restreint. Chaque mois, l’alternative livrera une réflexion sur un sujet qui aura fait débat pendant les semaines précédentes afin de faire des propositions concrètes aux Français. La première réunion se tiendra le mercredi 20 novembre 2013. Cette union s’appellera officiellement "UDI MoDem, l’alternative".

L’un des grands défis de cette union sera la campagne des élections européennes dans un climat particulièrement hostile à la construction européenne. Chacun est conscient que la souveraineté de la France ne peut passer que par l’idée européenne : les centristes ne veulent pas être les seuls défenseurs patentés de l’Europe mais apporteront des idées nouvelles qui prennent en compte les préoccupations des citoyens, ainsi que leurs inquiétudes et leurs doutes.

À la fin de leur conférence de presse commune, François Bayrou et Jean-Louis Borloo ont signé devant les caméras la charte qui les unit désormais (téléchargeable ici).


Contenu de la charte

Ce texte de seulement quatre pages résument les valeurs qu’ont en commun les deux partis centristes. Et il commence par l’essentiel, à savoir leur humanisme : « Nous sommes des humanistes. Nous croyons que la satisfaction des besoins matériels et l’épanouissement moral, culturel, philosophique et spirituel des femmes et des hommes est le but de l’organisation de la société. » tout en insistant sur les valeurs : « L’humanisme en politique se nomme République. La République (…) est un corps de valeurs. Ces valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité, nous avons mission de les faire vivre chez nous et de les proposer au monde. ».

Parmi les leitmotivs des centristes, il y a l’Europe et l’écologie.

Pour eux, l’Europe est une nécessité vitale : « L’Union Européenne est la seule voie disponible pour que la France ait accès, en la partageant au sein de l’Union, à une réelle souveraineté dans certains domaines qui dépassent le cadre national. » en citant en particulier l’emploi, la compétitivité des entreprises, l’Europe sociale (« par une convergence vers le haut »), la lutte contre les paradis fiscaux, les grandes infrastructures européennes, le numérique, le cyberespace etc. et en précisant que l’Europe « doit se réformer pour être plus efficace, compréhensible et accessible aux citoyens, donc plus démocratique ».

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Européens et écologistes aussi, « porteurs de l’exigence de développement durable » : « Nos objectifs sont la protection de la biodiversité, la croissance verte, la défense ainsi que la valorisation de la mer et des océans, la transition énergétique et un grand programme Justice-Énergie Afrique-Europe. ». L’UDI propose notamment un projet original dans les relations entre l’Europe et l’Afrique (j’en reparlerai sans doute).

François Bayrou s’est inquiété devant les journalistes de la grande proportion d’illettrisme parmi les jeunes et a regretté que la réforme des rythmes scolaires, secondaire pour lui, a occulté un véritable débat sur l’éducation. La charte y revient naturellement : « Le premier devoir à l’égard [des générations à venir] est l’éducation. Aujourd’hui, ce devoir n’est pas rempli et il exigera, pour l’être, une mobilisation non seulement de la communauté éducative, mais de la nation toute entière. ».

Autre récurrence des centristes depuis plusieurs décennies, l’alliance de l’efficacité économique et de la justice sociale : « La créativité des hommes est plus fructueuses, dans la plupart des domaines, quand elle est fondée sur la liberté plutôt que sur le dirigisme. Mais nous affirmons que le progrès économique est vain s’il n’entraîne pas le progrès social. Nous refusons de laisser des concitoyens sur le bord de la route. Nous sommes conscients que la richesse d’un pays réside dans ses ressources humaines. ».

Enfin, le texte solde définitivement les espoirs de centre gauche de François Bayrou : « Nous revendiquons notre liberté, mais nous ne changerons pas la France seuls. L’alliance avec le PS et les appareils de la coalition au pouvoir est impossible. En ce qu’elle respecte les valeurs humanistes, la droite républicaine est naturellement notre partenaire politique. » sans fermer la porte à d’éventuelles recompositions : « Pour autant nous considérons que le pays a besoin d’une large majorité réformiste, allant non seulement de la droite républicaine au Centre, mais jusqu’aux sensibilités écologistes et sociales-démocrates. Dans cette majorité à construire, la volonté d’émancipation, de respect des personnes, et de solidarité effective a toute sa place. ».


Le 5 novembre 2013 fera date dans l’histoire politique

Cette nouvelle tentative de fédérer des forces démocrates semble avoir plus de chance que les précédentes de réussir, en raison du climat actuel particulièrement hostile aux grands partis de gouvernement, d‘autant plus qu’un leader modéré, François Fillon, s’est aventuré, lui également, en septembre 2013, sur un terrain très glissant. Elle reprend la trace du Mouvement réformateur initié le 3 novembre 1971 à Saint-Germain-en-Laye par Jean Lecanuet et Jean-Jacques Servan-Schreiber, préfigurant la future UDF giscardienne.

L’événement de la rencontre entre l’UDI et du MoDem mérite donc d’être évalué à sa juste dimension. C’est très rare que deux personnages emblématiques de la vie politique, malgré leur ego dont on n’a cessé de parler, décident d’oublier les disputes du passé, de faire table rase des malentendus et des sous-entendus, et de reprendre le chemin de la réconciliation en mettant à plat (par cette charte) tout ce qui les unit.

Cela ne fait pas encore un programme de gouvernement, mais cela donne la base d’un nouvel espoir à tous ceux qui sont terriblement déçus ou désabusés tant par le PS que l’UMP, et qui refusent de s’exprimer par les extrémismes de protestation, car ils veulent avant tout contribuer à construire et pas à pourrir.

Ne vous y trompez pas : le destin individuel d’un Borloo ou d’un Bayrou est très secondaire devant la naissance de cette nouvelle force politique. Une génération nouvelle d’élus centristes est de toute de façon déjà là et sera probablement celle qui fera vivre cette union centriste dans les années prochaines.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 novembre 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Texte intégral de la charte UDI-MoDem, l’alternative (5 novembre 2013).
Enfin, le rassemblement des centristes !
Sondage BVA du 28 octobre 2013 (à télécharger).
La création de l’UDI (21 octobre 2013).
La famille centriste.
À qui appartient l’UDF ?
Les chapelles du centre.
Centre pour la France.
Le MoDem.
Le Nouveau centre.
François Bayrou.
Jean-Louis Borloo.
Valéry Giscard d’Estaing.
Hervé Morin.
Simone Veil.

 

yartiUdemB07 

 

 

 

  http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/udi-modem-l-alternative-pour-143262

 

 




 

 

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 19:55

Ce mardi 5 novembre 2013 à Paris, Jean-Louis Borloo, président de l'UDI, et François Bayrou, président du MoDem, ont signé publiquement la Charte qui unit l'UDI et le MoDem pour les prochaines années.


Cliquer sur le lien pour télécharger la charte (fichier .pdf) :
http://ddata.over-blog.com/0/56/25/34/rakotoarison/_Charte_UDI-MODEM_20131105.pdf


Pour en savoir un peu plus sur l'union entre l'UDI et le MoDem :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-120827938.html

 


Sylvain Rakotoarison (5 novembre 2013)

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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 07:33

Voici un trait d’union qui va devenir une addition voire une multiplication au lieu d'une soustraction ou d'une division : la réunification du centre est en marche.


yartiUdemA01La réconciliation des centres, c’est un peu le marronnier des journalistes quand l’UMP, le PS et maintenant le FN les lassent. Pourtant, si le centre revient aujourd’hui dans l’actualité, ce n’est pas anodin. En principe, le mardi 5 novembre 2013, la journée sera historique chez les centristes français puisqu’il y aura l’officialisation d’un accord politique entre les deux principales formations centristes, l’Union des démocrates et indépendants (UDI) et le Mouvement démocrate (MoDem).

Les médias focalisent sans doute trop l’événement sur la réconciliation de deux personnalités éminentes de la vie politique, à savoir Jean-Louis Borloo (président de l’UDI) et François Bayrou (président du MoDem), tous les deux âgés de 62 ans, alors que l’accord est bien plus politique que personnel.


Une situation politique étrange

Le paysage politique français est structuré en deux grands partis de gouvernement qui sont restés soudés en interne alors que leurs adhérents ne sont d’accord sur rien : que ce soit sur la politique économique, la construction européenne, la conception sur l’immigration etc., la césure découpe en deux tant l’intérieur de l’UMP que l’intérieur du PS.

Et à côté de ces deux grands partis, paradoxalement, il y a une myriade de groupements politiques très divisés structurellement rassemblant de façon très éparpillées (façon puzzle) des personnalités qui, malgré cette dispersion, sont d’accord sur tout, sur l’impératif de réduire la dette publique, sur le besoin de renforcer l’efficacité des entreprises, sur la nécessité d’apporter une justice sociale pour aider les plus démunis, sur l’indispensable évolution vers une meilleure décentralisation et déconcentration, et enfin, sur l’ardente volonté de relancer la construction européenne dans un projet qui apporte aux Français un nouvel espoir et une nouvelle vision de l’avenir.


Les centristes sont les plus appréciés de l’opinion publique

Dans le dernier sondage de BVA réalisé les 24 et 25 octobre 2013 pour Orange, "L’Express", France Inter et la presse régionale, et publié le 28 octobre 2013 (à télécharger ici), il a été étudié (entre autres) la popularité des principales personnalités politiques et des partis politiques.

Parmi les cinq personnalités politiques les plus populaires se trouvent deux personnalités centristes, Jean-Louis Borloo (44%) et François Bayrou (37%), derrière Manuel Valls (58%) et Alain Juppé (51%), et les deux partis centristes se retrouvent en tête des bonnes et très bonnes opinions des sondés, l’UDI avec 46% (et pas 44% affiché par erreur par l’institut) et le MoDem avec 42% (le PS est seulement à 28% et l’UMP à 36%).

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Même s’il faut relativiser et prendre en compte la marge d’erreur, cette enquête d’opinions montre toutefois qu’il y a une réelle attente chez les Français pour une formation politique "raisonnable", positionnée entre l’UMP et le PS, qui rejette la démagogie, la facilité populiste, l’électoralisme et le clientélisme et qui s’attaque aux (vrais) problèmes de la nation sans esprit partisan.

Mais cette force politique était profondément divisée depuis une dizaine d’années.


Les deux causes de l’explosion des centristes : 2002 et 2007

Les raisons de cette division très artificielle sont connues et plutôt récentes.
Deux événements ont littéralement fait exploser la planète centriste.

D’une part, la création de l’UMP par Jacques Chirac et Alain Juppé en avril 2002, qui, profitant de la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, a forcé la plupart des parlementaires de l’opposition UDF-RPR de l’époque à se réunir dans un même parti et groupe parlementaire.

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Parmi ceux-là, se trouvaient Jean-Louis Borloo, porte-parole du candidat François Bayrou, et Philippe Douste-Blazy, secrétaire général de l’UDF et président du groupe UDF à l’Assemblée Nationale. Candidat à l’élection présidentielle et président de l’UDF, François Bayrou a courageusement résisté aux sirènes du gouvernement en maintenant son parti hors de l’UMP (courageusement en particulier à Toulouse en février 2002 où il s’était expliqué devant sept mille militants qui n’était pas du tout d’accord avec lui, alors qu’il n’avait que 2 à 3% dans les sondages d’intentions de vote). Un groupe UDF a pu subsister de justesse aux élections législatives de juin 2002.

D’autre part, après la deuxième campagne présidentielle de François Bayrou (18,6%), l’UDF a de nouveau explosé : la plupart des parlementaires se sont désolidarisés de François Bayrou, en se regroupant essentiellement dans le Nouveau centre mais également dans d’autres structures comme l’Alliance centriste, tandis que François Bayrou et ses (vrais ?) amis ont créé le MoDem, formellement le 2 décembre 2007.


Le centrisme entre sarkozysme et antisarkozysme

Pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, il existait donc trois types de centristes : les centristes de l’UMP au gouvernement, les centristes hors de l’UMP mais au aussi gouvernement, et les centristes hors du gouvernement (et souvent antisarkozystes) qui s'étaient même affichés en août 2009 aux côtés de Vincent Peillon et de Robert Hue.

Le sommet de la division a eu lieu en été 2010, à une époque où les rumeurs de nomination de Jean-Louis Borloo à Matignon était persistantes. Finalement, François Fillon a été reconduit en novembre 2010 et Jean-Louis Borloo a préféré prendre de la distance au point de quitter l’UMP en avril 2011 avec le Parti radical qu’il préside.


La présidentielle de 2012

À partir de l’été 2011, il y a eu des forces centrifuges pour rassembler d’abord les centristes présents au sein du gouvernement, à l’intérieur d’une structure (créée le 26 juin 2011) qui n’a jamais vraiment vécu, l’ARES (Alliance républicaine, écologiste et sociale), censée regrouper le Parti radical, le Nouveau centre et quelques autres groupements centristes (comme Gauche moderne de l’ancien socialiste Jean-Marie Bockel).

Cette tentative était conditionnée à l’éventualité de la candidature de Jean-Louis Borloo à l’élection présidentielle malgré les velléités de candidature d’Hervé Morin et la réalité de celle de François Bayrou qui avait su attirer la sympathie de certains centristes de l’UMP (comme Alain Lambert, Pierre Méhaignerie et Philippe Douste-Blazy) ou du Nouveau centre (Bernard Bosson).

L’échec de la candidature de François Bayrou en 2012 (9,1%), dépassé par Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, l’échec également aux législatives de 2012 du MoDem, ainsi que la droitisation de la campagne de Nicolas Sarkozy ont laissé un espace politique d’autant plus étendu que la majorité parlementaire a changé.

Le problème, c’est que François Bayrou, entre temps, avait appelé à voter pour François Hollande au second tour, ce qui rendait quasiment impossible toute réunion des centristes à court terme.


L’UDI puis l’UDI-MoDem

Finalement, en particulier sur recommandation de Simone Veil et de son sympathique époux aujourd’hui disparu, Jean-Louis Borloo s’est engagé à regrouper tous les centristes de l’opposition durant l’été 2012 en fondant l’UDI le 21 octobre 2012 à la Mutualité de Paris, sous la forme d’une confédération de mouvements, en fédérant aussi des personnalités comme Jean-Christophe Fromantin (député-maire de Neuilly-sur-Seine), l’ancienne ministre Chantal Jouanno, etc. sous la "bénédiction" télévisuelle de Valéry Giscard d’Estaing.

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L’étape de 2013, un an après, est donc l’alliance de ce centre droit qui s’écarte de plus en plus de l’UMP avec le MoDem qui a été laminé aux dernières élections législatives et qui s’éloigne de toute tentative de centre gauche.

C’est la position de François Bayrou désormais résolument dans l’opposition qui a été l’élément majeur de ce rapprochement. Il faut dire qu’il y avait de quoi être déçu : trop soucieux de son "peuple de gauche", François Hollande n’a fait aucun geste en sa direction, pas même aux élections législatives, alors qu’il lui apportait de nombreux suffrages pour un second tour présidentiel assez serré. Les multiples incohérences du gouvernement actuel (faut-il les énumérer ?) ont convaincu François Bayrou qu’il fallait le combattre avec détermination.


Les points d’achoppement

Il y en a quelques-uns de connus, comme, pour les uns, le problème d’alliance du MoDem avec des listes socialistes aux municipales (Lille, Dijon, Grenoble, Marseille, Laval…), probablement aussi un problème de leadership à Paris (certains envisagent même une primaire pour départager Marielle de Sarnez et Christian Saint-Étienne) et d’alliance éventuelle avec Nathalie Kosciusko-Morizet, et, pour les autres, la nécessité d’autonomie qui reste valable aussi en refusant l’automatisme d’alliance nationale avec l’UMP.

En revanche, les deux ailes convergent sur l’obligation de quitter les listes UMP/centre si celles-ci avaient des envies de "fricotage" avec le FN.

La base militante est également réticente face à ce rapprochement UDI/MoDem, notamment pour des personnes qui se sont engagées après la période UDF et qui n’ont pas l’historique de l’union et de la cohésion qu’avaient connu la plupart des élus centristes avant 2002. Les uns, venant de l’UDI, fustigent la décision de François Bayrou d’avoir voté François Hollande en 2012 ; les autres, venant du MoDem, refusent une coalition systématique avec l’UMP, certains provenant des socialistes (Jean Peyrelevade) et des écologistes (Jean-Luc Bennahmias et Yann Wehrling) préférant l’autonomie et la possibilité (de plus en plus réduite) d’une alliance avec les "sociaux-démocrates " du PS.

Une nouvelle appellation devrait être rapidement trouvée. Il se pourrait que soit repris le mot "Alternative". D’autres ont imaginé Udem pour "Union démocrate" sur le modèle du MoDem tout en maintenant l’union de l’UDI. Et pourquoi pas tout simplement l’Union du Centre (UDC) comme s’était appelé le groupe centriste à l’Assemblée Nationale entre juin 1988 et mars 1993 ?


Une union sur du long terme

Concrètement, l’accord concerne les élections municipales et européennes du printemps 2014.

Cependant, ce rapprochement est bien plus important qu’une simple alliance électorale à court terme. Elle permet la mise en place progressive d’une véritable force politique d’alternance, alors que l’UMP s’est décentrée sur sa droite et que le PS est complètement discrédité par ses divisions internes et les incapacités du gouvernement.

Si la campagne des européennes se transforme pour cette union en succès électoral, nul doute que les centristes de l’UMP (dont Jean-Pierre Raffarin) auront de fortes tentations de rejoindre ce rassemblement et d’abandonner une maison où ils ne se sont jamais sentis à l’aise en raison de la surenchère droitière de ses adhérents.

Quant à l’élection présidentielle de 2017, l’échéance est bien trop éloignée et les événements futurs bien trop nombreux pour envisager d’y penser sérieusement maintenant.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 octobre 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sondage BVA du 28 octobre 2013 (à télécharger).
La création de l’UDI (21 octobre 2013).
La famille centriste.
À qui appartient l’UDF ?
Les chapelles du centre.
Centre pour la France.
Le MoDem.
Le Nouveau centre.
François Bayrou.
Jean-Louis Borloo.
Valéry Giscard d’Estaing.
Hervé Morin.
Simone Veil.



yartiUdemA04

 

 

 

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/udi-modem-le-rassemblement-des-142985

 

 

 

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 23:08

Dans le dernier sondage BVA pour France Inter, "L'Express", Orange et la Presse régionale publié le 28 octobre 2013, le Président François Hollande a battu le record historique d'impopularité avec seulement 26% de bonnes opinions. Parmi les données intéressantes, la page 22 donne une idée de l'opinion des sondés sur les différents partis politiques. Or, ce sont les deux partis centristes qui arrivent en tête, avec plus de 42%, et en particulier l'UDI qui obtient 4% de très bonnes opinions et 42% de bonnes opinions soit un total de 46% (le document original indique 44% par erreur).

Cliquer sur le lien pour télécharger le sondage (fichier .pdf) :
http://www.bva.fr/data/sondage/sondage_fiche/1372/fichier_barometre_bva_-_orange_-_lexpress_-_presse_regionale_-_france_inter_-_28_octobre_2013e9a2d.pdf


SR

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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 07:53

Confession d’un député centriste désespéré par le comportement de ses collègues parlementaires ?


yartiCourson01Chaque jour, l’actualité politique donne désormais son lot, son flot de (mauvaises) nouvelles concernant des scandales politico-financières. Ce climat détestable renforce chaque jour ce sentiment antiparlementariste du "tous pourris" et surtout, l’idée que ce sentiment traduirait de plus en plus une réalité factuelle.


La République malmenée

La semaine dernière, rien que pour la journée du mercredi 26 juin 2013, cela a été un sommet du surréalisme politique qui prévaut désormais dans notre République.

Dans l’après-midi, l’ancien directeur général du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn était très officiellement auditionné par la Commission des finances du Sénat comme expert en évasion fiscale et en paradis fiscaux (les sénateurs ne manquent pas d’humour).

Ce dernier n’avait même pas terminé son exposé que la commission d’enquête sur l’affaire Cahuzac a écouté attentivement l’ancien ministre Jérôme Cahuzac ne rien dire. Au même moment, l’ancien ministre Bernard Tapie était encore en garde à vue (deux jours après, il était mis en examen dans l’affaire de l’arbitrage), le maire UMP de Corbeil-Essonnes était également en garde à vue (mais l’immunité de son mentor de 88 ans, le sénateur et ancien maire Serge Dassault, n’a finalement pas été levée par les sénateurs le 3 juillet 2013), pendant que Ziad Takieddine admettait avoir financé une partie de la campagne présidentielle d’Édouard Balladur en 1995 (l'ancien directeur de cabinet de ce dernier, Nicolas Bazire, a été convoqué par le juge le 5 juilet 2013), et je passe bien d’autres sujets d’actualité sur le même thème.

Le plus touché par cette atmosphère délétère est bien sûr le Président de la République François Hollande, garant de la Constitution et donc de la sincérité des institutions.

Il était par exemple au courant du problème Cahuzac dès le 15 décembre 2012 (selon son directeur adjoint de cabinet, Alain Zabulon, qui fut sous-préfet de Villeneuve-sur-Lot). Par ailleurs, les dernières attaques émanant de son camp, celles de Delphine Batho le 4 juillet 2013, ne vont pas le renforcer dans l’opinion publique, notamment par l’évocation d’un (très grave) conflit d’intérêt dans l’exploitation des gaz de schiste (l’époux de la directrice de cabinet de l’Élysée ayant des intérêts en jeu). L’époux a en tout cas démenti immédiatement les propos qu’on lui aurait prêtés concernant la "marginalisation" de l’ancienne ministre, mais nul doute que ces déclarations n’ont pas fini de faire réagir.

Revenons à cette étrange audition de Jérôme Cahuzac d’il y a une dizaine de jours.


L’audition parlementaire de Jérôme Cahuzac

Ceux qui s’inquiétaient d’une éventuelle dépression et des pensées suicidaires associées devraient être rassurés sur ce point : l’ancien Ministre du Budget a défendu bec et ongles sa petite personne avec l’exactitude protocolaire d’un huissier.

Toujours d’un langage soutenu et extrêmement formel, concis et précis dans ses termes, Jérôme Cahuzac n’a finalement rien dit avec son ton de prévarication (on dirait qu’il chantonnait son sermon comme un curé de campagne), et aux seules questions intéressantes, il ne faisait que sortir son joker, à la limite de l’insolence pour l’institution parlementaire : il ne pouvait rien dire en raison de l’instruction judiciaire.

Ce que j’ai retenu, c’était surtout que Jérôme Cahuzac a refusé de démentir les rumeurs sur d’éventuels autres comptes bancaires cachés à l’étranger, avec bien plus que 600 000 euros en jeu (certains ont parlé de 15 ou 16 millions d’euros), avec des implications politiques bien plus graves (certains ont évoqué une réserve pour la campagne présidentielle prévue de Michel Rocard en 1995 puis de Dominique Strauss-Kahn).

Pour le reste, la commission d’enquête s’est sentie un peu flouée. L’enquête réclamée par le Jean-Louis Borloo, la présidence de la commission d’enquête a été confiée le 15 mai 2013 au député UDI Charles de Courson (61 ans) et le rapporteur est le député-maire PS de Poitiers Alain Claeys (64 ans).


Qui est
Charles de Courson ?

Charles Amédée Courson fait partie de ces assez rares parlementaires capables de lire et d’analyser dans le détail les comptes publics, comme (entre autres) Valéry Giscard d’Estaing, Alain Juppé, Philippe Séguin, Raymond Barre, Laurent Fabius, René Dosière, Didier Migaud, Dominique Strauss-Kahn, Philippe Marini, Karine Berger, Jean Arthuis, Gilles Carrez, Alain Lambert, Éric Woerth, Michel Charasse, et bien sûr Jérôme Cahuzac.

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Ce n’est pas un hasard. Charles de Courson est un énarque, sorti major de l’ESSEC avant d’intégrer l’ENA, et haut fonctionnaire à la direction du Budget après son entrée à la Cour des Comptes (comme conseiller référendaire). Mais il est avant tout un homme politique, qui vient de fêter son vingtième anniversaire de mandat parlementaire.

Il a le profil type de l’élu local héréditaire : fils de son père, conseiller général et maire MRP de Vanault-les-Dames à qui il a succédé à 34 ans (dans ces deux mandats locaux), mais aussi petit-fils de Léonel de Moustier, l’un des très rares députés qui a refusé de voter les pleins pouvoirs à Philippe Pétain le 10 juillet 1940 et qui est mort en déportation.

Cet héritier n’a pas pour autant démérité sur le plan électoral, car il a conquis son siège au Palais-Bourbon en battant un député PS sortant en mars 1993, et depuis, il a été constamment réélu dans cette circonscription de Vitry-le-François, dans la Marne, parfois dans une triangulaire avec le FN (en juin 1997), parfois dès le premier tour (en juin 2002 et en juin 2007 où il gagna avec 61,2% des voix). Le 17 juin 2012, il a encore été réélu avec 65,8% (au second tour).

Assez proche de François Bayrou, comme député UDF, il a voté avec lui la censure au gouvernement de Dominique de Villepin le 16 mai 2006, mais refusé de quitter la majorité présidentielle après l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007, ce qui l’a amené à cofonder le Nouveau centre avec Hervé Morin.


Empêcheur de pomper en rond

Très vite, Charles de Courson s’est spécialisé non seulement dans les finances publiques (orthodoxie budgétaire) mais aussi dans les réflexions pour apporter plus de transparence et d’équité dans le fonctionnement de la vie politique.

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Il s’est ainsi distingué en proposant sans succès un amendement le 5 juillet 2007 pour exclure la CSG et la RDS du champ d’application du bouclier fiscal, ce qui a provoqué la colère du patron des députés UMP de l’époque, Jean-François Copé : « Il y a sans doute surréaction. Mais le Parlement va jouer tout son rôle. (…) Je n’entends pas me laisser donner des ordres par qui que ce soit ! ».

Le 19 juillet 2012, il a présenté un amendement pour soumettre à l’impôt sur le revenu la partie de l’indemnité de frais de mandat des parlementaires (l’IRFM d’un montant de 6 412 euros par mois) qui n’aurait pas été dépensée comme frais professionnels : « Tout le monde sait que certains députés n’utilisent pas toute l’indemnité pour leurs frais de mandat, ne faites pas l’innocent ! » (seul, son groupe, l’UDI, soutenait cette mesure), ce qui a également créer de l’effervescence parmi ses collègues députés assez irrités (par exemple, le député du Front de gauche Nicolas Sansu insistait bien : « La fiscalisation est incongrue ! »).


"Mots croisés" du 17 juin 2013

Il était intéressant de l’écouter dans l’émission d’Yves Calvi "Mots croisés" diffusée en direct le lundi 17 juin 2013 sur France 2. Le sujet était sur l’affaire Tapie et étaient invités quatre personnalités politiques, Charles de Courson, Laurent Wauquiez, Fleur Pellerin et Noël Mamère, et deux journalistes, Edwy Plenel et Yves Thréard.

Comme à son habitude, Charles de Courson était assez austère dans son expression, et comme à son habitude, Edwy Plenel (60 ans), au sourire toujours malicieux, contestait le fonctionnement des institutions qui fait que le Président de la République reste le chef suprême de tout ce qui se passe dans l’État. Yves Thréard (53 ans) n’a pas vraiment étonné non plus avec ses tirades anti-énarques (c’est vrai qu’il en avait trois spécimens devant lui).

La Ministre déléguée aux PME et à l’Innovation, Fleur Pellerin (39 ans) m’a plutôt déçu (malgré une bien meilleure compréhension des enjeux économiques du pays que sa collègue Sylvia Pinel), car elle n’a fait que manier la langue de bois (qu’elle pourrait enseigner à Delphine Batho), notamment sur le maintien du patron de France Telecom (Orange) malgré sa mise en examen dans l’affaire Tapie (il était le directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy), et n’a fait qu’user de mauvaise foi pour défendre son patron (de l’Olympe élyséen).

L’ancien ministre UMP Laurent Wauquiez (38 ans) s’est surtout démarqué de ses amis UMP pour réclamer à la classe politique l’exemplarité, en demandant notamment la fusion de toutes les retraites en un seul régime, compris pour les députés.

Quant au député-maire EELV de Bègles Noël Mamère (64 ans), il a bien été obligé de confirmer qu’il avait été élu député européen (son premier mandat parlementaire) le 12 juin 1994 parce qu’il était en cinquième position sur une liste dirigée par …son ami Bernard Tapie (Énergie radicale), rappelant au passage (pour se dédouaner ?) que sa quatrième de liste n’était autre que… Christiane Taubira, l’actuelle Garde des Sceaux !


L’honnêteté intellectuelle et financière

Ce qui était surtout intéressant, dans cette émission, c’était cet accès de sincérité de la part de Charles de Courson. Il est haut fonctionnaire, il peut prétendre à de très belles rémunérations, mais il a préféré faire de la politique et ne semble pas attiré par toute cette "indigence" bling bling, au contraire de certains de ses collègues parlementaires.

Voici ce qu’il a exactement dit et qui mérite, à mon avis, d’être lu et diffusé : « Moi, je suis haut fonctionnaire. J’ai choisi d’être élu. Je gagne 5 500 euros par mois. Je ne me plains pas. Je sais bien que je gagnerais 15 000, 20 000, 25 000 euros, si j’étais dans le privé. Ce n’est pas mon problème. Je dis simplement qu’à partir du moment où vous vous engagez dans une vie politique… ».

Puis, il s’est coupé lui-même pour un aparté : « C’est dur, la vie politique, quand on essaie d’être honnête, mais il faut l’assumer ! ». Tout de suite, Yves Calvi lui a demandé de répéter : « Vous vous rendez compte de ce que vous venez de dire ? ».

Et Charles de Courson d’expliciter sur l’honnêteté en politique, avec son volet intellectuel : « Bien sûr. Honnête intellectuellement, c’est-à-dire de ne pas dire n’importe quoi, de ne pas être partisan au sens le plus idiot du terme, c’est-à-dire de voir toujours les erreurs de ses adversaires mais jamais ceux de son camp. C’est dur, parce que quand vous dites cela, ceux de votre camp vous disent que vous êtes un traître. ».

Ainsi que son volet matériel : « C’est dur d’être honnête financièrement, c’est-à-dire de ne pas abuser de ses fonctions, de ne pas utiliser ses fonctions pour avoir un certain nombre d’avantages, pas forcément uniquement monétaires, certains oui, d’autres, d’autres formes d’avantages, vous voyez ? C’est dur. ».

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Il a conclu sa tirade par le fait qu’on est très seul en politique quand on veut être honnête et, reprenant les arguments d’Edwy Plenel, que les institutions n’aident pas le parlementaire à réclamer la vérité : « Et l’un des problèmes de la République française, c’est (…) l’absence de contre-pouvoirs, vous voyez ? Dans l’affaire Tapie, j’étais très seul, on était deux, trois, hein… Eh bien, quand vous pensez que dans notre République, un député de la République française qui attaque jusqu’au Conseil d’État, est déclaré irrecevable, c’est monstrueux, du point de vue de l’organisation de la justice française, que des représentants du peuple ne peuvent pas … » mais il a été interrompu fort peu courtoisement par Fleur Pellerin qui remettait une couche de vernis hollandien avec sa langue de bois.


Authenticité impuissante

Ces propos pleins d’amertume de Charles de Courson avaient ce goût de l’authenticité impuissante : voulant agir pour réformer les comportements mais comprenant très vite que la génération suivante s’était déjà adaptée merveilleusement aux actuels poisons et délices de la République…

Mais à quoi bon être Cassandre ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 juillet 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Émission "Mots croisés" du 17 juin 2013 sur France 2 avec Charles de Courson.
Affaire Cahuzac.
Delphine Batho débine.
Bernard Tapie.
François Hollande.
Nicolas Sarkozy.
François Bayrou.
L’UDI.

 

 

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/charles-de-courson-et-la-138312

 

 

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