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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 16:48

(verbatim)




Conférence nationale : discours de clôture de François Bayrou

8 février 2009
Seul le prononcé fait foi.

En vérité, comme ce qui s'est entendu ce matin, dans la diversité des voix qui s'exprimaient, je pourrais me dispenser de conclure cette matinée, mais l'usage et la télévision, et donc tous ceux qui viennent nous écouter en prenant l'antenne sur les chaînes qui retransmettent cette fin de matinée, m'obligent évidemment à vous dire, d'abord, la joie qui est la mienne à avoir vécu avec vous ce lancement de campagne pour les élections européennes, à avoir été entouré à cette tribune de ceux qui seront nos futurs élus au parlement européen, de dire mon affection pour eux, et si vous les connaissiez, ou de vous les présenter si vous ne les connaissiez pas encore. Vous avez vu, tout au long de la matinée, ce qui est apparu. Je crois, sans vouloir déformer le sentiment qui est le vôtre, nous n'avons pas sélectionné, seulement des candidats, pas seulement des représentants de région, nous avons sélectionné une équipe. Nous avons composé une équipe au sens du sélectionneur qui recherche la complémentarité, à savoir que l'on joue mieux, quel que soit son talent personnel, dans une équipe que dans une addition d'individualités. Vous savez, on dit cela au football ou au rugby. Ce sont les grandes équipes qui font les grands joueurs. Ils sont déjà des grands joueurs et, maintenant, ils sont une grande équipe. Nous les avons sélectionnés sur deux critères. Premièrement, compétence, authenticité, et deuxièmement, volonté de servir comme parlementaire européen à temps plein dans les années qui viennent au parlement européen? Une voix entendue, une voix respectée, dans cette assemblée où, j'y reviendrai, ce sont les peuples d'Europe qui sont censés se faire entendre.

Chacun des noms de cette liste -ils sont 17- a fait ses preuves -ils seront bien plus nombreux quand nous aurons composé l'ensemble des listes- et va apporter quelque chose de nouveau dans la vie de l'Union européenne ou dans la vie de notre pays.

Nous sommes le Mouvement Démocrate français. Nous sommes, en tant que Mouvement Démocrate français, partie intégrante du grand courant démocrate international. Nous sommes fondateurs du parti démocrate européen et pourquoi avons-nous fait ce choix ? Nous avons fait ce choix pour une raison toute simple, c'est parce que nous voulons un autre monde que le monde que l'on essaie de nous imposer depuis des décennies.

Vous aurez observé, au passage, en tout cas ceux qui aiment les mots et qui aiment le grec, que, démocrates... "demos", cela veut dire "le peuple" et, lorsqu'on entend ressortir de la part du parti au pouvoir qui, ce matin, nous a attaqués à différentes reprises… Ce n'est pas Olivier Besancenot qui faisait l'objet de ses flêches, parce que s’il naît une extrême gauche cela les arrange beaucoup ; mais que s'affirme à l'endroit où nous sommes le grand courant démocrate français, là, ils voient une concurrence, une menace et un danger et ils ont bien raison. Le peuple en France a besoin d'être défendu et nous avons bien l'intention de le défendre.

Ce ne sont pas les puissants et les privilégiés en France qui ont besoin qu'on les défende. Ils ont, au pouvoir, tous les amis pour cela. Ce sont ceux qui n'ont ni puissance ni privilèges et qui ont besoin de voix courageuses qui s'expriment en leur nom, sans jamais rien céder à la facilité et aux menaces.

Je dis que, si nous sommes engagés à construire le grand courant démocrate en France, en Europe et, si nous pouvons avec nos forces dans le monde aussi, c'est parce que nous voulons un autre monde. Il y a des années que nous bataillions pour dire : attention, le modèle dans lequel on veut nous conduire, ce modèle qui confond liberté, liberté d'entreprendre, liberté de créer, liberté de vivre avec la loi exclusive du profit, cette idéologie-là conduit tout l'occident dans le mur. Vous savez bien, parce que vous avez vécu cela et nous l'avons vécu ensemble, que c'est sur ce sujet-là que j'ai affronté Nicolas Sarkozy au moment de l'élection présidentielle.

Très souvent, certains de mes amis dont beaucoup sont dans la salle me disaient : "Mais pourquoi parles-tu si souvent du modèle américain ?" Eh bien, aujourd'hui, on sait, je crois, pourquoi je parlais si souvent du modèle américain. C'est parce que, cette politique E. Thatcher, R. Reagan, G. Bush, c'était l'idéologie que l'on essayait d'imposer à la planète tout entière et, la "rupture" de Nicolas Sarkozy, ce n'était pas autre chose que le renoncement de la France à son modèle et l'adhésion de la France à ce modèle d'inégalité que l'on essayait de lui imposer.

Bien sûr, il y avait de la garniture ! Rouge de préférence... Comme le coulis sur le gâteau ! Il y avait toutes les citations nécessaires, les citations de Blum, les citations de Jaurès et, s'il avait pu trouvé des citations de Marx, de Lénine et de Trotski, on les aurait eues aussi, mais, ce qui comptait, c'était le gâteau, ce n'était pas le coulis.
Le dur dans tout cela, c'était que la France acceptait, enfin, de rejoindre le peloton de ceux que l'on allait placer pour toujours dans la mondialisation, sous la coupe de cette idéologie, l'idéologie néo... néolibérale, néo conservatrice qui, en réalité, n'a de "néo" que le nom parce que c'est la plus vieille idéologie du monde, à savoir la domination de l'homme par l'homme, l'asservissement du faible au fort, l'accumulation de richesses et de privilèges, pour les uns, y compris au travers des générations, et, pour les autres, d'autres satisfactions, pour qu'ils se taisent : du pain et des jeux, surtout des jeux.

Dans les médias, des sortes de... comment on appelle cela... soaps opera, des histoires de people, de stars, de politiques regardés comme des stars, de politiques intimes avec des stars et toutes leurs histoires réputées intimes étalées dans les journaux et sous les caméras, mais, en réalité, derrière tout cela, il y a un modèle que j'ai si souvent défini devant vous comme le modèle des inégalités croissantes, inégalités de fortune, inégalités de pouvoir et citoyens menés par le bout du nez.

Et, cela, pour la France - je ne parle même pas de nous comme courant démocrate, je ne parle pas de droite, centre, gauche, mais de France -, c'est, en vérité, la plus terrible défaite historique de notre construction nationale, parce que, la France, précisément, la France, chers citoyens, s'est construite contre la domination de l'homme par l'homme, contre la société de privilèges dans tous ses courants, toutes ses sensibilités sociale, nationale, démocratique, laïque, spiritualité, chacun avec son idée de l'avenir, contre la société d'inégalités et de privilèges, les oligarchies et les ententes. C'est pour cela que, nous démocrates, nous portons aujourd'hui dans la vie politique française le drapeau des républicains.

C'était cela le grand combat de la dernière élection présidentielle. Quelques-uns l'ont vu, assez nombreux, d'autres se sont laissés séduire.

C'était une rupture, en effet, rupture avec je ne sais pas ... un siècle, deux siècles... quatre siècles de ce grand courant de peuple, précisément, de peuple qui parcoure notre nation et notre histoire et qui se fait entendre, aussi bien avec Henri IV qu'avec Clémenceau, qui prend tant de visages, mais qui raconte toujours la même histoire : nous sommes un peuple de citoyens et, quand il nous est donné d'exercer des responsabilités, nous tenons à l'honneur de les exercer, d'abord, au nom de ceux qui n'ont ni pouvoir ni fortune. C'est en leur nom que nous parlons et c'est pour eux que nous vous gouvernons.

Il y a beaucoup d'esprits faibles qui n'ont pas vu, mais il y a quelques esprits forts qui ont très bien vu et qui savaient exactement ce qu'ils faisaient et c'était parfaitement manifeste.
J'admire comme l'histoire sait résumer, en une seconde, les choses.

C'était parfaitement manifeste dans la minute qui a suivi la proclamation du résultat du deuxième tour de l'élection présidentielle. Il y avait les uns, ceux qui étaient abusés, qui s'ennuyaient à la concorde et il y avait les autres, triés sur le volet qui se retrouvaient au Fouquet's. Ceux-là disaient, en une minute, ce qu'était la réalité du choix politique qui avait été imposé, proposé et choisi par les Français et c'était le sens frappant que l'on voulait donner à l'histoire qui était en cause.

La question est celle-là : est-ce que le progrès des techniques, des savoirs, des processus de production, de la richesse de l'univers, est-ce que le progrès devait se faire en choisissant la justice comme but ou, au contraire, en considérant que l'injustice était une donnée ? Est-ce que, le but de la société, c'était la justice par le progrès, l'émancipation par le progrès ou bien est-ce que c'était le progrès par l'injustice ?

Et, ici, s'est établi une ligne de fracture. Nous sommes du côté de ceux qui veulent que le progrès serve à la justice et que le progrès serve à l'émancipation et pas que l'injustice serve le progrès. C'est pourquoi tout l'arsenal des mesures prises, toutes celles qui ont été applaudies à grands cris, le bouclier fiscal destiné à protéger les plus riches de la contribution fiscale, les franchises médicales, le financement du RSA par les classes moyennes, tout cela avait un point commun : l'esprit d'inégalité, l'acceptation de l'inégalité et, même, si l'on va bien jusqu'au bout, la recherche de l'inégalité. Celles qui sont ciblées, ce sont les classes moyennes, celles qui sont protégées, ce sont les situations les plus privilégiées. Ceci n'est pas le modèle français.

Au coeur de ce modèle d'inégalités dans le monde, il y avait le plus grand accélérateur d'inégalités qui était le système financier, l'ex-marché, comme l'on dit, la chaudière où l'on prétendait que l'argent se multipliait, presque sans lien avec la réalité.

Dans une étude récente qui a été faite par l'une des nôtres, on mesure que, sur les dix dernières années, le capital dans les marchés boursiers a augmenté de 11 % par an, tandis qu'en moyenne la production matérielle augmentait de 4 % par an. Et vous voyez à quel point le fossé ne cesse de se creuser. C'est ce que l'on appelle une "bulle", et la bulle vient d'exploser sous nos yeux en même temps que le système qui l'avait voulue, permise et souhaitée.

Tout cela, c'est la même idéologie et c'est avec cette idéologie souterraine qu'il nous faut rompre. Nous voulons un nouveau monde et ce monde s'appelle justice et s'appelle démocratie. Je dis démocratie parce que la vraie avancée des peuples, nous qui avons toujours été, chacun dans notre histoire, notre famille, depuis des décennies, tous les courants démocrates français -je parle en tout cas de ma famille- le premier parti politique qui s'est affirmé dans le champ politique français en 1924. Il s'appelait Parti démocrate populaire.

Courant démocrate, cela veut dire démocratie. Cela veut dire quelque chose d'absolument précis, qui a été admirablement défini par quelqu'un de grand qui s'appelait Marc Sangnier. Il a dit : "La démocratie, c'est l'organisation sociale qui porte à son maximum, à son plus haut la conscience et la responsabilité des citoyens". Je trouve qu'il n'y a pas de plus admirable définition d'une société, d'un régime politique, d'une organisation politique et sociale qui veut que soient maître de leur propre destin, en comprenant tous les éléments de la situation dans laquelle ils se trouvent, les citoyens, ce qui nous impose de ne jamais céder au simplisme, de ne jamais céder à la politique des boucs émissaires.

Je m'arrête un instant, parlant de la politique des boucs émissaires. Dans l'actualité, il y a aujourd'hui quelque chose de très inquiétant. C'est la situation qui a été créée dans le monde de l'enseignement supérieur et de la recherche. Permettez que j'en dise un mot comme quelqu'un qui aime profondément cet univers-là.

J'ai été troublé, pour ne pas dire choqué, d'entendre la présentation de la situation des enseignants chercheurs qui a été faite dans son intervention de jeudi soir par Nicolas Sarkozy. Faire croire aux Français que les enseignants chercheurs en France ne sont pas évalués et qu'il faudrait les évaluer, je dis, comme cela doit être dit, que c'est se moquer du monde. J'affirme, et tous ceux qui connaissent cet univers savent, qu'il n'y a pas d'univers professionnel en France qui soit davantage soumis à évaluation que le monde de la recherche et, donc, je dis que, la question qui se pose, ce n'est pas l'évaluation des chercheurs, c'est de savoir qui conduit cette évaluation.

Est-ce que cette évaluation est conduite par leurs pairs auquel cas, en effet ce sont les libertés universitaires et la liberté de la science ? Ou est-ce que cette évaluation est conduite par quelqu'un d'autre auquel cas la liberté de recherche et la liberté scientifique que nous avons voulues lui donner en France depuis que la République existe n'ont plus court ?

Deuxièmement, présenter les choses comme créant une situation dans laquelle l'enseignement sera désormais la sanction imposée aux chercheurs insuffisants, c'est dévaloriser à la fois l'enseignement et la recherche. C'est donc une faute contre l'université française.

J'ai été très heureux d'entendre Axel Kahn dire, hier, que c'était aller droit dans le mur que de continuer ainsi, et d'appeler à ouvrir un processus nouveau.

Ce ne sont pas les enseignants chercheurs qui se protègent. C'est ce que l'on dit d'eux qui est mensonger et c'est à ce titre que l'université et la recherche françaises doivent aujourd'hui recevoir du soutien de la part de ceux qui les comprennent et qui les aiment.

Derrière tout cela, vous le voyez bien, il y a l'abus de pouvoir, l'abus quotidien de pouvoir qui est, en réalité, à l'oeuvre dans la manière dont on gouverne la France. Or, il n'y a rien de plus grave que d'oublier, de mépriser, de fouler aux pieds les principes républicains, les principes démocratiques, ceux qui protègent le citoyen de l'arbitraire, ceux qui lui garantissent conscience et responsabilité, l'information, la compréhension, la décision sur le monde comme il va, parce que nous considérons qu'il y a un lien profond entre le progrès économique, le progrès social, le progrès moral d'une société d'un pays et son progrès démocratique.

L'un tient l'autre. Si vous avez la démocratie, vous avez progrès social, économique et moral. Si vous n'avez pas la démocratie, un jour ou l'autre, vous avez régression dans les domaines fondamentaux qui font la vie d'un pays.
Vous l'avez entendu ce matin, je ne confonds pas la démocratie avec sa caricature. Je ne confonds pas la démocratie avec le happening ni avec -je regarde sur ma gauche et sur ma droite- ni avec la culture du vote perpétuel, ni avec l'autogestion.

La démocratie, ce n'est pas un désordre, c'est un ordre, mais c'est un ordre profond qui garantit au citoyen qu'il sera respecté et entendu, pas baladé, pas drogué, pas asservi, pas distrait, que rien ne l'écrasera, pas même le pouvoir qu'il aura lui-même désigné. Les institutions démocratiques garantissent au citoyen qu'il ne cédera jamais à l'excès de pouvoir, y compris le sien propre. Dans une démocratie, le citoyen n'a pas le pouvoir de choisir le despotisme. Dans une démocratie de citoyens, le citoyen n'a pas tous les pouvoirs et il n'a pas le pouvoir de choisir le despotisme pour l'écraser. Il y a un proverbe latin qui dit : bis repetita placent.

Je suis très heureux d'appartenir au pays qui a joué un rôle clé dans l'élaboration de cette pensée pour le monde. Alors... Ce ne sont pas les chapitres habituels de discours politiques, mais c'est formidable que ce soit un Français et, si vous me permettez d'ajouter, un Aquitain, à savoir Montesquieu qui ait le premier aussi clairement défini la séparation des pouvoirs.

Moi, j'aime bien rappeler que c'était Pascal, déjà quelques décennies auparavant, qui avait, dans l'ordre politique, défini une distinction philosophique qui est la même chose. Cela s'appelle la distinction des ordres : le pouvoir, le savoir et le croire, la chair, l'esprit et le coeur. Ce n'est pas la même chose : dans le cœur est rangée la religion et, dans la chair, est rangé le pouvoir, et l'armée. On ne pouvait pas juger l'un avec les critères de l'autre. Si on l'avait écouté, Galilée n'aurait pas été obligé de dire que la terre ne tournait pas autour du soleil, alors que, pourtant, elle tourne.

Pardon de cette digression philosophique, je n'en ferai plus ! Vous voyez... C'est parce qu'on est dans les fondamentaux qu'on est là. On n'est pas dans étiquette contre étiquette, avantages partisans. On est dans les raisons même qui font vivre un peuple et des citoyens, femmes, hommes, pères de famille, avec leurs enfants et, donc, tout cela, c'est l'essentiel de ce que nous sommes.

Il est tout aussi frappant et, pour moi, inquiétant, que ce soit en France, le pays qui a inventé cette distinction, alors que va bientôt s'achever la première décennie du XXIème siècle, que ce soit en France où tant d'actes de Gouvernement sont portés aujourd'hui contre les principes démocratiques et républicains, contre les libertés publiques.

La nomination du président de l'audiovisuel public par le Président de la République, ce n'est pas une décision anodine. C'est une régression démocratique et, d'ailleurs, que Nicolas Sarkozy ait eu besoin de dire l'exact contraire de la vérité dans chacune des trois affirmations sur ce sujet qui ont été les siennes jeudi soir, cela veut dire qu'en réalité, il sent bien la gravité de ce qu'il a décidé.

Non, contrairement à ce qu'il a dit, ce n'est pas le gouvernement qui décidera, mais le Président de la République. Non, le CSA ne sera pas un rempart, puisqu'il en a souligné lui-même à satiété le manque d'indépendance. Et non, les parlementaires n'auront pas leur mot à dire pour l'approuver à la majorité qualifiée. C'est le contraire de la réalité, le contraire de la lettre de la loi, puisque c'est le veto qui est soumis à la majorité qualifiée. On n'a pas besoin des voix de l'opposition pour mener. On aurait besoin des voix de la majorité pour s'opposer ce qui est évidemment absolument inatteignable pour le pouvoir en place… 3 phrases, 3 contrevérités.

J'ajoute - cela a été dit tout à l'heure par Marielle - que nous avons, dans le monde de la presse privée, des évolutions du même ordre et qui sont tout aussi inquiétantes puisqu'on vient de décider… le président de la République a annoncé, décidé, qu'il allait faire sauter les seuils qui défendent contre les concentrations excessives ceux qui… Je vous l'indique, c'est une évolution aussi inquiétante pour la presse et l'audiovisuel privé, qu'elle l'est pour la presse et l'audiovisuel public…

Deuxièmement, l'annonce du transfert de la poursuite du juge d'instruction indépendant au Parquet soumis à l'autorité hiérarchique du gouvernement, ce n'est pas une décision anodine. C'est une régression démocratique. C'est la certitude qu'aucune affaire gênante pour le pouvoir ne sortira plus et c'est la certitude que l'action de la Justice sera équilibrée entre défense et accusation pour les citoyens qui auront les moyens de payer un cabinet d'avocats prestigieux et enquêteurs privés, mais elle sera déséquilibrée pour tous les autres. Tous les moyens d'enquête, d'un côté, et des avocats commis d'office, pour ceux qui n'ont pas les moyens de les payer. On n'ira pas vers plus d'équilibre, mais je crains vers plus de déséquilibre, retrouvant les abus d'une justice américaine, modèle sur lequel, une fois de plus, on veut nous aligner.

Troisièmement, ce n'est pas un progrès démocratique. C'est une régression démocratique indigne de notre pays que le nouveau secrétaire d'État ou ministre de l'immigration nous annonce. Il va désormais proposer d'échanger des papiers contre des dénonciations de filière. Ce n'est pas la législation d'un pays démocratique qui respecte un certain nombre de principes et, de surcroît, cela ne marchera pas parce que, la crainte des rétorsions sera si forte que, une fois de plus, les gens seront courbés sous la menace et, au lieu de les affranchir, de les émanciper, on les humilie et on les réduit.

Je n'aime pas que mon pays soit en train de faire des choses de cet ordre, et que ce soit un homme réputé de gauche qui prétende faire cela me révolte encore plus.

La réduction des droits du parlement et notamment du droit d'amendement, et notamment du droit d'amendement des députés libres, comme nous sommes, ce n'est pas une décision anodine. C'est une régression démocratique. Nous l'avions dénoncé depuis la première minute où l'on a voulu nous faire prendre des vessies pour des lanternes en nous expliquant que cette réforme constitutionnelle était en réalité un rééquilibrage. Ce n'est pas vrai, c'est au contraire un peu plus de concentration entre les mains des majoritaires du pouvoir exécutif et du parti qu'ils représentent.

Il y a comme cela plein de régressions. Une qui n'a pas été observée : que le Président de la République pour s'adresser au pays soit obligé de monopoliser trois chaînes en même temps : la Une, la Deux et la Six, plus un certain nombre de chaînes de radio avec des journalistes choisis. C'est symbolique.

Cela a déjà été fait. Je ne suis pas content que cela se perpétue dans le temps. Je suis encore moins content, quand je vois que l'on n'a même pas posé de questions, jeudi soir, sur la situation en Guadeloupe qui est, pourtant, extraordinairement inquiétante.

Ce que je vais dire maintenant n'est pas facile à dire et il m'a même fallu du temps pour arriver à le penser et à le formuler de cette manière. Donc, je le soumets à votre réflexion. Je parle de la situation en Guadeloupe : grève générale depuis plusieurs semaines, le carburant manque pour les activités ordinaires de la vie et pour l'économie, le commerce est paralysé. C'est une situation terriblement révélatrice.

Cela signifie entre autres qu'en France, on ne peut déclencher la réflexion et l'action que par l'épreuve de force, car la situation que le gouvernement considère aujourd'hui comme anormale, cette situation existait hier.

Puis-je rappeler que le parti au pouvoir aujourd'hui est au pouvoir depuis sept ans, si je ne me trompe pas, sans interruption ? C'est donc un révélateur de l'État profond du pays.

Permettez-moi de vous dire que ce qui se passe en Guadeloupe, et qui a commencé en Martinique, nous concerne tous, car il y a là non seulement une crispation sociale, une exaspération face au chômage de masse, à la vie chère, à tout ce que nous n'accepterions pas évidemment à ce degré en métropole.

Permettez-moi d'ajouter, en vous alertant, qu'il y a quelque chose de plus profond encore, qui touche au mal être profond des Antillais, quelque chose qui touche au poids le plus intime, au poids jamais réglé de l'histoire, au mal jamais vraiment guéri de l'esclavage. En effet, rien ne s'efface vraiment au travers des générations. Beaucoup n'ont pas encore compris, car il est vrai qu'il faut faire du chemin intérieur, tant la compréhension de l'autre pour saisir, pour faire sien ce mal d'être. Mais je vous le dis, nous allons devoir faire ce chemin si nous voulons être la France et si, en France, le nom de Schoelcher veut encore dire quelque chose.

La crise économique touche les fondations et il fallait donc consolider, dans l'urgence, ce qui pouvait l'être. C'est pourquoi j'ai approuvé le sauvetage du secteur bancaire, mais c'est pourquoi aussi je n'ai pas approuvé la manière dont sont faites les choses. Cela a déjà été dit à la tribune. Je le redis à mon tour.

Quand on mobilise des dizaines de milliards pour le capital des banques, la moindre des choses est que l'on exerce, au nom des citoyens que l'on représente, la part de gouvernance qui doit revenir à cette part du capital.

On serait infiniment mieux placés pour dire qu'il y a des taux d'intérêt abusifs, notamment pour les ménages les plus fragiles, les fameux crédits revolving dont on parle si souvent, à 18 ou 19 %. Il y a des rémunérations abusives, des mobilisations qu'il faut faire en direction des PME.

On serait beaucoup mieux placés pour le dire à l'intérieur des Conseils d'administration qu'à l'extérieur et c'est la raison pour laquelle je demande que cette mobilisation de capital s'accompagne de la prise de sièges aux Conseils d'administration, qui doit aller avec, comme cela s'est fait dans les pays partenaires en Europe.

Nous avons avancé deux principes : le premier est l'idée d'un emprunt européen contracté par tous les pays de la zone euro ensemble, un emprunt de quelque 300 milliards, c'est-à-dire 3 % du PIB. Cet emprunt a deux vertus : la première est qu'il montrerait clairement au monde, notamment au monde financier, que la solidarité entre pays qui ont l'euro en partage est sans faille, et la deuxième est qu'il permettrait une action concertée, même si je reconnais bien volontiers qu'aucun des partenaires ne doit être obligé d'utiliser sa quote-part de l'emprunt commun.

Le deuxième principe que j'ai avancé est d'ordre social.

Quel que soit l'argumentaire théorique, on ne peut pas justifier la mobilisation de centaines de milliards en direction du système bancaire et des grandes entreprises, sans songer à l'équilibrer par une action symboliquement forte en direction des citoyens et de leurs familles et, quoi qu'il en soit, en direction de ceux des français qui sont en particulier en difficulté.

C'est la raison pour laquelle j'ai proposé un "Livret d'épargne crise" à destination de ceux qui ont le plus de mal à vivre : les petites retraites, les salariés en difficulté, les jeunes. J'avais proposé 1 000 euros pour environs 4 à 5 millions de foyers, ce qui fait 4 à 5 milliards d’euros. Obama a décidé de verser 1 000 dollars quelques semaines après. Mais je ne défendrai pas devant vous l'idée que j'ai été son inspirateur…

Certains affirmeront que c'est la même idée qui inspire la proposition de suppression de la première tranche d'impôt sur le revenu. Pas du tout, car en France, hélas, le nombre des foyers qui paient l'impôt sur le revenu est réduit : moins de 1 sur 2. Ainsi, agir par la suppression de cette première tranche, c'est donc oublier tous ceux qui ne paient pas d'impôt sur le revenu et, en vérité, ceux qui ont le plus besoin de solidarité.

Voilà pourquoi je pense que cette idée doit être reprise.

Puis, j'ai une deuxième inquiétude que je vais développer devant vous qui, pour moi, prend la proportion d'une alarme : on est en train de confondre relance et déficit durable. On est en train de créer, sous forme de relance, un gisement de déficit durable qui va entraîner notre pays par le fond.

Je suis partisan des politiques de relance énergiques quand l'économie s'asphyxie comme c'est le cas actuellement, mais je suis sceptique quant aux vertus des relances insuffisantes et je l'ai dit lorsque le gouvernement a annoncé son plan.

Obama mobilise quelque 800 milliards de dollars. Cela fait, l'un dans l'autre, entre 5 et 600 milliards d’euros. Nous, en réalité, nous mobilisons moins de 5 milliards d’euros comme l'a dit Jean-François Khan, c'est-à-dire 0,25 % de notre PIB, alors qu'ils sont à hauteur de 5 % de leur PIB. Nous, c'est dix fois moins. Je doute beaucoup qu'avec un si faible effet de levier, on obtienne des résultats probants.

Quoi qu'il en soit, les politiques de relance doivent, à mes yeux, répondre à une condition : elles ne doivent pas creuser durablement le trou des déficits au-delà de la période de relance.

Une fois l'argent dépensé utilement, le plus efficacement possible, on doit revenir à des dépenses publiques les plus équilibrées possible. Or, si l'on supprime des impôts, si l'on continue à couper dans les impôts comme on le fait depuis que Nicolas Sarkozy est là, comme on l'a fait avec le bouclier fiscal comme on nous annonce qu'on va le faire avec la suppression de la taxe professionnelle, comme on nous le prédit avec la suppression de la première tranche de l'impôt sur le revenu, c'est aux recettes de l'État que l'on touche durablement pour l'avenir et non pas une fois, mais une fois pour toutes. On va, tous les ans, avoir à assumer cette charge, de même que le bouclier fiscal coûte 15 milliards tous les ans. De la même manière, les quelque 20 milliards de la taxe professionnels, les quelque 5 milliards de la première tranche d'impôt sur le revenu vont peser sur les finances publiques tous les ans.

Je dis que, sans réfléchir, pour faire des effets d'annonce, lors d'une émission, on touche aux grands équilibres du pays.

J'ajoute qu'il y a une immense émotion parmi les élus français, dont Jacqueline Gourault vous a dit un mot. Il y a une immense émotion parmi ces élus à propos de l'annonce de la suppression en 2010 de la taxe professionnelle, car la taxe professionnelle, pour une collectivité locale, c'est deux choses. C'est naturellement une ressource, mais également une ressource dynamique, une ressource permettant de créer, par une politique qui soit créative, une politique qui ouvre de nouveaux chantiers, qui crée de nouvelles filières et tout le monde y gagne, les collectivités locales et la collectivité nationale, car elle a des acteurs de développement sur le terrain.

Faire le choix de supprimer la taxe professionnelle, c'est à la fois couper dans les recettes et amputer le dynamisme des collectivités locales. Je crois que c'est une très mauvaise affaire, d'autant qu'évidemment, là encore, nous refusons de prendre des vessies pour des lanternes. On va remplacer ces prélèvements fiscaux par d'autres.

C'est un tour de passe-passe habituel, auquel les Français sont hélas accoutumés, mais qui mérite que l'on rappelle cette règle simple : quel que soit l'impôt, ce sont toujours les mêmes qui le paient.

Voilà pour la manière dont on exerce le pouvoir, voilà pour les libertés démocratiques, voilà pour la crise économique, voilà pour la crise des universités, voilà pour l'actualité de notre pays et elle est naturellement chargée de nuages.

Cependant, au-delà de la relance, au-delà de cela, il y aura, et nous le savons tous, à construire l'univers économique sur de nouvelles bases, à penser différemment l'avenir, à penser la société différemment et c'est la raison pour laquelle nous sommes là. L'Europe est notre atout.

Nous voulons un autre monde et, de cet autre monde, l'Europe est la porte d'entrée et la seule disponible.

Alors, il y a une condition, c'est que l'Europe soit enfin l'Europe, elle-même, et non pas une copie d'autres modèles de sociétés, d'autres projets de civilisations. Que l'Europe ait comme projet de changer la globalisation, dans ses principes, dans ses valeurs, en tout cas d'imposer, dans sa globalisation, nos valeurs européennes et non pas de faire reculer nos valeurs européennes devant les oukases d'une globalisation décidée par d'autres.

Cet impératif que l'Europe soit enfin l'Europe, il est entre nos mains à nous. Je veux dire nos mains françaises, comme nation, et nos mains de démocrates français. Il est entre nos mains de défendre et de porter un modèle, dans la globalisation, qui soit différent de ceux que l'on voulait nous imposer.

C'est pourquoi, car ces deux problèmes sont intimement liés, je veux traiter devant vous de la question de la réintégration de la France dans le commandement intégré de l'OTAN. On nous annonce que c'est fait, que c'est décidé, que nous allons enfin nous normaliser, qu'enfin, l'agaçante exception française va disparaître, qu'enfin il n'y aura plus de différences entre la France et les autres. On nous dit : ce sera mieux.

Devant vous, je veux dire que nous lâchons la proie pour l'ombre. En nous alignant, nous abandonnons un élément de notre identité dans le concert des nations, y compris dans le concert des nations européennes.

C'est une défaite pour la France et, permettez-moi de le dire, c'est aussi une défaite pour l'Europe. Nous abandonnons, nous, Français une part de notre héritage et nous l'abandonnons pour rien. Nous l'abandonnons au détriment des autres Européens.

Alors, on nous dit : d'accord, on comprend vos scrupules. Ils étaient justifiés du temps de G. Bush, mais, maintenant, l'Amérique c'est B. Obama.

Alors, je veux vous dire : j'ai beaucoup d'espoir en Obama et pas seulement parce qu'il est démocrate et que c'est le drapeau qu'il porte, pas seulement parce qu'il est noir, comme on le dit, car, comme on l'a encore entendu cette semaine « il y a encore une génération, les restaurants américains étaient interdits aux gens de couleur ». Cela, c'est encore, d'une certaine manière, une condescendance.

Je ne mets pas mes espoirs en Obama seulement à cause de la couleur de sa peau, je mets mes espoirs en lui, parce que son attitude, ses décisions semblent inspirées par une vision enfin différente de la société américaine. Je mets des espoirs en Obama, parce qu'il ferme Guantanamo, parce qu'il ose mettre un terme à l'inflation honteuse des revenus des puissants, parce qu'il s'impose face au Congrès, parce qu'il n'hésite pas à taper du point sur la table et même parce qu'il accepte de dire : "J'ai foiré".

Je ne sais pas s'il réussira, je ne sais pas s'il changera, je n'ai pas de foi aveugle. J'espère, mais je veux m'assurer, dans la réalité, que mes espoirs sont fondés.

En tout cas, je sais une chose, les États-unis d'Amérique, première puissance du monde, ont leur chemin comme nation, ont leur intérêt et cela n'est pas prêt de changer. Nous sommes alliés avec eux, nous le revendiquons et nous avons pris notre part de cette alliance, particulièrement après le 11 septembre, particulièrement en Afghanistan. Nous sommes alliés, mais nous ne sommes pas alignés.

Nous sommes alliés, mais indépendants et la marque de cette indépendance, celle que nous avons préservée pendant des décennies en notre nom et au service des autres européens, c'est de n'être point liés à l'intérieur du commandement intégré de l'OTAN.

Je sais ce qui se passe quand on est intégré et c'est vrai en politique internationale, et c'est vrai en politique intérieure.

Je sais ce qui se passe quand on est intégré. Quand on est intégré, on ne compte plus. Je n'ai jamais oublié cette scène formidable au sommet du G7 en 2006, une scène formidable qui a fait le tour de la planète. C'est Bush qui est assis à table, Tony Blair se lève comme un petit garçon et vient quêter une approbation. Bush ne lève pas les yeux. Il mange son croissant et, quand Tony Blair s'approche, il lui lance les mots du supérieur parlant à l'inférieur et lui dit : "Yo Blair". Cela veut dire quelque chose du genre : "Eh bien, Blair, mec, ça va ?" et il ne le regarde même pas par-dessus son épaule. Il mange son croissant.

Tony Blair, le Premier Ministre britannique, le meilleur allié des États-unis, le plus fidèle allié des États-unis, celui qui voulait influencer les États-unis, parce qu'il était leur meilleur allié -je ne sais pas si cela ne vous rappelle pas quelque chose- vient quémander l'accord du Président américain dans la crise de 2006 pour aller faire une visite au Moyen-Orient. Bush, c'est très simple, s'arrête de manger et dit : "C'est Condi qui ira" et le Premier Ministre du Royaume-Uni tourne ses pas et il s'en va. Il n'est pas allé au Moyen-Orient.

Eh bien, je n'ai pas envie que l'on dise : "Yo" à un Français. Je n'ai pas envie que l'on dise "Yo" au Président de la République française. Je n'ai pas envie que nous soyons intégrés. On peut être indépendant en étant allié. C'est ce que nous sommes. Mais on ne peut pas être indépendant en étant intégré, sauf quand, par chance, vous avez, à côté de vous, dans l'alliance, d'autres indépendants solides, auquel accrocher votre refus.

C'est comme un piton dans la falaise : si vous avez un piton solide pour accrocher votre corde, vous pouvez vous permette quelques libertés et quelques acrobaties. La France, c'était le piton d'indépendance de l'Europe et je ne veux pas que l'on arrache ce piton, parce que c'est l'Europe tout entière qui va en souffrir.

Je suis persuadé, j'ai toujours été persuadé, que, si nous avions été intégrés dans l'OTAN au moment de la guerre en Irak, au lieu de tenir le discours de la défense du droit pour l’honneur de la France que nos dirigeants d'alors ont tenu à l'ONU. Au lieu de tenir ce discours, nous aurions été aux Açores avec Bush, avec Blair, avec Asnar, avec Berlusconi et avec Barroso.

Pour moi, l'indépendance ne se divise pas quand vous êtes intégrés. Vous êtes intégrés et, bientôt, vous êtes assimilés.

Le ministre de la Défense a prononcé deux phrases. Il a dit « Il faut arrêter de barguigner » et il a ajouté « Notre position d'indépendance aujourd'hui est purement symbolique ». Innocent !... On peut en dire des bêtises en deux phrases !

Mes chers amis, je veux le dire devant vous, les symboles, ce n'est pas secondaire, c'est essentiel. Les symboles, dans la vie, dans la politique, dans une vie d'homme, dans une vie de femme, dans une vie de famille, c'est essentiel.

Je le dis à Nicolas Sarkozy, nous ne voulons pas perdre notre indépendance et pas davantage le symbole de notre indépendance. Nous ne voulons pas être intégrés et être assimilés. La France est une alliée fiable, mais elle n'est pas une alliée comme les autres. Elle est une alliée qui garde une part symbolique, donc essentielle de liberté.

Voilà pour la politique étrangère. Voilà pour le patrimoine d'indépendance de la France et voilà pour le risque que nous sommes en train ou que l'on veut nous faire prendre.

Je veux ajouter un dernier mot sur cette affaire et c'est un mot de gravité un mot d'alerte. Il y a deux sortes de décisions politiques.

Il y a les décisions politiques, quel que soit le degré de faveur ou d'inquiétude qu'elles provoquent, que l'on peut combattre, mais dont, au fond, on sait que l'on pourra les changer à la prochaine alternance et ce sont finalement des décisions politiques d'importance relative.

Puis, il y a des décisions politiques d'importance absolue, c'est-à-dire d'importance historique.

Je vous dis que la décision de retour dans le commandement intégré de l'OTAN correspond à cette deuxième catégorie, parce que c'est un aller sans retour.

N'imaginez pas ou plus exactement il n'est pas sérieux d'imaginer qu'une décision de cette importance puisse être remise en cause à chaque alternance. Une majorité gagne, on entre dans le commandement intégré de l'OTAN, l'autre majorité gagne, on sort du commandement intégré de l'OTAN. Puis, quelques années après, on y revient... C'est impossible.

Le Général de Gaulle a fait ce choix pour 50 ans. Je demande que ce choix-là ne soit pas bradé, ne soit pas jeté aux orties, que l'on y réfléchisse comme peuple de citoyens face au reste du monde.

J'ajoute une deuxième chose : Nicolas Sarkozy répète beaucoup, à satiété, qu'au fond, tout cela, c'est simplement la reconnaissance que nous sommes l'occident, comme l'Amérique, comme nos partenaires de l'Union européenne, nous sommes l'occident, nous sommes un seul occident.

Je veux simplement dire que, si l'on accepte l'idée d'être un seul occident et que tout le monde, dans l'occident, a, au fond, les mêmes valeurs, les mêmes principes, les mêmes choix stratégiques, on prend de très grands risques dans l'équilibre du monde. Je me réjouis beaucoup, et je voudrais que l'on pèse le poids de cette identité française qui, précisément, aux yeux du reste du monde n'est pas exactement l'occident, n'est pas exactement la même chose que les autres puissances que je viens d'indiquer à l'instant.

Je voudrais que l'occident se comprenne enfin comme pluraliste, comme équilibré, comme addition d'indépendances et pas seulement comme un tout homogène qui risque d'être dressé contre le reste de la planète.

J'en viens à mon dernier sujet qui est celui du modèle économique et social et de société européen. J'ai envie de commencer par une question qui fait écho à d'autres questions qui ont été posées sur le même sujet : Europe, où est ta promesse ?

La promesse de l'Europe ne se ramène pas à la concurrence, à la consommation, à l'économie, aux marchandises et au profit comme, trop souvent, on l'a cru depuis des décennies. La promesse de l'Europe, c'est une promesse de valeurs et de civilisation.

Le monde aujourd'hui s'est abandonné à la loi du profit. Le capitalisme l'a imposé en imposant sa loi. Face au capitalisme et à la seule loi du profit, le monde, particulièrement l'Europe et spécialement la France attend qu'on lui propose une nouvelle économie, l'économie de l'humanisme, non pas une économie pensée en fonction de la seule loi du profit des détenteurs du capital, mais une économie pensée en fonction du développement humain, des services publics, de l'intérêt général, de l'étude, de la science, de la recherche, de la santé, de la famille, des enfants et des vieillards.

Capitalisme, c'est la loi du capital et donc la loi du profit. Humanisme, c'est la loi qui pense aux valeurs humaines et il n'est pas vrai que le capitalisme n'ait jamais été un humanisme.

Au fond, pour les années qui viennent, le seul combat qui vaille, c'est celui-là : capitalisme versus humanisme.

L'humanisme, c'est éducation, science, création, entreprise libre, coopération, mutualisme, c'est le consommateur citoyen armé et non pas désarmé, c'est confiance aux communautés de base dans la société, aux corps intermédiaires, au local, à la proximité.

L'humanisme, c'est prendre au sérieux l'égalité des chances et des droits et la loi qui oblige à tenir la balance égale entre le faible et le fort.

Jusqu'à maintenant, dans le monde et en France, dans le siècle dernier, on a pensé capitalisme contre socialisme et le socialisme est tombé le premier évidemment, d'abord dans sa version soviétique et dans toutes ses versions européennes, parce que l'État ne peut pas s'occuper de tout ou plus exactement, chaque fois que l'État veut s'occuper de tout, tout va mal, parce qu'il y a sclérose et thrombose.

Maintenant, il faut penser la confrontation non pas entre deux modèles, mais entre trois modèles. Entre les deux qui ont prouvé leurs limites et leurs échecs, capitalisme et socialisme, et celui qui doit naître que j'appelle l'humanisme démocratique. Si l'Europe est fidèle à sa promesse, alors c'est la terre où s'épanouira l'humanisme démocratique.

L'humanisme démocratique se construit par adaptation et non pas par révolution. Il est réformiste par nature, parce qu'il progresse avec les acteurs, les femmes, les hommes, les communautés et non pas contre eux par contraintes et violence.

Il est, par nature, défenseur des services publics, parce que le service public, c'est la richesse de celui qui n'a rien. C'est la richesse et la chance de celui qui est loin, de celui qui n'est pas né dans le bon milieu, qui n'a pas la "bonne ascendance" et qui, cependant, est certain que l'école où il ira est la bonne école et qu'elle peut être aussi bonne, généreuse dans le savoir, favorable aux élèves dans nos vallées pyrénéennes qu'elle le serait à Louis-le-Grand, à Paris.

Celui qui n'a rien ou pas-grand-chose doit être certain que la maternité est là, que l'hôpital est là au moins pour les premiers soins et que, dans le dénuement de ses vieux jours, il trouvera l'accueil, l'attention, le respect et le soin.

L'humanisme démocratique se construit sur l'association des hommes, voilà pourquoi nous sommes si attachés à la réflexion sur le tiers secteur. Nous sommes attachés à la coopération, au mutualisme, à ces autres formes de créativité économique qui ne sont pas d'asservissement, qui sont, au contraire, d'association des volontés.

Et cela est évidemment aujourd'hui un changement de perspective majeur pour l'Europe. Ce n'est pas autre chose pour l'Europe que de retrouver sa source. Au lieu de défendre uniquement le marché comme institution politique, elle doit penser l'économie sociale et j'avais même proposé que l'on ne dise plus économie sociale, mais que l'on dise social-économie pour montrer que l'un est si intimement lié à l'autre que l'on peut en faire un seul mot.

Qu'elle doit se définir bien sûr par sa capacité de création -autrement, on ne met rien, on perd du terrain- et par sa contribution au progrès social de tous. Il y a, là, une conséquence de long terme et cela a aussi été tout à l'heure abordé par un de nos amis ici.

Il y a, là, une conséquence de long terme : si l'on choisit cette société-là où les services publics sont sérieux, sont présents partout, alors, comme les services publics ont un coût, comme l'inégalité excessive se corrige par l'impôt, alors les citoyens doivent imposer que l'harmonisation fiscale commence maintenant à se construire progressivement en Europe.

Aujourd'hui, la loi de l'Europe, c'est le dumping fiscal, c'est une vision ultra libérale qui prévaut. Nous, nous croyons qu'il doit exister un socle commun, une réflexion partagée sur la fiscalité qui empêchera l'évasion fiscale.

Pour cela, dernière conséquence, et je m'arrêterai là, l'Europe doit se proposer un but politique, pas administratif, pas technocratique, et c'est un grand changement que nous portons là.

Je le disais, jusqu'à ces dernières années, on avait l'impression que le but de l'Europe était uniquement le marché. Maintenant, nous exigeons que le but de l'Europe ce soit les Européens, leurs vies et leurs chances.

Je suis très heureux de retrouver l'inspiration qui était tout à l'heure à cette tribune.

Cela veut dire quelque chose d'extrêmement simple, mais très lourd de conséquence. Cela veut dire qu'en Europe la démocratie reprend ses droits. Cela veut dire que les choix de l'Europe ne seront plus décidés dans le secret des conciliabules, entre Messieurs Sarkozy, Barroso et quelques autres excellences, quelques uns, pas tous puisque désormais, j'ai cru comprendre qu'il y avait en Europe des dirigeants de première et de seconde zones. Cela veut dire notre choix : la démocratie reprend ses droits en Europe, que les choix de l'Europe reviennent en dernier ressort aux citoyens européens.

Permettez-moi, puisque je traite ce sujet des dirigeants européens, de dire combien j'ai trouvé offensant, pour un Européen, la façon dont Nicolas Sarkozy a traité, dans son interview, nos partenaires et concitoyens européens de République Tchèque, dans la précédente conférence du Luxembourg ou encore de Grande-Bretagne. Il y avait, dans les propos qu'il a tenus, une condescendance, comme un mépris de supérieur à inférieur qui est une grave atteinte à l'idée que l'Europe se fait de la France et, partant, une grave atteinte aux intérêts de la France en Europe que l'on devrait défendre et non pas, hélas, diminuer.

J'en profite pour dire également que je m'inquiète de la relation franco-allemande, parce que rien ne se fera en Europe -ce n'est pas moi qui l'ai dit, c'est une vérité qui est inscrite au fronton de toutes les réflexions sur l'avenir de l'Europe- s'il n'y a pas une relation de confiance entre Allemagne et France. J'ai drôlement l'impression que cette relation de confiance a été terriblement atteinte ces derniers mois.

J'en profite aussi pour dire que les Nations européennes méritent le respect, quelle que soit leur taille. Cela a été une grande erreur et une grande souffrance de laisser s'accréditer l'idée que l'Europe se faisait contre les Nations ou contre les identités.

L'Europe, c'est l'identité. L'Europe, c'est la maison où chacun a droit à son identité et même chacun a droit aux identités multiples qui font ce que nous sommes.

Si nous voulons éviter les retours dangereux, parce que névrotiques de l'identité, il faut alors reconnaître, accepter, honorer l'identité qui est en nous et celle qui est dans l'autre. Nous réconcilions l'Europe, c'est notre choix, et l'idée européenne avec les Nations qui la forment. Elle est très belle la devise européenne. Elle est moyenne en français, Unis dans la diversité, mais elle est formidable en latin, langue dans laquelle elle a été pensée : In variatate concordia.

L'idée d'unité, c'est bien, mais l'idée de concorde, c'est autre chose. C'est plus riche, c'est plus proche de la communauté qui disait "plus et mieux que l'union".

La démocratie reprend ses droits, ce qui veut dire que le Parlement européen doit jouer son rôle, tout son rôle et ne plus se laisser confondre avec les autres autorités européennes.

Comme tout est affaire de symbole, je propose que l'on prenne au sérieux cette idée et que l'on fasse un changement de cap. Je propose que l'on revienne au traité. Ce n'est pas un hasard si le traité avait installé, en deux lieux différents : Strasbourg pour le Parlement européen et Bruxelles pour la Commission européenne.

Il n'est pas sain que l'un soit confondu avec l'autre, ou avec les autres car je n'oublie pas le Conseil. Il n'est pas sain que tout le monde pense "Bruxelles", comme aux États-unis tout le monde pense "Washington". Il faut que le citoyen européen pense, sache que, Strasbourg, ce n'est pas Bruxelles. C'est pourquoi je propose que l'on change de cap et que Strasbourg devienne effectivement, à temps plein, la capitale parlementaire de l'Europe, que tout s'organise en conséquence, bureaux et transports, que l'on cesse de reculer sur ce sujet et que, par exemple, le Secrétariat du Parlement s'installe à Strasbourg et les parlementaires aussi.

On fera d’ailleurs beaucoup d'économies, parce que l'on cessera les va-et-vient stupides et c'est quand même une chose formidable d'imaginer que la volonté des peuples n'est plus confondue par les citoyens avec d'autres volontés qui ont leur dignité, car la Commission a sa dignité.

Il y a les États d'un côté, les peuples de l'autre. Il est légitime que les peuples aient leurs villes, leurs droits en Europe et, après tout, ce n'est pas autre chose que la liberté.

Je finis avec un dernier point. Concernant l'Europe -c'est ma quatrième idée-, vous avez senti qu'il y avait quatre axes qui ont été ainsi fixés. Je veux proposer un dernier axe : l'Europe doit réaliser en son sein ce qu'elle demande au reste du monde. Nous demandons une relance de bonne qualité au reste du monde, très bien… Nous devons la réaliser chez nous.

Nous demandons des règles qui interdiront des règles financières, nous devons les réaliser chez nous. J'en cite une : les paradis fiscaux sont la gangrène de l'univers économique et financier. Très bien, interdisons-les chez nous.

Allons plus loin, refusons à nos institutions financières, sous peine d'interdit, de travailler avec des paradis fiscaux. Les autorités américaines ont obligé les paradis fiscaux à avoir, à leur égard, une transparence financière, sous peine d'interdit. Il n'y a eu aucune résistance.

Allons plus loin, nous demandons la coordination des politiques économiques. Réalisons-le chez nous.

Nous demandons la sauvegarde du patrimoine naturel, de l'atmosphère, de l'eau, des espèces et d'abord de l'espèce humaine, souvent menacée, ne serait-ce, paraît-il, que dans sa fertilité. Prenons les  décisions qui s'imposent chez nous et appliquons-les. Si les concurrences abusives nous en empêchent, prenons les décisions de régulations qui s'imposent.

Nous avons un très grand projet à porter pour nous -pour nous, évidemment, mouvement politique, c'est secondaire- pour nous Français, pour nous Européens. J'ai confiance et je sens qu'en ce temps où le monde entier a les yeux fixés sur ce qui se passe aux États-unis, sur ce qui se passe au Moyen-Orient, sur ce qui se passe, hélas, dans des zones beaucoup plus dramatiques de la planète, j'ai le sentiment et la certitude que le modèle que nous portons est le modèle qu'attendent, en secret, les esprits et les cœurs des citoyens européens.

C'est cela, la mission que nous allons désormais remplir tous ensemble.

Je vous remercie.

François Bayrou, 8 février 2009, Paris.




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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 16:39
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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 11:41

(dépêche)



Au Sénat, radicaux et centristes envisagent un rapprochement

19 déc 2008 - Il y a 3 heures

PARIS (AFP) — Au Sénat, les radicaux et les centristes envisagent de rapprocher leurs groupes, afin de peser davantage dans une Haute Assemblée où l'UMP n'a plus la majorité à elle seule.

Vingt-neuf sénateurs siègent dans le groupe Union Centriste (UC), présidé par Michel Mercier, un fidèle de la majorité présidentielle, et où cohabitent Nouveau Centre, MoDem et, autour de l'ancien ministre Jean Arthuis, nostalgiques de l'UDF.

Le groupe RDSE (Rassemblement Démocratique et Social Européen) est composé de 17 sénateurs issus, depuis les élections de septembre, majoritairement du PRG.

Il rassemble des personnalités aussi diverses que Jean-Pierre Chevènement (MRC), Michel Charasse, figure de la "Mitterrandie" ou Aymeri de Montesquiou (Parti radical, associé à l'UMP).

"Avec le président Mercier, nous avons réfléchi à ce que pourrait être un jour l'architecture d'un grand groupe basé sur la philosophie du RDSE, avec des principes fondateurs républicains, laïcs, de dialogue, sans sectarisme", a déclaré à l'AFP le chef de file des radicaux, Yvon Collin.

Car "la politique, ce n'est pas de se cantonner dans sa bulle", a-t-il souligné, observant les votes "souvent critiques" de l'UC, située à côté des radicaux dans l'hémicycle.

La majorité du groupe RDSE avait pour sa part voté en juillet le projet de réforme des institutions.

"Nous pourrions peut-être un jour constituer un groupe charnière, qui pourrait peser de tout son poids dans une assemblée qui se bipolarise un petit peu", a souligné M. Collin. "L'avenir nous dira si un tel groupe est faisable".

"Le projet en est encore à ses prémices", souligne également l'entourage de Michel Mercier. Mais "si on veut éviter le bi-partisme UMP-PS, il faut que les groupes du centre de l'échiquier, qui ont des choses en commun, se rapprochent".

Au sein des deux groupes, le projet a ses partisans, mais les sénateurs Nouveau Centre sont réticents.

"On est déjà avec le MoDem qui vote en gauche, on ne va pas en plus ajouter les radicaux!", dit l'un d'eux. "Ce n'est pas d'actualité", affirme-t-il, repoussant toute perspective de rapprochement aux sénatoriales de 2011.

La sénatrice MoDem Jacqueline Gourault fait en revanche remarquer qu'un tel projet cadre bien avec la démarche de François Bayrou, qui "a toujours eu dans l'idée de construire un rassemblement, avec un centre indépendant". "Dans nos deux groupes, on a la liberté de vote, et nos positionnements politiques ne sont pas si éloignés que ça", argumente-t-elle.

Jean Arthuis se dit "prêt à étudier" cette perspective. Atteindre la taille critique "peut être un moyen de porter plus efficacement nos idées", estime-t-il, bien qu'ayant "quelques interrogations".

"Notre engagement européen est très affirmé. C'est différent au RDSE", souligne le sénateur de Mayenne.

Au RDSE, le valoisien Aymeri de Montesquiou, vice-président du groupe, ne voit "pas de raison d'attendre" pour réaliser ce projet.

"Beaucoup de maires divers-droite et divers-gauche (NDLR: comptant parmi les "grands électeurs" des sénateurs) "ne se retrouvent ni dans l'UMP ni dans le PS", remarque-t-il. Pour lui, le projet "s'intègre bien dans l'esprit du Sénat, qui est beaucoup moins manichéen que l'Assemblée nationale".

"Je ne serai jamais centriste mais j'adhérerai à un groupe républicain. Je ne veux aller ni à l'église, ni à la synagogue, ni à la mosquée", lance M. Charasse.


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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 01:32

(dépêche)



Bayrou, le candidat perpétuel

Publié le 18/12/2008 N°1892 Le Point

Habité par sa mission élyséenne, François Bayrou s'est lancé dans un tour de France à la rencontre des vraies gens. Reportage.

Émilie Trevert

Posté à l'avant du bateau, les mains dans les poches de sa veste matelassée, François Bayrou fixe l'horizon. A-t-il aperçu ce vol d'oies sauvages, au loin ? Ou bien se remémore-t-il ses virées d'étudiant bordelais dans le bassin d'Arcachon ? Qui sait... Ce jeudi matin automnal, alors que son staff a trouvé refuge sous l'auvent du bateau de promenade baptisé « Superfurax », l'impassible Bayrou prend racine sur le pont. En plein dans le champ de vision de « Chouchou », le capitaine, qui se contorsionne pour tenir son cap.

Soudain, après cinq longues minutes de silence, le président du MoDem se tourne vers le propriétaire du parc à huîtres sur lequel il navigue. Commence alors un dialogue à la Beckett.

Bayrou, observant le balisage du parc : « C'est des branches enfoncées ? »

L'ostréiculteur : « Des pieux de chêne. »

Silence.

Bayrou : « Les pieux, vous les enfoncez à la masse ? »

Malgré son air rêveur, l'élève Bayrou n'est jamais à court de questions. De l'histoire de la conchyliculture aux différentes espèces d'oiseaux, tout y passe. « J'apprends des tas de choses ! » lance-t-il, un brin fayot, tel un gamin participant à sa première classe verte.

Alors que Sarkozy court la planète pour éteindre la crise, que le PS est sonné au lendemain du congrès de Reims, Bayrou, lui, entreprend un tour de France à son rythme, en père peinard. L'idée lui est venue à la rentrée. Il a dit à son équipe : « Je veux voir des ouvriers, des salariés, des gens qui se lèvent tôt. »

Depuis fin octobre, à raison de deux jours par semaine, Bayrou va donc à la rencontre des « vraies gens » qui vivent la crise. « C'est une cure de vérité, dit-il. Ça vous oblige à parler la langue des gens. » Avec les caissières d'un hypermarché du Nord, les ouvriers d'un chantier de la banlieue de Caen, les bûcherons d'une scierie des Vosges ou les couturières d'une usine de chaussettes, il laboure en solitaire le terrain social, abandonné depuis trop longtemps par les socialistes.

Dans le train qui l'emmène à Nîmes, ce 13 novembre (veille du congrès socialiste), Bayrou bouquine un polar : « Prends garde à toi ! », de Patricia Wentworth. Il y est question de machination politique, d' « un jeu de dupes mortel où tous les coups sont permis ». Le troisième homme de la présidentielle connaît bien le sujet, lui qui fut trahi et abandonné par les siens, ses ex-amis UDF ralliés à Sarkozy. Aujourd'hui, il se préserve. « C'est très important d'être en dehors de ce chaudron, c'est un piège mortel ! » dit « le sage rebelle », une expression qu'il affectionne. « J'ai choisi d'être le plus loin possible des manoeuvres politiques et le plus près possible de la vie des gens. » Très peu parisien, il est vrai, le député béarnais passe la moitié de la semaine dans sa circonscription, l'autre en déplacement. Mais parfois, au cours d'un dîner arrosé, il lui arrive de commérer, comme ses congénères, sur les coulisses de la petite politique. Il s'amuse alors des rumeurs prêtant une liaison à Ségolène Royal avec un ex-auteur des « Guignols », de la petite mine de François Hollande, ou encore de Sarkozy qui l'a convoqué, le 5 novembre, « pour savoir s' [il] n'avai [t] pas changé d'avis sur l'ouverture », et qui voudrait bien lui « piquer Marielle » (de Sarnez)...

Fausse modestie

Son Mac noir branché sur l'AFP, il assure ne pas lire les articles qui parlent de lui : « Si c'est bon, tant mieux, sinon ça vous démoralise. » Ni la presse politique en général sauf... les papiers sur le PS ! Là, il s'amuse. Se délecte même depuis quelques jours. « Ça a quelque chose d'original d'être le sujet du congrès d'un parti dont on n'est pas le membre ! dit-il, malicieux. Un observateur qui viendrait de la planète Mars se demanderait pourquoi un grand parti comme le PS se focalise sur un si jeune et si petit parti comme le MoDem ! En fait, c'est très révélateur. Je savais qu'en créant le MoDem ça ferait bouger les lignes. » Bayrou jubile. Ses prédictions se confirment : un socialisme à bout de souffle, une présidence à l'américaine, la fin des repères classiques... « Si je peux me permettre, j'ai été le premier à le dire », ose-t-il, en toute fausse modestie.

Plus que jamais habité par sa mission-devenir président-, Bayrou se voit déjà en haut de l'affiche en 2012. « Le champ des EP [éligibles à la présidentielle, NDLR] est assez restreint », avance-t-il sur le ton de la confidence. Sarkozy, un socialiste et lui ! « On n'est pas le même quand on a fait 20 % ou 5 % des voix. Maintenant, je peux prendre le temps long. Il y a une familiarité avec les Français, un lien indestructible... Je le sais, je l'ai toujours su », assure-t-il. Une conviction renforcée par un sondage sur la présidentielle, publié dans Le Figaro du 14 novembre. Face à Martine Aubry-dont il est persuadé qu'elle finira par faire alliance avec le MoDem-, Bayrou obtiendrait 18 % des voix au premier tour. « Pas 1 % ne s'est éloigné de nous ! Le socle français est intact », se félicite celui qui dit pourtant ne pas croire aux sondages. Caricaturé en Calimero par « Les Guignols », souvent victime de ses humeurs, est-il à la hauteur de ses ambitions ? « Ce type-là, il sera jamais président ! tranche un contrôleur du TGV, surpris par le tempérament bougon du centriste. Il n'a pas ce truc qu'ont Sarko et Ségo... Le charisme ! »

18 h 30. Un mistral glacial s'engouffre dans la gare de Nîmes. Sur le quai, Bayrou reboutonne son inusable veste marron. S'arrête discuter avec trois jeunes. Puis descend un escalier en se demandant « comment font les personnes handicapées dans cette gare ? » Ce soir, il anime un « café démocrate » à la Grande Bourse, sur la place des Arènes, où Ségolène Royal avait ses habitudes pendant la campagne de 2007. Dans cette brasserie début XIXe, devant 200 personnes, la tortue Bayrou sort de sa carapace. L'animal politique entre en piste. Sa méthode ? Pas d'ordre du jour, pas de sujet imposé. M. le Professeur laisse la parole à ses élèves, même les plus insolents. « C'est vous qui posez les questions, moi je m'efforce d'y répondre de manière qu'on ait un vrai échange et que ce ne soit pas un meeting politique. » En apparence, du moins.

Un policier, une enseignante, une artiste-Bayrou tient à la parité-l'interpellent, inquiets des réformes en cours et de leur avenir dans la crise. Qu'importent les questions, Bayrou a ses réponses. Toujours les mêmes : il fustige le travail du dimanche, la retraite à 70 ans, la « réforme-zapping » du lycée, justifie son vote au plan de sauvetage des banques...

A une femme l'interrogeant sur les écoles maternelles, dans un meeting à Arcachon-l'ancien lieu de vacances de Sarkozy-, Bayrou répondra par... Tapie ! Tapie, son dada. « On a donné à M. Tapie, en une journée, le double de ce qu'on a donné aux agriculteurs pour trois ans ! Je n'ai pas besoin de rappeler le pedigree de l'impétrant... » Applaudissements. Le refrain est populaire : « Nous vivons des abus de pouvoir... Les cartes sont sous la table, les Français n'y ont pas accès. » Ça sonne presque Lutte ouvrière. Bayrou tente d'insuffler, en douceur, un vent de révolte : « Les citoyens français ne devraient pas accepter ce genre de choses ! » répète-t-il à longueur de meeting. « Mais qu'est-ce que le citoyen peut faire pour s'opposer à cela ? » demande une pharmacienne, s'offusquant de la mode des ordonnances gouvernementales. « Eh bien, voter pour celui qui s'y oppose ! » répond le candidat Bayrou. « On parle beaucoup de vendre la peau de l'ours mais faut-il encore savoir comment on va le tuer ! Quelle est votre stratégie ? » tente un ingénieur à la retraite. Pas de réponse.

« Humaniste ».

Le lendemain matin, sur le marché de Nîmes, on retrouve l'insolent retraité, un panier de légumes sous le bras : « Si Bayrou s'y prend comme ça, il n'ira pas loin, juge-t-il. Y a déjà tellement de gens qui lui ont tourné le dos. Il devrait être plus dirigiste, donner envie aux gens de se battre ! » L'intéressé arrive, en retard, comme à son habitude. Officiellement, il accompagne un candidat aux cantonales, qui obtiendra 12 % des voix. A Arcachon et à Reims, en revanche, son soutien n'a pas eu d'impact sur les scores du MoDem aux législatives partielles (5 et 8 %). Serrage de pinces en règle. Un vieux monsieur le poursuit avec une pétition sur la sécurité des périphériques adressée au... président de la République ! Une étudiante lui tend timidement un livre de Rousseau. « Je peux avoir une dédicace ? » ose-t-elle avant de lui déclarer : « Je vous adore ! » Un fromager-poète lui déclame « avé » l'accent : « Votez pour le MoDem, vous ne serez jamais en peine ! »

On nous avait promis un tour de France « sans arrière-pensées » (dixit son cabinet), c'est raté ! Bayrou est bien en campagne. « Un homme politique qui fait son travail est toujours en campagne », justifie son « sparring-partner », l'ancien journaliste Philippe Lapousterle, à qui Bayrou téléphone plusieurs fois par jour. Côté programme, en revanche, rien n'est encore défini. On sait juste que son projet est « humaniste ».

Dans un café nîmois, sous un tableau représentant Martin Luther King, Bayrou pose en révolutionnaire centriste. On lui demande quel est son rêve à lui. Un peu gêné, il finit par se lancer : « Mon rêve ? Je rêve d'un pays civique où de l'ouvrier au commerçant, en passant par le paysan, tout le monde se reconnaisse dans les choix du pays... » « Il a des idées simples, on a besoin de ça », soutient une militante MoDem devant le PMU où son président prend le temps d'avaler une salade avant de rejoindre Paris.





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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 22:11

Sur France 2 ce soir du 11 décembre 2008, beaucoup d'invités... François Bayrou en invité principal et mis au débat face à Arnaud Montebourg et Jean-François Copé.

Arnaud Montebourg n'est même pas décevant, il est égal à lui-même, à savoir, il reste dans le manichéisme "Bayrou est de droite".

Jean-François Copé a été plus subtil même si son message reste le même : "Bayrou fait partie de la droite". Il a joué au chat et à la souris avec François Bayrou qui avait un peu de difficulté à se démarquer du gouvernement sur les mesures économiques. Et sur l'audiovisuel, Copé a même pris en défaut Bayrou qui a attribué une mesure de libéralisation de l'audiovisuel à Giscard d'Estaing au lieu de Mitterrand.

Copé d'ailleurs estime que depuis quelques temps, il dit ce qu'il pense et il évite la langue de bois... à voir.

Ensuite, une interview de Carlos Ghon qui va devenir P-DG de Renault. Il n'a pas de langue de bois lu, il dit clairement qu'il est heureux d'être cité comme un futur dirigeant de General Motors et il dit de façon crue que Renault sera encore en crise jusqu'en 2010 et que la crise engendre des saines remises en cause, mais qu'il 'y aurait pas de restructuration en France car le marché français est encore le marché principal du constructeur automobile.

En troisième partie, un débat entre Rama Yade et Benoît Hamon. Ce dernier dit qu'en France, en politique, on est jeune encore à 50 ans, ce qui est aberrant. Rama Yade confirme qu'elle a refusé d'être tête de liste aux européennes de 2009 en Ile-de-France car cela lui faisait l'idée d'être proposée au mariage avec le Prince Albert de Monaco.

Arlette Chabot égale à elle-même, assénant des lieux communs et faisant la publicité du film neuneu "Bienvenue chez les Ch'tis".










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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 22:37

(dépêches-blog)


How Obama Did It

Thursday, Jun. 05, 2008
By Karen Tumulty

Barack Obama was campaigning last October in South Carolina when he got an urgent call from Penny Pritzker, the hotel heiress who leads his campaign's finance committee. About 200 of his biggest fund raisers were meeting in Des Moines, Iowa, and among them, near panic was setting in. Pritzker's team had raised money faster than any other campaign ever had. Its candidate was drawing mega-crowds wherever he went. Yet he was still running at least 20 points behind Hillary Clinton in polls. His above-the-fray brand of politics just wasn't getting the job done, and some of his top moneymen were urging him to rethink his strategy, shake up his staff, go negative. You'd better get here, Pritzker told Obama. And fast.

Obama made an unscheduled appearance that Sunday night and called for a show of hands from his finance committee. "Can I see how many people in this room I told that this was going to be easy?" he asked. "If anybody signed up thinking it was going to be easy, then I didn't make myself clear." A win in Iowa, Obama promised, would give him the momentum he needed to win across the map — but his backers wouldn't see much evidence of progress before then. "We're up against the most formidable team in 25 years," he said. "But we've got a plan, and we've got to have faith in it."

More than seven months later, that faith has been rewarded. The 2008 presidential campaign has produced its share of surprises, but one of the most important is that a newcomer from Chicago put together by far the best political operation of either party. Obama's campaign has been that rare, frictionless machine that runs with the energy of an insurgency and the efficiency of a corporation. His team has lacked what his rivals' have specialized in: there have been no staff shake-ups, no financial crises, no change in game plan and no visible strife. Even its campaign slogan — "Change we can believe in" — has remained the same.

How did he do it? How did Obama become the first Democratic insurgent in a generation or more to knock off the party's Establishment front-runner? Facing an operation as formidable as Clinton's, Obama says in an interview, "was liberating ... What I'd felt was that we could try some things in a different way and build an organization that reflected my personality and what I thought the country was looking for. We didn't have to unlearn a bunch of bad habits."

When Betsy Myers first met with Obama in his Senate office on Jan. 3, 2007, about two weeks before he announced he was forming an exploratory committee to run for President, Obama laid down three ruling principles for his future chief operating officer: Run the campaign with respect; build it from the bottom up; and finally, no drama. Myers was struck by how closely Obama had studied the two campaigns of George W. Bush. "He said he wanted to run our campaign like a business," says Myers. And in a good business, the customer is king. Early on, before it had the resources to do much else, the campaign outsourced a "customer-service center" so that anyone who called, at any hour of the day or night, would find a human voice on the other end of the line.

Meanwhile, Obama's Chicago headquarters made technology its running mate from the start. That wasn't just for fund raising: in state after state, the campaign turned over its voter lists — normally a closely guarded crown jewel — to volunteers, who used their own laptops and the unlimited night and weekend minutes of their cell-phone plans to contact every name and populate a political organization from the ground up. "The tools were there, and they built it," says Joe Trippi, who ran Howard Dean's 2004 campaign. "In a lot of ways, the Dean campaign was like the Wright brothers. Four years later, we're watching the Apollo project."

Even Obama admits he did not expect the Internet to be such a good friend. "What I didn't anticipate was how effectively we could use the Internet to harness that grassroots base, both on the financial side and the organizing side," Obama says. "That, I think, was probably one of the biggest surprises of the campaign, just how powerfully our message merged with the social networking and the power of the Internet." But three other fundamentals were crucial to making Obama the Democratic nominee:

A Brave New Party
In most presidential elections, the Iowa caucuses are an anomaly. Competing there is a complicated, labor-intensive undertaking that, once finished, is cast off as an oddity and never repeated. But in 2008 it became for Obama the road test of a youth-oriented, technology-fueled organization and the model for many of the wins that followed. It was also a challenge to history. The iron rule of Iowa had always been that caucusgoers tended to look the same year in and year out: older people, union households, party stalwarts — just the kind of folks who would seem more inclined to back Clinton or John Edwards — trudging out into the cold night for a few hours of political conversation. Instead, Obama saw the Iowa caucuses as a chance to put a stake through Clinton's inevitability. "Mission No. 1 was finishing ahead of Hillary Clinton in Iowa," recalls Obama campaign manager David Plouffe. "If we hadn't done that, it would have been hard to stop her."

But counting on new voters had proved disastrous for Dean in 2004. The Obama campaign knew that it would have to build a network of Iowans rather than supporters brought in from other parts of the country, says Plouffe, but "we didn't have to accept the electorate as it is." At bottom, Obama built a new party in 2008. It was difficult. Not until the morning of the caucuses did the campaign reach its goal of 97,000 Iowans pledged to support Obama that it thought it would need to win. Then came the real question: Would these people show up?

Show up they did, shattering turnout records. Obama prevailed with a surprising eight-point margin over Edwards, who came in second. Obama counts Iowa as his biggest victory, the one that foreshadowed the rest. "Voters under 30 participated at the same rates as voters over 65. That had never happened before," the Democratic nominee says. "That continues to be something I'm very proud of — how we've expanded the voter rolls in every state where we've campaigned. I think that means we can put into play some states that might normally not be in play."

The Iowa playbook, as everyone now knows, hasn't always worked. In Texas, for instance, the grassroots operation counted on more African-American voters than actually turned out. In California, organizers expected more young voters. But while Obama rarely managed a clean win against Clinton in the big states — the ones that will count most in the fall — he kept winning delegates even when he lost primaries. By April, it became almost mathematically impossible for Clinton to catch him.

The Key-Chain Campaign
Atlanta businessman Kirk Dornbush has raised millions of dollars for the Democratic Party and its candidates over the past 16 years. Before campaign-finance laws banned unregulated soft money, he recalls, there were times he walked around with six-figure checks in both pockets of his jacket. But these days, he does much of his fund raising in a much humbler fashion: selling $3 key chains and $25 T shirts at Obama rallies. At the first merchandise table Dornbush set up for a Georgia event, "we were just completely sold out," he says. "There were lines of people. It was unbelievable."

Dornbush's experience explains the second fundamental change Obama has brought to politics: his campaign was built from the bottom up. Even fund raising, once the realm of the richest in politics, became a grassroots organizational tool. At nearly every event this year, Team Obama set up little tabletop trinket shops, known as "chum stores" because all those little Obama-branded doodads aren't only keepsakes; they are also bait. Every person who buys a button or hat is recorded as a campaign donor. But the real goal of the chum operations was building a list of workers, supporters and their e-mail addresses.

A similar innovation came in fund raising. Normally, it is only the big donors who get quality time with a candidate. But Obama devoted far more of his schedule to small-dollar events. In Kentucky, the month after he announced his run for President, the first such effort quickly sold out all 3,200 tickets at $25 a head — and produced the beginning of a local organization. "It's the difference between hunting and farming," says Obama moneyman Matthew Barzun, 37, the Louisville Internet-publishing entrepreneur who arranged the event. "You plant a seed, and you get much more."

Obama uses a different frame of reference. "As somebody who had been a community organizer," Obama recalls, "I was convinced that if you invited people to get engaged, if you weren't trying to campaign like you were selling soap but instead said, 'This is your campaign, you own it, and you can run with it,' that people would respond and we could build a new electoral map." The chum stores, the e-mail obsession and the way Obama organizations sprang up organically in almost every congressional district in the country meant that by the time Obama's field organizers arrived in a state, all they had to do was fire up an engine that had already been designed and built locally. "We had to rely on the grass roots, and we had clarity on that from the beginning," says Plouffe.

By contrast, the Clinton campaign, which started out with superior resources and the mantle of inevitability, was a top-down operation in which decision-making rested with a small coterie of longtime aides. Her state organizers often got mixed signals from the headquarters near Washington. Decisions from Hillaryland often came too late for her field organization to execute. Obama's bottom-up philosophy also helps explain why he was able to sweep the organization-heavy caucus states, which were so crucial to building up his insurmountable lead in pledged delegates. What was not appreciated by many at the time: while Clinton spent heavily in every state she contested, Obama's approach saved money. Says Dean-campaign veteran Trippi: "His volunteers were organizing his caucus victories for free."

Obama Means No Drama
The team that Obama put together was a mix of people who, for the most part, had never worked together before but behaved as if they had. Some — like chief strategist David Axelrod and adviser Valerie Jarrett — came from Chicago and had advised Obama in earlier races. Axelrod's business partner Plouffe had worked in former House Democratic leader Dick Gephardt's operation; deputy campaign manager Steve Hildebrand, who oversaw the field organization, had come from former Senate majority leader Tom Daschle's. Daschle's former chief of staff Pete Rouse served that same role in Obama's Senate office, from which the candidate also brought aboard communications director Robert Gibbs, who had briefly worked for John Kerry. Obama tapped the business world as well, filling key operational posts with executives who had worked for Orbitz, McDonald's and other firms.

And yet, Obama says, they all had the same philosophy. "Because I was not favored, that meant that the people who signed up for this campaign really believed in what the campaign was about. So they weren't mercenaries. They weren't coming in to just attach to a campaign," he explains. Temperament mattered too. "It was very important to have a consistent team," Obama says, "a circle of people who were collaborative and nondefensive."

Like the team around Bush, Obama's is watertight. Leaks are rare, and for all the millions Obama has raked in, Plouffe keeps a sharp eye on where it is going. Consider the salaries: Clinton spokesman Howard Wolfson was paid almost twice as much in a month — $266,000 went to his firm, according to her January campaign filing — as the $144,000 that Obama paid Gibbs for all of last year. Obama staffers are expected to double up in hotel rooms when they are on the road and are reimbursed by the campaign if they take the subway (about $2) to the downtown-Chicago campaign headquarters from O'Hare International Airport but not if they take a cab (about $50). Volunteers are asked to take along their own food when they are canvassing.

How will a team that has been living off the land fare against the kind of G.O.P. operation that was so effective at turning out the traditional Republican base in 2004? John McCain's campaign manager, Rick Davis, flatly declares that what got Obama the nomination "is not a general-election strategy" and contends that Obama's operation will be weak against McCain's crossover appeal in such states as Ohio, Michigan, Wisconsin, Minnesota and Nevada.

Maybe so, but compared with McCain's, Obama's operation has been a model of efficiency — and executive function. Obama has already changed the way politics is practiced in America — and he is poised to keep doing so. After delivering his dramatic victory speech in St. Paul, Minn., Obama walked offstage and spent the next 45 minutes signing dozens and dozens of his books that had been brought to the Xcel Center by admirers. When he finished, he happened to see fund raiser Dornbush and told him, "Enjoy the celebration tonight." Then Obama took a few steps, turned around and added, "But it's right back to work tomorrow."




Leçons pour des campagnes démocrates gagnantes

Méthode, 10 décembre 2008
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On entend en France des interprétations bien différentes de la campagne Obama. De l’UMP à a gauche, chacun semble y trouver la confirmation de ses conceptions. Voici l’analyse publiée dans le magazine américain Time (titré en ligne "How Obama Did It", par Karen Tumulty, juin 2008, mais je viens de le découvrir en supérette). Reformulée et réinterprétée par votre serviteur, à l’attention des démocrates de France et de Navarre.Une des plus grosses surprises de la campagne présidentielle 2008, c’est qu’un provincial, un nouveau venu, ait construit ce qui a été, de loin, la meilleure organisation électorale. La campagne Obama avait l’énergie d’une insurrection et l’efficacité d’une entreprise. Même son slogan a tenu toute la campagne ("Change we can believe in").

Challenger de la formidable organisation des Clinton, Obama a expliqué que cette situation le libérait : "Je me suis dit qu’on pouvait s’y prendre autrement, construire une organisation à l’image de ma personnalité, à l’image de ce que le pays me semblait espérer. Nous n’avions pas à désapprendre de mauvaises habitudes."

Quand Betsy Myers a rencontré pour la première fois Obama, il a posé trois principes à celle qui allait devenir sa directrice des opérations : conduire la campagne avec respect ; la construire à partir de la base (bottom up) ; et le tout sans drames. "Il voulait que notre campagne soit gérée comme une entreprise", raconte Myers ; et dans une entreprise, le client est roi. Très tôt, la campagne a ouvert une hotline, avant qu’il y ait beaucoup d’argent. Toute personne qui appelait, de jour comme de nuit, devait entendre quelqu’un au téléphone.

Internet a été un outil essentiel, pas seulement pour collecter des fonds. D’habitude, les fichiers d’électeurs sont tenus secrets. La campagne Obama les a communiqués aux militants. Avec leurs propres ordinateurs et leurs forfaits téléphone illimités, ils contactaient chaque personne après l’autre, et construisaient ainsi une organisation à partir de zéro.

Obama lui-même le reconnaît : "Je ne m’attendais pas à ce qu’internet soit aussi efficace pour structurer le mouvement à la base, à la fois côté financement et côté organisation. C’est sans doute l’une des plus grosses surprises de la campagne : la façon dont notre message a fusionné avec les réseaux sociaux et la communication sur internet".

Il y a eu trois autres facteurs décisifs pour la victoire d’Obama à ces primaires.

1. Susciter un parti flambant neuf

Mobiliser les jeunes, carburer à internet, est-ce que ça allait marcher ? Les caucus de l’Iowa ont été le test en vraie grandeur. D’habitude, qui participe aux caucus ? Des personnes âgées, des syndicalistes, les piliers de parti. Ceux qui ont prêts à sortir de chez eux dans le froid de la nuit, pour parler politique pendant des heures.

Alors, Obama a construit un nouveau parti. Ça n’a pas été facile : c’est seulement le matin des caucus que la campagne a atteint le chiffre qu’elle s’était fixé comme objectif, 97000 personnes engagées à soutenir Obama. Et encore : est-ce qu’elles allaient vraiment se déplacer ?

Elles se sont déplacées - au point de pulvériser les records de participation. "Les moins de 30 ans sont venus aussi nombreux que les plus de 65 ans", raconte Obama, "ça n’était jamais arrivé avant."

2. Porte-clés par porte-clés

Kirk Dornbush est un homme d’affaires d’Atlanta. Il a collecté des millions de dollars pour le parti et les candidats démocrates, au cours des 16 dernières années. Cette fois-ci, il vend des porte-clés à 3 dollars et des tee-shirts à 25 dollars, dans les réunions publiques. La première fois, c’était en Géorgie, "absolument tout est parti. Les gens faisaient la queue. C’était incroyable."

C’est l’autre changement fondamental qu’Obama a apporté : sa campagne partait de la base. Même la collecte de fonds, qui jadis ciblait les grandes fortunes, a été transformée en moyen d’organiser la base. Chaque personne qui achetait un gadget était enregistrée comme donateur - avec son adresse e-mail.

Normalement, ce sont les donateurs importants qui ont droit au précieux temps du candidat. Obama, lui, a consacré bien plus de temps aux réunions de petits donateurs. À la première qu’il ait organisée, 3200 tickets à 25$ ont été vendus - et une organisation locale a ainsi été lancée. "C’est toute la différence entre aller à la chasse" aux gros sous, "et cultiver sa base : si vous plantez une graine, vous récolterez bien plus", explique Matthew Barzun, qui était en charge de cet événement.

"Moi qui ai été animateur de quartier", rappelle Obama, "j’étais convaincu que si vous appelez les gens à s’engager, si vous n’essayez pas de leur vendre votre soupe, mais qu’au contraire vous leur dites ’c’est votre campagne, à vous de jouer’, alors les gens passent à l’action, et on le paysage électoral change."

De la vente de gadgets à la création spontanée de groupes locaux dans toutes les circonscriptions, en passant par la collecte systématique des e-mails, le résultat, c’est que quand le siège envoyait sur place des organisateurs, tout ce qu’il leur restait à faire, c’était de donner le top départ à une campagne déjà conçue et construite localement. "Nous devions faire confiance à la base, c’était clair pour nous dès le début", dit David Plouffe (directeur de campagne).

À l’inverse, la campagne Clinton était top-down, les décisions étaient prises par la petite coterie de ses collaborateurs de toujours. Les consignes envoyées vers le terrain étaient souvent ambiguës. Clinton dépensait beaucoup d’argent sur chaque site où elle faisait campagne, tandis que les militants pro-Obama "organisaient gratis ses victoires dans les caucus", conclut Joe Trippi, ancien de la campagne Dean de 2004.

3. Des gens qui aiment collaborer

Obama a constitué une équipe de gens qui n’avaient, pour la plupart, jamais travaillé ensemble. Les principaux responsables venaient de différentes "écuries" au sein du parti démocrate - et Obama a même confié des postes clés de l’organisation opérationnelle à des cadres venant du privé.

Et pourtant, selon Obama, ils partageaient tous la même approche. "Comme je n’étais pas favori, les gens qui sont venus sont ceux qui croyaient dans le message de notre campagne. Ce n’étaient pas des mercenaires". C’est aussi un choix de tempéraments : "Il fallait avoir une équipe cohérente, des gens qui aiment collaborer plutôt que de se mettre sur la défensive".

Quand le porte-parole de Clinton a gagné 266000$ en un mois, le directeur de la communication d’Obama a été payé 144000$ en un an. Dans les hôtels, les gens de l’équipe Obama dormaient à deux par chambre. Leurs trajets de l’aéroport au siège de campagne étaient remboursés s’ils prenaient les transports en commun - pas le taxi. Les militants venaient avec leur pique-nique.

Contre le rouleau compresseur

Une équipe qui avait tourné à l’énergie militante allait-elle faire le poids contre les Républicains, leur capacité à mobiliser leur base traditionnelle, impressionnante en 2004 ?

Le directeur de campagne de McCain a prédit que non : ce qui avait marché dans les primaires (pour mobiliser les sympathisants) ne marcherait pas pour l’élection générale (sur l’ensemble de l’électorat). Et s’est trompé : l’organisation de la campagne Obama a été un modèle d’efficacité, comparée à celle de McCain.

Obama - conclut la journaliste de Time - "a changé la façon de faire de la politique en Amérique".

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 15:33

(dépêche)

 

 


Bayrou plus que jamais en embuscade face à un PS déchiré
24.11.2008

 

François Bayrou, qui ambitionne d’apparaître comme le principal opposant à Nicolas Sarkozy, cherche à occuper le créneau laissé vacant par un Parti socialiste tout à sa guerre interne.


Face à un PS “coupé en deux”, le président du Mouvement Démocrate (MoDem), a réaffirmé sa volonté d’attirer à lui des électeurs socialistes déçus: “il faut que tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans l’action du pouvoir actuel et de Nicolas Sarkozy aient un espoir”, qui ne peut “visiblement” pas venir du PS, en “bout de cycle” et “en décomposition grave”, affirme-t-il.

“Je me sens une responsabilité d’offrir un espoir, des idées, et un rassemblement possible à ces millions de Français qui cherchent et ne trouvent plus et s’en désespèrent”, a-t-il ainsi lancé dimanche.

Profitant de l’espace laissé libre par le PS, occupé lundi à examiner les contestations du scrutin de vendredi qui a donné une avance de 42 voix à Martine Aubry sur Ségolène Royal pour le poste de premier secrétaire, le leader centriste a suggéré une motion de censure sur la réforme de l’audiovisuel public, à la veille de son examen à l’Assemblée nationale.

Ne disposant pas des 58 députés nécessaires pour déposer une telle motion - le MoDem n’en compte que trois - il a précisé être “prêt à (se) joindre à ceux qui voudraient le faire”.

M. Bayrou, alors président de l’UDF, avait voté en mai 2006 une motion de censure contre le gouvernement Villepin liée à l’affaire Clearstream, rompant ainsi avec la majorité.

Le “troisième homme” de la présidentielle 2007 (18,57% des voix), dont la stratégie est entièrement tournée vers 2012, s’est senti conforté par les récents développements au PS. D’autant qu’un récent sondage Opinionway/Le Figaro sur le premier tour de la présidentielle lui donnait encore entre 16% et 18% d’intentions de vote, le donnant même qualifié au deuxième tour face à Nicolas Sarkozy, dans l’hypothèse d’une candidature de Martine Aubry.

François Miquet-Marty, directeur de l’institut de sondage Viavoice, relativise cependant. “A court terme, le spectacle donné aujourd’hui par le parti socialiste et l’idée qu’il ne remplit plus ses fonctions d’opposant ne peut qu’être bénéfique à François Bayrou, comme d’ailleurs à (Olivier) Besancenot ou aux Verts”, estime-t-il.

A son avis, le MoDem peut en tirer profit aux européennes, car “il a un discours clair sur l’Europe, ce qui n’est pas le cas du PS, au moins depuis 2005, et il y a des électeurs qui sur ces enjeux-là peuvent facilement passer du Parti socialiste au MoDem”.

“A moyen terme, c’est plus compliqué. Si le parti socialiste évolue en deux pôles, Ségolène Royal sera davantage positionnée sur ce créneau central, où Bayrou ne sera plus seul”, souligne-t-il.

A l’UMP, on affirme également ne pas redouter une concurrence du centre. “Bayrou essaie de ramasser les miettes” de la situation au PS, mais “ce n’est pas comme ça qu’on peut représenter une force alternative. C’est sur un vrai projet alternatif, pas sur un projet de compromis”, assure Dominique Paillé, porte-parole du parti majoritaire et conseiller de Nicolas Sarkozy.

 

 

 

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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 00:28
(dépêche)




François Bayrou était l'invité du Grand Jury de RTL

l'émission du 16 novembre 2008 imageretour à l’émission

François Bayrou

16 nov. 2008 - Màj 20h43

 



François Bayrou, le leader du MoDem, était l'invité du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI. L'ex-candidat à la présidentielle a répondu aux questions de Jean-Michel Aphatie (RTL), Etienne Mougeotte (Le Figaro) et Pierre-Luc Seguillon (LCI).


Jean-Michel Aphatie
16 nov. 2008

François Bayrou, à propos du PS : "C'est entre tragicomique et désespérant"

Jean-Michel Aphatie
16 nov. 2008

Réécoutez le Grand Jury de François Bayrou

Jean-Michel Aphatie
16 nov. 2008

Ecoutez la première partie de l'émission

Jean-Michel Aphatie
16 nov. 2008

Ecoutez la seconde partie de l'émission

Ce bilan est "entre tragi-comique et désespérant", a estimé François Bayrou, jugeant que le PS "est au bout d'un cycle".

Il a en particulier fustigé ceux qui rejettent toute alliance avec son mouvement.

"Quand ils disent 'nous n'aurons jamais de contact avec le centre', s'ils étaient un Pinocchio (...), ils ne pourraient plus entrer dans une pièce" à cause de la taille de leur nez", a-t-il ironisé.

Le président du MoDem a dénoncé "ceux qui montent à la tribune pour dire 'jamais, jamais de contact'" avec le "MoDem des intouchables", alors que "ceux-là (...) eux-mêmes ou (...) leurs amis ont fait dans leurs élections locales alliance avec des responsables locaux du MoDem". François Bayrou faisait notamment allusion à Martine Aubry, qui s'est alliée avec les centristes à Lille.

A écouter aussi :

PS : Martine Aubry candidate au poste de Premier secrétairePS : Martine Aubry candidate au poste de Premier secrétaire
PS : Aubry, Royal et Hamon candidats au poste de premier secrétairePS : Aubry, Royal et Hamon candidats au poste de premier secrétaire

Auteur : Adrien Borne



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15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 21:08

De quoi parle-t-on chez les socialistes ? Du MoDem ! Il faut vraiment ne rien avoir d’autre à cuisiner que d’aller regarder l’assiette du voisin.


Il y a une part de surréalisme dans ce qu’il se passe au Parti socialiste.

Avant Reims, pendant Reims ou après Reims, la situation restera la même : une guerre de positions qui durait depuis l’échec monumental de Lionel Jospin en avril 2002.

François Hollande avait réussi à garder la chape de plomb sur le parti et les éléphants s’en sont contenté, pensant que cela immobiliserait leurs concurrents.

Dans ce désert idéologique, Ségolène Royal est arrivée avec ses gros sabots (lorrains) et a raflé la mise en 2006-2007. Réussira-t-elle à poursuivre ses courses dans ce poussiéreux magasin de porcelaine ?… la réponse le 20 novembre 2008.


Au menu socialiste, les centristes

En attendant, au lieu d’entendre les projets politiques des différentes "factions" socialistes (peut-on les nommer autrement ?), leur analyse de la crise financière, leurs idées sur la politique sociale du gouvernement, on parle… du MoDem et de François Bayrou !

Car la seule argumentation que les ténors des motions Delanoë, Aubry et Hamon ont trouvée pour s’opposer à Ségolène Royal, c’est la question de l’alliance électorale entre le PS et le MoDem.

Vu le poids de François Bayrou au premier tour de l’élection présidentielle de 2007, on se doute qu’il est devenu un élément crucial pour la victoire d’un second tour présidentiel.

Malgré la désertion de ses principaux généraux, François Bayrou semble préserver son petit capital de popularité et de sympathie auprès de l’électorat et est désormais doté d’un parti opérationnel. Une stature nationale et une armée neuve, voici qui peut attiser bien des "envies".

Donc, c’est sur ce thème que les combattants de la gauche archaïque veulent lutter contre Royal.

Sans pour autant rappeler que Martine Aubry ne s’était pas gênée pour intégrer le MoDem dans sa majorité municipale à Lille, et le fait de dire qu’elle n’en avait pas besoin pour gagner les dernières élections municipales (ce qui semble être le cas), c’est encore pire d’un point de vue raisonnement : cette alliance n’avait pas qu’une finalité électorale mais aussi politique, un projet municipal commun.

Si Ségolène Royal est pour une alliance au second tour présidentiel entre le MoDem et le PS, c’est sans doute parce qu’elle a compris que ce serait la seule voie pour battre l’UMP (mais serait-ce politiquement cohérent ? j’en doute).

Mais de toutes façons, même ses sbires ne sont pas vraiment d’accord avec elle : Vincent Peillon, ancien allié de l’aile gauche, Henri Emmanuelli, Jean-Luc Mélenchon et Arnaud Montebourg, ne serait pas du tout partisan d’une alliance explicite.


Un sondage à point venu

Puisque le MoDem et François Bayrou sont invités au congrès de Reims bien malgré eux, eh bien, reprenons une étude d’opinion qui vient justement de sortir ce 13 novembre 2008.

Certes, le sondage émane du Figaro, de LCI et de OpinionWay.

Et comme tous les sondages, on pourra le contester. Il n’en reste pas moins que les sondages préélectoraux de 2007 furent assez pertinents à part un de CSA début mars 2007 qui plaçait Bayrou à 24% et vite corrigé par la suite (selon des rumeurs, il y aurait eu manipulation pour surestimer Bayrou et ensuite inverser la tendance montante par une baisse ultérieure).

Mais que dit cette enquête ? Que sans Ségolène Royal, les socialistes risquent fort de laisser François Bayrou s’installer au second tour pour la prochaine élection présidentielle.

Le sondage évalue trois hypothèses de candidature socialiste à la prochaine élection présidentielle : avec Bertrand Delanoë, Martine Aubry et Ségolène Royal.

En face, la candidature quasiment inéluctable de Nicolas Sarkozy, de François Bayrou et d’Olivier Besancenot et également, pour le FN, encore le vieux lion de Jean-Marie Le Pen.

Premier élément :

Dans les trois cas de figure, Nicolas Sarkozy garderait son score de 2007 en faisant environ 33 à 34%. Le Pen ne varie pas non plus mais ferait moins qu’en 2007 avec 7%. Buffet ferait entre 3 et 4%, Voynet un peu moins et les autres petits candidats potentiels seraient très négligeables (dans les 1 à 2%).

Aucune variation non plus pour ceux qui déclarent s’abstenir (environ 25%).

Second élément :

Ségolène Royal serait la plus apte à rendre présent au second tour le Parti socialiste. Elle ferait 24% rognant sur Besancenot (10%) et sur Bayrou (16%).

Martine Aubry la moins apte avec seulement 16%, plaçant alors Besancenot à 12% et Bayrou à 18% qui obtiendrait sa place au second tour.

Enfin, Bertrand Delanoë ferait jeu égal avec François Bayrou avec 18% (d’où incertitude sur la place au second tour), mais laisserait Besancenot avec 12%, ce qui resterait à un niveau très élevé.


Une conclusion et des pistes divergentes

Bref, la conclusion, c’est que les déchirements de la planète socialiste ne profiteraient pas à l’UMP (Nicolas Sarkozy ne progresserait pas par rapport à 2007) mais seulement à Olivier Besancenot (crédité de 10 à 12% au lieu de 3% de 2007) et à François Bayrou qui, s’il ne progresserait pas (voire régresserait par rapport à 2007) profiterait de la faiblesse relative du PS pour s’imposer au second tour.

Évidemment, de cette conclusion et avec une plus ou moins bonne foi, on pourrait tirer les leçons qui arrangeraient :

1. Pour les uns, il faudrait refocaliser le PS plus à gauche pour éviter l’érosion vers Besancenot.

2. Pour certains autres, Bayrou serait le plus efficace pour faire perdre Sarkozy au second tour (ce qui était une évidence en 2007).

3. Enfin, d’autres pourraient aussi se dire que la stratégie de Royal serait la meilleure car elle éviterait l’érosion vers Bayrou, ce qui est beaucoup plus crucial pour gagner une élection présidentielle que les pertes vers Besancenot.


Une proposition purement personnelle

Alors, pour mettre d’accord tous les vieux éléphants socialistes, j’ai une proposition révolutionnaire :

Et pourquoi ne désigneriez-vous pas au poste de premier secrétaire du Parti socialiste un certain… François Bayrou ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 novembre 2008)


Pour aller plus loin :

Sondage OpinionWay du 13 novembre 2008 (Politoscope).

Tu veux ou tu veux pas ?

Géopolitique des crabes.

Analyses sur le PS.

Le congrès de Reims et ses motions en pratique.

Histoire du PS.

La préparation du congrès de Rennes (janvier 1990).





http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=47285




http://www.lepost.fr/article/2008/11/15/1326503_bayrou-s-invite-a-reims.html


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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 06:59

Le bipartisme est-il une donnée intrinsèque, une conséquence mécanique des institutions, ou simplement, le résultat d’un processus politique qui n’est pas forcément définitif ? Première partie sur les causes réelles.


En France, depuis quelques décennies, les majorités qui s’alternent (ou pas) au pouvoir sont composées en grande partie de l’UMP (droite pour beaucoup) ou du PS (gauche pour beaucoup aussi). Les autres partis n’ont pas vocation à définir la politique de la Nation, éventuellement à l’accompagner en petits partis alliés, ou à s’y opposer systématiquement lorsqu’ils sont dans les extrêmes.

C’est ce qu’on appelle la bipolarisation du paysage politique, que je préfère nommer improprement le bipartisme, improprement puisque la France reconnaît officiellement plusieurs dizaines de partis politiques.


Cause institutionnelle ?

On a beaucoup parlé de la cause institutionnelle récurrente du bipartisme dans le paysage politique français.

La division entre la gauche et la droite serait forcée par le mode de scrutin majoritaire de l’élection présidentielle et des élections législatives.

Pour l’élection présidentielle, il n’y a pas beaucoup de modes de scrutin différents et il reste évidemment toujours uninominal. En revanche, le nombre de tours peut varier.

Ainsi, le Président pourrait être élu au scrutin majoritaire simple, à un seul tour, comme en Zambie par exemple (comme les parlementaires britanniques), ce qui éviterait un second tour d’un bloc contre un autre. Pas très démocratique, car en France, le Président de la République ne serait élu que par un tiers de l’électorat.

Ou alors, le Président serait élu avec un second tour possible, voire plus. Au second tour pourraient ne participer que les deux finalistes, ou tous ceux qui auraient atteint un seuil. Le premier cas, celui de la France, favorise évidemment la constitution d’un camp contre un autre, encore qu’à deux reprises, en 1969 et en 2002, ce ne fût pas vraiment exact.

Les élections législatives également sont au scrutin majoritaire et favorisent le bipartisme. Vraiment ? Au second tour, ce ne sont pas forcément les deux finalistes seuls qui peuvent concourir, mais tous ceux qui ont atteint un seuil, 15% des inscrits, ce qui a conduit parfois (en 1997 notamment) à des triangulaires voire à des quadrangulaires. Gauche, droite, extrême droite et éventuellement, dissident étaient parfois présents au second tour, encore que les situations locales doivent être appréciées à leur juste valeur, à savoir locale, car souvent, les dissidences (un notable apprécié localement qui n’a pas d’investiture nationale face à un parachuté par exemple) n’ont pas beaucoup de signification politique.


Le gaullisme historique fut-il bipolaire ?

Et puis, sous De Gaulle, y avait-il un si grand bipartisme ? Pas vraiment. Au début, en 1958, De Gaulle avait nommé des ministres socialistes (SFIO) et centristes (MRP).

Après le départ de ces ministres, la SFIO et les centristes ont failli s’allier (je l’évoquerai beaucoup plus précisément à une autre occasion). En 1962, le Sénat était fermement opposé au Général De Gaulle, Gaston Monnerville, son Président, eut des mots très durs contre De Gaulle. En 1968 aussi, le Sénat fut le centre de l’opposition. Son nouveau Président Alain Poher devint même, un peu par hasard, le leader de l’opposition au moment du référendum d’avril 1969, puis à l’élection présidentielle de juin 1969 en se hissant au second tour contre Georges Pompidou.

Les centristes se sont opposés aux gaullistes jusqu’en 1969 et même certains, jusqu’en 1974 (la différence entre le CDP et le Centre démocrate). En 1978, la nébuleuse centriste, devenue giscardienne depuis quatre ans, se confédéra en UDF et l’UDF est devenue l’un des deux partis bien ancrés au centre droit aux côtés d’un RPR qui perdait sa spécificité idéologique gaulliste.

Nous connaissons tous la suite, la fusion des deux en UMP a réduit l’UDF à sa partie autonomiste et sa transformation définitive en MoDem alors que les derniers députés UDF créèrent le Nouveau centre.


Pourquoi les centristes sont-il à droite de l’échiquier politique ?

La principale question est : pourquoi donc les partis confédérés de l’ancienne UDF se sont-ils inféodés au grand frère gaulliste, le RPR, pendant une trentaine d’années, jusqu’à en accepter leur absorption pure et simple ?

La réponse à cette question n’est pas le mode de scrutin ni les institutions, car ils n’avaient pas changé sauf de façon sporadique entre 1986 et 1988.

La réponse tient en une seule date, 1972. En le 26 juin 1972, le Parti socialiste, le Parti communiste français et le Mouvement des radicaux de gauche scellèrent l’union de la gauche. Elle ne dura pas longtemps, jusqu’en 1977.

Mais en théorie. Car dans les faits, elle dure toujours. Elle est pratiquée dans chaque commune, circonscription, département, région, par le pompeux terme de "discipline républicaine" qui n’est autre qu’un désistement réciproque. Elle a garanti la survie financière et parlementaire des communistes qui ne représentent même plus 2% de l’électorat mais qui dirigent encore un groupe de 24 députés à l’Assemblée Nationale (15 députés communistes) et de 23 sénateurs au Sénat (21 sénateurs communistes).

Et elle constitua quand même une coalition gouvernementale non seulement entre 1981 et 1984 (sous les gouvernements de Pierre Mauroy) mais encore plus récemment entre 1997 et 2002 (sous le gouvernement de Lionel Jospin). La secrétaire nationale du Parti communiste français, Marie-Georges Buffet, fut ministre, ce qui est sans précédent depuis Maurice Thorez (on le lui reproche d’ailleurs assez).


Dans le second article, nous verrons les conséquences que l’union de la gauche a imposées à toute la classe politique depuis près d’une quarantaine d’années.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 septembre 2008)


Pour aller plus loin :

Bayrou contre la bipolarisation (vidéo).



http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=44545



http://www.lepost.fr/article/2008/09/17/1266557_la-demarche-du-modem-1-la-cause-principale-de-la-bipolarisation_1_0_1.html

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