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4 mai 2019 6 04 /05 /mai /2019 03:24

« Dans le progrès humain, la part essentielle est la force vive, qu’on appelle l’homme. » (Jules Michelet, 1867).



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L’ancien ministre centriste Pierre Méhaignerie fête son 80e anniversaire ce samedi 4 mai 2019. Né à Balazé, en Ille-et-Vilaine, il a suivi une longue carrière politique qui l’a porté à la tête d’un grand parti pendant plus d’une douzaine d’années et au gouvernement, au sommet du pouvoir. Petit éclairage sur son parcours.

Et d’abord, une petite anecdote politique : lors de l’université d’été du CDS à Ramatuelle réunie du 29 août au 3 septembre 1989, l’occasion pour les jeunes militants de rencontrer leurs "aînés" et discuter avec eux, Pierre Méhaignerie, alors président du Centre des démocrates sociaux (CDS), s’était joint discrètement à l’assistance lors d’une table ronde dont il n’était pas un intervenant. Puis, prenant la parole pour donner son avis, très écouté puisqu’il était finalement le "patron" des lieux, il avait commencé sa phrase par la supposition qui tuait : « Si j’étais Premier Ministre, je… ».

Eh oui ! Sous la Cinquième République, si l’on est Premier Ministre, on suit la feuille de route donnée par le Président de la République élu par tous les Français. Cela donnait la mesure du déficit d’ambition du parti centriste à se prévaloir du pouvoir : le CDS restait dans l’idée seulement d’une roue de secours à un parti plus grand, qui, lui, aurait le pouvoir. Cinq années plus tard, François Bayrou lui succéda à la présidence du CDS et commença sa lente ascension pour devenir candidat à l’élection présidentielle. Certes, François Bayrou n’a pas été élu (et ne semble plus en mesure de l’être un jour), mais il avait réuni plus de 18% des Français en 2007 et son influence, encore aujourd’hui, reste bien plus importante que l’influence qu’a eue Pierre Méhaignerie dans les années 1980 et 1990.

Car Pierre Méhaignerie, Breton d’obstination, homme réaliste, était sans doute trop réaliste : il ne se voyait pas candidat à l’élection présidentielle ni osait se frayer un passage électoral entre les Jacques Chirac, les Raymond Barre, les Valéry Giscard d’Estaing, les Édouard Balladur, les François Léotard, les Alain Juppé, les Philippe Séguin et même les Simone Veil de son environnement immédiat. Le trop-plein était très encombré, il ne ferait pas le poids. Il préférait assurer l’importance numérique de son groupe parlementaire et influencer par des mesures concrètes. Boîte à idées, oui. Destin national, sûrement pas.

Pour bien comprendre, il faut rappeler que le CDS était l’un des trois principaux partis de l’UDF, avec le Parti radical valoisien et le Parti républicain (à l’époque dirigé par François Léotard et très vite médiatique). Chaque parti de l’UDF avait gardé sa propre organisation et l’UDF n’était qu’une confédération à finalité électorale, créée pour faire contrepoids au RPR qui, lui, était un parti allié. Après la victoire de François Mitterrand en 1981, il n’y avait plus de doute sur la nécessité d’une alliance UDF-RPR comme seule stratégie pour revenir au pouvoir.

La Bretagne fut historiquement une terre démocrate-chrétienne, comme l’Alsace. Revenons au début de sa carrière, qui a commencé très tôt. Comme beaucoup de notables centristes (et pas seulement centristes), Pierre Méhaignerie a eu une ascendance encourageante.

Son père Alexis Méhaignerie (1899-1976), agriculteur et syndicaliste agricole (président de la fédération des exploitants agricoles d’Ille-et-Vilaine), s’engagea en politique après la Libération sous l’étiquette MRP (démocrate-chrétien). Il fut élu maire de Balazé de mai 1945 à décembre 1976 et conseiller général de Vitré de septembre 1945 à mars 1976. Il fut aussi élu député MRP de novembre 1945 à juin 1968, sans interruption, d’abord élu sur la liste menée par Pierre-Henri Teitgen, puis au scrutin majoritaire sous la Cinquième République. Quelques mois avant sa mort, il laissa son fils Pierre se faire élire sur son canton en mars 1976, tandis qu’après sa mort, son autre fils Paul (Alexis a eu huit enfants, Pierre fut le septième) se fit élire maire de Balazé en décembre 1976. Le propre père d’Alexis fut également maire de Balazé de 1905 à 1945 et conseiller général de Vitré de 1930 à 1945.

La caractéristique familiale des mandats électifs n’est ni aristocratique ni népotique puisque dans une élection, c’est bien le peuple qui décide. On voit aussi des "dynasties" (le mot est un peu fort) dans d’autres domaines, comme dans les arts, la musique (Casadesus, etc.), le cinéma (Brasseur, Seigner, Depardieu, etc.), la science (Langevin, Curie, etc.), et là, certes, ce ne sont pas les électeurs, mais les lecteurs, les auditeurs, les spectateurs qui crédibilisent les "fils de". Il est facile de comprendre que lorsqu’un enfant vit dans le "milieu" de ses parents, il peut soit être passionné comme ses parents par ce même milieu, soit, au contraire, vouloir le fuir, mais il ne peut pas être indifférent. Des "dynasties", il y en a eu de nombreuses et n’ont pas forcément été les plus incapables dans la classe politique : Debré, Jeanneney, De Gaulle, Mitterrand, Giscard d’Estaing, Joxe, Cot, Barrot, Bosson, Baudis, Abelin, etc. Cela se retrouve dans tous les courants politiques, y compris à l’extrême droite (exemple très connu sur trois générations, la famille Le Pen).

Du reste, Laurence Maillart-Méhaignerie, épouse d’un neveu de Pierre Méhaignerie (à ne pas confondre avec sa fille qui se prénomme aussi Laurence), a repris le flambeau familial à l’Assemblée Nationale en se faisant élire députée LREM en juin 2017 (sur le quota du MoDem), mais à Rennes, pas à Vitré, dans une circonscription initialement réservée par Emmanuel Macron à son collègue de promotion Gaspard Gantzer (parachutage qui avait fait beaucoup réagir les militants LREM à l’époque). Elle avait été candidate UDI aux élections européennes de mai 2014 sur la liste de Jean Arthuis, et aux élections régionales de Bretagne en décembre 2015. Autre membre de la famille, l’ancien ministre socialiste Guillaume Garot, député (et ancien maire) de Laval, est le fils d’un cousin de Pierre Méhaignerie.

Cet aparté familial étant écrit, reprenons la trajectoire de Pierre Méhaignerie qui a fait ses études d’agronomie à Rennes. Métier détonnant dans le milieu politique, Pierre Méhaignerie est à l’origine un ingénieur du génie rural et des eaux et forêts (à ma connaissance, seule Nathalie Kosciusko-Morizet a eu un métier approchant).

En juin 1968, Alexis Méhaignerie renonça à solliciter le renouvellement de son mandat de député et le laissa son fils Pierre se présenter, mais dans le contexte de la fin de la crise de mai 1968, ce fut le gaulliste Henri Lassourd qui remporta l’élection. Aux élections suivantes, en mars 1973, dans la même circonscription (celle de Vitré), Pierre Méhaignerie a pris sa revanche en battant le député sortant gaulliste et fut donc élu député à l’âge de 33 ans. Ce fut son entrée dans l’arène politique, tant bretonne que nationale. Il fut réélu sans discontinuité député entre mars 1973 et juin 2012. En juin 2012, sa collaboratrice Isabelle Le Callennec fut élue députée UMP de sa circonscription, battue avec surprise en juin 2017 par la candidate LREM Christine Cloarec, conseillère municipale de la majorité de Vitré depuis 2008. Pierre Méhaignerie fut également élu député européen en juin 1979 sur la liste de Simone Veil mais démissionna immédiatement en raison de ses fonctions nationales.

Les fonctions nationales, il les a eues très tôt dans sa carrière, à l’âge de 36 ans. En effet, il fut nommé au gouvernement de Jacques Chirac le 12 janvier 1976 et resta sans discontinuer jusqu’à la fin du septennat de Valéry Giscard d’Estaing : Secrétaire d’État auprès du Ministre de l’Agriculture du 12 janvier 1976 au 29 mars 1977, puis, dans les gouvernements de Raymond Barre, Ministre de l’Agriculture du 29 mars 1977 au 13 mai 1981.

En mars 1977, non seulement il devenait un ministre de plein exercice, mais il avait acquis ses galons d’élu local : en mars 1976, il fut élu conseiller général du canton de Vitré, celui de son père et grand-père, et en mars 1977, maire de Vitré. Il fut rapidement l’un des hommes forts du centre droit de l’Ille-et-Vilaine (avec Alain Madelin, futur député-maire de Redon).

Pierre Méhaignerie est aujourd’hui encore maire de Vitré (depuis mars 1977) et président de la communauté d’agglomération de Vitré Communauté depuis janvier 2002, et il devrait en principe laisser la main en mars 2020 (aux prochaines élections municipales). Il fut également élu conseiller général de Vitré de mars 1976 à mars 2001, président du conseil général d’Ille-et-Vilaine de mars 1982 à mars 2001, et brièvement, conseiller régional de Bretagne de mars 1986 à juin 1988. L’un des mandats grâce auxquels il a pu expérimenter ses idées, ce fut bien sûr la présidence du conseil général, dont les missions sociales sont budgétairement très importantes (il est devenu président au moment où la décentralisation a donné beaucoup de pouvoir aux exécutifs départementaux). Ainsi, il a pu tester le concept du RMI dans son département avant l’heure, dispositif que le gouvernement de Michel Rocard a généralisé dans toute la France à partir du 15 décembre 1988 (loi n°88-1088 du 1er décembre 1988).

Je viens d’évoquer ses idées. Mais lesquelles sont-elles ? Pierre Méhaignerie est un démocrate-chrétien, il est donc avant tout un humaniste et à ce titre, un partisan de la construction européenne, et il est aussi un pragmatique dans le domaine économique. Il a compris qu’on ne pouvait pas redistribuer les richesses avant de les avoir produites. Par conséquent, il est dans cette idée de favoriser l’efficacité économique, mais avec la justice sociale. Ce n’est pas pour rien que son parti, le CDS (Centre des démocrates sociaux) a le mot "sociaux" dans son appellation. En quelques sortes, le CDS était la vigie sociale des gouvernements de centre droit et plus généralement, des coalitions rassemblant centristes, radicaux, indépendants et gaullistes. À ce réalisme, il faut ajouter aussi son adhésion à la décentralisation et à ce principe qui est à la base de l’Union Européenne, à savoir le principe de subsidiarité.

La victoire de la gauche en 1981 a bouleversé le camp de la majorité sortante, profondément divisée entre UDF et RPR. D’une part, le leadership de Jacques Chirac fut incontesté (et donc, incontestée aussi, l’hégémonie du RPR), et d’autre part, les députés UDF-RPR élus ou réélus en juin 1981 furent considérés comme des "rescapés" sur qui allaient peser les espoirs de reconquête.

Ce fut à ce moment-là que Jean Lecanuet, ancien candidat centriste à l’élection présidentielle de 1965, président de l’UDF depuis 1978 (il le resta jusqu’en 1988), et président du CDS depuis la réunification des centristes en 1976, abandonna la présidence du CDS. Jean Lecanuet, président du Centre démocrate à partir de 1963, puis du CDS à partir de 1976, créa la fonction de président délégué du CDS en 1978 lors de la création de l’UDF qu’il présidait aussi. Bernard Stasi était ce président délégué et très naturellement, en 1982, il était le favori pour être son successeur comme président du CDS.

Un changement de génération allait s’opérer : face à la "vieille garde" centriste représentée par Jean Lecanuet et André Diligent, il y avait cette "jeune garde" incarnée par Bernard Stasi, Jacques Barrot et Pierre Méhaignerie. Les trois furent parmi les cinq candidats à la présidence du CDS. D’habitude feutrées et dans les coulisses, les rivalités sont sorties au grand jour lors du congrès du CDS à Versailles du 29 au 31 mai 1982, invité par le sénateur-maire de Versailles, André Damien, disparu récemment.

Dans son blog, l'ami Hervé Torchet a rappelé ce congrès lors de la mort de Bernard Stasi : « Il y a cinq candidats à la présidence, parmi lesquels Stasi a la réputation d’être le plus proche de Barre, cependant que Méhaignerie est considéré comme plus proche de VGE. Au premier tour, Stasi est largement devant, je crois qu’il atteint 35% des mandats des délégués. Mais au deuxième tour, l’alliance de Méhaignerie avec Jacques Barrot (autre candidat) est gagnante. Méhaignerie est élu président et on dit que son premier geste est alors de téléphoner à Raymond Barre. Je me souviens du jeune Méhaignerie, grand homme blond d’aspect juvénile (il avait 42 ou 43 ans), un peu étonné de son propre succès, circulant parmi les tables du déjeuner de clôture du congrès en serrant des mains. » (8 mai 2011).

Pierre Méhaignerie fut donc élu président du CDS le 30 mai 1982 au second tour avec 525 voix contre 447 à Bernard Stasi (congrès du CDS à Versailles) et fut réélu jusqu’au 11 décembre 1994 (congrès du CDS à Vincennes). Pendant une douzaine d’années, il appliqua une alliance sans défaut avec le RPR pour la reconquête du pouvoir. L’un des grands talents de Pierre Méhaignerie fut d’avoir été un négociateur redoutable face au RPR pour les investitures communes aux élections législatives. André Diligent, secrétaire général du CDS, fut remplacé par Jacques Barrot en mai 1983 (il l’avait déjà été entre mai 1976 et octobre 1977).

Malgré son barrisme affiché, Pierre Méhaignerie et plus généralement, le CDS participa au gouvernement de cohabitation le 20 mars 1986. Raymond Barre y était hostile mais comprenait qu’on pût "aller à la soupe", les ministres centristes expliquaient comme leurs collègues qu’ils ne pouvaient pas refuser de gouverner dès lors que François Mitterrand avait refusé de démissionner. Et les centristes furent bien "servis" par Jacques Chirac, avec surtout des portefeuilles techniques. Ainsi, le premier d’entre eux, Pierre Méhaignerie fut nommé Ministre de l’Équipement, du Logement, de l’Aménagement du territoire et des Transports du 20 mars 1986 au 10 mai 1988, un ministère très technique mais crucial dans une stratégie politique (il était le ministre des mobilités et le ministre des implantations locales, si l’on peut dire). Il fut le premier à avoir instauré un dispositif fiscal d’incitation à l’investissement locatif.

Jean Lecanuet n’a pas eu le droit de revenir au gouvernement (il rêvait des Affaires étrangères, il était président de la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat), car François Mitterrand y avait mis son veto, accepté voire encouragé par Jacques Chirac. Sept autres centristes étaient ministres (sur trente-sept) : René Monory à l’Éducation nationale, Georges Chavanes au Commerce, Artisanat et Services, Bernard Bosson aux Collectivités locales puis aux Affaires européennes, Adrien Zeller à la Sécurité sociale, Jean Arthuis à la Consommation, Concurrence et Participation, André Santini aux Rapatriés et Ambroise Guellec à la Mer (à l’époque, André Santini était responsable du PSD et ne fut membre du CDS qu’en 1995 lors de la fusion en Force démocrate). À part René Monory qui a été confronté aux manifestations contre le projet Devaquet, aucun des ministres centristes n’était en première ligne ni en charge de ministères politiquement "chauds" ou "sensibles".

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Le clivage de 1982 au sein du CDS était surtout stratégique : Pierre Méhaignerie souhaitait une alliance confirmée avec les gaullistes alors que Bernard Stasi voulait plus d’autonomie, d’autant plus que la gauche arrivée au pouvoir, initialement prisonnière de son union avec les communistes, aurait pu se recentrer avec une alliance PS-CDS. C’était d’ailleurs ce qu’il allait se faire justement après la réélection de François Mitterrand en 1988 et la nomination de Michel Rocard (grand ami de Bernard Stasi et Simone Veil) à Matignon, ne bénéficiant que d’une majorité relative à l’Assemblée Nationale.

En juin 1988, les députés CDS décidèrent de faire sécession avec leur groupe UDF et créèrent le groupe UDC, Union du centre, afin d’apporter sur certains sujets le complément de voix pour aider le gouvernement Rocard (trois centristes, Jean-Marie Rausch, Bruno Durieux et Hélène Dorlhac, furent même débauchés et nommés au gouvernement, mais exclus du CDS). Pierre Méhaignerie décida de présider ce groupe parlementaire tout en présidant le parti lui-même, ce qui était rare dans la tradition parlementaire, surtout que l’expérience a montré qu’il se préoccupait plus de cette nouvelle présidence que de celle du parti.

Après l’échec de Raymond Barre à l’élection présidentielle de 1988 (Pierre Méhaignerie aurait pu être son Premier Ministre), et le retour de la gauche au pouvoir, un grand vent de "fronde" a eu lieu au printemps 1989 dans la perspective des élections européennes de juin 1989. En mars 1989, une nouvelle génération de responsables UDF-RPR a conquis de nombreuses grandes villes (certains les avaient déjà conquises en mars 1983). Au début du mois d’avril 1989, douze jeunes espoirs de la coalition UDF-RPR se sont regroupés dans un groupe appelé les Rénovateurs dans le but de mener une liste aux élections européennes et de "renverser" le pouvoir des plus anciens, à savoir Jacques Chirac, président du RPR, et Valéry Giscard d’Estaing, devenu président de l’UDF.

Six RPR : Alain Carignon (Grenoble), Michel Noir (Lyon), Étienne Pinte (Versailles), François Fillon (Sarthe), Michel Barnier (Savoie), Philippe Séguin (Épinal). Six UDF, dont trois du PR : Philippe de Villiers (Vendée), Charles Millon (Rhône-Alpes), François d’Aubert (Laval), et trois du CDS : Bernard Bosson (Annecy), Dominique Baudis (Toulouse) et François Bayrou (Pyrénées-Atlantiques). Ils n’étaient pas tous chefs d’un exécutif local à l’époque mais tous avaient l’ambition de faire tourner une page générationnelle. Pas seulement : leur but était aussi l’union de l’opposition, puisque l’idée était de constituer une liste commune aux élections européennes, du reste comme cela avait été le cas en juin 1984 sous l’égide de Simone Veil.

Lors de l’université de printemps du CDS à Narbonne réunie du 7 au 9 avril 1989, les trois députés centristes impliqués furent les stars de l’événement. On les a donc appelés "les trois B" et devenaient la génération montante du CDS. Si Pierre Méhaignerie suivait totalement cette initiative, il pouvait imaginer que son leadership serait amené à être rapidement contesté en interne. Chacun des trois B présentait ses perspectives stratégiques, qui étaient souvent différentes : l’un prônait la fusion des partis de l’opposition en un seul parti (ce que professait Édouard Balladur et c’est devenu réalité en 2002 avec la création de l’UMP), d’autres au contraire prônaient l’autonomie renforcée du parti centriste.

Je peux me tromper car mes souvenirs sont aujourd’hui trop parcellaires, mais il m’a semblé entendre que Bernard Bosson, avec sa voix qui pouvait prendre un ton chuintant giscardien, était favorable à l’autonomie, tandis que François Bayrou, qui allait devenir secrétaire général de l’UDF, voulait au contraire l’union de l’opposition. Cela réagissait vivement, cela débattait chez les militants du CDS et plus généralement, de toute l’opposition parlementaire. Les militants RPR étaient probablement encore plus opposés à une fusion en un seul parti que ceux de l’UDF.

Les responsables de la même génération installés dans les états-majors des partis refusèrent de suivre les Rénovateurs. Ce fut le cas de François Léotard (président du PR), Alain Madelin (vice-président du PR), Gérard Longuet (secrétaire général du PR), Alain Juppé (secrétaire général du RPR), Nicolas Sarkozy (secrétaire général adjoint du RPR). Des partis politiques de l’opposition, seul le CDS soutenait cette démarche de rénovation. Du CDS, seul (à ma connaissance) Jean Lecanuet s’était opposé au congrès du CDS à Lille le 22 avril 1989 à l’idée d’une liste centriste et rénovatrice aux élections européennes du 18 juin 1989 et souhaitait une liste unique UDF-RPR. Il fut alors sifflé copieusement par les militants centristes et ne prit plus jamais la parole dans une enceinte centriste.

En mai 1989, des différends politiques entre Philippe Séguin et la grande majorité des autres rénovateurs ont fait éclater le groupe des Rénovateurs, si bien que de leur initiative, il ne resta que la constitution d’une liste centriste menée par Simone Veil et soutenue par le CDS seul, à laquelle Jacques Chirac a eu l’habileté d’opposer une liste RPR-PR menée par un Européen convaincu, Valéry Giscard d’Estaing. C’est de ces élections que date la détestation de Simone Veil pour celui qui fut son directeur de campagne, François Bayrou, l’accusant d’avoir mal dirigé sa campagne (le résultat fut très décevant avec seulement 8,4% des voix, elle qui avait recueilli 43,0% aux précédentes élections du 17 juin 1984).

Après cet échec et une longue période sans élection ni locale ni nationale ni référendum (entre septembre 1989 et mars 1992), ce qui fut très rare dans l’histoire électorale, la perspective du congrès du CDS à Angoulême du 11 au 13 octobre 1991 fut au renouvellement. Le "ticket" de gouvernance Méhaignerie-Barrot était contesté au sein du CDS (également pour sa gestion interne), et d’autant plus qu’une nouvelle génération était là avec les "trois B".

Pourtant, chez les démocrates-chrétiens, on n’a pas voulu "tuer le père" en 1991. Alors qu’il était prévu que le très médiatique Dominique Baudis fût candidat à la présidence du CDS, soutenu par le vent de rénovation, Pierre Méhaignerie a réussi à négocier un compromis in extremis, si bien qu’il n’y a pas eu de "bataille". Pierre Méhaignerie gardait temporairement la présidence du CDS pour un dernier mandat, mais il était épaulé par un "président exécutif" Dominique Baudis, et par un nouveau secrétaire général Bernard Bosson, qui, pendant trois ans, nouvel homme fort du CDS, allait visiter toutes les fédérations départementales. En "lot de consolation", quittant le secrétariat général, Jacques Barrot fut désigné en octobre 1991 président du groupe UDC à l’Assemblée Nationale, à la place de Pierre Méhaignerie.

Pierre Méhaignerie voulait rester à la tête du CDS pour une raison compréhensible : la perspective des élections législatives de mars 1993 et la probable victoire de l’UDF et du RPR. Édouard Balladur fut nommé Premier Ministre et Pierre Méhaignerie fut nommé Ministre d’État, Ministre de la Justice du 30 mars 1993 au 11 mai 1995, numéro quatre du gouvernement. Pour Pierre Méhaignerie, ce fut une nomination surprenante et même décevante : pendant cinq ans, il s’était préparé à devenir le Ministre de l’Économie et des Finances, mais Édouard Balladur lui a préféré un autre centriste, moins influent politiquement et économiste (professeur agrégé d’économie politique), Edmond Alphandéry, député du Maine-et-Loire, et en supprimant l’appellation "Finances", accompagné par le très influent Nicolas Sarkozy au Budget (lui aussi ministre de plein exercice).

Sept centristes furent nommés membres du gouvernement Balladur : en plus de ceux nommés, Simone Veil, Ministre d’État et numéro deux du gouvernement, aux Affaires sociales, Santé et Ville, François Bayrou à l’Éducation nationale, Bernard Bosson à l’Équipement, Transports et Tourisme (l’ancien portefeuille de Pierre Méhaignerie sous la première cohabitation), Philippe Douste-Blazy à la Santé (et par la suite, porte-parole du gouvernement) et Daniel Hoeffel à l’Aménagement du territoire et Collectivités locales (Daniel Hoeffel était l’influent président du groupe Union centriste au Sénat depuis 1986). On pouvait légitimement s’étonner de l’absence de Dominique Baudis.

La fin du mandat de Pierre Méhaignerie à la tête du CDS aurait dû avoir lieu au cours du congrès du CDS à Rouen du 22 au 24 avril 1994, l’occasion de rendre hommage à Jean Lecanuet, mort le 22 février 1993. En raison de la perspective des élections européennes de juin 1994 et de la désignation de Dominique Baudis comme tête de liste UDF-RPR, il avait été décidé de reporter la désignation du nouveau président du CDS à un congrès extraordinaire à Vincennes les 10 et 11 décembre 1994. En toute logique, Bernard Bosson était le favori, il connaissait bien les fédérations et les militants et pouvait se prévaloir a priori facilement une majorité de mandats. Cependant, François Bayrou décida d’entrer dans la bataille et après une campagne éclair de trois mois, ce dernier fut finalement élu président du CDS le 11 décembre 1994, avec la neutralité bienveillante de Pierre Méhaignerie.

On connaît l’histoire qui a suivi : François Bayrou a voulu construire un parti à son service dans une perspective d’une candidature à l’élection présidentielle, d’abord en créant le 25 novembre 1995 (et présidant) Force démocrate (fusion du CDS et du PSD), puis en reprenant le 17 septembre 1998 la présidence de l’UDF, enfin en créant le 10 mai 2007 le MoDem qu’il préside encore aujourd’hui.

Après mai 1995, Pierre Méhaignerie quitta le gouvernement et se replia localement et à l’Assemblée Nationale, où il présida la commission des finances de juin 1995 à avril 1997, de juin 2002 à juin 2007, puis la commission des affaires sociales de juin 2007 à juin 2012. Il fut également vice-président du groupe d’amitié France-États-Unis (son épouse est américaine).

Le 7 mars 2007, Pierre Méhaignerie a envisagé de se porter candidat au perchoir pour la succession de Jean-Louis Debré nommé Président du Conseil Constitutionnel. Cette élection était particulière car les députés étaient en congé jusqu’à la fin de la législature le 19 juin 2007, en raison de la campagne présidentielle, si bien que le Président de l’Assemblée Nationale élu n’aurait eu aucune séance à présider. Bataille donc symbolique. Ce fut Patrick Ollier qui fut finalement élu à la quasi-unanimité en séance publique (seuls ont pris part au vote les députés UMP), après une primaire interne à l’UMP le matin où s’étaient présentés trois candidats, Patrick Ollier (ex-RPR), Claude Gaillard (ex-UDF), député de Nancy, ainsi que Yves Bur (ex-UDF), vice-président et finalement soutenu par Pierre Méhaignerie.

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Lors de création de l’UMP le 23 avril 2002, deux jours après le choc qui plaça Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, Pierre Méhaignerie, Jacques Barrot, Philippe Douste-Blazy et de nombreux autres cadres centristes ont rejoint l’UMP dirigée par Alain Juppé. Philippe Douste-Blazy fut nommé secrétaire général de l’UMP. Quand Nicolas Sarkozy a repris la présidence de l’UMP, Pierre Méhaignerie fut désigné secrétaire général de l’UMP du 28 novembre 2004 au 25 septembre 2007 (Patrick Devedjian, Xavier Bertrand puis Jean-François Copé lui ont succédé par la suite). Cependant, il n’avait plus aucune influence sur la politique de l’UMP et quitta ce parti en été 2010, révolté par le discours de Grenoble (du 30 juillet 2010). Il a compris que la création de l’UMP n’était pas une fusion de deux partenaires égaux mais la phagocytose de l’UDF par le RPR. Dès l’été 2011, il annonça son soutien à la candidature de François Bayrou à l’élection présidentielle et il adhéra à l’UDI lors de sa création en octobre 2012.

Pierre Méhaignerie s’est retiré partiellement de la vie politique en juin 2012 en ne sollicitant pas le renouvellement de son mandat de député, après trente-neuf années de mandat interrompues par ses incursions gouvernementales (pendant neuf ans). Il avait quitté aussi la présidence du conseil général d’Ille-et-Vilaine en mars 2001, touché par la loi sur le cumul des mandats. Quand, le 18 septembre 2013, Pierre Méhaignerie a annoncé à l’âge de 74 ans qu’il se présenterait à un nouveau mandat de maire de Vitré en mars 2014, il confiait qu’il avait besoin d’agir tant qu’il le pouvait, et évaluait à 99% la probabilité qu’il arrêterait définitivement en mars 2020, après quarante-trois ans de mandat de maire. En mars 2014, il a été réélu dès le premier tour avec 76,2% des voix.

Cette brillante carrière politique, tant locale que nationale, associée à la démocratie chrétienne bretonne, Pierre Méhaignerie ne l’a évidemment pas poursuivie sans quelques aspérités ni reproches comme dans tout parcours politique. Pour finir, signalons que, contrairement à certains qui courent après les honneurs, Pierre Méhaignerie n’a été décoré qu’une seule fois et très tardivement, puisqu’il a été fait chevalier de la Légion d’honneur seulement le 21 novembre 2014 devant cinq cents personnes par Alain Juppé, venu le visiter sur ses terres de Vitré et reçu par la députée UMP Isabelle Le Callennec qui affirma plus tard : « De l’avis de tous, une très belle soirée en hommage à celui qui a tant fait et continue d’œuvrer au service de son territoire. Respect ! ».

Respect, c’est probablement ce qu’il faut retenir des réalisations de Pierre Méhaignerie qui ont toujours eu pour but d’associer, selon son antienne, l’efficacité économique avec l’indispensable justice sociale. Peut-être un bon enseignement pour aujourd’hui…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 mai 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
André Diligent.
Pierre Méhaignerie.
Bernard Stasi.
André Damien.
Les Rénovateurs.
Le CDS.
Jean Seitlinger.
Simone Veil.
Nicole Fontaine.
Henry Jean-Baptiste.
Loïc Bouvard.
Bernard Bosson.
Dominique Baudis.
Jacques Barrot.
Adrien Zeller.
Alain Poher.
Jean Lecanuet.
René Monory.
Raymond Barre.
Charles Choné.
Marie-Jeanne Bleuzet-Julbin.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190504-mehaignerie.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/pierre-mehaignerie-et-le-centrisme-214843

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/05/02/37305286.html




 

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1 mai 2019 3 01 /05 /mai /2019 03:16

« Il y a un paradoxe : on a passé des mois à dire qu’il fallait redonner de la vigueur à notre démocratie et l’on considérerait qu’il n’est pas important d’aller voter ? Décider de ne pas aller voter, c’est décider de donner sa voix à ceux qui ne veulent que détruire. » (Emmanuel Macron, déclarations avec la presse régionale, 20 mai 2019).



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La question que je pose dans le titre, à savoir, "L’Union Européenne est-elle démocratique ?" peut prêter à sourire plus qu’à réfléchir. La réponse paraît immédiate, évidente, consensuelle et sans appel : non ! Non, l’Union Européenne n’est pas démocratique. Et pourtant, très paradoxalement, nous nous apprêtons à nous livrer, nous citoyens européens, nous les 400 millions d’électeurs européens, à l’exercice démocratique par excellence : l’élection. En effet, dans quelques jours, le 26 mai 2019, nous élisons le nouveau Parlement Européen qui sera en exercice du 1er juillet 2019 au 30 juin 2024.

De paradoxes, dans cette Europe, il y en a beaucoup. L’une des critiques les plus justifiées des institutions européennes actuelles, c’est justement le manque de démocratie, la carence démocratique. Le paradoxe, c’est que ce sont ceux qui sont le plus contre l’Union Européenne, ce sont ceux qui sont le plus contre la coopération européenne, ce sont ceux qui sont le plus contre la construction européenne, au point parfois de l’appeler UERSS pour vouloir la comparer à la défunte Union Soviétique (des stupides qui n’ont jamais vécu l’enfer soviétique, apparemment), qui fustigent le plus le manque de démocratie européenne.

Justement, disons-leur : chiche ! Faisons de l’Union Européenne une véritable démocratie. Rendons démocratique, plus démocratique, l’Europe ! Il n’a échappé à personne, pas même aux eurosceptiques, que faire la démocratie en Europe, c’était nécessairement la rendre supranationale ! Paradoxe que ce soient les plus opposés à l’Europe qui condamnent le manque démocratique.

Car qu’est actuellement l’Europe d’aujourd’hui ? Pas celle que les eurosceptiques dénoncent. Non. C’est celle au contraire qu’ils soutiennent dans une sorte de fantasme : l’Europe des nations. Ou l’Europe des patries. Alors, je leur dis : réveillez-vous ! ouvrez vos yeux, surtout ceux qui, en masse, ont été élus au Parlement Européen en mai 2014 : le centre de décision dans l’Europe d’aujourd’hui, c’est le Conseil Européen, c’est-à-dire, c’est l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement des États membres. C’est même la raison de l’enlisement, de la paralysie, surtout lorsqu’il faut l’unanimité pour décider : une seule nation suffit à faire capoter un projet que souhaitent les vingt-sept autres. J’écris vingt-sept et pas vingt-six, puisque le Royaume-Uni, à cette heure, est encore officiellement membre de l’Union Européenne.

Qui a "inventé" cette Europe des nations actuelle ? Il s’agit de Valéry Giscard d’Estaing, qui, lorsqu’il était Président de la République, avait proposé au Chancelier allemand Helmut Schmidt d’institutionnaliser ce qui n’était encore qu’informel : la réunion des chefs d’État et de gouvernement. Cela s’est appelé le Conseil Européen et depuis, les traités ultérieurs ont codifié cette réunion régulière.

Il faut rappeler qu’à l’époque (milieu des années 1970), les plus enthousiastes des partisans de la construction européenne s’étaient opposés à cette institutionnalisation du Conseil Européen : en effet, ils avaient compris que c’étaient les nations qui allaient garder le pouvoir seul au sein de l’Europe qui n’avait donc rien de supranational.

Mais Valéry Giscard d’Estaing, comme les Pères de l’Europe, est un esprit pragmatique. Pour faire avancer l’Europe, il avait compris qu’il fallait faire adhérer toutes les nations en même temps, n’en laisser aucune au bord de la route. Seuls, les États pouvaient réaliser des avancées notables dans la construction. Il a eu raison. Évidemment, à l’époque, c’était l’Europe des Neuf. C’était plus facile (ce qui ne voulait pas dire facile) de se mettre d’accord à Neuf qu’à Vingt-huit. C’était la raison du TCE puis du Traité de Lisbonne, la possibilité au Conseil Européen de prendre des décisions à la majorité qualifiée au lieu de l’unanimité.

À la même époque, parce qu’ils étaient des esprits pragmatiques, Valéry Giscard d’Estaing a proposé avec son homologue allemand, l’élection au suffrage universel direct des députés européens (première élection directe, en juin 1979, il y a quarante ans), ce qui permet aujourd’hui de pouvoir voter. Entre le Traité de Rome et 1979, il y avait bien eu un Parlement Européen, qui s’appelait autrement et surtout, qui était composé de parlementaires nationaux désignés par leur parlement respectif. Donc, en élection indirecte, sans impliquer les citoyens européens.

Cette élection directe avait donc un sens politique essentiel : c’était la première pierre démocratique spécifique des institutions européennes. Certes, à l’époque, le Parlement Européen n’avait aucun pouvoir. Il pouvait discuter de résolutions, approuver des directives, créer des prix (Sakharov par exemple), mais son activité n’avait aucune finalité décisionnelle au contraire des parlements nationaux qui élaborent et votent les lois. En 1979, cette élection était donc surtout politique et symbolique. Accessoirement, elle permettait aussi à des personnalités politiques sans mandats d’en avoir (tremplin pour jeunes espoirs ou placard pour losers).

En France, un parti s’est particulièrement opposé à cette élection directe, en 1979, ce fut le RPR dirigé par Jacques Chirac, ce qui a donné son plus mauvais texte, le fameux appel de Cochin, Cochin car le président du RPR était hospitalisé après un très grave accident de voiture, et en fait, résultat d’une manœuvre de Marie-France Garaud (c’est à cause de cela d’ailleurs que Jacques Chirac s’est politiquement séparé d’elle). Les "souverainistes" ne pouvaient que s’opposer à l’élection directe des députés européens. Je pose la question maintenant, quarante ans plus tard : qui, des eurosceptiques, s’opposent à l’élection directe des députés européens ?

Le fait qu’aujourd’hui encore, le Conseil Européen reste l’instance d’initiative et de décision (la Commission Européenne n’étant qu’une instance opérationnelle qui exécute les décisions du Conseil Européen) montre qu’aucun État membre n’a perdu sa souveraineté nationale. S’il y a une décision européenne, c’est parce que les États membres l’ont voulue.

Depuis les années 1990, ce fut le problème avec la crise économique : une certaine forme de "schizophrénie" a contaminé la plupart des gouvernements nationaux, quelles qu’en soient la nationalité et surtout, la tendance politique. On disait ainsi en France : ce n’est pas à cause de moi, à Paris, mais à cause de ces eurocrates de Bruxelles. Sauf que ces bureaucrates de Bruxelles, ils n’ont fait qu’appliquer ce que le gouvernement français (et les autres) ont décidé. Le double langage parisien et bruxellois, en France, mais c’était pareil dans beaucoup d’autres pays, permettait de ne pas assumer la responsabilité de ses propres décisions. Pas étonnant que Bruxelles soit devenu un bouc émissaire facile.

L’exemple le plus typique est le déficit public et la dette. Le critère de Maastricht, c’est d’avoir un déficit public de moins de 3% du PIB. Or, cette décision qui est un engagement international de la France, c’est d’abord un impératif pour la France même isolée en dehors de toute appartenance européenne. On ne peut pas impunément et systématiquement avoir un budget en déficit sans que les citoyens le paient un jour cruellement (il suffit d’une remontée des taux d’intérêt pour que cela soit catastrophique). Le 30 avril 2019 sur LCI, l’ancien Ministre des Finances Thierry Breton, autosatisfait, répétait ainsi, pour se vanter d’avoir assaini les finances publiques, qu’il était arrivé à Bercy avec les engagements internationaux de la France sur le déficit. Comme si, sans Maastricht (ratifié démocratiquement par le peuple français, rappelons-le quand même à tout hasard), la France n’aurait pas dû réduire son déficit public. Ce sont systématiquement ce type de propos, pourtant émanant de partisans de la construction européenne, qui ont injustement discrédité l’Europe.

La construction européenne n’a jamais été qu’une construction à petit pas, timide, et surtout, inédite. Car au contraire de l’URSS, au contraire du Troisième Reich (comment peut-on comparer l’Union Européenne à un Quatrième Reich ? Il faut vraiment ne rien connaître de l’histoire pour imaginer une telle stupidité), l’Union Européenne est le regroupement VOLONTAIRE de nations LIBRES pour appliquer ce principe si connu et si utilisé : l’union fait la force. Surtout face aux États-Unis, à la Chine, à l’Inde, au Japon, à la Russie, au Brésil… Une superpuissance de 500 millions d’habitants peut rivaliser avec d’autres blocs d’importance similaire. Pas une puissance moyenne de 67 millions d’habitants.

Historiquement, une telle construction est inédite, à tel point qu’on attendait le modèle européen (qui aujourd’hui nécessite une "renaissance" comme le propose Emmanuel Macron) pour construire d’autres ensembles coopératifs de pays (notamment en Afrique). Le modèle est pour l’instant en attente.

Cette construction est donc progressive, prudente, pragmatique. Arrivons justement au Traité de Lisbonne, lui aussi qui est aujourd’hui très décrié. Pourtant, entre avant et après Lisbonne, il y a des avancées démocratiques majeures. La principale, c’est enfin de se servir de cette assemblée élue démocratiquement par les peuples européens, pour qu’elle participe à la prise de décision européenne.

Ainsi, depuis le Traité de Lisbonne, si le Président de la Commission Européenne ainsi que les commissaires européens sont toujours désignés par le Conseil Européen, ils doivent être "ratifiés" ou plutôt "confirmés" par le Parlement Européen, un peu comme les membres du gouvernement américain sont confirmés par le Congrès américain. Ce ne sont pas les députés européens qui choisissent les membres de la Commission Européenne (d’autant qu’il faut une représentation de chaque nation), mais ils sont capables de refuser certains de ces membres. C’est une avancée, même mineure, mais symboliquement essentielle.

On a l’habitude de représenter les institutions en faisant des comparaisons : la Commission Européenne serait le "gouvernement", le Parlement Européen la "chambre basse" et le Conseil Européen, la "chambre haute" (Sénat). En fait le gouvernement et la chambre basse seraient regroupés plutôt au Conseil Européen, et la Commission Européenne serait plutôt comme une super-administration centrale.

Or, en 2014, la situation a un peu évolué avec la pratique, et seulement avec la pratique. Fort de ce droit de ratification, les candidats parlementaires européens ont décidé, pour cinq ou six grands partis européens (PPE, S&D, ALDE, écologistes, ultra-gauche) de désigner un "chef de file" (Spitzenkandidat, mot allemand qu’on garde en français pour cette fonction très spécifique), en décidant que le chef de file du parti ayant le plus de sièges au Parlement Européen serait le futur Président de la Commission Européenne. Il y a un moyen simple d’imposer cette idée au Conseil Européen, il suffit de refuser de ratifier tout autre candidat. Ainsi, Jean-Claude Juncker (PPE), Martin Schulz (S&D), Guy Verhofstadt (ALDE) et Alexis Tsipras, entres autres, furent les candidats déclarés à la tête de la Commission Européenne.

Il faut bien comprendre ce qu’il s’était passé il y a cinq ans : les partis européens ont pris le pouvoir eux-mêmes en utilisant les institutions issues du Traité de Lisbonne pour renforcer la démocratie et approcher les institutions européennes d’un régime parlementaire classique (de type britannique, allemand, italien ou espagnol). Le chef du gouvernement est généralement le chef du parti victorieux aux élections législatives.

Après la victoire électorale du PPE en mai 2014, le Conseil Européen, refusant d prendre l’initiative d’un affrontement avec le Parlement Européen, a désigné Jean-Claude Juncker à la Présidence de la Commission Européenne. S’il avait toutes les compétences pour ce poste (notamment en tant que Président de l’Eurogroupe pendant longtemps), Jean-Claude Juncker a surtout eu le mérite d’être le premier Président de la Commission Européenne issu d’un processus démocratique classique mais novateur en Europe.

Le premier et peut-être le dernier à court terme, puisque, entre autres, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont réaffirmé leurs réticences à l’égard de ce principe du Spitzenkandidat. Selon les projections électorales, le PPE resterait le premier parti du Parlement Européen en nombre de sièges (même s’il en obtiendrait moins qu’en 2014), et pourtant, il est peu plausible que le chef de file du PPE soit désigné Président de la Commission Européenne alors qu’il n’a jamais eu l’expérience d’un exécutif (le Bavarois Manfred Weber).

Interrogé par la presse régionale française le 20 mai 2019, le Président Emmanuel Macron a réaffirmé son ambition pour l’Europe, d’autant plus que la France préside l’Union Européenne à partir du 24 mai 2019 (pour six mois) : « Je veux une Convention fondatrice européenne après les élections. Que les chefs d’État et de gouvernement, avec le nouvel exécutif et les responsables du Parlement, avec les citoyens, prennent le temps de définir la stratégie de l’Europe pour les cinq années à venir, y compris les changements de traités sur lesquels ils veulent aboutir. ». Toutefois, la liste Renaissance menée par Nathalie Loiseau a très peu de propositions pour renforcer concrètement la démocratie européenne.

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La liste qui m’a paru la plus réformatrice dans le but de donner plus de démocratie à l’Europe me semble être celle de l’UDI, menée par Jean-Christophe Lagarde (son programme est ici).

La liste UDI propose ainsi la réforme majeure qui parlementariserait définitivement l’Union Européenne en faisant simplement élire le Président de la Commission par le Parlement Européen : « Nous proposons que, comme dans n’importe quelle démocratie normale, le Président de la Commission Européenne soit élu par les parlementaires européens, en fonction des résultats des élections européennes, et non plus selon un simple avis conforme (article 17 du TUE). ».

Par ailleurs, la même liste propose ce que François Bayrou avait proposé déjà il y a une vingtaine d’années, à savoir l’élection d’un Président du Conseil Européen au suffrage universel direct. Depuis le Traité de Lisbonne, cette fonction a été créée, actuellement occupée par le Polonais Donald Tusk (on parlerait d’Angela Merkel pour lui succéder), mais il est désigné pour deux ans et demi, renouvelables une fois. L’idée, ici, est une véritable élection supranationale avec la mise en place d’un véritable paysage politique européen : « Nous proposons que le Président du Conseil Européen soit directement élu au suffrage universel. Sa première mission serait de défendre l’intérêt des citoyens européens lors des réunions des gouvernements et des chefs d’État au Conseil. ».

Ces deux mesures citées sur la désignation des deux chefs d’exécutif auraient pour conséquence une véritable démocratisation des institutions européennes. Or, tous ceux qui critiquent le manque de démocratie se gardent bien de proposer de telles réformes car il s’agirait alors de renforcer l’Europe politique. On ne peut pas créer de démocratie en refusant la supranationalité.

Je souhaite cependant mettre un bémol au sujet de ces deux mesures. La liste UDI, avec raison, veut renforcer la construction européenne par des projets qui unissent les citoyens. Son principe est le suivant : « L’Europe s’essouffle car nos chefs d’État ne proposent que des projets qui divisent les Européens : nous savons que l’Europe ne pourra pas avancer si l’on impose de manière autoritaire des mesures dont les autres pays que la France ne veulent pas. Pour relancer l’Europe, nous proposons des grands projets fédérateurs qui peuvent rassembler les vingt-huit États car tous y auront intérêt. ».

Or, l’idée de l’élection directe, par l’ensemble des citoyens européens, d’un Président de l’Europe me paraît une utopie peu réaliste. Pourquoi ? Parce que, pour le coup, c’est une véritable réforme supranationale qui subirait non seulement l’opposition des eurosceptiques, mais aussi des europhiles de nombreux pays parlementaires qui pourraient craindre le bonapartisme à la française que symboliserait une telle mesure. Un tel Président serait beaucoup trop imposant pour l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement.

Le pragmatisme prudent viserait plutôt à appuyer à fond la première mesure, l’élection du Président de la Commission Européenne par les députés européens, qui, là, serait totalement acceptée par les partisans d’une parlementarisation classique des institutions européennes.

Cette élection pourrait s’accompagner, comme le propose l’UDI, d’un choix plus démocratique des commissaires européens : « Le candidat sélectionné par le chef d’État devra obtenir la validation des "eurodéputés" du pays concerné à la majorité absolue, c’est-à-dire un avis conforme d’au moins quarante "eurodéputés". » (pour la France). Cela pour éviter, par exemple, la précédente désignation en 2014 : François Hollande avait nommé le socialiste Pierre Moscovici (son ministre) comme l’unique commissaire européen français alors qu’aux élections européennes, « 87% des Français avaient voté contre le PS ! ».

En outre, la liste UDI propose d’autres voies également de démocratisation.

En premier lieu, la possibilité d’un "référendum européen citoyen" qui serait lancé avec une pétition regroupant 1% de la population (seuil de 4,5 millions de citoyens européens) : « Ce référendum permettrait de créer un véritable corps électoral européen, de rendre l’Europe plus démocratique et plus efficace alors que le système gouvernemental actuel paralyse la prise de décision. ». Mais cette mesure s’harmonise mal avec certaines démocraties européennes qui refusent le principe même du référendum dans leur Constitution.

En second lieu, un changement radical du financement du budget européen. Supprimer les contributions nationales (ce qui rendrait 91 milliards d’euros aux Français pour les sept prochaines années) et créer une fiscalité européenne propre, à savoir : une taxe sur les importations de produits polluants (491 milliards d’euros sur sept ans), une taxe sur les transactions financières (385 milliards d’euros sur sept ans) et une taxe sur les visas de touristes extra-européens (44 milliards d’euros sur sept ans).

Cette dernière mesure, spécifiquement fiscale, est aussi une mesure de démocratisation dans la mesure où la démocratie impose la clarté. Or, personne ne sait où va l’argent pour l’Europe. En créant une fiscalité propre, on renforce ainsi la démocratisation des institutions européennes. Là encore, ceux qui critiquent le manque de démocratie de l’Union Européenne se garderont bien de proposer une telle fiscalité propre, qui, pourtant, allégerait le poids budgétaire de l’Europe à tous les États membres.

Cette question de la démocratisation de l’Europe est donc essentielle, car sans soutien populaire, l’Europe ne vaut rien. Or, ce sont ceux qui parlent d’un manque de démocratisation qui s’opposent le plus à toute réforme visant à la réaliser ! Cherchez donc bien quelles listes sont cohérentes, quelles listes proposent de renforcer, réellement, la démocratie européenne, au-delà des postures démagogiques et des déclarations hypocrites.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 mai 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Ce que propose l’UDI pour les élections européennes de 2019.
François-Xavier Bellamy.
Nathalie Loiseau.
Marine Le Pen.
Européennes 2019 (4) : les enjeux du scrutin du 26 mai 2019.
Européennes 2019 (3) : l’Union Européenne est-elle démocratique ?
À quoi pense Nathalie Loiseau ?
La Vaine Le Pen.
Européennes 2019 (2) : enfin, la campagne commence !
Programme de la liste Renaissance (LREM) pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste Les Républicains pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste UDI pour les élections européennes de 2019.
Michel Barnier, pas très loin de la Présidence de la Commission Européenne.
Le testament européen de Jean-Claude Juncker.
Européennes 2019 (1) : la France des Douze ?
Le retour aux listes nationales aux élections européennes (2 décembre 2017).
Jean Monnet.
Emmanuel Macron à la conquête des peuples européens.
Le programme du CNR.
Discours de Robert Schuman le 9 mai 1950 au Salon de l’Horloge à Paris (texte intégral).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190520-udi-programme-europeen.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/05/21/37355689.html



 

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12 avril 2019 5 12 /04 /avril /2019 01:40

« Je préfère être impopulaire qu’irresponsable. » (5 septembre 1980).


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J’ai été barriste, je reste barriste. Je ne sais pas combien il en reste encore aujourd’hui, mais s’il devait n’en rester qu’un, je suis prêt à être celui-là !

Plus je regarde le passé derrière moi, plus je vois cette quasi-trentaine d’années de perdues par l’irresponsabilité et le manque de vision des dirigeants de la France, plus je reste persuadé que l’élection de Raymond Barre à la Présidence de la République en mai 1988 aurait changé la face des choses en France. Le pays aurait alors accepté de s’occuper de ses vrais problèmes, aurait eu le courage de faire des réformes pour enrayer son déclin et amorcer sa renaissance. Et le premier des courages, cela aurait été d’arrêter la fuite en avant du clientélisme électoraliste onéreux qui a fait grimper la dette publique à des niveaux inimaginables.

Il y a exactement dix ans, le 25 août 2007, l’ancien Premier Ministre Raymond Barre est mort, à l’âge de 83 ans, au Val-de-Grâce, quatre jours avant un autre Premier Ministre, Pierre Messmer, dans le même hôpital parisien. Cela faisait quatre mois qu’il était hospitalisé et plusieurs années qu’il était malade. Les obsèques furent célébrées le 29 août 2007 par le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris.

À la fois gaulliste détesté par les gaullistes et démocrate-chrétien détesté par les démocrates-chrétiens, à la fois libéral détesté par les centristes et centriste détesté par les libéraux, il cultivait son don très personnel de l’indépendance intellectuelle et politique.

On a vu que pour gagner une élection présidentielle, il fallait plutôt être chef de meute que loup solitaire. Qu’importe, puisque face à l’Histoire, il aura eu raison. C’est le syndrome Pierre Mendès France, ou encore Jacques Delors, ou encore Michel Rocard : si j’avais été à la magistrature suprême, cela se serait passé autrement… L’actuel Premier Ministre Édouard Philippe l’a bien expliqué à ses colistiers du Havre lors de la campagne municipale de mars 2014 pour son renouvellement de maire : un homme sans conviction qui ne s’occupe que des stratégies politiciennes n’a aucun intérêt ; un homme de conviction incapable de voir la dimension politique ne sera jamais au pouvoir et ce n’est même pas la peine d’en parler. En d’autres termes, il faut des convictions et l’ambition pour réussir.

Le Président François Mitterrand avait reconnu, en 1988, la qualité de celui qui avait été l’un de ses adversaires les plus redoutables à l’élection présidentielle : Raymond Barre était, selon lui, un « véritable homme d’État ». Et c’est vrai que depuis une dizaine d’années, on peut se demander où ils sont, les "véritables hommes d’État" d’aujourd’hui ?

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Un peu comme Simone Veil et d’autres personnalités très indépendantes, Raymond Barre n’appartenait pas au sérail politique. Il avait hésité et avait préféré l’agrégation en économie au diplôme de l’ENA. Cela ne l’a cependant pas empêché d’être un haut fonctionnaire respecté et écouté par De Gaulle au point d’avoir fait preuve d'un certain talent de persuasion lorsqu’il fallait éviter la dévaluation du franc en automne 1968 alors que tout le monde la réclamait, et en particulier le gouvernement français lui-même (Raymond Barre a toujours sous-estimé publiquement l’importance de son rôle à cette époque où il travaillait à Bruxelles comme numéro deux de la Commission Européenne).

Son caractère trempé, prêt à avoir raison contre tout le monde, pouvait agacer avec son air professoral qu’il a toujours gardé, anobli par le Président Valéry Giscard d’Estaing du titre ronflant de « l’un des meilleurs économistes de France », une qualification qui lui colla à la peau un peu comme, plus tard, quand Jacques Chirac a parlé de son fidèle Alain Juppé comme « le meilleur d’entre nous ». Son amour de la langue française et des subjonctifs imparfaits ajoutait avec saveur quelques bons mots, comme sa revendication d’être un « extraterrestre » dans le « microcosme politique », loin des « porteurs de pancartes, ceux qui scribouillent, jacassent et babillent, le chœur des pleureuses et le cortège des beaux esprits, des milieux qui ne vivent que de manœuvres, d’intrigues et de ragots » (27 septembre 1978).

Avec son ton pontifiant et son assurance de premier de la classe, Raymond Barre était forcément sujet à la caricature, ce qu’il apprécia à sa juste valeur, n’étant pas, lui-même, exempt d’humour et d’autodérision : « Ma détente, lorsque j’étais à Matignon, était de lire le grouillement du microcosme dans "Le Canard enchaîné". Je n’ai jamais vraiment souffert d’être caricaturé. » ("L’enfer de Matignon", documentaire de 2007). Babarre l’éléphant, ou encore Barzy le nounours dans le "Bébette Show" de Stéphane Collaro, sa marionnette des "Guignols de l’info", ou encore la tortue de la fable, il adorait évidemment les excellentes imitations de Thierry Le Luron, notamment celles avec Bernard Mabille imaginées dans sa villa de Saint-Jean-Cap-Ferrat en 1984-1985.

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Ce fut ce même entêtement à vouloir avoir raison contre tous, et donc, à se moquer de ne pas être aimé, de ne pas être apprécié à sa juste valeur, qui a fait parfois dériver Raymond Barre à la fin de sa vie.

On lui reproche régulièrement sa maladresse lors de sa réaction sur TF1 au terrible attentat antisémite de la rue Copernic le 3 octobre 1980 (il était alors Premier Ministre) : « Cet attentat odieux qui voulait frapper les Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic. ». Il avait dû s’expliquer devant les députés le 8 octobre 1980 en réaffirmant que malgré la tournure de la phrase qui pouvait susciter l’ambiguïté, celle de considérer que les Juifs étaient coupables et n’étaient pas des Français, ses "compatriotes juifs" faisaient bien partie de "l’ensemble de la nation" et qu’il n’y avait pas opposition. Mais il n’avait pas voulu dire simplement qu’il avait été maladroit et qu’il le regrettait.

Ce reproche l’a rendu très amer pendant les décennies qui ont suivi cette malheureuse polémique. Juste avant de mourir, dans ses dernières déclarations publiques avant de tomber dans le coma, sur France Culture, interrogé par Raphaël Enthoven le jeudi 1er mars 2007 dans l’émission "Le rendez-vous des politiques", il a franchi la ligne rouge en "se lâchant", en évoquant le « lobby juif » contre lui. C’était hélas une triste illustration du fameux "naufrage de la vieillesse" dont parlait De Gaulle pour expliquer Pétain.

Il a aussi choqué beaucoup de monde (dont moi) en parlant de son ancien collègue universitaire à Caen, Bruno Gollnisch (élu FN accusé de propos négationnistes, voir à la fin de l'article) qui était un conseiller municipal de Lyon qui « se conduit correctement » : « Moi, je suis quelqu’un qui considère que les gens peuvent avoir leur opinion, c’est leur opinion. Et par ailleurs, quand je les ai vu fonctionner dans un climat particulier, je reconnais leurs qualités. (…) Certes, je blâmais les propos de M. Gollnisch, mais j’ai tellement entendu les propos de M. Gollnisch à Lyon que cela finissait par ne plus m’émouvoir. Quand on entend à longueur de journée tout ce qui se dit à droite et à gauche, à la fin, on n’y porte plus attention. Et j’ai dit en parlant de Gollnisch que je blâmais ce qu’il avait dit, mais que pour le reste, je l’avais connu et que c’était un homme bien. C’était un bon conseiller municipal et que ceux qui ne sont pas satisfaits de cela pensent ce qu’ils veulent. ».

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Quant à son ancien Ministre du Budget, Maurice Papon, condamné bien plus tard, le 2 avril 1998, à dix ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l’humanité, il était pour lui « un grand commis de l’État ». Avec cette question à la clef, à faire frémir : « Alors, nous nous trouvons devant un phénomène essentiel : est-ce que tous les fonctionnaires de l’État qui étaient en fonction à l’époque auraient dû abandonner leurs responsabilités ? Ou au contraire, rester, pour essayer de limiter la casse (…) et de préparer l’avènement de la République qui suivrait ? ».

Et de poursuivre : « Quand on a des responsabilités essentielles dans un département, une région ou à plus forte raison, dans le pays, on ne démissionne pas. On démissionne lorsqu’il s’agit vraiment d’un intérêt national majeur. (…) Ce n’était pas le cas car il fallait faire fonctionner la France. (…) [Les fonctionnaires qui étaient en place] ont essayé tant bien que mal de limiter ce drame qu’a été la persécution des Juifs. ». En rajoutant : « Il y a dans ce pays une hypocrisie fondamentale à chercher quelques boucs émissaires alors qu’il faut bien le reconnaître : si le pays a continué à fonctionner, c’est parce que le Général De Gaulle a maintenu ceux qui étaient en place quand il le pouvait. ».

Cette déclaration m’a fait frémir car "l’intérêt national majeur", arrêter la déportation des Juifs et leur future extermination, si ce n’était pas majeur… Sa justification, Raymond Barre l’a donnée avec la caution d’un gaulliste insoupçonnable, Olivier Guichard, venu comme lui témoigner au procès Papon.

Pour l’absence de regret de Maurice Papon, Raymond Barre l’a mise sur le compte de la fierté (la même que la sienne) : « Il lui a manqué la phrase disant que ce qui avait été fait sous son autorité était quand même regrettable et qu’il l’avait fait parce qu’il pensait que c’était son devoir de le faire. Je crois que c’est cela et il n’a jamais rien dit ensuite, parce que M. Papon était un homme fier. C’est un homme qui exerçait de grandes responsabilités, ce n’était pas quelqu’un à dire : "Je regrette ce que j’ai fait". ».

Il a conclu cette interview ainsi : « Je m’excuse, je vous ai parlé très franchement. Que vous me fassiez passer pour un antisémite, pour quelqu’un qui ne reconnaît pas la Shoah, j’ai entendu cela cent fois, et cela m’est totalement égal. ». En fait, cela ne lui était pas du tout égal, cela l’avait meurtri très profondément mais l’amour-propre débridé par la vieillesse lui a fait prononcer des paroles qui allaient bien au-delà de ce qu’il a toujours représenté dans la vie politique française, à savoir un homme aux réflexions raisonnables et mesurées.

Je me permets ici de retranscrire ma réaction à la suite de cette interview, en pleine compagne présidentielle de 2007 : « J’ai écouté Raymond Barre sur France Culture le 1er mars 2007. (…) À la question sur l’absence de vraies mémoires, Raymond Barre a l’humilité de dire que cela nécessitait un travail soutenu de documentation qu’il ne se sentait pas en mesure d’accomplir à sa fin de vie (…). Comment dire l’émotion chaque fois que j’écoute Raymond Barre ? C’est sa démarche qui m’a fait apprécier la classe politique, sa fermeté, sa grandeur d’esprit qui m’ont entraîné dans sa campagne en 1988. C’est un peu le père politique de François Bayrou, l’un des trois (nouveaux) candidats imposés par Raymond Barre aux partis lors des élections législatives de mars 1986 (avec Christine Boutin, passée à l’UMP, et Bruno Durieux, devenu ministre de Michel Rocard). » (8 mars 2007).

Puis, je suis revenu sur les propos polémiques : « Hélas, les propos entendus à propos de Maurice Papon en disant qu’un fonctionnaire ne démissionne pas, sauf en cas de force majeure, de son poste, sont évidemment condamnables, car l’Occupation allemande, n’est-ce pas une force majeure ? François Bayrou a réagi sur RTL dans le journal de 12 heures 30 du 7 mars 2007 en exprimant son malaise et en expliquant que Raymond Barre a gardé beaucoup de rancœur contre les réactions de sa déclaration à la suite d’un attentat antisémite, et qu’il en parlait souvent lorsqu’il souffrait à la suite des traitements thérapeutiques très difficiles. Mon admiration pour l’homme ne peut compenser ma révulsion contre ces propos-là, dommage. ».

Bref, cette ultime interview sur France Culture a eu de quoi rendre Raymond Barre à la fois impopulaire et irresponsable. C’est parce que j’apprécie beaucoup Raymond Barre, sa personnalité, son action, ses analyses, que j’ai voulu commencer par cette interview polémique pour solder son passif, faire un état des lieux, un inventaire sur ce qui a légitimement scandalisé beaucoup de Français.

Je reviendrai dans un prochain article sur la trajectoire de Raymond Barre, d’abord sa carrière, ensuite, sur l’élection présidentielle de 1988, puis sa pensée sur l’Europe et sur les institutions en particulier.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 août 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Note du 11 septembre 2017 :
C’est par une erreur regrettable que nous avons publié que M. Bruno Gollnisch, député européen, avait été condamné pour négationnisme. M. Gollnisch a été clairement innocenté le 23 juin 2009 par un arrêt de la Cour de cassation (n° 08-82521), rendu au fond, dont il résulte qu’il avait été poursuivi sur la base de bribes de réponse à des questions non précisées, artificiellement présentées comme une déclaration, et que, même ainsi articulés, ses propos n’enfreignaient pas la loi.


Pour aller plus loin :
Raymond Barre, un véritable homme d’État (25 août 2017).
Disparition de Raymond Barre (25 août 2007).
Raymond Barre absent de l’élection présidentielle (12 avril 2007).
La dernière interview de Raymond Barre le 1er mars 2007 sur France Culture (texte intégral).
Triste vieillesse (8 mars 2007).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190412-raymond-barre.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/04/12/37253470.html


 

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31 mars 2019 7 31 /03 /mars /2019 21:35

« Réinscrire la France dans son temps et au cœur de l’Europe sont deux grandes missions auxquelles je dédierai toutes mes compétences et mon énergie. » (Amélie de Montchalin, juin 2017).


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Après la démission, le 27 mars 2019, de trois membres du gouvernement, Nathalie Loiseau (Affaires européennes), parce qu’elle est la tête de la liste Renaissance aux élections européennes de mai 2019, Mounir Mahjoubi (Numérique) et Benjamin Griveaux (porte-parole du gouvernement) pour préparer les élections municipales de mars 2020 à Paris, le Président Emmanuel Macron les a remplacés rapidement, ce dimanche 31 mars 2019, juste après la cérémonie au Plateau des Glières (à laquelle il avait invité Nicolas Sarkozy), au cours d’un remaniement ministériel "technique" du 2e gouvernement d’Édouard Philippe.

Et la nomination la plus importante, c’est évidemment celle de la députée de la 6e circonscription de l’Essonne (Massy-Palaiseau) Amélie de Montchalin comme Secrétaire d’État auprès de Jean-Yves Le Drian, chargée des Affaires européennes. Je me réjouis de son entrée au gouvernement qui était d’ailleurs attendue depuis plus d’un an et demi par de nombreux observateurs.

Malgré ses seulement 33 ans (elle a été élue députée à la veille de son 32e anniversaire), Amélie de Montchalin a largement montré son énergie, ses compétences, son talent, en près de deux ans d’exercice du mandat parlementaire. C’est même assez simple : alors que cette Assemblée Nationale a été "envahie" par une foule de députés nouveaux, parfois novices de la politique, elle est nettement sortie "du lot" grâce à son activité très intense dans l’hémicycle et en commission (elle a été classée 7e députée la plus active, sur 577, par un magazine d’information, et elle fut désignée comme la députée de l’année par le Trombinoscope en février 2018).

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Née le 19 juin 1985 à Lyon, ayant passé son enfance en France, au Brésil (elle était vice-présidente du groupe parlementaire France-Brésil) et en République tchèque (en fonction du travail de son père, cadre supérieur dans de grandes entreprises), Amélie de Montchalin a suivi une très solide formation initiale, mais pas "traditionnelle" pour la politique : lycée Hoche et prépa à Ginette, puis HEC Paris, tout en suivant des études d’histoire (à la Sorbonne) et d’économie appliquée (à Dauphine), elle a obtenu également un MBA à Harvard après avoir travaillé au Chili puis à la Commission Européenne.

Elle a travaillé principalement pour un grand assureur (AXA) comme économiste : « Mon métier m’a permis de suivre depuis 2009 les politiques publiques liées à la transition climatique, la révolution numérique et la réforme du système financier. Sur ces sujets, mon rôle a été de créer des ponts entre le monde de l’entreprise et les décideurs publics afin de définir des stratégies d’entreprise en phase avec les attentes sociales et faire émerger des politiques publiques innovantes et efficaces. » (présentation sur son blog).

Amélie de Montchalin vient du monde réel, celui des entreprises, celui de l’économie, et a pour ambition d’apporter ses compétences dans le monde politique. En résumé, elle est l’une des actrices très écoutée et consultée de la Macronie, séduite par le côté start up de la démarche d’Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle.

À l’origine, elle a conseillé Valérie Pécresse qu’elle a rencontrée avant l’élection présidentielle de 2007 et qu’elle a suivie au Ministère de la Recherche. Elle a ensuite soutenu la candidature à la primaire LR de novembre 2016 de l’ancien Premier Ministre Alain Juppé, dont elle a participé à l’élaboration du programme économique (sur la réforme budgétaire notamment). L’échec d’Alain Juppé l’a conduite à soutenir Emmanuel Macron en janvier 2017 pour son engagement européen, et la victoire présidentielle lui a permis de remporter l’ancienne circonscription de François Lamy (proche de Martine Aubry) au second tour du 18 juin 2017 avec 61,3% (face à une candidate UDI-LR), après avoir éliminé au premier tour le candidat socialiste, Jérôme Guedj, ancien président du conseil général de l’Essonne et ancien député en tant que suppléant de François Lamy lorsqu’il était ministre.

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Amélie de Montchalin est l’une des parlementaires qui travaillent le plus. Numéro deux de la commission des finances, elle connaît sur le bout des doigts les enjeux financiers et budgétaires de la nation, ainsi que les conséquences sur l’économie. Elle était chargée de rappeler les députés de la majorité absents de l’hémicycle au moment des votes. Après l’élection au perchoir, le 12 septembre 2018, de Richard Ferrand (qu’elle a soutenu le 10 septembre 2018 aux journées parlementaires de LREM à Tours), elle a tenté sa chance pour diriger le groupe LREM à l’Assemblée Nationale, mais s’est retrouvée seulement en troisième position (sur sept candidats), si bien qu’au second tour, elle a soutenu Gilles Le Gendre qui fut élu. Elle était depuis le 9 octobre 2018 la première vice-présidente du groupe LREM. Par ailleurs, elle était coprésidente de la mission d’évaluation et de contrôle (issue de la commission des finances) et membre du groupe d’études Startup, PME et ETI.

Dans les débats budgétaires (ce sont les moments les plus concrets et les plus importants dans une démocratie), Amélie de Montchalin a montré ses compétences. Elle a d’ailleurs été rapporteure d’une partie des projets de loi de finance, tant pour 2018 que pour 2019, ainsi que rapporteure d’une mission d’évaluation et de contrôle sur l’évaluation du financement public de la recherche dans les universités.

Ce thème du financement de la recherche lui est cher puisqu’elle a été l’auteure d’une proposition de résolution pour le renforcement des outils et des moyens de pilotage de la recherche publique, déposée le 8 juin 2018, qui fut adoptée le 20 juin 2018 par 49 voix contre 3 (sur 57 votants). Elle rappelait que « la France occupe la cinquième place mondiale pour la dépense de recherche publique en 2015 », soit 0,86% du PIB, en dessous de l’objectif de 1% du PIB et en dessous de l’effort consacré par l’Allemagne (0,91% du PIB).

Elle se réjouissait de l’augmentation des crédits pour la recherche dans la loi de finance 2018 : « Cette prise de conscience que la recherche et l’innovation sont les clefs pour développer le savoir humain et pour renforcer l’attractivité de la France sur la scène internationale est de bon augure et doit être amplifiée. ». Mais elle pointait un handicap : « Les retombées économiques de l’effort de recherche ne sont pas à la hauteur des performances scientifiques de la France. ». Pour y remédier, évoquant par exemple l’arrivée de nouveaux concurrents privés dans des domaines pourtant réservés jusqu’à maintenant aux États (comme SpaceX dans le domaine des lanceurs spatiaux), elle proposait de renforcer le pilotage des projets de recherche (notamment par le développement d’une stratégie à moyen terme).

Intervenant à la séance du 24 janvier 2018 à l’Assemblée Nationale, Amélie de Montchalin a aussi insisté sur l’importance des financements privés de la recherche : « Nous le disons clairement, nous l’assumons : la fiscalité de notre capital était l’une des plus élevées d’Europe ; elle constituait un vrai repoussoir pour les épargnants français et les investisseurs étrangers ; elle organisait la fuite des projets de nos entrepreneurs, développés sur nos territoires, et vidait la France de ses emplois. (…) Le monde de la finance n’est ni sans nom ni sans visage ; il n’est pas notre ennemi. Ceux qui financent notre économie, ceux qui investissent en France doivent avoir avec nous des relations exigeantes, fermes, matures mais constructives. ».

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Amélie de Montchalin s’est donc beaucoup occupée de sujets nationaux (surtout économiques et financiers), mais également, locaux. Elle a par exemple posé une question au gouvernement le 16 janvier 2018 pour s’assurer que la ligne 18 du métro allant d’Orly à Versailles via Évry, Massy, Saclay et Saint-Quentin-en-Yvelines, serait effectivement achevée en 2024 comme c’était prévu lors de la visite d’Emmanuel Macron sur le Plateau de Saclay le 25 octobre 2017, tout en proposant ce que demandent les élus locaux depuis longtemps : « Le Plateau de Saclay a en effet, au-delà de son activité de recherche de pointe, une vocation agricole et environnementale importante. Dans ce cadre, l’enfouissement du tronçon ouest pourrait être réétudié sérieusement afin d’assurer son acceptabilité et sa pérennité. Des options concrètes de financement ont été proposées. » (la question n’a pas eu de réponse car elle a été retirée par son auteure le 23 janvier 2018).

La voici désormais membre du gouvernement, avec un poste stratégique et très délicat dans ce climat eurosceptique généralisé, les Affaires européennes. Amélie de Montchalin connaît bien la complexité des institutions européennes ainsi que les nécessités économiques qui prévalent dans un monde ouvert et libre, où la France, mieux que d’autres, a la capacité de résister aux flux de la mondialisation grâce à ses nombreux atouts (en particulier scientifiques et technologiques). Gageons que cette révélation de la Macronie n’en restera pas là et qu’à moyen terme, malgré son jeune âge, elle saura servir le pays dans des responsabilités nationales bien plus élevées…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Remaniement ministériel du 31 mars 2019 du 2e gouvernement d’Édouard Philippe.
Amélie de Montchalin.
Emmanuel Macron à la conquête des peuples européens.
Les risques d’un référendum couplé aux européennes.
Enfin le retour aux listes nationales aux élections européennes (2 décembre 2017).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190331-amelie-de-montchalin.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/amelie-de-montchalin-enfin-nommee-213960

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/03/31/37222734.html

 

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11 mars 2019 1 11 /03 /mars /2019 03:21

« À partir d’aujourd’hui, il n’y a plus que des radicaux sociaux, libéraux, humanistes, laïcs et européens. (…) C’est avec cet état d’esprit que nous allons bâtir une force politique de premier plan, car il est grand temps que les radicaux soient de retour. C’est mon ambition, c’est notre ambition ! Aujourd’hui, nous affirmons notre indépendance et notre liberté dans le chahut de la recomposition politique. » (Laurent Hénart, le 9 mars 2019 à Paris).


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Le premier congrès du Mouvement radical a eu lieu ce samedi 9 mars 2019 à Paris. Le Mouvement radical existe depuis sa fondation le 9 décembre 2017. Il est la continuation de l’historique Parti républicain, radical et radical-socialiste créé le 21 juin 1901 et qui a dominé la vie parlementaire française pendant la période entre les deux guerres. Ce congrès a mis fin à la période transitoire démarrée il y a quinze mois pour achever le processus de réunification des radicaux après leur séparation pendant près d’un demi-siècle, en 1972, entre radicaux valoisiens (majoritaires) et radicaux de gauche (minoritaires) qui avaient accepté des alliances avec les communistes au nom de l’union de la gauche.

Coprésident sortant (avec Sylvia Pinel qui a démissionné avec fracas le 6 février 2019), le maire de Nancy Laurent Hénart a été réélu président du Mouvement radical entre le 6 et le 8 mars 2019 avec 88,6% (il était le seul candidat ; il y a eu 11,4% de votes blancs) pour un mandat de trois ans, c’est-à-dire jusqu’à la veille de la prochaine élection présidentielle en 2022 : « Je suis immensément heureux et honoré d’être votre président. Je vous remercie pour votre confiance. Mes amis, je suis prêt à ferrailler dans toutes les assemblées, sur tous les plateaux, pour défendre nos valeurs,nos propositions, et poursuivre ce chemin que nous accomplissons ensemble ! ».

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Ce congrès marque donc la consécration d’une ambition, la "renaissance" (puisque ce mot est à la mode) du courant radical au sein de la République à un moment où ses valeurs sont toujours autant d’actualité : laïcité, liberté économique, justice sociale, construction européenne et décentralisation, auxquels est rajoutée la préoccupation écologique, six enjeux cruciaux pour les années à venir en France, en Europe et dans le monde.

La réussite de cette réunification, malgré quelques défections en cours de route, a pour raison le moment idéal pour se concrétiser : le PS est en état de décomposition avancée et Les Républicains sont en plein effondrement idéologique sinon électoral. Or, pendant près de cinquante ans, les radicaux ont été des alliés peu influents de ces deux partis de gouvernement dont l’arrogance, encore actuelle, les ramenait au rang de simples supplétifs (« cette dureté de nos partenaires, ce manque de respect de ce que nous sommes »).

L’éclatement du paysage politique a été l’occasion de cette prise d’indépendance des radicaux avec l’espoir de redevenir une force centrale majeure de la vie politique : « Cette réunification (…), nous y sommes arrivés à la force du courage. Il fallait du courage face à nos anciens partenaires, qui ont cherché à nous dissuader. (…) Oui, il faut courage et endurance pour s’affranchir des anciennes alliances, ne plus être des supplétifs, être des acteurs pleins et entiers de la construction d’une nouvelle offre politique. ».

Ce terrain est cependant aussi occupé par d’autres formations politiques, en particulier par l’UDI qui représente le centre droit, mais aussi par Agir, issu de LR et macroniste (sur sa droite) et par le MoDem (sur sa gauche). Évidemment, la formation qui aujourd’hui occupe la place centrale de la vie politique, tant dans la vie nationale que sur l’échiquier politique, c’est évidemment LREM avec sa majorité absolue à l’Assemblée Nationale.

Il serait très audacieux de vouloir placer LREM, le MoDem et le Mouvement radical sur une échelle gauche/droite car les trois sont à peu près au même niveau, soit "ni de gauche, ni de droite", soit "et de gauche, et de droite". Et pourtant, si le MoDem et LREM sont dans la majorité, le Mouvement radical, jusqu’à preuve du contraire, est (encore) dans l’opposition (même si Annick Girardin est ministre et radicale). Et une partie d’anciens ténors LR (qui sont maintenant à LREM ou Agir) sont aussi au gouvernement.

En fait, ce serait audacieux (et sans intérêt) car c’est surtout mission impossible : le clivage gauche/droite n’existe concrètement plus, ne signifie plus rien pour la très grande majorité des électeurs, et selon certains politologues biberonnés aux sondages, il ne serait plus imaginable que ce clivage revienne lors du second tour des prochaines élections présidentielles. C’est cet état de fait que les radicaux souhaitent prendre en compte pour s’adapter aux nouveaux enjeux.

Et le principal enjeu d’aujourd’hui, surtout à deux mois et demi des prochaines élections européennes, cruciales dans l’histoire de l’Europe en plein euroscepticisme renforcé par les populismes, c’est la construction européenne. Pour les radicaux, il est donc impensable de diviser le camp des partisans de la construction européenne qui aurait pour seule conséquence le renforcement électoral des eurosceptiques, et en premier lieu, celui du RN. En ce sens, c’est une critique à peine voilée de la stratégie de l’UDI, quasi-suicidaire, qui souhaite présenter sa liste aux européennes de manière autonome et qui ne parvient pas à sortir de son étiage autour de 2-3% d’intentions de vote dans les sondages.

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Au-delà de l’irréversibilité la réunification de la famille radicale, la décision importante du Mouvement radical prise au cours de ce congrès, ce fut le souhait de former une liste de rassemblement de tous les partisans de la construction européenne, et donc, de rejoindre la majorité présidentielle à condition que celle-ci ne soit pas arrogante et s’ouvre à d’autres formations politiques que celles qui la composent, à savoir LREM et le MoDem.

Dans son discours (dont on peut lire l’intégralité ici), Laurent Hénart a rappelé ainsi les principaux piliers des valeurs radicales (qui sont évidemment communes, parfois, à d’autres formations politiques). L’une des principales est la laïcité : « Pour nous, la loi de 1905 n’est pas négociable ! Depuis vingt ans, l’intégrisme islamiste s’est attaqué à ce pacte, faisant ressurgir la grande question laïque dans la France contemporaine. Je le redis ici : on ne peut pas mélanger le hijab et le serre-tête ! ».

Il a également évoqué les deux grands sujets d’actualité : le grand débat national consécutif à la crise des gilets jaunes et la campagne des élections européennes.

Pour Laurent Hénart, les radicaux souhaitent renforcer la démocratie : « Ce grand débat, en effet, doit permettre une transition vers un renouveau démocratique. Nos institutions doivent renouer avec une véritable expression populaire, notamment par un recours plus fréquent au référendum, auquel je suis favorable. La démocratie directe n’est pas l’ennemie des représentants du peuple. Notre démocratie a besoin régulièrement d’être regénérée et de s’adapter à son époque. Bien préparé par les débats, le référendum peut être un élément de regénération. ».

Sur l’Europe, Laurent Hénart a été alarmiste : « L’Europe est confrontée à un défi inédit depuis la chute du mur de Berlin. L’aventure européenne peut s’arrêter demain, parce que les populistes ont déclaré la guerre à l’Europe. (…) Quarante ans après la première session du Parlement Européen élu au suffrage universel, sous la Présidence de Simone Veil, il est évident que les élections de mai seront les plus dramatiques de notre histoire contemporaine. Oui, l’Europe peut mourir au printemps prochain et oui, la France peut tristement contribuer à cette rupture. ».

D’où la stratégie proposée : « C’est pour cela (…) que je défends la participation de tous les pro-européens à une liste de rassemblement qui dépasse nos divergences nationales. (…) Nous devons donc nous allier, pour cette élection, aux partis et aux sensibilités pro-européennes : à des sociaux-démocrates, à des écologistes indépendants, à la droite modérée et aussi bien sûr au MoDem et à LREM. ».

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En ce sens, la publication, le 5 mars 2019, de la lettre aux citoyens européens du Président Emmanuel Macron, juste avant ce congrès radical, est arrivée au bon moment pour prendre position sur la stratégie européenne à tenir : « Surtout, c’est le projet qui doit faire la liste et la tribune publiée par le Président de la République mardi peut en être le socle. (…) Nous ne pouvons que partager le diagnostic et les propositions qui sont dans ce texte du chef de l’État ! ».

Répondant aux critiques sur l’indépendance, le président du Mouvement radical a expliqué : « Pour moi, cette échéance européenne est une première étape où nous montrons que l’indépendance, c’est aussi la cohérence avec les convictions. Où nous montrons que l’indépendance ne peut pas, ne doit pas être une incantation qui conduit finalement à l’abstention. Où notre indépendance se concrétise en expression, en prise de position, en participation à chaque consultation démocratique. ».

Parmi les motions qui ont été adoptées par le congrès, l’une d’elle est assez claire dans le choix de la stratégie adoptée pour les européennes : « Devons-nous participer au combat européen à travers une entente regroupant des forces politiques avec lesquelles nous avons de profondes différences ? À cela, il nous faut répondre par l’affirmative : il en est désormais de notre responsabilité vis-à-vis de nos convictions fédéralistes. La bataille pour les européennes de 2019 doit se mener en fonction des enjeux européens et non pas nationaux. Cette évidence qui n’est restée jusqu’à présent qu’un vœu pieu doit désormais devenir une réalité. ».

Dans sa déclaration d’orientation politique, le Mouvement radical a précisé : « Cette liste ne devra pas être seulement celle de la majorité parlementaire et gouvernementale, mais bien celle du rassemblement de tous les partisans d’une Europe forte et intégrée. ».

Interviewé par "Le Figaro" du 7 mars 2019, Laurent Hénart avait confié l’une des motivations européennes de la future stratégie des radicaux : « Je refuse que l’élection du 26 mai soit dévoyée en élection nationale, pour refaire le match de 2017, ce que veulent Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. ».

Il avait aussi donné une indication sur le futur paysage politique européen : « La recomposition politique va se poursuivre au niveau européen, car les groupes PPE ) droite et PSE à gauche sont confrontés respectivement à des divergences internes et à un déclin politique. Le Mouvement radical siège au groupe central de l’Alliance des libéraux et des démocrates européens (ALDE). Comme le MoDem et l’UDI d’ailleurs. Ce groupe devra sans doute s’élargir en rassemblant tous les fédéralistes européens. ».

Laissant de côté la défection de Sylvia Pinel et de plusieurs autres cadres du PRG opposés à une alliance avec LREM aux européennes, Laurent Hénart a conclu son interview en réaffirmant que, face à la perte de confiance populaire pour le PS et LR, et aux difficultés de l’exécutif qui profitent aux populistes de FI et du RN, il fallait une nouvelle offre : « Nous mouvement est une vigie de la République et une offre politique nouvelle, indépendante, qui défend la justice sociale, la transition écologique, la laïcité et les pouvoirs locaux. ».

C’est pourquoi cette refondation du plus vieux parti de France est une renaissance moderne des valeurs qui sont à l’origine de la tradition républicaine de la nation française depuis près d’un siècle et demi. Il ne reste qu’à convaincre les électeurs que cette offre est bien nouvelle et pleine d’avenir et qu’elle correspond aux aspirations profondes d’une grande partie d’électeurs déçus qui avaient préféré Emmanuel Macron à Marine Le Pen le 7 mai 2017.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les Radicaux en marche vers l’Europe.
Discours de Laurent Hénart le 9 mars 2019 à Paris (texte intégral).
Laurent Hénart en 2019.
Le Manifeste européen du Mouvement radical adopté le 6 février 2019 (à télécharger).
L’unité des radicaux.
La famille centriste.
La défense de la laïcité.
Laurent Hénart en 2014.
Jean-Louis Borloo.
Programme de Sylvia Pinel.
Jean-Michel Baylet.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Françoise Giroud.
Robert Fabre.
Jean Moulin.
Maurice Faure.
Edgar Faure.
Édouard Herriot.
Pierre Mendès France.
Georges Clemenceau.
Jean Zay.
Jules Jeanneney.
René Cassin.
Joseph Caillaux.
Jean-François Hory.
Évelyne Baylet.
Yves Jégo.
Rama Yade.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190309-mouvement-radical.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-radicaux-en-marche-vers-l-213357

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/03/10/37165693.html






 

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9 mars 2019 6 09 /03 /mars /2019 15:33

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190306-mouvement-radical.html
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190309-mouvement-radical.html


Discours de Laurent Hénart, président du MRSL, au premier congrès du Mouvement radical le 9 mars 2019 à Paris



Mes chers amis.

Je suis très ému, profondément ému de vous retrouver et de m’adresser à vous tous, aujourd'hui à Paris.

Ce samedi 9 mars 2019, nous écrivons une nouvelle page de la grande histoire radicale, celle de l’aboutissement de notre processus de réunification.

Vous comprendrez que mes premiers mots sont en forme de demande pour l’équipe nationale, l’Atelier, les commissions et groupes de travail, les parlementaires, les élus locaux, les responsables de fédérations.  Toutes celles et ceux qui ont œuvré, qui ont mis de l’huile de coude pour défendre nos idées, dépasser les divergences qui ont pu apparaître, pour avancer, garder le cap, et finalement redonner au « Parti Républicain Radical et Radical Socialiste » son existence pleine et entière, uni, relancé, avec de nouveaux visages, une nouvelle dynamique, avec bientôt de nouvelles propositions, et dans une place de Valois remise à neuf ! Bravo ! Le chantier était immense, il est loin d’être achevé mais grâce à votre travail les bases sont là ! Je demande qu’on applaudisse tous ces artisans de la réunification !

Je suis immensément heureux et honoré d’être votre président. Je vous remercie pour votre confiance. Mes amis, je suis prêt à ferrailler dans toutes les assemblées, sur tous les plateaux, pour défendre nos valeurs, nos propositions, et poursuivre ce chemin que nous accomplissons ensemble!

Cette réunification vient bien entendu de notre choix, en 2017, de dire, dans ce monde ouvert, marqué par la fin des grandes guerres idéologiques, que plus rien ne pouvait réellement séparer les Radicaux.

Mais elle nous vient aussi de plus loin.

Elle vient de 2011, quand radicaux de droite et de gauche, les uns quittant l’UMP pour fonder l’UDI, les autres faisant acte de candidature à la primaire de la gauche, ont renoué avec le chemin d’indépendance politique.

Elle vient des combats de nos présidentes et présidents, de Didier Bariani, d’André Rossinot et d’Emile Zuccarelli, ici présents. Ils ont connu cette dureté de nos partenaires, ce manque de respect de ce que nous sommes, cette indépendance qu’il a fallu défendre pied à pied. Vos présidences ont rendu cette réunification possible et je vous rends, nous vous rendons hommage.

Elle vient de la rupture de 1972, une parenthèse d’un demi-siècle durant laquelle les Radicaux ont cultivé, de part et d’autre du Mur, les valeurs communes des origines, laissant vivre la possibilité de retrouvailles futures.

Elle remonte la grande lignée des Radicaux depuis les origines de la fin du 19ème siècle jusqu’aux bouleversements du monde contemporain, convoquant dans nos esprits les grands noms de notre famille politique, ce désir farouche de progrès et de République, l’héritage de Gambetta, de Clemenceau et de Caillaux, celui de Mendes, de Servan-Schreiber, de Michel Crépeau, de Jean-Louis Borloo.

Cette réunification, chers amis, nous y sommes arrivés à la force du courage.

Il fallait du courage face à nos anciens partenaires, qui ont cherché à nous dissuader.

Je le dis avec respect, sans rancœur aucune : malgré l’élection présidentielle de 2017, malgré le désir de renouvellement traversant l’opinion publique, les anciens grands partis, LR et PS, conservent une volonté hégémonique.

On a cherché à nous dissuader et j’ai une pensée aujourd’hui pour ceux qui n’ont pas pu faire l’aventure avec nous, tant furent fortes les pressions locales.

Oui, il faut courage et endurance pour s’affranchir des anciennes alliances, ne plus être des supplétifs, être des acteurs pleins et entiers de la construction d’une nouvelle offre politique.

Cette réunification, mes amis, enfin et surtout, est irréversible.

C’est un acquis.

Il n’y aura pas de retour en arrière, parce que plus rien ne nous sépare. Nous l’avons dit à maintes reprises au fil de nos congrès et de nos universités d’été : le clivage droite / gauche est dépassé.

Les deux grands partis qui l’incarnaient, le PS et LR, ont perdu la confiance majoritaire des Français et les difficultés de l’exécutif profitent aux populistes de gauche eT de droite, à LFI et au RN. Nous sommes libérés des accords politiques systématiques qui ont si longtemps limité notre existence politique, électorale et même idéologique.

Désormais, et j’y veillerai personnellement, les instances nationales seront équilibrées entre les deux familles fondatrices de notre mouvement. Et je forme un vœu, que je partage avec vous du fond du cœur : celui que ce congrès soit la dernière occasion pour nous de soupeser « valoisiens » et « Radicaux de Gauche ».

A partir d’aujourd'hui, il n’y a plus que des radicaux, sociaux, libéraux, humanistes, laïcs et européens !

C’est avec cet état d’esprit que nous devons travailler dans les prochaines semaines, à l’élaboration de notre projet, qui incarnera notre rassemblement et renforcera notre expression médiatique.

C’est avec cet état d’esprit que nous accueillerons de nouveaux adhérents. C’est avec cet état d’esprit que nous devons continuer de développer notre communication, nos fédérations, nos outils de participation et de débat.

C’est avec cet état d’esprit que nous devons préparer les prochaines élections locales, et en premier lieu des municipales, car l’implantation locale est notre force. Nous devons nous appuyer sur nos territoires, leur faire confiance et les aider dans leur développement.

C’est avec cet état d’esprit que nous allons bâtir une force politique de premier plan, car il est grand temps que les radicaux soient de retour. C’est mon ambition, c’est notre ambition !

Aujourd’hui, nous affirmons notre indépendance et notre liberté dans le chahut de la recomposition politique.

Aujourd’hui, nous affirmons notre renaissance autour de quatre piliers qui fondent notre identité contemporaine.

D’abord, et sans doute au-dessous de tout, la justice sociale.

Cette volonté́ de générosité, car il ne peut y avoir de politique heureuse sans justice ni partage.

Ce postulat, c’est la raison d’être du premier Parti Radical, son humanisme fondateur, et la série d’actes politiques majeurs qu’il a nourrie, depuis les premières lois sociales de la fin du 19ème siècle jusqu’à aujourd’hui.

C’est cette même volonté ardente de justice sociale qui a fait qu’à l’eté 2017, à l’acmé de la popularité de l’exécutif, nous tirions la sonnette d’alarme sociale, avant les autres. Aujourd’hui, cela parait évident car tout le monde hurle avec les loups. Mais rares étaient les voix qui s’élevaient alors. Soyons en fiers, mes amis.

A la justice sociale, nous ajoutons la défense des territoires et des pouvoirs locaux.

Nous l’avons dit à maintes reprises : la France n’est pas assez décentralisée. On ne fait pas assez confiance aux territoires. Dans ce pays où l’on n’impose rien à personne, les réformes doivent se faire ensemble. Il faut lutter sans cesse contre le réflexe jacobin qui si souvent conduit la France à l’échec.

Nous, radicaux, affirmons que les maires restent les hussards de la République, que les collectivités sont les premiers investisseurs publics, qu’elles sont capables comme nulle autre institution de bâtir des actions concertées avec les Français, qu’elles sont le régénérateur de la confiance citoyenne, qu’avec tout le respect que l’on doit à l’Etat et au Parlement, ce sont les territoires qui font la France au quotidien !

A la justice sociale et à la défense des pouvoirs locaux, nous ajoutons la transition écologique.

Le Grenelle conduit par Jean-Louis Borloo en 2008 a ouvert la voie à une approche plus globale, plus ambitieuse, plus collective, plus progressive de la réponse à l’impératif environnemental. Cette transition est l’un des grands défis de l’Europe et la France doit être exemplaire en la matière. Nous devons être en pointe, à la pole position de cette transition et le départ de Nicolas Hulot doit être dépassé, il ne doit pas signifier l’abandon d’une politique écologique ambitieuse.

Enfin, bien sûr, nous sommes les défenseurs les plus ardents de la laïcité, dont on parle moins en ce moment, mais qui est évidemment un sujet fondamental.

Le cadre créé en 1905 est une innovation civique aux conséquences positives inestimables pour notre nation.

Les Radicaux ont toujours défendu et défendront toujours le caractère intangible de cette loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, à laquelle la concorde nationale doit tant.

C’est l’affirmation des libertés de conscience et d’expression. La coexistence pacifique des spiritualités. Le refus de toutes les discriminations. La reconnaissance absolue de la dignité de la personne humaine et notamment celles des femmes. Pour nous, la loi de 1905 n’est pas négociable !

Depuis vingt ans, l’intégrisme islamiste s’est attaqué à ce pacte, faisant ressurgir la grande question laïque dans la France contemporaine. Je le redis ici : on ne peut pas mélanger le hijab et le serre tête ! Il faut porter le débat et le combat au bon niveau, celui de la loi de 1901. Pour refaire de la France un sanctuaire de laïcité, il faut s’attaquer au dévoiement de la liberté associative et la rétablir au service de l’idéal républicain. C’est ce combat que nous menons avec le Mouvement Radical, pour renouer, sans heurts ni divisions, avec la cohabitation pacifique des religions.

Voilà, mes amis, ce qui nous anime.
Voilà le ciment de notre réunification.
Nous sommes les Radicaux, sentinelles de la République.
Notre offre est claire et de plus en plus et visible.
Nous n’avons tout à gagner !
Nous sommes ouverts à celles et ceux qui partagent nos valeurs.
Nous serons toujours accueillants pour les Radicaux qui font actuellement d’autres choix. Parlons fort, notre message est bon, l’avenir est à nous !

L’avenir, mes chers amis, est là, devant nous, immédiat. Deux grands sujets méritent notre engagement le plus volontaire, dès à présent.

D’abord, et nous en avons parlé aujourd’hui : défendre nos propositions et avancer nos positions dans le cadre du Grand Débat National.

Ce débat inédit et protéiforme a été déclenché par un intense sentiment d’injustice sociale.

Il était donc absolument indispensable que nous nous y engagions, et c’est la décision qui a été prise par le Comité national le 6 février dernier.

A l’issue de nos débats, nous avons arrêté cinq priorités, qui font écho à nos quatre piliers que je viens d’évoquer, auxquels s’ajoute une demande de réforme des institutions.

Ce Grand Débat, en effet, doit permettre une transition vers un renouveau démocratique. Nos institutions doivent renouer avec une véritable expression populaire, notamment par un recours plus fréquent au referendum, auquel je suis favorable.

La démocratie directe n’est pas l’ennemi des représentants du peuple. Notre démocratie a besoin régulièrement d’être régénérée et de s’adapter à son époque. Bien préparé par les débats, le referendum peut être un élément de régénération.

L’autre grand sujet qui nous mobilise est évidemment la campagne européenne et je souhaite ici remercier du fond du cœur Pierre Moscovici pour sa présence, son engagement, témoignages de son ouverture d’esprit, de son courage, de cette capacité à se mettre en mouvement, à trouver de nouveaux partenaires partageant les mêmes combats.
Quoi de plus stimulant et passionnant pour les Radicaux qu’une échéance européenne !
 
Mes chers amis, que voulons-nous pour l’Europe ? Avec qui veut-on la défendre et la réformer ?

Notre congrès doit trancher cette question. Je sais qu’elle fait vraiment débat.

Ce que nous voulons, c’est un vrai projet européen, pour faire barrage aux populistes et permettre le retour de la confiance citoyenne. C’est cela, l’urgence et la ligne de cette campagne historique.

Je l’ai dit dès la rentrée de septembre : l’Europe est confrontée à un défi inédit depuis la chute du Mur de Berlin. L’aventure européenne peut s’arrêter demain, parce les populistes ont déclaré la guerre à l’Europe.

Ils sont là, en Pologne, en République Tchèque, en Autriche, en Hongrie. Ils ont nourris le drame du Brexit, j’étais à Londres en début de semaine et je peux vous dire le désarroi de nombreux élus.

Ils sont à l’origine de la dérive de l’Italie, notre pays frère, cette nation fondatrice de l’Union, pourtant meurtrie par le fascisme il y a à peine trois générations.

Quarante ans après la première session du Parlement européen élu au suffrage universel, sous la présidence de Simone Veil, il est évident que les élections de Mai seront les plus dramatiques de notre histoire contemporaine. Oui, l’Europe peut mourir au printemps prochain et oui, la France peut tristement contribuer à cette rupture. N’oublions jamais que plus de la moitié des suffrages exprimés au 1er tour de l’élection présidentielle en 2017 agrégeait des aspirations extrémistes et populistes, de droite et de gauche.

Je refuse ces hypothèses et je me bats pour que nos idées triomphent. C’est pour cela que je refuse que l’élection du 26 mai soit dévoyée en élection nationale, pour refaire le match de 2017, ce que veulent Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

C’est pour cela, surtout, que je défends la participation de tous les pro- européens à une liste de rassemblement qui dépasse nos divergences nationales. Comment justifier que ceux qui croient en l’avenir de l’Union et défendent le même projet se divisent en plusieurs listes ? Ce scénario nous conduirait à avoir moins d’élus au Parlement européen.

Chers amis, nous devons faire travailler ensemble celles et ceux pour qui l’idéal européen est au dessus de tout. Nous pouvons être, pour la cause européenne, des partenaires prêts à dépasser les contingences partisanes pour écrire un vrai projet parlant aux Français.

Nous devons donc nous allier, pour cette élection, aux partis et aux sensibilités pro-européennes : à des Sociaux Démocrates, à des écologistes indépendants, à la droite modérée et aussi bien sûr au MODEM et à LREM. Je l’ai dit dans Le Figaro hier, en étant clair avec eux et nos autres partenaires, et je vous le redis aujourd’hui.

Bien entendu, il y a des conditions de succès. D’abord, cette liste ne doit pas être celle de la seule majorité parlementaire et gouvernementale, mais bien celle du rassemblement de fervents européens. J’attends donc d’En Marche ! de l’écoute et de l’ouverture. Surtout, c’est le projet qui doit faire la liste et la tribune publiée par le Président de la République mardi peut en être le socle. Remettre à plat l’espace Schengen avec une même politique d’asile, créer une police des frontières commune, se doter d’un traité de défense et de sécurité, instaurer un bouclier social et un salaire minimum européen, réguler les géants du numérique... : chers amis, nous ne pouvons que partager le diagnostic et les propositions qui sont dans ce texte du Chef de l’Etat !

Si les Radicaux sont des européens fervents, aucun autre choix n’était possible. Voilà pourquoi aujourd'hui notre congrès choisit le rassemblement des européens et il donne mandat à la direction nationale pour que ce rassemblement porte aussi les idées des radicaux et qu’ils y soient respectés.

De tout cela, je rendrai compte à notre prochain Comité national, à la fin du mois.

Nous serons audibles, nous serons respectés, nous intéresserons nos concitoyens parce que nous ferons prévaloir l’avenir de la Nation par la sauvegarde de l’Europe sur l’intérêt partisan le temps d’une campagne.

D’aucuns diront que c’est une décision oublieuse de notre indépendance politique... Ceux-là même qui seraient tentés par une liste d’union de la gauche ou par une liste de coalition de centre droit !

En âme et conscience, je me suis beaucoup posé la question. Pour moi, cette échéance européenne est une première étape où nous montrons que l’indépendance, c’est aussi la cohérence avec les convictions.
Où nous montrons que l’indépendance ne peut pas, ne doit pas être une incantation qui conduit finalement à l’abstention. Où notre indépendance se concrétise en expression, en prise de position, en participation à chaque consultation démocratique.

Nous sommes, par notre travail, par notre courage, par notre combativité, les premiers gardiens de notre indépendance.

Il nous faut la cultiver sur le terrain, par notre travail militant, par la diversité de notre recrutement, pour que le visage de notre mouvement soit le visage de la France.

C’est ce travail que nous devons mener pour renouer avec l’histoire.

Goethe: « Vive quiconque vaillamment s’affirme ».

Laurent Hénart, le 9 mars 2019 à Paris

Source : Mouvement Radical

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190309-discours-laurent-henart.html

 

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6 mars 2019 3 06 /03 /mars /2019 03:51

« Notre postulat humaniste est sans égal. La politique ne se mesure pas de manière arithmétique, ce n’est pas de la tuyauterie (…). Si nous avons, nous, la certitude d’être la formation humaniste de ce pays, celle dont il a besoin parce qu’on ne peut pas avancer dans l’Histoire sans justice, alors demain est à nous, il faut le croire, il faut le dire, il faut le partager. (…) Cette ambition, notre ambition humaniste, s’est traduite en actes politiques fondateurs qui sont dans nos livres, que nos enfants et petits-enfants apprennent, qui forment un héritage inestimable pour chaque Français. » (Laurent Hénart, le 9 décembre 2017 à Paris).


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Le Mouvement radical social-libéral tient son premier congrès ce samedi 9 mars 2019 aux Salons de l’Aveyron à Paris (17 rue de l’Aubrac, dans le 12e arrondissement). Auparavant, entre le 6 et le 8 mars 2019, ses adhérents auront élu son président après une période de transition de quinze mois. Qu’est-ce que ce parti politique dont il est difficile de dire qu’il est nouveau malgré cette appellation "modernisée" ? C’est la réunion (historique) de la famille radicale réalisée lors du congrès de réunification du 9 décembre 2017 au Palais des Congrès de Paris.

Depuis quelques années, il y a certes une ambiguïté sur le mot "radicaux" dont on dit généralement qu’ils sont comme les radis, roses à l’extérieur et blancs à l’intérieur. Les radicaux viennent de la gauche, et même de l’extrême gauche, mais ils ne sont pas ce qu’on appelle aujourd’hui la "gauche radicale" qui désignerait plutôt Jean-Luc Mélenchon et ses proches. Les radicaux sont l’une des plus anciennes familles politiques de la République depuis qu’elle est pérenne, c’est-à-dire depuis près de cent cinquante ans.

Depuis cent cinquante ans également, il y a un glissement politique dans le paysage politique, un glissement vers la droite. Cela ne signifie pas que la gauche ancienne est devenue la droite actuelle, mais plutôt que la droite actuelle était la gauche ancienne. Cela peut paraître équivalent, mais pas tout à fait. Ceux qui, aujourd’hui, se situent à l’aile ultragauche, diront donc que le PS est un parti de droite, tandis que ceux qui, aujourd’hui, se retrouvent à l’aile ultradroite, diront au contraire que LR est un parti de gauche. Tout est une question de point de vue, mais il est clair que le paysage politique s’est gauchisé en ce sens que la majeure partie des partis politiques d’aujourd’hui, en dehors de l’extrême droite, étaient originellement des partis de gauche. De toute façon, c’était assez simple, être républicain était une marque de gauche.

Ainsi, lorsque la République fut proclamée le 4 septembre 1870, Adolphe Thiers était une figure marquante du …centre gauche parce que républicain, conservateur, certes, mais républicain, et partisan d’une paix négociée avec Bismarck pour refaire démarrer la France. Au contraire, Léon Gambetta, lui aussi républicain, était pour la résistance à outrance contre les Allemands (les élections du 8 février 1871 l’ont désavoué). Gambetta se trouvait donc à l’extrême gauche de Thiers dans son républicanisme. Mais très vite, ces républicains (aussi Jules Grévy et Jules Ferry) ont été attaqués sur leur gauche par des "radicaux", menés par Georges Clemenceau. Lui-même, au début du XXe siècle, a dû combattre, lorsqu’il était au pouvoir, des parlementaires encore plus à gauche que lui, les socialistes menés par Jean Jaurès, qui, eux-mêmes, furent débordés par les communistes qui, après les années 1930, et surtout, à la Libération, formaient une force politique puissante (un quart de l’électorat). Enfin, depuis quelques années, les communistes sont débordés eux-mêmes sur leur gauche par… les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon (pourtant ancien apparatchik du parti socialiste). J’évoque évidemment des partis majeurs, puisqu’il y a eu d’autres partis d’extrême gauche mais électoralement peu représentatifs.

En gros, dans le mouvement historique, on peut déterminer deux phénomènes. Le premier sur les personnes : une personne au pouvoir se droitise (devient raisonnable) par rapport à sa période de jeunesse ou d’opposition. C’était notamment le cas de Clemenceau, Alexandre Millerand, Léon Blum, François Mitterrand (qui s’est gauchisé avant de se redroitiser), Michel Rocard, Lionel Jospin, François Hollande, Manuel Valls, Emmanuel Macron. Les impératifs économiques et financiers et la raison d’État concernant la sûreté et la sécurité sont les raisons de cette transformation. Le second sur les formations politiques : dès qu’un progrès a été acquis, et accepté, il fait partie du "pot commun" de la grande partie de l’échiquier politique et arrivent de nouveaux partis qui proposent d’autres "progrès" (ou pas). C’était le cas pour la forme républicaine du gouvernement et du modèle social, ces deux éléments sont aujourd’hui défendus par la quasi-totalité des partis politiques actuels.

Si les radicaux étaient des républicains (mais pas exclusivement, Raymond Poincaré et André Tardieu étaient, eux aussi, républicains), ce qui les distinguait, c’était leur défense de la laïcité et c’est sur leur point de vue que le consensus s’est établi depuis plus de cent dix ans.

À cela, il faut ajouter depuis la Libération leur foi en la construction européenne, en sachant que ce furent deux ministres radicaux qui négocièrent le Traité de Rome, Maurice Bourgès-Maunoury et Maurice Faure. Avec l’attention soutenue pour l’aménagement du territoire, le réalisme économique et la solidarité nationale, on peut donc résumer la tradition radicale par ces cinq fondamentaux : la laïcité, l’Europe, la décentralisation, la liberté économique et la justice sociale.

Laurent Hénart les a exprimés dans cette profession de foi : « Nous, radicaux, sommes des fédéralistes européens. Nous pensons que l’Europe demeure la plus belle ambition qui soit, pour notre peuple et pour tous ceux du vieux continent. (…) Nous, radicaux, sommes un parti positif dans le nouveau monde, défendant la liberté et une économie modernisée, permettant le développement de l’entreprenariat au service de tous. (…) Nous, radicaux, sommes pour la transition écologique. (…) Si la misère se développe encore, elle emportera tout le monde et fera le lit des nouveaux barbares. Nous, radicaux, sommes pour la justice sociale. Nous sommes généreux, car il ne peut pas y avoir de transformation heureuse de la France sans justice ni partage. (…) Nous, radicaux, sommes pour la laïcité, tout simplement. (…) Face à la double impasse de l’angélisme et de la stigmatisation, il n’y a qu’une voie, une seule voie capable de parler à tous nos concitoyens : faire respecter la loi (…). La vie politique doit renouer avec le temps long et l’Histoire. (…) Le message du Parti radical n’a pas pris une ride, au contraire, il est d’une totale modernité. » (9 décembre 2017).

La famille radicale fut hégémonique sous la Troisième République, faisant et défaisant les majorités, soutenant parfois les républicains modérés à leur droite (qui seraient aujourd’hui situés au centre droit mais qui, à l’époque, étaient situés à gauche) et soutenant d’autres fois les socialistes à leur gauche (en particulier, lors du Front populaire). La figure du radicalisme triomphant fut Édouard Herriot, chef du Cartel des gauches en 1924. Depuis donc près d’un siècle, les radicaux se sont toujours situés au centre de l’échiquier politique, au point, justement, d’être coupés en deux en 1972 entre une majorité de radicaux qui a refusé le programme commun et l’alliance avec les communistes (JJSS) et un noyau dur qui les a acceptés au point de n’être plus qu’un groupuscule d’appoint pour le PS (Robert Fabre). Pour l’historien Frédéric Fogacci, le divorce n’était pas idéologique : « Il s’agissait davantage de stratégies locales que de désaccords idéologiques. » ("L’Express" du 9 décembre 2017).

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Aujourd’hui, après la déflagration du paysage politique en 2017, la disparition progressive du PS (et aussi du PCF), la droitisation de LR, la mosaïquisation du centre droit (UDI, Agir, FED, Alliance centriste, Les Centristes, MoDem, etc.) et l’apparition soudaine d’un parti présidentiel aujourd’hui (et probablement temporairement) hégémonique (LREM), il n’y a plus aucune raison politique ni stratégique à la désunion des radicaux en France.

C’est ce qu’a dit Laurent Hénart, coprésident du Mouvement radical, le 9 décembre 2017 : « Aujourd’hui, nous sommes libres. Nos valeurs et notre analyse du monde sont les mêmes. Nos anciennes alliances sont obsolètes. Pour le Parti radical de gauche, l’allié PS est en déliquescence. Pour le Parti radical valoisien, Les Républicains sont sans boussole et le socle idéologique qui leur est promis avec l’élection probable de Laurent Wauquiez est trop étroit pour fédérer les anciennes droites. (…) Plus rien ne nous sépare. Voilà pourquoi nous sommes réunis. (…) Voilà pourquoi nous voulons être un mouvement politique indépendant, qui a vocation à se présenter à tous les scrutins sous ses couleurs. (…) Le radicalisme n’est soluble dans aucun grand ensemble. Mais ce n’est pas non plus le splendide isolement. Il est au cœur de l’espace central devenu essentiel avec l’élection d’Emmanuel Macron. ». L’adjectif "central" n’est pas nouveau, il était employé par François Bayrou en 2007.

Les deux partis étaient donc prêts à se rassembler, après l’élection d’Emmanuel Macron, et après de nombreuses déclarations d’intention (anciennes), notamment d’André Rossinot, président d’honneur du Parti radical valoisien, et de Jean-Michel Baylet, président d’honneur du PRG (Parti radical de gauche). Le Parti radical valoisien, présidé depuis le 6 avril 2014 (élu le 22 juin 2014 avec 61,3% des voix et réélu le 22 novembre 2017 avec 79% des voix) par Laurent Hénart (maire de Nancy et ancien ministre), a été créé le 21 juin 1901 et est le plus vieux parti de France. Le PRG, présidé depuis le 17 février 2016 par Sylvia Pinel (députée depuis l’âge de 29 ans, première vice-présidente du conseil régional d’Occitanie et ancienne ministre), a été créé le 4 octobre 1972 (avec une autre appellation).

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Concrètement, la réunification s’est réalisée en deux temps. La première étape fut une université d’été commune les 15 et 16 septembre 2017 à Montpellier : première rencontre nationale des personnes et travail de réflexion en commun. La seconde étape fut le congrès de la réunification le 9 décembre 2017 au Palais des Congrès de Paris où les deux partis se sont unis dans le (nouveau) Mouvement radical. Lors de ce congrès, le PRG a adopté cette réunification par 85% des voix et le Parti radical valoisien également a largement adopté cette réunification au cours de son 117e congrès.

Cependant, quelques jours avant ce congrès, l’UDI (Union des démocrates et indépendants), dont est membre fondateur le Parti radical valoisien, s’est inquiétée des conséquences politiques de cette réunification. Le conseil national de l’UDI a ainsi décidé le 2 décembre 2017 d’exclure le Parti radical valoisien, considérant que l’UDI ne devait pas intégrer en son sein des personnalités qui, pour certains du PRG, ont été élues avec des voix des communistes ou des insoumis et dans des majorités territoriales les intégrant.

Pour cette raison d’exclusion et d’obligation de choisir entre radicaux et UDI, certains élus ont préféré rester à l’UDI, ce fut le cas notamment de Michel Zumkeller, Yves Jégo, Sophie Joissains, etc. qui ont créé Génération 1901 (1901, date de fondation du Parti radical) pour rester au sein de l’UDI. Parallèlement, certains élus radicaux de gauche ont refusé cette fusion, ce fut le cas notamment de Virginie Rozière et Stéphane Saint-André qui ont créé le 14 décembre 2017 un nouveau parti appelé Les Radicaux de gauche.

En principe, une période de transition devait avoir lieu pendant deux ans, de réorganisation locale et nationale, au bout de laquelle les deux partis fusionneraient officiellement. Finalement, le comité exécutif du PRG a décidé le 6 février 2019 de quitter le Mouvement radical. Guillaume Lacroix, qui fut co-secrétaire général du Mouvement radical, démissionna et fut désigné président du PRG le 8 février 2019, succédant à Sylvia Pinel qui a également quitté le Mouvement radical.

La raison officielle fut la crainte que lors du congrès du 9 mars 2019, le Mouvement radical décide de rejoindre la liste de la majorité présidentielle aux élections européennes, ce qui serait pourtant idéologiquement cohérent avec la lettre aux citoyens européens que vient de publier Emmanuel Macron ce lundi 4 mars 2019.

Une autre raison est aussi à indiquer : malgré la grande présence électorale du PRG dans le Sud-Ouest, la réorganisation des fédérations départementales de l’ensemble fusionné s’est réalisée plutôt à l’avantage des radicaux valoisiens plus nombreux sur le plan national.

La désertion de Sylvia Pinel (qui a quitté sa fonction de coprésidente du Mouvement radical) a fait que Laurent Hénart est assuré d’être réélu président (et seul président) du Mouvement radical dans la mesure où le professeur Didier Maus, constitutionnaliste et président de la commission permanente de contrôle du Mouvement radical, n’a enregistré le 22 février 2019 qu’une seule candidature remplissant els conditions de parrainages.

Tous les radicaux de gauche ne sont pourtant pas partis du Mouvement radical puisque Harold Huwart, vice-président du conseil régional du Centre-Val-de-Loire, issu du PRG, a été désigné co-secrétaire général du Mouvement radical et a considéré, le 22 février 2019, que la réunification a bien eu lieu en rappelant l’échec magistral de 2017 pour le PRG : « De renoncement en renoncement, le PRG a été amené  soutenir Manuel Valls, puis Benoît Hamon, avant de s’enferrer définitivement dans un accord législatif avec le PS qui ne pouvait que s’avérer désastreux parce que, compte tenu des positions idéologiques et politiques affichées par un appareil socialiste moribond, cette alliance était devenue profondément contraire à notre identité et à nos valeurs. Preuve ultime de cet échec : à une exception près, la totalité des candidats aux législatives issus des radicaux de gauche, à commencer par notre présidente [Sylvia Pinel], ont été élus sur une ligne de majorité présidentielle autre que celle officiellement portée par le PRG. C’est pour tourner cette page d’impuissance politique que la réunification a été proposée par nos dirigeants et finalement votée par les militants. ».

Ce congrès du 9 mars 2019 aura donc deux enjeux politiques majeurs : montrer que le Mouvement radical est effectivement le parti de la réunification malgré le départ de certains radicaux (de gauche mais aussi valoisiens), et prendre plus d’importance médiatique dans le paysage politique, car depuis quinze mois, les radicaux réunifiés ne se sont pas donné beaucoup d’échos médiatiques.

Je termine sur deux positions du Mouvement radical qui sont d’une grande actualité.

Une motion adoptée au comité national le 6 février 2019 a décrit les différentes lignes directrices sur lesquelles le Mouvement radical voudrait s’exprimer à l’occasion du grand débat national : « Nous, radicaux, participerons au grand débat. (…) Nous y porterons nos valeurs et nos propositions : le choix d’une décentralisation beaucoup plus franche que celle que notre pays a connue jusqu’ici, la généralisation de la négociation et du contrat dans les relations entre l’État, les territoires et les acteurs sociaux, la nécessité d’une transition écologique assumée et accompagnée par une politique de soutien au pouvoir d’achat des classes moyennes et des plus modestes, la défense intransigeante des principes laïques qui fondent notre République face aux offensives extrémistes qui minent le débat public et portent atteinte à l’unité de la Nation. ».

Le même jour fut adopté le Manifeste européen du Mouvement radical qui est intitulé  "Construire la souveraineté européenne, relevons ensemble les défis de la mondialisation" (lisible ici). Dans ce texte d’une vingtaine de pages, divisé en huit parties, je propose de citer trois propositions essentielles en matière institutionnelle.

D’abord, identifier les personnes qui incarnent la gouvernance européenne : « Réforme aussi symbolique que nécessaire pour que l’UE ait une légitimité populaire, il est primordial que le Président de l’Union Européenne soit élu au suffrage universel direct. ».

Ensuite, empêcher la paralysie dans les décisions communes : « Pour garantir une prise de décision plus rapide et éviter les paralysies liées aux égoïsmes nationaux, la règle de l’unanimité doit disparaître et être remplacée par des règles de majorité plus ou moins qualifiée selon l’importance stratégique des sujets. ».

Enfin, renforcer les pouvoirs du Parlement Européen : « Ses pouvoirs doivent notamment être renforcés vis-à-vis de la Commission Européenne. Cela passe par l’élection du Président de la Commission Européenne par le Parlement Européen ainsi que par une capacité, pour lui, de contrôler les décisions de la Commission. (…) Afin de mieux pouvoir retranscrire les aspirations des citoyens européens dont les parlementaires sont les représentants, il convient de doter enfin le Parlement Européen d’un pouvoir d’initiative législative. ».

Ce sont trois mesures fortes qui ne manqueront certainement pas d’être débattues dans le cadre de la campagne des élections européennes, qui auront lieu dans moins de trois mois, le dimanche 26 mai 2019.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le Manifeste européen du Mouvement radical adopté le 6 février 2019 (à télécharger).
L’unité des radicaux.
La famille centriste.
La défense de la laïcité.
Laurent Hénart.
Jean-Louis Borloo.
Programme de Sylvia Pinel.
Jean-Michel Baylet.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Françoise Giroud.
Robert Fabre.
Jean Moulin.
Maurice Faure.
Edgar Faure.
Édouard Herriot.
Pierre Mendès France.
Georges Clemenceau.
Jean Zay.
Jules Jeanneney.
René Cassin.
Joseph Caillaux.
Jean-François Hory.
Évelyne Baylet.
Yves Jégo.
Rama Yade.

_yartiMRSL2019A04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190306-mouvement-radical.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-unite-des-radicaux-213194

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/02/27/37136556.html


 

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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 18:15

« L’équipe est au complet. Avec eux, et pour vous, chacun des 600 prochains jours devra être utile au pays et à la hauteur de ses défis. C’est au plus près des Français que nous leur trouverons des solutions : nous irons à votre rencontre, partout sur le territoire. » (Jean Castex, Twitter le 26 juillet 2020).



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On aurait voulu la faire plus discrète, on n’aurait pas pu : le dimanche soir, en fin juillet, en plein été, dans la torpeur du soleil qui se couche. La nomination des onze secrétaire d’État a eu lieu ce dimanche 26 juillet 2020. Elle était attendue depuis la nomination du gouvernement de Jean Castex le 6 juillet 2020. Pourquoi autant de temps entre les deux ? On a dit que Jean Castex voulait attendre son vote de confiance pour être sûr que tous les députés de la majorité la votent et leur laisser l’improbable espoir d’une nomination au gouvernement.

La nouvelle équipe se réunira au complet à l’Élysée au prochain conseil des ministres du 29 juillet 2020 à 10 heures, avec les distances de sécurité. Seuls, ensuite, les ministres pleins assisteront à tous les conseils des ministres, et les "sous-ministres" n’y participeront que lorsqu’ils auront une communication à y faire. Gouvernement pléthorique plus que resserré : avec seize ministres, quatorze ministres délégués et douze secrétaires d’État, il y a donc quarante-trois membres du gouvernement, ce qui est beaucoup, frôlant le record du gouvernement de Michel Rocard. Point positif (à mon sens), pour la première fois de l’histoire politique, il y a un peu plus de femmes que d’hommes dans le gouvernement français.

On peut lire le décret présidentiel ici pour avoir le détail de la totalité des nouveaux membres du gouvernement. Six nouveaux membres du gouvernement ont été nommés le 26 juillet 2020, cinq députés et un membre du cabinet présidentiel. Quant à ceux qui sortent, ils sont seulement quatre secrétaires d’État (dont Sibeth Ndiaye, chargée maintenant à LREM de dénicher de nouveaux talents pour l’avenir…).

Je propose ici de saluer l’arrivée de deux nouvelles secrétaires d’État, Sarah El Haïry et Olivia Grégoire, deux jeunes députées énergiques et combattives, et je regrette le départ de deux secrétaires d’État sortantes du gouvernement précédent dirigé par Édouard Philippe, qui n’avaient pas démérité, à savoir Brune Poirson et Christelle Dubos.


Brune Poirson (37 ans)

À 37 ans, Brune Poirson a déjà un long parcours tant dans la vie professionnelle que dans la vie politique. Née à Washington et franco-américaine, diplômée notamment de l’IEP d’Aix-en-Provence et de Harvard, elle a eu l’occasion de travailler à l’étranger à de nombreuses reprises, et s’est intéressée au développement durable. Elle a participé notamment à des projets en Inde et à Boston. Soutenant la campagne présidentielle du futur Président Emmanuel Macron, elle fut recommandée par Hubert Védrine auprès de Jean-Paul Delevoye pour obtenir l’investiture LREM aux élections législatives.

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Élue députée du Vaucluse d’où sa famille est originaire le 18 juin 2017 (dans la circonscription de Marion Maréchal, elle a battu un candidat du FN avec 50,7% des voix), elle fut nommée dans la foulée, le 21 juin 2017, Secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire jusqu’au 3 juillet 2020, auprès des ministres Nicolas Hulot, François de Rugy puis Élisabeth Borne, plus particulièrement chargée de la biodiversité, de la mer et des océans, ainsi que de la plupart des projets européens.

Dans ses fonctions ministérielles, Brune Poirson s’est particulièrement préoccupée du projet de loi contre le gaspillage, qui est devenue la loi n°2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire. Cette loi a pour objectif de réduire l’obsolescence des biens de consommation, prolonger la vie des produits, réduire les emballages, pour protéger le consommateur et responsabiliser le producteur, améliorer le tri des déchets et leur recyclage. Un titre est consacré à la lutte contre les dépôts sauvages.

Elle a fait partie des membres du gouvernement qui ont souvent bataillé au Parlement, faisant preuve de combativité et de sens politique. Pour exemple, elle n’a pas hésité à polémiquer en répondant à deux questions d’opposants pour tourner en ridicule ses contradicteurs qui l’empêchaient de répondre. C’était une belle révélation du gouvernement, avec Julien Denormandie (aujourd’hui Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation), elle fait de la politique, arrive à suivre son fil malgré le brouhaha, etc.

Lors de la séance à l’Assemblée Nationale du 12 juin 2018, présidée par François de Rugy, elle déclarait effectivement, pantalon rose et veste noire : « Nous entendons donc trouver des solutions compatibles avec les règles du commerce mondial ! »

Puis elle s’est interrompue, sous les applaudissements des députés de la majorité et sous les huées des députés LR. Pas intimidée, elle ajouta : « Vous savez, mesdames et messieurs les députés de droite, je suis mère d’une petite fille de trois ans : sincèrement, vos réactions sont du même niveau que les siennes. C’est la réalité, vraiment ! Je doute, d’ailleurs, que vos électeurs soient très contents de vous voir vous comporter ainsi, désolée de le dire. Bref ! ». Remarque qui n’a fait qu’exacerber l’agitation des députés. Le champ parlementaire est un jeu de rôle et Bruce Poirson a su s’intégrer dans ce théâtre si particulier.

Un moment pressentie pour mener la liste LREM aux élections municipales à Avignon, Bruce Poirson fut élue vice-présidente de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement (ANUE) le 20 mars 2019 pour un mandat de deux ans. Exclue du nouveau gouvernement, elle retrouvera son siège de députée au mois d’août 2020.


Christelle Dubos (44 ans)

Spécialiste des affaires sociales à l’échelon communal et intercommunal, Christelle Dubos, à 44 ans, quitte le gouvernement après avoir été nommée Secrétaire d’État aux Solidarités et à la Santé du 16 octobre 2018 au 3 juillet 2020, auprès des ministres Agnès Buzyn puis Olivier Véran, chargée plus particulièrement des politiques sociales et familiales. De centre gauche, Christelle Dubos fut élue adjointe au maire de Sadirac, une commune de 4 000 habitants en Gironde, chargée des affaires sociales, du logement et des solidarités, de mars 2014 à juillet 2017.

Rejoignant la campagne d’Emmanuel Macron, elle fut investie par LREM et élue députée de Gironde le 18 juin 2017 avec 56,7% face à un candidat FI. À l’Assemblée Nationale, elle consacra son action au logement, à la cohésion des territoires et à l’insertion professionnelle. Elle a corapporté la loi n°2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l’aménagement et du numérique (dite loi ELAN), sur les parties logement et mixité sociale.

Au gouvernement, Christelle Dubos a été chargée d’organiser la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté proposée par Emmanuel Macron le 13 septembre 2018. Elle a aussi travaillé sur le service public de versement des pensions alimentaires en incluant les CAF comme intermédiaires entre conjoints, et a étudié la mise en place d’une refonte de toutes les aides sociales et d’un revenu universel d’activité. Elle a également mis en place de deux plans d’urgence d’aide alimentaire, un de 39 millions d’euros puis un autre de 55 millions d’euros pour soutenir les associations en pleine crise sanitaire.

Certains ont reproché sa trop grande rareté médiatique pendant la pandémie de covid-19, en particulier son absence de décision concernant les EHPAD qui relevaient de ses attributions, probable explication de son éviction du nouveau gouvernement.


Sarah El Haïry (31 ans)

Au contraire de Christelle Dubos, elle est très présente dans les médias. Beaucoup de gens ont pu voir Sarah El Haïry et sa combativité dans de nombreux débats télévisés, n’hésitant pas, sur les plateaux, non seulement à défendre la politique du gouvernement mais aussi, en même temps, à donner franchement ses points de vue, montrant ainsi une femme de caractère et une femme qui a une vision politique.

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C’est probablement l’une des meilleures nominations dans ce nouveau gouvernement. Nommée à 31 ans, le 26 juillet 2020, Secrétaire d’État auprès de Jean-Michel Blanquer, chargée de la Jeunesse et de l’Engagement, Sarah El Haïry est montée très vite en responsabilité au sein du MoDem à Nantes où elle a été élue conseillère municipale le 28 juin 2020 (elle avait été numéro deux de la liste MoDem en mars 2014, mais ne fut pas élue à l’époque ; elle fut opposée à la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes).

D’origine franco-marocaine, née à Romorantin-Lanthenay, ayant passé une partie de son enfance à Metz et à Casablanca, elle a fait ses études à Nantes puis a eu une expérience internationale, notamment au Canada. Représentante du MoDem, elle participa à la liste de Bruno Retailleau (sénateur LR) aux élections régionales de décembre 2015 pour les Pays de la Loire, et fut désignée présidente du MoDem de Loire-Atlantique à partir février 2016 (porte-parole nationale à partir de février 2018).

Investie par le MoDem et soutenue par LREM, Sarah El Haïry fut élue députée de Nantes le 18 juin 2017 avec 61,0% des voix contre le député socialiste sortant. Membre de la commission des finances, elle a rendu un rapport le 9 juin 220 au Premier Ministre Édouard Philippe sur la philanthropie à encourager en France.


Olivia Grégoire (41 ans)

Licence d’histoire à Nanterre, IEP Paris (communication) et master en marketing à l’ESSEC pour Olivia Grégoire qui a commencé sa carrière professionnelle dans une agence de publicité puis dans un grand groupe privé avant de créer son propre cabinet de consultante.

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Proche des idées libérales d’Alain Madelin, Olivia Grégoire a travaillé dans les cabinets du Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin entre 2002 et 2005 puis du Ministre de la Santé Xavier Bertrand e 2005 à 2007. Responsable des questions de santé pendant la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron, elle fut investie par LREM et fut élue députée dans la douzième circonscription de Paris, battant le 18 juin 2017 le député LR sortant Philippe Goujon avec 56,4% des voix.

Une fois élue députée, Olivia Grégoire a été très active, tant dans son travail de parlementaire (vice-présidente de la commission des finances, présidente de la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi Pacte), que dans son influence politique au sein du groupe LREM dont elle fut la porte-parole. Elle a soutenu en septembre 2018 la candidature de Gilles Le Gendre à la présidence du groupe LREM, pour remplacer Richard Ferrand élu au perchoir, et elle aurait pu lui succéder en septembre 2020 si elle n’avait pas été nommée au gouvernement.

Elle a été aussi engagée pleinement dans la bataille des municipales à Paris, comme responsable de communication de Benjamin Griveaux qui a cependant été amené à démissionner quelques semaines avant les élections.

N’hésitant pas à nourrir la polémique, Olivia Grégoire était l’une des rares membres du groupe LREM à savoir ce qu’être député de la majorité, à savoir batailler contre l’opposition, répondre aux arguments, les combattre au besoin, multiplier les interventions dans les médias pour porter la parole gouvernementale. Bref, être un "second couteau" capable de soutenir le gouvernement lorsqu’il y a la tempête.

Nommée à 41 ans, le 26 juillet 2020, Secrétaire d’État auprès de Bruno Le Maire, chargée de l’Économie sociale, solidaire et responsable, Olivia Grégoire a obtenu de façon méritée un strapontin ministériel sur un sujet qui lui tenait à cœur. Elle fait partie, avec Amélie de Montchalin, des "révélations" des députés LREM.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 juillet 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Secrétaires d’État du gouvernement Castex : des nouveaux et des partants.
Nomination des secrétaires d’État du gouvernement Castex I.
Gérald Darmanin, cible des hypocrisies ambiantes.
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 16 juillet 2020 au Sénat (texte intégral).
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 15 juillet 2020 à l’Assemblée Nationale (texte intégral).
La déclaration de politique générale de Jean Castex le 15 juillet 2020.
Interview du Président Emmanuel Macron le 14 juillet 2020 par Léa Salamé et Gilles Bouleau (retranscription intégrale).
Emmanuel Macron face aux passions tristes.
Gérald Darmanin, l'enfant terrible de la Macronie.
Composition du gouvernement Castex I.
Le gouvernement Castex I nommé le 6 juillet 2020.
Jean Castex, le Premier Ministre du déconfinement d’Emmanuel Macron.
Discours du Président Emmanuel Macron devant la Convention citoyenne pour le climat le 29 juin 2020 à l’Élysée (texte intégral).
Après-covid-19 : écologie citoyenne, retraites, PMA, assurance-chômage ?
Édouard Philippe, le grand atout d’Emmanuel Macron.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Convention citoyenne pour le climat : le danger du tirage au sort.
Les vrais patriotes français sont fiers de leur pays, la France !
Le Sénat vote le principe de la PMA pour toutes.
Retraites : Discours de la non-méthode.
La réforme de l’assurance-chômage.
Emmanuel Macron explique sa transition écologique.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181016-christelle-dubos.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/07/28/38453062.html




 

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4 octobre 2018 4 04 /10 /octobre /2018 04:27

« Je voudrais exprimer ma reconnaissance à la politique parce que je suis un militant, cette politique si décriée mais si indispensable à notre démocratie, qui mérite (…) du respect, de l’écoute, de la tolérance et de l’élégance, c’est ce que j’ai appris avec Michel Rocard. » (Manuel Valls, le 2 octobre 2018 à Paris).


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C’est probablement le rêve de beaucoup de monde : assister à son propre enterrement. Alors, lorsqu’en plus, on peut prononcer soi-même l’oraison funèbre, il y a forcément un petit côté joyeux dans la démarche. On n’est jamais mieux servi que par soi-même. C’est ce qu’il s’est passé dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale ce mardi 2 octobre 2018 dans l’après-midi, en pleine séance des questions au gouvernement. Pour Manuel Valls.

Depuis qu’il a annoncé le 25 septembre 2018 sa candidature à la mairie de Barcelone, l’ancien Premier Ministre français Manuel Valls a été sous le feu des critiques : abandon, trahison, reniement… La sincérité de son engagement politique, la réalité de son esprit républicain, l’amour de son appartenance à la nation française (il n’a été naturalisé qu’à l’âge de 20 ans, ce fut le premier et seul chef du gouvernement de la France à ne pas être né français), ses trente-cinq ans de vie politique ont été remis en cause.

Du coup, il avait besoin de s’expliquer, de rassurer, de refaire sa profession de foi, de dire seulement que ce serait un "challenge" personnel, sans précédent d’ailleurs, mais qui n’a aucune raison d’occulter ce qui a fait sa (déjà) longue vie politique en France. Il a ainsi fait le tour des médias, commençant par le journal de 20 heures le dimanche 30 septembre 2018 sur France 2, et en passant par la matinale de France Inter le mardi 2 octobre 2018 pour expliquer : « Le choix que je fais est aussi un choix de vie (…). Je n’ai pas l’impression de trahir ni d’abandonner quelque chose. Pour moi, Paris, Barcelone, c’est le même chemin : l’Europe (…). Là-bas se joue le destin de l’Europe. ». Et pour dire aussi : « Moi, je me suis toujours senti 100% français, 100% barcelonais, 100% européen aussi. », après avoir rappelé que Charles Aznavour était « 100% français et 100% arménien ».

Il a raison d’insister sur la multi-identité. Beaucoup pensent que les identités sont exclusives les unes par rapport aux autres. Pas du tout. Ce qui fait la force d’un humain, c’est sa complexité et ses nuances, c’est justement ne pas pouvoir le ranger dans une case ou de lui faire changer de cage, qui lui donne un caractère humain.

Les revendications identitaires sont toujours inquiétantes car elles caricaturent, simplifient, dénaturent l’humain dans son extrême richesse : on n’est pas qu’un sexe, on n’est pas qu’une orientation sexuelle, on n’est pas qu’un membre d’une communauté nationale, on n’est pas qu’un croyant ou non croyant, on n’est pas qu’une tendance politique, on n’est pas qu’un métier, on n’est pas qu’un salaire, on n’est pas qu’un parent ou pas parent, qu’un célibataire ou pas célibataire, qu’un malade ou pas malade, qu’une personne en situation de handicap ou sans handicap (et d’ailleurs, qu’est-ce que le handicap ? qu’est-ce que la "normalité" ?), etc.

Revenons à cette séance de questions au gouvernement (dont on peut lire la retranscription intégrale ici). L’affaire a été préparée avec perfection. Pour une fois, LREM allait honorer celui qui n’a jamais été qu’un membre apparenté au groupe LREM. Rappelons la situation de Manuel Valls en 2017. Avant le retrait de François Hollande, Manuel Valls, Premier Ministre ambitieux et autoritaire, faisait figure de candidat incontournable à l’élection présidentielle …de 2022 ! La défection présidentielle passée, Manuel Valls a dû se présenter à l’improviste à la primaire socialiste de janvier 2017. Son échec l’a rendu amer : non seulement parce qu’il a perdu, mais aussi parce que le gagnant, Benoît Hamon, n’a représenté qu’une tendance très minoritaire du Parti socialiste (au point de faire un score désastreux). Manuel Valls, qui avait pourtant promis, comme François de Rugy, de soutenir le candidat choisi par la primaire socialiste, décida in extremis de soutenir du bout des lèvres le candidat Emmanuel Macron. Il ne pouvait pas faire autrement, leur vision politique et économique était relativement proche.

Mais Emmanuel Macron n’a jamais aidé Manuel Valls. Ni aux législatives, le nouveau Président a juste empêché la présence d’un candidat LREM dans sa circonscription à Évry, qu’il a remportée avec seulement quelques voix d’avance, ni dans la formation du gouvernement, ni dans les différentes nominations. Manuel Valls s’est senti inutile, et au début de la législature, il n’était même pas inscrit à un groupe à l’Assemblée Nationale, ce qui pouvait rendre sa présence parlementaire difficile (sans moyens ni temps de parole). Ni le PS, ni LREM ne le voulaient…

Maintenant qu’il quitte l’Assemblée Nationale et même la vie politique française, il a droit à un hommage d’adieu. C’était justifié même si les députés issus de partis extrémistes ont violemment contesté la manière de faire, à savoir, profiter des questions au gouvernement pour faire une déclaration d’adieu, pour faire un exercice de communication politique.

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Ainsi, lorsque le Président de l’Assemblée Nationale Richard Ferrand a annoncé le prochain orateur, Manuel Valls, les députés LREM se sont levés et l’ont applaudi, faisant une "standing ovation" (ovation debout) à celui qui, il y a encore deux ans, était probablement l’homme le plus puissant de France (et qui est devenu …"rien", selon la terminologie macronienne, ou "le dernier trou de la flûte", selon une expression entendue dans le film "Un peu, beaucoup, aveuglément" réalisé par Clovis Cornillac et sorti le 6 mai 2015). Grande émotion de Manuel Valls : il ne quittera pas la France sous les huées mais sous les hourras. C’était d’ailleurs le but, car à Barcelone, ses opposants avaient déjà un argumentaire bien rodé : Manuel Valls serait candidat à Barcelone car il serait rejeté en France. Non, ce n’est pas le cas. Heureusement. La politique et l’exercice démocratique demandent un minimum de respect.

Avant de lui passer la parole, Richard Ferrand, contrevenant à son devoir de réserve et de neutralité, y est allé avec son propre hommage : « Je ne veux voir dans votre démarche à Barcelone ni un départ, ni une rupture, mais un renouveau des engagements démocratiques et européens qui ont toujours été les vôtres. Le sens des responsabilités s’exporte, et je m’en réjouis car l’Europe se construit aussi par l’engagement partout en Europe des femmes et des hommes de notre pays. ».

Et d’évoquer ce qu’il restera de Manuel Valls dans les prochains livres d’histoire : « Je n’oublie pas (…) votre discours ici même, le 13 janvier 2015, au lendemain des attentats qui avaient ensanglanté la République. Ce discours est entré dans l’histoire des grands moments d’éloquence parlementaire et des instants graves et profonds d’unité et d’émotion nationales. ».

Richard Ferrand a fini par un "quitus" d’adieu : « Je sais que vous garderez toujours au cœur l’amour et les valeurs de la République française. ».

Puis, Manuel Valls a pris la parole. Contrairement à ce que voudrait l’exercice, il n’a pas posé de question. Il a seulement fait une déclaration politique, sa dernière intervention (et l’une des très rares depuis le début de la législature, pour ne pas dire l’unique) comme député de la République française. Il y a probablement une grande part de narcissisme dans cette intervention, mais après tout, pourquoi pas ? Manuel Valls n’est pas "n’importe qui", il a été pendant deux ans et demi Premier Ministre d’un grand pays, ce n’est pas "rien". Et il faut aussi savoir que souvent, les nouveaux députés font leur première intervention en séance publique à l’occasion des questions au gouvernement. Alors, pourquoi pas la dernière ? Et comme le but, c’était de faire la dernière intervention, pourquoi aller jusqu’à l’hypocrisie de poser une question alors que tout le monde aurait senti qu’elle ne serait qu’un prétexte ?

La reconnaissance de l’ancien militant rocardien d’origine catalane : « Alors que je m’apprête en effet à quitter l’Assemblée et la France pour un défi personnel, inédit, politique et profondément européen, je veux exprimer ma reconnaissance d’abord à mon pays, un pays unique qui donne la possibilité à quelqu’un né à l’étranger, qui a décidé d’être français à l’âge de 20 ans, de suivre un parcours politique, d’être maire, député, ministre et Premier Ministre de la République. ».

L’énumération de ses "reconnaissances" faisait un peu exercice de remerciements au Festival de Cannes, mais heureusement, les députés de l’opposition se sont donné à cœur joie pour éviter l’unanimisme et lui lancer quelques vacheries comme « 49-3 ! » (Adrien Quatennens), « Trahison ! » (Bruno Bilde), « On ne vous a pas vu depuis treize mois ! » (Éric Coquerel), « Et la question ? » (Sébastien Chenu), etc.

Manuel Valls n’a pas hésité à rappeler son profond engagement politique : « Je ne renoncerai jamais à défendre les valeurs de la République, la liberté, l’égalité, la fraternité, cette belle laïcité qui protège, ni à porter le message universel qu’est celui de la France depuis 1789. (…) Le Barcelonais, le Français, le Républicain, l’Européen est reconnaissant aux Français ; il ne vous oubliera jamais, jamais. Merci ! ».

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L’intervention n’a été que des propos sur ses "reconnaissances". Rien de plus. Le Premier Ministre Édouard Philippe, visiblement souriant et amusé à la fois par l’émotion de Manuel Valls et par les protestations sur certains bancs, s’est pris un petit plaisir à lui "répondre". Et hop ! Encore un hommage (deux pour le prix d’un). Bel enterrement !

Et c’est bien entendu en "collègue" Premier Ministre qu’Édouard Philippe a commencé : « Le pire des choses lorsqu’on a, ou lorsqu’on l’a eu, l’honneur de diriger un gouvernement est de susciter l’indifférence. Compte tenu de la chaleur des réactions, soit très dures, soit très élogieuses, soit très respectueuses qui se sont exprimées dans cet hémicycle lorsque votre nom a été évoqué, je crois pouvoir dire, monsieur le député, que vous n’avez jamais suscité l’indifférence. ».

Comme Richard Ferrand, Édouard Philippe aussi a rappelé ce qui restera de Manuel Valls, son attitude juste après les attentats de janvier 2015 : « Dans les jours qui ont suivi, vous avez su trouver les mots et l’ensemble de l’hémicycle, quelles que soient les positions d’aujourd’hui, s’en souvient. Nous nous souvenons de cette séance au cours de laquelle cet hémicycle, marqué par ce que nous tous avions vu, compris, ressenti, mais probablement jamais aussi marqués que vous aviez pu l’être car vous vous étiez rendu sur les lieux et vous avez vu de vos yeux, dans un silence admirable, après que vous avez pris la parole, avait chanté la Marseillaise. Dans des moments où la France était menacée, vous avez eu des mots justes, vous avez exprimé une position solide. De cela, monsieur le député, la France vous sera toujours reconnaissante. ».

Et après avoir qualifié le départ de Manuel Valls de « choix qui vous appartient, et qui, de toute évidence, est osé et courageux », Édouard Philippe lui a souhaité « le meilleur » avant de regagner son siège au banc du gouvernement.

Voilà un enterrement particulièrement honorable d’une personnalité majeure de la vie politique française (candidat à l’élection présidentielle, Premier Ministre, etc.). Il y a eu des enterrements moins honorables.

Pour prendre un seul exemple, Jean Lecanuet. Ce dernier, ancien jeune espoir du centrisme dans les années 1960, a pris la parole lors le 22 avril 1989 à Lille d’un congrès du Centre des démocrates sociaux (CDS), composante démocrate-chrétienne de l’UDF. Il prônait alors l’union de l’UDF et du RPR aux élections européennes du 18 juin 1989, comme cela avait été le cas précédemment où la liste conduite par Simone Veil avait rassemblé 43,0% des suffrages (un score quasiment impossible d’imaginer aujourd’hui !).

Son discours à Lille fut souvent interrompu par une salle très majoritairement hostile (dont j’étais) qui réclamait une liste autonome des centristes. Le choix de l’autonomie fut adopté, mais ce fut un échec électoral (la liste Veil autonome ne rassembla que 8,4% des voix). Jean Lecanuet avait eu politiquement raison, mais il ne s’est jamais remis de ce congrès où il avait été ultraminoritaire. Il ne reprit plus jamais la parole. Ce fut un enterrement discret. Les honneurs parfois hypocrites sont arrivés seulement après sa (vraie) mort, le 22 février 1993.

Mais en Macronie, les départs se font toujours avec les honneurs. Le problème, cette rentrée 2018, c’est que des départs, il y en a sans arrêt depuis quelques semaines : Nicolas Hulot, Laura Flessel, Manuel Valls, et maintenant, Gérard Collomb


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 octobre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Hommage des députés français à Manuel Valls (retranscription intégrale de la séance).
Enterrement républicain de première classe pour Manuel Valls.
Manuel Valls va-t-il manquer au paysage politique français ?
Manuel Valls s’en va à Barcelone.
Manuel Valls : les cinq raisons d’un échec.
Le vaccin anti-Macrobe.
Second tour de la primaire socialiste du 29 janvier 2017.
Quatrième débat de la primaire socialiste du 25 janvier 2017.
Premier tour de la primaire socialiste du 22 janvier 2017.
Troisième débat de la primaire socialiste du 19 janvier 2017.
Deuxième débat de la primaire socialiste du 15 janvier 2017.
Premier débat de la primaire socialiste du 12 janvier 2017.
La primaire socialiste de janvier 2017.
Programme de Manuel Valls (à télécharger).
Manuel Valls candidat à la primaire PS de janvier 2017.
La ville d’Évry.
Discours de Manuel Valls le 13 janvier 2015 au Palais-Bourbon (texte intégral).
Discours de Manuel Valls le 9 janvier 2016 au CRIF (texte intégral).
Manuel Valls et l’esprit républicain.
Manuel Valls vs François Fillon (24 septembre 2015).
La ville de Manuel Valls.
La confiance Valls, volet 2 (16 septembre 2014).
La confiance Valls, volet 1 (8 avril 2014).
Les relations entre l’Élysée et Matignon.
Nomination de Manuel Valls à Matignon (31 mars 2014).
Valls sera-t-il Premier Ministre ? (15 mars 2014).
Manuel Valls et son ambition présidentielle.
Manuel Valls à la primaire socialiste de 2011.
Manuel Valls et les institutions de la République.
Valls-Bayrou, même combat ?
Et la Corse dans tout cela ?
Et les gens du voyage ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181002-valls.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/enterrement-republicain-de-208220

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/10/06/36754227.html


 

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2 septembre 2018 7 02 /09 /septembre /2018 17:42

« En un mot, les États-Unis d’Europe. C’est là le but, c’est là le port. » (Victor Hugo, le 29 août 1876).


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Ce samedi 1er septembre 2018 s’est éteint l’ancien député centriste Jean Seitlinger, à Rohrbach-lès-Bitche, dont il fut le maire pendant vingt-quatre ans. Il avait de 93 ans (né le 16 novembre 1924 à Saint-Louis-lès-Bitche). Pour un Mosellan dont la langue maternelle était l’allemand (et donc bilingue dès l’enfance), né à dix-sept kilomètres de la frontière allemande à vol d’oiseau et onze mois exactement avant les Accords de Locarno qui scellaient l’amitié franco-allemande, Jean Seitlinger a consacré naturellement sa vie publique à promouvoir l’idée européenne après avoir lui-même combattu à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

C’est dans ce cadre européen que j’ai eu la grande chance de le rencontrer plusieurs fois au début des années 1990, alors qu’il était encore député et adhérent du CDS. J’étais venu en voisin centriste (de Meurthe-et-Moselle). J’avais notamment visité avec lui le Centre d’études européennes de Scy-Chazelles, ville mosellane où a habité le père de l’Europe Robert Schuman(1886-1963) et là où il est enterré.

Issu d’une famille modeste dans une commune ouvrière, il fit ses études à Sarreguemines puis à Paris en lettres (licence) et en droit jusqu’au doctorat. À 18 ans (en 1943), il a rejoint le maquis des Glières en Haute-Savoie et s’est engagé volontaire en 1944-1945. Entre 1945 et 1949, il assura de l’enseignement, notamment en Autriche, et fut à cette occasion un délégué syndical de la CFTC : comme beaucoup de Mosellans de son époque, il était avant tout démocrate-chrétien.

Devenu avocat de Moselle en 1950, Jean Seitlinger sympathisa rapidement avec Robert Schuman dans les années 1950, figure forte de la vie politique locale. Lors de la dissolution soudaine de la Chambre des députés par Edgar Faure, Robert Schuman lui proposa d’être candidat sur sa liste (c’était un scrutin proportionnel avec apparentements), si bien que le 2 février 1956, Jean Seitlinger fut élu député centriste à l’âge de 31 ans, avec 91 637 voix (leur liste a obtenu quatre sièges). Ce fut le début d’une longue carrière politique, tant locale, nationale qu’européenne.

Jean Seitlinger fut élu et réélu député de Moselle (à partir de 1958 et sauf en 1986, dans la circonscription de Sarreguemines) de février 1956 à octobre 1962 (battu par le candidat gaulliste en 1962, 1967 et 1968), puis de mars 1973 à avril 1997 (d’abord MRP, puis CDP, enfin UDF-CDS). Il fut souvent membre de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée Nationale. Également conseiller général de Rohrbach-lès-Bitche de 1958 à 1964 et de 1976 à 1994, maire de Rohrbach-lès-Bitche de mars 1977 à mars 2001 (son petit-fils Vincent est l’actuel maire de la commune), enfin, député européen de juin 1979 à juin 1984 sur la liste centriste et proeuropéenne de Simone Veil, cumulant avec sa fonction de parlementaire national. Il fut également conseiller régional de Lorraine.

Ce type de carrière, cumulant de multiples mandats sur une longue période (quarante-cinq ans) était très ordinaire en France parmi ses contemporains. En tant que parlementaire, il fut aussi membre de l’Assemblée consultative du Conseil de l’Europe (qui n’est pas la même institution que l’Union Européenne), dont il fut le vice-président de la délégation française (1993 à 1997). En tant que parlementaire, il fut membre de la direction nationale du MRP, puis du CDS, ainsi que secrétaire général fondateur du Parti populaire européen (PPE), le parti des démocrates-chrétiens européens, de 1979 à 1982.

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Fondateur et, pendant longtemps, membre dirigeant de la Fondation Robert-Schuman (un think tank proeuropéen), Jean Seitlinger a rencontré de nombreuses personnalités européennes, même lorsqu’il était en retraite. Comme ce 30 septembre 2003 où il a reçu dans les locaux de l’Université Robert-Schuman de Strasbourg le Premier Ministre roumain Adrian Nastase ainsi que le Ministre roumain des Affaires étrangères Mircea Geoana à l’occasion de la parution de la traduction roumaine du livre "Pour l’Europe" de Robert Schuman (préfacée par Adrian Nastase).

Parmi ses premières contributions parlementaires, Jean Seitlinger fut l’auteur d’une loi proposant une rente pour les enfants conçus et nés après l’accident de leur père (proposition de loi déposée le 19 juillet 1957). Comme il était un spécialiste des affaires européennes, Jacques Chirac avait prévu de le nommer Ministre délégué aux Affaires européennes dans son gouvernement le 20 mars 1986 lors de la première cohabitation.

Mais des parlementaires RPR l’en dissuadèrent (car Jean Seitlinger avait été un très proche de Robert Schuman) si bien qu’avec plusieurs mois de retard, le 19 août 1986, Jacques Chirac a finalement nommé à ce poste Bernard Bosson (1948-2017), jeune maire d’Annecy et Secrétaire d’État aux Collectivités locales. Onze ans plus tard, Jean Seitlinger a eu cependant "affaire" avec Jacques Chirac lorsque celui-ci fut Président de la République et organisa le deuxième Sommet des chefs d’État et de gouvernement du Conseil de l’Europe les 10 et 11 septembre 1997 à Strasbourg.

Je termine par des mots de Jean Seitlinger qui montraient que, s’il étudiait beaucoup les dossiers internationaux et réfléchissait dans une dimension européenne, il n’en était pas moins un élu local bien implanté et qui savait promouvoir le terroir. La citation qui suit date d’avril 1987 lorsque Jean Seitlinger était encore le député-maire de Rohrbach-lès-Bitche et qu’il était présent lors du congrès des arboriculteurs. Elle a été publiée par Serge Haehnel, qui fut président du syndicat des arboriculteurs de Rohrbach-lès-Bitche entre avril 2007 et avril 2010, dans son blog sur le verger.

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En voici la teneur : « Chaque fois que nous nous rencontrons, lors de vos congrès, nous en arrivons, bien sûr, à discuter du problème des bouilleurs de cru. La presse en fait largement état dans ses comptes-rendus, si bien que d’aucuns s’imaginent que distiller est votre seul but ! Croire cela n’est que méconnaissance totale de votre art. ».

Et de remercier les arboriculteurs de sa commune pour tous les bienfaits qu’ils accomplissaient : « Pour tous ces arbres que vous plantez et élevez avec amour dans nos campagnes et nos cités, merci ! Pour cet écrin de fleurs qu’à la saison nouvelle vous mettez autour de nos villages, merci ! Pour les cerises que, gamins, nous allions chaparder pour en faire des boucles d’oreilles aux filles, merci ! Pour l’ombre bienfaisante dispensée par vos vertes frondaisons, à la saison chaude, merci ! Pour les beaux fruits qu’à l’automne vous mettez sur nos tables, merci ! Pour les bonnes tartes aux mirabelles et aux quetsches que nous dévorions de préférence encore chaudes, merci ! Pour les noix que nous grignotons au long des soirées d’hiver, merci ! Pour toute cette écologie que vous pratiquez depuis toujours, sans faire grand tintamarre, merci ! Et alors, pourquoi pas… Pour le petit schnaps, à la fin des bons repas de fêtes de famille, merci ! ». Un élu qui remercie autant ses électeurs producteurs, c’était au moins une marque de reconnaissance qui fait peut-être un peu défaut maintenant…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 septembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean Seitlinger.
Le CDS.
Simone Veil.
Nicole Fontaine.
Henry Jean-Baptiste.
Loïc Bouvard.
Bernard Bosson.
Bernard Stasi.
Dominique Baudis.
Jacques Barrot.
Adrien Zeller.
Alain Poher.
Jean Lecanuet.
René Monory.
Raymond Barre.
Charles Choné.
Bernard Bosson.
La construction européenne.
Marie-Jeanne Bleuzet-Julbin.
Olivier Lejeune.
Roger Mari.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180901-jean-seitlinger.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/01/01/36983772.html

 

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