Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
6 juillet 2018 5 06 /07 /juillet /2018 03:05

« L’admiration est très répandue parmi ceux qui se traitent eux-mêmes d’immortels. Nous nous détestons parfois, mais nous nous admirons presque toujours. Nous passons notre temps à nous asperger d’éloges plus ou moins mérités : nous sommes une société d’admiration mutuelle, que Voltaire déjà dénonçait en son temps. Cette admiration, vous la suscitez, bien sûr, vous-même. Mais, dans votre cas, quelque chose d’autre s’y mêle : du respect, de l’affection, une sorte de fascination. Beaucoup, en France et au-delà, voudraient vous avoir, selon leur âge, pour confidente, pour amie, pour mère, peut-être pour femme de leur vie. Ces rêves d’enfant, les membres de notre Compagnie les partagent à leur tour. Aussi ont-ils choisi de vous prendre à jamais comme consœur. Je baisse la voix, on pourrait nous entendre : comme l’immense majorité des Français, nous vous aimons, Madame. Soyez la bienvenue au fauteuil de Racine, qui parlait si bien de l’amour. » (Jean d’Ormesson à Simone Veil, le 18 mars 2010 sous la Coupole, Paris).


_yartiVeilSimoneG01

Comme l’immense majorité des Français, nous vous aimons, Madame. Ces mots si forts et émouvants, ils ont été prononcés par Jean d’Ormesson, à l’époque le doyen des immortels, devant trois Présidents de la République, Valéry Giscard d’Estaing (devenu académicien), Jacques Chirac (qui lui a remis son épée d’académicienne le 16 mars 2010 au Sénat) et Nicolas Sarkozy (Président en exercice, et donc protecteur des académiciens). Il accueillait Simone Veil le 18 mars 2010 à l’Académie française. Une réception si importante qu’elle fut (il me semble) retransmise en direct par une chaîne de la télévision publique (on peut télécharger toute la cérémonie ici).

Désormais, les livres d’histoire rajouteront aussi Antoine. On associera le couple, on dira peut-être Antoine et Simone Veil, comme on dit Pierre et Marie Curie. C’est déjà le cas dans une ville de la région parisienne en rebaptisant un lieu public (la "Place Simone et Antoine Veil", ancienne Place Stalingrad, à Puteaux, inaugurée le 8 mars 2018 par Joëlle Ceccaldi-Raynaud et Jean Veil). Les deux ont été transférés au Panthéon le dimanche 1er juillet 2018 dans une cérémonie en grandes pompes.

Je ne suis pas sûr que les deux personnes concernées auraient accepté tous ces honneurs, trop d’honneurs même. Si Simone était partie avant Antoine, il serait même probable qu’il n’y aurait jamais eu cette cérémonie. Antoine Veil l’aurait sans doute refusée, aurait su prévenir, imaginer cette possibilité et l’arrêter à temps. Il y a évidemment beaucoup de vanité à canoniser sous la République. On dit souvent que l’enterrement, cela sert avant tout aux survivants. À faire le deuil. Alors le Panthéon… La vanité, ce ne sont pas les saints qu’on s’est choisis mais ceux qui les canonisent qui la nourrissent. Un besoin d’exemplarité peut-être ? Une démonstration politique, sans doute ?

_yartiVeilSimone2017A05

Presque toute l’élite politique était présente aux côtés de la famille (en particulier, Jean Veil, Pierre-François Veil, aussi Sibyle Veil, présidente de Radio France, etc.) : notamment (je suis loin d’être exhaustif) Édouard Philippe, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Manuel Valls, Jean-Marc Ayrault, François de Rugy, Bruno Le Maire, Gérard Darmanin, Nicole Belloubet, Agnès Buzyn (qui fut la belle-fille de Simone Veil et, geste prémonitoire, elle lui avait offert son fauteuil du Ministère de la Santé), Valérie Pécresse, Pierre Moscovici, Anne Hidalgo, Carla Bruni, Julie Gayet… et même Jean-Luc Mélenchon, fier et ému d’être présent. La Chancelière allemande, Angela Merkel, qui avait prévu de venir, a été retenue à Berlin pour dénouer une crise politique très grave avec son Ministre de l’Intérieur prêt à faire quitter la CSU de la fragile coalition gouvernementale.

Vanité, mais aussi, pourquoi cacher son plaisir et son émotion ? Cette cérémonie était amplement mérité. Lorsqu’elle est entrée à l’Académie française, Simone Veil avait modestement prévenu : elle n’était pas une écrivaine, elle ne laisserait rien, aucun écrit mémorable. Mais elle remerciait ses compagnons de lettres de l’avoir si gentiment accueillie. Elle n’y pouvait presque rien. C’étaient François Jacob, Maurice Druon, deux grands résistants, Jean d’Ormesson et dix-neuf autres académiciens qui voulaient absolument la rendre immortelle (elle fut élue le 20 novembre 2008). Selon eux, la présence aurait honoré la noble institution. Elle l’a honorée. Et puis, son fauteuil était depuis peu "réservé" aux responsables politiques. Juste avant elle, Pierre Messmer et Maurice Schumann.

_yartiVeilSimoneG03

Ce qu’il faut comprendre d’elle, ce n’est pas de la réduire à la simple loi de dépénalisation de l’IVG. Pour elle, c’était surtout l’épreuve du feu politique. Une mauvaise mission donnée par Valéry Giscard d’Estaing. Sans Antoine Veil, elle ne l’aurait sans doute jamais fait passer. Grâce à ses réseaux qui dépassaient les frontières partisanes, Antoine Veil a pu trouver des soutiens au-delà de la majorité giscardienne très étriquée dans la mesure où beaucoup d’UDR refusaient ce projet. Antoine Veil, très influent chez les démocrates-chrétiens (les centristes), avait su conseiller son épouse pour la rédaction de certaines tournures du texte pour qu’il fût adoptable par des députés qui voulaient aussi agir selon leur foi chrétienne.

Dans le débat parlementaire, le 26 novembre 1974, Simone Veil précisa aux députés son état d’esprit : « Je voudrais d’abord vous faire partager une conviction de femme, je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame. C’est pourquoi, si le projet qui vous est présenté tient compte de la situation de fait existante, s’il admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour le contrôler et, autant que possible, en dissuader la femme. (…) Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu’il perde ce caractère d’exception, sans que la société paraisse l’encourager ? » (Séance à l’Assemblée Nationale).

Une femme politique, oui, bien sûr qu’elle le fut. Jean d’Ormesson rappelait dans sa réponse à Simone Veil, le 18 mars 2010, qu’elle fut une premier-ministrable dès 1974, avant même d’avoir été connue des Français : « Vous étiez liée avec [la] principale conseillère [de Chirac], magistrat comme vous, Marie-France Garaud. Un magazine féminin publie un article sur un éventuel et imaginaire gouvernement de femmes. Sur ce podium virtuel, à la surprise, il faut le dire, de beaucoup, et d’abord de vous-même, vous étiez propulsée au poste de Premier Ministre. Un soir, à dîner chez des amis, où se fait sentir une certaine ironie à l’égard de l’improbable journalisme féminin et de ses vaticinations, le téléphone sonne. (…) Au bout du fil, Jacques Chirac qui vient d’être désigné comme Premier Ministre par Giscard. Il vous offre d’entrer dans le son gouvernement que le Président Giscard d’Estaing, en novateur, souhaite aussi large que possible. Vous n’hésitez pas longtemps. Vous devenez Ministre de la Santé. Vous êtes la seule femme ministre. ». D’autres femmes furent nommées au gouvernement, à des places moindres, comme Françoise Giroud, Monique Pelletier.

Simone Veil avait voté pour Jacques Chaban-Delmas au premier tour de l’élection présidentielle parce qu’elle le pensait meilleur réformateur. La voici désormais lancée dans la vie politique, sous la houlette de "mentors" avec lesquels elle n’a jamais perdu son libre-arbitre : Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, Édouard Balladur, et Nicolas Sarkozy (qui la faisait beaucoup rire aux conseils des ministres entre 1993 et 1995).

Certes, elle a eu une carrière politique prestigieuse (deux fois ministre, dont une fois numéro deux du gouvernement avec le titre de Ministre d’État, première Présidente du Parlement Européen, trois fois tête de liste nationale aux élections européennes, membre du Conseil Constitutionnel, etc.), mais comme des dizaines d’autres hommes ou femmes politiques sous la Cinquième République.

Ce qui la distinguait, c’était qu’elle a toujours été appréciée des Français, toujours en tête des sondages, et sans doute la seule femme vraiment capable d’être élue Présidente de la République, première Présidente de la République française. Elle n’a jamais imaginé se positionner avec un tel objectif, parce qu’elle n’aimait pas le jeu des manœuvres politiciennes (cela l’agaçait profondément), et parce qu’elle était convaincue qu’il était encore trop tôt pour que l’électorat acceptât une femme à l’Élysée. Elle aurait pu aussi devenir Premier Ministre, cela n’aurait pas choqué. Finalement, la première (et seule) Premier Ministre fut Édith Cresson (en mai 1991) et la première (et seule) candidate à l’élection présidentielle capable de gagner un second tour d’une élection présidentielle fut Ségolène Royal (seule, car pour l’instant, Marine Le Pen est loin de ce potentiel de victoire). En ce sens, Simone Veil était unique dans le paysage politique français.

_yartiVeilSimoneG02

Mais je crois que ce n’était pas ces deux facettes (auteure de la loi sur l’IVG, femme politique à stature présidentielle) qu’il fallait mettre en avant pour lui rendre hommage et je crois que le Président de la République Emmanuel Macron, seul à parler au Panthéon, a eu raison d’insister plutôt sur son engagement européen. Au contraire de certains responsables politiques, cet engagement européen n’était pas vain, n’était pas de l’hypocrisie, n’était pas une simple posture électorale, politique ou intellectuelle. Il était l’incarnation de tout ce que Simone Veil avait toujours été. Et c’est d’ailleurs à ce sujet que la présence d’Antoine Veil à ses côtés, lui aussi touché de près, a été indispensable à sa vie, à son équilibre : « le haut fonctionnaire doué pour la vie qui apporta à la jeune rescapée l’élégance et l’humour qui lui permirent de revivre » (selon les mots d’Emmanuel Macron, le 1er juillet 2018).

Car il faut hélas rappeler que Simone Veil n’a jamais vécu qu’en sursis. Elle aurait dû mourir le 15 avril 1944 dans un four crématoire lorsqu’elle est arrivée à Auschwitz du camp de Drancy par train à bestiaux. Elle n’avait que 15 ans et c’était le sort destiné aux nouveaux arrivants "non productifs" du camp. Il a fallu une sorte de miracle, qu’un détenu venu d’on ne savait où et reparti aussi vite qui lui conseillât, en français, de dire qu’elle avait au moins 18 ans au moment de la cruelle "sélection". Elle resta en vie et devint le matricule 78651, tatoué sur son bras.

Rescapée, mais meurtrie, endeuillée, en ayant perdu son frère Jean avec qui elle avait noué une grande complicité, son père, sa mère… Si Simone Veil a marqué autant de pudeur, de distance, de gravité, dans son comportement, c’était parce qu’elle avait vécu ce que peu avaient vécu, mais aussi, ce que peu pouvaient comprendre de ce qu’elle avait vécu. Elle était sortie de l’enfer. Elle avait connu l’enfer.

On aurait pu alors imaginer une haine contre les Allemands, une haine contre l’Europe en général qui avait tout fait pour ne pas contenir la "folie" d’Hitler. Et c’est le contraire qui s’est passé. Simone Veil, humaniste incarnée, savait que le nazisme pouvait se développer n’importe où dans le monde. Ce n’était pas une question de géographie, ni de peuple, mais d’humanité. Et le seul moyen d’éviter la guerre, c’est de s’aimer ! Son engagement très tôt en faveur de l’amitié franco-allemande et de la construction européenne pour bâtir une paix durable a montré sa capacité à surmonter ce que son propre corps, son propre cœur et sa propre âme avaient vécu comme calvaire.

C’était cet engagement qu’Emmanuel Macron a voulu célébrer ce 1er juillet 2018 au moment où l’Europe vacille dans une sorte d’élan nationaliste égoïste généralisé. C’était le sens aussi de cette mise en scène avec un tapis d’honneur aux couleurs de l’Europe.

Dans son allocution (disponible ici dans son intégralité), Emmanuel Macron a rappelé l’amour dont avait parlé Jean d’Ormesson : « La France aime Simone Veil. Elle l’aime dans ses combats, toujours juste, toujours nécessaire, toujours animée par le souci des plus fragiles où elle s’engagea avec une force de caractère peu commune. La France l’aime plus encore parce qu’elle a compris d’où lui venait cette force mise au service d’une humanité plus digne. ».

_yartiVeilSimoneG04

Simone Veil était d’abord une humaniste : « Malgré les malheurs et les deuils, elle conçut la certitude qu’à la fin, l’humanité l’emporte sur la barbarie. Toute sa vie fut l’illustration de cet invincible espoir. Nous avons voulu que Simone Veil entre au Panthéon sans attendre que passent les générations, comme nous en avons pris l’habitude, pour que ses combats, sa dignité, son espérance restent une boussole dans les temps troublés que nous traversons. Parce qu’elle a connu le pire du XXe siècle et s’est pourtant battue pour le rendre meilleur, Simone Veil reposera avec son époux dans le sixième caveau. » (Emmanuel Macron).

Le sixième caveau, où sont inscrits le nom des Justes. Le couple repose donc aux côtés de Jean Moulin, André Malraux, René Cassin et Jean Monnet. Cet honneur est mérité : « Comme eux, Simone Veil s’est battue contre les préjugés, l’isolement, contre les démons de la résignation ou de l’indifférence, sans rien céder, parce qu’elle savait ce qu’était la France. » (Emmanuel Macron).

Esprit de réalité et lucidité : « Elle se fit combattante de la paix, elle se fit combattante de l’Europe. Elle voulut l’Europe par réalisme, non par idéalisme ; par expérience, non par idéologie ; par lucidité, non par naïveté. Elle n’était pas tendre pour les fadeurs iréniques et les complications technocratiques qui, parfois, devenaient le visage de cette Europe, car elle était de cette génération pour laquelle notre Europe n’était ni un héritage ni une contrainte, mais une conquête de chaque jour. (…) Elle ne cessa d’en raviver la flamme originelle et d’en incarner l’esprit fondateur. » (Emmanuel Macron).

_yartiVeilSimone2017A06

Fière de se retrouver immortelle parmi d’autres immortels, Simone Veil avait cité Victor Hugo lors de sa réception le 18 mars 2010 : « Les pères de l’Europe ont voulu construire une réalité à partir du rêve d’un homme dont la voix a retenti nombre de fois sous cette Coupole. J’ai nommé Victor Hugo. En 1841, fraîchement élu à l’Académie, il se consacre à la rédaction d’un texte sur le Rhin, où il ébauche le projet d’une union européenne fondée sur ce qu’il est convenu aujourd’hui de nommer le couple franco-allemand. Il écrit : "La France et l’Allemagne sont essentiellement l’Europe. L’Allemagne est le cœur, la France est la tête. Le sentiment et la pensée, c’est tout l’homme civilisé. Il y a entre les deux peuples connexion intime, consanguinité incontestable. Ils sortent des mêmes sources ; ils ont lutté ensemble contre les Romains ; ils sont frères dans le passé, frères dans le présent, frères dans l’avenir". ».

Européenne mais aussi profondément Française, Emmanuel Macron a insisté sur cette compatibilité : « Elle croyait en ce destin commun qu’on appelle nation, et dans cette aventure exaltante qu’on appelle civilisation, elle savait que chaque jour qui passe est un nouveau combat contre la barbarie. (…) Simone Veil s’est battue pour que la France reste fidèle à elle-même. ».

Emmanuel Macron a rappelé aussi l’humilité dont elle faisait preuve à propos de son épreuve à Auschwitz : « Jamais Simone Veil n’accepta qu’on la décore pour avoir été déportée, et pas davantage, elle n’accepta qu’émerge une rivalité des mémoires. La réalité des chambres à gaz et des fours crématoires des camps d’extermination, instruments du crime contre l’humanité, n’atténue en rien l’héroïsme des résistants torturés, fusillés, déportés. Mais il existe une vérité de l’histoire et la vérité du martyre juif fait aujourd’hui partie intégrante de l’histoire de France, comme en fait partie l’épopée de la Résistance. (…) [Jean Moulin et Simone Veil] sont pour nous deux exemples d’humanité profonde, lui héroïque dans son sacrifice, elle admirable par son courage et par son témoignage. ».

Car c’est bien le témoignage l’essentiel. Simone Veil y consacra sa "retraite" politique pendant les quinze dernières années de sa vie, revisitant même les lieux qui l’ont fait souffrir aux côtés du Président Jacques Chirac. Présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah de 2001 à 2007, Simone Veil rejetait les expressions trop bien ficelées : « Je n’aime pas l’expression "devoir de mémoire". Le seul "devoir", c’est d’enseigner et de transmettre. ».

C’est cette transmission qui est décisive pour les jeunes génération et dont l’un des promoteurs particuliers vient de s’éteindre ce 5 juillet 2018, à l’âge de 92 ans, Claude Lanzmann, réalisateur de documentaire "Shoah" sorti le 1988. Par son esprit, par sa mémoire, Simone Veil sera ainsi la gardienne du temple, la gardienne vigilante de la sagesse et de la mémoire françaises…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 juillet 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Antoine et Simone Veil, nous vous aimons !
Discours du Président Emmanuel Macron au Panthéon le 1er juillet 2018 (texte intégral).
Enregistrement de la réception de Simone Veil à l’Académie française le 18 mars 2010 (à télécharger).
Les époux Veil honorés au Panthéon.
Antoine Veil.
Simone Veil, un destin français.
L’hommage de la République à Simone Veil.
Discours d’Emmanuel Macron en hommage à Simone Veil le 5 juillet 2017 aux Invalides (texte intégral).
Discours de Jean Veil et Pierre-François en hommage à leur mère Simone Veil le 5 juillet 2017 aux Invalides (texte intégral).
Simone Veil, une Européenne inclassable.
Simone Veil académicienne.
Discours de réception de Simone Veil à l’Académie française (18 mars 2010).
Discrimination : rien à changer.
Rapport du Comité Veil du 19 décembre 2008 (à télécharger).
Mort d'Antoine Veil.
Bernard Stasi.
Bernard Stasi et Antoine Veil.
Denise Vernay.
Ne pas confondre avec Simone Weil.

_yartiVeilSimoneG05


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180701-pantheon-antoine-simone-veil.html

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/antoine-et-simone-veil-nous-vous-205786

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/07/08/36540098.html
 

Partager cet article
Repost0
1 juillet 2018 7 01 /07 /juillet /2018 22:31

(verbatim)


Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180701-pantheon-antoine-simone-veil.html


Discours du Président Emmanuel Macron au Panthéon en hommage à Antoine et Simone Veil, le 1er juillet 2018 à Paris

Le 5 juillet dernier, lorsque j’ai annoncé, à l’issue de l’hommage qui lui était rendu dans la Cour des Invalides, que Simone VEIL reposerait au Panthéon au côté de son époux, cette décision ne fut pas seulement la mienne.

Ce ne fut pas non plus celle de sa famille qui, cependant, y consentit.

Cette décision fut celle de tous les Français.

C’est intensément, tacitement, ce que toutes les Françaises et tous les Français souhaitaient.

Car la France aime Simone VEIL.

Elle l’aime dans ses combats, toujours juste, toujours nécessaire, toujours animée par le souci des plus fragiles où elle s’engagea avec une force de caractère peu commune.

La France l’aime plus encore parce qu’elle a compris d’où lui venait cette force mise au service d’une humanité plus digne.

Ce n’est que tardivement, lorsque Simone VEIL passé 50 ans que la France découvrit que les racines de son engagement plongeaient dans la noirceur absolue, innommable des camps de la mort. C'est là qu'elle trouva en elle pour survivre cette part profonde, secrète, inaliénable qu'on appelle dignité. C'est là que malgré les malheurs et les deuils, elle conçut la certitude qu'à la fin, l'humanité l'emporte sur la barbarie.

Toute sa vie fut l'illustration de cet invincible espoir. Nous avons voulu que Simone VEIL entre au Panthéon sans attendre que passent les générations, comme nous en avions pris l'habitude, pour que ses combats, sa dignité, son espérance restent une boussole dans les temps troublés que nous traversons.

Parce qu'elle a connu le pire du XXème siècle et s'est pourtant battue pour le rendre meilleur, Simone VEIL reposera avec son époux dans le 6ème caveau.

Elle y rejoindra quatre grands personnages de notre histoire : René CASSIN, Jean MOULIN, Jean MONNET et André MALRAUX. Ils furent comme elle des maîtres d'espérance. Comme eux Simone VEIL s'est battue contre les préjugés, l'isolement, contre les démons de la résignation ou de l'indifférence sans rien céder, parce qu'elle savait ce qu’était la France.

Comme eux, elle a bravé l'hostilité, agi en précurseur, embrassé des causes qu'on croyait perdues pour rester fidèle à l'idée qu'elle se faisait de la République et à l'espoir qu'elle plaçait en elle.

Il est beau aujourd’hui que cette femme rejoigne en ce lieu la confrérie d'honneur à laquelle, par l'esprit, par les valeurs, elle appartient de plein droit et dont elle eut toute sa vie les combats en partage.

Comme René CASSIN, Simone VEIL s'est battue pour la justice.

En 1948, CASSIN avait fait ratifier par l'Assemblée générale des Nations unies la Déclaration universelle des droits de l'Homme. Simone VEIL savait cependant que dans ce noble combat des droits humains, la moitié de l'humanité continuait obstinément d'être oubliée : les femmes.

Elle avait vu leur soumission et leurs humiliations, elle-même avait affronté des inégalités qu'elle jugeait absurdes, dépassées. Alors elle se bâtit pour que justice soit faite aux femmes, à toutes les femmes.

Justice pour les femmes détenues dans des conditions indignes, qu'elle s'efforça quand elle était magistrate d'améliorer, justice pour les femmes, leur indépendance financière, leur autonomie conjugale, leur égalité dans l'autorité parentale.

Justice pour que leur qualités et talents soient reconnus et utilisés dans tous les domaines.

Pour les femmes meurtries dans leur chair, dans leur âme, par les faiseuses d'anges, pour les femmes qui devaient cacher leur détresse ou la honte, et qu'elle arracha à leur souffrance en portant avec une force admirable le projet de loi sur l'interruption volontaire de grossesse, à la demande du président Valéry GISCARD D’ESTAING et avec le soutien du Premier ministre Jacques CHIRAC.

Justice pour les femmes incertaines de leurs droits et de leur place dans la société, pour les femmes reléguées par les lois, les clichés, les conventions. Justice pour toutes ces femmes qui, partout dans le monde, sont martyrisées, violentées, vendues, mutilées.

Avec Simone VEIL entrent ici ces générations de femmes qui ont fait la France, sans que la nation leur offre la reconnaissance et la liberté qui leur était due. Qu’aujourd’hui par elle, justice leur soit à toutes rendue.

Et qu’en ce jour, nos pensées aillent plus particulièrement à l’une d’elles, à une femme résolue, forte, douce qui, dans les conditions indicibles des camps de la mort soutint ses deux filles de toute la force de son amour. Elle aurait désiré pour elle une vie d’insouciance, mais pendant de longs mois, son destin tragique voulut que le spectacle de leur souffrance ajoutât à la sienne, jusqu’à son épuisement final, jusqu’à sa mort.

Je salue ici la mémoire de la mère tant aimée de Simone VEIL, Madame Yvonne JACOB, née STEINMETZ, morte à Bergen-Belsen au mois de mars 1945, dont l’exemple inspira le combat de Simone VEIL pour les femmes.

Comme Jean MONNET, Simone VEIL s’est battue pour la paix et, donc, pour l’Europe.

Elle qui avait vécu l’indicible expérience de la sauvagerie et de l’arbitraire savait que seul le dialogue et la concorde entre les peuples empêcheraient qu’Auschwitz ne renaisse sur les cendres froides de ses victimes.

Elle se fit combattante de la paix, elle se fit combattante de l’Europe. Elle voulut l’Europe par réalisme, non par idéalisme ; par expérience, non par idéologie ; par lucidité, non par naïveté.

Elle n’était pas tendre pour les fadeurs iréniques et les complications technocratiques qui, parfois devenait le visage de cette Europe, car elle était de cette génération pour laquelle, notre Europe n’était ni un héritage ni une contrainte, mais une conquête de chaque jour.

Comme parlementaire, comme présidente du Parlement européen, comme citoyenne engagée, elle ne cessa d’en raviver la flamme originelle et d’en incarner l’esprit fondateur.

Jean MONNET disait que l’Europe serait la somme des solutions à porter à ces crises. Nous devons à Simone VEIL de ne pas laisser les doutes et les crises qui frappent l’Europe atténuer la victoire éclatante que depuis 70 ans, nous avons remportée sur les déchirements et les errances des siècles passés.

Rien ne serait pire que renoncer à l’espoir qui a fait naître l’Europe des ruines où elle s’était ensevelie et où elle aurait pu périr.

Nous sommes aujourd’hui les dépositaires de ce défi aux vieilles nations qu’elle ne cessa de vivifier. Ce défi est le nôtre, celui de la jeunesse de France et d’Europe, alors que les vents mauvais à nouveau se lèvent. Il est notre plus bel horizon.

Comme André MALRAUX, Simone VEIL s’est battue pour la civilisation.

Née avant la guerre, dans une civilisation qui se croyait encore immortelle, elle en vit l’effondrement rapide et cruel. Elle vit les repères moraux de l’humanité disparaître. Elle vit des S.S martyriser le jour des enfants dans les camps, avant de retrouver les leurs le soir venu autour de la tablée familiale.

Elle savait dans sa chair qu’Auschwitz avait bouleversé durablement l’idée même de civilisation. Elle partageait avec MALRAUX le triste constat qu’il n’y avait plus de « signification de l’homme » et plus de « signification du monde ». Mais elle savait aussi qu’on pouvait rebâtir une civilisation nouvelle.

Eprise d’art et de littérature, elle continua de croire que la culture grandit l’homme et l’éclaire sur son destin. Elle reposera à quelques mètres de son cher Jean RACINE, que son père André JACOB avait si bien su lui faire aimer, qui est enterré en l’église Saint-Etienne-du-Mont, dont elle occupa le fauteuil à l’Académie française.

Œuvrant pour l’éducation, la réhabilitation des prisonniers ou comme ministre, pour la protection des plus fragiles, elle savait que les civilisations se tissent de ces liens organiques, de ces mille fils invisibles.

Engagée dans l’amitié entre les peuples européens, elle le fut aussi dans le dialogue entre Israéliens et Palestiniens, parce que l’humanité ne s’arrête pas à nos frontières.

Elle croyait en ce destin commun qu’on appelle nation, et dans cette aventure exaltante qu’on appelle civilisation, elle savait que chaque jour qui passe est un nouveau combat contre la barbarie.

Comme Jean MOULIN, Simone VEIL s’est battue pour que la France reste fidèle à elle-même.

Trahie par un Etat français qui pactisait avec l’occupant nazi, elle aurait pu retourner contre son pays la douleur de son épreuve et de ses deuils, elle n’en fit rien.

Et lorsqu’elle décida de témoigner de sa déportation, ce fut d’abord pour rendre hommage aux Justes de France. Elle se leva contre ceux qui dressaient le portrait d’une France gagnée par les délires antisémites de HITLER, de PETAIN et de LAVAL, pour rappeler le courage inouï et spontané de ces familles françaises qui, au péril de leur vie, avaient caché des enfants juifs, les sauvant de la persécution et d’une mort atroce.

Elle rappela ce temps où des Français fournissaient à leurs concitoyens juifs des faux papiers et des certificats de travail. C’était le temps où l’archevêque de Toulouse, Monseigneur SALIEGE, appelait à l’asile dans les églises, c’était le temps où des pasteurs célébraient secrètement Pourim dans leur temple. C’était le temps où des solidarités souterraines maintenaient la fraternité française.

A gauche du caveau numéro 6, sur le mur de la crypte sont inscrits les noms des Justes.

En ce temps-là, la France restait aussi la France parce que des hommes et des femmes abandonnaient tout pour grossir les rangs de l’armée des ombres. Alors le général DE GAULLE chargeait Jean MOULIN d’organiser la résistance.

C’est pour cette France-là, pour la vraie France, contre la France défigurée dont les collabos exilés continuaient de défendre les crimes que Simone VEIL un jour décida de témoigner.

La France, grâce à elle et quelques autres, regarda en face ce qu’elle n’avait pas voulu voir, ce qu’elle n’avait pas voulu entendre, ce qu’elle avait tant voulu oublier et qui, pourtant, était une partie d’elle-même. Elle comprit que la nation ne doit pas redouter la mémoire blessée de ses fils et de ses filles meurtris, mais l’accueillir et la faire sienne.

Jamais Simone VEIL n’accepta qu’on la décore pour avoir été déportée, et pas davantage elle n’accepta qu’émerge une rivalité des mémoires. La réalité des chambres à gaz et des fours crématoires des camps d’extermination, instruments du crime contre l’humanité, n’atténue en rien l’héroïsme des résistants torturés, fusillés, déportés.

Mais il existe une vérité de l’histoire et la vérité du martyre juif fait aujourd’hui partie intégrante de l’histoire de France, comme en fait partie l’épopée de la Résistance.

Simone VEIL reposera au côté de Jean MOULIN, le héros de la Résistance, le supplicié de Klaus BARBIE qui ne livra aucun secret sous la torture la plus abjecte. Elle, Simone VEIL qui martyrisée par les S.S ne renonça jamais à sa dignité.

Ils sont pour nous deux exemples d’humanité profonde, lui héroïque dans son sacrifice, elle admirable par son courage et par son témoignage. Elle qui, sur le bras gauche, portait le stigmate de son malheur, ce numéro de déportée à Birkenau dont un jour un Français lui demanda si c’était son numéro de vestiaire. Ce numéro 78651 était le viatique de sa dignité invulnérable et intacte. Il sera gravé sur son sarcophage, comme il avait été tatoué sur sa peau d’adolescente. Car en Simone VEIL, c’est enfin la mémoire des déportés raciaux, comme le disait elle-même, des 78.500 juifs et tziganes déportés de France qui entre et vivra en ces lieux.

Demain, elle rejoindra les quatre chevaliers français qui dorment dans ce caveau. Simone VEIL pourra en entrant les regarder fièrement de ce regard minéral, toujours inquiet. Elle pourra leur dire : « j’ai fait ma part ».

Elle sera accueillie en égale dans cette famille unie par les idéaux et le courage qu’on appelle « les héros français ».

Elle nous appelle à faire nous aussi notre part.

Un autre chevalier les aura rejoints, un chevalier servant, car il n’était pas pensable de désunir ce que la vie avait si fortement soudé, dans la joie mais aussi dans ces deuils terribles que furent la perte de la sœur de Simone VEIL, Madeleine dite Milou, survivante des camps comme elle, disparue dans un accident de voiture ; et la mort de son fils Claude-Nicolas, terrassé en 2002 par une crise cardiaque.

Il n’était pas pensable que Simone repose sans Antoine. Cette compagnie lui aurait manqué.

Antoine, le haut fonctionnaire doué pour la vie qui apporta à la jeune rescapée l’élégance et l’humour qui lui permirent de revivre. Antoine qui rêvait de politique et à sa sortie de l’ENA avait commencé à s’en mêler en libéral européen. Antoine qui eut l’intelligence de comprendre que sa femme, elle, apportait à la politique non le simple désir de changer les choses, mais l’âpre volonté de combattre pour l’essentiel.

Il mit alors son talent, son amour au service des batailles menées par Simone, qu’il soutint jusque dans les heures difficiles où ses adversaires maniaient l’injure immonde et la menace physique.

Leur dialogue ne cessa jamais, ponctué de rires et parfois de mélancolie, égayé par une famille de trois fils : Jean, Claude-Nicolas et Pierre-François et bientôt douze petits-enfants. Ce dialogue fut interrompu seulement par la mort d’Antoine en 2013, lui qui semblait fait pour vivre toujours, tant jamais le goût de la vie ne l’avait quitté.

Le Panthéon désormais bruissera du murmure de leurs conversations.

Votre œuvre Madame fut grande, parce qu’elle s’est nourrie de vos deuils et de vos blessures, de vos fidélités et de vos intransigeances, mais aussi parce que vous l’avez entièrement vouée à la France et à la République.

Tout ce que vous avez fait, vous l’avez fait aussi parce que la République vous y appelait, vous y portait, vous y encourageait. Vous avez cru en la République et la République a cru en vous. La grandeur de l’une a fait la grandeur de l’autre. C’est parce que de toutes vos forces, vous l’avez honorée qu’aujourd’hui, elle vous honore.

Votre œuvre cependant n’est pas achevée. Elle entre ici dans l’histoire et dans la postérité. Puisse vos combats continuer à couler dans nos veines, à inspirer notre jeunesse et à unir le peuple de France. Puissions-nous sans cesse nous montrer dignes comme citoyens, comme peuple des risques que vous avez pris et des chemins que vous avez tracés, car c’est dans ces risques et sur ces chemins, Madame, que la France est véritablement la France.

Au soir de votre vie, vous avez souhaité qu’un kaddich soit dit sur votre tombe, votre vœu fut exaucé par votre famille le 5 juillet 2017, au cimetière du Montparnasse.

Aujourd’hui, la France vous offre un autre chant, celui dont les prisonnières de Ravensbrück avaient brodé les premiers mots sur des ceintures de papier ; et qu’elles chantèrent le 14 juillet 1944 devant les S.S médusés. Ce chant que les déportés, chacun dans leur langue, entonnaient lorsque leur camp était enfin libéré, car ils le connaissaient tous par cœur. Ce chant dont le monde a résonné lorsque la barbarie de nouveau a montré chez nous sa face hideuse.

Ce chant c’est celui de la République, c’est celui de la France que nous aimons et que vous avez faite plus grande et plus forte. Qu’il soit aujourd’hui, Madame, le chant de notre gratitude et de la reconnaissance de la nation que vous avez tant servie et qui vous a tant aimée.

Ce chant c’est la Marseillaise.

Vive la République, vive la France.

Emmanuel Macron, le 1er juillet 2018 au Panthéon, à Paris.

Source : www.elysee.fr/

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180701-discours-macron-pantheon-veil.html

 

Partager cet article
Repost0
24 juin 2018 7 24 /06 /juin /2018 12:13

« L’équipe est au complet. Avec eux, et pour vous, chacun des 600 prochains jours devra être utile au pays et à la hauteur de ses défis. C’est au plus près des Français que nous leur trouverons des solutions : nous irons à votre rencontre, partout sur le territoire. » (Jean Castex, Twitter le 26 juillet 2020).



_yartiGvtCastexSE04

On aurait voulu la faire plus discrète, on n’aurait pas pu : le dimanche soir, en fin juillet, en plein été, dans la torpeur du soleil qui se couche. La nomination des onze secrétaire d’État a eu lieu ce dimanche 26 juillet 2020. Elle était attendue depuis la nomination du gouvernement de Jean Castex le 6 juillet 2020. Pourquoi autant de temps entre les deux ? On a dit que Jean Castex voulait attendre son vote de confiance pour être sûr que tous les députés de la majorité la votent et leur laisser l’improbable espoir d’une nomination au gouvernement.

La nouvelle équipe se réunira au complet à l’Élysée au prochain conseil des ministres du 29 juillet 2020 à 10 heures, avec les distances de sécurité. Seuls, ensuite, les ministres pleins assisteront à tous les conseils des ministres, et les "sous-ministres" n’y participeront que lorsqu’ils auront une communication à y faire. Gouvernement pléthorique plus que resserré : avec seize ministres, quatorze ministres délégués et douze secrétaires d’État, il y a donc quarante-trois membres du gouvernement, ce qui est beaucoup, frôlant le record du gouvernement de Michel Rocard. Point positif (à mon sens), pour la première fois de l’histoire politique, il y a un peu plus de femmes que d’hommes dans le gouvernement français.

On peut lire le décret présidentiel ici pour avoir le détail de la totalité des nouveaux membres du gouvernement. Six nouveaux membres du gouvernement ont été nommés le 26 juillet 2020, cinq députés et un membre du cabinet présidentiel. Quant à ceux qui sortent, ils sont seulement quatre secrétaires d’État (dont Sibeth Ndiaye, chargée maintenant à LREM de dénicher de nouveaux talents pour l’avenir…).

Je propose ici de saluer l’arrivée de deux nouvelles secrétaires d’État, Sarah El Haïry et Olivia Grégoire, deux jeunes députées énergiques et combattives, et je regrette le départ de deux secrétaires d’État sortantes du gouvernement précédent dirigé par Édouard Philippe, qui n’avaient pas démérité, à savoir Brune Poirson et Christelle Dubos.


Brune Poirson (37 ans)

À 37 ans, Brune Poirson a déjà un long parcours tant dans la vie professionnelle que dans la vie politique. Née à Washington et franco-américaine, diplômée notamment de l’IEP d’Aix-en-Provence et de Harvard, elle a eu l’occasion de travailler à l’étranger à de nombreuses reprises, et s’est intéressée au développement durable. Elle a participé notamment à des projets en Inde et à Boston. Soutenant la campagne présidentielle du futur Président Emmanuel Macron, elle fut recommandée par Hubert Védrine auprès de Jean-Paul Delevoye pour obtenir l’investiture LREM aux élections législatives.

Élue députée du Vaucluse d’où sa famille est originaire le 18 juin 2017 (dans la circonscription de Marion Maréchal, elle a battu un candidat du FN avec 50,7% des voix), elle fut nommée dans la foulée, le 21 juin 2017, Secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire jusqu’au 3 juillet 2020, auprès des ministres Nicolas Hulot, François de Rugy puis Élisabeth Borne, plus particulièrement chargée de la biodiversité, de la mer et des océans, ainsi que de la plupart des projets européens.

Dans ses fonctions ministérielles, Brune Poirson s’est particulièrement préoccupée du projet de loi contre le gaspillage, qui est devenue la loi n°2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire. Cette loi a pour objectif de réduire l’obsolescence des biens de consommation, prolonger la vie des produits, réduire les emballages, pour protéger le consommateur et responsabiliser le producteur, améliorer le tri des déchets et leur recyclage. Un titre est consacré à la lutte contre les dépôts sauvages.

Elle a fait partie des membres du gouvernement qui ont souvent bataillé au Parlement, faisant preuve de combativité et de sens politique. Pour exemple, elle n’a pas hésité à polémiquer en répondant à deux questions d’opposants pour tourner en ridicule ses contradicteurs qui l’empêchaient de répondre. C’était une belle révélation du gouvernement, avec Julien Denormandie (aujourd’hui Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation), elle fait de la politique, arrive à suivre son fil malgré le brouhaha, etc.

Lors de la séance à l’Assemblée Nationale du 12 juin 2018, présidée par François de Rugy, elle déclarait effectivement, pantalon rose et veste noire : « Nous entendons donc trouver des solutions compatibles avec les règles du commerce mondial ! »

Puis elle s’est interrompue, sous les applaudissements des députés de la majorité et sous les huées des députés LR. Pas intimidée, elle ajouta : « Vous savez, mesdames et messieurs les députés de droite, je suis mère d’une petite fille de trois ans : sincèrement, vos réactions sont du même niveau que les siennes. C’est la réalité, vraiment ! Je doute, d’ailleurs, que vos électeurs soient très contents de vous voir vous comporter ainsi, désolée de le dire. Bref ! ». Remarque qui n’a fait qu’exacerber l’agitation des députés. Le champ parlementaire est un jeu de rôle et Bruce Poirson a su s’intégrer dans ce théâtre si particulier.

Un moment pressentie pour mener la liste LREM aux élections municipales à Avignon, Bruce Poirson fut élue vice-présidente de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement (ANUE) le 20 mars 2019 pour un mandat de deux ans. Exclue du nouveau gouvernement, elle retrouvera son siège de députée au mois d’août 2020.


Christelle Dubos (44 ans)

Spécialiste des affaires sociales à l’échelon communal et intercommunal, Christelle Dubos, à 44 ans, quitte le gouvernement après avoir été nommée Secrétaire d’État aux Solidarités et à la Santé du 16 octobre 2018 au 3 juillet 2020, auprès des ministres Agnès Buzyn puis Olivier Véran, chargée plus particulièrement des politiques sociales et familiales. De centre gauche, Christelle Dubos fut élue adjointe au maire de Sadirac, une commune de 4 000 habitants en Gironde, chargée des affaires sociales, du logement et des solidarités, de mars 2014 à juillet 2017.

_yartiGvtCastexSE05

Rejoignant la campagne d’Emmanuel Macron, elle fut investie par LREM et élue députée de Gironde le 18 juin 2017 avec 56,7% face à un candidat FI. À l’Assemblée Nationale, elle consacra son action au logement, à la cohésion des territoires et à l’insertion professionnelle. Elle a corapporté la loi n°2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l’aménagement et du numérique (dite loi ELAN), sur les parties logement et mixité sociale.

Au gouvernement, Christelle Dubos a été chargée d’organiser la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté proposée par Emmanuel Macron le 13 septembre 2018. Elle a aussi travaillé sur le service public de versement des pensions alimentaires en incluant les CAF comme intermédiaires entre conjoints, et a étudié la mise en place d’une refonte de toutes les aides sociales et d’un revenu universel d’activité. Elle a également mis en place de deux plans d’urgence d’aide alimentaire, un de 39 millions d’euros puis un autre de 55 millions d’euros pour soutenir les associations en pleine crise sanitaire.

Certains ont reproché sa trop grande rareté médiatique pendant la pandémie de covid-19, en particulier son absence de décision concernant les EHPAD qui relevaient de ses attributions, probable explication de son éviction du nouveau gouvernement.


Sarah El Haïry (31 ans)

Au contraire de Christelle Dubos, elle est très présente dans les médias. Beaucoup de gens ont pu voir Sarah El Haïry et sa combativité dans de nombreux débats télévisés, n’hésitant pas, sur les plateaux, non seulement à défendre la politique du gouvernement mais aussi, en même temps, à donner franchement ses points de vue, montrant ainsi une femme de caractère et une femme qui a une vision politique.

_yartiGvtCastexSE02

C’est probablement l’une des meilleures nominations dans ce nouveau gouvernement. Nommée à 31 ans, le 26 juillet 2020, Secrétaire d’État auprès de Jean-Michel Blanquer, chargée de la Jeunesse et de l’Engagement, Sarah El Haïry est montée très vite en responsabilité au sein du MoDem à Nantes où elle a été élue conseillère municipale le 28 juin 2020 (elle avait été numéro deux de la liste MoDem en mars 2014, mais ne fut pas élue à l’époque ; elle fut opposée à la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes).

D’origine franco-marocaine, née à Romorantin-Lanthenay, ayant passé une partie de son enfance à Metz et à Casablanca, elle a fait ses études à Nantes puis a eu une expérience internationale, notamment au Canada. Représentante du MoDem, elle participa à la liste de Bruno Retailleau (sénateur LR) aux élections régionales de décembre 2015 pour les Pays de la Loire, et fut désignée présidente du MoDem de Loire-Atlantique à partir février 2016 (porte-parole nationale à partir de février 2018).

Investie par le MoDem et soutenue par LREM, Sarah El Haïry fut élue députée de Nantes le 18 juin 2017 avec 61,0% des voix contre le député socialiste sortant. Membre de la commission des finances, elle a rendu un rapport le 9 juin 220 au Premier Ministre Édouard Philippe sur la philanthropie à encourager en France.


Olivia Grégoire (41 ans)

Licence d’histoire à Nanterre, IEP Paris (communication) et master en marketing à l’ESSEC pour Olivia Grégoire qui a commencé sa carrière professionnelle dans une agence de publicité puis dans un grand groupe privé avant de créer son propre cabinet de consultante.

_yartiGvtCastexSE03

Proche des idées libérales d’Alain Madelin, Olivia Grégoire a travaillé dans les cabinets du Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin entre 2002 et 2005 puis du Ministre de la Santé Xavier Bertrand e 2005 à 2007. Responsable des questions de santé pendant la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron, elle fut investie par LREM et fut élue députée dans la douzième circonscription de Paris, battant le 18 juin 2017 le député LR sortant Philippe Goujon avec 56,4% des voix.

Une fois élue députée, Olivia Grégoire a été très active, tant dans son travail de parlementaire (vice-présidente de la commission des finances, présidente de la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi Pacte), que dans son influence politique au sein du groupe LREM dont elle fut la porte-parole. Elle a soutenu en septembre 2018 la candidature de Gilles Le Gendre à la présidence du groupe LREM, pour remplacer Richard Ferrand élu au perchoir, et elle aurait pu lui succéder en septembre 2020 si elle n’avait pas été nommée au gouvernement.

Elle a été aussi engagée pleinement dans la bataille des municipales à Paris, comme responsable de communication de Benjamin Griveaux qui a cependant été amené à démissionner quelques semaines avant les élections.

N’hésitant pas à nourrir la polémique, Olivia Grégoire était l’une des rares membres du groupe LREM à savoir ce qu’être député de la majorité, à savoir batailler contre l’opposition, répondre aux arguments, les combattre au besoin, multiplier les interventions dans les médias pour porter la parole gouvernementale. Bref, être un "second couteau" capable de soutenir le gouvernement lorsqu’il y a la tempête.

Nommée à 41 ans, le 26 juillet 2020, Secrétaire d’État auprès de Bruno Le Maire, chargée de l’Économie sociale, solidaire et responsable, Olivia Grégoire a obtenu de façon méritée un strapontin ministériel sur un sujet qui lui tenait à cœur. Elle fait partie, avec Amélie de Montchalin, des "révélations" des députés LREM.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 juillet 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Secrétaires d’État du gouvernement Castex : des nouveaux et des partants.
Nomination des secrétaires d’État du gouvernement Castex I.
Gérald Darmanin, cible des hypocrisies ambiantes.
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 16 juillet 2020 au Sénat (texte intégral).
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 15 juillet 2020 à l’Assemblée Nationale (texte intégral).
La déclaration de politique générale de Jean Castex le 15 juillet 2020.
Interview du Président Emmanuel Macron le 14 juillet 2020 par Léa Salamé et Gilles Bouleau (retranscription intégrale).
Emmanuel Macron face aux passions tristes.
Gérald Darmanin, l'enfant terrible de la Macronie.
Composition du gouvernement Castex I.
Le gouvernement Castex I nommé le 6 juillet 2020.
Jean Castex, le Premier Ministre du déconfinement d’Emmanuel Macron.
Discours du Président Emmanuel Macron devant la Convention citoyenne pour le climat le 29 juin 2020 à l’Élysée (texte intégral).
Après-covid-19 : écologie citoyenne, retraites, PMA, assurance-chômage ?
Édouard Philippe, le grand atout d’Emmanuel Macron.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Convention citoyenne pour le climat : le danger du tirage au sort.
Les vrais patriotes français sont fiers de leur pays, la France !
Le Sénat vote le principe de la PMA pour toutes.
Retraites : Discours de la non-méthode.
La réforme de l’assurance-chômage.
Emmanuel Macron explique sa transition écologique.

_yartiGvtCastexSE06



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180612-brune-poirson.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/07/28/38453063.html



 

Partager cet article
Repost0
6 juin 2018 3 06 /06 /juin /2018 20:41

Née le 5 octobre 1934 à Gentilly, après ses études à la Sorbonne et à l'Institut catholique de Paris, Monique Papon a enseigné l'histoire à Nantes et s'y est implantée politique sous l'étiquette de l'UDF-CDS (membre du bureau de l'UDF entre novembre 1995 et avril 2002) après avoir milité à la Jeunesse étudiante chrétienne. Elle fut élue conseillère générale de Nantes de mars 1979 à mars 2004 (vice-présidente du conseil général de Loire-Atlantique de mars 1994 à mars 2004; elle fut battue de justesse aux élections cantonales de mars 2004), adjointe au maire de Nantes (le RPR Michel Chauty) de mars 1983 à mars 1989 puis conseillère municipale d'opposition de Nantes de mars 1989 à mars 2001 (avec le maire PS Jean-Marc Ayrault). Elle fut élue et réélue députée de Nantes de mars 1986 à juin 1997 (élue grâce à la proportionnelle puis réélue deux fois en juin 1988 et mars 1993 dans la première circonscription de Loire-Atlantique), mais elle fut battue par le candidat socialiste au second tour le 1er juin 1997 avec 458 voix de retard (49,5%). Elle fut élue sénatrice de Loire-Atlantique de septembre 2001 à septembe 2011 (un seul mandat), et fut secrétaire du Sénat du 18 mai 2004 au 7 octobre 2008 puis vic-présidente du Sénat du 7 octobre 2008 au 25 septembre 2011. Après avoir été membre du groupe Union centriste au Sénat, elle a rejoint le groupe UMP en 2002.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180606-monique-papon.html


 

Partager cet article
Repost0
19 mai 2018 6 19 /05 /mai /2018 05:46

« Le Conseil Européen vient d’ouvrir audacieusement à Helsinki le grand chantier de la réunification à terme de toute l’Europe au sein de l’Union, celui de l’adaptation des institutions à cet élargissement, celui d’une défense européenne autonome. Rien ne sera accompli dans la facilité. Mais ce demi-siècle d’histoire de la construction européenne a été constamment marqué par les efforts que chacun devait faire pour surmonter les conflits d’intérêts ou de conception entre nos États, et faire prévaloir, in fine, dans la solidarité, l’intérêt commun. Les difficultés qui sont apparues ces derniers jours entre deux de nos États, si vives qu’elles soient, et dont je mesure, vous le savez, l’aspect humain autant qu’économique, n’échapperont pas à cette règle, je veux dire, à cette dynamique d’une conclusion d’entente, j’en suis convaincue et je le souhaite ardemment. » (Strasbourg, le 14 décembre 1999).


_yartiFontaineNicole01

Ah, il est loin le temps où je prenais le petit-déjeuner, pour commencer une belle journée estivale, avec une "simple" députée européenne toujours fidèle aux universités d’été du CDS. Nicole Fontaine a parcouru entre temps un beau chemin. Elle est morte ce jeudi 17 mai 2018 à l’âge de 76 ans (elle est née le 16 janvier 1942 pas très loin du Havre). Encore récemment, elle tenait une série de conférences pour évoquer le Brexit, présenter les enjeux, les conséquences, imaginer l’avenir, parier sur un nouveau départ (elle avait coécrit le livre "Brexit, une chance ? Repenser l’Europe" publié le 14 juin 2016).

Nicole Fontaine a fait sa scolarité au lycée public du Havre (elle a eu le bac à l’âge de 15 ans), puis a suivi des études de droits à Rouen puis à Paris où elle a été diplômée de l’IEP Paris en 1962. Elle est devenue conseillère juridique du Secrétariat général de l’Enseignement catholique (SGEC) en 1965. Chargée de l’application des contrats entre les établissements catholiques et l’État, elle fut alors nommée de 1972 à 1981 secrétaire générale adjointe de l’enseignement catholique par la conférence nationale des évêques (ce qui était très rare pour un laïque, plus encore pour une femme), puis déléguée de l’enseignement catholique de 1981 à 1984.

Docteure d’État en droit public (le sujet de sa thèse soutenue en 1969 était l’enseignement privé associé à l’État par contrat), cette avocate s’est fait connaître en 1984 dans un combat très spécifique pour la liberté, à la zone frontière entre la politique et le social : elle était la porte-parole de l’enseignement catholique au moment où la réforme Savary a tenté d’imposer un système unique laïque de l’éducation qui aurait violé la liberté d’enseigner. Les manifestations de millions de personnes au printemps 1984 ont pris finalement le dessus sur une majorité parlementaire socialo-communiste dominée par les ultras.

C’était à cette occasion qu’elle est devenue une figure connue de l’opposition menée partiellement par Jacques Chirac, une figure d’ailleurs plus "société civile" que politique. Ce fut donc logique que cette centriste démocrate-chrétienne (vice-présidente du CDS à partir de 1989) se retrouva élue sur la liste unique UDF-RPR menée par Simone Veil, alors ancienne Présidente du Parlement Européen, aux élections européennes de juin 1984 (elle avait déjà été candidate en juin 1979, mais en position non éligible).

Nicole Fontaine a alors fait de l’Europe son véritable métier. Sa passion et son métier. Elle fut élue cinq fois députée européenne, de juin 1984 à juin 2009. Pendant ces vingt-cinq ans (moins deux ans, voir plus loin sa courte carrière ministérielle), elle fut une ambassadrice sans relâche de la construction européenne et surtout, de l’idée européenne auprès du peuple. Elle a publié quelques ouvrages didactiques pour mieux comprendre les institutions européennes, aussi sur le dispositif Erasmus qui a maintenant plus de trente ans d’expérience et dont elle fut une très enthousiaste promotrice auprès des étudiants européens.

_yartiFontaineNicole02

Nicole Fontaine a notamment été vice-présidente du Parlement Européen du 25 juillet 1989 au 19 juillet 1999, vice-présidente de la Délégation pour les relations avec Israël du 5 février 1992 au 18 juillet 1994, et membre de nombreuses commissions.

Après avoir exercé ces quelques responsabilités au sein du Parlement Européen, Nicole Fontaine a reçu son "bâton de maréchale" en se faisant élire Présidente du Parlement Européen du 20 juillet 1999 au 15 janvier 2002 grâce aux voix du PPE (Parti populaire européen qui regroupait alors les centristes et les démocrates-chrétiens européens avant de se droitiser), battant l’ancien Premier Ministre socialiste portugais Mario Soares.

Encore à ce jour (18 mai 2018), Nicole Fontaine est l’une des deux seules femmes à avoir présidé le Parlement Européen (avec Simone Veil) et l’une deux trois Français à l’avoir présidé depuis qu’il est élu au suffrage universel direct (juin 1979), avec Simone Veil et Pierre Pflimlin (ancien Président du Conseil).

Cette période fut particulière en France puisqu’il y avait la troisième cohabitation entre le Président de la République Jacques Chirac et le Premier Ministre Lionel Jospin.

Cette période fut particulière également en Europe puisque l’Union Européenne venait de commencer les négociations pour la réunification de l’Europe avec l’adhésion des pays d’Europe centrale et orientale qui sont sortis du régime communiste (l’élargissement a eu lieu le 1er mai 2004).

Dans ses fonctions de Présidente, Nicole Fontaine rencontra les plus grands de ce monde, présente dans les sommets du G7 et les sommets européens. Le Parlement Européen est devenu une instance politique reconnue internationalement.

Nicole Fontaine a inauguré le 14 décembre 1999 à Strasbourg le bâtiment Louise-Weiss, nouveau siège du Parlement Européen dans ses propres locaux (auparavant, il a longtemps siégé au Conseil de l’Europe, juste à côté) en présence du Président Jacques Chirac, du Premier Ministre finlandais Lipponen (président à l’époque du Conseil Européen), du Président de la Commission Européenne Romano Prodi et de sa prédécesseure Simone Veil.

_yartiFontaineNicole03

Nicole Fontaine est l’une des rares responsables politiques françaises à avoir voulu faire sa carrière politique exclusivement au sein des institutions européennes et qui n’a pas utilisé son siège de députée européenne comme simple tremplin pour obtenir un mandat national ou comme simple lot de consolation lorsqu’elle aurait été évincée d’un mandat national. Travailleuse assidue, elle a voulu faire progresser l’idée européenne de manière concrète et visible.

Avec les critères d’évaluation des parlementaires, on peut confirmer que Nicole Fontaine était une parlementaire très assidue : elle a siégé au Parlement Européenne pendant 288 jours lors de son dernier mandat, entre le 20 juillet 2004 et le 26 mars 2009, soit un taux de présence remarquable de 85%. Lors de son avant-dernier mandat (1999-2002), elle a fait 1 301 interventions en séance plénière, ce grand nombre est normal puisqu’elle présidait la plupart des séances. Lors de son dernier mandat (2004-2009), elle a fait 7 interventions en séance plénière.

L’une de ses dernières interventions fut une question orale posée le 27 octobre 2008 sur les mesures visant à améliorer l’environnement des PME dans le "Small Business Act" pour l’Europe.

Une autre de ses dernières initiatives fut une proposition de résolution commune déposée le 23 avril 2009 sur les droits des femmes en Afghanistan : « Considérant que le nouveau projet de loi sur le statut personnel des femmes chiites approuvé récemment par les deux chambres du parlement afghan restreint gravement la liberté de mouvement des femmes en leur niant le droit de quitter leur domicile sauf à des "fins légitimes", en exigeant d’elles de se soumettre aux désirs sexuels de leur mari, légitimant ainsi le "viol conjugal", ainsi qu’en encourageant la discrimination à l’égard des femmes dans les domaines du mariage, du divorce, de la succession et de l’accès à l’enseignement, ce qui va à l’encontre des normes internationales en matière de droits humains, et en particulier de droits de la femme (…), [le Parlement Européen] demande l’annulation du projet de loi concernant la population chiite en Afghanistan dont la teneur n’est manifestement pas conforme au principe d’égalité entre hommes et femmes tel qu’il figure dans la Constitution et dans les conventions internationales ; (…) salue le courage des femmes afghanes qui ont manifesté à Kaboul contre le nouveau projet de loi et leur exprime son soutien ; condamne les violences dont elles ont été victimes lors de ces manifestations et demande aux autorités afghanes d’assurer leur protection ; (…). ».

Le Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin a choisi Nicole Fontaine dans son deuxième gouvernement au poste de Ministre déléguée à l’Industrie du 17 juin 2002 au 30 mars 2004. Son ministre de tutelle fut Francis Mer, ancien grand patron nommé à l’Économie, aux Finances et à l’Industrie.

Nicole Fontaine a quitté le Parlement Européen en juin 2009. Titulaire de la prestigieuse chaire Jean-Monnet de 2010 à 2015, elle a enseigné la science politique appliquée à l’Union Européenne à l’Université de Sophia-Antipolis (près de Nice), à Sup de Co Paris et à l’IEP Paris. Ses cours à Nice furent notamment intitulés : "L’intégration européenne, des traités de Rome au traité de Lisbonne" ; "Les acteurs institutionnels d’une construction européenne atypique et en permanente évolution" ; "L’intégration européenne et la démocratie : le Parlement Européen" ; "Les processus de décision au sein de l’Union Européenne", etc.

Nicole Fontaine restera dans la mémoire politique une extraordinaire militante européenne aux valeurs de liberté. Condoléances à sa famille et à ses proches, et en particulier à sa fille Christine.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 mai 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Nicole Fontaine.
Jacques Chirac.
L’Union Européenne.
Le CDS.
Simone Veil.
Marie-Jeanne Bleuzet-Julbin.
Charles Choné.
Henry Jean-Baptiste.
Loïc Bouvard.
Bernard Bosson.
Bernard Stasi.
Dominique Baudis.
Jacques Barrot.
Adrien Zeller.
Alain Poher.
Jean Lecanuet.
René Monory.
Raymond Barre.

_yartiFontaineNicole04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180517-nicole-fontaine.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/nicole-fontaine-l-europe-et-la-204445

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/05/19/36416274.html


 

Partager cet article
Repost0
12 avril 2018 4 12 /04 /avril /2018 03:55

« La mort n’est, en définitive, que le résultat d’un défaut d’éducation, puisqu’elle est la conséquence d’un manque de savoir-vivre. » (Pierre Dac, 1972).


_yartiEpouxVeil04

L’ancienne ministre et ancienne Présidente du Parlement Européen Simone Veil est morte il y a un an le 30 juin 2017. Lors de l’hommage solennel dans la cour d’honneur des Invalides le 5 juillet 2017, le Président Emmanuel Macron avait annoncé que ses cendres seraient transférées au Panthéon. La famille a accepté seulement si elle était accompagnée de son mari Antoine Veil, qu’elle avait épousé le 26 octobre 1946 et qui est mort le 12 avril 2013, il y a cinq ans. L’Élysée a annoncé le 19 février 2018 la date du transfert de leurs cendres, ce dimanche 1er juillet 2018.

C’est la première fois qu’un homme va être inhumé au Panthéon parce qu’il est le "mari de". La première femme qui y a été inhumée fut, elle aussi, une "femme de", Sophie Berthelot, morte le 18 mars 1907 quelques heures avant son mari Marcellin Berthelot, le célèbre chimiste et ministre, effondré par la mort de sa femme. Le 24 mars 1907, les parlementaires votèrent leur inhumation au Panthéon qui a eu lieu le lendemain avec un discours du Ministre de l’Instruction publique Aristide Briand, en présence du Président du Conseil Georges Clemenceau.

La deuxième femme le fut ès qualités mais cependant, encore en couple, puisqu’il s’agit de Marie Curie entourée de son mari Pierre au Panthéon le 20 avril 1995 avec des discours du Président de la République François Mitterrand, du Président polonais Lech Walesa et du Prix Nobel de Physique Pierre-Gilles de Gennes, en présence du Premier Ministre Édouard Balladur, de la famille Curie (notamment leur fille Ève, morte à 102 ans le 22 octobre 2007, et leurs descendants), et de la soprano Carole Casadesus (petite-fille de Gisèle Casadesus, une autre grande famille).

Deux autres femmes ont été honorées au Panthéon, Germaine Tillion et Geneviève Anthonioz-De Gaulle, le 27 mai 2015, par le Président François Hollande (aux côtés de Jean Zay et de Pierre Brossolette), mais leurs dépouilles sont restées dans leur cimetière respectif, selon le vœu de leur famille.

Simone Veil est donc la troisième (cinquième honorée) à aller au Panthéon, accompagnée de son mari. C’est donc l’occasion d’évoquer la personnalité d’Antoine Veil, beaucoup moins connu que sa femme.

L’amour qu’il portait à Simone fut tel qu’il a accepté cette position de "mari de" : « Tous ceux qui l’ont connue savent très bien à quel point son mari Antoine Veil a eu un rôle plus discret, mais tout à fait éminent dans le parcours de Simone Veil. » (Laurence Parisot, sur France Inter, le 5 juillet 2017, ancienne présidente du Medef).

D’autant plus difficile à admettre par lui que tout le prédisposait à être "le" ministre du couple, l’homme politique du couple, lorsqu’ils étaient jeunes. D’autant plus difficile que l’époque (à la Libération) laissait encore peu de place aux femmes dans la société (qui, si elles venaient de gagner le droit de voter grâce à De Gaulle, ne pouvaient toujours pas ouvrir un compte bancaire sans leur mari).

Antoine Veil était originaire de Lorraine (né le 28 août 1926 à Blâmont), a suivi des études secondaires à Nancy puis à Grenoble, et enfin, des études de droit et l’IEP Paris (promotion 1948). Ce fut à Science Po que le futur couple se rencontra.

Simone Jacob (Veil) était très éprouvée de sa déportation à Auschwitz (arrêtée à Nice le 30 mars 1944, envoyée à Drancy le 13 avril 1944, à Auschwitz à 15 avril 1944, jusqu’au 27 janvier 1945 où elle fut transférée à Bergen-Belsen, libérée le 15 avril 1945). Elle a perdu sa mère morte du typhus, et n’a jamais retrouvé son père et son frère Jean, déportés en Lituanie. Sa sœur Madeleine fut sauvée et une autre sœur, Denise Vernay, résistante, fut également déportée, à Ravensbrück et a survécu.

Antoine Veil, lui, échappa de justesse à la déportation (mais sa sœur n’y échappa pas, et a survécu) et a pu se réfugier avec le reste de sa famille en Suisse pendant la guerre. À la Libération, il a repris ses études, diplômé de l’IEP Paris en 1948, puis de l’ENA en 1955 (promotion Albert-Thomas, même promo que Nicole Questiaux et Jean François-Poncet).

En fait, Antoine Veil avait déjà commencé son implantation politique avant l’ENA et même avant l’IEP, comme membre de cabinets ministériels, celui du centriste Pierre-Henri Teitgen en 1947, puis celui du centriste Alain Poher en 1948. Il continua à travailler comme membre de cabinets chez plusieurs ministres, notamment comme directeur de cabinet du centriste Joseph Fontanet (Industrie et Commerce puis Santé) de 1959 à 1962.

Pendant quelques années jusqu’en 1952, il fut nommé à Wiesbaden puis Stuttgart, et sa femme Simone accepta de l’accompagner en Allemagne, si peu de temps après son séjour dans les camps. Le couple Veil s’est forgé un esprit très favorable à la construction européenne en étant convaincu qu’elle passerait nécessairement par l’amitié franco-allemande. Simone Veil n’a jamais considéré que les Allemandes étaient intrinsèquement des nazis potentiels, car selon elle, le nazisme aurait pu se développer dans n’importe quel pays d’Europe.

Pendant une quinzaine d’années, Antoine Veil a été haut fonctionnaire (inspecteur des finances) et proche collaborateur de plusieurs ministres centristes, ce qui lui donnait une forte influence et un réseau jamais démenti. Cela aurait été donc naturel qu’il poursuivît sa trajectoire par un engagement politique beaucoup plus fort. Comme on le voit, à cette époque, le couple tournait autour de la carrière d’Antoine, plein d’ambition, et pas autour de Simone.

En 1962, les ministres centristes ont démissionné après la conférence de presse de De Gaulle du 15 mai 1962 qui s’était moqué de l’Europe. Notamment Joseph Fontanet, Maurice Schumann, Pierre Pflimlin et Robert Buron. La carrière d’Antoine Veil a alors un peu bifurqué vers le management d’entreprises. Délégué général des Armateurs français de 1964 à 1968, il fut ensuite directeur général adjoint de la Compagnie des chargeurs réunis de 1969 à 1971, puis directeur de l’Union des transports aériens, PDG de la Compagnie aéromaritime d’affrètement, administrateur d’Air Inter, PDG de Manurhin de 1982 à 1986, PDG d’Orlyval en 1992, etc. Il a fondé aussi son propre cabinet de conseil (en 1989), et conseilla Axa, GDF-Suez, Bolloré, etc.

Parallèlement, son épouse a dû convaincre son mari qu’elle pouvait faire autre chose que mère au foyer (trois enfants nés de 1947 à 1954). Après l’IEP, elle a suivi l’École de la magistrature et est devenue juge. Elle voulait initialement devenir avocate mais son mari ne voulait pas qu’elle défendît des criminels. Curieusement, Simone Veil n’a jamais été Ministre de la Justice. Antoine Veil a confié à "Gala", dans une des rares interviews où il se dévoilait un peu : « Ma mère était "esclavagisée" par mon père. J’étais probablement moi aussi esclavagiste ! Ma conversion à la parité dans le couple ne s’est pas fait aux forceps, mais à la lueur du temps qui passe. » (janvier 2011).

Lorsque le Président de la République Valéry Giscard d’Estaing appela Simone Veil au Ministère de la Santé en 1974, elle ne se doutait pas encore qu’elle serait la première à défendre la loi sur la dépénalisation de l’IVG (normalement, son collègue de la Justice Jean Lecanuet aurait dû remplir cette mission). VGE l’avait appelée car il cherchait à promouvoir au gouvernement des femmes, trop absentes de la vie politique (on revient de loin !). Simone Veil avait tout pour lui plaire : encore jeune, expérimentée, sérieuse, diplômée, intelligente, d’un fort caractère et centriste.

Pour Antoine Veil, l’entrée de sa femme en politique par la grande porte du conseil des ministres à l’Élysée, lui a fermé les mêmes portes. Pas question de faire ce qu’a fait plus tard le couple Ségolène Royal et François Hollande. Antoine Veil resta donc un conseiller dans l’ombre : « Quand j’ai vu que [Simone] évoluait en Formule 1, je suis retourné au fond de la classe. Je ne voulais pas jouer les Poulidor. » ("Gala").

Il fut néanmoins très actif en politique, mais dans la discrétion, dans le remue-méninges et dans les réseaux centristes. Antoine Veil fut en quelques sortes l’aile gauche du couple centriste.

_yartiEpouxVeil02

Antoine Veil fut élu conseiller de Paris en 1971 et en 1983. Au Ministère de la Santé, il s’est activé pour convaincre une majorité de parlementaires de l’intérêt de la loi sur l’IVG. Il fut aussi trésorier du CDS pendant quelques moments, et réussit à convaincre la majorité de l’époque de faire de sa femme la tête de liste aux premières élections européennes au suffrage universel direct (en juin 1979).

Après l’élection de François Mitterrand à la Présidence de la République, Simone Veil est devenue une personnalité du centre droit durablement populaire. Toutefois, elle a toujours renoncé à être candidate à l’élection présidentielle, considérant que les électeurs n’étaient pas encore prêts à élire une femme à l’Élysée. Elle devait enf fait penser sans doute que la classe politique très machiste (Ségolène Royal l’a vite compris vingt-cinq ans plus tard) n’était pas encore prête, et elle ne se voyait pas ferrailler contre les Jacques Chirac ou les Valéry Giscard d’Estaing. Elle qui a vécu la Shoah, devait trouver ces jeux politiciens un peu trop futiles…

En 1983, Antoine Veil créa l’un des clubs de réflexion les plus actifs de Paris, le Club Vauban, du nom de la place où les époux habitaient à Paris et qui recevaient de nombreux invités. Antoine Veil faisait ainsi rencontrer des responsables politiques de tout horizon, droite comme gauche, en particulier Bernard Stasi et Michel Rocard.

D’ailleurs, la présence à ses obsèques, le 15 avril 2013 à Paris, de nombreuses personnalités n’était pas seulement le fait d’avoir été l’époux de Simone Veil, mais bien d’avoir été celui qui, pendant des décennies, a entremêlé la classe politique au centre de l’échiquier politique. En effet, il y avait beaucoup de monde autour de lui : Jacques Chirac, Édouard Balladur, François Fillon, Nicolas Sarkozy, Dominique Strauss-Kahn, Pierre Moscovici, Philippe Douste-Blazy, Bertrand Delanoë, Élisabeth Guigou, Anne Hidalgo, Serge Dassault, etc.

Il avait d’ailleurs des opinions bien arrêtées sur certains Présidents : « Les gens consacrent tellement d’énergie à se faire élire qu’ils oublient, lorsqu’ils le sont, pourquoi ils ont été élus. (…) Mon amitié pour Jacques Chirac ? Elle est réelle, mais prendre le pouvoir n’est pas une fin en soi. Nicolas Sarkozy, lui, n’a pas oublié ce qu’il voulait faire, même s’il n’a pas fait les réformes assez vite à mon sens. » (janvier 2011). Il aurait été probablement l’un des promoteurs d’Emmanuel Macron s’il avait vécu plus longtemps.

_yartiEpouxVeil03

Comme sa femme, Antoine Veil a rencontré les grands de ce monde, et ne laissait pas son sens de l’humour dans sa poche. Lorsqu’il a rencontré le couple royal britannique, il confia à la reine qu’il avait le même âge qu’elle, et à son mari, le Prince Philip, qu’il pourrait présider l’Association des conjoints de femmes au pouvoir !

Soixante-six ans de vie commune. Avec la déportation dans la gorge. Quand le couple a vu leur voiture vandalisée avec une inscription "Veil = SS", à cause de la loi sur l’IVG, forcément, cela prenait une tournure tragique. Mais il était fier de Simone lorsqu’elle fit son entrée à l’Académie française.

Les voici tous les deux dans le Temple de la République, sanctifiés par la nation et unis dans l’exemplarité. Entrez, et veillez sur nous !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 juin 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les époux Veil honorés au Panthéon.
Antoine Veil.
Simone Veil, un destin français.
L’hommage de la République à Simone Veil.
Discours d’Emmanuel Macron en hommage à Simone Veil le 5 juillet 2017 aux Invalides (texte intégral).
Discours de Jean Veil et Pierre-François en hommage à leur mère Simone Veil le 5 juillet 2017 aux Invalides (texte intégral).
Simone Veil, une Européenne inclassable.
Simone Veil académicienne.
Discours de réception de Simone Veil à l’Académie française (18 mars 2010).
Discrimination : rien à changer.
Rapport du Comité Veil du 19 décembre 2008 (à télécharger).
Mort d'Antoine Veil.
Bernard Stasi.
Bernard Stasi et Antoine Veil.
Denise Vernay.
Ne pas confondre avec Simone Weil.

_yartiEpouxVeil01



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20130412-antoine-veil.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/06/28/36521774.html


 

Partager cet article
Repost0
21 janvier 2018 7 21 /01 /janvier /2018 18:06

Né en 1975 et diplômé de Science Po Bordeaux, Joan Taris a été élu conseiller régional de la Nouvelle-Aquitaine et adjoint au maire du Bouscat, dans la banlieue de Bordeaux. Il a été le président de la fédération du MoDem de Gironde de 2009 à 2017. Il fut directeur de cabinet du maire de Saint-Médard-en-Jalles (Jacques Mangon). Il s'est suicidé le dimanche 21 janvier 2018 peu avant six heures du matin en se jetant à Lormont du pont d'Aquitaine. Condoléances très émues à sa famille et à ses proches.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180121-joan-taris.html

 

Partager cet article
Repost0
10 janvier 2018 3 10 /01 /janvier /2018 03:34

« La gloire que donnent les richesses et la beauté est passagère et fragile ; le mérite, au contraire, est un bien éclatant impérissable. » (Salluste, "De Catilinae coniuratione").



_yartiJeanBaptisteHenry03

Il est des disparitions qui sont plus discrètes que d’autres, ou, du moins, qui sont moins médiatisées que d’autres. Ce n’est pas toujours la faute des médias. C’est parfois la faute de l’humilité du disparu. Comme Johnny Hallyday, il sera enterré à l’église de la Madeleine (Paris 8e) ce jeudi 11 janvier 2018 à 15 heures. Henry Jean-Baptiste est parti ce vendredi 5 janvier 2018 dans un hôpital parisien, d’un accident vasculaire cérébral, deux jours après son 85e anniversaire.

J’ai eu la grande chance d’avoir rencontré plusieurs fois Henry Jean-Baptiste et j’ai même eu l’occasion de faire un peu de tourisme improvisé avec lui et des amis dans le Var, après une réunion politique. Malgré sa corpulence massive, un vrai roc, ce qui était fascinant était la très grande simplicité, la familiarité, la gentillesse, le calme, une présence pourtant forte mais apaisante, une sympathie immédiatement accordée, la bienveillance. Et aussi, car cela ne va pas forcément ensemble, une grande culture, très grande.

Ce qui n’était pas étonnant car Henry Jean-Baptiste a été dès son jeune âge un très brillant garçon. Né le 3 janvier 1933 à Fort-de-France, en Martinique (sa mère est née à Sainte-Luce, dans le sud-est de l’île antillaise, son père au Carbet, au nord-ouest), il fut tellement brillant au lycée Victor-Schœlcher à Fort-de-France qu’il a continué ses études à Paris, au lycée Janson-de-Sailly et à la Sorbonne. Licence de droit, licence de philosophie et diplôme de sciences politiques, il est entré à l’ENA en 1958, reçu premier au concours (le deuxième fut le futur ministre Jean-Philippe Lecat), dans une promotion où il a côtoyé notamment Michel Camdessus et Gabriel de Broglie. À l’issue de ses études à l’ENA en 1960, il est sorti dans la "botte", et a choisi la prestigieuse Cour des Comptes où il préconisa déjà le contrôle juridictionnel des finances des collectivités publiques. Dès lors, le voici devenu un haut fonctionnaire très recherché, expert en économie, en urbanisme, en agriculture.

De 1970 à 1979, il fut appelé pour être le conseiller économique du Président de la République sénégalaise Léopold Sédar Senghor. Le Sénégal était alors confronté à une grave crise agricole et le gouvernement sénégalais a tenté de relancer l’économie en mettant en œuvre des réformes structurelles. Puis, de 1979 à 1981, remarqué par l’Élysée, il fut nommé conseiller des relations Nord-Sud du Président de la République française Valéry Giscard d’Estaing. On pouvait ainsi lire dans le Journal officiel du 31 mai 1979 : « Par décret du Président de la République en date du 29 mai 1979, M. Henry Jean-Baptiste, conseiller référendaire de première classe à la Cour des Comptes, en disponibilité auprès du Ministère des Affaires étrangères pour exercer, au titre de la coopération technique, les fonctions de conseiller financier du Président de la République sénégalaise, est, à compter du 1er janvier 1979, réintégré en surnombre dans les cadres de la Cour des Comptes. ».

Parmi ses réalisations, il a contribué à la création le 28 mai 1975 de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, qui est une organisation intergouvernementale ouest-africaine, d’abord à missions économiques (820 milliards de dollars de PIB en 2013, 20e puissance économique du monde), mais aussi, bien plus tard, avec des objectifs de stabilité politique. En 1976, il a publié "Vers une communauté de l’Afrique atlantique" dans une revue africaine ("Éthiopiques").

Après l’échec de Valéry Giscard d’Estaing en 1981, Henry Jean-Baptiste se consacra aux DOM-TOM, qu’il ne voulait plus voir considérer de Paris comme des "confettis de l’empire". En 1985, il créa l’Association France Outremer (AFOM) pour valoriser les richesses et les atouts de l’Outremer.

Membre du Centre des démocrates sociaux (parti de l’UDF), Henry Jean-Baptiste s’est engagé dans la vie politique à Mayotte à la suite d’une rencontre au Sénat en 1985 dans le cadre de cette association (AFOM). Parmi les convives, Marcel Henry (91 ans), sénateur centriste de Mayotte de septembre 1977 à septembre 2014, séduit par le discours d’Henry Jean-Baptiste, lui proposa de s’investir personnellement à Mayotte pour porter le flambeau au Palais-Bourbon. Le 22 février 2011, Henry Jean-Baptiste a publié le livre "D’une île à l’autre, une traversée au service de la République" (éd. L’Harmattan) où il a retracé son itinéraire de la Martinique à Mayotte ; le livre fut préfacé par l’ancien Premier Ministre Michel Rocard.

_yartiJeanBaptisteHenry04

Après beaucoup d’hésitations (pourquoi lui, Martiniquais, irait-il se faire élire à Mayotte ?), et des encouragements de certains collègues de la Cour des Comptes, il partit au combat électoral.

De 1977 à 2012, il n’y avait qu’une seule circonscription législative à Mayotte. Élu le 13 mars 1977 et réélu le 12 mars 1978, ce fut l’UDF Younoussa Bamana (1935-1935) qui fut le premier député de Mayotte. Il présida en même temps le conseil général de Mayotte du 6 juillet 1977 au 2 avril 2004.

Le 14 juin 1981, malgré les presque 90% obtenu par Valéry Giscard d’Estaing à l’élection présidentielle de 1981, par la mécanique majoritaire des institutions, ce fut le radical de gauche Jean-François Hory (1949-2017) qui fut pour la législature entre 1981 et 1986. Jean-François Hory était dans la majorité de François Mitterrand. Henry Jean-Baptiste fut élu à sa place unique député de Mayotte le 16 mars 1986. Les deux hommes étaient centristes du même parti mahorais (MPM), mais de deux bords différents. Coïncidence : Jean-François Hory est mort juste quelques jours avant son ancien concurrent, le 28 décembre 2017. Les deux hommes ont beaucoup œuvré, ensemble, pour Mayotte.

Retrouvant à l’Assemblée Nationale, entre 1993 et 2002, trois anciens condisciples de sa classe de 6e A4 (Camille Darsières, Édouard de Lépine et Pierre Petit), Henry Jean-Baptiste fut constamment réélu de mars 1986 à juin 2002, date à laquelle il a pris sa "retraite" (il a pris sa "vraie" retraite de conseiller maître de la Cour des Comptes en 2005). Là encore, le député fut travailleur, mais sans exposition médiatique abusive (au contraire de Jean-François Hory, caricaturé dans les "Guignols de l’Info", qui avait voulu en février 1995 se présenter à l’élection présidentielle).

Pendant ses seize années d’action parlementaire, Henry Jean-Baptiste fut le défenseur infatigable de la départementalisation de Mayotte, regrettant d’ailleurs le nouveau statut décidé par le gouvernement de Lionel Jospin qui n’allait pas assez loin, au point de quitter le Mouvement populaire mahorais (MPM), centriste, pour fonder le 26 août 1999 (avec son ami le sénateur Marcel Henry) le Mouvement départementaliste mahorais (MDM) regroupant les dissidents contre le nouveau statut défendu par Younoussa Bamana.

Le 16 juin 2002, la candidate UDF soutenue par Henry Jean-Baptiste, à savoir Vita Siadi (MDM), fut battue par le candidat UMP Mansour Kamardine (qui avait échoué deux fois comme candidat RPR face à Henry Jean-Baptiste le 28 mars 1993 et le 1er juin 1997). Mayotte a ainsi repris les rapports de force de la métropole. Mansour Kamardine avait été élu le plus jeune maire de France en mars 1983 (à l’âge de 23 ans) et est un proche de Jacques Chirac et Alain Juppé. Mansour Kamardine fut réélu député le 18 juin 2017, mais dans la seconde circonscription (créée en juin 2012).

La première circonscription de Mayotte fut ensuite gagnée le 17 juin 2007 par un candidat centriste Abdoulatifou Aly, qui s’est inscrit ensuite au MoDem, puis le 17 juin 2012 par un divers gauche Boinali Saïd et enfin le 18 juin 2017 par la socialiste Ramlati Ali qui a déclaré, à l’annonce de la disparition d’Henry Jean-Baptiste : « Il avait présenté en 1999 [le 17 mars 1999] un manifeste en faveur de la départementalisation signé de l’ensemble des élus de l’île. Il a montré le chemin de l’unité des élus et les succès qui en découlent même si cela peut prendre du temps. ».

En effet, le combat mahorais d’Henry Jean-Baptiste a finalement abouti, mais lentement. Son souhait de départementalisation "à petits pas" a réussi à être réalisé le 31 mars 2011 lorsque Mayotte est devenue officiellement le 101e département français, cinquième d’outremer avec La Réunion, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane (après une période de "collectivité départementale de Mayotte" de 2000 à 2011).

_yartiJeanBaptisteHenry02

En janvier 2012, Henry Jean-Baptiste a justifié, une nouvelle fois, cette départementalisation : « Il était indispensable que cela se fasse. Car Mayotte, française depuis 1841, est un territoire à part des Comores. Plus africain qu’arabe comme le sont les Comores. ». Le Président François Hollande l’a reçu à l’Élysée le 26 novembre 2012 pour lui remettre les insignes d’officier de la Légion d’honneur, dix ans après la fin de son dernier mandat parlementaire.

Daniel Zaïdani (divers gauche proche de François Bayrou), qui fut président du conseil général de Mayotte du 3 avril 2011 au 2 avril 2015, a invité Henry Jean-Baptiste au conseil général, à l’hémicycle Younoussa-Bamana, le 29 mars 2013 pour célébrer le deuxième anniversaire de la départementalisation : « Il nous a rappelé, avec talent et émotion, la longue marche de la départementalisation et les réticences initiales de nombreuses personnalités politiques en métropole. Son savoir-faire, sa combativité et ses qualités humanistes nous inspirent chaque jour pour réussir maintenant notre intégration institutionnelle au sein de l’Europe et de la France. (…) Son image souriante et avenante restera à jamais gravé dans nos cœurs. » (Daniel Zaïdani).

Quant à Younous Omarjee (proche de Jean-Luc Mélenchon), député européen depuis le 4 janvier 2012, né à La Réunion et représentant la section Océan indien, son témoignage est lui aussi très élogieux sur la « longue vie d’engagements et productive d’idées souvent lumineuses et toujours mises en partage » : « Né Martiniquais, il était devenu aussi Mahorais par amour de cette île et de sa population dont il a épousé tous les combats. Mayotte, une île qu’il aimait par-dessus tout et pour laquelle il s’est inlassablement battu pour la meilleure intégration et prise en compte au sein de la République. La République qu’il chérissait. Il avait la conviction, chevillée au corps, que la France avait le devoir moral d’être au rendez-vous et à la hauteur de l’acte de foi et de volonté d’appartenance de Mayotte à la République. Il faut aussi avoir parcouru Mayotte avec lui pour comprendre les liens uniques qui unissaient Henry Jean-Baptiste à la population mahoraise, qui, très tôt, a reconnu en lui l’un des siens et l’avait de son vivant même érigé comme au statut de grand sage. Par la profondeur de sa pensée, sa culture et son intelligence rare, il était assurément une référence, malgré les divergences parfois de vision politique. ».

Sincères condoléances aux proches.
Qu’il repose en paix.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 janvier 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Henry Jean-Baptiste.
Jean-François Hory.
Valéry Giscard d’Estaing.
Les Rénovateurs de 1989.
Le CDS.
Simone Veil.
Bernard Bosson.
Bernard Stasi.
Jacques Barrot.
Dominique Baudis.
Jean Lecanuet.
René Monory.

_yartiJeanBaptisteHenry01


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180105-henry-jean-baptiste.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/henry-jean-baptiste-symbole-du-200472

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/01/10/36034694.html


 

Partager cet article
Repost0
29 décembre 2017 5 29 /12 /décembre /2017 02:53

« Au fond, notre pays (…) aime la finance magique. Il aime cette finance où on peut baisser les impôts sans que jamais la dépense publique, quant à elle, ne baisse. Il veut que l’économie soit toujours le problème de l’autre, mais à la fin, nous nous  y retrouvons et ma fonction m’oblige à une chose, la cohérence, à la responsabilité devant tous les Français et à la responsabilité devant tous nos partenaires devant des engagements que nous avons librement consentis. Quelle crédibilité aurait la France si elle ne tenait pas ses engagements vis-à-vis de ses propres concitoyens ? Quelle serait notre crédibilité pour bouger une Europe qui va à tâtons si nous ne respectons pas nous-mêmes nos propres engagements ? Et donc, oui, il fallait bien aller vers ce discours de vérité et des responsabilité partagée. » (Paris, le 23 novembre 2017). Seconde partie.


_yartiMacron2017122106

Lumières des quarante bougies. Emmanuel Macron a 40 ans en cette fin d'année 2017. Suite d'un bilan très succinct de ses premiers pas présidentiels...

Un autre exemple est sa capacité de prendre des initiatives internationales. Alors que c’était l’Allemagne qui a organisé la COP23 (à Bonn du 3 au 18 novembre 2017), Emmanuel Macron a pris l’initiative d’organiser un sommet mondial de piqûre de rappel des Accords de Paris (histoire de faire pression sur les États-Unis), le "One Planet Summit" (on excusera l’anglais, pour cause d’efficacité), le 12 décembre 2017 à Boulogne-Billancourt (dans la troisième nouvelle grande salle de concert parisienne de la décennie), sur l’île Seguin, là où il y avait les ateliers de l’usine Renault Billancourt (celle-là qu’il ne fallait pas désespérer selon Jean-Paul Sartre !).

Alors qu’il n’avait pas compétence à organiser un tel sommet, il a été suivi par 127 pays du monde, et par de nombreuses célébrités (Leonardo DiCaprio, Marion Cotillard, Arnold Schwarzenegger, Bill Gates, etc.) et c’est l’une de premières fois (la seule à ma connaissance) où des chefs d’État se sont déplacés à un sommet international sans avoir eu le temps de prendre la parole !

Et pour dire quoi ? Emmanuel Macron a poussé un cri d’alarme qui sera probablement de portée historique : « Je voudrais vous dire que ce qui est en train de se jouer ici est une nouvelle étape de notre combat collectif. Et je le dis devant beaucoup de jeunes qui sont présents dans cette salle et que je veux aussi saluer, nous sommes en train de perdre la bataille. Il ne faut pas se tromper, on passe un très bon moment, tout est formidable parce qu’on se retrouve. Il y a beaucoup de gens qui s’apprécient ou qui se découvrent et ça peut paraître un très bon moment, mais on est en train de perdre la bataille. » (12 décembre 2017).

À mon sens, il manque cependant un élément majeur dans cette politique extérieure très volontariste : c’est la relation avec la Chine. Il y a quelques mois, Emmanuel Macron a eu la très mauvaise idée de vouloir effectuer un voyage diplomatique en Inde et en Chine en même temps. Vexés, les Chinois ont refusé d’accueillir de ces conditions le Président français. C’est une erreur regrettable car je pense qu’il est temps que la France noue des relations d’amitié durables avec la Chine. La diplomatie du panda n’est pas suffisante.


Le système institutionnel

Enfin, revenons sur le plan intérieur et constatons le désert du paysage politique après l’arrivée de l’armée d’En Marche au Parlement. Là aussi, le Président de la République est chanceux. Le "dégagisme" a été redoutable en 2017. La classe politique s’est profondément transformée.

_yartiMacron2017122103

Déjà, insistons sur le fait qu’Emmanuel Macron n’y est pour rien des déboires des partis concurrents (à l’exception, en partie, de LR), il n’a fait qu’en profiter, en saisissant l’occasion, mais sans en être l’origine.

L’effondrement des autres partis a été provoqué par leurs propres responsables. Le FN ? Nullité du débat avec une Marine Le Pen perdant pieds (jusqu’à faire fuir l’ambitieux Florian Philippot qui ne croyait plus en elle). LR ? L’affaire Pénélope Fillon a aidé à l’effondrement, Édouard Philippe à Matignon a enfoncé le clou sur la cohésion de ce parti. Le PS ? Le risque de disparition est bien réel, et provient d’abord de l’abandon de candidature de François Hollande (fait sans précédent) et de la désignation à la primaire socialiste d’un "dissident", Benoît Hamon, qui n’a jamais soutenu le travail de cinq ans d’une majorité socialiste. La FI ? Le charisme bien réel de Jean-Luc Mélenchon est lourdement plombé par ses douces illusions archéorévolutionnaires et par ses déprimes récurrentes.

Ensuite, reconnaissons qu’Emmanuel Macron a su être à la hauteur de la fonction présidentielle, ce qui change de ses deux prédécesseurs. Il a assumé parfaitement son rôle régalien, avec une hauteur que seule peut agacer l’évocation de "Jupiter" (qui est pour moi une planète et pas un Dieu qui est Zeus, revenons toujours aux origines). C’était en fait la plus grande inconnue de la campagne présidentielle. Comme il l’avait laissé entendre dès le mois de février 2017 avec une grande prétention, il est le "maître des horloges". C’est pour cela qu’on en voit une dans son portrait officiel.

_yartiMacron2017122102

Pourtant, l’effondrement de la concurrence ne garantit pas forcément la force de son propre parti, La République En Marche. Les difficultés aux élections sénatoriales du 24 septembre 2017 et les troubles parmi les élus du maillage territorial montrent que ce parti venu idéologiquement de nulle part a du mal à s’implanter dans le paysage politique français et que les prochaines élections locales (prévues au printemps 2020 mais qu’il voudrait retarder) seront déterminantes dans cette implantation.

Autre point faible, la communication avec le peuple français. Emmanuel Macron a chuté dans les sondages parce qu’il n’avait pas communiqué du tout avec les Français pendant l’été, et cette distance, si elle doit être nécessaire, ne doit pas l’empêcher de communiquer avec le peuple. Prenant à contre-pied le comportement journalo-béât de son prédécesseur direct, Emmanuel Macron a tellement peur de faire un faux pas médiatique qu’il laisse une odeur de play-back plutôt désagréable.

Ainsi, l’interview diffusée ce dimanche 17 décembre 2017 à 20 heures sur France 2 avait été enregistré le 12 décembre 2017. Craindrait-il le direct ? C’est sans précédent pour un Président de la République française. Se rend-il compte qu’en cinq jours, un Président qui est supposé être responsable de tout ce qui se passe en France, risquait gros à ne pas parler d’actualité ? Or, le premier sujet d’actualité du dimanche soir qu’attendaient les citoyens, c’était sans doute l’effroyable accident de Millas et sur l’indispensable modernisation du réseau ferré. Au lieu de cela, le téléspectateur a eu droit à une visite du Palais accompagnée de quelques commentaires présidentiels...

Chaque Président de la République a son style. Celui d’Emmanuel Macron est direct en actes et cela change radicalement l’image de la France non seulement au niveau international mais aussi au niveau économique. Or, l’économie dépend beaucoup d’une composante absolument pas modélisable qui s’appelle psychologie : c’est ce cercle vertueux que souhaite amorcer Emmanuel Macron après tant d’années de tergiversations hollandiennes.

Et la moindre chose que l’on peut dire, c’est qu’il commence à y parvenir. Et son rebond dans les sondages lui apporte d’encourageantes forces pour réformer d’autres piliers du modèle social, en particulier la formation professionnelle et la retraite. Gageons qu’il a de grandes chances de réussir à continuer à réformer le pays avec un tel oxygène, inédit depuis si longtemps.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 décembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron et les quarante couleurs.
Emmanuel Macron sous le sceau de l’Histoire.
Emmanuel Macron et la fierté nouvelle d’être Français ?
Emmanuel Macron et Johnny Hallyday (9 décembre 2017).
La diplomatie du panda (4 décembre 2017).
Emmanuel Macron aux maires de France (23 novembre 2017).
Emmanuel Macron et son plan de relance de l’Europe (26 septembre 2017).
Emmanuel Macron à l’ONU, apôtre du multilatéralisme (19 septembre 2017).
Emmanuel Macron et la refondation de l’Europe (7 septembre 2017).
Emmanuel Macron et l’armée (19 juillet 2017).
Emmanuel Macron et les Territoires (17 juillet 2017).
Emmanuel Macron et le Vel d’Hiv (16 juillet 2017).
Emmanuel Macron au Congrès de Versailles le 3 juillet 2017.
Portrait officiel du maître des horloges.
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Hommage d’Emmanuel Macron à Helmut Kohl le 1er juillet 2017 à Strasbourg.
Hommage d’Emmanuel Macron à Simone Veil le 5 juillet 2017 aux Invalides.
Discours d’Emmanuel Macron le 13 juillet 2017 à l’Hôtel de Brienne, à Paris (texte intégral).
Discours d’Emmanuel Macron du 16 juillet 2017 (texte intégral).
Discours d’Emmanuel Macron le 17 juillet 2017 au Sénat sur les Territoires (texte intégral).
Discours d’Emmanuel Macron le 20 juillet 2017 à Istres.
Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 7 septembre 2017 à Athènes.
Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 8 septembre 2017 à Athènes.
Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 19 septembre 2017 à New York.
Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 26 septembre 2017 à la Sorbonne.
Communiqué de presse de l’Élysée sur le discours du 26 septembre 2017.
Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 23 novembre 2017 au 100e Congrès des maires de France à Paris.
Hommage d’Emmanuel Macron à Jean d’Ormesson le 8 décembre 2017 aux Invalides à Paris.
Hommage d’Emmanuel Macron à Johnny Hallyday le 9 décembre 2017 à la Madeleine à Paris.
Les deux discours d'Emmanuel Macron le 12 décembre 2017 au One Planet Summit à Boulogne-Billancourt (texte intégral).
La République En Marche.
Audit de la Cour des Comptes du quinquennat Hollande (29 juin 2017).
Les élections sénatoriales de 2017.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.
La Ve République.

_yartiMacron2017122104



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171221-macron-2.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-le-president-des-199814

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/12/29/35969893.html


 

Partager cet article
Repost0
30 novembre 2017 4 30 /11 /novembre /2017 02:10

« L’objectif que nous recherchons tous est (…) crucial pour notre pays : amener nos PME vers le marché international, alors qu’aujourd’hui, seulement 5% de nos PME exportent contre 12% des PME allemandes. En bref, il s’agit moins d’aider un plombier à participer à la remise en état de l’école communale que d’identifier la PME qui peut devenir la future Google, Amazon, Ebay ou Apple de demain sur le marché mondial. Or, nous savons qu’un marché public apporte à de telles entreprises non seulement un chiffre d’affaires mais une référence sur le marché mondial : pour vendre à Hong Kong, mieux vaut être fournisseur de la reine d’Angleterre que de M. Smith. » (Rapport du 5 décembre 2007 au Président de la République).


_yartiStoleruLionel01

L’ancien ministre Lionel Stoléru est mort il y a un an, le 30 novembre 2016 à Paris. Il venait d’avoir, quelques jours auparavant, 79 ans (il est né à Nantes il y a quatre-vingts ans, le 22 novembre 1937, vingt-cinq ans exactement après le général Leclerc). Lionel Stoléru, parti aussi discrètement dans les médias qu’il n’a vécu, ce fut d’abord un homme de réflexion plus qu’un homme d’action. Il était une sorte de Jacques Attali, qui a moins bien "réussi", ou mieux "réussi", si l’on imagine que Jacques Attali aurait rêvé d’un ministère.

D’origine roumaine par son père chef d’entreprise et autrichienne par sa mère (lui et sa famille ont failli être déportés), Lionel Stoléru fut un haut fonctionnaire sorti des meilleures écoles de la République, un exemple, parmi d’autres, du système de la méritocratie à la française : Polytechnique et Mines.

Après ces diplômes nationaux prestigieux (il était sorti 2e de X en 1956), il poursuivit ses études aux États-Unis avec un doctorat (Ph. D.) en économie à Stanford (Californie). Là aussi, le travail de recherche fut réalisé dans les meilleures conditions puisque son directeur de thèse fut Kenneth Arrow (qui est mort le 21 février 2017 à 95 ans), récompensé plus tard par un "prix Nobel d’économie" en 1972. Et s’il n’a pas été diplômé de l’ENA, son épouse l’a été, ainsi que sa fille qui, comme François Hollande, a cumulé HEC et ENA.

Après un début de vie active au Commissariat au plan et dans des fonctions financières, il intégra le staff de Valéry Giscard d’Estaing en 1969, alors Ministre de l’Économie et des Finances pendant le mandat de Georges Pompidou. Parallèlement, il a suivi une carrière universitaire, à l’X et aux Mines, professeur de mathématiques puis d’économie. Son expertise économique fut remarquable, connue et reconnue internationalement au point d’avoir conseillé, dans les années 1990, des dirigeants politiques au plus haut niveau en Roumanie et en Ukraine.

Économiste et auteur de plusieurs ouvrages sur ce sujet, notamment sur la pauvreté en France au début des années 1970 où il envisageait ce qui fut plus tard le RMI (ou RSA), Lionel Stoléru, comme Jacques Attali, était un amoureux de la musique et a dirigé de nombreux orchestres, a même enregistré certains concerts, et a également composé une "Symphonie juive pour orchestre".

_yartiStoleruLionel04

Pendant tout le septennat de Valéry Giscard d’Estaing, il fut membre du gouvernement, que ce soit sous Jacques Chirac ou sous Raymond Barre. Certes, il n’avait pas une place déterminante sur le plan politique mais a pu bénéficier de la confiance présidentielle du 27 mai 1974 au 13 mai 1981 : Secrétaire d’État chargé de la condition des travailleurs manuels (et des travailleurs immigrés à partir du 29 mars 1977).

Ses tentatives électorales furent plutôt laborieuses : fort de sa présence au sein du gouvernement, Valéry Giscard d’Estaing lui a proposé de se présenter aux élections législatives de mars 1978 dans une circonscription des Vosges (à Saint-Dié), tandis que Jacques Chirac avait parachuté Philippe Séguin dans le même département (à Épinal) et un membre du cabinet de Lionel Stoléru s’était présenté contre Philippe Séguin. Si Philippe Séguin a gagné le siège (ce fut le début d’une honorable carrière politique, un peu mouvementée néanmoins), Lionel Stoléru a perdu face à Christian Pierret (rocardien), futur maire de Saint-Dié et futur ministre de Lionel Jospin. Il perdit de nouveau en juin 1981 face au même. Il est parvenu à se faire élire conseiller général dans les Vosges en mars 1979 mais fut battu en mars 1985.

Après l’élection de François Mitterrand en 1981, Lionel Stoléru s’est rapproché des barristes puis des rocardiens dont il se sentait proche, à l'instar de Bernard Stasi. Il fut l’un des hommes de l’ouverture en 1988. Aidé par Michel Rocard, Lionel Stoléru fut élu député de l’Oise en juin 1988 avec l’étiquette "majorité présidentielle". Il n’a pas eu le temps de connaître la vie parlementaire comme député puisqu’il fut nommé dans les deux gouvernements de Michel Rocard Secrétaire d’État chargé du Plan, du 10 mai 1988 au 15 mai 1991. Parmi les autres ministres d’ouverture, il y avait Pierre Arpaillange, Michel Durafour, Jean-Pierre Soisson, Jacques Pelletier, Jean-Marie Rausch, Olivier Stirn, Bruno Durieux, Théro Braun et Hélène Dorlhac.

J’avais indiqué plus haut que Lionel Stoléru avait composé une "Symphonie juive pour orchestre", ce qui pouvait s’expliquer par son origine juive par ses parents (d’où la position très difficile de sa famille sous l’Occupation nazie).

_yartiStoleruLionel02

C’est sur cette origine juive qu’il fut pris à partie par le président du FN, Jean-Marie Le Pen, lors d’un débat le 5 septembre 1989 sur la Cinq. Jean-Marie Le Pen lui a demandé s’il avait la « double nationalité ». Lionel Stoléru de répondre : « Laquelle ? ». Le Pen : « Je ne sais pas, je vous le demande. ». Stoléru : « Non, je suis français. ». Le Pen : « Parfait. Sinon, j’aurais été gêné. ». Cela donnait une idée de la vivacité des duels avec Jean-Marie Le Pen, et de leur "hauteur" intellectuelle…

Quelques jours plus tard, le 8 décembre 1989, TF1 a organisé un débat très sensible sur l’immigration. Face à Jean-Marie Le Pen, aucun responsable socialiste n’a voulu venir, échaudé par le débat avec Lionel Stoléru (qui représentait le gouvernement de Michel Rocard). Finalement, Pierre Mauroy, premier secrétaire du PS et ancien Premier Ministre, suggéra à la chaîne de télévision d’inviter Bernard Tapie qui mit ses conditions : « S’il me cherche, il va me trouver. Je ne me laisserai pas faire comme Lionel Stoléru ! ». Ce soit-là, Jean-Marie Le Pen fut éprouvé car il a cru que Bernard Tapie allait vraiment le frapper !

Lionel Stoléru a quitté le gouvernement après l’éviction de Michel Rocard. Aux élections législatives de mars 1993, il échoua à se faire réélire, mais resta proche de Michel Rocard, souhaitant sa candidature à l’élection présidentielle de 1995.

Ce fut pour cette raison qu’il participa notamment aux Assises de la transformation sociale à la Maison de la Chimie à Paris, le 6 février 1994. C’était un événement important dans le dispositif de campagne de Michel Rocard, devenu premier secrétaire du PS, pour donner à sa candidature un "contenu idéologique" comme l’a noté Michèle Cotta dans son journal. Lorsque, dans l’après-midi, juste avant Marie-Noëlle Lieneman, Lionel Stoléru s’est avancé à la tribune et a commencé à parler, l’assistance s’est mise à le conspuer, à crier "Giscard ! Giscard !". Michèle Cotta a observé le lynchage : « Stoléru est quelque peu dérouté, car ayant été en effet ministre de Rocard, il croyait avoir gagné ses quartiers de noblesse à gauche. Eh bien non, apparemment. Il termine rapidement son intervention par cette belle phrase de Sénèque qui, ici, fait un flop, mais que je note néanmoins : "Il n’y a pas de bon vent pour celui qui ne sait pas où il veut aller". ».

Proche également de Bertrand Delanoë, Lionel Stoléru s’est présenté aux élections municipales de Paris en mars 2001 dans le 16e arrondissement (sans succès) et fut nommé en 2006 président du Conseil de développement économique de Paris. En 2003, le Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin l’avait nommé président du Conseil d’analyse économique.

Lors de la campagne présidentielle de 2007, alors qu’il aurait souhaité la candidature de Dominique Strauss-Kahn, Lionel Stoléru a soutenu Nicolas Sarkozy. Il pensait que son dynamisme allait permettre de profondes réformes économiques dans le pays. Dès son arrivée à l’Élysée, Nicolas Sarkozy lui a alors demandé le 2 août 2007 de réfléchir, au sein d’une mission, sur l’avenir des PME en France pour favoriser le processus d’innovation. Lionel Stoléru a remis à Nicolas Sarkozy son rapport le 5 décembre 2007 (qu’on peut télécharger ici).

_yartiStoleruLionel03

Lorsqu’on parcourt ce document, on voit que l’homme est avant tout un intellectuel et pas un politique. Il y a peu de communication (c’est même parfois assez ardu de comprendre ce qu’il veut dire) et beaucoup de réflexion (ses idées sont originales, le fruit d’une expérience, d’une compétence et d’une recherche). Il faisait partie de rares ministres à avoir compris comment fonctionnaient les entreprises.

Son rapport était tellement peu politique qu’il s’était cru obligé de mettre en introduction : « J’écris ce rapport à la première personne pour bien rappeler qu’il n’engage que moi (…). N’ayant pas l’esprit courtisan, j’expose les conclusions que je tire de ces travaux, même lorsqu’elles sont en contradiction avec les positions actuelles du Président ou du gouvernement. ».

Il a proposé l’encouragement à l’exportation en favorisant l’accès des PME aux marchés publics nationaux (lire la citation en début d’article) au moyen de quinze propositions, souvent très techniques, pour faire ce que les Américains ont appelé le "Small Business Act" qui est une mesure étatique visant à favoriser les PME américaines dans les appels d’offre publiques. Ce premier rapport avait été renforcé par un second rapport remis le 22 avril 2008 au Premier Ministre de l’époque, François Fillon, qui lui avait prolongé sa mission en février 2008. Nul doute qu’il aurait été favorable aux mesures économiques prises par le Président Emmanuel Macron.

Pour terminer cet article, je reviens sur un documentaire, réalisé par Valéry Gaillard, qui a été diffusé pour la première fois le 29 octobre 2015 sur France 3. Son sujet, l’immigration et la politique de l’immigration des cinquante dernières années. Un document très intéressant qui reprend l’historique des politiques publiques.

Avant le septennat de Valéry Giscard d’Estaing, il n’y avait eu aucun contrôle sur l’immigration. Avec Paul Dijoud (79 ans), Lionel Stoléru fut l’un des premiers Ministres de l’Immigration, mais il n’était pas vraiment en phase avec celui qui l’avait nommé, Valéry Giscard d’Estaing. En effet, ce dernier, en raison de la crise économique et de la montée du chômage, a décidé de fermer les frontières à l’immigration pour des raisons politiques et économiques.

Dans ce documentaire, Lionel Stoléru a expliqué que cette politique a paradoxalement contribué à renforcer l’immigration. Avant la fermeture aux frontières, les travailleurs immigrés qui venaient en France restaient pendant quelques années, trois ou quatre ans seulement, puis repartaient dans leur pays d’origine. Ils laissaient ensuite la place à d’autres travailleurs immigrés. Avec la fermeture des frontières, les travailleurs immigrés ne sont plus repartis dans leur pays puisqu’ils ne pourraient plus revenir en France une fois ressortis.

Ensuite, pour des raisons humanitaires, le gouvernement français a proposé le regroupement familial, pour ne pas séparer les familles. Le résultat, ce fut donc, malgré la fermeture des frontières, un afflux d’immigrés avec parfois des abus (l’arrivée de pseudo-cousins, etc.).

Par ailleurs, toujours sous pression politique, Valéry Giscard d’Estaing a voulu faire passer une loi rétroactive pour renvoyer les immigrés déjà présents sur le sol français. Lionel Stoléru refusa cette mesure et le lui a dit en face, au cours d’un entretien privé, la veille du conseil des ministres qui devait adopter ce projet de loi. Il ne porterait pas un tel projet et donnerait sa démission si ce projet était adopté (auquel cas, cela aurait son ministre de tutelle, Robert Boulin, à l’époque premier-ministrable, qui l’aurait défendu).

Lionel Stoléru a ajouté que la France avait déjà connu ce genre de mesures rétroactives, c’était sous Pétain… Lors du conseil des ministres le lendemain, Robert Boulin présenta ce projet de loi. Valéry Giscard d’Estaing demanda aux ministres s’il y avait des commentaires. Grand silence dans la salle du conseil. Lionel Stoléru demanda à parler. Valéry Giscard d’Estaing lui refusa la parole en disant qu’il était de tradition que le secrétaire d’État ne s’exprimât pas après son ministre de tutelle. Grand silence. Puis enfin, Simone Veil a pris la parole, a reconnu que ce n’était pas son domaine ministériel (elle était Ministre de la Santé), mais qu’en tant que juriste, elle pouvait dire que le projet serait rejeté par le Conseil Constitutionnel car il était anticonstitutionnel. Valéry Giscard d’Estaing passa au projet suivant. Ce projet ne verra finalement jamais le jour.

Dans le documentaire, Lionel Stoléru semblait très ému lorsqu’il racontait ses tensions avec Valéry Giscard d’Estaing, probablement parce que, focalisé sur le fond, c’est-à-dire, sur le sort des travailleurs immigrés, ne comprenait pas pourquoi ce sujet était devenu un thème politique important. Au fil de ces quarante dernières années, un homme a pu ainsi prospérer grâce à ce sujet de plus en plus envahissant dans la conscience médiatique. Et électorale. Française et européenne. Et même américaine


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 novembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Lionel Stoléru.
Small Business Act : le discret rapport de Lionel Stoléru qui va décoiffer l’Europe !
Rapport Stoléru du 5 décembre 2007 (à télécharger).
Small Business Act.
Michel Durafour.
Jacques Pelletier.
Édouard Bonnefous.
François Mitterrand.
Valéry Giscard d’Estaing.
Jacques Chirac.
Raymond Barre.
Michel Rocard.
Simone Veil.

_yartiStoleruLionel05


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161130-lionel-stoleru.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/hommage-a-lionel-stoleru-expert-199158

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/11/30/35909859.html



 

Partager cet article
Repost0

Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


Pour mettre la page en PDF :
Print


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).