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28 novembre 2017 2 28 /11 /novembre /2017 02:28

« Ma première pensée sera pour nos camarades tombés sous les balles ennemies qui pleuvaient de tous côtés et dont je revois les visages blêmes, figés par la mort. » (Loïc Bouvard, le 20 juin 2014 à Saint-Marcel).



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L’ancien député du Morbihan Loïc Bouvard est mort dans la nuit du 26 au 27 novembre 2017 à Saint-Marcel, commune de son département où il habitait. Il avait 88 ans (né le 20 janvier 1929) et était un parlementaire centriste (démocrate-chrétien) peu connu du grand public au niveau national malgré ses presque quatre décennies de mandats. Il était un député qui bossait et pas qui papotait, attaché aux débats de fond et pas à la surface des polémiques et des petites phrases, attentionné à la vie de ses électeurs mais pas électoraliste.

J’ai eu la chance de l’avoir rencontré dans les années 1990 et j’avais été fasciné par sa grande connaissance des questions géostratégiques. Non seulement il connaissait très bien les enjeux de défense au niveau européen et mondial, mais il avait développé une certaine vision, celle d’une personne qui pense par elle-même sans être inféodée à un parti ou à une personne, à des consignes partisanes de court terme.

Par son implantation bretonne, il était "naturellement" UDF-CDS (terre démocrate-chrétienne par excellence), mais il a rejoint l’UMP en 2002 par volonté d’unité du courant de centre droit.

Après ses études à l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris, licencié en droit, il a continué pour devenir docteur en science politique de la prestigieuse Université de Princeton aux États-Unis, pays où il resta pendant une dizaine d’années pour le compte d’Air France, ce qui lui a valu d’être parfaitement bilingue. La capacité de parler un très bon anglais était très rare chez les parlementaires, à son époque.

Devenu conseil en management d’entreprise quand il est revenu en France en 1963, Loïc Bouvard a échoué deux fois à conquérir une circonscription, en mars 1967 et juin 1968. Ce fut le 11 mars 1973 qu’il a réussi son implantation : élu député du Morbihan, dans une circonscription qui compte notamment Ploërmel, il fut réélu constamment (parfois avec des scores flatteurs, comme 63,1% dès le premier tour le 21 mars 1993) jusqu’en juin 2012, date à laquelle il se retira de la vie politique après neuf mandats et trente-neuf ans de vie parlementaire : « Je ne me lasse pas de mon rôle de député. Servir et représenter les habitants de notre région, tel est le sens de ma vie. ».


Un humaniste proche des gens

S’il fut aussi élu conseiller régional de Bretagne du 17 mars 1986 au 15 mars 1998, Loïc Bouvard n’a jamais sollicité de mandat local (comme maire ou conseiller général). Cela ne l’empêchait pas d’être proche de ses électeurs. Au contraire, reprenant un marketing politique appris aux États-Unis, il se consacrait trois jours par semaine à sa circonscription, prenant soin de chacun de ses habitants, partageant joie des naissances et des réussites dans les études, et peine des décès, se rendant à toutes les manifestations locales, répondant positivement à toutes les invitations, inaugurations, fêtes, etc.

Sa première victoire, il l’a due aux influents réseaux de son voisin, qui était maire de Saint-Marcel, syndicaliste agricole et président du la chambre d’agriculture. Cette attention portée aux habitants lui a permis en juin 2002 de laminer son ancien jeune suppléant, fondateur de Caradisiac (site Internet de vente de véhicules) qui s’était présenté contre lui avec l’appui d’élus influents.

Un de ses amis, l’ancien sénateur Josselin de Rohan (ancien président du conseil régional de Bretagne), a décrit Loïc Bouvard ainsi : « Cet homme de culture était à la fois très fin, fort intelligent et très proche de ses électeurs. Loïc Bouvard était un humaniste, un homme de conviction et de dialogue. » (27 novembre 2017). Un autre collègue député, l’ancien ministre et actuel président du conseil départemental du Morbihan, François Goulard, a confirmé : « À l’Assemblée Nationale où j’ai été durant trois mandats son collègue et voisin de banc, sa finesse et sa courtoisie étaient appréciée de tous. » (27 novembre 2017). L’ancien maire de Saint-Marcel, Armel Rousselot, a pu aussi témoigner de cette vocation à rendre service : « Il n’hésitait pas à faire des kilomètres et des kilomètres pour rendre visite chez les uns et chez les autres. Il n’arrêtait jamais. C’était impressionnant. Il avait toujours un mot pour chacun. J’avais beaucoup de respect pour lui et il m’a toujours soutenu dans l’ombre. C’était un modèle pour plus d’une personne. » (27 novembre 2017).

Au Palais-Bourbon, Loïc Bouvard fut vice-président de l’Assemblée Nationale du 24 juin 1988 au 21 avril 1997 et juge titulaire de la Haute Cour du 23 octobre 2002 au 19 juin 2007. Ce fut évidemment comme député appartenant à la commission des affaires étrangères qu’il a développé son expertise sur les relations internationales et les questions de défense et de géostratégie. Mais il avait aussi des positions fortes sur d’autres sujets plus généraux. Je donne donc ici quatre exemples de ses activités parlementaires.


Président de l’Assemblée parlementaire de l’Atlantique nord

Loïc Bouvard fut, par cette fonction de membre de la commission des affaires étrangères, membre de la délégation française à l’Assemblée parlementaire de l’Atlantique nord (Assemblée parlementaire de l’OTAN) du 1er janvier 1979 au 19 juin 2007, assemblée qu’il présida du 1er novembre 1992 au 1er novembre 1994, ce qui est très rare (le Président de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN est très rarement un Français ; après lui, Pierre Lellouche l’a présidée aussi de 2004 à 2006).





L’Assemblée parlementaire de l’Atlantique nord a été créée en 1955 pour permettre aux parlementaires de tous les États membres de l’OTAN d’échanger sur les questions de défense. Elle n’a aucun lien structurel ni financier avec l’OTAN elle-même (elle s’auto-finance par les subventions des différents parlements nationaux), et n’a qu’une fonction consultative mais néanmoins respectée par le Secrétaire Général de l’OTAN qui vient régulièrement débattre dans cette instance. Actuellement, elle comporte 257 parlementaires provenant des États membres (dont 18 Français) et 66 parlementaires provenant des États associés à l’OTAN. Elle se réunit deux fois par an à Bruxelles.


Président de l’Assemblée Nationale à titre provisoire

Loïc Bouvard a eu sa petite heure de gloire le mardi 26 juin 2007. Il venait d’être réélu pour son dernier mandat, avait dû choisir François Guéant, fils de Claude Guéant, comme suppléant (imposé par Nicolas Sarkozy comme tremplin, mais qui a été battu cinq ans plus tard le 17 juin 2012 par le candidat écologiste, lui-même réélu dès le premier tour le 11 juin 2017 avec l’étiquette LREM), et il était, à 78 ans, le doyen d’âge de l’Assemblée Nationale élue quelques jours plus tôt. Ce fut donc lui qui présida la première séance de la XIIIe législature dont l’ordre du jour était l’élection du nouveau Président de l’Assemblée Nationale (Bernard Accoyer, l’actuel secrétaire général de LR, fut élu à l’issue de cette séance).

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Cette séance inaugurale est toujours l’occasion d’un discours du doyen. Loïc Bouvard ne se priva pas de faire un peu de nostalgie : « Je comprends trop bien ce que peuvent ressentir ceux qui, aujourd’hui, franchissent pour la première fois le seuil de cet hémicycle, me souvenant de ma propre émotion lorsque, le 2 avril 1973, j’y pénétrai moi moi-même, le hasard faisant que je suivais Michel Debré et précédais Olivier Guichard, deux des membres fondateurs de la Ve République. Au cours de mes huit mandats successifs, siégeant tour à tour sur les bancs de l’opposition et sur ceux de la majorité, j’ai pu constater que, si, lors d’un vote, la majorité l’emporte toujours, il est capital qu’aient été au préalable respectés les droits de l’opposition. ».

Durant cette allocution, il a cité notamment le romancier Robert Musil pour inciter les députés  à ne se soucier que de l’intérêt général : « Vous êtes probablement trop jeune pour savoir que notre vie est très simple. Elle ne devient d’une complexité insurmontable que lorsqu’on pense à soi ; dès l’instant où l’on ne pense plus à soi, mais où on se demande comment aider autrui, elle devient parfaitement simple. » ("L’Homme sans qualités").


Lutte contre l’évasion fiscale

La dernière question de Loïc Bouvard au gouvernement porta sur les professions de santé et la réglementation, publiée le 14 février 2012 (elle n’a pas eu de réponse car la session a été achevée peu de temps après en raison de la période électorale). Son dernier rapport était son rapport habituel d’activité de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN au cours de l’année 2011 (rapport n°4430), déposé le 6 mars 2012.

L’un de ses derniers rapports a étudié le projet de loi adopté au conseil des ministres du 23 février 2010 autorisant l’approbation de l’avenant du 7 juillet 2009 à la convention entre la France et la Belgique du 10 mars 1964 tendant à éviter les doubles impositions et à établir des règles d’assistance administrative et juridique en matière d’impôts sur les revenus (rapport n°2704 déposé le 6 juillet 2010). L’enjeu était important car il y avait (à l’époque) 19 000 foyers fiscaux résidents de Belgique qui déclaraient des revenus imposables en France, dont 8 000 salariés, et il y avait 132 000 Français résidant en Belgique.

Loïc Bouvard y a rappelé l’importance de cet avenant visant à en finir avec les paradis fiscaux : « Il n’a pas été possible d’obtenir du gouvernement d’autre estimation plus précise des montants de la fraude fiscale et sociale au détriment de la France que celle contenue dans le rapport annuel de mars 2007 du Conseil des prélèvements obligatoires : une somme annuellement comprise entre 29 et 40 milliards d’euros. Tout juste votre rapporteur [c’est-à-dire lui] peut-il ajouter que, compte tenu du fait que la France a été en 2009 le troisième fournisseur de la Belgique et son premier client, les enjeux qui s’attachent à la convention fiscale bilatérale entre nos deux pays sont d’une autre ampleur que ceux d’un accord avec l’Île de Man ou les Bermudes. » (6 juillet 2010).

Après un développement très technique sur les échanges de renseignements fiscaux, Loïc Bouvard a conclu ainsi : « Afin de rendre juridiquement possible cette application d’un texte très nécessaire à la lutte contre l’évasion et la fraude fiscales, il n’est que plus urgent, aux yeux de votre rapporteur, d’approuver le présent projet de loi. ». La loi fut promulguée le 12 octobre 2010 (loi n°2010-1195 du 12 octobre 2010).


Combat pour l’abolition de la peine de mort

Dès le 27 juin 1979, avant la victoire de François Mitterrand, Loïc Bouvard a déclaré devant ses collègues députés, au cours d’un débat d’orientation sur la peine de mort : « Je voterai, et le plus vite sera le mieux, l’abolition de la peine de mort ! ». Il n’était pas le seul parlementaire de la majorité de l’époque (UDF-RPR) à avoir souhaité l’abolition de la peine de mort : Bernard Stasi et Pierre Bas, par exemple, avaient déposé une proposition de loi en ce sens.

Pour Loïc Bouvard, la peine capitale était « hautement répréhensible du point de vue de la morale et (…) hautement inefficace du point de vue de la société car elle n’apporte pas de solution adéquate aux problèmes de notre temps ». En 1979, la criminalité était en hausse et plus de 4 000 crimes passibles de la peine de mort ont été commis entre 1975 et 1978 en France. Le député faisait remarquer que la France est passée d’une exécution tous les trois jours en 1825 à une exécution tous les deux ans dans les années 1970 : « Le maintien de la peine de mort n’est pas le remède à ses maux. ».

Deux ans plus tard, lorsque Robert Badinter a soumis le projet d’abolition de la peine de mort aux députés, Loïc Bouvard a évidemment participé au débat du 18 septembre 1981 : « Je voterai l’abolition de la peine de mort. (…) Je le ferai d’abord parce qu’il s’agit pour moi d’un problème de conscience et de conviction. (…) Aucun acte, aussi crapuleux soit-il, ne peut justifier qu’une société civilisée s’arroge le droit de supprimer, consciemment et de façon organisée, son auteur. ». Et cette fois-ci, le projet de loi a été adopté par 263 voix contre 117 (non seulement par la majorité de gauche mais aussi avec le concours de Jacques Chirac, Bernard Stasi, Philippe Séguin, Loïc Bouvard et Pierre Bas, entre autres).

Les qualités d’humaniste de Loïc Bouvard n’ont pas attendu l’époque où il était parlementaire, bataillant pour l’abolition de la peine de mort, pour s’affirmer. Elles se révélèrent dès l’âge de 15 ans, ce qui est très rare.


Résistant à 15 ans

En effet, Loïc Bouvard fut l’un des rares de sa génération à avoir obtenu la Croix de guerre 1939-1945 avec cette citation le 18 juin 1945, un an après les faits : « Soldat FFI, jeune garçon d’un courage et d’un sang-froid remarquable, Loïc Bouvard a assuré de nombreuses missions périlleuses sur la ligne de front, faisant preuve, au milieu du combat, d’un courage et d’un esprit de sacrifice bien au-dessus de son âge. » (Général de division Allard).

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Comme d’autres (notamment Félix Rouault, 91 ans quand il a été décoré avec lui, en 2014), Loïc Bouvard s’était engagé dans la Résistance et était devenu un agent de liaison. Fils d’un officier de l’armée de l’air sorti de Saint-Cyr, il a combattu dans le maquis de Saint-Marcel lors de la bataille du 18 juin 1944. Il n’avait que 15 ans : « Ma mère avait accepté que je porte une arme pour me battre. C’était un privilège de me battre pour libérer la France. ». Et de répéter : « Je vibre encore en évoquant cette journée du 18 juin 1944. C’est comme si c’était hier, j’entends encore les balles siffler. » ("Ouest-France").

On peut lire son récit de cette journée mémorable sur Internet. Le matin : « J’ai toutes les peines du monde à obtenir une carabine. Heureusement, j’avais la permission de Maman. (…) Comme armement, on me donne une carabine américaine, merveilleuse arme légère semi-automatique et dont la précision est très appréciée. ». Et le soir : « Nous sommes un peu repérés et, de la colline d’en face, les Allemands nous tirent dedans ; ça me fait une drôle d’impression d’entendre les balles siffler dans les champs de blé. Puis, tout à coup, une sorte de petite explosion, suivie de plusieurs autres. Elles paraissent très proches ; ne sachant ce que c’est, je me blottis dans le fossé et serre bien fort contre ma poitrine cette carabine que je suis si heureux de porter. Les bois de monsieur Philippe sont en feu ; ça produit un curieux effet, alors que la nuit approche. ».

En mai 2004, Loïc Bouvard a confié : « Nous étions exaltés à l’idée de nous battre. Non par vengeance mais pour la revanche. Cette ardeur à me battre pour mon pays m’a poussé à promouvoir l’idée européenne. ». Dès 1950, il militait au sein du mouvement Jeune Europe aux côtés d’Henri Frenay : « Je pense que nous, députés, pouvons, que dis-je, devons contribuer à la construction européenne, au renforcement de la défense, à la promotion du rôle de la France et de notre continent face aux grands ensembles du XXIe siècle. De même s’impose-t-il à nous de relever les défis qui sont la menace du terrorisme, les confits ethniques et locaux, la faim dans le monde, la préservation de la planète et la dissémination de l’arme nucléaire. » (26 juin 2007). Une énumération très clairvoyante des menaces, avec dix ans de recul.

Loïc Bouvard a reçu la "consécration" ou plutôt, la reconnaissance de son héroïsme de sa période d’adolescence lorsqu’il fut décoré de la Légion d’honneur le 20 juin 2014 à Saint-Marcel par le Ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian (également président du conseil régional de Bretagne) : « Non seulement aucun des éléments allemands présents dans la région n’a pu rejoindre la Normandie, mais les combattants de Saint-Marcel ont en outre démontré que la Résistance, qui avait ici la figure de la Bretagne, pouvait tenir en échec l’armée allemande. » (Jean-Yves Le Drian à l’occasion des cérémonies du soixante-dixième anniversaire du Débarquement).

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Cela peut paraître anodin, mais il faut savoir que les députés et les ministres en fonction n’ont (heureusement) pas le droit de recevoir la Légion d’honneur, pour éviter tout risque de collusion. Cette décoration, qui peut recouvrir beaucoup de vanités humaines, avait ici un sens très fort puisqu’elle récompensait, soixante-dix ans plus tard, les faits de guerre du jeune Loïc Bouvard. Qu’il lui soit aujourd’hui rendu un juste hommage !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 novembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Récit de la journée du 18 juin 1944 par Loïc Bouvard.
Loïc Bouvard.
Le général Leclerc.
François Jacob.
Daniel Cordier.
Patriotisme.
Bernard Stasi.
Pierre Bas.
Jean-Yves Le Drian.
La famille centriste.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171127-loic-bouvard.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/loic-bouvard-geostrategicien-199148

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/11/28/35908928.html


 

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18 novembre 2017 6 18 /11 /novembre /2017 03:39

« Nous savons que la recomposition de la vie politique que nous avons amorcée devra encore triompher de l’abstention électorale et de la montée des populismes. Face à l’ampleur de ces défis, nous reconnaissons que notre responsabilité est immense. » (Nouvelle "Charte des valeurs" de LREM, 16 novembre 2017).


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Ce samedi 18 novembre 2017 à Lyon, le parti du Président Emmanuel Macron, La République En Marche (LREM) est en congrès. Le Secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement, le fidèle Christophe Castaner, seul candidat, devrait donc être élu délégué général de LREM, appellation de la tête de ce parti. Directement choisi par Emmanuel Macron (candidature annoncée par l’intéressé sur RTL le 25 octobre 2017), Christian Castaner, plutôt apprécié par les "marcheurs", aura à guider ce mouvement sur les traces du gouvernement. L'ancien Ministre de la Justice François Bayrou et le Premier Ministre Édouard Philippe prendront la parole à ce congrès en milieu de journée.

Au-delà des hommes et des femmes, une nouvelle "Charte des valeurs" sera approuvée au cours de ce congrès du 18 novembre 2017. Consultable ici, ce texte a été le fruit d’un travail de plus de 6 000 contributions dont 600 collectives réalisées en ateliers dans des comités locaux entre le 6 et le 23 octobre 2017. La méthode pourrait faire frémir le militant "traditionnel" : « Les contributions ont été analysées durant toute cette période par La République En Marche. Un outil d’analyse sémantique et d’intelligence artificielle a été utilisé afin de réaliser une analyse fine de vos contributions et de dégager vos propositions les plus récurrentes. ». Autrement dit, ces milliers de contributions n’ont même pas été lues !!

Ce nouveau texte veut perpétuer le caractère novateur qui a fait le succès de LREM : « Notre mouvement est le fruit d’une aventure inédite, porté par des femmes et des hommes qui n’ont pas voulu se résigner à une société défaitiste et bloquée. Nous avons l’ardente obligation de rester fidèles à cet élan. ».


Christophe Castaner

Parlons d’abord rapidement de Christophe Castaner. À 51 ans, il devient un personnage essentiel de la Macronie, et tout le monde sait qu’il n’y a pas beaucoup de "politiques" dans ce pays politique. Loin d’être un surdiplômé de la République, il fut d’abord un militant socialiste (proche de Michel Rocard) qui a pu travailler dans des cabinets politiques, d’abord dans celui d’une mairie d’arrondissement de Paris (dirigée par un ancien ministre rocardien), puis dans des cabinets ministériels lors du gouvernement de Lionel Jospin, notamment auprès de Catherine Trautmann, puis de Michel Sapin (chef de cabinet).

En mars 2001 (il avait alors 35 ans), Christophe Castaner s’est présenté à la mairie de Forcalquier et a battu le maire sortant RPR en place depuis mars 1983 (également député). Maire de Forcalquier depuis le 23 mars 2001, il fut réélu en mars 2008 et en mars 2014 mais a abandonné son mandat le 22 juillet 2017 pour ne pas cumuler. Élu vice-président du conseil régional de Provence-Côte-d’Azur du 28 mars 2004 au 13 juillet 2012 (il a démissionné en raison du cumul), il fut élu député des Alpes-de-Haute-Provence le 17 juin 2012, réélu le 18 juin 2017.

Son vrai fait d’arme national fut sa conquête de la tête de liste socialiste aux élections régionales de décembre 2015 pour la Provence-Alpes-Côte-d’Azur (acquise lors d’une primaire interne au PS) et son échec désastreux du premier tour (seulement 17%) l’a conduit, même si, dans un premier temps, il l’avait refusé, à se désister purement et simplement (sans déposer de liste pour le second tour) pour favoriser l’élection de la liste LR menée par Christian Estrosi (26,5%) en grande difficulté face à la liste FN menée par Marion Maréchal-Le Pen (40,5%), ce qui a abouti à la disparition totale du PS et de la gauche au sein de ce conseil régional pendant six ans.

Rapporteur de la loi Macron à l’Assemblée Nationale, Christophe Castaner a pu ainsi apprendre à connaître et nouer des relations très amicales avec le ministre Emmanuel Macron, et l’a suivi dans son aventure présidentielle en 2016 et 2017 comme porte-parole du candidat. C’est donc assez logique qu’il soit aujourd’hui le futur patron de LREM, car il est l’homme politique sans doute le plus loyal, le plus fidèle et le plus fiable des macronistes.

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Notons au passage que celui qui, pourtant, était considéré comme le numéro deux de la Macronie avant l’élection présidentielle, considéré même comme un premier-ministrable, et secrétaire général de LREM d’octobre 2016 à juin 2017, Richard Ferrand a perdu complètement de son aura. Obligé de quitter le gouvernement et de renoncer au perchoir à cause de l’affaire des Mutuelles du Mans dans laquelle un non-lieu a été requis, Richard Ferrand s’est rabattu à la présidence du groupe LREM pléthorique à l’Assemblée Nationale, considéré comme stratégique car la plupart des centaines de députés n’ont jamais connu la vie politique, mais son manque de leadership est cependant ressenti par beaucoup d’élus.


Organisation du parti

Voyons maintenant le fonctionnement de LREM. La direction est composée d’un délégué général et d’un bureau exécutif de 30 membres. Ce 18 novembre 2017, quatre listes se présentent dont celle de Christophe Castaner, seul candidat au poste de délégué général. Le 16 novembre 2017 à 20 heures 15, a eu lieu l’unique débat contradictoire de cette campagne interne, transmis en direct sur le site web de LREM (selon RTL le 17 novembre 2017,  il n'y a eu que 270 spectateurs internautes pour ce débat, on est loin des 385 000 adhérents !).

Pour l’anecdote, on peut signaler que la profession de foi de Christophe Castaner a été rédigée en écriture inclusive complètement illisible (mais qui lit donc ces documents internes propres à la langue de bois ?), ce qui va en opposition avec la position du Ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer qui s’est opposé fermement à ce type d’écriture lors de la séance des questions au gouvernement le 14 novembre 2017, voulant avant tout ne pas déstabiliser l’apprentissage de la langue auprès des jeunes écoliers.

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Cette direction nationale a une grande importance car elle nomme notamment tous les référents territoriaux (les équivalents de secrétaires de fédération ou de section pour le PS). Or, qui élit le bureau exécutif ? Pas l’ensemble des adhérents comme c’est maintenant le cas dans la plupart des partis, mais un conseil national d’environ 800 membres (sorte de parlement interne), lui-même composé à 80% des "membres de droit" (ministres, parlementaires, grands élus locaux, référents départementaux, etc.) et à 20% des représentants des adhérents …tirés au sort ! Alors rappelons que les parlementaires ont été élus grâce à leur investiture décidée par… Emmanuel Macron lui-même. Comme les référents territoriaux sont eux-mêmes nommés par le bureau exécutif lui-même élu par les référents territoriaux… on est donc en pleine situation de cooptation, et les 20% tirés au sort ne sont donc que vitrine à peine enjolivée d’un fonction peu démocratique.

Une procédure de désignation des individus particulièrement odieuse est le vote à main levée. Si elle se justifie pour des questions politiques ou d’organisation, elle est totalement contre-indiquée, même dans les plus petites associations, lorsqu’il s’agit de désigner des personnes à des postes de responsabilité. Pour que chaque électeur puisse se sentir totalement libre et sincère, leur vote doit évidemment rester secret, hors de toute pression. Le vote à main levée des responsables politiques est foncièrement antidémocratique pour cette raison. La désignation à main levée de Richard Ferrand comme président du groupe LREM à l’Assemblée Nationale fut, à ma connaissance, unique dans le fonctionnement des groupes parlementaires. Même lorsqu’il n’y a qu’un seul candidat, le fait de pouvoir savoir que certains refusent cette candidature fait pression sur les électeurs-députés.


Le fonctionnement est-il démocratique ?

À ce moment de l’article, je voudrais donc m’arrêter sur le caractère démocratique ou antidémocratique du processus. Connaissant le fonctionnement de certains partis depuis une trentaine d’années, ce qui peut choquer aujourd’hui ne choquait nullement il y a trente ou quarante ans, car après tout, un parti doit avoir une ligne claire, être efficace, rester uni et éviter d’être victime de l’entrisme. Loin d’être un parti neuf et novateur, LREM a simplement repris, dans l’esprit (avec une plus belle devanture), le fonctionnement classique d’un parti des années 1970 ou 1980 (les nouveaux réinventent souvent le monde). Est-ce démocratique ? Sans doute pas, mais personne n’a jamais obligé quelqu’un à adhérer à un parti politique.

Prenons plus particulièrement le cas du "chef" du parti. La désignation par le Président de la République du chef du parti présidentiel est-elle choquante ? Encore moins ! En effet, si l’on reprend ses deux prédécesseurs, ce fut Nicolas Sarkozy qui a désigné Patrick Devedjian, puis Xavier Bertrand, enfin Jean-François Copé au poste de secrétaire général de l’UMP (le poste de président ayant été supprimé de 2007 à 2012), et ce fut François Hollande qui a fortement encouragé la désignation de d’abord Harlem Désir puis Jean-Christophe Cambadélis au poste de premier secrétaire du PS entre 2012 et 2017. En revanche, Jacques Chirac, qui avait placé son fidèle Alain Juppé à la présidence de l’UMP de 2002 à 2004 (et du RPR de 1995 à 1997), n’a pas pu empêcher Nicolas Sarkozy de conquérir celle-ci entre 2004 et 2007, contre sa volonté. L’absence de plusieurs candidatures au poste de délégué général est-elle un manque de démocratie ou une volonté de refuser l’hypocrisie des candidatures fantoches ? Parallèlement, Les Républicains aussi se choisissent un chef, et face à Laurent Wauquiez, deux autres candidats se sont présentés pour une apparence de démocratie : serait-ce plus démocratique ?


Cumul chef de parti et ministre

Autre sujet de polémique : Christophe Castaner peut-il rester au sein du gouvernement alors qu’il est chef de parti ? Il semblerait que ce cumul soit acceptable pour l’Élysée (rien ne l’interdit dans les textes), même si par exemple, Christian Jacob, le président du groupe LR à l’Assemblée Nationale, a violemment récusé ce cumul, considérant qu’un ministre chargé des relations avec tous les groupes parlementaires ne pouvait pas être juge et parties à la fois. Vu le très faible nombre de ministres "politiques" et de ministres "médiatiques", Emmanuel Macron aurait quand même tort de se passer des services de Christophe Castaner qui, par ailleurs, paraît plutôt apprécié pour son ton modéré.

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Historiquement, c’était très courant qu’un ministre fût chef de parti. Ce fut même la règle avant l’arrivée de Lionel Jospin à Matignon il y a vingt ans. En effet, pour ne citer que les principaux, Jacques Chirac fut secrétaire général de l’UDR en décembre 1974 alors déjà Premier Ministre, puis président du RPR quand il fut Premier Ministre de 1986 à 1988, Alain Juppé secrétaire général du RPR lorsqu’il fut ministre de 1993 à 1995 et président du RPR lorsqu’il fut à Matignon de 1995 à 1997. Édouard Balladur a rassemblé au sein de son gouvernement de nombreux chefs de parti entre 1993 et 1995, Pierre Méhaignerie président du CDS, François Léotard président du PR, André Rossinot président du Parti radical valoisien, François Bayrou secrétaire général de l’UDF, et même dans la période récente, François Hollande a nommé Sylvia Pinel présidente du PRG ès qualités. Comme on le voit, si depuis vingt ans, cette pratique n’est plus faite avec le principal parti présidentiel, c’était une pratique assez courante dans un passé assez lointain : LREM, parti de la vieille politique, donc.


Combien de divisions ?

Parlons maintenant des adhérents qui comptent donc pour du beurre. On peut comprendre que 100 adhérents aient décidé de quitter LREM (communiqué le 14 novembre 2017). Cette démission collective est cependant très faible si l’on se réfère au nombre d’adhérents revendiqué : 385 027 au 21 octobre 2017 dont 166 000 acquis après l’élection présidentielle. C’est un nombre énorme en France pour un parti et absolument pas crédible. Pourquoi ? Parce que ces adhérents peuvent adhérer sans aucune cotisation. Rien que par l’absence de transaction financière, il y a une absence de preuve tangible qu’il y a bien eu adhésion.

Mais cette absence de cotisation a un autre effet pervers : il est impossible de quitter LREM par défaut. C’est comme s’il fallait demander de quitter LREM. Avec l’obligation de cotisation, il suffisait de ne plus payer sa cotisation l’année suivante pour ne plus faire partie des membres "à jour de cotisation" (on verra dans un mois ce qu’il en est pour LR par exemple). Et s’il faut ajouter qu’il fallait adhérer (ou plutôt s’inscrire) sur le site Internet (et la réalité de la personne si possible de nationalité française pourrait être mise en doute : aucune carte d’identité n’était demandée) pour prendre connaissance du programme du candidat Macron et d’autres documents de base, on comprend que ces 385 000 seraient plutôt des curieux de la Macronie que des adhérents militants enthousiastes.

De toute façon, ce nombre 385 000 aurait été crédible seulement dans le cas d’une vraie élection du délégué général par ceux-ci. Cela aurait donné une idée de la participation et de la réalité des personnes qui adhèrent vraiment eu aujourd’hui à la politique de LREM. On peut donc comprendre pourquoi ces 100 "dissidents" du 14 novembre 2017 ont évoqué le caractère de "secte" dans ce parti et le manque d’éthique et de démocratie. Ce qui compte, évidemment, c’est la parole de l’homme providentiel.

Ce verrouillage ordinaire du parti présidentiel n’est pas vraiment une surprise. C’est même le contraire qui aurait étonné. C’est la pratique traditionnelle, rien de nouveau. La vraie hypocrisie est de parler du caractère novateur de LREM. C’est juste un nouveau parti, mais son organisation est plutôt proche de l’archaïsme politique d’il y a une quarantaine d’années.


Une belle démonstration de la solidité des institutions de la Ve République

Pourtant, si je dépeins cet ensemble de manière assez négative, il faut saluer la brillante démonstration d’Emmanuel Macron et ce dernier a réussi ce que François Bayrou avait peiné à montrer en 2007 avec pourtant un parti (l’UDF) enraciné et expérimenté : un homme seul peut créer un parti avec seulement quelques élus qui se comptent sur les doigts d’une main et gagner à la fois l’élection présidentielle (qui dépend beaucoup de la personnalité, donc, cela n’est pas très surprenant), et les élections législatives (là, c’est plus surprenant). C’est la démonstration finale de l’excellence des institutions de la Ve République, car rappelons que ces institutions avaient un but essentiel : permettre à la France d’être gouvernée, dans tous les cas de figure (même sous une cohabitation).

On avait reproché à François Bayrou en 2007 qu’il n’aurait pas de majorité à l’Assemblée Nationale et donc, qu’il ne fallait pas l’élire à la Présidence de la République car la France deviendrait ingouvernable. Cet argument douteux l’a sans doute perdu au moment décisif du choix ultime dans l’isoloir. Ce même argument avait été utilisé contre la candidature d’Emmanuel Macron mais celui-ci a aussi bénéficié d’un véritable manque d’enthousiasme généralisé pour l’offre électorale. Résultat : les députés LREM (à de rares exceptions près) n’ont dû leur élection qu’au label Macron (c’est d’autant plus vrai que certains candidats, qui n’avaient jamais dépassé 5% dans les précédentes élections législatives, ont pu atteindre les 30% dès le premier tour grâce à ce sésame).

Ce théorème institutionnel de 2017 a un corollaire : si Marine Le Pen avait été élue Présidente de la République, il paraît désormais évident qu’elle aurait obtenu une majorité FN à l’Assemblée Nationale. Peut-être seulement relative mais cela lui aurait suffi pour gouverner : il faut bien se mettre cela dans l’esprit pour la prochaine élection présidentielle, en 2022 : l’élection présidentielle est la clef de voûte des institutions et du paysage politique.

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Après avoir salué la logique institutionnelle, saluons aussi l’habileté politique d’Emmanuel Macron qui cherche surtout à imiter… Valéry Giscard d’Estaing. Ce n’est pas anodin d’avoir rebaptisé son parti En Marche, dès le lendemain de son élection, La République En Marche (LREM), dont le nom finalement est assez proche du parti concurrent Les Républicains (LR), d’autant plus proche que le Premier Ministre Édouard Philippe est issu de ce parti !

Valéry Giscard d’Estaing avait fait exactement la même chose juste avant ses premières (et seules) élections législatives : en février 1978, il avait encouragé la création de l’UDF (Union pour la démocratie française) pour faire barrage au RPR. Si cette appellation reprenait le titre de son livre programme ("Démocratie française"), il avait aussi pour but de semer la confusion chez les électeurs gaullistes, habitués à l’UNR puis à l’UDR. Or, depuis décembre 1976, Jacques Chirac avait transformé l’UDF en RPR. Des électeurs gaullistes distraits qui n’avaient pas compris ni appris que leur parti avait changé de nom quinze mois auparavant auraient pu se tromper dans leur choix électoral.

LREM également a bénéficié de cette confusion avec LR, pas seulement de manière sémantique mais aussi politique avec l’intégration de ministres LR au gouvernement (dont Bruno Le Maire, candidat à la primaire LR). De plus, certains ténors LR donnent plus ou moins leur quitus aux six premiers mois d’Emmanuel Macron, et pas des moindres, notamment Alain Juppé, François Baroin et Thierry Solère, ce qui renforce les risques de confusions entre LREM et LR (risques voulus, encouragés et entretenus). La perspective des élections européennes de mai 2019 est à cet égard très intéressante (surtout dans le cas d’une liste commune LREM/LR constructifs face à une liste LR canal historique).

Malgré ses déboires sénatoriaux et même si le facteur chance l’a beaucoup souri, on peut quand même saluer l’artiste Emmanuel Macron quand on voit ce qu’est devenu son parti issu de rien, d’aucune tradition politique, d’aucun courant philosophique, créé le 6 avril 2016 de manière totalement artificielle et personnelle. En moins d’un an et demi, il a su conquérir l’Élysée, le gouvernement et le Palais-Bourbon, c’est quand même notable : 8,7 millions d’électeurs au premier tour de l’élection présidentielle (24,0%) ; 20,7 millions au second tour (66,1%) ; 6,4 millions d’électeurs au premier tour des élections législatives (28,2%) ; 7,8 millions au second tour (43,1%) ; 309 députés sur 577 ; 21 sénateurs sur 348 et 1 député européen sur 74. Chapeau !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 novembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Document LREM : la nouvelle "Charte des valeurs" du 16 novembre 2017 (à télécharger).
La République En Marche.
Richard Ferrand.
Christophe Castaner.
Alain Juppé.
François Bayrou.
Mathématiques militantes.
Les Républicains en pleine introspection.
Bruno Le Maire.
Édouard Philippe.
La relance de l’Europe à la Sorbonne.
Emmanuel Macron.
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Audit de la Cour des Comptes du quinquennat Hollande (29 juin 2017).
Les élections sénatoriales de 2017.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.
La Ve République.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171118-lrem-castaner.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-republique-en-marche-un-parti-198781

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/11/18/35874362.html


 

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16 novembre 2017 4 16 /11 /novembre /2017 01:54

Pour préparer le premier congrès du parti LREM du 18 novembre 2017 à Lyon, des consultations ont eu lieu en octobre 2017 pour rédiger une nouvelle "Charte des valeurs" de LREM.

Cliquer sur le lien pour télécharger le fichier .pdf correspondant.

Méthodologie :
https://storage.googleapis.com/en-marche-prod/documents/adherents/1-charte-et-manifeste/LaREM-restitution-consultation-charte-valeurs.pdf

Texte de la nouvelle "Charte des valeurs" de LREM :
https://storage.googleapis.com/en-marche-prod/documents/adherents/1-charte-et-manifeste/LaREM-charte-des-valeurs.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171118-lrem-castaner.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20171116-lrem-charte.html


 

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12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 18:21

(verbatim)

Communiqué de Didier BARIANI, Président de la Commission Permanente de Contrôle

Election à la Présidence du Parti Radical
Laurent HENART réélu Président du Parti Radical

La Commission permanente de contrôle a procédé ce jour, dimanche 12 novembre 2017, à 18h15, au dépouillement de l’élection à la Présidence du Parti Radical (l’élection se tenait du 6 au 12 novembre 2017 par voie électronique ouverte aux adhérents à jour de cotisation 2017 et validés par la commission de vérification des pouvoirs).

Les résultats sont les suivants :

Inscrits sur la liste électorale : 11 743
Nombre d’inscrits à jour de cotisation 2017 au 6 octobre 2017 : 3 385
Nombre de votants : 2 385
Blanc ou nul : 89
Suffrages exprimés : 2 296

Thierry CORNILLET : 464 (21 %)
Laurent HENART : 1 832 (79 %)

Par conséquent, Laurent HENART est élu Président du Parti Radical pour trois ans (2017-2020).

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20171112-parti-radical-laurent-henart.html


 

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17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 23:14

Né le 20 mars 1931 à Roquemaure, Paul Granet, haut fonctionnaire, a été élu député UDR (gaulliste) de l'Aube de mars 1967 à juillet 1974 (élu en 1967, réélu en 1968 et 1973). Il a fait partie des 43 députés gaullistes à soutenir, à l'instar de Jacques Chirac, la candidature de Valéry Giscard d'Estaing à l'élection présidentielle de 1974. Après l'élection de ce dernier, Paul Granet, adhérant au Parti radical valoisien, a été nommé Secrétaire d'État à la Formation professionnelle du 28 mai 1974 au 12 janvier 1976 puis Secrétaire d'État à l'Environnement du 12 janvier 1976 au 27 août 1976 dans le gouvernement de Jacques Chirac. Il fut réélu député de l'Aube en mars 1978 sous l'étiquette UDF et fut battu en 1981. Il était une figure importante du Parti radical valoisien.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170917-paul-granet.html


 

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25 août 2017 5 25 /08 /août /2017 05:25

« Je préfère être impopulaire qu’irresponsable. » (5 septembre 1980).


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J’ai été barriste, je reste barriste. Je ne sais pas combien il en reste encore aujourd’hui, mais s’il devait n’en rester qu’un, je suis prêt à être celui-là !

Plus je regarde le passé derrière moi, plus je vois cette quasi-trentaine d’années de perdues par l’irresponsabilité et le manque de vision des dirigeants de la France, plus je reste persuadé que l’élection de Raymond Barre à la Présidence de la République en mai 1988 aurait changé la face des choses en France. Le pays aurait alors accepté de s’occuper de ses vrais problèmes, aurait eu le courage de faire des réformes pour enrayer son déclin et amorcer sa renaissance. Et le premier des courages, cela aurait été d’arrêter la fuite en avant du clientélisme électoraliste onéreux qui a fait grimper la dette publique à des niveaux inimaginables.

Il y a exactement dix ans, le 25 août 2007, l’ancien Premier Ministre Raymond Barre est mort, à l’âge de 83 ans, au Val-de-Grâce, quatre jours avant un autre Premier Ministre, Pierre Messmer, dans le même hôpital parisien. Cela faisait quatre mois qu’il était hospitalisé et plusieurs années qu’il était malade. Les obsèques furent célébrées le 29 août 2007 par le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris.

À la fois gaulliste détesté par les gaullistes et démocrate-chrétien détesté par les démocrates-chrétiens, à la fois libéral détesté par les centristes et centriste détesté par les libéraux, il cultivait son don très personnel de l’indépendance intellectuelle et politique.

On a vu que pour gagner une élection présidentielle, il fallait plutôt être chef de meute que loup solitaire. Qu’importe, puisque face à l’Histoire, il aura eu raison. C’est le syndrome Pierre Mendès France, ou encore Jacques Delors, ou encore Michel Rocard : si j’avais été à la magistrature suprême, cela se serait passé autrement… L’actuel Premier Ministre Édouard Philippe l’a bien expliqué à ses colistiers du Havre lors de la campagne municipale de mars 2014 pour son renouvellement de maire : un homme sans conviction qui ne s’occupe que des stratégies politiciennes n’a aucun intérêt ; un homme de conviction incapable de voir la dimension politique ne sera jamais au pouvoir et ce n’est même pas la peine d’en parler. En d’autres termes, il faut des convictions et l’ambition pour réussir.

Le Président François Mitterrand avait reconnu, en 1988, la qualité de celui qui avait été l’un de ses adversaires les plus redoutables à l’élection présidentielle : Raymond Barre était, selon lui, un « véritable homme d’État ». Et c’est vrai que depuis une dizaine d’années, on peut se demander où ils sont, les "véritables hommes d’État" d’aujourd’hui ?

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Un peu comme Simone Veil et d’autres personnalités très indépendantes, Raymond Barre n’appartenait pas au sérail politique. Il avait hésité et avait préféré l’agrégation en économie au diplôme de l’ENA. Cela ne l’a cependant pas empêché d’être un haut fonctionnaire respecté et écouté par De Gaulle au point d’avoir fait preuve d'un certain talent de persuasion lorsqu’il fallait éviter la dévaluation du franc en automne 1968 alors que tout le monde la réclamait, et en particulier le gouvernement français lui-même (Raymond Barre a toujours sous-estimé publiquement l’importance de son rôle à cette époque où il travaillait à Bruxelles comme numéro deux de la Commission Européenne).

Son caractère trempé, prêt à avoir raison contre tout le monde, pouvait agacer avec son air professoral qu’il a toujours gardé, anobli par le Président Valéry Giscard d’Estaing du titre ronflant de « l’un des meilleurs économistes de France », une qualification qui lui colla à la peau un peu comme, plus tard, quand Jacques Chirac a parlé de son fidèle Alain Juppé comme « le meilleur d’entre nous ». Son amour de la langue française et des subjonctifs imparfaits ajoutait avec saveur quelques bons mots, comme sa revendication d’être un « extraterrestre » dans le « microcosme politique », loin des « porteurs de pancartes, ceux qui scribouillent, jacassent et babillent, le chœur des pleureuses et le cortège des beaux esprits, des milieux qui ne vivent que de manœuvres, d’intrigues et de ragots » (27 septembre 1978).

Avec son ton pontifiant et son assurance de premier de la classe, Raymond Barre était forcément sujet à la caricature, ce qu’il apprécia à sa juste valeur, n’étant pas, lui-même, exempt d’humour et d’autodérision : « Ma détente, lorsque j’étais à Matignon, était de lire le grouillement du microcosme dans "Le Canard enchaîné". Je n’ai jamais vraiment souffert d’être caricaturé. » ("L’enfer de Matignon", documentaire de 2007). Babarre l’éléphant, ou encore Barzy le nounours dans le "Bébette Show" de Stéphane Collaro, sa marionnette des "Guignols de l’info", ou encore la tortue de la fable, il adorait évidemment les excellentes imitations de Thierry Le Luron, notamment celles avec Bernard Mabille imaginées dans sa villa de Saint-Jean-Cap-Ferrat en 1984-1985.

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Ce fut ce même entêtement à vouloir avoir raison contre tous, et donc, à se moquer de ne pas être aimé, de ne pas être apprécié à sa juste valeur, qui a fait parfois dériver Raymond Barre à la fin de sa vie.

On lui reproche régulièrement sa maladresse lors de sa réaction sur TF1 au terrible attentat antisémite de la rue Copernic le 3 octobre 1980 (il était alors Premier Ministre) : « Cet attentat odieux qui voulait frapper les Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic. ». Il avait dû s’expliquer devant les députés le 8 octobre 1980 en réaffirmant que malgré la tournure de la phrase qui pouvait susciter l’ambiguïté, celle de considérer que les Juifs étaient coupables et n’étaient pas des Français, ses "compatriotes juifs" faisaient bien partie de "l’ensemble de la nation" et qu’il n’y avait pas opposition. Mais il n’avait pas voulu dire simplement qu’il avait été maladroit et qu’il le regrettait.

Ce reproche l’a rendu très amer pendant les décennies qui ont suivi cette malheureuse polémique. Juste avant de mourir, dans ses dernières déclarations publiques avant de tomber dans le coma, sur France Culture, interrogé par Raphaël Enthoven le jeudi 1er mars 2007 dans l’émission "Le rendez-vous des politiques", il a franchi la ligne rouge en "se lâchant", en évoquant le « lobby juif » contre lui. C’était hélas une triste illustration du fameux "naufrage de la vieillesse" dont parlait De Gaulle pour expliquer Pétain.

Il a aussi choqué beaucoup de monde (dont moi) en parlant de son ancien collègue universitaire à Caen, Bruno Gollnisch (élu FN accusé de propos négationnistes, voir à la fin de l'article) qui était un conseiller municipal de Lyon qui « se conduit correctement » : « Moi, je suis quelqu’un qui considère que les gens peuvent avoir leur opinion, c’est leur opinion. Et par ailleurs, quand je les ai vu fonctionner dans un climat particulier, je reconnais leurs qualités. (…) Certes, je blâmais les propos de M. Gollnisch, mais j’ai tellement entendu les propos de M. Gollnisch à Lyon que cela finissait par ne plus m’émouvoir. Quand on entend à longueur de journée tout ce qui se dit à droite et à gauche, à la fin, on n’y porte plus attention. Et j’ai dit en parlant de Gollnisch que je blâmais ce qu’il avait dit, mais que pour le reste, je l’avais connu et que c’était un homme bien. C’était un bon conseiller municipal et que ceux qui ne sont pas satisfaits de cela pensent ce qu’ils veulent. ».

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Quant à son ancien Ministre du Budget, Maurice Papon, condamné bien plus tard, le 2 avril 1998, à dix ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l’humanité, il était pour lui « un grand commis de l’État ». Avec cette question à la clef, à faire frémir : « Alors, nous nous trouvons devant un phénomène essentiel : est-ce que tous les fonctionnaires de l’État qui étaient en fonction à l’époque auraient dû abandonner leurs responsabilités ? Ou au contraire, rester, pour essayer de limiter la casse (…) et de préparer l’avènement de la République qui suivrait ? ».

Et de poursuivre : « Quand on a des responsabilités essentielles dans un département, une région ou à plus forte raison, dans le pays, on ne démissionne pas. On démissionne lorsqu’il s’agit vraiment d’un intérêt national majeur. (…) Ce n’était pas le cas car il fallait faire fonctionner la France. (…) [Les fonctionnaires qui étaient en place] ont essayé tant bien que mal de limiter ce drame qu’a été la persécution des Juifs. ». En rajoutant : « Il y a dans ce pays une hypocrisie fondamentale à chercher quelques boucs émissaires alors qu’il faut bien le reconnaître : si le pays a continué à fonctionner, c’est parce que le Général De Gaulle a maintenu ceux qui étaient en place quand il le pouvait. ».

Cette déclaration m’a fait frémir car "l’intérêt national majeur", arrêter la déportation des Juifs et leur future extermination, si ce n’était pas majeur… Sa justification, Raymond Barre l’a donnée avec la caution d’un gaulliste insoupçonnable, Olivier Guichard, venu comme lui témoigner au procès Papon.

Pour l’absence de regret de Maurice Papon, Raymond Barre l’a mise sur le compte de la fierté (la même que la sienne) : « Il lui a manqué la phrase disant que ce qui avait été fait sous son autorité était quand même regrettable et qu’il l’avait fait parce qu’il pensait que c’était son devoir de le faire. Je crois que c’est cela et il n’a jamais rien dit ensuite, parce que M. Papon était un homme fier. C’est un homme qui exerçait de grandes responsabilités, ce n’était pas quelqu’un à dire : "Je regrette ce que j’ai fait". ».

Il a conclu cette interview ainsi : « Je m’excuse, je vous ai parlé très franchement. Que vous me fassiez passer pour un antisémite, pour quelqu’un qui ne reconnaît pas la Shoah, j’ai entendu cela cent fois, et cela m’est totalement égal. ». En fait, cela ne lui était pas du tout égal, cela l’avait meurtri très profondément mais l’amour-propre débridé par la vieillesse lui a fait prononcer des paroles qui allaient bien au-delà de ce qu’il a toujours représenté dans la vie politique française, à savoir un homme aux réflexions raisonnables et mesurées.

Je me permets ici de retranscrire ma réaction à la suite de cette interview, en pleine compagne présidentielle de 2007 : « J’ai écouté Raymond Barre sur France Culture le 1er mars 2007. (…) À la question sur l’absence de vraies mémoires, Raymond Barre a l’humilité de dire que cela nécessitait un travail soutenu de documentation qu’il ne se sentait pas en mesure d’accomplir à sa fin de vie (…). Comment dire l’émotion chaque fois que j’écoute Raymond Barre ? C’est sa démarche qui m’a fait apprécier la classe politique, sa fermeté, sa grandeur d’esprit qui m’ont entraîné dans sa campagne en 1988. C’est un peu le père politique de François Bayrou, l’un des trois (nouveaux) candidats imposés par Raymond Barre aux partis lors des élections législatives de mars 1986 (avec Christine Boutin, passée à l’UMP, et Bruno Durieux, devenu ministre de Michel Rocard). » (8 mars 2007).

Puis, je suis revenu sur les propos polémiques : « Hélas, les propos entendus à propos de Maurice Papon en disant qu’un fonctionnaire ne démissionne pas, sauf en cas de force majeure, de son poste, sont évidemment condamnables, car l’Occupation allemande, n’est-ce pas une force majeure ? François Bayrou a réagi sur RTL dans le journal de 12 heures 30 du 7 mars 2007 en exprimant son malaise et en expliquant que Raymond Barre a gardé beaucoup de rancœur contre les réactions de sa déclaration à la suite d’un attentat antisémite, et qu’il en parlait souvent lorsqu’il souffrait à la suite des traitements thérapeutiques très difficiles. Mon admiration pour l’homme ne peut compenser ma révulsion contre ces propos-là, dommage. ».

Bref, cette ultime interview sur France Culture a eu de quoi rendre Raymond Barre à la fois impopulaire et irresponsable. C’est parce que j’apprécie beaucoup Raymond Barre, sa personnalité, son action, ses analyses, que j’ai voulu commencer par cette interview polémique pour solder son passif, faire un état des lieux, un inventaire sur ce qui a légitimement scandalisé beaucoup de Français.

Je reviendrai dans un prochain article sur la trajectoire de Raymond Barre, d’abord sa carrière, ensuite, sur l’élection présidentielle de 1988, puis sa pensée sur l’Europe et sur les institutions en particulier.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 août 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Note du 11 septembre 2017 :
C’est par une erreur regrettable que nous avons publié que M. Bruno Gollnisch, député européen, avait été condamné pour négationnisme. M. Gollnisch a été clairement innocenté le 23 juin 2009 par un arrêt de la Cour de cassation (n° 08-82521), rendu au fond, dont il résulte qu’il avait été poursuivi sur la base de bribes de réponse à des questions non précisées, artificiellement présentées comme une déclaration, et que, même ainsi articulés, ses propos n’enfreignaient pas la loi.


Pour aller plus loin :
Raymond Barre, un véritable homme d’État (25 août 2017).
Disparition de Raymond Barre (25 août 2007).
Raymond Barre absent de l’élection présidentielle (12 avril 2007).
La dernière interview de Raymond Barre le 1er mars 2007 sur France Culture (texte intégral).
Triste vieillesse (8 mars 2007).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170825-raymond-barre.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/raymond-barre-un-veritable-homme-d-196116

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/08/25/35614230.html

 

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24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 05:37

« Savoir écouter, rester, comme le guetteur, attentif à tout ce qui survient dans les limites de notre domaine, s’informer des sciences et des événements nouveaux, reconnaître les apports favorables au patrimoine sur lequel nous veillons, le cas échéant, donner l’alarme, n’est-ce point là l’essentiel de notre mission ? Cette mission est d’autant plus nécessaire que nous vivons dans un monde bouleversé, où le désordre et les passions rendent de plus en plus difficile la réflexion sereine et objective. » (Séance du 8 janvier 1968 de l’Académie des sciences morales et politiques).


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Il y a cent dix ans est né l’ancien ministre Édouard Bonnefous, le 24 août 1907 à Paris. Il est mort il y a un peu plus de dix ans, quelques mois avant ses 100 ans, le 24 février 2007 dans son sommeil, chez lui à Versailles. Rigueur, curiosité, exigence, passion du travail et des humains, il fut un centriste, libéral en politique et en économie, favorable très tôt à la construction européenne et à la protection de l’environnement ; Édouard Bonnefous aurait sans doute applaudi l’élection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République.

Peu connu du grand public, il a eu pourtant une activité intellectuelle très fournie, après une vie parlementaire de quarante ans. Il continuait encore à intervenir à l’âge de 97 ans dans les débats intellectuels et fut une figure importante de l’Académie des sciences morales et politiques (doyen d’âge et d’élection à sa mort). Il fut le chancelier de l’Institut de France du 16 mai 1978 au 4 janvier 1994 (succédant à Jacques Rueff).

Ses engagements intellectuels furent très nombreux. Il fut professeur de géographie économique à l’Institut des hautes études internationales et à Science Po pendant un quart de siècle, président du CNAM (Conservatoire national des arts et métiers) de 1975 à 1987, président de l’Institut océanographique de Monaco en 1991, président du Muséum d’histoire naturelle, président de la Fondation Singer-Polignac (qui organise des concerts et des colloques autour de beaucoup d’intellectuels et politiques) de 1984 à 2006, l’un des rares membres non médecins de l’Académie nationale de médecine (élu en 1980 dans la section de médecine sociale), et membre ou président de nombreuses autres "sociétés savantes". Il a publié environ quarante-cinq livres dont la très volumineuse "Histoire politique de la IIIe République (1906-1940)" en sept tomes de plus de 400 pages chacun aux Presses Universitaires de France (entre 1959 et 1967) et ses mémoires "Avant l’Oubli", trois tomes chez Laffont (1984).

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Fils d’un ministre de Raymond Poincaré et d’Aristide Briand et député de 1910 à 1936, Georges Bonnefous (1867-1956) et d’une mère qui fréquentait les milieux artistiques, Édouard Bonnefous commença son existence par la découverte du monde. Le directeur de son école fut le père du Général, Henri De Gaulle, qui lui enseigna le latin, le grec, le français et les mathématiques. Diplômé de science politique (futur IEP Paris), où il fut l’élève de celui qui resta son maître, André Siegfried, et de l’Institut des hautes études internationales de l’Université de Paris, il fit de nombreux voyages d’étude à travers le monde. Il a accompagné ses parents dans leurs voyages officiels (à Barcelone, au Caire, au Canada, etc.) et il fit lui-même un long périple seul en Amérique latine en 1936. Il visita aussi le Proche-Orient, les États-Unis, le Japon, l’Inde, le Pakistan, le Kenya, etc. : « Dès que j’ai pu entreprendre de longs voyages, j’ai compris que la découverte de pays nouveaux, loin d’apaiser ma curiosité, était au contraire une raison de partir plus loin encore. » (2004).

Par exemple, lorsqu’il découvrit le Brésil, voici ce qu’il écrivit de la Baie de Rio dominée par le célèbre Christ du Corcovado réalisé par le sculpteur Paul Landowski (1875-1961), père du fameux musicien Marcel Landowski (1915-1999) : « Il est impossible de décrire la beauté des montagnes qui se succèdent à droite de la baie en venant de la mer, à 200 ou 300 mètres au-dessus de l’eau. Chacune est différente et fait cependant un ensemble merveilleusement cohérent. On dirait des nymphes qui sortent de l’eau. Le soleil, qui fait rougeoyer leurs sommets, a jeté sur leurs flancs toute une gamme de violets, depuis le plus vif jusqu’au plus pâle. L’eau est par endroits comme ensanglantée. Sur la gauche, au contraire, les montagnes sont beaucoup plus élevées. Mais leur beauté tient justement à leur majesté. Faisant un contraste, des petites îles dansent dans la mer à leur pied. » ("Regards sur le monde", éd. Le Moniteur, 2004).

Édouard Bonnefous collabora dans certains journaux pour publier des analyses économiques, des comptes-rendus de voyage et aussi de la critique de théâtre. Mobilisé en septembre 1939, il entra dans la Résistance en 1941 et fut membre du comité départemental de libération de Seine-et-Oise en 1944. Avec André Siegfried et Roger Seydoux, il fonda et dirigea le journal "Année politique" en 1944. Il fonda et dirigea également le journal "Toutes les nouvelles de Versailles" en 1946, un hebdomadaire dont il confia la responsabilité en 1954 à Roland Faure, rencontré en Amérique latine et futur président de Radio France (en 1986). Comme pour son père, Versailles demeura sa base locale.

Sa vie politique fut chargée de nombreuses responsabilités dans de nombreux domaines (diplomatie, Europe, budget, équipement, audiovisuel). Il flirta avec la politique très jeune grâce à son père. En 1926, il fut attaché parlementaire d’un collègue de son père (du même groupe), Louis Marin, député de Nancy nommé Ministre des Pensions et des Anciens combattants. En 1928, il fut chef de cabinet de son père nommé Ministre du Commerce et de l’Industrie du 11 novembre 1928 au 3 novembre 1929.

Après la Libération, il a été battu deux fois aux élections des deux assemblées nationales constituantes en octobre 1945 et juin 1946, puis il fut élu député de Seine-et-Oise de novembre 1946 à novembre 1958. Il déposa des propositions de loi sur la fiscalité mais intervenait oralement surtout sur les questions internationales qu’il connaissait bien (il fut même rapporteur pour le Plan Marshall et pour le Traité franco-britannique). Il était partisan d’un rapprochement avec les États-Unis.

Bon orateur, il était aussi un partisan très précoce de la construction européenne. Il a participé au Congrès de La Haye du 7 au 10 mai 1948 où il ressentit un grand courant européen. Il publia trois essais sur le sujet, "L’Idée européenne et sa réalisation" dès 1950, et "L’Europe face à son destin" en 1952 (également "La Construction de l’Europe par l’un de ses initiateurs" en 2002), mais il refusait une Europe qui se fît autour de l’Allemagne dont il craignait la puissance retrouvée : « Le danger, c’est que le relèvement allemand soit fait plus vite que l’unité de l’Europe. » (novembre 1949). En août 1950, il proposa une autorité européenne des transports sur le même modèle que la future CECA (Communauté européen du charbon et de l’acier). Lors du débat sur la ratification de la CECA, il a exprimé sa foi européenne : « Il faut qu’on sache aussi bien en France qu’à l’étranger que notre pays reste décidé à construire l’Europe à condition que tous les Européens acceptent d’y participer, qu’il n’acceptera jamais de s’engager à un nombre réduit de participants, qu’il s’agisse de l’autorité politique, de l’armée ou de toute autre commission européenne. » (décembre 1951). Le 30 août 1954, il vota pourtant pour le rejet de la Communauté européenne de défense (CED), mais s’est abstenu le 4 février 1955, lors du renversement du gouvernement de Pierre Mendès France.

Par ailleurs, il fut également délégué de la France aux Nations unies de 1948 à 1951, à l’Assemblée consultative du Conseil de l’Europe en 1949, en 1951 et en 1956 (il assista à la première séance de l’assemblée à Strasbourg le 10 août 1949 en présence de Churchill, Édouard Herriot, Robert Schuman, Alcide de Gasperi et Paul Henri Spaak), et à l’Assemblée de l’Union de l’Europe occidentale (vice-président de cette assemblée en mai 1957), membre du Conseil supérieur de la recherche scientifique et du progrès technique en 1956 et membre du Haut conseil de l’aménagement du territoire en 1957.

Sous la IVe République, après avoir présidé la commission des affaires internationales à l’Assemblée Nationale du 28 janvier 1948 au 20 janvier 1952, il a eu une activité gouvernementale assez intense : il fut nommé Ministre du Commerce du 20 janvier 1952 au 8 mars 1952 dans le premier gouvernement d’Edgar Faure, Ministre d’État du 8 janvier 1953 au 28 juin 1953 dans le gouvernement de René Mayer, Ministre des PTT (Postes) du 23 février 1955 au 1er février 1956 dans le second gouvernement d’Edgar Faure, et enfin, Ministre des Travaux publics, des Transports et du Tourisme du 12 juin 1957 au 1er juin 1958 dans les gouvernements de Maurice Bourgès-Maunoury, de Félix Gaillard et de Pierre Pflimlin (il inaugura l’aéroport international de Nice le 1er décembre 1957).

À cette époque, Édouard Bonnefous était membre du petit parti centriste issu de la Résistance, l’UDSR (Union démocratique et socialiste de la Résistance) dont furent également membres René Pleven, Eugène Claudius-Petit, François Mitterrand et Jacques Kosciusko-Morizet (grand-père de NKM). Il présida le groupe UDSR à l’Assemblée Nationale de juillet 1953 à février 1955 et de février 1956 à juin 1957. Il a soutenu le retour du Général De Gaulle au pouvoir en mai 1958, vota le 1er juin 1958 la confiance et le 2 juin 1958 les plein pouvoirs à De Gaulle (contrairement à François Mitterrand).

Ce soutien ne lui a pourtant pas valu d’être réélu. Sans appui de grand parti et sans véritable ancrage local, il fut en effet battu par un candidat gaulliste aux élections législatives de novembre 1957, dès le premier tour. En revanche, cinq mois plus tard, sa liste ayant dépassé celle de la SFIO, il fut élu sénateur de Seine-et-Oise puis des Yvelines (après la division du précédent département) d’avril 1959 à septembre 1986. Il a siégé au groupe de la Gauche démocratique au Sénat, le seul groupe parlementaire qui mélangeait en son sein des parlementaires de droite et des parlementaires de gauche. Il a présidé la commission des finances au Sénat de novembre 1972 à septembre 1986, très respecté dans son approche rigoureuse des projets de loi de finances. Il fut également élu conseiller régional d’Île-de-France de mars 1986 à mars 1992, conseiller municipal de Versailles de mars 1977 à mars 1983 et président fondateur de l’Agence des espaces verts d’Île-de-France d’octobre 1976 à mars 1992. En septembre 1986, il renonça à se représenter une nouvelle fois au Sénat, en raison de l’échec d’une alliance UDF-RPR dans les Yvelines. Il prit sa retraite politique seulement en 1992, à l’âge de 84 ans.

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Se situant au centre gauche, Édouard Bonnefous s’opposa, au Sénat, de plus en plus à la politique de De Gaulle, en raison de ses options internationales. Il lui reprochait l’absence de volonté européenne et un trop grand éloignement des États-Unis, ainsi qu’une pratique trop personnelle du pouvoir. Il fut également spécialiste des questions sur l’audiovisuel public, rapporteur du budget de l’ORTF de 1964 à 1967 au Sénat, et en mars 1967, il s’interrogea sur l’influence que pourraient avoir les sondages sur le résultat des élections.

Dès les années 1960, Édouard Bonnefous se préoccupa des questions environnementales (présida l’Association nationale pour la protection des eaux dans les années 1970) ainsi que de l’aménagement de la région parisienne (réalisé sans beaucoup de concertation). Le 24 octobre 1964, il préconisa ainsi la fin des constructions de HLM au profit d’habitations individuelles. Il regretta aussi le 30 mai 1972 le manque d’ambition pour les transports en commun franciliens.

Dans son livre "Réconcilier l’homme et la nature" réédité en avril 1990 (première édition en 1972), Édouard Bonnefous a rappelé : « Si je me suis consacré aux questions liées à l’environnement depuis de longues années, je dois reconnaître qu’à l’origine, nous n’étions qu’un bien petit nombre. Je tiens à rendre hommage à Jean Rostand d’avoir été l’un de ces pionniers. (…). Vis-à-vis de la nature, l’homme est devenu un agresseur qui ne connaît plus sa force. Il dilapide autant qu’il salit. Aujourd’hui, un progrès sensible a été fait puis que les responsables au plus haut niveau abordent le sujet. Des solutions s’imposent sur le plan national et international. (…) Les interdépendances ne sont pas seulement économiques ; elles sont aussi démographiques et écologiques. (…) Il convient surtout de souligner que désormais, l’action devra reposer sur une coopération internationale. ».

De février 1966 à mai 1976, Édouard Bonnefous adhéra au Centre démocrate de Jean Lecanuet et en septembre 1968 après sa réélection comme sénateur, il fut désigné vice-président du groupe de la Gauche démocratique. Pendant les dix dernières années de mandat de sénateur, il fut un parlementaire encore très actif, intervenant sur de nombreux sujets qu’il connaissait bien, et son travail fut régulièrement reconnu et salué. En mai 1976, il adhéra au CDS, membre de la future UDF, réunification des centristes entre pompidoliens et lecanuetistes, tous devenus giscardiens.

Édouard Bonnefous a soutenu les réformes sociétales de Valéry Giscard d’Estaing (majorité à 18 ans le 28 juin 1974, légalisation de l’IVG le 19 décembre 1974, réforme du divorce le 18 juin 1975) ainsi que sa politique européenne et notamment, le 23 juin 1977, l’élection au suffrage universel direct du Parlement Européen (qu'il avait proposée dès les années 1950). Il fut opposé à l’abolition de la peine de mort lors du débat au Sénat le 27 septembre 1981, réclama un référendum sur le sujet et proposa l’injection létale à la place de la guillotine. Favorable aussi à réduire la pression fiscale et à la libéraliser l’économie, il s’est opposé le 23 novembre 1981 aux nationalisations voulues par le gouvernement socialo-communiste de Pierre Mauroy. Réticent à l'égard des lois sur la décentralisation proposées par Gaston Defferre le 26 janvier 1982, Édouard Bonnefous resta toujours très vigilant sur les problèmes écologistes, s’inquiétant le 24 mai 1986 des effets de la catastrophe de Tchernobyl.

Très actif à l’Académie des sciences morales et politiques (dont il fut membre depuis le 3 mars 1958, alors benjamin, et qu’il présida du 8 janvier 1968 au 6 janvier 1969), Édouard Bonnefous a créé en 1997 sur ses deniers personnels le prix Édouard-Bonnefous qui récompense les œuvres qui ont contribué à alléger le poids de l’État sur les citoyens d’une part, et les œuvres consacrées à la défense de l’homme, des valeurs humanistes et de son environnement d’autre part. Furent ainsi lauréats Élie Cohen en 1999, Renaud Denoix de Saint Marc en 2001, Yves Cannac en 2003, la Fondation Nicolas-Hulot en 2004, François Écalle en 2005 pour son livre "Maîtriser les finances publiques : pourquoi, comment ?" aux éd. Économica (voir photo de la remise des prix en présence de Raymond Barre, Michel Albert et Édouard Bonnefous), Jean-Marie Pelt en 2006, Alain Lambert et Didier Migaud, auteurs de la LOLF (loi organique relative aux lois de finance) en 2007, etc.

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Édouard Bonnefous était encore en séance à l’Académie des sciences morales et politiques le 5 février 2007, quelques jours avant sa disparition : « Malgré les problèmes dus à l’âge, il n’aura jamais perdu cette acuité d’esprit que nous avons si souvent pu apprécier. (…) Édouard Bonnefous aura passé presque la moitié de sa vie au sein de notre Académie, 49 ans ! Il s’agit là presque d’un record qu’à ma connaissance, seul l’historien François Mignet a battu de peu, ayant été secrétaire perpétuel pendant cinquante ans moins trois mois de 1833 à 1882.  » (Lucien Israël, le 5 mars 2007).

Le 2 mars 2007, Gabriel de Broglie résuma ainsi l’existence du presque centenaire : « Ces multiples activités pourraient produire une impression de dispersion. Elles traduisent au contraire une grande unité d’action et de réflexion. L’écrivain est d’une efficacité remarquable. On l’a comparé à Tacite. Le penser est un précurseur qui est le contraire d’un utopiste. Il avait de la jeunesse dans des idées sages. D’une curiosité d’esprit toujours en éveil, mis par les fées "au centre de tout", il a (…) "regardé dans toutes les directions". ».

Quant à André Vacheron, son successeur (depuis le 15 juin 2009) à l'Académie des sciences morales et politiques et président de l’Académie nationale de médecine (et son cardiologue et ami pendant une trentaine d’années), il évoqua le même jour « un homme hors du commun, passionnant jusqu’à ses derniers jours, remarquable par sa culture, par son humanisme, par son intelligence, par sa prodigieuse mémoire, remarquable aussi par sa fidélité en amitié (…), un homme qui a traversé le XXe siècle en occupant les fonctions les plus éminentes à l’Institut de France, au parlement, au gouvernement, et dans de prestigieuses fondations » (2 mars 2007).

Je terminerai par la profession de foi européenne d’Édouard Bonnefous, déjà évoquée plus haut et qu’il a redite dans son ouvrage sur l’Europe (cité) de 2002, et qui fait écho aux mêmes réflexions que celles de Simone Veil : « Je n’ai pas attendu la tragédie de la Seconde Guerre mondiale pour être convaincu de la nécessité de fonder l’Europe. (…) Le désastre de la guerre n’a fait que confirmer dans mon esprit la nécessité de rapprocher les pays européens pour mettre en commun l’énorme potentiel économique, culturel et scientifique dont ils disposent. (…) Tout au long de ma carrière, je n’ai cessé de me passionner pour la cause européenne qui reste le grand dessein politique du siècle qui commence. » ("La Construction de l’Europe par l’un de ses initiateurs", 2002).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 août 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Édouard Bonnefous.
Edgar Faure.
Jean Lecanuet.
Valéry Giscard d’Estaing.
François Mitterrand.
Le CDS.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170824-edouard-bonnefous.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/edouard-bonnefous-intellectuel-et-196088

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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 05:52

« Nous abordons un sujet qui a fait couler beaucoup d'encre, la transparence financière de la vie politique, et à propos duquel la plupart des grandes démocraties ont essayé, avec plus ou moins de succès, de trouver des solutions appropriées. (...) Le parti radical et le mouvement réformateur (...) ont, dès 1970, attiré l'attention sur cet aspect essentiel de l'organisation de la vie politique, lié à sa moralisation, soutenant à la fois l'obligation de transparence des recettes et des dépenses des partis et des candidats et la nécessaire déclaration de la situation patrimoniale de ceux qui aspirent à gérer les affaires de la nation. Il s'agit non pas de défiance, comme quelques-uns l'ont dit ou le craignent, mais d'une règle démocratique à laquelle chacun doit se soumettre, en la ressentant non comme une contrainte, mais comme un honneur. (...) Je crois qu'il sera sage, ces textes étant votés, de considérer que le travail n'est pas terminé pour autant, de réfléchir à nouveau sur tous les aspects de la transparence de la vie publique qui demeurent dans l'ombre, de parler aux Français un langage de vérité sans trop se soucier des sondages qui montrent une réticence de ceux-ci à parler du financement de la vie publique, de définir une fois pour toutes, et en termes clairs, les rapports entre l'élu et la nation. Ce sera sans doute l'une des tâches, parmi beaucoup d'autres, des prochains gouvernements de la République. » (Michel Durafour, le 11 février 1988 au Sénat).


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Les radicaux s'apprêtent à se réunifier. Divisés structurellement depuis 1972 et le programme commun de la gauche, entre ceux qui l'ont accepté, minoritaires, sous l'égide de Robert Fabre et Maurice Faure, partis créer le Mouvement des radicaux de gauche (MRG) devenu le Parti radical de gauche (PRG), et ceux qui refusaient l'alliance avec les communistes, sous la houlette médiatique de JJSS à la tête, pendant quelques années, du Parti radical valoisien (PRV), les deux courants radicaux représentant le parti le plus ancien de la République ont estimé, après l'élection du Président Emmanuel Macron, que leurs divisions étaient devenues anachroniques. Après un week-end organisé les 16 et 17 septembre 2017 à Montpellier par le PRG (les "Journées d'été du radicalisme et du progressisme"), le PRV devrait organiser un congrès radical de refondation les 9 et 10 décembre 2017.

Ils seraient bien inspirés de choisir Saint-Étienne comme lieu de cette réunification, ville symbole d'un ancien ministre symbole des radicaux des deux rives. Michel Durafour, son ancien maire, grand ami de Simone Veil, vient de mourir à 97 ans le jeudi 27 juillet 2017 à Saint-Étienne après six mois d'hospitalisation. Il est né le 11 avril 1920, aussi à Saint-Étienne. Il aurait dû certainement se réjouir de l'élection d'Emmanuel Macron à la Présidence de la République, second centriste à entrer à l'Élysée et premier à véritablement tenter de casser le clivage droite/gauche.

Michel Durafour fut le fils de l'avocat Antoine Durafour (1876-1932), maire de Saint-Étienne du 27 juillet 1930 au 25 avril 1932, président du conseil général de la Loire de 1921 à 1931, député de mai 1910 à avril 1932 et Ministre du Travail, de l'Hygiène, de l'Assistance et de la Prévoyance sociales du 17 juin 1925 au 19 juillet 1926, sous les gouvernements de Paul Painlevé et Aristide Briand. Antoine Durafour fut l'auteur de plusieurs lois sociales comme celle des "5 sous des Poilus" durant la Première Guerre mondiale, les premières assurances sociales et la limitation à huit heures de travail par jour pour les mineurs. Michel Durafour fut par la suite, comme son père, maire de Saint-Étienne et Ministre du Travail.

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Après de brillantes études à Science Po Paris en 1941, Michel Durafour s'est engagé dans l'action politique après la guerre, d'abord au sein de l'UDSR (Union démocratique et socialiste de la Résistance, petit parti centriste charnière dont fut membres François Mitterrand, Eugène Claudius-Petit et René Pleven), puis à partir de 1948, au sein du Parti radical. Élu adjoint au maire de Saint-Étienne d'octobre 1947 à décembre 1964, il fut élu maire de Saint-Étienne le 21 décembre 1964 pour la succession du maire Alexandre de Fraissinette (1902-1964), ancien déporté de Buchenwald, mort onze jours auparavant et maire gaulliste (RPF) puis indépendant (CNIP) depuis le 25 octobre 1947. Michel Durafour fut réélu maire le 21 mars 1965 et le 27 mars 1971.

À Saint-Étienne, Michel Durafour porta attention notamment au développement culturel. Il fut également élu conseiller général de la Loire de 1949 à 1955 et de 1967 à 1979. En 1965, il vit sa carrière politique, comme maire de grande ville, s'ouvrir sur le plan national : il fut élu d'abord sénateur de septembre 1965 à avril 1967, puis député de mars 1967 à mai 1981, dans la circonscription de l'ancien maire et prédécesseur Alexandre de Fraissinette (occupée par le suppléant de ce dernier Bernard Muller entre 1964 et 1967). Il siégea, de 1967 à 1973, dans le groupe centriste nommé Progrès et Démocratie moderne (PDM). Par ailleurs, il fut élu conseiller régional de Rhône-Alpes de 1974 à 1997, et même président du conseil régional de Rhône-Alpes de 1980 à 1981.

Entre mars 1973 et mai 1974, Michel Durafour présida le groupe parlementaire des Réformateurs à l'Assemblée Nationale : les Réformateurs furent un début de rassemblement des centristes, future UDF, union entre les centristes de Jean Lecanuet (les centristes non pompidoliens) et les radicaux de JJSS. Ce fut à ce titre qu'il fut nommé au gouvernement de Jacques Chirac lors de l'élection de Valéry Giscard d'Estaing à la Présidence de la République, Ministre du Travail du 28 mai 1974 au 25 août 1976. Sous les gouvernements de Raymond Barre, il fut nommé Ministre délégué auprès de Raymond Barre, chargé de l'Économie, des Finances et du Budget du 27 août 1976 au 29 mars 1977. Un poste stratégique puisque Raymond Barre cumulait à la fois Matignon et Rivoli (ex-Bercy). Dans ce cadre, il baissa la TVA de 2,5% en janvier 1977 pour freiner l'inflation et encouragea fiscalement les entreprises faisant des économies d'énergie pour réduire les importations de pétrole.

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Si entre 1973 et 1977, Michel Durafour est devenu l'un des ténors du radicalisme, son étoile palit dès les élections municipales de mars 1977 et il allait vivre une dizaine d'années de perte d'influence politique tant nationale que locale. Après douze ans de mandat, emporté par une vague favorable à la gauche, Michel Durafour fut en effet battu à la mairie de Saint-Étienne par le communiste Jacques Sanguedolce (1919-2010), à la tête d'une liste d'union de la gauche. Il ne fut donc pas renouvelé au sein du nouveau gouvernement, et retrouva son mandat de député en mars 1978. Membre du groupe UDF, il présida alors la commission de la production et des échanges (industrie et commerce) de la chambre basse. En juin 1981, Michel Durafour fut battu également par un candidat communiste, Paul Chomat, lors des élections législatives anticipées. Il ne retrouva un siège de parlementaire qu'aux élections sénatoriales de septembre 1983 pour un (second) court mandat de sénateur (jusqu'en mai 1988).

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L'une de ses dernières interventions en tant que parlementaire a eu lieu le 11 février 1988 lors de la discussion au Sénat du projet de loi organique relatif à la transparence financière de la vie politique [n° 227 (87-88)]. Comme on le voit, les projets de moralisation de la vie politique ne sont pas nouveaux, cela fait trente ans qu'il y en a ! Michel Durafour était favorable à l'obligation de déclaration de la situation patrimoniale des candidats, mais opposé à la déductabilité fiscale des dons faits aux candidats : « Accepter la déductibilité des dons prévus à l'article L.O. 163-3 du code électoral revient à faire payer par un tiers, non consentant, une partie du don, ce qui est tout à fait extraordinaire au niveau de la conception. Chacun sait en effet que le budget est constitué par une masse globale, a priori invariable ou, du moins, peu variable, et que toute déduction fiscale consentie à une catégorie revient à surimposer le reste des contribuables ou à augmenter l'impasse budgétaire. ».

Barriste (l'élection présidentielle du printemps 1988 se rapprochait), il a rappelé, au cours de ce même débat parlementaire, que Raymond Barre, alors Premier Ministre, avait déposé dès 1979 un projet de loi sur le financement public de la vie politique qui ne fut jamais mis à l'ordre du jour au Parlement, car personne dans la classe politique n'en voulait : « Je constate que le seul gouvernement à avoir déposé avant ce jour un projet de loi sur le financement public des partis politiques a été celui de Monsieur Raymond Barre, le 24 septembre 1979. Ce texte, malheureusement, n'a jamais été discuté. Député à cette époque-là et membre de la conférence des présidents de l'Assemblée Nationale, je l'avais vivement regretté, cela en raison de réactions hostiles fusant d'un peu partout. Mais l'ancien Premier Ministre connaît le risque qu'il y a à avoir raison trop tôt. ».

Michel Durafour profita de ses échecs électoraux pour devenir professeur des universités à Paris-Dauphine, à la Sorbonne et à Lyon-III, et surtout pour continuer l'écriture de nombreux romans policiers, historiques, d'aventure ou d'espionnage (plus d'une vingtaine sous différents pseudonymes), activité qu'il a toujours menée en parallèle depuis les années 1950 (il fut même récompensé d'un prix en 1963).

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Très habile à surprendre son monde, le Président François Mitterrand a choisi, après sa réélection, Michel Durafour, ancien de l'UDSR, parmi d'autres personnalités d'ouverture (notamment Bruno Durieux, Lionel Stoléru, Jean-Marie Rausch, Jacques Pelletier et Jean-Pierre Soisson) pour tenter d'élargir sa majorité vers sa droite. Michel Durafour fut ainsi nommé Ministre de la Fonction publique et des Réformes administratives dans les gouvernements de Michel Rocard du 13 mai 1988 au 15 mai 1991, avec le rang de Ministre d'État à partir du 22 février 1989. Dans ces fonctions, il a réussi à faire signer un accord qui réformait la grille de la fonction publique le 9 février 1990 avec cinq syndicats importants.

Faut-il rappeler un incident très médiatisé qui plaça à l'époque Michel Durafour bien involontairement au centre d'une polémique bien pitoyable ? Parce qu'il avait considéré le Front national comme son principal ennemi politique, Michel Durafour fut victime des diatribes de Jean-Marie Le Pen le 2 septembre 1988 lors de l'université d'été du FN au Cap d'Agde avec un humour particulièrement odieux et honteux pour les victimes de la Shoah : « Monsieur Durafour et Dumoulin, obscur ministre de l'ouverture, dans laquelle il a d'ailleurs immédiatement disparu, a déclaré : "Nous devons nous allier, aux élections municipales, y compris avec le parti communiste, car le PC, lui, perd des forces tandis que l'extrême droite ne cesse d'en gagner". Monsieur Durafour-crématoire, merci de cet aveu ! ». Cette "injure publique envers un ministre" coûta au chef du FN le 7 décembre 1993 la condamnation définitive à 10 000 francs d'amende et fut la cause du départ du FN de quelques cadres importants comme l'unique députée FN Yann Piat (assassinée le 25 février 1994) et les anciens députés François Bachelot et Pascal Arrighi. Tous les trois avaient jugé ce calembour plus que douteux.

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Après son "expérience socialiste", Michel Durafour fut nommé Conseiller d'État "en service extraordinaire" de 1992 à 1996, sorte de placard doré pour anciens ministres quand ce n'est pas une carrière administrative. En 2007, il apporta son soutien à la candidature de Ségolène Royal. Son enterrement a été célébré le 1er août 2017 à la cathédrale de Saint-Étienne par le nouvel évêque de Saint-Étienne, Mgr Sylvain Bataille (depuis le 18 mai 2016), en présence en particulier du maire actuel de Saint-Étienne Gaël Perdriau (LR), de son prédécesseur socialiste Maurice Vincent (actuellement sénateur LREM) et du député socialiste Régis Juanico (ex-frondiste sous François Hollande).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 août 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Michel Durafour.
JJSS.
Maurice Faure.
Robert Fabre.
Raymond Barre.
Jean Lecanuet.
Laurent Hénart.
Jean-Michel Baylet.
Simone Veil.
La famille centriste.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170727-michel-durafour.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/michel-durafour-l-homme-de-la-195654

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/08/07/35553541.html


 

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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 05:49

« Françoise Giroud me l’avait décrite comme une sorte de déesse grecque, Minerve au port altier et aux yeux vert émeraude. Elle m’intimide beaucoup, mais c’est surtout sa façon de parler, simple, sans esbroufe, parfois sans construction, qui m’intéresse. Cette femme ne parle pas comme les autres leaders politiques. (…) Cette femme est rassurante. On me dit qu’elle a parfois mauvais caractère et que ses collaborateurs sont soumis à dure épreuve. » (Michèle Cotta, le 13 novembre 1974, à propos de Simone Veil dans ses "Cahiers secrets de la Ve République"). Seconde partie.



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Simone Veil aurait eu 90 ans ce 13 juillet 2017. Retour sur une vie à facettes multiples. Après avoir évoqué ses premiers pas dans la vie publique, la voici très appréciée des Français et reconnue internationalement. Elle faisait partie de ce centrisme de conviction, un roc à l’horizon bien établi, le contraire du caractère mou.

Si sa famille naturelle était le Centre des démocrates sociaux (le seul parti qui l’a soutenue aux élections européennes de juin 1989), Simone Veil n’a cependant jamais adhéré à aucun parti politique et a toujours refusé l’esprit partisan. Elle était prête à donner raison à des responsables de l’autre bord politique si elle pensait qu’ils avaient raison, refusant le jeu des postures, stérile et orgueilleux.

Sa position politique était basée sur les vrais clivages, pas sur des clivages artificiels : « À gauche pour certaines questions, à droite pour d’autres. Ce qui est important, c’est le clivage entre, d’une part, la liberté et le pluralisme, et, d’autre part, le totalitarisme. » ("L’heure de vérité", Antenne 2, vers 1984).

Refusant toute faiblesse face à l’extrême droite, elle ne manquait pas de courage quand, le 7 juin 1984, des militants FN sont venus troubler l’un de ses derniers rassemblements de campagne : « Vous ne me faites pas peur. Par peur du tout ! J’ai survécu à bien pire que vous. Vous êtes des SS aux petites pieds… Vous êtes ridicules, allez vous coucher ! ».

Elle a quitté le gouvernement pour tenter l’aventure européenne, même si, auparavant, elle avait montré un intérêt à la (nouvelle) mairie de Paris en mars 1977 (Valéry Giscard d’Estaing avait déjà son propre candidat, Michel d’Ornano).


5. Simone Veil et l’Europe

L’Europe : « J’y pensais constamment en déportation. Et je ne comprenais pas qu’on n’ait pas tiré la leçon des horreurs de 14-18. ».

Il y a sans doute eu plus de courage à avoir voulu la réconciliation franco-allemande après la guerre qu’à avoir réussi à faire adopter la loi sur l’IVG. C’était pourtant logique : la paix ne sera définitivement acquise que lorsque les peuples seront unis. Par ailleurs, le nazisme n’était pas allemand mais idéologique et aurait pu se développer dans un autre pays. En poste à Wiesbaden puis à Stuttgart (pour préparer l’ENA), Antoine Veil a même fait déménager la famille en Allemagne au début des années 1950.

C’était donc pour Simone Veil un grand honneur que le choix de Valéry Giscard d’Estaing de lui proposer la tête de la liste UDF aux premières élections européennes au suffrage universel direct, des élections voulues par le Président français et par le Chancelier allemand Helmut Schmidt.

Non seulement sa liste a fait le meilleur score le 10 juin 1979, avec 27,6% (devant la liste de François Mitterrand) mais Simone Veil a été élue dans la foulée Présidente du Parlement Européen du 17 juillet 1979 au 18 janvier 1982 (elle a succédé à l’ancien Premier Ministre italien Emilio Colombo). Pendant ce mandat, elle fut reçue dans les capitales européennes comme un chef d’État. Son directeur de cabinet Enrico Vinci a raconté : « Le monde découvrait soudain l’existence politique d’une Europe dont la démarche n’avait paru alors que strictement économique. » ("Le Monde"). Après la défiance des députés européens RPR, elle a renoncé à rester candidate à sa succession le 18 janvier 1982 au troisième tour pour éviter l’élection d’un socialiste (ce fut le socialiste qui fut pourtant élu, malgré son désistement). Elle présida la commission des affaires juridiques jusqu’à la fin de son premier mandat (entre 1982 et 1984).

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Tête de liste de l’opposition unie UDF-RPR, Simone Veil fut réélue le 17 juin 1984 avec le score magistral de 43,0% des voix, loin devant la liste de Lionel Jospin (plus du double en voix et en sièges). En revanche, sa dernière aventure électorale fut pleine d’amertume puisque le 18 juin 1989, tête d’une liste centriste …contre la liste menée par Valéry Giscard d’Estaing, elle n’a obtenue que 8,4% des voix, en cinquième position derrière les listes menées par VGE, Laurent Fabius, Jean-Marie Le Pen et Antoine Waechter. Du 24 juillet 1984 au 23 juillet 1989, elle fut présidente du groupe des libéraux et démocrates au Parlement Européen. Après l’échec de 1989, Valéry Giscard d’Estaing fut heureux de lui prendre la présidence du groupe des libéraux et démocrates.

La réalité électorale montre que lorsqu’elle ne combattait pas seule sur le terrain politique, elle gagnait beaucoup de voix (alliance avec Valéry Giscard d’Estaing en 1979, avec Jacques Chirac en 1984), mais lorsqu’elle était seule, il lui manquait beaucoup de réserves de voix, malgré sa grande popularité.

Par ailleurs, elle a reçu en 1981 à Aix-la-Chapelle le prestigieux Prix Charlemagne, qui récompense les personnalités marquantes qui ont œuvré pour la construction européenne (parmi les lauréats : Alcide De Gasperi en 1952, Jean Monnet en 1953, Konrad Adenauer en 1954, Winston Churchill en 1955, Paul-Henri Spaak en 1957, Robert Schuman en 1958, George Marshall en 1959, Edward Health en 1963, Antonio Segni en 1964, Roy Jenkins en 1972, Leo Tindemans en 1976, Walter Scheel en 1977, Constantin Karamanlis en 1978, Emilio Colombo en 1979, Juan Carlos Ier en 1982, Karl Carstens en 1984, Henry Kissinger en 1987, François Mitterrand et Helmut Kohl en 1988, Frère Roger en 1989, Gyula Horn en 1990, Vaclav Havel en 1991, Jacques Delors en 1992, Felipe Gonzalez en 1993, Franz Vranitzky en 1995, Roman Herzog en 1997, Bronislaw Geremek en 1998, Tony Blair en 1999, Bill Clinton en 2000, Valéry Giscard d’Estaing en 2003, Jean-Paul II en 2004, Carlo Ciampi en 2005, Jean-Claude Juncker en 2006, Javier Solana en 2007, Angela Merkel en 2008, Donald Tusk en 2010, Jean-Claude Trichet en 2011, Wolfgang Schäuble en 2012, Herman Van Rompuy en 2014, Martin Schulz en 2015, le pape François en 2016).


6. Simone Veil et sa popularité

Simone Veil fut longtemps l’une des personnalités (politiques ou publiques) les plus aimées par les Français pendant longtemps. Dès 1978, elle était devenue premier-ministrable, sous Valéry Giscard d’Estaing pour remplacer Raymond Barre ou encore sous François Mitterrand dans le cadre d’une cohabitation. Le Premier Ministre Michel Rocard a voulu la nommer dans son gouvernement en 1988 mais François Mitterrand s’y opposa (ce dernier n'a jamais cherché à la séduire).

Ce fut sans doute grâce à cette grande popularité qu’elle a été appelée par le Premier Ministre Édouard Balladur pour siéger, presque vingt ans plus tard, dans son gouvernement, comme "numéro deux", avec le titre de Ministre d’État, Ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville du 30 mars 1993 au 11 mai 1995, lors de la deuxième cohabitation. Elle avait été réticente à accepter une nouvelle aventure ministérielle mais ses enfants lui ont dit : « À quoi ça sert ta popularité ? Tu la gardes comme ces gens qui ont un magot, et se font enterrer avec… ».

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Édouard Balladur avait composé son gouvernement selon le principe contraire à la composition des gouvernements d’Édouard Philippe, en intronisant les principaux chefs ou leaders de partis qui composaient la majorité : Charles Pasqua (RPR) à l’Intérieur, Pierre Méhaignerie (CDS) à la Justice, François Léotard (PR) ) la Défense, Alain Juppé (RPR) aux Affaires étrangères et François Bayrou (CDS) à l’Éducation nationale, Nicolas Sarkozy (RPR) au Budget, François Fillon (RPR) à la Recherche, etc.


7. Simone Veil et son ancrage institutionnel

Simone Veil a quitté le gouvernement après l’élection de Jacques Chirac à la Présidence de la République. Elle avait alors 67 ans. À partir de cette période, elle fut surtout honorée dans des missions d’honorable sage de la République dans plusieurs institutions.

Après 1995, elle s’impliqua personnellement en faveur de la paix dans les Balkans alors que la guerre y sévissait. En 1997, elle fut nommée présidente du Haut Conseil à l’intégration. Puis, elle fut nommée membre du Conseil Constitutionnel du 8 mars 1998 au 5 mars 2007 par le Président du Sénat René Monory. Le 8 mars 2004, lors de la fin du mandat du Président du Conseil Constitutionnel Yves Guéna (qui avait succédé à Roland Dumas, démissionnaire pour des raisons judiciaires), il avait été question que Simone Veil lui succédât (finalement, Pierre Mazeaud fut nommé).

Simone Veil fut aussi nommée le 11 janvier 2008 par le Président Nicolas Sarkozy à la tête du Comité de réflexion sur le préambule de la Constitution (décret du 9 avril 2008) visant à prévoir un nouveau principe constitutionnel, celui de diversité. Le rapport qu’elle a rendu le 19 décembre 2008 propose au contraire de ne rien modifier dans la Constitution.

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Enfin, sollicitée par François Jacob et Maurice Druon, Simone Veil fut élue le 20 nombre 2008 membre de l’Académie française pour succéder à Pierre Messmer et a été reçue par Jean d’Ormesson le 18 mars 2010.


Panthonisée ?

Parce que beaucoup de Français ont admiré Simone Veil, hors de l’esprit de clan, hors de toute arrière-pensée politicienne, et bien avant sa disparition évidemment, elle avait déjà façonné sa propre légende. Son caractère (qu’elle avait "mauvais") pouvait rassurer sur sa réalité humaine : une personne n’est jamais tout exceptionnelle, elle a toujours ses faces d’ombre. Son fils Jean expliquait le 5 juillet 2017 que la vie vécue à Auschwitz lui avait apporté, définitivement, une gravité dans le cœur qu’on pouvait ressentir en la côtoyant : aucune familiarité et toujours une certaine distance humaine, qui n’était pas contraire à une marque d’attention, mais qui était comme un réflexe. Elle était toujours "à côté", à côté du jeu politique, à côté des sourires hypocrites à paillettes, à côté des modes médiatiques qui voulaient qu’une personnalité politique aille se mettre en pyjama (selon l’expression de De Gaulle) dans les émissions de variétés les plus abêtissantes.

Elle était un roc, une structure, un fil, à la fois un cheminement et un but. Elle n’a jamais vraiment représenté les Français, si ce n’est trois fois en tête de listes aux élections européennes (en juin 1979, juin 1984 et juin 1989) dans un mode de scrutin qui ne laissait aucune incertitude sur son élection ou sa réélection.

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Elle avait pourtant toutes les qualités pour être élue la première femme Présidente de la République. Car elle n’aurait pas été d’abord femme, mais avant tout la représentante de ce courant démocrate, libéral, social, européen que voulaient voir émerger son époux Antoine Veil, mais aussi, une des personnalités qu’elle détestait pourtant, François Bayrou, et qu’a réussi à faire gagner en 2017 l’actuel Président Emmanuel Macron. Pour cela, il aurait fallu qu’elle "se salît les mains", qu’elle décidât de faire de la "politique politicienne" pendant une vingtaine d‘années au moins, qu’elle conquît un parti politique et qu’elle menât des troupes jusqu’à la victoire élyséenne, et cela pouvait avoir, à ses yeux, un aspect dérisoire et ridicule.

Elle se trompait certainement quand elle disait que les Français n’auraient pas été encore prêts pour une femme à l’Élysée, c’était surtout qu’elle n’était pas prête à faire beaucoup de concessions à ses convictions sur l’autel de ses ambitions. Aujourd’hui, la République française reconnaît à sa juste valeur l’une de ses grandes figures et si le Panthéon reste, lui aussi, du domaine du dérisoire, s’il permet de faire connaître sa trajectoire exceptionnelle au fil des générations, ce sera toujours un avantage sur le néant…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 juillet 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"La femme préférée des Français" par Annick Cojean et Agathe Logeart ("Le Monde" du 22 juin 1993).
Simone Veil, un destin français.
L’hommage de la République à Simone Veil.
Discours d’Emmanuel Macron en hommage à Simone Veil le 5 juillet 2017 aux Invalides (texte intégral).
Discours de Jean Veil et Pierre-François en hommage à leur mère Simone Veil le 5 juillet 2017 aux Invalides (texte intégral).
Simone Veil, une Européenne inclassable.
Simone Veil académicienne.
Discours de réception de Simone Veil à l’Académie française (18 mars 2010).
Discrimination : rien à changer.
Rapport du Comité Veil du 19 décembre 2008 (à télécharger).
Antoine Veil.
Bernard Stasi.
Bernard Stasi et Antoine Veil.
Denise Vernay.
Ne pas confondre avec Simone Weil.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170713-simone-veil-2.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-sept-vies-de-simone-veil-2-2-195019

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/08/05/35471020.html

 

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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 05:41

« L’échec de la tentative de rénovation idéologique engagée au milieu des années 1980 par les jeunes dirigeants du PR montre combien la droite française s’est avérée largement imperméable à un libéralisme par trop étranger à la tradition nationale dominante, "statocentrée" ou "statophile". » (Jérôme Perrier, historien, 2015).


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L’ancien ministre François Léotard a été mis en examen le 18 juillet 2017 dans l’affaire Karachi. Saisie le 26 juin 2014, la commission d’instruction de la Cour de justice de la République (qui juge les ministres) avait également mis en examen, dans la même affaire, l’ancien Premier Ministre Édouard Balladur. D’autres personnes ont été mises en examen dans cette affaire, comme Ziad Takiedddine (un intermédiaire, dont Jean-François Copé fut un ami), Nicolas Bazire (ancien directeur de cabinet du Premier Ministre) et Renaud Donnadieu de Vabres (ancien directeur de cabinet du Ministre de la Défense, qui, plus tard, fut nommé Ministre de la Culture, mis en examen le 15 décembre 2011).

Rappelons qui est François Léotard. Il a eu 75 ans le 26 mars 2017. Il fut l’un des hommes politiques majeurs dans les années 1980. Il faisait partie de ces "jeunes espoirs" de la droite et du centre qui ont été "étouffés" par la génération antérieure. D’ailleurs, cette génération fut sacrifiée alors qu’il y avait des personnalités politiques remarquables, notamment Alain Juppé, Philippe Séguin, Laurent Fabius, François Léotard, Jacques Toubon, Dominique Baudis, Bernard Bosson, Dominique Strauss-Kahn, etc. en raison du maintien aux responsabilités des Jacques Chirac, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Lionel Jospin, Michel Rocard, etc.

Trois éléments pourraient qualifier la personnalité de François Léotard : il fut une "grosse tête", avec de brillantes études (il est diplômé de l’ENA, de la même promotion que Laurent Fabius, Élisabeth Huppert, Gérard Longuet, Didier Maus, Jean Picq, Philippe Jaffré, Michel Cicurel, Yvan Blot et Daniel Bouton) ; il fut un "animal politique" redoutable et précoce, tout en étant un "héritier" par son père qu’il voulait "venger" ; enfin, il a toujours été un homme qui doute, épris de philosophie, de réflexions profondes, de pensées sur la mort, etc. (il avait commencé son existence avec des études de séminariste, à l’abbaye bénédictine de la Pierre-qui-vire dans le Morvan, qu’il a quittée en cours de route), et il fut effondré par la mort de son grand frère, l’acteur et chanteur Philippe Léotard, le 25 août 2001, au point de considérer dérisoires ses velléités politiciennes.

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En quelques sortes, il avait, au début des années 1980, un peu le même profil de renouvellement de la classe politique que l’actuel Président de la République Emmanuel Macron. Avec quelques différences. L’action politique de François Léotard, loin d’être solitaire, s’était toujours faite collectivement, en "bande" (la fameuse "bande à Léo" regroupait derrière lui Alain Madelin, Gérard Longuet …et Philippe de Villiers qui a pris rapidement son indépendance). Quant à la grande ambition politique de François Léotard, elle s’est envolée un peu comme celle de Michel Rocard. Confrontée à l’écume des jours.

L’une des principales motivations de s’engager dans la vie politique fut la réputation de son père André Léotard (1907-1975), haut fonctionnaire et conseiller référendaire à la Cour des Comptes, qui fut élu maire de Fréjus de 1959 à 1971 et conseiller général du Var de 1961 à 1967. Or, le 2 décembre 1959 (François Léotard était adolescent), quelque mois après la prise de fonctions comme maire, une catastrophe (à la suite de très fortes pluies, rupture du barrage de Malpasset, cinq ans après la fin de sa construction) a engendré 423 morts. André Léotard fut injustement mis en cause.

À l’ENA, François Léotard était plutôt à gauche et il a probablement voté François Mitterrand en 1974. Corse par sa mère, il avait même milité plus jeune au sein du PSU pour s’opposer à la guerre d’Algérie. Entre 1973 et 1976, il commença sa carrière de haut fonctionnaire dans des préfectures. En 1976, il intégra le cabinet ministériel de Michel Poniatowski, Ministre d’État, Ministre de l’Intérieur et l’un des hommes-clefs du Président Valéry Giscard d’Estaing.

François Léotard s’engagea dans vie politique lorsqu’il se fit élire maire de Fréjus le 25 mars 1977. Il y resta vingt ans, jusqu’au 8 août 1997, date de sa démission. Prenant l’étiquette PR (Parti républicain), le parti des giscardiens, il se fit élire l’année suivante député du Var en mars 1978 et le resta jusqu’au 26 décembre 2001, date aussi de sa démission, avec une interruption du 2 juillet 1992 à mars 1993 (pour démission) et lors de ses périodes ministérielles. Pendant une vingtaine d’années, il fut donc député-maire de Fréjus et personnalité politique de dimension nationale.

Il fut également élu conseiller général du Var de 1979 à 1988 et conseiller régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur de 1998 à 2004. Aux élections régionales de mars 1998, il fut en effet candidat à la présidence du conseil régional à la suite de Jean-Claude Gaudin (touché par le cumul des mandats et élu maire de Marseille en juin 1995). Il avait pour adversaire Jean-Marie Le Pen avec qui il a fermement refusé de s’allier et le socialiste Michel Vauzelle, ancien Ministre de la Justice et ancien collaborateur de François Mitterrand à l’Élysée, qui a finalement gagné.

Sur le plan national, réélu député en juin 1981, François Léotard est devenu très rapidement incontournable, faisant partie de ces "jeunes loups" de l’opposition après l’arrivée du gouvernement socialo-communiste au pouvoir. Ces "jeunes loups" avaient déjà l’ancienneté d’un mandat, et ils étaient la force militante et parlementaire de l’opposition, avec François d’Aubert, Charles Millon, Philippe Séguin, Jacques Toubon, Alain Madelin, Jacques Douffiagues (député-maire d’Orléans mais battu aux législatives en 1981), etc.

En septembre 1982, François Léotard fut élu secrétaire général du Parti républicain (le parti de Valéry Giscard d’EStaing qui venait de perdre l’élection présidentielle de 1981), face à Charles Millon. Il dirigea le Parti républicain de septembre 1982 à 1990 et de 1995 à juin 1997 (à partir de 1988, son titre est devenu président du PR). Avec Alain Madelin, Gérard Longuet, et d’autres, François Léotard a promu, pour la première fois dans l’histoire des courants politiques, une politique libérale reprise en particulier par le RPR de Jacques Chirac. C’était l’époque de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher. Au-delà de leur ambition personnelle, ces nouveaux dirigeants politiques voulaient "dégiscardiser" le PR et le "libéraliser".

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En effet, François Léotard, loin de vouloir poursuivre le "libéralisme avancé" de l’épopée giscardienne qui était un "libéralisme étatique", prôna un libéralisme anti-étatique, tourné contre le dirigisme économique de l’État.

L’historien Jérôme Perrier a évoqué en 2015 cette épopée du léotardisme des années 1980 : « Si l’ont peut faire remonter les prémices de la "bande à Léo" (l’expression apparaît en 1985) à la fin des années 1970, nous nous focaliserons sur les années allant de l’accession de François Léotard à la tête du PR (à l’automne 1982) jusqu’à son renoncement à se présenter à l’élection présidentielle de 1988, soit une période atypique pour la droite française, dans la mesure où l’échec de l’expérience socialiste de 1981 combiné avec l’exemple des expériences Thatcher et Reagan, ont alors rendu légitime dans le débat politique français l’affirmation d’un libéralisme décomplexé. De ce point de vue, le pari des jeunes quadras du PR n’était pas totalement incongru, et il n’a certainement jamais eu autant de chances de réussir, au moins partiellement, qu’à ce moment précis. De fait, à l’issue de cette décennie, le libéralisme (y compris dans des versions infiniment plus modérées que celle défendue au milieu des années 1980 par les amis de François Léotard) redevient un objet de controverse, puisque bon nombre d’acteurs politiques de droite l’accusent d’être responsable de l’échec de 1988. Rien ne souligne mieux la spécificité de la décennie 1980 que le fait qu’après la réélection de François Mitterrand (et la victoire ô combien symbolique du "ni ni"), plus aucune force poiitique majeure et plus aucun homme politique aspirant aux plus hautes fonctions n’affichera ouvertement l’étendard libéral, à l’exception d’Alain Madelin en 2002, avec le résultat que l’on sait [3,9% des suffrages exprimés]. ».

L’élection de François Léotard à la tête du PR a tourné la page des notables giscardiens (Xavier Chinaud, Michel Poniatowski, Christian Bonnet, etc.). Avec un management approprié, François Léotard se réservait la communication médiatique tandis que Gérard Longuet (trésorier) était chargé de l’administration interne du parti et Alain Madelin (délégué général) du fond idéologique. Une véritable machine électorale se créait avec l’attirance d’une nouvelle force militante.

En mars 1985, François Léotard a fait une véritable profession de foi libérale : « Le parti que je représente est l’héritier de la plus vieille famille libérale française. Le courant des "indépendants" trouve ses racines chez Benjamin Constant, chez Toqueville, chez Bastiat, chez Hayek, chez Popper. (…) Nous récusons l’étiquette de "libéralisme avancé", "ouvert", ou "social". Nous souhaitons ne pas ajouter un adjectif au terme de libéralisme. (…) Entre madame Thatcher et messieurs Kohl et Reagan, si les moyens et les résultats sont différents, il y a en commun l’esprit d’une certaine vision libérale du monde. Il m’est donc bien égal que l’on me qualifie de libéral "ultra". » (cité par Jérôme Perrier).

Les références intellectuelles de la "bande à Léo" furent effectivement Frédéric Bastiat, Karl Popper, Friedrich von Hayek et Ludwig von Mises (dès le conseil national du PR le 22 octobre 1983 à Pontoise, François Léotard parlait avec enthousiasme des « mille fleurs de la pensée libérale que nous voyons éclore autour de nous »).

Chaque intervention de François Léotard dans une émission politique faisait un tabac, notamment ses passages à "L’Heure de Vérité" sur Antenne 2. En octobre 1984, le baromètre Sofres-"Le Figaro Magazine" a montré une soudaine progression de la popularité de François Léotard et quelques mois plus tard, "L’Express" considérait que 1985 serait "l’année Léotard" pour l’opposition UDF-RPR. En été 1985, il dépassa carrément en bonnes opinions ses deux aînés Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac : en quelques années, il est entré dans la cour des grands.

Le 10 avril 1985, les deux partis d’opposition UDF et RPR ont conclu un accord politique qui fut inspiré du libéralisme prôné par François Léotard. La Convention libérale qui a suivi les 8 et 9 juin 1985 a permis de réunir les trois ténors de l’opposition Raymond Barre, Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac dans une allégorie au libéralisme qui se concrétisa dans le programme politique très anti-dirigiste publié le 16 janvier 1986 ("Plateforme pour gouverner ensemble") dans la perspective des élections législatives du 16 mars 1986.

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Yvan Blot, qui fut son camarade de promo à l’ENA, collaborateur de Jacques Toubon, alors secrétaire général du RPR, mettait en garde ses interlocuteurs le 21 juin 1985 : « Ce serait une erreur de le sous-estimer. Ce n’est pas un nouveau JJSS. C’est le premier giscardien à avoir pris le tournant reaganien. » ("L’Express").

Et pourtant, il a commis quelques erreurs. La première fut de ne pas avoir mené une liste UDF aux élections européennes de juin 1984, laissant Simone Veil conduire une liste d’union UDF-RPR. Cela lui aurait permis d’avoir une première candidature de stature nationale (il avait hésité de se lancer). L’autre erreur, c’était qu’il devenait le chef d’une chapelle dans la grande cathédrale de l’opposition.

Après la victoire du 16 mars 1986 et la première cohabitation, il fut nommé Ministre de la Culture et de la Communication du 20 mars 1986 au 10 mai 1988. En fait, il avait demandé le Ministère de la Défense mais ni Jacques Chirac ni François Mitterrand ne le voulaient à ce poste régalien. L’une de ses premières décisions ministérielles fut de conserver les colonnes de Buren, considérant que leur retrait coûterait plus cher à l’État que leur maintien.

En début juin 1987, une séquence digne du Vaudeville a eu lieu. Dans une interview à l’hebdomadaire "Le Point" du 1er juin 1987, François Léotard a affronté le Premier Ministre Jacques Chirac en évoquant les « moines soldats du RPR » et leur « goût du pouvoir sans partage », et en considérant qu’à l’élection présidentielle de 1988, deux seules options étaient envisageables pour le PR : « soit le soutien à Raymond Barre, soit le soutien à François Léotard ». Il s’est alors vu infliger un recadrage "dramatique" du chef du gouvernement qui lui demanda soit de rester loyal et solidaire soit de quitter le gouvernement. Après deux ou trois jours de dramatisation, François Léotard annonça qu’il rentra dans le rang et avala son chapeau. À partir de ce moment, il perdit la crédibilité politique de celui qui aurait pu être un "chef" et qui n’aurait jamais été qu’un "sous-chef".

En effet, l’élection présidentielle de 1988 étant "encombrée" par les candidatures de Raymond Barre et de Jacques Chirac, François Léotard renonça en septembre 1987 à se présenter et apporta un soutien très mou à Raymond Barre. Mollesse qui lui fut reprochée par la suite, notamment par le coordinateur des mouvements barristes, Charles Millon, président du groupe UDF à l’Assemblée Nationale, qui était régulièrement son rival dans les élections internes. Le 25 septembre 1989, François Léotard a par exemple échoué à devenir président du groupe UDF au second tour avec seulement 41 voix contre 45 voix en faveur de Charles Millon soutenu par les députés barristes et les députés giscardiens.

Si François Léotard a raté le train des "Rénovateurs" du printemps 1989, il a pris celui des "Néo-rénovateurs" quelques mois après l’échec des premiers : le 5 mars 1990, François Léotard a en effet créé "Force Unie", un mouvement avec Michèle Barzach, Jean-Michel Dubernard, Michel Noir, Gérard Longuet, Alain Carignon, Pierre-André Wiltzer, Claude Malhuret, Jean-Louis Bourlanges et Patrick Devedjian. Initiative sans lendemain.

En tant que chef de parti, François Léotard fut partie prenante de la deuxième cohabitation dans le gouvernement d’Édouard Balladur. Il fut nommé Ministre d’État, Ministre de la Défense du 30 mars 1993 au 11 mai 1995.

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C’est dans ce cadre qu’il est mis en cause actuellement dans l’affaire Karachi.. Cette affaire provient de l’attentat, qui a tué, le 8 mai 2002 à Karachi, 14 personnes dont 11 employés français de la Direction des constructions navales, dans l’explosion d’un bus par un kamikaze. Écouté le 24 novembre 2009 par une mission parlementaire dirigée par Bernard Cazeneuve, François Léotard estimait que l’attentat aurait probablement été la conséquence de la vengeance de personnes n’ayant pas touché leur part de commissions occultes.

François Léotard a soutenu la candidature d’Édouard Balladur à l’élection présidentielle de 1995, et après la défaite de ce dernier, François Léotard reprit la présidence de l’UDF du 31 mars 1996 au 16 septembre 1998. Après son échec aux élections régionales, allié au sein de l’UDF avec François Bayrou face à Alain Madelin, il laissa cette présidence de l’UDF à François Bayrou.

Il quitta progressivement la vie politique, en raison de quelques affaires politico-financières, d’une santé fragile (triple pontage coronarien) et surtout de la mort de son frère Philippe le 25 août 2001 qui l’encouragea à démissionner de son mandat de député le 26 décembre 2001 (année où il fut également le représentant de l’Union Européenne en Macédoine).

François Léotard ne fit qu’un très bref retour politique en 2008. Après avoir soutenu la candidature de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007, il fut particulièrement déçu par le début de ce quinquennat et publia dès le 12 mars 2008 un livre plein d’amertume et d’inquiétude : "Ca va mal finir !" (éd. Grasset).

Lancé sans doute trop rapidement, dans une période politique où les "vieux" avaient encore verrouillé la vie politique, François Léotard a "vieilli" très vite, voire beaucoup plus vite que celui qui fut son partenaire, son allié (en 1986), son adversaire (en 1993) et son aîné, Jacques Chirac.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 juillet 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Léotard.
Jacques Chirac.
Cohabitation.
Édouard Balladur.
François Bayrou.
Nicolas Sarkozy.
Emmanuel Macron.
La France est-elle un pays libéral ?

_yartiLeotardFrancois06



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170326-francois-leotard.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-leotard-ou-la-posture-195468

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/07/31/35515347.html

 

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