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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 06:14

« Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom., il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez, on dit : C’est lui ? Vous croyez ? Il ne faut rien exagérer ! Et puis un jour, on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l’expulser. » (Françoise Giroud).


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La grande journaliste Françoise Giroud est née il y a exactement 100 ans, le 21 septembre 1916 à Lausanne, en Suisse. Elle fut le modèle de la femme moderne, féministe pas par théorie mais par action. Avec Jean-Jacques Servan-Schreiber, elle forma un couple politique particulier qui fut au Parti radical un peu ce que furent ou sont encore François Hollande et Ségolène Royal au Parti socialiste.

D’origine turque et russe, athée d’origine juive par sa mère mais convertie au catholicisme pendant la guerre, Françoise Giroud perdit son père à l’âge de 10 ans. À cause de la précarité financière, elle arrêta les études à 14 ans pour travailler comme sténo-dactylo dans une librairie parisienne. Son père, qui avait engendré deux filles, regretta que la dernière ne fût pas un garçon. Cela a contribué à rendre Françoise Giroud combative et volontaire.

Très vite, elle trouva du travail de scripte dans le milieu du cinéma. Elle collabora dès l’âge de 16 ans avec les plus grands réalisateurs, comme Marc Allégret, Jean Renoir, Jacques Becker, Gilles Grangier et Jules Dassin. Elle aida à rédiger puis rédigea elle-même le scénario de certains films, ce qui lui fit comprendre qu’elle était douée en écriture. Elle travailla ainsi sur trente-quatre films entre 1932 et 1991. Dans les années 1940, elle composa aussi plusieurs chansons pour notamment Tino Rossi et Danielle Darrieux.

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De fait, Françoise Giroud est devenue journaliste, chroniqueuse et écrivaine, ce qu’elle fut la majeure partie de son existence. Elle participa à la Résistance et fut arrêtée par la Gestapo en mars 1944, internée à la prison de Fresnes pendant trois mois. Sa sœur aînée, également résistante, fut déportée à Ravensbrück et est morte à son retour de déportation en mai 1945.

Après avoir écrit dans "Paris-Soir" pendant la guerre, elle fut choisie pour diriger la rédaction du nouveau magazine "Ellle" de 1945 à 1953. Ses articles ont eu une grande influence sur de nombreuses lectrices à qui elle conseillait de se battre avec leur féminité pour faire entendre leur voix auprès des hommes.


"L’Express"

La rencontre avec JJSS (Jean-Jacques Servan-Schreiber) fut pour elle le départ d’engagements tant éditoriaux qu’intellectuels. Eux deux fondèrent le magazine "L’Express", le premier hebdomadaire français d’actualités, dont le premier numéro sortit le 16 mai 1953. Entre 1953 et 1971, elle en fut la directrice de la rédaction puis, de 1971 à 1974, la directrice de publication tout en présidant le groupe Express-Union (de 1970 à 1974).

Au cours de ces années à "L’Express" qui a accueilli de nombreuses plumes de premier plan, comme François Mauriac (qui venait d’avoir le Prix Nobel de Littérature en 1952), proche de Pierre Mendès France, favorable à un centre gauche sage et pas partisan, Françoise Giroud a pu exprimer ses idées en faveur de l’indépendance de l’Algérie. La séparation affective voulue par JJSS l’a plongée dans une grave dépression et l’a amenée à faire une tentative de suicide en 1960 qui heureusement échoua.

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Michèle Cotta, que Françoise Giroud avait recrutée en 1965 comme jeune journaliste politique, a raconté dans ses "Cahiers secrets" : « La vraie patronne, pour tout le journal, c’est elle. Pour moi, n’en parlons pas : je pense qu’il n’y en aura jamais d’autre. (…) Jean-Jacques Servan-Schreiber ne lui a pas fait suffisamment confiance. Il la croit sans autorité, alors qu’elle a la seule forme d’autorité qui soit : celle du professionnalisme et du talent. Je pense que pour elle, c’est devenu, à la longue, insupportable. ».

Françoise Giroud a quitté ses responsabilités éditoriales en entrant au gouvernement en 1974. Lorsqu’elle a quitté le gouvernement en 1977, Raymond Aron lui refusa son retour dans la rédaction. Entre temps, JJSS avait revendu "L’Express" à Jimmy Goldsmith pour financer ses campagnes électorales. JJSS sortit ruiné de son aventure politique de la décennie 1970…


L’engagement politique

Comme JJSS qui a commencé une carrière politique très brillante au début des années 1970, Françoise Giroud n’hésita pas non plus à goûter au jeu politique, mais directement par la grande porte, sans élection.

Ce fut Valéry Giscard d’Estaing, adepte tant de la "décrispation" que de la nécessité de donner aux femmes des responsabilités gouvernementales, qui alla la chercher pour former le gouvernement. Au même titre que Simone Veil et Monique Pelletier, Françoise Giroud fut nommée ministre sans avoir été parlementaire.

Françoise Giroud avait pourtant soutenu la candidature de François Mitterrand en 1974 et le fit à nouveau en 1981. En effet, lors du comité directeur du Parti radical du 14 mai 1974 à Paris, JJSS prit position en faveur de la candidature de VGE (70 voix) tandis que Françoise Giroud a soutenu celle de François Mitterrand (18 voix).

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Sa nomination n’enchantait donc guère le Premier Ministre Jacques Chirac qui, dans un premier temps, fin mai 1974, ne lui proposa qu’une "délégation générale à la Condition féminine" : « Vous serez à l’abri des vicissitudes politiques. C’est beaucoup mieux pour vous. Vous savez, un secrétariat d’État, ce n’est pas grand chose, c’est tout juste une secrétaire et une serviette. ». Déçue, elle refusa en sachant que Jacques Chirac allait avoir un entretien avec Valéry Giscard d’Estaing qui, pensait-elle, allait la soutenir. Mais VGE l’a sacrifiée, n’insistant pas auprès de son Premier Ministre réticent.

Jacques Chirac confia le 14 juin 1975 à Michèle Cotta, travaillant toujours à "L’Express" : « Jean-Jacques Servan-Schreiber, l’UDR l’avait accepté parce que tout le monde s’y attendait. Françoise et Jean-Jacques, c’était trop : c’était "L’Express" au gouvernement ! » ("Cahiers secrets").

JJSS, effectivement, fut nommé Ministre des Réformes (le poste actuel de Jean-Vincent Placé !) le 27 mai 1974. Mais une conférence de presse à Nancy pour protester contre la reprise des essais nucléaires a mis un terme immédiatement à sa très brève carrière ministérielle : il fut limogé le 9 juin 1974, probablement piégé par Jacques Chirac.

Finalement, Françoise Giroud fut reçue par Valéry Giscard d’Estaing à l’Élysée le 14 juillet 1974. Elle fut nommée Secrétaire d’État auprès du Premier Ministre chargée de la Condition féminine (la première à occuper un tel poste) du 16 juillet 1974 au 24 août 1976 dans le premier gouvernement de Jacques Chirac. Elle fut ensuite nommée Secrétaire d’État à la Culture du 24 août 1976 au 30 mars 1977 dans le premier gouvernement de Raymond Barre.

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Son projet de loi qui présentait cent mesures pour les femmes fut discuté au conseil des ministres du 26 mai 1976 et quatre-vingts mesures y furent adoptées. Valéry Giscard d’Estaing lui reprocha alors de parler de "compagnons" pour les femmes non mariées : « Madame, les femmes françaises n’ont pas de compagnons, elles ont des maris ! » (Michèle Cotta, le 31 mai 1976, qui a conclu sa note ainsi : « Inouï ! Et ses maîtresses à lui, qu’est-ce qu’elles ont ? »).

Membre du gouvernement, Françoise Giroud s’est exprimé devant les adhérents de son Parti radical lors du 73e congrès, le 25 janvier 1975 au Novotel de la Porte de Bagnolet, à Paris : « Son discours est bon, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’elle n’a rien à faire ici : au reste, elle ne fait pas de politique, elle fait un excellent topo sur la condition féminine à ces gros sénateurs radicaux qui sont plus antiféministes que quiconque. » (Michèle Cotta). Il est vrai que ce furent les sénateurs radicaux qui firent capoter le projet de Léon Blum d’accorder le droit de vote aux femmes en 1936…

Lors du 74e congrès du Parti radical le 30 novembre 1975 à Lyon, poussée par JJSS (contesté au précédent congrès) à qui elle n’avait pas osé refuser la veille, Françoise Giroud se présenta à la présidence du Parti radical et échoua (comme prévu) face à Gabriel Péronnet (1919-1991), également ministre. Ce dernier était capable de prononcer « un discours plat et ronronnant qu’il fait en tonitruant, à grands coups de phrases martelées, en fixant son œil rond sur la salle » (Michèle Cotta, le 25 janvier 1975).

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Candidate aux élections municipales du 13 mars 1977 dans le 15e arrondissement de Paris à la demande de Michel d’Ornano (le candidat giscardien à la mairie de Paris), elle a dû renoncer finalement à sa candidature et à son poste ministériel à la suite d’une cabale contre elle (on remettait en cause, à tort, sa participation dans la Résistance). Elle fut néanmoins candidate plus tard sur la liste du Parti radical menée par Jean-Jacques Servan-Schreiber aux premières élections européennes du 7 juin 1979. Ce fut une catastrophe électorale (la liste n’a recueilli que 1,8% des suffrages) et la fin de l’aventure politique pour les deux journalistes emblématiques.

Vice-présidente du Parti radical présidé par JJSS, Françoise Giroud fut désignée le 23 mars 1978 vice-présidente fondatrice de l’UDF (aux côtés de Jean-Pierre Soisson et Jean-Pierre Fourcade) sous la présidence de Jean Lecanuet. L’UDF, sigle trouvé par JJSS, a réussi à réunir centristes, radicaux et républicains indépendants là où le Mouvement des réformateurs avait échoué quelques années plus tôt.

Après sa brève carrière politique, Françoise Giroud a repris sa carrière de journaliste et d’écrivaine, collaborant avec le "Journal du dimanche" puis avec "Le Nouvel Observateur".

À la fin d’une représentation à l’Opéra-Comique, le 16 janvier 2003, Françoise Giroud fit une chute dans les escaliers et tomba sur la tête. Le lendemain soir, après une journée de travail normale, elle plongea dans le coma et quelques jours plus tard, elle est morte des suites sans s’être réveillée, de ce traumatisme crânien, à l’hôpital américain de Neuilly-sur-Seine le matin du 19 janvier 2003, à 86 ans.


Des essais et des romans politiques

Au cours de plus d’un demi-siècle d’écriture, elle a rédigé beaucoup de chroniques sur le cinéma (qu’elle connaissait bien) et sur la télévision, et a même fait partie du jury du Prix Femina en 1992. Elle a publié trente-quatre ouvrages, parfois des essais ou portraits, mais aussi des romans, etc.

Parmi ses livres, j’en retiendrai ici deux.

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Le premier, "La Comédie du pouvoir" (éd. Fayard), publié le 22 novembre 1977, retrace son expérience exceptionnelle au sein du gouvernement : « Du lieu même où se joue la comédie du pouvoir, ministre pendant trois ans, j’en ai vécu les scènes, côtoyé les interprètes, entendu les répliques. Cette situation m’a enseigné que, si bien informé que l’on soit, cette comédie est impénétrable à qui n’y a, pour sa part, participé. ».

Dans cet excellent poste d’observation (le rêve de tout journaliste politique), Françoise Giroud a évoqué à Michèle Cotta la lutte fratricide entre Valéry Giscard d’Estaing et son Premier Ministre Jacques Chirac dans ces termes : « C’est inouï, ce gouvernement ! Même une teinturerie ne marcherait pas dans ces conditions, avec un directeur et un sous-directeur aussi opposés ! » (10 mai 1976).

Le second, "Le Bon Plaisir" (éd. Mazarine), publié le 12 janvier 1983, décrit un Président de la République en exercice obsédé par sa réélection et qui demande à son Ministre de l’Intérieur d’éviter un scandale qui viendrait de l’annonce d’un enfant "adultérin" qu’il aurait eu avec une ancienne maîtresse. Françoise Giroud a assuré qu’il ne s’agissait pas de François Mitterrand et de sa fille Mazarine (et j’ai eu de bonnes raisons de croire qu’elle était sincère en disant cela).

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L’adaptation cinématographique réalisée par Francis Girod (le film est sorti le 18 janvier 1984 avec Catherine Deneuve dans le rôle de la maîtresse) apportait au Président (joué par le mystérieux Jean-Louis Trintignant) et au Ministre de l’Intérieur (joué par l’audacieux Michel Serrault) une ambiance plutôt giscardienne (avec Michel Poniatowski en compagnon des basses œuvres), même si, là aussi, Valéry Giscard d’Estaing n’avait pas plus inspiré son ancienne ministre. Laure Adler, dans sa biographie sur Françoise Giroud publiée le 19 janvier 2011 chez Grasset, évoquait, de son côté, un ministre en exercice de l’époque…


La véritable égalité entre les sexes au sein du pouvoir…

S’il fallait ne retenir qu’une seule citation de cette femme de lettres énergique, ce serait certainement celle-ci, très subtile mais très vraie : « La femme sera vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente. » (Françoise Giroud).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 septembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Françoise Giroud.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Monique Pelletier.
Simone Veil.
Valéry Giscard d’Estaing.
Pierre Mendès France.
Jacques Chirac.
Raymond Barre.
Maurice Faure.
Jean Lecanuet.
Gaston Defferre.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160921-francoise-giroud.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francoise-giroud-la-femme-entiere-184809

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/09/21/34346465.html


 

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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 06:39

« Si le mot bonheur a un sens, je peux me flatter de l’avoir compris mieux que les autres. J’avais tout : un mari brillant qui m’aimait, sept enfants merveilleux, un travail passionnant. On était en 1978 : je venais d’être nommée ministre. Pouvait-il rien m’arriver ? Le bonheur ? La chance ? Le hasard ? Qu’on appelle cela comme on voudra. Mais trop de bonheur, peut-être, trop de chance, trop de hasard. Le jour de Noël de cette année-là, notre vie a basculé. Jean-Marc, mon mari, victime d’une thrombose de la carotide, a sombré dans un coma profond qui l’a conduit aux portes de la mort. Quand, enfin, il s’est réveillé, je l’ai regardé sans comprendre. Rien ne me rappelait l’homme que j’aimais, sinon la certitude que c’était ainsi qu’il était désormais : vivant, oui, mais paralysé, hémiplégique et aphasique. Nous avons dû, l’un et l’autre, reconstruire nos vies. Elles ont, l’une et l’autre, trouvé un nouveau sens, pris une nouvelle direction, au-delà de la ligne brisée. » (Monique Pelletier, "La Libre brisée", 5 octobre 1995).



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Je tiens à rendre hommage à une grande dame peu connue maintenant mais qui a tenu un rôle important il y a une quarantaine d’années. Monique Pelletier fête ses 90 ans ce lundi 25 juillet 2016, un anniversaire que j’accompagne de mes vœux les plus sincères de bonne santé.

Monique Pelletier fait partie de ces femmes qui ont été nommées au gouvernement par le bon vouloir présidentiel, sans avoir suivi la longue route du métier politique dont la nomination ministérielle constitue alors la consécration. C’est Valérie Giscard d’Estaing qui commença ce genre de nominations avec Alice Saunier-Seïté, Simone Veil, Françoise Giroud et Monique Pelletier, même si historiquement, pour être exact, on pourrait remonter à Léon Blum qui nomma le 4 juin 1936 dans son gouvernement la physicienne Irène Joliot-Curie alors que les femmes n'avaient pas encore le droit de vote.

Mais tous ses successeurs, sans exception, ont fait de même. Quelques exemples qui me viennent à l’esprit : Nicole Questiaux nommée par François Mitterrand ; Christine Albanel et Claudie Haigneré nommées par Jacques Chirac ; Rachida Dati, Rama Yade et Jeannette Bougrab nommées par Nicolas Sarkozy ; Audrey Azoulay et Fleur Pellerin nommées par François Hollande. Je ne parle pas évidemment des femmes qui ont consacré toute leur vie à la politique, comme Delphine Batho par exemple, qui existent en dehors du Président qui les a rendues ministres.

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À l’époque de Valéry Giscard d’Estaing, d’ailleurs, le machisme étant encore tellement répandu dans le milieu politique que ce "fait du prince" avait l’allure d’une véritable ouverture vers la "vraie" société (je n’emploie pas l’expression "société civile" qui laisserait entendre que le milieu politique serait soit militaire soit cléricale). Ce type de nominations peut d’ailleurs aussi se faire avec des hommes qui n’ont pas de légitimité politique personnelle à l’origine, comme c’est le cas avec Emmanuel Macron, mais aussi avec Georges Pompidou, Raymond Barre, Frédéric Mitterrand, etc.


Juriste

Avant d’être ministre, Monique Pelletier, avocate au barreau de Paris juste après la Seconde Guerre mondiale, a voulu travailler comme juge au tribunal pour enfants de Nanterre, ce qui lui permettait d’élever ses nombreux enfants, et elle s’est impliquée dans l’engagement des femmes au sein du parti centriste CDP (Centre Démocratie et Progrès) qui fut le mouvement des centristes qui ont rejoint Georges Pompidou en 1969, puis elle a adhéré au parti républicain (le parti giscardien). Dans ce cadre, elle a eu un mandat municipal à Neuilly-sur-Seine à partir de 1971.

Comme juge s’occupant notamment des adolescents, Monique Pelletier avait une connaissance très bonne des problèmes de drogue et aucune étude sérieuse n’avait été encore réalisée sur cet enjeu pourtant important. Elle fut donc chargée d’une mission par le Président Valéry Giscard d’Estaing sur la toxicomanie mais son rapport (qui est encore une référence aujourd’hui) fut peu apprécié par la majorité de l’époque, même si elle a gardé le soutien présidentiel, car elle recommandait de porter beaucoup attention aux toxicomanes pour les désintoxiquer.


Ministre des femmes

C’est le 3 avril 1978 que Monique Pelletier fut connue du grand public par sa nomination dans le troisième gouvernement de Raymond Barre comme Secrétaire d’État auprès du Ministre de la Justice Alain Peyrefitte, vieux routard de la politique. Elle fut ensuite nommée, directement auprès du Premier Ministre, Ministre déléguée à la Condition féminine le 11 septembre 1978 et le resta jusqu’au 4 mars 1981, date de sa démission pour se consacrer totalement à la campagne présidentielle en faveur du candidat Valéry Giscard d’Estaing (elle était son porte-parole).

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Ses trois années au gouvernement, Monique Pelletier les a marquées par deux lois importantes, l’une, la loi n°79-1204 du 31 décembre 1979, pour reconduire la loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse (rendant définitives les dispositions de la loi n°75-17 du 17 janvier 1975 qui n’a été adoptée qu’à titre expérimental pour une durée de cinq ans), et l’autre, la loi n°80-1041 du 23 décembre 1980 (c’est très récent) pour considérer que le viol est un crime. Elle aurait voulu faire avancer la législation pour renforcer les capacités des femmes à s’engager aux élections, notamment avec le principe de parité qui fut adopté seulement vingt années plus tard.

Après l’échec de Valéry Giscard d’Estaing le 10 mai 1981, elle a elle-même échoué aux élections législatives de juin 1981 dans la première circonscription d’Eure-et-Loir. Elle a alors quitté la vie politique et est redevenue avocate.

Monique Pelletier a fait un court retour dans la vie politique en acceptant sa nomination par le Président Jacques Chirac comme membre du Conseil Constitutionnel le 28 mars 2000. Elle prenait la "lourde" succession de Roland Dumas, Président en titre de cette noble instance et démissionnaire pour des raisons judiciaires (Yves Guéna assurant la succession de la Présidence). Elle a ainsi seulement terminé ce mandat jusqu’au 8 mai 2004.

Comme on le voit, Monique Pelletier n’a jamais été une militante estampillée féministe mais sans paillettes ni trompettes, elle a fait considérablement progresser la cause des femmes durant les années 1970.

Et plus généralement, elle a fait progresser le regard que le monde politique pouvait porter sur les enjeux de société. Au-delà du viol, qu’elle a contribué à criminaliser (on peine à croire qu’il a fallu attendre 1980 pour que le viol fût reconnu comme un crime), elle a beaucoup travaillé sur la drogue (par sa profession de juriste), elle a fait aussi beaucoup de propositions pour réformer la justice et le système carcéral particulièrement inhumain.


Dépendance et handicap

En outre, parce qu’elle a été touchée de plein fouet, elle a été très sensibilisée aux problèmes de dépendance et de handicap alors que la France a un énorme retard pour mieux intégrer dans la société les personnes en situation de grand handicap.

Ce ne fut que le 5 octobre 1995, lors de la publication de son livre de témoignage "La Ligne brisée" (éd. Flammarion), que Monique Pelletier raconta son parcours de combattante comme accompagnante de son mari qui, victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC) le 25 décembre 1978, était tombé en situation de grand handicap. Ce combat a bouleversé sa vie (leur vie) alors qu’elle était ministre. Combat personnel mais aussi public puisqu’elle a beaucoup agi pour humaniser les hôpitaux, pour mieux accompagner la fin de vie, dénoncer les dérives de l’euthanasie, etc. Elle reste encore présidente d’honneur du Conseil national Handicap dont la mission est de modifier le regard et le comportement des personnes valides envers celles qui ne le sont pas ou plus.


« Honte à moi de mon silence ! »

Son plus récent combat concerne le harcèlement sexuel sur les femmes en politique. Il a fallu attendre le scandale le 9 mai 2016 d’un député écologiste, grand "prédateur" sexuel au sein de son parti, cinq ans pourtant après l’affaire Dominique Strauss-Kahn, pour que les langues se déliassent. Le lendemain, effectivement, Monique Pelletier a reconnu, avec le sentiment de honte, avoir été victime, elle-même, d’un prédateur sexuel en 1979.

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Après un tweet très succinct : « Les victimes parlent. Enfin, bravo ! Ministre des femmes en 1979, j’ai été agressée par un sénateur. Honte à moi de mon silence ! » (10 mai 2016), elle a expliqué dans "Le Journal du dimanche" qu’elle devait défendre la loi de reconduction de la loi Veil devant les sénateurs. Elle a rendu alors, comme le voulait la tradition, une visite de courtoisie au président de séance, et ce dernier l’a brutalisée très bestialement sur un coin de cheminée, à son bureau : « Je ne pouvais pas bouger, et c’était un baiser complet. ». Certes, elle a pu reprendre le dessus : « Je lui dis : mais qu’est-ce qui vous arrive, vous êtes malade ? Je lui ai exprimé que c’était scandaleux, qu’on ne se jetait pas comme ça sur les gens. Il était tout rouge et avait la queue basse, je peux vous le dire ! » (10 mai 2016).

Pourtant, à la sortie du bureau sénatorial, elle n’a rien révélé. Elle savait qu’en en parlant sur le moment même, on lui aurait retiré la défense d’une loi à laquelle elle tenait : « Si j’avais parlé, on aurait remis la séance, car on aurait dit que dans l’état où j’étais, je n’étais pas en état de soutenir le débat. Et je connais quelqu’un qui se serait précipité pour prendre ma place ! ».

Aujourd’hui, le délai de prescription est dépassé depuis très longtemps et elle n’avait aucune preuve à l’époque, alors qu’avec les nouvelles technologies, le moindre sms peut maintenant faire preuve de harcèlement : « Je suis de celles qui considèrent que c’est très grave. ».


Une octogénaire plantait…

Un article du journal "Le Figaro" du 20 décembre 2011 explique que Monique Pelletier, inlassable travailleuse, devait être inspirée de la fable de La Fontaine "Le Vieillard et les Trois Jeunes Hommes" qui commence ainsi : « Un octogénaire plantait. Passe encor de bâtir ; mais planter à cet âge ! disaient trois Jouvenceaux, enfants du voisinage. », tant elle reste encore active dans ses combats.

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Et la fable poursuit ainsi : « Je vous prie, quel fruit de ce labeur pouvez-vous recueillir ? (…) À quoi bon charger votre vie des soins d’un avenir qui n’est pas fait pour vous ? Ne songez désormais qu’à vos erreurs passées, quittez le long espoir et les vastes pensées. »

Maintenant, la voici nonagénaire.
Qu’elle prenne bien soin d’elle !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 juillet 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Valéry Giscard d’Estaing.
Jacques Chirac.
Raymond Barre.
Alain Peyrefitte.
Dépendances.
Situation de grand handicap.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160725-monique-pelletier.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/monique-pelletier-humaniste-et-183065

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/07/25/34103691.html




 

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 06:29

« Notre temps n’est pas celui de la quiétude et de l’insouciance. Il ne doit pas non plus être celui du cynisme ou du défaitisme. Nous devons nous confronter aux défis qui sont les nôtres sans rien céder à la peur et nous devons le faire en sachant qui nous sommes et d’où nous venons. » (Emmanuel Macron, à Orléans le 8 mai 2016).


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Depuis qu’il a lancé son mouvement "En Marche" le 6 avril 2016 à Amiens, un peu à la manière de Barack Obama, c’est-à-dire avec un modèle participatif sur Internet comme lors de la campagne des présidentielles américaines de 2008, le Ministre de l’Économie Emmanuel Macron ne cesse de faire la une des journaux sur tous ses faits et gestes. Il revendique aujourd'hui 50 000 adhésions à son mouvement mais, on se rappelle aussi au printemps 2007 la frénésie des dizaines de milliers d'adhésions au MoDem sur Internet à la suite de l'élection présidentielle qui avait placé François Bayrou en troisième position. Dernier épisode médiatique marquant, le jeudi 19 mai 2016 avec son appel aux dons pour financer sa campagne de communication.


Torpille contre le PS ?

En concurrence directe avec le Premier Ministre Manuel Valls (la principale victime du macronisme, finalement) qui peine à se faire entendre alors que les deux hommes ont le même cœur de cible, le social-libéralisme, Emmanuel Macron est parvenu jusqu’à maintenant à conserver la confiance du Président de la République François Hollande (qui l’a encore confirmée le 17 mai 2016 sur Europe 1) alors qu’il le défie directement dans la compétition présidentielle. Pourtant, des personnalités, comme Robert Badinter le 12 avril 2016, avaient estimé que l’animation d’un mouvement politique était peu compatible avec les fonctions gouvernementales (ce qu’avait rappelé aussi Alain Juppé).

François Hollande est cependant trop fin connaisseur de l’histoire politique pour croire un instant que la vague de sympathie dont jouit son ancien collaborateur (secrétaire général adjoint de l’Élysée) dans les sondages puisse se transformer en seulement quelques mois en votes sonnants et trébuchants dans les urnes.

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Les chouchous des sondages sont souvent susceptibles de s’assembler. Ainsi, le 11 avril 2016 sur LCI, Nicolas Hulot, soutenu par Daniel Cohn-Bendit (dans l’émission "On n’est pas couché" le 26 mars 2016) mais qui a une très faible crédibilité politique (sa campagne pour la primaire de EELV en juin 2011 fut un désastre en communication politique), a annoncé son intérêt pour la démarche d’Emmanuel Macron : « Il ne m’a pas échappé qu’on avait des convergences. Évidemment, on a commencé à discuter mais il faut aller au-delà. Parce qu’il faut écouter la société civile, que la division gauche droite ne doit pas être une condition au dialogue. ». Il avait cependant refusé de le rejoindre le 4 février 2016 au sein du gouvernement en boudant un super-ministère de l’Écologie que François Hollande lui avait spécialement réservé (et tant pis pour Ségolène Royal !).

Cependant, un "ticket Macron-Hulot" irait, dans son principe, à l’encontre des principes élémentaires de la Ve République puisqu’on élit une seule personne à l’élection présidentielle et pas deux. Gaston Defferre, en "ticket" avec Pierre Mendès France avait payé très cher cette erreur de conception le 1er juin 1969.

Depuis un mois et demi, les soutiens politiques arrivent au compte-gouttes : après le maire PS de Besançon Jean-Louis Fousseret ("L’Est Républicain" du 25 avril 2016) et la présidente PS du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, Marie-Guite Dufay (le 26 avril 2016), « extrêmement intéressée par la démarche », le sénateur-maire PS de Lyon, Gérard Collomb, a déclaré sur BFM-TV le 18 mai 2016 son adhésion au macronisme politique : « Je crois que les choses vont se faire naturellement. Si au mois de décembre, François Hollande est toujours dans les sondages autour de 14/15%, et que Emmanuel Macron est toujours aux alentours de 28/30%, évidemment qu’à un moment donné, il sera le candidat. Cela se fera naturellement. » (à ma connaissance, il n’y a eu aucun sondage attribuant 28% à Emmanuel Macron en intentions de vote au premier tour ! L’IFOP fin avril 2016 lui attribuait environ 20%).

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Selon le sénateur socialiste François Patriat, macroniste ("La Tribune" du 3 mai 2016), dix-sept sénateurs PS seraient intéressés par le mouvement d’Emmanuel Macron, dont l’ancienne ministre Nicole Bricq (qui n’a pas été conviée à la réunion de Stéphane Le Foll "Hé ho la gauche !" du 25 avril 2016). Parmi les députés socialistes, on peut citer aussi Pascal Terrasse, Richard Ferrand et l’ancien député Olivier Véran (le suppléant de l’ancienne ministre Geneviève Fioraso à Grenoble).

Emmanuel Macron, qui est également soutenu par Ségolène Royal qui avait tenté la même expérience cybernétique en 2006 avec ses "Désirs d’avenir", a même reçu un encouragement inattendu le 19 avril 2016 de la part de l’ancien Ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis : « Je l’aime beaucoup. (…) [Il est] le seul ministre français de l’administration de François Hollande qui semblait comprendre ce qui était en jeu au sein de la zone euro. (…) C’est quelqu’un d’honnête (…). C’est quelqu’un que je respecte. Je crois que c’est mutuel. » ("L’Opinion").


La fin de la préemption lepénienne de Jeanne d’Arc

Au-delà de ces ralliements qui, signalons-le, ne concernent que des élus socialistes désespérés par l’effondrement de leur "champion" dans les sondages, Emmanuel Macron tente de jalonner son parcours du combattant. Et l’étape la plus récente l’a amené à Orléans, sur l’invitation du député-maire LR Olivier Carré, aux fêtes johanniques, dans la ville de la "vivante énigme", selon l’expression de l’historien Jules Michelet qui a revisité Jeanne d’Arc à l'aune républicaine.



Jeanne d’Arc était l’une des héroïnes de l’histoire de France ranimée par la IIIe République avec Vercingétorix notamment pour créer un nouveau roman national. Elle a été préemptée pendant plus d’une trentaine d’années par Jean-Marie Le Pen qui d’ailleurs la célébrait avec une semaine d’avance pour faire concurrence aux manifestations syndicales du 1er mai et surtout, le cas échéant, organiser un grand rassemblement entre les deux tours d’une élection présidentielle lorsqu’elle avait lieu. Pour la première fois, d’ailleurs, Marine Le Pen a interdit cette année à son parti (le FN) de participer à une telle célébration, au point de demander l’exclusion de ceux qui avaient suivi Jean-Marie Le Pen ce 1er mai 2016 (en particulier Bruno Gollnisch).

Cette préemption ne provenait d’ailleurs pas de la récupération du FN mais de tous les autres partis ou responsables politiques qui n’osaient plus célébrer Jeanne d’Arc de peur d’être associés au FN. Emmanuel Macron a donc rompu avec cette préemption en n’hésitant pas à faire sa déclaration d’amour (à télécharger ici) à la Pucelle d’Orléans : « Nul ne peut l’enfermer ; tant l’ont pourtant convoquée ou récupérée. Ils l’ont trahie en ne la méritant pas. Ils l’ont trahie en la confisquant au profit de la division nationale. Manipulation des uns, mais aussi faiblesse des autres, car Jeanne d’Arc (…), [c’est] notre histoire commune. ».

Et de rappeler que les légendes servent le présent et pas le passé : « Les grandes figures de l’histoire ne nous parlent pas. Elles n’ont jamais cherché à nous envoyer un message. Nous seuls les faisons parler, nous seuls construisons leur légende et nous nous appuyons sur elles pour mieux nous comprendre. Il n’y a pas non plus d’hommes ou de femmes providentiels ; je n’y crois pas. Il n’y a que l’énergie du peuple et le courage de celles et ceux qui se jettent dans l’action. ».

Plus tard, il est revenu à ce sujet : « On ne peut rien réussir seul, (…) il ne suffit ni d’être aimé des gens ni de les aimer, mais (…) il faut leur faire confiance, croire dans les initiatives individuelles, dans le courage, dans le risque pris, dans notre jeunesse, dans chacun d’entre nous car l’énergie française, cette énergie de tous, c’est celle qui permet le sursaut aux moments les plus sombres. ». Un discours très "langue de bois" car quelle personnalité politique dirait le contraire ?

Le chroniqueur littéraire Marin de Viry a commenté le 11 mai 2016 : « Et d’ailleurs Emmanuel Macron a une expression intéressante, quand il dit que les grandes figures de l’histoire ne nous parlent pas, c’est nous qui leur parlons. Manière de dire que Jeanne est plastique, qu’elle peut incarner l’unité de la France en régime républicain et laïque. Malheureusement, non. Elle incarne la trilogie : la France, le Roi, et Dieu. Elle a déjà été brûlée, il est inutile de l’écarteler rétrospectivement en la faisant agnostique et républicaine. La République la célèbre parce qu’elle ne peut pas ne pas la célébrer. Mais elle sait qu’elle célèbre en même temps le roi et la religion. ».


Macron, nouvelle Jeanne d’Arc ?

Un peu cousu de fil blanc. Il n’a pas fait cette déclaration d’Orléans de manière très fine et subtile puisque, entre les lignes, il était difficile de ne pas deviner que ce qu’il disait de Jeanne d’Arc était en fait une sorte d’autodescriptif à usage autopromotionnel…  Il l’a fait aussi en associant le 8 mai au 9 mai, la fête de l’Europe : « En Europe comme en France, la tentation de céder aux facilités contemporaines, le risque de dislocation sont là. La Grande-Bretagne pourrait décider de quitter l’Europe alors que toute son histoire l’y inscrit, parce que d’aucuns seraient prêts à oublier la construction inédite de paix et de liberté qu’est notre continent. ».

Ainsi, l’histoire de Jeanne d’Arc se confondrait un peu avec celle de… Emmanuel Macron : « Au commencement, (…) elle se fond dans la multitude, dans cette masse d’anonymes (…). Mais elle sent déjà en elle, dès l’enfance, une liberté qui sommeille, un désir irrépressible de justice. Elle sait qu’elle n’est pas née pour vivre, mais pour tenter l’impossible. Comme une flèche, sa trajectoire est nette. Jeanne fend le système. ».

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C’était si lisible qu’Emmanuel Macron a même parlé de sa nomination à l’Élysée puis au gouvernement : « Jeanne est bergère, mais elle se fraie un chemin jusqu’au roi. (…) Jeanne n’est personne, mais elle porte sur ses épaules la volonté de progrès et de justice de tout un peuple. ».

Et aussi de son éventuelle candidature à l’élection présidentielle de 2017 : « Elle était un rêve fou, elle s’impose comme une évidence. ». Cela fait résonance aux propos de Gérard Collomb : « Cela se fera naturellement. » (18 mai 2016) !

Analogie gaullienne aussi : « Jeanne libère Orléans. Le 8 mai, le siège est levé et la ville est délivrée. Le 8 mai 1945, comme en écho, le pays sera libéré du joug de l’occupant, parce que le Général De Gaulle et quelques-uns avaient tôt cru que l’énergie du peuple valait mieux que la défaite et la soumission. ».

Comparaison avec Jeanne d’Arc, comparaison avec De Gaulle, c’est devenu alors très clair chez Emmanuel Macron : « Cette même énergie, je la sens, là, parmi vous, aujourd’hui. ».


Réconcilier les Français

Emmanuel Macron rassembleur : « Jeanne naît dans une France déchirée, coupée en deux (…). Elle a su rassembler la France pour la défendre dans un mouvement que rien n’imposait (…). Elle a rassemblé des soldats de toutes origines et alors même que la France n’y croyait pas, se divisait contre elle-même, Jeanne a eu l’intuition de son unité, de son rassemblement. ».

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Si la ficelle était un peu grosse, Emmanuel Macron n’en a pas pour autant moins raison dans sa volonté d’en finir avec des clivages artificiels : « La France réussira si elle parvient à réconcilier les France, celle qui aime le cours du monde et celle qui le craint, celle qui croit en elle et celle qui doute. Il ne s’agit pas de forger une unité factice qui nierait nos différences. Mais une réconciliation qui trace un chemin qui nous est commun pour que la France continue d’embrasser son destin. ».

Cet objectif aurait dû être celui de tous les Présidents de la République, garants des institutions. Valéry Giscard d’Estaing voulait, durant son premier septennat, l’atteindre mais s’est retrouvé pris en tenaille entre un RPR avide de pouvoir et un PS trop occupé dans son union de la gauche. François Mitterrand et Nicolas Sarkozy n’ont jamais voulu cette réconciliation malgré les tentatives de débauchages individuels auxquelles ils ont procédé en 1988 et en 2007. Jacques Chirac, réélu le 5 mai 2002 avec plus de 82%, a raté l’occasion historique de réaliser cette unité nationale. Quant à François Hollande, il n’a jamais que raisonné en voulant seulement faire la synthèse au sein de son parti socialiste divisé et déchiré qui ne représente pas la France.

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Après De Gaulle, cet objectif a été porté par d’autres avant Emmanuel Macron. Outre Valéry Giscard d’Estaing, on pourrait évidemment citer Pierre Mendès France, Raymond Barre, Jacques Delors, Michel Rocard, François Bayrou, Jean-Pierre Raffarin et peut-être même, si l’on en croit son début de campagne, Alain Juppé. C’est la condition minimale pour le redressement de la France, la faire se réconcilier avec elle-même et Emmanuel Macron l’a très bien compris.


S’inscrire dans l’histoire…

Reprenant à son compte l’héritage de Victor Hugo, Léon Gambetta, Jean Jaurès, Charles Péguy et Jean Zay, Emmanuel Macron s’est voulu le défenseur de l’esprit républicain : « Notre République ne commence pas avec la République ; elle commence bien avant ; elle s’ancre dans cette histoire millénaire avec laquelle nous devons savoir renouer (…). [Jeanne d’Arc] contribue à forger cette identité française. (…) Ce n’est pas non plus une identité fixe ou fermée car elle s’accomplit dans la France, elle s’accomplit dans l’Europe. (…) C’est un projet fou, au fond, forgé sur une culture et recherchant l’universel, exigeant et généreux. (…) Ne jamais subir, peser sur le destin du monde, c’est ce qui fait que les Français sont eux-mêmes et que la France restera elle-même. ».

L’histoire des élections présidentielles et les mécanismes qui les sous-tendent, en particulier sur la nécessité de financer une campagne électorale coûteuse, et donc la nécessité d’avoir à son service un grand parti fort, organisé, structuré, dévoué et combatif, laissent très peu de chance à Emmanuel Macron de réussir son obamisation en 2017. Tout comme Ségolène Royal, ancienne "petite" secrétaire d’État, n’était pas parvenue à atteindre le graal de toute carrière politique qui se respecte… mais la France bouge peut-être beaucoup plus qu’on ne le croit ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 mai 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours d’Emmanuel Macron le 8 mai 2016 à Orléans (à télécharger).
La vivante énigme d’Emmanuel Macron.
Le saut de l'ange.
La Charte de En Marche (à télécharger).
Emmanuel Macron à "Des paroles et des actes" (12 mars 2015).
La loi Macron.
François Hollande.
Manuel Valls.
Alain Juppé.
François Bayrou.
Le Centre aujourd’hui.
Casser le clivage gauche/droite.
Paul Ricœur.
La France est-elle un pays libéral ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160412-macron-D.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-et-sa-vivante-181150

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/05/25/33654815.html


 

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 06:12

« À chaque fois que notre pays a traversé une période de peur et de doute, la condition pour sortir de cette situation fut la même : rebattre largement les cartes. » (Emmanuel Macron). Première partie.



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Le Ministre de l’Économie Emmanuel Macron a franchi le Rubicon en annonçant le mercredi 6 avril 2016 à Amiens, sa ville natale, la création de son propre mouvement politique, "En Marche".

L’idée affichée n’est pas d’être candidat à l’élection présidentielle mais d’initier une démarche qui se veut hors du clivage classique gauche/droite pour redresser la France qui a beaucoup d’atout dans la compétition économique mondiale : « Je ne veux pas me positionner dans la campagne présidentielle. Nous sommes à treize mois du premier tour, il est trop tôt. Nous verrons d’ici quelques mois si nous avons réussi à structurer une offre politiques nouvelle. C’est notre défi. » ("Journal du dimanche" le 10 avril 2016). Pour l’instant, en quelques jours, il aurait réussi à convaincre quelques milliers de Français à venir le rejoindre. Invité du journal télévisé de 20 heures ce dimanche 10 avril 2016, Emmanuel Macron a revendiqué 13 000 adhésions.

Le nom du mouvement ne paraît certes pas très original, selon Alain Juppé : « En Marche, ça ne pêche pas par une excès d’imagination, je n’imagine pas un mouvement qui soit à l’arrêt. » (8 avril 2916). Amusant commentaire de celui qui s’affirmait il y a  vingt ans "droit dans ses bottes" et pour qui "en marche" semblerait pourtant la suite logique !


Un ministre hyperpopulaire

Si la vidéo en "direct live" (lors de son discours d’Amiens) n’a même pas été suivie par 8 000 internautes, Emmanuel Macron bénéficie pourtant d’une popularité hors du commun. Certes, il n’est plus si jeune qu’il n’en paraît. À 38 ans, beaucoup de personnalités politiques étaient déjà arrivées à des responsabilités bien plus importantes que les siennes. Par exemple, Laurent Fabius, à cet âge, était déjà Premier Ministre. Mais des sondages auraient de quoi rendre fou n’importe quel ministre. Mais son discours est nouveau, il n’est pas alambiqué, ne cherche pas à jouer, à contourner, à tournoyer autour des réalités. Il parle clairement, simplement, sans chercher à tromper, à induire en erreur, et cela plaît. Il ne prend pas les gens pour des imbéciles. Il les respecte.

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En effet, si l’on en juge par exemple avec le sondage réalisé par Odoxa pour "Le Parisien" publié le 16 janvier 2016, Emmanuel Macron serait le meilleur représentant de la gauche à la prochaine élection présidentielle. Au premier tour, il battrait Nicolas Sarkozy pour la qualification au second tour face à Marine Le Pen (22% contre 18%), seule hypothèse du sondage où un candidat issu du PS pourrait prétendre au second tour. Et au second tour, il battrait Marine Le Pen avec 65% contre 35% et il battrait Nicolas Sarkozy avec 64% contre 36%. François Hollande ferait des scores nettement inférieurs et ne gagnerait un second tour que face à Marine Le Pen mais en aucun cas face à un candidat LR quel qu’il soit.

Par ailleurs, ce sondage a placé Emmanuel Macron parmi les deux seules personnalités dont les bonnes opinions l’emporteraient sur les mauvais opinions, avec 53% de bonnes opinions (contre 45% de mauvaises opinions), dépassé seulement par Alain Juppé qui graviterait au sommet avec 57% de bonnes opinions (contre 41% de mauvaises opinions). Les deux suivants, Manuel Valls et François Bayrou, resteraient encore parmi les plus appréciés (respectivement avec 48% et 43% de bonnes opinions) mais recueilleraient néanmoins plus de mauvaises opinions que de bonnes.

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Il faut évidemment toujours se méfier des sondages, et Alain Juppé devrait être le premier à rester prudent, car la popularité n’a jamais fait gagner un candidat à l’élection présidentielle, François Bayrou, Édouard Balladur, Raymond Barre mais aussi Jacques Delors, Michel Rocard, Lionel Jospin et même Dominique Strauss-Kahn, dans une moindre mesure, l’ont appris à leurs dépens.

Mais pour quelqu’un qui, quoique énarque, n’est pas entré en politique par la porte classique de l’élection, cela peut donner des ailes évidemment. Il faut dire qu’il a une manière de parler qui casse les langues de bois et les éléments de langage archaïques au point de lui donner de vrais atours d’authenticité.


Une vidéo critiquable

Pour appuyer sa démarche, il a présenté une vidéo où le message est : Il n’est pas possible d’empêcher l’évolution économique actuelle du monde (qu’on le regrette ou qu’on l’approuve). Les Français ont beaucoup d’atouts. Imaginons ensemble les solutions d’avenir qui ne passent que par de nouvelles méthodes, par de nouvelles idées. Et la suite subliminale du message, ce serait bien sûr : et suivez-moi dans une aventure présidentielle, même si aujourd’hui, Emmanuel Macron ne veut pas y penser, et il a raison car il n’a aujourd’hui aucun relais ni aucun financement pour mener à bien une campagne présidentielle qui a toujours nécessité jusqu’à maintenant le professionnalisme de vieux routards de la politique.



Malheureusement, le clip d’Emmanuel Macron a été immédiatement passé au crible de l’émission "Le Petit Journal" le 7 avril 2016 sur Canal Plus qui a montré que les images utilisées proviendraient de films étrangers, ce qui signifierait que des très nombreuses personnes visibles dans le clip, aucune ne serait… française ! Elles seraient américaines, autrichiennes, anglaises…

Le journaliste Renaud Revel, dans "L’Express", a ainsi parlé de « flagrant délit de bidonnage » : « L’imposture pourrait faire hurler de rire. Mais elle laisse plutôt pantois. (…) Captations de bouts de vidéos glanés sur des chaînes étrangères, copiés-collés d’images pillées "à l’arrache" sur des sites américains, bricolage de plans sur palettes graphiques… (…) Se pose la question du sérieux de celui qui dit vouloir rénover notre vite politique. » (8 avril 2016).

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Au-delà de la maladresse du petit film, ce qui manque surtout au stade de la naissance de son mouvement, c’est d’un certain nombre de propositions concrètes pour la nation. Mais comment pourraient-ils les formuler alors qu’il se trouve au cœur du gouvernement de la France ?


Quelques principes généraux

Pour le moment, ne sont exposés que quelques valeurs, ou quelques principes directeurs, mais ils sont définis avec quelques idées assez ordinaires et vagues et avec quelques valeurs très générales : « l’attachement au travail, au progrès et au risque, une égale passion pour la liberté et la justice, un attachement européen profond et exigeant, une croyance inébranlable dans l’énergie de notre pays, pour lui redonner confiance. ».

Dans sa charte des valeurs (consultable ici), Emmanuel Macron émet ce postulat intéressant : « Nous préférons l’innovation à tous les conservatismes. Nous refusons de penser qu’il n’y a de salut que dans un retour vers le passé et pensons au contraire que l’avenir de la France nécessite de renouer avec l’idée de progrès. ».

Sa profession de foi européenne reste quand même assez floue : « Nous croyons que le destin de l’Europe et celui de la France sont indissociables : renouer avec le rêve européen est la condition de notre réussite politique et économique dans la mondialisation. ».

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Il insiste aussi sur des règles de savoir-vivre de moins en moins répandues sur Internet : « Nous sommes attachés à ce que chacun (…) respecte les lois de la République, ainsi que les règles élémentaires de la courtoisie, du respect d’autrui, de l’honnêteté et de la probité. Nous condamnons de manière générale tous les actes et tous les propos qui jugeraient une personne pour ce qu’elle est. ».

On n’imagine pas un mouvement politique se créer sans une base intellectuelle ou philosophique, sans quelques grandes références. Pour l’instant, c’est la "nouvelle société" de Jacques Chaban-Delmas qui a servi de guide pour Emmanuel Macron alors qu’il n’était pas encore né à cette époque ! Même sur l’Europe, aucune proposition n’a encore été faite. Ce vide philosophique est dommageable pour une personne qui a travaillé auprès du grand philosophe Paul Ricœur.


Le changement dans la pratique de l’engagement

L’idée est peut-être de ratisser large. Certes, Emmanuel Macron a appelé autant des élus LR que PS à venir le rejoindre. Pour l’instant, ce sont plutôt du milieu économique que les premiers soutiens sont arrivés avec le grand chef très télévisuel Thierry Marx ou le fondateur de Meetic Marc Simoncini. À part quelques députés socialistes dont le nombre ne dépasse pas celui des doigts d’une seule main, le risque est que ce mouvement ne soit qu’un rassemblement de célébrités médiatiques.

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C’est le thème du changement (qui n’a rien de nouveau dans l’histoire politique) qui est décliné chez Emmanuel Macron : « L’heure n’est (…) plus aux compromis et aux demi-mesures car, comme nous le savons tous, c’est le système tout entier qui doit changer. Nous voulons le faire évoluer dans le respect d’une vision collective claire et assumée, nourrie par le débat d’idées. ».

Le leitmotiv d’Emmanuel Macron me paraît très sain : « Partir du réel pour apporter des réponses neuves ». Ainsi, il évoque une certaine paralysie intellectuelle : « Ce sont (…) les comportements de corporatisme et de défiance qui, en tentant d’empêcher ou de ralentir la course du monde, brident l’innovation, la créativité et la confiance en l’avenir, et donnent le sentiment que nous subissons la mondialisation. ». Pour ensuite constater : « Nos débats politiques font trop souvent abstraction du réel. (…) Les réponses du passé ne sont plus adaptées : la mondialisation, la révolution numérique, le désordre mondial, le péril climatique ont tout changé. ».

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Parmi les propositions de rénover l’engagement politique, Emmanuel Macron propose une mesure de bon sens mais qu’il reste à prouver dans la pratique : « En Marche s’engage à ne soutenir aucune revendication corporatiste contraire à l’intérêt général, et à rendre publique la liste des consultations que notre collectif aura jugées utiles de mener afin de ne céder à aucune forme de lobbying. ». Dans la charte, il est dit à peu près la même chose : « Nous croyons en l’intérêt général : la politique, telle qu’elle nous anime, doit transcender les intérêts particuliers et se dresser contre les corporatismes qui sclérosent notre pays. ».


Dans un prochain article, je reviendrai sur la volonté d’Emmanuel Macron de faire voler en éclat le clivage traditionnel gauche/droite ainsi que sur les réactions plutôt hostiles de la classe politique.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 avril 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La Charte de En Marche (à télécharger).
Emmanuel Macron à "Des paroles et des actes" (12 mars 2015).
La loi Macron.
François Hollande.
Manuel Valls.
Alain Juppé.
François Bayrou.
Le Centre aujourd’hui.
Casser le clivage gauche/droite.
Paul Ricœur.
La France est-elle un pays libéral ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160406-macron.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-le-saut-de-l-ange-179814

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/04/11/33637961.html



 

 

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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 06:04

Définitions du Petit Larousse : « discours confus, inintelligible ; situation embrouillée, confuse ».


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Il y a exactement cinq ans, c’était le tsunami qui a terriblement secoué les installations nucléaires de Fukushima, au Japon. Est-ce un tsunami de même type qui va frapper la mouvance centriste dans quelques jours ?

Le dimanche 20 mars 2016 de 10 heures à 17 heures au Palais des Congrès de Versailles se tiendra le congrès de l’Union des démocrates et indépendants (UDI) pour décider clairement la stratégie des centristes en vue l’élection présidentielle de 2017. Un vote électronique des 23 000 adhérents est prévu la semaine prochaine précédant le congrès, mais déjà, les différents responsables ont pris position et ne semblent pas se préoccuper d’adopter une stratégie collective très lisible.

C’est un véritable problème de quadrature du cercle auquel se livre l’UDI en ce moment. Après le retrait politique de Jean-Louis Borloo, aucun leader de l’UDI n’a réussi à émerger véritablement dans la notoriété médiatique nécessaire à une candidature, et les rares simulations dans les sondages donneraient de scores si bas qu’il paraîtrait peu pertinent de se brûler les ailes en se consumant si vite.

Car il y a, en résumé, trois stratégies possibles : ou l’UDI participe à la primaire des Républicains, ou elle n’y participe pas et présente un candidat au premier tour de l’élection présidentielle, ou encore elle ne participe ni à la primaire ni au premier tour de l’élection présidentielle et elle soutient un candidat issu d’une autre formation politique qu’elle-même.

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Dans les trois cas, la réponse est peu satisfaisante. Car si l’UDI a réussi à se doter d’un collège de nombreux élus, en particulier de maires, conseillers départementaux et conseillers régionaux nombreux en 2014 et 2015, grâce à une union sans faille, et dès le premier tour, avec l’UMP puis LR, il lui manque incontestablement une audience nationale tant dans la différenciation que dans le positionnement politique.

Prenons le problème à l’envers et arrivons à la conclusion : dans tous les cas, l’UDI souhaiterait participer à une coalition gouvernementale avec Les Républicains pour gouverner la France à partir de mai 2017 et redresser l’économie nationale et l’emploi. Or, l’UDI souhaiterait y participer en position de force, c’est-à-dire avec un groupe parlementaire sans lequel Les Républicains ne pourraient avoir de majorité absolue à l’Assemblée Nationale.

À cet objectif s’ajoutent trois autres considérations : les ambitions individuelles de certains, la menace de la qualification au second tour de la candidature de Marine Le Pen qui devrait renforcer dès le premier tour la logique du "vote utile" et aussi, le positionnement de François Bayrou, seul candidat centriste aujourd’hui crédible.


François Bayrou

François Bayrou, qui préside le MoDem, une formation désertée par les élus et même par les militants, et qui n’est plus qu’une coquille vide, ne trouve même pas de un soutien auprès de son (quasiment) unique député Jean Lassalle qui n’y croit plus : « Il s’est mis dans une situation que les Français ont du mal à accepter, celle du "J’irai si untel n’y va pas". (…) L’élection présidentielle est la rencontre d’un homme ou d’une femme avec le peuple français qui s’est proclamé souverain. » ("La semaine du Pays basque").

En effet, il n’a jamais été caché que François Bayrou soutient la candidature de son voisin d’Aquitaine Alain Juppé, mais en refusant le principe de la primaire des Républicains, si bien qu’en cas de choix à la primaire d’un candidat comme Nicolas Sarkozy, François Bayrou serait amené à se présenter une quatrième fois à la magistrature suprême.


Cacophonie des composantes centristes

Marchant sur des œufs, Jean-Christophe Lagarde, le président de l’UDI depuis le 13 novembre 2014, voulait négocier au mieux avec Nicolas Sarkozy la participation de l’UDI à la primaire des Républicains (ils se seraient rencontrés le 27 janvier 2016) sous condition d’investitures massives aux élections législatives (il demandait entre un quart et un tiers du total des circonscriptions). Autres conditions : « un socle programmatique commun » et « une totale indépendance avec le FN ».

Comme il n'a eu aucune réponse de la pat des Républicains, Jean-Christophe Lagarde a annoncé ce 8 mars 2016 dans "Paris Match" que l'UDI ne participerait pas à la primaire LR sans pour autant dire s'il y aurait ou pas un candidat à l'élection présidentielle de 2017 : « Il n’y a eu ni négociations ni même rencontre. Mandaté par la direction de l’UDI, j’ai adressé en janvier à Nicolas Sarkoz une lettre officielle dans laquelle je fixais les conditions d’un accord préalable à notre participation à la primaire. Je n’ai jamais eu de réponse. Ni de lui ni de personne. Les divisions internes chez Les Républicains sont trop fortes. Que ce soit Sarkozy ou les candidats à ce jour déclarés (Juppé, Fillon, Le Maire…), aucun ne semble en mesure d’avoir une ligne claire avec le centre. Ils sont trop préoccupés par leurs ambitions, leurs aigreurs et leurs rancunes pour se mettre d’accord. Tous disent qu’ils veulent travailler avec nous, mais ce ne sont que des mots. Ou alors ils veulent attendre le résultat de la primaire, ce qui est trop tard. Dans ces conditions, la primaire de la droite aura lieu sans nous. » (8 mars 2016).

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Mais ce refus de participer à la primaire LR va se heurter à la décision de deux composantes au sein de l'UDI : d'une part, de l'Alliance centriste et d'aute part, du Nouveau centre.

Ayant quitté le Sénat pour le Parlement Européen, l’ancien Ministre des Finances Jean Arthuis, président de l’Alliance centriste, a déjà annoncé le 27 février 2016 sur Twitter sa candidature à la primaire des Républicains pour porter un projet centriste. Il réjouit ainsi les responsables LR (notamment Thierry Solère) qui peuvent qualifier leur primaire de "primaire de la droite et du centre".

Rival permanent de Jean-Christophe Lagarde depuis une dizaine d’années, Hervé Morin a réuni son Nouveau centre à Vendôme le 6 mars 2016 et a déjà annoncé qu’il fallait participer à la primaire des Républicains en incitant Jean-Louis Borloo à revenir en politique. Hervé Morin, comme les autres candidats centristes des dernières élections régionales, sont en fin de compte pour que l’UDI intègre carrément Les Républicains.

L’une des composantes sur laquelle Jean-Christophe Lagarde peut s’appuyer à l’UDI, le Parti radical, présidé par le maire de Nancy Laurent Hénart, souhaite une candidature UDI au premier tour de l’élection présidentielle afin de montrer son indépendance et son autonomie vis-à-vis des Républicains : « Il faut garantir le pluralisme parlementaire, qu’on ait à l’Assemblée comme au Sénat un groupe UDI incontournable sans lequel la majorité n’est pas possible. » ("L’Opinion" du 8 mars 2016).

Enfin, depuis le 13 septembre 2015, nourrissant l’amertume d’avoir été rejeté aux élections internes de l’UDI, l’ancien sous-ministre sarkozo-sarkozyste Yves Jégo a jeté son dévolu sur Bruno Le Maire, qui s’est déclaré candidat à la primaire à Vesoul le 23 février 2016, l’imaginant le meilleur moteur pour sa carrière future (en ne sachant pas que Nathalie Kosciusko-Morizet, qui est sans doute la responsable LR la plus proche du centre, vient de déclarer sa candidature ce 8 mars 2016). Yves Jégo a notamment expliqué : « Faute d’unité et de confiance entre ses principaux dirigeants, le parti végète et n’incarne rien de singulier (…) . L’absence de dialogue stratégique avec le MoDem et la dilution systématique de nos forces (…) dans le parti de Nicolas Sarkozy a terni notre image vis-à-vis de ceux qui espéraient un centre plus indépendant et ne supportent plus l’ultra-droitisation d’une partie de nos alliés. » (7 mars 2016). Étranges propos "autonomistes" qui concluent paradoxalement avec le soutien inconditionnel à Bruno Le Maire (LR) qui n’avait pas hésité à "droitiser" largement son discours lors de la campagne pour la présidence de l’UMP en automne 2014.

Et cela sans compter bien sûr sur Rama Yade qui, aigrie de ne pas avoir été choisie pour succéder à Jean-Louis Borloo à la présidence du Parti radical, n’a cessé d’initier des actions judiciaires et médiatiques contre ce parti qui, finalement, s’est décidé à l’exclure le 29 octobre 2015 (mais Hervé Morin serait d'aillers prêt à la repêcher).


Le risque du Front national

Le risque n’est moins que le FN soit présent du second tour que le candidat LR en soit absent. Or, la présence d’un candidat centriste handicaperait nécessairement le candidat LR, quel qu’il soit, dans sa tentative d’être qualifié au second tour.

Rappelons en effet que rien actuellement n’assure cette présence au second tour, ni celle du candidat LR ni celle de la candidate du FN ni enfin celle du candidat socialiste. Dans certains sondages, Alain Juppé arriverait même en tête du premier tour, et dans d’autres, François Hollande ferait jeu égal avec Nicolas Sarkozy derrière Marine Le Pen. Les sondages avant une campagne électorale n’ont certes pas beaucoup de sens, ne serait-ce que parce qu’il y a encore beaucoup d’inconnues sur la réalité des candidatures.


Pourquoi une candidature UDI ?

La problématique centriste est la suivante :

1. À l’heure actuelle, toute candidature centriste est vouée à l’échec tant à la primaire qu’à l’élection elle-même.

2. Une candidature de témoignage permet néanmoins, d’une part, de porter un projet spécifique (centriste, à savoir démocrate, social et européen). L’absence de candidat UDI à l’élection présidentielle signerait selon Laurent Hénart sa disparition du paysage politique : « Si on veut exister entre le PS et Les Républicains, non seulement il va falloir faire grandir l’UDI, mais en plus, il va falloir trouver la capacité à s’entendre avec le MoDem pour rassembler tous les progressistes sociaux européens. À un moment donné, si on ne veut pas être broyé par la montée du populisme, il faut à tout prix que l’on soit capable de se développer, d’ajuster nos différences politiques et de nous unir. » (8 mars 2016).

Ce que dit aussi Jean-Christophe Lagarde : « Nous avons une valeur ajoutée dans le débat.  À l’heure où tout le monde parle de défaire l’Europe, nous disons qu’il faut la parfaire, la fédérer davantage. Nous disons également qu’il faut libérer l’énergie française de son carcan d’impôts, de taxes et de règlements. Nous allons écrire un nouveau modèle français. » (8 mars 2016).

3. La candidature de témoignage permet, d’autre part, de mettre sur orbite un candidat centriste pour les prochaines années.

Ce dernier point est important : à part Martine Aubry qui a refusé tous les postes que François Hollande lui aurait proposés (notamment l’Éducation et les Affaires étrangères), tous les participants à la primaire socialiste d’octobre 2011 ont non seulement été bien servis dans les gouvernements mais ils ont structuré la génération suivante : Manuel Valls et Arnaud Montebourg sont les deux seuls leaders de leur génération au PS, et Ségolène Royal et Jean-Michel Baylet ont profité des retombées de l’élection de François Hollande. Ceux qui n’ont pas pris le train primaire sont arrivés sur des voies de garage : Pierre Moscovici, Benoît Hamon, Bertrand Delanoë, etc.

Ce n’est pas pour rien que cela se bouscule au portillon à la primaire chez Les Républicains, avec Bruno Le Maire, Jean-François Copé et Nathalie Kosciusko-Morizet qui souhaitent devenir incontournables pour les dix prochaines années. Xavier Bertrand, François Baroin et Laurent Wauquiez seront probablement victimes de leur absence de la primaire.

Une candidature centriste, autre que celle de François Bayrou, aurait des fortes probabilités de ne recueillir qu’un nombre très ridicule de voix. Elle ne pourrait s’envisager que dans le lancement d’une véritable stratégie présidentielle sur une décennie, comme c’était le cas pour François Bayrou lorsqu’il s’était présenté pour la première fois en 2002 (on lui prédisait autour de 3% et il avait finalement obtenu 6,8% ; cinq ans plus tard, il avait atteint 18,6%).

Dans cette perspective, le candidat qui serait le plus prometteur serait Jean-Christophe Lagarde, parce que le député-maire de Drancy est le plus neuf, le plus ambitieux et parmi les plus jeunes.

4. A contrario, l’absence de candidature UDI à l’élection présidentielle ferait de la formation centriste un ectoplasme inconsistant bon à prendre des postes sans forcément apporter quelque chose d’un point de vue programmatique.


Vers une reconstruction des centres ?

C’est aussi ce que dessinait entre les lignes Laurent Hénart : l’enjeu est moins l’échéance présidentielle de 2017 elle-même que les conditions d’un rassemblement de tous les centristes à l’issue de cette élection présidentielle.

Lors de l’élection présidentielle de 2002, l’UDF avait explosé avec la création de l’UMP et des centaines d’élus UDF (notamment les radicaux) avaient rejoint l’UMP sans comprendre que l’UMP ne pourrait être qu’un remake du RPR.

Les rares survivants de l’UDF s’étaient alors divisés lors de l’élection présidentielle suivante de 2007, car des centristes comme André Santini avaient soutenu dès le premier tour la candidature de Nicolas Sarkozy. L’échec de François Bayrou, malgré ses près de sept millions électeurs du premier tour, avait fini par faire exploser définitivement l’UDF en un Nouveau centre sans âme (la plupart des parlementaires UDF qui avaient besoin d’un soutien de l’UMP aux élections législatives) et le MoDem, un parti purement bayrouiste.

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L’échec de la stratégie de centre gauche de François Bayrou a abouti, après l’élection présidentielle de 2012, à une double reconstruction du centre : d’une part, le 22 octobre 2012, la création de l’UDI regroupant le Parti radical (les centristes de l’UMP), le Nouveau centre et d’autres groupuscules moins connus, et certains responsables du MoDem ; d’autre part, l’année suivante, le 5 novembre 2013, un accord électoral entre l’UDI et le MoDem (dit "L’Alternative") pour adopter une stratégie commune à toutes les élections.

"L’Alternative".est morte née dans la mesure où le retrait de Jean-Louis Borloo cinq mois plus tard et la haine que beaucoup d’adhérents de l’UDI nourrissent vis-à-vis de la personne de François Bayrou (coupable d’avoir soutenu François Hollande au second tour en 2012) ont été deux soucis insurmontables malgré le succès des listes communes aux élections européennes du 25 mai 2014.

Aujourd'hui, Jean-Christophe Lagarde veut préserver l'indépendance du centre dans le cadre d'une alliance avec Les Républicains : « Pour une coalition, il faut être deux. Aujourd’hui chez Les Républicains, ou hier à l’UMP ou au RPR, ils ont tous toujours le même logiciel caporaliste. En clair, c’est : "Nous décidons, vous exécutez". Mais l’union entre deux familles politiques, ça ne marche pas comme ça. J’ai adhéré à l’UDF lorsque j’avais 20 ans. Pendant quinze ans, j’ai assisté à des guerres intestines de petits chefs centristes toujours prêts à servir l’UMP par ambition. Cela a trop longtemps réduit le centre au silence. L’UDI, née il y a trois ans et demi de la volonté de Jean-Louis Borloo de refaire l’unité, ne sera la subordonnée de personne. (...) Je fais remarquer que lorsque la droite et le centre sont unis, nous gagnons. (...) À l’inverse, lorsque nous sommes divisés, nous perdons. Si l’opposition veut devenir, demain, majorité, Les Républicains doivent adopter la culture de la coalition, et certains centristes sortir de la soumission. » (8 mars 2016).


L’objectif 2017 est moins électoral que politique

Les dirigeants centristes doivent donc mettre tout en œuvre pour rassembler les deux composantes du centre à l’issue de l’élection présidentielle de 2017 voire rassembler toute cette majorité centrale progressiste sociale démocrate et européenne qui rejette la démagogie du repli sur soi et qui préfère l’optimisme du volontarisme d’une France forte de ses atouts dans une Europe forte de son histoire à des postures archaïques tant de droite (l’aile droite des Républicains) que de gauche (les frondeurs, la gauche de la gauche, etc.), des postures aussi contreproductives électoralement qu’inefficaces politiquement.

Ce rassemblement est donc bien entendu voué à accueillir en son sein (à l’instar de Jean-Marie Bockel) des socialistes modernes comme Emmanuel Macron qui ne sont pas reconnus comme un des leurs par leurs propres camarades du PS… Bref, tous ceux qui pensent que le génie français n’est pas fini et qu’il peut encore influencer durablement le monde contemporain devraient faire partie de cette majorité centrale capable tant de voter des réformes de bon sens pour favoriser l’emploi que de redonner un horizon politique à une nation en proie au doute et à l’expectative.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 mars 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Un débat Jean-Christophe Lagarde vs Marine Le Pen ?
Jean-Christophe Lagarde.
Programme de l’UDI.
Rapport de forces pour 2017.
Tout est possible en 2017…
Mathématiques militantes.
Le nouveau paradigme.
Piège républicain.
L’UDI en piste pour la rénovation (18 octobre 2014).
L’après-Borloo (1).
L’après-Borloo (2).
Jean-Louis Borloo.
François Bayrou.
L’alliance UDI-MoDem.
La création de l’UDI.
La famille centriste.
Les listes centristes aux européennes de 2014.
Résultats des européennes de 2014.
Hervé Morin.
Le Nouveau centre.
Laurent Hénart.
Yves Jégo.
Jean Arthuis.
Rama Yade.
Les radicaux de gauche.

_yartiUDI2016A04


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160307-UDI-centristes.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2017-pataques-chez-les-178640

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/03/11/33477960.html
 

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 06:27

« Je me demande si l’on n’en a pas trop fait pour les obsèques de François Mitterrand. Je ne me souviens pas qu’on en ait fait autant pour Giscard. » (André Santini, prix de l’Humour politique 1998).


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L’ancien Président de la République Valéry Giscard d’Estaing fête ses 90 ans ce mardi 2 février 2016. Cet âge canonique ne lui a rien ôté de sa superbe intellectuelle et on se demande comment un homme aussi intelligent a pu gagner l’Élysée alors que la prime est désormais à celui qui crie le plus fort les slogans les plus simplistes.

Valéry Giscard d’Estaing n’est pas seulement doté d’une puissante intelligence mais il a aussi cette prétention de vouloir la partager et transmettre ses analyses. Le côté négatif de cet aspect de sa personnalité, c’est qu’il y a une condescendance très naturelle chez lui, presque à son corps défendant car sa sincérité n’est pas mise en doute, surtout depuis son retrait de la vie politique en 2004 et son élection à l’Académie française, mais il ne peut éviter de faire ressentir sa grande supériorité intellectuelle sur celle de ses interlocuteurs.


VGE, un monstre sacré du paysage politique français

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer abondamment son septennat en 2014 (lire ici et ), j’ai évoqué ses dernières propositions sur l’Europe, car rappelons qu’il est, avec Jacques Delors, l’un des Pères de l’Europe français encore en vie, certes pas fondateur mais presque puisqu’il fut, avec le Chancelier allemand Helmut Schmidt, à l’origine de la monnaie unique européenne (l’euro) et surtout, de l’élection au suffrage universel direct des députés européens.

J’ai aussi rappelé l’absurdité de la focalisation d’une certaine partie du web français sur la loi du 3 janvier 1973 qui n’a absolument pas renforcé la dette publique. Déjà auparavant, la France faisait appel à des prêts à des taux d’intérêts non nuls et les vrais responsables de cet endettement massif sont évidemment tous les gouvernements qui ont proposé sciemment des budgets en déficit hors des périodes de crises exceptionnelles. C’est assez étonnant d’ailleurs de rendre responsable son banquier du fait de dépenser plus qu’on ne gagne. Loi de 1973 qui d’ailleurs a été abrogée en 1993 par Édouard Balladur avec sa réforme de la Banque de France.

Le besoin de boucs émissaires de la situation financière de la France rendrait-il donc responsables Valéry Giscard d’Estaing et Georges Pompidou encore pendant un demi-siècle voire un siècle ? Peut-être qu’en 2073, on se dirait plus sagement que les gouvernements plus récents auraient une part de responsabilité de l’endettement de la France, qui sait ?

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Je voulais plutôt m’appesantir sur un entretien très intéressant que le Président Giscard d’Estaing a accordé en décembre 2015 à Frédéric Mitterrand qui a retrouvé là son rôle d’homme de télévision. Ancien Ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand a cette petite particularité d’être aussi le neveu du seul réel rival politique de Valéry Giscard d’Estaing, et du rival qui l’a battu le 10 mai 1981 dans un sentiment de profonde injustice.


L’amère expérience de la défaite

Cette amère expérience de la défaite pour celui qui n’avait eu jusqu’alors que des succès a évidemment été très difficile à avaler à l’âge de 54 ans. Comment devenir retraité si jeune ? Il a donc eu pendant une vingtaine d’années des velléité de revenir sur le devant de la scène, tant comme Premier Ministre potentiel en mars 1986 que Président de la République en mai 1988. Finalement, malgré une accumulation extraordinaire de mandats postprésidentiels (conseiller général, député, conseiller régional, président de conseil régional, conseiller municipal, député européen, président d’un groupe politique important au Parlement Européen, président d’un grand parti de France), sa dernière utilité politique a été de présider la Convention européenne pour aboutir au Traité constitutionnel européen (TCE), une bien mauvaise appellation puisqu’il était un traité comme n’importe autres traités européens précédents.

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On aura beau rappeler la victoire du non au référendum du 29 mai 2005, on ne m’ôtera pas l’idée d’un certain masochisme du peuple français à rejeter un traité qui avait été négocié pour garantir à toute l’Europe les valeurs de la France et surtout le modèle social français. Plus jamais, dans le futur, un texte qui avantagerait moralement et politiquement autant la France ne pourrait être signé en Europe…


Confidences politiques

Mais tout cela, je l’ai déjà évoqué dans le passé et je reviens donc sur cette interview intimiste qui a lieu chez lui, chacun assis face à face autour d’une table qu’on pourrait croire de billard par la couleur verte de la nappe. Valéry Giscard d’Estaing, homme comblé et un peu ennuyé, n’hésitait donc pas à lâcher quelques petites confidences sur sa longue carrière.

La conversation entre VGE et Frédéric Mitterrand n’est d’ailleurs pas très structurée, tout se mêle et l’idée est d’encourager les anecdotes. Je vais donc en citer six qui m’ont apparu intéressantes. Le chuintement de l’ancien Président de la République était cependant assez difficile à suivre, assez peu audible, en raison de la permanence d’une certaine préciosité qui voudrait donner à ses phrases certains effets comme celui de la fausse modestie. Mais cet orgueil semble compensé par une certaine bonification par le grand âge et par une réelle humilité. Oui, orgueil et humilité peuvent cohabiter, orgueil de connaître sa propre valeur, humilité face à l’Histoire que tout efface et qui impressionne même les plus grands hommes d’État.

1. La peur au ventre. C’est ce que craignait Valéry Giscard d’Estaing en s’engageant dans l’armée. Il a fait la campagne d’Allemagne à la fin de la guerre (il était trop jeune pour s’engager auparavant). Il avait surtout peur d’avoir peur face à l’ennemi. Et lors d’un incident de guerre, il s’est exposé face à l’ennemi et s’est rendu compte qu’il n’avait finalement pas eu peur. Et Président de la République, il a complété en disant qu’il n’avait pas non plus eu peur.

2. Le courage. Ne pas avoir peur ne signifie pas forcément être courageux. Le courage est plus politique que physique, celui de faire avancer des idées, des projets, mais en évoquant la loi Veil, il a estimé qu’il n’avait pas eu besoin de beaucoup de courage politique car il avait toujours voulu aller au bout de ce qu’il comptait comme essentiel pour la France. Il a d’ailleurs rappelé, non sans une certaine malice, que les sondages donnaient alors à l’époque entre 50% et 60% de satisfaction sur la manière d’être gouverné, très au-dessus des cotes d’aujourd’hui !

3. Pierre Mendès France. Valéry Giscard d’Estaing a reconnu la grande valeur morale de celui qui fut Président du Conseil pendant une année mais s’est dit convaincu que s’il avait eu la possibilité de gouverner bien plus longtemps, quatre, cinq ans, il aurait eu forcément plus d’impopularité, des déceptions dans l’opinion publique, et il n’aurait pas eu peut-être cette si belle popularité posthume.

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Croustillante, cette rencontre que Valéry Giscard d’Estaing a racontée avec Pierre Mendès France le jour même où le Général De Gaulle a quitté la France pour Baden Baden sans rien dire à personne, en pleine crise de mai 1968. Pierre Mendès France était en train de composer un gouvernement où il avait inclus les communistes qui, eux, ne voulaient aucun gauchiste afin de contrôler tout le mouvement social. Même l’huissier croyait à la réalité du pouvoir de PMF alors que Valéry Giscard d’Estaing lui rappelait qu’il y avait encore un gouvernement et un Parlement !

4. De Gaulle. Petite fierté d’avoir été le Ministre du Budget (très jeune) du Général De Gaulle qui, selon lui, se moquait assez de la situation financière de la France. De Gaulle écoutait cependant studieusement Valéry Giscard d’Estaing car il avait le sentiment qu’il lui fallait connaître ce sujet, mais après l’exposé de VGE, De Gaulle, comme à chaque ministre qu’il voyait en particulier, lui posait quelques questions politiques, histoire de savoir ce que son interlocuteur imaginait de sa propre pensée !

5. Raymond Barre. Valéry Giscard d’Estaing lui décerna de nouveau le label de meilleur Premier Ministre de la France (je suis aussi de son avis) et rappela ses grandes qualités intellectuelles, son excellence dans l’économie …tout en mettant un bémol : il n’était pas un bon politique. Pour preuve, le 4 novembre 1980, au cours d’une intervention mineure au Conseil Économique et Social, Raymond Barre a annoncé que les Français allaient voir leur pouvoir d’achat diminuer pour les prochains mois. À cinq mois de l’élection présidentielle, la réaction présidentielle fut une grande colère ! À partir de cette boulette, entre les deux hommes, les tensions se firent plus régulièrement, d’autant plus que c’étaient deux fortes personnalités.

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6. Michel Houellebecq. Il a lu son dernier livre "Soumission", et l’a trouvé excellent. D’abord parce qu’il est bien écrit, et ensuite, parce que c’est un livre d’anticipation politique très intéressant qui aide à faire réfléchir sur la société actuelle.


VGE, un retraité alerte

Partir du jeu politique national à 54 ans, c’est particulièrement jeune et frustrant, et malgré sa capacité à cumuler fonctions et honneurs, cet homme visiblement s’ennuie. Il l’avait d’ailleurs expliqué à propos des séances de l’Académie française qui l’ont beaucoup déçu par leur ennui. À 90 ans, il est toujours en état de raconter ou de conseiller le monde. Les responsables politiques français et européens feraient bien de s’inspirer un peu de sa réflexion et pourquoi pas ? de l’écouter


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (2 février 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Propositions de VGE pour l’Europe.
Le septennat de Valéry Giscard d’Estaing (1).
Le septennat de Valéry Giscard d’Estaing (2).
Loi n°73-7 du 3 janvier 1973.
De Gaulle.
François Mitterrand.
Raymond Barre.
Helmut Schmidt.
Jacques Chirac.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160202-vge.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/vge-splendeur-de-l-excellence-177038

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/02/02/33053968.html



 

 

 

 

 

 

 

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13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 06:14

« Pour moi, la France, ce n’est pas une page blanche. (…) Et il faut en respecter l’histoire, la culture et la tradition. » (François Bayrou, le 12 novembre 2015).



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Le président du MoDem François Bayrou, maire de Pau, a été l’invité de l’émission de David Pujadas "Des paroles et des actes" diffusée en direct sur France 2 le jeudi 12 novembre 2015. Malgré sa longueur (deux heures et demi), cette émission fut plutôt intéressante car le niveau, pour une fois, volait assez haut. Cette haute tenue était très perceptible dans son débat avec l’essayiste Natacha Polony. Il n’était plus question de langue de bois mais d’une sincérité politique qui caractérise François Bayrou depuis maintenant près de quinze années.


Candidat ou pas en 2017 ?

Le moment fort de la soirée, à la fin de l’émission, a été la clarification de François Bayrou sur sa position pour l’élection présidentielle de 2017. Sans surprise, puisque cela avait été déjà évoqué le 19 février 2015 mais ici dans une déclaration plus formelle, François Bayrou a confirmé sans ambiguïté son soutien à Alain Juppé mais reste très réservé sur le principe de la primaire LR. Il a laissé entendre qu’il n’hésiterait pas à s’engager dans la bataille présidentielle si Nicolas Sarkozy était désigné le candidat LR pour 2017, afin d’éviter la « triple impasse », celle de François Hollande, celle de Nicolas Sarkozy et celle de Marine Le Pen, et de proposer une autre offre politique aux électeurs.

En disant cela, il n’a pas précisé quelle serait sa position dans le cas de la désignation à la primaire LR d’un autre candidat, comme François Fillon ou encore Bruno Le Maire. La carence journalistique est telle que cette déclaration n’a pas été vraiment "exploitée" par David Pujadas, en ce sens que l’une des conséquences directes d’une participation de François Bayrou à l’élection présidentielle serait une augmentation de la probabilité de l’élimination du candidat LR pour le second tour. Cela signifie que la candidature de Nicolas Sarkozy, même désigné à la primaire, aurait un lourd "handicap" pour gagner l’élection. Si les dés de la primaire LR ne sont pas pipés par les sarkozystes, ils le sont déjà par François Bayrou qui a ainsi émis aux futurs participants de la primaire une forte contrainte (avec que le risque que des partisans d’une candidature Bayrou votent pour Nicolas Sarkozy à la primaire pour provoquer sa candidature !).

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François Bayrou est revenu sur son différend avec Nicolas Sarkozy qu’il refuse de qualifier de personnel. Il a décrit le comportement en campagne de Nicolas Sarkozy qui, peut-être avec raison, pense qu’il faut jeter de "l’huile sur le feu" et "embraser les questions" de campagne pour rassembler son camp (la ligne Buisson), alors que lui, au contraire, considère qu’il faut s’exprimer de telle manière qu’on n’exclut personne, qu’on rassemble, qu’on unit : « On n’a pas le droit de fracturer le pays. ».


Un Président qui devrait être impartial

Des internautes ont reproché à François Bayrou une trop grande prétention parce qu’il avait dit au début de l’émission qu’il ne faisait jamais d’erreur, mais cela avait été dit pour faire sourire, au second degré (en politique, je pense qu’il ne faut jamais aller au-delà du premier degré car le risque d’être mal interprété est toujours grand), et d’ailleurs, un peu plus tard, il reconnaissait une erreur. En revanche, il n’a pas été très crédible quand il expliquait qu’il ne désirait pas tant que cela la Présidence de la République en déclarant simplement que l’Élysée était juste l’un des meilleurs moyens de faire bouger les choses en France.

D’ailleurs, François Bayrou a réaffirmé sa volonté de changer la pratique présidentielle en rappelant le discours fondateur de la pensée de De Gaulle sur les institutions (le discours de Bayeux) qui voulait un gouvernement qui ne dépende plus du jeu des partis mais d’un Président de la République dont la légitimité est issue directement du peuple. Le chef de l’État ne doit pas être un chef de parti comme cela est trop le cas depuis une trentaine d’années et en particulier avec François Hollande (François Bayrou a été choqué dès la passation des pouvoirs, quand François Hollande avait refusé de raccompagner son prédécesseur jusqu’à la voiture). Pour le leader centriste, le Président de la République doit d’abord regarder l’intérêt de la France et donc, parfois, donner raison à l’opposition quand cela s’avère pertinent. Thème qu’avait aussi développé Raymond Barre lors de sa campagne présidentielle de 1988.

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S’il n’a pas caché sa satisfaction de se situer en haut des sondages de popularité avec Alain Juppé et Emmanuel Macron, il a gardé la tête froide et son expérience et sa prudence savent bien que trouver une personnalité sympathique ne signifie pas pour autant voter pour elle (les cimetières de l’ambition politique en sont truffés : Raymond Barre, Jacques Delors, Michel Rocard, Édouard Balludur, Simone Veil, etc.).


Carriériste, vraiment ?

Autre critique souvent émise à propos des centristes, leur opportunisme et leur arrivisme, ou leur illisibilité. François Bayrou ne pouvait qu’être convaincant car sa démarche politique n’avait aucune visée carriériste puisque, depuis 2002, il aurait pu cumuler de nombreux ministères (voire Matignon) s’il était rentré dans le rang (il ne l’a pas évoqué mais on peut penser assez facilement à la longue carrière ministérielle de Jean-Louis Borloo). Je reviens sur Matignon. Répondant à un internaute qui le voyait Premier Ministre d’Alain Juppé, François Bayrou a immédiatement exclu une telle hypothèse, considérant que le Premier Ministre, au contraire du Président de la République, devait forcément provenir du parti le plus important de la majorité parlementaire afin de diriger celle-ci, ce qui l’excluait naturellement (n’imaginant pas le MoDem devenir majoritaire en 2017).


Fusion de listes aux régionales ?

François Bayrou a réagi aussi aux propos de Manuel Valls qui envisageait le 12 novembre 2015 des fusions de listes entre LR et PS aux régionales pour éviter toute victoire du FN. Remarquons que cette hypothèse (je l’avais évoquée ici) ne manque pas d’interroger : des fusions LR-PS seraient contreproductives et, sur une supposée collusion LR-PS, donneraient raison au FN qui en sortirait renforcé. On voit ainsi que Manuel Valls se préoccupe beaucoup plus de l’intérêt de boutiquier à court terme du PS que de l’intérêt national. François Bayrou a de toute façon estimé que c’était peu pertinent car ce n’était pas réaliste (les listes LR-UDI-MoDem n’accepteront aucune fusion avec les listes PS).


Modèle familial et respect des citoyens

La sincérité de François Bayrou, elle s’est aussi exprimée lorsqu’il n’a pas hésité à rappeler qu’il était un chrétien croyant, que son modèle familial restait traditionnel (il a six enfants), mais qu’il ne souhaitait pas imposer ce modèle familial à l’ensemble de la société parce qu’il peut y avoir des accidents de la vie qui font qu’un enfant n’a pas forcément "un père et une mère" et cela ne l’empêchera pas d’avoir une éducation satisfaisante. Il a aussi affirmé que personne ne pourrait revenir sur le mariage gay. Il avait préconisé lors de sa première campagne présidentielle, en 2002 (quatre ans après le pacs), l’union civile pour permettre l’égalité des couples, et à l’époque, on l’avait dit beaucoup trop progressiste. François Bayrou a d’ailleurs rappelé que l’engagement politique, ce n’est pas de faire triompher ses idées mais de permettre la meilleure coexistence de toutes les opinions dans la société.

La politique familiale de l’actuel gouvernement est tellement désastreuse que l’un des points forts de la France face à ses partenaires européens, la natalité, est maintenant en baisse.


François Bayrou vs Stéphane Le Foll

François Bayrou a participé à deux duels. Le premier l’a opposé au très hollandiste Stéphane Le Foll, Ministre de l’Agriculture à la carrure imposante, qui a montré à quel point il est très fort (avec Michel Sapin) pour réciter ses éléments de langage et détourner des vrais sujets.

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Bien qu’il ait voté pour François Hollande en 2012, François Bayrou est désormais dans une opposition résolue au gouvernement alors que l’aile gauche estime au contraire que le gouvernement est devenu social-libéral et s’est rapproché des centristes. François Bayrou s’oppose principalement à la méthode ubuesque de François Hollande. Il l’a illustré avec trois exemples.

Le premier, c’est le CICE (crédit impôt compétitivité emploi) qui est une véritable usine à gaz, sans beaucoup d’intérêt car avec cela, les PME n’ont pas d’horizon très clair et donc, n’embauchent pas. Le dispositif a renforcé la bureaucratie, avec un dossier à envoyer à l’URSSAF en même temps qu’au service des impôts. Ces complexités administratives auraient pu être très facilement évitées en réduisant les charges à montant identique au coût du CICE. De plus, reprenant une étude INSEE qui expliquait qu’en deux ans (2013 et 2014), le CICE aurait créé 140 000 emplois, François Bayrou a conclu que le prix de ces emplois étaient très élevés puisque 33 milliards d’euros ont été consacrés au CICE, soit 250 000 euros par emploi créé (en fait, 236 000 euros). À ce prix-là, effectivement, il y aurait peut-être eu d’autres mesures plus efficaces à prendre.

Le deuxième sujet est la réforme du collège. Là encore, François Bayrou est favorable à une réforme, mais pas celle de Najat Vallaud-Belkacem qui a supprimé l’enseignement du latin et du grec et les classes internationales (Stéphane Le Foll a botté en touche sur cette suppression). Cela dénote un égalitarisme stupide par un nivellement par le bas qui va renforcer le fossé social entre ceux qui n’ont pas besoin de l’école pour apprendre le latin et ceux qui n’en auront plus la possibilité faute d’un environnement familial adéquat. François Bayrou a eu ensuite l’occasion d’en reparler avec une professeure de français au collège qui était d’accord avec lui sur le fait d’enseigner le français avec la méthode syllabique aux enfants qui ont des difficultés pour la lecture et le langage.

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Enfin le troisième exemple, c’est la réforme territoriale, complètement absurde, qui a redécoupé des grandes régions en refusant les identités régionales (mettre l’Alsace avec les Ardennes, le Pays basque avec le Limousin, etc.) et en plus, cela n’a pas réduit le mille-feuilles administratifs car les départements n’ont pas été supprimés, et cela coûtera même plus cher aux contribuables. En passant, il a rendu hommage à la réforme de Nicolas Sarkozy (immédiatement abrogée par François Hollande) qui avait créé le conseiller territorial chargé de gérer à la fois la région et le département.


François Bayrou vs Natacha Polony

Le second duel l’a opposé à Natacha Polony (qui vient de publier "Nous sommes la France" chez Plon, réflexion sur l’après-Charlie). Comme je l’ai écrit en début d’article, les échanges ont été d’une belle tenue intellectuelle parce qu’il n’était pas question de politique politicienne mais de l’un des sujets les plus cruciaux d’aujourd’hui, l’identité nationale.

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Natacha Polony est d’abord revenue sur les premières déclarations de François Bayrou après l’assassinat des enfants juifs dans une école par Merah. François Bayrou a confirmé ses anciens propos en disant qu’il est des mots qui tuent et qu’il faut faire très attention en les employant (il faisait notamment allusion à ce qu’on peut lire sur les forums sur Internet), car l’antisémitisme est encore très répandu et certains esprits "faibles" sont capables du passage à l’acte. En revanche, il a refusé d’en conclure que la classe politique en portait responsabilité car le sujet est plutôt la radicalisation, le moment où la personne, plutôt bien intégrée dans la société (ou à l’école), tombe dans le terrorisme le plus meurtrier.

Je regrette que François Bayrou ait banalisé l’expression "Français de souche" (j’y reviendrai un jour) en disant même qu’elle était employée par François Mitterrand et par François Hollande (ce qui n’est pourtant pas un gage de bonne "moralité" !).

La réflexion de Natacha Polony était bien construite et paraissait pertinente : elle a expliqué que la France n’est pas un pays multiculturel mais un pays multiethique qui rassemble sa communauté nationale dans une seule culture. Sauf que depuis quelques temps, on fait comme si le pays était multiculturel (d’où le développement du communautarisme) et la culture commune n’est plus transmise, n’est plus connue, et donc, il y a une véritable angoisse de ne plus savoir quelle est cette identité, angoisse qui resurgit même lorsqu’il y a devoir d’accueillir des réfugiés syriens par peur de perdre le peu de culture nationale qu’il reste.

François Bayrou n’est pas très éloigné de cette analyse en affirmant qu’il faut évidemment rappeler ce qu’est la culture française, l’histoire française, les traditions françaises (ce qui revient au sujet de l’éducation, d’ailleurs).

Natacha Polony a rembrayé ensuite sur le thème européen en disant qu’il n’existe pas d’identité européenne, pas de culture européenne et que nous sommes au milieu du gué entre la France et l’Europe et que pour l’instant, c’est à l’échelon de l’État-nation que s’exerce la démocratie, tandis qu’à l’échelon européen, c’est la tradition anglo-saxonne qui l’a emporté pour n’en faire qu’un grand espace commercial et de libre échange sans âme. D’où cette impression (fausse) que l’idée européenne entamerait l’identité française (alors que l’idée française n’a pourtant jamais empêché l’identité alsacienne, bretonne, basque, etc.).


L’Europe, le thème fort de François Bayrou

Cette analyse de Natacha Polony a permis à François Bayrou d’exprimer ses idées sur la construction européenne. Il a d’abord regretté le très faible engagement européen de François Hollande, ce qui, pour un proche de Jacques Delors, est presque une surprise. Il a reproché à François Hollande de ne pas s’être exprimé clairement aux Français cet été lors de la crise grecque pour savoir dans quelle direction nous allions.

_yartiBayrou2015111203

François Bayrou non plus n’est pas satisfait de la manière dont les affaires européennes sont menées, mais pas pour les mêmes raisons que les eurosceptiques.

Il a pris un sujet concret et qui va probablement faire l’essentiel de l’actualité dans les prochains dix-huit mois : le Brexit. Le Premier Ministre britannique David Cameron a en effet donné le 9 novembre 2015 ses conditions pour le maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne, en remettant en cause le fondement même de la construction européenne, alors que le Royaume-Uni avait signé les précédents traités (histoire de dire que la Grande-Bretagne revient maintenant sur ses engagements).

Pour François Bayrou, il n’est pas question de donner raison à David Cameron car cela ferait casser définitivement la mécanique européenne. Alors, le leader centriste y est allé carrément. Il faut que les autres pays européens disent : "Banco !". Refuser de satisfaire le Royaume-Uni et, le cas échéant, et ce serait regrettable, les laisser quitter l’Union Européenne. Mais pas la dénaturer.


François Bayrou, arbitre de 2017 ?

Parmi les "oublis" de l’émission, je pense qu’il en est un très important, c’est que François Bayrou n’a pas parlé d’écologie ni des changements climatiques à pourtant deux semaines du démarrage de la COP21 au Bourget. C’est surtout de la responsabilité des organisateurs de l’émission, plus soucieux de la politique politicienne que des grands problèmes de la planète.

Et l’autre omission, à mon sens, c’est que François Bayrou n’a pas assez expliqué la raison de son refus de la bipolarisation entre la droite et la gauche. Il aurait dû, à mon sens, insister sur le fait que le clivage, dans la société française, n’est plus entre la droite et la gauche, et la percée du FN le démontre bien, mais que le plan de clivage se situe entre les partisans de l’ouverture et les partisans du repli sur soi, entre les partisans de la construction européenne et d’une économie ouverte et libre et les partisans d’une économie dirigée et protectionniste, et de la peur de l’autre.

_yartiBayrou2015111206

François Bayrou a montré qu’il était possible que le débat politique prenne de la hauteur et se penche sur les vraies questions, sur les vrais enjeux qui intéressent les citoyens. En soutenant si clairement la candidature d’Alain Juppé, il a fait également la preuve que l’Élysée n’était pas son obsession permanente tout en se laissant la possibilité, le cas échéant, de ne rien exclure. À 64 ans, l’ancien jeune rénovateur plein de fougue est devenu un sage de la République, un sage chevalier du vivre ensemble, et sans doute celui qui a le mieux compris qu’une France apaisée ne pouvait pas être dirigée comme on dirige le Parti socialiste…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 novembre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Chevalier du vivre ensemble.
Fais-moi peur !
Le vrai clivage.
Soutien à Alain Juppé.
Bayrou et Delors, l’acte manqué.
La clairvoyance de François Bayrou.
L’auto-enfermement de Manuel Valls.
La proportionnelle aux législatives ?
Changement de paradigme.
Mathématiques militantes.
2017, tout est possible…
Bayrou et l'affaire Merah.
Le soldat Bayrou à sauver.
Pourquoi Bayrou ?
Bayrou a refusé des valises pleines de billets.
Moralisation de la vie politique.
Bayrou 2007.
L’homme de Gourette.


_yartiBayrou2015111209


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151112-bayrou.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/bayrou-de-navarre-chevalier-du-174024

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/11/13/32926899.html




 

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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 00:11

Né le 18 février 1917 à Zollingen, Louis Jung fut instituteur alsacien puis directeur de société. Il fut élu maire d'Altwiller de 1953 à 1959 puis maire de Harskirchen de 1959 à 1995. Il fut élu sénateur du Bas-Rhin du 26 avril 1959 au 1er octobre 1995, inscrit au groupe de l'Union centriste, et c'est en tant que sénateur qu'il fut délégué à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (c'est différent du Parlement Européen) et fut même Président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe de 1986 à 1989. Ardent défenseur de la construction européenne et proche de Robert Schuman, il créa la Fondation Robert-Schunman en 1991, club de réflexion en faveur de l'Europe reconnu d'utilité publique le 18 février 1992, aujourd'hui présidé par Jean-Dominique Giuliani, ancien directeur de cabinet de René Monory à la Présidence du Sénat. Parmi les Présidents de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, il y a eu également Édouard Herriot (1949), Paul-Henri Spaak (1949-1951), François de Menthon (1952-1954), Guy Mollet (1954-1956), Pierre Pflimlin (1963-1966), Jean-Claude Mignon (2012-2014) et Anne Brasseur (depuis 2014). Louis Jung fut également élu conseiller général du Bas-Rhin en 1955.

SR


 

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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 19:14

Né le 27 mars 1935 à Aix-lex-Bains, Gratien Ferrari fut un athlète. Il fut élu au conseil municipal d'Aix-les-Bains et élu député UDF de Savoie à la proportionnelle de mars 1986 à juin 1988. En 1985, il fut élu maire d'Aix-les-Bains pour la succession d'André Grosjean (1925-2015), rendu inéligible après une condamnation, et fut réélu jusqu'en juin 1995. En juin 1988, il fut battu par le futur ministre socialiste Louis Besson aux législatives au scrutin majoritaire, mais gagna finalement la circonscription en mai 1993. André Grosjean (récemment disparu, le 8 mars 2015) fut réélu maire d'Aix-les-Bains de juin 1995 à mars 2001 puis fut battu en mars 2001 par Dominique Dord (ce dernier a été réélu jusqu'à maintenant). En 1997, il renonça à se représenter aux législatives et a laissé son suppléant Dominique Dord se présenter et être élu (ce dernier a été réélu jusqu'à maintenant). En 2008, à 73 ans, il s'est représenté aux municipales à Aix-les-Bains mais n'a obtenu que 9,6% des voix. Par ailleurs, Gratien Ferrari fut le père de la journaliste Laurence Ferrari (née le 5 juillet 1966).

SR



 

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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 09:45

Né le 30 octobre 1940 à Caen, Jean-Luc Préel fut un gastroentérologue et chef de service à l'hôpital de La Roche-sur-Yon. Il fut élu conseiller municipal de La Roche-sur-Yon de 1983 à 2001, conseiller général de La Roche-sur-Yon de 1985 à 1992, conseiller régional des Pays de la Loire de 1992 à 1998 et député de la première circonscription de la Vendée de juin 1988 à juin 2012, inscrit au groupe UDF puis Nouveau centre. Malgré une investiture de l'UMP, du NC et des radicaux, il renonça à se représenta à sa succession en juin 2012 pour laisser place au candidat soutenu par le président du Conseil général de la Vendée Bruno Retailleau, par ailleurs président du groupe UMP au Sénat (depuis 2014), à savoir Alain Lebœuf. Comme médecin et député, il fut également membre du Conseil d'orientation des retraites.

SR


 

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